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MUSÉE DU LOUVRE

DÉPARTEMENT DES ANT I QU I TÉS OR I ENTALES

LES INSCRIPTIONS ROYALES


DE SUSE
Omrage publié
sur les crédits de recherche
du ministère de la Culture et de la Francophonie.

ISB=" : 2·7118·2868·9
© Éditions de la Réunion des musées nationaux. Paris 1995
49, rue Étienne "farce!. 75001 Paris
MCSÉE DU LOUVRE
DÉPARTEME:\T DES A:\TIQCITÉS ORIE:\TALES

LES INSCRIPTIONS ROYALES


DE SUSE
Briques
de l'époque paléo-élamite
à l'Empire néo-élamite

par Florence Malbran-Labat

Préface de Annie Caubet


conservateur général
chargée du département des Antiquités orientales

~ Réunion
'IIIIJ des Mus é e 5
1 ~ Nationaux
PRÉFACE Le roi bâtisseur est une des institutions les plus caracté-
ristiques de la "1ésopotamie antique, où construire est
pour le souverain un devoir, un témoignage de puis-
P.\R ANNIE CAUBET
sance et une prérogative. Depuis le III' millénaire
Conservateur général
chargée du département a\'ant notre ère jusqu'à l'époque d'Alexandre, la
des Antiquités orientales marque du pouvoir royal s'est affirmée par l'inscrip-
tion d'un texte apposé sur des briques en terre cuite,
matériau de base de toute construction. Et c'est parce
que ce support est à la fois modeste et résistant qu'il a
pu échapper aux pillages et traverser le temps, tout
comme le tesson de céramique, autre humble mais pré-
cieux auxiliaire de l'Histoire. Les souverains qui se suc-
cédèrent à Suse ont adopté ce même mode d'expression
commémorant, comme en :\1ésopotamie, leur rôle de
bâtisseur, acte essentiellement résen'é au pOU\'oir royal.
Les inscriptions royales permettent ainsi de suivre le
déroulement des dynasties ct d'assister, en particulier,
aux modifications de titulatures qui correspondent à
des mutations profondes dans le concept de royauté et
la définition du territoire. Elles témoignent de l'év-olu-
tion de Suse qui, de cité marginale dans un état fédéra-
tif centré sur le plateau iranien, devint capitale d'un
royaume très influent.
Le contenu des textes, les dieux honorés par les
constructions et la nature des édifices cultuels sont, par
contre, bien spécifiques à Suse. Ce catalogue dresse un
tableau des sanctuaires érigés en ce lieu de la fin du III'
millénaire à l'aube de l'époque perse.
L'étude du support matériel que constitue la brique
elle-même, son façonnage, sa forme, la localisation des
textes, permet parallèlement de recueillir des indica-
tions précieuses sur les techniques de construction,
voire de proposer des restitutions archéologiques.
Un mot enfin sur la somme de travail que représente
cet ounage : Florence :\lalbran s'explique modestement
de ses ambitions, de ses limites, des difficultés de lecture
qu'elle a rencontrées dnant des textes obscurs et souvent
en très mamais état. Il me revient de dire qu'il lui a fallu
non seulement percer ces arcanes épigraphiques et lin-
guistiques, mais aussi affronter pendant des mois la soli-
tude des réserves du Loune, la quantité décourageante
des pièces, leur poids, leur poussière, avec, de la part du
département, plus d'assistance morale que physique. Le
fruit de ce labeur ingrat est ce livre indispensable à qui
souhaite aborder l'histoire et l'archéologie de Suse.

LES l'(SCRIPT!O'(S ROYALES DE SCSE 5


Mer Caspienne

300 km
!


0
Site ancien
Ville moderne
Rêgion ancienne de
localisation incenain e

§ lac salê
Marais ou lac o
f.~;:~;1 pêriodique salês 200 Golfe Persique
Dêpression salêe 1000
:: .. : 2000 m
.. Zone de dunes

Carte politique de l'IrQn Qncien.

6 L ES I NSC R I PT I ONS ROYALES D E SUSE


INTRODUCTION Ce ca talogue présente les quelq ue 2 600 briques et frag-
ments co nse rvés a u musée du L ou vre, provenant des
fouilles de Suse et, pour un certain nombre, de Tch oga
Za nbil ; beaucoup ont déjà été publiés mais quelques-
un s sont e nco re inédits. Ce tte prése ntati on reg roupe
a insi les insc ripti ons de co nstructi o n d epui s l'époq ue
d 'Agadé jusqu 'a ux Achéménid es non compris, qu 'ell es
soient en sum érien, en akkadi en ou en élam ite.
C'es t dire les limites historiques et ling uistiques de
ce trava il: il exclut aussi bien les tex tes proto-élamites
que ceux d es époq ues ac hémén ides et posté rieures et ne
co nce rne pas les insc riptions votives sur stèles, sta tues,
ou autres ex-voto. Les inscriptions sont étudiées, ch ro-
nologiquem ent, selon leur composition. Une telle pré-
se ntation adopte donc un a ng le d 'a pproc he nou vea u
pou r une docum e nta ti o n qui a é té esse nti e ll e m e nt
publiée dans son co ntex te archéologique ; ce point de
vue pe rm e t l'é tud e d'un ge nre litté raire bie n défini ,
riche en implications hi storiques et religieuses.
Ce ll es-c i font l'objet de la pa rtie fin ale d e ce cata-
logue : la succession des rois-bâtisseurs et leur titulature,
les constructio ns civi les et religieuses, la vie cultuell e
sont évoq uées da ns le contex te des insc riptions. Ce co r-
pus provenant uniquement de Susiane, c'est donc cerre
région qui est placée au d eva nt de la scène, au détri-
ment des autres com posa ntes de cette entité complexe et
flu ctua nte que fut <<l'Élam »'- li permet néanmoins un e
meilleure connaissa nce de ces documents que V. SCHEI L
reco mm a nd a it «à la faveur et à l' indul ge nce de tous
ce u x ... qu 'il s introd uiront d a ns le monum ent en res-
tauration qu 'est l'histoire de l'Élam ».

Il con vient d'a bo rd, pour mieu x préciser la spéc ifi-


ci té d e nos so urces, de situer ce ca ta logue dans les
approc hes successives que con nut et que connaît encore
l'histoire de l'Élam.
C'est à la fin du siècle de rnie r, en 1895, que R. de
BALLOY obtenait du sha h NAS IR-AL-DI N, «soucieux des
A nn a les de so n pays », le monopole des fo uill es e n
Pe rse. J. d e M RGAN, géologue et préhi sto ri en, fut le
premier à les entreprendre ; ava nt lui, les d eux expéd i-
tions de W. K. LOFTUS et de M. DI EULAFOY n'avaien t
Le site de Suse /01,' des premièresfouilles (1884- /885).
N1Vos tentes domineront dOllc U11e éminence que je désignerai fait que visiter le site. Celui-c i n'étai t d 'ailleurs pas d 'un
désormaù sous le nom de lumuluJ" !JO 1... » abo rd aisé : «le voyage s'était trouvé reta rdé, rapporte
Journa l de M.- A . DI EULAFOY, 1889-1885,p. 88. J. de MORGAl', par le froid et la menaçante agitation q ui

L ES I N SC RIPTlO~S ROYA LE S DE SUSE 7


I NTRODU C TI O N

se m a nifestait chez les nom ades des frontières . .. Suse volume paru en 1987, Nouveaux Mélanges Épigraphiques
est située à quelques heures seulement des limites de la (MOP LIlI ), M. -J. ST ÈVE prése nte d es in sc ripti o n s
Turquie ; aussi le pays se trou va it-il à ce mo m ent infesté royales de Suse et de Susiane (Tchoga P a h n O uest, O eh-
d'outlaw s, pill a rd s fort d a nge reu x et bi en a rm és qui, e-Now, Gon·a nd , Mal ya n et qu elques aUtres tépés du
pend ant tout le premie r hi ve r, nous obligère nt à nou s Khuzi sta n). Par a ill e urs d es é tud es pOrta nt sur des
tenir su r une d éfensive fo rt gênante pour nos trava ux» rhèm es précis o nt regro upé les éléments publiés au fur et
et, po ursuit-il , <<la situation d e m eura tr ès mau vaise à m esure d e leur mi se au jour et di spe rsés dans diffé-
jusqu'au jour où, aya nt const rui t une habitation forti- rentes rev ues 4 • Ainsi, en 1960, R. G OB L, G. L E RIDER,
fiée, je pus y mettre à l'abri d'un coup de main , not re G . C. MILES et J. W ALKER traitèrent-ils de la Num ism a-
matériel , le produit d es fo uill es et nos pe rso nn es ». L e tique susienne (MOP XXXVI!) ; G. L E RI DER dressa, en
travail comm encé par M. OI EU LAFOY et J. de MORGA:-J 1965, un panorama de Suse sous b Séleucides et les Parthes
fut po ursui vi par R. d e M EcQ ENEM, R. GHI RSHMAI' et (MOP XXXV III) et, plus récemment, P. A.,\IIET, en 1972,
enfin , de 1969 à 1979 par J. PERROT : les cha ntiers de la fit le point sur la Glyptiq ue susienne des origines à l'époque
« Ville Royal e», à l'est de l' Acropole, o nt compl été les des Perses achém én ides (MOP XLIII). T Out réce mment
conna issances a ntéri eures qui po rta ie nt surto ut sur le (1 992), A . SPYCKET a publi é le premier vol ume d'un ca ta-
Ile millénaire: <<Vi ll e Royal e 1» concerne le 1fI< millé- log ue d es Figurines de Suse (MD PLI!).
naire et «Ville Roya le II >> les débuts du 1er mill énai re.
Un traité avec le sha h M UZZAFFAR AL-D U' ava it, en
D ès les premi è res ca mpag nes d e 1897- 1898 et d e 1900, accordé à la France la totalité d es ~ ntiquités mises
1898- 1899, les trou va ill es ava ient été impo rta ntes; elles au jour en Susiane, contre une compensa tio n en numé-
comm encè rent à êt re publi ées en 1900, V. SCHEIL, l'épi- ra ir e po ur les objets d'a rge nt et d 'o r. Du d ébut de
g raphiste de la mission, voula nt <<l ivrer à l'av idité légiti - l'explo ration a rchéologique en 1897 jusq u 'en 1928 to ut
m e de to us ce u x qu ' inté resse nt les L ettres or ientales ce qu i était jugé intéressa nt fut ainsi confié au musée du
a n cie nn es ... les doc um e nts à pe in e ex tra its du so l» . L o uvre. La coll ection des briques se constitua peu à peu
Tell e fut la volo nté a ffirmée des Mémoires de la D éléga- sa ns qu 'il soit cependan t possible d'établir, d 'ap rès les
tion Française en Perse qui rassembl ent la m a jeure partie in ve nta ires, la date d'entrée exac te de chaq u e lo t d e
des documents d écouverts alo rs 2. briques. E n 1929, le traité sur les Antiq uités fut dénoncé
Après un premier volume consacré à une étud e géo- par l'Ira n et le m a té ri el archéologique fut désormais
g raphique de la Susiane, aux trava ux des deux premiers l'obj et d'un pa rtage ; un tirage au SOrt, e ntre d es lots
hi ve rs (1898, 1899) et à la descriptio n de ce rtains obj ets égaux, déte rmin ait ce qui était destiné au x rése rves du
qu 'il s ava ient permis d'ex humer, ce furent cinq volumes musée de T éhéra n et ce qui all ait a u LOUv re. L es docu-
de textes élamites «sémitiques » et «a nza nites ». Jusqu'à la m e nts in sc ri ts , les représe ntati o ns fi gU rées et les élé-
ve ill e d e la d euxi èm e g ue rre m o ndi ale, V. SCHEIL ne m e nts d es décors a rch itecturaux en éta ie nt exclus et
cessa d 'étudi er et de publi er avec une rapidité remar- rése r vés à l' Ira n . Ce pe nd a nt les m oda lités pr éc ises
quabl e, au fur et à mesure des trouvai lles, le m atériel épi- d 'a pplication sont peu claires et il est diffic il e d e suiv re
g ra phique qui «écl airait l'histoire du pays d 'Élam ». À sa la constituti on progressive du co rpus des briques.
m ort, en 1942, il n 'y avai t pas d 'arriéré : «les m até riau x
sont là> à pied d 'œu vre, propres à la construction et n'ont Jusqu 'à présent les briques susiennes n'ont pas fait
plus qu 'à être o rdonnés»3. Après la gue rre, les fo uill es l'obj et d 'une étud e d 'e nse mbl e bien q u'ell es représe n-
rep rirent à Su se, à Tch oga Zanbil et d a ns qu elqu es te nt une unité nette m ent d é fini e. L es in sc riptions de
autres sites plus orientau x. Plusieurs autres volumes d es construction constituent un type spécifiq ue au sein des
MOP, d evenues les Mémoires de la Mission Archéologique in scri pti ons roya les; E . SOLLBERG ER et J .-R. K UPPER 5
en Iran , puis les M émoires de la D élégation Archéologique étudi ant ce genre litté ra ire les cl assent pa rmi les «ins-
e12 Iran, ont été consacrés aux résultats des foui lles de la cri ptions de fondation », au m êm e titre qu e les dépôts de
ville roya le de Suse et de T choga Zanbi l. D a ns le derni er fo ndatio n (tabl ettes de m éta l ou d e pierre et fi g urines),

8 L ES I NSC RIPTl O :>; S R OYALES DE SUSE


I:-:TR OD CT I ON

FOl/ illes de Suse, chantier Ghirshman : ville royale, niveau XIV.

les clous et les cônes d 'a rgil e ainsi que les ga lets (à La- une matri ce pou va it être reproduit jusqu'à des ce ntain es
gash) , les ba rill ets (de l'époque paléo-babyl onienn e) ou d 'exempl aires. Il prése nte e n gé né ral un éno ncé assez
les crapa udin es : routes comm ém o rent l'éd ificati on ou court, plus ou moins proche du schéma d e base. Com me
la res ta uration d'un bâtiment cultuel ou civi l. Ils les dis- le fo nt re m a rquer E . S O LLB E RGE R et j .- R. K U PPER,
tingue nt nettem ent des «in sc ripti ons voti ves >' qui ne <da rig ueur du cadre n'exclut pas l'existence, sur ce r-
figuraient que sur un objet uniqu e offert à la divinité et ta ins points, de frontières assez flou es» : la brique ins-
des «inscriptio ns triomp ha les » racontant précisément crite, pa r so n insc ripti on m êm e, a pu être, par e ll e-
u n haut fai t du sou ve rain. m êm e, un élém ent a rch itectura l de décoration, et par
La brique est donc <d a forme la plus coura nte » de son texte so it un e brève «inscription sta nd a rd », sa ns
ces «inscriptions de fondation »6 qui étaie nt incorporées actio n expliciteme nt exp rim ée, soit une vé ritabl e In S-
à la constructi on. Leur texte inscri t ou esta mpé grâce à cripti on triomphale à va leur politique affirm ée.

LES I :-: SC RIPTI O:-:S R O YAL ES DE SUSE 9


REMERCIEMENTS Ce travail n'aurait pu être effectué sans l'extrême ama-
bilité des conservateurs du département des Antiquités
orientales ainsi que celle de leurs collaborateurs. Kos
remerciements vont tout particulièrement à Pierre
A~lIET, inspecteur général honoraire des ~1usées de
France, qui en encouragea et soutint la première phase,
puis à Annie C.\lJBET, conservateur général, chargée du
département des Antiquités orientales, et à Béatrice
A,\;DRÉ-S_\L \"1:',1, conservateur en chef au département
des Antiquités orientales, qui me permirent de le pour-
suivre et de le mener à bien. Aleth ÉCH.\LIER ainsi que
Isabelle L\FFERRIÉRE n'ont pas épargné leurs efforts
pour m'aider dans le classement et l'organisation de la
réserve du musée du Louvre où sont entreposées les
briques susiennes. Je les en remercie vivement.

10 LES 1" S CRI P TI 0 K S R 0 L\ LES [) ESC S F


AVERTISSEMENT Ce catalogue se compose d'une présentation des inscrip-
tions royales susiennes et d'un commentaire historique,
La première partie comporte soixante-deux notices qui
présentent les différents textes inscrits sur les briques
susiennes conseryées au Lou\Te. Le classement des
objets découle donc de l'inscription qu'ils portent, une
même notice pom'ant correspondre à un nombre très
variahle, de quelques unités à plusieurs centaines, de
briques. L'ordre en est bien entendu chronologique
mais lorsqu'existent plusieurs textes d'un même souye-
rain, ceux-ci sont présentés d'après leur structure litté-
raire, du plus simple au plus complexe, et non d'après
leur proyenance archéologique; si un même formulaire
est utilisé pour plusieurs temples, les briques de diffé-
rentes proyenances se trouyent donc regroupées; inyer-
sement, si des inscriptions yariées ont été trom'ées dans
un même temple, celles-ci sont étudiées séparément
d'après la composition de leurs éléments.
Pour chaque type d'inscription - c'est-à-dire pour
chaque notice - sont indiqués, au-dessus de la trans-
cription, les numéros attribués dans ce catalogue aux
briques qui en portent le texte, tout ou partie. A la fin
de l' oUHage, un répertoire indique la correspondance
entre ces numéros de catalogue et les numéros
d'inventaire du Louvre, et, s'il y a lieu, les numéros de
fouille; il précise en outre les dimensions de chaque
document.
Lorsque des briques présentent des variantes de
texte ou de graphie, celles-ci sont mentionnées à la suite
de la transcription. La traduction est suivie de la réfé-
rence au lieu de publication du texte. Pour certaines
notices, un double commentaire peut suivre le texte (et
son lieu de puhlication) : des remarques textuelles justi-
fient la traduction adoptée; des observations portent sur
les caractéristiques des briques et la composition de la
dédicace.
La seconde partie est consacrée aux commentaires
d'ensemble: c'est d'abord sur la brique en tant que
matériau de construction et de support de dédicace que
porte l'étude; puis sont successiv'ement examinés les
éléments qui composent l'inscription: nom des souve-
rains avec leur filiation et leur titulature, bâtiments
mentionnés et phases de leur construction; sont ensuite
éyoquées les divinités dont les lieux de culte ont fàit
l'objet de l'activité religieuse et constructrice des sou\'(-

LFS [~SCR[PTl()~S ROY,\LES DE SUSE Il


_\ \- E R TI S S E:Vl F '-' T

rains. Enfin, les formules de dédicace proprement dites


sont répertoriées et mises en relation avec les attitudes
religieuses qu'elles évoquent.
Pour chaque texte est présentée une «copie-stan-
dard», qui donne une image du texte dans sa plus gran-
de extension connue (au besoin en combinant plusieurs
fragments) et de la graphie usuelle à son époque. En
raison du grand nombre de documents, nous avons pris
le parti de ne pas faire de copie de textes déterminés
mais de renvoyer aux photographies pour illustrer les
variantes évoquées dans le commentaire.

Pour les mots akkadiens et élamites, u note le son


foui, h la laryngale transcrite habituellement b. Dans la
transcription des textes, la notation S de la chuintante
est consen-ée tandis que dans la traduction et les com-
mentaires ce phonème est rendu par sh.
La phonétique élamite est mal connue et le système
de transcription des sourdes et des sonores mal défini.
Pour éviter d'aborder les problèmes de phonologie qui
n'intéressent pas ce catalogue, ce sont, dans la mesure
du possible, les graphies les plus courantes (par exemple
idadu) qui sont utilisées; de même une lecture unifor-
misée a été adoptée pour les noms propres (sans marque
de longueur pour les \oyelles) et les noms di\ins (par
exemple «lnshushinab, dans tous les cas où le nom de
ce dieu apparaît, quelle qu'en soit la graphie, Inshushi-
nak ou Insushnak ou Inshushnak).
Pour le déterminatif précédant les noms de dieux est
employé le symbole *~, qui permet une notation unique
qu'il s'agisse de divinités mésopotamiennes (DINGIR) ou
élamites (nap).

12 LES l'-'SCRI l'TI0''S RClL\LES DE SUSE


AfO Archi\" für Orientforschung, Berlin, Graz
ABRÉVIATIONS AH\\" Akkadisches Handworterbuch, Wiesbaden
akk. akkadien
AOS .'l.merican Oriental Series, Kew Haven
AS Assniological Studies, Chicago
A\.j.-C. aYant Jésus-Christ
Dhf Beiheft
Br. brique
ca. Clrca
CAO Chicago Assyrian Dictionary, Chicago/Glückstadt
CAH The Cambridge Ancient Historv,
Cambridge Cnivcrsity Press
CBI Cunéiform Brick Inscriptions, Londres
cf confer
cm centImètre
OA.FI Cahiers de la Délégation archéologique française
en 1ran, Paris
DS Darius Suse
EGE Éléments de grammaire élamite, Paris
EKI Die elamischen konigsinschriften, Graz
ERC F.ditions Recherche sur la civilisation, Paris
Erg. Erganzung
EW Elamisches Worterbuch, Berlin
fig. figure
HEl History of Earlv Iran, Chicago
HT Haft Tépé (sigle des tablettes)
Ibid. ibidem
Ir. .'l.nt. Iranica Antiqua, Leiden
IRSA Inscriptions royales sumériennes et akkadiennes,
Paris
KS Khuzistan Survev
L'l.PO Littératures anci~nnes du Proche-Orient, Paris
MOP ;\!émoires de la Délégation en Perse, Paris
MHEOP ""lesopotamian History and En vironnemnt,
Occasional publication, Ghent
:'(0 nom divin
:'(G nom géographique
i'P nom propre
C
n numéro
:'<s nova senes
OIP Oriental Institute Communications, Chicago
p. page
pl. planche
RA Re\"ue d'Assyriologie et d'Archéologie orientale,
Paris
RAI Rencontre Assyriologique internationale
RGTC Répertoire Géographique
des Textes Cunéiformes, \\'iesbaden
RIA Reallexikon der Assyriologie, Bcrlinll\ew York
sub verbo
S.'l.K Die sumerischen und akkadishen
Konigsinschriften, Leipzig
Sb. cote de référence du musée du Louvre
.'q. sequentes
St. Ir. Studia Iranica, Paris
tak· takkime
TC texte cunéiforme
TS textes cie Suse
TS/ac textes cie Suse en akkadien

LES I~SCRIPTIO~S ROY.\LES DE SUSE 13


LES INSCRIPTIONS
L'ÉPOQUE ANCIENNE L'époque "paléo-élamite»s se compose, à Suse, de
deux périodes très différentes: tout d'abord celle où
des rois d'Akkad et de Sumer furent les maîtres poli-
CADRE HISTORIQUE tiques de la ville; puis celle qui est caractérisée par la
reconquête progressive du piémont du Zagros par des
princes élamites issus de dynasties autochtones.
La première période, dans le prolongement de
l'époque proto-élamite où la civilisation de Suse était en
étroite connexion avec celle d'Uruk 9 , vit de puissants
souverains mésopotamiens maîtres de la Susiane. En
effet, alors que le site de Suse fut occupé au début du
IV' millénaire, la documentation fournie par les briques
de construction nous fait entrer dans l'histoire de cette
ville à la fin du III' millénaire, à une époque où seule la
composante «mésopotamienne» est apparente dans
cette entité constituée d'éléments changeants que fut
l'Élam tout au long de son histoire 10.
La fin du III' millénaire fut marquée par des
attaques répétées des souverains d'Akkad puis d'Ur
contre l'Élam, et par leurs affrontements avec les
dynasties - qui nous sont par ailleurs mal connues - de
l'intérieur du Plateau iranien. Suse était l'enjeu de ces
rivalités; conquise par Sargon (2334-2279) - qui porta
ses coups jusqu'à Awan dont la dynastie fut temporai-
rement réduite à l'état de vassal, puis avec qui son fils
l'\ aram-Sin conclut un traité, le plus ancien document
diplomatique qui nous soit parvenu -, Suse fut soumi-
se à l'Empire d'Akkad.
Le règne du dernier roi de la dynastie d'Awan,
Puzur-Inshushinak - contemporain d'Ur-.'\'ammu
(2112-2095) - fut marqué par un bref renversement de
la situation: ce puissant monarque atteignit le pays
d'Akkad qui ne fut libéré qu'à l'époque de Shulgi
(2097-2047). Un nouveau retour du balancier politique
qui rythmait alors les rapports Ouest-Est permit à ce
deuxième roi d'Ur III de conquérir Suse. Cependant la
ville ne resta pas longtemps sous l'emprise de l'Empire
d'Ur. En dépit de ses efforts diplomatiques et des
mariages politiques conclus entre les souverains d'Ur et
des princesses du Plateau iranien, un «nationalisme»
élamite amena la formation d'une confédération unie
dans la lutte contre l'hégémonie mésopotamienne.

La seconde période, après la chute d'Ur (2004) et la


montée en puissance des rois de Simashki, est nette-

16 I.ES l'CSCRIPTIO'CS ROL\LES DE SCSE

L
L'ÉPDQCE ,\l'CIFl'~E

ment marquée par une expansion impérialiste de absents. Pourtant Suse était le siège d'une garnison
l'Élam. Cette dynastie devint en effet suffisamment akkadienne et la langue akkadienne s'y implanta, sup-
puissante pour mettre fin à la suprématie d'Ur sur la plantant vers la fin du III' millénaire l'élamite, au
ville et la région de Suse; son sixième roi, Kindattu, moins dans l'administration, et provoqua l'adoption
porta même le conflit en terre sumérienne, mena définitive du système graphique cunéiforme au détri-
devant Ur un siège victorieux et déporta en Élam son ment de l'ancienne écriture vernaculaire, l'élamite
roi, Ibbi-Sin. Suse fut ainsi progressivement rattachée linéaire. Le quatrième roi d'Akkad, I\aram-Sin (2254-
à l'entité élamite en train de se constituer, marquée par 2218) est le seul dont des briques inscrites - et encore
des structures dues à son origine fédérative; la dynas- est-ce en nombre très restreint - attestent une activité
tie (ou les deux dynasties s'il s'avère qu'il y eut une autre que militaire ou administrative, comme si
rupture) des SUKK.\l..\!AH, dont l'origine est monta- construction et dédicaces marquaient le stade le plus
gnarde, prit la suite des rois de Simashki sans solution achevé de l'implantation de la dynastie akkadienne en
de continuité, l'articulation se faisant sous Ebarti, le Susiane. Et cela à la veille du déclin de l'Empire, à la
neuvième roi cité par la liste dynastique. Ces veille de la reconquête par Puzur-Inshushinak.
"Régents ll suprêmes» firent de Suse l'une de leurs Des cinq souverains d'Ur III, deux ont laissé à Suse
capitales, d'où ils purent mener une politique inter- des inscriptions sur briques: Shulgi (2094-204i) et
\entioniste en Mésopotamie. Shu-Sin (2037-2029). La Susiane était sans doute alors
L'Élam se caractérisait alors par l'union du Haut et suffisamment pacifiée pour qu'ils aient pu faire œuvre
du Bas Pays; ce «Grand Élam» et Suse connaissaient de bâtisseur et se préoccuper des cultes locaux: ils
le développement d'une civilisation particulièrement entretinrent, sur l'Acropole, les temples d'Inshushinak
composite, dans une région gouvernée par des princes (lI\in-shushinak "le Seigneur de Suse») et de :-.Jinhur-
élamites, où la population citadine était akkadienne ou sag (la "Dame de la montagne»), qualifiée de «susien-
fortement akkadisée mais où les groupes pasteurs ne» ; les fidèles y consacrèrent des offrandes à :-.Jinhur-
étaient élamites. L'étendue et le peuplement de la Yille sag, à :-.Jarundi et à Inshushinak ; les sarcophages de
étaient en nette augmentation et la plaine avoisinante terre cuite qui servirent alors de tombes étaient ainsi
comptait de nombreux Yillages 12. Elle n'était pourtant dotés d'objets et de mobilier qui témoignent à la fois
que l'un des pôles effectifs du royaume; Anshan de leur piété et de leur richesse.
témoignait alors d'un grand dynamisme: du point de
vue de l'architecture religieuse, des briques inscrites y
soeVERAII\S ÉL\MITES
font le pendant - bien que beaucoup mOIns nom-
breuses - de celles trouvées à Suse. Les briques susiennes ne donnent qu'un aperçu défor-
mé de l'histoire de cette période où se constitua, à la
fin du III' millénaire et au début du Ile, un "état inter-
DY:\'ASTIES DE SUI\!ER ET D'AKKAD
régiona]" en Iran du Sud-Ouest, dans lequel Suse
Naram-Sin (2254-2218) représenta, selon la formule de STOLPER, «a historical
Shulgi (2094-2047) boundary phenomenon» Ll.
Shu-Sin (2037-2029)

Dynasties d'Awan et de Simashki


De l'époque où s'opposèrent les rois d'Akkad et de
Tan-Ruhuratir (ca. 1970)
Sumer et les chefs des principautés élamites monta-
Mekubi
gnardes, les briques de construction ne gardent que
Idadu (ca. 1925)
peu de traces; rien en ce qui concerne le grand
conquérant awanite, Puzur-Inshushinak, rien non Les pays d'Awan et de Simashki 14 qui constituaient
plus des premiers rois d'Akkad: Sargon, Rimush, alors le cœur politique de l'Élam, n'ont marqué
.\Ianishtusu v sont, en tant que bâtisseurs, totalement qu'occasionnellement leur emprise sur Suse et sa

LES I~SC:RIPTIO"S RO'L\LES DE SC SE 17


L'É P Cl Q li E \ " CI F" " l,

régIOn, qu'ils réussirent il enlever aux souverains Dans cet état multicentrique, il semble qu'il y ait eu
mésopotamiens pour des temps plus ou moins longs. une hiérarchisation des soU\'erains locaux. A Suse,
Le dernier sOU\'erain de la dynastie cL\wan, Puzur- Tan-Ruhuratir et Idadu portent le titre modeste de
Tnshushinak, a certes laissé à Suse, sur l'Acropole «gouverneur» (E~SI) comme si la yille ne représentait
susienne, du matériel cultuel, des éléments architectu- qu'une dépendance de la royauté simashkéenne. Par
raux et des monuments sculptés, notamment une sta- ailleurs, en ce qui concerne le prince qui vient s'inter-
tue de la déesse ~ arundi, inscrits en cunéiformes et en caler dans la liste babYlonienne entre Tan-Ruhuratir et
élamite linéaire, mais aucune hrique de construction à Idadu, à sa\'oir Ebarti, une inscription, qui est
son nom ne nous est pan'enue l'. 1"
unique fait référence à un pou\'Oir conjoint de trois
Après la disparition de la dynastie d'.\wan et un personnages, une sorte de «triumyiratù dont les
nouvel intermède mésopotamien au cours duquel les membres n'auraient cependant pas été égaux: Eharti \"
soU\erains d'Ur III incorporèrent Suse à leur Empire, porte le titre de "roi d'.\nshan et de Suse", Silhaha
ce furent les princes de Simashki qui, au début du celui de "SL'KLI.L'.L\H, père du pays' d'Anshan et de
II· millénaire, organisèrent un état composite qui finit Suse» et ,\tta-hushu, celui de "SCKL\L et magistrat" 1')
par s'étendre v'ers l'ouest au-delà du Zagros. ;vrais il du peuple de Suse»
faut attendre les neuvième et dixième rois de cette
dynastie, Tan-Ruhuratir et son fils Idadu, pour que des
Dynastie des t.partides
dédicaces sur briques attestent leur activ-ité politique et
Atta-hushu2'] (vers 1927)
religieuse à Suse. On peut donc supposer que cette
1 les SUKKAL.MAH (XIX'-XV' siècles)
dynastie dév-e1oppa d'abord sa puissance au nord-ouest
Temti-Agun
de la Susiane, dans les vallées du Luristan, a\'ant de
Temti-halki
l'étendre, notamment vers le sud.
Kuk-Nashur
De nombreux indices indiquent que cette royauté
Kuk-Kirwash
connut le principe du «multicentrisme"I(, qui fut
ensuite celui des SUKL\L.\L\H et il est fort possible que C'est celui que l'inscription du triumvirat donne
la liste de douze dynastes que fournit un document comme "SCKK,I.L et magistrat clu peuple de Suse»,
babylonien l~ ne représente pas des sOU\Trains succes- .\tta-hushu, qui fait dans notre documentation la tran-
sifs mais des princes régnant plus ou moins simultané- sition avec cette époque où des Régents suprêmes
ment en différentes capitales de cet état composite. (Sl'KKAL.'d,\II) gouvernèrent l'Empire élamite. Cette
Certains de ces princes n'apparaissent pas dans cette inscription met nettement en éV'idence la hiérarchisa-
liste (un sceau, par exemple, mentionne «Imazu, fils tion qui constitua alors le fondement de l'organisation
de Kindattu, roi d',\nshan,,) et, par ailleurs, certains politique. Tl apparaît que Atta-hushu est régent (c'est
rois de cette dynastie ne sont pas connus à Suse, hor- lui qui goU\erne) à Suse alors que Silhaha est régent
mis par la liste royale, qui donne ainsi b succession: suprême (il détient le poU\oir central) en Élam, et cela
Kindattu, Idadu (1), Tan-Ruhuratir, Ebarti, Idadu (II) ; dans un pou\'Oir dynastique qui se rattache à Ebarti,
or Ebarti, qui succéda il Tan-Ruhuratir, n'apparaît pas roi cI'.\nshan ct de Suse.
dans le corpus susien des briques de construction: tout La venue au pou\"oir à Suse de cc "fils de la sœur
se passe comme s'il n'avait pas exercé le pouvoir local de Silhaha» marque la rupture aV'ec la lignée des rois
dans cette \'ille. cie Simashki, dont Suse s'émancipe; la v'ille et sa
Curieusement les deux derniers rois de Simashki, région constituent une entité autonome, avec un dyna-
ldadu-napir et Idadu-temti, ne sont connus que par la misme propre, dont témoigne l'acti\'ité architecturale.
mention qui en est L~ite dans la liste babYlonienne. Dans les inscriptions sur les briques, ce soU\'erain
C'est sur ces deux personnages dénués de toute consis- apparaît comme le "Pasteur du peuple de Suse» ou
tance historique que s'éteind la suite des souverains "Pasteur du dieu de Suseù (Inshushinak), titre rare à
d'.\wan et de Simashki. Suse. Il affirme également sa révérence em'ers le dieu

18 LES r"SCRIPTIO"S RUV,\LES DE seSF


L ÉPOQCE .\'-:CIE'-::-';E

poliade Inshushinak par l'adjonction de l'épithète reli- de la population et un dé\eloppement rural dans la
gieuse «serviteur bien-aimé d'Inshushinab, (IR KLÂG plaine au pied du Zagros"'. La politique de l'Élam
~ltS.EREN), épithète qui sera délaissée par ses succes- connut alors une nou\'elle orientation: par suite de
seurs. Il est à noter que, dans le Luristan, Atta-hushu l'ébranlement d'Anshan en butte aux attaques portées
porte un titre légèrement différent: dans les inscrip- par Larsa, le centre du pouvoir se serait déplacé, pas-
tions sur une chope de bronze (IRS.\ I\- 0 6 g) et sur sant aux mains d'une autre branche de la famille
un fer de hache (IRS.\ IY 0 6 hl, où sa filiation suit régnante et donnant la prééminence à la composante
immédiatement son nom, il est dit «celui qui tient les susienne de l'Élam. Ainsi la "dynastie des Epartides»
rènes du peuple de SusO,:l En dépit de la modestie de serait composée de deux branches différentes, un
sa titulature, les inscriptions sur briques laissent de\·i- schisme étant survenu \ers 1800 entre la branche à
ner une acti"ité intense et variée: ce prince s'occupa l'origine anzanite et la branche susienne désormais
aussi bien de la construction d'une rampe, de codifica- prépondérante:; .
tion des prix que de l'espace religieux. Trois SLiKK.\L.'L\.11 apparaissent dans ce corpus,
Les dédicaces au nom d',\tta-hushu donne ainsi à Temti-halki, Kuk-:\'ashur et Kuk-Kirwash. Leur
Suse, en cette période du début de l'Empire des SCK- titre, "Régent suprême, régent d'Élam, de Simashki ,<
K.\L.~L\H, l'image d'une cité extrêmement acti\e sous et de Suse», donne une image statique de la partition
la férule d'un potentat local, soucieux de la honne ges- du pouyoir au sein cie cet Empire: le Régent suprême
tion de sa principauté. v juxtapose des titres qui semblent a\oir été successifs
clans le cursus honorum des souyerains élamites de cette
Temti-,\gun 22 partage a\·ec Atta-hushu le fait époque. En effet le pom·oir souverain s'étendait sur un
d'avoir construit et inscrit des briques sans avoir porté État divisé en plusieurs unités où l'autorité était exer-
le titre suprême. Premier de la lignée des SCKK\L, ce cée par un membre de la famille régnante, au sein
Régent se distingue par le caractère strictement local d'une organisation politique hiérarchisée. Le «Régent
du titre qu'il porte dans ses inscriptions de construc- suprême» (ou "Empereup,) était au sommet de cette
tion : «Régent de Suse». Mais sa présence est attestée hiérarchie; il était secondé par un «Régent d'Élam et
hors de Suse, à Tchogha Pahn 2i par un fragment de Simashki" et, à un niveau inférieur, par un
de brique sur lequel il est SLJKKAL:-'IAH SUK[KAL ... su]- "Régent de Suse». Cette pyramide des pouyoirs inté-
.((,in/. grait deux générations: le Régent d'Élam était soment
Ce Régent a aussi pour particularité de ne pas se un jeune frère du Régent suprême, tandis que celui de
rattacher directement, comme le font tous les autres Suse était un de ses fils. Ainsi la succession était-elle
hâtisseurs attestés pour cette époque dans notre docu- assurée ayec plusieurs relais, les plus jeunes gra\·issant
mentation, à la lignée de Silhaha. Il n'est pas comme les échelons de cette hiérarchie familiale, à la mort du
eux "fils de la sœur de Silhaha» mais "fils de la sœur chef de la famille et du royaume.
de Sirukduh», Sirukduh étant cependant lui-même Cette organisation complexe avait sans doute pour
fils de la sœur de Silhaha :4. origine les alliances entre chefs locaux, scellées par des
mariages entre les familles régnantes :') et elle permit la
L'inscription du triumvirat - dont il fàut se sou\e- constitution d'un État puissant qui reposait sur ce réseau
nir qu'il s'agit d'un hapax - conduit à se demander s'il de liens politico-familiaux. C'est peut-être aussi à l'équi-
convient de considérer Silhaha comme héros fonda- librage entre les diflérentes branches de la vaste famille
teur de la dynastie des SLJKK.\L.~L\H, ou si ce titre ainsi formée que se rattache le cIouble lignage, patrili-
revient à Eharat. Il est sans doute significatif qu'aucun néaire mais aussi matrilinéaire, qui semble avoir animé
témoignage épigraphique ou archéologique direct ne les règles de succession. ,'v!algré la complexité cie ce s\'stè-
documente la présence dans cette capitale de ces deux me et les heurts qui durent se produire, tous les SCKKAL
grands ancêtres". L'émergence de cette dynastie n'accédant nécessairement pas à la fonction suprême, ce
s'appuie sur une mutation marquée par une croissance système de structure fédérale hiérarchisée fonctionna

LES l:-';SCRIPTIO:-';S ROL\LES DE SCSE 19


L 'ÉPOQUE Ai\'C I ENi\'E

plusieurs siècles ava nt que l'Élam ne connaisse à nou- La chronologie de ce tte période es t diffi cile à éta-
vea u un e péri od e d 'éclateme nt et d'e fface ment. Cette blir avec précision; la datation des différents règnes
période présenta en effet un équilibre exceptionnel entre est d isc utée, tout spécia lement po ur Kuk-Kirwash, qui
le H aut et le Bas Pays, entre les composantes sédentaires pour ra it avo ir régné quelqu e qu atre siècles plus tôt: il
et pasto ra les d e l'Élam, au sein d 'un État d écentra lisé a ur a it a lors occ up é le SUKKAL.MA Ha t ava nt Atta-
«où le principe dynastique ne s'est pas encore imposé et hu shu 31 D e fa it, si sa titul a ture et sa fili atio n le ra tta-
où les règles d e succession sont assez souples pour per- chent aux d eu x aut res SUKKAL.MA H d e cette docum en-
mettre à di ve rs g ro upes d e participe r au po u voir »3o. tation , la d esc ripti on du templ e qu 'il restaura s'a ppa-
Cette structure politique perdura près de cinq siècles et re nte étroite ment à l'œ u vre d ' [dadu (tex te 1).
les Cassites qui pénétrè rent en Él am mais ne ma rquè- D a ns l'état actuel des co nna issa nces, la reconstitu-
rent pas Suse et son Acropole d e leur présence, ne pro- ti o n d e l' o rdre de success io n d es SUKKA L. MAH res te
voquèrent pas de boul eve rsements notabl es. h y po th é tiqu e. Du m oi n s le ur s in sc ripti o n s d e
La puissa nce des SUKKAL.MAH s'affaiblit progress i- constructi on form e nt-e ll es nettem ent une unité. Sans
ve ment et les circonstances du d éclin et d e la d ispa ri- e ntr e r dan s les discussions , enco re très ouve rtes, de
ti on d e la d ynas ti e d es Epa rtid es no us reste nt assez le ur chronologie 32 , nous nous bo rno ns ici à juxtapose r
obscures. Sans doute le process us d e d ésurba ni sa tio n et la prése ntatio n d es dédicaces in sc rites pa r les SUK -
le d éve loppement du pas tora lisme d a ns le F a rs co ntri - KAL. MAH, dans un o rdre co nform e aux couc h es
buè rent-il s forteme nt à rompre l'unité et à modifi er les a rchéologiques de leur mi se au jour 33 (même si Kuk -
données économiques et soc iales, puis politiques, sur Nas hur et Kuk-Kirw as h so nt jugés « ho rs de le ur
lesquell es reposa it cet Empire. contexte chro nologique »).

20 LE S I i\'SCR I PT I ONS ROYA L ES DE SUSE


L'ÉP OQ UE .\ NC IE NNE

DYNASTIES DE SUMER ET D'AKKAD 1


Nal'am-Sin
Naram-Sin
ShuLgi Br. 1-2
Shu-Sin
l' [n]a-ra -am *suen
2' sar-ru-wl/
3' dan-nûl11
4' sarun2.k[i]
5' Li saI' ki-ib -ra-tim
6' [a]r-ba-im
[ .. .]

"l... J (1') aram-Sin 3\ (2'-3') le puissant roi, (4') le roi


d 'U r, (5'-6') le roi des quatre régions [ . . .].»

P ' BLlCATIOl'S :
Cf MDP II , p. 56 et pl. 13, nO 1 (ma is il semble s'agir
d ' un e a utre brique plus mutil ée qu e ce ll es qu e nous
avons répertori ées).

OBSERVATIONS:
Les d eux briques au nom de Na ram-Sin so nt toutes les
d eu x bri sées en bas et en ha ut. Les de u x fragm e nts
mesurent 9 cm d 'é paisseur; la hauteur resta nte es t de
19,5 cm pour l' un , 18 po ur l'a utre, la profond eur d e
L8 cm pour le premier et 12 pour le second. Il s'agit donc
d e briques de gra nd es d imensions. L'a rgile oc re-rouge,
extrêmement dure et lourd e, comporte des dégraissants.
L'inscription est g ravée vertica lement sur la tra nche d e
la brique. Les ca ractères so nt g rand s et nets.
Br. 1 D a ns les deux cas, le tex te co nse rvé es t qu as im e nt
identiqu e : il co mpt e se pt li g n es di stribu ées e n
registres, un mot pou va nt se répa rtir sur deu x li g nes à
l'intérieur d'un même registre (ki-ib-/ra-tim ou ki-/ib-
ra-tim). Seul s subsistent le nom du ro i et sa titu lature ;
l'i nsc ripti on éta nt muti lée au d ébut et à la fin , on ne
sa it pa s s i el le débutait effec tiv e ment pa r le nom
pro pre ou si un e dédi cace le précéda it et si, à la fin, ell e
comporta it un ve rbe. Pourta nt le rap prochement avec
le libell é d e l'insc ripti on t rès compa rable de Shu-Sin
inciterait à pense r qu e te l n'éta it pas le cas.
Dans sa titul ature, Naram-Sin est dit «roi fort, roi d 'Ur
et roi des quatre régions». Cette qualifi cation de «roi
d'Ur » es t ra re; gé né ra le m e nt il se dit « roi du d ieu
d 'A kk ad "3,, le titre le plus fréque nt éta nt cel ui d e «roi
des quatre régions»36 C'est le titre q u 'il po rte sur un
vase d'albâtre, aut re objet à so n nom trou vé à Suse 3?
Le texte n'indique pas à quel temple appa rtenai t cette
brique. Il n'y a pas d e pa ra ll èle exact dan s les autres
briques connues d e N a ra m-Sin 38 . P a r a illeurs le frag-
ment de statue a u nom d e a ram -Sin trou vé à Suse ne
mentionne pas d e templ e 39 .

L E S Ii' SCR IPT I ONS R OY.\L ES D E SUSE 21


Lï!. P O Q U E ANC IE N i'E

2
Shulgi
Br. 3-6 détermi natif d ivin, alo rs que sur la fi gurine d u tem ple
de N inhursag, Shul g i est d ivinisé comm e sur les autres
sul.gi ob jets votifs de ce roi, trouvés à Suse 42
2 nita kalag.ga
3 lugal uri 2.ki .ma OBSERVATIONS :
4 lugal ki .en. Les quatre briques au nom de Shul g i so nt toutes ins-
gi <ki.>Uli .ke4 crites sur la face, à l'inté rieur d' un ca rtouche. Les d iffé-
5 *nin müs.eren .ki .ra re nts élé m e nt s de l'i nscrip ti o n so nt sé pa rés par des
6 é.a. ni tra its.
7 mu-na-dü L'u ne est enti è re; ell e mesure 30 cm d e hauteur, 23,5 de
8 ki .bé mu .na.gi4 la rgeur et 6,5 de profondeur. Les autres, si l'on se fie au
rapport entre les d im ensions d u fr agment et la tai ll e de
"(I) Shulg i, (2) l'homme fort, (3) le roi d'U r, (4) le roi de l'insc ri pti on res ta nte, deva ien t être d u mêm e fo rmat.
Sumer et d 'Akk ad, (7) a bâti (5) à Inshushinak (6) son L'a rg il e en es t plus ja un e et moins lourde q ue précé-
tem ple (8) (et le) lui a restauré à sa place (o ri ginelle} ... de mment.
L'insc ri pti on es t e n sum é ri e n et sa phraséo logie clas-
P UBLICATIO:-.iS: sique. L a titul ature est ce ll e qu e porte commun ément
MOP VI, p. 20 et pl. 6, nO1 ; IRSA III A 2 N, p. 142. Shulgi : il est " l'homm e fort, le roi d ' U r, le roi d e Sumer
Ce tte même insc ri pti o n se retrou ve sur un pe tit ma r- et d ' A kk ad .. 43 La d édi cace est ca rac té ri sti q ue d ' un e
tea u susien 4o. Les autres objets insc rits d e cette mê me co nstructi on susienn e, pui sq u'el le m enti onne Inshu shi -
provena nce prése ntent un tex te légè rement d iffé rent 4I • na k et appo rte la confirma tion que son tem ple ex istait
déjà à Su se p ui sq ue Shul g i le res ta ura «à sa place .. ,
R E~ I ARQ U ES : honora nt pa r son acti vité de bâ ti sse ur la g rande d ivinité
- sulgi : le nom propre est ici clairement dépourvu de de Suse H

Br. 3

22 LE S I N S C R I PTI O N S R O YALES DE S SE
L'ÉPOQ UE A~CIE;\";\"E

3
Situ-Sin
Br. 7-18 souve nt les d iFFé rents registres. Ce rtaines so nt très soi-
g nées (no< ï, 8).
*SII- *suen La brique n" ï, q ui est enti ère, mesure 38 cm d e hau -
2 //{/-ra -alll "'el/ -If! teur, 9,5 d e largeur et 14 de proFond eur; la briqu e n" 5,
3 sar-rU -LiIII nettem ent plus haute (40 cm), a une Forme de ca rreau (40 x
4 dal/-I/ûlll 9 x 30). Il semble donc que ces briques a ient été soit d e
5 saruri 2.ki g ra nd es briques (38/40 x 30 x 8,5/9,5), soit des "d emi -
6 Il ,~ar ki-ib-ra -tilll briq ues », avec un e pro Fond eur de 14/ 15,5 cm.
ï ar-ba-illl
L'a rg il e es t ocre-ro uge, lourde et dure, assez compa-
"(1) Shu -Sin , (2) le bi en -a imé cl'Enlil , (3-4) le pui ssa nt rabl e à ce ll e utili sée so us Na ra m -Sin . De m ê m e, les
roi, (5) le roi d'U r (6-ï) et le roi d es q uatre régions.» co ntours ne so nt-ils pas pa rFa itement rectilig nes et ga r-
dent-il s les t races d u rem pli ssage d a ns le m oul e de cuis-
P UBU C.\T IO:-.JS : so n, la Face su pé ri eure e nFo ncée so us la press ion des
1\ IDP [V, p. 8 et pl. l , nO5, pl. 18 nO 1 ; MDP X, 12 et m ains : l'a rg il e ainsi tassée a débo rdé sur les côtés. Les
pl. 6 n" 1 ; IRS A III A 4 a, p. 151 ; cf. VAL LAT, 1980 b dégraissa nts (pai ll e) so nt nettem ent visibl es et l'a rgile ne
( 135- 136) : «cinq briques e nti è res id e ntiqu es à ce ll e pa raît pas hom ogène.
p ub li ée par SCI-I EIL, 1902, re pri se e n 19 10, plu s un L'inscription occupe de 15 il 20 cm d e hauteur ; elle est
Frag m ent ». a ppr OX IIll a tl Ve m e nt ce ntr ée, a vec un es pace an é pi-
g ra ph e en haut et en bas. La compos ition m até ri ell e, en
O IlSER\'ATIOl':S : ca rtouche ou non, est presque consta nte d a ns l'e mpl oi et
D ou ze briques po rtent le nom d e Shu-Sin ; ell es so nt la di spos iti on des signes : il n'l'a pas de va ria nte si ce
inscr ites sur une tra nche, ve rti ca le m ent, avec ou sa ns n'est le d écoupage de ki-ib-ra-tilll in sc rit sur deux lig nes,
ca d re autour d e l'inscripti on, d es t raits sé pa ra nt le plus tantôt ki-ib-/ ra -tim , ta ntôt ki-ib-ra-/til1l.
Rédigée en a kk ad ien, ell e prése nte un sc hém a succ inct,
Ce d épouill em ent lui est prop re. Au cun e des briques
trou vées e n d eho rs d e Suse ne po rte un e in sc ripti o n
Br. 7 identique4>: les insc riptions d'U r, d 'U ruk , de G irsu sont
en eFfet bea uco up plus d éveloppées 46 Seu le la titul arure
est, en reva nche, très compl ète: les quatre élém ents qui
la composent so nt ra rem ent a insi g roupés; Shu-Sin est
généralem ent <d e roi Fo rt, le roi d ' Ur, le roi d es quatre
régions»4? S'il Fa it souve nt référence à sa dil ecti on pa r
le di eu Enli l, c'est ra rem ent pa r le te rm e l/arlil1l et da ns
un e tell e séquence 48.

A ces douze briques s'a joutent cinq fragments (nO 19-23)


où le nom du roi a d ispa ru , La titu larure d e ara m -Sin
et cell e de Shu-S in , leur faço n d 'insc rire sur la tranch e
éta nt la m êm e, a insi qu e la g ra phi e d es sig nes, il es t
imposs ibl e d e les attribuer à cel ui -ci plutôt qu 'à cel ui -là,
d 'auta nt qu e les exe m pla ires a u no m d e Na ra m -S in
sont trop peu nombreux et tro p fragm entaires pour qu e
l'on puisse en Faire une typologie.

L ES INS CR I PT I ONS RO YAL ES DE SUSE 23


L 'É P OQUE AK C I EKNE

SOUVERAIl S ÉLAMITES 4
Tan -Ruhuratil'
Dynastie d'Awan et de Simashki
Tan-Ruhuratir Br. 24-27

Mekubi
Idadu l" .]
l' nin ki .ag
2' tal1- *ru-hu-ra-ri-ir
3' ensi2
4' mù s.eren.ki
5' nam.ti.la.ni.sè
6' é *mùs
T mU.na.dù

"1... 1( 1' ) (po ur sa) m aîtr esse bi e n -a im ée, (2') T a n -


Ruhuratir, (3') le gou ve rn eur (4') de Suse, (5') pour sa
vie, (6' -T) a bâti le templ e d 'Inanna.»

P UBLICATI ONS :
MDP IV, p. 9 et pl. l , nO6 (il est donné comme le frag-
me nt inféri eur d e l'insc ription de Mekubi).

Br. 24 OBSERVATI ONS :


L es qu a tre briqu es d e Ta n-Ruhuratir so nt fragm en-
taires et ne présentent qu e la fin de l'in scription. Les
nO 24 et 25 co mpo rtent la fin d e l'insc ripti on avec la
m enti on d u temple d e M ÙS ta ndi s que les d eu x autres
fragm ents sont cassés a près «pour la vie ».

Br. 25

24 L ES I NSC RI P TI OKS RO YALE S DE SUS E


L 'É P OQ E ANCIENNE

5
Mekubi
Le nO24 porte le signe NIN d evant KI .AG : c'est donc pro- Br. 28-31
bablem ent l'épithète de la di vinité à qui est consac ré le
te mple ~ se ul m a nquerait en tête le nom d e la di vinité, *mùs
très proba bl em e nt MÙS, pui squ e c'es t d e so n templ e 2 nin uru.an .na
qu ' il s' a g it ~ e t no n le titre d e Mekubi , DAM KI. AG, 3 nin.a.ni.ir
«épouse bien-a im ée" d e Ta n-Ruhuratir. C'est pourquoi 4 ME-ku -bi
nous préférons séparer cette in scriptio n de cell e de cette 5 dumu.munus bil-Ia-ma
princesse. L'épith ète KI .AG attribuée à une di vinité de la 6 ensi2
pa rt de so n zé la teur (e t no n pas qu a li fi a nt le prin ce 7 as-nun-[na-ki]
choisi par ell e) n'est pas ra re à cette époque 49 8 dam ki .[ag]
9 r... 1
L' inscripti on est pl acée ve rti ca lem ent sur une tra nche
des briques d ont l'arg il e, assez cl a ire, compo rte bea u- "( 1) P o ur In a nn a, (2) la D a m e d e l' A c ro po le 50, (3)
coup d e paill e. Le n° 24, bi en qu e la pa rti e supéri eure de sa m aîtresse, (4) Mekubi , (5) la fi ll e d e Bil (a) la ma 51,
l' in sc ripti on a it été e mpo rtée, d o nn e les dim e n sio ns (6-7) le go u ve rn e ur d ' Es hnunn a, (8) l'é po u se bi e n -
compl ètes de la brique: 35 cm d e hauteur, 35 d e profon- la imée··· I· »
de ur, 7,5 d'é paisseur. Ce so nt do nc de g ra nd es briques
carrées. Les troi s autres fra g m ents so nt cassés d a ns le P UBLI CATIONS :
sens de la hauteur et d e la profond eur ; leur épaisse ur MDP Il , p. 80-8 1 et pl. 15, n° 6; MDP X IV, p. 25 ; IRSA
est com pri se entre 7 et 7,5 cm . IV 0 2 a, p. 257-258 52

REMA RQUES :
- ME-ku-bi: sur la lecture in ce rtaine du sig ne ME d ans ce
nom pro pre, cf E DZARD, 1957, p. 72, n° 347 : une tra ns-
cri ption Sim at- Kubi offre des pa rall èles; BüRGER, 1967,

Br. 29 Br. 30

LES I:-'- SCR IPT I ONS R OY .\L ES D E ~USE 25


6-7
Idadu
4-14 (,\lE.KU.BI), 443 (S im at- Kubi?). ~IE- kLlbi pour r:u t 6 : Br. 32-2 10 : texte 1
signifie r <<les pouvoirs du (d ieu)-F œtus». ï: Br. 211 -222 : texte 2

OBSER\'AT I O~S : Texte 1 Texte 2


Un hasa rd malheureu x veut que les quatre briques po r- 1 *nin .mùs.eren a -na':' mùs.eren
tant l'inscripti o n de Mekubi soient tolites cassées après 2 1ugal.a.n i. ir be-if-su
le titre «épo use bienl -a im ée l». 3 nam.ri a-lia ba-Ia-!u
Ell es so nt insc rites sur la tra nch e vertica le de g randes .j i-da-dll i-da-dll
briques: les fragments resta nts o nt 19,2 cm de hauteur 5 enSl} ensi 1
et 1ï de profo ndeur pour les mieux co nse n ·és. La lar- 6 mll s.eren.ki mùs.eren .ki
geur est d e plu s o u m oin s ï ,5 cm (sa uf pou r le nO26 qui ï Ir ki.âg H 'a -a r-dll-uII/
atteint presque 10 cm). Un es pace anépigraphe est déli - lIa-ra-all1
mité en ha ut d ans les deux cas où la partie supérieure 8 *nin ml1s.eren *mùs.eren
n'est pas cassée. 9 du mu tall- * ru-hu- dumu lal1- * ru-hu -ra -
Plus o u mo in s bi e n éc rites, les li g nes so nt nettement ra-li-il' li-il'
sépa rées d' un trait. C argile en est assez claire et d'assez 10 é gars libir i-ga-ra -am
belle qua lité. nu.un .gi kll-lIp-ra-all1
L'in scr ipt io n, id e ntiqu e dans to u s les cas, e n éc riture Iibir ul û-ri-kis 54
id éog raphique sum é ro-a kk adi enn e, place en tête un e Il é gars gi bi l sig. i-ga-ra-all/
déd icace à la d éesse d e l'A cro pol e : ell e est du type déd i- aLlu.ra e-es-sa-alll
cace-nom d u déd ica nt (+ ti tres) -ob jet de la dédicace. Ce sa e-pi-ir-li-im
type d 'in scriptio n, qui comm ence par le nom du dieu à 12 é.ki.kl1.n un .na é. ki .kù.nun .na
qui la constructio n est déd iée, est de trad itio n sumérien- 13 egir.ra mU.na.dù lI'a-a r-kà-s[u 1
ne et s'op pose à la trad iti o n a kkadi enn e qui place e n i-pu -us
tête le nom du prince bâti sse ur 53 14 nam.ti. la. ni .sè a-lia ba-la-Tu
Cette stru cture, a ttestée chez Id adu po ur un se ul d es 15 mU .un .na.dù ti-se-pf-is
quatre types d 'in sc ri ption, n'ex iste ni chez Atta -hu shu
ni chez T emti-Agun , mais réappa raît avec Tem ti -halki Variantes
o ù ell e est de règle dans les inscriptio ns de Kuk -Nas hur texte 1
et de Kuk - Kirwas h . 6: <mùs.eren.ki> ( 11~ 61. HI )
7: <l r ki.ag> (11'"102. 203)
L'épo use d e Ta n- Ruhuratir est la se ule prin.cesse (mi se à 12 : é.ki.kù.an .na'):;
part Napir-asu, l'é po use d ' U ntas h-Napiri sha à l'époq ue 13 : 1l111 .lIn .na.dù (Il'" 165, 195)
m éd io-élamite), pour qui soit attestée une dédicace de 1) : <mu.un.na.dù> (n" 1 2)
temple à so n nom. Peut-êt re son acti vité politi que o u ll1u.na.dù (n" 39)
reli gie use justifiait-elle cet ho nneur ; peut-être l'a lli a nce 1l111 .lIn .1l1 11 .na.dù (n" 33)
entre Es hnunna et Suse, que scell ait so n ma ri age, lui texte 2
ass urait-e ll e un e position pri vil égiée, et jo ua-t-e ll e un Il : é.ki.kù.an.na
rôle pa rti culiè rement important dan s le cul te d e la d ées-
se In3nn a, dont son époux renouvela le lieu de culte.

26 LES I:-': SCR IPTl O:-': S R O YAL ES DE SUSE


L'ÉPOQUE AN C IENNE

Br, 40 Br, 34 Br. % Br, 68

Br. 209

L ES INSCR I PT I ONS ROYALES D E SUSE 27


L "É P OQU E A K C IE NN E

Br. 213 Br. 216


" (1) P o ur ln sh ushinak, (2) so n se ig neur, (3) pour (sa) vie,
(4) Id adu , (5-6) le gou ve rn eur d e Suse, (7) le se rviteur
bie n-aim é (8) d '[n shushina k , (9) le fil s d e Ta n- Ruhuratir,
(10) ne réappa reill a pas l'a ncie n mur bitumé (13) (m a is)
bâ tit (Il ) un no u vea u mur e n briqu es c uites % (13) à
l'a rriè re d e l' Ekikua nna; (15) il (l ')a fa it bâ tir (14) pou r
sa v Ie. »

PUB LI CATI ONS :


Le tex te nO 1 es t publi é da n s M OP Il , p . 69-7 1 e t
pl. XIII , n OS 2-3 (SCHE IL pa rl e de « tr ès n o mbr e u x
exe mpl a ires » de ce tte in sc ripti o n d e «ardum-narâm-
dsusinak») ; 1RS A [ V 0 3 a, p. 258 ; cf W ALKER, 1982,
52, nO55.
L e texte in sc rit sur le re bord d' un bass in d e pi e rr e,
p ublié d a ns MOP V I, p. 16- 19, est ide ntique.
L e texte nO 2 es t p ubli é dans MOP Il , p" 72-73 e t
pl. XIII, nOS 4-5 (qua tre exempla ires éga le m e nt a ttribués
à Ard um - n ara m - [ ns hu s hin a k so nt menti o nn és pa r
SCHEIL); IRSA [V 0 3 a, p" 258.

Br.217

28 LES I NSC R I PT I ONS R O Y A LE S D E SUSE


L'ÉPOQUE ANC I E~NE

8 9
!dadu Idadu
Br. 223-231 Br. 232-233

Texte 3 Texte 4
1 i-da-du 1 i-da-d[u]
2 ensi2 2 ki.ag
3 mùs.eren.ki 3 *mùs.eren
4 ki.ag 4 lugal si-ma-as-ki
5 ~ nin mùs.eren ù nim .ma
6 du mu ran- ~ru-hu-ra - ri- ir 5 rall- *ru-hu-ra-r[i-ir]
7 bàd uru .an.na 6 dumu'l ki.[ .. . ]
8 mU.na.dù 7 [ .. . ]

«( 1) Id ad u , (2) le gou ve rn e ur (3) d e Suse, (4) le bi e n- ,, (1 ) Id ad u, (2) le bi e n-aimé (3) d ' Inshushin a k , (4) le roi
ai mé (5) d 'Tn shushin ak , (6) le fil s d e Tan -Ruhuratir, (8) de Sim as hki e t d'É la m , (5) T a n - Ruhur at ir, (6) fil s
a bâti (7) le rem pa rt d e l' Acropole. " l ... j. "
P U BLI CATIONS : P UBLI CATI ONS :
MDP X, p. 13 e t pl. 6, nO2 ; IRSA IV 0 3 b, p. 258. MDP X IV, p. 26 et pl. 3, n0 4.

Br. 223 Br. 232

;:t;ff ;JbT 4{
]f ~

L ES I NSC R I PT I O]';S ROYALES DE SUSE 29


SOUVE RAI NS ÉLAM IT ES lO
A tta-hushu
D ynastie des Epartides
Atta-hushu Br. 234-256

1 les SUKKAL.MAH
Texte 1
Temti-Agun J ad-da-llII-slI
Temti-halki 1 sipa erell2 mll S.erell
Kuk-Nashur 3 Ir ki .âg
Kuk-Kirwash -l *mùs.erell
5 du mu llill9 si-il-ha-Iw
6 ri-rll-ra-alll
7 i-pll-lls

Br. 238 «(1) Atta -hu shu , (2) le Pasteur du peuple de Suse, (3) le
se rviteur bi e n-a im é (4) d ' I nshu shinak , (5) le fils de la
sœ ur de Sil haha. (7) a bâti (6) une rampe.»

P UB LI CAT IOi'\S :
SA K, 182, 6 a ; 1RSA 1V 0 6 b, p. 260.

R E,\IARQUES :
- DUM U N1N9: cette ex pression signifi e li tté ralem ent «fil s
de la sœu r» ; L.o\.\ IBERT, sui vi par GRILLOT et V ALLAT a
pro posé de co mprendre «fi ls de la sœ ur (-é pouse) >> et
d'y voir I"ex press ion d'un inceste roya l ; les enfa nts issus
du m a riage d u ro i avec sa sœ ur se ra ie nt les hé riti e rs
légiti m es d u trône. Cette hypothèse est cepe nd a nt loin

Br. 253

30 LE S I~ SC RIPTI O~S R O Y .~L ES DE SUSE


L · F. P OQUE A~ C IE~;-.iE

11
Atta-hu.ihu
d 'être ce rta ine, le dro it m a tri li néa ire a ya nt pa r lui- Br. 257-260
même un e réa lité pro fond ément établi e en Élam" ,
Texte 2
- (i(uram : «pont » ou «cha ussée» ; cf REl l'ER, 1973, à 1 ad-da-hu-su
pro pos d e la stèle de H aft-T épé (1 . 39) : il/a É. DÙ.A (i-(II- 2 sipa *mùs.eren
,.[u ... ]pitiqtu illabbak-ma «in the ' house' a ca use way 1 . . . 1 3 dllmll nin9 si-il-ha-ha
if the cl ay wa ll coll a pses ». 4 ki-i: -zuII/
5 la-bi-ra-am
OI3SE R\ ·.\TI Oi'"S : 6 ,,-ti-is-ma
La d ispositi on des sig nes peut \'a ri er sur une ou de ux 7 ba.dù
lignes ( 1, 2, 5 et 6, pa r exe mple ad-da-hu-su ou ad-da -/IlI - nam.ti.l a. ni .sè
Isu ). L' in sc ripti o n se prése nte sur un e tra nche de la
brique, soit ve rti ca lem ent, soit horizontalem ent. «(1) A rra- hu shu , (2) le Pasteur d ' Inshu shinak , (3) le fil s
Dix- ne u f briqu es so nt in sc rites ve rti ca le m e nt sur la d e la sœ ur d e Sil h a ha , (5-6) a res ta ur é le sa nctu a ire
tra nche, quatre hori zontalem ent. Aucun e n 'est enti ère; a ncien; (6) il (l')a fa it (8) pour sa vie. »
u ne seul e n'est pas cassée dans sa hauteur (nO234) : ell e
est d' un form at exce ptionnel puisqu'elle m esure 50,5 cm
cie haut. On peut suppose r qu 'e ll e n 'é ta it pa s, d e cc
po int ci e vue, uniqu e : plusi eurs fra g m ents ont plu s de
33 cm d e haut, et, d 'a près la di sposition de l'in sc ripti on
da ns la pa rti e co nse rvée, on peur restituer un e ha uteur
se mbl abl e, D e mêm e le n" 254, écrit ho ri zo nta le m ent
sur la tra nche, m esure 30 cm . Comm e la m oiti é d e la
premiè re colonne in sc rite a été empo rtée et que cell e-ci
se mbl e touj ours p récéd ée d ' un es pace a né pi g ra ph e à
peu près éga l à cel ui qui suit l'inscription, il est très vra i-
semblabl e qu e le ca libre en ait été co mpa rabl e,
La la rge ur se mbl e va riable : de 5,5 cm (n'" 244, 247,
248,251) à 8,5 cm (n° 250) et m ême 9 cm (nO235), le plu s
g ra nd n o mbre ay a nt un e é pa isse ur d e 6 o u 6,5 cm.
L' in sc ription occ upe d e 12 à 185 cm au mili eu de la
hauteur, 22 à 24 cm dans la longueur.

qV
\ ~pTI--
~1~~

L ES I ~ SCR I P TIO:-;S ROYALES D E SUSE 31


L'ÉP O Q U E AN C IE NN E

12
Atta-hushu

P UBLI CATIONS: Br. 261-262


Un texte comportant «le temple de Narundi " à la place
de kiw U17 labiram est publié dans IRSA IV 0 6 f, Texte 3
1 ad-da-hu-su
R EMARQUES : 2 sipa *mùs.eren
- kizzum : ce terme 58, emprunté à l'akk ad ien, d ésigne 3 dumu nin9 si-il-ha-ha
l'es pace sacré, sur l' Acropole, Il est empl oyé à l'époque 4 alam ki-i-tum
médi o-élamite dans une insc ription de Shilhak-Inshu - 5 in.na.dim
shinak (takkùne nO2) où Inshushinak est dit le seigneur 6 i-na ma-hi-ri-im
de ce lieu sa int, auquel so nt associés Napirisha et Kiriri- 7 us-zi- iz
sha, 8 sil ru.samki-i- Iw17
9 la i-ih-zu-û
OBSERVATIONS : 10 *utu li-sa-hi-is-su
Quatre briques proviennent du kizzum. L'un e est entière
(no 257) dans sa ha uteur, qui est de 34 cm , l'inscription «(1 ) A tta-hu shu , (2) le P as teur d 'Inshushina k, (3) le fils
occu pant 23 cm. L'é paisseur est touj ours compri se entre d e la sœ ur de Sil ha ha, (5) a façonné (4) un e stèle de
6 et 7 cm. D ans tous les cas, l'insc ri ption se présente sur
la tra nche ve rticale. Br, 261

32 LES I NSC RIPTI ONS R O Y A L ES DE SUSE


L·ÉP OQ UE ANC IEN N E

13
Atta-hushu

justice; (6) il l'a fa it ér ige r (6) sur le marc hé. (10) Que Br. 263
le Solei l informe (8-9) celui qui ne co nnaît pas le juste
p rI X. » Texte 4
1 [ ad-da-hu-su ]
PUBLICATIONS: 2 sipa sà eren2 mù s.eren
MDP XXVIII , p. 5; IRSA IV 0 6 c, p. 260. 3 dumu nin9 si-il-ha-ha
4 é.ki.ag.a.ni
REMARQUES: 5 sà i-r[i-. .. ]
- *UTU : l'emploi d ' id éogrammes pou r note r ce rta in s 6 ba. [ .. . ]
noms divins peut rendre leur identification am big uë à 7 [x]x[ ... ]
Suse. Le «Soleil » es t-i l bi en à li re ici Sha m as h , avec
réfé rence précise au die u m ésopotam ien ou , plus généra- «[(1) Atta- hushu] , (2) le Paste ur du peuple de Suse, (3)
lement, au dieu ga rant de la justice à Suse, qu'i l y prenne le fil s de la sœur de Si lhaha, (4) sa demeure bien-a imée
le nom de Shamash ou de Nahhunte ? (5) qu 'il dés[irait" . .. 591. »

OBSER\·ATIONS : P UBLl CATIOJ\S :


La «stèle d e justice » est m enti on née par deux briques Cf MDP XXV III, 8-9, nO 5 (légend e portée sur ce tte
qu i semblent avoir des dimensions courantes : le nO26 1 lentille : (1) nin é.gal (2) nin gu-la (3) at-ta-hu-su (4) sipa
est intact et m esure 35 cm d e haut, 34 de profondeur et sà eren2 mùs.eren (5) dumu nin9 si-il-ha-ha (6) é.ki.ag.a.ni
6,5 de large. sà i-r i-su (7) ba.dù [ ... J).

Br. 263

L ES I N S C RIPTI ONS ROYA L E S D E SUS E 33


L 'É P O QU E A NC I E NN E

14
Temti-Agun
Br. 273-280
(1957, 229) propose d e comprendre «Cründer- Mutter,
te-im-ti-a-gu-un sukkal su-Sf-im Sta mm-Mutter » ; RUTTEN (1949, 163, n° 5) estimait que
dumu nin9-su sa si-ir-uk-duh amma hasduk d és ig nait peut-ê tre un e g ra nd-m ère ou
2 a-na ba-la-a! ku-te-ir- *na-ah-hu- un e belle- m ère, nom p ropre qui , tout comme ce lui d e
un-di a-na ba-la-a! *li-Ia-ir-ta-a-as Césa r, se ra it d eve nu un e épithète ou un titre hon ori -
3 a-na ba-Ia-ti-su a-na ba-la-a! le- fiqu e. C RILLOT (1 988, 68) traduit «m ère pa r excellence » ;
im -li -hi -sa -ha-ne-eS V ALLAT (1 99 1, 89-9 1) estim e qu e cette épithète désig ne
4 a-na ba-la-a! wi-il-ki-sa am-nw ha- une m ère d 'enfants royaux, en sa qu alité de sœur-épou-
as-du-uk zi-ia-nam sa e-pi-ir-tim se du souvera in 61. D ans leur étude sur les probl èm es d e
5 a-na *is-me-ka-ra-ab i-pu-us su ccess ion , CR ILLOT- CL ASS:-IE R ( 199 1) pr ése nt e nt
Amm a- has htuk comm e une fille de Silhaha et comm e
«(1 ) Temti-Ag un , le Régent de Suse, le fil s d e la sœur la sœur-épouse d e Siruktuh , s'appuya nt sur cette d on-
de Siruktuh, (5) a bâti pour Ishm ekarab (4) un temple née pour recomposer la généa logie des Epa rtides.
d e briques cuites, (2) pour la vie de Kutir-Nahhunte, Si ce terme est bien une épithète, elle a sa ns doute une
pour la vie de Li la- irtash, (3) pour sa (prop re) vie, pour va leur politique et se ra it à m ettre en rappo rt avec le
la vie d e Temti -hi sha-h a n es h, (4) pour la vie d e (sa) droit m atrilinéa ire et a vec le titre D UMU NIN. (<< fil s d e la
vénérée? m ère Welkisha 60.» sœur »), d ont il pourrait représenter la relati on fa miliale
du point de vue in verse, celui de l'ascendant61 .
P UB LI CATI ONS :
SA K, p. 184, 9; IRSA IV 0 8 a, p. 262 . O BSERVATIONS :
Les briques d e Temti-Ag un sont au nombre d e huit.
REMARQUES: Ell es tém oignent d 'un e grande évolution m atériell e et
- amma hasduk : des perso nnages cités dan s cette ins- épi g raphique qui les m et tout à fait à part.
cription, seule Welki sha po rte un titre ; celui-ci est éla- Ma tériel lem ent, le format s'est m odifi é : les briques sont
mite dans ce tex te rédigé en akkadien: il es t d onc pro- no rmalem ent plus épa isses, entre 7 et 8 cm. L a seul e
bable qu'il refl ète un e réalité propre à l'É lam. KOK IG briqu e entière (nO273) est une «demi-briqu e" d e 33 cm

34 LE S I NSC RI PTI ONS R O YALE S D E SUSE


L 'É P OQU E ANC I E N NE

de longueur, pour 12 d e profondeur. Aucun fragm ent sui vie d e la formule de souhait, long uem ent d évelop-
n 'aya nt un e pro fo nd e ur sup é ri e ur e à 11 ,5 cm , no us pée, puisque, outre Temti -Agun lui -mêm e, elle conce r-
ig n o ro n s s'il ex ist a it , co mm e pré céd e mm e nt , d es ne qu a tre pe rso nn es. Ce tte énu mé ra ti o n d éve loppe
b riqu es «ca rrées ». l'a ncien ne for mul e NAM .TI.LA.NI.SÈ ; ma is il est nouvea u
L'arg il e en es t le plus sou vent lourde et dense ; elle com- d e la trou ve r à ce tte place, ava nt la mention d u templ e.
po rte m o in s d e d égra issa nt s végé ta u x. Ell e es t bie n E ll e est pa rti culi è rem ent développée : ell e év oque les
m oul ée, avec d es bo rd s rectilig nes; le d ess us, légè re- tex tes de Shilhak-Inshushinak où les vœu x conce rna nt
m e nt creu x, porte la m a rque du re mpli ssage d a ns le les membres de la fa mill e royale, nomm ément cités, en
moule. Les nOS 276 et 278, en reva nche, sont d 'une a rgil e constituent un élément impo rtant.
plus légè re et friable; ces fragments, très abîmés, lais- Q ui sont Kuti r- ahhunte et Lil a-i rta sh, dont les noms
se nt appa raître bea ucoup d e paill e. précéd ent la référence à Temti -Agun lui-même, ta ndis
L' in sc ripti o n se d é ro ul e ho ri zo nt a le m e nt sur un e que ce lui d e Te pti-hi sha- hanes h le suit, placé d eva nt
tra nche. Le nO 273 compo rte cinq lig nes s'étend a nt sur W el ki sha, sa «vénérée? m ère». IRSA voit dan s le pre-
toute la long ueur. Aucun trait ne les sépa re; les signes mier le père d e Temti -Agun , da ns le seco nd son oncle,
en so nt petits et soig nés. Les autres fragments présen- d ans Tepti-hi sha-hanes h le frère du prince régna nt. Il se
tent un e disposition en d eu x colonnes, les li g nes éta nt pe ut a uss i que les premi e rs re prése nte nt \es d esce n-
séparées par d es traits. da nts, les seconds \es ascenda nts.
L'insc ripti o n es t ent iè rem ent e n a kk adi en, d a ns un e La constructi on est celle d 'un temple pour Ishm eka rab
langue très correcte, avec peu d e sumérogrammes (SUK- d ont le nom ap pa raît pour la premi ère fois dans ce cor-
KAL, DUMU NIN9)' Pour la premi ère fois d es mots élamites pus. L a se ul e indi ca ti o n es t qu 'il es t bâ ti en briques
sont intégrés, pour d es notions proprement élamites sa ns cuites (epirtu).
d o ute : ziyan et amma hasduk. L e premi er est d écliné Auss i bien da ns son mod elé (d u moins pour le nO 273
«à l'akkadienne», sa ns mimation ; le second , peut-être un qui es t le seul bien co nse r vé) que d ans la g ra phie, la
ti tre porté par la Reine-mère, n'est pas akkadisé. lang ue et la rédaction, ce document est très novateur et
L a co mp os iti o n de l' in sc ripti o n es t ex tr ême m e nt d étonn e sur ce qui précèd e com me su r ce qui le suit
curieuse pour un prince du XVIIe siècle: la titul ature est immédiatement.

Br. 273

L ES I:'-: SC R I PTI ONS R O Y A L ES DE SUSE 35


L ' ÉPOQ UE A~ C I ENNE

15
Temti-halki
Br, 28 1-306 Variantes
5: <dumu nin9 sà silhaha> (nO' 28 1, 282, 284,
Texte 1 289,290,293)
1 te-im-ti-hal-ki ï: <sel> kLirigLlgLl ( n ~ 284, 305)
2 sukkal mah 10 : sel *mùs.eren (nm 303, 305)
3 sukkal nim,ma si-mas-ki
4 ii mùs.eren.ki «(1) T e mti - ha lki , (2) le Rége nt sup rê m e, (3) Rége nt
5 dumu nin9 sà si-il-ha-ha d'Éla m , d e Simas hki (4) et d e Suse, (5) le fil s d e la sœur
6 ses ki .âg de Si lhaha, (6) le frè re bi en-aimé de Kurig ugu, (11 - 12)
7 sà ku-ri-gu-gu po ur sa vie, il a bâ ti ( la) pour Inshushin a k (8) le te mpl e
8 zi-a-na-am (9) d e briques cu ites.»
9 sà e-pi-ir-tim
la a-l1a *mùs.eren P UB LI CATIONS :
II nam.ti.la.ni .sè SAK, p. 184,7 a; IRSA IV 0 9 a, p. 263 ; cf W ALKER,
12 in.na.dim 198 1, 52-53, nO56.

Br. 298 Br. 305

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36 L ES I ~SCR I PTIOt--:S R O YALES DE S US E


L'ÉP OQ UE AN C IEN~E

16
Temti-ha1k i
Br. 282
Br. 307-308

Texte 2
1 *mùs.eren
2 lugal ra-bu-Uln
3 fe-il11-ti-hal-ki
4 sukkal mah
5 nim,ma-fil11 si-lI1as-ki-im
6 du mu nin9 si-il-ha-ha
ï ses ki .ag.a.lli
8 sà ku-r[i-gu-gu ... ]
Va ria nte
5: nim .ma<-I;II1> (nO307)

«(1 ) Pour lnshushinak, (2) le g rand roi, (3) Temti -halki ,


(4) le Rége nt suprême, (5) d ' Ela m (et) de Simashki , (6)
le fi ls de la sœur d e Silha ha, (ï) so n frère bien-a imé (8)
d e Kur[igug u ... J."

P UBLI CAT IO:--:S:


SA K , p. 184, ï b ; [RSA [V 0 9 b, p. 263.

O BSERVATI OKS :
L es 28 briques de Temti - halki portent deu x types d 'ins-
Br. 288 cription : 26 comm encent par le nom du prince, d eu x
pa r l'in voca ti on au dieu. Du premi e r g roupe, 1ï sont
insc rites sur la tranche ve rti ca lem ent, 9 ho ri zo nta le-
m ent. Ce ll es du second type so nt insc rites à la ve rtica le
sur la tra nche.
A ussi bien da ns le matériau et le model é d e la brique
que d an s la d isposition et la teneur d e l'insc ripti on, les
briqu es d e T e mti-h a lki re no ue nt avec la tr ad it io n
qu 'ava it in te rrompue Temti-Agun .
A ucune brique n'est enti ère si ce n'est d ans l'épaisseur
qui va rie entre 8 et 9 cm , ma is qui peut a ussi atteindre
9,5 cm (no, 294 et 29ï) et même 10 cm (nO30 1). Pour la
ha ute ur, les frag ments les mi eu x co nse rvés mes urent
29 cm (nO282), 28 cm (no 283) et 20 cm (no 294) : l'ins-
cripti on n'y est pas conse rvée d ans so n intégralité; pa r
ailleurs, un es pace a népig raphe la précéd a nt et la sui -
va nt touj ours, on peut im agin e r pour ces briques un
ca libre co mp a ra ble à ce lui d es briques des te mpl es
d 'Atta- hushu : 33 à 34 cm de hauteur. li pouva it peut-
être s'agir de briques «ca rrées » puisque ce rtains fr ag-
m ents d épassent 16 cm d e profondeur (nO 282 et pour
les briques in sc rites ho ri zo nta lem ent nOS 302, 304 et
306). Ma is la plupart des fragments sont trop petits pour
q u'il soit possible d e déterminer avec quelqu e ce rtitude

LE S I ~ SCR I I' Tl O ~ S R OY ALES D E SUS E 37


L ' ËP OQUE ANC I E NN E

le m odul e empl oyé. Il en est d e m ême pour les d eux mence par le nom du dieu d e la vill e, la titulature ne
morcea u x portant la seco nde inscripti on. co mporte pas la ré fére nce à Suse: T emti -ha lki y es t
L'a rg il e e n est assez lo urde et den se, et prése nte , e n «Rége nt suprême, d 'Éla m (et) de Simashki ». La filia-
gé néral , peu de dégraissant végétal. ti o n le ra ttac he , pa r vo ie ma t r ilin éa ire , à Silhaha ,
l'a ncêtre qui est à l'o rig in e du SUKKi\L.Mi\Ha t et de la
Les deux insc riptions au nom de Temti-h alki compo r- scission avec la lig née d es rois de Simashki ; la menti on
tent les id éogrammes employés précédemment (DUM U de Kuri g ug u , so n fr è re «bi e n-a im é », ép ith ète sa ns
NIN., SUKKAL, K1 .ÂG , NAM.TI.LA.N I.SÈ. IN.NA. DiM) m a is doute politique63, s'i ntègre da ns les principes de la suc-
a ussi MÙS. EREN (et non l'éc riture sy ll abique empl oyée cession qui peut reve nir, da ns ce rta ines condition s, au
pa r Temti -Agun) ; l'usage du d éterminant sa se déve- frère du sou ve rain .
lo ppe m ais reste encore ince rtain comme le m ontrent L a constru ction - ou reco nstructi on - d ' un temple à
les nombreuses va ria ntes, les seules d ans un tex te pa r Inshu shin a k , marque l'imp o rta nc e d e ce dieu , qui
ailleurs très consta nt. L e term e élamite siyan (zi-ia-na- retrou ve peut-être a lors une reconnaissa nce a u ni vea u
am), fl éc hi à l'a kk adi e nn e, avec mim a ti on alo rs qu e du roya um e dont Suse es t d evenue une des capitales:
T emti- Agun éc ri va it zi-ia-na a rempl acé É d es tex tes son d ieu tutélaire appa rtient déso rma is au pa nthéon du
pl us anciens. roya ume dont il est le roi d ivin. Le d euxièm e texte, qui
La composition du premi er tex te es t courante: nom , est très mutilé, met l'accent sur la déd icace faite au dieu :
titre, fili ati on, constructi on, d édicace et, enfin , ve rbe. son nom est placé en tête de l'inscription et il porte le
Le titre «Régent suprêm e » ex prime la suprém ati e de titre peu coura nt d e sarrum rabum. Cela pourrait mar-
Temti-halki et la réunion, sous so n pou voir, des d eux- qu e r une volonté a ffirm ée par Temti -halki d e renfor-
ou trois - composa ntes élamites : curi eusement d ans le ce r ce culte et d'é tablir la préé minence du se ig neur
second texte, d e composition différente puisqu'il com- di vin d e Suse.

Br. 308

38 LE S l ''iSC R I PTIONS ROYALES D E SUSE


L'ÉPOQUE A:--1C I ENN E

Br. 3 10
17
K uk-NaJhur
Br. 309-3 16

Texte 1
1 *mus.eren
2 lugal.a.ni.ir
3 ku-uk-na-su-LÎr
4 sukkal mah
5 sukkal nim.ma
6 si-mas-ki
ï ù mus.eren.ki
8 du mu nin9 sà si-il-ha-ha
9 ku -ku-ul/ -I/ a-am
10 sà s i ~ al .lu.ra
Il sà uru .an.na
12 sà *mus. eren6.J
13 nam.ti.la.ni .sè
15 in.na.dfm

Va rÎan[es
2: lugal.<a.>ni-ir (nO3 16)
3: kU-Llk- * l1a-slI-ûr (nO3 11)
6: Ù si -maS" -ki (nO3 16)
sukkal si -mas"' -ki (n'" 313, 3 15)
ï : il mus.eren (nO3 16)
9: kll-kll -< llll -> /Ja-am (n'" 3 14, 3 15).

«( 1) P o ur I n shu shi na k , (2) so n se ig ne ur, (3) Ku k-


Na shur, (4) le Rége nt suprêm e, (5) Régent d ' Éla m , (6)
d e Simas h ki (ï ) et de Suse, (8) le fi ls d e la sœ ur de Sil-
h a ha, (15 ) a bâ ti (1 3) pour sa vie (9) le Tem p le- ha ut
(10) en b riqu es cui tes (11 ) de l'Ac ropole (12) d ' In sh u-
shina k .»

L ES INS CR IPTI ONS ROYALES DE SUSE 39


L ' ÉP O QUE A~ C I E~I'E

18
KUk-Kil'wash

P UBLICATIONS:
SAK, 184,8; IRSA , [V 010 a, p. 263 .
Texte 1
REMARQUES : 1 *mus.eren
- kukunnwn : ce terme se rait un emprunt (CA O , K , s.v. 2 lugal.a.ni .ir
kukunnû = gigunû : «a sac red building erected on te r- 3 ku-uk-kir- wa-a:,'
races, also poeti c des ig nation of the temple towe r ,, ). 4 sukkal mah
5 sukkal nim.ma
OBSERVATIOl':S: 6 si-ma:,'-ki
D es huit briques (Br. 309-3 16) d e Kuk -Nas hur, d eu x 7 li mus.eren.ki
sont in sc rites ve rtica lem ent sur la tranche, six ho ri zo n- 8 dumu nin9 si-il-ha-ha
talem ent. 9 é ur.ku nu.un .gi
E ll es se mbl ent avoir le m êm e ca libre qu e les briques 10 é gars gibi l
antérieures: le nO309 (inscrit ve rticalem ent) a 36 cm de II sig. al.lu.ra
hauteur et 36,5 de profo nd eur; le nO 313 (in sc rit hori - 12 é.ki.kù.an.na
zontal em ent) res pecti ve m ent 33,5 et 32,5 cm ; l'é pai s- 13 [/-ti-i:,'
seur, enti ère, de ces deux briques es t de 7,5 cm. Ce sont 14 nam.ti.la.ni. sè
apparemm ent des briqu es «carrées ». L'a rg il e n'e n es t 15 in.na .dim
pas fin e et comporte d es d ég rai ssa nts végé ta u x; les
bo rd s ne sont pas rectilignes (le bo rd droit, pa r exe mpl e, Va rÎ antes
du nO309, et ga uche du n" 3 10), la face supér ieure ayant 3: <ku-> uk-kir-.ra-[a5] (nO395)
été assez in éga lement aplatie dan s le mo ule. ku-uk-ki-ir-lVa-as (n" 550)
L'écriture est le plus souve nt petite et so ig née. 6: sukkal si-lIIas-[ki] (n0513)
Le tex te, de compos iti o n trad iti o nn e ll e, m a rqu e un si-ma§ ,s-ki (n" 473)
re to ur à l'éc ritu re id éog raphiqu e: o utr e les id éo- ï: <ù> mus.eren.ki (nu 369)
g rammes courants, LUGA L.A .N I.IR re mp lace LUGA L ù mus.eren<.ki> (n" 467)
(rabum) de l' in sc ripti o n préd éce nte e t SIG, ALLU.RA. 12 : é.ki.<kù.>an.na (n" 415)
epinim. En reva nche, l'emploi du relateur :,'a sembl e se H: <nam .ti.la ni .sè> (n" 428).
d évelopper: il est plus la rgem ent empl oyé et do nn e lieu
à m oins de va riantes. «(1) Po ur In shushina k , (2) son se igneur, (3) Kuk - Kir-
La tirularure reste la m ême et la préé min ence d ' ln shu - wash, (4) le Régent suprêm e, (5) Rége nt d'Élam , (6) de
shin ak est à nou vea u a ffirm ée. Il est diffi cil e de savoir si Simashki , (7) et de Suse, (8) le fil s de la sœur de Silhaha,
Kuk-Nas hur s'occupe du mêm e bâtiment qu e T emti- (9) ne réa ppareilla pas l'ancien temple ( 13) m ais restaura
halki et si le siyan :,'a epirtim est id entique a u kukunnam (12) l' Ek ikuanna (avec) un no u vea u mur ( II ) en briqu es
:,'a SIG, ALLU.RA. Le fait qu e les textes in scrits ve rtical e- cuites; (15) il (1 ') a bâti (14) po ur sa vie. »
m e nt co mp o rte nt l' indica ti o n suppl é m e nt a ir e :,'a
URU.AN.NA :,'a *in.fu:,'i nak semble indiqu er que l'Acropo- P UBLI CATI Oi':S:
lé ' était avant to ut vouée à Inshushinak. SAK, 182, 5 ; IRSA, IV 0 II a, p. 264.

O BSERVATIONS :
Les 144 briqu es de Kuk -Kir wash sont in scrites sur la
tra nche soit à la verti ca le (nos 3 17-426), soit à l'horizon-
ta le (nO' 427-560).
Plus ieur s so nt e nti ères et atteste nt un fo rma t quasi-
consta nt: 3 1/32 cm de hauteur sur 30,5 cm de profo n-
deur et 8/9 cm d 'épaisse ur (cf par ex empl e, les nO' 3 18,
323). L es briqu es in sc rites h o ri zo nt a le m e nt o nt les
m êm es dimensions m ais orientées d ifféremment en ce
qui conce rne le se ns de la lecture (cf nOS428, 429, etc).

40 L ES I NSC HI P T I ONS H OYA L ES D E SUS E


L · ÉPOQUE A~ C I E~:-1E

~ ~M -fJfL ~~g ~ ':f:<r$T


~:>Tf J> J>- ~*Pr't{ ftl rff rg{~rl' ~!T~~
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Br. 426

Br. 429

Br. 473

L.ES I NS C llIPTIONS R O Y.~ I. ES DE S U SE 41


L ' ÉP OQU E AN C IE NN E

Br. 320
La la rge ur peut être légè rem ent m oindre (7,5 cm pour
les nO' 338, 36 1, 367) o u supé ri eure (9,5 cm po ur les
nOS 379, 397), la pro fo nd eur po u va nt atte indre 32 cm
(cf nOS324, 429, etc). Aucune d emi-brique - s'il ye n eut-
n 'a été prése rvée da ns son intégralité.
L'a rg ile est le plus souvent d ense et lo urde. L a pa ille y
est ra re, sa uf pour quelques briques, qui sont pa rticuliè-
rement abîmées, et où l'écriture peut parfois se confo ndre
avec les irrégul a rités d e l'a rg il e (cf nOS 383, 411 ). L a
brique est bien mo ul ée quoiqu e le bo rd corres po nda nt
à la partie supéri eure d ans le m oule soi t pa rfois incurvé
(cf nOS 3 18,338), po u va nt m ê m e fo rm e r un rebo rd
sa illant (no 380).
L' inscripti o n s'é tend a u milieu d e la hauteur sur 15 à
18 cm , ou au mi li eu d e la long ueur, sur 17 à 19 cm. Ve r-
ti ca le, ell e prése nte d es traits entre chaque lig ne, pa rfois,
pour les plus soig nées, un cadre (nO339). Lo rsqu 'e ll e est
ho ri zo nta le, ell e s'o rga ni se ra rem e nt en un e co lo nne
(cf nO 426), le plus souvent en d eu x colo nn es (nOS 427-
467), pa rfois en trois (nOS 468-477 pour les briques do nt
la di spos itio n est assurée). L o rsqu 'il y a deu x colo nnes,
la premi ère po rte les 7 ou 8 premi ères lig nes du tex te,
D M U NfN9 Silhaha po u va nt soit termine r la premi ère,
soit comm encer la seco nde colo nne. Po ur certaines, les
lig nes 4-5 et 6-7 constituent une se ul e lig ne. L a di sposi-
tio n en trois colo nnes re jette les deux ou trois de rnières
lig nes qui co nstituent la troi sièm e colo nne; ell e est rare-
m ent plus long ue : les nOS 473 , 474 et 476 réparti ssent le
texte en trois colo nn es éga les d e cinq lig nes chacune. La
structure d e l' in sc ripti o n est, da ns sa secon de pa rti e,
compa rabl e à cell e d ' Idadu (type 1).
L e nO 550 est à pa rt: si la brique est bien entière telle
qu 'elle se prése nte actuellem ent avec ses dim ensio ns de
13 x 20,5 x 8 cm , ell e ne porte que la première pa rti e d e
l'insc riptio n, nom et titulature.

42 LE S Ii\: SC RIPTI O.'S R O YALE S DE S SE


L · ÉPOQUE A NC IEN~E

TYPOLOGIE DES BRIQUES SOUVERAINS DE SUMER ET D'AKKAD


ET DES DÉDICACES
L a caractéristique sans doute la plus importa nte pour
ce tte pé ri ode es t le petit nombre (32) des briques ins-
c rites, surto ut si on le co mpa re à ce qu 'o nt li v ré les
périodes su ivantes. Si cet échanti ll onnage est représen-
tatif, il conduit à s' interroger su r la nature des tra va u x
m enés par les sou ve ra ins de Sumer et d 'A kkad à Suse,
notamme nt la ram-Si n, et sur la réalité de leur acti vité
a rchitec turale lorsqu 'aucun autre témoignage ne vie nt
la préciser.
De ce g roupe de documents se dégage le fait que
seul Shulgi inscrit la brique sur la face à l'intérieur d 'un
ca rtouc he, co ntr a ir e ment à l'habitude qui s'é ta blit
e nsuite ju sq u 'à Atta-hushu co mpri s (mi ses à part
quelques très ra res excepti ons). Tous les au tres tex tes
couvre nt une tranc he ve rticale. L'a rgile, qui présente
bea u coup de dégrai ssa nts, es t peu ho m ogè ne; les
briques sont de g randes dimensions. Les bo rds ne sont
pas pa rfai tement rectilignes: ils garde nt les traces du
remplissage d u moul e de cui sson, la face intérieure plus
pla ne qu e la face supé ri eure. D es tra its sé pare nt les
lig nes ou les registres, tracés avec plus ou moins de pré-
cision ; les briques les plus soignées placent l'inscription
Synopsis des éléments constituant les dédicaces à l'intérieur d'un cad re.
des souverains de Sumer et d'Akkad

nom naram- "sill sulgi *sü- *sin

titre divin lIarli.m *eJ1/il

épithète sa rrul11 dal1lllllll llita kalag.ga sa rnll'1l damrwn

titre politique - sar uri 2 - Iugal uri 2.k.i.ma - sar uri 2.ki
- il sar kibrâtilll - lugal ki.en.gi - il sar kibrâtilll
arbailll k:i.uri .ke.j arbailll

const ruction "nin.mùs.eren.k.i. ra


é.a.ni mu.na.dù
ki .bé mu.na.gi.j

Ces insc riptions susiennes sur briques so nt rema r-


quables pa r leu r ca ractè re succi nct et sté réotypé, alo rs
qu e ce lles t ro u vées da ns les m é tr opo les mésopota-
mienn es comportent souve nt des précisions sur les cir-
constances de la construction, sur le bâtiment éd ifié ou

LES I NSCR IP T I ONS RO Y ALES DE SUSE 43


L'ÉPOQCE .\:"CIE:":"E

Synopsis des éléments constituant les dédicaces des E.'ISI de Suse

!
dédicace nom titres filiation acte
._--

politique religieux construction dédicace


--

[" ,J nin kd.g tan-*ru - ensi 2 é *mùs 1

nam,tiJa,ni.Sè
huratir mùs, mu,na,dù
eren.ki
1

*mùs nin mekubi dumu,munus !

uru.an.na bi/lama
nin.a,ni.ir ens12
a.5lllllll1a.ki
i
dam ki.âg
1

[ J
- 1
1

*nin mùs. 1

1 idadu ensi 2 1
Ir ki.âg dumu tan- é gars libir nam.tiJa.ni.sè
eren 1
mùs.eren *mùs.eren *ruhuratir nU.un.gl mU.un,na.dù
Iugal.a.ni.ir 1
ki é gars gibil
nam.ti sig~ aI.Iu.ra
é,hkù.an.na
cgir.ra
mU.na.dù
.
ana *mùs.eren 1
idadu ensi 2 H'ardlllll dumu lan- igaralll ana
be/du mùs,eren naram */'llhurati l' kupralll ba/atu-sli
ana ba!a!u-sU' ki *mùs.eren libir lIsëpis
!
u/ urikkis
igaram
eo'sam
.sa epirtilll
é.ki.kù.an.na
H'arkassu
fpu.\
1

idadu 1
ensi 2 ki.âg dumu tan- bàd uru.an.na
mùs,eren. *nin *ruhllratir mU.na.dù
ki mùs,eren

idadu Iugal dumu ki-[". J


1
1

sima§ki
!
ù nim.ma
1 1

rénové, et des malédictions contre les éventuels viola- sont, à cette époque, peu nombreuses: "tout se passe
teurs. A Suse, elles sont "standard" et aucun détail ne comme si les scribes suivaient un modèle imposé par
vient singulariser cette rédaction locale. Il est cependant l'administration centrale», qu'ils fussent eux-mêmes
\'rai que, d'une manière générale, le texte dédicatoire autochtones ou "importés»('('.
inscrit sur brique est moins développé que sur d'autres Ainsi leur caractéristique commune est-elle l'extrê-
supports en "lésopotamie aussi, où les briques inscrites me concision et leur absence d'enracinement local:

44 LES I~SCRIPTI()~S ROV.-\I.ES DE SL'SE


L'ÉrOQCE Aè:CIEè:è:E

~OlitiqUe
dédicace nom titres filiation acte

religieux construction dédicace


1

, - - -

[" ,] pour la Tan- gouverneur le temple d'Inanna, pour sa vie,


Dame bien- Ruhuratir de il a construit
almée Suse

Pour 1nanna,
la Dame de
:V1ckubi
1
1

fille de
Bika>lama
-

t --

l'A.cropolc, gouverneur
sa maîtresse d'Eshnunna,
épouse
bien-aimée
1

l .. , ]

Pour Idadu gouverneur serviteur fils de - ne réappareilla pour sa ne


,
1

Inshushinak, de Suse bien-aimé Tan- pas l'ancien il!' a fait


son seIgneur d'lnshushinak Ruhuratir mur bitumé bâtir
pour (sa) vic - construisit
à l'arrière
de l'Ekikuanna
un nouveau

------t-
mur en briques
cuites
1
,
1
-- -

f~"il l'a""i,
,
Pour ldadu gouverneur servIteur fils de - ne restaura
1

Inshushinak, de Suse bien-aÎrné Tan- pas l'ancien fait


son seIgneur d'lnshushinak Ruhuratir mur bitumé bâtir
pour (sa) vie - construisit
à l'arrière
de l'Ekikuanna
un nouveau
mur en briques
cuites
-- - - -

ldadu gouverneur bicn-ain1é fils de Tan- a bâti


de Suse d'l nshushinak Ruhuratir ! le rempart
1
de l'Acropole
-------
1
,
ldadu roi de fils 1 .. , 1

Simashki
et d'Élam
1 1 1

pour ~aram-Sin et probablement pour Shu-Sin, une font le plus souvent commencer l'inscription de
simple signature, Seul Shulgi précise le nom de la divi- construction par le nom du dieu à qui le temple est
nité dont il restaura le temple (,~, Ces trois inscriptions dédié alors que les rois d'Akkad placent leur propre
commencent par le nom du prince dédicant alors qu'en nom en tête Ô"
:Vlésopotamie s'opposent le plus souvent tradition akka-
dienne et tradition sumérienne: les rois d'Uruk et d'Ur

LES ]è:SCRIPTIOè:S ROYALES DE SCSE 45


L'ÉPOQCE A:'-:UE:'-::'-:E

LES SOUVERAL'\S ÉLAMITES n" 50). La face supérieure, qui était extérieure au moule,
est visiblement moins lisse et moins plane que celle qui
Les inscriptions sur briques des princes susiens du début se trouv'ait au-dessous. La pression des mains du potier
du Il' millénaire, telles qu'elles nous sont connues, sont sur l'argile fraîche est souv'ent visible, provoquant par-
loin de former un ensemble homogène, On constate fois un rebord saillant (cf nO 56, nO 63), Certaines por-
dans le matériau, la disposition et le syllabaire une évolu- tent des empreintes: les n'" 202 et 204 présentent ainsi
tion : quelques briques d'Atta-hushu sont inscrites hori- une croix tracée du bout du doigt.
zontalement sur la tranche et, chez Idadu et .\tta-hushu, Ce sont soit de grandes briques, grosso-modo car-
l'akkadien syllabique apparaît à côté de l'écriture par rées, d'une hauteur entre 30,5 et 33 cm (à l'exception
ailleurs essentiellement idéographique. du nO 34 qui mesure 28,5 cm) et d'une profondeur de
En ce qui concerne la composition de ces dédicaces 31,5 cm, soit des demi-briques dont la profondeur est
Idadu se place, sur bien des points, dans la continuité en moyenne de 14 cm, la hauteur étant semblable à
des inscriptions plus anciennes des souverains suméro- celle des carreaux. Ce module pOUY'ait subir des varia-
akkadiens, En revanche Atta-hushu se caractérise par tions : deux demi-briques non cassées ont une profon-
une grande originalité et des innontions. deur l'une de 18,5 cm, l'autre de 16 cm. Cela éV'oque
donc une certaine irrégularité dans la construction, les
moules n'étant pas aussi uniformément calibrés que
Dynasties d'Awan et de Simashki
par la suite,
Il existe une grande disparité dans les inscriptions des La largeur varie de 5,5 à 7 cm, On peut cependant
deux souverains de la dynastie de Simashki, remarquer que les briques portant le texte akkadien
Celles de Tan-Ruhuratir et de son épouse ~1ekubi sont, en général, plus minces (5 à 6 cm) que celles ayant
sont peu nomhreuses et extrêmement succinctes, ins- la même inscription en sumérien, tandis que celles qui
crites sur de grandes briques d'argile clair, verticale- commémorent la restauration de la muraille sont un
ment sur une tranche; le schéma de l'inscription est: peu plus larges (7,5 à 8 cm). :vrais il n'y a pas de constan-
- dédicace à la divinité et son épithète, te stricte: le nO 40 a une épaisseur de 5,5 cm tandis que
- nom du prince et son titre, le n° 33 mesure plus de 7,5 cm pour ce même temple de
- formule "pour sa Yie», l'Ekikuanna (ces deux textes sont en sumérien),
- construction. L'écriture est plus ou moins soignée; parfois les
signes grêles se confondent ayec la paille; parfois, au
Avec Idadu 69, les briques, jusqu'alors en nombre contraire, bien marqués, nettement dessinés, ils sont
très réduit, deviennent notablement plus nombreuses: placés à l'intérieur d'un cartouche, En ce cas, l'argile et
ce corpus en compte 201 ; leur texte, qui se diversifie, le moulage de la brique sont également soignés,
devient aussi plus précis, commémorant des travaux Le texte est inscrit verticalement sur une tranche,
déterminés. On peut se demander si cette importante Font exception trois fragments qui montrent une dispo-
différence dans le nombre des documents doit être sition en colonnes, sur une tranche inscrite horizontale-
considérée comme le simple fait du hasard, ou si elle ment (nO> 208-210),
dénote un rôle nouveau dans leur emploi, Un espace anépigraphe encadre l'inscription en bas
L' argile présente deux qualités différentes: l'une et en haut. Le plus souvent un trait sépare les diffé-
claire, particulièrement peu homogène, très friable, avec rentes lignes (notamment les lignes 9, 10 et 14, plus
beaucoup de paille, ou autre dégraissant. L'autre est rarement les lignes 12-14) qui peuvent être en deux par-
plus rouge, plus dure et plus lourde. Souvent les bords ties, la fin d'un mot ou de l'unité grammaticale étant
ne sont pas parfaitement rectilignes: ainsi le nO 52 est-il rejetée au-dessous, en retrait.
particulièrement "biscornu», comme si la brique n'avait
pas été façonnée dans un moule, Certaines, au contraire, Un seul texte nous est conservé pour Tan-Ruhuratir
sont très soigneusement moulées (cf par exemple le comme pour Mekubi ; en revanche quatre textes diffé-

46 LES j:'-:SCRIPTIO:'-:S RÜY.\LES DE SCSE


rents inscriyent les briques au nom d'Idadu. Deux n'offrent plus qu'un texte partiel: les briques dont il ne
groupes sont bien attestés: le premier rapporte l'édifica- reste que la partie supérieure commençant par la dédi-
tion, à l'arrière de l'Ekikununa, d'un nOU\'eau mur cace au dieu appartiennent au groupe 1, tandis que si le
(textes n'" 1 et 2) ; le second commémore la restauration nom du roi oune l'inscription, il s'agit du groupe 2. De
du rempart de l'Acropole (texte nO 3). Alors que cette même un fragment ne comportant que la fin du texte et
dernière inscription est toujours en sumérien, la pre- portant tout ou partie la formule NAYI.TI.LA.NISÈ
mière est rédigée tantôt en sumérien, tantôt en akka- ML.L'N.:'iA.Dè appartient au groupe 1.
dien ; c'est la première fois qu'un texte apparaît ainsi
sous une forme bilingue, tradition que l'on retrouye à Ces trois types d'inscription sont représentés de
de multiples reprises (surtout pour des \ersions élamites façon très inégale: on dénombre 179 exemplaires de la
et akkadiennes) avant les trilingues de l'époque perse. Il première en sumérien, seulement 12 en akkadien.
ya là un important problème historique: pourquoi des 9 fragments rappellent la restauration de la muraille.
bilingues et quel en était le texte originel de rédaction) Les caractères en sont notablement plus gros.
La première inscription se compose d'une dédicace à Dans l'inscription bilingue, il est à noter que l'akka-
Inshushinak, suivie du nom d'Idadu et de son titre, puis dien traduit LUGAL par belu. Pour ce qui est des maté-
de sa filiation; enfin la partie consacrée à la construction riaux igaram kupram correspond à É SIG. et igaram dram
elle-même est assez développée. La yersion sumérienne §a epirtim à É SIG, GIBIL SIG. AL.LU.RA. L'idéogramme
et la yersion akkadienne sont presque identiques: on SIG 4 AL.LU.RA est donc traduit non par agurru mais par
note seulement que l'inscription en sumérien comporte epirtu, terme propre à l'akkadien de Suse 7Ci.
*NIN.Mès.EREN et celle en akkadien *Mès.EREN, et que Enfin un exemplaire unique présente une inscrip-
cette dernière mentionne un «ancien mur bitumé", tan- tion (texte nO 4) qui donne à Idadu le titre de «roi de
dis que la première se borne à parler «d'un ancien mur". Simashki et d'Élam,,71. Malheureusement, elle est frag-
Le deuxième texte se présente comme un abrégé du mentaire et parfaitement atypique: elle ne comporte
premier: il ne comporte pas de dédicace, la construc- que le nom accompagné du titre religieux, «l'aimé
tion du rempart de l'Acropole est mentionnée, sans d'Inshushinab" et politique «roi de Simashki et
autres détails; la formule conclusive "pour sa vie, il l'a d'Élam" du prince. Les deux lignes qui suivent don-
fait" est absente. nent curieusement le nom de son père, non précédé de
Les briques entières attestent toutes cette composi- DUMU, signe qui commence peut-être la dernière ligne
tion ; il deyait en être de même pour les fragments qui mutilée du fragment.

LES I:--:SCRIPTIOI'S ROYALES DE SCSI' 47


L 'ÉPOQLE A "CI E"" r:

Dynasties des SUKKAL.J1AH kizzum, deux mentionnent la stèle de justice et une


"le temple bien-aimé».
Les briques de l'époque des SUKK.\L.'>IAH illustrent l'euf fragments ne présentant que la partie supé-
l'évolution de cette dynastie qui se compose très nai- rieure de la brique donnent uniquement le nom du
semblablement de deux rameaux. Dans le premier prince et sa titulature : on ne peut donc les rattacher
temps, Suse est une capitale provinciale et son dynaste avec certitude à tel ou tel groupe.
y exerce un pouvoir essentiellement local. C'est ce Ces briques sont, dans une large mesure, bien mou-
qu'attestent les inscriptions d'Atta-hushu. La seconde lées, avec des bords assez rectilignes (sauf les n'" 234 et
époque est marquée par la prise du poU\oir suprême 262). L'argile en est généralement claire, légère, friable,
par la branche susienne de la dvnastie au détriment et comporte beaucoup de dégraissant végétal, particu-
des potentats du Plateau. Suse est désormais la capita- lièrement abondant dans certaines (n"S 256, 262, 272) ;
le, les dédicaces de ses souverains sont documents quelques-unes sont plus denses (nO; 238, 261). Il ne
d'Empire. semble pas que leur destination ait inf1ué sur le choix de
Est-ce la raison pour laquelle il existe un rapport l'argile qui n'est pas uniforme pour toutes les briques
inverse entre le nombre de documents représentés pour portant la même inscription. Celle-ci est délimitée par
chacune de ces deux périodes, et la variété ainsi que la des traits, tout comme les différentes lignes. L'écriture
spécificité des inscriptions qu'ils portent; est plus (nOS 234, 238, 261) ou moins soignée, les signes,
plus ou moins évolués, ne sont pas stéréotypés (ainsi en
Dans la Suse, capitale provinciale, l'activité du Pas- est-il notamment pour .\D).
teur Atta-hushu a porté sur quatre constructions diffé-
rentes; les trente-neuf briques qui portent le nom Le texte des quatre inscriptions est toujours akka-
d'Atta-hushu ou lui sont attribuées se répartissent en dien mais avec un emploi plus ou moins important des
quatre groupes, d'importance tout-à-fait inégale: idéogrammes (i-Pll-U.Ç dans le n" l, BADÙ dans le n" 2 et
vingt-trois proviennent d'une rampe, quatre du IKNADÎM pour le n" 3).

Synopsis des éléments constituant les dédicaces d'Atta-hushu

dédicace nom titres filiation acte


politique religieux construction dédication

atta-lllLçu sipa ir ki.âg dumu ning tituram fpus


1

eren2 *mùs. eren si/haha


mùs. eren
i

,
1
at/a-husll slpa dumu nin9 labiram ba.dù
1 *rnùs. silhaha kizzum nam.ti.la.
i
eren l/ddis-ma ni.sè
i

alta-husu sipa dumu nin9 alam 1 sa nLSâm


*mùs.eren silhaha kittum la ih::fi
in.na.dîm *utu
1 illa mahirim li.çahissli
llS:â:.

latta-hl/sul sipa sa dumu nin9 é.ki.âg.a.ni l" .]


eren2 silhaha sa fr[isu]
mùs.eren

48 LES l''SCRIPTlO''S ROL\I.ES DE SUSE


,
L'ÉPOQLE A'iCIE~NE

Des briques portant mention des œuvres accomplies évidence le caractère spirituel du concept de vie qui
par Atta-hushu à Suse, les plus nombreuses se rappor- apparaît ici.
tent à la construction d'une rampe; elles sont d'un for- On peut rapprocher de ce texte celui de l'inscription
mat particulièrement grand. L'inscription se caractérise na 4 qui est malheureusement très fragmentaire. Elle
par l'absence de la formule "pour sa vie», peut-être commémore la construction du temple d'une divinité
parce qu'il s'agit d'un travail d'utilité publique et non dont le nom a probablement disparu dans la cassure.
d'un acte pieux. Ce type d'inscription qui se rapporte à Cependant, le texte très comparable d'une lentille,3 au
une réalisation civile est exceptionnel à Suse. nom d'Atta-hushu peut fournir un indice puisqu'il men-
tionne, presque dans les mêmes termes, le temple «aimé»
La restauration du kizzum n relève, quant à lui, du de NIN,É,GAL. On peut donc supposer qu'il s'agit ici aussi
domaine religieux. Le terme labiru, aussi bien que le du temple de NIN,É,GAL, déesse connue par ailleurs à Suse.
verbe edesu, montrent qu'il s'agissait d'un bâtiment déjà Le texte na 3, de teneur toute différente, est très ori-
existant, bien que nous n'en ayons pas trouvé aupara- ginal puisque nulle part ailleurs nous ne trouvons men-
vant l'attestation sous ce terme. Souvent pourvu de l'épi- tion d'une «stèle de justice» (ALAM kittu). Cette
thète ellu, il semble que l'équivalent sumérien en soit «stèle» 7\ qui n'est pas sans évoquer le Code d'Hammu-
É,Kl,KÙ,AN.NA. Par la suite, des dédicaces en attestent la rabi, était décrite par SCHEIL 75 comme «une sorte de
restauration par Kuk-l\'ashur et par Kuk-Kirwash. code rural joint à un tarif agricole, dans le genre de
Le verbe de construction est exprimé par l'idéo- celui que laisse deviner l'inscription de Sin-gashrid, roi
gramme où sous la forme BA.OÙ (et non MU.NA.OÙ d'Uruk (TC XXI, 13 et 14)>>. Il proposait d'identifier la
comme précédemment sous Shulgi et Idadu). stèle évoquée ici avec le fragment «cintré ... en calcaire
L'inscription se termine par la formule traditionnelle blanc (matière locale), publié dans MDP I, pl. 3 et com-
"pour sa vie» (NAM.TILA,NLSÈ) qui exprime la motiva- plété ensuite 76. Celui-ci figure, face à Shamash législa-
tion de l'œuvre pieuse. Le fait que cette motivation teur, un prince arrosant une plante symbolique - attitu-
n'apparaisse pas dans la dédicace de la rampe met en de qui s'explique comme celle d'un ami de l'agriculture

dédicace !
nom titres filiation acte
politique religieux construction dédication
,

Atta-hushu ,i pasteur seryiteur fils de a construit


i
du peuple bien-aimé la sœur une rampe
de Suse d'[nshushinak de Silhaha 1

Atta-hushu pasteur fils de a (re)construit ,!


pour sa ne
d'[nshushinak la sœur le sanctuaire ,
! 1
de Sil ha ha anCIen

Atta-hushu pasteur fils de a façonné celui qui ne


d'[nshushinak la sœur une stèle connaît pas
de Silhaha de justice et le (juste) prix,
l'a fait ériger qu'UTu
sur le marché l'informe
i
i
,
Atta-hushu pasteur fils de la demeure
du peuple la sœur qu'il
de Suse de Silhaha dési[rait? .. ... ]
,
1

LES l'iSCRIPTIO'iS ROYALES DE SLSE 49


Synopsis des éléments constituant les dédicaces des SCKKAL et SLl(KAL.:VIAH

dédicace nom titres filiation dédication construction


1
1

i
,
, temti-agull sukkal susim !
dumu niny-su alla balat ziyanal71 ,fa epirtim
1

,fa siruk-dllh kllter - ana *i/imekarab


8nahhundi fpus
ana balar
8Iila-irtŒ\
ana ba/ati-,511
ana balat
temti-Mfa-
hand
ana ba lat
H'ilhfa
amma hasduk

tel71ti-halki sukkal mah dumu nin9 zh'(l1wlIl


sukkal nim.ma silhaha 1

sa epirtil71
simaSki ses ki.âg 1
*mùs.eren
li mùs.eren.ki sa kurigugu nam.ti.la.ni.Sè in.na.dîm
-

*mùs.eren temti-halki sukkal mah


!
dumu nin9 1
[ ... 1
lugal rablln nim.ma-tim silhaha ,1

simŒfkim ses ki.âg.a.ni


sa kll[rigugu 1

*mûs.eren kuk-nasur sukkal mah dumu nin9 kllkunnam


lugal.a.ni.ir sukkal.nim.ma sa silhaha sa sig4 al.lu.ra
simaski 1
,fa uru.an.na
1

li mûs.eren.ki !
sa *mûs.eren
.
nam.ti.la.ni.sè in.na.dîm
---

:;:mûs.eren kuk-kinvas sukkal mah dumu niny é ur.ku nu.un.gi


lugal.a.ni.ir sukkal.nim.ma silhaha é.garx gibil
simaski sig 4 al.lu.ra
ù mûs.eren.ki é.ki.kù.an.na
uddis
nam.ti.la.ni.sè in.na.dîm
:

et d'un fauteur de ses droits -, tel apparaît Adda-pak- SCKL-\L..\L\II, présentent une grande homogénéité, a\'ec
shu dans notre noU\-eau texte". On ne sait malheureu- des traits dominants constants, sans pour autant être
sement pas la pro"enance exacte de cette stèle qui a pu entièrement stéréotypées. r.a forme courante est:
amir été déposée dans un temple ou avoir été effecti"e- a) dédicace,
ment érigée sur le marché comme le dit le texte. b) nom du souverain,
,'\lors que les hriques et la dédicace de Temti-Agun c) titre politique (absence de titre religieux),
sont très spécifiques et rompent avec ce qui précède d) filiation par l'oncle maternel,
comme a"ec ce qui suit, les inscriptions des e) construction "pour sa "ie».

50 LES l''SCRIPTIO,,"S ROY\LES DE SCSE

c
L'ÉPOQCE ,\~CIE~~E

dédicace nom titres filiation clédication construction

Temti-_-\gun le Régent le fils de la pour la sie de a bâti


de Suse, sœur de Kutir-:\'ahhuntc
Siruktuh pour la sic de pour lshmekarab
!
Lila-irtash un temple de
pour sa briques cuites
(propre) sie
1
pour la ,je de
Temti-hisha-
hanesh
et pour la sic
de sa yénérée
mère \Velkisha

Temti-halki le Régent suprême, le fils de la pour sa \le a bâti


Régent d'Élam, sœur de Silhaha pour lnshushinak
de Simashki bien-aiIné un temple de
et de Suse de Kurigugu briques cuites

Pour lnshushinak Temti-halki le Régent le fils de la 1 .. , J


le grand seigneur suprême, sœur de Silhaha
d'Élam, le frère bien-aimé
de Simashki de Kul rigugu 1

Pour lnshushinak •

Kuk-:\'ashur le Régent le lils de la pour sa ,je a bâti


i
son seIgneur suprèrnc, sœur de un Temple-haut
le Régent d'Élam, Silhaha en briques cuites
de Simashki de l'Acropole
1
et de Suse d'lnshushinak
1

1
Pour [nshushinak Kuk-Kirwash le Régent le fils de la il ne réappareilla pas
son seIgneur suprême, sœur de l'ancien temple
Régent d'~]am, Silhaha nlais restaura
de Simashki l'Ekikuanna
et de Suse d'lnshushinak (asee)
un nouyeau mur
en briques cuites
il (l') a bâti pour sa Yie

LES I"SCRIPTIOKS ROY\LES DE SUSE 51


Cette époque se caractérisa, après des prémices tumul-
L'ÉPOQUE tueuses, par l'unification du Haut et du Bas Pays éla-
MÉDIO-ÉLAMITE mites, sous un pouvoir fort, appuyé sur un important
appareil administratif largement implanté dans les pro-
vinces, qui tendit à effacer les particularismes locaux.
CADRE HISTORIQUE
Suse devint la seule capitale politique de cet État forte-
ment centralisé, le Fars retournant de plus en plus au
pastoralisme nomade et Anshan tendant à être «une
enclave administrative susienne» 77.

Trois dynasties apparaissent à l'époque médio-


élamite 78. Pour la première, celle des «Kidinuides",
d'après le nom de son fondateur, Kidinu - qui porte sur
un sceau cylindre le titre de «roi de Suse et d'Anzan" -,
Suse ne fut sans doute pas le centre du pouvoir. Le culte
du dieu de la ville fut cependant entretenu sur l'Acro-
pole, du moins par Inshushinak-shar-ilani. L'inscription
d'un autre des Kidinuides, Tepti-ahar, est d'un genre
particulier et n'a pas les caractéristiques d'une inscrip-
tion de construction.
La seconde dynastie, celle des Igihalkides, n'eut sans
doute pas non plus Suse pour berceau: ce ne fut que le
troisième souverain de la dynastie qui parvint à établir
son pouvoir sur l'ensemble de l'Élam et sur Suse; son
fils, Untash-Napirisha s'avéra un des plus grands bâtis-
seurs élamites, qui concrétisa son ambition centralisatri-
ce par la création d'une nouvelle capitale politico-reli-
gleuse.
La troisième dynastie, les Shutrukides, est représen-
tée dans le corpus des briques par quatre rois, apparte-
nant, sur trois générations, à une même famille dont les
liens successoraux s'avèrent particulièrement imbri-
qués. Leurs règnes furent longs et le troisième souve-
rain, Shilhak-Inshushinak, déploya une intense activité
en politique extérieure, comme dans le domaine de
l'architecture religieuse, construisant de nombreux
temples à de multiples divinités.

DY?'-JASTIE DES KIDINUIDES

Inshushinak-shar-ilani (xve siècle)


1
Tepti-ahar (xve siècle)

Deux souverains, Inshushinak-shar-ilani et Tepti-ahar,


sont connus par les fouilles de Haft- Tépé, site à une

52 LES I~SCRIPTIONS ROYALES DE SUSE


L' É PO Q DE ,rÉD 1 0- ÉL A~!I T E

vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Suse, qui cor- Le fondateur, Igi-halki 86, qui établit son pouvoir
respond très vraisemblablement à l'antique Kabnak 79. probablement vers 1400, n'a pas laissé de traces de son
Si l'on sait que leurs règnes furent très proches dans le activité à Suse même, alors qu'à Deh-e-Now, à i,5 km
temps, aucun élément ne permet de préciser l'ordre de Tchoga Zanbil, une inscription en akkadien fait
dans lequel ils occupèrent le pouvoir 80. référence à sa royauté sur Suse et Anzan 87. En des
Inshushinak-shar-ilani est encore une figure très temps troublés, après que la victoire du cassite Kurigal-
pâle dans l'histoire élamite : outre le texte de construc- zu eut mis un terme au règne d'un certain Hurpatila
tion, son nom est seulement cité sur un sceau-cylindre sl ; «roi d'Élam» (LUGAL elammat), des forces aux ambi-
Tepti-ahar s,, dans les archives de Haft-Tépé, porte le tions opposées s'étaient affrontées dans une Susiane
titre de «roi» (ESSANA), de «roi de Suse et d'Anshan» politiquement morcelée. C'est probablement en
(ESSANA susi u anzan) ou de «roi de Suse», ce qui est son s'appuyant notamment sur les cassites auxquels les sou-
titre dans l'inscription de construction où sa royauté v'erains de cette dynastie s'allièrent par des mariages,
anzanite n'est pas évoquée. Malgré cette titulature, il que Igi-halki affermit son emprise 88 .
semble qu'il ait choisi d'être enterré à Kabnak, où une Le pouvoir de Humbanumena semble n'avoir pas
tombe, peut-être royale, a été exhumée. encore été parfaitement établi, lui qui dut affirmer hau-
La datation de son règne n'est pas strictement établie: tement sa légitimité sur l'Élam, Anzan et Suse. Il se
il aurait régné aux environs de Bi5 83 ; il serait contem- préoccupa avant tout du lieu de culte de N"apirisha et de
porain d'un Kadashman-Enlil, probablement Kadash- Kiririsha dont on sait l'enracinement anzanite ainsi que
man-En iii l, au début du XI\" siècleS". Les Igihalkides des dieux de Liyan, ce qui met au premier plan la
étant venus au pouvoir à Suse probablement vers 1400, région du Fars. De son père, Attar-kittah, des docu-
il est possible que Tepti-ahar fût un de leurs contempo- ments juridiques ont été trouv·és à Haft -T épé mais non
rains, voire de leurs compétiteurs. La mention d'un pas à Suse 59.
Hurpatila «roi d'Élam» dans les sources babyloniennes, En revanche le règne de son fils et successeur,
d'un roi de Huhnur et d'un roi de Halisrati dans les Untash-I\'apirisha, s'affirma autant dans les guerres
documents de Haft-Tépé, la possible rivalité avec le contre Babylone que dans ses fondations pieuses. Les
fondateur de la dynastie des Igehalkides, évoque un inscriptions de dédicace, à Suse, comme dans la capita-
paysage politique fragmenté, avec un pouvoir central le qu'il fonda, Dur-Untash, attestent d'une activité
éclaté; diverses petites royautés temporaires se seraient architecturale et d'une politique religieuse très
alors constituées, «royaumes combattants» rivaux. Les intenses. Elles sont marquées par une volonté de
maîtres de Kabnak, et temporairement de Suse, fondre les diverses composantes de l'ensemble élamite
n'auraient finalement pas réussi à affermir leur autorité en un grand Élam qui assimilerait toutes les forces
sur l'Élam, qui progressivement serait unifié sous celle politiques et religieuses en une puissante synthèse. "Ce
des Igihalkides. culte amphictyonique fut sans doute la grande idée-
force de son règne»9o.
Alors que sous Untash-Napirisha les constructions
DYNASTIE DES IGIHA.LKIDES
vouées au culte de divinités multiples avaient connu en
Humbanumena Susiane un développement probablement sans précé-
1
Untash-Napirisha (1340-1330) dent et, surtout dans la grande cité religieuse que fonda
ce prince, Dur-Untash, nous ne connaissons aucune ins-
Après la disparition de la dynastie des Sl:KKAL.\L\H cri ption de construction au nom de son successeur
vers la fin du X\" siècle et la courte apparition des sou- Unpatar-Napirisha. Deux textes postérieurs signalent
verains de Haft-Tépé sur la scène su sienne, la dynastie cependant qu'il restaura un sanctuaire d'Inshushinak à
des Igihalkides s'imposa progressivement en Susiane Suse. Durant son règne qui fut assez court, il eut à subir
puis sur un Élam unifié autour des deux pôles la pression assyrienne, ce dont souffrit sans doute son
d'Anshan et de Suse R'. activité de bâtisseur. Bien que son règne fût plus long et

LES 11'0 SC R 1 PT! O1'OS ROY.\LES DE SUSE 53


ses armes plus puissantes, son successeur, Kidin-Hutran Curieusement, Shutruk-l'\ahhunte - dont le père
ne semble pas non plus avoir été un roi-bâtisseur: seules Hallutush-Inshushinak n'est pas connu par ailleurs - ne
des inscriptions postérieures mentionnent qu'il restaura fait nullement référence à son glorieux prédécesseur,
le temple d'Inshushinak à Suse et celui de Kiririsha à Untash-;'\apirisha, mais se place dans la tradition de
Liyan, Humbanumena : il restaura, dit-il, le temple de Kiriri-
Cette absence de témoignage d'activité dans le sha de Livan que celui-ci av'ait construit. Faut-il cher-
domaine des constructions rovales est sans doute révéla- cher dans cette indication un indice d'un berceau com-
trice d'une perte de pouvoir des Igihalkides : la fin du mun de ces deux dynasties' Son fils Kutir-Nahhunte
XIII' siècle est marquée par une rupture dvnastique ; le maintint la tradition et s'occupa également de ce
trône de "Suse et d'Anzan» cesse d'appartenir à un temple. Shilhak-Inshushinak, quant à lui, se rattacha à
descendant d'Igi-halki. Le pouvoir passa à un "homme une continuité cultuelle plus ancienne: il proclame
nouveau», Shutruk-Nahhunte, fils de Hallutush- avoir perpétué l'œune de Hutran-tepti, Kindattu,
Inshushinak qui ne l'avait pas précédé dans la fonction Idadu, Tan-Ruhuratir, Ebarti, Silhaha, Atta-hushu,
royale, du moins à Suse. Sirukduh, Tepti-halki, Kuk-:\'ashur, Kuk-Kirmesh et
Humbanumena (ruhu sak silhahal.

DY:'\ASTIE DES SHUTRCKIDES


Cette dynastie vit la royauté successive de deux fils
Shutruk-Nahhunte (1190-1155) de Shutruk-:\'ahhunte, Kutir-:'\ahhunte et Shilhak-
Kutir-Nahhunte (1155-1150) Inshushinak. Le rôle de la reine :\'ahhunte-Ctu, épouse
Shilhak-Inshushinak (1150-1120) de Shilhak-Inshushinak - et peut-être de son frère aîné-
Hutelutush-Inshushinak (ca. 1120-110) fut sans doute très important et l'on voit apparaître,
avec le développement, dans les inscriptions de Shilhak-
Shutruk-:'\ahhunte inaugura à Suse une dynastie qui Inshushinak, des YCCUX de prospérité pour sa femme et
fut particulièrement brillante, notamment dans le leurs enfants, une famille aux connections multiples qui
domaine architectural, ainsi qu'en témoignent l'abon- nous restent difficiles à déterminer. Quoi qu'il en soit,
dance et la diversité des constructions religieuses réali- Hutelutush-Inshushinak, le dernier Shutrukide attesté
sées à Suse. En effet c'est cette ville qui apparaît alors dans ces inscriptions de construction, deyait occuper
comme le grand centre politique et religieux d'F'Jam : la une position fragile dans cette lignée, lui qui se dit "fils
cité sainte fondée par Untash-:\'apirisha ne survécut pas de Shutruk-l"ahhunte, de Kutir-:\'ahhunte et de Shil-
à son créateur et, par ailleurs, Anzan ne représentait hak -Insh ushinak, frère chéri d' l shnikara b- huh un",
plus, dans une région largement pastorale, dont la puis qui se rattacha à un lointain prédécesseur, Silhaha,
population avait très nettement décru et dont la culture l'ancêtre des SL:KL-\.L.:'L\.H. Cela est sans doute le témoi-
et l'économie se resserrait localement 91, qu'un point gnage d'un imbroglio familial: peut-être des mariages
d'appui administratif et religieux du roi qui résidait au «dynastiques» étaient-ils venus renforcer des droits
cœur de la Susiane 02. Cependant c'est peut-être à contestables à la succession royale; à la légitimité due à
Anzan ou dans sa région, auprès de chefs locaux, que la filiation directe de père en fils a pu être ajoutée celle
Hutelutush-Inshushinak se réfugia lorsque les attaques qui se rattachait à l'autre tradition attestée dans le
de Nabuchodonosor le chassèrent de sa capitale; c'est à monde élamite, qui donnait des droits au "fils de la
Anzan aussi qu'il fit construire un temple à :\'apirisha, sœur» d'un précédent prince régnant. Cet appel à sa
Kiririsha, Inshushinak et Shimut. légitimité était sans doute rendu nécessaire par un aflai-
Du point de vue politique, Shutruk-Nahhunte blissement de son pouv'oir : il fut le dernier de sa lignée
continua de porter le titre «roi d'Anzan et de Suse» car, à occuper le trône de Suse.
malgré la régression très nette que connaissait Anzan, la
royauté sur l'F'Jam était toujours caractérisée par ses Du point de vue religieux, la grande volonté de svn-
deux composantes, le Bas et le Haut Pavs. crétisme qui animait Untash-:\'apirisha et qui s'était

54 LES I"SCRIPTIO"S ROYALES DE SCSE


concrétisée dans la pluralité des temples construits à
Dur-Untash, disparut presque complètement: c'est
vers Inshushinak que sont tournées toutes les manifes-
tations cultuelles. Sauf dans les inscriptions de Hutelu-
tush-Inshushinak - ce qui est peut-être rhélateur
d'une rupture politique et religieuse avec la divinité
poliade de Suse -, le roi lui donne le titre «mon dieu»
(napir-u-ril. On peut interpréter cette nouveauté
comme la marque d'une réaction contre l'attitude
d'Untash-.'\apirisha et un retour à la suprématie incon-
testée du grand dieu susien. Seule la déesse Kiririsha de
Liyan porte aussi ce titre dans certaines dédicaces.
Enfin (le) Grand-dieu est parfois joint à ces deux divi-
nités : la notation par l'idéogramme est ambiguë -
ambiguité peut-être volontaire - mais sans doute le
grand dieu anzanite est-il ainsi souvent intégré au som-
met du panthéon susien. Le rôle primordial d'Inshu-
shinak se marque également dans l'apparition, à côté
du titre purement politique «roi d'Anzan et de Suse»,
d'un titre religieux: "serviteur bien-aimé d'Inshushi-
nak" (libak hanik *insusinakl.
Ainsi ces souverains bâtirent-ils beaucoup dans tout
l'Élam et emhellirent-ils Suse, le cœur de leur Empire et
le symbole de leur puissance, donnant un éclat particu-
lier au culte d'Inshushinak, le dieu majeur du panthéon
et leur dieu dynastique.

Avec Shilhak-Inshushinak apparaît un type d'ins-


cription qui donne un dé\eloppement tout particulier à
une motivation: la vie (takkime) du souverain et de sa
famille. Le genre des inscri ptions de construction prend
en efIet un noU\el essor avec ce prince. Leur texte se
diversifie et s'étoffe. Il v a alors, à la fois, continuité et
recréation: les différents éléments sont repensés, les
expressions stéréotypées renouvelées, les thèmes revivi-
fiés. C'est sans doute là le reflet de l'intense vie religieu-
se insufflée par ce soU\crain à Suse et à sa grande divi-
nité Inshushinak, accompagné de Kiririsha dont il est
toujours précisé qu'elle est "de Livan».

I.FS l''SCRIPTIO''S ROL\LES DE St.;SE 55


L 'É POQ UE M É DI O - ÉLAMIT E

DY ASTIE DES KIDINUIDES 19


lnshushinak-shm'-ilani
Inshushinak-shar-ilani
1
Tepti-ahar
Br. 569-592

*mùs.eren es sana dingir.mes essana su-sr a-na zi-ia-


a-ni
2 sà* mùs.eren i-ru-ub-ma é.dù.a lTe-ip-hal-ki eSsana
3 la-bi-ik i-mu-ur-ma sà li-bi-it-ti
4 u-da -ap-pi-ir-ma sà e- ri-im-li i-pu-us a-hi-Ia
5 eSsana wa-a-ar-ku-u wa-a-ar-ka-al essana pa-ni-i
6 li-ip-ru-is ù essana gi-mi-il-li essana li-ti-ir

Variante
4: Li-da-ap-pir-ma (nœ 569, 560).

«(1) lnshushinak-shar-i lan i, roi de Suse, (1-2) est enrré


au temple d'lnshushinak ; (2-3) co mm e il avait vu que
la construction du roi Tep(ri )- halki était effondrée, (3) il
déb laya ce qui éta it de briques séchées et (4) construisit
à côté e n briqu es cuites. (4- 5) Qu ' un ro i futur, dans
l'ave nir, prenne soin du sanctu aire de ce roi ancien : (6)
a lo rs qu 'un (a utre) roi rend e la bi en ve ill a nce de (ce)
roI. »

P U BLICATION S:
MDP II , nOs 2-3, p. 120- 122 (fa u ssemen t attrib u é à
Tepti-halki), CAMERO:--1, H El 85 sq ., cf T S/ac. nO21 , Ir.
Am. 15 (1980), p. 85.

Br. 571

56 L ES I NSC RIPT I ONS R O Y A LE S D E SUS E


L'ÉPO QU E MÉDI O- ÉLAM I TE

20
Tepti-ahar

R EMARQUES : Br. 593-610


- ziyani sà* mùs.eren irub-ma é.dù.a Itep-halki : le term e
ziyanu renvoie au caractère religieux de l'édi fi ce. II est Ite-ip-ti-a-ha-ar eSsana su-Sf $a-la-am-su LI a-ma-ti-
déterminé par le nom du d ieu ; É.DÙ.A le désigne da ns SU sà ri-mu-Sf-na-ti LI ka-ri-ba-a-ti
son acception maté ri elle: ce terme est cou rant dans les 2 sà as-sà-su LI a-na a-ma-ti-su sà ri-mu-Sf-na-ti i-ka-
contrats de l'époq ue des SUKKAL.MAH pour désigner les ar-ra-ba LI é.dù.a sà e- ri-im -ti
habitations, ou plus généralement les constructions. 3 i-pu-us-ma a-na *mùs.eren be-Ii-su id-di-in
*mùs.eren ka-di-ba-alli-{i-ib-su
OBSERVATIONS: 4 mu-su i-ka-as-sà-da-am-ma 4 sal.mes sà ma-a$-$a-
L'appa rence des briques et leur langue marquent une ru-IÎ é.dù.a zi-il-lu-uh-ti la in-ne-en-di-da-a-ma
évo lution. Ce so nt d es briques ca rrées (35 x 8,5/ 9 x 5 kù .gi la i-qa-al-la-pa di-du-Sf-na i-na tu-ur-ri-e lu
37) o u des dem i-briques recta ng ul a ires (35 x 9/ 10 x su-up-pu-li li-ru-ba-ma su-pa-Ia
14/ 15), épaisses, lo urd es, bien m o ul ées. 6 la-ma-a$-$a-a-li LI ka-ri-ba-a-ti lu $a-al-la hu-ul-
L' in sc ripti o n se déroule de ma n ière continue, sa n s mU-lin-a Ii-sà-ap-pi-ra û ma-a$-$a-ar-ta
colonne, sur un e tranche hori zo nta le, en six ou sept 7 Ii-iz-zu-ra ha-as-sà ki-pa-ru pa-si-su gall1w-a$-$a-
lig nes, souvent délimitée par un cadre. rU-IÎ é. dù .a û pa-Sf-su é.dù.a
L e texte est en akkad ien et l'idéogramme proprement 8 i-na pa-ni-Sf-na li- ik-nu-ka i-na-ap-pi-ir-ma essana
susien pour le roi (ESSANA) en est le leitmoti v. L a com- la-ma-a$-$a-a-ti û ka-ri-ba-a-ti
position est nouvell e et o rig inale: d'abord le roi porte le 9 li-pa-aq-qf-du.-IÎ-ma li-$a-ma li-it-ta-al-ka
titre de « roi de Suse» (Suse étant écri t sy llabiquement),
sa ns au cun e réfé re nce a u H aut Pays. L a mention de «( 1) T epti-a ha r, roi d e Suse, (1-3) a fait sa stat ue et
l'état délab ré de l'a ncien bâtiment et de sa rénovatio n de (cel les) de ses se rva ntes qu'il aime et des divin ités favo-
plus bell e manière est classique, mais l'opposi tion ziyani rables qui intercède nt pour lui et pour ses se r vantes
sà susinak et É.DÙ.A est unique. Pa r ailleurs il est intéres- qu 'il aime, et un temple de briques cuites (3) et il en a
sa nt du point de vu e cultu e l de note r que tout e n fa it d on à 1nshushinak , son seigneur. Qu ' ln shushin ak
conse rvan t le nom de son prédécesseur, l nshushinak- lui acco rde sa faveur durant (toute) sa vie! (4) À la tom-
sha r-ilani ne reconstruit pas le temple à son exacte place bée de la nui t, quatre femmes des ga rdiens du temple
mai s à côté, e n ra ison sa ns doute de l'a bo nd a nce des ne d oivent pas se co nsac re r? au zilluhli et (5) elles ne doi-
déblais. L'appe l aux rois futurs est exceptio nnel dans ce vent pas enleve r des lambea ux d 'or: leurs vête m ents
ge nre d 'inscription; malgré l'emploi de la langue a kk a- doivent êt re attac h és par des li e n s. (5-7) Une fois
d ienne, cette in sc ription ne présente pas de ma léd icti on, entrées, ell es doivent se couc her a ux pieds des divi nités
com m e c'est l'usage en Assyro-8abylonie. protectrices e t in te rcesse u ses ; qu 'e ll es a Il u m ent des

L ES I ~SC RI P TI ONS R O YAL ES DE S US E 57


L 'É P O Q E ~IÉDI O - ÉLA~ II TE

Br. 593
fl a mbea ux? et qu'ell es m o nte nt la ga rde. Le hassa, le
kiparu , le g ra nd prêt re-pasislI , les gardiens d u temple et
le prêtre du temple (8) doive nt sce lle r le temple d eva nt
eLles. (8-9) Au point du jo ur, a près qu 'ils auront vé rifi é
(les statues) du roi, d es di vinités protectrices et interces-
seuses, ell es po urro nt so rtir et s'e n all er. »

P UBLI CATI ONS :


MDP II, p. 121-1 22, MDP IV, p. 167 et pl. 18 nO33,
cf AfO 18,306 iii 12, AfO 24, p. 95-96.
Br. 594
R EMA RQUES :
Des Frag m ents permettent de restitue r:
2 : i-ka-ar-ra -ba LI é.dù.a sil e-ri-im-li
6 : Ii-sil-ap-pi-ra LI ma-a,ç-,5CI-ar-ta

- hlllnnll1a lisappira : le premi er terme de cette propos i-


ton est un hapax d e se ns inco nnu (peut-être un emprunt
à l'éla mite) ; lisappira est sans doute une Forme du verbe
Hama ru 93.

OBSERVATIONS :
A ucun e d es di x- huit briqu es n 'es t e nti ère. Les fr ag-
m ents les plus grands indique nt un form at sa ns doute
Br. 597 légè re m ent supé ri eur à ce lui utili sé sous In sh ushin ak-
sha r-i la ni : le nO 593 m es ure 33 cm de longue ur sur
Il d 'épaisse ur et 22 de profo ndeur (qui est mutil ée) ;
l'é pa isseu r peut être m oin d re: 9,5 cm pour les nOS 599
et 600.
L'éc riture est soig née, les signes très comparables à ce ux
employés sous In shu shina k-s har- il a ni , et c'est d e m êm e
l'a kk ad ie n qui est empl oyé po ur cette in sc ripti o n très
o ri g in ale : ell e n 'est pas ce ntrée sur la constructio n du
temple mai s sur une céré m o nie que d oive nt acco mplir
quatre Femm es, deva nt les statu es qui o nt été faço nn ées
et mi ses dans ce bâtim ent do nt o n sa it seul em ent qu 'il
es t vo ué à I nshu shin a k. Ce rite n 'est pas co nnu pa r
a ill e urs et a ucun é lém e nt ne pe rm et d'en d ev in e r la
Br. 598 na ture, pas plus que ce ll e des «se rva ntes qu ' il a im e ».
REI ~ ER (1973 a) suppose qu' il s'agissa it des m embres
féminin s d e la Fam ille roya le, m e mbres d éFunts à qui
se rait adressé un cul te Funé raire.

58 LE S I"S C RIPTI ONS R O YALE S DE S SE


L ' ÉP OQU E ~ IÉDI O - É L "~I I TE

DY NASTIE DES IG IH ALK ID ES 21


Humbanumena 94
Humbanumena
1 Untash-Napirisha
Br. 611-616

e dingir.gal *ki-ri-ri-sa a-ak *ba-ha-hu-ti-ip-pè


A5Ii-ia-wl-ip-pa li 1*hu-ban-llu-l1le-na sa-ak lar-tar-
ki-tah-kf-ik
2 Ii-ku-me ri-sa-ak-ka4 me-ir-ri-ik ha-ramy ti-ik ka4-
at- ri ha-tal1ls-ti-ik hal-me-ni-ik ha-tams-ti-ik s/'/-un-
ki-ik
3 "5an-za-wl A5su-su-ull-ka.. am-ma ru-ur-na
dingir.gal Ull ha-ni-is lill ha-ah-pu-us si-it-tak me-ell
piHi-ik
4 *in-su-si-Ila-ak sl/-lIIl-ki-lIle Ull du -ni-is ta-ak-ki-lIle-
LI-me ta-ak-ki-Ille fmi-si -illl-nl-uh-me a-ak ta-
s ak-ki-me fri-sa-ap- *Ia-me in-ti-ik-ka4 a-ak si-ia-c/ll
pu-ur-ki-me rU-/'II-l/k pi-ir-re-im-ma
6 ku-kU- LIIl-1111-l1l1l pè-ep-si-ia ku-.fi-ih dingir.gal *ki-
ri-ri-.fa a-ak *ba-ha-hu-ri-ip-pè i du-ni-ih
7 dingir.gal *ki-ri-ri-sa a-ak *ba-ha-hu-ti-ip-pè ta-ak-
ki-me ki-it-ti-im -ma t.i dU-lli-ih-.fi-ni
8 su-ull-ki-me III-ur hi-ih si-ti-ill1-ma un .fa-am-me-eh-
.fi-ni

Var iantes
2: <Ii-kil-me ri-sa-ak-ka. > me-ir-ri-ik (n" 6 12)
5: <a-ak ra-ak-ki-me fri-sa-ab- */a-m e > (n° 612)
8: Li du -ni-il! (nu 613)

«(1) 0 Grand-di eu, Kiririsha et les (dieux) Protec teurs


de la Terre, (di eux) d e Li ya n, m oi, Humba num ena, fil s
d ' Atta r-kittah, (2) je (s ui s) l'ag ra ndi sse ur du roya um e,
le m aître (du pays) élamite, le d étenteur du trône élami -
te, le sou ve rain élamite, le roi (3) d ' Anzan et de Suse;
en raison de la continuité pa r (ma) m è re, (le) Grand -
d ieu m'a choisi et m 'a a im é : la prospérité établi e?, la
co ur o nn e res ta urée '!, (4) 1n shu shin a k m 'a d o nn é la
royauté. (4-5) Pour m a vie, pour la vie de Mishimruh et
la vie d e Ri sh ap- La, pour ce la, le temple d'autre fois
aya nt été co mplètem ent dét ruit?, à son empl aceme nt, (6)
j'ai bâti le kukullIlUIIl re fo nd é 95 et j'e n a i fait d o n a u
Grand-dieu, à Kiriri sha et aux (di eux) Protecteurs de la
Terre. (7) Que (l e) Grand -dieu , Kiriri sha et \es (di eux)
Protec te ur s de la Te rre m e fa sse nt d on d ' un e lo ng ue
vie, (8) qu 'ils m 'accordent un e roya uté continuellem ent
prospère."

P UB LI CATI 0~S :
N °' 6 11 -6 15: tex te id entique de Bend er-B ushir publi é
dans MDP XV, 42 et 90, fi g . 14 (fragment), 88 l, fig. 13
et pl. XIII , 2, pl. X I, 7 ; II et pl. 13, 1, EK I n° 4 c, p. 36-39

L ES I NSCR IPTI O N S RO Y A L ES DE SUS E 59


L'É P OQUE MÉD I O-É LAMITE

(+ 4 b: fragment) , if CEl, nO192, p. 130 ; nO6 16: MDP éléments mer, men, kat représenteraient des sy mbol es du
III, 1-2 et pl. l nOl, EKI 4 a, p. 37. pouvoir (sceptre, couronne, trône) qui co rrespondraient
aux trois fonctions essentiell es du roi d 'Élam 96 . Le pre-
REMARQUES : mier groupe pourrait représenter la nature effective du
- at-tar-ki-tah-ki-ik, ri-sa-ak-ka4, su-su-un-ka4, ta-ak-ki- pouvoir de Humbanumena, le second éta nt le titre tra-
me-u-me : la graphie de ce tex te choi sit de préférence les ditionnel des souverains du Grand-Élam, symbole d e la
signes à valeur première sonore ou emphatique (GI pour double monarchie.
ki, QA pour ka4, DA pour ta) ; il n'est pas possible d e
d éterminer si cela relève du syllabaire employé par les - al11l11a tur-na : cette réfé rence à la légitimation par la
scribes de Humbanumena ou si cela trahit des faits pho- filiation matrilinéaire est importante pour comprendre la
nétiques d ialectaux (qui probablement, en ce cas, ca rac- venue de la nou vel le dynastie au pouvoir. On peut en
tériserai ent la région de Li yan ). rapprocher l'expression akkadienne d e l'insc ription sur
agate de ce même roi où Inshushinak est associé à Napi-
- *baha-huti-ip(p)e : la transc ription peut aussi être DIN- risha pour attribuer à Humbanumena un destin royal (sa
GIR *baha-huti-ip(p)e (<< les dieux ses protecteurs,,). istu !ibN ummeSu DINGIR.GAL Il *MÙS.EREN MU-su ibnu 9ï).
Plusieurs sens ont été proposés pour tuma 98 : je le rat-
- merrik hatamtik katri hatamtik halmenik hatamtik sunkik tache pour ma part à la notion d e continuité, noti on
ASanzan ASsusunka : la titulature politique de Humbanu - importante pour la dynastie, que l'on trouve reprise par
mena comporte cla ir e m e nt d e u x niveaux: ce qui U ntas h-Napirisha (cf tur-hih).
concerne l'Elam (avec son nom vernac ulaire hatamt-) et
la roya uté sur le binôme Anzan-Suse. Seule cette secon- - sit-tak me-en pissik : ce découpage paraît plus sa tisfai-
de composante est reprise par son successe ur. Les trois sant que celui qui fait de me un suffixe du sy ntagme

Br. 611

60 LE S I NSC R I PTIO NS R OYALES DE SUSE


L' É P OQU E M É DI O - ÉL A MITE

nominal sit-tak et de en une varia nte pronominale. Ce tte Les d ieux invoqués sont par ailleurs propres à Hum-
phrase commence rait donc pa r deux propositions exp ri- banumena. Il est en effet exce ptionnel que n'apparais-
man t les circonstances de la venue au pou voir, à Suse, se pas à ce tte place, dans une inscri ption susienne, la
d' une nou velle dynastie. di v inité pol ia d e, In shu s hin a k . L'assoc ia ti on
DINGlR.GAL-Kiririsha-dieux protecteurs de la Te rre es t
- siyan purki-me ruruk : il est vraisemblable que ruruk umque.
exprime une disparition quasi-totale, après une longue En outr e la graphie idéog rap hiqu e DINGlR.GAL qui
période d'abandon, de l'ancien lieu de culte que Hum- sera celle du nom du fils et successeur de Humbanu-
banumena ne put donc restaurer; ruru - peut être une m ena es t importante. Peu de nom s d ivins sont ains i
fo rme redoublée à valeur intensive du verbe ru - expri- notés de manière non phonétique. L a lec ture de cet
me la notion de coupure et de cessatio n. Le roi fit donc idéog ramm e a été longtemps débattu. Ce «Grand-
une nou velle fondation, san s doute accompagnée de di e u » es t sa n s doute Nap iri sh a (napi risa «di e u
tous les rites de sacralisation et des dépôts de fond ation g rand » e n élamite), le pa rèd re d e Kiriri sha et dieu
nécessaires. suprême du panthéon anza nite. Mais le fa it que so n
nom apparaisse toujours en idéogramm e n'est assuré-
- piuemma : li ttéralement <<à l'intérieur ». ment pas sa ns ra is o n . Un e telle n o ta ti o n pouv a it
recou vrir n'importe quel Grand dieu, dans les diffé-
OBSERVATIONS : rentes régio ns de l'Élam, favo risa nt peut-être un syn-
D es six briques de Humbanumena (nos 611 -6 16), deux crétisme vo ulu. Le tr ad uir e sys tém atiquem e nt par
sont entières (nOS 611 et 612) ; ce sont des demi -briques Napirisha m asquer ai t peut-être la vo lo nté politico-
de 33 cm de longueur sur 8,5/9,5 cm de hauteur et 15 de religi e u se d ' union et d'assimi lation a ffirm ée par
profondeur. I.:argile est ocre, dense et fine , l'écriture soi- Humbanumena et, plus encore, par son fil s.
g née et régulière; des traits délimitent les huit lignes de
l'inscription dont le découpage n'es t pas constant.
Le n° 616 diffère : alors que les autres briques sont ins-
crites en longueur su r la tranche, celle-ci se présente à la
ve rticale. La brique est moin s la rge que les a utres
(6,5 cm) ; elle est mutilée et ne présente que le nom du
prince mais il ne semble pas y avoir eu la place nécessai-
re pour la totalité de l'inscription.

Cette inscription inaugure, dans ce corpus, les textes en


élamite. Il est com posé selon un schéma de base qui sera
largement poursuivi par la suite :
- in vocation aux dieux;
- fi liation et titres du prince ;
- reconstruction du bâtiment:
= pour la vie du prince et de sa fa mill e,
= en refondation ;
- déd icace aux d ieux.

Ce pendant quelques éléments et quelques formul ations


lui sont spécifiques :
- la légitimation de sa fonction royale:
=par le droit maternel,
=par le rétabl issem ent de la prospéri té;
- la refondation presque ex nihilo du temple, par suite
de la dispariti on de l'ancien bâtim ent dont seull'empla-
cem ent semblait subsister. Si cette inte rprétati on es t
exacte elle indiquerait une longue période d 'aba ndon de
ce culte officiel à Suse.

L E S IN SC RIPTI ONS ROYALES DE SUSE 61


L' É P O Q LI E ~I ÉD 1O - ÉL.U-I I T E

22
Untash -Napirisha
Br. 617-619 RE MARQ UES :
- siyall *pinigir-me lIpar hussip-me : le temple est qu alifié
Texte 1 pa r le nom d e la di vinité à laquelle il est consac ré et par
1 ti Iun-ras-dingir.gal sa-ak l ':'!1lI-UI1I-ball-IIU-lIIe-na-ki le déterminant upar hussip, dont le se ns a été et reste di s-
2 su-un-ki-ik an- za-an su-su-un-ka si- cuté 99. C'est probablem ent le term e ve rnacul a ire pour
3 -ia-an ' jJi-ni-gir-me ti-pa-ar hU-lIs-si-ip-me ku-.fi-ih " brique cuite" , employé uniquem ent par Unta sh- Na pi-
ri sha et Hutelutush-ln shushina k, les autres in scriptions
«(1) Moi, Untas h-Napiri sha , fil s ci e Humba num ena, (2) d e co nstruction en élamite emprunta nt le terme akka-
roi cI 'Anzan et cie Suse, (2-3) j'ai bâti le templ e de Pini- dien eriemum. On ne peut ce penda nt exclure les hypo-
g ir en briques cuites." th èses présentées pa r STÈVE (<< te mp le a u x vo ûtes d e
briques,, ) et pa r V ALLAT (<< aux briques peintes" 100) . La
P UB LI CAT IONS : fo rm a tion du syntag m e sivan-ND-hussip-me se di stingue
MDP XXX II , nOXlIl , 1, (m êm e formula ire, ci e T choga ci e celles qui ex prim ent la qualité du maté ri au employé
Za nbil , pour le templ e des Na pratep), EKI nO6 d , 41. (cf p. 153-154).

Br. 619

mIrr ~ v;+ ~, ~ ~ r ~ ~ ~ rf< Ti- ~ W


~ r+r
~~~~~ {if7r ~~ ifHtrT t:=-4fFr ~i-r
~ ,...,;( }-5( ~r- ~1C:f- Arr ~ ~ Hf< ~~P--U: wT Ti- ~.f- ~~

62 LE S I NSC RIP TI O K S R O Y A LE S DE SUS E


L ' É P OQU E ,\IÉD I O- É L A .\IITE

23
Unta:;h -Napirisha

Br. 620-639 - *upurkubak : Untas h-Napiri sha introdui sit à Suse -


m ais non à Dur-U ntash - le culte de cette impo rtante
Texte 1 b di vinité de la région de G otva nd 10 1.
1 Li IUII-tas-dingir.gal sa-ak l/nl-bal1-um-l17e-l1a-ki su- - sarikku kus I D-na: la lecture et le se ns d e cette ex pres-
ull-ki-ik sion sont ince rtains. O n a aussi lu sa-ri ik-ku, sa-ri-ik- KU ;
2 al1-Z(l-al1 .su-su-lIl1-ka si-ia-an " û-pur-ku-ba-ak-me ce déta il co nce rn e probablement un e dim ension impor-
su-un-ki-ip
Br. 638
3 Li-ri-pu-pi Sll -SU-UII illl-m e ku-si-ih-.fi-l17a Li a-hl-me-
lu ku-.si-ih
4 hi-se a-ha [a-ah a-ak .sa-ri-ik-ku kus I D-na ku-§i-ih

«(1 ) M oi, Unta sh-Na piri sha , fil s d e Humba num ena,
(1-2) roi d 'Anza n et d e Suse, (2-3) le temple d ' Upurku -
bak que les rois, m es prédécesse urs, n'avaient pas bâti à
Su se, (3) je l'a i bâ ti sur l'Ac ropole; (4) j'y a i pl acé ce
nom et j'a i bâti un soubasse ment? de 10 coud ées. "

P U BLI CATIONS :
MDP rrr, nOXX II! et pl. VT, 1 et 4 ; MDP XI, nOXX II I
bis et pl. rrr, 3 ; EKT nO14 et 14 a, p. 68,

R E~ I A R Q U ES :
- Ifnlbanlll1lena : da ns cette insc ripti on, le no m du pè re
d ' Untas h-Napiri sha n'est jamais précéd é du détermina-
tif di vin.

Br. 620

L ES I NSC IU P TI ONS R OY A LES DE SUS E 63


L'ÉPOQUE MËD I O.ËLA MITE

24
Untash -Napirisha
tante d u bâtiment. Darius (D Sf) apporte une détermi- Br. 640-690
nation comparable à propos des fonda ti ons de so n
palais. Texte 2
1 li Iun-ras-dingir.gal sa-ak h hu-ban-um-l1le-en-na-ki
OBSERVATIONS: 2 su-un-ki- ik an-za-an su-su-un-ka si-ia-an
Notices 22, 23. 3 ku-si-ih *a.é.a-essana un rU4-ni-ih
23 briques d ' Untash -Na pirisha portent une inscription
de structure simple : Variantes
- nom et titres du prince, 1: Iw-um -ba/l-nu-me-na-kilhu-um-ba/l-/Iu-me-
- construction: tem pie + ve rbe de la construction. en- Ila-ki
Elles appa rtiennent a ux temples de Pinigi r et d'Upur- 2: zu-ull-ki-ik
kubak . La formu lation la plus simple est employée dans si-a-an (nO 65 1)
les briques qui sig nent la construction du temple de la 3: Li l in
déesse Pinigir. Ce schéma de base est un peu étoffé dans du-ni-ih
l'inscription q ui concerne le temple d 'Upurkubak : il Par ai lleurs, siyan peut être dé terminé:
s'agit en effet d'une création; Untash- apirisha innove - pal' ubqwnimma '02 (nOS 648-660 : tem ple dédié à Inshushinak),
par rapport à ces prédécesseurs. Auc un élément ne per- - pa r ahimimma lO3 upal hussip (nO66 1 : temple d édi é
met de préciser les circonstances d e l'introduction de ce à Pinigir),
culte su r l'Acropole. - pa r upat hussip (nOS 663-664 : temple d éd ié à Ish ni ka rab),
Le déta il qui concerne les mesures est un hapax dans ce - pa r silin '()4 (nO662: temple déd ié à lM et Shala),
corpus et doit sans doute noter le ca ractè re exceptionnel - remplacé par aJtam (nOS 640, 665~73 : temple dédié à Pinigir).
de la construction. En revanche la qualité de la brique
n'est pas spécifiée. «(1) Moi, Untash- apirisha, fils de Humbanumena , (2)
roi d'A nza n et de Suse, (2-3) j'ai bâti un temple; (3) j'en
Des trois briques provenant du temple de Pinigir, aucu- a i fait don à Ea?-sunkir. »
ne n' est complète: la mieux conservée (no 6 17), cassée
seulement dans sa longueur, mesu re 8,5 cm de haut, II P UB LI CATIONS:
de p rofondeur et 16,5 de longueu r. L'argile en est de MDP III, nOII (dédié à Ea ?-sunkir), nOIII (asram, dédié
teinte rougeâtre. à Pinigir), nOVI (dédié à lM), nOXXI, nOXXII (dédié à
L es briques du temple d ' Upur kubak sont plus nom- In shu shin ak), MDP V, p. 87 (déd ié à Ea ?-sunk ir),
breuses (nOS 620-639) ; ce sont soit d es briques «carrées», nOXXII bis (déd ié à Inshushinak), MDP XXXII, nOX,
de 30 à 33 cm de côté, soit des «demi-briques » de 32,5 à na XVII (d e T choga Z a nbil ), MDP X LI , na 8, nO II ,
33 cm sur 14. La hauteur est de 7 cm. nO 12, na 14, na 33 (de Tchoga Zanbil), EKI na 5 a-e et
L'argile est de qualité variable: soit rougeâtre soit plus 6105 .
claire, plus ou moins fine , pa rfois granuleuse, ell e peut
comporter de la pa ille. OBSERVATIONS:
51 briques d'Untash-Napi risha portent une inscription
Les signes sont le plus souvent carrés, nets, soignés; l'ins- de structure à trois éléments :
cription est pa rfois délimitée par un cadre, des traits sépa- - nom et titres du prince,
rent les lignes. Le découpage des lig nes (trois lignes pour - construction: temple + verbe de la construction,
le premier texte, quatre pou r le second) connaît peu de - dédicace à un d ieu.
variantes: dans le nO623, susun commence la lig ne 3 et
dans le nO630, uripupi a ppartient à la ligne 2 ; en fin les Ce type d'in scriptio n se ren co ntr e pou r d es templ es
nOS 638 et 639 présentent un texte répa rti sur sept lignes. d éd iés à d ivers die u x o u qu a li fiés diversement. Ces
d ieux sont Ea?-sunk ir, Inshush inak, Pinigir, lshn ika rab
ou le coupl e divin lM et Shala ; ils peuve nt être qua li fi és
par leur matériau (ubqul1lil1l(l1l)a, lIpar hllssip), leur loca-
lisa ti o n (alumimma), par leur fonction (aslam 106, silin , si
tel est bien le se ns des nomin aux en -in).

64 LES I N SCR IPTI ONS R OYA LE S DE S US E


L'ÉPO QU E ~IËDI O- ÉLAM I TE

mr T $1IIf ~ ~ ~r-1=Pr ~ TérH+< ~ ~rr- ~ r~ J1gr


~ Ffr1lIf M ~r~ i{:f Tf rw- ,§j p R~ ~?=r ~ lf ~
~r -'if- ~~ r--'v;" rf ?pIrT Tf Jrr<'<' f=r~ ~ !Tf' ~
\...

Br. 643 Br,644

Br. 657
q ui po rtent l'insc ri ption nO 1. Pa r ailleurs, il est notable
q ue ce ll es d' un te m ple de Pini g ir (q ue ce tem ple soit
d és ig né se ul em ent com me siyan , ou plus p réc isé ment
co mm e siyan. alumim(I1I )a, o u enco re qu 'il s'agisse d e
l'astam) so nt nettement plus long ues (39,5/40 cm).
L'a rgile en est dense, de teinte rougeâ tre.
Les sig nes so nt le plus sou ve nt g rêles, bien sépa rés les
uns des a utres et ne rempli sse nt pas toute la lig ne qui est
d élimitée pa r un tra it; l'insc ripti o n es t so ig née m a is
peut se prése nter de bi ais (nOS 642 et 654).
Q uel qu e soit le tem ple conce rn é, il ex iste des briq ues
in sc rites sur un e et sur de u x t ra nches co nséc uti ves.
Presque toutes les briques non mutil ées so nt des d emi - Gé néra lement, les d eu x tra nches portent une insc rip-
bri q ues de 34/35 cm de long ueur, 16/ 17 d e profondeur t io n qui se co nti n ue li g ne à li g ne m a is, da ns six cas
et 8 de ha uteur ; c'est d ire que, d 'une ma nière gé né rale, (nos 646-647, 656-657 et 672-673), l'i nsc ri pti on, e nti è re
ell es éta ie nt d' un modu le un peu plus g ra nd que ce ll es sur chaqu e tra nche, est répétée deux fois.

Br. 658 (1) Br. 658 (2)

I. ES I NSC RIPT I O N S R O YAL ES DE SUS E 65


L'I~ POQUE ~ I É DI O - É L A~'I ITE

25
Untash-Napirisha
Br. 691-788 «( 1) Mo i, Untas h-N ap iri sha , fil s d e Humbanumena ,
( 1-2) ro i d ' Anzan et de Suse, (2-3) J'a i bâti le te mple de
Texte 3 Pinig ir e n briques cuites: (3-4) j'y ai installé (un e) Pini -
1 û Iun-Tas-dingiLgal sa-ak hl1lt -ban-nu-me-lla-ki SlI- g ir e n o r ; (4-5) qu e l'œ u v re qu e j'a i réa li sée so it, e n
un-ki-ik offrand e d e ma part, agréa bl e à Pinigir-d u-siyan-kuk !»
2 all-za-an su-su-un-ka si-ia-all *pi-Ili-gir-me û-pa-aT
3 hu-us-si-ip-lI1e ku-si-ih *pi-ni-gir /a-an-si-ti-ra P UBLI CATIONS :
4 ir a-Iw-ar mu-ur-Tah hu-uT-rak ha-/i-ik-lI-lIle "'pi-l'Ii- MDP III , nO V (dédi é à lM et Shala), nU V II (d édi é à
gir Nab u ), nO V ITI (d édi é à Shi mut e t Bele t-a li ), nO rx
5 si-ia-an ku-uk-ra U/-/i-I/{/ Te-la-ak-ni (d éd ié a ux Naprate p), nOX (déd ié à Hi shmitik et Ruhu-
ra tir) ; MDP XXX II , nO X TII (d édi é aux Na pra te p),
Va riantes nO X I V (d éd ié à Nabu) , nO XV (déd ié à Pini g ir ),
1: hu-ltIll-ban-nl,I-lIIe-na-gi ; ZU-l/I1- ki-ik nOxxnr (dédi é à Sh imut e t Belet-a li ), n° xxrv (déd ié
4: a-pu-lm a-lw-an (lo rsqu'il s'agi r d 'un couple divin) à lM e t Sh a la) ; MOP XLI, nU 10 (d édi é à Pini g ir),
la-an-<si->tj-ra (nO694) nO 13 (d édi é à l M et Shala), nO 15 (dédié à S himu t et
la-an-si-lip-pa (lorsqu'il s'ag ir d 'un couple di vin) Belet -a li ), nO 1ï (d éd ié a u x Na pra te p), nO 19 (dédi é à
la-C11I-si-ti-ip a-gi-ik (nO717) Hi shmitik e t Ruhura tir), nO 41 (dédi é à la bu ) ; EK I
la-an-si ti-<ip->pa (nO72 1) nO71 a-b, Il a-d o
Par ailleurs le nom divin peut v~H i e r :
Durre Pinigir ( n ~ 69 1-706), o n trouve Na bu ( n ~ 707-7 19) ou REMA RQUES :
l'ap rarep (nO' 720-73 1) o u les coupl es di vins. Shim ut e l - siyan-kuk : c'est le nom qui d ésig nait à Our- Unta sh
Beler-ali ( n~ 732-741 ). Na pirish. Cl Bclel-ali (n~ 742.743). l'espace reli gi e u x où U ntas h -Na piri sha fit éleve r un e
lM cr Shala (nO' 744-76 1), H ishmitik et Ruhuratir (n"' 773- z iggoura t et d es temples à di ve rses di vinités qu ' il dési-
788); le no m d ivin est cassé dans 773-788, rait y voir réuni es dans un la rge culte a mphi ctyonique.

Br. 708

66 L ES IN SCR IPT I ONS R OYA L E S DE SUSE


L 'É P OQU E ~IÉDIO - É L\ ~I I TE

- "'pilligir /allsitira ir ahar lIIurtah : il s'agit de la statue - hurtak ha/ik-ti-me : qu elles qu e soient les d iverses tra-
représe ntant la di vinité, tém oin et support de sa prése n- ductions l Oi d o nn ées à ce sy ntagm e consti tu é d e d eux
ce dans le templ e . À l'e ncontre du texte d e Shilha k - participes passifs déte rminés par le pronom d e premi ère
Inshu shin ak (nO4), le mot «statue » n'est pas ici ex pri- pe rsonn e, il d és ig n e la const ru ction effec ti vement
mé, ce qui trad uit peut-être l'imm édiateté de la présen- accompli e qui fa it l'objet d e la dédicace au di eu.
ce divine; la composition du ve rbe «in sta ller» (lIlur+ ta-l,
rend aussi compte de la présence effective du dieu sur - Iil1a te/ak-lli : le co ntexte pe rmet de d éterminer le se ns
terre (m/lrul1 ) pa r l'entrem ise d e sa statue. Il est d e plus gé néral du ve rbe [ela- ; cepend ant plusieurs traductions
possib le que le ve rbe [a- puisse pre ndre , da n s des en sont poss ibl es, cf EW p. 3 16 «es sei dargebracht " ;
contextes d éfinis , le se ns préc is d e «intro ni se r » : c'est R EI~ER, 1969, p. 95 «mal' be accepted?» , p. 105 «accep-
probablem ent à un e cérémon ie d 'intronisat ion qu e fa it table"» , GRILLOT, 1973 «que (mes œ u vres), en don, te
allusion cette ex press ion. soient agréa bl es » ; STÈVE, 1987, p. 18 «qu e m on œ uvre
soit dédi ée à .. . ».
Br. 735 ( 1)
OBSERVATIONS:
Ce tex te, insc rit sur la tra nch e comme c'est la coutume
sous Untas h-Na pirisha, a pparaît sur d es d emi -briqu es
(38/39 cm de long sur 16 à 18 cm de profond eur et 9 d e
h a ute ur ), p lu s no mbr e u ses qu e les briqu es ca r rées
(nOS 732 et 733 du temple de Shimut et Belet-a li . nO< 754
et 755 du te mple d e lM et Shala) . Ce rta in es so nt in s-
cr ites sur deux tra nches, que l'insc ripti on comme nce
sur le petit côté (nOS 695, 722, 725, 742, 752) ou su r le
g ra nd côté (no< 697, 698,724,730,739, 753).
L'a rgile, parfois oc re, est plu s so u ve nt rougeâtre; les
caractè res so nt la plu part du temps fins, très séparés,
Br. 735 (2) soi g nés; plus rarem ent, il s évoq ue nt un e éc riture e n
«pattes d e mouche» (pa r ex. nO69 1).
L'in scr iption comporte en gé néral quatre lig nes, pa rfois
cinq (uniquem ent lorsq u 'un e seul e tranche est in sc rite),
rarem ent troi s (nO 750). Ell e est constitu ée pa r quatre
éléments:
- nom et titulature du souve rain,
- construction du temple,
- introni sation d e la statue d ivine,
- d édicace a u(x) d ieu(x).

Br. 745

LE S I I'S C RIPTI O :-.'S R O YALES DE SU SE 67


L'É P O Q U E MÉD I O- ÉLA~ II TE

26
Untash -Napirisha
Br_789 di vine conférait à celui qui le touchait une sorte d 'immu-
nité, un droit d 'asile sac ré» (MDP XLI, p. 77-78) 108.
Texte 4
1 û lun-tas-dingir_gaJ sa-ak 1*hll-um-ban-nu-l1Ie-na- - siyan-kuk ullu-ruk siyan-kuk simas : la proposition qui
kf-ik su-un-ki-ik se rapporte au Sanctuaire comporte d eux ha pax dont le
2 an-Z(l-an su-su-un-ka a-i-ill ku-le-en ti-pa-al hu-us- se ns n'est pas assuré. Plusieurs interprétations en ont été
si-ip-me pro posées l09 Je reprend s pa rtiell em ent l'h ypoth èse de
3 ku-si-ih dingiLgal in du-n i-ih si-ia-an kU-lIk ul-Iu- G RILLOT qui décompose ul/uruk en ullu «<offrande») + ru
ru-uk si-ia-an kll-uk (<< tranch er » , «f0I11pre», «arrêter », «ou vrir ») + k (nlarqu e
4 si-ma-as hll-Ul-tak ha-li-ik-û-me dingiLgal in le-Ia- du pa rticipe pass if) . Mais je propose un sens positif : non
ak-n i pas «cesse r l'offr a nd e», m ais, a u co ntra ire «d éc ide r »,
«o uvrir » les o ffr a nd es, d 'o ù a u pass if d 'é ta t «do té
«(1-2) Moi, U ntas h-Na pirisha , fi ls d e Humbanum ena, d 'offra nd es ». Ce tte phrase se trou ve en e ffet d a ns la
(1 -2) roi d ' An za n et de Suse, (2 -3) j'ai bâti une Ma ison- partie qui conce rne la remi se de l'œu vre du roi au d ieu,
d e- ju sti ce e n briques cu ites ; (3) j'e n a i fa it do n a u o ù se r a it d o n c évo qu é l'é ta bli sse m e n t d es rit es
G ra nd -di e u: (3- 4) le s iy all-kuk aya nt é té po ur v u? qu'implique la conséc rati on du Sa nctuaire. simas a sa ns
d 'offrand es ritu ell es?, il a bé ni ? le siyan-kuk _ (4) Que d o ute le d ie u pour suj et et ex prime, du point de vue
l'œ u vre que j'ai réa li sée soit ag réable au G rand -d ieu !» di vin , ce que rend , du point de vue hum ain, l'ex pres-
sio n i sima lah , pour lequel le sens proposé par REINE R,
PUB LI CATIONS : «d éd ie.,>, m e sembl e très sa ti sfa isant.
MDP III , nOXV ; MDP :XXXII , nOXX I, 1, p. 65 ; MDP
XLI , nO38 et pl. XV, 4 ; EK I nO8, p. 45-46. OBSERVATIONS:
Un e se ul e briqu e p o rte le tex t e m e nti o nn a nt la
RHIA RQ ES : co nstru cti o n d e l'ain -ku len . C'es t un e d e mi-briqu e,
- ain kUlell: probablem ent un <<lieu .. . où s'exe rça it la jus- entière, de 38 cm de longueur sur 9 de hau teur et 17 de
tice ; un emblème, un sy m bole matériel de la pui ssa nce p r o fo nd e ur, insc rit e d ' un tex te co ntinu s ur d e u x
tra nches ho ri zo ntales. Les ca ractè res so m assez gros et
Br. 789 irréguliers.
L'inscription, qui se compose des m êm es élém ents que
la précéd em e, com po rte en outre un e formul e unique
co nce rna nt le siyan-kuk.

i=11fr~I1!(7jEf'~Jf-~~r~ttr~ 4- ~ rr~ r:rt~ ~ ~mf ~>1fff~ ~.{


~ ff ~ M M' Wrnrr~lf ~ ~ fif.t;tf~ J=lrr.if ~ rR .it..8f< ~ 17rr Tr
~~ 1r 1ftfi-~Yr« tTf ~rr}f f-FTf ,.;r A ~-rr~ -<tp fooTr-<f1 ~ t1f W ~ 1=[ ~~
rr;:HFr~ ~~ tÇ> Tf ~ ~t~ ~rrrr- ,.kW- :.f/iF-- ~ ~;.W- Af

68 L ES I NSC RIPTIO NS ROYA L ES DE S SE


L ·tpOQU E MÉD I O -É LAMITE

27
Untash-Napirisha
Br. 809 ( 1)
Br. 802-909

Texte 5
1 Li lun-tas-dingir.gal sa-ak hhu-um-ban-nu -me-na-ki
su-un -ki-ik
2 an-za-an su-su-un-ka pi-el ki-it-ti-im-ma na-{l-l1le-
lu.-uk-ra
3 su-un-ki-me 1U4-ur hi-ih si-il-me hi-en-ka in-ti-ik-ka
a-kf
4 si-ia-an dingir.gal-me ku-si-ih dingir.gal si-i{l-an
ku-uk-ra du-ni-ih hu.-ut-tak ha-li-ik-
5 tl-me dingir.gal a-ak *in-su-si-na-ak si-ia-an ku.-uk-
pa li-na te-la-ak-ni
Br. 809 (2)
Varia ntes
1: sa<-ak> (nO848)
2: fki-i]I-li-im-ma na ma na-a-me (nO83 1)
<ki->it-ti-im-ma (nO823)
su-<un->ki-me (nO860)
3: si-ia-ia-all (nO823)
II/.<-ur> (nO849)
zi-il-me
4: *na-<zi->il (nO808)
si-ia-an dingir.gal<-me> (no 839)
du-ni-ih
4-5 : ha-a-li-ik (n° 815)
Br. 838
ha-li-kl/-me (n° 88ï)
*in-su-us-na-ak (n~ 835, 855, 857)
*in-su-si-na-a-ak ( n~ 848, 850, 851)
le-<Ia·>ak-lli (n° 808).
Par ai ll eurs le nom div in peut va rie r :
o utre (le) G rand-die u ( n O' 830-858) , o n tro u ve Nazit
(nO' 802-822) ou NUN-LUGAL " 0 (nO' 859-873) ; a pparaît
aussi un temple du Grand -dieu et lnshushinak , dit siyan
mielki iliini (n~ 823-829). L e nom di vin est cassé dans les
nO874-908.

~~I~ W:-~~~8T?PJfr~rRP-~ril;.~ rgf=E-#[~Er{


~;;sr~~~HfT~~~~~~-tr4H'~H,crr~l1-m-~~
Qjjf~~ ~41J prr!z~ ~ ~W;$frr~~ J=1ffFr.dt#:~;f!]i·t::J!f;tflf ~~
~r.E!ff r;.n-Y~~1Fif- ff1f*~tf';1tW«RF~l$ ~ PrlFff~.t:fJ:~W~~
mrr-~~ w ~#frf- ,1rAf~#:.~WrKif}:lt-4/~~l;trmTfFi-}fr$

LES I K SC RIPTIOKS R O YALES DE SUSE 69


L'EP OQUE YII: DIO - É L .H I I TE

«(1-2) Moi, Untash-Napirisha, fil s de Humbanumena, qui ». Le suffi xe -k indique la va leur d'état résulratif q ue
roi d 'A nza n et d e Suse, (2-3) pour qu e, (prince) touj ours prése nte ce rre forme dé ri vée de la racine me/ru) qui
comblé au long des années, j'a i une royauté continuell e- se mble ex primer - co mme miu/ l14 - la nature profonde,
m ent prospère, c'est à cette intenti on que (4) j'ai bâti le esse ntiell e, d 'un être. Enfin le «préfi xe» en préc ise une
templ e du Grand-dieu; j'en ai fait don au Grand-dieu mod a lité, ici la tempo ralité : le co mposé ex prim e le
du siyal/-kuk. (4-5) Que l'œ uvre qu e j'a i réa li sée so it dérou lem e nt qu otidi en de la fonction p rin cière tell e
ag réa ble e n offrande au Grand-dieu et à In shu shinak qu 'e ll e a é té défi ni e par le di e u dans la pe rsonne
du siyan-kuk. » d ' U ntash-Napirisha.

P UB LI CATI ONS : OBSERVAT IONS :


MDP [II , nO XI (templ e de Naz it), nO XII (templ e de Les briques portant cette inscriptio n sont nombreuses :
NU -LUGAL), nOXVI (temple du Grand-dieu et Inshushi- 108 ; ell es proviennent d e plusieurs te mpl es, ce u x du
nak ), nO XVI[ (templ e du Grand-dieu) ; MDP XLI, Grand-dieu et des divinités Nazit, NUN-sunkir a insi que
nO28 (temple du Grand -dieu), nO35 (temple du Grand- du Grand-dieu et In shu shina k associés da ns un sa nc-
dieu et d 'Inshushinak); EKl 9, [ a-c et II , p. 46-48. tuaire où ils sont qualifi és de mielki iliini.
Ell es o nt les m êmes ca racté ri stiqu es qu e les a utr es
R EMARQUES : briqu es d ' Unta sh-Na pirisha : le plus so uve nt d'argile
- piel kirtimnw na-melukra sunkime tur-hih sir-me hienka : rougeâtre, ce so nt so it des demi-briques (38,5/ 40 x
ce rre m oti va ti o n de la co nstructi o n du templ e a é té 8/9,5 x 16/ 17 cm), soit des briques ca rrées (34/35 x 8 x
di ve rsem ent compri se; les divergences portent notam- 34/35 cm ) ; ces dernières sont m oins nombreuses et d eux
ment sur les mots hih - compris soit comme la première seul em ent nous so nt parvenues entières (nOs 860 et 86 1).
perso nn e du sin guli e r du ve rbe hi- «<j'ai obtenu » III), Ces deu x briques, inscrites sur deux tranches hori zo n-
so it co mm e un substa ntif 11 2 - et rur qui es t soit un e ta les successives, portent deux foi s le m êm e texte, alors
postposition 113 soit un substa ntif. J'analyse na-melukra que les demi-briques ainsi in sc rites ont un e seul e ins-
comme une forme délocutive (-ra) d'un participe passif criptio n continue lig ne à lig ne ll5 .
(l17eluk), que na préc ise à la m ani ère d'un adve rbe. La L'insc ription de cinq lignes est g ravée sur une ou deux
fo rme prése nte le suffi xe -a qui m a rqu e le ca ractè re tra nches hori zontales. Son formul aire fa it partie d 'une
seco nd aire «<déprédicatif») d u procès pa r rappo rt a u série où est introduit, entre la titulature et la co nstruction,
ve rbe p rin cipa l a uqu e l il es t a in si reli é; la m a rque un élément qui ex prime la m oti va tion du prince qui , par
nominale -r d éte rmine la nature qualifica ti ve de ce tte les m anifestations de sa piété, veut attirer la fave ur di vine
forme ve rbal e: «cel ui qui », dans ce contexte «(p rince) sur son roya ume et obten ir un règne prospère.

Br. 802

70 LES I NSC RIPT I ONS R O YA LES D E SUSE


L'ÉP OQU E ~ I É DI O - ÉLA~IITE

28
UntaJh-Napirùha
Br. 910-1033

Texte 6
1 Li lun-tas-d ingir.gal sa-ak hlnl- ullI -ban-nu-me-lw-ki
su-ul7-ki-ik an -:a-an
2 su-su-un-ka la-ak- lIIe-û-lIIe IU4-ur hi-ih si-i l-Ille-Li-
me su-ul-l u-lIIe-kà
3 az-ki-il W.j-ur .mh-ri hu-sll -ia il1-kf hi-en-kà ÎlHi.j-ik-
kà a-kf
4 si-ia-an Li-pa-at hu-us-si-ip-me ku-ku-III7 -IlU- L111l ub-
qu-mi-a ku-si-ih
5 * in-su-us-na-ak si-ia-an ku-uk-ra in dll-n i-ih li :ag -
ra-III.j-me
6 ki-ik-ki-Ie-eh hU-III-tak ha-li-ik-û-me * ill-su-us-na-
Br. 910 ak ul-li-na le-Ia-ak-ni

Va rian tes
1: il
1* Iw -w II -b(m-,llI-m e-el1-na -kil l * /w -ba 1l-I1I1-me-
na- kih/ll-b(III-I/II-lIIe-na-ki
2: §1I-1I1-11I-lIIe-ka/slI -III-llI-lIIe-el/-ka
3: hi-el/ -ka
lili-Sil-a
ùl-di-<ig->ga (n" 935)
4: IIb-qlHI/ i -a/lIb-kll -mi -ia
Br. 1021 ( 1) IIb-qll -me-ia ( n~ 930. 934 . 938).
IIb-kll-mi-a (n" 937)
iIHi-ig -ga/il/-di-ik-ka/il/-li-ik-ka
5: 11I.j-l/i-ih
kll-<lIk->ra (nO94 1)
5/6 : - ÙI -.iill-IIS-I/a -ak
- il/ -slI-lIs-l/a-<ak> (nO968)
- il/ -SII -SIH /s-IUI -ak (nO9 14)
6: Ii-I/a
Ita -li-ik-< LI->me (n" 929)
Par ai lleu rs les briques n'" 103 1 et 1032 présentent un texte
Br. 102 1 (2) plus court sa ns la mentio n d u kukllllllWl1 IIbqllllliya. ni celle
de l'édificatio n d'une ziggourat (II ~agra lllllle kikkileh).

«(1 -2) Moi, Unta h- Napi ri sha, fi ls de Humbanum ena ,


ro i d ' An za n et d e Suse, (2-3), désireux (qu e) m a vi e
(soit) continuell em ent de pros péri té, pour qu 'il ne me
soit pas oc t roy é l'ex tin cti o n d e la lign ée (q ua nd e ll e
se ra) jugée?, c'est dans cette intentio n q ue (4) j'a i bâti
un t e mp le e n br ique s cu ites, u n templ e- h a ut a u x
briques ém aill ées; (5) j'en a i fait don à 1nsh ush ina k du
siyall-kuk. (5-6) J'a i élevé un e z iggo urat. Que l'œu vre
que j'ai réa lisée soit, en offra nde de ma part, agréa bl e à
Inshushin ak !"

L ES I i"SC RIPTl O:-:S ROYALES DE SUSE 71


L'É P OQUE MÉD I O-ÉLAM ITE

P UB LI CATIONS : mesurent, en géné ral , 34,5/35 x 9/ 9,5 x 34,5 parfois un


MDP III, nO XX , MDP \1, na XX bis, MDP XXXII , peu plus 36/37,5 x 9 x 37/38,5 (cf na' 935, 996).
na' Il et 12, 1-3, MDP XLI , na 1 et na 5 11 6, EKI na 12, Ce pe ndant à ce type commun s'a joutent d eu x a utres
60-6 1. types :
- d es briques recta ng ul aires d ' un fo rm at di stin ct d es
REMARQUES : «d emi -briques » : 35,5/ 37,5 x 9 x 20/23,5,
- rakme-ume tur-hih sitme-ume : littéralement «m a vie d e - d es petites briques représe ntant le quart d es g ra ndes :
ma prospérité continuelle(ment)>>. elles m esurent 16/ 16,5 x 9 x 16/ 17.

- sullwneka : dans so n étud e sur les formul es voti ves, L'a rg il e est le plus sou vent rougeâ tre, dure, d ans un bon
GRILLOT (1 982) a na lyse ce tte fo rm e en sul(l )u - qui état d e co nse rva ti o n ; ce rta in es bri q ues d 'arg il e plus
a ppa raît comm e un e va ria nte du ve rbe du «recevoif» , claire so nt moin s bien co nse rvées (cf na 918), d 'a utres
«prendre» - + me «d errière», «suite» , et le traduit pa r so nt cou ve rtes d e ca lcifica ti ons qui peu ve nt masqu e r
« prolo nge r » ; un e te ll e fo rm e co mp osée peut a u ss i pa rti ell ement les sig nes (cf nOS 925, 929, 946, 955, 985,
ex primer la recherche d 'un but ve rs lequel tend l'action 987, 102 1, etc.).
hum aine.
L'in sc ripti o n co mpo rte gé né ral e m e nt six li g nes, a u
- azkit tur zahri hLisuya : ce sy ntagm e complète un e d écoupage co nsta nt, pa rfois cinq (cf na' 10 11 , 10 18),
forme verbale néga ti ve (inki hienka ) et ex prime do nc un ra rem ent quatre (na 102 1). Ell e se d éve lo ppe sur une
malh e ur qu e le ro i so uh a ite ne pas co nn aîtr e; les tranc he ho ri zo ntale, ou sur d eux tranches en un tex te
co ntex tes o ù a ppa raît hLisuya en fo nt un qu alifica tif continu lig ne à lig ne, sauf pour le na 1031 qui répète le
ta ntôt fun es te, ta ntôt fa vo rable : il se peut qu 'il fasse tex te entier sur d eux tranches consécuti ves.
référence au jugem ent di vin qui sanctionne la d estin ée
du m o rt. HI NZ- KoCH 1 li traduisent ce tte phrase pa r Ell e se compose de cinq éléments principa ux :
«für d as Seelenge ri cht eine n ve rgeltend en Strafvoll- - nom , fili ation et titulature,
strecker?/zieher erbitte, erwün sche ich ni cht ». L'h ypo- - expressio n de la fave ur di vin e,
thèse II 8 qu e se rait ici évoquée la fin d e la li gnée dyna s- - construction du temple,
tique est probable 119 : le vœu pos itif de voir sa d esce n- - d on à la di vinité,
d a nce bie n assurée est la rge me nt représenté, nota m - - dédi cace.
ment d a ns les insc ripti ons d e Shilhak -Inshushin ak.
C'est le plus g ra nd d éveloppement de l'ex press ion de la
O BSERVATI O S: fave ur di vine qui di stingue cette insc ripti on du na 5 et la
L es briques portant ce tte inscriptio n sont nombreuses; menti on, pour le tex te le plus compl et, de l'édifi ca ti on
la plupart d e ces 124 briques ne prése nte nt pas d e d'une tour à étages, la ziggourat. Les «attendus» d e la
ca rac téri stiqu es pa rti culi ère s : ce so nt so it d es d emi - construction font une plus g ra nd e pl ace au ra ppel de la
briques - les plus nombreuses - de 35/37 x 9/ 10 (ra re- fa veur d o nt jouit le roi et à la volonté d 'évite r que sa
ment 8 cm ) x 15/ 17 cm , soit d es briques ca rrées qui d ynasti e ne connaisse le malheur.

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~m1ir~rFr7f~ff<liJiF;ErI,
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trrr-P-W~ff~~%>~~r4ff tirJIJ!É- ~kf-k

72 L ES INSCRIPTIONS ROYALES D E SUS E


L · tp OQUE _\'I ÉD I O- ÉLA~I I TE

29
Untash-Napiri,,-ha

Br. 1034-103; shinak d u si)'(III -kuk I1O (3 -4) D ésireux (que) m a vie (soit)
co ntinuell em ent d e prospérité, (prince) touj ours comblé
Texte 7 au long d es ann ées, (4) c'est da ns cette intenti on que j'ai
bâ ti (le te mpl e) «Lumi ère-d e-l'Uni ve rs» ; (4-5) j'en a i
LI lun -Ias-dingir.gal sa-ak I/ui -ban-nu-me-lla-ki su- fa it don au Gra nd -dieu , à Jn shu shin ak d u siyall-kuk ;
un-ki-ik an-za-an sll- su-un-ka puissè- je acco mplir le se rvice di vin 11 1 d a ns le te mpl e
2 nu-ur ki-ib-ra-al ku-si-ih dingir.gal *in.-slI-us-na-ak que j'ai bâti !» 111
si-ia-an kU-lIk -ra in du-ni-ih
3 la-ak-lIle-û-lIle Ml-ur hi-ih si-it-me-û-me su-ul-Iu - PUBLICATIO!'\S :
me-kà pi-el ki-il-ti-ma MDP Ill , nO XVII ; MDP XXX II , nO III l , Ibis, 2 (de
4 lIa-a-me-lu-uk-ra hi-ell-kà in-li-ik-kà a-kf lili-li/' ki- T choga Zanbil) ; M DP XLI , nOXXI (de T choga Zan-
ib-ra-al ku- si-ih dingir.gal bill ; EKI nO 11 , 56-57.
5 *ill-su-lis-na-ak si-ia-an ku-uk-ra ill dU-lIi-ih si-ia-
an ap-pa ku -si -ih-ma sa-flI4-uh-ni R EMA RQUES :
- IlL//' kibral : ce temple, au nom akkad ien, éta it proba-
«(1 ) Moi, U ntash-Na pirisha, fil s d e Humbanum ena, roi blem ent rattaché à la z iggourat (cf. K O!'\ IG, 1965, nO57,
d 'A nza n et de Suse, (2) j'ai bâti (le temple) «Lumi ère- nO12 et STÈVE, 1967).
de-l'U ni ve rs» ; j'en a i fait d on au Gra nd -di eu, à Jn shu-
O BSERVATI ONS:
D eu x briqu es seul em ent de ce corpu s prov ienn ent du
te mpl e « Lumi è re- d e- I' U ni ve rs » . T o ut es les d e u x
enti ères, ell es sont d e g ra nd e ta ille: l'une ca rrée (39 x
9 x 36), l'a utre rec ta ng ul a ire, m o iti é d e la premi è re
Br. 1034 (36 x 9,5 x 17).
Sur la premi ère, l'in sc ription occupe une tra nche hori -
zontale, sur 6 lig nes et sur la seconde ell e court sur d eu x
tra nches en 5 lig nes. L'écritu re en est soig née.
Le texte comporte les m êmes élém ents que les nOS 5-6, à
l'exce pti on d u vœ u fin a l. D a ns l'état d e nos co nn a is-
sa nces, il n'est m alheureuse m ent pas possible de savoir
si ce vœ u es t spéc ifiqu e d e ce li e u où le ro i po u va it
accomplir un rôle cultu el plus direct, en ra iso n d e la
fo ncti on de ce templ e que ca rac té ri se un e dés ig nati on
pa rti culière, ex primée en akk adi en.

LE S I NSC RIPTI ONS RO Y A L E S DE SU SE 73


L' É POQUE ~ I É D I 0 · É L .~~I I T E

30
UntaJh -Napin~'ha

Br. 1036- 1159 «(1 ) M oi, Untash-J\"a pirisha , fil s d e Humba num ena, roi
d ' An za n et d e Suse, (2 -3) à Sin, lui qui exa uce po ur m oi
Texte 8 la pri è re qu a nd je le pri e e t qui (l a) réal ise qu a nd
1 Li IUIl· fa.l'·dingiLgal sa-ak h lnl- UI1l -ban-l1u-lI1e-lla- j'ex prim e une pa rol e 123, (3) j'a i construit son temple du
kf su-un-ki-ik all-~a-an su-su-ul1-ka siyan-kuk en briques cu ites; (3-4) j'ai sculpté (un) Si n en
2 * sin ku-ul-Ia-an -ka ku-la-a ur fu~-um-pa-all- ra a-ak o r, je l'ai in stall é en ta nt que le (di eu) d' un templ e du
tu~ - ru-lIl1 - ka hU-lIf- siy al1-kuk. (4-5 ) Qu e l'œ u v re qu e j' a i réa li sée so it
3 fa -ail-ra si- ia-Wl ku-uk si- ia-all-i-Ille Li-pa-af IlU-US- ag réa bl e, en offra nd e de m a pa rt, à Sin du siyall-kuk !
si-ip -lIle ku-si-ih *sill la-an- (5-6) Qu 'il m e fasse auss i d o n d 'un règne co ntinuelle-
4 Si-fi-ir-ra il' sa-ri-ih si-ia-all ku-uk si-ia-an-ra il' m ent de pros pé rité, (à m oi, prince) touj ours co mblé au
mu-ur-rah hu-uf-fak Iw-li- lo ng d es années 114 !..
5 ik-II-me " sin si-ia-all ku-uk-ra lIIl ii-lia fe-Ia-ak-ni
p i- el ki-if-f i- P UBLI CATIONS :
6 il1l-l1la Ila-a-Ille-Iu-uk-ra a-ak SU-lIIl-ki-lIle fu~ -ur hi- MDP III, nOXII! (du temple de Sin ), nOXIV (du temple
ih zi-if-Ille lIIl dU-lIi-is-lIi de Nahhunte), nOXV (d u templ e d e Belala); MDP XLI ,
nO2i (du templ e de N a hhunte); EK I 10 a-e.
Va riantes
1: SU- < ull- > ki-ik (nO 11 08) REMARQUES :
2: /Ir- llI~ - IIIIl-pall-ra (n m
1085. 1095) - sarih : «j'ai sc ulpté » o u «j'a i ciselé» ce ve rbe ex pri -
125 :
3: !1II' /Is-<si -> ip-lIle (nO1061) me le travail m atéri el qui se ra ppo rte à la co nfecti o n d e
4: Si -li-ir-ra-ir sa- ri-ih itl·si-li-ir-ra il' sa-ri-i/lI·si - la statue.
li-i l'-ra sa-ri-i!l la -an-lla-all -!III -IIIHe (n" 1093)
5: 1111 li-ua < Ie-Ia- >ak-Ili (nU 1055) - piel kittil1lll/O Ila-Illelukra ak sUllkill1e fllr hih si flll e Ull
bi-el (nO1093). be·el (nO11 05) dUlli"-lli: le vœu d u roi pon e ici sur le do n (dull i-) fa it au
6: si-il-Ille roi, pa r le dieu d 'être un sou verain qu i appo rte sa ns cesse
<si-> if-Ille (n" 1045) la prospérité à son roya ume; ce do n est ex prim é par le
< 1111 > dlillis-ni m êm e ve rbe (dulli -) qu e ce lui qui introduit l'offrand e
k/l-uk-ra 1/I1 du li-na (nO11 20) faite pa r le roi à son dieu de son œ uvre pieuse; comme
Par ailleurs le Ilom divin peut varier : outre Sin (nOol 1036- entre la prière royale et la répo nse di vine ex primées aux
IOn ). o n tro u ve N a hhun te (nO' IOï8- 1119) o u Belala lig nes 2-3, il y a une sorte de sy métr ie entre les actes du
(nu< 1120- 1139). Le nom di vin est cassé dans les n'" 1140- 1159. roi et ceux de so n d ieu. Piété et bénéd iction se répo ndent.

~r 1f..rrf W«~~rW-r r4 4f< ffl ~ Jf('f ~Hr:-'f{~ ~2:: ;t:f fNr;!TSfflIIJ~t~r fJJ-mr«
~~ t:T~~ i{:[ ~ ~r ~7f r;g ~t: tM .if; rtfjjI ff rW: J:1/l ~ ~ ~ ~ !:q'
Rr;;r"r?O~8[}l1f4nr '4k f--a M1eTr ~Jf:l:}:ff4f< ~~T%:r J)-f[*~ I-~~ J..W iN
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>JI kTt--< ~ fi ~ ~ ~M ~~ ~ 'fI E9f 9r I::f ~ i [ l~ 10'( tTl ~ ~~ lIT~ Hf a:r 7:~ if1: *::r
;,f<Tt ~nf lf-- ..;r -<<< F~ .lJ:rf I-,)r M'~ W ftHrT @ ~ rtr~ )#i-~ /)'i- tt1- {fT Jf(:if Mk
.(;)Hf I-r,t:r r<JËf Tf f- ~rr r;Jff. ~ Tf ~$: ~ W~ .<!kr pc- ~ lB'~~ JlT<f M f f$tJf ~~~ ~FrJ 4t
\.

74 L ES I :-:SC RI PTI O:-lS HO Y A LE S DE S U S E


L ' ÉP OQU E ~ I ÉD I O- ÉL A ~ I ITE

OBSERVATI ONS: L o rsqu e l' in sc ripti o n se ré pa rtit sur d e ux tr a nches ,


Trois formats so nt attestés pour les 124 briques porta nt l'ang le qui les sépare est sou ve nt a rrondi.
le tex te nO8 : ce sont soit d es briques carrées de g ra nd es
dimensions (39 x 10 x 38), soit des demi -briques (3ï,5/ C e texte aj oute un élém ent nouvea u, la réa lisatio n par le
38 x 8/9 x 1ï / I 8 116), soit des briques rectang ulaires plus dieu d es pri ères et dem and es du roi , introduit une fo r-
pro fo nd es qu e les d emi - briqu es (38 x 8/9 x 20/2 1,5). mulation plus déta illée en ce qui concerne la statue du
Ell es sont le plus souvent d 'a rgile rougeâ tre (plu s ra re- di eu (cf texte nO3) et o rd o nn e diffé remm ent les élé-
m ent oc re), et bi en éc rites; quelques- un es ce penda nt m ents d es formul a ires n<" S-6 puisque le vœu de prospé-
présentent des sig nes «en pattes d e m ouche» (nO 1048 rité vient en co nclu sion:
pa r exempl e) ou , a u co ntra ire, pa rticu liè rem ent épa is - nom , fili ation et titul ature,
(nOS 104 1, 10ïS, 1084, etc.). - réa lisation pa r le di eu des prières et dem a ndes du roi,
- construction d u templ e,
L'in sc ription se dé roule le plus sou ve nt en six lig nes - - confectio n et introni sa ti on d e la statue di vine,
pa rfois cinq (cf. nO 114ï, nO 1148) - d ont le découpage - dédi cace au di eu.
es t va ri a bl e, sur un e ou d e u x tra nches ho ri zo nta les . - vœu de la bénédi cti on di vine.

Br. 1036

Br. 1055 (1) Br. 1055 (2)

Br. 11 42

L ES I NSC RIPTI O N S R O Y .~LE S DE S U SE 75


L , o P OQU E MÉD I 0~ É LI\"IITE

31
Untash -Napirisha
Br. 1160-1172 «(1-2) Mo i, Untash-Napirisha, fi ls de Humban um ena,
roi d ' Anzan et de Suse, (2-3) le Temple-haut d 'Inshu-
Texte 9 shin a k, dans l'inte nti on que ce soit so n siège (ter restre),
je l'ai fait exister 11ï, ce que les rois, mes prédécesseurs,
Li un-tas-dingir.gal sa-ak 1*hu-ban-um-me-na-ki su- n'a a ient pas fa it, (4) j'ai instauré dan s le Tem ple-haut
un-ki-ik an-za-an la prééminence sur le siyan-kuk 118 ; (4-5) j'en ai fait don
2 su-su-un-ka ku-ku-un-nu-wl1 *in-su-us-na-ak-me à Inshu shin ak ; (5-6) q u'il me donn e un e roya uté lon-
us-ta-na g ue m e nt heureu se, co ntinu ell ement prospère! (6-7)
3 inlL/4-um i ka-tah su-un-ki-ip Li-ri-pu-pè im-m,e hu- Puissé-je, pa r (ma) dévotion 119, obtenir éga lement d 'être
uh-tah-sa heure ux tout au long des nuits et des jours 130 1»
4 ku-ku-un-nu-um-ik-ku te-ep-ta si-ia-an ku-uk-me
da-ah *in-su-us-na-ak P UBLI CATIONS :
5 i du-ni-ih su-un-ki-m,e ki-it-ti-im-m.a te-ùn-ma Itq-ur MDP III , nOXIX; EKI nO13 , p. 63-64.
hi-ih si-ti4-
6 hn-ma un du-ni-is su-ut-me sa-atome ki-it-ti-inl1le- REM A RQU ES :
lu-uk-l1la - ustana in-tuln i katah : ce tte ex pression est un ha pax;
7 te-im-l1la gi-ri-na hu-un hi-ih-na pour ce rtai ns ell e est liée a ux dépôts de fond ati on qui
so nt le premier acte de la construction. Mais ustana <<le
Va riantes socle», <<le fond ement» (cf EW, p. l25 l ) pourrait ex pri-
1: I W 1-Ias-dingir,<gal> (nO 11 68) mer le siège terrestre de la divinité; kata- est un ve rbe
3: i-ka-tu4-uh (nO 11 60, nO 1170) composé (ka + ta) dont le seco nd élément appa raît aussi
4: *il1-~'u-si-na-ak (nO 1160) dans hut-ta : il m e se mbl e s'agir clans les ci eu x cas ci e
[si)-ia-a·al1 (nO 116 1), l'acte cie «fa ire êt re » (en un endroit) ; le premier pour-

Br. 11 60

76 LES I NSC R I PT I 0 ~ S RO YALE S D E SUSE


L ' ÉPOQ U E ~IÉD I O-ÉLAMITE

32
Untash-Napù'isha

rait se rapporter aux an imés (if. karak -/karuk- «vivre »), Br. 1173- 1175
le seco nd aux non -anim és (hutta- «fa ire (être) >> , «réa li -
ser »). On peut rapproch er cette ex pressio n de cell e q ui Texte 10
concerne le bosquet (husa-a §arra-lla ahar katan ).
Cette phrase exp rime peut-être la moti va ti on m êm e d e a-na-ku Iun-ta§-dingir.gal i-na li-bi-it-ti §a kù.gi §a
la créa tion d u centre religieux d e Dur-Untash. C'est en kÙ.babbar
qu elqu e so rte l'ac te fonda teur de ce sa nctu aire, a lo rs 2 §a ""'ka ù ""'ud .ud.as ku-ku-un-na-a e-pu-u§-l/1.a
qu e U nta sh - Tap iri sha vo ul a it le co nsac rer au se ul 3 a -na dingir.gal ù "mùs.eren §a s i-ia-an-ku-uk ad-di-
Ins hu shinak , à la tête de l'ensembl e du panthéo n. 111
4 §a i-na-ap-pa -lu §a si~-§u i-hi-ip-pu-û §a kli.gi-sll
- g iri : cette base expr ime les relation s cultuelles entre le kÙ.babbar-§u ""'ka-§u
di eu et so n dévot dans l'accompli sse ment de ses d evoirs 5 LI ''''' ud.ud.as-.su LI sig4-.su i-lIa-Q.s-.su-/11a a-na ma-ri
religieux. .sa-ni-ri û-pa-lu
6 ha-ar-ru4 .fa dingir.gal "'mùs.eren LI *ki-ri-ri-.sa.sa
- hun hi/Hw: plutôt que par un e correc ti on en 111111, hUI1 si-ia-an-ku-uk i-na
peut être compris comme l'ex press ion de l'id ée d'égali - 7 lI1u-uh-hi-.su li-i.s-.sa-ki-in LI i-na .su-pa-al "'utu zi-ru-
té, d e conformité, d 'échange 13 1 qui co mplète ici «obte- .fu la i-.5a-ri
nir » (hih ) : le VŒ U du roi es t d 'obte nir un bonh e ur
mesuré à l'a un e d e sa piété; ainsi est à nouvea u ex pri- «(1 -2) Moi, Untash-Nap irisha, j'ai fait le T empl e- hau t
m ée la co rres pondance exacte qui s'établit entre piété e n br iqu es d'o r et d 'a rgent, d'obsidi enne et d 'a lbâtre (3)
roya le et bénédiction d ivine. et j'en ai fait don au Gra nd -d ieu et à In shush in ak du
siyan -kuk. (4-5) Cel ui qui le ren ve rse rait, qui détruirait
OBSERVATIONS : son briquetage, qui enlè ve ra it et emporte rait d a ns un
Treize briques évoqu ent la fondation, sa ns précédent, a utre pays so n or, son argent, son obsidienne, so n albâtre
d ' un kukun.nul/1. pa r Untash-Nap iri sh a. Elles ont les e t so n briqu etage, (6-7) que la colère du Gra nd -di eu,
m êm es caractéri stiques m atérielles que les autres briques d' Inshushinak et de Kiriri sha du siyan-kuk soi t sur lui et
de ce souverain . Aucune ne nous est pa rvenue enti ère; que sa d escendance ne prospère pas sous le Soleil !»
les plu s grands fragme nts mesur e nt 36 x 9 x 24 cm
(nO11 60) ou x 26 cm (no 11 62), la profondeur étant, da ns P U BLI CATIO!\S :
ces de ux cas, pa rtiell e. MDP XXV III , nO 17 (briques E et F du Louvre); MDP
Cependant l'insc ription est pa rticulièrement développée: XXX II, nOIl 1,2 et Il bis; MDP XLI , nU1 et pl. XXII , 1.
ell e comporte se pt lig nes, sa uf le nO 1164 où le tex te se
répa rtit sur six lig nes. E ll e prése nte d es élém ents spéci- R EJv l A RQUES :
fiqu es et un e co mpositi o n pro pre : ap rès l'e nse mble - il/({ libitti .fa kù.gi .sa kÙ.babbar .fa "''' ka ù "'" ud.ud .as :
nom - fili ati on - titulature, la co nstruction , qui contrai - cette exp ress ion évoq ue la polyc hro mie des briqu es à
rem ent aux autres textes ne comporte pas le ve rbe ku§ih, g laç ures va ri ées qui cons titu a ie nt le revê te m e nt du
se compose d e deux élém ents qui lui sont propres : temple supé ri eur. Ce rtain es ava ient des refl ets d 'o r et
a) kukunnu/11 N D u§talla in-tUi/! i katah, d 'a rge nt, la plupa rt porta it une cou ve rte vitrifiée bleue
b) kukunnu-ikku tepta siyan-kuk-me tah. o u bl eu -ve rt, coul eur com parable à ce ll e du lapis-lazuli.
La re mi se d e l'Œ u v re à la di vinit é es t ex prim ée d e L'id éog ramm e NAJ. KA , dont le sens courant es t «obsi-
manière co u rante; les VŒ UX de prospérité n'intervien- dienne », «silex», ind ique sa ns doute cette colorati on 132
ne nt pas avant la m ention d e la co nstru cti o n co mm e
dans les tex tes n'" 5, 6 et 8 ma is a près la remi se au dieu, OBSERVATIO N S :
comm e dans le nO7 ; le co ntenu des VŒUX es t id entique L es briq ues in sc rites en akkadien prése ntent un format
m ais l'exp ressio n ve rbale est particuli ère: g iri-/J.a hUII particu li er pour a uta nt que l'on puisse en juge r pa r la
hih-Ila. seul e qui nous soit pa rve nu e enti ère : longueur 38 cm ,
profondeur 18, hauteu r 12.
L es insc riptions e n akk ad ie n ou biling ues, c'est-à-dire
dont la premiè re m oitié est en élamite et la seconde - les

I. ES II' SC RIPTI ONS RO Y A L E S DE SUS E 77


Lï~ P O Q E ~ I É DI O - É L /"\I I TE

Br. 11 74

maléd ictions à r encontre d' un éve ntuel destructeur - en


akk ad ien, so nt fréquentes à Dur-Untash ; en reva nche
ell es sont exceptionnell es à Suse.
La co mpos it io n de ce texte es t co nforme aux insc rip-
ti ons dédicatoires assyro-ba byloni enn es qu i font le plus
souve nt un e la rge pl ace au x ma léd icti ons. Le reste du
tex te est réduit à l'ex trême : le nom d u prince n'est SU IVI
ni de sa fili ati o n ni de sa titulature ; la menti on de la
co nstructio n ne porte que sur la ri chesse et la coul eur
des ma té ri a ux. La dédicace ne comporte que le \'erbe
I/adtinu et le nom des di eux.

78 L ES I NSC RIPTI ONS RO Y A L ES D E SUSE


L ·É POQ U E ~ IÉDI O - É L f\ ~ IIT E

DYNASTIE DES SH UTRU KIDES 33


Shutruk-Nahhunte
Shutruk-Nahhunte
Kutir-Nahhunte
Br. 1187- 1625
Shilhak-Inshushinak
Hutelutush-Inshushinak
Texte 1
1 Il ISII-I.II-I1I-lIk- * lIah-h,HIII-le sa-ok I/wl-ll.I-dll-w' -
8i1l -5U-5;-
2 na-ak-kr- ik SLHIII -ki -ik all- ~a-all SU-sIHII1-ko.j e-ri-
en-
3 1lt.j-wllli-pl.I -uh a-ok hi-ia-all * ill- .5u-.5i-/w-ak lIa-
prr-
Br. 1566 ( 1) 4 II-ri-me a-ha-all ha-li-ih-ma hll-I/I-wk ha-li-kll-me
5 * in- .5I1-si-lla -ok lIa-prr- ll-ri ill ii-lia le- Ia-ak-ni

Variantes
1: ,,: Il < 1>.fIHIT-nt-/lk (n" 1241 )
2: < SIHIII -ki -ik all-::.a-CIII .f/l-.f/l-IIII-ka.j> (n" 1325) :
s/I-S/I -II-/lII -ka.j ( n~ 121 0. 1610)
2-3 : e-ri-Itt.. -/lIIHi (n'" 11 99. 121 9. 1233, 1241. 1253.
128 1. 1297. 1305, 1313.1325. 1334,13 78.1 436) :
e-ri-ell -Itt.. <-lIIl1 > (n'" 1346. 1585)
3: /i-p/l- < /lh > (n" 1108): < * > ill -s/I-si-lla-ak (Il" 1389) :
*ill-s/I-si-lIa-<ak lIa->prr-li-ri (n" 1536) : lIa-<prr-
>II-ri-Ille (Il" 1136) : lIa-pi-ir-ll-ri-me (n'" 1430.
1465)
Br. 1566 (2)
4: a-IICI-ar
IIII-Ill-da-ak (n" 1227. 1233. 1301. 1367. 1106. 1130.
1553. 1566. 1575) : 11II- <I11->/ak (n" 1118) : 1111-111-
s/I-/o-ok (n" 1233) : IICI-li-ik-k/l-Ille (n'" 11 99. 1n 4.
1257. 1241. 1376. 1393. 1103) : ha-li-ik-lIIa (n" 1149) :
ha-li-<k/l- > Ille (n" 1271) : IICI-li-ik-tl-Ille (n'" 1355.
1389)
4-5 : < lIa -prr-ll-ri illli-lIa> (n" 1219)
5: < ill > Ii-lia (n" 1557).

«(1 -2) Moi, Shutruk - Na hhunte, fil s de H a llutu sh -


l nshushinak, (2) roi d 'A nza n et de Suse. (2-3) j'ai façon -
né le briquetage (3-4) ct ains i j'ai édifi é la sa lle hypostyle
Br. 1583 d' Inshushin ak, mon d ieu 133. (4-5) Que l'œ uvre que j'ai
réalisée soi t agréable il 1nshu shinak, m on dieu! »

P UBU C.\TI O KS :
!DP Ill , n U XXV I, 44 -45 et pl. 7, n" 1 ; MDP V, p. 59 ;
EK I nO 18, p. 71-72.

R H IARQUES:
- erientwl1 : cette dés ig nation d e la brique, appar ue da ns
les insc riptio ns a kkadienn es d' I nshu shin ak -sha r-il a ni et
T e pti -a har, est empl oyée e n éla mite à partir de Sh u-
truk -Na hhunte ; ce term e es t probabl em ent d'origi ne
a kk adi enn e 1H mais avec le se ns de «br ique ». il n 'es t

L ES I ;\lS C RIP T I OJ'S R OYALES D E S U S E 79


l'ÉP O Q U E ~ I ÉDIO · É L A~I IT E

connu que da ns les tex tes d 'Él a m. Pa rfois o pposé au x pro fo nd eur (cf nOS 11 87, 11 88, 1248, etc.) ; ce rta in es
m atériau x d e moins bonn e qualité, il est souve nt qu ali- ce pend ant so nt un peu plus épaisses, tel le nO 1229 qui
fi é pa r pepsia (ou complète pepsih) et peut se ra pporter à m esu re 10,5 cm ;
la brique d e fondatio n, c'est-à-dire cell e qui tém oig ne - des briques ca rrées plus petites : 28/29 x 617,5 x 28/29
d 'une restauration , probablem ent m atéri elle et cultuel- (cf nOS 11 95, 1200, 1202, 1212,e tc.);
le, du temple. - des d emi -briques de 33/34 x 9/9,5 x 15/ 17 (cf nOS 1553-
1580).
- tipuh : ce ve rbe, appliquée à la réa li sa ti on d es briques
(erientulIl) , peut être à ra pp roche r d e la racine tipi- «in s- Des fo rm es exce pti onnelles sont a ussi uti lisées pour des
crire » et s'appliquer aux briques inscrites, fa isa nt réfé- bri q ues d e cette sa lle hypostyle:
rence tout auta nt à l'obj et qu 'à l'inscription qu 'il porte - des briques en fo rme de pa rt de ce rcl e (cf nOS 147 1-
et qui renforce sa va leur symbolique. 1552) qui so nt ad équ ates pou r l'é recti on des co lo nn es
p ropres à ce tem pl e, do nt MORGA" avec fa it un e esq uis-
- ahan halih-ma : d a ns cette inscriptio n, le ve rbe hedi se lo rs d e la p ubli ca ti o n 136 d e ce type particuli e r d e
remplace le ve rbe de co nstruction habituel kusi- ; p lutôt m até ri au in SC rit ;
qu'un loca lisa teur à proprement pa rl er ahall fo ncti onn e Ce so nt des briques d e g ran des dim ensio ns : la co rde
ici comm e un m a rqueur résomptif, rep rena nt da ns une q ui co rrespond à la pa rtie in scrite bombée m esure 50 à
fo ncti on d e circonsta nt le te rm e q ui es t co m plém e nt 50,5 cm, l'é pa isseur est en gé néral d e 9/9,5 cm , ra reme nt
d irect da ns la propos itio n précéde nte 135. m oins (nO 153 1 : 7,5 cm, nOS 1477, 1478, 1511 : 8 cm ), et
ra re m e nt plu s (nO 1502 : 10 c m ) ; la plu s pro fo nde
O BSERVAT IONS : (nO 1538) - elles so nt touj ours cassées d a ns la profo n-
Les briqu es de la salle hypostyle ont des fo rm es va ri ées. d eur - m esure 22 ,5 cm ;
Ce sont : - cinq briques à ressa ut (nos 162 1- 1625), de dimensions
- des briques ca rrées d e 34/35 cm de longeur (ra rem ent assez irréguli è res, insc ri tes sur de u x, trois ou qu atre
32 cm : nO 11 94) sur 8,5/9 cm d 'épaisse ur et 34/35 cm de côtés.

Br. 1194 Br. 1583

Br. 1491

80 LES I:-IS C RIPT I ONS R O YALE S DE S SE


L'ÉPOQUE ,\ IÉD I O - ÉLAyII TE

Les caractè res so nt e n géné ral carrés, so ignés, assez ligne peut se fair e au mili eu d'un m ot et le nO 1229
den ses à l'intérieur d es lignes qui so nt séparées par un atteste m êm e le cas où le d éterminatif divin achève la
trait. Rares sont les exe mpl a ires d o nt l' éc ritur e est premi ère lig ne tandis que le nom du dieu commence la
g rê le et irréguli ère (cf nOS 1204 , 1436). L es traits, le d euxi èm e lig ne_
plus sou ve nt bien tracés et régulie rs, sont ce pendant, L es briques en forme de part d e cercle ont le plus sou-
sur qu elques briques, peu visibl es (cf nOS 11 92, 11 94, ve nt quatre lig nes; le nO1486 où le-Ia-ak-ni est rejeté sur
1204, etc.) ou d e trave rs (cf nOS 1246, 1432). Un tra it un e ci nquièm e lig ne est une exce pti on.
ve rtica l d élimite pa rfo is le début des li g nes (nOS 1260, L es pe tites briques ca rrées so nt inscrites sur deux
1265, 128 1, etc.) , pa rfois auss i l'in sc ription se présente à tranch es consécutives; l'angle entre ces d eux côtés est
l'intérieur d'un cad re (nOS 1245, 1323, 1324, etc.). L'ins- so u ve nt a rro ndi. Les d e ux tr a nch es pe u ve nt po rte r
c ripti o n es t le plu s so u ve nt centrée m a is , d a n s le m ê m e n o mbr e d e li g n es, gé n é ral e m e nt c inq
quelques cas, ell e est déportée ve rs le ha ut (cf nO 1247). (cf nOS 1554- 1559, etc.), pa rfois qu atre (nO 158 1) ou un
Po ur toutes ces briques, l'argile est soit oc re, soit plus nombr e in éga l, qu a tre sur la pre mi è re, c inq sur la
rouge et plus lourd e: ell e prése nte parfois d es calcifi- seconde (cf nOS 1555, 1573), cinq et quatre (cf nO 1556),
cations (nOS 11 88, 11 9 1, 120 1, 1202, 1209, 1260, 1324, six et cinq (nO1553), quatre et six (cf nO1565), cinq et six
1335, 141 9) et excep ti o nn e ll ement d e la paill e (par (cf nOS 1571, 1576) ou encore se pt et six (nO 1572). L'un
exe mpl e nO1233). d es côtés es t so u ve nt mieu x inscrit et mi eu x conservé
que l'a utre : pour le nO 1475, le côté B est plus soig né,
Sur les briques carrées et sur les demi-briqu es, le tex te avec un cadre, un e éc riture plus régulière tandi s que
occupe en géné ral cinq lig nes; quelqu es briques com- pour le nO 1568 c'est le côté A, ce lui qui porte le début
porte nt six li gnes (cf nOS 1248, 1375, 1428, etc.) m a is des lignes, qui est le plus soigné. Il est exceptionnel que
se ul le nO 1454 répartit le texte sur qua tre lig nes. Le les deux tra nches inscrites po rte chacu ne le texte inté-
d éco upage en est va ri a ble, la d e rni è re li g ne étant e n g raI répété (cf nOS 1587- 1590).
gé néral plu s courte (sur le nO 1233, seuls les signes lo- Les briques à ressa ut présentent un tex te continu qui se
ok-IIi co nstitue nt la dernière li gne). La coupure d e la dé roule sur les petits côtés qui forment la d écoupe.

Br. 1624 Br. 1625

L ES I NSC R I PTI ONS ROYALES DE S SE 81


L' ÉrOQUE ~ I É D I O-É L AM IT E

34
Shutruk-Nahhunte
Br. 1626-1630 tro u ve adj oint à plusieurs ve rbes d e constructio n : pep -
sirmah, kusillkilllar) est difficile à déte rmin er a vec préc i-
Texte 2 sio n : il po urrait noter le d ébut d 'un e acti o n, sa durée ou
1 li ISII-IlI-ru-lIk- ?lIall-llII-wl-le sa-ak I/wl-llI-dll -Il.if- bi en une va leur mod ale (acti o n vou lue ou red outée) : «il
':'ill- sll-.fi- avait co mmençé à se détério rep>, «il to mbait en ruin e»,
2 I/CI-ak-kf-ik SII-I/II -ki-ik A$(//I-:a-all AS.5I1-I u-lIl1-ka-l " il m enaçait ruine».
l ':'IIII -ball-
3 lili-me-lia si-ia -all *ki-ri-ri- sa A$li-ia-all-ir-ra-lIIe - e-ri-ell-IuIIIS-lIa : la g raphi e ro mpue e-ri-el1-tII-l-um inci-
Iw-Ia-al -i/11-11 /CI te à d o nn er la va leur TUMs a u sig ne TIM. Il est notabl e
-+ ku-l i-i.5 a-ak lIIi-si-ir-lIIa-ma Il sar-ra-all e-ri-ell- que d a ns les g ra ph ies de J'élamite, le timbre de la voyel-
IlIIlIs-lIa pè-ep-si-i r -lIIa-all le ce ntrale d es sig nes trilittères ne se mble pas défini e.
5 a-ak ku-si-ill "'ki-ri-ri- sa l1a-pfr-û-ri i dU-IIi-ih
- sa rrah erielll/./IIIIW p ep sirlllah : ce tte express io n 138 a
«(1 -2 ) M o i, Shutruk-N a hhunte, fi ls d e H a llutush - tra it a ux tra va ux mai s aussi à la no u ve lle conséc rati o n
l nshushinak , (2) roi d ' An za n et d e Suse, (2-4) Humba- d u templ e ; J'état du bâtim ent construit pa r Humbanu-
num ena ava it édifié le templ e d e la d éesse Kiriri sha-d e- m e n a éta it te l, sa n s d o ute ap rès un e lo ng ue péri od e
Li ya n en briqu es cru es (4) et, comm e il m enaça it ruine, d 'aband o n, qu 'il fall a it procéd e r à un e so rte de refo n-
m oi je l'ai remis en état ; j'ai décidé d 'e n restau rer le bri- dati o n sur le pla n d e J'a rchitec ture 139 tout a uta nt qu e
quetage (5) et je l'a i (re)bâti. J'en ai fa it d o n à Kiriri sha , du culte.
m a d éesse. »
OBSERVATI O:-':S:
P UBLI CATIONS: L es briques du templ e de K iririsha sembl ent - aucun e
MDP XV, p. 66 et pl. X l nO2; EK I nO 19, p. ï2 (brique n 'est enti ère - être d 'un m odu le coura nt (l a plus com -
d e Bender- Bushir). plète m esure 2 1 cm po ur la lo ng ueur qui est fragm en-

RE.\ IARQU ES : Br. 1628


- miI irmallla : cette nota ti o n qui appa raît da ns les in s-
cr iptio ns de Shutruk -N a hhunte est la rge m ent présente
d ans ce ll es de ses successeurs. E lle exprime sa ns d oute la
d égradatio n du bâtim ent et implique la nécessité de le
restaurer. Les textes assy ri ens comportent d e m êm e ce
motif de J'ac te du roi-bâtisse ur 13? La base ve rbale miSi-
es t po urvue d ' un éla rg isse m ent -ma , p récéd é d e ir et
suffi xé pa r -ma o u -na. Ce derni er élém ent m a rque pro-
babl em ent le carac tè re circonsta nciel d e ce sy ntagm e.
En reva nche la va leur d e l'éla rg issem ent -ma- (que J'o n

82 L ES I "SCR I PT I O~S R OY ALES DE SUSE


L ' ÉP O QUE MÉD I O - ÉLA~·I ITE

35
Kutir-Nahhunte
taire alors qu e la profond e ur, 14,5 cm, et la ha uteur, Br. 1641-1696
7,5 cm, sont co mpl ètes).
Texte 1
Les briques au no m de Shutruk-Nahhunte trouvées à 1 Ù Iku-tir- *nah-hu-un-te sa-ak 'su-ut-ru-uk- *nah-hu-
Suse sont très nombreuses (plus de 450) ma is il y a un e un-te-kf-ik
g rande di spropo rti on num é riqu e entre ce ll es qui ont 2 li-ba-ak ha-ni-ik *in-su-si-na -ak-kf-ik ku-ull1-pll-um
trait à l'éd ificat ion d e la sa ll e hyposty le (439) et les 4
ki-dll-û-ia
(ou 5 s'il fau t y inclure le fragment n" 1636) qui men-
3 û-pa-at-ma kll-si-ik a-ak mi-si-ir-ma-na sa-ri-i/7 a-
tionn ent le templ e de Kiririsha-de-Liyan I40
ak e-ri-en-tu/'/1s-ia
4 ku-si-ih a-ak *in-su-si-na-ak na-pfr-û-ri i si-m.a-ta-
ah e *in-su-
5 si-na-ak na-pfr-û-ri hu-uHa-ak ha-li-ik-û-m.e li-ma
IlU te-la-ak-Ili
6 a-ak a-ha-an hi-ih si-tu.-uk-ti-ni

,,( Il Moi, Kutir- a hhunte, fil s de Shutruk -Na hhunte,


(2) se rviteur bien-a imé d ' Inshu shin ak, (2-3) comme la
chape ll e ex téri eure ava it été bâ ti e en briques cr ues et
qu 'ell e m enaça it ruin e, je l'ai remi se e n état (3 -4) et
(re)co nstruite en briques cuites; (4) je l'a i consac rée à
lnshu shinak, mon d ieu. (4-5) 0 lnshushina k, mon di eu,
que l'œuvre que j'ai réa lisée te soit agréa ble en offr and e
et puisses- tu rendre pros pè re le pou vo ir (qui ) y (es t
représe nté) 141 !»

P UB LI CATI O:"S :
MDP Ill, nO XXVII! et pl. 7 nO3; EKI nO 29, p. 83 ;
L-\ ~ IB E RT, \978,9 142.
cf

R EMARQ UES :
- libak hanik *insusinak(k)ik : Kutir-Na hhunte reprend
ce titre in auguré pa r so n père dan s des insc ripti ons de
victo ire ' 43 ma is no n pas d a ns ses tex tes d e co nstruc-
ti o n. Ce titre reli g ieu x compo rte une forte co nn otati on
politique : il d és ig ne ce lui qui a été choisi par le di eu
po ur rég ne r e t c'es t un e affi rm at io n d e lég itimité
d 'ordre di vin qui vient s'a jouter a u droit successo ral.
En ce cas, le di eu qui fond e ce tte légitimi té est tou-
jours lnshu shina k, auqu el so nt pa rfois ad joints Kiriri -
sha ou (le) Grand -di eu.

- kumpulI! kiduya 144 : il sembl e qu 'il fai ll e id entifier ce


bâtim ent avec un te mpl e d 'lnshu shinak , tout ou pa rtie :
un e inscr iptio n d e Shilha k-In shu shin ak préc ise qu e
Kutir- la hhunte ava it co mm encé d e (re)co nstruire le
siyan *insu.finak mais que c'est lui qui bâtit le kUl7lpum
kiduya. O n sa it qu e ce " bâtiment exté ri eur » abritait un
e nse mbl e a rchitectura l qui comportait des figur es e n
reli ef (gé ni e- t au r ea u , di vinité p ro t ec tri ce, ar br e

LE S IN SCR IPTI Ol'S R O YALES DE SUSE 83


L ' ÉP OQU E MÉDI O-É LA~ I I T E

sacré) 145 et dan s lequel o n a proposé d e vo ir un bâti - OBSERVATIO 'S :


me nt cultu el consac ré à la fa mill e roya le '46. En effet Les briques de la cha pell e ex té ri eure prése ntent trois
Kutir -Na hhunt e e t Shilha k - In shu shin a k se mbl e nt fo rmes diffé rentes : les d eux premiè res sont dé jà bie n
avoir été pa rticuli èrement soucieu x de la co ntinuité d e attestées: ce so nt d e g rand es briques ca rrées (33,5 x
la traditi on royale. 9/9,5 x 32,5/36) et d es demi -briques (34,5/35 x 9/ 10 x
15,5 - exceptionnellement plus g ra nd es : le nO 1646 est
- ahan hih situktini : cette ex press ion est un ha pax; il é pa is d e Il cm et le n" 1649 pro fo nd d e 19 cm). En
se mbl e qu 'il fa ille la mettre en rel ati on d irecte avec le reva nche le t ro isièm e type es t nou vea u : ce so nt d es
ca ractère pa rticulier du kumpum kiduya, temple du culte briques qui s' intégraient a u bas- reli ef ; de même forme
d ynastique. ahan étant placé d eva nt hih, et non deva nt que d 'a utres briques bea ucoup plus no mbreuses no n
la fo rm e ve rbal e comm e c'est le plus souve nt le cas, il insc rites, ell es pa rticipai ent au bas- reli ef et prése nte nt
doit san s doute se ra ppo rte r au(x représe ntati ons du ) un renflement qui co rres pond a ux personnages et dessi-
pouvOIr. nent son vêtement. Ces briques, hormi s le renfl ement,
ont les mêmes dimensions que les d emi-briques (35,5 x
17 x 10); au ni vea u du reli ef, l'épaisseur est de 24,5 cm .

Br. 1645

84 L ES I:-;S C RIPTl Ol'S R OYA LES DE SUSE


L' É P OQ U E ~·I É DI O - ÉLA M I T E

Br. 1697 (1)


36
Kutir-Nahhunte
Br. 1697-1700

Texte 2
1 LI Iku-tir- *nah-hu.-un-te sa-ak Isu-ut-ru-uk- *nah-hu-
un-te-
2 ki-ik li-ba-ak ha-ni-ik *in-su-si-l1.a-ak-kf- ik su.-un-ki
ik
3 an-za-an su-su-un-ka4 hi-el */a-ga-ma-al-m.e mi-si-
ir-m.a-na sar-ra-ah
Br. 1697 (2)
4 pè-ep-si-ir-ma-ah a-ak ku-si-ih e *in-su-si-na-ak
na-pfr-û-ri hu-ut-ta-ak
5 ha-/i-ku-me li-ma nu te-la-ak-ni

«(1) Moi, Kutir-Nahhunte, fil s de Shutruk-Na hhunte,


(2) se r vite ur bi e n- a im é d'Inshushinak, (2-3) roi
d'Anzan e t de Suse, (3) comme la Grand-porte d e
Lagamal menaça it ruin e, je l'ai remise en état: (4) j'ai
décidé sa (re)stauration et je l'ai (re)construite. (4-5) 0
Inshu sin ak, mon di eu, que l'œ u vre que j'a i réa lisée te
soit agréable en offrande! "

P UB LI CATIONS :
MOP 1Il, nOXXIX et pl. 7 n° 4; MOP V, nOXXIX bis
Br. 1697 (3) e t pl. 14 nO 3 ; EK I nO 30 , p. 84 ; cf. STÈVE, 1968,
p, 298-299 (fragment trou vé pendant la campagne 1964-
1965 sur le côté no rd -ouest de l'Apad ana) ; cf STÈVE,
MOP LIlI nO13, p. 30.

OBSERVATIONS:
Ce texte est composé d'éléments tous connus; seul e la
nature d e l'édifice relig ieux et la di vinité à laquelle il est
voué font son originalité: un hiel est ici attesté pour la
premi ère fois; on ne retrouve ce term e par la suite que
d a ns deux in sc riptions de Tepti-Huban -Inshushinak,
sa ns qu 'un nom de divinité vienne alors le reli er à un

L ES I NSC RIPT I ONS R O YAL ES DE S U S E 85


L 'É POQU E ~I É D I O·É LA~II T E

37
Kutir-Nahhunte
cu lte précis. Ce hiel pourra it être une partie du sa nctuai- Br. 1701- 1707
re d'ln shushin ak qui est in voqué nomm ém ent à la fin
du texte; Lagama l est, en compagnie d'Ishnikarab, la Tex te 3
divinité qui conduit l'âm e des morts ve rs lnshushinak, 1 11 Iku -lir- *nah-hu-un-Ie sa-ok ISU-l/I-ru-uk- *nah-hu-
le Juge divin. Cette Gra nd-Porte m a rquerait l'accès un-Ie-kf-ik su-un-ki-ik
sy mboliqu e à l'a u-d elà. Que l'œ u vre co nstructr ice d e 2 ASan-za-an ·4Ssu-Su-ulI.-ka4 I*hu-ball.-nu-me-na si-ia-
Kutir-Na hhunte a it conce rné à la fois le li eu de culte an *ki-ri-ri-sa ASli-ia-an-ir-ru-me ha-Ia-
des ancêtres et l'Entrée a u m ond e des m orts n 'a ura it 3 at-im-ma ku-si-is a-ak mi-si-ir-ma-ma 11 sar-ra-ah
ri en d'étonnant. e-ri-IU/"/1s-im-ma pè-ep-si-ir-ma-ah a-ak
4 ku- si- ih a-ak da-ak-ki-me-u-mi-ni f*nah-hu-l/n-Ie-Li-
D es briques du hiel de Lagamal, une seul e est enti ère Ill-me a-ak pu-hu-e-na
(na l 69ï) : c'est une petite brique ca rrée (14,5 x 9 x 15) 5 in-li-ik-ka4 a-ak ir-ki-in-li ni-ka.j-me-ma *ki-ri-ri-sa
où l'inscripti o n se déroule de mani è re continue sur na-pfr-u-ri i dl/-Ili-ih
deu x tranches.
«(1 -2) Moi, Kutir- ahhunte, fil s de Shutruk-Nahhun-
te, ( 1-2) roi d'Anzan et de Suse (2-3) : Humbanumena
avait édifié le temple de la déesse Kiririsha-de-Liyan en
briques crues (3) et comme il m enaça it ruine, m oi je l'ai
remi s en état : j'a i décidé sa resta ura tion et (4) je l'ai
(re)construit ; et pour ma vie, celle de Na hhunte-U ru et
ce ll e de sa descendance, (5) c'est dans cette intention
que, pour notre sa u vega rd e?, j'en ai fait don à Kiriri sha,
ma déesse. »

PUBLI CATIO. 's :


MDP XV, p. ï3 et pl. XII na 1 ; E K I na 3 1, p. 84 (brique
de Bender-Bushir).

REMARQUES :
- pullll-e-na : ce pourrait être le «lig nage» (pl/hu-e) consti-
tué par les enfa nts biologiques de Nahhunte-Utu, «adop-
tés » (c'est-à-d ire auxq uel s sont reconnus les droits - et
peut-être les devoirs - de la ligne successo rale) par ses
frères, Kutir- Na hhunte, puis Shi lha k-I nshushinak : ils
appa rtiennent à la descendance de Shutruk-Nahhunte, la
succession se faisant, en l'a bsence de fi ls de Kutir-Na h-
hunte, pa r le droit qui est celui de la sœur de ce dernier H i .

- irkil11i : ce terme que STÈVE (LI ll , 20) d écompose ir-


(affixe n ominal)+ kin (<< a ime r») + li (d éri va ti on nomi-
nale) désigne, à côté de takkime, le motif de l'œ u vre de
Kutir-Nah hunte, qu'il s'agisse d e la prospérité (if. EW,
S.V. , p. ï76), ou de la co ntinuité (STOLPER, 19ï8, 90) de la
dynastie.

OBSERVATIONS :
L es briqu es du temple de Kiririsha so nt so it d es
g ra ndes briqu es carrées (33 x 8,5 x 32,5), soit des demi-
briqu es rectangulaires (32,5 x 8,5 x 15).

86 L ES IN SC RIPT I ONS RO YA L E S D E SUS E


L'ÉPOQU E ~'IËD I O - ÉLA.\ I ITE

L'inté rêt de ce tte insc ripti o n est la rela ti o n q u'e ll e éta- O BSERVATION S:
blit e ntre la di vini té d e Li ya n, D a me d u m o nd e de Notices 35, 36, 3ï.
l'a u-delà, et la menti o n fa ite pa r Kutir-Na hhunre d e sa Le souci de la continuité d ynastiqu e ressort des trois ins-
li g née à trave rs un nom d e femm e, N a hhunte-U ru . cripti ons d e constru ction de Kurir-Na hhunte : ell es se
Co ntra irem e nt a u x autres pr incesses ou re ines me n- ra ppo rtent toutes trois à d es templ es ou édifices dédi és
tionn ées da ns les insc riptions d e co nstructi on dont un a u culte des ancêtres, aux d ivinités du mo nd e infe rna l
titre préc is (amma hasduk. Il/tu hanik, pak hanik) dé fin it ou du passage d es morts da ns l'a u-delà. Ses motifs clai-
l'importa nce, a ucun titre n'in d iqu e ici ex plicitem e nt rement exp rim és sont la continuité de la lignée.
qui éta it Na hhunte-U ru et quels étaient ses liens avec
le ro i rég na nt. L' inté rêt es t d 'a uta nt plus g ra nd qu e Ces trois insc ri ptions sont représe ntées d e ma ni ère très
c'es t sa d escenda nce (et non ce ll e d e Kutir-Na hhunte déséquilibrée da ns ce co rpus: ï 5 sont relati ves au kWIl -
lui -mê me) qui est me ntionn ée, à p ropos sa ns doute de p um kiduya, ta nd is qu e 4 se ul e m e nt me nti o nn e nt la
la co ntinui té d yn as tiqu e. Il se mbl e bi e n qu e l'o n G ra nd-Porte de Laga mal et 6 1e temple de Kiriri sha. Les
ret ro u ve ic i le de u xième m od e successo ra l éla mite : sig nes so nt, pour les trois insc riptions, réguliers et so i-
lo rsque la success io n n'est pas ass urée de père e n fi ls, g nés ; le d écoupage des six li g nes d u tex te est qu as i-
c'es t à un fi ls de la sœur (DUM U N IN9) d u roi précéd e nt constant : la se ule va riante est da ns la coupure entre les
qu e rev ie nt légitime me nt le pou vo ir. D e là l'h ypothèse lig nes 4 et 5 (soit e *in-su-/Si-na-ak na-pfr-û-ri hu-ut-ta-ak
qu e Ku tir- Na hhunte n'ava it pas d e fi ls, et pas d 'es poir soit, plus ra rement, e *in-su-si-na-ak na-pfr-û-ri/ hu-ut-ta-
d'e n a vo i r. ak). Cepend ant ce rtaines briques sont inscrites sur d eux
tra nches successives, so it qu e l' insc ription se poursui ve
lig ne à li g ne de l'une à l'a utre (cf nO 1660), soit qu e le
tex te soit intégra lement répété (cf nOS 1663- 1669), ce la
uniquem ent sur de g ra ndes briq ues.

Br_ 1701

L ES I "SC RIPT I "S RO YA L E S DE SUS E 87


L ' t p OQU E :VI tD I O - t L .\ ,\1 1T E

38
Shilhak-Inshushinak
Br. 1755
Br. 1709- 1805

Texte 1
1 Û Isil-ha-ak- * ill-su-si-Ila-ak sa-ak ISll-Ul-ru-uk-
*/Ia h -hu- UI1 - ( e-k f-i k
2 Ii-ba-ak ha-ni-ik * il/-su-si-na-ak-kf-ik su-un-ki-ik
ASa/l-Za-al/.
3 AS SU-SIl-IIIl-ka4 1si-lIIe-ba-/a-a r -hll-lIh-ba-ak si-ia-
ail * in-su-si-lla-ak
4 e-ri-el1-tIl4-1I11l-im-l//a ku-si-is a-ak mi-si-ir-ma-lla LI
sar-ra-ah
Br. 1757
5 hi-si-e e-ri-en-ru4-ulII pè-ep -si-ia-ma /(I-a/-/u-uh a-
ak
6 si-ia-all * ill -su-si-na-ak l1a-pfr-û-ri-me a-ha ku -si-ih

Va ria ntes
2: Ii-ba-ak h-alli-ik *ill-su-si-lla-ak gi gi 1.. 1 (nO1744)
3: /llI -< II1 ->ra-al1 (n" 1711 )
4: LI sar-ra-ra-ah (nO 179 1)
5: e-ri-ell -Ilim (n" 1720)
pè-ep-si-si-ia (nO1733), pè-ep- <si-> ia-ma
(n" 1757), pè-ep-si-ia-ia-ma (nO 1746).
Par ai ll eurs le nom pro pre de la ligne 2 varie : Kindattu.
E ba n i, Sil ha h a , Tan - R u hll ra tir , Idadu. Atta - hu sh u .
Si rllk d uh, Si ll1 e- ba la r-huhbak , HU ll1ba null1 ena (sak sil/w-
ha sur les n~ 1744 et 1748, ru//1/ s'ak sil/wha su r les a utres).
H utra n-tepti, Ku k -Nash u r, T e pti-halki . Kuk -Kir ll1esh.

«(1 -2) Moi , Shi lhak -lnshushinak, fi ls de Shu truk -Na h-


hun t e , (2) se r v ite ur bi e n -a im é d ' In shu s h in a k , ro i
d ' A n za n (3-4 ) et d e Suse : Sim e -ba lar- huhba k a va it
construi t le templ e d' In shushin ak en briques cui tes (4)
et comme il m enaçait ruine, m oi je l'a i rem is en état : (5)
j'a i inscri t son nom sur les briques de refo ndation (6) et
a insi j'a l (re)construit le temp le d ' lnshushin a k, m o n
di eu.»
Br. 1762 (2)
r-----~~~~~~~

Br. 1774

88 L ES I NSC RIPTI ONS R OY ALE S DE SUSE


L ' É POQ U E ~I É DI O - É LAM IT E

P UB LI CATI ONS: Il es t inté ressant d e noter que Sh ilh a k - Inshushinak ,


MDP III nOXXXII et pl. 8,2-3 (S ilhaha), nUXXX lII et plutôt que d 'é num é re r ses différents prédécesseurs
pl. 8,4 (Hutran-tepti), nO XXX IV et pl. 8, 5 (Eba rti ), qui ava ient éd ifi é et e ntr etenu le temple du dieu
XXXV et pl. 8, 6 (Ana-hu shu), nOXXXV I et pl. 8, 7-8 1nshu shinak , n 'e n nom m e qu ' un sur chaq ue type de
(Ta n- Ruhuratir), nU XXXVII et pl. 9, 1, 3 (Kindanu), briqu e. 97 briqu es portent ce n e insc ripti on, m ention -
nO XXXV III et pl. 9, 2 (Tepti-halki), nO XL et pl. 9, 4 nant trei ze princes d ifférents. L a va ria nte q ue co nsti-
(Kuk - Kirmesh), n° XLI et pl. 9, 5 (Sime-bala r-huhbak ), tue le nom propre n'entraîne aucune différence m até-
nO XLI I et pl. 9, 6 (S irukduh ), nO X LIII et p l. 9, 7 ri ell e dans les ca racté ri stiques des briques: les diffé-
(Humba numena), nOXLIV et pl. 9, 8 (Ebarti), nOXLV rents formats ne so nt pas en re lation avec le nom du
et pl. 10, 1 (Kuk -Nas hur) ; MDP V nOXXXVI bis et pl. prince qu i es t cité.
15,4 (Ta n- Ruhuratir), nO XL bis et pl. 16, 1 (Kuk- Kir- Bien que peu d 'e ntre e ll es soie nt intactes, o n peut
mesh) , nO XLI bis et pl. 16, 3 (S im e-ba la r- huhbak), retrouver trois types de briques: la g rande brique car-
nOXLIII bis et pl. 16,4 (Humbanumena), nOXLIV bis rée qui mesure 33 x 9 x 33 cm (cf. nO 1774 qui est enti è-
et pl. 17, 1 ; E KI nO39, p. 9 1. re), la demi-b rique rectangula ire dont la profondeur est
de 14 à 16,5 cm et la petite brique ca rrée de 16,5 x 9 x
OBSER\'ATlONS: 15,5 cm (cf. nO 1762). L'épaisseur peur parfois atteind re
Cen e insc ription de structure simple, puisqu'elle ne com- 10 ou 10,5 cm (cf. n OS 1792, 1760).
prend ni remise au dieu ni formul e de souhai t, développe L'a rg il e es t oc re, parfois légè reme nt rouge. L es sig nes
l'ex pression de la construction. Le terme hi.f introduit la so nt très généralem en t aig us, fins et réguli ers.
notion de docum ent de fondation, ou, pour ne pas présu- Les six lignes de l'insc ription présentent un découpage
m er de sa place dans le temple, de document de déd icace. constant (sa uf le nO 1715 qui place susunka à la fin de la
Il n'y a pas e u, se mbl e-t- il , de refo ndati o n tota le du ligne 2). Sur quelques briqu es, le texte court sur deux
temple: le fait d'inscrire le nom d'u n prince qui l'ava it tra nches successiv es de m a ni ère continu e (cf nO' 1717,
précédemment construi t (o u reconstruit) sur la brique 1744- 175 1, 1762) ; se ul le nO 1796 répète l'insc riptio n
de dédicace dispense le ro i de « r econsac re r " la enti è re sur deux côtés, le second éta nt plu s so ig né et
co nstru cti o n et de renou ve ler la remi se a u dieu. Il se plus ner.
situe da ns une continuité cu ltuelle.

LE S I NS C RIPTI O N S R OYA LE S D E SUS E 89


L 'EPOQUE ~ IÉD I O · ÉL ,\ ,\lITE

39
Shilhak-In.;hu:;hinak
Br. 1806- 1840 P UB LICATIONS :
MDP XV, 76 -ïï e t pl. XI , 3 EK I nO 59, p. 137-13 8
Texte 2 (briqu e d e Bend e r- Buschir).
1 Il lsil·ha-ak- *in-su-si-na-ak sa-ak lsu-ut-ru-uk-
*nah-hu.-llll-te-kf·ik li-ba-ak ha-ni-ik *ki-ri- R EMA RQUES :
2 ri-sa a-ak *in-su-sÎ-na-ak-kf-ik su-un-ki-ik AS (1/1- C e texte prése nte d eu x va ri a ntes dan s sa teneur :
za -an AS su-su-un-ka4 h/JU-ban-nu-me-na si-ia- - texte 2 a (nOS 18 19- 1823) : le temple est dédi é à Kiriri -
3 an *ki-ri-ri-sa AS Ii-ia-an-ir-ra-me ha-Ia-at-im-ma sha mai s aussi à l nshushin a k et la formul e d e co nstruc-
ku-si-is a-ak mi-si-ir-ma-ma Il sa/'-ra-ah ti o n est plus brè ve :
4 e-ri-en-w/11g-im-ma pè-ep-si-im-ma ku-si-ih a-ak ta- (3) si-ia-an *ki-ri-ri-sa AS/i -ia-wl-ir-ra-me ha-la-at-il1l-ma
ak -ki-me-û-mi-ni f *nah-hu-un-te-û-tû-Ille ku-uk-si-ih-is a-ak (4) mi-~'i- ir- ma-ma LI e-ri-en-rums-ia ku-
5 l/1U-te-lu-du-lIs-*in-su-si-na-ak -me 1sil-hi-lta-ha- uk-si-ih ... (8) a-ak ir-ki-in-ti - ni-ka4-me-ma *in-su-si-na-ak
am-ru- *la-ka4-ma-ar-me lku-ri r- *hu-ban-me *ki-ri-ri-sa na-p fr-Li-ri i du-ni-ih
6 f *is-ni-ka4-ra-ab-bàd-me fLi- ru-ruk- *el-ha-Ia-hu-me - texte 2 b (nOS 1824- 1826 et, pe ut-être, les fra g m ents
a-ak fû-tû -e-hi-ih -hi- *pi- n'" 1827- 1831 ) : Kiririsha y est associée a u Gra nd-dieu;
7 ni-gir-me in-ri-ik-ka4 a-ak ir-ki-in-ri ni-ka4-me-ma le templ e, y est-il précisé, était a ncienn em e nt e n briques
*ki-ri-ri-sa na-pfr-û-ri i du-nÎ-ih cru es . L es takkim e n ' é num è re nt pa s les diffé re nts
e nfants et évoqu ent global e m ent «notre desce ndance» :
Va ri antes
4: e·ri·<ell· >tllllls-ùn-ma (nO. 18 11. 1 12. 18 17) (2) ... si-ia-an (3) dingir.gal a-ak *ki-ri-ri-sa Li-pa-at-im-
li-me- IIi (nO18 19) ma ku-si-is a-ak mi-si-ir-ma-I/CI (4) Il e-ri-en-ru/1/g-lna kll-
5: *Ia·ka~ -mar- me (nO1 19). sÎ-ih a-ak ta-ak-ki-lIIe-û-lIIi-ni a-ak f*nah- (5) /1lI-un-te-û-
tu-me pu-hu-ni-ka4-lIIe-na in-ti-ik-kà a-ak ir-ki-in-tj-ni-ka4-
«(1 ) Mo i, Shilha k - ln shu shina k , fil s d e Shutruk - la h- me-na dingir.gal *ki-ri-ri-sa ~a- IIC/ AS/i-ia-an-ra na-pfr-Li-ri
hunt e, ( 1- 2) se r v it e ur bi e n- a im é d e Kiriri s h a e t i du-ni-ih
d ' lnshushin a k , (3) ro i d 'A nzan et d e Suse : (2 -3) Hum-
banume na ava it éd ifi é le te mple d e Kiririsha-d e- Li ya n
e n briqu es crues e t, co mm e il m e naça it ruin e, m o i je Br. 18 11
l'a i re mi s e n é ta t: (4) e n briques cuites de resta ura tio n
je l'a i (re)construit. (4-5) Et pour ma vie, pour cell e d e
Nahhunte- Utu, de Hutelutush - ln shushina k, d e Shilh i-
na-ha mru -Lak a m a r, d e Kutir-Huban , (6-7) d ' lshnik a-
ra b-huhun , d'Urutuk - EI - ha la hu e t d ' Utu -e hihi - Pini -
g ir, (7) c'es t d a ns ce tte inte ntion que, po ur no tre sa u ve-
gard e?, j'e n a i fa it do n à Kirirish a, m a d éesse.»

90 L ES I NSC RIPT I ONS RO YALE S DE SUSE


L'ÉP OQU E ~ IÉD I O- ÉLA~I I TE

Ce texte est découpé en cinq ou six li gnes dans les ins- *pinigir-lIIe / fakkim e-l/lIIini f ':'/lah!lII/lfe-UrU-lIle ak Pllhu-
cr iptions sur la tranche hori zontal e des briques. Il est /likallle-l11a : une des principales va ri a ntes de ce texte
a u ss i esta mpill é sur la face d 'a utr es exemp la ir es consac ré au temple de Kiriri sha fondé par Humban u-
(no < 1838- 1840) : m ena porte sur la moti va tio n de sa reconstructi on, la vie
cie la fa mill e roya le. Ce th èm e prése nt dan s les textes
1 û ' sil-ha-ak-*in- su-si- a nci ens (NAM .TI.LA . ' I. SÈ/al/a ba/afi ), repris par Kutir-
2 I/a-ak sa-ak ISli-lIl-l1I-uk- Na hhunte est très déve lop pé dans les in sc ripti ons de
3 * nah-hu-lIl/-fe-kf-ik Shilhak-Inshushinak. Les noms cités, leur nombre, leur
4 SIHII/ -ki-ik A al/<a-al/ o rd re fournissent un éléme nt de datat io n relative cles
5 ASsu-sll-lIn-ka~ Ihu-ban-nll- diffé rents travaux de co nst ructi o n et des indices pour
6 me-I/a si-hl-an dingir.gal a-ak * ki- com prendre l'imbroglio des relations fam iliales da ns la
ï ri-ri-sa-me ti-pa-af-im-ma dynastie des Shutrukides 1• •
8 ku-si-is a-ak mi-si-ir-ma-na Pour cette insc ripti on, puhll-I/ikame, «notre descend an-
9 Il e-ri-fumg-im-lI1a ku-si-ih ce" , a pparaît comme une var ian te pour les six nom s d es
10 a-ak fa-ak-ki-m e-tl-l11i-ni enfa nts de Nah hunte-U tu , classés par sexes, les trois fils
Il h l/ah-hu-L/I/-fe-Û-fû-me d'abord pu is les trois fill es.
12 a-ak pll-hu-l/i-ka4-me-ma in-
13 fi -ik-ka4 a-ak ir-ki-il/-fi- OBSERVAT IONS :
14 ni-ka~ -l11e-ma dingir.gal *ki-ri-ri-sa Les 35 briques citant le temple de Kiriri sha m ention -
15 za- /la ASli -ia-an- ra nent cette divinité soit seul e soit associée à lnshu shina k
16 na-pfl'- li-ri i dU-/li-ih ou au Grand-di eu. L'or igine de la déesse a pparaît soit
a u début d u texte (siY(/11 *kiririsa ASliyan-irra-me) soit à
- wkkime-llmini f * /lahhul/fe-lIf11-me hllfelllfl/S- * in susi/lak- la fin (DiNG IR .GA L * kiririsa zal/a ASliyan-ra napir-II-ri i
me ' silhina-hal11rll-*lakal11ar-me lkutir- * /I/Ibal/-me h isn i- dllnih) . L'ancien temple est d it avoir été fait en briques,
karab- huhun-me furllfuk- *e lhalahu -lIle ak fl/fu- ehihhi- en briques crues (halarimllla) dans un texte (nO2 et 2 a),

Br. 1832

LE S I "SCR I PT I O"S ROYALES DE SUSE 91


L· É PO QU E MÉD I O - É L A MITE

40
Shilhak -Inshushinak
en briques cuites (upalimnw ) d a ns la va ria nte (no 2 b). Br. 1841 - 1889
Enfin po ur ce qui est de la construction, lo rsque Kiriri -
sha seu le est m enti o nnée, Shilhak dit avoir remis en état Texte 3
(u sarrah) ava nt d e (re)co nstruire et fa it référence à une 1 LI.Ifil-ha-ak- *in-su-si-na-ak sa-ak Isu-ul-ru-uk-
(re) fo nd a ti o n (p ep simma ), mai s n o n pas lo rsqu e (le) *na h -h [1 - u n-Ie-kf-ik
G rand -di eu o u In shushinak sont a ussi cités. L e ve rbe 2 Ii-ba-ak ha-ni-ik *in -su-si-na-ak-kf-ik ku-um-pu-U/l1
propre d e la construction est soit kusi-, soit kukSi- (nO2 : ki-du-û-ia
Il san·ah erientumimma pepsimma kusih ; nO2 a : u erien- 3 û-pa-ar-ma ku-si-ik a-ak mi-si-ir-ma-na sa -ri-ih a-
lumia kukSih ; nO2 b : u eriel1lumma kusih). ak e-ri-en-Iu4-ul11-ma
Ces va ri a ntes entraînent un e ré pa rtiti o n du tex te en 4 ku- si-il? a-ak *in-su-si-na-ak na-pfr-û-ri i si-ma-Ia-
cinq à neuflig nes et, po ur le tex te esta mpillé sur la face, ah e *in-su-si-na-ak
en seize lignes : 5 na-pfr-û-ri hu-u.I-wk ha-li-ik-û-m.e li-ma nu le-la-
- le tex te nO 2 se présente en sept lig nes d e d écou page ak-ni
va riabl e: se ul es so nt intac tes d es d e mi - briqu es de 6 a-ak a -ha-an hi-ih si-tu4-lIk-ti-ni
32/34 cm de lo ng ueur sur 8/9 d 'épaisseur et 15 de pro-
fo nd eur ; Variantes
- le texte nO2 a (nO' 18 19-1 823) se répa rtit en neuflig nes. 4-5: découpage : (4) . . .e *ill-;'//- (5)si-lla-ak (nO1847)
T ous les exempla ires so nt fra g m enta ires; deux provien- 5: 11lI-1I1-</ak> (nO1878).
ne nt avec ce rtitud e d e d emi -briqu es rec ta ng ul aires:
cassés sur la lo ng ueur, il s m es urent 32 x 8, 5 x 17 cm «( 1) Moi, Shilha k - Inshu shina k , fil s d e Shutruk -Na h-
(no 1822),20 x 10 x 13,5 cm (no 1823) ; hunte, (2) se r vite ur bi e n -a im é d ' In shu shin a k , (2-3)
- le texte 2 b compo rte cinq (nos 1827- 183 1) ou six lig nes comm e la chapel le extéri eure ava it été bâti e en briques
(nos 1824-1 826) ; le plus g ra nd fragm ent, cassé d ans la crues et qu 'elle m enaçait ruine, je l'a i remise en état (3-4)
profondeur, mesure 33 x 9 x 9,5 cm. et (re)construite en briques cuites; (4) je l'ai consac rée à
T outes ces briques sont d 'une arg ile oc re, assez fin e; les Inshushina k, m on d ieu. (4-5) 0 Inshushina k , m on di eu ,
sig nes so nt d enses, rég uliers et soig nés. que l'œ uvre que j'ai réa lisée te soit agréabl e en offrand e
et pui sses- tu rendre pros pè re le po u voir (qui ) y (es t
Br. 1832 représenté) !»

P UBLI CATION S :
M OP III, nOXXXI et pl. 8, 1 ; EKI nO32, p. 85.

O BSERVATIO NS :
C ette in sc ripti o n, à l'excepti o n du nom du roi et d e la
va ri a nte erientum-ma à la place d e erientum.-ia, est to ut à
fa it ide ntiqu e à ce ll e où Kutir-Na hhunte évoqua it la
réfectio n du kumpum kiduya. Le d écoupage des lig nes et
l'as p ec t d es briques so nt ide nti q u es, si bi e n qu ' il es t
impossibl e d e savoir auquel des deu x frères il convient
d 'attribuer les exe mpl aires mutil és o ù le no m du roi a
di spa ru (nos 1890-1 92 1).

92 LE S I NSC RI PT I O :--: S ROYA L ES D E SUSE


L 'É PO QU E ~ I É DI O- ÉL A ~ II TE

Br. 184 1

Br. 1874 (1)

Br. 1874 (2)


Trois formats de briques porta nt cette insc ription sont
attestés:
- d e mi - briqu es rec ta ng ul a ir es d e 32/ 33,5 x 9/ 10,5 x
15/ 16.
- gra nd es briqu es «ca rr ées » de 3 1/ 34 x 8, 5/ 10 x
3 1,5/32 ,5 (l e nU 1845 es t d 'un modul e exce ptionnel: il
mesure 7 cm d 'épaisseur et 34 d e profondeur).
- petites briques ca rrées 14/ 15 x 9/ 10 x 14/ 15.

L'insc ripti on court sur une ou deux tra nches; une se ule
brique (nO 1873) prése nte de ux fois l'insc ription répétée
intégra lement sur deu x côtés.

LE S l ''' SC RI PT I O ~ S RO Y A L E S D E S U S E 93
L "É P O Q U E ~I É D I O- ÉL .'DI I TE

41
Shilhak-l nshushinak
BT. \ 922-\94 \ P U BLI CATIOr-.:S:
M DP lll, p. 50 ; MDP V n O XXX e t pl. XV, 1-3,
Texte 4 nOXXX bis; MOP XI, pl. XI, 2, p. 88; EK I nO43, p. 95-96;
1 LI Isi l-ha -ak-*ill-su-si -na-ak sa-ak ISI.l- Ul- rLl -l.Ik- cf L AMBERT, 1978,6-7.
*lIah-hu -wHe-kf- ik slI- un-ki-ik all -za-all
2 su-su-UIl-ka4 Ikll-li r- *nah-hu-un-Ie za-al -mll e- ri- R EM ARQUES :
ell-IU4-1I11l-ia hl.l-uh -Ias a-ak si -ia-all - zalmu erielllum-ia : «statue de brique» désig ne le «bas-
3 * ill-su-si-lla-ak-me a-ha-an ku-si-ill -ki-mar a-ak il//.- rel ie f» où des représe ntations so nt intégrées au brique-
Ille ku-si-is a-ak pur-ku UZ-~LHII1-ra tage.
4 ti w k ~a- a l-lIIu e- ri-ell -Iu4-lIIlI-ia i lah-Iw -ah a-ak
hU-lili-wh a-ak kU-lIIlI-pu-um ki-dll -ti-ia - siyall * ill slIsill ak allall kusill ki -lIIar : la fo rm e ve rba le
5 a-Iw ku-si-ih a-ak *in -su-si-na-ak na-pfr-ti-ri i si - est co mpl exe; ell e combin e un élé m ent ex pri ma n t la
ilia- la-ah e * ill-su-si-na-ak volonté (trad u ite pa r la pa role «d ire" , o u a ttitu de de
6 lIa-pfr-ti-ri 11lI-ul -lak ha-li-ik-li-me li-ma /lU le-Ia- I" esprit «déc ide r ») e t so n co n te nu (k usillki ) so us la
ak-Ili fo rm e d 'un d isco urs d irec t : «j'éd ifi e ra i»" Co n tra ire-
m e nt a u x di ve rses inte rpréta ti o ns dé jà pr o posées 149 ,
«(1 ) Moi, Shi lh ak -Inshushin a k, fi ls de Sh utruk -Na h - je co nsidè re qu e le co mpl ém ent direct de ce ve rbe es t
hunte, (1 -2) roi d 'A nza n et de Suse : (2) Kutir-Na hhunte ce qui , e n tête du réc it, es t do nn é co mm e le th è m e ci e
ava it fait fabriquer des rep rése ntati ons d e briques cuites l'in sc ri pt io n : l'é rec ti o n clu bas-re li ef et no n pas la
(2-3) et avait d éci dé «(da ns) le temple d 'l nsh ushinak, je ré fec ti o n du kumpl/lll kidll)'a , qui es t ex prim ée d iffé-
les)' édifi erai " ; m a is il ne l'ava it pas fa it, comme il éta it rem m e nt d a ns le tex te nO3. Le ve rbe kusi es t le ve rbe
m ort ava nt (l a réa lisa tion), (4) m oi, pl acé (sur le trône), le plus gé néra l e n m atiè re de co nst ru cti o n et dés ig ne
q ua nt aux représenta ti ons de b riques je l'ai suppléé : je ici l'éd ifi ca ti on d' un bas- re li ef: du te m ps de Ku ti r-
les ai réa lisées (4-5) et j'a i ainsi édi fi é la chapell e exté- a hhun te, des bri q ues du bas- rel ief ava it été réa li -
ri eure. (5) Je l'ai co nsac rée à Inshu shin ak , m on d ieu. sées et in sc n tes m a is l'édifice n 'ava it pas é té appa-
(5-6) 0 Inshushina k q ue l'œuvre que j'ai réa li sée te soit reill é.
agréable en offrande !"

BT. I926 BT. 193 1

94 LES I NSC RIPTI O NS R O YALES DE SUS E


L 'ÉPOQUE ~IÉD I O - ÉLA~ I ITE

42
Shilhak-InJ-huJ-hil1ak
- u tak : le verbe ta o, sans préformante ni complément, Br. 1942-1987
sembl e avoir le sens de «place r (sur le trône) " .
Texte 5
- ~almu eriellfumia i /ah//ah : le ve rbe tahha a pour com- 1 Li L,' il-ha-ak- *in-su-si-I/a-ak sa-ak Isu-ut-ru- uk-
pl ém ent direct «le bas- rel ief» et pour co mplém ent in cli - "I/Oh-hu -un-te-kf-ik su-un-ki-ik
rec t i, qu i représe nte Kutir-Na hhunte ; je rattache le 2 ASa/l<a-an ASSU-S1HII1-ka-1 si-ia-an *ki-ri-ri-sa za-
se ns de ce ve rbe à la noti on d '«a id e »15o, de «faire pour! na AS/i-ia-a/l la-ha-ak-ra-lIIe hllll -ba/l-
à pl ace de » et non à cell e d e «place r»l5 l. 3 /lU-ille-na ku-si-is-da mi-si-ir-lIIa-/la sw -- ra-ah p è-
ep-si-ir-IIIl1-ah a -ak e-ri-lIIl11g-/la ku-si-ih ku-ra-
- hulllah : ce ve rbe co n vo ie pro babl e m e nt ici l' id ée 4 -wl/-ma kW'- ra-ah a -ak ku-la-alll-lIIa sa-ah-ti-ir-
d 'a mene r le trava il à so n achèvement, d'a ll e r jusqu 'au ilia-ah a-ak ir-ki-i/l-ti-,i-lIIe-IIIl1 *ki-ri-
bou t d e l'entrepri se. 5 ri-sa ~a-l1a ASti-ia-a/l la-ha-ak-ra /la-ph'-';-ri i du -
I/i-ih e *ki-ri-ri-sa ~a-/la ASti_ia_
OBSER\ 'AT IOI"S : 6 -al/ la-ha-ak-ra /la-ph--,i-ri hU-I/l-/ak ha-li-ik-ti-lIIe
Ce tte in sc rip tion ne se trouve qu e sur les briqu es d u Ii-ilia 11/1 te-Ia-ak-I/i
bas- relief qui se déve loppait sur le mur ex téri e ur du
temple, présenta nt la répétition d 'un g roupe co nstitué \'a ri3l1tcs
pa r un homm e- ta urea u et une d ivinité orante, sé parés 1: *"ah -/IlI -"ah-hll-wl-le (n" 1943)
pa r un palmi er ; «l'e nse mbl e deva it évoquer un bosqu et 2-3 : /a-/w-ak-(3)ak-ra-/lle (n" 1975)
sac ré, ga rd é et béni pa r deux perso nn ages m ythiques », 3: /IIi- si-ir-/IIa-<" a> (n" 1953)
dans un décor dont la conce pti on a rchitecturale ava it 4: pè-ep-si-<ir- >/lla-ah (n~ 1942, 1954. 1966).
été sans do ute e mpruntée à la Bab ylo n ie cass ite. La
fo rme très spéc ifique de ces briques et ce déco r pa rticu- «(\ ) Moi, Shilha k - Inshushina k , fi ls de Shutruk -Na h -
lier so nt sa ns doute à mettre en ra ppo rt avec la nature hume, (\ -2) ro i d ' A n za n e t de Suse : (2) co mm e le
du kUlllpwl/ kiduya. templ e de Kiririsha, la Da me cac hée de Li ya n, (2-3) que
Humba num ena ava it co nst ruit, m enaçai t r uin e, (3) je
Ces briq ues ont toutes le m êm e m odul e: leur long ueur l'a i remi s e n état : j'a i déc id é sa res taura ti on et je l'a i
est d e 35 cm, leur profond eur de 9 cm à leur ext rémité, (re)co nstruit e n briqu es cuites; (3-4) je l'a i o rn é e n
et 17 cm a u mili eu de la pa rti e sa illa nte; la profond eur (briques) glaçurées? et j'a i déc idé sa rénovati on en gy pse :
e st to uj o ur s fr ag m e nt ai r e . D e dim e n s io n s tr ès (4-5) et pour ma sa uvega rde?, j'e n ai fa it do n à K iriri -
co nstantes, elles sont d onc un peu plus long ues qu e la sha, la D ame cac hée de Li ya n, m3 déesse; (5-6) 0 Kiri -
p lupa rt d es briqu es de co nstru ct io n. Se ul e va ri e la ri sha, la D am e cac hée de Li ya n, ma déesse, qu e l'œuvre
fo rm e du sa illant qui est déte rminée pa r sa pl ace d a ns le que j'ai réa lisée te so it agréa bl e en do n !»
bas reli ef. Leur fab ricati on se mble pa rti culièrem ent soi-
gnée : l'a rg il e, plus ou m oins rouge, es t très d ure; l'in s- P UBLICATI O"S :
cripti on, do nt \es sig nes som en géné ral nets et soig nés, MDP XV, n" 34, p. 80; E KI n" 57, p. 136- 139 (brique de
se déve loppe e n six lig nes su r la tran che. Bend er- Bushir).

R E~l f\RQUES :
- *kiririsa ~ana ASliyal/ lahakra-me : la déesse de Li ya n
porte ici un ti tre q ui n'a ppa raît pas da ns l'autre insc rip-
ti on qui lui est consac rée; cell e-ci se pl ace ex pli citem ent
da ns la traditi on cultu ell e in aug urée par Humbanume-
na qui m et a u premi e r pl a n Kiriri sha sou ve ra ine du
mond e so ut e rr a in (cf K ON IG « H e r r in d e r To ten -
Unte r welt »). L'é pith ète qui est ici la sienne est peut-être
à m ettre en relation avec cet au-delà où dispa raisse nt les
m orts (lalw- «pa rtir », «dispa raît re »). Il es t auss i possible
qu'ell e so it révélatrice de la nature du culte qui lui est

LE S I;\; SC RIPTl O:-:S R OY A L ES DE S SE 95


L ' ÉP OQU E MÉDI O- ÉLAM I TE

re ndu à Li ya n, peut-ê tre composé essenti ell em ent de du verbe: «j'a i d éc id é sa ré nova ti o n e n gy pse » o u
m ys tè res (Iahak «cac hé») 151 . Cette ca rac té ri sa ti o n es t «aya nt prié (kll/akma ) j'ai offert un sac rifice ». D ans le
aussi a ppliquée à Insh ushin a k , qui es t dit «se ig neur premi er cas, ce tte ex press io n se rait dans le prolo nge-
caché de la vi ll e haute » (repri alime/u /ahakra) da ns un ment de ce qui précè le et a pporterait un déta il arc hitec-
tex te recueilli sur J' Ac ro pole (MD P LI lIno 18). tural supplémentaire, dan s le seco nd il ferait référence
a u rétabli ssement du cu lte.
- kt/rall/II/a k{//.,.ah : ce sy nta g me est gé né ra le me nt 153
compris comm e une précision appo rtée à la faço n dont OBSERVATIONS :
le templ e a été resta uré: le roi se glorifierait d 'avoir uti - Ces briques présentent d eu x formats : soit recta ngul aire
lisé la tec hnique d es briques g laçurées a u four 151. (32/ 33,5 x 8/ 9 x 14,5/ 15), so it ca rré (32/33,5 x 8/ 9,5 x
3 1/ 33) ; a uc un e pe ti te briqu e carrée n'es t pa rve nu e
- kll/al/llllCl sahril711C1h : deux sens très diffé rents sont pro- entière. D 'une ma nière gé né rale, les sig nes de l'insc rip-
posés pour cette proposition , qui repose nt sur le choix ti o n so nt nets, a ig us, curs ifs; ils se répartisse nt en six
e ntre les deux ho moph o nes ku/a- «gy pse » e t kll/a- (nOS 1942- 1970) ou sept lig nes (J 97 1- 1973).
«prie r», ce qui entraîne une compréhension différente

Br. 1942

Br. 1943

96 L ES I NSC RIPT I ONS R OY ALES DE SUSE


L ' ÉPOQUE ~IÉD I O-ÉLA MITE

43
ShiLhak-Inshushinak
Br. 1988-2055 Va ria mes
1: sa-<ak> (n" 2009)
Texte 6 3: mi-si-ir-ma<-lla> (nO2008)
1 ù ' sil-ha-ak- *in-su-si-na-ak sa-ak 'su-ut-rtl-uk- 5: lIi-ka.-me-ma ( n~ 2006, 200ï)
*nah-hu-un-Ie-kf-ik Ii-ba-ak ï: ku-si-Ia-i.f-ra (n~ 199 1, 1992), kl/-si-is-Ia ( n~ 1993,
2 ha-ni-ik *in-su-!>'i-na-ak-kf-ik si-ia-all *in-su-si-na- 1996,2002,2005,20 19), ku -si-ih-ra (no 1999).
ak-me û-pa-al-illl-ma ku-si-ik a-ak 7-8 : up-ur-pu-up-ba si-ia-(III ku-si- ih a-ak si-ip lili-li-
3 mi-si-ir-ma-na Il e-ri-en-tlll/18-im -ma ku- si-ih a-ak e li-pa-ar ak-li- ia-ma (8) sar-ra-ah a-ha ku-si-ik e
si-ip 11l1-ti-e Ii-pa-at ak-li-ia-ma * ill-su-si-na-ak lla-pfr-li-ri hu-uh-Iah Iw-li-ik li-
4 ku- si-ih a-ak le-ti-i/1 la-an-si-il-im-ma-ma ra-ar-ba- ma-llu Ie-Ia-ak-ni (n" 1989).
ah a-ak ra-ak-ki-me- Li-me-Ili
5 f *nah-hll-un-Ie-Li-flt-me a-ak pu-hu-e-na in-ti-ik-ka4 «(1) Moi, Shi lha k-lnsh ushina k, fi ls de Shutruk -N a h-
a-ak ir-ki-in-li ni-ka4-me-na *in-su- hunte, (1 -2) se rviteur bie n-aimé d 'Inshu shin ak : (2) le
6 -si-na-ak le-ip-ti a-li-me-Iu-ur-ra /lG-pfr-LÎ-ri i si- te mp le d ' lnshu shin a k ava it été co nstruit en briques
ma-ta-ah a-ak su-un-kip li-lal-up c ru es, e t (3) co mm e il m e naça it ruin e, (3) je l' a i
7 lIr-pu-up-pâ si-ia-an ku-si-ih-is-ta hi-i!>' a-pi-e e-ri- (re)construit en briques cuites, (3-4) et la structure? d e la
en-tum8 pè-ep-si-ia-mC/ ra-al-Iu-uh a-ak po rte je l'a i construite en briques émaillées (4) et je l'ai
8 sm--ra-ah a-ha ku-si-ih e *in-su-si-na-ak na-pù--Li- ense rrée 155 de monta nts d 'o r. (4-5) E t pour ma vie, pour
ri hu-ul-tah ha-li-en-ka4 li-ma nu le-Ia-ak-ni celle de N ahhunte- Utu , et pour sa d escendance (5) c'est
à cette inte nti o n qu e, po ur notre sau vega rd e?, je l'a i

Br. 2030 ( 1) Br. 2030 (2)

LES I NSC RIPTI ONS ROYA L ES D E SU SE 97


L ' ÉP O Q E MÉDIO - ÉLAMIT E

consac rée à 1nshushin ak, le seigneur de l'Ac ro pole, m o n il signifie rai t «structure», «a ppare illage » ; tetill a été tra-
di eu ; (6-7) et les rois du royaume, m es p réd écesse urs, duit pa r « po utre » 15ï e t pa r «co lo nn e » ; la fo rm e des
qui avaie nt construit le temple, (7) j'ai insc rit leur nom briqu es confo rte ces attributi o ns, les un es esta mpill ées
sur la brique d e refonda tion et (8) je (l')ai re mis en état et sur la surface pour le seuil, les a utres, ca rrées o u recta n- .
je (l')a i a insi (re)construit. 0 In shushinak , mo n dieu, j'ai g ul a ir es co n ve n a nt à des m o nt a nt s (d iffé ra nt d e s
œ uvré: que la réali satio n te soit agréa bl e e n offra nde! » «colonnes » de la sa lle hyposty le de Shutruk-Nahhunte
con stituées d e briqu es e n pa rts de ce rcl e). Le sol éta it e n
P UB LI CATIO]\"S : briqu es é m a ill ées (a ktiy a ), ce tte pa rti e du t e mpl e,
MDP III , nOXLVIII et pl. Il ; EKI nO35, p. 87-88. com m e le suhter, ava it e n effet un pavem en t d e briques
sili ceuses é maill ées. L'e nse mbl e qu i e ncad re l'o uve rture
R D1ARQU ES: éta it recou ve rt d'o r et co nstituait un e e ntrée d'apparat
- sip huti-e, upat aktiya-ma : sip représente un e partie pour le g ra nd dieu susie n.
précise du temple d' Inshushinak, probable ment la porte; Cen e insc riptio n peu t être mise en relation avec celle de
contrairement au hie! *!agamal-me, édifi é pa r Kutir- type takkùne (tak. nO4) qui commém ore aussi la construc-
N a hhunte, il ne s'agit pas d'un élé m e nt ind é pend a nt. tio n de la po rte d u te mple d'In shushinak ; celle-ci du ra
Ce lui-c i co mpo rte un huti e t un tetin : huti se ra it le sa ns doute longtemps pu isque la seconde me ntio nne un
«seuil », le «pavem e nt» sur lequel o n s'ava nce (s ip est fils né de l'union de Shilhak -Inshushina k avec Nahhun-
a ttesté d a ns le sens d e «c he min » 156) o u un te rm e plu s te-Utu, Tem ti-tur-ka tash. D ans ce texte a ppa raît e n outre
gé né ral à ra pproche r d e hw (premie r élé m e nt de /1Ima ), le souhait que leur lignée ne connaisse pas de rupture.

- sunkip likup wpuppa siyall ku.fihi.fta : contrairement à


Br. 2053 (1)
l'insc riptio n nO 1, dévolu e à la reconstructio n du te mpl e
d 'Inshushin a k , e n gé néra l, le nom d es prédécesseurs
n'est pas spécifié ici m ais évoqué globalem e nt. La fo rm e
ku.fih(i).fta donne li eu à plusieurs varia ntes ce qui semble
indique r l'évolu tion d e cette forme, o ù la place de l'élé-
m e nt -ta et le marquage du h ne sont pas fi xes.

- hi.f api-e erientim pep.fiya-ma talluh ak san"alr aira ku.fih :


cette re pri se de l'acte de co nstructio n a près l'évocatio n
des prédécesseurs n'a peut-être pou r rô le que de re pla-
cer la co nstructio n de Shi lh a k - I nshushina k dans un e

Br. 2053 (2) Br. 2053 (3)

98 LE S II'S C RIPTI ONS RO YALES D E S SE


L ' ÉPOQ U E ~IÉD I O-ÉLAMI T E

continuité d e pi été roya le, Le roi se m ontre pa rti cu li ère- insc rites; elle po rtent une se ul e insc ripti on, mai s sur
m ent soucieux de ses devoirs à l'éga rd de ses prédéces- d eu x docum ents le tex te se poursuit lig ne à lig ne ta n-
seurs dont il ass ure la pé rennité d es œ uvres et du nom , d is q u e le nO 2030 prése nte un e d ispos iti o n ra re : le
Da ns ce contexte, le ve rbe sarrah n'est pas em ployé da ns début du texte est sur un e tra nche et se poursuit sur la
un e séquence où il se trouve entre le terme qui ex prime tra nche sui va nte avec, au ni vea u d e l'a ng le, un es pace
la ruin e d u bâtim ent (misi) et celui qui en m a rque la a népi g ra ph e, d éli m ité pa r un tra it ve rti ca l.
ré nova ti o n: le se ns «rem ettre e n éta t » se mbl e do nc L es briques es ta mpill ées co mpo rte nt 19 li g nes a in si
m eill eur que ce lui d e «déblaye r » ; ce ve rbe peut ex pri- répa rties:
m er l'action m atéri ell e d e «rénover>, tandi s que pepsi se 1 Ù Isil-ha-ak- *in.-su-;' i-na-ak sa-ak
ra ppo rte à l'as pec t reli g ieu x de ce re no u vea u et à la 2 Isu-ur-ru-uk- *nah-hu-un-Ie-kf-ik
resacralisa ti on d u bâtiment par un nou vea u d ocu m ent 3 li-ba-ak ha-ni-ik *ill-su-si-na -ak-kf-ik
de fondati on qui re nouvelle la d édicace à la di vinité, 4 si-ia-an *ill-su-si-na-ak-me u-pa-al-im-ma
5 ku-si-ik a-ak l11i-si-ir-ma-na ù e-ri-en.-
- hutTah haliellka : cette va riante d e l'exp ressio n usuelle 6 -tum8-im-ma ku-si-ih a-ak si-ip hu-ri-e
hutTak halik-u-me d issoc ie le couple fo rm é pa r les deu x 7 Li-pa-al ak-li-ia-ma ku-si-ih a-ak
\'erbes qui ne sont pas ici sur le m ême pl a n, 8 re-ri-in la-an-si-il-im-ma-ma
9 ra-a r-ba-ah a-ak la-ak-ki-me-Li-me-ni
OBSER\ 'ATIONS: lO f *nah-hu-un-Ie-Li-ILI-me a-ak
Ce texte est attesté sur 68 briques dont les unes sont ins- Il pu-hu-e-na in-ri-ik-ka4 a-ak
crites sur un e t ra nc h e ho ri zo nt a le (nOS 1988-2030), 12 ir-ki-in-li n.i-ka4-me-ma *in-su-si-na-ak
d'a utres (nOS 203 1-2051 ) esta mpillées sur la face, d ans un 13 re-ip-ri a-li-me-Iu-ur-ra na-pfr-Li-ri
ca rtouche, d 'a utres enfin portent ce m êm e tex te à la fois 14 i si-ma-ra-ah a-ak su-un-ki-ip li-ku-up
en 8 li g nes insc rites sur la tranche et 19 li g nes estam - 15 ur-pu-up-pd si-icl-an ku-si-ih-is-w hi-is
pill ées sur la face (nos 2053-2055), Cel a pourrai t être un e 16 a-pi-e e-ri-en.-IuI118 pè-ep-si-ia-ma
ind icat io n sur l'e mpl o i spéc ifiqu e d e ces briques et, 17 la-al-Iu-uh a-ak sar-m-ah a-ha ku-si-ih
peut-être, sur la sig nifi ca tion d e huri, 18 e *in-su-si-na-ak na-pfr-Li- ri hu-ul-wh
L es p re mi è res so nt so it de g ra ndes briques ca rrées 19 ha-li-en-ka4 li-ma nUle-la-ak-ni
(3 2/ 34,5 x 9/ 10 x 3 1), so it, plu s fr équ emme nt , des Seul le nO2052 prése nte une autre répartition d es sig nes,
de mi -b riques recta ng ul aires (32/34 x 9/ 10), de pro fo n- m ontrant q ue les m atrices pou vaient va rier. Toutes les
deu r va ri abl e, 12 cm (no 1992), 13 cm (no 1988), 15/ 15 ,5 briques esta mpill ées sont d e g ra ndes briques ca rrées (33
cm (nO' 2002, 1995), 17,5 cm (no 1990), L e déco upage x 9 x 34), le ca rtouche inscrit au centre étant aussi g ros-
des lig nes est co nsta nt ; trois briques ont deux tranches so- m od o carré (23,55 x 24,5),

Br, 2031 Br, 2034

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LE S I NSC RIPTl Oi\:S R O YALE S DE S U SE 99


L 'É POQUE MÉDI O - É LA M IT E

44
Shilhak-Inshushinak
Br. 2056 sa ll e hypostyle, (4) c'est da ns cette intention que (6) j'ài
re fondé et (re)const ruit en briques cuites (5) le siège? de
Texte 7 Ta b-migirshu qu i étai t construire de briques crues. »
1 li Isil-ha-ak- *in-su-us-na-ak sa-ak Isu-ut-ru-uk-
*nah- P U BLI CATION S :
2 hu-un-te-ik li-ka 4-l11e ri-sa-ak-ki ta-ak-ki-me-u-me MDP V, nO79 et pl. IX, 2 j E KI nO33, p. 85-86.
ta-ak-ki-me
3 pu-hu-me-na a-ak ta-ak-ki-me ku-us Inl-hu-un- rLi?- R EM A RQUES:
1111e? a-pi hu-ut- - Isil-ha-ak- *in-su-us-na-ak : cette nouvell e g ra phie du
4 la-ah a-ak hi-ia-an a-pi-e hi-en-ka4 ill-ri-ik-ka4 a-ak no m du so u ve ra in se mbl e se gé né ra li se r p rogres-
5 mu-ur-ri *ta-ab-mi-gis-ir-su-me ha-Ia-at-ni ku-si-ik- sivement.
ni
6 Il e-ri-en-tumg-ia pè-ep-si-ih ku-si-ih - takkime kus huhun-u -me? api Inillah : on comp re nd
géné ralement hutla- comme «mettre au monde » (EW,
«(1-2) Moi, Shilhak-Inshushina k, fil s de Shutruk-N ah- «ich sa ndte aus != setzte ich in di e Wel tl ,, ), en estima nt
hunte, (2) agra ndisseur d u roya ume, (2-3) pour ma vie, qu e Sh ilhak- Inshus hina k fait ici all usion a u x enfants
pour la vie d e ma descend ance (3-4) et la vie de ma pos- qu 'il a ura j mais cette trad ucti o n m éconnaît certa ins
térité, ceux à qui je (l')ai transmise, (4) et eu éga rd à leur fa its: un procès fut ur n'es t pas ex primé pa r une form e

Br. 2056 (1) Br. 2056 (2)

100 L ES I NSCR IPTI O:-lS R O Y A L ES D E SUSE


L ' ÉP OQU E MÉO I O-ÉLAMITE

45
Shilhak-Imhushinak

m a rqu ée par la dés in e n ce -h ; ell e ne prend pas e n Br. 2057-2068


compte api ; ell e donne au ve rbe hutla- le se ns qu 'a kusi,
pa r exe mpl e dan s l'ex pr ess ion puhu ku sikup e «les Texte 8
enfa nts fa its par m oi" ou tatta qua nd les d eux parents 1 ù ' sil-ha-ak- *in-su-si-na-ak sa-ak 'su-ut-ru-uk-
so nt cités : u ak f*nahhunte-utu kus tatlahuta «la d esce n- *na h-h u -un- t e-kf- i k
d ance que m oi et Na hhunte-Utu avons conçue». li m e 2 !i-ba-ak ha-ni-ik *in-su-si-na-ak-kf-ik su-un-ki-ik
sembl e au contraire qu 'il fait ici référence aux enfa nts à an-za-an su-su-un-ka4
qui, bien qu e n'éta nt pas les siens p ropres, ont été remis 3 su-un-kip ur-pu-up-pa si-ia-an hu-sa-me ha-la-at-
le droit à la success ion et les devoirs d 'assurer la co nti- im-m.a ku-uk- si-ih-si a-ak
nuité d e la lig née d ynastiqu e : hutla- (<<e nvoye r»), qui 4 ak-ka4 ku-uk- si-is-ta im-me du-ur-/wh a-ak hi-ir-ra-
est la base du substantif «m essagep>, «d élégué », pour- am-m.a LI e-ri-en-tu/11.s-ia ku-uk- si-ih
rait avoir un se ns abstra it ( transm e ttre », «déléguep >, 5 a-ak ta-ak-ki-me-u-mi-ni f*nah-hu-un-te-û-rû-me
'hu-re-/u-du-us- *in-su-si-na-ak -me
- hiyan api-e hienka : la sa ll e hypostyle fond ée par Shu- 6 ' si!-hi-na-ha-am-ru-*la-ka4-mar-me 'ku-rir- *hu-
truk-Na hhunte a pparaît ici nettement comm e la chapelle ban-Ille his-ni-ka4-ra-ab-bàd-me
fa miliale de la lignée des Shutrukides; Shilhak-Inshushi- 7 fû-ru-tuk- *el-ha-la-hu-me a-ak fû-tu 4-e-hi-ih-hi-
na k se trou ve in ves ti de la mi ss ion d e prése rve r e t *pi-ni-gir-me in-ti-ik-ka4
d 'entretenir ce mémorial. Lui, qui fait si souvent référen- 8 a-ak ir-ki-in-ri ni-ka4-me-l1la *in-su-si-na-ak *la-
ce à la vie (takkime) des différents membres de la famill e, ka4-/1lar na-pfl--û-ri i du-ni-ih
semble mettre au premier pl an le devoir d 'assurer la per-
manence de la d ynastie, peut-être tout pa rticulièrem ent «(1 ) Moi , Shilhak -Inshushinak , fil s de Shutruk-Nah-
en raison d 'une situation successorale complexe. hunte , (2) se r vite ur bi e n -a im é d ' lnshushinak , ro i
d ' An za n et d e Suse (3) : les rois, m es préd écesse urs,
- l11urri *tabmigirSu-me : cette ex pression étant hapax, il ava ie nt co nstruit un templ e du Bosqu et e n briques
es t diffi cil e d e savoir s' il s'agit d ' un e ch a pell e, d ' un crues - et (4) qui l'avait construit, je ne le sais pas -, et,
endroit ou d 'un élém ent cultuel. On a proposé les traduc- une fois déblayé, je l'a i (re)construit en briques cuites;
tions «H ochsitz » (EW, s.v.), «cell a » (GRI LLOT), «socle, (5) et po ur m a vie, pour ce ll e d e Nahhunte-Utu , d e
podium » (L AMBERT, Kb~ I G, STÈVE, MDP XLI, 44, 1). Hutelutush- Inshushinak, (6) d e Shilhina-hamru-Laka-
m a r, d e Kutir- Huba n, (6-7) d 'l shnik a rab-huhun, (7)
OBSERVATIONS : d 'Urutuk-EI-halahu et d 'Utu-ehihi-Pinigir, c'est à cette
Cette inscription, portée pa r une unique brique, est sin- intention qu e (8) pour notre sa uvega rde?, j'en ai fa it don
g uli ère à plusie ur s titres, outre son voca bul a ire et sa à lnshushinak, à Laka m a r, mon di eu. »
composition (il est rare que les takkime a ppa ra issent au
dé but du tex t e, ava nt les é lé m e nt s p o rta nt s ur la PUB LI CATIONS :
co nstru ction ell e- mêm e), il est peu fréq uent qu e Shil- MDP V, na L XXX II et fr agm ent na 48 ; EKI na 34,
hak -In shu shin a k po rte pour se ul titre likame risakki. p. 86 (sa ns les lignes 6-7);cf STÈVE 1968, II et 1987 na 15 ;
Pa r ailleurs la d ivinité qui y est menti onn ée est incon- cf STOLI'ER, 1978, KS-3 na' 3, 5, 6 (fragm ents de C hoga
nue, en Élam comm e en Babylonie. li est aussi curieux Pahn W est).
q ue n'ap pa ra isse pas dans les {akkime le nom d e Na h-
hunte-Uru , et qu e ne soit cité nommém ent aucun d es REMARQUES:
enfa nts royaux: pulnl est défini , dans cette in sc ripti o n, - siyan husa -me : ce terme a été longuem ent di scuté l ;8 li
non pas pa r d es noms propres ma is pa r l'ex pression kus- s'agit très vraise mbl ablement du templ e entouré d 'un
huhull api Inll/ah. Enfin il est exce ptionnel qu 'une ins- bosquet sac ré très ca ractéristique de la reli gion élamite ;
cripti o n ne soit attes tée qu e sur un e se ul e brique, une la noti on de m ystères lui est attaché, ainsi que le refl ète
petite brique ca rrée (15 x JO x 15), bien éc rite, notée sur l'impression exprimée par le roi assy rien Ashshurbanipal
deux tranches successi ves. lorsque ses troupes s'empa rèrent de Suse et la ravagèrent.

- akka kukSi§ta imme dUr/wh ak hirralll-lI1a : ce temple


était en pa rticulièrem ent m auva is état puisque Shilhak-

L ES I NSC RIPT I ONS R OYALES DE SUSE 101


L 'É P OQU E M ÉD I O- ÉL A M I TE

lnshushinak ne put y retrouve r les briques de fondation pa r une «refo nd ation» : il a fallu faire table rase et pro-
de son (ou de ses) prédécesseurs. Du moins cette men- céde r à tout ce que nécessite la fondati on d'un nouvea u
tion nous ass ure-t-elle q u'il ne s'agit pas d'une créa tion temple.
de ce roi, bien que nous n'e n ayo ns aucun e m enti o n
antérieure dans les textes. Ce temple du Bosquet co nnut - *insusinak */akamar napir-uri i dunih : l'apposition est
sa ns doute une long ue période d 'abandon, peut-être en accordée a u singuli er, et l'o n pe ut s'inte rroge r sur les
raiso n d 'a utres o rientati ons cultu elles des so uve rains ra ppo rt s ex ista nt e ntr e ln shu shin a k e t Laga m a r ;
précédents, notamment Untash- a pirisha. C'es t dans lorsque Kutir-Na hhun te restaura le hie/ de ce dieu, il
ce t uniqu e cas qu 'es t e mpl oyé le ve rbe hirra- «e nl e- déd ie son œuvre à lnshu shin ak : hiel *lagamal-me misir-
ver»1 59; il n'a pas é té possible d e «rem ettre en état» mana san-ah pepsirmah ak kusih e *insusinak napir-lI ri
(sa rra} et de redonner vigueur à la fond ation originelle huttak haliku-me li-ma nu te/ak-ni (texte nO2). Ce di eu
(do nt le nom prése nte des g ra phies va riées : la-ga-ma-a/,
/a-ka4-ma-ar, /a-ga-mar), da ns lequel on reconnaît une
Br. 2057 di vinité d 'o rigine akk adienne, est, avec Ishmekarab et
1nshushinak, lié au jugement des morts et à leur entrée
dans l'au-delà l60 . Le Bosquet sacré, tout comme la Porte
de Laga mal, s'inscrit da ns le contex te du cul te funéraire
et de passage du Mond e terrestre au Mond e souterrain
de l'au-delà.

OBSERVATI ONS :
Aucune des briques portant cette insc ripti on n'est com-
pIète; seule l'épaisseur est totale et va ri e entre 9 et 10 cm
La brique la mieux conse rvée (nO2058) mesure 20 cm
de longueur et 18 de profondeur.

10 2 LE S I N S C RI PT I ONS RO Y A LE S DE SUSE
L ' É POQUE MÉD I O-É L AMITE

46
Shilhak-Inshushinak
Br. 2120-2141 sont fragmentai res et les varia ntes sont nombreuses. La
plupa rt des fragments peu vent se rattacher à l'inscrip-
Inscription du bas-relief tion qui évoq ue le trava il comme ncé pa r Kutir - Tah -
hunte et ac hevé pa r son frère m ais des élém ents sem-
OBSERVATIONS : bl ent cependant d ifférer: Inshush in ak y porte le titre de
25 fragments constituent un ensembl e qui participa it à seigneur de l' Acropole (Ie-im-ti a-li-me-Iu-ri). Plusieu rs
un bas- reli ef. Retrou vées hors d e tout contexte a rchéo- tex tes différents se succéda ient peut-ê tr e sur ce bas-
logique, pui sque ces briqu es ava ient été rée mpl oyées relief : il semble que l' un commençait par une in voca-
po ur l'édificati o n d 'un acq ued uc, ell es appartenaient tion au dieu (e *insusinak temri risar temri alimeluri u ' sil-
sa ns doute a u kumpum kiduya du quartie r roya l. U ne hak- *insusinak sak swruk-*nahhunte libak hanik *illsusi-
étude particuliè re leur a été consacrée par AMTET (1976) nak-g ik ), un a utr e pa r le nom e t la titularure d u roi
et LA MBERT (1978). (Sb 11 487, 11 488, 11 483). Le nom du d ieu appa raît sous
Ce so nt des briques estampillées émaill ées. E lles a ppa r- deux graphi es, ill-su -si-na-ak et ill-su-us-na-ak, ce qui
te naient à un bas reli ef où se répé tait un g roupe d e d eux indique sa ns doute que les tra va u x durè rent longtemps.
pe rso nnages, l'un m asc ulin , l'autre fém inin, au costume Au m oins un de ces textes est origi nal puisqu 'a ppa rais-
typiq ueme nt élam ite. Plu s é pai sses qu e les m odul es sent des fo rmes inédi tes: bahakki, kusipi, kappas, kielti.
coura nts, el les présentent le modelé du personnage; le Une formu le devait céléb rer la piété d u roi ([ .. . ]un ku-
te xte d e l' in sc ripti o n se d é ve lo ppa it su r p lu sie ur s ul-Ia-ah ku[llak-ume' ]re gi-el-ti ra [ ... ]).
briques success ives. L AM BERT I 61 tena it pour probabl e Ce b as- re li ef qui o rnait le kumpum kiduya auque l
«qu e la tra nch e insc rite d'un pe rso nnage n'a ja m a is ava ie nt œuv ré Shutruk -Na hhunte, Kutir-Nahhunte
compo rté que deu x briques: un e b rique de ga uche qu i ava nt d 'être ac hevé par Shilhak- Inshushinak (Sb 11 475 :
po rtait les lig nes 1-4 et une b ri que d e droite les lig nes [ . . . sutruk-]*nah -hu-un -te Iku -ti-[ir- *nahhu]n-te ' si/-ha-ak-
5-8». Le relief d e la robe du personnage se situe tantôt à *in [susnak] sem blent cités à la suite) était complété pa r
l'ex trêm e droite, tan tôt à l'ex trêm e gauc he de la brique. des statues au x mains jointes comm e celle qui porte le
Ce texte est diffic il e à reconstitue r ca r toutes les briques nom de Kutir-Na hhunte.

RecOfHlitutlOn
du relief architectural
représentant un couple ro)'al ;
ce décor en briques émaillée,;
appartenait au temple bâti
par Klltir-Nahhunte
et son frère Sh ilhak-Illshushinak
sur /'Apadana, pour être
la chapelle de la dynastie.

.FI", ______ _. _\ \
[==t=~=~i _ ____ _ _~
LES I ~S C R I PTI O~S R OYA LE S DE SUSE 103
L'ÉPClQCE "l~~DICl·ÉLA~IITE

(~ ;f}- Ef?T ~~ \
}!zf?T;rr:f ~rr~/'
lM.c(ft-~~ rr
\~~~4j
Sb. 11478 Sb. 114~1

Sb. 11480 Sb. 11472

Sb. 11488 Sb. 11483

Sb. 11486

104 LES I);SCRIPT!O);S ROL\LES DE SCSI'


(1I ~ ~ ~~~)1 ~ 1Ef ~ ;rI? ': \T >RT -zT!
~iT~~ ~~TKTKJB+;JiJP: ; tf>{~\
\T ~TITT ~fjT #f- r ur }rlfK! / }-~}- :
"JtT#f>- rt\~~ >-~P-- $T ~>,) ~(~%tJ~ \
Sb. 11475 Sb. 11484

Sb. 11485 Sb. 11476

Suse Acropole II 75. 1285.1 Sb. 11482

Sb. 11471 Sb. 11470

LES l''SCRIPTIO''S ROYALES DE Sl'SE 105


L"ÉPOQUE M ÉDI O-ÉLAMITE

Sb. 692 a

Sb. 11481

106 LES I :-iSC RIPTI ONS R OYALES DE SUSE


L " . POQUE MÉD I O-ÉLA ,\ lITE

47
Shilhak-Inshushinak
Br. 2075-2094 Va ria ntes
1: il I<sil->ha -ak (nO209 1)
takkime nO 1 1-2 : il Isil-ha -ak-*il1-(2)*il1-sl/-l/s -na -ak (nO2082)
1 e *;I1-SU-US- 3: sl/-t/l-L/r- <û- >ri-m e (nO2085).
2 na-ak te-im -ti
3 a-li-e-li-ri «(1 -2) 0 lnshushinak, (2-3) se ig neur de l'Acropole, (4-5)
4 LI lsil-ha-ak- *in- m oi, Shilhak-Inshushin ak , (5-7) fil s de Shutruk -Na h-
5 su-us-na-ak sa-ak hunte, (7-8) agra ndisse ur du roya um e, (8-9) pour ma
6 Isu-ut-ru-uk-*nah-
7 hu-ull-te-ik li-ka4-me
8 ri-sa-ak-ki ta-ak-ki-me- Br. 2078
9 Li-me ta-ak-ki-me
lO f*nah-hu-un-te-
Il û-tu ru-tu4
12 ha-n;-ik-Li-ri-me
13 ta-ak-ki-me I/nl-te-lu-
14 du-us- *in-su-us-na-ak-me
15 ta-ak-ki-me f*is-ni-
16 ka4-ra-ab-bàd-me
17 ta-ak-ki-me fLi-ru-ruk-
18 - *el-ha-Ia-hu-me
19 ta-ak-ki-me lSiI-hi-na-
20 ha-am-ru-*la-ka 4-mar-me
21 ICI-ak-ki-me Iku -tir-
22 *hu-ban-me tcl-ak-ki-me
23 fLi-tu-e-hi-ih-hi-
24 *pi-ni-gir-me ta-ak-ki-me
25 Ite-im- ti-tu-ur-
26 -ka4-lCIs-me ta-ak-ki-me
27 h li-Ii -ir-tas-me
28 ta-ak-ki-me
29 fba-ar- *û-li
30 pa-ak ha-ni-ik-û-ri
31 su-ru-ur-û- ri-me
32 ill-ti-ik-ka4
33 a-ak ta-ak-ki-me
34 ku-us hu-hu -un
35 ni-ktI4-me in -li-
36 ik-ka4 a-ak
37 mi-in-li-lu-ul11
38 ASsu-se-en-ni
39 Ii-si-e
40 zu-uk-ki-ir-ma-ni
41 ù si-ia-an -me
42 e-ri-en-tul1ls-ia
43 pè-ep-si-ih
44 ku- si-ih

LES I:-: SC R I PTlO:--:S ROYALES DE SUS E 10 7


L · tp O Q U E ~IÉD I O· ÉLA~IITE

Br. 2078
(EW, p. 922 : «um d en Ru f vo n Susa z u einer E hre au f-
z urichten ») est esse nti ellement contex tuell e.

- siyan-me : cet abstrait co mposé sur le m ot «templ e» se


réfère sans doute à l'ensemble de l'œu vre d e bâtisse ur
acco mpli e par Shi lh a k- Inshu shin a k dans le d o m ain e
cultuel.

OBSE RVATIONS :
L es briques dites «d es takkime» (nO 47 à 49) so nt d 'un
type très pa rticulie r. En effe t un tex te de compos ition
très spécifique coïncid e avec un fo rma t d e brique et un
mode d'in scri ptio n pa rticuli ers. Très soignés a uss i bi en
da n s le m a té ri a u qu e dans la g ra phi e, ces docum e nts
pa rai ssent avoir un e va leur spéc iale : inscrits sur deux,
troi s et m ême quatre tra nches, il s présentent un déve-
loppem ent particu lièrem e nt impo rta nt d e la pa rti e où
sont cités les noms des m embres appa rtenant à la famil-
le roya le, qui sont associés au vœu de vie; c'est un docu-
m e nt d e fo nd atio n ou d e d éd icace très particulier: il
ga rd e la m entio n du no m du bâti sseur mai s a ussi de sa
lig née.
Shi lh ak - l nshushina k se situe da ns une co ntinuité aux
o rigines lointaines en recopi ant la d éd icace ret rou vée de
vie, (9- 12) po ur la vie de Na hhunte-Utu, mo n épou se ses préd écesse urs. L a foncti o n esse ntiell e de ces d ocu-
bi en-a im ée, (13- 14) la vie de Hutel utush- Inshu shina k, ments qui relève nt probablement du culte dynastiqu e
(15- 16) la vie d 'Ishnika rab-huhun , (17- 18) la vie d ' U ru - est dans la no minatio n explicite des prédécesseurs et des
tuk -EI-ha lahu , (1 9-20) la vie d e Shi lhin a- ham ru -Laka- membres de la fam ill e régna nte.
mar, (2 1- 22) la vie d e Kutir-Huba n , (22-2 4) la vie Dans les trois inscriptions qui relève nt d e ce type, le roi
d'Utu-ehihi-Pinigi r, (24-26) la vie de T emti -tur-katas h, ne porte pas de titre politique, ma is seul ement une épi-
(26-27) la vie d e Lil a-i rtash, (27-30) la vie d e Bar-Uli , thète religieuse. Les trois tex tes commencent pa r une
ma fill e bi en-aimée, (3 1) elle qui représente mon salut?, in voca tio n à u ne d ivinité, comme ce rtaines in scriptio ns
(32) c'est à cette intentio n (33-36), et pour la vie d e not re des SUKKAL.MAH et comm e ce ll e de Humbanumena. L a
postérité, c'est à cette intention que (37-40) po ur établir? di vi nité est fnshushinak soit se ul , soit assoc ié a u G rand -
la gloire? de la puissa nce? susienn e, (4 1-44) j'a i refond é di eu et à Kiriri sha.
et (re)construit les temples en briques cu ites.» E n reva nche il n'y a dans ces textes ni fo rmule de remi -
se a u d ieu (avec le ve rbe duni- ), ni le vœu conce rnant la
P UBLI CATIONS : con st ructio n ell e-même (huttak-halik-ullle li-na telak-ni).
MDP III , nOXLVII et pl. X,3; EK I n0 41 , p. 92-93.
Q uatre docu m ents intacts attestent trois form a ts diffé-
REMA RQUES: rents pour cette in sc ripti o n:
- fbar- *uli pak hanik-uri surur-uri-me : la princesse Ba r- - g rande br ique ca rrée : 3 1,5 x 6,5/ 7 x 31,5 (nOS 2075-
U li pa raît avoir un rôle émin ent pa rmi les en fants de 2076),
Shilhak- Inshushinak ; elle est la fill e «bien-a im ée », sans - pet.ite brique ca rrée : 15 x 7 x 14 (nO20n),
doute choisie pour jouer un rôle dynastique particu li er ; - brique rectangulaire, m oitié de la g rande brique ca rrée :
ell e est surur de Shilhak- l nshushinak ; ce terme peut être 3 1,5 x ï x 15 ,5 (nO2078).
rapproché d e siri et avoir tra it à la chance, au sa lut 162 La petite brique ca rrée est in sc rite sur trois tranches, les
Mais tout comme hanik ce terme peut avoi r un se ns poli - autres sur de ux. L e décou page des lig nes est va riabl e et
tique, lui aussi en ra ppo rt avec la successio n dy nastique. leur no mbre osc ill e entre 48 et 52.

- millli/ulII ASsusenni lis-e ~ukkirlllani : ce sy ntagme est un


hapax et la traducti o n q ui lui est gé né rale ment donnée

108 LES I I'S C RIPTI O :-: S RO YALES D E SUSE


L ' ÉPOQUE MÉD I O-É L A MIT E

48
Shilhak-Inshushinak
43 za-na a-pu-un ma-an
44 lu-uh-ha-an-ri-me *in -
takkime nO2 45 su-us-Ila-ak te-im-ti
1 e dingir.galte-im-ti ri-sa-a l'-ri 46 ki-iz-zu-um u ba-
2 e *ki-ri-ri-sa za-na 47 ha-pi a-pu-un ma-an lu-uh-
3 ki-iz-zu-um-ra-ri za-na 48 ha-an-ri ba-hi-ir hi-i_ç
4 a-pu-un ma-an lu-uh -ha-an-ri 49 hu-Ii-ri-me ki-iz-zu-um
5 e *in-su-us-na -ak 50 a-pu-un nu-uk-ku-Ila
6 te-im-ti ki-iz-zu-um- 51 e-ri-en.-tullls-ia pè-ep-
7 u-se ba-ha-pi a-pu-un 52 si-ih ku- si-ih a-ak
8 ma-an lu-uh-ha-an-ri 53 nu-uk-ku. su-um-mu-uh
9 ba-hi-ir hi-is hu-li-ri
10 LI Isil-ha-ak-*in -su-
Il us-na-ak sa-ak Isu-ut-
A
12 ru-uk- *nah-hu-un-te-ik
13 li-ka4-me *in-su-us-
14 na-ak il' ha-ni-is-ri
15 ta-ak-ki-me-u-me ta-ak-ki-nte
16 f*nah-hu-un-te-u-tu
17 ru.-tu4 ha-ni-ik-û-ri-me
18 ta-ak-ki-me Ihu-te-lu-du-
19 us- *in-su-us-na-ak-m.e
20 ta-ak-ki-me his-ni-ka4-ra-ab-
21 bàd-me ta-ak-ki-me fÛ-/'LI-
22 tuk-*ef-ha -Ia-hu -me
23 ta-ak-ki-me IsiL-h i-na-ha-
24 am-ru- *la-ka4-mar-me
25 ta-ak-ki-me Iku-tir-
26 *hu-ban-me ta-ak-ki-Ille
27 fu-tû- e-hi-ih-hi-
28 *pi-ni-gir-me ta-ak-ki-me
29 1te-ip-ti -1U- ur-ka4-tas-me
30 ta-ak-ki-me *Ii-Ii-
31 ir-tas-me ta-ak-ki-me fba-ar-
A32 *û- /i-me pu-hu B : *u-li pa-ak ha-ni-ik-
li-ri
33 ku-si-ik-û-pè a-ak su-ru-u-ri-me
34 f *nah-hu-un-te-û-tu-pè in-ti-ik-ka 4
35 ku-us hu-hu-un a-pi- a-ak ta-ak-ki-me
36 e a-pi-ip hu-Uf-Ia-hu ku-us hu-hu-un
37 a-ak hi-ia-an a-ap-me ni-ka4-me in-ti-ik-ka4
38 hi-nu-un-ka4 in-ti- a-ak mi-in-ti-/u.-um
39 ik-ka4 a-ak si- ia-an su-se-en -lii Ii-si-e
40 dingir,gal te-im-ti ri-sa-ar- zu-uk-ki-i l'-Ilia-ni
41 ri-me *ki-ri-ri- sa LI si-ia-an-me e-ri-en-
tums-ia
42 za-na ki-iz-zu-um-ra-ri pè-ep-si-ih ku-si-ih
)

LES l 'iS C R I PT I Ol'S ROYA LE S DE SUSE 109


L 'ÉPOQUE MÉD I O·É L AM I TE

Br. 2096 (1) Br. 2096 (2)


«(1 ) 0 G ra nd -di eu, le g rand seig neur, (2) 0 Kiriri sha,
D a m e d e Celui du li eu -sa int, D a m e (4) créa tri ce d es
o ri g in es, (5) 0 In shu shin a k , (6-7) se ig ne ur du li eu -
sa int, (7-8) créa teur d es o rig in es pour les prin ces d e m a
lig née, (9) protecteur qui assembl e le nom, ( 10- 11 ) moi,
Shilhak-In shu shinak, (11 - 12) fil s de Shutruk -Na hhunte,
(1 3- 14) d ont I ns hu shin ak a im e le roya um e, (15 ) pour
m a vie, (15-16) pour la vie de Na hhunte- Utu, (l 7) m on
épo use bien-a im ée, (18- 19) la vie de Hutelutush- Inshu-
shinak , (2 0-2 1) la vie d 'Ishnik a rab-huhun, (2 1-22) la vie
d'Urutuk -EI-halahu , (23-24) la vie de Shilhina- hamru -
Lak am a r, (2 5-26) la vie de Kutir-Hu ba n, (26-28) la vie
d 'U tu-ehihi -Pinig ir, (28-29) la vie d e Temti-tur-katas h,
(30-3 1) la vie de Lil a-irtas h, (31 -32) la vie d e Ba r-uli , 00.
A : 00. (32 -34) les enfants qu e j'a i enge ndrés et (ce ux) de
Na hhun te-U tu , (3 5-36) eux (qui sont) la posté rité à qui
nou s (l ')avons tra nsm ise, (37-39) et eu éga rd à la cha-
pell e d yn as tiqu e, c'es t à ce tte in te nti o n qu e, (39-4 1)
(d a ns) le templ e du Gra nd -di eu , le g ra nd se ig n eur,
(41 -42) d e Kiriri sha, la D a m e d e Celui du lieu -sa int,
(43-44) la D a me créa tri ce d es orig ines, (44-46) d 'lnshu-
shin a k, le se ig neur du lie u -sa int, (46-48) créa teur d es
Br. 2100 (1) Br. 2100 (2) orig ines pour les princes d e notre li g née, (48) protecteur
qu i asse mble le nom , j'ai a insi refondé et (re)co nstruit le
lieu sa int des orig ines et je l'ai conçu pour n o us~. »
B : 00. (32) m a fill e bi en-a imée, (33) ell e qui représente
m o n salut, (34) c'est à cette intenti on que (3 5-37), pour
la v ie d e n otre posté rité, c'est à ce tte in te nti o n qu e
(38-40) pour établir? la gloire? d e la puissance? susienne,
(41 -42) j' a i re fo n dé e t bâ ti le s te mpl es e n br iqu es
cui tes. »

PUBLI CATIONS :
MDP V nOLV; EKI 47;cf. STÈVE, 1987, nO19,

REMARQUES:
- zalla ki~~ um-rari : le suffi xe peut être inte rprété de
deu x m a ni è res : ou co mm e un simpl e red oubl em ent
g ra phiqu e (-r(a) ri) e t e n ce cas l'ex press io n sig ni fie
«D a m e du li e u- sa int » ; m a is il se ra it exce pti o nn el
qu ' une voca lisa ti o n en a m a rqu e un simpl e «a ppui »
g ra phique; il peut s'agir d 'un e doubl e déte rminati on
référant à un animé : «ce ll e de celui ».

- zona apUil mail /uhhanri : le se ns des d eux form es ve r-


ba les coupl ées compo rtant un d étermin a nt fin al co m -
mun (ma-n + luhha-n-ri) co mbine la notio n d e «d éc i-
d er » et celle de «concevo ir »163 pour ex primer la noti on
d e c réa ti o n ; apun est d ive rse m e nt compris: so it une
va ri a nte de la fo rm e p lu s ta rdi ve apin , soit comm e un
subta ntif : G RILLOT lui d onne le sens de «début », «ori-
g ine» J6-1, le rapprocha nt de appuka ; d ans ce contexte il

110 L ES INS C R I PTI ONS RO YALE S DE SUS E


L ' ÉP O QUE ~ I ÉD I O - ÉLA~ II TE

pourrait fai re spéc ifiquem ent réfè rence à l'origine de la - kizzWI1 apull I/I/kku-Ila erientulllia p epsih kusih : cette
dy nastie et appa rtenir à la m êm e racine que a-ap-lIle, a- propositi on prése nte deux ve rbes coupl és, à la m êm e
ap-pi «gé néa logie » : la lig née es t co nçue comme un e fo rm e alors que précéd emm ent pepsi- se prése nta it à
success ion à pa rtir d' un a ncêtre commu n. une form e co m posée ou déri vée. Ilukkl/ est com pris soi t
co mm e un substa ntif «o ffrand e di vin e » (E W, S.Il.,
- /elll/i kiz~ ulll - û- se ballapi : le sig ne se fait difficu lté; p. 1015 «Gottesgabe »), soit comme une ex press ion pré-
GR ILLOT ( 19ï7, 23-2 4) propose d 'inte rpréte r l'exp res- positionnelle Il + ukku «pour cela » (GR ILLOT, 1978, 17 et
sio n par un sa ndhi kizzull1-muse, le d eu xiè m e te rm e STÈVE, 1987,33-34). Les textes de «Malamir » (Il 9 et 10)
pou va nt être rap proché de mus(i) «terre cuite ve rnissée » a ttestent un e form e sa ns redoublem ent nu-ku-na ; pa r
ou «émail », ce q ui la cond uit à la traduction ,<l es rep ré- aill eurs, c'est la présence de apun nukkuna qu i disting ue
se ntations e n te rre ve rni ssée du kizzull1 » ; cepe nd a nt la formule de constructi on de ce texte de ce ll e du tex te
cette ex press ion est reprise à la lig ne 46 sa ns le signe SE. p récédent :
Pa r a ill eurs, il es t difficile de compre ndre ce suffi xe
takkime 1 : u siyal/-Ille erielltwnia p epsih kusih
comme l'expression d' une possession (EW «das von mir :
takkime 2 : ki~ul11 apull lIukkuna
m ein, von Sachen augesagt, zum Untersc hi ed von Li-ri
erienrumia p epsih kusih.
m ein , vo n ein e r Pe rso n gesagt ») : cette co nst ruction
se rait un hapax. L e plu s so u ve nt Ilukku sUl11l1/.uh est r a tt ac h é à la
bahapi est considéré gé néralem ent co mm e une g raphi e const ruction du kiz~ul11 ou du sulller. Cependant, da ns
fa utive pour bahari; cependa nt ce texte est très soig neu- ce contexte qui m et au premie r plan Shilhak- lnshush i-
sem ent éc rit, et bahapi appa raît sur tous les exe mplai res : n a k et sa fa mill e, nukku peut auss i être un e form e du
cette leetio difficilior ne doit pas être éca rtée sa ns un exa- pronom perso nnel «nous» qui prése nte une form e iden-
m en app rofo ndi . tiqu e au nom inatif et au datif.

- bahir his hu/iri : STÈVE (1987, 40) ex plique ainsi cette - suml1ll1h : le ve rbe ex prime la conception et la réalisa-
épithète : «d onner le nom fo rgé par le dieu, c'est fa ire tion d'une œ uvre. Cette racine est bien illustrée jusqu'en
exister d'une ce rtaine façon confo rme au co ntenu de ce élamite ac héméni de (~al11l11ik, ~aumill, ~al1ll1lip, etc.).
nom » c'est en quelque sorte fix er le destin.
OBSERVATIO:\S:
- fbar-*u li: alo rs que dans le tex te A la fill e de Shilh ak- Le texte A est orig inal ta ndis q ue le texte B est com posé
Inshu shina k et de Na hhunte-Utu n'est pas distin guée du début de l'in sc ripti on d es /akkime nO2 (lig nes 1-35) et
des a utres enfa nt, d a ns le texte B ell e porte le titre d e d e la fin du nO 1 (lig nes 3 1-46) : il co m porte l'in vocation
pak hanik-û-ri surur-uri. Avec l'appa riti on d e ce titre di s- a u x troi s di vinités, d o nt lnshu shinak , «se ign e ur du
paraît le définition de kus-huhun en ta nt qu e apie apip ki~ull1 » ; cepe nda nt l'évoca ti on de la descend a nce roya le
Iw/lahu . et cell e de la co nstruction so nt pl us brèves.
Sur les quin ze briques qui porte nt cette in sc ripti o n,
- 32 sq. : seul le texte A présente un développement origi- deux sont enco re enti ères (n'" 2100 et 2 10 1) ; ce sont des
nal ; le texte B comporte la mêm e fin que le texte n" 1. g randes briques carrées (34,5 x 9 x 33) ; le nO2 104, muti -
lé dans sa hauteur, a une largeur de 14 cm, ce qui attes te
- ku s huhuli api e apip liu/fa llu: la « postéri té », la a ussi l'emploi de briques recta ng ul aires.
«li g née » es t définie pa r une ex press io n qui com porte L'éc riture y est touj ours très soig née; la répa rtition des
deu x pron oms dont le ré férent est marqué co mme un lig nes sur deux et sa ns doute trois (cf nO2 106) tra nches
plu ri el; le premi e r api- e «ceux d 'ell e » re pre nd kl/ s- écri tes ve rtica lem ent est va riable: la premi ère tranch e
hl/hUIl (= «ceu x qui la co nstituent»), le second compor- po rte 28 (nO 2 102), 29 (nO 2096), 3 1 (nos 2095, 2 100) ,
tant la m a rqu e -p indiqu e la fo ncti on d e ce ré fé rent, 34 (nO2101) ou 35 (nO2 102) lig nes; les lig nes éta nt plus
pa r ra pport a u ve rbe hutfahu : il représe nte le d estin a- o u moins d e nses, ce tex te n e prése nte pas le m ê m e
ta ire «à eu x». apie a un e va leur ré fé rentiell e, apip un e nombre d e lig nes sur toutes les briques.
va leur fo nctionn ell e.
Ce texte se retrouve sur une stèle de pierre, ce qui le rat-
- hiyan aap-me hillllllka : cette ex press ion m et en rel a- tache au x cultes fun éraires dans des lieux ouverts, m ar-
tion le kizzulll et le hiyal/ aap-me, sa ns d oute la cha pell e qués par des stèles inscrites ou fi gurati ves. Sur les briques,
h ypostyle comp rena nt des représe ntati ons (fi g urées ou il est en rapport avec le ki~U/1I 1 65 , sous la protection du
emblèm es) de la famill e royale. G rand-dieu, de Kiririsha et d ' Inshushinak.

LE S I~ SC RIPT I ONS R O Y A L ES D E SUS E III


L 'É PO QU E ~I É D I O · ÉLA~IITE

49
Shilhak-Inshushinak
Br. 2113-2119 Va ria nte
3: Le nom de Kuk- Nash ur. T emti -a har. de Kutir-
takkime na 3 Nn hhunte peut remplacer celui de Kuk-Kir wash.
1 a-lia *mus.eren
2 lugal.a.ni .ir «(1 ) Po ur In shushinak , (2) m o n Seig neur, (3) Kuk - Kir-
3 ku-uk-kir-wa -as w ash , (4) le Rége nt suprêm e, (5-6) Régent d 'Éla m , d e
4 sukkal.mah Simas hki et de Suse, (7) fil s de la sœur de Silha ha (8) ne
5 sukkal nim.ma réappa reill a pas l'a ncien templ e (9- 10) m a is res ta ura
6 si-mas-ki ù mus.eren.ki l'Ekikua nna (avec) un no uvea u mur d e b riques cuites;
7 dumu nin9 si-il-ha-ha (II ) po ur sa vi e, il (l ')a (re)co nstruit.
8 é ur.ku nu .un .gi (1 2-13) Moi, Shi lha k -Inshushinak , (13- 14) fil s de Shu-
9 é garg gibi1 si!14 al.lu.ra truk- Na hhunte, (15) ag ra ndi sseur du roy a um e: (1 8)
10 é.ki.kù.an.na tI-ti-is Kuk-Kirwash avait bâti (1 6- 17) le temple d 'Inshushinak
Il nam.ti la.ni. sè in.na.drm du lieu-saint ; (19) comme il menaçait ruine, (19-20) j'ai
vu sa brique, (2 1-22) j'a i effectué la co nse r vati o n? et la
12 ù Isil-ha-ak- *in-su-us- refondati on de sa brique ; (23-24) (quant à) Kuk -Kirwa-
13 na-ak sa-ak 'su-ut-ru- sh, ce nom (et) titu lature qu 'il avait placés ici, (25) sa ns les
14 uk- *nah-hu.-un-te-ik d étruire, (26) je les a i remi s en état et (27) j'y ai placé mo n
15 li-ka4-me ri-sa-ak-ki p ropre no m et (28) pour m a vie, (29-30) po ur la vie de
16 si-ia-an *in.-su-uS- Na hhu nte-U tu , (3 1) m o n épo u se bien- a im ée, (32-3 4)
17 na-ak-ni ki-iz-zu-um-na po ur la vie de notre postérité? en vue d'obtenir cela, c'est
18 'ku-uk- *kir-ma-as ku-si-is à cette intentio n que (35-38) j'ai refondé (et re)construit le
19 a-ak mi-si-ir-ma-na ù templ e d 'Inshushinak en briques cu ites ; (38-39) je l'ai
20 e-ri-en-rul1lg-e si-ia-ah conçu pour nous; (39-43) 0 Kuk-Kirwash, prince défunt,
21 a-ak hi-ih-hi a-ak e-ri- puisses-tu atteindre 1nshushinak comme intercesseur? !» .
22 en-tumg pè-ep-si hu-ut-wh
23 Iku-uk-*kir-ma-as hi-is P UBLICATI ONS :
24 a-ap-pi a-ha ta-as-ri MDP 1II, na XLVI et pl. X, 2 ; MOP V, na LXXVIII ;
25 in -ni pu-ul-hu sar-ra- = EK I na 38 et 38 a, b, p. 88-90 ; if. RA 29, 68 et 70. ;
26 ah a-ha ta-ah a-ak cf. G RILLOT, 1977, 56;if. STÈVE, 1987, na 17, p. 34-37.
27 hi-is-!l-me-ni a-ha ta-ah
REMARQUES :
28 a-ak ta-ak-ki-me-tl-me
- kuk -k inva .f s ukkal.mah sukk a l nim.ma s ima .fki LI
29 ta-ak-ki-me
mus.eren.ki dumu nin9 silhaha é ur.ku nu .un .gi é garg gibil
30 f *nah-hu-un-te-!l-t!l
sig 4 al.lu.ra é.ki.kù .an.na uddi.f nam .ti .la.ni.Sè in.na.dim : il
31 ru-tu4 ha-ni-ik-û-ri-me
ex iste un e va ri a nte d e ce tex te (MOP LIlI , nO 17) o ù
32 ta-ak-ki-me ku-us hu-
cette d éd icace est en akkadien et avec une fo rmulatio n
33 hu-un. ni-ka4-me hi-ml-
écourtée (kizzam ana *mùs.eren abisu fpu.f u iddill).
34 un-ka4 in-ri-ik-ka4
35 a-ak si-ia-an *in - - siyan *ill.fusinak-ni kizzum-na : cette ex pressio n indique
36 su-us-na-ak-ni e-ri- q ue le temple d' l nshu shina k fait pa rtie d u Lieu -sa int et
37 en-tul1lg-ia pè-ep-SÎ-ih no n l'in ve rse.
38 ku-s f-ih a-ak nu-uk-ku
39 su-um-mu-uh e Iku-uk- - ù erientum-e siyah ak hihhi ak erientum pep si hurrah
40 *kir-ma-as me-el-ku me- ce tte phrase peut être ra ttac hée a u fa it qu e Shi lh ak -
41 te- ia *in -su-u.f- 1nshushinak cite le tex te de la brique d e Kuk - Kirwas h ;
42 na-ak i ri-el hihhi et pep.fi sont d eux rad ica ux co nstruits avec le ve rbe
43 sat-na x x se r va nt ici d '« a u xili a ire" huhrah : so n acti o n a été d e
prése rver? et de reno u vele r la d édicace ancienn e, tout en
Ya jouta nt so n no m .

11 2 L ES I NSC RIPT I ONS R O Y A LE S DE S SE


L ' É P OQU E MÉD I O-É L AM I TE

Br, 2113 ( 1) Br. 2I B (2)

Br. 211 4 (1) Br, 2114 (2) Br. 2114 (3)

LE S I 1'SC RI PTI O :-': S ROYALES DE SUSE 11 3


L'ÉPO QUE M É DI O· ÉLA ~ IITE

- e [kuk- *kirmas melku meteya *insusnak i riel saHW : ce 50


vœu fina l a été très diverse mment compris 166. Quoi qu 'il Shilhak-Inshushinak
en soit, il est propre à cette insc ription dont la ca ractéris-
tique est la citati o n du tex te d e fondation de l'a ncien Br. 2143-2309
SUK KALMAH : elle met tout particulièrement l'accent sur
l'impo rtan ce de l'e nse mble de la li g née dynastique takkime nO4
constituée par tous les sou vera ins de Suse. riel est géné- A: 1 LI [sil-ha-ak- *in-su-us-na-ak sa-ak Isu-
ralement compri s comme le nom d 'un temple ou d 'un 2 ut-ru- uk- *lIah-hu-LIIl-te-kf-ik li-ba-ak
édifice sacré; cependant rien ici n'indique que ce soit un 3 ha-ni-ik *in-sll-us-na-ak-gi-ik Sli-LII1-
lieu ; pa r ailleurs, démonstratif suit le plus sou ve nt le 4 ki-ik ASan<a-an ASSu-su-lin-ka. sU-LII1-kip ur-pu-
terme auquel il se rapporte; il peut être ici la ma rque de B: 5 up-pd si-ip-hu-ti-e e-
la fonction d'attribut soit du suj et (le roi mort), soit de 6 ri-en-tu.-um-ia ku-si-
l'objet (Inshushinak), le sens de riel pouva nt en ce cas se 7 in-pd LI SiI-ha-ak-
rapporter au pouvoir de juge exe rcé pa r le dieu. 8 *ill -su-us-na-ak û-
Le sig ne répété (50) qui te rmine le texte est in ex pliqué. C: 9 pa-at ak-ti-ip-pa hu-uh-tah hi-su-me a-ha
10 ra-al-Iu-uh a-ak ra-ak-ki-me-û-me-ni
OBSERVATIONS: Il f *nah -hu-un -te-û-tû-l1le Ihu-te-Iu-du-
Sept briques portent ce texte; ce sont soit de g rand es 12 us- *in-su-us-na-ak-me 1sil-hi-na -ha-alll-
briques carrées (cf nO2 113) inscrites sur deux tranches 13 ru- *Ia-ka.-mar-me Iku-ti-ir- *hu-ban-me Ile-
ve rtical es, soit de petites briques ca rrées (cf nO 2 114), 14 il1l-ti-tu-ur-ka4-las-me f*is-ni-ka.-ra-ab-
insc rites sur tro is tra nch es ve rtica les success ives. Les 15 bad-me fu-ru-Iuk- *el-ha-Ia-hu-me a-ak
autres documents étant fragmentaires, il n'es t pas pos- D : 16 f *ti-tû-e-hi-ih- *pi-ni-gir-me in-li-
sible de déterminer si ce texte appa raissa it a ussi sur d es 17 ik-ka4 a-ak ir-ki-in-li lli-ka4-me-ma si-ip hu-
briques recta ng ulaires. 18 li-e si-ip *in-su-us-na-ak Ila-pfr-û-
Ces briques représe ntent des docum ents rares puisque 19 ri-me a-ha ku-si- ih e *ill-su-us-Ila-ak
un seul exempl aire, au plus deu x, rappelle le nom d'un E: 20 na-pfr-ti-ri LI a-ak f*llah-hu-un-
des prédécesseurs dan s la fonction roya le, qui prit soi n 21 le-û-nl kU-LIS la-al-Ia-hu-Ia az-ki-
du kizzum ; la citation du texte ancien pose la correspon- 22 il tu-ur ~a-ah-ri pu-hu'-e a-ni hi-nu
dance de kizzum avec É.KI.KÙ.AN.NA dan s la nota ti o n 23 a-ak a~-ki-il tu-ur ~a-a h-ri p/./-
idéog ra phique de l'a kk ad ien. 24 hu ni-ka.-me-na a-II i hi-nu a-ak hu-ut-rak ha-
Cette mention d'un prédécesseur rappell e le texte nO 1 : 25 Ii-ik-û-me li-ma n/./ te- Ia-
à propos du temple d 'Insh ushinak, Shilhak-Inshushi- 26 ak-ni
nak précise qu 'il avait été bâti pa r Sime-ba la r-huhba k,
Atta-hushu, Ebarti, Humbanumena (sak sil/wha sur les Variante
nOS 174 4 e t 1748 , ru/lU sak silhaha sur les a utr es), 11 - 12 < 'hll-Ie-Iu-du-L/s- * ill -SL/-lls-lla-ak-me >
Hutran-tepti , Idadu , Kindattu , Kuk -Kirm es h, Kuk -
Nashur, Sil ha ha, Sirukduh, Siwe-balar-huhpak, Ta n- Br. 2155
Ruhur a tir, T epti-halki, chacun d e ces no m s faisant
l'obj et d'une brique particulière.
Les rois anciens cités ici sont nette me nt moins nom -
breux. Mais ce texte, par son vœu fin al, précise un élé-
ment du cul te royal Funéraire, comme l'ex prime STÈ\'E
(1987, p. 32) : «m algré le vague d e l'interprétation, on
presse nt d a ns la finale de ce tte inscr iption un aperçu
inédit su r les croyances des Élami tes concernant l'a u-
d elà. Kuk-Nas hur, Kuk -Kirwash , et sa ns d oute tous
ceu x qui sont appelés <<les anc ie ns rois» appa ra isse nt
très proches du maliku babyloni en .. . : des ancêtres pas-
sés dans l'autre mond e à un e so rte de conditio n divi-
ne ... La communi cation avec ce monde «infernal" sur
lequel règne en maître lnshushin ak se rait ainsi possibl e
g râce à la médi ation des «rois mo rts».

[ 14 LES I ~S C R I PTI O l' S R O YALE S D E SUS E


I_"ÉPOQUE ~IÉD I O-ÉLA MI T E

j, j,

a f
l
a f
l
1 1

L L
9 9
~ ~
j, j,
3 3
f f
l l
1 II
1 1 1 1
2 2 2 2
A B B A anépigraphe
anépigraphe 3 3 3 3
4 4 4 4

1 1

2 1

3 3
4
C 4
C
; ;

6 6
7 7
r
Développeme1/t de il1.Kription .

>- )~Hm ~1~'f:Q ~ ~ ~>-~ .t:P~T}-~1r>r{K


~;r ffrWJt)ËT ~~KfK~ ~n-~~rBf<T
>--<F mlr~~~~~WJ~~+~~ ®
*T f- Tf ~ t'3 -\T>- ~m~ j{~;t- ~ ~T ~ ~~
.~ tf arr ~T ~Tf • >-7.l' ~TTT ~ ~Htf-T
~mr~ ~,fL1 qp{~ANrf<T~~<)§J
~T 1iigT !rd' ft ~ >1RT X>>-4WmTf~~+
Tf rW- ~ -<JET' ,IDI<T ~~~ ~ JtJ ft ~~T ~'r-
>f<Or ?H- ~ Tf$d~+Tf.#4~>~
~~ ~ ~ T"" ~Z~ ~>F.l:${ ~
~W-- ".

LE S I :-':S C R I PTI Ol'S ROY "~LES DE SUS E 115


Brique in_,crite ,ÎUr 5 côtés.
Répartition de l'inscription sur 3 tra liches (A, B, D) et 2 face" (C, E)
avec différente", dùpositions des lzgnes : place de R par rapport à A
(a ou c, eau j), ,'ens de lecture identique (b, d, e, j) ou inverse (c) ;
place de C et sens de lecture (c ou e,j),

ou

«(1) Moi, Shilhak-Inshushinak, (1-2) fils de Shutruk- d'extinction de sa descendance (quand elle sera) jugée'
Nahhunte, (2-3) seniteur bien-aimé d'Inshushinak, et qu'il n'y ait pas d'extinction de notre descendance
(3-4) roi d'Anzan et de Suse: (4-7) les rois, mes prédé- (quand elle sera) jugée' et que l'œuvre que j'ai accom-
cesseurs, avaient bâti cette Porte de briques cuites, (8-9) plie te soit agréable en offrande 1"
moi, Shilhak-Inshushinak, je l'ai faite en briques
émaillées; (9-10) j'y ai inscrit mon nom, (10) et pour ma PLBLIC\TIO"S :
vie, (11) celle de Nahhunte-Uru, (11-12) celle de Hute- ",,1DP III, nO XLIX et pL XII, XIII, 4 ; EKI n" 40,
lutush-Inshushinak, (12-13) celle de Shilhina-hamru- p,90-9L
Lakamar, celle de (13) Kutir-Huban, (13-14) celle de
Temti-tur-katash, (14-15) celle d'lshnikarab-huhun, RE:vIARQLES :
(15) celle d'Urutuk-El-halahu, et (16) celle d'Utu-ehih- - hnahhunte-utu-me huteludus- *insufinak-me Isilhina-
Pinigir, (16-17) c'est à cette intention que, pour notre hamru- *lakamar-me Ikutir- *huban-me Iteimti-tur-katash-
sauvegarde, (17-19) j'ai bâti ici cette Porte, la "Porte me f*ilnikarab-huhun-me furutuk-*el-halahu-me ak h lltu -
d'Inshushinak, mon dieu» ; (19-20) 0 lnshushinak, ehih-*pinigir-me : il est curieux de noter qu'ici :\ahhun-
mon dieu, (20-21) pour moi et pour :\ahhunte-Utu, te-Cru ne porte pas le titre de rutu hanik et que, sur cer-
nous qui avons établi une lignée, (21-22) qu'il n'y ait pas taines briques, le nom du premier-né, Hutelutush-

116 LES I);SCRIPTlCl"S ROY.~LES DE SC SE


lnshushinak, ait été omis, lui qui pourtant devait succé- 51
der à Shilhak-Inshushinak. Hutelutush-Inshushinak
OIlSER\·.nI()~S : Br. 2310-2317
Ce texte se trouve sur deux types de briques: les unes
sont inscrites sur la tranche ou sur la face, les autres sont Texte 1
estampillées sur plusieurs côtés. Ces dernières étaient 1 Il1U-te-llt-du-us-*in-su-us-na-ak li-ka4-me ri-sa-ri
émaillées sur un ou deux côtés, pour autant que l'on me-ni-ir ha-tams-ti-ir
puisse en juger par l'état des fragments. 2 a-ak AS su-se-en-ri sa-ak ha-ni-ik Iku-ti-ir- *nah-hu-
La double différence dans le mode d'inscription (les un-te-ir
unes inscrites, les autres estampillées) et dans la place du 3 a-ak ISil-ha-ak- *in-slt-lts-na-ak-ri ta-ak-ki-me-ù-me
texte (sur une tranche ou sur plusieurs côtés) sur des ta-ak-ki-me
briques de modules différents, fait supposer que ces 4 i-gi sll-tû-ù-pè-ni ta-ak-ki-<me> ru-hu sa-ak-ù-pè-
briques pom·aient ne pas jouer le même rôle et ne pas ni ta-ak-ki-me
'1\oir eu le même emplacement. 5 ru-hu pa-ak-ù-pè-ni a-a-ni-ip-ù-pè in-ti-ik-ka4 a-ak
Les briques estampillées portaient le texte sur trois ou ASki-pu-û si-ia-an
cinq côtés. Dans le premier cas, le texte se déroule sur 6 *i.f-ni-ka4-ra-ab-me hu-sa-me e-ri-en-nq-ul11-ni pi-
deux tranches successives, de quatre lignes chacune, les ip-H-i.{ ku-H-is-na
15 ou 16 dernières lignes étant sur le dessous de la
brique. Pour autant qu'on en puisse Juger par l'état des ,,0) Hutelutush-Inshushinak, agrandisseur du rovau-
fragments, ces documents étaient des grandes briques me, prince d'Élam (2) et de Suse, fils bien-aim€ de
carrées. La plupart omet le nom de Hutelutush-Inshu- Kutir-:\ahhunte (3) et de Shilhak-Inshushinak, pour
shinak, ce qui laisserait à penser qu'elles sont plus ma \·ie et la vie (4) de mes frères et sœurs, pour la vic
récentes et daterait d'une époque où le fils aîné était de mes neveux, pour la vie (5) de mes nièces, de ceux
considéré comme ne faisant plus partie de la famille. de ma :\Iaison, (5-6) c'est dans cette intention qu'il a
Deux dispositions sont attestées sur les briques portant refondé et (re)construit dans Kipû un temple d'Ishni-
l'estampille sur cinq côtés: le texte débute soit sur un karab du Bosquet, en briques cuites.»
grand côté, soit sur un petit. Les quatre lignes du côté
(A) se poursuivent sur un des côtés (Bl. de droite ou de Plï3LIC\.TI()~S :
gauche, avec le même nombre de lignes, dans le même :\!DP XI, nO XC\'III et pl. XII, 2; EKI n° 60, p. 138.
sens; le dessous (C) de la brique est à lire ensuite, puis la
tranche opposée (D) à celle du début, le dessus enfin (E) RDL\.RQL:ES:
porte la fin du texte. Si de telles briques étaient inté- - l11enir hatamtir ak ASsusenri : Hutelutush-Inshushinak
l'rées à la maçonnerie, plusieurs côtés étaient illisibles; rompt avec la titulature de ses prédécesseurs et reprend
peut-être seuls les côtés qui présentent de la glaçure partiellement le titre de Humbanumena (l11errik hatam-
é·taient-ils apparents: l'effet architectural serait ici nette- tik katri hatamtik halmenik hatamtik sunkik ASan~an
ment dissocié de la \·aleur du texte dont l'important AS su,{ul1ka), de manière réduite; susen y replace SLlsun
était qu'il fût écrit et non qu'il fût lisible. tandis que la mention d'Anzan a disparu. Peut-être
Un tel document rend plus évident le rôle des briques susen ne désigne-t-il pas seulement Suse mais toute la
inscrites: bas-reliefs et emblèmes portent témoignage Susiane 1(,;.
aux yeux des contemporains, participent à l'architecture - sak hanik Ikutir- *nahhllnter ak lSilhak- *insusinakri : la
tandis que l'inscription porte témoignage dans le futur filiation que se donne Hutelutush-Inshushinak est par-
quandl'œu\Te architecturale sera ruinée. Par ailleurs il ticulière puisqu'elle comporte une double référence et
est à noter que le texte n" 6, qui a également trait à la emploie le terme hanik qui suppose une notion de choix.
construction de la Porte d'lnshushinak, a pour thème le Il est bident dans ce contexte que .5ak ne désigne pas le
maintien du nom des prédécesseurs tandis qu'ici c'est le fils «biologique» ; c'est le descendant choisi comme suc-
nom de la famille proche. sa femme et les enfants, c'est- cesseur. Tous les termes qui ont trait à des relations
à-dire sa descendance, qui tient la place essentielle. A familiales employés par Hutelutush-Inshushinak sont
tra\'ers ces deux textes serait hoquée la continuité (pas- complexes et attestent une situation embrouillée où
sée et future) du bâtiment dont la fonction essentielle interviennent à la fois la filiation patrilinéaire et la filia-
était peut-être précisément de commémorer la continui- tion matrilinéaire.
té de la fonction royale.

LES I~SCR11'TI()~S ROY.\LES DE SCSE 117


L'ÉPOQUE ~IÉD I O-É LA~ I ITE

Br. 23 16 ( 1)
- igi sutll-u-pe-Ili takki<m e> ru/1l1 sak-u-pe-ni takkim e
ru/ui pak-u-pe-ni : il est particuli èrem ent importa nt que
Hutelutush- lnshu shinak cite à cette pl ace où l'on attend
la mention d e sa desce nda nce, non pas ses enfa nts m ais
sa fratri e; il Ydi sting ue deux g roupes: l'e nsembl e de ses
frères et sœurs, les igi + sutll, probablem ent ceux nés du
m ê m e pè re q ue lui , et ce ux pour les qu els le titre cl e
«fil s» et de «fi ll e » est m odu lé pa r ru/111 ,( d esce nd a nce
m atrilin éa ire" 168.
- aianÎp-li-pe : ce term e, q ui n 'est pas précécl é par la
reprise de fakkim e, regroupe les m embres de la fa mille
co nstitua nt la lig née de Hutelutush-Inshushinak.

OBSERVAT IONS :
L e t ex te co mp o rt e s ix li g n es avec un d é co up ag e
constant; les nOS 23 16 et 23 17 présentent deux tra nches
Br. 2316 (2) h o ri zo nta les successives insc rites : l'inscriptio n y est
intégral em ent répétée sur chacu n de ces d eu x côtés.
L'é pa isseur m oye nne des briques es t d e 9 ou 9,5 cm ; les
plus g ra nd s fr agm ents m es u rent 21,5 cm de lo ng ueur
(nO23 16) et 30 cm d e profondeur (nO231 7).

r~~prb.<r~~{~~~ ~~~p:~-<rm~.p~~~t<~
rf~r-T~~~W-P< ~)B-P:I;m--h{K~ #~TH<r~r-J:+>r P
1fr~Y4 ~ ;w~t.*rJt.".(r~* i\F<f~ 1Jr~+}iff- ~"~r{f­
~ ~tr<Ffl3Hp*,* ~~~~4t$'Kp pP<r~*TF-
~~tFt-$-~;--<~~rr ~~rH~r~ ~~)-4r~~.~ l
l
7

11 8 LE S I :-;S C R I PTI O K S ROYALES DE S USE


L'ÉP OQUE ~IÉD1 0-É LA~IITE

52
H utelutush -lnshushinak
Br. 23 18-2332 «(1) Hute lutus h- In shu shin ak, agrandi sse ur du royau-
me, prince d ' Élam et (2) de Suse, fi ls bien-a im é d e Shu-
Texte 2 truk -Na hhunte, (3) de Kutir-Na hhunte et d e Shilha k-
1 1/1U-Ie-lu-du-lIs- * ill -su-us-lla-ak li-ka4-me ri-sa-ri In shu sh inak, (4) frè re bi en-aimé d 'Ishnika rab- huhun ,
me-Ili-ir ha-tams-li-ir (4-5) pour ma vie, pour la vie d e mes frè res et sœurs,
1 a-ak ASslI-se-en-ri sa-ak ha-Ili-ik lsu-ur-ru-uk- *nah- (5-6) c'est à cette int e ntion que j ' a i r e fond é et
hll-UII-Ie-ir (re)construit en briques cui tes le tem ple d ' [nshush inak
3 lku-li-ir- *lIah-hll-un-Ie-ir a-ak lsil-ha-ak- * ill-su-us- cl u Bosq uet, «Volonté d ' Aboncl ance?»
na-ak-ri
i-gi ha-ni-ik f * is-ni-ka4- ra -ab-bàd-ri la-ak-ki-me-û-
me a-ak ta-ak-ki-lIIe Br. 2321 (1)
5 i -gi SII-lû-ù-pè-lIIe in -li-ik-ka4 a-ak si-ia-an * in-su-
IIs-na-ak-ni
6 hu -sa-IIi li-ik si-Ii-li-il e-ri-en-Illms-ni pè-ep -.5f- ih
ku- H- il7

Br. 2318

Br_232 1 (2)

LE S I~ SCR lI'TI O ~S R O YALES DE SUSE 11 9


L'ÉPOQUE MÉDI O- ÉLAM I TE

53
H utelutuJh -ImhuJhinak
P UBLICATI ONS: Br. 2323-2332
MDP XI , nOL XX X et pl. XI, 2; E KI nO62, p. 140.
lakkime
R EMARQUES : 1 IIu.H e- lu-du -us-
- sak hanik Isulruk- *nahhlllller Ikwir- *lIahhul1Ier ak Isil- 2 *in-su-us-Ila-ak
hak-*insusinakri : la fili ati on q ue Hutelutush-Inshushi - 3 li-ka4-me ri-sa-ri
nak se do nne n'est pas constante, contrairement à ce qui 4 me-ni-ir ha-lal1ls-li-ir
est attesté pour les autres sou ve ra ins; da ns cette inscrip- 5 a-ak A5su-se-en-ri
t io n, il se rattac he a uss i à so n g ra nd - pè re, Shutruk - 6 sa-ak ha-ni-ik
Na hhunte. 7 1sll-ul-ru-uk-
8 -*nah-hu-un-le-i r
- igi hanik f* isnikarab-huhunri : cu rieusement il se rat- 9 Iku-ti-ir-
tache éga lement à l'une de ses sœurs, Ishnik arab-huhun ; IO -*nah-hu-lIIHe-ir
a illeurs (MDP LIB nO20), c'est un e au tre de ses sœurs, Il a-ak Isil-ha-ak-
Mel ir-Na hhunte do nt il se d it sak hanik. 12 -*ill -sll-us-na-ak -ri
1···1
- lakkime-u-me ak lakkime igi sutu-u-pe-me : se ul s a ppa-
ra isse nt ici ses frè res et sœ urs, co mm e si la m enti on ]' in-IIi an du-uk-lli
d'Ishnik a rab-huhun , sa «sœur bien-a imée », fi lle aî née 2' Ia-ak-me-ù-me
de ahhunte-Utu , n'était pas compatibl e avec - ou ren- 3' in-li-ik-ka-ak
da it inutile - la menti on des neveux et ni èces ainsi que 4' kus-kus-un-nu-um *in-su-us-Iw -ak-Ili
de la Ma ison. 5' û-pa-al
6' hu-us-si-ip-na
- siyan *insusinak-ni husa-ni lik sililil : l'expression qui 7' pè-ep-Sf-ih
suit siyan *insllSinak husa-ni, et qui sa ns doute qualifie 8' ku-Sf-ih
ce templ e, est un ha pax d o nt le sens res te très in ce r- 9' su-uh-Ie-ir-me
tain I69 . 10' la-an-si-li-i-ni
Il ' ha-al-n-Ie
- pepsih ku Vih contrairement à l'inscri ption précéde nte, 12' la-ni-i-ni
les ve rbes so nt ici à la premi ère personne; cette alte r- 13' la-an-si-li-i-Ili
nance pourra it être sig ne d' un e évolu tion de la la ng ue 14' a-ha-al si-ra-ah
en t rai n d e se p roduire, où le dé loc uti f tend rait à se 15' mi-ir-ri-ih
gé néralise r aux dépens du locutif. C'est le délocutif qui 16' nu-un du -ù-ni-ih
est empl oyé d a ns les fo rm es no min a les risari, m enir 17' ak-kà pu-Iu-un-ri
halamlir ak A5susellri. 18' hu -ma-as
19' ba-ap li-ri-ill-ri
OBSERVATIONS : 20' hi-i-is a-ap-pi a-ha la-ak-ni
L'insc riptio n se trou ve répétée sur d eu x tra nches hori - 21' la-ah -lu-u,f
zontales successives d a ns de u x fragments (nOS 232 1 et 22' <in->lIi gi-li-in-ri
2322) ; le plus g ra nd fragment mesure 20 x 8,5 x 16,5 cm, 23' *ill-su-us-lla-ak
seul e l'épaisseur étan t in tacte. 24' ba-li-ip
25' du-ub-ba-as-lla
26' ha-al-Ii
27' 1h u -Ie- Iu -dU-/IS- *i 11-SU- tlS- 1'/(/ -a k -n i
28' a-kf Isi-il-ha-ha ri-
29' IIk-ku -ri-ir
30' la-ak-lla

120 LE S I NSC RIPT I ONS RO YALE S D E SUSE


L' É P OQUE MÉDI O - ÉL A MITE

Br. 2323 (1) Br. 2323 (3)

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Br. 2323 (2)

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«(1-2) Hutelutush - In shu shin a k , (3) ag ra ncli sse ur clu (re)construit (4') le kukunnum cI 'In shushinak (5'-6') en
roya um e, (4-5) prince cI 'É lam et cie Suse, (6) fil s bi en- briqu es cuites. (9') À un autel liO (10') cI 'o r, ( 14'- 15') j'y ai
a imé (7-8) cie Shutruk-Nahhunte, (9- 10) cie Kutir- fix é, selon les règles'!, ( II ') un e portel i l (12'- 13') cI 'a rgent
Na hhunte (11 - 12) et cie Sh ilhak- In shushinak , l··· J et cl' or (et) (16') je le (1 'lai offe rte. (1T) L e cl esuucteu r
(1') qui n'y ava it pas été env isagé', (2 ') pour m a vie, (3') qui (18') les cl érobera it, (19'), le pillarcl qui (2 1') martè le-
c' est à cette inte nti o n qu e (1') j'a i refo ncl é (e t) (8 ' ) rait (20') le protocole qui y est placé, (22') au li eu cie le

LE S 11' SCR IPT I ONS R OYA LE S DE SUSE 12 1


préserver 17=, (23'-25') qu'lnshushinak (le) foule aux bablement leur fixation; le second concerne soit égale-
pieds', (26'-28') que la malédiction de Hutelutush- ment un acte matériel de cette construction (\'-\LLH,
lnshushinak et de Silhaha (29'-30') lui soit infligée'" 1978,98 "sceller,,), soit son achèvement du point de vue
cultuel (GRILLOT : "disposer selon la règle", E\V, S.L'.,
PUBLICHIOKS : p. 923 «salben,,).
MDP XI, nO XCI et pL XII, 3 ; EKI nO 61 ;
cf. LülBERT, 1978,6-7;cf. L\,mERT, 1965,30-31 (pour - *ini{usinak batip dubbas-na hatti Ihuteludu,i{- *insusinak-
les lignes 1ï' -26') ; cf V.\LLH, 1978, p. 97-107 (texte très ni aki Isilhaha ri-ukku-rir tak-na : ce texte s'achève par
comparable) ; cf STÈn, 1987, n° 20 ; p. 41-45 et 11DP une malédiction; ce thème, fréquent en .'l.ssyro-Babylo-
LIlI nO' 20 et 21. nie (cf L'\ChE'.:RACHER, 1982,237-241), est rare dans les
inscriptions de construction élamites.
RHL\RQUES: - batip dubbaS-na : le verbe peut avoir le sens de faire (il
- [... 1inni an tukni : il n'est pas certain qu'il faille resti- correspond à epesu en akkadien) ; batip est sans clout un
tuer le texte d'après le texte publié par V.\LLH (1978, dériyé animé de bat «sous» et peut ayoir le sens de
98) également relatif au kukunnum 17.3 mais dont le début "pieds" (E\V, S.V., p. 167) ou d'''esclayes» (YALL.H,
diffère (e *in.çuSinak risar napipir temti a/i-eliri ù 111lltelu- 1978,101 «quïlle rende esclaye»).
tus- *insusinak likame risakki hatamtik aki susenki ruhu sak
Isilhahaki temti purkippi inni huttahaspini inni an tukni). OBSER\·.\TIO'.:S:
STÈ\'E (1987, 45) propose «afin que le temple ... ne soit Les briques qui portent ce texte de takkime sont très
pas (voué) à disparaître", car, selon lui, "inni est pour semblables à celles de Shilhak-Inshushinak qui ont la
ani» ; cette analyse est difficilement recevable car la par- même fonction; elles sont très soignées, des traits sépa-
ticule prohibitive est toujours suivie d'une forme \uba- rent les mots ou groupes de mots, un trait yertical déli-
le en -no inni est la négation, la particule -ni clot sans mite parfois le début et la fin de la ligne; le n° 2326
doute un syntagme se rapportant à un substantif de la présente un cadre autour de l'inscription. La largeur
classe non-animée (ligne 16' : gugunnwn *insu,çnak-ni) ; il est moindre que pour les autres briques (6 à 7,S cm). la
pourrait se rapporter au suhter et il sa porte dont il est plus grande hauteur étant de 11,5 cm, et la profondeur
ensuite question. La racine tu- a soit le sens de "rece- de 23 cm.
voir>, (cf VALLH, 1978,98 : "comme ... il n'a pas été
pris», GRILLOT, 1983,22: «chose ... qui n'a pas été enle- La combinaison des différents fragments de briques au
vée,,) ou celui de Houloir" (EW, .'.V. an-du-uk-ni "ja wie nom de Hutelutush-Inshushinak inscrits \'erticalement
er nicht einmal geplant" wurde'», sur les tranches - à la manière des textes à takkime de
Shilhak-Inshushinak - ne permet pas de reconstituer
- takme-u-me : cette unique mention contraste de un texte entier. Après le nom, le titre et le début de la
manière étonnante avec révocation de la famille qui filiation du prince, une lacune demeure. Une brique
était faite dans les autres inscriptions de construction. entière très comparable a été publiée par Y.\LL\T ;
On ne peut sayoir si cela est à mettre en rcJation avec le cependant elle présente des différences de textes si bien
kukunnum ou a\'ec un dén:loppement de la politique que l'on ne peut s'appuyer sur celle-ci pour les restitu-
menée par Hutelutush-Inshushinak. tions. Les fragments qui comportent le début du texte
donnent une titulature identique ou proche des autres
- upat hussip-na : cette inscription se singularise par son textes (n'" 1 et 2) puisqu'elle cite ses ancêtres directs, tan-
vocabulaire (upat hussip n'est employé que par Untash- dis que dans la brique entière Hutelutush-Inshushinak
:"Japirisha tandis que erientum est courant chez les pré- se donne pour "descendant de Silhaha" (ruhu sak silha-
décesseurs de Hutelutush-Inshushinak et dans ses haki).
autres inscriptions), par ses graphies (si dans pepsih et Il n'est cependant pas assuré que les fragments ici réper-
kusih par exemple, a-gi à la place de a-ak, etc.), par ses toriés appartiennent à une même inscription: début
formes et constructions (ahat, takme à la place de takki- (ligne 12) et fin (ligne 3D') peuvent relever de deux
me. in-ti-ik-ka4 ak à la place de in-ti-ik-ka4 a-ak). textes différents, d'autant que les fragments portant la
première partie sont le plus souvent plus larges et com-
- sirah mirrih : ces deux verbes forment couple: sim a portent plus de signes par lignes que les fragments dont
trait à un acte propre à la construction des portes, pro- le début est mutilé.

122 LES I~SCRIPTIO~S R()Y~LES DE SCSE


L,'P()(JCE '.lÉ[)IO-ÉL.DIITE

TYPOLOGIE DES BRIQUES Du point de vue du matériau, la typologie est caractéri-


sée par une standardisation des dimensions et une mul-
ET DES DÉDICACES tiplication des formes. Trois modules correspondent à
un même type: la grande brique carrée, la brique rec-
tangulaire qui en est la moitié et la petite brique carrée,
le quart. A partir de là, des formes sont conçues pour
s'adapter à des particularités architecturales, briques à
ressaut, parts de cercles, etc.
Mais l'innovation la plus notable est sans doute celle
qu'apporta Shilhak-Inshushinak en inventant les
«briques à takkùne" (<<brique pour la vie») qui se ratta-
chent plus aux documents de fondation qu'à un maté-
riau de construction.

Du point de vue des dédicaces, il convient de mettre


en préliminaire quelques traits particuliers avant d'en
présenter les principaux schémas.
Les inscriptions des rois de Kabnak comme celle de
Humbanumena sont atypiques. Celle d'Inshushinak-
shar-ilani est composite, juxtaposant l'évocation de la
ruine du bâtiment ancien, de la restauration, et l'appel
à sa consenation par les princes futurs. Celle de Tepti-
ahar est parfaitement atypique et a trait à un rituel qui
concerne la réfection des statues du temple. La dédica-
ce consacrée par Humbanumena présente un schéma
classique mais comporte des éléments particuliers que
motivent sans doute la nom-eauté du pom'oir qu'il éta-
blit à Suse. En dépit de leur caractère répétitif et stéréo-
typé, les inscriptions de construction reflètent en effet
les moments où la royauté connaît des périodes de rup-
ture et d'innmation. Tel était le cas pour Atta-hushu,
tel est celui de Humbanumena, tel sera celui de Hute-
1utush-1nshushinak.
La multiplicité des dédicaces, leur développement
av-ec des thèmes nouveaux, est une des caractéristiques
de l'œune religieuse d'Untash-:\Tapirisha aussi bien que
de Shutruk-Nahhunte. En rev-anche, en dépit de
quelques innovations, le canevas des inscriptions de
Shutruk-Nahhunte et de Kutir-:\"ahhunte reste assez
semblable à celui qui existait.

Le genre littéraire que sont les inscriptions de dédi-


cace connut un développement particulièrement impor-
tant avec Shilhak-Inshushinak. Le texte s'enrichit et se
diversifie en relation av-ec l'édifice cultuel auquel il est

LFS t'.:SCRIPTIU'.:S RUY.\LFS IlE SL-SE 123


destiné et avec le rôle religieux et politique qui lui est Cependant certaines dédicaces sont caractéristiques de
assIgné. Suse en raison de la di\inité honorée et de la mention de
L\cropole (comme celle du temple (j'Upurkubakl.
d'autres de Dur-Untash, où le le dieu y est dit "du S'lllC-
Ul\T\SH-:-\APIRISHA.
tuairc" (simn-kuk) : des briques trouvées sur l'Acropole
Les briques au nom de Untash-:-\apirisha proviennent susienne et mentionnant le siyan-kuk ont très vraisembla-
de Suse mais aussi de Dur-Untash. En effet si souverain blement été rapportées de Tchoga Zanbil 1;" sans doute
consacra une grande partie de son activité de bâtisseur à par Shutruk-:-\ahhunte qui proclame, dans une de ses
la fondation d'une nom elle capitale, il n'en abandonna inscriptions (EKI 21), ,n'oir transporté à Suse .des stèles
pas pour autant la capitale traditionnelle où il continua que Untash-:-\apirisha a\'ait placées au simn-kuk".
d'entretenir les temples et y fonda même le temple Les constructions mais aussi les inscriptions desti-
d'Upurkubak. nées il les commémorer se multiplient et se diH,rsificnt
La plupart des inscriptions dédicatoires de Suse ont alors, les formules de dédicace s 'enrichissent, s'adaptant
leur réplique à Dur-Untash ; la composition de ces textes souvent au bâtiment auquel elles appartiennent. Le plus
semble en effet avoir été «standard» et se retrouver sur som'ent en élamite, elles présentent parfois une rédac-
des sites différents sans présenter de caractères propres 1;4. tion bilingue.

Schéma des inscriptions d'Untash-Napirisha


(A -les éléments, B -leur agencement)
A
c):\'D lansitira il' ahar mW'wh
1

1 PARTIE CO~ülU'Œ
-----
d) ~D lansitira sarih
1 - le roi siyan kuk sivanrar il' murtah
- nom } dans un ordre e) li zagratwne kikkiteh
- filiation
constant
- titulature
ÉLÜfE:-\TS FRÉQCE:-\TS
1II : donation aulx) dieu(x) : ND un/in dunih
II - construction
1 - désignation du bâtiment IV : souhaits
2 - kuSih J - le plus fréquent: huttak halik-ll-me l'D
(siya/1 kukra/pa) (in) lina telakni
l' : précisions sur le bâtiment 2 - 5i\'(1/1 appa kllsih-ma satu/mi
a) siyan + nom divin .3 - sillne dunisni
b) siyan + précisions ---.j
- innovation (su/1kip unjJUpi .fus1/n ÉLÉ,lE:'\TS ERRATIQUES
imme kusihSima) A - motivations pieuses de la construction 1

- matière: ubqumiya
1 - takme-u-me )
upat hussip 151l1zkime lur hih sitme
1

- alwnimma 2 _ silme-u-me sullwneka


- nom: hl/tin .3 - azkit tur zahri hw'uya ilzgi Ihienka
c) astam 4 - piel kittima namelukra
d) ain kuten
e) kukunl1ulll B - circonstances pieuses
f) Ill/r kibrat - :-\D kullanka kula urtumpanra
ak turunka hllttanra
2' : procès annexes (s'adjoignant à kusih) : - si\'(111 kllk ulluruk siyan
, . kuk simas
a) hi.5e aha tah
b) sarikku kus 10-11(/ kusih C - reprise de la donation

124 LES I"SCRIPT10"S ROl,\LFS DF SuSE


L' É P 0 Q lJ E \!~: DIO - É L.\ \[] TE

B
Texte titres construction autres éléments

1a 1 II L':: 1

h ],b
2' a, b
.., 1 II 1,:2 III
i

3 1 Il l, ..,
ii
],b
'-0' c IV 1
-
4 1 Il L:2 1

l' d, b III B2 1

1
IV 1
C-
S 1 A4,1 II 1,'" III IV 1
f--. 1

6 1 AI, 2, 3 II 1,2
1 l' h, e III
'J'
~ c IV 1

1 1 II L 2
]'f III AU,4 1

II L 2 1

l'f C 1

1
Il' 2
1

8 1 B1 II 1,2 1

i l' b 1

2'd 1

1
IV 1
A 4,1,2 III' 1

Schéma des inscriptions de Shutruk-Nahhunte et Kutir-Nahhunte


A
P.\RTIE cœd'dU"F

1. nom
flliation
titulaturc
i - religieuse: libak hanik *insusinak
ii -politique: Slll1kik an~an ,{lL{1II1ka

II. construction:
1 - nom du bâtiment
i - nom du bâtiment:
ii - restauration d'un bâtiment en ruines (misirmana)
al nom du prédécesseur (hlllnbanumena), matériau ancien (halatimma)
bl nom du bâtiment, matériau ancien (kul1lpum kidum upatma kusik)
.:: - yerbes concernant les opérations successi"es des constructions:
i - tipuh. "ha/ih
ii - sarrah" ,pepsirmah" .kusih

III. dédicace (donation et souhaits) :


a - ND napiruri i dunih
b - huttak halikume ND napiruri in lina telakni
h' - e ND napiruri huttak halikul1le lima nu telakni
c - ND napiruri i simatah eND napiruri huttak ha/ikul1le lima nu telakni ak ahan hih situktini
- - - - -

1\'. intentions de la dédicace: takkime

LES I~SCRIPTI()~S R()YALES DE SUSE 125


Schéma des inscriptions de Shilhak-lnshushinak
A
BRIQUES TRADITiON:-;ELLES

P.\RTIE CO~lMLKE

1 - le roi -nom
- filiation
- titulature
1

1
a) religieuse: /ibak hanik KD-ik
1
b) politique: - sunkik anzan sllsllnka
- likame risakki
1
1

II - construction- - - - - . - - - - - - - - - - - - - - - --- - --- - ----1

1 1 - précisions sur le passé du bâtiment


a) '-IP siyan :'\'D-me erientumimma ku.fis
b) KP siyan .'iD-me ha/atimma kusis
b' : NP siyan .'iD-me ha/atimma kuHihsi
c) .'iP siyan :'\'D-me llpatimma kusis
c' : (bâtiment) ~D-me llpatimma kusik
d)?\P sa/mu erientlll11Îa hllhtm~ ak siyan
'-ID-me ahan kusinkimar ak imme kusis
e) siyan KU-me KP kusista
f) sunkip /ikup llIpllppa simn kllSih(i)sta
f : sunkip urpuppa sip hutie erientumia kusinpa
f : sunkip urpuppa siyan husa-me halatimma kllkS( i)hsi
ak akka kuHi.fta imme dll17W/z
g) himl1 apie hienka intikka ak (bâtiment) :'\'D halami kllsikni
-------
2 - désignation du bâtiment + verbes de construction
(sm'rah, pep.i(i(l11a)h, kusih)
a) aha kusiil
a : erienlllmma kusih
a :u erientlllnia kllSih
b) u sarrah .. ,l:C ak simn KD aha kuSih
b' : ... u sarrah aha kl/sih
b": sarih ak erientul11ma k!tsih
c) erielllwnia pepsiil kusih
d) u sarrail erielllwnia pepsil11l11a kuiiih
d': sarrail pepsimah ak erientumna kusih
-- - --- - ------- - ._-- - --'- - --- - --- -

3 - procès annexes
a) ak KD i simatah
b) u tak ~a/mll erientumia i tah/wh ak huhtah
1

c) kuramma karrah ak kulamma sahtinnah


d) ak sip hL/tie llpat aktiama kusih ak tetin /ansitimma-ma rarbah 1

e) hisume a/za tal/uh 1

! e' : /zis apie erientum pepsiama talluh


L__ _ ___ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __ 1

-~
III - donation au(x) dieu(x) : )JD i dl/71ih
----j
1\ - - souhaits
a) e:'\'D huttak halikume lima nu te/akni
a' : eND huhtah halienka lima nu te/akni
b) ak ahan hi/z situktini

126 LES I~SCRII'TIOKS ROY .\LES DE SUSE


L 'ÉPOQ C E ~"~~D 1 U-ÉLU!! T E

ÉLÉ'dE"TS ERR.\TIQCES

A. - circonstances matérielles
a) misirmana
b) ak hi rramma
B - intentions pieuses: la "ie
takkime-umini
+ a) takkime :'-JP-me (énumération) intikka ak irkinti-nikamema
b) nahhllnte-utll ak puhu-ena
c) takkime puhumena ak takkime kus huhun-eme api hut/ah

B
II III 1\'
----
1 2 3
a b a h c cl e f g a b c cl a b c cl e ,
a b c
nO 1 X X X § e
X
-,
nO 2 X X x(9 x ~ X
nu
------
3 x c' Gi) b" x X X
n04 X X X

X X X
nO "5 X (9 cl' X X X

n° 6 X ~; (9 a
,.
d@
x
x e
,
b' a
nO; b' ® x X

~
nO 8 X X f" a" X

II 1\'
1 2 3
a b a b c a h c a b c a b
tak·1 ® X @@ x
tak·2

~ ~x
A. x x x
B Dl x ;Bb@ x
tak·3 '~ x x § @ x @
x x x
tak·4 a X
® x

LES l'\;SCRIPTIO'\;S ROY.\LES DE SLSE 127


A
1
BRIQliES DES TAKKIME

~\RTIE CmülL''-.:E
~eroi-nom
- filiation
- titulature
a) religieuse: likame *insusinak ir hanisri
a' libak hanik '\D-ik
h) politique: likame risakki
---- - - - - - - - - -

II - construction
1 - précisions sur le passé du bâtiment
a) hiyan apme hinunka ak sivan,'\D (+ épithète)
b) siyan ~D-ni kizzumna NP kuiis
c) sunkip urpuppa sip hutie erientwnia ku,finpa
2 - désignation du bâtiment + verbes de construction (pepùh, kusih)
a) u siyan ... erientwnia pepsih kusih
b) siyan ~D-me ... erientumia pepsih kusih
c) (upat aktippa huhtah) ... sip hutie ND aha kusih
----
3 - procès annexes
a) kizzwn apun nukkww
b) KP his appi aha (a,fti inni pl/lhu sarrah aha tah ak hisumeni aha tah
c) ak nukku summuh
- - - - - - - - - -- ---- - - - - . -

1 [III - donation au(x) dieu(x) : élément absent dans ces textes]


IV - souhaits
a) e Ikuk-kirmas melku meteva KD i riel sat-na
b) e '\D u ak ND kus tatta huta azkit tur zahri puhie ani hinu ak azkit
tur zahri puhu nikamena ani hinu

ÉLF.'-lE'-.:TS ERRATIQliES

A - circonstances matérielles
a) mù"irl1Wna 1

b) 11 erientum e siah ak hihhi 1

~l
B - motivations pieuses: la vie
a) takkime puhumena ak takkime kus hulnm-e-me api hwlah
h) takkime-ume takkime *nahhunte-utu rutu hanikuri-me takkime
9 :\'P intikka ak takkime kllS huhun-nika-me intikka ak
b' takkime-ume takkime *nahhunte-utu rutu hanikuri-me takkime
ku,f hul1Un intikka ak takkime kus huhun-nika-me intikka ak
c) takkime-ume takkime *nahhunte-lltu rutu hanikuri-me takkime
9 ~P puhu ku.fikupe ak hnahhunte-utu-pe kus hllhllll apie apip hutlahu
le -mintilum ASsusemzi lisie Zllkkirmani
r-----
-----

D - invocation
1 : à lnshushinak
2: au Grand-dieu, à Kiririsha et à Inshushinak
----
E - protocole ancien

128 LES j"SCRIPTIO"S ROYALES DE SL'SE


Shutruk-Nahhunte (717-699)
L'ÉPOQUE Hallutush-Inshushinak (698-693)
NÉO-ÉLAMITE Tepti-Huban-Inshushinak (664-655)

Avec la fin de la dynastie des Shutrukides, la puissance


CADRE HISTORIQUE élamite connut une éclipse dont il nous est difficile de
mesurer exactement l'amplitude. Si les documents nous
apportent fort peu de renseignements, cela ne corres-
pond cependant pas à un effondrement total: les
tombes témoignent d'une richesse certaine et on sait
qu'un commerce actif diffusa les produits élamites par
delà la plaine tenue par les Assyriens; sur le Plateau, les
cavaliers iraniens s'établissaient progressivement sans
que cela se répercutât à Suse. La Susiane connaissait le
développement d'autres centres politiques et militaires.
Cette évolution peut être divisée en trois périodes 1ï7 :
la première (néo-élamiteI: 1000-ca. 760), n'est illustrée à
Suse par aucun texte alors que les archives de Tall-i
Malyan font revivre Anshan, où se sont installés de nou-
veaux groupes ethniques, notamment mèdes, et qui n'est
plus politiquement associée à la Susiane. La seconde
(néo-élamite II : ca. 750-653) marque la renaissance des
«rois d'Anzan et de Suse" : alliés aux Babyloniens, ils
opposèrent une résistance opiniâtre à l'ingérence assy-
rienne qui essayait de jouer les unes contre les autres les
branches de la famille royale élamite. Si aucun témoigna-
ge épigraphique 1ï8 ne garde le souvenir de Huban-tahra
(vers 750) ni de son fils Huban-nukash monté sur le
trône en 742, les briques de son successeur, Shutruk-
Nahhunte, attestent son activité de bâtisseur à Suse ainsi
que celle du frère qui lui succéda, Hallutush-Inshushi-
nak. Enfin le témoignage qu'apportent les briques est
interrompu sous Tepti-Huban-Inshushinak après sa
défaite en 653 et la destruction de Suse par les armées
d'Ashshurbanipal. Les noms de Shutruru, de Shilhak-
lnshushinak II sont absents de ce corpus tout comme
ceux de Hanni, attesté à IzehlMalamir, ou d'Atta-hamiti-
lnshushinak qui tenta, sur la frontière du Khuzistan et
du Fars, de faire revivre l'ancienne titulature «roi
d'Anzan et de Suse, agrandisseur du royaume, maître et
souverain de l'Élam". La troisième période (néo-élamite
III: ca. 653-539) est celle de «l'empire éclaté» où les diffé-
rents rois élamites, jouets aux mains de la politique méso-
potamienne, ne purent éviter l'anarchie politique, avant
que la puissance mède n'y vienne rétablir un équilibre.

LES I:\SCRIPTIO:\S ROYALES DE SCSE 129


L 'É P OQUE :-: Ë.O - É L A M IT E

De cette période néo-élamite, seul s on t été retrou vés


les restes architecturaux d 'un petit temp le car ré a ux
briques émaillées ve rtes, datant de Shutruk- ahhunte If
et ceux d'un décor mo num ental e n relief qui témoi-
g nent d 'une g rande m aîtrise dans la tec hniqu e d e la
terre émaillée appliquée à la ronde-bosse. Il semble que
ce soit avant tout dans des parti es plus ori entales qu e les
princes élamites aient préservé leu r cu lte, co mme
l'atteste les sculptures rupestres de Kul-i Fa rah, Kuran-
g un ou Naqsh-i Rustem.
Cette périod e se caractérise en effet, en Élam, par un
éclatement politique et ethnique : le déclin des établisse-
ments urbain s qui constituaient " l'ossa ture poli tique et
éco nomique» entraîna un affa iblissement de l'a utorité
roya le; par ailleurs l'éme rgence de g roupes de popula-
ti ons, iraniens dans les Zag ros, araméens dans le Khu -
zistan restreig nit l'importance de l'élément élam ite. En
Susiane même, Suse partagea it le statut de ca pitale avec
Hidalu et Madakru mais se mble avoir co nservé so n rôle
religieux.

130 LE S I NSC R I PTI ONS R O Y ALES D E SUSE


L ' ÉP OQU E ~É O-É LA~IITE

Shutruk-Nahhunte 54
Hallutush-Inshushinak Shutruk-Nahhunte II
Tepti-Huban-Inshushinak
Br. 2333-2385

Texte 1
1 Li Isu-ul-ru-uk- *lIah-hu-le su-un-ki-ip ur-pu-
2 up-pa ak-ka4-ra Li-pa-al ak-li-ip-pa in-ri hu-uh-
3 lan-ra Li hu-ul-lah a-ak dingir.gal a-ak *ill -su-
4 si-lla-ak i du-ni-ih

«(1 -2) Moi, Shutruk -Na hhunte, (1-2) des rois, mes pré-
décesseu rs, (2-3) aucun n'ava it fait de briques émaillées :
(3) moi, je l'ai réa lisé (3-4) et j'en ai fait don a u Grand-
d ieu et à 1nshushinak,>.

P U BLI CATI ONS :


MOP III n" 27 et pl. VII , 2 ; EKI nO17, p. 71.

Br. 2333

Br_ 2344

LE S I ~ SC RII'TIOi' S ROYALES DE SUSE 131


L'ÉP OQU E l' É O-É L A MITE

55
Shut1'Uk-Nahhunte II
OBSERVATI ONS : Br. 2386-2430
Ce son t, comme toutes les briques au nom de Shutruk-
a hhunte, des briques moulées, estamp ill ées, toutes Texte 2
parfaitement semblables pour leur argil e siliceuse et la 1 sa essana 'su-uf-ru-uk- *nah-
forme des caractères. La co ul eur de la glaçure peut 2 -hu-un-fe i-pu-su
varier, bleue, verte ou brune ; l'estampille court sur une
ou deux tranches ho rizontales (cf. nO2384 où le texte se «(1-2) Ce qu 'a bâti le roi Shutruk-N a hhunte. »
développe lig ne à ligne sur deux côtés). D eux modules
sont représentés : ces briques assez plates de 5,5 à 6,5 cm P UB LICATIONS:
d'épaisseur so nt so it recta ng ul a ires (30,5 x 15,5), soit, MDP Il , p. 11 8 et pl. XXV, 1 ; EKI n O 7 1 n. 7 ;
plus ra rement, carrées (15 x 15). cf. S TÈVE, 1987, n O Il (fragments de carreaux
On peut hésiter su r la datation de ce type de brique où d'applique provenant de D eh-e Now).
Shurruk-Nahhunte n'i ndique pas sa filiation: s'agi t-i l
de Shutruk-Nahhunte 1 o u de Shutruk-Nah hunte II ? REMARQUES:
STt. VE (Fragmenta Elamica, p. 292) est im e que ces L'usage de noter le mot «roi » par l'idéogramm e chiffré
briques et les pommeaux décoratifs dits «de g rès ESSANA (3.20), qui ava it été celui des Kidinuides, réap-
éma ill és » trouvés dans les tranchées 7, 7a et 15 sont en paraît dans les inscriptions de Shutruk-Nahhunte qui,
relation avec des vest iges de constructions datés par par ai lleurs, reprend la trad ition d 'Untash- apiris ha
ai lleurs de l'époque de Shutruk-Nahhunte et Shilhak- d' utili se r la la ngue akkadie nne à côté de la langue ver-
In shu shin ak. AMIET, après avoi r penché pour cette nacu laire.
datation, a estim é que ces briques éta ient probablement
néo-élamite lï9. OBSERVATIONS:
Les briques sont d u même type que ce ll es qui sont ins-
crites en élamite, soit carrées ( 15,5 x 6 x 15,5) soit rectan-
g ulaires (3 1 x 6,5 x 15,5). La répartition des signes sur
une ou deux tranches peut légèrement va rier ; ainsi les
trois sig nes du verbe i -pu-su sont-ils soit sur la deuxième
tranche , soit répartis su r deux tranches . U ne même
brique peut porter sur le premier côté inscrit la fin du
texte et le début su r le second, l'inscription étan t ain si à
cheva l sur deux briques success ives (cf. n05 2392, 2394,
2395).

132 LES IN SC RIP T I ONS R OYALES D E SUSE


L-ÉPOQUE NÉO-ÉLAM I TE

~Y>Y ml:: r $ ~ 4UJ ~ $f r~IT


Pff< ~~T * ~ »~ $'
Br_ 2393

~ ml:- y $~ 4rI ~?$>f I~T,T


~ }:fPffF-T 1:.;)1 ~ ~»- $
Br. 2404

Br. 2405

LES Ii'S C RIPTl O='S RO Y ALES DE SUSE 133


L" É PO Q E ~ÉO - ÉLA~ I ITE

56
Shutruk-Nahhunte Il
Br_ 2431 - 2437 OBSERVAT IONS :
Alo rs que pour le tem ple d 'Inshu shin ak les inscriptions
Texte 3 sont en élamite, ell es so nt en a kk ad ien pour le tem ple
1 sa essana Isu-ul-ru-uk - / *nah-hu-un- d' Ishnik a rab. Elles sont pa r ai ll eurs de même type, en
2 le i-pu-su-ma a-na / ti.la-su a-na ce qui conce rne la mati ère et les d imensions.
3 *is-ni-ka4-ra-ab 1... /iddinu?J Aucune de ces briques n'est enti ère et la co m binaiso n
des d ifférents fragments ne pe rmet pas de reconstitue r
«(1-2) Ce qu 'a bâti le roi Shutruk -Na hhunte et (2-3) l'inscription d ans son ense mble.
d ont lil a fa it don?] à Ishnik a rab pour sa vie» .

P UBLICATIONS:
MDP Il, p. 11 8; EKl nO7.

Br. 2433

134 LES I?' SC RIPT I ONS ROYA L ES DE SUSE


L · ÉP O Q U E " ÉO- ÉL .HI I TE

57
Shutruk-Nahhunte Il
Br. 2442-2444 ro i H u te lutu sh - In shu shin a k , (5-6) le roi Shilhan a-
hamru - Laga m a r, (6-7) le roi Hubanimm e na, (7) - en
Tex te 4 to ut troi s ro is -, e n con sid é ra ti o n de ce qu e je leu r
1 Li ' slI-LIl-ru-uk- "pir sa-ak [* hu-ban-im-me-Ila- d eva is?, (8) moi, Shutruk - Tahhunte, une fois en posses-
2 kf-ik-ki li-ku-/lle ri-sa-ak-ka4 ka4-at-ru ha-tam-tik sio n de la roya uté (9) avec l'a ide d ' In shushin ak, m o n
3 lIIe-ell-ku li-ik-ki ha-tam-ti-ik Ii-ba-ak ha-ni-ik d ieu, (la) concerna nt? le kllklll1l1l1l11, je (l ')a i protégé en le
4 dingir.gal a-ak * ill-Sll-l/s-Ila-ak-kf-ik su-gir d éplaça nt? (I l ) et pour Inshushinak je me suis em pa ré
5 'hu-te- lu -du-lIs- * ill- su-us-na-ak su-gir d e Ka rintas h et (1 2- 13) j'(y) a i éta bli so n observa nce?
6 ' sil -ah-na-ha-am-ru- * Ia-ga-mar sll-gir hln/-ban- j'ai décid é q u'il soit l'obj et d e mes effo rts? m ais je ne l'a i
7 im -lIIe-en-/1CI pap 3 sll-l/n-kip sir-ma-pu pi-it-te-na pas? di t?, j'a i décidé de le renforcer, m ais je ne l'a i pas?
8 Li ' su-lIt-ru-lIk-*pfr sU-IIII-ki-lIIe-lla hU-lIIa-an-ka~ acco mpli ? ( 13-14) 0 In shu shin a k , mon di e u , to i, tu
9 * ill-.5u-/./s-na-ak na-pfr-û-ri ur-tah-ha-an-ra m 'as rend u fort , ( 15) m oi, j'ai fa it ici prospérer le nom .
la kll-kll-lIIl-1lll-l/111 pi-it-te-na sa-ri pa-ha-ah (15- 16) Cel ui q u i oubli erait? ce qui m 'a ppa rtient, puisse-
Il a-ak * in -su-u.5-na-ak ASkar- < in->ta.5 hu-ma-ah a- t- il pe rd re la bé néd icti on d' In shu shin a k ( 16) et être
ak exclu d e la lumi ère d 'Inshushinak !"
Il ni-hu-pa-e ir ku-ba-ah ba-li-ik-lI1a-all-ki a-ak im-
me P UB U CATIOi'S :
13 tu-ru-uh sil-ha-ma-an-ki a-ak il1l-/Ile hll-uh-tah e MDP V, n O L XXX I V ( un e ta bl e tte ) E KI nO 72,
14 * ill-sll-us-l1a-ak na-pfr-Li-ri nu .5il-ha-an-d/./-û p. 147- 148.
15 Li hi-is a-ha ku- tu-uh ak-ka4 LI-IIII./-l1a hi-is-da
16 ~i-ti-in * in-s/./-lis-na-ak-me l1Ia-ni-i.5-ni R ENIARQ ES:
17 a-ak hi-sa ':'in-SIl-IIS-l1a-ak-lIIe a-ni pi-te-en - I/wteludll s- * il1susil1ak sugi r 1silhal1a-hal1lrll- * /aganlar
sllgir h/lU ban-il1llllellna : les préd écesse urs évoqués pa r
«( 1-2) Moi , Shutruk-Na hhunte, fil s de Hubanimmena, Shutruk -Na hhunte sont son père et probablem ent - s' il
(2) ag ra ndi sse ur d u roya ume, le (d éte nteur) du trô ne ne s'agit pas d 'hom onymes - les d eu x fils aînés de Na h-
élami te, (3) moi qui ai reçu la royauté élamite, se rviteur hunte-Utu, successeurs d e HuteJ utllsh-Inshushinak. U n
bien-a imé (4) du Gra nd -die u et d ' lnshushina k , (4- 5) le g rand hi atus sépa rerait donc les d eux prem ie rs du troi-

Br_ 2442

LE S l '' SC R I PTl O ,,S RO YALES DE S SE 135


L'É P OQUE NÉO · ÉLAM I TE

siè m e d e ces ro is. Ce tte volo nté d e se ra ttac he r à la 58


d ynastie d es Shutrukides, alors qu 'il porte le nom de son H allutush -Inshushinak
fondateur, a sa ns doute une signification défini e mais la
péri ode d e tra nsition e ntre la fin d es Shut ru kid es et Br. 2445-251 7
l'é m e rge nce d e sou ve ra ins néo -élami tes es t tro p m a l
connue pour qu 'il soit possible de comprendre la volonté û '/w l-Iu-su-*rnùs.lam sa-ak *hu-ban -tah-ra-ah-ha
politique qui est derrière l'évocation d e ces nom s. ASan-za-an ASsu-su-un Ii-ku -
2 me ri-sa-ah li-ba-ak ha-ni-ik di ngir.gal *mù s.lam
- pap 3 sunkip sirmapu pille-na : cette ex pression, qui est ah -ha-an si-ia-an *mùs.
un hapax, est d iffi cile et a été très d ive rsem ent interpré- 3 lam-na su-mu-I/ a e-ri-en-tums û-uh-in-lla li-pi-ha a-
tée : «nachdem insgesa mt d rei K èinige zur Belohnung ak sil-ho -ah a-ak *mùs.
mich umhegt hatten » (H INZ), «insgesa mt drei Kèi nige 4 lam na-pfr-û-ri i dU-I1lI-ull e *mùS.lam na-pfr-û-ri
z usa mmengenommen » (KOCH)ISO. mi-iHi-mi za-am
5 a-/ILI ku-lu-un la-ak-ki-me ku-Iu -is il' hi-si-il' li-tl/l1-
- kukunnum pille-na sari pa/wh : d ans cette propos iti on, pi-il' tak a-nu in kU-lu-un
sari est compri s soit co mm e un substa ntif, «so n amu -
lette » (<< nachd em ich den H oc htempel umhegt hatte, «(1 ) Moi, H a ll utu sh - I nsh ush in a k, fi ls d e Huba n-ta h-
sc hützte se in T abu-E mbl em ?» ), soit comm e un ve rbe ra h, (1 -2) j'a i agra nd i le roya um e d'A nza n et de Suse;
co up lé avec pahah (G RILLOT «j'a i e n levé? (m a is) j'a i
prése rve»). D a ns ce co ntex te où es t évoqu é un a utre
Br. 25 17 ( 1)
lieu que Suse, on peu t fa ire l'hypothèse que le kukun-
nu/1l. du di eu a été «d é raciné » et réimpl an té ailleurs, en
Ka rintash.

- nihupa-e il' kubah : le m ot nihupa est un ha pax; c'est


sa ns d oute un composé (ni + hupa-), à m oins qu e p(a) ne
soit la m arque d'un pluriel a nimé.

- balik-man-ki ak imme luruh silha-man-ki ak imllle /1IIh -


lah : ces d eu x propos iti ons pa raisse nt co nstruites sy m é-
t riquem ent sur une oppos iti on (un e fo rm e en -manki et
une fo rm e tra nsiti ve néga ti ve) ; a ucun se ns p régna nt
ne se d égage d e ce contex te qu i est unique EW, p. 131
« ich h ab e mi c h a b ge mü h t , a b e r ic h spr a ch ni c ht
davo n », p . 1162 : « für di c h h a b e ich mi c h s ta rk
ge m ac ht, abe r ni cht habe ich fe rti gges te ll t ». Ce pe n-
d a nt la fo rm e néga ti ve s'ex plique ma l ; da ns cette ins-
cripti on de constructi on, on attend l'a ffirm ati on d e la
réa li sa tio n de l' œ u v re: ne fa udra it-i l pas voi r da ns
imllle une forme pronomina le, peut-être u ne va ri a nte
de imma «ici» ou d e imeni «le sien ».
L'e mp loi du ve rb e luru d a n s ce co nt exte évo qu e Br. 2483
l'ex press io n employée pa r U ntas h-Na pir isha lurunka
hultal/ra «il accompli t m a parole (= ma d ema nde) >> .

OBSERVATIONS :
Ce tex te est insc rit sur trois briqu es ca rrées et minces
(3 1 x 5,4 x 3 1,S) ; le tex te e st répa rti su r 1ï li g n es
(nOS 2442, 2444) ; le nO 2443 o m et *insusinak nap ir-uri
ur-Iahhan-ra kukulIIIUIII (lig nes 9- 10) et hu/uah e *insusi-
nak napir-uri (l ig nes 13- 14).

1 36 LE S I KSCRIPT I O:-lS ROYA L ES DE SUSE


L ' ÉP O Q E NÉ O- I~ LA~I I TE

(2) se r viteur bi en-aim é du Grand-dieu , d 'In shushina k , est incertain ; ce t hapax peut qualifier le templ e (cf EW,
(2-3) le templ e d' Inshu shin ak , en g lo rifica tio n?, j'(en) p. 11 80 : «demTempei des ln shushinak zu Ehren?» );
S.V. ,
ai faço nné le briquetage de g rès et je l' (e n) ai renforcé o n peut a uss i co nsid é re r qu ' il occ upe la m êm e pl ace
(3-4) et j'en ai fait don à Inshushin a k , m on di eu. (4-5) d eva nt les ve rbes de constructi o n que misirmana et que
o In shu shina k, m o n di eu , ne m 'a ppo rte pas un destin la significatio n es t id entiqu e.
pénible ; apporte la vie : (5) celui qui est fidèl e ne lui
a ppo rte pas le statut de l'impi e !" . - e *mùs. lam napir-u-ri mif-u-mi zam anu kutun fakkillle
kufuS il' hisir fiumpir tak a/lU in kutul1 : le vœu fin al a po ur
P UBLI CATI ONS : élém ent central le ve rbe kU/li; le sens général semble être
M OP III , nO L X II , p. 100- 101 et pl. XX II , 2-5 ,7-9 ; que le dieu, juge de l'Au-delà, attribue au roi un sort juste
M OP V, nO LXII bis et pl. XV II , 2-7 ; E KI na 77, en rapport avec sa piété (EW, p. 929, 549, 34 1 : «0 Inshu -
p. 168- 169;cf STÈVE, 1987, n" 25, p. 50-51. shinak, mein Gott, lass du mein L os nicht zur Mühsam
gedeihen ! das Leben liess er gedeihen ; ais ihm Getreuer?
RDIARQUES : wi ll ich ein en Frev ler auch ja ni cht werthalten !»).
- ha/ltus- * mùs. lam : l'idéogramme pour Inshushinak est
une innova tio n, qui peut correspo ndre à une référence à OBSERVATIONS :
la fo nct io n d e souve rai n d e l'A u-delà qui éta it ce ll e U n seul texte atteste l'œuvre de construction d e H allu-
d' Inshushinak, «le juge qui dicte la sen tence et fi xe le des- tlIsh- lnshushinak et se ra ppo rte au temple d' Inshushinak .
ti n des m orts de son royaume" (cf STÈ\'E, 1987, 50-51 ). L es briques in sc rites ne sont pas toutes id entiqu es : les
n OS 2445-2446, cassées d ans la longueur et la profo nd eur,

- fipiha ak sil/wh: les ve rbes de co nstructio n ne sont pas so nt é pa isses de 9/9,5 cm et co mptent se pt li g nes ; la
ceux qui étaient jusqu'alo rs couramm ent employés, tipi- brique n° 251 7, dont la profo nd eur de 14 cm est compl è-
ha est à rapp roche r d e fipuh , qui d ésig ne plus spéc ifi - te, est insc rite sur deu x tranches ho ri zontales successives.
q uement la confec ti o n des briques; la notio n d e «réno- P a r ailleurs d es briques estampill ées, à glaçure, min ces
ve r» est ici rempl acée par celle d e « renfo rcer». (4,5 à 5 cm) portent ce texte répa rti en quatre, cinq o u six
lig nes. Peut-être ces deux types sont-ils évoqués dans le
- sumu-na : le sens de ce compl ément m a rqué par - II(( tex te par les qua li fi ca tifs erientul11 et lIhil1lla .

Br. 2456

LE S I N SC RIPT I ONS R O Y A L ES DE SUS E 13 7


L 'É POQ E i':É O - ÉLA \I ITE

59 60
Tepti -Huban-Inshu,,-/ûnak Tepti-H uban-Inshushinak
Br. 2518-2519 Br. 2520-2521

Texte 1 Texte 2
1 Li *te-ip-ti- *hu-ball-I *ninni6.1am ... 1 1 Li *te-ip-ti- *hu-ban-*ni 1 nni 6 .1am sa-ak sil-ha-ak
*ninni 6 ·lam-kil
«(1) Moi, Tepti-Huban-I lnshushinak ... J». 2 e-ri-ell-TLlllI gm ' ti-pll-uh a-a Ik si-ia-an *ninni 6.1am-
lIli ha kll-Sf-ih 1
P UB LICATIONS :
MDP V, nO LXXXVI! , 8; EK I nO81, p. 171 (Li */e-ip- ti-
*hu-ball - *ninni 6.1am sa-ak sil-ha-ak *ninni 6.1am-ik-ki)

F1fr*f~ }-W*~;:;r~ ~i::: P-t qT


~r$<~-<grr~rF(*~ urr.(

Br. 2520

Br. 25 18

Br. 25 19 Br. 252 1

138 LES Ii':S C R I PTI ONS ROYALE S DE SUSE


L 'É P OQU E :--1É O - ÉLA\ II TE

61
Tepti-Huban-Iluhushinak
«( 1) Moi, Tepti - Huba n- In sh[ushin ak , fi ls de Shilhak- Br. 2522
In shushin a k), (2) j'ai fa ço nn é le briqu etage let j'en a i
bâ ti le temple d 'In shushinak 1». Texte 3
1 Li *te-ip-ti- *hll-ban-*ninn i6.1am sa-ak sil-ha-
p UllLlCATIO:"S : 2 ak *ninni6.1am-ki-ka4 si-an-i-me ku-Sf-ih a-ak *nin
MDI" III , nO LXI ; MDP V, nO LXXXV II , D , e t ni6'
pL X III , 3 ; EKI nOS 82 et 84, p. 1ïL 3 lam na-pu-ri i du-ni-ih

«(1) Moi, Tepti-H uba n- I nshushinak, (1 -2) fils de Sh il -


ha k-Inshushin ak , (2) j'ai bâti son temple et j'en ai fait
d on à Inshushina k , mon dieu ».

P UB LI CATIONS:
MDP III , nO LX et pL XXI I, 1 ; MDP V, nOLXXXVII ,
D ,et pL X II I,3; EK I nO83, p. l ïL

REMA RQUES :
- siyan-i-me : ce sy ntagm e prése nte un e co nstru ction
nou velle qui co rrespond sa ns doute à siyal1 ND-me d es
in sc ripti ons p récéd entes, -i- ren voya nt à Inshu shin a k
qui est m entionné ensuite.

d1T ~~~TrdVY4\\ ~ ~~4~T~~F;,b-~~ H-t


~ ~~ ~ ~t:JS 011
~ J-t=[ J-rf ~r-~ ~ ~1 Wrf!- ~~ 4kJ
<~ ;=f(Y P-<::\ ~- -nff ~ ~~ or
Br. 2522

LES I~ SCR IPTI O~S R O Y A LE S DE S SE 1 39


L 'ÉP O Q UE N ÉO ·F.LAMIT E

62
Tepti-Huban -Inshushinak
Br. 2523-2526 P BLlCATIOl\:S:
MDP V, nOLXXXVII A et pl. X III, 1.
Texte 4 = EKI nO80, p. 170-1 ïl.
1 û *te-ip-ti- *hu-ban- *in-su-us-na-ak sa-ak sil-ha-ak
*in-su-us-na-ak -g i-ik R EMARQUES :
2 ha-almd ba-Ia-hu-te-ip-pè hal-pu-uh a-ak am nim n,,:.' - *in-su-i.5-lla-ak : ce type d e g ra phie rompue est fré-
e te-eh ha-al""" q uente en élamite achéménide (cf P APER, 1955,9- 15).
3 la-al-Ia-ri-ip-pè hal-pu-uh a-ak za-ap-pè du-uh e-ri-
en-tWlls ti-pu-uh - balahllteppe ... lallarippe : ces deux peuples sont men-
4 a-ak si-ia-an *pi-ni-gir na-pfr-û-ri-Ila a-hi kll-Sf-ih- ti o nn és d a ns un e a utre in sc ription d e T epti -Huba n-
ni e *pi-ni-gir na-pfr-û-ri 1nshushin ak (E KI nO79).
5 hu-te-ep-ra aS' tak ur a-hi se-ra-ah-Ili ra"-ti-st-ik
ie is tak ha-du a-hi ku-rah-ni - Le vœu final échappe à notre compréhension.

«(1) Moi , Tepti-Huba n-Inshushin ak , fi ls de shilha k- OBSERVATI ONS :


Inshu shin ak, (2) j'a i te rrassé le pays d es Méc ha nts? et L'a rg il e d es qu at re briqu es ra ppe ll e ce ll e qui é tait
en a i acc ru l'Élam; (2-3) j'ai terrassé le pays des E nn e- empl oyée à l'é poq ue des SU KKAL.~IAH o u mêm e plus
mis (3) et j'ai reçu leur tribut; (3) j'ai faço nné le brique- a nci e nn e ment. Ell e es t rougeât re et très lourd e. Les
tage (4) et j'e n a i bâti le temple d e Pinigir, ma d éesse.
(4-5) 0 Pinigir, ma d éesse, (D ame) des ht/tep, puissé-je
ordo nner d'y être placé comme participa nt?, puissé-je y
°
briques so nt épaisses. L'écriture est inéga le et désordon-
née. Seul le n° 2523 est entie r ; il mes ure 35 x 1 x 35 cm.

protéger? . » Ce texte, qui est atypique, se ra pproc he des inscriptions


triompha les et fait allusio n à une glori euse campagne
mi litaire aya nt permi s la soumission d e plusieurs pays.

Br. 2523

140 LE S I NSC RIPTI O~S R OYA L E S D E SUSE


L · ÉP O Q U E NÉO - É L AMITE

TYPOLOGIE DES BRIQ UES Les briques de construction de l' époque néo-élamire
ET DES DÉDICACES sont ca racté ri stiqu es pa r leur maté riau , leurs dim e n-
sions et leur mode d'inscription: ce sont dans une très
large mesure des plaques minces, en pâte siliceuse gla-
çurée, es ta mpill ées. Pa r ailleurs elles so nt bea ucoup
moins nombreu ses e t m oin s va ri ées qu e ce ll es d e
l'é poque précéde nte. Trois roi s se ul ement ont confié
leur nom, du m oi ns à en juge r par notre corpus, à ce
type d'in scription: Shutruk-Nahhunte II , H allutush-
l nshushinak, Tepti-H uba n-I nshushinak .
Le nom de Shutruk -Na hhunte a pparaît dans trois
textes; aucune fili ation n'y est évoquée. U ne insc ription
est en élamite et ce prince n'y porte a ucun titre; dan s les
deux autres, e n a kk ad ie n, Shutruk-Nahhunte y es t
«Roi». Le format et le matériau des briques incitent à
penser qu ' il s'agit d e Shutruk -Na hhunte II , fil s de
Hubanimmena, qui co nstrui sit un petit sanctua ire
décoré d 'éléments émai llés dont certains portaient des
inscriptions.
Les d édicaces e n so nt très succinctes; elles com-
prennent le nom du prince, parfois son titre, le verbe
de const ruction et parfois la dédicace à la di vinité. Le
bâtim ent n'es t pas spéci fiqu em ent désign é. D ans les
deux tex tes e n akk adi e n, l'œ uvre du roi es t évoquée
pa r le se ul sa... «ce que . .. » et, da ns celui qui es t réd i-
gé en élamite, se ul est évoqu é son nouvea u matéri au,
des briques «e n grès émaillé».
Son successeur, H all utush-Inshushinak - le H allu-
tu sh des te xtes akkadiens - , fi ls ci e Huban-ta hra, ne
nous est co nnu qu e pa r un e insc ripti o n. La composi-
tion est «s ta nd a rd », comparable à celle de l'é poque
m édi o-élamite : nom, titre, dés ignation du bâtim ent,
ve rbe cie const ructi on, d édi cace au dieu , vœu de vie.
Tepti -Huban- ln shu shin ak, co nnu sous le no m de
Teuman dans les sources assy riennes, bâtit un templ e à
Inshu shin ak. Quatre insc ripti ons de co nstructi on so nt
attestées; trois so nt de type banal et comportent soit le
se ul nom d u roi, soi t le nom et la fili ation sui vis d u fo r-
mu laire de construction et parfois d'un e brève dédicace.
La quatrième, bea ucoup plus développée, est atypique:
elle met e n relati o n la co nstru cti on d'un te mpl e à la
déesse Pinigir et une victoire rempo rtée sur deux pays
ennemis. Cette circonsta nce tout à fait particulière ainsi
que le vœ u fin al sont exp rim és dans des formules dont
les for mes et le vocabul ai re sont nouvea ux.

LE S I NSCRIPTIONS R O YALES DE S US E 141


COMMENTAIRES

~~Y-~~
W±i~ r-W ~T+bf
REMARQUES SUR Du point de vue technique, l'ensemble des briques de
Suse et de Tchoga Zanbil conservées au musée du
QUELQUES BRIQUES Loune est relativement banal. Toutefois le fait qu'elles
INSCRITES DU soient inscrites montre qu'elles appartiennent, pour la
plupart, à une catégorie un peu particulière, celles des
MUSÉE DU LOUVRE briques cuites, qui étaient utilisées pour les revêtements
extérieurs ou pour des aménagements spéciaux comme,
PAR OLIVIER CALLOT par exemple, les arcs ou les portes, D'habitude ces
briques étaient de dimensions légèrement plus réduites
que les briques crues. Mais, mis à part la cuisson, leur
mode de fabrication restaient essentiellement le même.
Il s'agit de briques et de demi-briques moulées selon
les techniques traditionnelles utilisées en Orient depuis
la plus haute Antiquité jusqu'à nos jours. Rappelons
brièvement les étapes de cette fabrication:
- de la terre, préalablement mêlée à un dégraissant
végétal ou minéral, est malaxée en la mélangeant à de
l'eau. Cette opération peut être exécutée d'une façon
plus ou moins rapide et sommaire; de là dépendait la
qualité des briques. En outre, il faut laisser reposer ce
mélange avant usage;
- ensuite, à l'aide d'un gabarit en bois, on moule la
brique en tassant la terre. Cette opération se fait au sol
sur une surface préalablement aplanie. Les faces supé-
rieures de briques sont parfois marquées avec les doigts
ou un instrument de façon à créer des «accidents» qui
facilitent l'adhérence lors de la mise en œuvre;
- le démoulage s'effectue très rapidement en tirant
le gabarit vers le haut;
- dans le cas des briques crues, on les laissait sécher
au soleil. Pour les briques destinées à être cuites, il fallait
simplement attendre qu'elles fussent manipulables pour
les transporter vers les fours.

Aucun des exemplaires que nous avons pu étudier


au Louvre ne semble différer de cette règle quasi
générale.
La terre utilisée est argileuse. Elle a été mêlée à un
dégraissant qui, dans l'ensemble, paraît végétal. Il s'agit
de paille hachée ajoutée à de la terre pendant le malaxa-
ge. Selon les exemplaires, on constate que la paille a été
utilisée en quantités variables, mais aussi qu'elle a été
hachée plus ou moins finement.
Les gabarits utilisés pour le moulage devaient être
en bois. Ils étaient carrés et construits à l'aide de

144 LES I"SCRIPTIONS ROL\LES DE SUSE


RE~lARQCES SCR QUELQCES BRIQUES

33.5

do~ tJ_r----+-~
'?d+----i4- fpèlflck1te •
U

32.5 ~-4- doigt

.~=------.f- doigt

32.5

n014753 9
1 ~
TE XT~
1 ~ 1
l'
dem01Jfage

Fis. 1 L 4:è.:_==-""'-'==~~ eimite dum01Jfe

31 r 8.5 1
- 1
.

31
fimife du moule.
'+--+-'-~-+-1Ir--- démoufage
.
nO Z031 ';

FIG.2. L _._ . .....:.~_


1

...

LES l''SCRIPTIO''S ROYALES DE SCSE 145


RE.\L\RQCES SLR QLELQCES BRIQCES

1 r 11 1
f6.5 r ~~~--- 8~l1e incisées
<r-ft~-- "1'eancPte1te 1/

1-- 14.5 i-t 26.5

_u (nXTE U~
---- r--+
eimile du cAMTlp inJcrir

t~xte-4-

n° 1905
FÎG.4

1
TEXTft---7f ~-+t---1er doi.~t
texte
22.5'
~-2ecloLgt
démouPage
1

1
1
1
1
:--+-
1
J :
1-- ---4
+--- 15.2. ----+
n° 148113 no 19ZZ
FIG. 5 {:/G.6

146 LES I:--;SCRIPTIO:--;S ROY.\LES DE SLSE


RE\!ARQl:ES SCR QlJELQCES BRIQCES

quatre planches assemblées avec, peut-être, des poi-


gnées pour pouvoir les retirer plus facilement lors du
12 démoulage.
Les dimensions, d'après les exemplaires étudiés, sont

1 assez régulières: les briques obtenues sont à peu près


carrées et mesurent en moyenne entre 30 et 35 cm de
côté (fig. 1 et 2). Leur épaisseur varie entre 6 et 8 cm.
La terre à briques, transportée dans des seaux, était
24
coulée dans le moule et immédiatement tassée de façon à
bien la répartir dans l'ensemble de la forme. Ceci se \'Oit
très bien dans les angles et sur certains côtés (fig. 1 et 3).

J A la figure l, il apparaît clairement que l'ouvrier a tassé


la terre à l'aide des pouces dans l'un des angles qu'il était
difficile de remplir lorsqu'on versait la terre. Ce tasse-
ment de la terre a eu pour conséquence de la faire res-
sortir à la base du moule. En effet on remarque sur de
très nombreux exemplaires (fig. 1,2, 8, Il, ... ) qu'il y a,
tout le long de la partie inférieure des briques, une sorte
n0194A de bourrelet légèrement saillant et grossier qui corres-
FIG."? pond au tassement. Cela fait que la plupart des briques
ont une hauteur supérieure d'environ 1 cm à celle du
gabarit de bois dans lequel elles étaient moulées.
texte 17 Dans la plupart des cas, les traces du tassement
étaient effacées à l'aide d'une planchette ou d'un instru-
1<----+-démoufâge ment équivalent avec lequel on raclait toute la surface.
Leurs marques sont visibles sur tous les exemplaires qui
16.5 ne sont pas trop usés (fig. 1,3,4, ... ). Cependant la rapi-
croi.x incisée dité avec laquelle était exécutée cette fabrication fait que
souvent ces traces n'ont pas été correctement effacées ce
qui, notons-le, n'avait guère d'importance.
On remarquera aussi que l'opération de moulage se
déroulait sur une surface préalablement aplanie. ~lais,
comme on vient de le voir, c'était le rendement, donc la
rapidité, qui présidait à ces travaux et, de ce fait, cette
surface n'était que rarement régulière. Ceci peut être
no 1471'9 constaté sur tous les exemplaires qui, mis à part
quelques très rares cas, ont des face~ inférieures tout à
FiG. 8 fait grossières où se lisent tous les accidents du terrain.
De façon à obtenir une meilleure adhérence entre
les briques lors de la mise en œuvre, on y faisait sou-
vent des marques en creux sur la face supérieure; dans
la plupart des cas elles étaient faites avec les doigts, sous
la forme d'une croix dessinant les diagonales de la
brique (fig. 5), mais il existe, bien entendu, des
variantes comme celle de la figure 6. Pl us rarement ces

LES Il'SCRIPTlO'-:S ROYALES DE SCSE 147


RE,IARQCES SCR QCELQCES BRIQLES

~I:IIII
~~ III --[race! du moufe
(demoUedge)

t- 18.7-+

39

n° 14735
FiG. 9

r ~+-- restauration
moderne
J
1
1 13 ----f

._----tt--démouea~e
t 1
~ ~,
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1-\ 16 eimiteadu
mOO(E
~6
t=) ----+
56

6.1 n° 1'1754
.l- FiG. 10 FiG. 11

148 LES It'SCRIPTIO"S ROYALES DE SUSE


RE'.L\RQUES SCR QCELQCES BRIQUES

marques étaient incisées à l'aide d'un couteau ou d'un la surface de démoulage laissant alors subsister le bour-
petit bâton (fig. 4 et 8). relet inférieur.
Le démoulage consistait à enlever le gabarit de bois Les demi-briques sont toujours beaucoup moins
en le tirant vers le haut. À ce moment la brique avait sa nombreuses. Parmi les exemplaires que nous avons
forme définitive, mais la matière était encore élastique étudiés, il y en a de deux types. Le premier, certaine-
et les traces du démoulage sont très nettes sur la plupart ment le plus courant, est formé par les briques moulées
des exemplaires. Elles se caractérisent par des marques dans un gabarit rectangulaire équivalent à la moitié
de frottement sur les faces latérales (fig. 2 et 9). Le long d'une brique (fig. 9). Techniquement elles sont absolu-
des arétes de la face supérieure il se formait des petits ment identiques aux précédentes. Le second cas (fig. 10)
bourrelets correspondant à un peu de terre entraînée correspond à une brique entière qui, immédiatement
vers le haut par le glissement du moule (fig. 1 à Il). après le démoulage, a été grossièrement coupée en
Dans certains cas la matière de la brique, bien qu'encore deux. Il faut aussi signaler, parmi les briques du
élastique, devait adhérer au moule et sur quelques Louvre, de curieux exemplaires comme le nO 2005 qui,
exemplaires on peut remarquer que l'ouvrier chargé de par ses mesures, pourrait correspondre à liSe de brique.
le retirer s'est aidé de son pouce qui a profondément Il doit simplement s'agir d'une brique coupée à la scie
marqué la brique (fig. 7). sur la fouille pour n'avoir à transporter en France que
C'est à ce stade de la fabrication que la brique était la partie inscrite.
inscrite, en général sur une des faces latérales et, plus Contrairement aux briques crues qu'on laissait
rarement, sur la face supérieure (fig. Il). Les dédicaces sécher au soleil, les briques de revêtement étaient cuites
pom'aient aussi être apposées à l'aide d'une matrice dans des fours dès qu'il était possible de les y transpor-
dans la terre encore souple. On constate, sur presque ter. La cuisson devait être effectuée de façon assez rudi-
tous les exemplaires estampillés, que le champ à estam- mentaire comme l'attestent les traces de feu et les fis-
per était aplani et lissé à l'aide d'une planchette ou d'un sures fréquentes que l'on constate sur bien des exem-
instrument équiv'alent que l'on tirait latéralement sur la plaires. Elle av-ait cependant l'avantage de fournir un
surface à marquer. En effet, outre les marques laissées matériau plus résistant qui, comme on l'a déjà dit, était
par l'instrument, on remarque que le bourrelet lié au em ployé dans des secteurs particuliers des édifices.
moulage situé à la base de la brique a presque toujours
disparu de ce côté. Sur quelques exemplaires, l'ouvTier a Qu'elles fussent cuites ou crues, ces briques étaient
passé sa planchette une première fois et supprimé le produites à des millions d'exemplaires selon des tech-
bourrelet inférieur mais, dans le sens du retour, il s'est niques millénaires parfaitement éprouvées: en définitive,
arrêté un peu avant l'angle, ce qui a provoqué la forma- tous les points qui viennent d'être dév'eloppés ici ne sont
tion d'un petit bourrelet vertical à l'extrémité de la sur- que des remarques ne portant que sur de petits détails
face rectifiée (fig. 3 et 5). Bien entendu il y a aussi des de fabrication qui, bien entendu, n'entraient pas en ligne
exemplaires où la matrice a été directement apposée sur de compte à l'époque où elles étaient confectionnées.

LES I~SCRIPTIO~S ROY,\LES DE S CSE 149


Village
achéménide

C2:J

VILLE
VILLE ROY ALE DES
ARTlSAl'lS

SUSE

o 100 200 300 400 500m

Plan de la ville royale de Suse, d'après M. -f. STÈVE, H. GASCHE el L. de MEYER (MDP 36).

«Le ChaoU/; qui sourd à quelque dix farsaghs en amOI1l de Suse, baigne ( .. ] La base de la colonne d'angle de l'apadâna esl déblayée ... » .
toujours de ses eauxfongeuses les murs du tombeau et entretient les mêmes Journal de J. Dieulafo)', 1884- 1885, p. 86.
marais avant de reprmdre son cours sinueux ven l'Ab-Dizfoul. { .. ]

150 LE S I NSC RIPTI O"S RO YALES DE SUSE


LES BRIQUES La brique, support d'inscription, est a uss i le matériau
de base pour les constructions dans ce pays où l'a rgi le
est la matière première de la création. Sa préparation et
so n utili sa tion connurent une évolution marquée depuis
les premières co nst ructions retrouvées sur l' Acropole
susienne jusqu'a ux palais et aux templ es achéménides.

Les plus anciennes briques de notre documentation


datent du dernier quart du III' mill énaire. L'a rgile en
est assez g r oss iè r e et con ti e nt en a bo nd a nc e d es
d égra issa nts végé tau x. Il e n es t a in si de toutes les
briques, jusqu 'à l'époque des SUKKAL.MAH co mprise.
Cependant, dès qu e les documents d ev ie nnent plus
abond ants avec les constructions d'Idad u, deux qualités
d 'a rg ile se distinguent : l'une es t claire, pa rticulière-
ment peu hom ogène, très friable et légè re, l'a utre, plus
rouge, plus dure et plus lourde. À partir de l'époque
médio-élamite, l'argile dev ient plus fin e, mais ces deux
qualités subsistent ; elles se trouvent notam ment chez
Untash-Nap irisha sa ns qu'i l soit possible d'expliquer
ces varia ti ons par le texte des inscriptions mentionnant
des temples distincts.
Cene permanence da ns le matériau vient de ce que,
co mm e l'a montré R UBE~, l'a rgile utili sée pour les
briques provenait des sources proches des chantiers de
construction où affl eurent des limons jaunes et rouges.
«U ne étude pétrographique si mpl e a montré q ue ces
sources étaient simpleme nt les deux ho ri zons consti-
tuant le sol proche du site : les briques «claires» doi vent
en effet leur couleur à la présence de calcaire qui s'est
acc umul é dans l'hori zon le plus profond du profiL ..
tandis que les briques rose-brun ont été fabr iquées à
partir du maté riau constituant les ho ri zo ns superficiels
du même profil, dépourvus de calcaire.» La pâte obte-
nu e pa r le pétrissage de ce limon avec de l'ea u et des
fragments de paille broyés était versée dans des moules;
les briques ainsi obtenues étaient soit séc hées au soleil,
soit cu ites au fou r. «U ne tradition artisana le veu t que
pour obten ir un e «bo nn e » brique, c'es t-à-d ire une
brique résistante, il convient de m alaxer sept fois la pâte
avant de do nner sa fo rme à la brique. »181
L'analyse d'échanti ll ons pr is au cœur de la ziggourat
de Suse, dans l'anticlinal de H aft-T épé et dans le dépôt
allu via l du D ez qui bo rde T choga Zanbil , montre une
assez grande hom ogé néité du m atéri a u . Les briques

LE S I N S C RIPTI ONS ROYALE S DE SUSE 151


LES BRIQLES

inscrites, qui sont des briques de revêtement, sont alors C'est aussi le terme employé par Untash-Kapirisha
des briques cuites, mais l'argile en est identique. pour les briques yernissées à reflets colorés, argent, or,
Le matériau employé ne semble guère varier bleu-yert, ou blanc, dont était reyêtu le kukunnum et sur
jusqu'au règne de Shilhak-Inshushinak. Une partie lesquelles l'inscription était gravée dans la glaçure ayant
importante des briques inscrites à son nom continue à cuisson. l..'analyse l83 des fragments incorporés à l'appa-
présenter la même composition. Mais il existe aussi des reil coloré du parement de ce temple a montré la com-
briques siliceuses déjà apparues sous Shutruk-:\"ahhunte position suivante, après chauffage à l'étuve à 1051110 oC:
(mais non attestées, du moins dans notre documenta- silice totale: 77; soude: 6,32; chaux: 6,21 ; potasse: 2,61 ;
tion, sous Kutir-:\"ahhunte), dont certaines portent sur magnésie: 1,90; alumine: 1,60; oxyde de fer: 1,48 ;
un ou plusieurs côtés des traces de glaçure bleu-vert, cui ne : 0,81 ; oxyde de titane: 0,10; traces de lithium;
brune ou jaune. perte au feu: 1,36.
Avec Shutruk-Nahhunte II, le type des briques
change tout à fait, dans l'apparence, la composition et epirtu (SIG 4 AL.LU.RA)184
les dimensions. Toutes semblables, elles sont d'argile Idadu parle de d'ancien mur de l'Ekikuanna bitumé>,
siliceuse légère, recouvertes le plus souyent d'une glaçu- (akk. igilram kupram), pour lequel il a refait «un nou-
re bleue, v'erte, jaune ou brune sur au moins une des veau mur en briques cuites" (É GAR8 SIG, AL-LU-RAI akk.
tranches. igilram e§sam sa epirtim). On peut noter ici la mention
En reyanche, sous Tepti-Huban-Inshushinak, coexis- du bitume (kupru) qui caractérise le mur ancien. Ce
tent deux types très différents. Le nO 2522, par exemple, constituant, qui sen'ait à lier les lits de briques, était par
s'inscrit dans la lignée des briques de Hutelutush-Inshu- ailleurs très employé à Suse dans la confection d'objets
shinak et de Shutruk-?\ahhunte II pour ses dimensions, divers l85 . C'est ce même terme epirtu qui caractérise le
son matériau et la façon d'inscrire; en revanche, les temple d'Ishmekarab bâti par Temti-Agun et celui
na' 2518-2521 sont de grosses briques d'argile rougeâtre, d'Inshushinak par Temti-halki. Kuk-='Jashur revient,
dense et lourde, comportant des dégraissants très appa- pour sa part, à la désignation idéographique SIG. AL-LL-
rents, renouant donc avec un type ancien. 1Se
RA pour le kukunnum ainsi que Kuk-Kirwash pour
l'Ekikuanna.
Ce terme employé (sous sa forme lexicale comme
DÉSIGNATIONS sous sa notation idéographique) dans les textes en akka-
dien des SUKKAL.~L\H, semble ensuite tombé en désué-
Dans le corps même de l'inscription interviennent, à tude à Suse où les textes en akkadien utilisent désor-
partir d'Idadu, des noms caractérisant le matériau mais erimtu pour la brique cuite.
employé.
erimtulerientum 187
Cette désignation apparaît au début de la période
TERMINOLOGIE SUMÉRO-AKKADIENNE
médio-élamite : Inshushinak-shar-ilani dit avoir refait
libittu (SIG4 )182 en «briques cuites» (erimul) le temple d'Inshushinak
Ce mot sémitique, qui est dérivé de la racme LB~ que Tepti-halki avait bâti en briques crues (libittu). C'est
«mouler des briques», signifie soit la brique crue par aussi en briques cuites (erimtu) que Tepti-ahar bâtit le
opposition à la brique cuite, soit le briquetage d'une temple d'Inshushinak.
manière plus générale. Ce terme d'origine akkadienne est largement
Il apparaît essentiellement sous sa notation idéogra- employé dans les inscriptions des Shutrukides et il est
phique à l'époque paléo-élamite. En revanche il est écrit encore attesté à l'époque néo-élamite, dans l'inscription
syllabiquement dans l'inscription d'Inshushinak-shar- où Tepti-Huban-Inshushinak dit avoir modelé de
ilani pour parler de la construction anciennement faite l'argile cuite pour le temple de Pinigir (erentum tipuh).
par Tep(ti)-halki. Tout comme libillu et epirtu, c'est un terme général, qui

152 LES I:--;SCR 1 PT! 0:--;5 ROY.\ LES DE S L SE


LES BRIQUES

n'est jamais au pluriel, qu'il signifie "la brique» ou le upat


"briquetage» dans son ensemble. Ce terme élamite apparaît essentiellement dans les ins-
C'est une forme adjectivale dérivée (erientumia) de criptions d'Untash-I\apirisha, où il est caractérisé par
ce terme qui qualifie les statues faites par Kutir-I\ah- diverses qualifications: hussip, ubqumiya, aktiya. Seul
hunte puis par Shilhak-Inshushinak pour le kumpum Kutir-Nahhunte emploie cette désignation sans déter-
kiduya. mination à propos du kumpum kiduya.
Ce substantif est lui-même qualifié par uhinna
("de pierre»/ "comme de la pierre») dans l'inscription upathussip
de Hallutush-Inshushinak pour le temple d'Inshushi- Sous Untash-="apirisha, le terme upat apparaît le plus
nak. Ces briques de grès sont très minces, marquées sOU\'ent qualifié 190 par hussip. Ce déterminant, qui ne se
d'un texte estampillé et portent parfois des traces de retrouve plus, par la suite, que dans les inscriptions de
glaçure. Hutelutush-Inshushinak (texte des takkime) représente
la dénomination la plus courante chez le constructeur
de Dur-Untash et désigne probablement le matériau
TERMI:-iOLOGIE ÉLAMITE
courant de ses constructions. Ce terme est em ployé pour
A partir d'Untash-I\apirisha 18S, les inscriptions en éla- les temples d'Inshushinak, de Pinigir, de Nabu, des
mite emploient, à côté du terme akkadien erientum, les Napratep, de Shimut et Belet-ali, de ="apirisha et Belet-
mots upat l89 et ha/at. Lorsque le souverain parle du bâti- ali, de 1:\1 et Shala, de Hishmitik et Ruhuratir.
ment délabré qu'il restaure, il spécifie très sOU\'ent que Le fait que, dès le règne d'Untash-Napirisha, soient
celui-ci était en brique crue, "de terre» (ha/at) et que attestées des briques colorées a suscité l'hypothèse que le
lui-même le refait en briques cuites (erientum ou upat). terme de upat hussip désignerait précisément ce maté-
riau ; aucune brique de ce corpus, qualifiée par upat
halat hussip, ne présente de trace de peinture. Cette conjectu-
Comme en akkadien, l'opposition existe dans les textes re, pour ne pas être assurée, ne peut cependant être tota-
élamites entre le matériau ancien, la brique crue, et le lement rejetée; en revanche les hypothèses selon les-
matériau de meilleure qualité, la brique cuite, quelles ce terme ferait référence aux voûtes des édifices
employée pour la restauration. Ainsi Shutruk-Nah- ou aux cornes qui décoraient le toit des temples élamites
hunte améliora-t-il le temple bâti par Humbanumena sont abandonnées 191.
dont il spécifie qu'il était en briques crues (texte n° 2),
de même que celui de Kiririsha restauré par Kutir- upataktiya
'.'ahhunte (texte nO 3) puis par Shilhak-Inshushinak Cette désignation apparaît, dans notre documentation,
(textes nO; 2 et 5). Alors qu'il ne sont pas mentionnés avec les documents du règne de Shilhak-Inshushinak à
antérieurement, le murti de Tabmigirshu (texte n° 7) et propos de le réfection du Portail du temple d'Inshushi-
le temple-au-Bosquet (nO 8) existaient en briques crues nak. Il désignerait les briques «de grès émaillé» ou "de
avant les travaux menés par Shilhak-Inshushinak. Un pâte siliceuse» 192 qui, à cette époque, semblent avoir été
adjectif dérivé (halatimma, halatim) désigne souvent la réservées à la construction des portes et du suhter 193.
qualité de l'ancienne construction. Il est à nouveau utilisé pour décrire le temple rénové
Rares sont les bâtiments dont le roi mentionne par Shutruk-Nahhunte II: c'est de cette innovation que
l'ancienneté sans préciser quel était le matériau primiti- se glorifie le prince puisquïlmet l'accent sur l'emploi
vement employé: c'est le cas pour le kukunnum dont de ce matériau, sans citer le temple auquel il est destiné
Humbanumena précise qu'il était complètement (sunkip urpuppa akkara upat aktippa inri huhtanra u huh-
détruit (siyan purki-me ruruk pitte-imma kukunnum tah). On s'accorde à y voir des briques en grès v'ernis-
pepfiya kuo'ih), pour la Grand-porte de Lagamal rebâtie sées, plus exactement à base de silice: "la pâte semble
par Kutir-~ahhunte (texte nO 2 : hiel *lagama/-me mio'ir- être constituée princi paIement de silice quartzeuse et
mana sarrah pepo'imlQh ak kuo'ih). d'un liant comprenant une fritte, de l'argile (de l'ordre

LES l''SCRIPTIO''S ROY.~LES DE SUSE 153


LE S BR I QUES

de 5 %), du calcai re, le calcaire et l'argile pouvant être


introduits par une marne» 194. Ce terme correspond sans
doute au néo-élamire uhna «(de) pierre» - attesté déjà
so us Hutelutush-Inshush inak comme quali ficatif de
erientum -, qui décrit les briques dont l'a ppa rence est
celle d'un e pierre sableuse.
La technique de la glaçure, jusqu'à la moitié du He mil-
lénaire, n'est attestée que par des objets produits dans des
centres contrôlés par les Hurro-mitanni ens et les Assy-
riens. Elle ne devint vraiment élamire que par la suite : le
témoignage le plus ancien d'une relie «faïence» en Élam
.., \ .

mêm e est apporté par des pommeau x trouvés à H aft- 'j'~ l-


u J ....----" ... · ~ ~. .. .."-.;.'

T épé. Pour les briques, elle est attestée à Dur-Untash ; ce c


n'est qu'a vec Shilhak-Inshushinak qu'elle est couramment
appliquée aux briques estampillées, dans des empl ois a
précis (bas-relief, briques insc rites sur plusieurs côtés).
Variatioll dalls la place de l'inscriptio1l, à la verticale
(a, brique d' Jdodu), à l'horizontale sur plusieurs colonnes
Ce co rpus ne m entionne ni les briques qualifiées de (h, brique de K"k-Kirwash), sur l'ensemble d',,"e trmlche
musiya «<de terre cuite vernissée ») 195 que Untash -Napi- (c, brique d' J1lshushi1lak-shar-ilani).
ri sha employa à Dur-U ntash, ni les upat husahitekippa
citées par Shi lhak-Inshushinak, dans lesquell es il faut
peut-être voi r des blocs de marbre 196.
LE MOULAGE ET LES FORMES
Jansitimma, Janini
Untash-Napirisha, dans le tex te en akkadien (no 10), La fa brication des briques sembl e avoir été constante
menti onne à propos du Temple-haut des briques d'or et tout au long de la période ancienne, m ises à part cel les
d'argent, d'obsidie nne et d 'albât re (sa KÙ.GI sa KÙ.BAB· de Shulgi 198. Ce sont de g randes briques dont les bords
BAR sa N"' KA u N"' UD.UD.AS). Ces briques précieuses, sus- ne sont pas parfaitement rectilig nes, notam ment pour
ceptibles d'être emportées en butin, étaient sans doute celles d 'Idadu. On retrou ve les traces du moule dans
simplem ent recou ve rtes de ces m atières précieuses ou leq uel elles ont été formées: les bords ont parfois débor-
bien encore ava ient un éclat qui évoquait leur couleur. dé - plus ou moins nettement - sous la pression des
D es briques «d 'or » (lansitimma) et «d 'arge nt» (lanini) mains, et la partie supérieure est souve nt concave tand is
furent auss i employées pa r Shilhak-Inshushinak dans le que le dessous est parfaitement plan. Ce rtai nes portent
templ e d' In shushinak, pour la porte (s ip huti-e upat des ma rques d igitales, traits ou points.
aktiya-ma kusih ak letin lansitimma-ma rarbah) et par
Hutelutush- Inshushinak pour le suluer et sa porte (suh- Au d ébut de l'époqu e m édi o-élam ite, les briques
ter-me lansitini haltite lanini lansitini ahat sÎl'ah mirrih). devie nnent plus réguli ères ; la face inscrite est bien ara-
sée et aplani e.
ubqumimma / ubqumiya À côté des g randes briques recta ngulaires couram-
Dans le texte nO2 d'Untas h- Nap irisha, ubqu(mim)ma m ent employées à l'é poq ue ancienne, deux modules se
décrit le Templ e- haut (s iyan upal hussipm e kukunnum gé nérali sent sous U ntash-Napirisha : à côté des g rand s
ubqumiya kusih). Plusieurs explica tions de ce terme ont car rea ux (33 à 36 cm de côté en moyenne) apparaissent
été avancées 197 ; il pourrait faire réfé rence à l'aspect de petites briques ca rrées (16117 cm de côté) qui font à
étin celant de ce tem ple et désigner les briques émaillées peu près la moitié des briques rectangulaires; certaines
dont il était recouve rt. briques portant un e inscription de ma nière continue sur

154 LE S I ~SCR IP T I O~S R O Y A LES DE SUS E


L ES BR I Q U ES

Différents sty/es d'inscription :


briques imcrites (Shilhak- Inshushillak, a, b, c) ou briques estampillées
(Shutruk-Nahhullte JI, d, e, f, et de Hallutush-b lShushillak, g) .

deux tra nches, présentent une appa rence particuliè re- - des «parts de ce rcle" de g randes dimensions qui
ment soignée, et l'a ngle qui sépare ces deux tranches est a ppartenaient à des colonnes ;
harmo ni eusement arrondi. Ces quarts-de-brique, dont - des briques siliceuses ém aillées, estampillées sur 3
certai ns ont été retrou vés in situ à T choga Zanbil sur les ou 5 côtés, de formes très régu lières;
pa rois de la ziggourat, étaient empl oyés dans les res- - des briq ues à ressa ut, comparables à celles qui sont
sa uts de po rte 199. L es briques insc rites d 'un tex te en attes tées à Tchoga Zanbil , et qui a ppa rtenaient a ux
akk adien (no 10) sont en argile ordinaire mais présen- ni c hes in sc rites des g ra nd s socl es cy lindriques d es
tent des dim e nsions exce pti onn ell es : elles so nt très parvis 200 ;
lou rdes et très épaisses (12 cm). - des briques intégrées à des bas- reliefs dont ell es
Sous les Shutrukides, les br iques inscrites conn ais- épouse nt les form es:
sent des innovati ons. À côté des briques ca rrées (grand s a} des briques avec un renflem ent qui appartenaient à
carreaux et quarts-de-briques) et des demi -briques rec- un bas- reli epol prove na nt d' un te mpl e, le kumpum
tangulaires, courantes jusqu 'alo rs, apparaissent : kiduya, commencé par Kutir-Na hhunte et achevé pa r
- des ca rrea ux plus petits (28/29 X 617,5 x 28/28) ; Shilhak-Inshushinak . Les d imensions de base sont cou-

LE S I NS CRIPT I O :-J S R O YALES DE S US E 155


Fi

LES BRIQL'ES
l
l,
rantes mais elles présentent, en outre, un renflement lier: les briques de takkime, d'une argile, d'un modelage
qui traduit le modelé des personnages figurés sur ce et d'une inscription particulièrement soignés, mais de
panneau: les briques inscrites s'insérant dans le bas- dimensions et de formes courantes. .1
relief sans en rompre le modelé formaient une frise au
niveau de la taille des personnages :0: ; A l'époque néo-élamite, les briques sont très stéréo-
b) des briques glaçurées, très épaisses, comportant une typées; d'argile siliceuse, elles sont de formes parfaite-
face inscrite incurvée, Elles appartenaient à un bas- ment régulières, avec des côtés rectilignes et plans; elles
relief représentant un couple divin ou royal et se sont nettement plus minces que précédemment. Seules,
situaient à la hauteur de la poitrine des personnages, certaines briques de Tepti-Huban-Inshushinak font
exception: celles qui ne portent que le nom du roi (nO 1)
Du règne de Shilhak-Inshushinak, et plus excep- ou une très courte inscription (nO 2) sont beaucoup plus
tionnellement, de celui de Hutelutush-Inshushinak, épaisses et d'un moulage grossier qui leur donne une
datent aussi des briques inscrites d'un type très particu- forme quelque peu irrégulière.

LES DIMENSIONS gnent 9 cm. On peut aussi noter que, à l'époque


d'Idadu, les briques portant un texte akkadien sont
beaucoup moins épaisses que celles inscrites en sumé-
ÉPOQUE PALÉO-ÉLAMITE
rien (5/6 cm d'une part, 7,5/8 de l'autre) ; les deux textes
Les plus anciennes briques présentent deux types 203, parlent de la reconstruction de l'Ekikuanna ; cette dis-
pour autant que nous pouvons en juger à travers les parité indiquerait-elle un emploi ou un lieu de fabrica-
témoignages parfois très fragmentaires 204 : la grande tion différent; Les briques commémorant la restaura-
brique grosso-modo carrée et la demi-brique rectangu- tion de la muraille sont nettement plus larges, ce qui
laire (moitié du carreau), On remarque que, si ces semble marquer une spécificité de la fabrication en
briques sont de formats comparables, il existe pourtant fonction de l'emploi. Par ailleurs certains édifices bien
des variations assez importantes, et qu'un écart de 2 à précis sont caractérisés par des briques d'un format par-
3 cm existe couramment pour des briques portant la ticulier. Ainsi les briques très hautes d'Atta-hushu sont-
même inscription, appartenant donc au même bâti- elles spécifiques de la rampe dont l'inscription rappelle
ment. C'est surtout l'épaisseur qui connaît des varia- la construction; en aucune autre occasion ne sont attes-
tions : ainsi les briques d'Atta-hushu sont-elles, en tées de briques de cette taille: celle du kizzum et de la
moyenne, épaisses de 6 à 6,5 cm, mais certaines attei- «stèle de justice» ont une hauteur nettement moindre.

:\'aram Shulgi Shu-Sin Tan ~lekubi Idadu Ana Temti Temti Kuk Kuk
Sin Ruhuratir hushu agun halki ~ashur Kirwash
~~ ~~ --- ,~-

H.::U5 ]19,5[ 30 38/40 35 ]l9,5[ 28,5/33 50,5 33 ]28[ 33,5/36 31,5


33
c---- -~ -- ~~---

L. 9 6,5 8,5/9,5 7,5 7,5 75/8 55 7/8 8/9 7,5 8,5


7.5/8
Pr. ]l8[ 23,5 30 35 JI71 31,5 31,5 12 ]l6[ 32,5/36 31
14 14 1-1

156 LES l'ISCRIPTIO,<S RULILES DE SUSE


LES BRIQCES

ÉPOQUE MÉDIO-ÉLAMITE tradition précédente. Ce sont toujours de grandes


briques «carrées» ou des demi-briques rectangulaires. Il
Les briques des souverains Kidinuides, les maîtres de en est de même sous Humbanumena. Avec Untash-
Haft- T épé, présentent un aspect très caractéristique Napirisha et le nombre plus élevé de briques, certaines
dans la forme et l'écriture; elles sont plus massives. variations apparaissent, plus ou moins en relation avec
.\lais il n'y a pas à proprement parler de rupture avec la les temples mentionnés (tableau ci-dessous) .

Inshushlllak Tepn-ahar Humbanumena


1 1 Untash-Napirisha
1

-shar-ilam !
L---------------+--------------------------------------------------------------,-------------~
1

1 nO 9

L. 35/37 1 J33 33 32,5/33 34/35 ' 38/39 34/35 . 37,5/39 36 38


H. 8,5/9 Il 8,5/9,5 7/8,5 8 9 8 i 9 9 12
-+----
Pr. 14/15 ]22[ 32/35 30/33 38 34,5 38 J26[
40 15 15 14 16/17 16/18 16/17 17/18 18
1

Une certaine approximation dans les mesures se Les briques à ressaut de Shutruk-Nahhunte, si elles
maintient mais de manière plus limitée. L'épaisseur des sont de dimensions à peu près comparables, varient
briques inscrites en akkadien est remarquable. pourtant dans le détail (cf p. 164).

À l'époque des Shutrukides, des briques de formats


DIMENSIONS D'APRÈS L'INSCRIPTION
anciens ont continué à être produites, les variations se
réduisant toutefois de plus en plus; elles tendent à for- Ainsi les briques de l'époque médio-élamite révèlent-
mer plus nettement un carré: à une longueur de 34 cm elles une grande variété dans le détail, que l'on peut
correspond une profondeur de 34 cm, à une longueur souvent mettre en rapport avec l'inscription. Sous
de 35 une profondeur de 35. Shilhak-Inshushinak on trouve la répartition suivante:
Il existe des briques carrées, inscrites au nom de
Shutruk-Nahhunte I, de plus petit format: 28/29 x - grandes briques carrées,
617,5 x 28/29, ainsi que des quarts de grandes briques 33 x 9 x 33 : textes n Π1 et 3,
carrées: 14/16,5 X 9 x 15/17. On remarque que les 32/33,5 X 8/9 x 31/33 : texte nO 5 ; l'

briques carrées de taille intermédiaire sont nettement 1

moins épaisses. Ce sont les seules qui, à cette époque, - demi-briques rectangulaires,
aient une épaisseur inférieure à 8 cm. 23 X 9, 5 X 14/15: texte nO l,
Les briques de formes particulières au nom de Shu- 32/34 X 8/9 X 15/17: textes nOS 2, 3, 5, 6;
truk-Nahhunte et de ses fils, ont des dimensions du
même ordre, à l'exception de la longueur de la corde - quarts de briques,
formée par l'arc de cercle des briques en "parts de 14/16,5 X 9 X 14/15,5: textes nOS 1,3,7;
cercle», qui est d'environ 50 cm.
Les briques du bas-relief de Kutir-Nahhunte et de - les briques des takkime présentent les mêmes
Shilhak-Inshushinak sont très régulières, seul le renfle- dimensions sauf celles qui portent le texte takkime n° 1
ment correspondant au corps varie selon le personnage dont l'épaisseur est moindre (6,5/7 cm).
auquel appartient cet élément.

LES I~SCRIPTIO~S ROYALES DE SCSE 157


LES BRIQCES

Shutruk-:\'ahhunte Kutir-Nahhunte
nO 1 nO 2 parts à ressaut nO 1 ! nO 2 bas-relief
1

L. 33/35
28
ml 50 cf
schéma
33,5/36 123!
14,5
- " - -

33 1
15116 p. 164
1

..
H. 8,5/9,5 7/8,5 9110 9.5 8,5/9
7

Pr. 33/35 14,5 33 18 32,5


28 15,5 15
16 1

Shilhak-Inshushinak 206
nO 1 nO 2 nO 3 nO 4 !
n
0
5 nO 6 n 0",; nO 8 tak. 1 tak·2 tak·3
i

L. 33 32/34 31/34 35 32/33.5 32/34,5 1 15 ]20[ 31.5 34,5


16,5 14/15 15 14 15

H. ,
9/9,5 8/9 8,5/10 9 8/9 9/10 10 9/10 6,5/7 9 9
. i
,

Pr. 33 31,5/32,5 31/33 33/34,5 ]l O[ 31.5 33


14/15 15/17 15/16 li 15 15/15,5 15 15 14 14,5

1 H utelutush-Inshushinak Shutruk-l\-ahhunte II Hallutush- Tepti-Huban


Inshushinak Inshushinak
nO 1- 2 tak. nO 1-3 n04
1

L. 12l,5[ ]lUI 31 31 ]23,5[ 35

H.
i 8,5/9 6/7.5
15115,5

5,5/6 5,5 4,5/5,5 8,5/1 0 20~


1

!
Pr. 30 123[ 14.5/15 31,5 ]l8[ 35
,

ÉPOQUE NÉO-ÉLAMITE sont d'un grand format carré (31 X 5,5 X 31,5), Cepen-
dant les briques de Tepti-Huban-Inshushinak se ratta-
Les briques de l'époque néo-élamite se caractérisent par chent à une tradition plus ancienne, à l'exception
leur module standard. C'est à cette époque qu'apparais- d'une seule, le nO 2522 : elles ont une épaisseur de 85 à
sent les briques de faible épaisseur de 4 à 6 cm. Les 10 cm ; par ailleurs, la seule qui soit entière mesure
briques rectangulaires (30,5 X 6 x 15,5) paraissent beau- 35 cm sur 35.
coup plus fréquentes que les petites briques carrées (15 X
6 X 15).
Dimensions d'après les bâtiments mentionnés
La grande brique carrée n'y est, à notre connaissan-
ce, pour ainsi dire pas attestée: seules trois briques au (le tableau ci-contre ne tient pas compte des briques des sou-
nom de Shutruk-Nahhunte, fils de Humbanimena, verains suméro-akkadiens qui sont trop peu nombreuses
inscrites sur la face d'un texte élamite assez développé, pour fournir autre chose qu'un témoignage politique) :

158 LES l'iSCRIPTIO:--;S ROY ..\.I.F.S DE SUSE


LES BRIQLES

bâtiment bâtisseur dimensions


1

temple d'lnanna Tan-Ruhuratir,0.!ekubi 35,5 X ï,5 X 35


Ekikuanna ldadu (restauration) 1
28,5/33 5,5/7,5 15
14/16
1

1
Kuk-Kir",ash (ajout) 30,5/32 7,5/8,5 30,5/
i 16,5
rempart de L\cropole ldadu ]27[ 7/8 18
, ]16[
f-
rampe •

,'\tta-hushu 50,5 5,5/7,5 ]20[


«stèle de justice» Atta-hushu 35 6 34
1
kizzum ,'\tta-hushu 30/35 6/7 31
temple d'lshmekarab Temti-Agun 33 7/8 jl2[
1
/Ishnikarab L'ntash-:\ apirisha 33/395 7 15/16
,
Hutelutush-Inshushinak ]121 9/95 30
Shutruk-Nahhunte II ]19,51 6/6.5 15
-
!
temple d'lnshushinak Temti-halki ]28l 8/9 j22[
1 lnshushinak-shar-ilani 36/37 8,5/9 35
!
(restauration) 14
U ntash-:\a pirisha
Shilhak-l nshushinak32/34 9/10 15/15,5
Temti-Huban-Inshushinak ]20[ JO ]8[
,
1

16
----------------------------------------------------------------- ----------
tem pIe d '1 nsh ushinak Shilhak-lnshushinak ]20[ 9/95 ]l8l
et Lakamar

! kuk,mnum Kuk-Nashur 33,5/36 7,5/8,5 32,5/33


Hum ban umena 33 8/9,5 15
(restauration)
L'ntash-Napirisha ]2l[ 8/9 1i/18
38 12 1i/18
1

temple de Pinigir U ntash-:\ a pirisha 120[ 8/8,5 ]Il [


40 9 li
39,5 9 165
39,5 8,5/10 16/17
1

1 Tepti-H uban-Inshushinak 35 9/10 35


temple Tepti-ahar 33 9,5/11 ]22l
15
i

! temple de Sin U ntash-N a pirisha 38 8/9 36


.
17
~ temple de Nahhunte Untash-Napirisha 36/38 8/9 m18

tem pie de Belala


'.
Untash-Napirisha 37 8/8,5 17/19

l
~

temple d'Upurkubak Untash-:'-Japirisha 33 7


14/15
33

tem pie de L'v [ !


U ntash-N apirisha 34/35 8 ]20[
16/17
------------------------------------------------------------------ - - - - - - - - -
temple de L'v! et Shala U ntash-Napirisha 37/39 8/9 16/16,5
36
1

LES I"SCRIPTIO"S ROL\LES DE SUSE 159


LES BRIQCES

bâtiment bâtisseur dimensions


------

temple de Shala 1 Untash-:-':apirisha 36 X 8,5 X 16


----
temple d'AEA-LcGAL 1
Untash-'.Japirisha 34/35 7/9 16
1

34/35;39 8/9,5
1

temple de :-.:C:-; LUGAL U ntash -1\' a pirisha 34/35


16,5/17
temple de ::\'abu Untash-Napirisha 29 9/10 16/17
i
temple des I\'apratep Untash-~apirisha 38/39 9 16/17
temple du Grand-dieu U ntash-I\' apirisha 1

38/40 9/10 16/17


temple du Grand-dieu Shutruk-::\'ahhunte II 30,5 5,5/6,5 14/16
et d'lnshushinak 15
Hall utush-Inshushinak J23,5[ 4,5/5,5 8,5
9/9,5 18
tem pie de Kiririsha Untash-Napirisha 33 7,5 33
Shutruk-"ahhunte ]21[ 8/9 ]14,5[
(restauration)
Kutir-I\'ahhunte 32,5/33 8/9 32,5
(restauration) 15
Shilhak -Insh ushinak 32/34 8/9 15
32,5/33 8/9,5 20
14,5/15
temple de Shimut U ntash-:\' apirisha 37,5 8/9 37
et Belet-ali 16
temple de ::\'apirisha U ntash-I\'apirisha ]22[ 9/9,5 16,5
et Belet-ali ,

temple de Hishmitik U ntash-::\' apirisha 39 9/9,5 16/17


et Ruhuratir 1
16
---

siyan ubqumiya U ntash-I\'apirisha 35 7,5/8 16/18


astam U ntash-:-': a pirisha 1 35 8 16,5
ain kuten U ntash-I'\ apirisha 1

1
38 9 17
mielki ilani Untash-I\'apirisha 36/37 9 16/17
--
1

niir kibrat 1 U ntash-::\' a pirisha 36 9/9,5 36


i 17
hiyan Shutruk-:-':ahhunte 33/35 8,5/10 33/35
d'lnshushinak 15/16
, 28 6/7 28
-----

hian ... murti Shilhak -Inshushinak ]20 9/9,5 15


de Tabmigirshu
hiel de Kutir-:-':ahhunte 123[ 9/10 ]18[
Lagamal 15
kumpum Kutir-:-':ahhunte 31 9/10 32,5/33
kiduya (restauration) 33,5/36 36
14/16
Shilhak-lnshushinak 31 9,5/10 34
32/33 15/16
-~

+ statues Shilhak-lnshushinak 24 8,5/9 ]23[

160 LES I:-;SCRIPTIO"S ROYALES DE SCSE


LES BRIQUES

PLACE ET DISPOSITION Il n'y a apparemment aucune constante: les


DE L'INSCRIPTION grandes briques (peu nombreuses) ne sont pas toutes
inscrites des deux côtés. Il n'y pas davantage de
Les quatre briques inscrites au nom de Shulgi se distin- constante apparente pour les demi-briques et l'on ne
guent nettement puisqu'elles sont les seules, à l'époque peut, à première vue, tirer de conclusion à partir de la
ancienne, à être inscrites dans un cartouche sur la face et disposition de l'écriture, pour l'agencement des diffé-
non sur une tranche. rents formats de briques dans la construction. S'il est
La place particulière de cette inscription pose le double évident que les briques inscrites sur deux tranches sont
problème de la lisibilité de l'inscription et, en corollaire, beaucoup moins nombreuses que les autres, trop de
de l'emploi particulier de telles briques inscrites . briques sont cassées pour que l'on tente même une
.:\. l'époque ancienne (Naram-Sin, Shu-Sin, Tan- évaluation.
Ruhuratir, Mekubi, Idadu et, dans la majorité des cas, En revanche, sous Shutruk-Nahhunte, les quarts de
A.tta-hushu), l'inscription se déroule verticalement sur briques sont toujours inscrits sur deux tranches, d'une
une tranche. Ce sens correspondait-il à celui de l'orien- inscription continue qui peut, dans certains cas, comp-
tation de la brique dans la construction ou faut-il imagi- ter plus de lignes sur la seconde tranche que sur la pre-
ner que, dans tous les cas, elle n'était pas conçue en mière. Les seules briques de cette époque où le texte soit
fonction de sa lisibilité ? Comment expliquer les cas répété sont de grandes briques carrées 208.
exceptionnels (no, 209 et 210) chez Idadu et rares (nOS 253, Avec les briques des takkime de Shilhak-Inshushinak
:56 et 272) chez Atta-hushu où l'inscription se présen- se retrouve l'ancienne manière d'inscrire verticalement
tait à l'horizontale' sur la tranche. Mais, dans ce cas, le texte s'étend le plus
C'est cette manière d'abord exceptionnelle d'inscrire souvent sur deux ou trois tranches. Les grandes briques
les briques qui se développe progressivement: huit (de 31 à 34,5 cm) sont inscrites sur deux tranches tandis
briques de Temti-Agun sont inscrites verticalement; que les petites (14 à 15 cm de hauteur) le sont sur trois,
Temti-halki et Kuk-Kirwash adoptent quasi indifférem- voire les quatre tranches 209.
ment, semble-t-il, l'une ou l'autre disposition, le texte En outre, certaines briques conjuguent une face
horizontal pouvant occuper une, deux ou trois colonnes. estampillée et une tranche inscrite d'un texte identique,
De Inshushinak-shar-ilani et de Temti-ahar, puis de répété intégralement sous les deux modes d'écriture,
Humbanumena, nous ne connaissons que des inscrip- tandis que d'autres sont estampillées sur plusieurs côtés
tions sur tranche horizontale. Cette façon d'inscrire d'une seule inscription continue.
continue à être de règle à l'époque médio-élamite Une telle disposition pose avec acuité le problème de
jusqu'à Shilhak-Inshushinak. Cependant avec Untash- la place, de l'emploi et de la lisibilité. Les briques qui
);apirisha apparaît une innovation: l'inscription de portent une inscription dont l'élément central est l'évo-
deux tranches consécutives. En ce cas, il s'agit le plus cation de la vie des membres nommément cités de la
souvent d'une même inscription se poursuivant ligne à famille royale sont des briques de dédicace d'un caractè-
ligne sur les deux tranches (cf textes nOS 3 et 6). Plus re spécifique que souligne leur relativement petit
rarement, le même texte est répété intégralement sur les nombre: la reprise du formulaire ancien en protocole
deux tranches (cf nO 1031), et ce essentiellement sur les (takkime n° 3), la mention explicite du nom de prédéces-
grandes briques carrées. seurs (texte nO 6 de Shilhak-Inshushinak), l'énuméra-
Les briques dont les deux tranches inscrites étaient tion des noms des enfants dont la «vie» est donnée
destinées à être visibles devaient être des briques comme motif essentiel de l'acte bâtisseur font de ces
d'angle, comme cela semble être le cas pour celles dont briques un document fondateur de la dynastie plus que
l'angle est soigneusement arrondi. Pourtant il faut du bâtiment lui-même.
remarquer que les deux tranches inscrites ne présentent En re\'anche, les briques incorporées aux bas-reliefs
souvent ni le même soin dans l'écriture ni le même état comme les briques à ressaut inscrites uniquement sur
de conservation. les côtés façonnés, avaient une fonction esthétique aussi

LES INSCRIPTIONS ROY,~LES DE SUSE 161


LE S B RI QUES

Face d'une brique estampillée


J"ur pluJieurs côtés
de Shilhak-Inshushinak.

({.Mise en page ) d'une inscription sur deux tranches: texte


continu (commençant sur le grand côté (a) ou sur le petit (c),
ou répété sur les deux côtés (h).

;Y
, \

a ::LI i
91 10-

--- oz
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fl e'
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Il

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A
1
2
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1

3 3 B 7 B 3 A
4 4 8 4
9 9
10
Il
Il 10
13
14 11
15
16 12 C
17
18
19 13
20
21 14 Développem en! du texte sur
22
13 15 un carreau dont 3 (d) ou 5 côtés
14 ·1 d e J'on! eSfampiliés (e, e').

162 L E S I ,-"SCR I PTIONS R O YALES DE SUSE


LES BRIQUES

bien que d e tém oignage : les ca ractères cunéiformes y sur une face. La teneur de l'inscripti on les m et d'a illeurs
étaie nt san s d oute co nçus comm e d es élém ents de la à part: elle peut être consi dé rée comm e un e dédi cace
déco ra ti o n. Re prése nta ti on et éc ritur e re n fo rça ie nt triom phale (bien qu'en plusieurs exemplaires).
mu tuellement leur va leur symbolique. Les mêmes techniques se perpétuent sous H allutush-
In shu shinak . En reva nche, une d es briques d e Tepti -
Les briques d es sou verains néo-élamites présentent, Huba n -In shu shin a k - pe u no mbr euses, il es t v ra i -
da ns le m atéria u comme dan s les formes et les dédicaces, se place d ans la continuité des types précéd ents, ta ndi s
beaucoup m oins de vari été : l'inscription est estam pill ée, qu e cinq briqu es p lus épa isses po rte nt le n om et la
do n c reprod uite de m a ni è re q u as i m éca niqu e, sa ns fi lia ti on, acco mpag nés d a ns t rois exe mpl a ires d' un e
va ria tions. Les briq ues de Shutruk-Na hhunte II po rtent courte mention d e la constructi on, qui ba rre la tranche
l'esta mpill e sur un e o u d e u x tra n ch es h o ri zo n ta les d ' une éc riture ra pide, d'a ppa ren ce déso rdo nn ée. L e
consécuti ves. La se ule inn ova ti on da ns la place d u texte petit n omb re de documents d e Tepti-Huba n-In shu shi-
est le fa it qu 'il peut être di visé entre deu x briques: une nak ne pe rm et qu e d e co nstater l'existe nce d e d eu x
même brique pouvait porter la fin d 'un texte et le début techniques nettem ent d iffére ntes, sa ns qu e ce tte d ua li-
de ce m êm e texte, q ui s'achevait sur la brique sui vante. té p ui sse s'ex pliquer. Il es t net, e n tous cas, que ces
Se ul s fo nt exception troi s g ran des briques ca rrées au deu x types d e briques et de m od e d 'inscr iption co rres-
nom de ce sou ve rain, inscrites - et non estam pill ées - pond ent à deu x tex tes très d iffé rents l' un d e l'a utre.

'1\

Inscriptions et décorations architecturales dans les cOllStructions de Shutruk-Nahhunte 1 et de ses fils: crapaudine (a),
élément de colonne (h), ressaut de mur (c, cl, e), bas-reliefavec homme-taureau, palmier et déesse protectrice (f).

LES I NSC R I PT I Ol\:S R O YALE S DE SUSE 1 63


LES BRIQCES

Synopsis des différentes dispositions des inscriptions

tranche(s) face divers


verticale(s) horizontale(s) 1 ressaut 1 face plusieurs bas-
,
+ 1 tranche côtés relief
1 2 1 2 1

Naram-Sin x 1

1
1

Shulgi X •

!
Shu-Sin x i :

Tan-Ruhuratir x i

·
Mekubi x • :

Idadu x 3 ex. .
·
Atta-hushu X 4 ex
Temti-Agun 1 ex. X

Temti-halki
._------_.~-

X
- - ----
X +--
1

Kuk-Nashur x x
1

,
Kuk-Kirwash X X

1nsh ushinak -shar-ilani X


1
-- ---

Temti-ahar X
! ·

Humbanumena . 1 ex. X 1

I
f------ --.- ------ --- I-
·
U ntash -N apirisha .
x X ,

i
Shutruk-Nahhunte ! X 1 X
-
1

Kutir-Nahhunte 1
X
1
1 X X
1

Shilhak-Inshushinak takkime X !
X X i X X X

Hutelutush-Inshushinak takkime X
i
1

Shutruk-Nahhunte X X
-

Hallutush-Inshushinak , X 1
i

! !
Tepti-Huban Inshushinak i 1 X
1

Dimension des briques à ressaut (cf. p. ]58)

164 LES I:--:SCRIPTIO:--:S ROYALES DE SCSE


LES SOUVERAINS Le témoignage des briques susiennes, qui reflètent la
préoccupation des souverains d'exercer leurs préroga-
BÂ TISSEURS tives religieuses dans cette capitale, offre un point de
vue intéressant sur la place occupée par Suse sur le plan
politique. En effet cette activité de bâtisseurs atteste à la
fois un pouvoir stable et bien établi, et un rôle impor-
tant dévolu à la ville de Suse dans le culte officiel et
dans l'exercice de la royauté.

A l'époque ancienne, le corpus des briques ne fait


apparaître Suse que dans une perspective mésopota-
mienne et la réalité politique «élamite» dans son
ensemble échappe à notre documentation: les plus
anciennes briques inscrites qui datent de la fin du HIe
millénaire portent le nom de rois mésopotamiens,
.'\"'aram-Sin, Shulgi et Shu-Sin.
C'est dire qu'aucune brique n'atteste, dans cette
ville, une quelconque activité de construction des rois
antérieurs, qu'ils fussent indigènes ou conquérants;
ni Enmebaragesi de Kish, qui vers 2700 «emporta
les armes du pays d'Élam comme butin,,210 ; ni d'Ean-
natum qui «conquit l'Élam, Subar et ... vainquit
Suse ... »211 ; ni même de Sargon qui soumit largement
ces contrées 212, emporta du butin d'Awan et de Suse; ni
de Rimush qui vainquit une rébellion des rois d'Élam,
de Warahshe et de Zahara 213 ou encore de Manishtusu
qui vainquit également Anshan et Sherihum 2Il. Pour-
tant des documents d'autre nature, retrouvés à Suse
même, montrent la présence akkadienne dans cette ville:
une statue fut dédiée à la déesse ;\Tarundi 215, au nom de
son maître Manishtusu, par un certain Eshpum.
C'est avec le successeur de Manishtusu, Naram-Sin,
conquérant de «tout le pays d'Élam jusqu'à Barah-
shi»2lI" qu'apparaissent des briques inscrites à Suse.
Cependant aucun témoignage autre que ces deux
briques ne marque son acti\·ité à Suse, et l'on peut
s'interroger, dans ces conditions, sur la nature et la
durée de sa conquête.
Deux rois d'Ur, Shulgi et Shu-Sin, marquèrent
ensuite Suse de leur activité de bâtisseur. Les briques
inscrites à leur nom ont été retrouvées en petit nombre
Statuette archaïque (vers 2700) en albâtre grù : sur le dos de cet et le texte est du type le plus banal attesté en Mésopota-
orant fia gravée à l'époque de Manùhtusu 12269-2255) mie; cependant Shulgi consacra une dédicace à la divi-
une inscYlption du gouverneur d'Élam, Eshpum. Les yeux sont nité poliade Inshushinak, et une inscription 217 mention-
de coquille incrustée dans du bitume. ne le souci qu'il eut du temple de Sugu.

LES I~SCRIPTIO~S ROYALES DE SCSE 165


LES SO U VERA l t S BA TI SSEU R S

En reva nche aucun e inscription de construction ne traces : seul le derni er des douze rois d 'Awan et les de r-
mentionne le temple de N inhursag ; pourtant de nom - niers rois de Simashki nous y sont connus : si aucune
breuses offrandes votives 2 18 furent faites à cette déesse, brique de Pu zur-Inshushinak 22o n'a été retrouvée, dix-
dont il est précisé qu 'elle est «susienne » : en dépit du sept marches d 'escaliers - ou d'un emmarchement -,
développement très réduit des briques inscrites, la vie témoig nent de son activité dans cette ville. Par ailleurs
religieuse semble avoir été très développée sur l'Acro- le sixième roi de Simashki , Hutran-tepti - que Shi l-
pole de Suse, notamme nt autour des di eux Inshushi- hak - Inshu shinak donne co mm e le premier d e ses
nak et Ninhursag, mais les souve rains mésopotamiens a ncêtres - y fit fo ndre un e statue de bro nze nI . C 'es t
ne fir e nt qu e marqu e r de manière sy mbo lique, et avec Idad u que les rois simas hk éens entrent dans l'hi s-
somme toute éphémè re, leur patronage sur le culte, si toire de Suse. Une inscription su r un bassin rituel pro-
du moins le témoignage des inscriptions de construc- clam e qu ' il (re)co nstrui sit l'Ekikununa , le templ e
tion est à cet éga rd représentatif. Shu-Sin fut le dernier d'Inshushinak 222.
des souvera ins m ésopotamiens dont des insc riptions de Tan-Ruhuratir, son successeu r, est le premier souve-
construction aient été retrou vées à Suse 219 : son succes- rain élamite dont nous connaissions des briques ins-
se ur, Ibbi -Sin, qu i dut affronte r un soul èvement d e crites ; ell es commémorent la construction d 'un templ e
vaste ampl eur, ne put s'occuper de trava ux d 'a rchitec- à Ina nn a ; d 'a utr es briqu es, a u nom d e so n é pou se
ture dans la capitale susienne. Mek ubi 223 , mentionnent ce même fait. U ne inscription
Durant cette pé riode , Su se resta ex té ri e ur e à de co nstruction au nom d 'une reine est, à notre connais-
l'e mpri se, politiqu e e t religi e u se, d es so u ve rain s sance, exceptionnelle: sans doute cette princesse joua-t-
d 'Awan et de Simashki. Il s n'y ont pas ou peu laissé de elle un rôle particulier dans la vie religieuse. Ainsi le

Dos de la statue d'Eshpum. Sceau donné à un haut fonctionnaire par ldadu II.
L 'inscription dédie cet objet à la déesse l\'arundi : «Manishtusu, roi La scène représente l'intercession d'une déesse
de K ish : Eshpum, son serviteul~ a voué (cette statue) à. Naru ndi ». auprès du roi en faveur d'un dévot, sans doute à l'occasion
de SOl1 in vestiture.

1 66 LES I NSCR I PT I ONS R OYALES DE SUSE


LES S OU VERAI t"S SAT I SS EUR S

règ ne de ce sou ve ra in m a rque un e p éri ode nou ve ll e sa ns bo ul eve rse m ent impo rta nt à l'a rri vée d e la n o u-
pour Suse : à travers les inscriptio ns de constructio n, ell e ve lle d ynasti e.
appa raît d ésorma is comme une m étropole impo rta nte Ce pendant les insc riptio ns d e co nstruction m ettent
d u point d e vue du culte officiel. en év idence deux faits particuli ers. L e premier conce rne
L es briques ga rde nt le no m de son fil s m ais non pas le statut d e Suse du point d e vue politique et religieux:
celu i de so n successeur direct, E ba rat l24 . cette ca pitale d e la Susiane a pparaît déso rma is comme
Tdad u II, fils de T an-Ruhuratir, successeur d 'Eba rat pa rti e intégra nte d 'une vaste entité politique. L a titula-
et d ixième roi de la d ynasti e de Simashki est le premier ture n'est plus strictem ent loca le comme précédemment ;
prince dont les insc ri pti o ns de co nstructio n soient di ve r- c'est en ta nt que maîtres de <d'Élam , de Simashki et d e
sifi ées et nombreuses. Quatre textes différents sont attes- Sus(ia n)e » que les SUK K A L. MAH bâ ti sse nt à Suse. L e
tés, dont l'un est en quelque so rte une ve rsion biling ue : second tra it propre aux in sc riptio ns sur briques est leur
rédigé en sumérien et en akk adi en, il ne présente qu 'une caractè re limité: seul s quatre princes y sont représe ntés,
légère va ri a n te entre les d eu x vers io n s. Ce pend a nt il en deux groupes très distincts, Temti- Ag un d 'une part,
ex iste une g rande di spa rité da ns le no mbre des briq ues T emti -ha lki , Kuk- Nas hur et Kuk-Kirwash de l'a utre,
insc rites de chacun de ces d eux textes : cell es qui po rtent a lo rs que les textes économiques et juridiques 225 susiens
le texte idéographique sont près de vingt fo is plus nom - citent le no m d 'a u tres SUKKAL ou SUKKAL.MA H , Si we-
br euses. L e texte en a kk adi e n es t re prése nté pa r une bala r-huhpak 226, Kuduzulush , Kutir-Na hhunte, Siruk -
d iza in e d'exemplaires, tout comme celui qui rappell e la duh , Kutir-Shilhaha, T a n-U li , Sirtuh, Kudu zulush II ,
constructi on du rempa rt d e l'Acropole. Kushir-Silha ha, T epti - raptas h, Shimut-w a rtas h. Pa r
L es rois simas hkéens qui s'occupèrent d 'a rchitecture ailleurs, les textes de Shilhak -In shushinak citent, à pro-
à Suse y portent un titre purement loca l, repris à la tra-
d itio n «m ésopo ta mi sante », celui d 'E~sl.
A ucu ne brique ne gard e le nom d es d eux derni e rs
rois de la dy nasti e simask ée nn e, à laqu ell e succéda, à
Suse, un pe rsonn age iss u , se mbl e-t-il , d 'une bra nche
co lla té rale, Atta- hu shu , «fil s d e la sœ ur de Silha ha ».
Ce de rni er, dont le no m - hasa rd o u ind ice révélateur -
sign ifie «L e F o rt», pa rtagea un temps le pou voir avec
E ba ra t ; m a is se ul A tta- hu shu , s' il fa ut e n cr oir e le
té mo ig nage des briques, fit œ uvre d e bâti sseur à Suse :
de no m breuses briq ues refl ètent sa forte acti vité a rchi -
tecturale, tant civil e que religieuse. En cela, ce prince se
p la ce d a n s la tr a dition d e Pu z ur - In s hu shin a k e t
d'Tdad u : il es t un des ra res sou ve ra ins à avo ir fait ins-
cr ire des briques pour d es constructi o ns civil es. Sa titu-
la tu re est très pa rti culiè re et, comm e celle d e ses prédé-
cesseurs, proprem ent locale: il es t «pasteu r» de Suse o u
de so n di e u . Il se mbl e avo ir exe rcé ce pasto ra t d e
man ière très active, lui qui édifia une rampe, resta ura
l'a ncien kizzum et créa une «stèle de justi ce » réglem en-
ta nt les cours du m a rché.

Sceau d'une tablette juridique avec une inscription au /lom


L'âge des S ·KKAL.MA H s' in stall a à Suse da ns le p ro- du SUKKilL.MAH Tan-Vii (XVII' siècle av. j. -c.) ; un dieu est
lo ngem e nt d e ce tte pé ri ode fl o ri ssa nte; le témoignage représenté siégeant sur une estrade à niches, assis sur un serpent
a rc h éo log iqu e m o ntre un e co ntinuité d 'occ up a ti o n à tête humaine barbue.

L ES I N S C R I PTI ONS ROYALES DE S USE 167


L ES SOUVERAINS BÀT I SSEURS

pos du temple d 'lnshushinak, plusieurs de ses prédéces-


seurs : outre les rois de Simashki Kindattu, Ebarat, Tan-
Ruhuratir et Idadu, il m entionne Atta-hushu, Silhaha,
Humbanumena, ruhu sak de Silhaha, Sirukduh, Simeba-
larhuhpak, Tempti-halki, Simut-wartash, Hutran-tepti,
Kuk - Tashur, Kuk-Kirmesh 22ï. Les briques n'accordent
une réalité qu 'à l'œuvre de quatre de ces prédécesseurs.

Après l'effacem ent de la d ynasti e des Epartides, il


est intéressant de constater que, malg ré les troubles de
l'époque, les souve rains dont l'acti vité économique est
bien documentée à H aft-T épé, Inshushinak-s ha r-ilani
et Tepti-aha r, continuèrent à entretenir les temples de
Suse. Cependant les fouilles de Suse qui ont révélé un
hi atus entre les ni vea ux A XI et A 1 (qui correspon-
draient aux XIVe et XlII e siècles) a fait suppose r que le
ce ntre d e la vie urba ine ava it été transfé ré à H aft-
T épé 228. Si l'inscription de Inshushinak-shar-il ani, qui
se dit «roi de Suse», se place dans le prolongement de
l'acti vité architecturale de ses prédécesseurs, et plus par-
ticulièrement de Tepti-halki, celle de Tepti-ahar est tout
à fa it sing uliè re. Les briques à son nom n'évoquent
qu 'ind irectem ent le te mpl e d' Inshu shin ak : elles sont
avant tout co nsacrées à d es prescriptions co nce rnant
un e cérém onie ou un e pratique cultuelle au pied des
statues des divini tés protectrices. On peut par ailleurs
douter de l'o rigin e proprem ent susienne de ces docu-
m ents, qu 'il faut peut-être plutôt rattacher à Kabnak.
Quoi qu'il en soit, on sait le ca ractère limité de la pré-
se nce des Kidinuid es à Suse, où ces princes ne purent
installer une lignée stable; c'est avec les Igihalkides, une
fois leur po uvoir bien établi à Suse, que les templ es
furent à nouveau l'objet de dédicaces.

Les trois premi ers souverains de cette d ynasti e, Igi-


halki, Pa hir-ishshan 229 et A ttar-kita h 230 ne semblent
pas avoir réa lisé de travaux d 'importance à Suse. Hum-
banumena, «agrandisseur du royaume» introduisit sur
l'Ac ropole susienne le cul te de di vi nités dont il spécifie
qu 'elles so nt «d e Li yan ». Le nombre d es briq ues ins-
crites à son nom est très réduit et les traces qu 'il a lais-
sées à Suse sont peu nombreuses 231 ; nous connaissons
surtout ses travaux à Liyan (Bender-Bushir) et tout se Reconstitution (pa r P. de M /ROSCHEDj/) d'une stèle votive
passe comme si la Susiane ne représentait pas l'origine d'Umash-Napirùha, dominée par une représentation où le roi fait
et le centre de son pouvoir. face au Grand-dieu assis sur un serpent.

16 8 L ES INSCRIPTlOl'S ROYALES DE SUSE


LES SOUV ER A I NS SATISSEURS

a b
Détails de la stèle:
a} une dées.fe mineure. à la coiffure ornée d'une unique paire de cornes, réunit sur sa poitrine deux cordons de flots;
SOl1 C01 pS couvert d'écailles se term ine en nageoires, h) un homme-nlOuflon pose la main sur Le feuillage d'un arbre sacré.

En revanche son fils et successeur, Untash-Na piri- petit-fils. Le témoignage des briques montre l'aband on
sha, un des plus grands bâtisseurs élamites, qui fonda d éfinitif de Dur - Untash, l'importan ce prise e n
une nouvelle ca pitale, à une quarantaine de kil omètres revanche pa r D eh-e Now et surtout la place prépondé-
au sud-est de Suse, fit de cette région le cœur politique rante que Shutruk-Nahhunte entendit donner à Suse:
et religieux de l'Élam. il y fit apporte r des stèles de victoires et des œu vres
Son activité a rchitecturale fut cependant sans lende- prestigieuses rav ies aux Babyloniens vaincus (stè le de
ma in. Les deux successeurs du fondateur de Dur-Untash Naram-Sin, statues de Manishtusu, code d'Hammura -
so nt essenti ellement connus par les sources m éso pota- bi), ainsi que de nombreux documents inscrits de ses
m ie nn es: aucune brique n 'a é té retro u vée a u nom prédécesseurs 233. La prééminence du dieu Inshushinak
d' Unpatar-Napirisha, fils de Pahir-ish sha n , ou de auquel il voua ces trophées allait de pair avec le sta tut
K idin-Hutra n, so n frère. Ce de rni e r était pourtant de sa ville, probablem ent le centre religieu x et politique
e nco re assez puissant pour ra vage r D e r et ren ve rser de son royaume.
E nlil -nadin -shumi de Babylone 232 . D eux textes de Shil- On a beaucoup parlé de l'âge d'or élamite que repré-
ha k-In shushinak semblent indiquer qu 'il partagea son se nte le règn e de Shilhak-Inshushinak. Les briques
activité de bâtisseur entre Suse et ce qui était probable- reflètent cet épanouissement dans le domaine de la reli-
ment l'o rigin e de sa lignée; ils mentionnent en effet la gion et de l'architecture: notre documentation apporte
restauration d 'un temple d'Inshushinak à Suse et de dans tou s les domaines (format, m atiè re, fo nction ,
celui de Kiririsha à Liyan. textes) un témoignage de renouvellement et de création.
Hutelutu sh - In shushinak, le su ccesseur d e ce
Après un hi atus qui échappe à notre connai ssa nce, monarque tout-puissa nt que fut Shilhak-Inshushinak,
la Suse roya le connut une nouvelle période brillante connut des viciss itudes pol itiques - et sans doute fami-
sous la dynastie inaugurée par Shutruk-Na hhunte, fils liales - et subit les attaques répétées de Nabuchodono-
de H allutush-Inshushinak et poursuivie par ses fil s et sor m . Il préte ndit maintenir d'autant plus farouch e-

L ES I ~ SC RIPTIO ' S ROYALES D E SUSE 169


L ES SOUV ERA I :-':S BÂT I S SE U R S

m ent son hé ritage politique et religi eu x; la préser va-


tion d es lieux de culte consacrés à 1nshushinak en fut
un élém ent significatif. Mais il a pparaît que ce com bat
éta it perdu: il fut le de rnier de sa dy nasti e à fa ire acte
d e bâ ti sse ur et Suse n e tard a pas à e ntre r dans une
péri ode d'obsc urité.

Ce n'es t que trois siècl es plus tard , avec les briques


d e Shutruk-Nahhunte II , que réa ppa raît un e acti vité
a rchi tectura le à Suse. Pend a nt cette pér iode «néo-éla-
mite », q ui vit au m oins quatre dy nasties se succéder à
Suse et de nombreux conflits se dévelo pper entre les dif-
fé rents m embres d es famill es rég na ntes, troi s prin ces
seu leme nt sont représentés d a ns ce co rpus: Shutruk-
Ta hhunte (7 17-699), fi ls de Huba n-nukash (747-7 17), et
le fr ère qui lui succéda, H a llutush -Ins hu shin ak (699-
693), pui s, quelque trente an s plus tard , le de rnier repré-
senta nt de la fami ll e d e Kudur-Na hhunte (693-692) et
d e Humba nim en a (692-688), T e pti - Huba n -In shushi-
nak (ca . 663-653). C uri eusem ent, aucun e in sc ription de
co nstructi o n ne tém oig ne de la prése nce à Suse de sou-
ve rains dont ce rtai ns régnèrent pourta nt lo ngtemps, tel s
H uban-ta hra (ca. 760-742), Huba n-n uk ash 1 (ï42- Îl ï),
Huban- haltash 1 (688-68 1), Huban-haltash II (68 1-675)
ou U rtaki (675-663). Somm et d'une stèle babylonienne (J/' millénaire)
L e culte semble être touj o urs ce ntré sur Inshushinak qlfi / ut rapporlée à Sllse e ll pri.}-e de guerre ef slIr laquelle 1111 roi
don t le te mple est sa ns cesse entretenu. Ma is dan s ses élamite, peut-être Shlltru/(- NaMlllnte 1, fit substituer son image
insc ripti ons, Shutruk-Na hhunte m entio nne aussi Ishni - dal1J- la repréJel1tafioll dlt dévot en prière devant le dieu.
karab et le «G ra nd -di eu » (ce qui n 'es t par san s fair e
pense r à l'attitud e relig ieuse d ' Untash-Na pirisha) . L e
G ra nd -d ieu est égal em ent ho no ré, à côté d' Inshushi- ne activité en dépit de la volo nté d 'As hshurba nipal d e la
nak , pa r H allutush- In shushina k. En fin T epti-Huba n- fa ire d ispa raître à to U[ jama is et d e trans form e r «en
In shushina k construi sit un lieu de cu lte po ur le d ieu de dése rt la prov in ce d ' É la m »236 Mais ce n'est qu 'avec les
Suse ma is aussi pour Pin igir. Achém énides que la ville connut une nou ve lle période
Ap rès Tepti-Huba n - In s hu s hin a k , l' ac ti v it é d 'acti vité a rchi tecturale.
co n stru ctri ce se mbl e co nn aître à S use un e no u velle
écl ipse, peut-être à la suite d'une profo nd e cri se dy nas- T ém oignage des mom ents forts de l'hi sto ire d e la
tique. L es différents sou ve rains BS qui y régnèrent plus Susia ne, les in sc ription s sur briques so nt aussi révéla-
o u m oin s lo ng temps n 'ont pas laissé d 'in sc ripti ons d e tri ces d es principes dynastiques : la sig nature des souve-
co nstructio n. L'Élam, où pénétra ient prog ress ive m ent ra ins sur les briq ues d e con structio n est accompagnée le
pa r l'Est Mèdes et P erses, éta it alors très impliqué, du plus souve nt d 'un e titulature composée d e la fili ati o n et
moins pour ce qui est d e la Susiane, dans l'antagonisme des tit res, poli tiqu e et relig ieux, du roi. L es titres four-
qui op posa it les rois d 'Assy ri e à la Baby lo ni e et au x ni sse nt d es indi ca tions sur la pl ace du m aît re de Suse
princes d u Pays- d e- Ia-Mer. Ap rès le sac d e Suse pa r sur l'éc hiquie r politique, tandis que la filiati o n est révé-
Ashshurbanipal, la ville continua à connaître une ce rta i- latrice des prin cipes de la su ccessio n royale 231.

170 L E S I l'SCR I PT I O :-': S R O Y A LE S DE SUS E


LE S SOUV ER A I NS BÂT I SSEURS

LA FILIATION EXPRESSIONS DE LA FILIATION

Si l'on m et à part les sou verain s m ésopo ta miens do nt les L e co rpu s d es in sc ripti o n s d e co n stru ction attes te
in sc ripti o ns sur briques, ex trêm ement laconiqu es, ne l'emploi de deu x types d e fili ation, qui se sont succédé
présen te nt pas d e fili atio n, la plupa rt d es dédicaces font o u o nt inte rfé ré : la fili a ti o n patrilin éa ire (DUMU Isak
sui vre le nom du sou verain pa r l'indi cati o n de sa fili a- N P) et la fili atio n «m atrilinéa ire» o ù la success io n se
tion. Les cas où cet élém ent est abse nt sont ra res. fait en tant que «fil s de la sœur » (DUM U NlNl ruhu sak)
d'un sou vera in.

ABSENCE DE FILIATIO
DUMU/sakNP
L e premi e r sou ve ra in élami te - du m oin s dans no tre D ans les in scripti o ns d e l'époque paléo-élamite, Id adu
docum entation - à avoir fait in scrire d es briqu es à son est le seul , dans no tre co rpus, à indiquer le nom d e so n
no m , T a n- Ruhuratir, huiti è m e ro i d e S im ashki , n 'y père : il est DUMU tan-ruhurC/rÎr ; cette indication suit so n
fa it a ucun e réfé rence à so n pè re o u à un quelqu 'a ut re titre politique et so n titre «religieux »241 N omme r so n
ancêtre en relati o n avec le po u voir roya l. rI sembl e se père, préd écesseur sur le trô ne, lui permet d 'affirmer sa
con sidé re r comm e un homo 170VUS à Suse, 1ui qui est le légitimité tout auta nt qu e la bénédictio n di vine.
p re mi e r d e sa lig n ée à y accéd er a u p o u vo ir. D e Ainsi, s'il es t possible de se fi er a ux m aig res élém ents
m êm e, qu elques siècl es plus ta rd , In shu shinak -s h a r- qu 'offre ce co rpu s en ce qui co ncern e les rois de Sima-
ila ni e t T e mti -a h a r, « roi s d e Suse» - mai s mi e u x shki 242, la successio n sembl e s'ê tre fa ite à Suse par voie
co nnu s à H a ft-T é pé - , d o n t la li g n ée n ' é ta it sa n s pa trilin éa ire. Il es t po urta nt à no te r qu e, s' il faut e n
doute pas o rig in a ire d e Suse, n ' indique nt- il s a ucun e cro ir e la li ste dy nas tiqu e, ce tte su ccess io n n 'est pas
fi li ati o n ; c'es t l'é poque où le po u voir politiqu e co nnut directe d e père en fil s, en ce qui con ce rne la royauté de
des bo ul eve rsem ents et probabl ement un chan ge m e nt Simas hki , puisqu e Eba rti vient s' inte rca le r entre T a n-
de ca pita le. L a co mpos iti on de leurs d édi caces m a rqu e Ruhuratir et son fil s Idadu.
d'a ill e urs un e nette coupure d a n s le ge nre litté ra ire Ce ty pe d e réfé re n ce di s par aî t à l'é p o qu e de s
d es in sc ription s d e con stru c ti o n. Ce pe nd a nt il es t SU K KA L. MA H po ur réappa raître, dan s no tre docum en-
curi eu x qu e, m a lg ré leur prox imité d a ns le temps 238, ta ti o n , avec Humb a num e na, sak aflar-kitah . Al o rs
ces prin ces 239 ne fasse nt pas d e réfé rence à des li e ns rédi gée en éla mite, l'insc ri ption prése nte une m odifi -
fa mili a u x qui a uraient ex isté e ntre eu x. Q uoi qu ' il en cat io n d a ns l'o rdre d es élé ments de la titulature : la
so it, il est intéressant de note r le cara ctè re très local d e fili a ti o n suit imm édi a tem e nt le no m du sou ve ra in,
la fili a ti o n d ynasti q ue d a ns ces in sc ri pti o ns qui se m - ava nt so n titre «politique». T o us les p rin ces m édi o-
ble nt p re ndr e e n co mpte uniqu em e nt l'exe rcice du éla mites no mmero nt a insi leur pè re: Untash - a piri -
pou vo ir à Suse. sha .fak Humbanum ena , Shutruk -N ahhunte .fak H al-
À l'é poque m édio-éla mite, co mm e à l'époque néo- lu tu sh - In shu shin a k , Kutir-Na hhunte .fak Shutruk -
éla mi te, l'a bse nce d e fili ation va sou ve nt d e pair avec Na hhun te, Shilha k - Inshu shin a k .fak Shutruk -Na h-
l'absence de titul ature ; si, da ns une la rge m ajo rité de hunte, puis les sou ve rain s néo-éla mites Shutruk -Na h-
ses in scriptions , U ntash- Na pirisha se dit «fil s de Hum- hunte Il .fak Huba nime na, H allutu sh- Inshushinak sak
banumena », il en es t un petit no mbre où il n'indique ni Huba n-tahra, T epti -Huba n- In shushin ak .fak Shilhak -
fili a ti o n ni titr es : da n s la déd icace po ur le te mpl e In shushina k.
d' In ann a (l e texte nO3), pour la constructi on de l'ipil/ati Cependant si cette fili ati on d e «père en fil s» est la
(tex te nO 5) ainsi qu e pour la z iggourat 240 (tex te nO 6), se ul e qui so it indiqu ée p o ur ce tte é po qu e sur les
enfin d a n s le tex te en akk adi en qui se ra pporte a u briques susie nn es, on sait pa r ailleurs qu e la successio n
kukunl1um. D e m êm e, à l'é poque néo-élamite, Shutruk- ne se fa isa it pas touj o urs di rec tem ent du pè re a u fils
N ahhunte II , da ns ses inscriptio ns brèves, ne do nne-t-il aîné: à Untash-Napiri sha succéda Unpatar-Na pirisha
ni fili atio n ni titul ature. qui n'était pas so n fil s m a is celui d ' un ce rta in P a hir-

L ES I NSCR I P TI ONS ROYALE S DE SUSE 171


LES SOLVERAI:--:S SATISSELRS

ishshan ; c'est son frère, Kudin-Hutran qui succéda à ne affirme qu'il était frère de Shutruk-]\;ahhunte qu'il
Unpatar-Napirisha. De même ce fut son frère, Shil- emprisonna pour s'emparer du pouvoir. Prise brutale
hak-Inshushinak, qui succéda à Kutir-Nahhunte. Mais d'un pouvoir qui devait légitimement lui revenir ou
le souverain se réfère dans sa filiation à son père et non coup de force rompant le cours normal de la succes-
à son frère, même si celui-ci l'a immédiatement précé- sion au trône' On peut d'ailleurs également remar-
dé sur le trône. quer que Shutruk-]\;ahhunte, qui succéda à Huban-
On constate donc dans la filiation patrilinéaire un nukash dont il n'était pas le fils, dit s'être emparé du
double mécanisme: la succession par le fils et la succes- pouvoir sur l'ordre du dieu, ce qui est la légitimation
sion par le frère. Mais les structures précises de ce coutumière des usurpa teurs.
double processus nous échappent: il semble que le Les sources assyro-babyloniennes décrivent encore à
principe premier était la succession par le fils aîné mais propos de Tepti-Huban-Inshushinak une suite d'évé-
nous ignorons quand alors intervenait la succession par nements violents qui semblent avoir contribué à
un frère; on peut supposer que cela se produisait rompre la stabilité dynastique. Elles rapportent en effet
lorsque le souverain régnant n'avait pas de fils, ou du que, à la suite de sa défaite, U rtaki fut détrôné par son
moins pas de fils en âge de régner 243. Il se peut aussi frère Teuman (nom akkadien de Tepti-Huban-Inshu-
que la règle successorale, peut-être héritée de l'époque shinak). Celui-ci commença, pour assurer son pouvoir,
paléo-élamite où le pouvoir hiérarchisé intégrait plu- par se débarrasser de tous ceux qui pouvaient pré-
sieurs générations qui accédaient successivement aux tendre à la royauté. Les fils d'Urtaki (Ummanigash,
fonctions les plus hautes, ait combiné succession par le Tammaritu et Ummanappi), les enfants d'Ummanhal-
frère cadet et, ensuite, succession par le fils du frère tash et d'autres membres de la famille rovale cherchè-
aîné, ce qui assurait un meilleur continuum, évitant, rent refuge en Assyrie. Il est difficile, au milieu de cette
par exemple, les problèmes de vacance du pouvoir ou suite d'attentats et de coups de force, de déterminer où
de régence, et prenant en compte la maturité nécessaire était la légitimité entre les frères, les fils et les neveux:
pour exercer le pouvoir. la succession au trône s'effectua alors très som'ent entre
À l'époque néo-élamite, on assiste plus nettement frères par la violence. Les lois normales - quelles
aux conflits qui ont pu naître de cette double possibilité qu'elles aient été - ne jouèrent donc pas dans cette
dans l'ordre de succession. Qui en effet succédait nor- situation perpétuellement cont1ictuelle. Plusieurs pré-
male ment au frère cadet' Il semble que ce fût le fils tendants paraissent, peut-être à des degrés variables,
aîné du frère aîné. Si telle était la règle de succession, se avoir eu des droits sur le pouvoir et avoir employé la
trom'aient écartés du pouvoir les autres frères, leurs fils force pour les faire prévaloir.
et ceux du frère cadet. C'est peut-être à la lumière de ces faits qu'il faut
U ne grande instabilité dynastique découla de ce essayer de comprendre la situation complexe qui dut
que, en outre, Assyriens et Babyloniens, dans leur être celle de Hutelutush-Inshushinak, le successeur de
antagonisme, soutinrent les uns contre les autres les Shilhak-Inshushinak. Cette complexité, peut-être des
différents prétendants élamites possibles. Les princes droits incertains, contestables ou contestés, explique-
que nomment les inscriptions sur briques invoquent, raient-ils qu'il fasse référence à une filiation double,
comme précédemment, une filiation patrilinéaire, voire triple: il se dit "fils» des trois souverains de sa
mais il est connu par d'autres sources que ce n'est pas à famille qui l'ont précédé sur le trône. :V1ais ce faisant, il
leur père qu'ils succédèrent: Shutruk-]\;ahhunte II emploie alors non pas le seul terme de sak mais celui
était fils de Hubanimena mais il succéda à Huban- de sak hanik.
nukash, lui-même successeur de Huban-tahra ; après
lui régna Hallutush-Inshushinak, fils d'un Huban- sakhanikNP
tahra : Huban-tahra, le père de Hallutush-Inshushi- Le participe hanik du verbe «aimer>' qualifie plusieurs
nak est-il le même prince que celui qui avait régné termes de parenté: sak «fils», ru/u "épouse», pak
cinquante ans auparavant' La chronique babylonien- «sœur», igi «frère»24-+.

172 LES I:--:SCRIPTIO:--:S ROYALES DE SLSE


LES SOU\TR.'\IKS BAnsSEURS

Cette épithète apparaît sous la forme de l'idéogram- pouvoir à Suse, et le dieu invoqué est Inshushinak, le
me KLÀG, phonétiquement nartim, dans les textes en dieu susien par excellence. "'fais il pouvait aussi, semble-
akkadien. Elle y est fréquente pour exprimer les rap- t-il, y avoir choix lorsque la situation familiale ne per-
ports à la divinité: Shu-Sin est ainsi «bien-aimé mettait pas la succession de père en fils ou du frère aîné
d'Enlib (nartim *enlil), Idadu est ,de gouverneur de par le frère cadet: l'imbrication des générations paraît
Suse, bien-aimé d'Inshushinab, (ENSI, MÙS.EREN.KI avoir été telle chez les Shutrukides que la fixation de
KLÀG *NIN MÙS.EREN) et Atta-hushu <de Pasteur du l'ordre de succession fut une des préoccupations
peuple de Suse, serviteur bien-aimé d'Inshushinab, majeures de Shilhak-Inshushinak, et la position difficile
(SIPA EREN, MÙS.EREN IR KLÀG *MtS.EREN) ; inverse- qui fut probablement celle de Hutelutush-Inshushinak
ment, Inanna est da Dame bien-aimée» de Tan-Ruhu- peut en avoir découlé 246. Cette fixation de la lignée inté-
ratir et de son épouse Mekubi (*MÙs... NIN KLÀG). À gra vraisemblablement aussi le choix d'une princesse,
l'époque paléo-élamite, ce qualificatif n'est employé dont le fils aîné pourrait être investi, si nécessaire, de la
pour exprimer des relations familiales que par le SCK- légitimité dynastique.
K\I..'v!AH Temti-halki qui se dit ,<le frère bien-aimé de Ainsi réapparaît la référence à un droit successoral
Kurigugu» (SES KLÀG sa kurigugu). passant par une femme de sang royal. Le titre «épouse
En élamite, le participe hanik est essentiellement bien-aimée»247, absent dans les premiers textes de Shil-
documenté par les inscriptions de Shilhak-Inshushinak hak-Inshushinak, a été conféré à Nahhunte-Utu, après
et de Hutelutush-Inshushinak. Nahhunte-Utu est rutu qu'elle eut des enfants de ce prince. Par ailleurs, dans
hanik de Shilhak-Inshushinak, Bar-Uli est pak hanik de un des textes des takkime, textes avant tout dynastiques,
Shilhak-Inshushinak, Hutelutush-Inshushinak est igi Shilhak-Inshushinak donne ainsi une place privilégiée à
hanik de Ishnikarab-huhun et sak hanik de Kutir-Nah- sa fille Bar-Uli qui est alors dite pak hanik-u-ri surur-u-ri;
hunte et de Shilhak-Inshushinak, voire aussi de Shu- cette princesse est la seule à être ainsi qualifiée de l'épi-
truk-Nahhunte. thète suru, qui, sans doute, se rattache à la notion de
Par ailleurs la même notion, exprimée soit par ce chance, de succès 248 ; peut-être Shilhak-Inshushinak a-
participe soit par une forme active du verbe hani, unit le t-il choisi cette princesse parmi ses filles pour assurer la
roi et son dieu: tous les Shutrukides se disent «serviteur réussite - c'est-à-dire la continuité - de la dynastie, dans
bien-aimé» (/ibak hanik) d'Inshushinak. Ainsi est expri- une situation où le droit successoral était mis en défaut,
mée "l'élection» par l'amour divin du prince appelé que ce soit en raison de l'âge du successeur attendu, de
légitimement à régner; cet appel à régner est formulé son absence de descendance, d'une querelle dynastique,
de manière plus explicite dans l'inscription de Humba- ou de tout autre motif.
numena : «par continuité 7 maternelle, (le) Grand-dieu Ainsi, même lorsque la filiation patrilinéaire est pré-
m'a choisi et m'a aimé: la prospérité établie', la couron- pondérante, la filiation matrilinéaire peut apparaître
ne restaurée·', Inshushinak m'a donné la royauté» (tuma dans des circonstances particulières. Ces deux principes
DI~GIR.GAL un hanis un hahpus sit tak me-en piHik semblent avoir coexisté en Élam, peut-être issus de l'ori-
*insusinak sunkime un dunis). gine confédérale de cet État et des traditions différentes
Ce terme semble ne pas être uniquement affectif dues à la profonde dualité ethnique de ce pays; la pré-
mais avoir une valeur en quelque sorte juridique et pondérance de l'un sur l'autre a sans doute varié suivant
impliquer une notion de choix: tout se passe comme si les dynasties: à l'époque des SGKKAL l>IAH, c'est la lignée
un droit par élection, du dieu ou du souverain régnant, maternelle qui a prévalu, à travers la relation primor-
pouvait prendre le pas sur l'ordre normal de succession diale de «fils de la sœur» (DGMU NIN9 / ruhu sak).
ou s'appliquer lorsque les principes fondamentaux ne
s'adaptaient pas à la situation et qu'un choix était néces- DUMU NIN,/ruhu sak
saire pour départager plusieurs ayants droit possibles 245 La plus ancienne attestation dans notre documentation
C'était un choix divin qui légitimait la venue au pou- qui fasse référence à la «sœur» d'un souverain (dans
\'oir d'un roi issu d'une famille qui ne détenait pas le l'expression «fIls de la sœur») date d'Atta-hushu ;

LES I~SCRIPTIO"S ROY.'\LES DE SCSE 173


constante à l'époque des SCKK\L\I\H, elle disparaît pom'oirs des différents princes, prO\'iennent sans doute
avec les souverains d'Haft-Tépé et les Igihalkides, et aussi les principes complexes concernant la succession
réapparaît, au second plan, dans la dynastie des Shu- dynastique,
trukides 249, Le premier dans notre corpus, Atta-hushu est "fils
La relation familiale traduite dans cc titre trouve de la sœur de Silhaha» (DUYlC ~J:\9 silhaha) dans toutes
sans doute son origine dans la situation de l'Élam au ses inscriptions, :vlais ce Silhaha est une personnalité
moment de sa constitution en un ÉtaL Royaume né qui nous reste très ohscure : il est connu essentielle-
d'une commune opposition à l'expansionisme de ment comme le grand ancêtre auquel font référence,
l'Empire d'Ur, et renforcé par des mariages entre les non seulement ses successeurs de la dynastie des Epar-
familles dirigeantes, il reposait sur une certaine autono- tides, mais aussi Hutelutush-Inshushinak, lorsque, à la
mie régionale et une structure politique à plusieurs suite d'une rupture av'ec sa propre famille, ce souve-
niveaux 250 : notamment les frères et les fils (ou peut- rain chercha à se rattacher à une légitimité plus
être plus précisément le frère cadet et le fils aîné) du ancienne, enracinée dans les traditions élamites les
roi, chef suprême, pouvaient diriger, sous son autorité, plus profondes: i !,
des régions plus ou moins importantes du royaume Le titre, DUI\1U -"11-"19 silhaha, est repris pas Temti-
dans des capitales "provinciales", Cette hiérarchisation halki et Kuk-:\'ashur puis par Kuk-Kirwash ; le temps
du pouvoir aux mains d'une famille régnante étendue, qui sépare ces différents princes interdit de voir dans
qui reposait sur des mariages et scellaient des alliances cette expression un lien de filiation directe, On serait
ou nouaient les liens familiaux, a sans doute formé une tenté d'expliquer cette référence à un grand ancêtre par
trame plus ou moins serrée tout au long de l'histoire de un changement de la hranche régnante à l'intérieur de
cet État profondément composite, De cette intrication la dynastie, Après Silhaha, le poU\oir à Suse ne serait
des générations et des familles régnantes, ainsi que des pas passé à son fils mais à son neveu, fils d'une sœur, et

GalEi "de ja"pe du pa"",


d" Pumli.,h" quijilt offert,
UilHi (lllt' ft' ïf:pr/,-oltt' la "cène

ct que le proclame l'in"criptioll,


par S/nlllilk-In.dm,hi!lak
LI _,a <~ffI!C chérie. nar-Cii >J.

1Hriti,h\fu"cllm, 113886),

Taille réelle,

174 LES I:\SCR!I'TIO:\S RO)'"LES DF SlSE

1
LES SOU\'ERAIKS B\TISSECRS

celui-ci y aurait établi fermement sa lignée. La sœur de Ishmekarab. Il est aussi l'oncle de Siwe-balar-huhpak ;
Silhaha représente peut-être celle qui a transmis la légi- cependant sa lignée sem hie avoir été éclipsée, à Suse,
timité dynastique, tout comme )Jahhunte-Utu ou Bar- par celle de Silhaha.
L'li plus tard. Ainsi l'expression «fils de la sœur» met-elle l'accent
On peut rapprocher cette référence à l'oncle mater- sur la légitimité transmise par la sœur du somerain
nel du fait que, lorsqu' un frère puîné succède à son régnant, c'est-à-dire, par une femme du même sang
frère aîné, c'est son père quïl cite dans sa filiation: la royal que lui.
légitimité n'est pas transmise au ni\eau d'une même Un terme propre à l'élamite indique cette filiation
génération, mais d'une génération à une autre, de père matrilinéaire, c'est le mot ruhu è5 ', emplm'é seul ou en
en fils ou d'oncle à neveu par l'intermédiaire de la composition. Il se combine en effet avec le mot fils (sak)
sœur, chaînon dynastique. Il y aurait dissymétrie au et avec le mot "fille» (pak) : ruhll sak et ruhu pak :53.
niyeau d'une même génération entre frère cadet et L'expression ruhu sak pourrait être traduite par «fils
.sœur aînée du som'erain régnant, peut-être afIn d'assu- héritier par sa mère» ; elle correspond à DUMT NIN y "fils
rer à la fois la continuité de la lignée et de neutraliser de la sœur» dans la mesure où la mère est sœur de sou-
les rivalités: le frère cadet peut succéder à son frère verain, donc imestie du droit de transmettre légitime-
aîné mais non pas transmettre le trône, la sœur peut ment le pouvoir royal. Si l'exemple de la famille de
transmettre le trône - probablement dans le cas où le Shilhak-Inshushinak est probant, ce droit revenait nor-
frère aîné n'a pas d'héritier qui puisse assurer le relais malement à la fille aînée, le roi pouvant cependant
a près son oncle - mais ne peut pas régner. désigner spécifiquement une autre de ses filles: il est
Le seul autre oncle maternel qui apparaisse dans possible que Shilhak-Inshushinak ait ainsi choisi Bar-
notre documentation est Sirukduh. S'il ne s'agit pas Uli, la première fille de son union avec l'\ahhunte-Utu,
d'un homonyme, Shilhak-Inshushinak le cite parmi ses au détriment d'Ishnikarab-huhun ; c'est cette transmis-
prédécesseurs à avoir (re)bâti le temple d'Inshushinak. sion qu'évoquerait un caillou de chalcédoine gravé au
Il est l'oncle de Temti-Agun dans une inscription où ce nom de Shilhak-Inshushinak, représentant le roi et sa
SCKh.,\L de Suse proclame l'édification d'un temple à fille.

Shutruk-:--; ahhunte
(1190-1155)
,

Kutir-);ahhunte Nahhunte-Utu Shilhak - 1nsh ushinak Shimut-nikatash


0155-1150
[ 1150-mO
L____--,
1

Hutelutush- Shilhina- Kutir- Temti-tur- Lila-


Inshushinak Lchnzkarab- L-rutuk- hamru- Huban Clu- katash irtash Bar-L'Ii ,\felir-
Ica. 11.'0-1110) : huhun EI- Lakamar ehihlû- NahhwZlc
ha/ah ume Pinigir
,
----,---

Temti-bitet
Cluk-
hutekashan Le_, noms féminÎns sont en italique.

LES l','SCRIPTIO','S RllL\I.FS DE Sl'SE 175


LES SOl:VER.\I~S SATISSECRS

La notion de "fils de la sœur (épouse»>, c'est-à-dire LA TITULATURE


issu d'un inceste qui assurerait la pureté du sang royal,
a été invoquée comme principe successoral, mais n'est À côté de sa filiation, le roi-bâtisseur indique le plus
nullement explicite dans le titre "fils de la sœup, ; il sou\ent sa titulature. Celle-ci peut être politique ou reli-
n'est pas assuré que cela ait été une pratique fonda- gieuse ou encore exprimer le double statut du roi, servi-
mentale dans les familles royales élamites : l'existence teur des dieux et maître des pays et des peuples: ses ins-
de deux séries de termes distinguant la lignée mater- criptions de construction témoignent en effet à la fois de
nelle de celle du père incite plutôt à dissocier ces deux sa piété et de sa puissance.
ascendances. Et l'on peut voir le reflet d'une situation
exceptionnelle et difficile, dans le souci constant de
TITULATURE RELIGIEUSE
Shilhak-Inshushinak de préciser les filiations, la
constitution de la lignée dynastique et les rapports à sa Il est courant dans les inscriptions royales sumériennes
succession. On peut imaginer en effet qu'il était rare et akkadiennes 255 que le roi se place sous un patronage
que le frère aîné n'ait pas d'enfant et, si c'était bien le divin; dans ses dédicaces susiennes, Shu-Sint est «aimé
cas pour Kutir-Kahhunte, Shilhak-Inshushinak a pu du dieu Enlij" (narilm *enlil) "6
vouloir transmettre la royauté à ses enfants en épou- Il est rare que le lien de dévotion entre le prince et
sant celle dont la descendance recevait normalement la le dieu soit exprimé du point de vue de ce dernier, au
succession royale. L'ambiguïté, qui a pu engendrer la travers du titre qui lui est donné: Inanna est la Dame
querelle dynastique, était alors de savoir quels seraient bien-aimée (NIN KI.ÂG) de Tan-Ruhuratir et de son
les héritiers légitimes; la légitimité du fils aîné de épouse Mekubi dont l'inscription s'ouvre sur la dédi-
Kahhunte-Utu, Hutelutush-Inshusinak, l'aîné des cace "pour Inanna, Reine de l'acropole, sa maîtresse».
petit-fils de Shutruk-Nahhunte, était quasiment indis- En revanche Idadu se dit "serviteur bien-aimé» du
cutable, mais à qui revenait ensuite la succession' Au dieu de Suse (IR Kl.ÀG/wardum narilm *NIN.MÙS.EREN) ;
frère cadet de Hutelutush-Inshushinak, Shilhina- Atta-hushu fait de même dans les inscriptions qui se
hamru-Lakamar, leur sœur Ishnikarab-Huhun pou- rapportent à des constructions religieuses, alors
vant, en l'absence de fils héritier de celui-ci trans- qu'ailleurs il porte un titre «civil», "pasteur du peuple
mettre le trône à son propre fils aîné ou aux enfants de de Suse».
la fille aînée de Nahhunte-Utu et de Shilhak-Inshu- Sous les SUKKALMAH, aucun titre religieux n'est
shinak, elle dont il fit sa "fille d'élection», sa "provi- attesté dans nos documents 257. On peut se demander s'il
dence» (pak hanik surururi). faut rattacher ce fait à une position moins privilégiée
Le terme ruhu est rarement employé de façon indé- des dieux susiens dans un royaume largement appuyé
pendante 2;4 et n'apparaît pas dans ce corpus. Dans notre sur le Haut Pavs.
documentation, dans les textes de takkime de Shilhak- À l'époque médio-élamite, cet élément, absent chez
Inshushinak, la descendance de Nahhunte-Utu (<<sa les Kidinuides, connaît une rare extension dans l'ins-
descendance» : puhu-e), celle commune à Shilhak- cription de Humbanumena ; on y trouve le thème de
Inshushinak et à cette épouse bien-aimée (<<notre des- l'appel à la royauté et de la prédestination du prince:
cendance» : puhu-nika) est désigné par le terme puhu. c'est le dieu qui a choisi Humbanumena pour régner
Les expressions ruhu, ruhu sak, ruhu pak, puhu res- «(le) Grand-dieu m'aimait et m'a choisi». Cette formu-
sortissent au point de vue de la descendance; d'autres lation est unique dans notre corpus et cet élément est
expriment le point de vue de l'ascendance, amma, atta inconnu chez Untash-Napirisha où l'expression de la
et peut-être amma hasduk qui pourrait être le symé- piété royale a une tout autre expression stylistique; il en
trique de ruhu pak/sak lorsque la transmission de la est de même chez Shutruk-Nahhunte et Hutelutush-
légitimité royale s'est faite par la mère du souverain et Inshushinak.
non par son père. Enfin aianip désignerait l'ensemble En revanche, Kutir-I'\ahhunte reprend le titre porté
de la famille. par Idadu, «serviteur bien-aimé d'Inshushinak (/ibak

176 LES IKSCRIPTIO:-.;S ROYALES DE SUSE


LES SOGYERAI0:S BATISSElJRS

hanik *insusinak) dans certaines de ses inscriptions. MtS.EREN.KI) 259 qu'Idadu dédicace à la divinité le
Dans le texte nO 1, c'est même là son seul titre: il n'y temple qu'il a bâti; il est exceptionnel qu'il porte à Suse
porte pas de titre politique; dans le texte nO 2, il précède le titre de «roi de Simashki et d'Élam» : il n'y a pas
celui de «roi d'An zan et de Suse» ; dans le nO 3, il ne d'interférence à cette époque entre les deux mondes
porte que ce dernier. politiques, Mésopotamie-Suse-Élam d'une part, et,
Dans la même tradition, Shilhak-Inshushinak fait d'autre part, Awan-Simashki. Le point de vue est donc
également précéder son titre politique de celui de «ser- alors strictement susien, tout à fait exclusif des autres
,·iteur bien-aimé d'Inshushinab,. Cependant dans les constituants élamites. Toutefois il est difficile de savoir
textes de Liyan, il se dit «serviteur bien-aimé de Kiriri- si des titres indigènes ne se cachaient pas sous les idéo-
sha et d'Inshushinab,. grammes (ENSI, GÎR.NITÀ. LUGAL).
A l'époque néo-élamite, Shutruk-Nahhunte, fils de Le maintien du titre d'ENSI peut s'expliquer par le
Hubanimena, ainsi que Hallutush-Inshushinak font fait que le statut de Suse et de la Susiane n'est en fait
suine leur titre politique de celui de «sen·iteur bien- guère modifIé: elles étaient rattachées à Agadé ou à Ur;
aimé du Grand-dieu et d'Inshushinak (/ibak hanik DIN- elles le sont désormais à un royaume du Haut-Pays.
GTR.GAL ak *insuSinakl. Un changement de perspective se dessine
.\insi ce titre religieux est-il un élément qui apparaît lorsqu'Atta-hushu prend le pouvoir à Suse: il porte le
de manière irrégulière dans les titulatures royales. Il titre local de "Pasteur du Peuple de Suse», lorsqu'il
n 'cn a que plus de signification: ce n'est pas par tradi- construit une rampe, ou, pour ses tra,'aux religieux, de
tion mais par une volonté religieuse réelle que le souve- "Pasteur du dieu Inshushinab,. Ce titre est sans doute
rain le fait entrer dans ses inscri ptions de construction. proprement su sien 261) puisqu'Atta-hushu 'en porte un
autre dans la dédicace que lui fit son serviteur Ibni-
Adad de deux objets de bronze, trouvés dans le Luris-
TITCLATURE POLITIQUE
tan: il est alors «celui qui tient le SA.BU.DAM du peuple
1.3 titulature des inscriptions de construction permet de de Suse,,261. Atta-hushu, même s'il est un «régent
caractériser les différentes périodes de l'histoire de loca]", installé par le roi de Simashki, est le premier
l'Élam, et donne un aperçu sur la complexité politique souyerain, dans cette documentation, pour qui Suse
de cet État protéiforme. A la période des ENSI, qui vit la représente le centre de son pouyoir : contrairement à ce
fIn de l'hégémonie de Sumer et d'Akkad à Suse, à la qui se passait précédemment, l'activité dont témoignent
suite de l'émergence de dynasties locales, succéda les briques de construction ne dépend plus d'un roi
l'impérialisme des SC'KK.\L.~IAH qui engloba Suse dans dont la capitale était ailleurs. Le titre de "Pasteur»
le vaste ensemble formé par la Susiane, l'Élam et le reflète ici une autonomie certaine, peut-être concédée
Simashki ; puis, après une période troublée et le bref par le Haut Pays en raison d'un affaiblissement qui
épisode des «rois de Suse», ce fut celle des «rois l'aurait empêché d'assumer le gouyernement direct sur
d'"\nzan et de Suse». Cette histoire fut rythmée par le Bas Pays. Atta-hushu n'apparaît pas dans la liste des
l'apparition de princes «agrandisseurs du royaume» dynastes. Son accession au pouvoir, prélude de la domi-
a\ec lesquels le pays sortit de périodes obscures de frac- nation des SCKK.\L.\lAH, est sans doute le résultat d'un
tionnement et de repli sur divers centres locaux. changement dans les ra pports de poU\'oir établi entre les
A l'époque d'Akkad et de Sumer, aucun roi méso- différents potentats élamites, ce qui permit l'émergence
potamien ne porte, à Suse, dans ses textes de construc- de Suse au détriment des autres composantes du royau-
tion, de titre propre à l'Élam; après l'effacement de la me. Ce bouleversement peut ayoir été occasionné par la
domination mésopotamienne, les souverains qui ratta- montée en puissance de Larsa et la campagne menée
chèrent Suse à leur royaume continuèrent le plus sou- par Gungunum contre Anshan '62.
'ent à employer localement les titres de la tradition La «dynastie» des SCKKAL.\L\H provient, semble-t-
suméro-akkadienne ê5s . Comme son père Tan-Ruhura- il, de la restructuration du mode de gouvernement, au
tir, c'est en tant que «gouverneur de Suse» (ENSI, profit d'une nouvelle branche d'une famille déjà

LES I):SCRIPTlO0:S ROYALES DE SCSE 177


LES SOcv'ERAI:--JS BATISSECRS

régnante 263 , la branche issue de la sœur de Silhaha, le La modicité du titre porté par Inshushinak-shar-
SCKKAL:'IAH qui partagea le pouvoir avec Ebarat, roi ilani et Tepti-ahar, ces «rois de Suse» qui succèdent,
de Simashki, et Atta-hushu, Ces structures reposent dans ce corpus, aux SUKK . \LM ..\.H, traduit le déclin que
sur une hiérarchisation du pouv'oir entre les mains de connurent les princes du Haut Pays et le retour au
différents membres d'une même famille. C'est cette semi-nomadisme de cette région, La culture «trans-éla-
hiérarchisation qui est le fait nouveau et original: à mite» a disparu, les mécanismes unificateurs sur les-
mi-chemin entre le centralisme de l'époque où Suse quels reposait le pouvoir ont cédé dennt une crise de
était assujettie à la Mésopotamie, puis au Simashki, et vaste ampleur.
la fragmentation entre différents clans, qui ne cessa Avec les Igihalkides, on assiste à la disparition de
d'être une tendance latente du Haut Pays, elles présen- toute référence au Simashki ; la région septentrionale
tent une souplesse et un dynamisme générateurs de du Plateau n'appartient plus à la même orbite politique;
stabilité, Différents membres de la famille régnante - cette coupure va de pair avec la réapparition d'Anshan
au sens large puisque les mariages pouvaient y inté- comme si s'était produit un nouveau découpage des
grer des familles détentrices de puissance - sont ainsi forces politiques et que cette contrée s'émancipant de la
appelés à assurer des commandements locaux et à gra- tutelle simashkéenne ait fait bloc avec la Susiane.
vir les différents échelons du pouvoir, jusqu'à la fonc- Le premier des rois «d'Anzan et de Suse», Humba-
tion suprême, le «SUKK ..\.L~L.\.Hat». Dans le titre de numena, fait précéder ce titre de celui de «Agrandis-
SCKKAL:'L.\.H, l'adjectif M ..\.H (<<suprême») correspond, seur du royaume, maître de l'Élam, détenteur du trône
en quelque sorte, au qualificatif élamite, qui apparaît élamite, souverain de l'Élam» (likume ri§akka merrik
ultérieurement, ri§ak. Tous deux comportent la notion hatamtik katri hatamtik halmenik hatamtik 2(6). Cette titu-
d'un État constitué de différents éléments rassemblés lature se caractérise par la répétition du nom vernacu-
entre les mains d'un «Grand-Roi,,264. Tenant le Haut laire de l'Élam (hatamt), ce qui n'est sans doute pas sans
et le Bas Pays, il contrôlait à la fois l'exploitation agri- signification pour un prince qui a dû lutter pour acqué-
cole de la Susiane et du bassin fluvial d'Anshan ainsi rir la prééminence en Élam. Alors que «roi d'Anzan et
que les routes commerciales du Plateau, alliant la tech- de Suse» est un titre traditionnel par lequel Humbanu-
nologie des régions orientales à celle de la Mésopota- mena se situe dans la tradition élamite ancienne - où la
mie, notamment en matière d'irrigation et d'adminis- royauté définie comme la réunion du Bas Pays agricole
tration, et du Haut Pays pastoral représente une notion statique,
Dans les textes économiques et juridiques contem- de contenu symbolique -, les trois premiers éléments de
porains, le titre de SUKKAL (de Suse) varie librement sa titulature peuvent représenter la réalité de son pou-
avec celui de LUGAL (de Suse) et il ressort de noms cités voir politique.
dans divers contextes que le SCKK..\.L!LUGAL de Suse Son fils abandonna cette titulature complexe et
pouvait devenir ensuite SUKK..\.Ll\HR Il apparaît donc affirma son autorité sur le Haut et le Bas Pays: il reprit
que, à Suse, alors que les tâches administratives et juri- le titre «roi d'Anzan et de Suse», titre hautement svm-
diques étaient dévolues au chef local (le bolique, tout comme sa volonté de construire une nou-
SCKKALlLCG.\L), les travaux d'urbanisme et de piété velle capitale, où seraient réunis les dieux des deux
relevaient du SCKKAL~!..\H, en tant que "gouycrneur régions qui composaient, à titre égal, son royaume,
suprême, gouverneur d'Élam, de Simashki et de «Roi d'Anzan et de Suse» est aussi le titre par excellen-
Suse»2C5 Il pouvait également faire alterner leur lieu de ce des Shutrukides. Cependant Shilhak-Inshushinak
résidence en fonction des exigences saisonnières. Le ne le porte qu'exceptionnellement (nO 8) dans les ins-
titre qui énumère Élam, Simashki et Suse, évoque un criptions où lui-même et sa famille constituent le
royaume à trois composantes, à moins que Suse ne soit thème essentiel des textes de takkime. Dans ce contexte,
pas sur le même plan que les deux premiers et que sa il se dit plutôt likame ri§akki et c'est alors son seul titre,
mention ne découle que de la localisation des trayaux Son successeur Hutelutush-Inshushinak l'intègre dans
dont ces inscriptions gardent mémoire, une titulature originale, qui combine différents élé-

178 LES I:\SCRIPTIO:\S ROY.\LES DE SC SE


LES SOC\'ERAI"S BATISSELRS

ments déjà connus: il est likame risari menir hatamtir ak


susenri ,67 "agrandisseur du royaume, Prince d'Élam et
de Suse», "Anzan» a disparu de sa titulature, appa-
remment remplacé par «Élam»,
A l'époque des Shutrukides, la référence à Anzan ne
paraît pas avoir la même signification que sous les SUK·
K.,L.~L\H : dès le début du xn' siècle, la population de la
région anzanite avait commencé à décroître de façon
notable et le semi-nomadisme s'y était largement réim-
planté. :vrais en dépit du fait que la ville avait alors
perdu presque toute importance, le titre du souverain
sonne comme une affirmation de la double composante
ethnique du royaume, comme un maintien, au moins
théorique, du pouvoir sur le Grand Élam,

A l'époque néo-élamite, les inscriptions sur briques


accordent beaucoup moins de place à la titulature :
celle-ci est parfois totalement absente =68 ou réduite à
un seul titre =69. "otre documentation ne présente pour
cette période qu'un seul titre développé, celui de Shu-
truk-"ahhunte, «agrandisseur du royaume, (détenteur
du) trône d'Élam, (prince) doté du gouvernement
d 'Élam" (/ikume risakka katru hatamtik menku likki
hatamtik), qui rappelle celui de Hutelutush-Inshushi-
nak et du premier Humbanumena. La reprise de cette
tradition est d'aurant plus intéressante que ce prince
cite Hutelutush-Inshushinak, son frère Shilhana-
hamru-Lagamar et Humbanimena - dont il est peut-
être significatif qu'il porte le même nom que le père
dTntash-:\'apirisha - comme les rois dont il veut
sui ne le modèle. Hallutush-Inshushinak se rattache à
la tradition élamite et réaffirme l'union constitutive de
l'Élam; il associe la double monarchie d'Anzan-Suse à
la notion dynamique (pour ne pas dire polémique)
exprimée par risa- : le titre likume risakki est porté,
semble-t-il, par des rois qui eurent à conquérir ou à
affirmer leur pouvoir à Suse. Humbanumena fur le
premier de sa dynastie à inscrire sa titulature sur des
briques de construction; il en fut de même pour Shu-
truk-"ahhunte II. Par ailleurs, la domination de
Hutelutush-Inshushinak sur la Susiane subit bien des
attaques, extérieures et intérieures.

LES I"SCRIPTIO:\S ROYALES DE SLSE 179


»

LA CONSTRUCTION LES ACTIOI\"S

Le schéma de base des inscriptions de construction com-


portent outre le nom du prince et sa titulature, un verbe
de construction 270 associé à l'objet de la construction.

LES VERBES DE CONSTRUCTION

Textes en sumérien et en akkadien:

Dans les premières inscriptions, rédigées en suménen


ou du moins en idéogrammes, le verbe de construction
est (MU-'\A-)Dt';!, comme l'attestent les inscriptions de
Shulgi. de Tan-Ruhuratir et :\lekubi et d'ldadu ; cette
forme correspond dans le texte bilingue d'Idaclu à
l'akkadien u.sepis.
A l'époque d'Atta-hushu, BA.Dt est employé pour la
construction du kiz;ëum; le texte qui commémore l'édifi-
cation d'une rampe est en akkadien et emploie à nou-
veau le verbe epesu. sous la forme 1. La stèle de justice
que ce prince érigea (usziz) sur le marché fut "façon-
née» (r:"\-NA-Di.vr).
Dans les textes des SLKKALM.-\H, on trouve soit une
forme cie epesu (lpus2~) soit l'idéogramme (DI-NA-) DÎM n.
Les inscriptions d'Inshushinak-shar-ilani et Tepti-ahar
comportent la forme ïpus. Le verbe epesu, tout comme
les idéogrammes DÙ et DiM. est employé qu'il s'agisse
cI'une construction ou d'une reconstruction ,;4.
Par ailleurs les textes en akkadien emploient le verbe
rakasu «lier», «appareiller»n5 en parlant d'un ancien
mur, sans doute écroulé, qu'on ne redresse pas (Idadu
n° 2 : igaram kupram LIBIR u/ urikkis); à ce verbe corres-
pond l'idéogramme Gr dans le texte en sumérien (É GARs
LIBIR KU.UN.GI), qui est également employé dans le texte
de Kuk-Kirwash. L'action de restaurer est explicitée par
le verbe edesu à la voix II (<<rendre nouveau»). L'inscrip-
tion de lnshushinak-shar-ilani en revanche détaille le
processus plus complexe qui s'm·ère nécessaire lorsque le
bâtiment (É.Dt.A) est par trop délabré (tabik) : «après
avoir déhlayé ce qui était de brique crue, j'ai construit à
côté en brique cuite (sa /ibitti utappir-ma sa erimti fpus
ahfta)>>. Le verbe taparu exprime l'action de déblayer,
Galet votif de Puzur-Inshushinak qui symbolise la protection
qui précède ici la reconstruction d'un nouveau temple
magique du bâtiment pour lequel le dieu fixe un pieu dans le sol «à côté» de l'ancien. Le fait de construire «à côté" est
dont il prend ainsi pO:He.Hion. exceptionnel: le nom' eau temple qui s'inscrit dans la

180 LES l''ISCRIPTlO''lS ROY.~LES DE SGSF


L.\ CO~STRCCTIO"

continuité architecturale et cultuelle de l'ancien est nor- Les verbes sarra- et kusi sont toujours à la forme
malement construit «à son emplacement» (Kl.BÉ). active transitive tandis que pepSi- présente soit une
forme personnelle, soit une forme élargie, soit une
forme adjectivale.
Textes en élamite :

Le v'ocabulaire de la construction est plus déyeloppé sarra-


dans les textes en élamite. À côté du yerbe de base kusi- Deux traductions ont été proposées: "déblayer» ou
utilisé pour l'action de bâtir, d'autres verbes expriment «remettre en état».
des actions plus spécifiques. L'inscription nO 6 de Shilhak-Inshushinak (<<le temple
du dieu lnshushinak avait été construit en briques crues,
kusi- et comme il s'était délabré, je l'ai (re)bâti en briques
Dans les textes en élamite, c'est-à-dire à partir de Humba- cuites, ... je l'ai consacré à lnshushinak ... et les rois du
numena, le verbe principal est presque toujours kusi_ 276 . royaume, mes prédécesseurs, qui avaient construit le
Il apparaît seul dans les inscriptions les plus simples temple, j'ai inscrit leur nom sur la brique de fondation et
(par exemple dans le texte n° 1 d'Untash-Napirisha). j'ai remis en état et reconstruit») offre un contexte où le
C'est également lui qui est utilisé pour rappeler la yerbe sarrah n'est pas employé dans la séquence habi-
construction faite par des prédécesseurs (ou, négative- tuelle, entre le terme qui exprime la ruine du bâtiment
1l1ent. son absence 2/7). (miSi) et celui qui en marque la rénovation et où il est
Ce verbe qui reste le cœur des inscriptions plus déve- possible d'hésiter entre les deux traductions. L'action
loppées est, dans quelques cas rares, remplacé par hali 2" qu'il décrit se place ici après l'évocation de la refonda-
ou par huhta 279 qui semblent être des synonymes 280. tion du temple par la «réactualisation» des documents
Dans le yœu final, l'expression stéréotypée très fréquente de fondation: le sens "remettre en état» semble donc
qui désigne l'œuvre du prince bâtisseur, ne comporte pas plus adapté que «déblayer». Ce verbe exprimerait
cc vcrbc mais le couple hutta + hali (huttak halikume). l'action matérielle de «rénover» tandis que pepsi se rap-
Comme epesu en akkadien, il est employé aussi bien porterait à l'aspect religieux de ce renouveau.
pour la création d'un temple (cf. Untash-Napirisha
n" 1 b) que pour une reconstruction. Dans ce dernier pepsi-
cas, d'autres yerbes peuvent s'ajouter à kusi pour détail- Cette base verbale a été traduite par «créer», "fabri-
ler les étapes de la restauration. Les yerbes pepsi (pepsih, quer», «placer les (murs de) fondation, les documents de
pepsinnah, pepsimma, pepsia), sarra/sari sont alors fré- fondation» mais un sens plus spécifiquement religieux de
quemment employés à côté de kusi, seuls ou en série, et «renouveler», «reconsacrer>, semble meilleur; il com-
constituent la séquence typique qui décrit le processus porte la re-sacralisation du bâtiment par un nouveau
de restauration d'un temple (schéma ci-dessous) : document de fondation qui le dédicace à la divinité 281.

" Humbanumena ______ kukunnum _____ pepsiy~ _________________ kusih


Shutruk-Nahhunte ____ siyan ... Il sarrah erientimna ______________ _ ak _ _ _ _ kusih
Kutir-Nahhunte __ _ __ kumpum ... sarih ____ ak ___________ erientum-ma kuSih
hiel ... sarih. pepsirmah ____________ ak _ _ _ kusih
Shilhak-Inshushinak ____ siyan ... Il sarrah ____ his-e erientum pepsiya-ma talluh
siyan ... sarrah pepsimah _ _ _ _ _ ak erientimna kusih
siyan _ ______ pepsiya-ma~_ _ tal/uh ak sarrah ak __ . kusih
murti ... erientimia pepsiyhL_______________._ _ _ _ kusih
Hutelutush-Inshushinak _ _ siyan ... erientimni ___ pepsis ____________________ kusisna
siyan ... erientimni ___ pepsih kusih

LES I~SCRIPTlO"S ROL\LES DE SUSE 181


L.\ CO)JSTRCCTIO"

Ce verbe apparaît soit sous une forme conjuguée prédécesseurs, qui ont fait le hasdu d'Inshushinab (api
simple (pepsihlS), soit composée (pepsimah), soit encore sunkip urpuppi hasdu *insusinak-ni halihsi). Il apporte
sous une forme adjectivale (pepsiya) déterminant erien- peut-être l'idée d'embellissement ,84 ou de travail
tum qui paraît alors avoir le sens plus spécifique de difficile 285 ou, au contraire, peut-être a-t-il un sens plus
"brique de fondation ou de dédicace», la Brique par général (<<œuvrer») que kusi "édifier», qui concernerait
excellence 282. uniquement les bâtiments.

Plusieurs verbes composés de la base ta- «placer»


EXPRESSIONS SPÉCIFIQUES
peuvent remplacer kusi

déblaiement
hutta-
hirra- Ce verbe comporte une base verbale la «placer», précisée
S'il est exact que sa rra/sari n'exprime pas un déblaie- par un élément préfixé hut- qui peut être indépendant
ment préliminaire nécessaire à une nouvelle construc- (huI), ou premier élément de plusieurs verbes composés
tion, c'est sans doute le verbe hirra qui exprime cette (hut + la-, huI + ra, huI + hali-). Ce composé signifie
action 283. Elle n'est évoquée que dans une inscription de "réaliser» et représente un factitif d'un verbe «être»
Shilhak-Inshushinak (na 8) : "les rois, mes prédéces- situatif ("faire être [en un endroit]»). Cependant dans
seurs, avaient construit un temple du Bosquet en briques une inscription de Shilhak-Inshushinak (nO 9) et une
crues - et qui l'avait construit, je ne le sais pas -, et une autre de Shutruk-Nahhunte II (no 1), huhta concerne
fois déblayé, je l'ai (re)bâti en briques cuites» (sunkip plus précisément la fabrication les briques (upat aktippa).
urpuppa siyan husa-me halal-imma kukSihsi ak akka
kukSista imme dumah ak hirra-amma u erientumia kuksih). Il est construit en couple avec le verbe hali- dans
Le contexte dans lequel apparaît le verbe hirra- l'expression qui fait référence à l'œuvre du prince bâtis-
évoque un long abandon du temple puisqu'il n'est pas seur dédiée au dieu, «ce qui a été réalisé par mes soins"
possible de retrouver les briques inscrites indiquant le (huttak+halik-u-me).
nom des fondateurs tant, sans doute, il était ruiné. La
restauration ne pouvait être entreprise et il fallait kata-
déblayer avant de construire un nouveau temple. Le verbe kata- qui est attesté une unique fois dans ce
corpus (dans le texte nO 9 d'Untash-:\'apirisha : kukun-
num *insusinakme ustana in lum i katah) présente une
construction
composition comparable à celle de hutta- ; dans les deux
kuk§i- formations il s'agit de "faire être (en un endroit)>> ; kata
La forme avec réduplication formée sur la base kusi- est pourrait se rapporter aux animés "faire exister», «ani-
rare; elle est employée dans cette inscription de Shil- mer» (cf la forme intransitive correspondante: katak-
hak-Inshushinak (na 8) où le roi dit avoir reconstruit /katuk- «vine») et s'opposer à hutta-, employé pour les
entièrement le temple - et non pas procédé à une remi- non-animés (hutta- "faire (être)>>, «réaliser»).
se en état -, dont il avait fallu d'abord déblayer les
décombres. huhta-
Il est utilisé dans les inscriptions de construction comme
hali- un simple synonyme, semble-t-il, de hutta-, par exemple
Ce verbe est d'un emploi plus restreint que kusi mais dans le texte n° 9 d'Untash-Napirisha : sunkip uripupe
apparaît dans des contextes très comparables où le sens imme huhtahsa «ce que les rois, mes prédécesseurs,
de "faire», «créer>, est satisfaisant: "dans le hiyan n'avaient pas fait» ; souvent ainsi construit sans complé-
d'Inshushinak, mon dieu, que j'ai fait ici» (hiyan ment direct, il se présente dans une variante de ]' expres-
*insusinak napir-uri-me ahan halih-ma), «ces rOIS, mes sion huttak halik-u-me : u huhtah halih. Dans d'autres

182 LES I"SCRIPTIO"S ROYALES DE SL"SE


L\ CO '1 S T R L'C T 10"

contextes êSG, i! a pour complément différents types de humain, le verbe sima-tah "faire une offrande» (pour
briques (upat aktippa, erientum) ou des objets dont la obtenir la bénédiction), «consacrer h.
matière est spécifiée (huhpin uhimma, ligie miSitta, kukki Dans des inscriptions de Kutir-Nahhunte et de Shil-
maluna, zalmu erientumia). Il s'agit peut-être d'un fré- hak-Inshushinak, ce verbe exprime la remise de l'œu\Te
quentatif avec redoublement de hutta, employé avec un accomplie à la divinité, action qui est ailleurs rendue
sujet pluriel, à savoir les différents rois-bâtisseurs qui par dunu "donner», «offrir»(texte nO 1 de Kutir-I'\ah-
ont précédé Untash-I'\apirisha ; hutta-huhta formerait hunte : kumpum kiduya upatma kusik ak misirmana sarih
un couple comparable à kusi-kukSi. ak erintimia kusih ak *insusinak napiruri i simatah
«comme la chapelle? extérieure avait été bâtie en
murta- briques crues et comme elle tombait en ruine, je l'ai
Cc composé de mur(un) "terre» et de ta- est spécifique- remise en état et (re)construite en briques cuites; je l'ai
ment employé pour exprimer l'installation (de la statue) consacrée à Inshushinak, mon dieu»).
du dieu dans son temple. Ainsi Untash-I'\apirisha 287
lilstalla-t-il une statue de Pinigir en or dans le temple
ornementation
quïllui a construit (texte nO 3 : siyan *pinigir-me upat
hllssip-me kusih *pinigir lansitira ir ahar murtah) : la sta- sari-
tue est le témoin et le support de la présence divine dans Ce verbe désigne spécifiquement le trayai! concernant les
le temple. Le dieu ainsi intronisé dans son domaine ter- statues de métal ou recouvertes d'or et d'argent. Untash-
restre peut y être efficace; inversement, si la statue est Napirisha (texte nO 8) rapporte, à propos du temple de
enlevée du temple, ou seulement mutilée, le dieu est Sin-du-Sanctuaire, "j'ai construit ce temple du siyan-kuk
coupé de ses pouvoirs dans le monde des hommes en briques cuites; j'ai sculpté (un) Sin en or, je l'ai installé
(ml/l"lIn). Ce verbe exprime l'installation terrestre d'un comme le (dieu) d'un temple du siyan-kuk» (upat hussip-
dieu ou "faire être à une existence terrestre». me kusih *sin lansitirra ir sarih siyan kuk siyanra ir murtah).

kikkite- rarba-
Ce v'erbe est symétrique du précédent, composé de kik Ce verbe n'est attesté qu'en relation avec la porte du
«cie]" et d'une forme de ta- dont la voyelle est modifiée temple d'Inshushinak et il semble se rapporter au mon-
par l'harmonie \"Ocalique. tage des jambages (texte nO 6 : siyan *insuSinak-me upa-
Ce yerbe est uniquement employé par Untash- timma kusik ak misirmana u erientimimma kusih ak sip
l'\apirisha pour l'érection de la ziggourat (texte nO 6) : huti-e upat aktiyama kusih ak tetin lansitimma-ma rarbah,
•. j'ai bâti un temple en briques cuites, un temple haut ,de temple d'Inshushinak était construit en briques
aux briques émaillées ... J'ai élevé une ziggourat» crues et comme il était en ruine je l'ai construit en
(simn upat hussip-me kukunnum ubqumiya kusih ... u briques cuites et la structure? de la porte je l'ai construi-
zagratume kikkiteh). te en briques émaillées et je l'ai enserrée de montants
d'or»). Il peut signifier «enserrer", ou "fixer», ou enco-
simata- re «orner» ; le sens qu'on lui attribue dépend de celui
Ce verbe comporte en premier élément sima qui est de tetin, probablement "poutre» ou «colonne».
attesté comme verbe indépendant dans une inscription
(n" 4) d'Untash-Napirisha : «j'ai bâti une Maison-de-
dédicace
justice en briques cuites; j'en ai fait don au (le) Grand-
dieu: le siyan-kuk ayant été pourvu d'offrandes tallu-
rituelles', il bénit" le siyan-kuk» (ain kuten upat hussip-me Ce yerbe est en relation avec le «nom» (hiS) du dédicant
kusih DINGIR.GAL in dunih siyan kuk ullu-ruk siyan kuk et avec la brique de dédicace (erientum).
simaS). simas exprime l'action du dieu "accorder sa Inscrire son nom est un acte important de la
bénédiction», à laquelle correspond, du point de vue construction; toutes les briques inscrites étaient proba-
'Ii
l',
LES 1'1 sc RI PT 10'1 S ROY.\ LES DE SUSE 183 'l',

,,!I1
LA CO:-':STRLCTIO:-':

blement appelées à porter, à des degrés divers, témoi- LES BÂ TIMEKTS


gnage de l'action royale, mais les briques "de fonda-
tion» ou plutôt "de dédicace» 2BB devaient plus spécifi-
BÂ TIMENTS CIVILS
quement jouer ce rôle.
Untash-:\'apirisha, lors de la fondation du nouveau Il est caractéristique des inscriptions de construction
temple d'Upurkubak, spécifie qu'il y a placé son susiennes qu'elles ne concernent que très rarement un
nom 289 , (hise aha tah) mais c'est surtout Shilhak-Inshu- bâtiment autre qu'un temple: aucun récit comparable à
shinak qui affirme sa piété et l'accomplissement de son ceux qui se rapportent aux palais assyriens, par exemple,
devoir de roi en n'omettant pas de replacer le nom de n'est connu en Susiane pré-achéménide. l\"e sont cités
ses prédécesseurs dans le temple qu'ils avaient, avant dans ce corpus 292 que le rempart de l'Acropole (BÀD
lui, honoré de leurs soins. URlJ.AN.NA) construit par Idadu II et une rampe édifié
Ce nom d'un prédécesseur peut soit apparaître dans par Atta-hushu. La «stèle de justice» 293 érigée sur le
le corps de l'inscription du refondateur 29o , soit dans la marché par ce prince peut aussi être décomptée parmi
citation même du premier document de fondation; il ses réalisations civiles encore que la justice qu'elle doit
est notable que si plusieurs princes ont successivement faire régner soit placée sous l'égide du dieu l'TU. Les ins-
œU\'fé dans un même temple et que le nouveau roi en a criptions de constructions civiles sont donc exclusive-
connaissance, il n'énumère pas ses devanciers mais ment attestées à l'époque paléo-élamite.
consacre une inscription à chacun d'entre eux.

TEMPLES
tepu/tipP91
On a proposé pour ce verbe le sens d' "inscrire», et celui Les inscriptions sur briques témoignent essentiellement
de «mouler», "façonner des briques». Le verbe qui des constructions liées à l'activité de bâtisseurs menée
exprime le plus généralement la fabrication des briques par les rois; elles se rapportent donc au culte officiel, en
est kusi- ; par ailleurs tallu- qui signifie nettement «ins- laissant totalement dans l'ombre un culte sans doute
crire» est toujours employé avec his ,de nom» : tepu- très important en Élam: les bas-reliefs rupestres de
pourrait être un verbe plus spécifique qui désignerait la .'Jaqsh-i Rustam et de Kurangun attestent l'existence de
réalisation d'un certain type de briques, peut-être com- lieux de culte à l'air libre, culte qui relève d'une tradi-
portant une représentation ou une inscription. Ce verbe tion très vivante chez les populations montagnardes,
est employé par Shutruk-]\;ahhunte l pour la salle mais qui a pu s'étendre aux habitants du Bas Pays.
hypostyle (erientum tipuh ak hiyan *insu.finak napiruri-me Les bâtiments religieux sont le plus souvent désignés
ahan ha/ih-ma "j'ai façonné la brique et j'ai ainsi édifié comme temple (siyan) d'une divinité précise (siyan
la salle hypostyle d'lnshushinak, mon dieu») et par *insu.finak-me «temple du dieu lnshushinak»), divinité
Hallutush-Inshushinak pour la fabrication de briques à qui est offert (duni-) le temple, et dédiée (tela-) l'œuvre
glaçurées en grès (ahhan sivan *MÙS.LAM-na .fumuna ainsi accomplie (huttak halikume). Cette désignation, s'il
erientum uhinna tipiha "ce temple-ci d'lnshushinak, en faut bien rapprocher le mot sivan du verbe siya «voi!»,
glorification?, je l'ai façonné en briques de grès»). était peut-être conçue comme "le lieu de la Vision».
Le sens précis de "faire des briques inscrites» a pu L'inscription insiste soit sur le caractère novateur de
s'affaiblir: à l'époque néo-élamite, il paraît pouvoir l'œuvre du som'erain (<<ce que les rois mes prédécesseurs
remplacer kusi (cf Hallutush-Inshushinak, Tepti- n'avaient pas fait»), soit sur le maintien d'une tradition
Huban Inshushinak, nO 2). A cette époque, la restaura- ancienne: la piété du souverain se marque en effet aussi
tion n'est plus exprimée par pep.fi ; cette notion a été bien par la volonté de perpétuer une pratique religieuse,
remplacée, semble-t-il, par celle de "renforcer» (silha) que par un zèle plus grand encore que celui des anciens
(cf Shutruk-l\"ahhunte II, n° 4 et Hallutush-Inshushi- rois. Cela peut se concrétiser dans la création de nou-
nak). veaux temples ou par l'embellissement de ceux qui exis-
taient déjà. Parmi les souverains qui apparaissent dans

184 LES Il'SCRIPTlO;-;S ROYALES DE SUSE


LA C O NS TR UC TIO N

Vase d'époque suméro-élamite (2700-2500) provenant du temple d' Inshushinak, décoré d'un motifarchitectural inspiré sans doute
par l'Iran oriental.

ce cor pus, Untash-Napirisha occupe une place particu- À l'époque paléo-élamite, la mention du temple se
li ère. S'il prése rva l'Acropole de Suse et ses templ es, il présente le plus souvent sans être déterminée par le nom
ma rqua sa volonté d 'établir une nouvelle politique reli- d 'un dieu ; celui-ci apparaît comme le bénéficiaire de la
gieuse en créant ex nihilo une cité dotée avant tout d 'un construction. Ce temple est conçu co mme sa d em eure
vaste sanctuaire, le siyan-kuk : à Dur-Untash , un vaste (É), parfois qualifiée de «sa inte » ou «pure» (KÙ), ou bien
complexe religieux fut organ isé autour d'une ziggourat, comme un e co nstruction (É. D Ù.A) . Pour d és ign er plus
à l'intérieur de trois murs d 'enceinte concentriq ues. spéc ifiqu e m en t le «te mpl e» , les tex tes en akkadien
Le co ntex te a rchéologique auquel se rattachent les empruntent un mot élamite (z/siyan) auquel est adjointe
d ifférentes inscriptions a déjà été décrit dans les publica- la marque casuelle du système de déclinaison akkadien-
tions concernant les fouilles de Suse et de Tchoga Z an - ne (ziyanam). Ce terme peut faire place à une désignation
bil 294 • Il suffira do nc ici d e rappeler les différents édifices plus précise, empruntée, quant à elle, au fonds mésopo-
rel igieux qui ont donné lieu à des dédicaces royales. tam ien, kizzum ou kukunnum (schéma ci-dessous) :

Shulgi _ __ _ _ _ _ _ _ _ É.A.NI
Tan-Ruhuratir(/ Mekubi) É _ _ _ _ __ __ _ _ _ _ _ (pour Inanna)
Idadu É.KI .KÙ.AN.NA (pour Inshushinak)
Atta-hushu kizzum
É ________ (s'il s'agit bien d'une demeure divine)
Temti -Agun _______ _ _ ziyanam (pour Ishm ekarab)
Temti-halk i ziyanam (pour Inshushinak)
Kuk -Nashur _________ kukunnam sa SIG, AL.LU.RASa URU.AN.NA
(pour Inshushinak)
Kuk-Kirwash _________ É SIG, GlBlL SIG, AL. LU.RA É.KI.KÙ.AN.NA
(pou r Inshushinak)

LE S I NS CRIPTIONS ROY A LES DE SUSE 185


LA CONSTRUCT I ON

1
Tem ple de Nabu o SOm

T emple ca rré o uest

T emple de Hishmirik
ct Ruhuratir

Porte

T emple carré sud

T em ple de Shimur et N i n-a li

Temple de l m et Shala -';'::::::5=1

Plall du sall ctuaire de Dur-U12tash, d'après R. Ghirshman.

À partir des Kidinuides, les éd ifices relig ieux sont ailleurs éd ifié de nom breu x temples dédiés à de nom-
désignés le plus souvent pa r le te rm e siyan déterm iné breux dieux dont ce rtains appa raissent pour la première
par le nom de la di vinité dont ils sont la dem eure: c'est foi s en Susiane; ainsi les briques m enti onnent-elles, à
le temple du dieu tutélaire de la ville qu 'Inshushinak- côté des temples consacrés trad itionnel lement à des divi-
sha r-ilan i restaura à Suse (ana ziyani sa *MÙS.EREN). nités susiennes, des dieux an zanites et même originaires
Il n'est pas étonna nt, compte tenu des ambitions de d'Awan ou spécifiques d'autres régions de son royaume,
sa politique religieuse, qu 'U ntas h-Na pirisha ait par sa ns excl ure certaines divinités mésopotamiennes. A insi

186 LE S I NSC RIPTI ONS ROYALES DE S USE


L A CO ' S TR UC TI O:-l

Furent bâtis les temples d'Inshushinak, du Grand-dieu,


de Kiriri sha, de Pinigir, d'Upurkubak, d 'Ishnik arab,
de Na hhunte, de A. É. A. LUGAL, de Shimut et Belet-ali,
de Hishmitik et Ruhuratir, de Naz it, des Nap ratep
(( Les Protecteurs,,), de Sin, de Nabu, de Belala.
Les constructions faites par les Shutrukides se ca rac-
térisent par un zèle constant à l'éga rd du lieu de culte
d' ! nshushinak, et de ce lui consacré à Kiriri sha-d e-
Liyan (Shutruk- Ja hhunte nO2, Kutir- Jahhunte nO3,
Shi lhak- Inshushinak nO' 2 et 5) ; Hutelutush-Inshushi -
na k rompt cependant avec cette attitude puisque c'est à
ls hnikarab, outre lnshushinak, qu'il éd ifie un temple.
Ces templ es co ntinu en t à être désignés par le terme
siyan déterminé par le nom de la divinité.
À l'époque néo-élamite, alo rs que l'archéologie
montre que l'Acropole étai t presq ue totalement déser-
tée, à l'exception du temple construit par Shutruk-Nah-
hunte II , la terminologie est réd uite à l'extrême: la
construction est désigné soit par siyan, soit de manière
très imprécise da ns les inscriptions en akkadien de Shu-
truk-Na hhunt e II , «ce que Shutruk-Nahhunte a Appareillage des briques d'un porche et d'un escalier
construit" (sa NP ïpusu). de la ziggourat, centre de la cité religieuse de Dur-Untash.

TE RMES SPÉCIFIQUES
Le kukunnum est souvent associé à la tour à étages, la
À côté du terme génér ique siyan, apparaissent dès l'ori- ziggourat, qu'Untash-Napirisha dit avoir dressé ve rs le
gine des termes spécifiques pour les lieux de culte. ciel (zagratume kikkiteh).
Le kukunnum est mentionné depuis l'époque des SUK-
KA L.MAH (inscription de Kuk-Nashur) jusqu'à Hutelu- À Dur-Untash, les temples portent souvent un nom
tush-Inshushinak ; centre du culte sur l'Acropole, il est spécifique: siyan kinin (déd ié à Shi mut et Belet ali),
généralement dédié à lnshushinak. Cependant Humba- siyan silin (à lM et Shala), siyan hunin (à Hishmitik et
nu mena le dédia a u Grand-dieu, à Kiririsha et a u x Ruhuratir), siyan limin, siyan likrin (à Inshu shinak),
dieux protecteurs de Li yan. Son successeur, Untash- astam (à Pinigir), sir halte (aux dieux Napratep), ipillati
Napi ri sha, restitua au dieu de Suse ce Temple-haut de (à Nusku), nur kiprat (tour déd iée au Grand-dieu et à
l'Acropole susienne et lui consacra plusieurs textes de Inshushin ak). La plupart de ces dieux ava ient éga Ie-
déd icace (no 6, nO9 et nO 10), dont un rédigé en akka- ment un temple à Suse, mais ces noms spécifiques ne
d ien, qui proclame sa magnificence. Un Temple-haut sont attestés qu'à Dur-Untash.
fut égalem ent édifié à Dur-Untash, dont on a montré De telles appell ations ne sont plus attestées par la
q ue, d'abord consacré au seul Insh ushinak, il fut ensu ite suite dans les inscriptions de construction. Cepe ndan t,
t ra nsfo rm é et vo ué conjointement a ux deux gra nd s sous les Shutrukides, plusieurs constructions particu-
dieux de Suse et d'Anzan, lnshushinak et Napirisha 295 . lières, désignées ou non par des noms spécifiques, ainsi
Des Shutrukides, seul Hutelutush-Insh ushinak men- que des éléments intégrés dans les temples, sont men-
tionne un kukunnum, dans une inscription de facture tionnés pour la première fois: le Temple-au-Bosquet de
inhabituelle qui comporte une malédiction à l'égard de la D ame de Liyan, Kiririsha mais aussi d' Inshushinak
celui qui attenterait à son caractère sacré. et de Lakamar, hiyan d'Inshushinak constru it par

LE S I NSC RIPTI ONS RO YALE S D E SUS E 187


LA CONST R UC TI ON

Reconstitution d'un panneau mural


avec un homme taureau et un palmier
(auquel s'ajoutait une déesse protectrice) .
L 'inscription qui est utilisée comme
motif décoratif précise que,
dédié à Inshushinak, il appartenait
au «sanctuaire extérieur » (kumpuol
kiduya) de la famille royale.

188 LES I NSCR IPTI ONS ROYALES D E SUSE


LA CONS TRUCT I O:-i

Shilhak-Inshushinak, hiel de Laga mal pa r Ku tir-Na h- Shilhak- Inshushin ak consacrè rent bea ucoup de leurs
hunte, sip d 'Inshu shinak, murti de Tabmigirshu dans le efforts architecturaux à ce qui semble être une chapell e
te m pl e d ' In shu shin a k , suh te r de ce m êm e templ e fami lia le, le kumpum kiduya, dont les bas-reliefs étaient
auquel Hutel urush-Inshushinak accorda une attenti on un élément ca ractéristiq ue. L'a rchéologie montre qu'il a
toute particulière. dû en exister deux, l'une sur l'Ac ropole et l'autre dans le
Pa r ailleurs si les Shutrukides (mi s à part Hu telutu- quartier roya l.
sh- Inshushinak) ne mentionnent pas le kukunnwn, réa p- D ans les tex tes de co nstruction com posés pour les
pa raît alors la très ancienn e désig nation d u Lieu-saint, princes de cette d ynas tie, on peut rel eve r une ce rtaine
le kizzum. Son ancienneté est ga ranti e pa r l'insc ription spécificité des temples menti onnés dans les incriptions
d' A tta- hu shu qu i dit avo ir ré nové l'a ntiqu e kizzum qui sont ce ntrées sur la vie (takkime) d u roi et de sa
(tex te nO2). E n o utre, Kutir-Na hhunte et so n frè re fami lle : ce sont le temple de Kiririsha-de-Liya n (pour

Statuette du dieu
à la main d'or
(vers 2000), coiffé
de la traditionnelle
tiare à cornes.

Sta tuette d'un dieu


à oreilles de taureau,
de type archaïque,
monté sur U11 char
dont le tablier
e.it constitué de deux
pièces semi-cylindriques.

LES I NSC R I PT I ONS ROYAL ES DE SUSE 1 89


LA CONS TR UC TI ON

Kutir-Nahhunte et Shilhak-Inshushinak) , le temple l'ancien. C 'est encore à ce dieu , «son se igneuf», que
du Grand-dieu et de Kiririsha, Dame de Li yan, le Tepti-ahar voua sa construction (É.DÙ.A) .
temple du Bosquet, dédié à Inshu shinak et Lakamar,
le temple d 'Inshus hin ak lo rsqu 'est citée la porte (sip) À partir de l'époque médio-élamite, si le temple
(pour Shilhak-Inshushinak) et le temple d'Ishnikarab d 'Inshushinak n'est plus le seul à être mentionné par les
du Bosquet ains i que celu i d'Inshushinak du Bosquet briques inscr ites, ce dieu es t mentionné par presque
(pour Hutelutush-Inshushinak). Ainsi le vœu qui tous les sou verains: soit un temple porte son nom, soit
concerne la vie de la dynastie est relié soit à Inshushi- un bâtiment est rattaché à son culte par la dédicace qui
nak (par un e invocation initiale ou par une évocation en est faite. Si la seule inscription que nous connaissions
du Li eu-Saint en généra l), soit à Kiririsha et au culte de Humbanumena dédie le kukunnum qu'il a éd ifié au
pratiqué dans le Bosquet. En revanche il n'est pas inté- Grand-dieu et à Kiririsha , le kukunnum pour lequel
gré à l'inscription qui concerne la chape ll e familiale du Untash-Napirisha fit rédiger une inscription bilingue
kumpum kiduya. est dédié à Inshushinak. C'est un hiyan que lui construi -
sit Shutruk-Nahhunte l, tandis que Kutir-Nahhunte
La liste des temples qui ont fait l'objet d 'une inscrip- lui dédia le kumpum kiduya. Une inscription de Shilhak-
tion met en évidence la pérennité du culte de la divinité Inshushinak (nO6) détaille les travaux qu'il a accomplis
poliade Inshushinak, dont même les souverains étran- dans le temple d 'Inshushi nak : réfection du Portail, de
gers, tel Shulgi, s'attachèrent à conserver en bon état le sa structure en briques émaillées et des jambages dorés,
lieu de culte. C'est à lui qu'est consacré le ku/all1num et le ce qui tendrait à montrer l'importance et la richesse de
sanctuaire dans son ensemb le (ki zzum). Plusi e urs ce temple ainsi que sa place pri vilégiée.
temples lui étaient nommément dédiés à Suse. Le témoignage des briques lui attribue toujours une
position privilégiée à l'époque néo-élamite: tous les textes
lui consacrent les constructions, à lui seu l ou associé à
LES DIEUX DOTÉS DE TEMPLES
d 'autres divinités: au Grand-dieu dans le texte nO 1 de
Inshushinak Shutruk-Nahhunte II, à Ishnikarab dans le texte nO3.
Presque tous les souverains qui ont inscrit des briques
de construction o nt témoigné leur piété à l'égard Grand dieu tutélaire de Suse, son rayonnement est
d'Inshushinak, en lui dédiant un ou plusieurs temples: lié à celui de sa ville où il appa raît comme le détenteur
Idadu - qui lui donne le titre « so n se igneur » de la vie, du droit, de la justice, le chef suprême du
(LUGAL.A.NI.IRIbëli-su) - entretint l'Ekikuanna 296. C'est royaume des morts. Son nom est fréquemment évoqué
vers lui qu'est centrée l'activité architectu rale des SUK- dans les actes juridiques. Figure proche de l'Ea mésopo-
KAL.M AH à Suse; c'est d 'ailleurs à eux que se réfère Shil- tamien , il est le dieu des eaux jaillissantes et fertilisantes.
hak- Inshush inak dans une inscription qui a trait à ce Lorsque Suse tend it à affirmer sa prééminence en
temple: «Kuk-Nashur, Régent sup rême, Régent Élam, son dieu reprit en g rande partie les traits et les
d'Élam, de Simashki et de Suse ... a bâti pour sa vie un attributs du Grand-dieu, Napirisha 29ï . Le serpent, son
temple à Inshushinab>. symbole, est le gard ien de la royauté. Son rôle primor-
Une centaine d 'années plus tard, Inshushinak -shar- dial dans les institutions royales et dans le cu lte dynas-
ilani , dont on peut penser qu 'il n'éta it pas d 'o rigine tique apparaît tout particulièrement dans les textes de
susienne, consacra une inscription en akkadien aux tra- takkime de Shilhak-Inshushinak et Kutir-Nahhunte :
vaux qu'il mena pour le temple d'Inshushinak ; il dit tous les textes de takkime in voquent Inshushinak, seu l
avoir déblayé ce qui était en briques séchées de l'ancien- ou associé à DI NG IR .G AL et à Kiririsha. Son culte es t
ne construction de Tepti-halki, et en avoir fait une nou- aussi rattaché à la porte (sip) du sanctuaire dont la déco-
velle en briques cuites. Il ajoute une précision que nous ration très soignée et très luxueuse dit assez l'impor-
ne trouvons nulle part ai ll eu rs dans notre documenta- tance; lieu de passage symboliqu e entre le monde des
tion : il a é levé le nouveau temple à côté (ahfta) d e vivants et le monde de l'au-delà, ell e semble li ée a u

190 LE S I NSC RIP T I ONS R OYA L ES DE S U S E


L A CON ST R UCTION

culte des morts. C'est peut-être cet aspect qui amena la Il est vra is embl ab le qu e lors d e la fond ation d e
construction d'un seco nd temple voué à Inshu shinak Dur-U ntash, Untash-Napirisha voulut d'abord consa-
pa r Shilhak-Inshush inak, ho rs de l'Acropole, dan s le crer sa nouvelle capitale au seul Inshushinak 299 et que
qua rtie r du palais royal: c'était en quelque sorte une ce ne fut qu e dans un deuxième temps qu'il lui assoc ia
cha pelle particulière consacrée au dieu «personnel » des le co upl e divin N a pirisha et Kiririsha, lorsqu'une
mem bres de la famill e royale, les viva nts mais aussi les vo lo nté amp hi cty o niqu e to urn ée ve rs un «grand
morts, uni s dans cette continuité dyn astique si vivement Élam » le poussa à c rée r un sa nctu ai re symboli sant
affi rmée et recherchée. l'uni on d 'Anshan et de Suse. En effet des indices indi-

Sceau -cylindre akkadien (vers 2254-2154) et déroulement de son empreil1le : un fidèle reçoit une coupe d'un personnage à torse humain;
le bal" de son cO/ps est un se/pentlové dont la tête est encadrée par Ul1 rectangle évoquant la. porte d'un temple.

Napirisha quent un e o ri gine a nza nite de ce dieu qui a urait été


Ce d ieu, abse nt de la plus ancienne li ste connue de s introd uit au début du xx' siècle par la nouvelle dynas-
d ie ux éla mites, cell e qui apparaît d an s le traité d e ti e origina ire du F a rs 300 mais qui res ta, semble-t-i l,
Na ram-Sin, n'est pour ainsi dire pas attesté298 à Suse abse nt du culte populaire susien, considéré sans doute
avant le XllI ' siècle et le règne de Humbanumena . Mais comme un dieu étrange r.
il se mble en revanche avoir été le dieu personnel du fil s Associé à Inshushinak dan s plusieurs dédicaces (de
de ce prince, Untash-Napirisha. Les souve rain s néo-éla- la ziggoura tlu.lhi301 ), c'est à lui seul qu 'est co nsacrée la
m ites continuèrent à porter le titre de «se rviteu r d e «Maison de justice»? (a in kuten) 302 D ans les dédicaces
)Ja pirisha et d'Inshushinab et à entretenir les lieux de d'Untash- api risha, il est parfois associé à Belet-ali, la
culte des deux divinités. référence à cette «D ame de la ville» pouvant être ambi-
Trait ca ra ctéri stique et di ve rsem ent inte rprété: à guë puisque toute g rande déesse pou va it être désignée
Suse, son nom est toujours éc rit idéographiquement. par ce tte épithète.

LE S I NSC RIPTIO NS R O YALE S DE S U S E 1 91


LA CONS TR UCTION

Bas-reliefde bronze du XII' siècle; dans la partie restante, deux registres superposés évoquent l'Ul1 le défilé de sept g uerriers,
peut-être des rois défunts divil1isés~ armés d'un arc et d'une harpé. l'autre des oiseaux à côté d'arbres feuillus .

Kiririsha Shilhak-Inshushinak (texte nO2) donne Humbanu-


La parèdre de Napirisha «(l e) Grand-dieu " est Kiriri- mena comme fondateur du culte de cette déesse à Suse
sha «(la) Grande-déesse», désig née dans les inscriptions où elle devint une des divinités les plus ho norées par
susiennes comme la «Dame de Li yan ». Elle est aussi «la Shutruk- Jahhunte et ses deux fils. Il proclame avoir
grande épouse», <<la mère d es dieux», <<l a protec trice restauré son temple tombé en ruine, sa ns toutefois préci-
des rois »303. se r quel roi , ava nt lui, ava it rendu un culte à cette déesse.
C'est Humbanumena qui le premier 304 inscri vit des D ans certaines inscriptions, elle n'est pas associée à
briques dédiant un kukunnum «a u Grand-dieu, à Kiriri- Napirisha mais à Inshushinak : Sh il hak-Inshushinak
sha et aux (dieux) Protecteurs de la Terre» et se mit sous s'a ffirme en effet «serviteur bien-aimé de Kiriri sha et
leur protection: «Que (le) Grand-dieu, Kiririsha et les d 'Inshushina b mais c'est à la triade Inshushinak, DlN-
(dieux) Protecteurs de la Ter re me fas se nt don d 'un e GIR.GAL et Kiririsha qu'est dédié le kizzwn (takkime nO2),
longue vie, qu' ils m 'accordent une royauté continûment où Kiririsha est dite «Dame de celui du kizzum» : «sur le
prospère! » . plan nation al, Kirirish a res te toujours la parèdre de

1 92 LE S I NSC RI PTIONS R OYA L ES DE S U S E


LA CONSTRUCT I ON

Tête funéraire d'époque médio-élamÎte, en terre crue peinte,


q ui atteste la pratique spécifique à l'Élam de placer
da ns la tombe U11 «portrait» près du cO/ps du défunt, notamment
da llJ'les caveaux voûtés à inhumations collectives.

N ap iri sha, le Grand-dieu du r oyau m e élami te


d'A nshan, connu en tant que dieu des ea ux souterraines
et seigneu r de la terre; mais à Suse, sa situation est plus
complexe car ell e est auss i associée à Inshushinak, dieu
régissa nt le royaume des morts ,,305. «Grande déesse »,
mè re de d ieux, elle a sans doute en cela supplanté Pini-
gir à Suse et dans le sud de l'Élam. E ll e est aussi la dées-
se de la Terre, en relation avec le monde inférieur. Une
Figurin e en terre cuite; cette femme nue, aux formes charnues,
inscription d'Untash-Napirisha à Tchoga Zanbil men- qui tient ses seins, reLève de l'art populaire; de telles représentations
tionne un temple de Kiririsha du Bosquet; ceci s'inscrit sont nombreuses à toutes les époques et peuvent être
da ns le même contexte que l'épithète qu i lui est donnée mises en relation avec le culte de la déesse-mère.

LES I l\'SC RIPTI O,,"S ROY ALES DE SUSE 19 3


L A CONS T R UC T I ON

Flgurille de fO llda tioll


(veli 2100) trou véedalH Ull e
des huit cachettes (.'IlJouiô'
sous le temple de la déesse
Nillhllliag. Elle représente
salIS doute le roi Sh ulg i
porta lit le cOl/fill à briques
du bâtisseur: «À Ninhursag
de Suse, sa Dame, Shulgi
le héros pui.ij-ant, roi d'Ur, roi
de Sumer et d'Akkad, a bâti
son temple ».

par Shilhak-Inshushinak (texte nO5) : *kiririsa zana liyan se mbl e bi e n qu 'I shmek ar a b pui sse ê tr e la pa rèdre
lahakra «la déesse Kiririsha, D ame cachée de Liyan" . La d 'Inshushinak auquel elle est associée à Dur-Untash, où
dédicace de la porte qui lui était dédiée en fait ,da Dame un e po rte m onumentale est dédi ée à ce tte d ivinité, à
de la vie qui a sous son autorité le Bosquet, la porte (des l'intérieur du tém énos consac ré à Inshushinak.
prières) et celui qui prie . .. ,,306. Souve raine de l'au-delà Cette di vinité - fr équ ente dans l'o no mast ique de
où sont emmenés les morts, une po rte, lieu de passage l'époque des SUKKAL.MAH - est attestée dans les inscrip-
-vers le monde souterrain, lui était dédiée conj ointement tio ns susiennes dès Temti-Agun , m ais son appariti on
avec Inshushinak, Ishnikarab et Lakamar, di vinités char- reste assez épisodique; m entionnée, à l'époq ue d'Untash-
gées de conduire le mort ve rs son juge di vin ; le culte qui Na pir is h a, sur d es briques se ul em e n t à T ch oga
lui était rendu à Liyan était peut-être essentiellement fa it Zanbil 308 , elle réa ppa raît dans l'inscri ption sur brique
de mystères, «en des lieux secrets où personne ne voit ce où Hutelutush -Inshu shinak dit avoi r bâti un temple
que fait sa di vinité». S'a ppuya nt sur le sy mbolism e de d 'Ishnikarab à Kipu. À l'époque néo-élamite, elle est
l'arbre>le Bosquet sacré pouvait abriter ce culte. un e des ra res di vinités , avec In shushin ak , à qui un
temple ait été dédié par Shutruk-N ahhunte.
IshmekarablIshnikarab : Associée à Lakamar dans les tablettes «fun éraires»
Cette di vinité peut être rattachée à la triade essentielle: de Suse, elle conduit les morts q ui vont être jugés par
bien que son caractère féminin ait été contesté 30ï , il In shu shin a k e t les intr oduit d a n s le d o m a in e d e

194 L ES INSCRI P TIO NS ROYALE S DE SUSE


LA C O l'S TR UC TI ON

l'Ombre. E ll e apparaît également dans un autre contex-


te de jugem ent, celui qui relève de la justice humaine :
les se rments dans les tex tes juridiques de l'époque des
SU KKAL.M AH .

MÙS
C'es t sous ce t id éogramme qu e la déesse ln a nn a es t
honorée à Suse à l'époque paléo-élami te : c'est probable-
ment son nom qui a disparu dans la cass ure en tête de
l'insc ri pti on de Ta n -Ruhur atir qui la dé no mme «sa
maîtresse bien-aimée» (NIN KI.ÂG) et c'est vraisemblable-
ment pa rce qu 'elle jouait un rôle éminent dans son culte
que le no m de Me kubi , l'é po use de T a n-Ruhuratir,
appa raît sur des briques de constructio n.
De m êm e q ue lnshu shinak se ra plus ta rd a ppelé
«se igne ur de l'Ac ropole», lnanna, s'il s'agit bien d'elle
sous ce t idéog ramme, porte ici le titre de «D am e de
l'Ac ropole" (N IN URU.A .NA) 309 : à l'é poqu e ancienn e,
MÙS et MÙS.EREN étaient les di vinités poliades de Suse et
leu rs temples dominaient la ville.
La notation idéographique a pu permettre de subsu-
mer plu sieur s fi g ures di vines et favor ise r un ce rtain
sync réti sme religieux, la pa rèdre du seigneur di vin local
étant la D ame-de-l'Acropole, la g rande déesse d u lieu.
Statuette et1 faïence trou vée à T choga Zanbil
dans le tem ple de la déesse Pinig ir (X II I' siècle) .
Centré autour des di vinités topiques, le panthéon de
la ville, devenue une des ca pitales élamites, y intégra,
selo n les circo nsta nces, des dieux ori ginaires d 'autres
régions du roya ume, notamment ceux d'An zan. Le fait qui proclam e avoir construit son temple en grès émaillé,
sem ble plus ra res pour ceu x d'A wa n. Humba n qui et y a vo ir pl acé d es co rn es d 'a lbâ tr e; ce prince la
appa ra issait, avec Pinigir, au premie r rang des divinités d énomm e «m a di vinité», tout comme le fa it T epti .
citées da n s le tr aité entre Na r am -Sin et un prin ce Huban-In shu shin ak , ce qui semble indiq ue r qu 'un e
d'Awa n, ne semble pas avoir eu de templ e à Suse 3 10 Le place plus importante lui est alors réservée dans le cul te
nom de ce dieu constitue pourtant l'élément théophore officiel. C'est elle que Tepti-Huban-Inshu shinak (texte
du nom porté pa r le père d 'Untash-Na pirisha qui éta- nO4) in voque après une ca mpagne victorieuse et à qui il
blit son pouvoi r en Susiane. dédie un temple : «j'ai façonné la brique et j'en ai bâti
ici le temple de Pinigir, ma déesse. 0 Pinigir, ma déesse,
Pinigir (Dame) des hutep, puissé-je ... ».
Unrash-N api risha construi sit pour Pinigir un temple et Ainsi, même si Kiririsha tendit à la supplan ter sur-
un astam 311 Il installa en son temple, dit-il , une statue tout dans le sud de l' É lam, son culte resta vigoureux
en or de la di vinité. non seulement dans le nord mais aussi à Suse même.
Son culte semble avoir été un de ce ux qui restèrent
les plus acti fs à l'époque néo-élamite puisque, malg ré la La dévotion et le zèle religieux d'U ntash-Napirisha,
très nette diminution des déd icaces de templ es constatée mi s a u se rvice d 'un e volonté politique d 'unifi ca ti on
à cette époque, elle est honorée par Shutur-Nahhunte d 'un vaste roya um e, soutint une activ ité d e bâti sseur

LE S I N S C RIPT I ONS ROY A L E S DE SUS E 195


L.\ CO~STRCCTIO~

sans égale: outre ces grands dieux, de nombreuses divi- Upurkubak


nités, qui ne l'avaient pas été jusqu'alors, furent dotées Cette divinité occupe une place à part parmi celles ql
de temple à Suse et à T choga Zanbil, capitale fédérale, firent l'objet du zèle de bâtisseur d'Untash-.'\apirisha
symbole d'œcuménisme. insistant sur l'aspect novateur de son acte (il spécifie ql
ses prédécesseurs ne lui avaient pas construit de sanctuait
Shimut à Suse), il lui dédie un temple sur L\cropole de Suse . .\fa
Ce dieu se trouve associé à Belet-ali dans le texte n° 3 où elle ne figure pas dans le panthéon de Dur-U ntash. E
sont aussi mentionnées la construction du temple et revanche on connaît l'existence d'un temple de Upurkuba
l'érection des statues divines. Ce dieu est aill eurs l1è à tépé Gotvand 3!1) dont elle pourrait avoir été la diYini
associé à Manzat; il a pu être assimilé à .'\ergal 3Ll . A majeure. Elle est aussi mentionnée sur une brique d'u
Malamir il est dit le "porte-parole des dieux». autre site de Susiane l,l, en relation avec une ziggourat.
Il est associé à ='Japirisha, Kiririsha et Inshushinak
dans le temple dit tarin à Dur-Untash, dans lequel on a Belet-ali
proposé de yoir le "temple de l'alliance,,314. A côté du Un temple lui est dédié, en association avec .'\apirish
couple divin anzanite et du dieu de Suse, il serait le dieu où sont établies les statues divines. On la trouve aus
élamite par excellence et cette association des dieux associée à Shimut (cf .\!DP XLI nO 16) ; il est possib
d'Élam, d'Anshan et de Suse, serait ,de symbole de qu'il faille la rapprocher de la déesse Manzat, qui sOl
l'union politique des trois proYinces qui constituaient ce nom, n'apparaît ni à Suse ni à Dur-Untash, alo
ensemble le 'grand Élam' 315". qu'elle est présente à Deh-e .'\Ov> ln.
Le nom de le "Dame-de-la ville» pourrait d'ail leu
Hishmitik 316 et Ruhuratir convenir à toute figure de déesse à qui serait accordée
Ces deux dieux, probablement tous deux mâles, sont prééminence sur l'Acropole.
associés dans un même temple où siègent leurs statues
(texte n° 3). Une inscription désigne leur temple comme Nazit
hunin J17 • Le nom de ces deux dieux peut être un indice Le texte n° 5 dédie le temple à cette diYinité mais c'e
de leur rôle initiateur de la destinée humaine: Ruhura- au Grand-dieu et à lnshushinak qu'est faite l'oEfrand,
tir est sans doute "le procréateur» et Hishmitik peut-
être "celui par qui le nom est donné». Ruhuratir, qui Les Napratep
peut apparaître seul et dont le nom est attesté dans des L'inscription qui mentionne conjointement la constru
serments, a une personnalité plus nette. On a proposé tion du temple et l'intronisation de la statue divine e
d'y voir le dieu poliade de Huhnurm . aussi attestée pour un temple dédié aux .'\apratep.
Dur-Untash, ce temple était proche de celui de Shiffil
Nahhunte et Belet-ali ; il présentait la disposition en «quadrup
Le texte qui mentionne son temple et la statue d'or ciselée iwan» et comportait des autels "installés par paires,
destinée à l'orner se retroU\'e à Suse comme à Dur- fond de chaque portique»J'J. Ce temple est appelé j
Untash319 (texte nO 8). La phrase caractéristique de cette halte dans une inscription (.\IDP XLI, nO 18)3,4.
inscription «au dieu l\"ahhunte, lui qui exauce pour moi la HI~Z avait d'abord proposé de \"oir dans ces din
prière quand je le prie et qui réalise quand j'exprime une qui constituent un groupe, les <,Dieux-huit» l2J, ma
parole» peut mettre en évidence sa nature bienveillante et s'appuyant ensuite sur le sens de "apaiser»J:6 pour rat,
son rôle actif dans la réalisation du pou mir royal. traduisit «Gotter-Niihrer» ou «Niihrgotter». Ce pou
Tout comme Shamash, dieu-soleil, il est rattaché aux rait être, en quelque sorte, des Euménides. Ils reçoi\e
notions de justice et de droit. A Suse existe une "porte en effet la qualification de nulkippi «les protecteurs,,3::.
de la justice» (abul In/sari), apparemment associée à ce
dieu: son temple a pu être considéré comme le "haut lM et Shala m
lieu où sont jugées les sentences du pays». A Dur-Untash un temple leur est dédié, proche de cel

196 LES I~SCRIPTIO~S ROYALES DE SL'SE


LA Cü:\STRCCTIO:\

de Pinigir. Une inscription (texte nU 2) le qualifie de sitin der s'il reprend alors les travaux entrepris par son frère
lU! lsiwlIl silin upat hussip-me), une autre y mentionne la pré- puisque Kutir-Kahhunte parlait d'un hiel de Lakamar,
a : sence de statues divines (texte nO 3) 3"l. Dieu de la pluie, tandis que Shilhak-Inshushinak restaure un temple
ue ni est associé à la notion de fertilité et d'abondance. (siyan) où Lakamar est associée à lnshushinak. Le hiel,
lre cette construction 33, que l'akkadien appelle "Grand-
aiS :\abû porte» (ahullu rahftu) est, à Suse, une porte flanquée de
~n Lë culte de ce dieu n'est attesté en Élam que par cette part et d'autre de salles oblongues, et qui constitue une
ak fondation d'Untash-~apirisha 330. L'inscription qui unité architecturale indépendante.
ité lui est dédiée et qui mentionne l'intronisation de sa Divinité d'origine akkadienne, Lakamar est associée
un statue dans son temple est commune à d'autres dieux à Inshushinak et à Ishnikarab dans les tablettes "funé-
(texte nU 3). raires» décoU\'ertes à Suse: c'est Ishnikarab, "celui qui
entend la prière» et Lakamal «sans pitié» qui condui-
Sin sent les morts sur les chemins de l'Au-delà vers Inshu-
1a, Ce clieu mésopotamien, dont le nom est toujours écrit shinak, de peseUD>, juge des .vIorts m . Il est naturel que
idéographiquement par le chiffre 30, n'a pas cu cie son lieu de culte soit une porte, c'est-à-dire un lieu de
temple à Suse. Cependant Untash-:\'apirisha l'introduisit rupture et de passage d'un monde à un autre, en rela-
lUS à Dur-Untash et il spécifia qu'il l'installa dans le Sanc- tion avec l'ultime \oyage des âmes. La porte de Laga-
)rs tuaire. Sa statue d'or, placée dans un des temples du mal, tout comme le Bosquet sacré, s'inscrit dans le
Sanctuaire, l'intègre parmi les diYinités élamites, ce que contexte du culte funéraire et de passage clu Monde ter-
Irs justifie peut-être la phrase qui introduit l'acte bâtisseur et restre au ~Ionde souterrain de l'Au-delà.
la met en relief l'efficacité de ce dieu dans le royaume clont
Cntash-:\'apirisha est garant et responsable (texte nO 8). Tabrnigirshu
Ce dieu est cité sur une brique de Shilhak-Inshushinak,
Belala à propos d'un bâtiment (le hiyan) fondé par Shutruk-
est Cette di\'inité, la parèdre de Dumuzi dans une autre Kahhunte. Un murti 334 lui est dédié. A Dur-Untash, un
le. inscription (~IDP XLI, nO 50) ct qui est à rapprocher de murti de :\'usku est aussi éYoqué 335. Il s'agit peut-être
la l3ullala des textes assyriens, apparaît aussi sous le nom d'un podium et cette diùnité serait donc honorée dans
de Belilit. Elle est mentionnée, comme Sin, dans une un temple déclié à Inshushinak. Il est sans doute révéla-
1(-
inscription qui la place parmi les divinités du Sanctuai- teur qu'elle ne soit citée que dans une inscription dont
est re et mentionne sa statue en or, érigée dans un temple. l'élément important est la fixation de la postérité de
A Shilhak-Inshushinak.
lUt Par la suite, le culte de la plupart de ces dieux pro-
pie mus par Untash-:\'apirisha n'est plus attesté à Suse; en Cette liste cie dieux dont les cultes ont cohabité ou se
au re\'anche apparaissent d'autres figures. sont succédé à Suse, donne une image déformante des
sir panthéons de l'Élam, dans la mesure où elle fige leur
Lagarna~akarnar di\'ersité et gomme leurs caractéristiques. Reflet de poli-
ux Kurir-:\'ahhunte dit a\'oir restauré le hiel de Lagamal tiques religieuses, plus que de religion, elle donne un
ais mais cet édifice ne nous est connu par aucune autre ins- aspect unificateur et réducteur des divinités qui furent
f,il cription. Cc temple existait pourtant auparavant celles, non seulement cles souverains, mais aussi des
ar- puisque le roi spécifie qu'il était tombé en ruine peuples di\'ers que comptait l'Élam. L'onomastique, par
cnt lorsqu'il dut le restaurer. .vIais nous n'en trouvons aucu- exemple, fait apparaître d'autres noms et d'autres pré-
ne trace dans des documents plus anciens. A son sujet, éminences. Certains dieux, tels Sugu, Mashti, Tepti, et
Shilhak-Inshushinak - qui lui dédia aussi un temple à certains aspects, ceux par exemple qui reposaient sur les
Tchoga Pahn 331 - dit ignorer le nom de ceux qui forces naturelles, eau vive, fertilité, animaux tels le ser-
'lui a\'aient bâti et restauré ce bâtiment; on peut se deman- pent ou le taureau, en sont exclus.

LES I:\SCRIPTIü:\S ROY.~LES DE SCSE 197


LA CONSTRUCT I ON

Décoration avec animaux (taureaux, lions, capridés, aigles) et végétaux: ces motifs sont très fréquents
sur les sceaux-cylind"es d'époque proto-élamite (3100-2900) et les supports d'offrandes
d'époque suméro-élamite ancienne (vers 2700).

19 8 LES I N SCRIPTIONS ROYALES DE SUSE


LA CONS T RUCTION

Tablette d'époque proto-élamite (Ile" 3100-2900) allec inscription de caractère comptable. Vue de face.

Le sceau-cylindre déroulé deux fois sur le relle" de la tablette représente des animaux
à attitude humaine; taureaux, Lions et capridéJ affrontés peuvent évoquer
l'opposition ou la hiérarchie de forces antagonistes. terrestres et cosmiques.

LE S I NSCR IPT IONS ROYALES DE SUS E 1 99


----.

LA CCl'eSTRL'CTlO'e

Éléments constitutifs des inscriptions

Humbanumena a 1 cl b II III a IV \' VI


-

U ntash-l\;apirisha
nO 1 1 II
nO l' eIl
nO 2 1 II III a
nO 3 1 II IIla 1\'
nO 4 1 II III a bIV
nO 5 1 \' II III a 1\'
nO 6 1 \' II III a II 1\'
nO 7 1 II III a \' II IlIa V
nO 8 1 cIl 1\' \'
1 Il-e- II III a \'
akk. 1 II VI
1 Sh n" 9
Shutruk-:'\ahhunte
nO 1 1 II IV
L n02 1 e-Il III a
Kutir-l\;ahhunte
nO 1 1 e-Il IIlb IV \'
nO 2 1 e-Il IV
nO 3 1 e-II b III a
.--' -----

Shilhak -Inshushinak
nO 1 1 e-II
nO 2 1 e-Il b III a
nO 3 1 e-II IIIb IV \-
nO 4 1 e-Il IIIb IV
nO 5 1 e-Il c III a IV
nO 6 1 e-Il b III be-II IV
nO ï 1 bell
nO 8 1 eIl b IlIa
nO 9 1 ell II - 1\- b V
tak. nO 1 a 1 b g II
tak·no2 a 1 b II
tak. nO 3 protocole 1 b g II
3' c 1 c II bII
Hutelutush-Inshushinak
nO 1 1 bIl
nO 2 1 bIl
tak· 1 bIl \'1
Shutruk-l'\ahhunte
nO 1 1 ell III a
nO 2 1 II
nO 3 1 II III a
nO 4 1 hIT \'
---

Hallutush- Inshushinak 1 II IIla 1\'


c-- ' -

Tepti-Huban-Inshushinak
nO 1 1
n02 1 II
nO 3 1 II III a
nO 4 1 hIl

200 LES l'eSCRIPTlO'eS RClY.\LES DE SlSF


1.,\ C()~STRCCTIO"

CI RCOl\' S TA:-.JCES "il restaura son lieu»). La continuité est un élément


DE LA CO);STRUCTIOX important du culte; le som'erain se doit de restaurer et
de maintenir ce qui avait été fondé, là où cela a été
Après la titulature (tableau, Il et l'énonciation de la fondé: A.tta-hushu, dans une inscription courte, précise
construction (tableau, II), le troisième élément constituant en effet qu'il «a restauré la chapelle ancienne». Ce trait
les inscriptions - qui n'apparaît pas dans les textes les plus sera dé\'eloppé par la suite, notamment par un souv-e-
succincts - est celui qui en relate les circonstances, rain aussi religieux que Shilhak-Inshushinak : il cite
Pour les inscriptions les plus anciennes, cette compo- nommément son lointain prédécesseur; il précise qu'il a
sante est le plus som'ent très réduite, et ce n'est qu'à la bien ré-inscrit son nom sur le "document de fonda-
période médio-élamite qu'elle se développe et se div er- tion/dédicace» ; dans une des inscriptions de takkùne, il
sille; ces circonstances pem'ent être d'ordre matériel ou place en tête le texte même des briques de son prédéces-
religieux, mettre l'accent sur les raisons favorables qui seur, recopié dans sa langue originelle et, dans le cours
ont permis la construction ou sur les intentions du prin- de sa propre inscription, il insiste sur le fait que "loin de
ce hâtisseur et les buts de son entreprise, les fàire disparaître», il y a remis le nom et la titulature
La remise du temple au dieu (tableau, III) est pré- anCIenne.
sente dans beaucoup de textes, sous la forme fréquente .viais c'est aussi en faisant mieux, en améliorant ce
(a «je l'ai remis au dieu :\"D" (:'-ID in dunih), ou plus
1 qui existait déjà, que le prince œUHe pour sa gloire et
rarc (b) "je l'ai dédié au dieu :\"D» (:\"D i simatah). Puis fait acte de piété. La précision de la qualité supérieure
est souvent exprimée l'offrande (tableau, 1") de l'œu\Te de la nouvelle construction est un leitmotiv de ces textes:
accomplie (hl/ttak halik-u-me :\"D telak-ni), parfois Idadu spécifie que le nouveau mur fut de briques cuites.
amplifiée par d'autres formules votiv'es (tableau, \'), Cependant l'état de délabrement des ruines était parfois
rarement renforcée par une malédiction à l'encontre de tel, qu'il était impossible de restaurer, et qu'il fallait
celui qui détruirait cette œUHe (tableau, \'I). alors non seulement déblayer, mais aussi construire "à
D'autres éléments peuvent développer cette partie côté" (ah/ta), comme le précise Inshushinak-shar-ilani.
du texte: invocation directe à la divinité (a), mention du Il semble qu'en ce cas la notion de continuité était néan-
souci de la vie du roi et de sa famille (takkime : b), prière moins conserv·ée. Dans les textes en élamite, c'est sans
(c : kllramma karrah ak kulamma sahtinnah). doute le terme de pepsi- (pepXih, pepXiml1U1, pepsiya) qui
Les circonstances pem'ent aussi concerner le réalisa- exprime cette permanence du culte à trav-ers une nou-
teur de la construction, c'est-à-dire le roi et le motif de v-ellc fondation du temple, ou plutôt une re-fondation,
sa \ l'nue à cette fonction (d : prédestination divine) ou car cette nouvelle fondation était en fait une réactualisa-
l'objet de la construction (e) avec mention de son état tion de la fondation première. Sans doute celle-ci cor-
délabré qui nécessite une restauration (i : son ancienneté respondait-elle à des rites de renouv'ellement, qui
et son délabrement), ou sa création (ii) ; enfin les rites accompagnaient l'inscription d'une nouvelle dédicace .
qui ont accompagné cette construction sont parfois .vfais l'affirmation de la fondation d'un nouv'eau
mentionnés (f : siyan kuk ulluruk sian kuk simas), ainsi temple est aussi un titre de gloire que re\'endique le roi
que le rayonnement de l'œmTe (g : mintilum susen-ni bâtisseur; ceci est surtout vrai pour Untash-:\"apirisha
Wi-e zukkirmani). qui proclame av-oir construit un temple «que les rois, mes
prédécesseurs, n'av-aient pas construit à Suse». Il est é\'i-
dent qu'une telle affirmation est fort importante du point
CO:-':TI:-':CITÉ ET I:-':NOVATION
de vue de l'histoire du culte des di\'erses div-inités, ct \a
Les premières inscriptions susiennes 331, n'indiquent pas de pair av-ec l'introduction de di\'inités "étrangères', à
explicitement les circonstances de la construction du Suse. Ce sont en général des dieux indigènes, provenant
temple 33~ ; le fait qu'il s'agisse d'une restauration n'est des autres composantes géographiques et ethniques de
explicité que lorsqu'est apportée une précision, telle que l'Élam. Cette intégration relèv'e plus de la politique reli-
la permanence de l'emplacement div-in (Kl.BÉ Ml'.:-.IA,GI4 gieuse du prince que de la dé\'otion populaire.

LES J ~SC R IPTro~S ROL\LES DE SUS Jo 201


L.\ C () :\ S T R ceT 1 () :\

Ainsi, le premier motif de l'acte du roi-bâtisseur est,


soit la restauration, soit la création d'un temple: créa-
tion afin d'introduire le culte d'une nomelle divinité à
Suse, restauration afin de poursuivre l'œu\Te religieuse
des prédécesseurs, mise en péril par l'état matériel du
temple dans un pays où les constructions d'argile résis-
taient mal aux conditions climatiques; parfois aussi
cette ruine résultait d'un abandon à la suite d'un chan-
gement dans la politique religieuse d'un souverain.
Après Shilhak-Inshushinak, on ne trouve plus guère
de détails de cette nature; seul Shutruk-:'\ahhunte II
fait encore allusion à l'œuvre des rois anciens (sunkip
urpuppa akkara upat aktippa inri huhtanra) ; dans le texte
n° 4, le rappel de trois de ses prédécesseurs relève peut-
être plus de la politique que d'un sentiment religieux 138 .

MODALITÉS DE LA PIÉTÉ DU ROI

Le deuxième motif formulé par les inscriptions de


construction est la piété du roi; il intervient dans la
seconde partie du texte, après l'élément qui concerne la
construction elle-même.
La dévotion royale se matérialise dans la remise du
temple au dieu. Exprimé par le verbe «donner» (duni-),
cet acte fait sans doute pendant à la remise du royaume
au roi par le dieu. De même que giri, ce verbe comporte
les deux aspects de la relation qui unit la divinité au
dévot (comme le verbe paliihu en akkadien) : c'est la
faveur divine à l'égard de l'homme pieux, et la piété du
fidèle à ]' égard de son dieu. La notion de faveur di vine,
essentielle pour la personne du roi, est la justification de
son pouvoir, à la fois sa cause et son but: le roi jouit
d'un règne long et prospère, témoignage de la protec-
tion divine, en récompense de sa démtion, qui s'expri-
me tout spécialement dans les manifestations du culte et
l'entretien du siège terrestre de la divinité.
D'une manière très générale, le dieu auquel la
Stattœttt' t'n or (période médio-élamitej }"ep,.é~·enta!Zt Wl orant
qui porte en offrande un petIt chevreau et lèl'e la main droite dalF
construction est donnée est déjà nommé dans le nom
le gej"te traditionnel de pïl"ère. même du temple «temple du dieu ':\D»(siyan ':\D-me ...
kusih). Pour certains temples au nom spécifique, le nom
divin qui apparaît dans la formule de donation permet
de relier ce bâtiment au culte précis d'une divinité.
La dédicace du temple au dieu, le plus souvent
exprimée par le verbe «donner» peut aussi l'être par le
verbe composé sima-ta (<<dédier,,). À cet acte du roi

202 LES I:\SCRIPTIO:\S ROYALES DE SLSE


LA CO:--:STRCCTIü:--:

répond la bénédiction du dieu exprimée par un verbe ana ballitu. Cette expression se rencontre, soit devant le
de même racine (sima.<i dans le texte n° 4 d'üntash- verbe de construction (ainsi en est-il dans les textes de
,,-a pirisha), Tan-Ruhuratir, Mekubi, Temti-halki, Kuk-:"\ashur et
Kuk-Kirwash) soit, plus rarement, après celui-ci (texte
'\otre documentation ne permet pas de savoir si n° 2 d'Atta-hushu) ; dans l'inscription bilingue d'Idadu,
cette dédicace donnait lieu à un rituel particulier, Il est ce vœu est exprimé par deux fois, au début (ligne 3) et à
cependant possible que ce soit à une telle cérémonie que la fin de l'inscription (lignes 14 et 20).
se réfèrent les expressions ul/urLlk (Untash-:\"apirisha Ce thème de la "vie» du souverain, auquel peut être
n" 4 : peut-être "une fois pounu d'offrandes rituelles») associée la famille royale, est développé dans le concept
et klilamma sahtirmah (Shilhak-Inshushinak nO 5 "j'ai de takkime autour duquel s'agencent certaines des ins-
décidé sa consécration dans des prières'»), criptions en élamite.
En revanche, plusieurs textes mentionnent la mise Le concept exprimé par NAM.TIiballifultakkime est
en place de la statue divine dans sa nouvelle demeure. Il extrêmement prégnant: certes, on pourrait le com-
s 'agissait sans doute d'une véritable intronisation prendre uniquement comme la "bonne santé», le
Imurta-) qui rendait efficient sur terre le pom'oir du "bien-être". On trouve ce mot associé à .<ialamu
dieu: présent par l'entremise de sa représentation, la ,,(conservation de) l'intégrité", ou encore à araku umu
mutilation ou la déportation de celle-ci annihilait l'effi- "des jours longs» dans des souhaits en langue akka-
cacité divine. La confection de ces statues et les pra- dienne. Dans les inscriptions en élamite, notamment
tiques cultuelles concernant les divinités protectrices celles d'Untash-'\apirisha, les notions de réussite et de
sont évoquées dans l'inscription de Tepti-ahar qui, plus bonheur continuels et complets, dans toute leur plénitu-
qu'un texte de construction à proprement parler, de, sont souvent présentes (takme-ume tur hih sitme-ume
concerne l'exécution d'un rituel. .5ul/umeka pie! kittima namelukra hienka).
~fais la vie du souverain implique aussi la survie de
La remise du temple s'accompagne souvent de son nom par delà la mort, devant les dieux et la posté-
l'offrande qui est faite de toute œmre accomplie (hllttak rité. C'est la permanence de ses œuvres, à travers les
halik-li-me ND 1I111lina telak-ni), c'est-à-dire la construc- inscriptions qui en gardent le souvenir, qui confere au
tion. mais peut-être aussi les rites qui devaient l'entourer, roi une sorte d'immortalité, si son nom et sa gloire
Cette offrande est très généralement faite au dieu échappent à l'oubli. Inshushinak-shar-ilani explicite ce
dont le temple a fait l'objet de la construction; le texte souhait: qu'un roi à venir prenne soin du sanctuaire
ne 5 de Untash-Napirisha fait cependant exception, où qu'il a (re)bâti et que ce prince attentif à ses devoirs
l'offrande est faite au Grand-dieu et à Inshushinak, alors soit lui-même récompensé en trouvant la même bien-
qu'il s'agit des temples de '\azit ou de :\U'\.Sl':\KIR. veillance (gimillu) chez ses successeurs. Il est caractéris-
tique des inscriptions élamites de dédicace d'exprimer
le souhait de continuité et les bénédictions à l'égard de
La Vie
celui qui l'assure, plutôt que les malédictions à
Le troisième motif de la construction exprimé par les l'encontre de celui qui apporterait rupture et destruc-
textes concerne la réussite royale, considérée du point tion. Il est, de ce point de vue, assez révélateur que
de vue du royaume et de celui du roi: ce sont la prospé- dans notre corpus ce soit uniquement l'inscription
rité du royaume et la "yje» du som'erain qui sont alors d'Untash-T\'apirisha rédigée en akkadien qui dévelop-
é\oquées. pe le thème de l'exécration.
L'importance relative de ces deux notions varie, dans Le vœu de "yje» pour des membres de la famille est
notre corpus, suivant les époques. développé dans certaines inscriptions, qui le plus som'ent
La mention de la "vie» apparaît avec Tan-Ruhuratir les citent nommément. Il concerne nettement la lignée
dans l'expression idéographique :-;AM.TILA.NI.SÈ, tradui- dynastique, que ce soit l'épouse et les enfants du prince-
te dans l'inscription bilingue d'Idadu par l'akkadien bâtisseur, ou plus rarement sa mère, sa sœur ou son frère.

LES I:--:SCRIPTIO:-;S RüYALES IlE SCSE 203

l
L.\ C () " S T R C c: T r () "

Ce vœu, particulièrement présent chez les descen- aimée, la vie de Hutelutush-Inshushinak, la vic d'Ishni-
dants de Shutruk-l\'ahhunte, est absent des inscriptions karah-huhun, la vie d'Urutuk-El-halahu, la vie de
d'Untash-:\apirisha (qui exprime seulement le souhait Shilhina-hamru-Lakamar, la vie de Kutir-Huban, la
d'a\"oir une vie heureuse et une royauté stable et pros- vie d'Utu-ehihi-Pinigir, (24-26) la vie de Temti-tur-
père). En revanche Temti-Agun - qui nomme Siruk- katash, la vie de Lila-irtash, la vie de Bar-Uli, ma fille
duh et non Silhaha comme ancêtre de référence - dit bien-aimée, elle qui représente mon salut?
avoir construit le temple pour Ishmekarah "pour la vie - pour ma vie, celle de :'\rahhunte-Utu, celle de Shil-
de Kutir-l\'ahhunte, pour la vie de Lila-irtash, pour sa hina-hamru-Lakamar, celle de Kutir-Huban, celle de
(propre) vie, pour la vie de Temti-hisha-hanesh et pour Temti-tur-katash, celle d'Ishnikarab-huhun, celle
la vie de sa vénérée' mère Welkisha». De même Hum- d'U rutuk -El-halahu et celle dT tu-ehihi-Pinigir.
banumena - qui proclame son appel à la royauté par la - pour ma vie, pour la \"ie de :\ahhunte-Utu, mon
divinité - précise-t-il qu'il a construit le kukunl1ll1/1 épouse bien-aimée, pour la vie de notre postérité'.
"pour sa vie, pour la vie de .vIishimruh et la vie de - pour ma vie, pour la vie de ma descendance et la
Rishap-La». Ces faits permettent peut-être d'émettre vie de ma postérité, ceux à qui je (l')ai transmise.
l'hypothèse que les membres de la famille étaient cités,
dans les textes de construction, lorsque la lignée dynas-
La prospérité du royaume
tique pouvait être mise en question, soit dans sa fonda-
tion soit dans sa continuation l39 • Le développement de La prospérité du royaume est indissociable de la réussite
ce thème est particulièrement important dans les ins- du prince. Le roi aimé de son dieu rend son pays heu-
criptions de Shilhak-Inshushinak et de Hutelutush- reux et prospère. Évoqué par Humbanumena (sit tak),
Inshushinak dites "de takkime». Suivant les inscrip- ce thème est particulièrement fréquent chez Untash-
tions, et peut-être en fonction de leur chronologie, Shil- l\'apirisha qui évoque la prospérité (sit) de son règne en
hak-Inshushinak dit avoir honoré la divinité, unissant cette notion à celle de continuité.
- pour ma vie, pour celle de :'\rahhunte-Utu, de
Hutelutush-Inshushinak, de Shilhina-hamru-Lakamar, Dans certains textes, ce double vœu se retrouve
de Kutir-Huban, d'Ishnikarab-huhun, d'Urutuk-EI- dans une formule qui conclut le texte, bâtie avec deux
halahu et d'Utu-ehihi-Pinigir. verbes il l'optatif dont les dieux sont les sujets: takkime
- pour ma vie, celle de :\ahhunte-Utu, celle de kittimma u dunihsini, sunkime tur hih sitimma 1lI1
H utelutush-Inshushinak, celle de Shilhina-hamru- samehfini. Le premier élément a trait au destin du roi
Lakamar, celle de Kutir-huban, celle de Temti-tur- lui-même, le deuxième concerne celui de son royaume.
katash, celle d'Ishnikarab-Huhun, celle d'Urutuk-EI- La bénédiction divine doit apporter stabilité et bon-
halahu, et celle d'Utu-ehihi-Pinigir. heur au roi, prospérité au royaume: l'adjectif sitimma
- pour ma \'ie, pour celle de :\ahhunte-Utu, et pour a un sens très prégnant, «heureux», "faste». La stabili-
sa descendance. té du règne est é\"oquée par la racine kiti-, kitti- et la
- pour ma vie, pour celle de l'\ahhunte-Utu, pour prospérité par le mot te (piel kitimma namelukra, sunki-
celle de nos enfants. me kitimma temma tur hih sitimma, sutme salme kittin
- pour ma vie, pour la vie de :\'ahhunte-Utu, mon melukma temma), deux notions très pleines mais que
épouse bien-aimée, la Yie de Hutelutush-Inshushinak, rien ne vient préciser dans la phraséologie des briques
la vie d'Ishnikarab-huhun, la vie d'Crutuk-El-halahu, de construction.
la vie de Shilhina-hamru-Lakamar, la vie de Kutir- Ainsi les \'œux qui concluent les inscriptions de
Huhan, la vie d'Ctu-ehihi-Pinigir, la vie de Temti-tur- construction portent-ils sur la vie du sou\'erain et de sa
katash, la vie de Lila-irtash, la vie de Bar-Uli, les dynastie (tak(ki)me), la stabilité de son règne et la pros-
enfants que j'ai engendrés et (ceux) de :\'ahhunte-Utu, périté de son royaume: plénitude, durée, stabilité, bon-
eux (qui sont) la postérité à qui nous (l')avons transmise. heur, propérité sont les attributs par excellence d'un roi
- pour la vie de l'\ahhunte-Utu, mon épouse bien- et d'une royauté que favorise l'élection divine.

204 LES r"SCRIPTIO"S ROYALES DE SC SE


Les briques inscrites reflètent en quelque sorte le statut
CONCLUSION changeant de la ville de Suse: d'abord marginale du
point de vue politique, par rapport à l'ensemble élamite
sous la «dynastie» d'Awan, puis dans l'état fédératif né
au Simashki, Suse devint une capitale de l'Empire des
SUKL\L.'dAH ; à l'époque médio-élamite, elle fut le
centre administratif, politique et religieux du pouvoir

1 royal, les autres villes, notamment Anshan, ne représen-


tant plus, de ce point de vue, que des «enclaves

!1 susiennes» dans des territoires essentiellement occupés


par des pasteurs semi-nomades. Sous les Achéménides,
Suse consern le rang de capitale d'Empire où des bâti-
ments prestigieux furent édifiés, qui perpétuèrent la
tradition des décors en briques, images de la puissance
rovale.
Ce schéma est illustré par les briques de construc-
tion. Peu nombreuses à l'époque paléo-élamite où Suse
n'était qu'une capitale provinciale, elles connurent un
extraordinaire développement, dans leur abondance
-" numérique et la diversification des types, à l'époque
médio-élamite, lorsque l'essentiel de la politique reli-
gieuse y était concentré. Enfin, une nouvelle réduction
du nombre et de la variété des briques accompagna
l'époque néo-élamite, marquée par une fragmentation
politique et une décadence du pouvoir royal d'où émer-
gea ensuite, temporairement, une organisation politique
tripartite reposant sur les trois villes de Suse, .\Iadaktu
et Hidalu, et qui «s'inscrivait dans une tradition vieille
de presque deux mille ans, et. .. représentait une adap-
tation à des conditions socio-politiques caractérisées à
nouveau par une forte disparité ethnique et sociale"J40.
En effet, les inscriptions royales susiennes représen-
tent une transposition de la réalité politico-religieuse
élamite, écrite en termes occidentalisants : écriture et
architecture appartiennent au monde mésopotamien
beaucoup plus qu'à la culture du Plateau iranien. Elles
sont l'expression de sédentaires pour qui la tradition
écrite pérennise les manifestations de puissance ct les
rattache à une réalité territoriale urbanisée. Les inscrip-
tions de construction proclament la grandeur des rois
élamites dans leur fonction de bâtisseur; en cela elles ne
reflètent qu'un aspect de cette royauté dont une des
assises et un des recours les plus importants 341 étaient
des populations essentiellement de tradition orale, pas-
teurs semi-nomades, étrangers au monde des villes, des

LES I~SCRIPTI()~S RClV\LES DE SCSF 205


C O NC LU S IO N

Vue aérien1/e de T choga Za1/bil.

demeures bâties, des cul tes dans des temples. Ils étaient
ge ns d es ca mpe m en ts temp o raires, do nt les g rand s
sa nctu ai res étaient à ciel ouve rt, qui ad ressa ient leurs
in voca ti ons à des di vinités re prése ntées au fl anc des
montagnes. Mais les princes qui en furent issus firent
vivre la dualité ethnique et culturelle de leur royaume
da ns un e intégrati o n nourrie des di ve rses traditions
locales. E n Susiane, ce furent les inscriptions et les bâti-
m ents qui intégrèrent les composantes de l'Élam ; titu-
latures, in vocations aux di eux, refl et du culte y étaient
élamites mais les m oye ns d'expression étaient mésopo-
tamiens.
Le roi y bâtissait et inscri va it selon la g rande tradi-
tion des «rois-bâtisseurs» ca r, dans cette contrée, «le roi
bâtisseu r était un roi heureux,,342, ou plutôt un roi heu-
reux était un roi bâtisseur : construire y était une préro-
gati ve du pou voir, un devo ir religieux et un témoignage
de puissa nce ; faire inscrire des dédicaces aux dieux y
était gage d 'éternité.

206 LE S I N S C RIPTIO NS ROYALE S D E SU S E


Sanctuaire rupestre de Kurangun, près de Persépolis où les populations nomadisantes du haut pays d'A nshan venaient honorer leur grand
dieu Napirisha. Ce relief eut deux stades d'élaboration: le panneau central, qui évoque le culte rendu au couple divin Napirisha-Kiririsha,
date de l'époque médio-élamite; à gauche, la triple procession descenda11t vers ces dieux a été ajoutée vers le VIF siècle av. j.-c.

LES INSCRIPTIONS ROYALES DE SUSE 207


l
DANS LES TEMPLES,
DES DÉVOTS
ET DES RITES ...

Fragment de bulle.

DeHin de l'empreinte du sceau: un temple à cornes et un roi-prêtre


combattant (période récente d'Uruk, vers J JOO av. j. -c.).
DANS L ES TEYIP L ES. DES DÉVOTS ET DES RI T ES .

QI'an! portant le kaunakés sumérien, de style «cubiste »,


Statuette votive d'époque néo-sumérienne trouvée dans le temple de Nil1hursag susienne (14,8 cm).

2 10 LES I :\SCR I PTIONS RO YALES DE SUSE


DAi' S L E S TEMPLE S, D ES DÉ VO T S ET DES R I TES .

Figurines d'orants
(période rnédio-élamite)
provenant d'un dépot funéraire
proche du temple
d' Illshushil1ak: cheveux coiffés
à la mode élamite, jupe Longue,
un personnage tient la main
droite sur la ga uche qui serre
un oiseau tandù q ue l'autre
l'élève cont}'e .sa poitrine.

Bassin cultuel
(d'époque médio-élarnite) avec
un décor composé d'arbres
sacrés el de poissons-chèvres,
emblèmes d'Ea,
dieu des eaux vivifiantes.

Vue de face.

LES I :-:S C R I PT I O N S R O YALES DE S US E 211


DANS LES T EMPLES, DES DtVOTS ET DES R I TES.

Orant au chien, d'époque néo-tlamite.


Personnage barbu qui appuie sa main
droite sur sa poitrine dans le geste
de la prière; la présence du chien pourrait
indiquer qu'il s'ag it d'un gardien de
temple.

Figurine votive, en albâtre (périoderécellte


d'Uruk, vers 3 300 av. j. -C.), destinée à
commémorer dans le temple la piété
de t'orame; SOIl iconographie est traditionnelle,
avec les yeux en amande, le nez busqué,
la coiffure à bandeau, en position agenouillée.

2 12 LES INSCRIPTIONS ROYALES DE SUSE


DAl'S LES TEMPLE S , DES DÉVOTS ET D ES R I TES.

Relief cultuel d'époque


suméro-akkadienne
(vers 2700), provenant
du sous-sol du temple
de la déesse Ninhursag.
Deux orants, dans
la nudité rituelle,font
lm geste de prière; entre
eux, deux selpents
entrelacés et un chien.

Coupe exhumée du sous-sol du temple d'blShushinak


(début du II' millénaire) portant le motifde l'arbre
sacré, au sommet d'une m.ontagne, vers lequel
6t tuurné ltIJ buffle ac:croupi jcH un J"ul écailleux.

LES INSCR I PTlO"S ROYALES DE SUSE 2 13


DAi'S LE S TEMPLES. DES DÉVOTS E T DES RIT E S.

Maquette vouée
par Shilhak-/l1shushil1ak,
dite «du sit shamsh i»: elle représente
une cérémonie, peut-être funéraire en l'honneur
des rois enterrés à proximité, célébrée au lever du soleil,
sur une esplanade sacrée, par deux prêtres nus exécutant un rite
d'ablution .

Détail.

2 14 LES I NSC RIPTIO NS ROYALES DE SUSE


ANNEXES
NOTES 1. Par «Élan1>~, nous n'entendons pas ici une entité géo-politique
définie. C'est le terme général employé par les .\lésopotamiens
ct, le plus souyent, par les historiens modernes pour désigner ce
yoisin oriental du monde suruéro-akkadien qui représenta. dans
le Proche-Orient