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BULLETIN DE L’UNION DES PHYSICIENS 899

Retard inductif à l’allumage d’une lampe


Une expérience classique à interpréter avec précautions
par André DEIBER et Jean-Pierre SIMOND
Lycée Kléber - 67000 Strasbourg
andre.deiber@laposte.net
simondjp@noos.fr
Olivier KEMPF
Lycée Jean de la Fontaine - 02400 Château-Thierry
okempf@club-internet.fr
et Alfred ZIMMER
Lycée Fustel de Coulanges - 67000 Strasbourg
GRESEP
ZimmerAlfred2@wanadoo.fr

RÉSUMÉ
La lampe à incandescence est souvent utilisée pour visualiser en classe entière le
retard à l’instauration du courant dans une branche inductive. En y associant un capteur
optique, nous montrerons que la luminosité de la lampe n’est pas l’image de l’intensité du
courant en régime transitoire. Un modèle cohérent nécessite de coupler la dynamique des
phénomènes thermiques et électriques au niveau du filament, ce qui rend son interpréta-
tion beaucoup plus délicate. Une simulation numérique de cette expérience permet de vali-
der complètement ce modèle pour le réinvestir dans l’association condensateur - lampe.

1. UNE LAMPE À INCANDESCENCE N’EST PAS UN SIMPLE


CONDUCTEUR OHMIQUE
La lampe à incandescence est largement utilisée comme indicateur visuel de pas-
sage de courant électrique. On admet ainsi implicitement une relation d’ordre liant la
luminosité du filament et l’intensité. Si l’implication « la lampe brille davantage & le
courant est plus intense » est tout à fait fondée en régime continu (1), cela risque de ne
plus être le cas en régime transitoire vu l’inertie thermique du filament. Dans cet article,
nous allons nous attacher à expliciter les mécanismes thermodynamiques et électrociné-
tiques qui régissent le filament en régime transitoire lorsque la lampe est placée en série
avec une bobine ou un condensateur.

(1) Remarque : mais l’absence de luminosité ne signifie pas absence de courant électrique dans la branche de
la lampe. Pour s’en convaincre il suffit de brancher deux lampes de point de fonctionnement nominal
(2,5 V ; 0,1 A et 3,5 V ; 0,3 A) en série sur une pile de 4,5 V. L’observation est sans appel, l’une brille,
l’autre pas.

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1.1. Pic d’intensité à l’allumage d’une lampe


À cet effet, associons une résistance r en série avec une lampe. Lors de la ferme-
ture du circuit sur un générateur continu stabilisé en tension, on obtient une évolution
typique de l’intensité électrique i(t) (mesurée par la tension aux bornes de r) caractérisée
par l’existence d’un pic de courant, qui traduit l’échauffement progressif du filament lors
de la mise sous tension.

Figure 1 : Intensité i(t) dans une lampe seule.

Au début, à la température ambiante T = TA = 300 K, la résistance R (TA) = RA du


filament froid est faible (environ 1 à 2 Ω), mais elle augmente rapidement au fur et à
mesure de la montée en température. En régime permanent, la température se fixe à
T = To . 2400 K et la résistance à R (To) = Ro (pour les lampes E10 classiques la valeur est
de l’ordre d’une dizaine d’ohms).
E
L’intensité dans la lampe passe donc d’une valeur initiale i (t = 0+) = à la
RA + r
E
valeur limite i (t = 3) = < i (t = 0) en quelques dixièmes de secondes.
Ro + r

1.2. Intensité du courant dans une branche lampe - bobine


Pour mettre en évidence l’instauration progressive de l’intensité dans une branche
inductive, il est d’usage d’associer une lampe à une bobine d’inductance L relativement
élevée de l’ordre du henry.
Par comparaison avec une autre lampe en série avec une résistance non inductive,
on met ainsi en évidence un retard à l’allumage (cf. figure 2 ci-contre).
Immédiatement après la fermeture de l’interrupteur, l’intensité dans la branche A est
E
nulle vu la présence de la bobine, tandis que iB (t = 0+) = si on néglige l’auto-induc-
RA + r

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Figure 2 : Schéma du montage à deux lampes.

tance du filament.
Comme le montrent les enregistrements des intensités via les tensions aux bornes
des résistances placées en série, le pic de courant dans la lampe A n’est pas effacé par la
présence de la bobine.

Figure 3 : Intensités dans deux lampes avec résistance ou avec bobine.

Une étude systématique, réalisée avec une autre ampoule, montre qu’une augmen-
tation de L se traduit par une diminution de la hauteur du pic assortie d’un décalage dans
le temps. Ce dernier est moins haut, mais il apparaît plus tard (cf. figure 4a ci-après).
Ceci est qualitativement évident car deux phénomènes évoluant en sens inverses
sont à l’œuvre durant ce régime transitoire. La montée en température se traduit par une
augmentation de la résistance, donc tend à une diminution de l’intensité. Le phénomène
d’auto-induction se caractérise, au contraire, par une tendance à une augmentation pro-
gressive de l’intensité du courant.
Ces deux phénomènes coexistent, si les temps caractéristiques associés sont du
même ordre de grandeur. En imposant l’intensité initiale, l’effet inductif est prépondérant
au début de l’expérience, mais c’est probablement l’effet thermique qui régit la fin du
régime transitoire si le temps caractéristique de l’effet thermique est assez long.

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Figure 4a : Intensité dans la lampe en série avec une bobine, influence de L.

Figure 4b : Non-proportionnalité de ∆tsom avec L.

Figure 5 : Réalisation du capteur optique. Figure 6 : Photodiode et amplificateur opérationnel


en convertisseur courant-tension
(l’entrée inverseuse et le potentiel – 12 V sont reliés
à une prise jack femelle).

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1.3. Position du pic en fonction de l’inductance du circuit


L’influence de L sur l’évolution du pic de courant semble à première vue satisfai-
sante. Le sommet du pic est bien atteint avec un retard ∆tsom sur la fermeture du circuit,
qui augmente qualitativement avec L exactement comme la constante de temps
L
xelec = d’un circuit R - L.
Rtotale
Dans le tableau 1 ci-dessous sont consignées les durées ∆tsom séparant la fermeture
de l’interrupteur et le passage par le sommet du pic d’intensité pour L allant de 0,14 à
1 H et rL + rS = 10 Ω, Ro = 12 Ω.

Inductance L en H 0,14 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1
L
x= en ms 6 9 13,6 18 23 27 32 36 41 46
rL + rS + Ro
∆tsom en ms 14 19,5 25 26,9 30 34 36 37 39 41
Tableau 1

Malheureusement, comme le montre la figure 4b ci-contre le décalage du pic ∆tsom


n’est pas proportionnel à xelec " L. Le phénomène s’avère donc nettement plus complexe,
il nous faut donc explorer la relation entre l’intensité dans la lampe et sa luminosité.

2. LA LUMINOSITÉ D’UNE LAMPE EST-ELLE UN BON INDICATEUR


DE COURANT EN RÉGIME TRANSITOIRE ?
Pour savoir si ce que l’œil perçoit est le reflet de l’intensité i dans le circuit, com-
parons i(t) à la puissance lumineuse émise Plum en utilisant un capteur optique.

2.1. Un capteur de lumière


Nous utilisons le dispositif schématisé ci-contre (cf. figure 5).

2.1.1. Photodiode
Le capteur optique est une photodiode BPW34 sensible dans le visible. Le temps de
réponse de ce composant est de l’ordre de 100 ns au maximum. Ce capteur est donc beau-
coup plus rapide que le phénomène que l’on se propose d’étudier.

2.1.2. Association avec un amplificateur opérationnel


L’amplificateur opérationnel, monté en convertisseur courant - tension, permet de
mesurer une intensité is variable tout en maintenant constante la tension qui polarise la
photodiode.

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2.2. Régime transitoire thermique d’une lampe


à incandescence seule
Pour comparer i(t) et Plum, il suffit de placer le capteur optique au voisinage de la
lampe et d’enregistrer à la fois l’intensité (via la tension aux bornes d’une résistance en
série) et sa luminosité au cours du temps. On néglige l’évolution de la composition spec-
trale émise avec T(t), pour admettre que us est proportionnel à Plum [1].

Figure 7 : Schéma du montage.

On sait que le temps caractéristique de variation de Plum avec T est négligeable ; alors
les sens comparés des variations de Plum avec T sont les mêmes à tout instant.
Ainsi on voit clairement sur les graphes que l’échauffement du filament intervient
alors que le courant a déjà pratiquement atteint sa valeur limite.

Figure 8 : Intensité et puissance lumineuse lors de l’allumage en l’absence de bobine.

Ces deux graphes montrent que :


♦ Plum et la température du filament sont en retard sur l’intensité ;
♦ lorsque l’intensité est maximale, le filament est encore sombre ;
♦ Plum commence à peine à augmenter alors que le régime transitoire électrique est pra-
tiquement terminé ;

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♦ le temps de montée ∆t10 - 90 de Plum est voisin de 60-70 ms.


Dans les conditions habituelles de l’expérience (1,1 H ; Rtotale . 10-20 Ω), ∆t10 - 90 et
J L N
le temps de montée associé à la cellule RL KK ln 9 OO ont des valeurs numériques voisines.
R
L totale P
En conséquence, le comportement thermique ne peut être dissocié de l’auto-induc-
tion et nous pouvons nous attendre à quelques surprises lors de l’ajout d’une bobine en
série avec la lampe.

2.3. Comparaison courant - luminosité d’une lampe électrique


associée à une bobine
2.3.1. Protocole de l’expérience

Figure 9 : Dispositif de mesure de l’intensité et de la puissance lumineuse émise.

2.3.2. Graphes expérimentaux

Figure 10a : Intensité lumineuse dans un circuit lampe - bobine : influence de L.

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Figure 10b : Puissance lumineuse dans un circuit lampe - bobine : influence de L.

L’introduction d’une bobine en série avec la lampe modifie fortement à la fois l’évo-
lution de l’intensité et la puissance lumineuse émise par la lampe.
Lorsque l’inductance L augmente, les deux courbes affichent un retard plus important.
En aucun cas on ne peut dire que le début du phénomène optique coïncide avec
l’instauration de l’intensité dans le circuit.
La présence d’une bobine de forte inductance fait nettement diminuer le temps de
montée ∆t10 - 90 de Plum.
Bien qu’ayant démarré plus tard, la luminosité de la lampe en série avec L rattrape
celle de la lampe en série avec la résistance non-inductive.

2.4. Pourquoi cette expérience fonctionne-t-elle néanmoins ?


Pourtant nous avons tous exploité cette expérience en cours et nous savons que le
décalage temporel est bien visible. Mais peut-on se fier à notre œil ? Est-il capable de
détecter un dépassement de 25 % de la luminosité, indiscutable au vu de la réponse du
capteur, au cours du transitoire ?
La réponse n’est pas évidente en soi. À notre sens, il est probable que notre cerveau
traite cette situation de manière binaire, car il lui est difficile de quantifier avec précision
le flux lumineux variable dans le temps. Nous détectons le passage de la frontière
« éteinte / allumée », qui se fait pour des valeurs relativement faibles de la luminosité,
sans attacher d’importance à l’augmentation ultérieure de Plum.
Le lecteur pourra se convaincre expérimentalement que le filament est nettement incan-
P
descent lorsque lum $ 15 %. Si l’on introduit cette valeur - seuil de perception arbitraire de
Pmax
15 %, les graphes de Plum pour les associations lampe - résistance et lampe - bobine expli-
citent bien l’origine du retard visuel à l’allumage de l’ampoule.

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Figure 11 : Comparaison de Plum (t) pour lampe-R et lampe-L.

3. UN MODÈLE DE RÉGIMES TRANSITOIRES COUPLES THERMIQUE


ET ÉLECTRIQUE
3.1. Présentation du modèle
Pour décrire le comportement du circuit, il est donc nécessaire de préciser le cou-
plage entre l’échauffement de la lampe et l’instauration du courant via deux variables :
la température T et l’intensité I.

Le bilan énergétique du filament entre les instants t et t + dt s’écrit :


dT
mcp + v2rtlT 4 = R (T) I 2
dt
en négligeant la convection et le rayonnement en provenance du verre de la lampe ;
v désigne la constante de Stefan-Boltzmann, t le rayon du filament et l sa longueur
[1].

En régime permanent l’intensité vaut I o, la température To , 2400 K et la résistance


du filament Ro. De surcroît, la résistance du filament de tungstène variant pratiquement
linéairement avec la température (cf. figure 1 de [1]), on peut réécrire l’équation diffé-
rentielle :
1 dT v2rtl 4 R (T) I 2 Ro I o 2 T I 2
+ T = = (équation thermodynamique)
To dt mcp To mcp To mcp To 2 I o2

Par ailleurs, la loi des mailles donne :


dI
L + (R + r) I = E
dt
dI R (T) + r Ro + r E
puis : + # I = (équation électrique)
dt Ro + r L L

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3.2. Introduction de paramètres sans dimension


T R I r
= , y = et a =
L’introduction des grandeurs adimensionnelles x = permet
To Ro Io Ro
dx v2rtlTo 3 4 Ro I o 2 2
de réécrire l’équation thermodynamique en + x = xy .
dt mcp mcp To

Le régime permanent étant caractérisé par x = 1, y = 1 il vient Ro I o 2 = v2rtlTo 4.


dx 1 4 1 mcp
On trouve donc finalement + x = xy2 en posant xther = .
dt xther xther v2rtlTo 3

De même l’équation électrique se simplifie en :


dy x + a y 1
+ =
dt 1 + a xelec xelec
L
avec : xelec =
Ro + r
Le système de deux équations reliant les variables x et y est fortement non-linéaire :
dx 1 4 1
+ x = xy2 (1)
dt xther xther
dy x + a y 1
+ = (2)
dt 1 + a xelec xelec
300
Les valeurs initiales sont xo , = 0,125 et yo = 0. En négligeant la résistance
2400
r +r
interne du générateur, le paramètre a est voisin de l’unité a = L s , 0, 90.
R0
On prend xther comme unité temporelle, puis on fait varier xelec entre 0,1 et 1 à l’aide
du logiciel de calcul formel Maple ®.

3.3. Comparaison avec l’expérience


3.3.1. Influence de xelec, donc de L, sur l’intensité du courant
La représentation des fonctions x (t, xelec) avec Maple ® pour diverses valeurs de xelec
confirme pleinement les courbes expérimentales. Le pic de surintensité existe quelque
soit l’inductance, mais la valeur maximale décroît avec L en même temps que le retard
de ce maximum augmente (cf. figure 12 ci-contre).

3.3.2. Influence de xelec sur la température du filament


La puissance lumineuse émise par le filament est directement reliée à la température
(Plum " T 4). La simulation numérique est en total accord avec les résultats expérimentaux. Si
L est assez élevée, la température donc la luminosité dépasse momentanément la valeur finale.

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Figure 12 : Intensité dans la lampe pour diverses valeurs de x elec : prévision théorique.

Figure 13a : Température du filament pour diverses valeurs de x elec, prévision théorique.

Figure 13b : Puissance lumineuse émise par le filament (" T 4) pour diverses valeurs de x elec,
prévision théorique à comparer à la figure 10b.

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4. ASSOCIATION CONDENSATEUR-LAMPE À INCANDESCENCE


4.1. Analyse qualitative
L’association d’un condensateur en série avec la lampe, proposée dans le cadre des
nouveaux programmes de terminales S, introduit de nouvelles perspectives.
La tension aux bornes d’un condensateur est une fonction continue du temps, mais
en l’absence d’inductance dans cette branche, il n’y a pas de contraintes sur l’intensité.
Au début du régime transitoire, le condensateur est déchargé et il se comporte
comme un fil. Par contre lorsqu’il est chargé, l’intensité s’annule et son comportement
s’apparente à un interrupteur ouvert.
En conséquence le début du transitoire est sous contrôle thermique, le filament
s’échauffe. Puis au fur et à mesure que le condensateur se charge, l’intensité diminue
progressivement et la lampe s’éteint. Les deux échelles de temps en compétition sont
xelec = Rtotale C et xther. Pour voir le flash lumineux, il faut donc choisir xelec > xther. Contrai-
rement au cas de la bobine, la plage exploitable pour xelec est beaucoup plus large et doit
permettre a priori une observation aisée.

4.2. Prévision numérique


Exploitons notre modèle théorique qui a donné des résultats corrects, en adaptant
l’équation électrique à un circuit lampe - condensateur.
dl I
La loi des mailles suivie d’une dérivation temporelle donne + = 0.
dt 7 R (T) + r A C
En posant xelec’ = C 8 r + Ro B, il vient :
1 dI 8 Ro + r B I dy 71 + a A y
+ =0 & + =0
I o dt 7 R (T) + r A xelec’ dt 7 x + a A xelec’
avec les notations du paragraphe 3.2. Le système d’équations différentielles non-linéaires
couplées devient dans le cas d’un circuit lampe - condensateur :
dy 71 + a A y dx 1 4 1
+ = 0 et + x = xy2
dt 7 x + a A xelec ’ dt xther xther

300 r + Ro
Les conditions initiales sont xo , = 0,125 et yo = (cf. figures 14a et 14b
2400 r + RA
ci-contre).
La simulation confirme les prévisions qualitatives ; il faut choisir C assez grand
pour que le filament ait le temps de s’échauffer. La décroissance ultérieure de T traduit
la charge progressive du condensateur et la baisse d’intensité qui en résulte (cf. figure 14c
ci-contre).

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x’elec t
Figure 14a : Luminosité prévue pour ! 7 2 ; 14 A et ! 7 0 ; 10 A.
xther xther

x’elec t
Figure 14b : Puissance lumineuse émise prévue (" T 4) pour ! 7 2 ; 14 A et ! 7 0 ; 10 A.
xther xther

x’elec t
Figure 14c : Intensité prévue pour ! 7 2 ; 14 A et ! 7 0 ; 10 A.
xther xther

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En ce qui concerne l’intensité simulée, un phénomène surprenant apparaît : la


xelec
courbe I(t) évolue de manière quasi-affine si le rapport est assez grand.
xther

4.3. Test expérimental

Figure 15 : Montage expérimental.

Les essais ont été réalisés sur une lampe (6 V ; 0,45 A) et deux condensateurs de
90.103 µF et de 10.103 µF.

Figure 16 : Intensité et luminosité observées pour C = 90 mF.

Lorsque x’elec est élevé, on voit apparaître la décroissance affine de l’intensité assor-
tie d’un flash lumineux de durée voisine de la seconde.
Par contre pour des valeurs plus faibles de C (tout est relatif !), l’émission lumi-
neuse est beaucoup plus courte mais reste visible (cf. figure 17 ci-contre).

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Figure 17 : Intensité et luminosité observées pour C = 10 mF.

5. ET LE RETARD À L’EXTINCTION
5.1. L’usage d’un interrupteur empêche de voir le retard à l’extinction
Le protocole expérimental habituellement utilisé (cf. figure 2) ne permet pas de
mettre en évidence le retard à l’extinction. Lors de l’ouverture de l’interrupteur, l’inten-
sité du courant dans la branche comportant la bobine est continue, mais le courant dans
l’autre branche s’inverse. Lors de ce régime transitoire, les deux lampes sont en série.
Les luminosités varient dans le temps, mais restent égales à chaque instant (pour deux
lampes identiques).

5.2. Amélioration du protocole expérimental


Pour montrer que le retard à l’extinction existe, il faut utiliser un générateur de
signaux rectangulaires (u = 0 et u = E) de très basse fréquence susceptible de délivrer un
courant d’intensité suffisante pour alimenter les deux ampoules. Lorsque uGBF = 0, les
deux branches sont reliées à la masse l’une indépendamment de l’autre. Avec ce mon-
tage, on voit bien l’ampoule en série avec la bobine s’éteindre plus lentement que l’autre.

Figure 18 : Montage pour la mise en évidence du retard à l’extinction.

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CONCLUSION
Le retard à l’allumage en présence d’une bobine est une expérience simple à mon-
ter, tellement visuelle que l’on peut se passer d’explications quant au rôle du filament.
Sous cette simplicité apparente se cache une réelle complexité. Rétrospectivement, c’est
par un heureux hasard que cette expérience réussit si bien. Faut-il pour autant l’envoyer
aux oubliettes de la pédagogie ? Chacun est seul juge en la matière. Pour notre part, la
compréhension des phénomènes physiques qui la régissent la rend, au contraire, encore
plus attrayante… à condition qu’aucun de nos élèves ne devienne trop curieux.

BIBLIOGRAPHIE
[1] DEIBER André, KEMPF Olivier et Groupe GRESEP. Lampe à incandescence, corps
noir, loi de Stefan et filtre passe-bas thermique. Bull. Un. Phys., octobre 2000,
vol. 94, n° 827, p. 1595-1624.

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