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2017/2018

Introduction à l’étude du droit

« Le contrat »

Dr. NAOUI SAID


maitrenaouisaid@gmail.com

1
Le code des obligations et des contrats ne définit pas directement le
contrat, mais l’article 1101 du code civil français nous indique que : « le contrat
est une convention par laquelle une ou plusieurs personnes s’obligent envers une
ou plusieurs autres à donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose »1. Cette
définition montre que le contrat est un acte juridique particulier, et une
convention.

En effet, le contrat ou convention est un accord de deux ou plusieurs


volontés en vue de produire des effets juridiques. En contractant, les parties
peuvent avoir pour but, soit de créer ou donner naissance à des obligations 2 ;
soit de modifier un rapport préexistant ; soit enfin de l’éteindre.

Chapitre I : Les conditions de formation et de validité du contrat


Les conditions nécessaires à la formation d’un contrat, celle dont l’absence
entraîne sa nullité absolue, sont au nombre de trois : le consentement des
parties, l’objet du contrat et la cause3.

En outre, pour que le contrat soit valable, il faut, d’une part, que les parties
soient capables de le conclure et, d’autre part, que leur consentement n’ait pas
été vicié par l’erreur, le dol ou la violence, et même dans certains cas, par la
lésion. Faute de l’une ou de l’autre de ces deux conditions, le contrat est
annulable.

Section I : Le consentement et les vices qui peuvent l’infecter


Nous allons essayer d’analyser le consentement déclaré par les parties et
comment il peut être manifesté, et les vices qui peuvent l’entacher.

§1- La manifestation du consentement


Le consentement est l’accord de deux volontés. Cet accord constitue le
contrat et donne naissance à l’obligation ou aux obligations.

1En droit anglais, un contrat est « une promesse ou un ensemble de promesses que le droit rendra
exécutoire » (a promise or set of promises that the law enforce).
2L’obligation est un lien de droit entre deux ou plusieurs personnes.
3L’article 2 du C.O.D dispose que « Les éléments nécessaires pour la validité des obligations qui dérivent

d'une déclaration de volonté sont : 1° La capacité de s'obliger ;2° Une déclaration valable de volonté
portant sur les éléments essentiels de l'obligation;3° Un objet certain pouvant former objet d'obligation
;4° Une cause licite de s'obliger ».

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La manifestation de volonté directe est celle qui est faite en vue de la
conclusion même du contrat. Le déclarant dit ce qu’il veut dire, soit, oralement,
soit par d’autres moyens.

Les déclarations ou manifestations indirectes sont celles qui résultent


d’actes poursuivant un but différent, mais laissant apercevoir d’une façon non
douteuse la volonté de l’individu. Ainsi, l’article 19 du code des obligations et des
contrats, dispose que « La convention n'est parfaite que par l'accord des parties
sur les éléments essentiels de l'obligation, ainsi que sur toutes les autres clauses
licites que les parties considèrent comme essentielles. Les modifications que les
parties apportent d'un commun accord à la convention, aussitôt après sa
conclusion, ne constituent pas un nouveau contrat, mais sont censés faire partie
de la convention primitive, si le contraire n'est exprimé ».

§2- Les vices de consentement


Les faits qui peuvent vicier le consentement et constitue, dès lors, un
obstacle à la validité, parfois même à la formation du contrat, sont : l’erreur, le
dol et la violence. Par exception, la lésion peut quelquefois produire le même
effet. Ainsi, il « est annulable le consentement donné par erreur, surpris par le
dol, ou extorqué par violence »4. En effet, nous allons l’exposer successivement.

A- L’erreur
L’erreur est une représentation fausse ou inexacte de la réalité. Elle
consiste à croire vrai ce qui est faux ou faux ce qui est vrai. On distingue deux
espèces d’erreurs : l’erreur de droit et l’erreur de fait. L’erreur de droit tombe
sur une règle de droit, l’erreur de fait tombe sur des faits matériels. « L'erreur de
droit donne ouverture à la rescision de l'obligation : 1° Lorsqu'elle est la cause
unique ou principale ; 2° Lorsqu'elle est excusable »5. Elle « peut donner
ouverture à rescision, lorsqu'elle tombe sur l'identité ou sur l'espèce, ou bien sur
la qualité de l'objet qui a été la cause déterminante du consentement »6. Et,
« L'erreur portant sur la personne de l'une des parties ou sur sa qualité ne donne
pas ouverture à résolution, sauf le cas où la personne ou sa qualité ont été l'une
des causes déterminantes du consentement donné par l'autre partie »7.

B- Le dol

4 Article 39 du code des obligations et des contrats.


5 Article 40 du code des obligations et des contrats.
6 Article 41 du code des obligations et des contrats.
7 Article 42 du code des obligations et des contrats.

3
On appelle dol, « toute espèce d’artifice dont quelqu’un se sert pour
tremper autrui »8. Il s’étend depuis les simples affirmations mensongères
jusqu’aux machinations frauduleuses consistant dans l’emploi de faux témoins
ou de fausses pièces, employées pour faire naître l’erreur dans l’esprit d’une
personne et la déterminer à contracter. Il « donne ouverture à la rescision,
lorsque les manœuvres ou les réticences de l'une des parties, de celui qui la
représente ou qui est de complicité avec elle, sont de telle nature que, sans ces
manœuvres ou ces réticences, l'autre partie n'aurait pas contractée. Le dol
pratiqué par un tiers a le même effet, lorsque la partie qui en profite en avait
connaissance »9.

C- La violence
La violence et la contrainte physique ou morale exercée sur un individu
pour le déterminer à conclure un acte10. Elle est une cause de nullité, parce que
la crainte que fait naître la violence vicie la volonté du contractant. Il faut pour
cela deux conditions. D’abord la violence doit être « de nature à faire impression
sur une personne raisonnable »11. Et ensuite, Il faut que la violence soit injuste
ou illicite. En effet, « La violence ne donne ouverture à la rescision de l'obligation
que : 1° Lorsqu'elle en a été la cause déterminante ; 2° Lorsqu'elle est constituée
de faits de nature à produire chez celui qui en est l'objet, soit une souffrance
physique, soit un trouble moral profond, soit la crainte d'exposer sa personne,
son honneur ou ses biens à un préjudice notable, eu égard à l'âge, au sexe, à la
condition des personnes et à leur degré d'impressionnabilité »12. Par contre, « La
crainte révérencielle ne donne pas ouverture à rescision, à moins que des
menaces graves ou des voies de fait se soient ajoutées à cette crainte
révérencielle »13.

D- La lésion
On entend par lésion le préjudice qu’une personne peut éprouver quand
elle accomplit un acte juridique. Ce préjudice, dont on ne peut évidement
concevoir l’existence s’il s’agit d’actes à titre gratuit, peut se produire dans les
contrats à titre onéreux synallagmatiques et dans certains actes unilatéraux

8Pothier, Robert-joseph (un juriste français s'intéressa tout particulièrement au droit français né en 1699

et décédé en 1772).
9Article 52 du code des obligations et des contrats.
10Article 46 du code des obligations et des contrats.
11Articles 1112-1113 du code civil français.
12Article 47 du code des obligations et des contrats.
13 Article 51 du code des obligations et des contrats.

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comme l’acceptation ou la répudiation d’une succession, d’un legs universel ou
à titre universel.

Que la constatation de ce préjudice puisse conduire à annuler l’opération


qui l’a causé, cela ne résulte pas de ce que la loi exige objectivement, pour la
validité des opérations juridiques, un certains équilibre entre le sacrifice consenti
par l’auteur de l’acte et le bénéfice qu’il en retirer, mais de ce que la lésion
suppose que la personne lésée s’est trompée sur la véritable valeur de la
prestation, ou a contracté sous l’empire d’un pressant besoin d’argent qui lui a
fait accepter des conditions très désavantageuses. La lésion est donc moins un
vice spécial de la volonté que l’indice, la révélation d’un vice que nous
connaissons déjà, l’erreur ou la contrainte.

Ainsi, elle « donne ouverture à la rescision, lorsque la partie lésée est un


mineur ou un incapable, alors même qu'il aurait contracté avec l'assistance de
son tuteur ou conseil judiciaire dans les formes déterminées par la loi, et bien qu'il
n'y ait pas dol de l'autre partie. Est réputée lésion toute différence au-delà du
tiers entre le prix porté au contrat et la valeur effective de la chose »14.

Chapitre II : La capacité
La capacité est l’aptitude d’une personne à être titulaire de droit et à les
exercer. La capacité est le principe puisque « toute personne est capable
d’obliger et de s’obliger, si elle n’est pas déclarée incapable par la loi »15.

« Le mineur et l'incapable, qui ont contracté sans l'autorisation de leur


père, tuteur ou curateur, ne sont pas obligés à raison des engagements pris par
eux, et peuvent en demander la rescision dans les conditions établies par le
présent dahir. Cependant, ces obligations peuvent être validées par l'approbation
donnée par le père, tuteur ou curateur, à l'acte accompli par le mineur ou
l'incapable. Cette approbation doit être donnée en la forme requise par la loi »16.
Toutefois, « Le mineur et l'incapable peuvent améliorer leur situation, même sans
l'assistance de leur père, tuteur ou curateur, en ce sens qu'ils peuvent accepter
une donation ou tout autre acte gratuit qui les enrichit ou qui les libère d'une
obligation, sans entraîner pour eux aucune charge »17.

14 Article 56 du code des obligations et des contrats.


15 Article 3 du code des obligations et des contrats.
16 Article 4 du code des obligations et des contrats.
17 Article 5 du code des obligations et des contrats.

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Chapitre III : L’objet du contrat
Le législateur marocain, malheureusement, n’a pas défini d’une façon
claire l’objet du contrat, nous se référons au code civil français qui a bien précisé
l’objet du contrat dans l’article 1126. Ainsi, « tout contrat à pour objet une chose
qu’une partie s’oblige à donner, ou qu’une partie s’oblige à faire ou à ne pas
faire ».

Mais dans cette définition, il y a une certaine confusion. A proprement


parler, un contrat n’a d’objet. Le contrat est en effet un acte juridique qui a pour
effet de créer des obligations soit à la charge des deux parties, soit à la charge
de l’une d’elles. Ce sont ces obligations qui ont un objet, lequel peut consister
soit dans une chose matérielle, soit dans un fait, soit dans une abstention. C’est
donc par ellipse que l’on parle de l’objet du contrat. L’objet du contrat c’est la
prestation ou les prestations imposées par ce contrat18.

Section I : Toutes choses peuvent être l’objet d’une obligation


Une prestation quelconque peut être visée dans le contrat. Nous sommes
en effet ici dans une matière gouvernée par la volonté libre des parties. Celles-ci
peuvent conclure toutes sortes de contrats, pourvu que ces contrats ne violent
ni l’ordre public, ni les bonnes mœurs.

Ainsi, les contrats peuvent avoir pour objet non seulement les choses
présentes, mais les choses futures19. On peut valablement, par exemple,
constituer une hypothèque pour garantir une créance non encore née,
notamment pour garantir une ouverture de crédit.

Pour qu’une chose ou une prestation puise être l’objet d’un contrat, trois
conditions sont requises. Il faut que les parties aient intérêt à la prestation
promise ; que la chose promise soit déterminée ou déterminable20 et que la
prestation soit possible.

Section II : Choses qui peuvent être l’objet d’une obligation


contractuelle
La seule règle vivante et pratique en la matière, la seule restriction
intéressante apporté ici à la liberté des parties consiste en ce que l’objet du
contrat ne doit être ni contraire aux bonnes mœurs, ni contraire à l’ordre public.
18 Ambroise COLIN et Henri CAPITANT, Cours élémentaire de droit civil français, t2, DALLOZ, p.47.
19 Article 61 du code des obligations et des contrats.
20 Article 1129 du code civil français.

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Section III : La théorie de l’autonomie de la volonté
Il faut préciser le contenu et les conséquences de cette théorie qui est
d’ordre philosophique. Le code des obligations et des contrats n’y fait aucune
allusion directe.

§1- Le contenu
Les juristes fondent le contrat sur la théorie de l’autonomie de la volonté :
le contrat repose sur la volonté de ceux qui s’engagent. Dans une formule
célèbre Fouillée, disciple de Kant, affirmait que « qui dit contractuel dit juste »,
que l’on pourrait compléter dans l’esprit de son auteur : « qui dit contractuel dit
efficace ».

Sur le plan économique, l’autonomie de la volonté est le meilleur moyen -


soutenait-on- d’assurer la prospérité générale. L’intérêt personnel est le moteur
essentiel de la vie économique. Pour s’exprimer, s’épanouir, la volonté
d’entreprendre doit être libérée de toute entrave. Le libre jeu des volontés
particulières assure le maximum de production, les prix les plus bas, par suite de
la libre concurrence, donc, le bonheur du grand nombre !21

§2- Les conséquences


Plusieurs corolaires juridiques découlent de la théorie de l’autonomie de
la volonté :
- Le principe de la liberté contractuelle : les relations contractuelles
entre individus doivent être abandonnées à leur libre volonté et le
législateur ne doit intervenir que le moins possible.

- Le principe du consensualisme : la volonté d’une personne suffit à


l’engager. Le contrat est valable du seul échange des consentements sans
qu’aucune condition de forme ne soit exigée.

- Le principe de force obligatoire du contrat : un individu qui s’est


librement engagé ne peut se délier de cet engagement : « les conventions
légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites »22.

21 Boris STARK, Henri ROLAND, Laurent BOYER, Obligations, 2- Contrat, 5ième éd, Litec, 1995, p.5.
22 Article 230 du code des obligations et des contrats.

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- Le principe d’effet relatif du contrat : seul celui qui a manifesté sa
volonté de s’engager dans un contrat est lié par ce contrat : « les
conventions n’ont d’effet qu’entre les parties contractantes »23.

Chapitre IV : La cause
La cause se rencontre dans toute obligation ayant sa source dans la
volonté de l’individu, qu’elle soit contractuelle ou qu’elle résulte d’une
disposition testamentaire. En effet, toutes les fois qu’une personne s’oblige, elle
le fait en vue d’un but immédiat, direct, qui la détermine à faire naître
l’obligation ; c’est ce but que l’on appelle la cause24. C’est le but que veut
atteindre le contractant en s’obligeant. Elle est l’élément principal de la
manifestation de volonté. En effet, si le contractant consent à s’obliger, c’est
pour arriver à tel ou tel but, qui varie suivant la nature du contrat qu’il passe.

L’obligation qu’il contracte est le moyen, la cause est la fin visée. La cause
sert de support à l’obligation ; si elle fait défaut ou si elle vient ensuite à
disparaître, l’obligation ne se forme pas ou elle s’éteint, car il ne peut pas y avoir
d’obligation sans cause.

Ainsi, nous étudierons dans deux sections, les conséquences de l’absence


de cause, de la cause illicite ou immorale (section I) et l’obligation dont la cause
n’est pas indiquée (section II).

Section I : Les conséquences de l’absence de cause, de la


cause illicite ou immorale
L’article 62 du code des obligations et des contrats dit que « l’obligation
sans cause, ou sur une fausse cause ou sur une cause illicite, ne peut avoir aucun
effet ». L’absence de cause peut être totale ou partielle. Il y a absence totale de
cause dans une vente si le prix n’est pas sérieux.

La cause est illicite, dit le même article ci-dessus, « quand elle est prohibée
par la loi, quand elle est contraire aux bonnes mœurs ou à l’ordre public ».
L’obligation sans cause ou ayant une cause illicite est nulle et ne peut produire
aucun effet soit pour l’avenir, soit pour le passé. Il en résulte, d’une part, que si
le contrat n’a pas encore été exécuté, aucune des parties ne peut réclamer en

23Article 1165 du code civil français.


24Article 1131 dispose que « l’obligation sans cause, ou sur une fausse cause, ou sur une cause illicite,
ne peut avoir aucun effet » et l’article dispose aussi que : « la cause est illicite quand elle est prohibée
par la loi, quand elle est contraire aux bonnes mœurs ou à l’ordre public ».

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justice cette exécution, d’autre part, que si l’exécution a eu lieu, la répartition de
ce qui a été payé peut être demandée.

Section II : L’obligation dont la cause n’est pas indiquée


Les articles 62, 63, 64 et 65 du code des obligations et des contrats,
disposent que « L'obligation sans cause ou fondée sur une cause illicite est non
avenue. Elle est illicite quand elle est contraire aux bonnes mœurs, à l'ordre public
ou à la loi. Toute obligation est présumée avoir une cause certaine et licite,
quoiqu'elle ne soit pas exprimée. La cause exprimée est présumée vraie jusqu'à
preuve contraire. Lorsque la cause exprimée est démontrée fausse ou illicite, c'est
à celui qui soutient que l'obligation a une autre cause licite à le prouver».

Chapitre V : Les effets du contrat entre les parties


Nous étudions successivement dans ce chapitre la force obligatoire du
contrat (section I), l’exécution des prestations promises (section II) et le droit du
créancier au cas de retard dans l’exécution ou d’inexécution de la prestation
promise.

Section I : La force obligatoire du contrat


« Les obligations contractuelles valablement formées tiennent lieu de loi
à ceux qui les sont faites ». C’est en ces termes que l’article 230 du code des
obligations et des contrats résume les effets des contrats entre les parties. Par
les mots « légalement formées », ce texte vise les conventions qui sont faites
conformément à la loi, c’est-à-dire qui ne sont entachées d’aucune cause de
nullité.

Il n’est pas possible de mieux exprimer la force des obligations nées de


l’accord des volontés que ne le font ces mots : tiennent lieu de loi. Ils signifient
que chaque contractant est lié par le contrat comme il le serait si son obligation
lui était imposée par la loi. Chaque contractant est donc tenu d’exécuter sa
prestation, sous peine d’y être contraint par la force publique. Et si l’exécution
directe n’est pas possible, il sera condamné à des dommages-intérêts
représentant le préjudice que l’inexécution cause au créancier. « Le débiteur est
en demeure lorsqu’il est en retrait d’exécuter son obligation, en tout ou en partie,
sans cause valable »25. « Les dommages-intérêts sont dus, soit à raison de
l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution, et encore
qu’il n’y ait aucune mauvaise foi de la part du débiteur »26. « Les dommages sont
25 Article 254 du code des obligations et des contrats.
26 Article 263 du code des obligations et des contrats.

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la perte effective que le créancier a éprouvée et le gain dont il a été privé, et qui
sont la conséquence directe de l'inexécution de l'obligation. L'appréciation des
circonstances spéciales de chaque espèce est remise à la prudence du tribunal : il
doit évaluer différemment la mesure des dommages-intérêts, selon qu'il s'agit de
la faute du débiteur ou de son dol. Les parties contractantes peuvent convenir
des dommages-intérêts dus au titre du préjudice que subirait le créancier en
raison de l'inexécution totale ou partielle de l'obligation initiale ou en raison du
retard apporté à son exécution. Le tribunal peut réduire le montant des
dommages-intérêts convenu s'il est excessif ou augmenter sa valeur s'il est
minoré comme il peut réduire le montant des dommages-intérêts convenu,
compte tenu du profit que le créancier en aurait retiré du fait de l'exécution
partielle de l'obligation. Toute clause contraire est réputée nulle »27.

Section II : L’exécution des prestations promises


En principe les conventions doivent être exécutées de bonne foi. En effet,
le contractant est obligé d’exécuter la prestation qu’il a promise. Les articles
1134 et 1135 du code civil français indiquent d’une façon générale comment il
doit se comporter. « Les conventions doivent être exécutées de bonne foi »28. Cela
signifie que les contractants doivent exécuter ce qu’ils ont promis, honnêtement,
loyalement.

Le contractant serait exonéré de toute responsabilité s’il prouve qu’il était


empêché par une cause étrangère qui ne peut lui être imputé29.

Section III : Les conséquences de l’inexécution ou du retard


dans l’exécution de l’obligation née du contrat

27 Article 264 du code des obligations et des contrats.


28 Article 1134 du code civil français.
29 Cette expression comprend tous les événements indépendants de la volonté du débiteur, c’est-à-

dire : 1- la faute de son créancier, à supposer que l’inexécution proviennent exclusivement de cette
faute, car la faute du créancier n’exonère pas le débiteur de la sienne propre. 2- la faute d’un tiers, dont
le débiteur n’est pas responsable. 3- un cas fortuit ou de force majeure. L’article 1148 du code civil
français dit qu’il n’y a lieu à aucuns dommages et intérêts lorsque, par suite d’une force majeure ou d’un
cas fortuit, le débiteur a été empêché de donner ou de faire ce à quoi il était obligé ou a fait ce qui lui
interdit. La force majeure désignerait l’obstacle à l’exécution de l’obligation résultant d’une force
étrangère, et le cas fortuit l’obstacle interne, c’est-à-dire provenant des conditions mêmes de
l’exploitation du débiteur. La force majeure ce serait l’impossibilité absolue provenant d’un obstacle
irrésistible, imprévu et imprévisible (tempête, foudre, tremblement de terre, guerre, fait du prince).

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Les conséquences de l’inexécution du contrat ou le retard dans son
exécution donne au créancier le droit de contraindre le débiteur d’honorer ses
obligations.

§1- Exécution directe ou, à défaut, par équivalent


Le créancier doit recevoir satisfaction au moyen soit de l’exécution directe
de l’obligation, soit, si cela est impossible, de l’exécution par équivalent.

Le débiteur est tenu d’exécuter son obligation dans le temps et de la


manière convenus. S’il ne le fait pas, le créancier doit le mettre en demeure.

Il peut ensuite demander l’exécution en nature de l’obligation lorsqu’elle


est possible. Pour obtenir l’exécution en nature, il a à sa disposition, divers
procédés qui varient suivant l’objet de l’obligation. Il a, en outre, certains
moyens indirects : la contrainte par corps, dans certains cas aujourd’hui
exceptionnels, et la condamnation du débiteur à une astreinte.

§2- Exécution forcée


En principe, lorsque le débiteur refuse d’exécuter son obligation, le
créancier, au moins lorsqu’il est muni d’un titre exécutoire, jugement ou une
reconnaissance de dette, à le droit de recourir à la force publique pour l’y
contraindre.

§3- Exécution par équivalent


Le retard dans l’exécution, ou l’inexécution définitive des obligations
donnent au créancier le droit d’obtenir des dommages-intérêts, c’est-à-dire une
somme d’argent en réparation du préjudice qui lui est causé par la faute du
débiteur. Dans le cas de retard, ils portent le nom de dommages-intérêts ; dans
le cas d’inexécution définitive, de dommages-intérêts compensatoires. Les uns
et les autres suivent, en général, les mêmes règles quand à leur détermination.
Mais bien entendu, leur chiffre diffère ; en outre, en cas de simple retard, le
créancier cumule l’indemnité qu’il reçoit avec l’exécution de l’obligation.

Quelles sont les conditions requises pour que le créancier puisse réclamer
des dommages-intérêts ?

D’abord, il faut que le retard ou l’inexécution proviennent de la faute du


débiteur. On dit généralement qu’ici, en matière contractuelle, la charge de la
preuve incombe au débiteur. Ensuite, l’exécution en nature de l’obligation ne

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soit plus possible à imposer. En effet, tant qu’il en est autrement, le créancier a
droit à la prestation promise, et le débiteur ne peut être condamné qu’à cette
prestation. Donc, en principe, la condamnation à des dommages-intérêts doit
être précédée d’une condamnation enjoignant au débiteur d’exécuter la
prestation par lui promise.

Chapitre VI : Les classifications des contrats


Ces classifications, que l'on peut qualifier de traditionnelles sont établies
essentiellement à partir des effets des contrats (contrats commutatifs ou
aléatoires, contrats synallagmatiques ou unilatéraux) et pour l'une d'entre elles,
à partir des conditions de leur formation (contrats consensuels, réels ou
solennel).

Il n'y a pas dans le Code des obligations et des contrats de classifications


établies en considération des parties au contrat et très vite ces classifications du
Code des obligations et des contrats se sont avérées insuffisantes pour rendre
compte de la multiplicité des contrats modernes.

Nous allons choisir quelques types de contrats qui sont plus usuelles et
plus pratiqués dans la vie courante.

Section I : Contrat synallagmatique et contrat unilatéral


Le contrat bilatéral ou synallagmatique est contrat établit entre deux
personnes, ou plusieurs, qui crée des obligations bilatérales dont l’une des
parties peut refuser d’exécuter son obligation jusqu'à l’accomplissement de
l’obligation corrélative de l’autre partie.

« Dans les contrats bilatéraux l'une des parties peut refuser d'accomplir
son obligation jusqu'à l'accomplissement de l'obligation corrélative de l'autre
partie, à moins que, d'après la convention ou l'usage, l'un des contractants ne
soit tenu d'exécuter le premier sa part de l'obligation. Lorsque l'exécution doit
être faite à plusieurs personnes, le débiteur peut refuser d'accomplir la prestation
due à l'une d'elles jusqu'à l'accomplissement intégral de la prestation corrélative
qui lui est due »30.

30 Article 235 du code des obligations et des contrats

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Ou « Le contrat est synallagmatique ou bilatéral lorsque les contractants
s’obligent réciproquement les uns envers les autres »31, c'est-à-dire lorsqu’il crée
des obligations réciproques à la charge des deux parties32.

Le contrat est unilatéral « lorsqu’une ou plusieurs personnes sont obligées


envers une ou plusieurs autres, sans que de la part de ces dernières il y ait
d’engagement »33, c'est-à-dire lorsqu’il ne produit des obligations qu’à la charge
d’une partie34.

Section II : Contrat commutatif et contrat aléatoire


Le contrat est commutatif « lorsque chacune des parties s’engage à
donner ou à faire une chose qui est regardée comme l’équivalent de ce qu’on lui
donne, ou de son qu’on fait pour elle »35, c'est-à-dire lorsque l’importance des
prestations de chaque partie est connue le jour de la formation du contrat 36.

« Lorsque l’équivalent consiste dans la chance de gain ou de perte pour


chacune des parties, d’après un événement incertain »37, c'est-à-dire lorsque
l’importance des prestations de l’une au moins des parties n’est pas connue au
moment de la formation du contrat, le contrat est aléatoire 38.

Section III : Contrat à titre gratuit et contrat à titre onéreux


Le contrat à titre gratuit « c’est celui dans lequel l’une des parties procure
à l’autre à un avantage purement gratuit »39. La donation et le type même de
contrat à titre gratuit, mais d’autres contrats peuvent être à titre gratuit s’ils sont
dépourvus de contrepartie : prêt sans intérêt, mandat non rémunéré…

Le contrat à titre onéreux « est celui qui assujetti chacune des parties à
donner ou à faire quelque chose »40. La définition est proche de celle de contrat

31 Article 1102 du code civil français.


32 Par exemple, la vente est synallagmatique car le vendeur doit transférer la propriété de la chose et
l’acheteur payer le prix.
33 Article 1103 du code civil français.
34 Par exemple, la donation est un contrat unilatéral car, si le donateur est obligé de transférer la

propriété du bien donné au donateur, ce dernier n’a aucune obligation.


35 Article 1104 du code civil français.
36 Par exemple, le contrat de vente est commutatif car les prestations du vendeur et de l’acheteur sont

connues au moment de la formation du contrat.


37 Article 1104, el.2, code civil français.
38 L’exemple le plus parlant est la vente contre rente viagère par lequel l’acheteur s’engage à verser au

vendeur une rente jusqu'à sa mort.


39 Article 1105 du code civil français.
40 Article 1106 du code civil français.

13
synallagmatique, mais les deux catégories ne coïncident pas toujours : un contrat
peut être synallagmatique et à titre gratuit (exemple : bail sans stipulation de
loyer).

Section IV : Contrat nommé et contrat innomé


Le contrat nommé est celui qui est qualifié et règlementé par la loi
(exemple : vente, bail, travail…).

Le contrat innomé ne fait l’objet d’aucun régime, légal spécifique


(exemple : abonnement). La distinction n’emporte pas de grandes conséquences
pratiques, les deux catégories étant soumises au droit commun des contrats.

Section V : Contrat d’adhésion et contrat de gré à gré


Le contrat est d’adhésion lorsque les stipulations essentielles qu’il
comporte ont été imposées par l’une des parties ou rédigées par elle, pour son
compte ou suivant ses instructions, et qu’elles ne pouvaient être librement
discutées. Par exemple, le contrat de transport passé entre la « ONCF »41 et un
passager est d’adhésion. A l’inverse, chacune des parties peut négocier les
clauses d’un contrat de gré à gré.

La distinction a été proposée par la doctrine pour protéger un contractant


contre un partenaire plus puissant économiquement. Si elle ne fait pas
directement partie du droit positif, elle a inspiré de nombreuses dispositions
protectrices du consommateur.

A la distinction contrat d’adhésion- contrat de gré à gré tend à se


substituer une distinction fondée sur la qualité des contractants : contrat conclu
entre professionnels- contrat conclu entre un professionnel et un non
professionnel, le régime de ce dernier étant très protecteur du non
professionnel.

Section VI : Contrat consensuel, contrat réel et contrat solennel


Cette distinction est héritée du droit romain qui connaissait les contrats re,
litteries, verbis et consensu. En vertu du principe du consensualisme, découlant
de l’autonomie de la volonté, la catégorie de principe est celle du contrat

41 Office national des chemins de fer.

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consensuel, qui se forme par la seule rencontre des volontés (exemple : contrat
de vente)42.

« Les obligations contractuelles valablement formées tiennent lieu de loi à


ceux qui les ont faites, et ne peuvent être révoquées que de leur consentement
mutuel ou dans les cas prévus par la loi »43.

Le contrat réel ne se forme que par la remise de la chose objet du contrat ;


en peut citer à titre d’exemple le dépôt, le gage, le prêt…

Le contrat solennel est subordonné au respect d’une formalité,


généralement la rédaction d’une écrit, acte authentique ou sous seing privé.

Section VI : Contrat a exécution instantané et contrat à


exécution successif
Le contrat à exécution instantanée est le contrat dans les obligations sont
susceptibles d’être exécutées en un seul instant. Ainsi la vente est en principe à
exécution instantanée, le transfert de propriété et le paiement du prix pouvant
avoir lieu en un seul moment.

Le contrat est à exécution successive lorsque les obligations d’une au


moins des parties s’échelonnent dans le temps (exemple : travail, bail). La
distinction n’est pas toujours très clair : la catégorie intermédiaire des contrats
à exécution échelonnée (exemple : vente avec livraisons successives) se rattache
tantôt à l’une, tantôt à l’autre des catégories.

Parmi les contrats à exécution successive, il faut distinguer les contrats a


durée déterminée, dont la durée d’exécution est limitée par l’existence d’un
terme (exemple : contrat de travail conclu pour une durée de six mois), et les
contrats à durée indéterminée, qui ont su s’appliquer sans détermination de
durée (exemple : contrat de travail de droit commun).

De plus cette distinction ne prend pas en compte une catégorie plus large
que celle de contrat successif, le contrat en cours, contrat dont une des
prestations est différée, qui intéresse les conflits de loi dans le temps et le droit
des « faillites ».

42 Article 478 du code des obligations et des contrats, dispose que «La vente est un contrat par lequel
l'une des parties transmet la propriété d'une chose ou d'un droit à l’autre contractant contre un prix que
ce dernier s’oblige à lui payer ».
43 Article 230 du code des obligations et des contrats.

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Section VII : Contrat simple et contrat conjonctif
Le contrat conjonctif est le contrat dans lequel plusieurs personnes sont
ressemblées au sein d’une partie plurale (exemple : co-entreprise, coassurance,
pool bancaire…).

A l’inverse, le contrat simple est constitué de deux parties composées


chacune d’une seule personne (exemple : vente conclue entre un seul vendeur
et un seul acheteur).

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