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SOMMAIRE

Les caractéristiques propres au soleil

L’espace……………………………………………………………..4
Le climat…………………………………………………………….6
Le khamsin………………………………………………………….8

Les symboliques du soleil

Latyrannie……………………………………………………….10
L’oppression……………………………………………………..12
Un soleil apocalyptique…………………………………….14

1
Introduction

La littérature Djiboutienne d’expression française s’inscrit dans la littérature


postcoloniale. Elle a pour but d’effacer les traces laissées par la littérature de la période
coloniale qui dénonçait les attitudes des colons envers les autochtones. Elle propose une
vision Djiboutienne de la réalité. La satire subversive dans les œuvres Djiboutiennes dénonce
aussi le pouvoir Postcolonial qui perpétue la politique divisionniste, l’oppression et le
musellement de la population ainsi que l’exigüité de l’espace d’un pays hostile. Les écrivains
Djiboutiens dépeignent également la situation déplorable du peuple et le nomadisme dont ce
peuple est originaire qui influence l’écriture et leur mode de vie. C’est pourquoi les œuvres
Djiboutiennes s’inspirent majoritairement des vieilles mœurs basées sur l’oralité de ce peuple
nomade et pastoral. Cette société ne disposait qu’une seule et unique source appelée dans
cette contrée les cinq types des bétails à savoir les moutons, les chèvres, les chameaux les
ânes et les vaches « shanta maal aduunyo ».

Dans ce cas il était nécessaire de connaitre les chants ou les poèmes pour bercer et maitriser le
garde de ces bêtes. C’est pourquoi l’oralité était dominante dans cette société pastorale et
patriarcale où le père pasteur régnait sans partage, où la femme n’a nullement la vie serve
qu’elle mène dans celui de chasse et de guerre.

Les écrivains Djiboutiens abordent le soleil comme thème principal et des thèmes variés ou
sujets tabous dans la société : comme le tribalisme, le khat, la guerre civile , l’image de la
femme ou le thème soleil qui est omniprésent et symbolique non seulement dans la majeure
partie des œuvres Djiboutiennes mais aussi dans la littérature africaine de l’expression
française . En commençant par Le soleil des indépendances de l’ivoirien Ahmadou
Kourouma, en passant par la trilogie de Waberi ou Khamsin de William Syad ou également
La galaxie de l’absurde d’Idriss Youssouf Elmi, le soleil reste toujours un thème récurrent et
symbolique. Rien que dans le cahier nomade de Abdourahman W. le terme soleil est évoqué
plus de cinquante fois : c’est pourquoi nous avons choisi ce thème parmi le nombre
astronomique qui nous ont été proposés. Alors si le soleil représentait dans certains pays
comme Athènes un dieu ou s’il était le synonyme de savoir ou la lumière pour autre comme
les européens. La représentation de cet astre est toute autre chez les écrivains djiboutiens.ils
ont une autre perception sur le soleil. Pour eux le soleil est la source de toute situation
désastreuse, il est à l’origine d’un paysage macabre, d’un climat inhospitalier ou un espace

2
désertique, extrêmement aride, sec et dépourvu de vie ou de l’eau ou un territoire dominé par
le khamsin. Le soleil est aussi un rappel pour les écrivains Djiboutiens vis à vis de leurs
anciennes mœurs où la contrée était dominée par un soleil impérial qui régnait avec une
chaleur mortelle dans toute la journée où le soir leur était un paradis éphémère jusqu'au lever
de ce soleil impitoyable.

Devant ces tas des choses une question se pose : Quelles sont les représentations du soleil
dans la littérature Djiboutienne de l’expression française ?

Pour apporter des éléments de réponse à notre question, nous allons d’abord voir les
caractéristiques propres au soleil avant d’étudier les symboliques du soleil

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I. Les caractéristiques propres au soleil

1- L’espace

Autrement appelé le pays des braves, Djibouti est un pays hostile aux yeux des
écrivains Djiboutiens malgré sa bonne position géographique. Avec une superficie de
23000km² et une population aux environs de neuf cents mille d’habitants, la république de
Djibouti se trouve sur une terre volcanique, rocheuse et désertique, un espace dépourvu des
végétations et d’oasis, un espace marqué par la violence et par la chaleur d’un soleil impérial.
Au même titre que ses contemporains, Rachid Hachi nous décrit aussi à travers la vision
d’un nomade dénommé Ragueh à peine arrivé à Djibouti un pays hostile et un espace
soumis où les séquelles laissées par un soleil impitoyable sont bien visibles dans son roman
Ayaan Daran publié en 2016.

« À part venir à Djibouti vendre son bétail et acheter des vêtements et des vivres pour la
famille, il n’a jamais pensé rester. Les quelques jours du troc lui paraissent longs et difficiles,
surtout en période d’été avec cette chaleur étouffante qui assèche la gorge et brûle la peau. »
« Ragueh, finit-il par dire, Djibouti n’est pas ce que tu crois. C’est un pays hostile. Il n’y a pas
que tes semblables. D’autres peuples y vivent aussi. Mais le pire, c’est que c’est un pays sous
occupation1. »

Le soleil imposant pourrait aussi être l’origine de la terre sablonneuse dans le sens où il a
détruit toutes les végétations et par la même occasion rompu la relation entre la terre et le
nuage par manque des arbres et des plantes ayant comme principal utilité de déclencher la
pluie scientifiquement. Et laisse derrière lui une terre poussiéreuse et couverte de khamsin
« Djibouti, cette terre sablonneuse entourée des bras de mer envahissants, où les puits
fournissaient une eau saumâtre, n’est plus ce qu’elle fût. »
L’auteur Rachid Hachi parle aussi dans son roman l’aridité imminente de l’espace djiboutien
à travers le regard de Ragueh. Djibouti n’est plus le pays qu’il a connu par le biais de
l’histoire de son père .il le qualifie plutôt une terre déracinée et perdue de toutes ses richesse
et de prospérités.

1
Rachid Hachi, Ayaan daran, extrait, édition : NET

4
Les écrivains qui ont évoqué le soleil dans leurs œuvres sont nombreux .Idriss
Youssouf Elmi partage aussi ce thème principal avec ses contemporains en parlant d’une
manière plus dramatique. Il s’intéresse plus précisément sur l’espace et le climat qui reflètent
l’image d’un soleil imposant. Dans un milieu sauvage où l’espoir de vivre est quasiment
mince, où la sécheresse est éternelle, où l’Homme et les bêtes luttent non pas pour vivre mais
plutôt pour survivre.

« Le soleil tape les têtes des nomades accablés par la sécheresse qui sévit depuis cinq ans. La
terre, meurtrie par la chaleur, ignore ce qu’était l’eau. Elle a dû sûrement oublier ce qu’était
l’eau. Elle a dû sûrement oublier ce qu’était même la verdure. Les hommes et les bêtes ont la
peau collée aux os. Seul l’espoir fait vivre, dans ce bled de désolation que l’oeil étranger
considère comme un lieu de condamnation perpétuelle. L’homme qui y vit épouse bien la
chaleur, le volcan et la sécheresse qu’il côtoie depuis bien des générations.2 »

Waberi est l’un de premier auteur djiboutien ayant parlé ce pays hostile et son espace violent
ainsi que son climat inhospitalier. Dans sa trilogie (Balbala, Pays sans ombre et Cahier
nomade), toutes ses œuvres sont entachées de la description très négative de ce pays sans
ombre dont il est natif .Comme indique le titre de son œuvre il évoque en général un espace
marqué par les traces d’un soleil apocalyptique. Ainsi l’exigüité de l’espace, le climat
inhospitalier et le paysage au relief escarpé et déconstruit sont très souvent évoqués et
résumés chez Waberi par deux phrases « Mon pays n’est pas un pays, c’est le Khamsin de
L’extrême Sahel. Le désert chafouin a absorbé toute la sève de la terre et ses résonnances
sécrètes11 ». A travers « la volonté assassine d’un soleil impérial »,

2
*Rachid Hachi, AYAAN DARAN, extrait / Idriss Youssouf Elmi,LA galaxie de l’absurde ,
Soumis p39/ Waberi, Cahier nomade, serpent à plumes*

5
2) Le climat

Si l’espace miniature de ce pays contribue bien à la misère sociale et à l’hostilité de ce


pays, le climat inhospitalier de ce pays est aussi généré par ce soleil imposant qui durcit
encore une fois la situation déplorable de ce peuple. Nombreux sont les auteurs Djiboutiens
qui ont parlé de ce climat chaud de Djibouti mais de manière plus ou moins différente. Si
Idriss Youssouf Elmi a parlé le climat de Djibouti d’une manière dramatique, Abdourahman
Waberi quant à lui passe par l’ironie et le mythe pour parler de ce climat apocalyptique.
D’ailleurs le mythe représente pour cet auteur engagé une identité aux origines de Djibouti.
Par le biais de l’ironie, Waberi décrit une journée avec une chaleur étouffante et accablante
dans extrait intitulé « LA LEGENDE DU SOLEIL NOMADE » de son Cahier de nomade :

« Un JOUR de grande chaleur, le gouteur d’étoiles rencontre son ami, le guetteur de


l’horizon. C’est à l’heure où l’on voit son sombre se rétrécir comme pour se coller à vos
semelles. Ils discutent pendant des heures. Ainsi, ils continuent à se cacher du soleil, à éviter
la canicule. Le troupeau est trop jeune et le berge à la tête du campement trop vieux : un
berger à l’automne de ses jours3 »

Particulièrement, Waberi fait recours à l’ironie et l’humour pour décrire cet espace macabre et
dépourvu de vie .Il tourne en dérision la situation catastrophique dans laquelle ce peuple évolue.
Il emploie des procédés littéraires variés comme la personnification ou la métaphore comme
cette phrase qui se résume bien la description de climat djiboutien.

« Mon pays n’est pas un pays, c’est le Khamsin de l’extrême Sahel. Le désert chafouin a
absorbé toute la sève de la terre et ses résonnances sécrètes11 ». A travers « la volonté
assassine d’un soleil impérial ».

Dans La galaxie de l’absurde d’Idriss Youssouf Elmi, l’auteur avive la douleur que ce soleil
inflige sur les nomades. Chez lui le soleil domine, anéanti, déconstruit, perpétue et la chaleur

3
Abdourahman .A.Waberi, Le Cahier nomade (La légende du soleil nomade) P63
Abdourahman A. Waberi, Le serpent à plumes

6
Dans La galaxie de l’absurde d’Idriss Youssouf Elmi, l’auteur avive la douleur que ce soleil
inflige sur les nomades. Chez lui le soleil domine, anéanti, déconstruit, perpétue et la chaleur
est meurtrière .Les nomades de cette contrée sont qualifiés à des « vivants -morts» chez Idriss
Youssouf Elmi.

« Le soleil tape les têtes des nomades accablés par la sécheresse qui sévit depuis cinq ans. La terre,
meurtrie par la chaleur, ignore ce qu’était l’eau. Elle a dû sûrement oublier ce qu’était l’eau. Elle a
dû sûrement oublier ce qu’était même la verdure. Les hommes et les bêtes ont la peau collée aux os.
Seul l’espoir fait vivre, dans ce bled de désolation que l’oeil étranger considère comme un lieu de
condamnation perpétuelle. L’homme qui y vit épouse bien la chaleur, le volcan et la sécheresse qu’il
côtoie depuis bien des générations. Le soleil, seul, domine et demeure l’unique souverain de cette
contrée. Ses caprices ne font de surprise dans le cœur de vivants-morts. »

Idriss Youssouf Elmi accentue également l’ampleur de ce le climat et la gravité de la


situation de ce peuple sédentaire par l’emploie des expressions exagérées « une terre,
meurtrie par la chaleur, les bêtes ont la peau collée aux os, les vivants-morts ». Cette
description donne une image plus catastrophique, mortelle au climat djiboutien qui était
préalablement qualifie inhospitalier par les contemporains de ce dernier.
Rachid Hachi quant à lui les séquelles de ce climat sauvage et violent sont bien visibles sur les
corps de nomades.

« Le plus âgé des caravaniers n’a pas plus de trente ans. Il semble pourtant vieux, fatigué, la
peau sèche et craquelée. Les aléas de la vie et les longues pérégrinations ont raviné son corps
comme l’écorce d’un vieil acacia. Les yeux rouges, les lèvres sèches et gercées, Awaleh garde
une chique de tabac pur entre la lèvre inférieure et les gencives à longueur de journée. Toutes
les cinq minutes, il projette à quelques pas devant lui un crachat grisâtre comme le venin d’un
Serpent cracheur »

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3) le khamsin

Météorologiquement le khamsin est un vent qui se lève en début de matinée ou parfois à


l’aube pour forcir jusqu’aux environs de 10H00 et retomber tranquillement à partir de 13H00.
Les premiers coups de Khamsin (à lire « ramcine » qui signifie cinquante en langue arabe en
référence à la durée en jours de la période approximative d’activité de ce vent) démarrent
entre le 15 Juin et le 25 Juillet tandis qu’on peut encore trouver du Khamsin jusqu’à fin Août.
La force du khamsin et sa fréquence sont assez variables d’année en année. En gros sur les 2
mois d’activité du vent, il faut s’attendre à environ 40% de jours avec moins de 12 Nœuds, 50
% de jours avec 12 à 20 Nœuds et 10 % de jours à plus de 20 Nœuds. Le khamsin peut monter
jusqu’à 35 Nœuds. La force du khamsin influence proportionnellement les températures : ce
sont les gros jours de Khamsin qu’on atteint les 45 degrés en ville de Djibouti. Djibouti,
contrairement à ses pays voisins (la somalie, Ethiopie et Érythrée) ne connait en réalité
qu’une saison chaude qui dure de mois d’Avril au mois de novembre et une autre saison
moins chaude qui commence de décembre et prend fin au mois de Mars.
Ce pays appelé « le Pays sans ombre » par Waberi, possède une terre volcanique, aride et
désertique qui est la source d’un vent violent et poussiéreux appelé localement le khamsin. Ce
dernier survient la période qui précède l’été, plus précisément au début du mois juin. Cette
période a beaucoup marqué l’esprit des djiboutien .Et des nombreux auteurs ont évoqué dans
leurs œuvres et d’autres ont même choisi le khamsin comme pour titre de leur ouvrage c’est le
cas de recueil de William Syad. Dans sa première trilogie (Le Pays sans ombre, Cahier
nomade et Balbala) Waberi dans sa tentative de redéfinition de Djibouti décrit le terroir de
son enfance. Dans Le Pays sans ombre, les caractéristiques relatives à la toponymie sont
nombreuses. L’exigüité de l’espace, le climat inhospitalier et le paysage au relief escarpé et
déconstruit sont très souvent évoqués et résumés chez Waberi par deux phrases « Mon pays
n’est4 pas un pays, c’est le Khamsin de l’extrême Sahel. Le désert chafouin a absorbé toute la
sève de la terre et ses résonnances sécrètes11 ». A travers « la volonté assassine d’un soleil
impérial. »

4
*** Djama Said Ared, Panorama de littérature Djiboutienne de l’expression française
Waberi, Cahier nomade, Le Serpent à Plumes, 2007 (pour la présente édition), p. 94***

8
A part les écrivains Djiboutiens qui ont parlé du climat djiboutien et le khamsin,
quelques écrivains ou des explorateurs français qui sont séjourné à Djibouti ont également
dit leur part sur ce vent poussiéreux comme Joseph Kessel, Henry de Monfreid ou
également Pierre Deram qui a consacré des paragraphes entiers rien que pour description des
paysages brulés et des reliefs escarpes. Il accorde une attention particulière sur le khamsin
sablonneux qui couvre cette région. Il vit et travaille à Paris mais il a séjourné en Afrique lors
de ses études à Polytechnique.
« Oubliez la carte postale » nous dit l’éditeur ! Je n’ai jamais vu de cartes postales de Djibouti. « Du
nord au sud, ce n’est qu’un grand paysage dévasté, où des champs de pierres volcaniques se disputent
quelques pitons décharnés. Tout est mort. Le soleil écrase l’étendue silencieuse. » (p. 10). Le
lieutenant Markus vient de passer six mois à Djibouti, « un bidonville terrassé par le khamsin où six
cent mille hommes s’entassaient au milieu de détritus immondes » (p. 12). C’est sa dernière nuit ;
demain il retourne à Paris. « D’un bout à l’autre de la place, la nuit tout entière grouillait de cette
agitation secrète : taximen en conciliabule, képis blancs, touristes perdus, voleurs en chasse,
patrouilles, putains, GI’s. Tout ce beau monde, caché dans les ténèbres, convergeait anonymement
vers les dernières lumières de la ville. » (p. 30-31).

5
Djibouti, c’est une chaleur étouffante, le désert, les singes, les serpents, l’océan, les poissons,
les raies et les coraux (quelques touristes qui viennent faire de la plongée), le vent (khamsin)
aussi torride que les prostituées, l’alcool et le khat (drogue). Je n’ai pas réussi à m’intéresser
aux blagues potaches, aux jeux débiles, aux beuveries et aux exploits sexuels des militaires
(que font-ils là exactement ?) mais je dois dire que le roman est très bien écrit, à la fois
lyrique et brutal. Les descriptions sont grandioses mais je n’irais pas vivre ou passer mes
vacances à Djibouti ! « Ce pays est horrible, cria-t-elle. Je hais ce pays, je hais tous les déserts
du monde et tous les serpents du monde. Parfois, je crois que je vais vraiment devenir folle,
monsieur. Je me sens si seule maintenant. » (p.51) « La nuit s’embrase comme un nuage de
pétrole noir, et de cette lumière impossible, de tout ce néant sans espoir, la beauté jaillit,
irrésistible. Dans les ténèbres glacées qui l’enserrent, le cœur de l’homme se gonfle comme
une immense voile où le vent chaud et profond de la vie s’engouffre ».

5
****Pierre Deram***

9
Djibouti est un livre saisissant qui exalte la beauté mystérieuse et paradoxale de la nuit, de la
vie, et résonne comme une complainte des légionnaires. Une complainte inattendue car
prenant à contre-pied les clichés en soulignant la poignante solitude et l’immense « détresse
vitale » de ces « enfants virils », de ces « enfants de Dieu » à la recherche d’une poitrine pour
se blottir ou d’« une épaule où mourir ». Et l’auteur fait entendre le battement des cœurs sous
les corps avilis de ces « prisonniers » à « délivrer d’amour » qui rêvent à autre chose, dressant
une sorte de galerie de portraits touchants évoquant par certains côtés Les trésors de la mer
Rouge de Romain Gary. Comme cet écrivain en effet, Pierre Deram nous grise de « la plus
vieille nuit de la terre », nous ramenant des « diamants éphémères » à la fois noirs et purs,
bouleversants : ceux de l’âme humaine.

II. Les symboliques du soleil

1) la tyrannie

Dans La galaxie de l’absurde d’Idriss Youssouf Elmi, le soleil est aussi désigné comme
étant un astre tyran dans le sens où il inflige une nette domination cruelle sur les nomades
et les bêtes déjà accablés par ses chaleurs étouffantes. Rien que le titre de cette nouvelle
intitulée Soumis de La galaxie de l’absurde nous montre bien l’image tyrannique du soleil
Djiboutien. La tyrannie de ce dernier se confond minutieusement avec celle du régime en
place depuis l’indépendance de ce pays. Le soleil reste le seul et l’unique maitre de cette
contrée et monopole tout .comme ce régime qui s’approprie tous les pouvoirs à Djibouti et
qui dirige ce peuple d’un poigne de fer, dépourvu de pitié où le peule n’a d’autre choix que
de se soumettre pour demeurer dans ce pays ou de s’exiler dans le cas contraire.

« Le soleil, seul, domine et demeure l’unique souverain de cette contrée. Ses caprices ne font
de surprise dans les cœurs de vivants-morts. Peut-être est-ce parce qu’il suit bien la politique
de l’unique homme de la ville. Ainsi, le soleil adopte le régime alimentaire employé dans les

10
environs de la grande vallée et dit : « Je digère, vous ruminez le vent. Dites louanges et les
éloges de mes rayons, et la douceur de ma chaleur ».

Seul, sa présence rythme l’existence des nomades et des bêtes de la Grande vallée. Même l’acacia de
la plaine et le baobab colossal lui sont soumis, et fournissent leur ombre au gré du roi, le soleil. Les
différents visages expriment une certaines reconnaissance au couché de sa Majesté. Pourtant tout
prend vie pendant son absence : les veillées, les danses et la joie prennent place ; un temps éphémère.
Le soir, ce mouvement opposé à la clarté de sa Majesté, reste cependant l’unique moment de
soulagement, de récupération de la fatigue du jour. »
Ici le soleil possède beaucoup de traits en commun avec le régime en place : il aime les
louanges et les éloges, il veut être l’unique au pouvoir et dominer seul ce pays comme nous
suggère le terme « seule »répété à plusieurs reprises dans ce paragraphe. Ce même Soleil
n’aime plus entendre de parler un changement ou des informations qui viennent d’autre
horizon. Les hommes et les bêtes sont étouffés avec la présence de cet astre tyran et ils ne
respirent que le soir quand ce dernier couche. Il a presque la même exigence que la
dictature en place et inflige la même dose de souffrance à ce peuple mourant. Cette
dictature est aussi allergique au changement et les informations venant des diasporas
extérieur, qui sont majoritairement des exilés politique ou des opposants. Nul ne peut
dénoncer ou contredire à haute voix le dire de la dictature à Djibouti. On le surnomme
plutôt l’état de tout va bien. La population est muselée, les paroles sont censurées.

D'une tirade digne d'un monarque, le soleil dit : "N'oubliez pas qu'il ne peut y avoir de
meilleur jour sans moi. Les choses ne peuvent s'arranger, s'améliorer qu'en ma présence.
J'ordonne à la pluie de tomber, aux graines de pousser, au plant de grandir. Je demeure
maître-créateur de la soif. Je suis aussi maître-anéantisseur de la faim grâce à mes amis de la
Galaxie. Les discours et les paroles qui viennent d'ailleurs ne vous concernent point. Ecouter
6
est un délit. Votre vue n'est pas nécessaire, votre regard inutile. Je vois pour vous.
L'ignorance du peuple est le salut de mon intelligence. Le lendemain est mon souci, l'attente
votre sagesse. « J’ordonne que les males ne parlent ni un mouvement, ni un changement, que
les femelles ne mettent pas bas des petits à l’espoir pétri d’humus et d’un intelligence, des
êtres pouvant voir plusieurs choses à la fois et mesurant le pour et le contre de nos sacrées et

6
***Idriss Youssouf Elmi, La galaxie de l’absurde P (42-43)***

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de nos royales gestions, et qu’on me signale ceux qui veulent comprendre le monde sans se
laisser anéantir » « Yonis et d'autres hommes-sujets, qui écoutaient aussi la radio de la
capitale, passaient de l'allocution du dictateur du pays aux propos du soleil de la Grande
Vallée et puis retournaient de la dissertation solaire au discours radiodiffusé ; mais, déjà, il
était impossible de dissocier l'un de l'autre ... » Ce soleil impitoyable et le régime en place ont
beaucoup de ressemblance et ils sont même indissociable. Par biais d’une métaphore, l’auteur
dénon7ce la tyrannie du régime a travers la description d’un soleil.

2) l’oppression

Le soleil opprime quotidiennement les nomades et les bêtes de la Grande vallée au


même degré que le régime en place. Les ténèbres de soir leurs était une lueur d’espoir car
c’était le seul moment ou ils se reposaient avec l’absence de sa « Majesté » mais le calvaire
reprenait des le début da la matinée. Les locataires de cette contrée sont soumis et ils ne
peuvent contester en aucun cas .Ils n’ont pas le droit aux paroles, ils sont condamnés à vivre
dans la mutisme ou de faire des éloges de « l’état de tout va bien. » Ce soleil se conforme
scrupuleusement au régime du pouvoir :

« Seules, les bêtes ruminantes ajoutent leur mélodie au vent vrai et traitre de la nuit. L’esprit
des ancêtres veille sur les mots-vivants de la Grande vallée. Cet esprit, opposant de sa majesté,
influence ses descendants qui, parfois, protestent contre le régime « chaleureux » du soleil,
pensait à l’arrivée des pluies. Mais en vain, la suprématie est là, et demeure. »

Le rapprochement est plus frappant le soleil est surnommé le régime « chaleureux ». L’auteur ose
cette fois-ci de sortir de l’ombre en faisant lier directement ce soleil à caractère tyran au
régime en place. Le régime chaleureux dont il parle n’est d’autre que ce régime. Despote et
oppresseur. Il utilise le soleil comme un moyen de superposition de l’image de l’état
Djiboutien. Il attaque ainsi violemment les abus du gouvernement djiboutien par le biais de
la description très négative du soleil.

7
*Idriss Youssouf Elmi, La galaxie de l’absurde, Soumis, P (39-40)*

12
« Entre sa Majesté le soleil et ces êtres si fragiles qui sans relâche, il y’a une certaine
complicité qui a son importance dans la Grande vallée. N’est ce pas qu’ils y croient, et qu’ils
y espèrent et qu’ils le vénèrent. Le soleil domine et demeure devant ses sujets en quête d’un
jour meilleur.
-Qui perle de jour meilleur ? Demande sa majesté.
-Personne, brillant roi. »

L’auteur nous dévoile ainsi la réaction de ce Soleil oppresseur, terrifiant et percuteur des
droits de ses nomades traités des serviteurs ou des « sujets » chez lui. Quand le peuple
demande leurs droits. Ils peuvent en aucun cas parler à haute voix pour réclamer leurs droits
fondamentaux. Ils reçoivent une réponse ferme, terrorisante et répressive. Ils sont condamnés
à vivre dans le mutisme. Ce comportement de ce soleil en question n’est d’autre que celle du
régime en place. Peut-être qu’ils s’inspirent de l’un à l’autre ou peut-être ils adoptent la même
doctrine. En tout cas il est impossible de les séparer.
« Je demeure le maitre-créateur de la soif. Je suis aussi maitre-anéantisseur de la faim grâce à
mes amis de la Galaxie. Les discours et les paroles qui viennent d’ailleurs ne vous concernent
point. Ecouter est un délit. Votre vie n’est pas nécessaire, votre regard inutile. Je vois pour
vous. L’ignorance du peuple est le salut de mon intelligence. Le lendemain est mon souci,
l’attente de votre sagesse ». L’oppression est en son comble le peuple a ni le droit de voir, ni
d’écouter, ni le droit de parler. Ce soleil typique du régime se compare cette de Dieu. Il
revendique tous les pouvoirs divins. « Le créateur, aneatisseur de la faim…». Le peuple est
plutôt chosifié et seul le soleil demeure créateur unique.

13
3) Un soleil apocalyptique

Dans ce paragraphe, le soleil est comparé au mythe de Sisyphe et l’enfer édénique dans
le sens où les habitants de cette contrée subissent quotidiennement la même punition qui a été
infligé par Sisyphe pour son désobéissance envers les dieux. A peine respirer le soir avec
l’absence du soleil, les nomades à peine reposés avec ce vent frais et éphémère de la nuit :
c’est la fin du petit moment de havre paix Les fléchettes du soleil reprennent, le combat du
jour débute à nouveau et le calvaire commence : c’est exactement le mythe Sisyphe.

« Les différents visages expriment une reconnaissance au coucher de sa Majesté. Pourtant,


tout reprend la vie pendant son absence : les veillées, les danses et la joie prennent place ; un
temps éphémère. Le soir, ce mouvement opposé à la clarté de sa majesté, reste cependant
l’unique moment de soulagement, de récupération de la fatigue du jour… »

« Le jour arrive et la vie reprend. Le repos de la veille se dépense sans grande peine. Sous la grande
chaleur, sans pitié, les hommes et les femmes reprennent le rythme du combat, sans jamais trahir
l’ordre. »
Les habitants de cette contrée dorment avec le stress et le terreur du soleil de demain en
gardant toujours en tête le calvaire du demain, les fléchettes du soleil impitoyable et chaleur
intense qui les attendent le lendemain. Les femme sont les premières a faire face aux rayons
du petit matin tandis que les hommes sont les derniers a voir ces rayons.
A force de ce contrainte et ses pression du soleil qui pèsent sur eux les nomades ne sentent
même pas ce petit moment qui représente chez eux un havre de paix
« Chacun raconte son vécu sous l’œil vigilant du soleil sa majesté. Ces récits, aussi variés en malheur
qu’en bonheur, laissent la place, petit à petit, au sommeil tant mérité par les habitués de l’enfer »8

8
Idriss Youssouf Elmi, La galaxie de l’absurde, Soumis (P40)

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