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Juan Sesma

Dix idées reçues sur le couple


Construire son couple à l'écart des idées reçues.

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1/32 - Dix idées reçues sur le couple Copyright Juan Sesma © Février 2007
Introduction
L orsque j'étais étudiant, j'avais un ami, Bertrand, qui était aussi mon voisin de palier.
L'un de nos sujets d'interrogation les plus récurrents était le monde féminin. Après
chacune de nos sorties, nous nous demandions comment intéresser les jeunes filles à nos
modestes personnes, comment parvenir à les comprendre... A ma grande honte, je dois
avouer que nous avons passé une année ainsi à tourner en rond : nous nous posions
beaucoup de questions, nous analysions énormément, mais n'avons eu que de maigres
éléments de réponse.

Avec le recul, je m'aperçois que nous étions trop conditionnés par notre esprit cartésien :

– nous voulions croire que les femmes agissaient toutes sur le même modèle et que, si
nous le comprenions bien, leurs actions pouvaient être prévisibles ! Nous voulions les
enfermer dans une sorte de mécanisme toujours identique !...
– nous étions tous deux imprégnés d'une même culture judéo-chrétienne qui érigeait le
mariage et le couple harmonieux comme un but suprême dans la vie.

Je me rappelle que mon ami était parfois carrément désemparé de ne pas trouver
chaussure à son pied ! Il déprimait comme s'il était condamné à vivre seul tout le reste de
sa vie...Rassurez-vous, ça n'a pas été le cas ! Il a finalement trouvé quelqu'un et a eu un
enfant...

Nous avons tous été bercés par des préjugés sur le couple et la vie amoureuse en général :
des idées reçues colportées par la tradition, par nos amis lors de nos premières
expériences, par des livres ou des films. La société entretient génération après génération
ces clichés qui influencent nos conceptions de l'amour et du couple. Déjà, je me rappelle
que dans la plupart des films hollywoodiens que je regardais étant enfant, c'était plus ou
moins la même image de l'amour et du couple qui était donnée. « Autant en emporte le
vent » est assez emblématique, mais on peut aussi penser à « Sept ans de réflexion » et
les films du même genre. Dans ces films, c'est toujours la même idée de l'âme-soeur, de
la promise, du couple indestructible qui est présentée.
Mais il n'y a pas que les films qui colportent ces préjugés : il y a la famille, les amis, les
entreprises (j'ai été sondé il n'y a pas longtemps par une jeune femme qui m'a dit : « Vous
êtes le mari, donc vous êtes le chef de famille » !), les livres, l'école...

Mon propos ici est de mettre en lumière ces préjugés afin de permettre au plus grand
nombre de s'en affranchir, de s'en déconditionner.

Différents ouvrages et auteurs ont alimenté ma réflexion sur l'amour ces dernières
années : « Il n'y a pas d'amour heureux » de Guy Corneau, « Le prophète » de Gibran,
« A toi de choisir » du Dr Perrin, « L'extension du domaine de la lutte » de Houellebecq,
« Vivez dans la lumière » de Shakti Gawain, « La prophétie des Andes » de James
Redfield, les livres de Paulo Coehlo, ...et même la Bible. A travers ces lectures, je me
suis rendu compte que ces auteurs ont des conceptions divergentes de la vie amoureuse.
Chacun adopte un point de vue particulier : il est difficile de trouver un dénominateur
commun à toutes ces conceptions du couple...Où est la vérité là-dedans ? Comment vivre
le couple de la meilleure façon qui soit ? Et d'abord, y a-t-il une meilleure façon ?

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Se libérer des idées reçues colportées par la société permettra à chacun de constater qu'il
n'existe pas une façon de vivre l'amour qui soit la meilleure. C'est ce qui explique les
points de vue divergents des auteurs précédents. Chacun devra ainsi trouver sa propre
voie sur le chemin de l'amour, sa manière à lui de s'épanouir dans sa vie amoureuse. Ce
que je veux montrer ici, c'est qu'il n'y a pas, en effet, de recette miracle de réussite dans la
vie amoureuse, qui serait la même pour tous et qu'il suffirait d'appliquer telle quelle pour
être heureux.

Je souhaite amener chacun(e) à se questionner sur sa vie amoureuse, sur la manière dont
il/elle la mène et, éventuellement, de trouver de nouvelles pistes d'idées ou de réflexion
pour s'y épanouir davantage. Ce petit recueil constitue davantage une ouverture sur une
réflexion qu'un compte-rendu exhaustif : je n'ai pas la prétention d'avoir fait le tour de la
question mais je serais heureux si je pouvais amener certains à aborder ce sujet avec un
nouveau point de vue, libérateur, qu'il se forgera lui-même à travers cette lecture.

J'espère ainsi lever en partie le voile sur la part de mystère, la magie, qui nous fascine
tant et que recèle encore le couple.
J'espère que chacun pourra créer son univers de magie amoureuse, où deux êtres se
plaisent et s'attirent sur un simple regard, où des couples durent, où l'on décèle une
complicité, une entente tacite par-delà les mots, où l'on n'a pas besoin de parler pour se
comprendre, où l'on sait ce que pense ou va faire l'autre.

Petit guide de lecture :

- les paragraphes encadrés sont des conclusions, des enseignements que j'ai tirés
d'expériences vécues ou de réflexions ;

- les auteurs cités sont repérés en gras dans le texte, ainsi que d'autres mots ou
expression importants ;

- deux traits verticaux et des italiques indiquent une remarque qui précise tel ou tel
terme, expression ou idée utilisé dans le corps principal du texte ;

- Des caractères différents et de taille plus réduite sont utilisés pour apporter une précision qui peut être sautée en
première lecture car elle se situe hors du thème principal abordé dans le texte.

- J'ai fait figurer en italique toutes les anecdotes et illustrations tirées de mon vécu ou de
celui de mes proches.

Les citations d'auteurs sont indiquées par un trait vertical sur le bord gauche du texte.

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P
armi les dix préjugés que je souhaite aborder ici, que j'appelle personnellement les
« dix mensonges sur le couple », l'un des plus importants il me semble, est l'illusion
1ère idée reçue : de l'âme-soeur...
l'illusion de
l'âme-soeur Avant de me marier, j'ai connu différentes femmes dans ma vie : à chaque échec, je
cherchais à nouveau un idéal, mon âme-soeur, celle avec qui tout serait naturel, facile,
évident...
Mais au lendemain du énième échec, j'ai réalisé que les femmes que j'avais rencontrées,
loin d'être différentes, loin de me faire progresser vers mon idéal, partageaient une forte
ressemblance : toutes correspondaient à un type de personnalité vers lequel je semblais
irrésistiblement attiré ! C'est alors que je compris que j'étais influencé malgré moi !
J'étais inconsciemment poussé vers un type de femme, toujours le même, alors que mon
image idéale en était totalement opposée !
Comment alors m'étonner que chacune de mes relations menait à l'échec ? La réussite
était impossible dans ces conditions ! A chaque début de relation, je croyais repartir dans
une nouvelle direction, salutaire pour moi : je ne me rendais jamais compte de la
ressemblance entre ma nouvelle compagne et les anciennes...Je me berçais d'illusions
jusqu'au jour où les masques tombaient et où je réalisai qu'il n'y avait jamais eu de
correspondance avec mon idéal. Alors je la quittai. Ou pire : en lâche que j'étais, je lui
pourrissais la vie jusqu'à ce qu'elle finisse par craquer et partir...

Mais comment les choses se seraient-elles passées si je n'avais pas eu ce satané idéal en
tête ? Aurais-je mieux accepté l'une des femmes avec laquelle j'avais vécu ? Aurai-sje fait
davantage d'efforts ? Aurais-je été heureux plus rapidement ? Peut-être bien...C'est pour
cela qu'il me semble que l'idéal de l'âme-soeur a un pouvoir de nuisance extrême.
J'étais un incorrigible romantique ! Un peu comme Alexandre Jardin avant sa
reconversion... Je baignais donc dans cette illusion romantique, que les femmes croient
souvent être les seules à partager. Mais cette croyance romantique en l'idéal conduit à la
souffrance, et plus dure furent les chutes pour moi. A un moment, il faut prendre ces
distances avec cet idéal illusoire, se rendre compte qu'il fait plus de mal que de bien, et
en prendre ses distances, ce que je fis. A ma grande surprise, au lieu d'être désabusé et
déprimé par l'abandon de cette illusion, comme pourrait l'être un Houellebecq, cet
abandon me libéra.

J'ai aussi un très bon ami, Enrique, qui était tellement attaché à son idéal qu'il avait
carrément fait la liste des traits de caractère de sa femme idéale : il fallait qu'elle ait
telle personnalité, possédant des points communs avec sa mère et l'une de ses cousines !
Malgré toutes nos discussions houleuses, il n'en démordait pas : cette femme existait
quelque part sur Terre, il fallait qu'il la trouve, un point c'est tout ! Et bien sûr, à chaque
fois qu'Enrique tombait sur une femme, il la comparait fatalement à sa liste et fatalement
il y avait toujours quelque chose qui clochait et donc il ne s'autorisait pas à l'aimer. Il
me disait même : « Je ne sais pas si je l'aime, mais je pense que je ne peux pas vraiment
l'aimer parce qu'elle ne correspond pas à mon idéal » !
Au bout d'un moment, cette quête l'a tant épuisé qu'il se trouva plus longtemps qu'à
l'habitude avec une femme qu'il ne pensait pas aimer plus que les autres. Ils ont eu un

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enfant, et chaque année, à mon grand étonnement, je vois la force de leur couple
s'affermir...

M on expérience et la sienne montrent que croire au coup de foudre à la « Pretty


woman », croire à l'âme-soeur, c'est un peu comme croire aux miracles...La
vérité, dans la vie de couple comme ailleurs, c'est que les choses se construisent peu à
peu, à petits pas, pour être de plus en plus solides avec le temps et durer. Le gros du
travail commence après la rencontre... Je découvris que l'amour pouvait aussi être une
découverte patiente, passionnante et enrichissante, de l'autre. Je pris conscience que
l'amour pouvait se construire. Qu'il pouvait se bâtir non pas sur une illusion qu'on veut
garder de l'autre, ou sur une image à laquelle on veut qu'il colle, mais sur la réalité de
ce qu'il ou elle est.

Mais levons tout malentendu : même si je pense qu'une âme-soeur unique n'existe pas, je
ne dis pas que l'on puisse s'entendre avec tout le monde ! Si je suis convaincu qu'il y a
une multitude de possibilités pour mener des relations harmonieuses et enrichissantes
pour chacun de nous, je ne dis pas qu'il faille absolument s'accommoder de quelqu'un
manifestement incompatible avec nous ! C'est ce que faisaient déjà nos parents ou
grands-parents : nous connaissons tous leurs mariages de raison qui ont pu se révéler
catastrophiques !

Non, en fait je suis convaincu que, au hasard de nos rencontres, nous sommes
compatibles avec beaucoup plus de personnes que les vieux clichés veulent bien nous le
faire croire. Par contre, il est dangereux de vouloir privilégier cette compatibilité à tout
prix en se reniant soi-même. Il est périlleux de mettre de côté ses aspirations profondes
pour ne pas froisser l'autre et, ainsi, être sûr de bien s'entendre avec lui. Au contraire, il
est préférable que chacun fasse son bilan personnel et sache ce qui est prioritaire dans sa
vie et ce qu'il recherche dans une relation de couple avant de s'y lancer. Cet examen
personnel pourra être accompli en restant vigilant à ce qui est important dans sa vie
individuelle avant de s'engager avec quelqu'un. Il peut s'avérer nécessaire de se poser des
questions personnelles avant tout engagement : quels éléments de notre vie actuelle
veut-on préserver dans sa vie de couple ? Que souhaite-t-on continuer à développer ?
Quels sont les projets, envies, manière de vivre, que l'on ne peut en aucun cas
abandonner pour l'autre ? Quelles sont les activités que l'on souhaite pratiquer pour soi,
qui constitueront notre ressourcement, notre havre de paix ? Il y a également des
questions d'idéal de vie à deux qu'il est nécessaire de se poser : comment conçoit-on une
vie à deux ? Quel type d'activités communes souhaite-t-on partager ? Que veut-on vivre
avec l'autre ? Des voyages à l'autre bout du monde ? Des randonnées dans la nature ?
Une vie tranquille et paisible en cultivant son verger, en construisant sa maison et en
ayant beaucoup d'enfants ? Aucun de ces idéaux n'est criticable en soi. Mais il est
nécessaire que le même idéal soit partagé de part et d'autre !

Ce travail de réflexion effectué, il est important d'exposer clairement à l'autre ses envies
et ses besoins en même temps qu'on s'informe sur les réponses qu'il donne lui aussi à ces
questions.. Si cette mise à plat ne se fait pas avant que l'engagement ne devienne plus
sérieux, les aspirations personnelles, restées sous le boisseau, risquent de se cristalliser en

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frustrations qui grossissent avec le temps et qui, lorsqu'elles éclatent, exposent le couple
à l'échec !

Tout ceci semblera pour certains beaucoup trop « rationnel », beaucoup trop «
programmé », et leur rappelera peut-être les mariages de raison d'autrefois. Si c'est le cas,
c'est peut-être qu'ils restent encore attachés à une image passionnée de la formation du
couple. Ils restent peut-être attachés au coup de foudre et à des rencontres faites de
passion débridée. Cette image précisément que toute une culture nous a transmise et qui a
conduit nombre de couples à l'échec. On sait que la passion ne dure pas, on sait qu'on ne
peut rien construire sur une base aussi peut stable. Mais ce n'est pas parce qu'on met un
peu de jugeote dans la construction de son couple, un minimum de raison et de lucidité,
qu'il ne peut pas y avoir d'amour ! Au contraire : l'amour est l'ingrédient nécessaire pour
installer une sincérité totale entre les deux compagnons, pour ne pas craindre de dire à
l'autre ce que l'on porte profondément en soi. L'amour est indispensable pour pouvoir
établir une confiance mutuelle et avoir la volonté d'aller de l'avant ensemble.

Lorsque j'ai fait moi-même ce bilan personnel, j'ai pris conscience que ma future femme
possédait une capacité à dialoguer sincèrement, à remettre les choses en question et à
travailler pour le couple qui m'a enthousiasmée. C'est alors que j'ai décidé de me marier
avec elle. Pour moi, ce sont des atouts prioritaires pour permettre à un couple d'évoluer
ensemble. Ces qualités permettent de continuer à se comprendre et à accepter les
changements chez l'autre.

L e gros problème de nos relations amoureuses, c'est qu'elles se basent toutes sans
exceptions sur de « jolis » mensonges lors du « jeu » de la séduction : par
conséquent les bases mêmes de la relation sont lézardées par des malentendus et des
incompréhensions initiales. Dans beaucoup de couples, on attend souvent, pour oser
être sincère sur ses aspirations profondes, que la relation soit déjà bien engagée...Mais
dans beaucoup de cas il est alors déjà trop tard ! La séduction passe par le mensonge
parce qu'on veut plaire à l'autre coûte que coûte, alors que la solidité d'une relation
nécessite de la sincérité : ce paradoxe des relations amoureuses est à l'origine de
multiples déceptions. C'est lui qui explique que « plus dure sera la chute » lorsque
tombent les masques.

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2ème idée
L es vieux clichés nous ont inculqué que l'engagement, une fois qu'on a trouvé la
fameuse « bonne personne », est définitif. C'est « pour de bon »...
Mais la vie nous enseigne qu'il est destructeur de vouloir à tout prix rester avec quelqu'un
reçue : pour des raisons telles que :
« L'amour,
– « on a vraiment cru, dès le début, que c'était la bonne personne » ;
c'est pour la – « au début c'était merveilleux » ;
vie ! » – on a eu le coup de foudre.

Dans le premier cas, on s'accroche au mythe de la « bonne personne », alors que dans le
second et le troisième, on s'accroche à des souvenirs romantiques, souvent liés au jeu
mensonger de la séduction.

La stabilité à tout prix.

Il faut avoir le courage de faire un constat d'échec sans forcément vouloir en imputer la
responsabilité à l'un ou à l'autre : il est inutile de chercher un coupable à tout prix.
Personne n'est coupable du fait que deux individus ne parviennent pas à s'entendre ou du
fait qu'ils ne sont tout simplement pas compatibles. Il n'y a pas de raison de vouloir forcer
un rapprochement contre nature.
Il s'agit bien ici de nature : chacun possède sa nature profonde, sa capacité propre à
s'adapter à l'autre ou à changer au cours de sa vie. Si l'un des deux atteint ses limites, ou
découvre au cours de son évolution au sein du couple que ses aspirations réelles ne sont
pas celles qu'il/elle imaginait au début de la rencontre, il n'y a pas à l'en blâmer. Sa
démarche est sincère. Il/Elle a fait ce qu'il/elle a pu.
La vie nous enseigne que même après beaucoup d'efforts, de compromis et

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d'aménagements successifs, il peut subsister des divergences profondes, inconciliables.

D ans certains cas, la rupture est on ne peut plus salutaire et justifiée, la relation
ayant révélé des incompatibilités fondamentales. Dans ces cas-là, les évolutions,
les changements, de l’un ou de l’autre peuvent en effet l’amener au constat que les
directions des deux partenaires divergent et donc qu’il ne sert à rien de maintenir
artificiellement en vie un couple à l'évidence condamné.

Mais dans d'autres cas, la rupture peut être vue comme une solution de facilité, un
besoin de tourner la page sans vouloir s'y pencher pour en tirer des enseignements.
Souvent parce que c'est trop douloureux dans une confrontation par rapport à soi-même.
Cela arrive lorsque des gens recherchent quelqu’un qui leur « convient » et se mettent
aussitôt en couple la personne trouvée. Ils croient que leur critère est une condition
suffisante à la longévité de leur couple. Ils vivent ensuite sur cet acquis puis se réveillent
un beau jour, s’apercevant que leur relation n’a plus de sens, qu’ils ne sont plus
compatibles l’un avec l’autre et décident de se séparer sur ce constat. Alors ils pensent
s'être trompés dès le début : « Je n’avais pas vu ses travers, je ne m’étais pas rendu
compte que tel trait gênant allait prendre autant d’importance, etc. » et recherchent
ailleurs quelqu’un qui leur conviendrait mieux, qui serait mieux adapté à eux. Et là, tout
recommence : une belle histoire d’amour et d’entente au début, de connivence implicite,
puis, peu à peu, l’usure de l’habitude, du quotidien et un beau jour, à nouveau, ce
constat : « Nous ne sommes pas faits l’un pour l’autre, nous ne nous en sommes pas
rendus compte au début car nous étions dans l’illusion de l’amour des premiers jours
mais c’est devenu évident avec le temps. ». Et l’histoire, à nouveau, se répète : rupture,
recherche du conjoint « idéal ».
Mais dans beaucoup des histoires semblables de répétition que j'entends, l'une des
causes de dissenssion n’est pas liée à l'adaptation de l’un à l’autre, mais plutôt à l’attitude
des deux conjoints face à leur couple. Dans leurs histoires, ils considéraient leur couple
comme un ensemble solide et homogène, allant de soi, dès le début, lorsque les prémices
ont semblé positives. Du style : « Et vogue la galère !... »… Ils n'ont pas envisagé un
couple comme un projet qui se construit continuellement. Ceux qui considèrent qu’il
suffit de trouver la bonne personne au début puis de ne plus se soucier de la marche de
leur couple courent à la déception. Ceux, au contraire, qui bâtissent véritablement leur
couple en acceptant de donner de l’énergie pour son édification harmonieuse ont toutes
les chances de le voir perdurer. Pourquoi ? Parce qu’ils font le choix de rester ensemble
en premier lieu : leur postulat de départ est : « Je m’engage à faire des efforts pour agir
dès que je perçois une ombre dans notre relation, dès que je sens que nous ne sommes
plus sur la même longueur d’onde, que nous ne nous comprenons plus, que nous ne
partageons plus les mêmes objectifs. ». Cette attitude active dans le couple suppose
qu’on y mette de l’énergie non seulement une fois qu’on a détecté un dysfonctionnement
mais aussi avant que ce dysfonctionnement n’arrive. Comment ? En consacrant une part
non négligeable de notre énergie à l’écoute de l’autre, à la perception de son état : « Est-il
épanoui avec moi, est-il bien dans sa peau, y a-t-il un souci dont il ne me parle pas ? ».
C’est une application du fameux adage : « Il vaut mieux prévenir que guérir. ».

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Malheureusement, ce sens de l'effort à investir dans la construction du couple est souvent
associé au mariage ou aux enfants. Tous deux « obligent » les partenaires à recourir à
tous les moyens possibles pour trouver des solutions à leurs différends et harmoniser au
mieux leur vie à deux. Les couples sans enfants, eux, attribuent plus rarement la richesse
de leur vie à deux à l'envie de faire des efforts pour l'autre.

On assiste à un clivage idéologique : « Faire des efforts est réservé aux gens mariés ou
aux parents, par contre, si je ne fais pas partie de ces catégories, je n'ai pas besoin de faire
d'efforts pour que mon couple fonctionne. S'il ne fonctionne pas, c'est qu'il était de toute
façon voué à l'échec. » Ce type de sophisme pousse à rejeter toute notion d'effort pour
l'enrichissement du couple.

Il apparaît alors une dichotomie entre ce que l'on entend souvent proclamer chez les
jeunes, les rêves romantiques de l'adolescence : « L'amour, c'est pour la vie. », et la
faible énergie que l'on est prêt à investir pour que ce rêve puisse devenir réalité.

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3ème idée
I
l n'y a pas différentes qualités ou intensités d'amour, il n'y en a qu'une : la même pour
le conjoint, les parents ou les enfants. L'amour n'est pas quantifiable, n'est pas
divisible : il n'y a aucune raison de croire que parce qu'on aura des enfants on va moins
reçue : « On ne aimer son conjoint. De la même manière, il n'y a aucune raison pour que l'amour qu'on
peut aimer porte à ses parents diminue celui qu'on ressent pour son conjoint. Le secret de l'amour ?
Il n'est pas limité : on ne naît pas avec une quantité finie d'amour qui va peu à peu être
qu'une seule consommée. On n'arrive pas au monde avec un réservoir d'amour qu'on risque de vider si
personne à la on aime trop de personnes. Au contraire, plus on aime, plus on renforce notre capacité à
aimer, plus on remplit, en fait, notre réservoir d'amour, comme le dit si bien John Gray
fois ! »
dans son ouvrage : « Comment obtenir ce que nous désirons ? ».

Ce qui peut paraître déroutant c'est qu'on aime avec le même amour, la même qualité :
nos parents, nos amis, nos enfants, etc. Si on peut aimer aussi largement mais qu'on ne
peut aimer une personne plus qu'une autre, alors comment savoir avec qui partager un
bout de sa vie ?

A mon avis, cette vérité nous renvoie à notre responsabilité par rapport au choix.
Plusieurs personnes peuvent être compatibles avec soi, nous pouvons potentiellement les
aimer avec une qualité égale. Dans ce cas, seule notre volonté va faire la différence : il
s'agit de décider en toute conscience que nous ferons un bout de chemin avec telle
personne. C'est le secret de l'engagement : si l'engagement est nécessaire, c'est bien parce
qu'on a conscience que d'autres choix possibles existent. Mais, avec cette connaissance,
on s'engage à essayer avec l'une d'entre elles. On choisit en toute liberté de faire tous les
efforts nécessaires pour découvrir si la relation peut fonctionner avec l'une de ces
personnes. C'est un acte conscient de volonté personnelle : on se met soi-même au pied
du mur, on assume un choix unique, avec tous les risques qu'il comporte. Ce choix est de
notre responsabilité : pour cette raison, il n'est pas légitime d'invoquer la responsabilité
de l'autre si quelque chose tourne mal. Scott Peck, dans « Le chemin le moins
fréquenté » insiste particulièrement sur l'importance de la volonté dans les relations
amoureuses. Rien ne peut se construire dans le temps sans le maintien d'une volonté
constante et consciente d'aller de l'avant, d'essayer d'identifier et de franchir ensemble les
obstacles.

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Cette idée reçue aurait pu être également formulée ainsi : « Si j'ai eu un coup de foudre,
cela signifie que j'ai enfin trouvé la bonne personne ! ».
4ème idée
reçue : « Le Partie 1 :
signe, c'est le
coup de
foudre »
C e mensonge est lié au conseil qu'on entend souvent : « Si tu choisis bien ton
conjoint, ce sera le bon ». Alors on voit des jeunes, tout imprégnés de ce conseil, qui
se montrent exigeants, avec une liste de critères de sélection en tête...Mais que ce soit le
coup de foudre ou tout autre critère, il n'existe aucune assurance qu'un critère quelconque
nous prémunisse contre l'échec. Il n'y a pas de moyen de garantir la réussite d'une
relation amoureuse.
C'est même souvent le contraire qui peut arriver : on se sent attiré par une personne pour
de mauvaises raisons, et cette attirance inconsciente nous incite à répéter encore et encore
le même type d'histoires amoureuses qui finissent systématiquement par un échec. C'est
le fameux mécanisme de répétition bien connu en psychanalyse...

Pour ce qui est du coup de foudre, il s'agit de ne pas confondre émotion et sentiment.
L'émotion est une réaction vive, immédiate, en partie physiologique alors que le
sentiment vient du coeur : il est plus profond, se fonde sur une sympathie réelle, une
proximité qui se confirme et se construit avec le temps. Le coup de foudre est le produit
d'une émotion, d'une impulsion, d'un mécanisme inconscient qui nous attire souvent vers
des personnes qui, à notre grand étonnement, peuvent ne pas nous correspondre !
Pourquoi ? Parce que les émotions que nous ressentons lors d'un coup de foudre peuvent
être le fruit d'illusions d'antan, que nous avons gardées en nous, et non d'une réalité et
d'une correspondance uniques. Un coup de foudre peut s'expliquer par des
conditionnements passés, des images restées gravées dans notre subconscient, des
attirances anciennes. Parfois le coup de foudre c'est aussi la sensation instinctive,
animale, d'une similitude entre soi et l'autre. Cela peut être une fragilité partagée, une
faiblesse commune ou au contraire une force. Mais une fragilité commune, par exemple,
ne pourra pas rendre le couple plus fort. Deux borgnes ne font pas un voyant ! Une
fragilité partagée peut attirer l'un vers l'autre, elle n'est pas pour autant salvatrice... Au
contraire, elle peut donner lieu à une spirale infernale !
L'attirance première reste toujours inexplicable, « magique », tant qu'elle n'a pas été
décryptée. Certains veulent à tout prix rester dans cette magie, dans cette illusion.
Comme peu de personnes osent se livrer à ce décryptage au début de la relation
(pourquoi ai-je été attiré par lui/elle ?), celui-ci a fatalement lieu peu à peu en cours de
relation : le voile se lève progressivement. Soudain, on voit clairement les raisons qui
nous ont attirées vers l'autre. Ces raisons peuvent alors aller dans le sens du renforcement
du couple ou au contraire, conduire à l'échec.

Mais le décryptage du coup de foudre initial se fait de toute façon, qu'on le veuille ou
non, en cours de relation, aussi rien ne sert de le repousser à plus tard : on court alors le
risque que cette compréhension entraîne l'échec du couple. Autant éviter l'échec le plus
tôt possible : nous n'avons pas toute notre vie pour trouver des personnes qui nous
conviennent (je mets le pluriel intentionnellement !).

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Partie 2 :

C e qui rend les choses plus difficiles au début d'une relation, c'est qu'il y a deux
mensonges qui se renforcent mutuellement : l'un est celui du coup de foudre, de
cette émotion première, primale, qui nous prend aux tripes, l'autre est celui du jeu de la
séduction. Nous nous mentons ainsi à nous-mêmes deux fois ! Comme je l'ai dit
auparavant, le début d'une relation amoureuse repose sur un jeu de la séduction qui se
ramène à un mensonge légitimé par la nécessité de plaire à l'autre. La fameuse sensation
de « coup de foudre » repose ainsi sur peu de concret. En effet, le jeu de la séduction suit
le coup de foudre et en prolonge le mensonge car il consiste avant tout à maintenir le plus
longtemps possible l'illusion et la magie premières du coup de foudre.
Pour prolonger cette magie, il ne faut surtout pas décevoir l'autre dans ses attentes :
chacun cherche donc à percevoir ce qui plairait à l'autre, quelle image il désire qu'on lui
renvoie pour se faire accepter par lui/elle et pour que l'attirance initiale perdure. On
cherche à reconnaître des signes d'approbation dans l'attitude de l'autre et à s'y
conformer. Par ce jeu de mimétisme, on s'accorde aux attentes de l'autre mais, ce faisant,
on n'est plus soi, on perd son identité, ses objetcifs personnels, on oublie le sens de ce qui
est important pour soi.
En plaisant à l'autre, on se perd soi-même.
On montre à l'autre ce qu'il/elle veut voir mais on se trompe soi-même, en vivant dans le
mensonge : paradoxalement, on se satisfait d'autant plus que nos mensonges attirent
l'autre ! Et on s'enferme ainsi soi-même dans un piège qu'on se construit tout seul : le
piège de tous ces mensonges.
J'ai toujours été fasciné par ces hommes ou femmes qui ont roulé leur bosse en terme de
relations amoureuses et qui, dès lors, osent se présenter à l'autre sans fard, en affirmant
simplement ce qu'ils sont, même si ça peut paraître de prime abord déplaisant. Ces gens
ont compris qu'ils ont tout à perdre à vouloir se montrer autres qu'ils ne sont. Ils ont
compris que rien de durable ne peut être bâti sur l'illusion. Ils ne veulent plus perdre le
temps pendant lequel la vérité se dévoile peu à peu après le moment de la séduction : ils
annoncent d'entrée de jeu la couleur pour gagner ce temps précieux. Ceux qui n'aiment
pas ce qu'ils voient à ce moment-là, ne se seraient de toute façon pas entendu à terme.
Ceux, au contraire, qui apprécient la personnalité qui se révèle alors sincèrement à leurs
yeux, ont plus de chances de présenter une affinité réelle avec celle-ci.

C roire que le coup de foudre est le signe d'une relation durable, c'est idéaliser une
personne sans même la connaître, c'est croire qu'elle répond à nos aspirations, à un
idéal : on aime avant de savoir dans un coup de foudre, mais on croit savoir que celui
que l'on aime nous correspond et est fait pour nous !
C'est pour cela que l'on ne veut surtout pas qu'il soit différent de notre idéal : plus la
réalité nous montre qu'il diffère de notre idéal, plus nous voulons qu'il change pour
rester aussi proche du moule idéal qu'on a construit pour lui ! Mais lui, a-t-il demandé à
jouer le rôle du conjoint idéal ? A-t-il demandé à jouer un personnage conçu à l'avance
pour lui, avec un scénario que quelqu'un d'autre a écrit ? Peut-être pas, mais il s'est
rendu complice du film qu'on veut lui faire jouer en plongeant dans le mensonge du
coup de foudre et du jeu de la séduction...

12/32 - Dix idées reçues sur le couple Copyright Juan Sesma © Février 2007
5ème idée
S ouvent les gens qui croient que le coup de foudre est révélateur d'une proximité plus
profonde, croient aussi que cette proximité est synonyme de sérénité à long terme. Ils
croient qu'un amour sans nuage peut durer pour toujours. Les mythes du coup de foudre
reçue : et du prince charmant sont souvent associés à celui d'un amour tranquille pour la vie. On
« L'amour, croit que l'amour est une évidence qui s'impose par elle-même sans qu'on n'ait besoin
d'intervenir pour entretenir la flamme.
c'est serein ! »
On a souvent tendance à penser ainsi lorsque l'on a réussi le passage de la passion à un
amour plus profond, plus serein, qui semble alors indestructible. Lorsque cette sérénité
s'installe dans le couple, que la confiance mutuelle se trouve renforcée, chacun a
tendance à considérer le couple comme solide. Mais attention ! Le danger guette cet
atterrissage en douceur : le risque est de sombrer dans une routine commune tout en
évoluant, en changeant, chacun de son côté en ayant de moins en moins à partager avec
l'autre.

Si aucun des partenaires ne se rend compte du changement chez l'autre, un jour, l'un des
deux risque de se réveiller en se sentant étranger pour l'autre. Il faut donc à la fois
préserver un zeste de passion, de folie dans le couple (pas uniquement sexuel, mais
proposer des sorties improvisées, des surprises, etc.) et conserver aussi le dialogue de
manière à s'assurer que l'on se comprend toujours bien, que l'on est toujours sur la même
longueur d'onde.

Il ne faut pas croire que tout va de soi dans la vie couple, c'est le piège ! Un couple,
c'est une construction et une reconstruction permanente qui exige des efforts constants et
de la vigilance pour rester à l'écoute de l'autre et ne pas sombrer dans la routine.

Bref, maintenir un couple à flot demande du travail ! Bien sûr, on présente rarement les
choses de cette manière aux jeunes couples et c'est cela qui les leurre, qui leur donne
l'impression qu'amour rime avec facilité, que tout doit aller de soi en amour. Les
difficultés sont alors interprétées comme des obstacles incontournables : dès la première
grande difficulté, on parle séparation, divorce... On zappe, en allant directement à la
solution extrême au lieu de saisir une occasion unique d'ouvrir le dialogue et de grandir
ensemble. Ces difficultés, ces heurts, pourtant naturels dans la vie d'un couple, sont
diabolisés, sont dramatisés : on ne veut surtout pas les voir, encore moins les affronter.
On veut un univers rose, sans rides à la surface.

M ais c'est pourtant cela qui est passionnant dans le couple ! C'est que rien n'est
acquis pour toujours ! La transition passion/amour-« serein » n'est pas le début
de l'ennui. Au contraire, c'est à ce moment-là que chacun doit jouer un rôle actif pour
faire avancer son couple.

13/32 - Dix idées reçues sur le couple Copyright Juan Sesma © Février 2007
L 'amour paisible, l'amour au long cours sans nuages, est donc une complète
illusion : loin de s'imposer de lui-même, l'amour a besoin d'être constamment
entretenu. Ce qui demande une vigilance constante, un état d'alerte permanent : notre
couple s'enlise-t-il dans l'ennui ? Nous reposons-nous trop sur nos lauriers ? A quand
remonte la dernière fois que je l'ai surpris(e) ?
Mais cela ne se réduit pas à jouer le jeu romantique : la vigilance doit aussi s'exercer
par l'observation, l'écoute (l'autre a-t-il/elle des besoins que je ne satisfais pas assez ?)
et le dialogue (sommes-nous toujours sur la même longueur d'onde ?). La vigilance
consiste à vérifier en permanence si les deux partenaires partagent toujours le même
projet de vie pour leur couple, la même manière de voir leur vie commune. Les
aspirations individuelles peuvent être différentes, mais il est nécessaire qu'il y ait un
socle commun.
Pour que l'amour soit entretenu, chacun doit se sentir bien dans sa peau, chacun doit se
constituer un espace pour s'épanouir, pour se ressourcer. Un couple fort, c'est deux
personnes fortes, deux personnes épanouies. Deux personnes tournées aussi vers leur
couple, qui le gèrent selon leur propre recette, adaptée à la personnalité de l'un et de
l'autre : certains vivent leur épanouissement chacun de leur côté, certains autres ne
s'épanouissent qu'ensemble, d'autres encore sont dans un moyen terme, s'épanouissant
ensemble mais conservant aussi leur pré carré personnel.

14/32 - Dix idées reçues sur le couple Copyright Juan Sesma © Février 2007
6ème idée
C e mensonge se résume par le conseil qu'on entend parfois : « Si tu souhaites
vraiment faire le bonheur de ton conjoint, tu dois accepter ce qu'il te demande : de
vivre des aventures extra-conjugales.»
reçue : « Le
couple libéré » On nous incite parfois à croire que, pour faire le bonheur de son conjoint, il faut accepter
qu'il/elle ait des aventures extra-conjugales ! Que c'est un mal nécessaire pour le/la
garder, pour préserver le couple...
Deux exemples me viennent à l'esprit :

John & Marie sont deux conjoints qui se sont rencontrés jeunes, ont été le premier
amour l'un pour l'autre, et n'ont donc jamais connu d'autre relation amoureuse.
L'époque de la première passion terminée, ils sont attirés par d'autres et doutent peu à
peu que leur conjoint est bien « le bon ».

Ce phénomène est d'autant plus fréquent entre 20 et 30 ans que ce sont les âges où l'on
change le plus : on se rencontre lycéens ou étudiants, mais on change beaucoup en se
retrouvant salarié, avec de nouveaux collègues, responsabilités, etc. Après quelques mois
ou années de tentations amoureuses hors du couple initial-initiatique, on se pose des
questions sur la direction que l'on souhaite donner à sa vie à deux. Si l'on n'est pas
conscient de ces évolutions, on se réveille un beau jour à coté du conjoint en s'apercevant
qu'on n'a plus rien à partager avec lui/elle.

Paul et Aline sont un couple qui s'est formé après une jeunesse bien vécue, ils vivent
depuis plusieurs années ensemble, de manière plus tranquille avec ou sans enfant. Ils se
sont fait insidieusement prendre au piège de la monotonie, de la routine.

Parfois à l'approche de la quarantaine, le fait de savoir que bientôt les sensations


physiques se dégraderont, ou l'envie de retrouver l'aiguillon romantique d'une première
rencontre, tentent beaucoup vers un ultime « chant du cygne » : une histoire d'amour
passionnée ou romantique, avant qu'il ne soit trop tard ! Avant d'éprouver des regrets...
D'autres se demandent à cette période s'ils veulent réellement finir leurs jours avec la
personne jusqu'à présent à leur côtés. Cette perspective peut leur paraître triste, voire
déplaisante. Ont-ils suffisamment d'affinités pour s'entendre réellement sur le long
terme ?

Combler une insatisfaction

Dans ces deux exemples, c'est le syndrôme de « l'herbe est plus verte ailleurs » qui risque
de frapper l'un ou l'autre, ou les deux à la fois. Dans ces circonstances, il est tentant de
proposer à l'autre un nouvel arrangement de la vie de couple. L'idée est de devenir un
couple libéré. De dire à l'autre que, même si on l'aime encore comme au premier jour,
l'envie de vivre au moins une fois ce qui n'a jamais été possible, de céder à des attractions
extérieures, se fait si forte qu'on y résiste de plus en plus difficilement. Le conjoint qui ne
partage pas forcément cette envie « d'aller voir ailleurs » se demande alors légitimement
s'il peut ou doit accepter cet arrangement, redonner une partie de sa liberté (en tout cas
sexuelle) à l'autre, pour le bien de l'autre, et donc pour sauver son couple...

15/32 - Dix idées reçues sur le couple Copyright Juan Sesma © Février 2007
[Ecartons d'emblée les conjoints manipulateurs, qui savent pertinemment qu'ils n'aiment plus l'autre et qui proposent cet
arrangement pour conserver un point de chute en cas d'échec, mais qui partiraient immédiatement s'ils trouvaient une
personne qui les aime et qui leur convient à l'extérieur du couple. Ils ont l'espoir secret de trouver mieux que le conjoint
tout en lui faisant croire qu'ils désirent maintenir la relation. S'ils aimaient vraiment l'autre, ils ne mettraient pas ainsi la
relation en péril en jouant avec le feu, et en risquant de tomber amoureux d'une autre personne.]

En dehors des gens au discours malhonnête, d'autres se posent des questions sur eux-
mêmes, sur leur choix de vie, leur épanouissement personnel, et se demandent
sincèrement si leur vie actuelle répond à leurs aspirations.
Lorsque cette envie de prendre de la distance apparaît au sein du couple, il est tentant
mais dangereux de l'éluder. Toutefois, jouer cartes sur table est souvent libérateur : c'est
pourquoi le dialogue peut se révéler fondamental. Quelles sont les causes des déceptions
dans la présente vie de couple pour celui qui désire voir du large ? Quelles sont ses
attentes pour une vie meilleure ? Quelle est la vie de couple dont il rêve ? A travers cette
ouverture à l'autre, même si cette démarche n'est pas facile, le but est d'essayer de
comprendre les motivations profondes qui le poussent à proposer ce type d'arrangement.
Le conjoint attiré par d'autres paysages sera tenté de tromper l'autre s'il sent que le
dialogue est impossible, qu'il n'y a pas d'effort d'écoute et de compréhension de la part de
l'autre, s'il sait que l'autre a des positions très tranchées et se montre inflexible sur ces
sujets. Il y a rarement tromperie s'il y a une ouverture réelle de part et d'autre.

A travers le dialogue, la compréhension et l'acceptation des besoins de chacun, les


couples arrivés à ce stade se mettent parfois d'accord pour tenter des expériences chacun
de son côté. Parfois seul l'un des deux éprouve ce besoin : l'un a plus besoin d'affection
ou de sexe que l'autre. Il n'y a rien de condamnable à un tel arrangement s'il se fait lors
d'un consentement mutuel.
Toutefois, très peu de gens sont réellement capables de vivre en « couple libéré »,
d'accepter que l'autre aille voir ailleurs quand ça lui chante. Il faut être très détaché et
avoir une maîtrise émotionnelle à toute épreuve ! Seuls les grands sages, ceux qui sont
spirituellement très avancés, ont cette aptitude et peuvent adopter une telle attitude avec
les gens qu'ils aiment. De plus, il faudrait que les deux conjoints soient parvenus
simultanément à ce stade de sagesse pour accepter une vie de couple libéré ! Autant dire
que c'est très rare ! Le commun des mortels vit l'amour avec un attachement émotionnel
fort. Ce qui produit fatalement des chocs émotionnels, des traumatismes psychologiques,
lorsque l'un fait souffrir l'autre. Même lorsqu'on croit être épargné par ces chocs, même
lorsqu'on ne veut pas s'avouer cette souffrance à soi-même, celle-ci peut faire son chemin
en soi.

Besoin symptomatique

Dans certains cas, la demande d'aller voir ailleurs est moins forte : elle révèle plutôt
l'existence de doutes par rapport au conjoint. Le fait de mettre les choses à plat, de
comprendre quelles sont les attentes déçues, permet à chacun de reconsidérer sa place
dans le couple et de pouvoir opérer les ajustements nécessaires pour satisfaire l'autre, si
toutefois un compromis est possible à trouver.

S'il n'y a pas de compromis possible, ou si la demande est très forte, si l'envie de
découvrir la vie se révèle impérieuse, un arrangement de type « couple libéré » ne sert à

16/32 - Dix idées reçues sur le couple Copyright Juan Sesma © Février 2007
rien : il va simplement détruire peu à peu celui qui n'éprouve pas ce besoin et qui restera
en retrait. Celui qui risque d'être détruit a plutôt intérêt à demander une séparation, à
redonner sa liberté à l'autre et à gérer sa souffrance, à se reconstruire, lui-même. Cette
souffrance sera moins douloureuse que des souffrances répétées à chaque fois que l'autre
découchera ou s'absentera seul(e) un week-end.

La difficulté est de savoir laisser l'autre partir. Savoir s'en détacher. Ne pas vouloir le
récupérer à tout prix. Faire le deuil de l'autre, relativiser les moments agréables passés
ensemble.
Il ne faut pas se voiler la face : si les deux personnes ont évolué différement les
possibilités de compréhension sont peut-être inexistantes désormais. A quoi bon
continuer dans ces conditions ? Les deux sont devenus de réels étrangers l'un pour l'autre.
Ce serait contre-nature de rester ensemble ! Parfois, un seul des deux est plus lucide sur
la situation réelle du couple : pour lui, la divergence profonde qui existe entre les
conjoints est une évidence alors que l'autre la vit encore comme une souffrance. Mais
cette évidence pourra le frapper également s'il y a un moment de séparation, de coupure
totale, après lequel un dialogue est à nouveau tenté. Lorsqu'il y a une profonde
disharmonie, irréductible, le plus salutaire pour les deux partenaires est de rechercher une
nouvelle harmonie ailleurs. Beaucoup d'autres personnes ont des facettes qui nous attirent
et d'autres côtés qui nous repoussent et ces attractions/répulsions sont différentes pour
chaque personne. On trouvera souvent un trésor chez une autre personne, parfois là où ne
l'attendait pas. Il n'existe pas de personnes chez qui tout nous attire ! Car l'âme-soeur
n'existe pas ! (cf Idée reçue n°1).

Comme je l'ai déjà dit, en amour, il faut faire un choix avec détermination (cf idée reçue
n°3) que ce soit le choix du conjoint ou celui de la rupture. « Avec détermination » ne
veut pas forcément dire « définitif » : il ne faut jamais oublier qu'avec le temps les
évolutions de l'un et de l'autre peuvent les amener à se rapprocher davantage que par le
passé. Mais ça n'est qu'une possibilité, jamais une certitude.
Il faut donc faire un choix et le plus lucide des deux, ou celui qui risque le plus d'en
souffrir doit mettre l'autre au pied du mur pour qu'à son tour il/elle choisisse.
Il faut aussi gérer la méfiance qui s'installe lorsque, après des discussions où la possibilité
d'aller voir ailleurs est évoquée, les deux décident de rester ensemble. La confiance de
celui qui n'a rien vu venir est érodée. Comment la restaurer ? Comment accepter la
vigilance de l'autre ? Comment agir en totale transparence ?

Remarque : Ici je ne juge pas la fidélité ou l'infidélité ! Je considère que ce sont des
dogmes en dehors de toute réalité de couple. Dans chaque couple, les deux conjoints
doivent se dire ce qu'ils veulent et peuvent vivre ensemble. Le respect de l'autre, de sa
sensibilité, en bref : l'amour de l'autre, conduit alors au choix approprié du mode de
vie. Choix temporaire, choix à renégocier éventuellement...

17/32 - Dix idées reçues sur le couple Copyright Juan Sesma © Février 2007
7ème idée
U n peu dans la même veine que « il faut que j'accepte les relations extra-conjugales
de l'autre », mais sans aller aussi loin, certains croient qu'il est bon de se sacrifier
pour que l'autre soit heureux, pour que l'autre puisse s'épanouir dans le couple afin que le
reçue : « Il faut couple soit réussi. Ils croient que c'est la recette de la réussite du couple : rendre l'autre
se sacrifier heureux. Ils croient même plus : que c'est leur rôle, leur mission au sein du couple que de
satisfaire l'autre. Ils croient que la raison d'être d'un couple, son ultime fondement, son
pour l'autre » objectif est que chacun rende l'autre heureux.
On croit souvent que ce sont les anciennes générations qui raisonnent comme cela. Mais
il n'en est rien : rendre l'autre heureux à tout prix va souvent avec le mythe de l'homme/la
femme de sa vie.

Plus jeune j'ai connu un couple de personnes âgées : la femme, Cristina, accourait aux
moindres besoins de son mari, qui était un peu brutal avec elle (en paroles). Je me
demandais comment elle pouvait ainsi s'abaisser à accourir à la moindre injonction du
mari. Je trouvais ça avilissant. Elle n'avait pas l'air de s'en formaliser. Elle s'exécutait
en silence, sans jamais broncher, soumise. Un jour, j'appris que son mari, qui était le
centre de son monde à elle, venait de décéder. Quelques jours plus tard, on m'informa
qu'on avait retrouvé Cristina morte de faim, enfermée chez elle. Servir son mari, le
rendre heureux, était son unique but dans la vie. Lorsque le but a disparu, sa vie n'avait
plus aucun sens.

On pourrait penser, justement, que ce genre de choses n'arrivent qu'aux anciennes


générations.

C'est ce que je pensais aussi avant de connaître Alicia. Elle vivait ses relations
amoureuses comme Cristina : pour elle, l'amour c'était vivre pour l'autre, prévenir ses
moindres désirs. Lorsqu'elle faisait des achats, elle ramenait toujours les aliments
préférés de son conjoint et en était heureuse. Qu'est-ce qu'il lui plaisait, à elle ?
Personne n'aurait jamais su le dire. En fait, je ne pourrais dire ce qui l'intéressait
vraiment dans la vie. Elle ne pratiquait aucune activité pour elle-même : seulement pour
accompagner son conjoint. Elle détestait le sport mais se forçait à en pratiquer ! Cela ne
l'empêchait pas de se plaindre : « Mais qu'est-ce que tu peux trouver d'intéressant à
renvoyer sans cesse une balle ? » Elle se gâchait la vie et gâchait celle de son
compagnon. Un jour, l'un de ses compagnons la quitta : on la récupéra illico après un
saut d'un 2ème étage.

E n conclusion, ces tranches de vie dont j'ai pu être le témoin, m'ont appris que se
sacrifier pour l'autre est mortel ! La fusion est suicidaire !

Georges Bernanos disait : « Prendre sa joie dans la joie des autres, c'est le secret du
bonheur ».

Mais je ne suis pas d'accord avec lui ! Je crois que le couple c'est « moi, toi et nous » : si
on n'y trouve pas l'espace pour s'épanouir personnellement, on y perd peu à peu son
identité, on y étouffe à petit feu.

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Pour prendre John F. Kennedy en porte-à-faux, je dirais : « ne te demande pas ce que tu
peux faire pour l'autre, mais demande-toi ce que tu peux faire d'abord pour toi-même !».

Il ne s'agit pas de jouer les machos (pour les hommes) ou les princesses capricieuses
(pour les femmes), mais simplement d'intégrer la dimension personnelle au sein du
couple. L'épanouissement personnel est un critère de qualité du couple : si on s'y
épanouit, on s'y sent bien. Et se sentir bien dans sa peau rejaillit alors directement sur le
climat du couple ! C'est un cercle vertueux ! Comme le dit John Gray, pour être
heureux, il faut veiller à remplir ses différents « réservoirs » d'amour, il faut veiller à ce
que l'amour provienne de manière équilibrée de différentes sources : les amis, la famille,
le conjoint, les collègues, etc. Si on se focalise trop sur le conjoint, on établit un
déséquilibre qui se retourne fatalement contre soi.

Les différents réservoirs d'amour qu'il faut veiller à équilibrer.

La question délicate est : où sont les limites ? Où s'arrête le développement personnel


pour que commence le partage dans le couple ? Où le « moi » et le « toi » cèdent la place
au « nous » ?
J'en connais qui fuient le couple au prétexte de vouloir mieux s'épanouir dans leurs
activités personnelles. Là où les choses se gâtent, c'est lorsque l'un des conjoints
n'implique plus l'autre dans ses activités, dans ses sorties. Vivre à deux, ce n'est pas faire
sa vie chacun de son côté et se donner des nouvelles de temps en temps ! Enfin ça peut
l'être, bien sûr, mais c'est moins enrichissant, c'est une relation moins profonde. Le
« moi », le jardin secret, les activités épanouissantes, sont justifiées à partir du moment
où elles permettent d'enrichir le couple. Indirectement, bien sûr, puisque c'est un jardin
secret !
L'idéal serait de parvenir à préserver une part d'autonomie, d'indépendance, tout en
veillant à conserver de l'espace pour l'autre, pour des retrouvailles, des échanges et des
sorties communes.
Ceux qui vivent une relation fusionnelle ont du mal à admettre cela. Pour eux,
« autonomie » est synonyme d'« égoïsme », d' « indifférence ». Mais ils ne se rendent pas
compte que dans la fusion, à trop se rapprocher de l'autre, on l'étouffe. ( Jacques Salomé
décrit bien ce processus d'assèchement dans les relations fusionnelles dans « Je m'appelle
toi ».) A trop étouffer l'autre, il perd son identité, les traits qui ont conduit à l'aimer : en
l'étouffant on le rend moins digne d'être aimé, et, au final, on s'en désintéresse peu à peu.
Il devient une chose plus qu'un être à part entière. Ce cercle vicieux installe le désamour

19/32 - Dix idées reçues sur le couple Copyright Juan Sesma © Février 2007
et conduit à la séparation.
Le piège de la fusion, c'est que le sacrifice pour l'autre est considéré dans nos sociétés
judéo-chrétiennes comme un geste noble, au-dessus de tout soupçon. Du coup, le
conjoint se sent piégé quand l'autre lui reproche son ingratitude devant tous ses sacrifices.
Il devrait être reconnaissant au lieu de se plaindre qu'on s'occupe trop de lui !

M ais le sacrifice n'est pas de l'amour : chosifier l'autre, c'est le rabaisser. Se


sacrifier pour l'autre, c'est le soumettre à un chantage affectif, c'est le diminuer.
L'amour, au contraire, est une énergie qui porte, une énergie qui loue l'évolution de
chacun au sein du couple. L'amour, c'est être heureux d'avoir aidé l'autre à se dépasser,
à être plus fort. L'amour n'a pas peur de rendre l'autre si fort qu'il puisse se passer de
soi. Le sacrifice, c'est la peur que l'autre devienne autonome et, finalement, parte.

20/32 - Dix idées reçues sur le couple Copyright Juan Sesma © Février 2007
8ème idée
C e précepte est parfois formulé d'une autre manière : « Si tu t'aperçois que l'autre ne
t'est pas compatible, il suffit de le changer pour que les choses aillent mieux dans
ton couple ! ».
reçue : « Si tu A travers cette affirmation, c'est la question de la ressemblance et de la différence qui
t'aperçois que surgit : est-il préférable d'être semblables en couple ou d'être différents,
complémentaires ?
l'autre ne
convient pas, il J'avais une amie qui souhaitait absolument que toutes les activités à l'extérieur soient
partagées avec son compagnon. Qu'elle les appréciât ou pas, peu importait, elle
faut le
l'accompagnait ! Elle n'avait pas de patience pour peindre, ça l'énervait, mais elle allait
changer. » malgré tout avec lui aux cours du soir de peinture ! Elle revenait de ces cours toujours
plus agacée : « Je ne vois pas l'intérêt de peindre encore alors qu'on a tous des appareils
photos ! » ou bien : « Tu crois vraiment que tu vas devenir un artiste célèbre ? A quoi
bon perdre tout ce temps ? ». A chaque retour de séances de peinture, elle lui gâchait
son plaisir, une sorte de bien-être qu'il éprouvait en peignant, et elle créait une tension
entre eux pour le reste de la soirée. Lui avait le sentiment d'accéder à un absolu, à une
dimension du beau, à travers cette activité. Elle, n'y voyait que lenteur,
recommencements, minutie et ennui. Elle voulait le décourager de pratiquer cette
activité qu'elle ne pouvait supporter de partager avec lui, comme elle lui avait déjà fait
abandonner auparavant ses cours du soir d'anglais. Elle voulait qu'il soit fidèle à
l'image qu'elle se faisait du compagnon idéal : une vie repliée sur le couple, avec un
minimum d'activités à l'extérieur, et uniquement des activités communes. Elle lui
expliquait souvent qu'il s'y prenait mal pour faire la vaisselle, ranger, s'organiser, et elle
lui montrait la « bonne méthode ». Elle s'énervait lorsqu'il faisait les choses à sa
manière à lui. Elle voulait qu'il conçoive les différentes aspects de la vie quotidienne
comme elle, qu'il gère sa vie comme elle gérait la sienne. Pour elle, il n'y avait pas
d'autre manière concevable de vivre. En tout cas pas d'autre manière efficace ou, disons,
judicieuse. Un jour, après une dispute sur la manière de réaliser une nième tâche, elle se
fâcha devant son applomb et lui jeta : « Si tu ne veux pas faire ça à ma manière, tu n'as
qu'à partir ! » Il la prit au mot et s'en alla définitivement. Elle ne comprit pas que les
changements qu'elle voulait lui imposer équivalaient pour lui à la perte de son identité
au sein de couple. Elle n'eut jamais conscience qu'il se fondait peu à peu en elle, à son
corps défendant. Et cette fusion l'étouffait. Il avait besoin de respirer, il avait besoin
d'air frais. Elle crut qu'il la trompait depuis quelques temps déjà avec une autre fille...

Sorti de cette (més)aventure, notre héros se rendit compte que la jeune fille en question
croyait au dogme de la ressemblance : pour elle, un couple ne pouvait se bâtir que sur les
similitudes, sur le partage intégral des idées et des activités. Elle ne s'est jamais
demandée si la ressemblance est plus féconde que la différence. Laquelle enrichit le
plus ? Y en a-t-il une qui contribue plus à souder le couple ? Est-il préférable d'être
semblables ou complémentaires ?

La quadrature du cercle : se ressembler ou être complémentaires ?

Réaliser l'alchimie entre deux êtres semble relever d'une véritable prouesse. C'est un peu
la quadrature du cercle !
Certains partenaires s'attirent mutuellement parce qu'ils se ressemblent. Ils se

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comprennent alors intuitivement, sont d'accord sur beaucoup de choses et tout semble
aller pour le mieux. Mais cette ressemblance, qui les a attiré dans un premier temps, peut
produire de l'ennui sur le long terme. D'un autre côté, comme aucun des deux n'est
complémentaire de l'autre, personne ne pourra apporter à l'autre ce qu'il lui
manque...Personne n'osera aller de l'avant là où l'autre ne peut ou ne sait faire. Au final,
les deux pourront sentir que quelquechose manque à leur épanouissement. Personne ne
les entraîne dans de nouvelles directions ou ne les pousse à explorer des dimensions
inconnues.

Prenons Jean et Corinne : ils se sont trouvés parce qu'ils aiment se laisser porter par la
vie, ils aiment profiter de la vie sans se créer des soucis. Mais Corinne cherche aussi la
sécurité dans sa vie. Malgré sa bonne entente avec Jean, elle aimerait qu'il prenne plus
d'initiatives et qu'il ait une situation stable. Mais Jean lui ressemble : c'est un dilettante
qui a des difficultés à bâtir dans sa vie, à concrétiser ses projets et à se fixer.
Leur ressemblance est donc pour eux une infirmité : les deux aiment profiter de la vie
mais ne peuvent agir dans la vie. Les besoins de l'une ne peuvent alors être satisfaits par
les possibilités de l'autre. La demande de Corinne produit un électrochoc chez Jean :
elle le pousse dans ses retranchements, elle le pousse à adopter une autre vision de la
vie, une autre attitude par rapport à celle-ci. Pourra-t-il modifier son comportement,
bâtir sa vie pour l'amour de Corinne ? Ou, au contraire, la demande de Corinne est-elle
au-delà des capacités de Jean ? Dans ce cas, il ne pourra guère la satisfaire, et une
tension subsistera dans le couple. Une tension permanente peut mener à la rupture. C'est
le danger qui les guette. Pour éviter ce risque, Jean doit changer de position par rapport
à la vie, ce qui risque aussi de compromettre leur bonne entente future car si Jean
n'adopte plus la même vision de la vie que sa compagne, pourront-ils encore
s'entendre ?

L orsque les deux partenaires se ressemblent, le besoin d'une différence, chez l'un,
fragilise l'équilibre d'ensemble en faisant apparaître une tension nouvelle au sein
du couple. Alternativement, ce peut être le besoin d'une plus grande proximité qui peut
fragiliser l'édifice du couple, par une convergence vers la fusion et une perte d'identité
de part ou d'autre.

Au contraire de ce type de couple, nous avons les couples complémentaires : chacun des
deux apporte à l'autre ce qui manque à l'autre. Chacun comble les incapacités de l'autre.
Chacun trouve donc une satisfaction à vivre avec l'autre, se sentant lui-même incapable
de réaliser ce qui est naturel pour le partenaire. Il y a un intérêt mutuel, un intérêt vital, à
rester ensemble. C'est une question de survie : comme dans la nature, une vie en
symbiose permet de surmonter les obstacles de la vie car les différences permettent de
pouvoir réagir de façon adéquate à une plus grande variété de problèmes. Mais le hic,
c'est que les deux tempéraments étant complémentaires, ils sont forcément éloignés
(voire opposés) : de part et d'autre règne une incompréhension sur la manière de vivre de
l'autre. Aucun des deux ne se sent familier avec la conception de la vie adoptée par
l'autre. Le dialogue est difficile, ainsi que la complicité. Les difficultés portent sur le
terrain de la communication, de la diplomatie, de l'acceptation de l'autre malgré ses
différences.

22/32 - Dix idées reçues sur le couple Copyright Juan Sesma © Février 2007
Pierrick et Caroline se sont plus rapidement car chacun a trouvé en l'autre une richesse,
des aptitudes que lui-même ne possédait pas. Cette découverte a suscité une vive
admiration de l'un pour l'autre. Pierrick vivait dans un monde imaginaire, abstrait, alors
que Caroline avait les pieds bien sur terre. Elle pouvait prendre en charge les aspects
matériels et logistiques de l'existence, comme elle aimait le faire : cuisiner de bon petits
plats, s'occuper de son foyer. Elle permettait ainsi à Pierrick de vivre dans son univers
abstrait sans interférence avec des contingences matérielles : il a pu ainsi réaliser l'un
de ses rêves, écrire des romans.

Le risque de cette approche du couple est que chacun renforce peu à peu son propre
univers au détriment de l'univers commun. Qui s'occupera de bâtir cet univers commun ?
Le risque est d'autant plus grand que la différence entre les deux partenaires ne les pousse
pas à communiquer. Il peut alors y avoir une dérive de la relation par un éloignement
mutuel.
Chez Pierrick, par exemple, Caroline a peut-être senti cet éloignement graduel.
Lorsqu'ils ont eu des enfants, elle a demandé à Pierrick un plus grand partage
d'activités, plus de vie commune, pour le bien de la famille. Pierrick a alors senti son
univers menacé par ce besoin et a craint de perdre l'espace dans lequel il s'épanouissait
jusque-là. Il a dû tester sa capacité à préserver son univers propre au sein du couple, ou
d'une famille plus large : il écrivit ses romans pendant les trajets vers son travail.
Mais si les besoins de Caroline vont encore plus loin, et s'il n'arrive pas à les satisfaire,
s'il n'arrive pas à se rendre suffisamment disponible pour elle et les enfants en dehors de
son univers propre, il aura atteint les limites de son adaptabilité. Ce risque de perte de son
identité pourra alors le pousser à partir pour préserver la vie dans laquelle il
s'épanouissait jusque-là.

C'est chouette, l'amour ! Toi + Moi = Nous.

Comme disait l'un de mes amis : le couple, c'est toi, moi et nous !

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L orsque les deux partenaires diffèrent, c'est le besoin, chez l'un, de plus de vie
commune, qui fragilise l'équilibre d'ensemble et crée une tension nouvelle.
Alternativement, cet équilibre peut être aussi mis en péril par un besoin d'indépendance
supplémentaire, qui fera diverger des chemins déjà distants.

Comme on le voit, dans ces deux manières de fonder un couple, il y a à trouver un nouvel
équilibre, à le négocier avec le partenaire, à dialoguer, mais aussi à tester sa capacité
propre à changer sa manière de voir sa vie, son univers. Nous n'avons pas tous cette
volonté ou cette capacité à changer de mode de vie. Certains d'entre nous préférerons
préserver leur mode de vie au détriment de la relation, d'autres trouveront les ressources
intérieures nécessaires pour transformer leur façon de vivre et évoluer ainsi avec la
relation.

A lors ? Etre semblables ou complémentaires ? C'est une question-piège car nous


sommes tous uniques et donc différents : nous sommes donc forcément
complémentaires ! De même, partageons tous des facettes communes. Jusqu'à quel
degré pousser cette différence ou cette ressemblance ? Là est toute la question ! Car je
ne parle pas que d'une différence de personnalité, mais aussi d'une différence de
perspective sur la vie, sur ce qu'on veut y construire, sur ce qu'on veut en faire, sur ce
qu'on veut laisser derrière soi...
Souvent on se trouve au diapason avec quelqu'un en terme de personnalité (sens de
l'humour, forme de pensée ou autre) mais sur la manière de vivre, c'est radicalement
différent : l'un est casanier, l'autre a envie de grands espaces. Ou sur les projets : l'une
veut une maison à la campagne, l'autre a besoin d'une vie culturelle et sociale urbaine.
Ou sur le sens de la vie : l'un veut posséder, bâtir du concret, l'autre veut se battre pour
ses grandes idées humanitaires.Je pense donc qu'il se trouve de rares moments où nous
sommes sur la même longueur d'onde relativement à certains aspects : à ces rares
moments nous pouvons entrer en relation et partager nos intérêts communs. Mais à
d'autres moments, le fondement commun qui a présidé à la rencontre peut se trouver
disloqué car nous évoluons, nous changeons de point de vue, nous aspirons à de
nouvelles choses. A ces autres moments, nos différences surgissent et nous nous
demandons si nous pouvons rester ensemble ou s'il vaut mieux que chacun poursuive
son chemin sans renoncer à ses aspirations propres. Certaines personnalités entières
privilégieront alors leurs aspirations personnelles, les placeront au-dessus du couple,
car pour elles, la réalisation et l'épanouissement de soi est plus important que la relation
avec l'autre. D'autres privilégieront l'aventure humaine du couple et tenteront
d'accomoder leurs envies personnelles à la vie du couple.
Les premiers rechercheront un nouveau compagnon/compagne qui partagera un
nouveau socle commun avec eux. Ils s'engageront dans une relation qui enrichira la
nouvelle orientation qu'ils ont prise.
Les seconds tenteront d'inoculer le changement dans leur couple : un changement
favorable à l'accueil de leurs nouvelles orientations. Parfois ils se heurteront à l'hostilité
de l'autre et à une situation de blocage, malgré leurs efforts. La rupture risque d'être
inévitable dans ce cas. Mais s'il y a véritablement amour de la part de l'autre, il y aura
écoute et prise en considération des aspirations personnelles. Dans ce cas, un nouvel
espace se créera au sein du couple, propre à accueillir la nouvelle dimension que l'autre
souhaite développer.

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9ème idée
J
'ai abordé au cours du 8 ème
mensonge la similitude et la différence entre deux
partenaires en terme de conception de la vie et de nos objectifs/projets de vie. Je
reçue : « Il faut mettais au jour les conséquences d'une trop grande ressemblance ou différence. Ici, je me
partager demande plutôt s'il faut partager des activités ou rester indépendant au sein d'un couple.
beaucoup. » La vision traditionnelle est celle du partage : pour nos aînés, il faut partager un maximum
d'activités communes, il faut que l'un et l'autre vivent les mêmes expériences dans le
couple...Mais est-ce réellement souhaitable ?
J'ai déjà évoqué le fait que trop de partage pouvait aboutir à une relation fusionnelle
destructrice.
Mais « Comment et pourquoi l'illusion du partage aboutit à cette fusion ? » et « Pourquoi
celle-ci est-elle pernicieuse ? » sont des questions que j'ai volontairement laissées de côté
pour les traiter ici.
Jacques Salomé a écrit un livre sur la fusion : « Je m'appelle toi ». Le Dr Gérard
Perrin également : « A toi de choisir ». Et je suis sûr qu'il y en a beaucoup d'autres...
Le couple doit-il être un lieu de fusion ? Celle-ci est-elle utile au couple ? Au contraire,
le couple doit-il être un lieu d'indépendance, d'autonomie et d'épanouissement
personnel ?

Une certaine forme de fusion est utile. On pourra aussi appeler cela de la compassion, de
l'empathie, ou autre. Cette fusion recouvre notre capacité à nous mettre à la place de
l'autre, à « être l'autre ». C'est grâce à cette faculté qu'il peut y avoir de l'émulation dans
une équipe au travail, qu'il peut y avoir transmission de savoirs et de savoirs-faire entre
enseignants et élèves. C'est grâce à cette fusion qu'un couple arrive, peu à peu, à
communiquer tacitement, sans avoir besoin de se parler ou presque. La fusion, en nous
projetant à la place de l'autre, peut aussi nous permettre de vivre ses tourments, ses
doutes, ses peines et nous aide donc à mieux le comprendre.

Mais trop de fusion conduit à une perte d'identité, car les repères personnels s'effacent
peu à peu ; l'esprit critique s'émousse comme lors d'un lavage de cerveau : notre pensée
est remplacée peu à peu par celle de l'autre. On ne distingue plus son opinion personnelle
de celle de l'autre. On ne peut plus s'affirmer. Cercle vicieux : l'autre voyant qu'il a pris le
pouvoir, entretient cette subordination consciemment ou non parce que ça l'arrange de ne
pas être contredit. La victime, elle, se tait de peur de créer des conflits. Combien de
couples ai-je rencontré où la victime a peu à peu démissionné face à un caractère trop
fort, trop imposant ?
J'ai souvent constaté, aussi, que si cette démission vient de l'homme, elle rejaillit
fatalement sur les enfants. L'homme renonce à affirmer sa personnalité face à sa femme
dans un premier temps, puis se laisse imposer la conception de l'éducation de sa femme.
Lorsqu'il n'est pas d'accord, plutôt que d'amener le conflit, il se désengage de l'éducation
et devient un père absent. Qui dit père absent, dit souvent faible prise de risque de la part
des enfants, manque de confiance en eux, comme l'analyse Corneau dans « N'y a-t-il pas
d'amour heureux ? ».

Le danger de la fusion, c'est qu'elle empêche chacun des deux individus de s'épanouir,
elle occupe trop bien l'espace qu'il leur faudrait pour se trouver eux-mêmes, développer
leurs propres potentiels. Lorsque l'un ou l'autre ne trouve pas de place pour s'épanouir
ainsi, il ressentira un manque, et la relation le videra plutôt que de le nourrir, l'assèchera

25/32 - Dix idées reçues sur le couple Copyright Juan Sesma © Février 2007
plutôt que de l'ouvrir.

J'ai connu deux femmes qui s'accrochaient à leur boulot et appréhendaient l'âge de la
retraite et le fait de se retrouver seules avec leurs maris. En discutant avec elles, j'ai
compris que ce qui les maintenait en vie était leur travail à travers l'épanouissement
personnel qu'il leur apportait. Elles pouvaient y mettre en avant leur personnalité
propre, leurs opinions, y suggérer des idées. Elles s'y sentaient valorisées pour ce
qu'elles étaient, s'y sentaient utiles. Elles avaient l'impression de pouvoir faire avancer
les choses, de pouvoir aider les gens. Elles sentaient qu'elles apportaient leur
contribution à un tout et qu'elles faisaient partie de ce tout.
Au foyer, elles exécutaient ce que leur mari désirait. Elles étaient consentantes, pas
soumises : elles croyaient que c'était une preuve d'amour, que si elles aimaient vraiment
leur mari elles se devaient d'accéder à leurs désirs. Il n'y avait pas soumission, mais
envie de faire plaisir. Du coup, elles étaient surtout préoccuppées par le bien-être de
l'autre, ses envies, et complètement déconnectées de leurs besoins propres. Quels étaient
leurs goûts, leurs envies ? On ne le leur demandait pas et elles n'en parlaient pas
spontanément avec leur mari ou le reste de leur famille. Mais elles s'en ouvraient avec
leurs collègues ou avec des visiteurs comme moi ! Je les voyais rayonner en revenant du
boulot : elles avaient de multiples occasion d'exprimer qui elles étaient, de revendiquer
une personnalité propre.
L'une d'elles mourut quelques jours après sa mise à la retraite.

Ces femmes me font penser qu'on ne peut passer une vie à renier, ou, en tout cas, à
mettre en retrait sa personnalité : on a besoin de l'exprimer, de la confronter à celles des
autres, de la laisser vivre, s'épanouir et s'enrichir.
L'homme est un animal social dans la mesure où la confrontation des individualités crée
la richesse.

En revanche, le danger de l'indépendance, de la recherche à tout prix de l'épanouissement


personnel, réside dans la fuite en avant que cela peut engendrer : les besoins du soi
l'emportent sur ceux de l'autre, on perd le sens de l'écoute de l'autre, et donc on perd le
contact avec l'autre, on se déconnecte peu à peu du couple.
Certains parlent alors d'égoïsme : l'un des deux (ou les deux !) partenaires vit dans sa
bulle, développe son propre univers, d'où est peu à peu exclu l'autre. Couple stérile qui
tient souvent par des objectifs communs et qui s'effondre aussitôt ces objectifs atteints.

L 'un des nombreux challenges pour un couple, c'est de concilier l'enrichissement et


l'évolution personnels avec l'écoute et la compréhension de l'autre. Parce que les
deux partenaires doivent à la fois rester en phase et apporter au couple.
« Rester en phase » pour que chacun puisse sentir les changements qui s'opèrent chez
l'autre au cours du temps et s'y adapter. Connaître en permanence le nouvel « autre »
que chaque jour fait.
« Apporter au couple » car c'est la raison d'être du couple : un lieu d'échange et de
partage. Un lieu où chacun puisse grandir et aider l'autre à grandir.

26/32 - Dix idées reçues sur le couple Copyright Juan Sesma © Février 2007
10ème idée
reçue : « Il faut
I l ne s'agit pas ici de moraliser sur un type de vie ou un autre : tous les choix de vie sont
respectables et peuvent se révéler harmonieux. Il s'agit pour chacun de trouver SA
manière de mener sa vie amoureuse afin qu'elle soit épanouissante pour lui/elle. Ici,
multiplier les j'aimerais simplement livrer quelques réflexions sur chacun des choix de vie possibles et
partenaires ce qu'il implique, de manière à dégager les possibilités d'harmonie qu'il recèle.
pour trouver le Multiplier les partenaires les uns après les autres est un choix de vie parmi d'autres : on
bon. » pourrait aussi concevoir d'avoir plusieurs amant(e)s simultanément, comme Molière l'a
fait, ou encore de vivre avec un(e) partenaire tout en expérimentant des
amours/affections en dehors du « couple » central.

Ces deux derniers choix de vie participent du même constat : nous ne pouvons trouver
chez une seule personne toutes les richesses que recèle la nature humaine. Aussi, il nous
est nécessaire de tisser des liens affectifs avec des personnes autres que notre partenaire.
Ces liens peuvent aller d'amitiés à des amours multiples selon nos besoins.

Quel que soit le choix de vie affective adopté, l'important est d'avancer, de grandir dans
sa vie. L'essentiel est que le ou les partenaire(s) soient des aides dans cette démarche en
nous enrichissant ponctuellement, ou plus longuement.

a) Tout d'abord voyons comment se déroulent les choses pour quelqu'un qui choisit de
partager sa vie avec une seule autre personne.

L'enrichissement mutuel à travers la construction d'un couple provient notamment de la


satisfaction d'avoir pu surmonter les épreuves à deux. Plus nombreuses sont les épreuves,
plus elles contribuent à rapprocher les deux conjoints. C'est la secrète alchimie du couple.
Les tourments de la vie, mais aussi les défis relevés par l'un ou par l'autre, le révèle et le
grandit aux yeux de son conjoint. Celui-ci perçoit l'apparition de nouveaux aspects chez
son partenaire ou l'existence de capacités insoupçonnées.
En se retournant en arrière, et en constatant ce qui a été réalisé, en le comparant avec ce
qu'on pensait possible d'accomplir seul, on se rend à l'évidence de la force du couple. Il
permet, par le jeu de la motivation mutuelle, d'accomplir des miracles. « Un + un » est
supérieur à deux, car chacun de son côté n'aurait eu la force, la volonté et la ténacité
d'aller jusqu'au bout des choses. Ce qui relève du tour de force pour le célibataire, ce qui
lui semble être une montagne à gravir, semble à portée de main au sein du couple. Le
couple renforce la motivation mutuelle dans le sens où il fonctionne comme un système
de vases communiquants vis-à-vis de la confiance dans la vie : lorsque l'un ressent une
baisse de régime, une noirceur d'âme, c'est l'autre qui relaie l'optimisme et qui pousse
l'ensemble en avant. L'énergie positive est ainsi constamment présente. C'est pour cette
raison que les études attribuent une meilleure résistance à la dépression aux gens vivant
en couple que plutôt qu'en célibataires : quand on aime, on a toujours envie de remonter
le moral de l'autre, de le préserver.

Mais il faut aussi garder à l'esprit que le projet commun de construire un couple, c'est un
peu comme tenter de maintenir en équilibre un oeuf au bout d'une fourchette : il faut
régulièrement donner de l’énergie dans le bon sens pour qu’il reste en équilibre. Chaque
nouvelle position d'équilibre de l'oeuf est différente de la précédente. Dans le couple, la

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nouvelle position d’équilibre évolue aussi continuellement, l’équilibre ne se fige jamais
sur une position passée, car chaque partenaire change au gré des événements de sa vie.
C’est la clé de l’harmonie dans le couple, une harmonie qui ne peut être que dynamique.
C'est pour ça que j'appelle ça « l'équilibre dynamique du couple ».

Les difficultés de la démarche « bâtir son couple » proviennent du fait qu’elle ébranle
notre manière habituelle de vivre. Elle suppose :

- qu’on est prêt à faire un effort d’introspection pour se connaître soi-même, à


explorer nos limites et à les reconnaître dans la relation de couple, donc face à
l’autre. Cela met aussi en question notre capacité à faire confiance à l’autre ;

- qu’on s’astreigne à une vigilance permanente tournée vers l’autre mais aussi vers
soi. Cela suppose de prendre régulièrement du recul sur le couple, d’avoir un regard
critique sur sa propre évolution mais aussi l’évolution de l'autre dans le couple.
L’astreinte consiste à se poser régulièrement la question : « Sommes-nous encore en
phase ? ».

Les « couples qui se défont », de Cabrel, sont ceux où chacun est passé à côté de
l’autre : l’évolution de chacun s’est produite de manière divergente. Manque d’écoute, de
dialogue. Manque de dialogue introspectif du couple en couple. D’autres couples se
séparent par « erreur de casting » au départ : si je ne me connais pas assez, comment
puis-je savoir ce qui est bon pour moi ?
David Servan-Schreiber parle de ces erreurs de casting dans « Guérir ». Il y cite une
expérience américaine menée sur plusieurs couples, et qui consistait à lire les émotions
qui s'échangeaient entre deux conjoints. Cette expérience conclua à la possibilité de
déterminer rapidement la compatibilité entre deux conjoints. Lorsqu'il y avait du mépris
entre eux, leur couple était quasi-systématiquement voué à l'échec. Ceux qui sont aptes à
détecter ce mépris rapidement et à s'en détourner, seraient donc préservés de ces erreurs.

b) Changer de partenaires peut apporter une richesse ou être une source de souffrance.
Tout dépend de la manière dont on vit chaque relation et de la perception que l'on a de ce
cheminement dans la vie.
Cette philosophie de vie peut recéler des aspects positifs. Ainsi, le cumul de partenaires
différents s'avère intéressant si l'on conçoit chaque nouvelle expérience comme un stade
supérieur de connaissance de soi : chaque partenaire nous apporte ce qu'il est bon que
nous vivions à cette période-là de notre vie. Lorsque nous avons épuisé cette expérience,
lorsque nos besoins ont évolué, il peut s'avérer que ce partenaire-là ne convienne plus.
Nous allons alors trouver quelqu'un qui correspondra mieux à nos nouvelles aspirations.
Décider si nous pourrons vivre avec un seul partenaire pour le restant de notre vie,
revient alors à se poser la question de savoir si nos aspirations vont se stabiliser, si nous
allons découvrir les aspirations ultimes vers lesquelles nous tendons. Croire que nos
aspirations ne sont pas uniques mais qu'elles sont vouées à changer continuellement, qu'il
n'y a pas de socle fondamental de partage sur lequel une relation peut être construite,
c'est croire que nous sommes voués à changer de partenaire tout au long de notre vie. Au
contraire, croire que nous allons découvrir nos aspirations profondes au cours du

28/32 - Dix idées reçues sur le couple Copyright Juan Sesma © Février 2007
cheminement de notre vie, c'est croire qu'il sera possible de trouver un partenaire stable,
compatible avec ces aspirations. En effet, à mesure que nous tendrons vers ces apirations
profondes, les erreurs de casting se feront plus rares. Car chaque expérience avec un
nouveau partenaire est une occasion qui nous est donnée d'en apprendre un peu plus sur
nous-mêmes : de lever le voile sur l'une de nos facettes qui nous était cachée, sur nos
besoins réels dans la vie…Si on passe à côté de cet apprentissage de soi, à côté de cette
occasion qui nous est donnée dans chaque couple de s’explorer soi-même, alors on court
à la répétition d’insatisfactions amoureuses.

Pour autant, lorsque nous aurons trouvé un partenaire avec lequel partager ce socle formé
de nos aspirations et besoins fondamentaux, le couple ne devient pas un acquis définitif.
Il reste l'école de la connaissance de soi, il reste l'école de la découverte de ses multiples
facettes, il reste dans cet état d'équilibre dynamique à rechercher constamment.

Mais pour certains, les relations répétitives ne sont pas satisfaisantes, car la recherche
perpétuelle du conjoint idéal se révèle décevante et a des effets négatifs sur le moral à
long terme. Ces personnes souffrent dans leur entreprise de trouver le bon conjoint parmi
tous les possibles car elles ont pris conscience que :

- comme tous les gens sont différents, on trouvera toujours entre deux personnes
des aspects compatibles et d’autres qui poseront problème ;

- cette recherche peut cacher une solution de facilité : plutôt que de mettre de l’eau
dans son vin avec le conjoint actuel, de rechercher des voies de solution, de faire
des compromis, d’accepter la différence, l’évolution de l’autre, ou de tenter d'aider
cette évolution, il est plus facile de faire table rase de la relation, d’éviter de se
remettre en question et de conserver ses certitudes dans une nouvelle relation qu’on
jugera plus adaptée (au début, toute nouvelle relation semblera en effet « plus
adaptée »).

- le couple est par définition une construction artificielle basée sur un mensonge
initial : celui du jeu de la séduction, de l’attirance physique, etc. Par conséquent, il
faut accepter qu’on part d’une situation où l’on met ensemble deux êtres qui a
priori n’ont rien à voir l’un avec l’autre, pour qu’ils tissent des liens et se
découvrent des affinités profondes a posteriori. Quelqu’un de lucide, conscient du
caractère artificiel de la première rencontre, n’a qu’une seule solution pour que le
couple perdure lorsque tombent les masques : composer avec l’autre, rechercher des
compromis en permanence.

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C omme on le voit, il faut absolument éviter tout dogmatisme en ce domaine, et ne
pas rester accroché, de manière extrémiste, à l'une de ces deux attitudes :

– changer systématiquement de partenaire lorsqu'on estime que la


relation n'apporte plus rien et regretter plus tard telle personne qui, si
nous avions fait plus d'efforts se serait révélée compatible...;
– ou rester coûte que coûte ensemble alors que tout s'écroule de manière
évidente dans le couple.

Il faut avant tout savoir si on se connaît suffisamment pour pouvoir déterminer


clairement ses aspirations et ses besoins profonds et en parler à notre (futur) conjoint,
les vivre avec lui, afin qu'il puisse se positionner par rapport à ceux-ci et qu'on puisse
constater la compatibilité du partenaire potentiel avec ces aspirations et besoins. En
parler ne suffit pas : il faut les vivre ensemble.

Je me rappelle en effet de ma première rencontre avec Nadia : je pensais avoir


correctement évalué mes besoins et aspirations. Je lui dis clairement que je ne voulais
plus revivre de relation fusionnelle, telle que celles que j'avais endurées dans mon passé,
et je lui expliquais ce que je souhaitais vivre en couple. Elle évoqua ses échecs amoureux
en expliquant que sa tendance à la fusion était à l'origine de ceux-ci mais qu'elle avait
bien identifié cette cause d'échec et que c'était du passé, qu'elle ne retomberait plus dans
ce piège. Malgré sa bonne volonté, elle retomba dans ses excès de fusion et nous nous
séparâmes.
Son discours était tout-à-fait sincère, sans nul doute possible. Mais elle avait surestimé sa
capacité à se transformer à l'aide des leçons du passé. C'est pour cela qu'il est souvent
préférable de vivre ensemble les aspirations et besoins de chacun et non pas de rester sur
un discours qui présagerait une harmonie certaine. Il faut tester l'harmonie, elle ne se
décrète pas avec la seule bonne volonté de chaque partenaire.

30/32 - Dix idées reçues sur le couple Copyright Juan Sesma © Février 2007
Conclusion Dans la vie amoureuse, notre écoute de l'autre et de nous-mêmes, notre volonté, notre
énergie, notre patience, notre capacité à nous adapter à l'autre, notre imagination, sont
des facultés qui sont en permanence sollicitées. Certaines peuvent paraître antinomiques
et c'est ce qui explique que tout est affaire de dosage en fonction de la situation qui se
présente.
Il n'y a pas de recette miracle pour réussir son couple ou pour trouver quelqu'un qui nous
convienne.
Par contre il y a une disposition d'esprit et une ouverture sur soi et les autres qui nous
permettent de mieux tirer tous les enseignements des expériences vécues. La sagesse
ainsi tirée du vécu, nous permettra de mieux connaître les autres et nous-mêmes pour
ressentir la voie qui est la nôtre lorsque celle-ci se présente. De même, l'écoute attentive
et constante de l'autre, de ses besoins et de ses désirs, donnera les moyens de préserver
l'édifice fragile qu'est le couple dans son « équilibre dynamique », toujours précaire.

L'importance de l'ouverture à soi est souvent négligée dans la construction du couple.


Pourtant, elle est essentielle : comment trouver un(e) partenaire qui nous correspond si
nous ne savons pas qui nous sommes ? Si nous ne savons pas définir nos besoins et nos
priorités dans la vie ? Il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs : toute recherche
d'harmonie avec un(e) partenaire est vaine si elle ne passe pas au préalable par une
meilleure connaissance de soi.

Le chemin vers l'autre passe par soi...

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Si vous avez aimé ce livret...

...un ouvrage plus étoffé, évoquant davantages d'idées reçues, sera disponible au courant du
2ème semestre 2009 sous forme papier sur le site Internet de « The Book Edition ».

Si vous avez décelé des coquilles ou désirez me faire part de vos commentaires, n'hésitez pas à
m'envoyer un mail en utilisant le lien placé sur : http://coupleetmensonges.over-blog.org/

Merci.

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