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Effet des modifications dans les structures en béton armé

sur leur comportement sismique : Cas de la surélévation


Hamza Sahoui, Chahrazed Oubraham

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Hamza Sahoui, Chahrazed Oubraham. Effet des modifications dans les structures en béton
armé sur leur comportement sismique : Cas de la surélévation. Rencontres Universitaires de
Génie Civil, May 2015, Bayonne, France.

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Submitted on 24 Jun 2015

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Effet des modifications dans les structures en béton armé
sur leur comportement sismique : Cas de la surélévation

Hamza Sahoui1, Chahrazed Oubraham2

1
sahamza16@yahoo.fr (Université Mouloud Mammeri, Tizi-Ouzou, Algérie)
2
chahrazed.oubraham@yahoo.fr

RÉSUMÉ. L’objectif du présent travail consiste en l’étude de l’effet des modifications dans les structures en béton armé,
particulièrement, leur surélévation, sur leur réponse sismique. Pour vérifier la performance sismique de ces structures, on
effectue une analyse statique non-linéaire en poussée progressive (analyse pushover) du comportement élasto-plastique de
la structure, en considérant différentes hauteurs, exprimées en termes de nombre d’étages. Les éléments structuraux, poutres
et poteaux du portique en béton armé étudié, sont modélisés en tenant compte de leur comportement non-linéaire en flexion
et en cisaillement et, aussi, en définissant les critères d’acceptation liés aux niveaux de performance de la structure. Les
résultats présentés sont les courbes de capacité et les mécanismes plastiques obtenus pour les différentes hauteurs
considérées. Ces simulations nous permettent d’évaluer les mécanismes plastiques attendus, ainsi que les dommages, en
déterminant la formation et la distribution des rotules plastiques successives dans les différents éléments structuraux
conduisant à un mécanisme de ruine et, aussi, d’évaluer les forces et les déplacements post-élastiques de la structure.

ABSTRACT. The objective of this work is the study of the effect of changes in reinforced concrete structures to their seismic
response, particularly their elevation. To check the seismic performance of these structures, it performs a non-linear static
analysis progressive thrust (pushover analysis) of the elasto-plastic behavior of the structure, considering different heights,
expressed in terms of number of floors. The structural elements, beams and columns of reinforced concrete frame studied are
modeled based on their non-linear behavior in bending and shear, and also by defining the acceptance criteria associated
with performance levels of the structure. The results presented are capacity curves and plastics mechanisms obtained for
different heights considered. These simulations allow us to assess the expected plastic mechanisms and the damage, with
determining the formation and distribution of successive plastic hinges in different structural elements carried to a collapse
mechanism and also to assess the strengths and post-elastic displacements of the structure.

MOTS-CLÉS : structure en béton armé, modification structurale, surélévation, comportement sismique, mécanisme plastique.
KEY WORDS: reinforced concrete structure, structural modification, surelevation, seismic behavior, plastic mechanism.
33èmes Rencontres de l’AUGC, ISABTP/UPPA, Anglet, 27 au 29 mai 2015 2

1. Introduction
Tout projet de construction passe par les principales phases : de planification (études), de réalisation et
d’exploitation (mise en service). Chaque étape, selon les différents acteurs intervenant, et avec leur coordination
et la contribution de tout un chacun, permet la concrétisation et l’aboutissement du projet. Parfois, selon des
aléas, ces étapes ne sont pas respectées.
La structure de l’ouvrage (type, configuration structurale, capacité portante…) est arrêtée et fixée dans la
phase de l’étude selon des paramètres bien définis. Sauf que, dans la pratique, après l’achèvement et la mise en
exploitation de l’ouvrage, ou bien au cours de sa réalisation, le propriétaire, pour diverses raisons (économiques,
sociales…), émet le souhait et envisage de modifier la configuration structurale (la structure) de son immeuble en
élévation et/ou en plan : hauteur (élancement), les dimensions en plan (nombre et longueur de travée…). La
modification de la hauteur (élancement) se traduit par la surélévation du bâtiment, et ce par l’ajout d’autres
étages supplémentaires non prévus initialement. Généralement, pour répondre aux nouveaux besoins, le recours à
la surélévation se fait de manière hâtive, irréfléchie ; agissant selon des considérations autres que celles ayant
définies le projet au départ, et sans se soucier des conséquences, ou de ce que cela pourrait engendrer comme
désagréments à l’ouvrage, particulièrement lors d’un événement sismique. En effet, les étages en plus apportent
des masses supplémentaires qui viennent s’ajouter à celles déjà existantes, ce qui aurait comme conséquence
l’amplification des sollicitations agissant sur les éléments structuraux, poutres et poteaux, des niveaux inférieurs,
en plus de leur influence d’une manière significative sur le comportement sismique de la structure tels que sa
résistance, sa rigidité et sa ductilité. Ainsi, le sort de l’ouvrage en question (surélever et achever ou bien renforcer
d’abords !?) dépend de l’influence et de l’effet de cette surélévation sur le comportement et la résistance de
l’ouvrage à l’action sismique.
L’objectif du présent travail consiste en l’étude de l’effet des modifications dans les structures en béton armé,
particulièrement, leur surélévation, sur leur réponse sismique.

2. Cas d'étude
2.1. Configuration structurale
On considère une structure en portique en béton armé d’une configuration structurale simple en plan et en
élévation qui fera l’objet de modification, à savoir sa surélévation. La structure initiale (de référence) est de deux
étages (R+2) ayant trois travées de 4m de longueur ; la hauteur du rez-de-chaussée (RDC) est de 4m et celle de
l’étage de 3m. Cette structure est celle définie dans la phase de l’étude selon des paramètres bien précis. Les
autres structures résultent des surélévations d’un étage (R+3), de deux étages (R+4) et de trois étages (R+5) par
rapport à la structure de référence (R+2).
2.2. Charges appliquées
Les charges gravitaires appliquées sont évaluées selon les charges permanentes et les charges d’exploitation
revenant aux différents planchers du bâtiment.
Les forces sismiques globales agissant sur l’ensemble du bâtiment sont calculées sur la base d’une analyse
modale spectrale de ce dernier, à l’aide du logiciel SAP 2000 [SAP 2000], en utilisant comme action sismique le
spectre de réponse de calcul défini dans le Règlement Parasismique Algérien, RPA99/version 2003 [RPA 99],
qui est un spectre de réponse en accélération.
2.3. Dimensionnement
Le dimensionnement (coffrage et ferraillage) du portique est effectué selon le code de calcul de béton armé
aux états limites BAEL91 [BAEL 91] et le RPA99 / version 2003 [RPA 99]. La résistance caractéristique du
béton à 28 jours est prise égale à 25 MPa, et la limite d’élasticité pour les armatures longitudinales et
transversales égale à 500 MPa tant pour les poteaux que pour les poutres. Les sections de béton des poutres et
des poteaux ainsi que leurs ferraillages satisfont l’article 7.6.2 du code RPA99/version 2003 [RPA 99], qui
stipule que les rotules plastiques doivent se former dans les poutres plutôt que dans les poteaux.
La configuration structurale de la structure ainsi que les sections de coffrage et de ferraillage des éléments
poutres et poteaux sont portés au tableau 1 ci-dessous. Les sections d’acier des poutres représentent le ferraillage
des sections d’extrémité, les plus sollicitées, de ces éléments structuraux du portique, et elles constituent les
zones de formation de rotules plastiques.
Effet des modifications dans les structures : Cas de la surélévation 3

Tableau 1. Configuration structurale et sections de coffrage et ferraillage aux extrémités des éléments.

6
5 Poteaux B (40x40)

5 x 3m = 15 m
4 (Surélévation)
Poutres (30x40)
3
2
Poteaux A (40x40)
1
(R+2 Initial)

4m
4m

Poutres (30x40) pour tous les niveaux Poteaux (40x40)

Section Supérieure Asuperieur 3T14+3T12 Poteaux A (initial) 12T16

Section Inférieure Ainferieur 3T14 Poteaux B (surélévation) 4T16+8T14

3. Simulations
Après le dimensionnement de la structure, on effectue des analyses non-linéaires en poussée progressive
(analyse pushover) sous des forces sismiques horizontales progressivement croissantes, jusqu’à l’état limite
ultime correspondant à l’initiation de l’effondrement de la structure, en tenant compte du comportement non-
linéaire de ses éléments.
Les charges gravitaires demeurent constantes durant ces analyses. Chaque analyse est faite en considérant,
successivement, des surélévations d’un étage (R+3), de deux étages (R+4) et de trois étages (R+5) par rapport à
la structure initiale de référence (R+2).
Ces simulations nous permettent d’évaluer les mécanismes plastiques attendus, ainsi que les dommages, en
déterminant la formation et la distribution des rotules plastiques successives dans les différents éléments
structuraux conduisant à un mécanisme de ruine et, aussi, d’évaluer les forces et les déplacements post-élastiques
de la structure.
3.1. Modélisation non-linéaire
Les éléments structuraux, poutres et poteaux, de la structure en béton armé étudié sont modélisés en tenant
compte de leur comportement non-linéaire en flexion et en cisaillement [PAU 92] et, aussi, en définissant les
critères d’acceptation liés aux niveaux de performance de la structure. Ils sont modélisés par des éléments
poutres élastiques avec des rotules plastiques concentrées à chacune de leurs extrémités.
Cette modélisation tient compte des niveaux de déformations dans la structure au-delà de son domaine
élastique. En effet, sous l’action sismique, la structure va subir des dommages sous forme de fissurations,
d’instabilités, de ruptures de certains de ses éléments, et lorsqu’un élément structural subit ces dommages, sa
raideur diminue, et s’ensuit souvent une perte de sa résistance. Pour des amplitudes élevées de l’excitation
sismique, la réponse de la structure est dans le domaine post-élastique, et elle ne reviendra pas à sa condition
initiale, ainsi, des déformations permanentes subsisteront.
Les propriétés des rotules plastiques pour les poutres et les poteaux sont déterminées en utilisant le code
FEMA 273 [FEMA 97] ainsi que le code américain ACI 318-95 [ACI 95].
La figure 1 illustre la courbe non-linéaire typique idéalisée utilisée pour définir les paramètres de
modélisation des poutres et poteaux du portique en béton armé ainsi que les critères d’acceptation liés aux
niveaux de performance de la structure [FEMA 97].
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Force généralisée

b
a

C
B

CP D E
LS
IO
c
A
Déplacement généralisé
Figure 1. Loi force-déplacement idéalisée pour les poutre et poteaux en béton armé.

Dans les analyses, trois points présentant trois niveaux de performance (ou niveaux de dommages) sont
définis sur la courbe force-déplacement de la figure1 :
 Niveau IO = Immediate Occupancy (Occupation immédiate).
 Niveau LS = Life Safety (Sécurité de vie).
 Niveau CP = Collapse Prevention (Prévention de ruine).
3.2. Analyse pushover
Pour vérifier la performance sismique de ces structures [BEN 2004], on effectue une analyse statique non-
linéaire en poussée progressive (analyse pushover) du comportement élasto-plastique de la structure, en
considérant différentes hauteurs, exprimées en termes de nombre d’étages.
Le résultat de l’analyse pushover est une courbe de " capacité " de la structure (appelée aussi courbe
pushover), elle est illustrée par la figure 2 ci-dessous. Cette courbe, qui définit deux états limites, élastique et
ultime, donne une relation graphique entre l’effort tranchant à la base (V) de la structure et le déplacement de
contrôle (d), qui, en général, pour un bâtiment, est choisi comme étant le déplacement en tête de ce dernier.

V
Effort tranchant à la base

Etat limite ultime

Etat élastique limite

Déplacement de contrôle d

Figure 2. Courbe de capacité de la structure.

4. Résultats
Pour le portique étudié, les analyses pushover sont effectuées en tenant compte de la surélévation, à chaque
analyse, successivement, d’un étage (R+3), de deux étages (R+4) et de trois étages (R+5).
Les résultats présentés sont les courbes de capacité et les mécanismes plastiques obtenus pour les différentes
hauteurs considérées. Ces résultats obtenus pour les différentes surélévations mentionnées ci-haut permettent
d’évaluer la performance sismique de la structure étudiée : Les courbes de capacité nous donnent les forces et les
déplacements post-élastiques de la structure ; alors que les mécanismes de ruine nous renseignent sur la
formation et la distribution des rotules plastiques dans les différents éléments structuraux, poutres et poteaux, de
la structure conduisant à un mécanisme plastique.
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4.1. Courbes de capacité


La figure 3 ci-dessous montre les courbes de capacité pour les différents cas de surélévations considérés.
L’effet de la surélévation se manifeste sous les aspects suivants dans la réponse du portique :
- Diminution notable de la raideur initiale du portique. Cette diminution est, par rapport au portique initial
(R+2), de 25% pour le portique (R+3), de 40% pour le portique (R+4) et de 50% pour le portique (R+5).
- Diminution de la résistance ultime du portique par rapport au portique initial (R+2). Cette diminution est
de : 5% pour le portique (R+3), de 10% pour le portique (R+4) et de 15% pour le portique (R+5).
- Augmentation du déplacement en tête du portique par rapport au portique initial (R+2). Cette
augmentation est de : 30% pour le portique (R+3), de 50% pour le portique (R+4) et de 60% pour le
portique (R+5).

450
Effort tranchant à la base, V (kN)

400
350
300 R+2
250 R+3
200 R+4
R+5
150
100
50
0
0 5 10 15 20 25 30
Déplacement en tête, d (cm)

Figure 3. Courbes de capacité pour les différents cas de surélévations considérés.

4.2. Mécanismes de ruine


La figure 4 ci-dessous montre les mécanismes de ruine pour les différents cas de surélévations considérés et
les rotules plastiques formées à ce stade. Les différentes couleurs des rotules plastiques indiquent le niveau de
déformation de la rotule plastique.
Pour les portiques (R+2) et (R+3), le mécanisme de ruine est un mécanisme plastique global. Les rotules
plastiques se forment successivement dans les poutres et en pied des poteaux du rez-de-chaussée (RDC). C’est le
mécanisme de ruine souhaité par les règlements parasismiques, notamment le RPA99 / version 2003 [RPA 99].
En revanche, pour les autres portiques (R+4) et (R+5), le mécanisme de ruine n’est pas un mécanisme
plastique global. En effet, en plus des rotules plastiques formées dans les poutres et en pied des poteaux du RDC,
on enregistre d’autres rotules qui ont fait leur apparition en tête des deux poteaux centraux du troisième étage des
deux portiques, et aussi en tête de tous les poteaux du quatrième étage du portique (R+5).

(R+2) (R+3) (R+4) (R+5)

Figure 4. Mécanismes de ruine pour les différents cas de surélévations considérés.


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5. Conclusion
L’objet du présent travail était l’étude de l’effet des modifications dans les structures en béton armé,
particulièrement, leur surélévation, sur leur réponse sismique.
Cette étude nous a permis de conclure que la résistance à l’action sismique des structures en portique en béton
armé dépend essentiellement de sa hauteur et de son importance, et tout changement ou une éventuelle
modification de sa configuration structurale, en particulier sa surélévation, par ajout d’autres étages non prévus
initialement, pourrait avoir un effet néfaste sur leur comportement sismique.
En effet, la surélévation d’un ouvrage a pour conséquence directe l’amplification des masses. Et lors d’un
événement sismique, elle a une incidence négative sur le comportement élasto-plastique de la structure et de sa
capacité à dissiper de l’énergie sismique par déformations plastiques, ce qui peut conduire à une ruine
prématurée, soit à l’échelle locale de l’élément ou globale de l’ouvrage.
L’influence de cette modification (surélévation) peut se manifester sous plusieurs aspects. A l’échelle globale
de l’ouvrage, le poids supplémentaire qui s’ajoute à ceux déjà existants conduit à l’amplification des masses ; et
lors d’un évènement sismique, la raideur initiale et la résistance ultime du portique diminuent, et son déplacement
en tête se trouve, quant à lui, augmenté. Ce qui causerait, à l’échelle locale de l’élément, une diminution notable
des résistances des sections en béton armé des poutres et poteaux du bâtiment suite à l’amplification des
sollicitations agissant sur ces éléments structuraux. Ceci se traduit par la formation de rotules plastiques en pied
et en tête des poteaux, c’est-à-dire, par un mécanisme de ruine autre que celui préconisé par les codes
parasismiques.
Ces résultats sont nécessaires lors de l’expertise de l’ouvrage et peuvent nous être utiles pour décider sur son
sort (surélever et achever ou bien renforcer d’abords !?) qui dépend, principalement, de sa performance sismique
sous l’effet de la surélévation et son influence sur son comportement sismique.

6. Bibliographie

[ACI 95] Building code requirements for reinforced Concrete (ACI 318-95), Mechanics and Design, Third Edition American
Concrete Institue, Detroit, Michigan, U.S.A.

[BAEL 92] BAEL 91, 1992, Règles Techniques de Conception et de Calcul des Ouvrages et Constructions en Béton Armé
suivant la Méthode des Etats Limites, Edition Eyrolles.

[BEN 2004] R. BENTO, S. FALCAO, F. RODRIGUES, Nonlinear Static Procedures in Performance Based Seismic Design,
2004,

[FEMA 97] NEHRP the Seismic Rehabilitation of Buildings, Federal Emergency Management Agency, FEMA-273, 1997.

[PAU 92] PAULAY T., PRIESTLY, Seismic Design of Reinforced Concrete and Masonry Buildings, Edition John Wiley and
Sons, Inc, 1992.

[RPA 99] Règles Parasismiques Algériennes (RPA) 1999/Version 2003, Centre National de Recherche Appliquée en Génie
Parasismique, CGS, Algérie.

[SAP 2000] SAP2000 Three Dimensional Static and Dynamic Finite Element Analysis and Design of Structures V8.08N,
Computers and Structures Inc. (CSI), 1995, Berkeley, California.