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Les années d’Annie Ernaux : la forme d’une vie de femme

My life, she said to herself. That was odd, it was the second time that evening
that somebody had talked about her life. And I haven’t got one, she thought.
Oughtn’t a life to be something you could handle and produce? — a life of
seventy odd years. But I’ve only the present moment, she thought. […] A long
strip of life lay behind her. […] Millions of things came back to her. Atoms
danced apart and massed themselves. But how did they compose what people
called a life? Virginia Woolf, The Years, 1937

§1 Dans la vaste mouvance de l’autofiction, des dérivés autobiographiques et de la


pluralité des formes qu’ils recouvrent, mais en deçà des genres, une tendance
semble se dessiner qui s’intéresse à la forme d’une vie humaine. Quel que soit le
degré auquel elle est fictionalisée, la vie représentée y vaut par son caractère
emblématique voire statistique : combien elle peut dire des vies des autres, de
toute vie. Cette disposition, que l’on rencontre dans des narrations le plus souvent
à la première personne chez des auteurs comme Annie Ernaux, Emmanuel
Carrère1, Camille Laurens, Michèle Desbordes, Jane Sautières, Philippe Forest, ou
dans les derniers livres de Pierre Guyotat, est heuristique : elle fait de la littérature
l’instrument d’un savoir sur la vie, la possibilité d’une expérience ou d’une exposi-
tion à des formes de l’expérience2 qui ne nous seraient pas accessibles autrement,
ou nous sont imperceptibles précisément parce que nous les vivons. Annie Ernaux,
avec son intérêt marqué pour la sociologie et les appartenances de classe, est l’une
des représentantes les plus actives de cette tendance, qui à partir du matériau réel
de sa vie propose des récits qui en généralisent la singularité pour l’ouvrir à sa
dimension collective. Les années porte à son paroxysme cet effort d’impersonna-
lisation, en étant à la fois le récit anonymisé d’une vie de femme née en 1940, et
celui d’une génération.
§2 Je veux postuler que si Annie Ernaux affirme que la fiction lui est étrangère3
et “préfère conserver le terme autobiographie” bien qu’il lui soit “difficile de
l’utiliser”4, c’est qu’elle travaille à l’élaboration d’une forme nouvelle, d’un format
littéraire tierce et inédit qui soit à même de rendre compte de la dimension et de la
texture d’une vie. Or ce pas de côté vis-à-vis des modèles établis biographiques et
autobiographiques et de leurs avatars se comprend mieux si on le ramène à une
certaine histoire de la littérature des femmes au 20e siècle. Rapportée à la filiation
d’auteures mise en évidence par Leslie Hill et par Michael Sheringham notam-
ment5, la préoccupation autobiographique d’Ernaux semble avoir moins à voir avec
un genre associé au pacte de lecture et à la confession, qu’avec la dimension
innovante de l’écriture lorsqu’elle s’intéresse à représenter ce qu’on appelle une vie.
Cette dimension s’éclaire plus encore si l’on s’autorise un parallèle avec le livre
homonyme auquel Les années fait au moins implicitement référence : The Years de
Virginia Woolf6.
Maïté Snauwaert Les années d’Annie Ernaux : la forme d’une vie de femme

Une histoire littéraire au féminin

§3 Dès The Years en 1937, Eleanor Pargiter, le personnage de Woolf, se demandait


comment représenter “ce que les gens appellent une vie”, alors que tout ce qui lui
venait à l’esprit était une série de moments. Cinquante ans plus tard, en 1987,
Marguerite Duras, grande lectrice de Virginia Woolf, faisait écho à cette remarque
dans un passage souvent glosé : “Je n’ai pas d’histoire. De la même façon que je
n’ai pas de vie. Mon histoire, elle est pulvérisée chaque jour, à chaque seconde de
chaque jour, par le présent de la vie, et je n’ai aucune possibilité d’apercevoir
clairement ce qu’on appelle ainsi : sa vie”7. Cette tension entre le modèle d’une
histoire unifiée et le mode fractionné sur lequel est expérimentée toute vie double
l’opposition entre l’opinion publique, la représentation commune, et pour tout dire
l’idée reçue de la vie (“what people called a life” ; “ce qu’on appelle ainsi : sa vie”),
et la réalité de l’expérience subjective, vécue d’instant en instant (“Millions of
things came back to her. Atoms danced apart and massed themselves” ; “histoire
[…] pulvérisée chaque jour, à chaque seconde de chaque jour”). De sorte que face à
l’histoire ou à ce que Roland A. Champagne appelle le “Temps monumental”8, à sa
somme qui ferait apparaître la vie comme une possession (“something you could
handle and produce”), s’impose seul le présent (“But I’ve only the present moment” ;
“le présent de la vie”). Chez Woolf encore, une série d’essais autobiographiques
porte le titre Moments of Being9, un roman s’appelle Night and Day10, et Mrs
Dalloway s’intitulait initialement The Hours11, titre repris par Michael Cunning-
ham pour son roman-hommage à Virginia Woolf12. Au premier chapitre de son
grand œuvre autobiographique La détresse et l’enchantement13, Gabrielle Roy avait
provisoirement donné le titre “Des heures de ma vie”14. Heures ou années, la
tentative est de décomposer une vie humaine en ses unités plausibles, celles par
lesquelles est éprouvé le temps. Dans l’écriture de ces femmes auteures du 20e
siècle, parmi les plus importantes en Angleterre, en France et au Canada, revient
cette préoccupation du minutage d’une vie de femme.
§4 Soixante-dix ans après Woolf, vingt ans après Duras et Roy, n’est-ce pas l’exact
projet des Années que de rendre à la fois cette impression conflictuelle de la vie,
toujours vécue sur un mode insaisissable, et le détail chiffré, sinon en heures, du
moins en années, d’une vie de femme ? De faire de cette rencontre la forme de son
“autobiographie impersonnelle et collective” ? Comme son homonyme français,
The Years couvrait plus de cinquante années, des années 1880 aux années 1930, à
travers la conscience d’une protagoniste femme. S’il suivait pour sa part plusieurs
personnages d’une famille, il révélait aussi, à travers eux, les transformations d’une
société au gré des époques. Or le moteur des Années, explique Annie Ernaux en
entrevue, a été la question de savoir : “Où est mon histoire?”15 ; la recherche de “ce
passage du temps en soi, en moi-même, dans une femme, mais aussi à travers tous
les gens qui ont parcouru ces années” (ibid.). Quatre points de vue donc dans ce
qui “n’est pas une fresque historique” mais un “parcours” intéressé au passage du
temps : celui du soi, du moi-même, d’une femme, et d’une génération, pour
“essayer de dire à la fois l’intime et le collectif” (ibid.). Ce, afin de dépersonnaliser
les expériences du moi en celles d’un soi, tout en étant capable de faire retour à

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l’intime, d’alimenter le général par le vécu singulier ; inscrire l’expérience généri-


quement spécifique d’une femme dans celle de sa classe d’âge pour s’assurer de la
faire résonner, et peut-être, de l’universaliser.

La forme du temps

§5 Comme la Eleanor Pargiter de Woolf et comme Marguerite Duras, Annie Ernaux


est alors face à la question de la forme : “il fallait inventer, trouver une forme”
(ibid.). Comment représenter ce passage du temps en le faisant résonner dans
l’intime et le social, en fidélité à ses précédents textes ? La réponse se déploie, non
dans une “forme romanesque, ni dans une autobiographie traditionnelle”, mais “à
travers cette polyphonie, cette rumeur, ce bruit de fond des années” (ibid.). Le texte
s’en explique : “[L]’idée lui est venue d’écrire ‘une sorte de destin de femme’, entre
1940 et 1985, quelque chose comme Une vie de Maupassant, qui ferait ressentir le
passage du temps en elle et hors d’elle”16. Le roman de Maupassant fonctionne ici
comme un modèle à la fois normand et français — dont la situation ne peut que
résonner pour cette native de Haute-Normandie — et visant la forme statistique,
banale, la vie exemplaire non par son caractère extraordinaire mais par ce qu’elle a
de commun à une époque et à une classe. Une vie, parmi et comme d’autres, qui
ferait la moyenne de l’expérience pour une moitié sexuée de la population.
§6 Mais dans Les années se présente la même difficulté que celle qui gênait Eleanor
Pargiter : “comment pourrait-elle organiser cette mémoire accumulée d’événe-
ments, de faits divers, de milliers de journées qui la conduisent jusqu’à aujour-
d’hui” (A 158-159). Car la mémoire est bien tout ce qui reste à la fin d’une vie, et
cette mémoire n’est pas nécessairement discriminante : elle met sur le même plan
les slogans marquants des publicités et les événements personnels, les phrases
entendues dire et les décisions prises. Synthétisant son entreprise à l’occasion de
l’édition de ses œuvres dans la collection Quarto de Gallimard, “cette entreprise
d’écrire commencée il y a quatre décennies”17, Annie Ernaux commente le titre
choisi pour le volume, Écrire la vie : “Non pas ma vie, ni sa vie, ni même une vie.
La vie, avec ses contenus qui sont les mêmes pour tous mais que l’on éprouve
toujours de façon individuelle” (EV 7). La phrase est remarquable, et typique de
l’ethnologue et anthropologue de la vie humaine française au 20e siècle qu’est
devenue Ernaux. Il n’y a pas lieu au reste de se désoler de cette perte apparente de
singularité. C’est le projet du texte que de montrer comment chacun, quelque
singulière qu’ait pu être ou qu’il ait pu croire son existence personnelle, finit par
rejoindre la lignée, la série des morts qui l’ont précédé18. Cette lignée n’est pas
seulement celle de la famille. Plutôt, elle permet d’humaniser l’expérience du
temps à travers la succession des récits : “Aucun ‘je’ dans ce qu’elle voit comme une
sorte d’autobiographie impersonnelle – mais ‘on’ et ‘nous’ – comme si, à son tour,
elle faisait le récit des jours d’avant” (A 240). Ce que la narration des Années
rejoint, c’est la lignée des conteurs ordinaires des jours de fête qui, dans les repas
de famille d’enfance, mettaient le monde en temps. Son récit est à son tour cette
ponctuation du temps pour ceux qui le découvrent : elle en constitue un repère,

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une balise. “Ce sera un récit glissant, dans un imparfait continu, absolu, dévorant le
présent au fur et à mesure jusqu’à la dernière image d’une vie” (A 240). C’est vers
la conquête de l’appropriation d’une vie que s’avance le texte. Car ce futur n’est pas,
comme le suggère Antoine Compagnon dans sa lecture19, celui d’un projet à venir,
encore moins échoué ; il participe de ce roman d’une vie qui tente d’en fabriquer la
forme :
Une coulée suspendue, cependant, à intervalles réguliers par des photos et
des séquences de films qui saisiront les formes corporelles et les positions
sociales successives de son être – constituant des arrêts sur mémoire en
même temps que des rapports sur l’évolution de son existence. (A 240)

§7 Cette déclaration de principe qui se manifeste à la fin du texte, le texte vient en


effet de la réaliser. Le futur et le conditionnel de ce livre, de ce “roman total qui
s’achèverait dans la dépossession des êtres et des choses” (A 158), disent qu’il a
longtemps animé la recherche d’Annie Ernaux, qui écrivait : “J’ai cherché une
forme littéraire qui contiendrait toute ma vie”20. Elle explique en entretien :
J’ai voulu saisir l’histoire d’une fille (enfin, moi, car c’est tout de même la fille
que je connais le mieux) dans le temps, dans sa génération, dans l’histoire.
Mais cette fusion m’a longtemps posé des problèmes, je cherchais la forme.
Ce désir de totalité, ce passage du temps dans une vie m’a pris pratiquement
vingt ans. Et tout a commencé vers la quarantaine.21

§8 C’est pourquoi, cherchant l’échelle commune aux temporalités singulière et collec-


tive, commune aussi aux deux sexes, Ernaux choisit l’unité de temps des années.
Plus que les heures et les jours, ce découpage contingent et qui pourtant donne
forme, rétrospectivement, à la mémoire, est un indicateur de l’Histoire, et plus
encore, de “la dimension vécue de l’Histoire” (A 239) qui intéresse le projet. Qu’il
s’agisse des meilleures années d’une vie, des années 70 ou des années Mitterrand,
“les années” forment un repère minimal et suffisant pour situer à la fois l’historicité
d’une vie et celle d’une société.

Forme littéraire et format d’une vie humaine

§9 Si ce mouvement vers la mise au jour d’une vie est sans doute celui de toute l’œuvre
d’Ernaux, il n’est peut-être nulle part plus visible que dans Les années. La citation
de Tchekhov placée en épigraphe au texte fait d’abord ressortir cette unité humaine
du temps comme une notion historiquement relative : “Il se peut aussi que cette vie
d’aujourd’hui dont nous prenons notre parti, soit un jour considérée comme
étrange, inconfortable, sans intelligence, insuffisamment pure et, qui sait, même,
coupable” (A, je souligne). Ensuite, la première séquence du texte distille des élé-
ments d’interrogation visant à discerner cette élémentaire et pourtant énigmatique
unité de l’expérience en la considérant depuis le futur de sa fin : au “Toutes les
images disparaîtront” de l’incipit (A 11) font ainsi écho : “S’annuleront subitement
les milliers de mots qui ont servi à nommer les choses […]” (A 15) et : “Tout s’effa-
cera en une seconde. Le dictionnaire accumulé du berceau au dernier lit

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s’éliminera. Ce sera le silence et aucun mot pour le dire” (A 19). La vie est prise à la
fois dans sa mesure, faite de toutes ces images banales agencées de façon
singulière, et dans sa disparition promise qui la limite et la conditionne, lui donne
son format plus encore que sa forme. Au futur antérieur la vie aura été, n’aura été
que, une série d’images. Tandis que cet agencement idiosyncrasique, cette suite
désordonnée et singulière telle qu’elle n’a pas toujours été consciente mais qu’elle
apparaît à la fin de la vie, cessera avec la subjectivité dont elle était l’émanation :
“De la bouche ouverte il ne restera rien. Ni je ni moi” (A 19). Mais le fond langagier
du monde, lui, sur lequel elle s’enlevait, restera sans fin : “La langue continuera à
mettre en mots le monde. Dans les conversations autour d’une table de fête on ne
sera qu’un prénom, de plus en plus sans visage, jusqu’à disparaître dans la masse
anonyme d’une lointaine génération” (A 19). Face à cette réalisation, le livre est le
pari performatif que si “tout s’effacera”, il est pourtant possible de “[s]auver
quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais” (A 242, c’est l’excipit). Le
portrait dressé de la vie en ces premières pages est donc celui d’un flot continu et
inconséquent d’images, terminé abruptement et de façon irréversible.
§10 Au regard de l’histoire littéraire des femmes dont j’ai brièvement signalé deux
figures majeures, cette forme choisie par Annie Ernaux semble bien la forme
nécessaire à son projet : celle qui, par sa composition délibérément accidentée, sa
longue phrase à la fois continue et pleine d’interruptions, réalise de façon perfor-
mative tout l’improvisé de la vie. Celle qui, par son entrelacement non discriminant
entre souvenirs personnels et populaires, sa démonstration de ce qu’ils s’informent
réciproquement, réalise cette fusion de l’intime et du collectif propice à rendre ce
que furent successivement ces “années” – unités à la fois extérieures et générales et
qu’il faut pourtant faire siennes, tant il est vrai que l’être humain est laissé à ces
tentatives toujours imparfaites de saisir le temps dans lequel il vit et sur lequel il
n’a pourtant pas prise. Tandis qu’Antoine Compagnon prend au mot les remarques
présentes dans le texte sur la progression de la forme recherchée pour suggérer que
l’auteure s’est heurtée à l’impossibilité de son entreprise, proposant de faire des
Années le “dossier [contenant] les ébauches, les fragments, tous les matériaux [du
grand] ‘roman total’ [à] l’ambition […] extrême” manqué ou à venir22, je postule au
contraire que c’est cette forme de l’éparpillé, de la réminiscence non toujours choi-
sie, mais qui fuse, qui est, à en croire Ernaux, Duras ou Woolf, au plus près d’une
représentation juste de ce qu’on appelle “la vie” : non une totalité mais un senti-
ment du temps : “Par-dessus tout, la vie telle que le temps et l’Histoire ne cessent
de la changer, la détruire et la renouveler”23. La réussite des Années est ainsi dans
l’invention spécifique de cette forme littéraire inédite. Antoine Compagnon finit
d’ailleurs par concéder que, “[c]omme à la fin du Temps retrouvé [l’un des modèles
de l’architecture temporelle recherchée par Ernaux], nous ne saurons jamais si le
livre annoncé – annoncé comme à peu près impossible – est celui que nous tenons
en main, celui que nous sommes en train de terminer”24.
§11 Les années réalise la mise au jour d’un sujet autobiographique et impersonnel
traversé par le collectif, qui n’a pas pu se former en dehors du milieu et de l’époque
dans lesquels il est venu au monde mais en est une actualisation parmi des millions

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d’autres. Sa forme est une forme critique autorisant à la fois la critique de l’Histoire
comme “Temps monumental”25, et celle du modèle de vie sous-tendu par l’autobio-
graphie. Plutôt qu’un ensemble fragmentaire en vue d’une ultérieure réalisation, le
“roman total” des Années est celui qui n’ignore pas qu’il ne saurait être un roman
de la totalisation – montrée comme impossible – des moments de la vie, et qui
assume cette impossibilité et ce qu’elle montre du temps réel d’une vie. De cette
façon il ne renonce pas à se faire le terrain d’expérience de ce que Dominique
Rabaté appelle au sujet de La mort d’Ivan Ilitch de Tolstoï la “singularité commu-
ne” : “L’intransmissible du contenu émotionnel est ainsi partageable, sous le mode
d’une projection empathique où le lecteur mettra, à partir de l’image intérieure que
le texte lui suggère, un autre contenu, proche dans le fonctionnement, mais
différent dans les détails ou les circonstances”26. Les années rejoint ainsi le
domaine de l’Erlebnis, de la communication d’expérience.

Une vie de femme

§12 Or l’expérience mise en œuvre dans Les années est celle, on l’a dit, non seulement
d’une génération mais d’un genre sexué. Ernaux souligne en entrevue que c’est
pour les femmes que les choses ont le plus changé au cours des cinquante dernières
années27. Il est à ce titre remarquable, dans une œuvre puisée à ce point à
l’authenticité d’une existence vécue, que les affections douloureuses de la
narratrice-personnage d’Ernaux, qui sont, depuis L’événement jusqu’à L’usage de
la photo, comme les flexions du temps de sa vie, couvrent toutes les étapes
probables d’une vie de femme : de l’avortement au cancer du sein en passant par le
mariage et la maternité, le divorce et l’émancipation. Tout se passe comme si tout
ce qui pouvait être vécu par une femme au cours de sa vie l’avait été. C’est cette
dimension qui intéresse l’écrivain, ce qui explique qu’elle gomme de l’entreprise
des Années ce que sa propre vie pourrait avoir d’idiosyncrasique, singulièrement sa
condition d’écrivain28 : “Je n’ai pas cherché à m’écrire, à faire œuvre de ma vie : je
me suis servie d’elle, des événements, généralement ordinaires, qui l’ont traversée,
des situations et des sentiments qu’il m’a été donné de connaître, comme d’une
matière à explorer pour saisir et mettre au jour quelque chose de l’ordre d’une
vérité sensible” (EV 7). “Aucune prétention ici d’ériger un sujet autobiographique
univoque aux contours solides, capable de (re)présenter sa vie sans failles”, encore
moins de “raconte[r] de façon rationnelle et rétrospective une vie exemplaire”, écrit
Barbara Havercroft29. Mais plutôt, le désir de se distancer du canon autobiographi-
que au masculin et de mettre l’accent sur le caractère disparate de l’identité (ibid.),
tout en dessinant une sorte de ligne de vie. Ernaux précise ainsi au sujet de la
chronologie de ses textes rassemblés dans le volume Quarto : “L’ordre des textes
choisi ici n’est pas celui de leur écriture ni de leur parution, c’est l’ordre du temps
de la vie, entre l’enfance et la maturité. […] c’est la succession des âges qui organise
les textes” (EV 8). Si cette déclaration peut sembler l’annonce d’un dessein
explicitement autobiographique, elle signale en réalité ce caractère statistique de
toute vie, et il serait fou et vain, remarque Ernaux, de croire à l’authenticité ou

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l’originalité radicales d’une quelconque vie : “Je me considère très peu comme un
être unique, au sens d’absolument singulier, mais comme une somme d’expérien-
ces, de déterminations aussi, sociales, historiques, sexuelles, de langages, et
continuellement en dialogue avec le monde (passé et présent), le tout formant, oui,
forcément, une subjectivité unique”30.
§13 Comme avec ses livres précédents, Ernaux se situe à la fois en tant qu’individu
d’une génération, collectif non nécessairement sexué, et en tant que femme. “Ses
textes poignants, écrit Barbara Havercroft, s’avèrent le lieu où s’entrecroisent la
construction d’une subjectivité féminine unique et individuelle – la sienne – et la
représentation, à travers cette dernière, de soucis et d’événements propres à la
collectivité des femmes”31. Dans Les années, la sexuation de la perspective s’accom-
plit au moyen de séquences individuelles, sinon singularisées, de description dictées
par des photos absentes : “Elle, c’est celle des photos. Une femme au singulier mais
également une vision féminine – féministe – des années 1970. C’est important car
je pense que les livres donnent le plus souvent une vision masculine du monde”32.
Michael Sheringham fait de cette évocation de photos non présentes dans le texte
(progressivement présentes dans les dernières années, notamment dans le volume
d’Écrire la vie), depuis L’amant de Marguerite Duras, l’un des traits proéminents,
avec “the interaction of individual and collective – that are central to the way
French women writers have been instrumental in reshaping the agenda of auto-
biography”33. Dans son retracement d’une filiation littéraire française au féminin,
Sheringham montre l’intelligence novatrice des formes autobiographiques
valorisées par les femmes à partir des années 80, et combien elle vise à faire de
l’autobiographie non un genre avec ses règles à suivre, mais le terrain d’une
investigation dans les formes et les effets singuliers que peut prendre une vie.
§14 Dans le cas des Années, la visée des photos est, selon le motif cher à Ernaux,
“autosociobiographique”, indicative non pas seulement de souvenirs personnels,
mais de la banalité statistique de ces souvenirs personnels : le elle de ces photogra-
phies est identifiable par les changements de mode qui affectent ses vêtements,
historicisé par les progrès même du médium photographique. Si ces photographies
non visibles s’éclairent et se personnalisent à la découverte de celles publiées dans
Écrire la vie, elles ont dans Les années pour but non de singulariser mais de
réduire, de ramener au commun d’une technologie propre au 20e siècle qui a
contribué à en former l’idée d’identité, qu’elle soit individuelle ou familiale. Chaque
cliché dénonce une historicité de la pose, du sourire ou de son absence, du tableau
de famille, agencés suivant les époques de telle sorte que dans l’élection apparente
de la photographie, chacun en réalité pénètre un cadre qui lui préexiste. Par ce
biais, la vie personnelle rentre dans le rang des existences similaires. Tandis que la
photographie, lorsqu’elle est prise, a pour fonction d’isoler et de mémoriser un
moment, elle n’aboutit en réalité, dans les mains des techniciens amateurs que
nous sommes devenus, qu’à produire le calque de vies toutes identiques avec leurs
moments forts : baptêmes, communions, mariages et repas de famille, ces derniers
ponctuant, dans le texte, chaque époque comme les rituels qui inscrivent un
individu dans le temps.

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§15 Être femme chez Ernaux n’est pas une essence, mais une partie, non négligeable,
de la détermination sociale. Son appréhension du monde, comme le montrait bien
La femme gelée34, n’a pu se faire qu’en fonction de cette distinction qu’elle n’a pas
choisie mais en dehors de laquelle elle n’a pas pu vivre : l’épreuve de la vie, malgré
“ses contenus qui sont les mêmes pour tous”, se fait toujours “de façon indivi-
duelle : le corps, l’éducation, l’appartenance et la condition sexuelles, la trajectoire
sociale, l’existence des autres” (EV 7). Ce qui est remarquable, dans la lutte
littéraire menée entre une “elle” et un “on”, un “nous”, pour découvrir une forme
spécifique de l’individuation du temps, c’est que la narratrice d’Ernaux, comme le
signale Roland A. Champagne, “shows that a woman can access her own time
rather then be imprisoned by it”35. Malgré la contrainte d’un temps inévitable,
l’auteure fabrique une compréhension du temps propre à son genre sexué. “This
does not mean, précise le critique, that she is opposed to how men view time. The
time to which she is opposed is rather one governed by the clock” (ibid., p. 147).
Ultimement, Champagne définit cette quête d’un temps spécifique comme
l’entreprise singulière de l’ensemble de l’œuvre d’Annie Ernaux (ibid., p. 149).
§16 Dans cette quête magistralement confirmée par Les années, Annie Ernaux dresse
le portrait d’une vie de femme au 20e siècle, une femme qui après avoir connu et
fait la chronique de toutes les étapes typiques de sa condition de femme, affronte
maintenant sa finitude. Une dimension incontestablement importante du livre est
ainsi, dans l’ensemble de l’œuvre de l’auteure, d’être ce texte de la dernière étape,
du vieillissement en tout cas d’une femme qui, par l’écriture, résiste à la dispari-
tion : “Plus je vieillis, plus j’essaie d’atteindre ces choses anciennes, ces lieux
disparus, donc cette ‘autre vie’ qui est derrière et que tout le monde croit devant”36.
À travers une œuvre de mémoire impitoyablement précise, elle met en évidence ce
qui reste d’une vie humaine lorsqu’elle vient à son terme.

Vie tardive

§17 Lorsqu’on en revient au général de l’individu non nécessairement sexué, l’individu


générationnel auquel Ernaux s’intéresse aussi dans Les années, on observe que son
point de vue est informé par une situation particulière dans le temps : celle non pas
de la fin de vie mais de ce moment où il devient possible de l’apercevoir. Comme
Roland Barthes l’a pointé dans sa lecture de Dante lors de sa conférence inaugurale
au Collège de France et dans son cours sur La préparation du roman, personne ne
croit jamais qu’il va mourir37. Il faut le deuil, la mort d’un proche pour opérer cette
prise de conscience. Ces événements ont été vécus par Ernaux, ont donné lieu à des
récits tout aussi décisifs que ceux précédemment mentionnés : La place, Une
femme. Comme le rappelle Michael Sheringham, La place a précisément marqué
ce virage vers l’autobiographique qu’allait prendre l’œuvre38. Et à lire à présent
L’autre fille39, il semble que l’auteure ait vécu depuis au moins l’âge de dix ans dans
la conscience de la mort. S’il est donc vraisemblable que ces événements de vie lui
ont donné l’occasion de mesurer sa relation au temps qui reste, dont parle
également Barthes, c’est au cancer et à la perspective toujours possiblement fatale
de cette maladie qu’il faut attribuer le plus nettement cette conscience de la fin :

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Maïté Snauwaert Les années d’Annie Ernaux : la forme d’une vie de femme

J’avais commencé Les années longtemps avant L’usage de la photo. En fait,


j'ai commencé maintes fois, mais c’est seulement à partir de l’été 2002 que
j’ai réellement démarré. J’étais bien décidée, je voulais poursuivre ce projet
pendant plusieurs mois. Et soudain, en septembre, j’ai appris que j’avais un
cancer du sein. À ce moment-là, je ne savais pas combien de temps j’avais à
vivre : ce livre est devenu comme un signe. Je devais l’écrire, je devais
introduire les photos, sans les montrer. Tout s’est imposé40.

§18 On peut parler au sujet des Années d’une œuvre de late style au sens qu’Edward W.
Saïd a donné à cette expression à la suite de Theodor Adorno41. Saïd définit d’abord
ce qu’il appelle lateness comme le cas classique d’une œuvre venant couronner
une carrière, qui forme un point d’orgue renvoyant l’ensemble de l’œuvre à sa
plénitude. Ce qui l’intéresse pourtant davantage, c’est l’acception irrégulière,
dysphorique de la lateness, qui produit au contraire une œuvre de résistance au
temps. Or le désir de donner forme à ce que fut sa vie semble chez Ernaux l’un de
ces modes de résistance au temps. Leslie Hill écrit :
Writing, for Ernaux, though it may chronicle personal disaster, is transfor-
mative and life-affirming […] it creates narrative where formerly there was
only the oppressive silence of exclusion […] it allows the author, and the
narrator-protagonists who are her sisters, to […] forge for herself an idiom
that, in its geographical and social singularity, in its unmistakable rhythms
and movement, functions as an affirmative act of self-emancipation and
self-invention.42

§19 L’écriture devient alors une façon d’opposer la forme au silence de la fin, occur-
rence ultime de l’exclusion. Elle est une forme d’historicisation contre le déclin
biologique de la vie, de sorte qu’elle fait de la vie non un donné, mais une entité à
construire : “la vie ne dicte rien. Elle ne s’écrit pas d’elle-même. Elle est muette et
informe. Écrire la vie en se tenant au plus près de la réalité, sans inventer ni
transfigurer, c’est l’inscrire dans une forme, des phrases, des mots”43. Le projet est
moins celui de l’examen de soi auquel nous a habitués l’autobiographie dans sa
tradition rousseauiste, que celui d’une dépersonnalisation à valeur cependant
heuristique, pour laquelle la vie n’est ni un objet ni une possession : “Je n’ai pas le
désir de découvrir les zones d’ombre de ma vie, ni de me souvenir de tout ce qui
m’est arrivé, et mon passé, en soi, ne m’intéresse pas spécialement”44. Bien plutôt,
il s’agit avec l’écriture d’un travail de discernement à travers l’informe du vivre.
Écrire est ainsi, pour un écrivain comme Ernaux, une manière de vivre.

Épilogue

§20 Virginia Woolf rêvait, dans A Room of One’s Own, que les femmes inventeraient un
jour leur propre phrase, celle qui serait nécessaire et appropriée à l’expression
exacte de leur historicité. Elle citait en exemple précurseur Jane Austen qui, face à
la phrase d’homme héritée, “that man’s sentence […] that was unsuited for a
woman’s use”, “looked at it and laughed at it and devised a perfectly natural,
shapely sentence proper for her own use and never departed from it”45. Austen

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Maïté Snauwaert Les années d’Annie Ernaux : la forme d’une vie de femme

avait découvert un rythme propre à exprimer son historicité spécifique. Cette


phrase, cette unité littéraire élémentaire devait conduire ensuite, dans la visée de
Woolf, à l’invention d’un genre nouveau, d’une nouvelle forme, après l’étape
historiquement provisoire d’une appropriation du genre le plus accessible :
all the older forms of literature were hardened and set by the time [the
woman] became a writer. The novel alone was young enough to be soft in
her hands […]. Yet who shall say that even now ‘the novel’ (I give it inverted
commas to mark my sense of the words’ inadequacy), who shall say that
even this most pliable of all forms is rightly shaped for her use? No doubt
we shall find her knocking that into shape for herself when she has the free
use of her limbs; and providing some new vehicle. (ibid., p. 89-90)

§21 Et Virginia Woolf concluait, en 1928, quatre-vingts ans avant la publication des
Années : “But these are difficult questions which lie in the twilight of the future”
(ibid., p. 90). Avec le dernier opus d’Annie Ernaux, il semble possible de croire que
le jour est arrivé, après près d’un siècle d’héritage littéraire sur lequel elle a pu
s’appuyer, qui a contribué à réformer l’histoire de la littérature et a pu lui permet-
tre, comme écrivain, de s’émanciper, où une femme est parvenue à créer une forme
propre à dire son temps, dans les deux sens de ce terme : son temps de femme
sexué spécifiquement, par les interdits, l’avortement, le mariage et la maternité, les
contraintes sociales puis leur libération, le cancer du sein et les liaisons
amoureuses ; et son temps d’individu d’une génération, né à une certaine époque.
Ce dialogue offert par le texte est ainsi celui non pas d’un “je” avec un “on” et un
“nous”, mais bien celui d’un “elle” avec ces formes collectives. Car le contrepoint
qui donne sa forme à cette histoire du siècle, intéressé à saisir l’historicité de ses
formes de vie, c’est celui d’un point de vue de femme tentant de définir ce qu’est la
vie humaine.

Maïté Snauwaert
Université de l'Alberta, Canada

NOTES
1 L’exemple le plus remarquable de cette tendance est sans doute l’explicite D’autres vies que la mienne
d’Emmanuel Carrère, paru en 2009 (Paris, P.O.L.).
2 Voir à ce sujet le dossier “Responsabilités de la littérature : vers une éthique de l’expérience”, Maïté
Snauwaert et Anne Caumartin (éds.), Études françaises, n° 46, 1, printemps 2010.
3 Annie Ernaux, “Il s’agit toujours de cela, de ce qui se passe entre naître et mourir”, propos recueillis par
Évelyne Bloch-Dano, Magazine littéraire, n° 513, novembre 2011, p. 88-93.
4 Annie Ernaux, “Je n’ai rien à voir avec l’autofiction”, entretien par Christine Ferniot et Philippe
Delaroche, Lire, n° 362, février 2008, p. 84-99, dernière consultation le 31 mars 2012 : http://www.lex
press.fr/culture/livre/annie-ernaux_813603.html
5 Leslie Hill, “From order to adventure: women’s fiction since 1970”, et Michael Sheringham, “Changing
the script: women writers and the rise of autobiography”, A History of Women’s Writing in France,
Sonya Stephens (ed.), Cambridge, Cambridge University Press, 2000, respectivement p. 168-184 et p.
185-203.
6 Virginia Woolf, The Years, with introductions by Susan Hill and Steven Connor, London, Vintage Books,
[1937] 2004, <Vintage Classics>.

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Maïté Snauwaert Les années d’Annie Ernaux : la forme d’une vie de femme

7 Marguerite Duras, La vie matérielle, Paris, Gallimard, 1987, <Folio>, p. 99.


8 Roland A. Champagne, “A Woman and her Own Time: Annie Ernaux’s Creative Writing as a Crucible
for the Temporal Salvation of Womanhood”, Dalhousie French Studies 90, Spring 2010, p. 147-158.
9 Virginia Woolf, Moments of Being. A Collection of Autobiographical Writing, Jeanne Schulkind (ed.),
New York, Harvest/Harcourt, Inc., [1976] 1985.
10 Virginia Woolf, Night and Day, New York, Harvest/Harcourt Brace Jovanovich, [1920] 1948.
11 Voir Virginia Woolf, A Writer’s Diary, New York, Harvest/Harcourt, Inc., 2003.
12 Michael Cunningham, The Hours, New York, Farrar, Straus & Giroux, 1998.
13 Gabrielle Roy, La détresse et l’enchantement, Montréal, Boréal, [1984] 1996, <Compact>.
14 C’est le travail réalisé par Sophie Marcotte sur les manuscrits de Gabrielle Roy pour le projet HyperRoy
qui nous permet d’avoir accès à cette information : “le titre apparaissant sur la couverture d’un des
cahiers [manuscrits du “Bal chez le gouverneur”] est Des heures de ma vie”. Voir la section “Les inédits
de Gabrielle Roy” sur le site Gabrielle Roy : du manuscrit au virtuel, dernière consultation le 31 mars
2012. http://hyperroy.nt2.uqam.ca/les-in-dits-de-gabrielle-roy.
15 “Rencontre avec Annie Ernaux à l’occasion de la parution des Années”, Les entretiens du site Gallimard.
http://www.gallimard.fr/catalog/html/clip/A77922/index.htm.
16 Annie Ernaux, Les années, Paris, Gallimard, 2008, p. 158. Désormais abrégé entre parenthèses en A,
suivi du folio.
17 Annie Ernaux, Écrire la vie, Paris, Gallimard, 2011, <Quarto>, p. 7. Désormais EV.
18 C’est aussi il me semble ce que montre le travail de Richard Millet dans le cycle de Siom. Voir mon article
“La noblesse et la mort. Anthropologie romanesque de Richard Millet”, Lettres de noblesse II.
L’Imaginaire littéraire de l’aristocratie au XXe siècle, sous la direction de David Martens, Paris, Éditions
Minard, <Lettres Modernes>, à paraître.
19 Antoine Compagnon, “Désécrire la vie”, Critique, n° 740-741, janvier-février 2009, p. 58-59.
20 Annie Ernaux, L’usage de la photo, Paris, Gallimard, 2005, p. 27. Cité par A. Compagnon, “Désécrire la
vie”, art. cité, p. 58.
21 Annie Ernaux, “Je n’ai rien à voir avec l’autofiction”, entretien cité.
22 Antoine Compagnon, “Désécrire la vie”, art. cité, p. 59.
23 Annie Ernaux, “Je n’ai rien à voir avec l’autofiction”, entretien cité.
24 Antoine Compagnon, “Désécrire la vie”, art. cité, p. 59.
25 Voir Roland A. Champagne, “A Woman and her Own Time”, art. cité.
26 Dominique Rabaté, Le roman et le sens de la vie. Paris, José Corti, 2010, <Les essais>, p. 60.
27 “Rencontre avec Annie Ernaux à l’occasion de la parution des Années”, entretien cité.
28 “Défection” dont s’étonne et se désole Antoine Compagnon (“Désécrire la vie”, art. cité, p. 57-58).
29 Barbara Havercroft, “Auto/biographie et agentivité au féminin dans Je ne suis pas sortie de ma nuit
d’Annie Ernaux”, La francophonie sans frontière. Une nouvelle cartographie de l’imaginaire au
féminin, Lucie Lequin et Catherine Mavrikakis (éds.), Paris, L’Harmattan, 2001, p. 519.
30 Annie Ernaux, L’écriture comme un couteau. Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet, Paris, Stock, 2003,
p. 43-44.
31 Barbara Havercroft, “Subjectivité féminine et conscience féministe dans L’événement”, Annie Ernaux,
une œuvre de l’entre-deux, Fabrice Thumerel (éd.), Arras, Artois Presses Université, 2004, p. 125.
32 Annie Ernaux, “Je n’ai rien à voir avec l’autofiction”, entretien cité.
33 Michael Sheringham, “Changing the script: women writers and the rise of autobiography”, op. cit., p.
195.
34 Annie Ernaux, La femme gelée, Paris, Gallimard, 1981.
35 Roland A. Champagne, “A Woman and her Own Time”, art. cité, p. 149.
36 Annie Ernaux, extrait de journal intime daté de juin 1999, dans Écrire la vie, op. cit., p. 24.
37 Voir Roland Barthes, “Longtemps, je me suis couché de bonne heure”, Les inédits du Collège de France,
n° 3, 1982 ; repris dans Roland Barthes, Œuvres complètes, tome V, 1977-1980, nouvelle édition revue,
corrigée et présentée par Éric Marty, Paris, Éditions du Seuil, 2002, p. 459-470 ; La préparation du
roman I et II. Cours et séminaires au Collège de France (1978-1979 et 1979-1980), texte établi, annoté et
présenté par Nathalie Léger, Paris, Seuil/IMEC, 2003, <Traces écrites>.

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Maïté Snauwaert Les années d’Annie Ernaux : la forme d’une vie de femme

38 Michael Sheringham, “Changing the script: women writers and the rise of autobiography”, op. cit.
39 Annie Ernaux, L’autre fille, Paris, NiL éditions, 2011, <Les affranchis>.
40 Annie Ernaux, “Je n’ai rien à voir avec l’autofiction”, entretien cité.
41 Edward W. Saïd, On Late Style. Music and Literature Against the Grain, New York, Pantheon Books,
2006.
42
Leslie Hill, “From order to adventure: women’s fiction since 1970”, op. cit., p. 178.
43 Annie Ernaux, Écrire la vie, op. cit., p. 8.
44 Annie Ernaux, L’écriture comme un couteau, op. cit.
45 Virginia Woolf, A Room of One’s Own, London, Penguin Books, 2004, <Great Ideas>, p. 89.

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