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Bulletin de l'Association de

géographes français

L'indice xérothermique
Henri Gaussen, F. Bagnouls

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Gaussen Henri, Bagnouls F. L'indice xérothermique. In: Bulletin de l'Association de géographes français, N°222-223, 29e
année, Janvier-février 1952. pp. 10-16;

doi : 10.3406/bagf.1952.7361

http://www.persee.fr/doc/bagf_0004-5322_1952_num_29_222_7361

Document généré le 19/04/2016


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Communication de MM. H. Gaussen et F. Bagnouls

L'indice xérothermique

Dans la synthèse de couleurs préconisée par l'un de nous


pour représenter l'écologie des divers milieux dans le monde,
figure l'indice xérothermique. Il est destiné à fournir des
indications sur la durée de la période de sécheresse.
Parmi les divers climats mondiaux, certains présentent une
longue période de sécheresse coïncidant avec les températures
les plusi hautes au lieu considéré. Pour ces climats-, ce facteur
prend une grande importance en application de la loi du
minimum (l'humidité est à son minimum) et dans une synthèse
biologique bien faite, ce facteur peut presque suffire à lui seul
pour caractériser un climat. Par contre, les pays qui ont, au
cours de l'année, une humidité suffisante, ne sont pas intéressés
par la valeur de ce facteur.
Donc seuls les pays xérothères (1) sont à envisager ici.
Dans les projets pour diverses cartes du monde (1949) (2),
l'indice xérothermique a été défini ; nous complétons la
définition de la façon suivante :
« II s-'agit de compter le nombre de jours secs à travers les
mois secs consécutifs. On appelle — arbitrairement — mais
il faut une convention, mois sec un mois où :
II tombe moins de 10 mm. d'eau avec une température
moyenne inférieure à 10°.
Il tombe moins de 25 mm. d'eau avec une température
comprise entre 10° et 20°.
Il tombe moins de 50 mm. d'eau avec une température
comprise entre 20° et 30°.
Il tombe moins de 75 mm. d'eau avec une température
supérieure à 30°. »
Ceci convenu, nous compterons au cours des mois secs
consécutifs le nombre de jours « p » sans pluie. Ce ne sont pas
nécessairement des jours biologiquement secs.
Les jours de brouillard ou de rosée seront comptés pour une
demi-journée.
Pour tenir compte de l'humidité relative H (état
hygrométrique), nous convenons que :
si H < 40, les jours sont secs ;
si 40 < H < 60, un jour compte pour 9/10 ;
si 60 < H < 80', — — 8/10 ;
si 80 < H — — 7/10.

(1) Xérothère = à été sec, le mot été étant pris dans le sens de saison la
plus chaude au lieu considéré.
(2) Gaussen H. : Projets pour diverses cartes du monde à 1/1.000. 000*. La
carte écologique du tapis végétal. Congrès international de Géographie, Lia-
bonne, 194,9.
— 11 —

Nous obtiendrons ainsi, après compensation, la durée de la


période de sécheresse constituant l'indice xérothermique.
Il est utile de remarquer que dans ce calcul il est tenu compte
die l'humidité atmosphérique dont le rôle sur la végétation est
considérable. Des plantes du désert de Kalahari vivent sans .
précipitations enregistrables, les sources coulent à La Réunion
au début de la saison des pluies- avant que les pluviomètres aient
enregistré la moindre précipitation (Rivais). Ce n'est pas une
raison d'arguer de l'insuffisance des données hygrométriques
pour ne pais en tenir compte. Ce qui est fait ici doit .être
amélioré, mais pour le végétal, l'état hygrométrique est
certainement de première importance.
Remarquons, d'autre part, que la température intervient dans
le calcul, ce qui a pour effet de différencier les climats ofoxé-
rothères dans les montagnes.
Les conventions proposées sont établies pour signaler le
facteur de régime xérothermique sur la carte du tapis végétal
à l'échelle de l/l.OOO.O'OO. Il est évident que si leur emploi
conduit à des résultats défectueux, il n'est que de^s modifier.
D'autre part, il est clair que pour des études faites à plus grande
échelle, le problème peut -être serré de plus près en consultant
des données météorologiques journalières.
La présente étude porte, en détail, sur une région comprenant:
— l'Algérie centrale et orientale ;
— le littoral méditerranéen français ;
— la vallée du Rhône ;
— la vallée de la Têt.
Pour termes de comparaison, nous avons pris :
— en Afrique du Nord : quelques stations dans des régions
différentes du Maroc, de la Tunisie, et de l'Algérie occidentale ;
— en Espagne, la vallée de l'Ebre ;
— quelques stations en France ;
— quelques stations dans les territoires outre-mer : Sénégal,
Gôte-divoire, Laos, Annam, Taihlti. Il n'en, sera pas question ici.
Le choix de ces stations a été guidé par la recherche dfune
plus grande sincérité dans les documents météorologiques,
utilisés. Cependant, toutes lesi stations ne donnent pas la totalité
des renseignements ; les données manqteantes ont alors été
déduites ,par comparaison avec des stations! voisines situées dans
une miême région géographique.
Par souci de simplification, nous avons arrondi toutes les
valeurs à l'unité.
Il a été étudié 112 stations. Nous en citons quelques-unes par
ordre croissant de l'indice :
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Tableau
Durées de la saison sèche
(par ordre croissant)
Biarritz (F) 0 Saragosse (E) 97
Lyon (F) 0 Tlemcen (A) 97
Bordeaux (F) 12 Sétif (A) 98
Montélimar (F) 13 Rabat (M) 9«
Vernet-les-Bains (F) 15 Médéa (A) 99
Toulouse (F) 30 Oran (A) 100
Pampelune (E) 34 Saïda (A) 101
Prades (F) 40 Casablanca (M) 10*2
Carcassonne (F) 42 Ain el Gotia (A) 102
Avignon (F) 43 Khemisset (M) 102
Hue,sca (E) 45 Taza (M) 102
Nîmes (F) 46 Bouira (A) 104
Ain el Ksar (A) 53 Batna (A) 105
Montpellier (F) 57 Arris (A) 106
Nice (F) 57 Bou Thaleb (A) 109
Bougie (A) 59 Tiflet (M) 112
Marseille (F) 60 Tunis (T) 113
Barcelone (E) 62
Bekrit (M) 62» Fez (M) 118
Djidjelli , (A) 64 Maillot (A) 120
Perpignan (F) 65 Tebessa (A) 123
Tabarka (T) 70 Oudjda (M) 124
Azrou (M) 70 Djelfa (A) 126
Oulmès (M) 73 Kairouan (T) 137
Fort National (A) 75 Marrakech (M) 178
Blida (A) 75 Médénine (T) 190
Alger (A) 77 El Kantara (A) 206
Aflou (A) 77 Guercif (M) 245
Philippeville (A) 78 Gabès (T) 266
La Galle (A) 83 Laghouat (A) 290
Herbillon (A) 84 Gafsa (T) 29«
Tanger (M) 8& Bou Denib (M) 303
Meknès (M) 90 Biskra (A) 316
Michelet (A) 92 Figuig (M) 332
Guelma (A) 94 Touggourt (A) 332
Constantine (A) 95 Tozeur (T) 336
Tizi-Ouzou (A) 96 Ghardaia (A) 343

Une carte à 1/5.000.000 a été dressée, elle montre que


l'indice caractérise le climat méditerranéen de façon très
intéressante.
Partout, les mois les plus chauds sont juin, juillet, août et
septembre. Assez souvent, le mois de septembre est un peu plus
chaud que le mois de juin.
En Afrique du Nord, les mois extrêmement secs, nettement
marqués, du Sahara au littoral, sont juillet et août. A ce
moment-là, il ne tombe pas plus d'eau à Alger qu'à L(aghouat,
moins à Tanger qu'à Bou Denib.
En France, ce caractère est nettement moins manqué :
Perpignan, Marseille, Nice, le conservent. Avignon, Nîmes,
Carcassonne ont le mois d'août plus pluvieux que certains mois
d'hiver. Mais juillet reste le mois le plus sec.
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Dans la vallée de l'Ebre, en général, juillet et août sont aussi


les; moisi les plus secs, mais c'est alors août qui est moins ,
pluvieux que juillet.
Si nous- considérons la durée brute de la saison sèche (sans
faire intervenir brouillard et humidité relative), nous
constatons que :
I. La durée de la saison sèche dans les contrées étudiées n'est
pas très influencée par le total annuel des précipitations. Elle
est aussi longue à Batna (346 mm.) qu'à, El Milia (1.114), aussi
longue à Oudjda (354) qu'à Tanger (848)...
IL La durée de la saison sèche n'est pas influencée par la
latitude. A Matmata, elle est moindre qu'à Gabès, à Géryville
moindre que celle d'Oran, plus courte à Barcelone qu'a
Perpignan...
III. Par contre, la durée de la saison sèche subit fortement
l'influence de l'altitude. A précipitations égales, elles sont
mieux réparties dans le temps à mesure que l'on s'élève. D'jelfa,
Arris (Atlas Saharien) ont une saison sèche beaucoup plus
courte que les pays qui les entourent. Ain el Gotia (Atlas
Saharien, 1.350 m.) l'a plus courte que Maillot (Atlas Tellien, 465 m.).
Ces localités de l'Atlas Saharien sont situées, dans des vallées.
Si l'on s'élève davantage, la durée de la saison sèche va en
diminuant. Beikrit (Maroc), Aflou (Algérie) illustrent1 cette
constatation.
A ce propos, disons que la saison sèche est toujours marquée
en Afrique du Nord, même en altitude. On peut donc parler
d'un climat de montagne à été sec : oroxérothère.
Si on considère les stations de la vallée die la Têt, en France,
on constate tque Mont-Louis n'a plus de saison sèche, à Vernet-
les-Bains (en dehors de la limite de l'olivier), elle est
insignifiante. Il n'est plus question de climat euméditerranéen. C'est un
climat montagnard à été sec.
Classification des régimes xérothermiques
La comparaison avec la végétation montre que :
le nombre 40 marque, en gros, la limite de la région eumédi-
terranéenne ;
le nombre 100 marque la fin du chêne-liège ;
de 100 à 150, il y a prédominance du pin d'Alep ;
de 150 à 200, on voit encore des essences très xérophiles ;
la steppe des hauts-plateaux, mêlée à des cultures temporaires ;
de 200 à 300, c'est le domaine de la steppe des hauts-plateaux
et 300 marque en gros> le désert.
Nous pouvons noter :
XI au-dessous de 40 jours secs •
X2 de 40 à 100 j. ;
X3 de 100 à 150 j. ;
X4 de 150 à 200 j. ;
X5 de 200 à 300 j. ;
X6 au-dessus de 300 j.
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II n'est pas inutile de signaler quelques points intéressants :


Ainsi, par exemple, Carcassonne et Toulouse sont deux cités
voisines. Elles ont le même total de précipitations, à peu près
le même régime de température, mais leur régime xérothermi-
que est différent. Ne nous étonnons pas de trouver des milieux
différents.
Nice et Souk-Ahras ont le miême régime die température et les
mêmes précipitations. Mais Souk-Ahras a un indice de 94, Nice
57. Les climats ne sont pas les mêmes.
Constantine et Thala présentent les mêmes caractéristiques
pour la température, les précipitations et leur régime xérother-
mique. Ces deux localités ont à peu près le même climat.
On peut faire le même rapprochement entre Batna et Sara-
gosse.
Par contre, aucun rapprochement n'est possible entre Miche-
let et Biarritz qui ont la même tranche d'eau et des temipéra-
tures à peu près semblables. Michelet avec 92 est totalement
différent de Biarritz qui a 0.

Le régime xérothermique et les indices climatiques.


Nous pensons avoir suffisamment démontré l'importance du
facteur de régime xérothermique qui, associé aux autres
facteurs du climat, donne des résultats très intéressants dans des
études climatiques.
Nous nous proposons maintenant d'examiner si ce facteur peut
intervenir pour confirmer ou modifier les résultats obtenus en
appliquant des indices climatiques établis pour la région
méditerranéenne.

Quotient phwiothermique d'Emberger (3) :


Rappelons que la formule du quotient est
100 P
2 (M -f m) (M — mf
2

P représente le total annuel des précipitations, corrigé quand
cela est possible par "365"
N , N étant le nombre annuel des jours

de pluie ;
M la moyenne des maxima du mois le plus chaud ;
m la moyenne des minima du mois le plus froid.
En associant la valeur du quotient avec la valeur de m, sous
la forme graphique, M. Emiberger classe les stations dans les
étages méditerranéens : humide, tempéré, semi-aride, aride et
zone saharienne.

(3) L,. Rmberger : Sur une formule climatique et ses applications en bota»
nique (La Météorologie, novembre-décembre 1932, p. 423).
— 15 —

Coefficient ctétésianité de Curé :


Curé, étudiant le mode de répartition des pluies, propose un
Ra
coefficient d'étésianité : E= rr—

Ra représente le total annuel des précipitations ;
Re le total des précipitations des trois mois consécutifs les
moins pluvieux.
Disons tout de suite que Curé ne considère pas ce coefficient
comme déterminant un facteur du climat ; il l'utilise comme
facteur de déplacement pour des études climatiques à très petite
écihelle.
Coefficient d'aridité de Dubief (4i) :
Dubief caractérise l'aridité des pays africains par un
coefficient très simple :

où P représente les précipitations ; Ej l'évaporation journalière.


Tout se passe comme si Dubief calculait combien de jours
mettra la pluie à s'évaporer.
Pu
En réalité, Dubief a établi la relation : D = -^7-
Al
où Pu représente la pluie utile, c'est-à-dire les- précipitations
moins la somme de l'eau de ruissellement R et de l'eau
d'infiltration I :
Pu = P — (R + I)
et il voudrait corriger Ej pour tenir compte de l'évaporation
physiologique. Mais n'ayant pas les moyens de déterminer ces
valeurs, il se contente d'une formule approchée.
M. R. Capot-Rey (5) transforme le coefficient de Dubief pour
tenir compte de la façon dont les pluies tombent.
Il obtient :
100 P n p
i —

où P — moyenne annuelle des pluies ;


p = moyenne de pluies du mois le plus humide ;
E = evaporation annuelle (en millimètres) ;
e = evaporation du mois le plus humide.
Pluviosité estivale de H. Gaussen (6).
Il y a bien longtemps, en 1921, l'un de nous a étudié la
pluviosité durant les quatre mois secs consécutifs juin à septembre

(4) J. Dubief : Evaporation et coefficients climatiques au Sahara. Travaux


de l'Institut de Recherches sahariennes (tonne VI, 1950).
(5) R. Capot-Rey : Indice d'aridité au Sahara français. Bulletin de
l'Association de Géographes français, nos 216-217, mars-avril 1961.
(6) Gaussen H. : Pluviosité estivale et végétation dans les Pyrénées
françaises. Ann. de Géog., t. XXX, 1921, pp. 249-256, une catrte, Paris.
— 16 —

inclus aux Pyrénées orientales françaises, juillet à octobre


inclus aux Pyrénées centrales françaises et a montré que la
courbe de 200 mm. coïncidait avec la limite extrême de l'olivier,
celle de 250' avec la limite extrême du chêne-vert sur calcaire.
Il y avait quelques difficultés! à généraliser vers l'Hérault et
le Gard car les fortes lames d'eau des pluies du début de
l'automne intervenaient de façon très effective.
Indice de P. Birot (7),
Nous avons examiné jusqu'à présent des indices qui n'ont pas
été établis pour ce qui nous préoccupe, sauf le dernier.
Avec M. P. Birot, la question est différente. Il a étudié le miême
sujet que nous et a cherché à caralctériser par une formule la
durée et l'intensité de la sécheresse dans les pays méditerranéens.
P. Birot considère la formule :
1 ~
T
où P représente les précipitations ;
J le nombre de jours de pluie ;
T la température moyenne ;
et il énonce les définitions suivantes :
I. Tout mois dont l'indice est inférieur à 10 est considéré
comme aride.
IL L'indice d'aridité estivale E est la somme de toutes les
différences 10 — im. pour tous les mois où i est inférieur à 10.
III. La végétation méditerranéenne est possible quand une
région a au moins un mois dont l'indice est inférieur à 10.

Conclusion
II y a lieu de 'confronter l'indice xéro thermique avec
quelques-uns des indices étudiés et critiqués de façon excellente
par Curé (1943).
Un graphique permet de comparer trois de ces indices avec
celui qui est proposé ici.
Nous avons utilisé l'échelle voulue pour partir du même zéro
et arriver à la même valeur pour Ghardaïa.
On peut remarquer que tous les indices sont d'accord pour
les fortes sécheresses annuelles. La lame pluviométrique non
estivale intervient trop, à notre avis, pour les indices donnés par
les autres auteurs.

(7) P. Birot : Sur une nouvelle fonction d'aridité appliquée au Portugal.


Porto, 194S.

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