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Autour de Monaco nice-matin

Samedi 12 septembre 2015

Beausoleil : ils apprennent


le français sans sous-titres
Les écoles de la ville, comme ailleurs, enseignent le français à des élèves qui ne le parlent pas.
Le phénomène trouve un écho particulier ici, dans la commune la plus cosmopolite de France

I
l a l’air un peu impres- de français ne mobilisent
sionné. Raffaele, dix ans, que quelques heures par
des yeux rieurs derrière semaine (deux fois une
une épaisse monture de lu- heure et quart).
nettes, rentre doucement Le reste du temps, les élè-
dans une salle de l’école ves suivent les cours dans
des Cigales. Caroline La- des classes ordinaires. Pour
treille, une enseignante, l’at- être au contact des autres,
tend avec un sourire. « Com- et apprendre le français
ment tu t’appelles? », souffle- avec leurs camarades.
t-elle. Il répond. Le dialogue
va pouvoir s’engager. Sauf Des élèves
qu’ensuite, elle l’interroge « très performants »
sur son âge. « Hein? », lance Les enseignants doivent
Raffaele. Il ne comprend pas faire vite, mais bien. Il faut
la question. Elle lui montre que les élèves puissent se
un dessin de gâteau, avec consacrer aux cours ordi-
des bougies dessus. Il com- naires « le plus rapidement
prend. « Tu viens de quel possible », explique Frédéri-
pays ? », reprend-elle, tou- que Meunier, la coordina-
jours patiemment, toujours trice du Centre académique
doucement. Le garçon ré- pour la scolarisation des
pond à l’aide d’une carte de nouveaux arrivants et en-
l’Europe. Italie. fants du voyage des Alpes-
Raffaele ne parle pas le fran- Maritimes. C’est fait entre
çais. Et l’enseignante Unité un et deux ans.
pédagogique pour élèves al- À ce stade, le cours a per-
lophones arrivants (UPE2A) mis d’acquérir beaucoup
est là pour lui apprendre, de savoirs. Et quand ils en
après avoir évalué son ni- sortent, les élèves sont sou-
veau. vent « très performants »,
Comme lui, ils sont 1 309 constate Emmanuelle Rou-
dans les Alpes-Maritimes. lant.
Dont 25 à Beausoleil, le chif- Il y a aussi un effet ricochet.
fre étant susceptible de Les élèves peuvent ensuite
changer au gré des arrivées Raffaele est l’un des  élèves des Alpes-Maritimes des premier et second degrés qui ne parlent pas le parler français à la maison,
ou des départs. français. Les dessins de personnages permettent de le faire parler de sa famille. (Photo N.H.-F.) où les parents ne le maîtri-
sent pas toujours.
Apprendre les bases mais trouve un écho parti- velle, même si elle est aug- La priorité de ces classes Derrière ces objectifs, une Mais ça, c’est au terme de
Ils sont philippins, molda- culier à Beausoleil. C’est la mentation. Alors, les ensei- spécialisées, en petit constante : se sociabiliser. plusieurs mois de classe. À
ves, ukrainiens, russes, por- ville la plus cosmopolite de gnants se sont habitués. groupe, est d’apprendre les « La première chose à l’école des Cigales, ils vien-
tugais… Leurs parents se France, qui compte 50 % Dans les UPE2A comme bases. Se présenter. Dire faire », livre Emmanuelle nent de démarrer. Et Raf-
sont installés en France ré- d’étrangers. Souvent attirés dans les autres cours, ils son âge. Parler de sa famille. Roulant, la directrice de la faele, le petit Italien, pour-
cemment et y ont scolarisé par le bassin d’emploi mo- utilisent des gestes de la Engranger du vocabulaire partie élémentaire de suit son évaluation.
leurs enfants. Le phéno- négasque attenant. main, des images sur pa- général. Puis spécifique à l’école des Cigales. C’est NICOLAS HASSON-FAURÉ
mène concerne tout le pays La tendance n’est pas nou- pier ou tablettes tactiles… l’école. aussi pour ça que les cours nhasson@nicematin.fr

Au collège Bellevue, Interview express


« tout le monde est gagnant » Gérard Spinelli, maire de Beausoleil
C’est un poncif. Mais aussi « Faire en sorte
(Photo M. A.)

que les communautés


une réalité. Plus les élèves
sont jeunes, plus ils appren-
nent vite. Et plus ils sont
âgés, moins ils apprennent
rapidement. Cette donnée
explique l’intensité des cours
se parlent »
de français dispensés aux Quel rôle peut jouer la dans le temps écoles organisées par la
élèves du collège Bellevue Ville dans le processus périscolaire, permettent Ville. Et des associations
qui ne le parlent pas. Dix- d’intégration des de créer du lien social travaillent sur l’aide aux
huit heures de cours par se- étrangers qui vivent à entre les communautés. devoirs.
maine, avant de réintégrer, La rentrée au collège Bellevue. (Photo archives V. B.) Beausoleil ?
progressivement, les cours On essaye de créer du Et cette nécessité de Cette diversité est assez
classiques. Même si, là aussi, cette diversité, « tout le menus à thème. Ou des lien. Le challenge des élus communiquer montre exceptionnelle. C’est une
pour favoriser la sociabilisa- monde est gagnant », sou- ateliers avec des associa- consiste à faire en sorte l’enjeu qu’il y a à chance ?
tion, certains cours, comme rit Véronique Langa, la tions. L’idée étant « que que les communautés se maîtriser la langue… Si on arrive à la positiver,
le sport, se font en commun. chef de l’établissement. chacun puisse découvrir parlent. On développe Oui. On a élaboré un cette richesse culturelle
Cette année,  des  élè- Elle veut capitaliser cette l’autre au travers de sa cul- des activités culturelles, projet éducatif territorial est une chance
ves du collège sont concer- diversité. Véronique Langa ture ». D’autant que comme la musique ou la tourné vers le langage, exceptionnelle.
nés. évoque la possibilité d’or- « quand on apprend, on a danse. Ces activités, l’expression orale. Il y a On se bat pour que cette
Et de toute façon, avec ganiser, par exemple, des moins peur ». notamment proposées aussi des études dans les diversité soit une force.