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Gustave Thibon, né le 2 septembre 1903 à Saint-Marcel-d'Ardèche et mort le 19 janvier 2001 dans la même commune,

est un philosophe français.


Métaphysicien et poète, toute sa formation s’est faite en dehors du système universitaire. À treize ans, en1916, son père
étant mobilisé, il quitte l’école avec le certificat d’études primaires pour aider son grand-père à la vigne familiale. Grâce à
une bibliothèque qu'il a à sa disposition à l’adolescence, il acquiert seul 1 une culture de grande ampleur et cohérente,
des langues classiques et vivantes à la biologie, à l’économie, auxmathématiques, ainsi
qu'en histoire, littérature, théologie et philosophie. La souveraineté encyclopédique qui nourrit sa pensée et aiguise son
jugement le fait, à travers la chronologie, contemporain des grands esprits du Moyen Âge (Isidore de Séville, Raban
Maur) ou de la Renaissance (Pic de la Mirandole).
Saint Thomas d’Aquin et saint Jean de la Croix sont ses deux maîtres spirituels. En 1931, il fait la rencontre
déterminante de Mère Marie-Thérèse (du carmel d’Avignon), devient oblat du Carmel, tandis que le P. Charles Henrion,
disciple du bienheureux Charles de Foucauld discerne que sa véritable vocation est d’aller au devant des autres et de
leur prêter, dans un souci de « philosophie concrète2 » ses mots et sa capacité de réflexion, ce qui le conduit à multiplier
les articles et surtout les conférences jusqu’à un âge très avancé, tant en Europe qu’en Amérique3.
Dans le même temps, Jacques Maritain lui ouvre les colonnes des revues qu’il parraine (la Revue thomiste, la Revue de
philosophie) et lui commande son premier livre, un essai sur le métaphysicien et psychologue allemand Ludwig
Klages, La Science du caractère (1933).
À partir des années 1930, il ne cesse d’écrire dans de nombreuses revues (Les Études carmélitaines en particulier, mais
aussi Orientations, La Vie spirituelle, Civilisation). En 1939, Gabriel Marcel édite et préface un recueil de ses articles qui
paraît en 1940, Diagnostics, et qui est son premier livre à toucher un vaste public.
Ce livre est à l’origine d’un malentendu. À deux reprises, au début des années 1940 puis au début des années 1960,
Gustave Thibon se trouve sous les projecteurs de l’actualité, parce que sa pensée entre en consonance avec les
préoccupations immédiates de l’époque et l’idéologie à la mode : réflexion sur les causes de l’effondrement de la France
et « retour à la terre » en 1940, réflexion sur les impasses du progrès industriel en 1970. Dans les années 1940,
lerégime de Vichy qui se cherche des cautions intellectuelles tente de récupérer Gustave Thibon qui a toujours refusé
toute espèce de distinction sociale que son œuvre aurait pu lui rapporter (poste officiel, chaire, décorations, fauteuil
académique).
Le souci de l’éternel en l’homme, qui est premier chez Gustave Thibon, le conduit à s’intéresser à l’organisation de
la cité qui doit faire en sorte que lescontingences temporelles (de l’économie, de la sociologie, de la politique) contrarient
le moins possible cette vocation humaine à l'éternel. Pour Thibon, l’homme se condamne lui-même en se coupant à la
fois de ses racines naturelles et de ses origines surnaturelles, en ignorant la dimension cosmique aussi bien que la
profondeur divine de l’existence, l’une répondant de l’autre. Ce sera le grand leitmotiv de sa réflexion.
En 1941 il est, avec entre autres le P. Louis-Joseph Lebret, le P. Jacques Loew, le futur initiateur des prêtres ouvriers, et
l’économiste François Perroux, l’un des fondateurs du mouvement Économie et Humanisme et de la revue du même
nom, qui aura une importance capitale quoique souterraine dans la réflexion sur les pratiques économiques jusqu’au
début des années 2000.
L'amitié avec Simone Weil
La même année, à l’instigation de son ami le P. Joseph-Marie Perrin, il reçoit chez lui Simone Weil, qui veut, après son
expérience d’ouvrière chez Renault, tenter une expérience analogue de travailleuse agricole. C'est, de son propre aveu,
la « grande rencontre » de sa vie : en quittant la France pour l’Amérique, en mai 1942, Simone Weil abandonne à Thibon
ses cahiers, en lui en laissant la « complète propriété »4. Il en tire en 1947 La Pesanteur et la Grâce, la première
anthologie qui révèle au monde la personne et l’œuvre de Simone Weil. Il s’explique longuement sur les circonstances
de cette amitié et davantage dans sa longue préface originelle à La Pesanteur et la Grâce5 tout d’abord, puis dans le
livre qu’il écrit avec le P. Perrin, Simone Weil telle que nous l’avons connue (1952).
De 1942 à 1944, il est l’un des principaux animateurs de l’hebdomadaire Demain que dirige Jean de Fabrègues et qui
sert de couverture à une activité de soutien aux prisonniers 6, hebdomadaire qui sur le conseil de Thibon se saborde au
printemps 1944 pour resurgir sous une forme clandestine, Destin. En 1949, un commentateur anglais, Vernon Mallinson,
mesure l’enjeu de l’activité de Thibon à cette époque, en montrant comment « la publication de ses livres pendant les
années de l’occupation allemande était un événement important, parce qu’ils contenaient un défi implicite au défaitisme
et à l’apathie dans lesquels étaient tombés beaucoup de ses contemporains en France »7.
L'après-guerre
Poète lui-même (ses Poèmes lui valent en 1940 le prix des poètes catholiques - le jury de ce prix comprenait entre autres Patrice de La
Tour du Pin, Oscar Venceslas de Lubicz Milosz, François Mauriac, Giovanni Papini et Gertrud von le Fort - et il reçoit en 1957 le prix
Esparbié de l’Académie des Jeux floraux de Toulouse), Gustave Thibon est surtout l’ami des poètes (Benjamin Fondane, Charles
Maurras, Lanza del Vasto, Marie Noël, Éric Heitz) et de la poésie, élément fondamental de sa vie intellectuelle et spirituelle : « Je ne
peux passer une journée sans me dire et me redire des vers »8.
L'Académie française lui décerne deux de ses grands prix : le grand prix de littérature en 1964 et le grand prix de philosophie en 2000.

Citations Vigilance spirituelle


C'est par la méditation que l'homme de demain pourra dominer son siècle et juger avec pertinence les transformations
que le progrès techniques et l'évolution des mœurs et des modes feront se succéder sous ses yeux. C'est en elle qu'il
trouvera son unique chance d'échapper aux pressions sociales plus contraignantes que jamais à cause de la puissance
toujours accrue des moyens de diffusion.
La méditation, acte solitaire, vaccine l'individu contre les maladies du troupeau, contre les épidémies de l’opinion. Savoir
dire non quand il le faut et autant qu'il le faut devient l'impératif majeur de l'homme moderne.
L'homme de demain aura d'autant plus besoin de méditation qu'il sera davantage voué à l'action pour faire contrepoids à
l'action d'une part, et pour lui donner un sens d'autre part, pour échapper à la dispersion, à l'émiettement intérieur
comme à la centralisation technocratique, pour résister à la règle imposée du dehors à ceux qui ne trouvent pas en eux-
mêmes leurs raisons de vivre et d'agir.
La puissance même dont dispose l'homme moderne rend impérieuse l'exigence de vie intérieure 9.