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Collection

évasion CD
lectures en français facile

Santillana

La lettre de
Cordoue
Thierry Gallier

F R A N Ç A I S
Présentation Chapitre 1

Comme d'habitude, Monsieur Bouton


prend le métro pour rentrer chez lui, après
sa journée de travail. Il est employé dans
une compagnie d'assurances. Il n'a pas un
travail très intéressant mais il y a des
Maïtena : avantages. Ses collègues l'appellent
Monsieur Bouton :
elle est attachée toujours Monsieur Bouton. Personne ne
il est employé dans
de presse du connaît son prénom. Monsieur Bouton a
une compagnie
d'assurances ; il a groupe entre quarante et cinquante ans, c'est
entre 40 et 50 ans. Globaplus. difficile à dire exactement. Ses cheveux
bruns, un peu gris, sont coiffés vers
l'arrière. Il n'est pas très beau. Il ne sait
pas bien choisir ses vêtements. Il met
toujours une cravate, mais en général elle
n'est pas jolie, elle ne va pas avec sa
chemise ou sa chemise ne va pas avec sa
DiDinero : cravate.
c'est un Il habite seul dans un appartement de
garçon banlieue. Il ne croit plus au grand amour.
des rues de Sa vie est très monotone.
Côrdoba.
une compagnie d'assurances : elle donne de l'argent
Armonîa :
en cas d'accident, de vol, d'incendie, de maladie....
c'est la plus
jolie fille
du village.
Gloria :
cette jeune femme
sportive aime
quitter la ville.
Aujourd'hui, une lettre l'attend dans sa boîte.
Pour lui, c'est un petit événement. Il reçoit souvent
des publicités, mais pas souvent des lettres.

Il ouvre sa porte, se lave les mains et s'assoit sur


son canapé. Il regarde l'enveloppe. À côté du
timbre, il lit « Côrdoba ». Il pense que c'est
Cordoue, une ville en Espagne. Il ne connaît
personne dans ce pays. Quelqu'un a écrit son nom,
et même son prénom, « André », sur l'enveloppe et
a collé le timbre. Il regarde ce timbre de plus près.
Il vient d'Argentine. Il y a probablement un autre
Côrdoba en Argentine. Il retourne l'enveloppe. Il
voit le nom de l'expéditeur : « Senora Maïtena
Ferez de la Sierra de Santa Clara, 15 paseo Julio
Cortâzar. Côrdoba. Argentina » II sourit. Tous ces
noms ! Il essaye de prononcer « Argentina » en
version originale, avec des « rrr ». Il pense alors
que ça doit être une erreur. Qui peut lui écrire
d'Argentine ? Personne, vraiment.

Il n'y a pas beaucoup de moments agréables dans sa


vie, alors pour prolonger ce petit plaisir, il n'ouvre
pas encore l'enveloppe. Il se prépare une tasse de
thé. Il boit et il pense à cette senora. Comment peut-
elle être ? Une grande femme brune avec une longue
robe à fleurs et de gros bijoux. Elle met beaucoup de
rouge à lèvres. Mais qu'est-ce qu'elle veut ? Pourquoi
lui écrit-elle ? Il pense alors qu'il y a peut-être
beaucoup de gens qui s'appellent Bouton en
Argentine, peut-être avec un accent, Bouton ; et peut-
être que la senora connaît un André Bouton qui est
à Paris, mais elle a perdu son adresse. Alors elle
a demandé aux .
renseignements internationaux et on lui a donné
cette adresse. Ou bien encore, il n'a pas pensé à ça
avant, mais c'est très possible, c'est peut-être une
blague. Tout simplement. Mais qui peut lui faire une
blague ? Un cousin de province, ou un collègue. Oui,
peut-être un de ses collègues. Ils ont demandé à un
ami qui est allé en vacances en Argentine d'envoyer
la lettre de là-bas. Dans la lettre, une belle femme lui
dit qu'elle est amoureuse de lui, depuis qu'une amie
commune lui a parlé d'André Bouton, le magnifique
André Bouton de Paris, et qu'elle veut venir en France
pour voir André et, si possible, se marier avec lui. Ses
collègues pensent donc qu'il va croire à cette histoire,
qu'il va mettre ses beaux vêtements (en fait, il n'a pas
vraiment de beaux vêtements...), coiffer ses
cheveux, acheter de belles chaussures, et qu'il va
attendre l'arrivée de la dame. Ils pensent qu'ils vont peut-être votre difficulté à me croire, mais je vous assure que c'est
bien rire. Non, ils ne vont pas avoir ce plaisir. André absolument vrai, ce n'est pas une blague ! Comme vous pouvez le voir,
Bouton n'est pas fou ! l'enveloppe contient le billet d'avion aller-retour Paris-Côrdoba.
N'hésitez pas à contacter la compagnie aérienne pour avoir la
Maintenant, il ne peut plus attendre. Il confirmation qu'une place est bien réservée à votre nom. À votre
ouvre l'enveloppe d'un geste rapide et il commence à arrivée à l'aéroport de Côrdoba, prenez un taxi, il va vous conduire
lire. dans votre hôtel, rien de plus facile ! Je suis impatiente de vous
rencontrer à l'hôtel. C'est un endroit de rêve, au milieu d'un paysage
Cher Monsieur Bouton,
magnifique. Ce voyage est l'occasion pour vous de vivre une
Vous ne me connaissez pas. Plus exactement, vous ne me merveilleuse aventure
connaissez pas encore, je vous écris aujourd'hui pour vous annoncer une
excellente nouvelle. Je suis l'attachée de presse d'une grande entreprise
Salutations amicales,
qui, chaque année, choisit une personne au hasard et lui offre un très
beau voyage. Vous venez donc de gagner un séjour de deux semaines dans Maïtena
un magnifique hôtel à Côrdoba, en Argentine. J'imagine votre surprise, et Attachée de presse du groupe Globaplus
COMPRENDRE

1. Choisis la bonne réponse.


a. M. Bouton travaillerons une compagnie aérienne - dans
une compagnie d'assurances - dans le métro.
b. Il habite seul - avec une personne qu'il aime - avec des
collègues.
c. Il reçoit une lettre d'Argentine - d'Espagne - de sa
compagnie d'assurances.
d. Il ouvre la lettre tout de suite - après la visite d'une
femme -après une tasse de thé.
e. C'est un cousin - sa mère - une inconnue qui lui écrit.

2. Vrai ou faux ?
a. Le prénom de M. Bouton est Julien.
b. Il a plus de 40 ans.
e. Il habitée Paris.
d.Il reçoit une lettre et il pense que c'est une erreur.

e. Il a des amis en Espagne.


f. Un de ses collègues lui envoie une carte d'Argentine.
g.Avant d'ouvrir l'enveloppe, il imagine
comment est la femme qui lui écrit
Chapitre 2

Des surprises à
l'arrivée
Le lendemain, M. Bouton parle avec son chef et il
lui dit qu'il doit partir en Argentine. Son chef est
surpris mais quand M. Bouton lui explique les
raisons de ce départ, il accepte de le laisser partir.
Dans les couloirs, tout le monde parle de M. Bouton
et de ses vacances extraordinaires. Le soir avant le
départ, M. Bouton se paye une soirée de fête
fantastique : il dîne dans un grand restaurant près
des Champs-Elysées et il passe la nuit dans un
palace. Avant de s'endormir, il regarde l'eau des
fontaines qui joue avec les lumières de la place de la
Concorde. Il pense que sa vie est devenue un rêve
merveilleux.
Le jour J, il prend l'avion. Quand il arrive à
l'aéroport de Côrdoba, il monte dans un taxi. La
voiture sort de l'aéroport. M. Bouton a écrit l'adresse
de l'hôtel sur un papier. Il montre l'adresse au
chauffeur qui fait un signe négatif de la tête. M.
Bouton demande pourquoi et le chauffeur lui
répond, mais il ne comprend pas. Le chauffeur
s'arrête à un feu rouge. Il écrit sa réponse sur le
papier : « No existe ». M. Bouton comprend que cette
adresse n'existe pas. Le chauffeur veut vraiment
l'aider, mais il ne parle pas français, et M. Bouton ne
parle pas espagnol. Il n'y a rien à faire. Il ouvre la
porte, prend sa valise et sort du taxi.
M. Bouton est maintenant seul dans une rue de la
banlieue de Côrdoba, avec une adresse qui n'existe
pas, dans un pays inconnu, où il ne peut pas
communiquer. Il est là, sous le soleil brûlant, avec sa
petite valise. Il n'a presque pas d'argent et comment
peut-il changer la date de retour sur son billet d'avion
? Le rêve est devenu un cauchemar. C'est la panique !
Quand M. Bouton panique, il ne crie pas, il ne
pleure pas, il ne fait pas de grands gestes, non, il
s'assoit sur un banc et il ne bouge pas. Il n'entend
plus, il ne voit plus.
Mais en face de lui, un enfant des rues le regarde. Il
a vu le problème avec le taxi. Il vient à côté du Mais en face de lui, un enfant des rues le regarde.
Français. Il tourne autour de lui et observe.
Finalement, il pose sa main sur l'épaule de M. identiques. L'enfant a l'air content. Il adore cette
Bouton, qui lève sur lui ses yeux fatigués. L'enfant petite aventure, il préfère ça à la monotonie de la
prend le papier qu'André a encore dans la main. Il vie des rues. M. Bouton aime beaucoup moins. Il a
regarde l'adresse et il sourit. Il fait quelques gestes juste assez de forces pour ne pas tomber de son
pour dire : « Viens avec moi ! » II montre un arrêt de siège.
bus. Le Français ne réagit pas. L'enfant insiste et il dit, Finalement, ils descendent du bus. Ici, le
très fort : « Venga ! » M. Bouton se lève quartier est plus joli. Il y a des collines, des fleurs,
machinalement. Ils vont à l'arrêt et attendent le bus de belles maisons. L'enfant porte la valise. Enfin,
un long moment, en plein soleil. La tête du Français ils arrivent à destination. Ce n'est pas un hôtel
est prête à exploser. Le bus arrive enfin. Ils mais une énorme maison avec des murs de trois
traversent des kilomètres de quartiers mètres de haut. M. Bouton est surpris
demande si c'est la bonne adresse. Il dit son nom à
l'interphone. Le portail s'ouvre, ils entrent. Ils
prennent une allée, entre des arbres magnifiques
aux couleurs variées. Ils voient devant eux une
superbe maison blanche. M. Bouton commence à
retrouver un peu d'optimisme. Une employée de
maison arrive et ensemble ils passent la porte. M.
Bouton se trouve alors devant une belle dame brune,
couverte de bijoux, qui ouvre grand les bras et
s'écrie :
- André !
C'est Maïtena, de la société Globaplus. Ils se
serrent la main chaleureusement. M. Bouton se sent
mieux.
Une employée de maison arrive et ensemble ils passent la
J'ai préféré vous voir ici chez moi, pour porte.
faire connaissance.
Ensuite, la dame voit l'enfant qui est là près d'eux - C'est original ! dit-elle. Et maintenant nous
et demande : avons organisé une fête pour célébrer votre
- Et lui, qui est-ce ? arrivée. Consolaciôn va vous montrer vos
chambres. Nous vous attendons dans le jardin.
André répond :
- C'est un gentil garçon qui m'a aidé à trouver Après un bon bain, André et Dinero trouvent
votre maison. des costumes dans leur chambre. Un autre
employé de maison leur montre le chemin pour
- Et il s'appelle comment, ce petit ange ?
arriver dans le jardin. En réalité, c'est un immense
L'enfant, qui bien sûr ne comprend pas le
parc, avec environ mille personnes qui bavardent,
français, pense qu'on lui demande ce qu'il veut pour boivent et rient. André est maintenant très gai. Il
avoir aidé André. Il répond alors spontanément : pense : « C'est Versailles ! »
- Dinero (c'est-à-dire, « argent », en espagnol).
Maïtena ne cache pas sa surprise, mais elle sourit :
COMPRENDRE

1. Remets ces phrases dans l'ordre.


a. Il demande des vacances à son chef.
b.Il mange dans un grand restaurant.
c. Il prend l'avion pour l'Argentine.
d.Le chauffeur de taxi ne connaît pas l'adresse.
e. Il passe la nuit dans un hôtel de
luxe.
f. Il rencontre Maïtena.

2. Choisis la bonne réponse.


a. À Côrdoba, un chauffeur de taxi connaît - ne connaît pas
l'adresse qu'il lui donne.
b.M. Bouton parle bien - ne parle pas bien espagnol.
c. Son arrivée à Côrdoba est facile - difficile.

3. Relie chaque phrase avec le


personnage qui correspond : • M.Bouton
a. Il n'aide pas M. Bouton. • • Dinero
b. Il aide M. Bouton. • • Maïtena
c. Il panique. • • Consolaciôn
d. Elle porte beaucoup de bijoux. • • le chauffeur de
e. Elle est employée de maison. • taxi
Chapitre 3

Une fête royale


Quand les gens voient André, ils le laissent
poliment passer et il se retrouve ainsi devant tout le
monde, sur une scène. Il voit aussi Maïtena sur la
scène, et elle l'invite à venir à côté d'elle. Derrière
elle, il voit un énorme fauteuil.
Un homme en costume bleu commence à parler
dans un micro. Les gens l'écoutent dans un silence
respectueux. Maïtena traduit discrètement pour
André.
- Nous sommes ici pour fêter l'arrivée de notre
nouveau roi.
André regarde alors autour de lui. Il ne comprend
pas. Les gens, eux, comprennent très bien et ils
manifestent leur joie. Au micro, l'homme continue.
C'est une pluie d'applaudissements. André a Un silence s'installe. André n'a pas l'air prêt à
chaud. Il voit alors des gens venir près de lui et parler. Dinero monte alors sur la scène et
mettre sur ses épaules un gros manteau étrange. commence à chanter. Sa voix magnifique
L'homme en bleu recommence à parler. charme le public. Dans la chanson, en espagnol,
Je vous demande toute votre attention pour bien sûr, André comprend quelques mots : roi,
ce moment important. André, je te déclare roi de la amour, miracle. « L'amour de notre roi fait des
forêt. miracles », pense André.

Et il pose une couronne sur sa tête. Les pierres Et, pendant la chanson, une femme se lève
précieuses brillent comme des étoiles. Les gens et vient devant André, elle se met à genoux, il
poussent des cris de joie. Ils s'embrassent. On joue pose les mains sur sa tête. Tout le monde est
de la musique. surpris de voir ça. La femme se relève et vient
parler dans le micro.
« C'est de la folie ! » pense André.
- Mes amis, vous me connaissez bien, j'étais
Ensuite, on lui demande de s'asseoir sur le trône une pauvre femme aveugle. Mais l'amour de
et Maïtena commence à parler. Elle raconte mon roi m'a donné la vue. Maintenant, je
l'histoire d'André, la lettre qu'il a reçue à Paris. vois ! Je vois enfin la beauté, du monde. C'est
Pendant qu'elle parle, André imagine des explications l'amour de notre roi bien-aimé qui a fait ce
à cette situation. Il pense à une folie collective (ils miracle. Remercions notre roi de tout notre
sont peut-être dans un hôpital psychiatrique). Autre cœur!
solution : c'est une immense blague depuis le début :
la lettre, le taxi, cette fête. Tout est faux. Tout est fait Tout le monde continue de chanter. Un
pour rire, s'amuser. Il se dit qu'il y a probablement homme arrive, avec les bras attachés dans le
des caméras de télévision pour une émission de dos. Lui aussi, il se met à genoux et parle
surprises. Ou bien il est lui-même dans un rêve, ensuite dans le micro.
mais ça, c'est plus difficile à vérifier. Les rêves - Bonjour à tous. Vous savez que j'étais
peuvent prendre beaucoup d'aspects différents, on fou. Mais, depuis que j'ai vu notre roi, mon
peut même rêver qu'on rêve. Mais, encore une fois, esprit est enfin clair. Vous entendez que je ne
est-ce un rêve ou un cauchemar ? Tout ce qu'il veut, suis plus fou. Je dis merci à André, notre roi,
c'est partir, quitter ces fous. qui est venu de très loin avec des pouvoirs
Maïtena s'est arrêtée de parler et tout le monde immenses.
regarde André, qui sort de ses pensées. On attend
probablement de lui un discours. Il doit remercier.
Dinero monte alors sur la scène et commence à chanter.
On détache les bras de l'homme qui n'est plus
fou. Tout le monde s'embrasse encore et on
continue la chanson. On chante plus fort
maintenant.
Ensuite, quelques personnes viennent parler au
micro, pour dire du bien d'André.
- Notre roi est bon. Il fait des miracles. C'est bien lui
le roi de la forêt.
- Il a besoin d'une assistante, une femme belle et
intelligente pour l'aider dans ses responsabilités de
roi. Elle doit parler français, bien sûr !
André pense : « Je vais bientôt me réveiller et me
retrouver seul dans mon petit appartement de
banlieue. Tout cela ne peut être qu'un rêve... »
COMPRENDRE
1. Retrouve l'ordre des phrases de ce résumé.
a. Dinero monte sur scène et chante.
b. André est couronné roi.
e. André se demande si tout cela n'est pas une hallucination
ou une blague.
d. On proposée André une très jolie fille comme assistante.
e. Un homme et une femme parlent de miracles.

2. Complète les phrases.


a. Il y a une femme qui était... • belle.
b. Il y a un homme qui était... 1
• aveugle.

c. L'assistante d'André doit être la plus... • collective.


d. André pense qu'il assiste à une folie... • fou.

FM
Chapitre 4

La fête est finie !


Devant André, une magnifique jeune femme
vient de monter sur la scène. Elle a de longs
cheveux châtains, de beaux yeux verts. Sa peau
est claire, ses lèvres sensuelles. Sa robe est
superbe. L'homme en costume bleu
recommence à parler.
- Oh, mon roi ! nous te présentons notre
plus belle jeune fille. Elle s'appelle Armonia.
Veux-tu la prendrepour assistante ?
André répond immédiatement par un «
oui » enthousiaste.
- Armonia, acceptes-tu d'être l'assistante de
notre roi bien aimé ?
-Oui!
Le roi et son assistante se sourient. Ils
entendent alors des applaudissements, des
rires, des cris de joie... André, à tout moment,
s'imagine que quelqu'un va lui dire : « Bien sur,
tout ça c'est pour rire ! » Mais non, il n'y a
personne pour lui dire ça.
Devant André, une magnifique jeune femme vient de monter sur la scène.
La suite de la cérémonie est vraiment royale. On
mange des plats sublimes, on boit les meilleurs vins, on
danse. Assez vite, le roi est fatigué et a besoin de se
reposer. Il rentre donc se coucher. On lui explique que,
pour ne pas le fatiguer encore plus, on l'a installé dans
une chambre provisoire, dans l'attente de son
installation définitive au Château de la forêt. Avant de
quitter la fête, on prend une photo de lui, avec ses
vêtements de roi, avec son assistante, une photo pour
envoyer à ses collègues, pour montrer qu'il a bien profité
de son voyage, qu'il ne regrette pas d'être venu jusqu'ici.
« Les gens sont peut-être fous, mais je m'amuse bien »,
pense André.

Quand il se réveille le lendemain vers midi, la maison


est complètement vide.
Il traverse les pièces immenses et désertes et il marche
dans le parc vide. Personne. Même pas le gentil Dinero.
Il s'assoit sur les marches et il prend sa tête entre ses
mains. Comment peut-on être si stupide ! Toutes les
II va ouvrir et se trouve devant deux hommes en
mères de tous les pays le répètent à leurs enfants : « Ne uniforme.
parle jamais à des inconnus ! »
pensées. Il va ouvrir et se trouve devant deux
II entend la sonnette du portail et il sort de ses hommes en uniforme. Les deux officiers
commencent à lui parler en espagnol, mais il leur
provisoire : qui n'est pas définitif. fait comprendre qu'il ne comprend pas cette
envoyer : expédier. N'oublie pas de m'envoyer une carte postale ! vide : langue. L'un des deux hommes parle alors en
contraire de « plein ». On a tout bu, la bouteille est vide. français :
la sonnette : elle fait un bruit qui annonce la présence d'un visiteur.
- Vous êtes le senor André Bouton, je suppose.
- Oui, c'est bien moi.
- Monsieur Bouton, Madame Maïtena Perez est-elle là ?
- Non, elle est partie et je ne sais pas où elle est.
Les deux hommes échangent un regard grave.
- Vous savez probablement que Madame Perez et ses
amis sont recherchés par la police : activités illégales,
non-paiement de taxes, non-remboursement decrédits.
Ils sont absents ; nous voulons donc avoir une
conversation avec vous au poste de police. Voulez-vous
bien nous suivre !
- Mais je n'ai rien fait ! Et je suis français.
Le policier montre un journal. Sur la première page,
André voit la photo prise pendant la soirée, avec le titre : «
Vive le roi de la forêt ! »
- Cher Monsieur, vous êtes visiblement en contact difficulté, il monte dessus. Tout son corps est
avec ce groupe d'individus, et nous pensons que vous tendu vers un seul objectif : quitter cette maison.
avez des choses intéressantes à raconter à la justice de Avec les pieds, il donne un coup au cheval qui part
notre pays. L'officier Gômez va vous accompagner dans au galop. Au fond du parc, il y a une barrière. Le
la maison pour prendre quelques affaires personnelles cheval passe sans difficulté par-dessus.
et ensuite nous allons vous conduire en prison.
Avec l'officier, André monte dans sa chambre. Il
le galop : vitesse la plus rapide du cheval.
prend un sac et il met quelques affaires dedans. Il est
tout seul avec l'officier. À un moment, il voit que
l'homme a le dos tourné. Il court dans une autre
chambre et attend derrière la porte. L'officier pense
qu'il est descendu, et il court dans les escaliers. André
se dépêche alors de sortir par une petite porte qu'il voit
sur le côté. Il se retrouve dans le jardin. Il voit un
cheval dans le parc. Il court vers l'animal et, avec
COMPRENDRE
1. Relie pour indiquer qui a prononcé ces phrases. Chapitre 5
a. « Oui !» • • toutes les mères
b. « Ne parle jamais à des inconnus ! » .

Cours !
c. « Vous êtes le senor André Bouton,
je suppose?» •

2. Complète avec : vide, sublime, stupide.


a. Pendant la fête, la cuisine était...
b. À son réveil, la maison était...
c. Il pense qu'il a été vraiment...

3. Retrouve l'ordre des événements. André passe à travers les champs, puis il se
retrouve sur des chemins de forêt. Vers le soir, il
a. Les policiers annoncent à André qu'ils viennent l'arrêter.
arrive près d'un lac. Le cheval s'arrête. André
b. Deux officiers de police sonnent au portail. descend et remarque une cabane construite dans
e. André s'enfuit par une petite porte. les arbres. C'est probablement un lieu
d. André part sur un cheval. d'observation des oiseaux. Il monte une échelle.
L'intérieur de la cabane est très bien aménagé, avec
e. André va ouvrir.
des meubles en bois. De jolis petits oiseaux, aux
f. L'officier Gômez accompagne André dans sa chambre. belles couleurs vives, volent d'un meuble à l'autre.
g. André se cache. La table est mise pour deux personnes. André est
d'abord très tenté de s'asseoir et de déguster un
4. Vrai ou faux ? délicieux repas dans cet endroit exceptionnel,
a. André demande une photo qui montre qu'il est roi.
surtout qu'il est fatigué et qu'il a faim. Mais il sait
maintenant que quelqu'un veut lui faire du mal. Il ne
b. Après la fête, André dort dans le Château de la forêt.
sait pas pourquoi, mais il sait qu'il est en danger. Il
c. Le soir, André ne regrette pas son voyage. ne peut donc pas rester.
un champ : terrain utilisé pour l'agriculture. La route traverse
des champs de maïs.
une cabane : petite maison très simple, généralement en bois.
II descend par l'échelle et se retrouve dehors. Son
cheval est parti. André regarde autour de lui. Faut-il
rester dans la forêt ? Non, c'est plus prudent de quitter
la forêt. La lune s'est levée et il voit assez bien. Des
chiens viennent à côté de lui puis repartent. Il arrive près
d'une grande maison isolée. Il voit des gens qui dînent
dans leur jardin. Il sonne à leur porte. Le monsieur qui
vient ouvrir a l'air sympathique.

- Excusez-moi, j'ai besoin d'aide.

- Qui êtes-vous ? répond le monsieur en espagnol.

- Est-ce que vous parlez français ?

- Oui, je l'ai appris à l'école.

- Je voudrais juste téléphoner à mon consulat. C'est


très important.

-Oui, pas de problème. Attendez un instant, je vais


chercher l'appareil.

Il referme la porte et l'ouvre à nouveau un instant plus


tard. Maintenant, il braque un revolver sur André.

Haut les mains ! Nous savons qu'une bande de


dangereux criminels français est dans la région. Ma
femme vient d'appeler la police.
- Mais, ce n'est pas moi, le criminel ! Au contraire, je
suis une victime. On veut me tuer.

-Vous allez quand même attendre l'arrivée de la police


pour vérifier tout ça...

Et quelques instants plus tard, on entend au loin la


voiture de la police qui arrive. André se retourne pour
regarder arriver la voiture, mais il fait ça pour
déconcentrer l'homme. Il lui donne un grand coup avec
son bras et le revolver tombe par terre. André le prend et
part à toute vitesse. Cette fois-ci, il va vers la forêt. Il
court. Il sait que les policiers vont le suivre. Il doit aller le
plus loin possible dans la forêt, se cacher et dormir,
attendre le matin. Maintenant, il a une arme, il peut se
défendre contre les animaux dangereux. Il court
longtemps, et quand il n'a plus de forces, il s'arrête. Il se
prépare pour passer la nuit. Il croit être tranquille. C'est
alors qu'il entend les hélicoptères, qui passent au-dessus
de sa tête avec des projecteurs. Mais il est bien caché
sous les arbres. Il regarde le revolver : il n'est pas chargé !
Les hélicoptères passent et repassent, et il n'arrive pas à
s'endormir. Il pense à la bande qui est recherchée par la C'est alors qu'il entend les hélicoptères, qui passent au-dessus
police, probablement Maïtena et ses amis. Sont-ils dans la de sa tête avec des projecteurs. Mais il est bien caché sous les
forêt aussi ? Il risque alors de les rencontrer... arbres.

Au petit matin, les hélicoptères ne sont plus là et il peut pendant la nuit. Il recommence à marcher mais il a mal
enfin dormir. aux pieds. Il voit un ruisseau et s'arrête. Il boit de l'eau.
Il a très faim. Il voit des fruits mais ce sont des fruits qu'il
Quand il se réveille, le soleil n'est pas encore très fort. Il ne connaît pas. Finalement, il voit un bananier. Quel
observe les arbres et les plantes magnifiques autour de' lui.
Il imagine tous les insectes qui ont dû venir le voir un ruisseau : toute petite rivière. Les ruisseaux se transforment en rivière.
CHAPITRE 5

plaisir ! De l'eau fraîche et des bananes. Le meilleur petit-


déjeuner de sa vie ! Il enlève ses vêtements et entre dans
l'eau pour se laver. Finalement, il se dit qu'il n'a pas
besoin d'aller plus loin, qu'il ne trouvera pas de meilleur
endroit. Avec de l'eau et des fruits, il peut survivre.
André n'a plus son billet d'avion. Il espère que ses
collègues, les seuls sur terre à avoir l'adresse où il passe
ses « vacances », se mettront à sa recherche. Il espère...
Chapitre 6

Souriez,
vous êtes filmé !
Il fait un temps superbe. André est en train de se faire
à manger sur un feu de bois. Il est à côté d'une
cabane qu'il a construite dans les arbres. Il a une barbe
et il porte un short, en fait un vieux pantalon coupé. On
imagine sa surprise quand il remarque une jeune
femme qui s'est arrêtée à une cinquantaine de mètres
et qui l'observe. Il braque son revolver sur elle, même
s'il n'est pas chargé :
- Vous êtes qui ?
- Gloria. Excusez-moi, je ne parle pas bien français !
J'habite à Côrdoba et je suis venue me promener dans
la forêt. Et vous ?
- Je m'appelle André.
Gloria explique qu'elle a l'habitude de marcher en
forêt. Elle aime cette immense impression de liberté.
Quelquefois, elle s'arrête pour observer les animaux,
les oiseaux surtout.
André a toujours son revolver dans la main. Il
observe Gloria avec attention. Finalement, il décide de
lui faire
CHAPITRE 6
- Pourquoi parlez-vous de télévision ?
confiance. Ils déjeunent ensemble : au menu, truite fu- Gloria se lève, et regarde un point fixe.
mée et bananes. Avec du pain frais apporté par Gloria ! Maintenant, elle parle d'une manière différente,
plus mécanique et son français est excellent.
Ils discutent un long moment. Elle a du café dans une
bouteille thermos. C'est la première fois qu'il boit du - Chers amis, après ce concert improvisé, voici venu
café depuis longtemps. Il lui raconte sa vie, seul, dans la le grand moment : le vote. Vous savez qu'André a
forêt. Il lui montre une sorte d'instrument de gagné un million de dollars parce qu'il a été courageux
et qu'il a traversé toutes les difficultés. Maintenant
musique, fabriqué avec des noix de coco.
vous devez décider s'il a aussi gagné une prime
-Quand je n'ai rien d'autre à faire, je joue de cet spéciale de 500 000 dollars, pour le remercier d'avoir
instrument. participé à ce jeu et pour nous excuser d'avoir été
- Vous êtes musicien ? vraiment cruels avec lui!

- Pas du tout.
- Je peux entendre le résultat ?
Il a l'air surpris.
- Alors, vous serez mon premier public.
Elle sourit et répond :
- Peut-être le début de la gloire...
Il commence à jouer. La musique s'élève dans la forêl.
Elle est pure et intuitive, venue du fond de son âme et
née au milieu de la nature sauvage. C'est magnifique.
Quand André arrête de jouer, il se tourne vers Gloria
et lui demande :
- Vous avez aimé ?
Vous nous avez offert un merveilleux moment
ni d'émotion ! Un superbe moment de télévision, aussi.
Il n'a pas l'air de comprendre.
CHAPITRE 6
André a encore du mal à comprendre
Alors, vous connaissez les numéros de téléphone comment l'émission a été possible du point de
pour voter : pour ou contre la prime. Vous avez sept vue technique. C'est un véritable exploit,
minutes pour le dire, à partir de... maintenant ! possible uniquement avec de grands
professionnels de la télévision.
André croit d'abord que c'est une blague et il est
prêt à lui dire : « Bravo ! vous faites ça très bien, Grâce à ce jeu, il est très connu dans le
comme une-vraie professionnelle ! » Mais il n'a pas monde entier, maintenant. Il reçoit beaucoup de
le temps d'ouvrir la bouche. Deux hommes sortent lettres, pour le féliciter ou lui demander de
de la forêt avec une caméra sur l'épaule. Ils viennent l'aide. Il ouvre toutes les lettres. Il pense qu'un
tout près d'eux. Gloria recommence à parler : jour, une lettre lui parlera d'amour. Et ce ne
sera pas un jeu...
- André, vous venez de gagner le jeu organisé
par Globaplus-TV. Nous sommes impatients de FIN
connaître votre réaction.
Il ouvre la bouche pour répondre, mais elle continue
déparier :
- Ce moment que nous attendons tous, ce sera
juste-après une petite page de publicité...

Avec l'argent gagné à ce jeu, André a fait


construire1 une maison dans la forêt, au milieu des
arbres, des oiseaux. Pour s'occuper, il organise
des petits concerts. Sa musique est très appréciée.
Il a assez d'argent pour finir sa vie tranquillement.
Un jour, il a demandé au producteur de l'émission
pourquoi on l'a choisi pour ce jeu. Il a dit qu'il a
pris un nom au hasard.

Il est très connu dans le monde entier, maintenant


il reçoit beaucoup de lettres.

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