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https://youtu.

be/txJBYkls_os ( video d’haiti pour FRN 311) à recocder

La révolte à Saint-Domingue

Le 22 août 1791, des dizaines de milliers d'esclaves de Saint-Domingue (dans


la partie occidentale de l'île) se révoltent. La révolte est dirigée par l'esclave
Boukman. Lorsque celui-ci meurt, à la fin du mois d'août, il est remplacé par
Jean-François et Biassou. Plus tard, c'est Toussaint Louverture qui prend la
direction de l'armée noire. Cette révolte dure plusieurs mois.

Les colons appellent les Anglais à l'aide. Les Espagnols choisissent, eux,
d'aider les esclaves, dans l'espoir de reconquérir les territoires perdus depuis
un siècle. Jean-François et Biassou sont officiellement au service de l'Espagne.
Et c'est l'Espagne qui nomme Toussaint Louverture lieutenant général. Mais
les esclaves tournent toute leur lutte dans le sens de l'abolition de l'esclavage.

À Paris, la bourgeoisie s'oppose complètement à la révolte. Seul


l'hebdomadaire Les Révolutions de Paris soutient clairement les esclaves
insurgés. Ses rédacteurs reprochent la timidité de la Société des Amis des
Noirs, qui trouve que cette insurrection est un grand « malheur » qui risque
de pousser les colons dans les bras de la réaction et couper les colonies de la
Révolution française. Le journal Les Révolutions de Paris envisage même que
Saint-Domingue fasse sécession de la France. Mais pas n'importe comment
.Un député comme Garran-Coulon, dans une intervention à la Législative de
février 1792, précise : avant toute indépendance il faudra « s'être assuré de
la réalité du voeu de la majorité de ces habitants pour l'indépendance après
avoir mis les citoyens de toutes les couleurs à portée de l'émettre librement.
Il ne faut pas que cette indépendance, établie pour les Blancs seuls, soit pour
eux un moyen d'asservir les hommes de couleur, en éternisant l'esclavage des
nègres. » Chez certains révolutionnaires, on sait distinguer la question
nationale de la question sociale.

La loi du 4 avril 1792 reconnaît enfin la pleine égalité politique des mulâtres,
mais les propriétaires à Saint-Domingue mettront encore beaucoup de temps
à appliquer réellement la loi. Le pouvoir en métropole décide d'envoyer des
commissaires civils précisément pour faire appliquer cette loi. Il s'agit des
anti-esclavagistes Sonthonax, Polverel et Ailhaud, qui désertera et sera
remplacé par Delpech. Sur place, Sonthonax et Polverel se montrent avant
tout les gérants des intérêts de la Révolution bourgeoise bien plus que les
soutiens des esclaves insurgés. En tout cas peuvent-ils au moins témoigner à
Paris que la répression et l'envoi de troupes ne serviront à rien face aux
revendications des esclaves en guerre contre leur sort.

De plus en plus la politique de la métropole s'apparente à une politique de


maintien des liens coloniaux. Là encore les idées divergent. Les députés
favorables aux colonies ne manquent pas, et font le lien entre ce maintien et
la pérennité de l'esclavage. Mais dans un article à la Chronique de Paris du 26
novembre 1792, Condorcet, membre de la Société des Amis des Noirs,
dénonce l'inutilité des colonies. Un autre article, anonyme, daté du 9 février
1793 déclare : « Toutes les colonies vont se détacher et devenir des Etats
particuliers. Le système commercial va changer ; celui de la France doit être
de dominer sur la Méditerranée. »

Ces considérations sur l'avenir sont sans doute un reflet de l'inéluctabilité de


la fin de l'esclavage pour nombre de révolutionnaires. Pourtant sur le terrain,
rien n'est gagné. Sonthonax et Polverel, chargés de faire appliquer la loi votée
à Paris, font expulser des colons, mais doivent aussi apaiser les ardeurs des
Noirs insurgés, y compris par des renoncements. À Paris, Chaumette semble
juger avec peu d'aménité les manoeuvres de ses anciens compagnons. Il
organise le 4 juin 1793 dans la foulée de l'arrestation des députés girondins
une délégation noire et blanche à la Convention pour réclamer l'abolition. Il
n'est pas suivi par Robespierre qui accuse les antiesclavagistes, et en
particulier le girondin Brissot de fomenter les troubles dans les colonies pour
affaiblir la France révolutionnaire. L'insurrection noire et la Vendée, pour
Robespierre, c'est la même chose. Robespierre, qui n'exclut pas une guerre
de conquête en Europe, est un grand partisan du colonialisme.

Finalement, le 29 août 1793, le gouverneur de Saint-Domingue, Sonthonax,


proclame la libération des esclaves, libération qui était d'ailleurs déjà acquise
dans les faits !

C'est cette révolte et les conséquences qu'elle risque d'avoir dans toute la
région qui poussent la Convention, le 4 février 1794 (16 pluviôse an II), à
décréter l'abolition de l'esclavage. Ce décret d'ailleurs ne dit rien de la traite
elle-même. De même elle n'empêche pas le racisme des colons de perdurer.
Le décret d'abolition est salué par le journal Les Révolutions de Paris.

Après 1794

Sur l'île, la situation va alors évoluer : Toussaint Louverture repousse aussi


bien les Anglais que les Espagnols. Il se met à négocier avec le gouvernement
français. Il parvient à faire reculer les Espagnols. Puis, en 1798, ce sont les
Anglais qui reculent et abandonnent Saint-Domingue. Mais ce sera très vite
pour signer des accords commerciaux avec l'île.

Les États-Unis appuient Toussaint. Ils l'aident à écraser son vieux rival, le
mulâtre Rigaud pendant la guerre du sud en 1799. L'armement de l'armée de
Toussaint vient essentiellement des Anglais et des Américains.

Sous le Consulat, il se proclame consul à vie. Cela ne plaît pas du tout à


Napoléon. En 1802, ses troupes, commandées par Leclerc, débarquent et
reprennent une partie de l'île. C'est alors que Toussaint est arrêté et déporté.
L'esclavage est rétabli.
Mais sur l'île ce n'est pas la défaite des esclaves, au contraire : les troupes de
Napoléon sont battues (40 000 Français y meurent) et forcées de quitter l'île.
Saint-Domingue devient Haïti. Son indépendance est proclamée le 1er janvier
1804 par Dessalines, qui a pris la succession de Toussaint.

Napoléon, qui a rétabli l'esclavage en 1802, va rendre au moins la traite


illégale à partir de 1815. En fait, elle ne disparaît pas : elle devient clandestine.
Elle continue de manière illégale jusqu'en 1861. C'est Victor Schoelcher
(1804-1893) qui, dans la foulée de la révolution de février 1848, fait adopter
par le gouvernement provisoire l'abolition définitive de l'esclavage (avril
1848).