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Une poésie placée sous le signe de la modernité

- LA PONCTUATION

Apollinaire a supprimé tous les signes de ponctuation dans ses poèmes. Cet effacement nous rend plus
sensible aux effets de rythme, de sonorités, de construction et de sens de chaque vers et des différents
groupements de vers. Analysez le premier grand fragment de « Zone », du premier vers à « l’avenue des
Ternes » (v. 24) en mettant en évidence ces différents effets. Le signe le plus manifeste de la modernité
revendiquée par Apollinaire est l’absence de toute ponctuation dans les trois poèmes d’ouverture, et d’une
manière plus générale dans tous les poèmes d’Alcools. Apollinaire a supprimé toutes les marques de
ponctuation sur les épreuves du recueil. Il s’agit donc d’un remaniement tardif, mais décisif, qui doit inviter à
examiner avec une attention soutenue les propriétés rythmiques, mélodiques et structurelles d’un texte
poétique non ponctué. « Pour ce qui concerne la ponctuation, déclarait Apollinaire, je ne l’ai supprimée que
parce qu’elle m’a paru inutile et elle l’est en effet ; le rythme même et la coupe du vers voilà la véritable
ponctuation et il n’en est point besoin d’une autre ». Il convient d’ajouter que la déponctuation favorise une
écoute plus fine des phénomènes de liaison de vers à vers et de strophe à strophe. En fait, à la ponctuation
graphique ordinaire, dont les marques n’apparaissent pas, se substitue un autre type de ponctuation qui produit
d’un vers à l’autre soit des effets de détachement et de relance, soit des effets d’ambiguïté syntaxique et
sémantique.
Dans le premier grand fragment de « Zone » (du premier vers à « l’avenue des Ternes », p. 11-12), la
ponctuation graphique est remplacée par un rythme du discours poétique qui tire parti des blancs
typographiques (v. 1, 2 et 3) et qui, dans un premier temps, isole trois propositions initiales ayant
valeur de phrases détachées. D’un point de vue syntaxique ces phrases ne forment pas un tout unifié.
Les vers qui suivent, réunis en un groupe de trois, ne jouent pas le détachement mais bien la relance, la liaison
interne : un effet d’accélération se produit, que rend plus sensible encore la répétition du mot « religion » placé
en position initiale et en position finale du vers 5. La suite du fragment est intéressante de ce point de vue, car
elle juxtapose, aux vers 8 et 9, deux propositions qui visiblement ne s’articulent pas au sein de la même phrase.
Il y a là une ambiguïté, d’autant plus forte que le coordonnant « Et », en tête de vers, est apte à assurer une
fonction soit de liaison soit de détachement.
Il faudrait poursuivre cette analyse et insister dans la deuxième partie de l’extrait sur l’effet de
mouvement produit par l’enchaînement des vers non ponctués. Dans tous les cas, l’accent doit être
mis sur ce qu’Apollinaire appelle la « coupe », c’est-à-dire le temps d’arrêt marqué à la fin de chaque
vers et qui, en l’occurrence, donne à entendre la rime ou l’assonance («dactylographes/passent» ; «
industrielles/Ternes »…).

Traditionnellement, un poème se reconnaît à la disposition des vers ordonnés en strophes régulières,


comme dans « Le pont Mirabeau ». « Zone », au contraire, est caractérisé par la dislocation de la strophe.
Dites comment on peut interpréter cette construction en fragments, en vous appuyant sur les indications
temporelles et spatiales. Achevé en 1912, « Zone » est le poème le plus récent d’Alcools. À première vue, il
ne comporte pas de strophes traditionnelles immédiatement perceptibles et ordonnées en un système stable.
Ni quintil, ni quatrain, ni distique, ni sizain… Apollinaire n’a pas construit son poème sur des moules
préétablis, des formats typiques. De même, il est malaisé de circonscrire des suites de vers réguliers, tant
domine dans ce poème une liberté formelle qui autorise les agencements amétriques les plus imprévisibles :

J’ai vu ce matin/une jolie rue/dont j’ai oublié le nom (5/5/7)


Neuve et propre/du soleil elle était le clairon (4/9)
Les directeurs/les ouvriers/et les belles sténo-dactylographes (4/4/10)
Du lundi matin/au samedi soir/quatre fois par jour y passent (5/5/7) (v. 15-18, p. 12)

On parlera alors de vers libres – pour lesquels le nombre des syllabes est indifférent. Pourtant, à y
regarder de plus près, on est amené à dégager de cet ensemble apparemment chaotique des régions métriques
où figurent des vers facilement repérables tels que des vers de 12 syllabes. On peut isoler par exemple des
groupements rimés, franchement irréguliers, qui mêlent des alexandrins approximatifs et des pseudo-vers
constitués de lignes de prose :

Voilà la jeune rue et tu n’es encore qu’un petit enfant


Ta mère ne t’habill(e) que de bleu et de blanc (6/6)
Tu es très pieux et avec le plus ancien de tes camarades René Dalize
Vous n’aimez rien tant que les pompes de l’Église (5/7) (v. 25-28, p. 12)

On observe aussi bien un enchaînement de distiques formés de vers de 12 syllabes plus réguliers :
Le phénix ce bûcher qui soi-même s’engendre (6/6)
Un instant voile tout de son ardente cendre
Les sirènes laissant les périlleux détroits
Arrivent en chantant bellement toutes trois
Et tous aigle phénix et pihis de la Chine
Fraternisent avec la volante machine (v. 65-70, p. 14)

Si on reprend par exemple les six premiers vers du texte, on constate qu’Apollinaire donne à son lecteur
une clé : deux secteurs distincts apparaissent, l’un où règne une relative régularité métrique (notamment le
segment de six syllabes), l’autre où l’emporte en revanche l’irrégularité. Cette instabilité métrique, génératrice
de dislocation formelle, est représentative d’une écriture poétique qui entrelace les époques et les lieux : «
Zone » est un poème de la mémoire qui recompose, à la façon d’une mosaïque, les épisodes d’une vie d’errance
et de solitude. Voir comment, par exemple, on passe des déictiques « Maintenant tu marches dans Paris… »
(v. 71) ou « Aujourd’hui tu marches dans Paris… » (v. 81) à « Maintenant tu es au bord de la Méditerranée »
(v. 89) et « Te voici à Coblence… » (v.107). La grande irrégularité des mètres et des strophes correspond à la
discontinuité spatio-temporelle d’une mémoire mélancolique, d’une géographie sentimentale éclatée.

- LA VERSIFICATION

- LES FIGURES DE STYLES


II-STRUCTURE DE QUELQUES POEMES DANS LE RECUEIL (cf doc sur alcools)

1- En fonction du type de poésie


a- poésie classique par thèmes
Confère document si joint

b- poésie libre par thèmes


Confère document si joint

III- Explication