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Le pompage solaire en irrigation

Publié – Agriculture du Maghreb- N° 53 Juillet-Août 2011


BNIAICHE El Amine

INTRODUCTION

Avec 3.000 heures d’ensoleillement par an et une irradiation moyenne de plus de 5 KWh/m2, le
Maroc dispose d’un potentiel solaire considérable. Le pays entend exploiter massivement cette
énergie propre et inépuisable, avec un ambitieux Projet marocain d’énergie solaire (Plan Solaire)
présenté en 2009 à Ouarzazate.
La mise en œuvre par le Maroc du grand projet d’énergie solaire permettra, de diversifier ses
sources énergétiques, d’augmenter sa capacité de production et de réaliser annuellement des
économies en pétrole pouvant atteindre près d’un million de tonnes soit une économie de 4 à 6
milliards de dirhams par an et participera à la préservation de l’environnement par la limitation
des émissions de gaz à effet de serre..
Ces ressources d'énergies renouvelables sont certes disponibles, mais restent très souvent
inexploitées. Leur exploitation est perçue comme étant une des solutions envisageables pour
répondre aux défis énergétiques et peut rendre l’application du pompage de l’eau par
l’intermédiaire des pompes solaires photovoltaïques comme une solution prometteuse pour
l’irrigation répondant parfaitement aux besoins des sites isolés et dont le raccordement au
réseau électrique est trop onéreux.

L’IRRIGATION PAR POMPAGE SOLAIRE PHOTOVOLTAÏQUES

L’agriculture marocaine représente 18,7% de la balance énergétique finale du pays. Cette


consommation est dominée par les énergies fossiles représentées par le gasoil et l’essence avec
57%, le butane et le propane avec 28% et en dernier lieu l’électricité qui ne satisfait que 15%
des besoins énergétiques de l’agriculture (MEM, 2010). La consommation énergétique, et dans
l’absence de mesures d’efficacité énergétique, a connu une croissance de 17% entre 2007 et
2010, soit une hausse de 6% par an après seulement 2 ans de démarrage du Plan Maroc Vert.
C’est un taux qui reste alarmant, surtout que les directives de la stratégie agricole prévoient une
augmentation de la mécanisation, de l’irrigation localisée, …etc
L'irrigation par pompage à petite échelle est l'une des utilisations les plus intéressantes de
l'énergie solaire. En effet, l'intensité maximale du rayonnement solaire correspond
généralement à la période des besoins en eau de pompage les plus importants. D'autre part le
fait que cette énergie est disponible juste au point d'utilisation, l'agriculteur est libéré des
problèmes liés à l'approvisionnement en carburant, ou bien à l'existence de lignes de transport
de l'électricité facilement accessibles.
L’eau ainsi pompée peut être utilisée directement ou stockée dans un réservoir pour une
utilisation ultérieure.
TECHNOLOGIE DU POMPAGE SOLAIRE ELECTRIQUE

Les principaux composants d'un système solaire de pompage de l'eau sont le générateur
photovoltaïque et e groupe moto- pompe.
Les systèmes solaires de pompage de l'eau peuvent être conçus avec ou sans moyen de stockage.
Il existe des batteries d'accumulateurs conçues spécialement pour fonctionner avec des
systèmes PV. La plupart des batteries à décharge profonde ont des rendements d'environ 80%
selon la température.

Le fonctionnement des systèmes d'énergie photovoltaïque repose sur une propriété bien connue
des semi-conducteurs qui est la transformation de l'énergie lumineuse en un courant électrique.
Il consiste à utiliser les cellules photoélectriques pour transformer directement le rayonnement
solaire en électricité. L’assemblage en série de ces cellules permet de constituer un module
photovoltaïque (panneau solaire), qui produit un courant continu.

 Les panneaux photovoltaïques


Le rendement des panneaux solaires est fonction de l’ensoleillement et de l’angle d’exposition
d’une part et de la température des cellules d’autres part. Ces deux paramètres dépendent de la
latitude et des caractéristiques climatologiques et géographiques de la zone implantation. Une
étude est obligatoire pour chaque cas afin de connaître la surface de panneaux nécessaire à la
pompe.
La taille du générateur dépendra du modèle de pompe choisie, de la quantité d'eau requise, des
conditions climatiques et d'ensoleillement.
Les panneaux ont des durées de vie comprises entre 25 et 30 ans avec une dégradation lente de
leurs performances.
L'énergie PV nécessaire dépend de la quantité d'eau à fournir quotidiennement. A titre
d'exemple, dans l'hypothèse de 10% de pertes de charge dues aux canalisations et sur le trajet
entre le régulateur et la pompe, un système PV de 180 watts pourrait alimenter en énergie une
pompe solaire courant continu performante de 150 watts qui, à son tour, pourrait pomper plus de
1300 litres d'eau en 4 heures d'ensoleillement direct.

 Groupes motopompe d'un système photovoltaïque


Les systèmes de pompage photovoltaïques comportent nécessairement, outre le générateur, un
"sous-système" constitué d'un moteur électrique destiné à faire fonctionner une pompe. Comme
un générateur photovoltaïque fournit un courant continu, il faut donc que le moteur électrique
soit à courant continu. Avec les moteurs électriques classiques à courant alternatif, il faut
adjoindre au système un convertisseur onduleur pour transformer le courant continue en courant
alternatif. Les inconvénients liés à l'utilisation des onduleurs sont liés à son coût et aux pertes
de puissance dans l'onduleur même. Mais il offre l'opportunité de l'utilisation de pompes
électriques relativement peu coûteuses, standard, et fabriquées en série.
La taille et le type de pompe dépendent de la quantité d'eau requise (litres par jour), de la
hauteur totale de charge (niveau de pression que la pompe doit fournir). Généralement, pour
l'irrigation à des faibles hauteurs d'élévation, le dispositif le plus courant et le plus indiqué est
un groupe motopompe immergé. La pompe peut être installée en surface, mais l'auto-amorçage
est un facteur essentiel en cas d'utilisation de l'énergie solaire, sinon l'utilisateur serait amené
à réamorcer la pompe chaque fois que le rayonnement solaire est affaibli par les nuages.

Le rendement optimal d'un groupe motopompe est obtenu pour un couple de valeurs données de
la tension et de l'intensité. C’est un facteur important à prendre en compte dans le choix d'une
pompe solaire. Car avec les prix élevés des générateurs photovoltaïques, toute baisse du
rendement se traduit par la nécessité d'avoir de générateurs photovoltaïques plus gros et par
suite plus coûteux.
Ainsi, le projeteur du système photovoltaïque aura toujours à adapter le groupe motopompe au
générateur de sorte que pour les conditions types du rayonnement solaire, le point de
fonctionnement sera défini par des tensions et des courants aussi proches que possible de la
partie en courbe de la caractéristique du module photovoltaïque. Or, chaque générateur est
normalement caractérisé par des conditions de fonctionnement optimales permettant
l'obtention d'une puissance maximale dans toutes les conditions d'ensoleillement

 Dimensionnement du pompage solaire


Le dimensionnement du système de pompage PV permet d’obtenir la performance souhaitée. Il
met en jeu quatre paramètres essentiels, à savoir : le débit journalier, la hauteur de pompage,
l’ensoleillement et la température, et enfin les différents rendements des sous systèmes.
Il est absolument indispensable que la détermination des caractéristiques d'un générateur de
pompe solaire soit faite d'une manière précise, afin d'avoir le système le plus adaptée à la
fonction demandée, et d'avoir ainsi le système dont le rapport coût efficacité est le meilleur.
Quand les conditions de fonctionnement ne sont pas bien définies, l'approche qui est
techniquement valable consiste à choisir le système dont la capacité est supérieure aux besoins
réels, pour couvrir la puissance requise même par excès. Mais le coût du système va augmenter
proportionnellement à la puissance nominale choisie.
Les caractéristiques des pompes solaires d'irrigation doivent être déterminées pour le "mois
critique". C'est-à-dire quand le système est pratiquement en pleine charge par rapport à
l'énergie disponible. Il s'agit normalement du mois de pointe des besoins en eau d'irrigation. Ce
mois coïncide, fort heureusement, avec les mois d'ensoleillement maximum. En effet, il y a
toujours une relation directe entre les besoins d'eau d'irrigation des cultures et l'énergie
solaire disponible. La définition du mois critique, la détermination des besoins moyens en eau ,
ainsi que du rayonnement solaire moyen quotidien devraient être le point de départ pour la
détermination des caractéristiques d'une pompe solaire.
Les relevés statistiques du rayonnement solaire peuvent être obtenus auprès de la plupart des
services de météorologie. Comme les données publiées sont plutôt à l'échelle d'une région que
d'un site déterminé, on ne doit pas donc s'attendre à des estimations trop précises en se basant
uniquement sur les statistiques régionales du rayonnement solaire.
Il y’a des méthodes rigoureuses de calcul des systèmes solaires photovoltaïques. Cependant
d'autres méthodes empiriques simples peuvent être adoptées (comme celle ci-dessous indiquée)
si l'on veut avoir des résultats rapides et plus ou moins précis. De toute façon, la plupart des
constructeurs de systèmes photovoltaïques ont déjà établi des programmes de calcul sur
ordinateur. Ces programmes comprennent généralement une base de données couvrant
pratiquement toutes les régions. Les constructeurs peuvent déterminer les caractéristiques
optimales pour chaque utilisation et offrir des prix avantageux. L'acheteur éventuel de ces
systèmes devrait donc solliciter des offres de plusieurs sources et comparer les puissances et
les prix proposés. Il faut aussi éviter de se limiter au choix du système le moins cher qui
pourrait être sous-dimensionné par rapport aux besoins à assurer.
Pour que les pompes solaires puissent être économiquement compétitives, il faut remplir au moins
les deux conditions suivantes:
 la valeur de pointe journalière du produit charge-débit doit être inférieure à 150m3/j
 le rayonnement solaire moyen journalier doit être supérieur à 4,2 kwh/m2 (soit 15
MJ/m2) au cours du mois critique.
La méthode empirique suivante peut être utilisée pour déterminer d'une manière approximative
la taille d'un générateur photovoltaïque:
 estimer la valeur de pointe de la demande en énergie hydraulique quotidienne nécessaire
(en kwh), par exmple à partir de la relation suivante :

Q( m 3 / j ) * H ( m )
E kWh / j
367
avec Q le débit en m3/j, H la hauteur d'eau en m. Par exemple, pour une dose d'arrosage
de 8 mm d'eau sur une parcelle de 0,3 ha et une hauteur de pompage de 10 m, le débit
d'eau par jour est de 24 m3/j. Donc la puissance hydraulique serait de (24 x 10)/367 =
0,654 kwh/jour;
 se donner une valeur du rendement du système secondaire, c'est-à-dire du rendement de
conversion de l'énergie électrique en énergie hydraulique (circuit électrique- circuit
hydraulique). Des indications sont parfois données dans les catalogues des constructeurs
ou bien dans les publications techniques. Toutefois, pour des hauteurs d'eau faibles (2-5
m), un rendement de 30% serait une très bonne estimation. Tandis que pour les systèmes
plus puissants et fonctionnant à des hauteurs d'eau plus élevées le rendement serait
plutôt d'environ 40%;
 diviser l'énergie hydraulique quotidienne par la valeur prise du rendement afin de
déterminer les besoins journaliers en énergie électrique du système. Par exemple, avec
les mêmes données, 0,65 kwh/0,40 = 1,625 kwh (en supposant un rendement du système
secondaire égal à 40%);
 D’une façon générale, il suffit de prendre la valeur de l’indice moyen du rayonnement
extra-terrestre global (en kWh/m2 )correspondant à la latitude de l'emplacement
considéré , et de la multiplier par l'indice de clarté indiqué par la carte(ensoleillement
relatif en % à l’emplacement considéré), et de réduire le résultat ainsi obtenu de 20%
pour tenir compte des mois pour lesquels le rayonnement est inférieur à la moyenne et
des erreurs inhérentes à cette technique d'estimation. Par exemple si on prend pour
l’indice moyen du rayonnement global et l’indice de clareté respectivement les valeurs de
8,3 kWh/m2 et 60 % on obtiendra le rayonnement quotidien moyen
0,6*8,3*0,8=4kWh/m2
 diviser la valeur obtenue de la demande en énergie électrique par le rayonnement
quotidien calculé ci-dessus et multiplier le résultat par 1200 afin d'obtenir la valeur
approchée de la puissance nominale du générateur solaire nécessaire en watt-crête. Dans
l'exemple ci-dessus, cette valeur serait égale à (1,625/ 4) x 1200  487 W (crête).
NB : La puissance crête (puissance sous un ensoleillement de 1 000 W/m², une température
normalisée de cellule de 25 °C) d’un panneau photovoltaïque est de l’ordre de 100 à 200 watts/m2 (soit
un rendement de 10 à 20 %, les fabricants annonçant environ 15 % pour leurs meilleurs panneaux), ce
qui donne une puissance crête de 50 à 250 W par panneau, selon ses caractéristiques, notamment sa
taille.
 enfin, puisque les générateurs photovoltaïques sont fournis par module d'une puissance
nominale de 50 à 250 watts, il faut diviser le résultat obtenu par 50 ou 250 W (selon le
cas). Ensuite d'arrondir au nombre entier de modules immédiatement supérieur. Ainsi,
avec des modules de 50 Watts, on obtient 487/50  10 ; il faut par conséquent 10
modules de 50 watts pour obtenir une puissance nominale efficace de 500 watts environ.

une expérience édifiante est réalisée en 2012 dans la région de Oujda pour l’irrigation d’une
superficie de 6 ha d’olivier dont la consommation journalière s’élève à 120 m3.
La source d’énergie utilisée était du gasoil puisque l’exploitation désenclavée n’était pas reliée au
réseau électrique public
Mais vu l’augmentation du prix du gasoil et les réductions des subventions, l’irrégularité de la
livraison de carburant et la fiabilité du moteur thermique, les risques d’arroser convenablement
ses terres sont devenus imminents, d’où la hausse des coûts de production, et par conséquent
une baisse de compétitivité.
L’exploitant a décidé alors de remplacer les pompes alimentées en combustibles fossiles par des
pompes solaires.
.
Composants du système
Le système a été conçu avec deux pompes. L’une sert à extraire l’eau à une profondeur de 40 m
et à la pomper dans un bassin de stockage de 30 m3.Une seconde pompe de reprise sert à
pomper l’eau du bassin vers la culture à arroser. Les pompes sont reliées via un contrôleur aux
panneaux photovoltaïques comprenant 40 modules d’une puissance totale de 10 kWp

Comparaison des coûts énergétiques :


L’analyse des coûts d’exploitation des 2 systèmes d’énergie (gasoil et solaire) révèlent que sur
une période de cinq ans, le recours à l’énergie solaire entraînera sensiblement moins de frais
(0,67 dh contre 1,1 dh pour l’utilisation du gasoil) pour la mobilisation d’un mètre cube d’eau aux
fins d’irrigation
Données techniques :
Pompe immergée (puits) 120 m3/jour ; Pompe immergée (bassin) 120 m3/jour ; Profondeur 40 m
Puissance totale des modules photovoltaïques 10 kWp ; Retour sur investissement 4.5 ans

.
Comparaison des coûts énergétiques
Besoins en eau journaliers: 120 m3
Source énergétique Gasoil Photovoltaïque
Efficacité 30% 100%
Besoins en énergie 100kWh 100kWh
Puissance calorifique du carburant 9,29 0
Consommation du carburant 10,76 0
Coût/unité 8,2 0
coût de carburant /j 88,232 0
coûts de carburant/an (y compris la
livraison) 36883,52 0
Coûts sur 5 ans
Carburant 184417,6 0
Maintenance moteur/pièces de 30780
rechange 0
Coûts initiaux 20520 143640
Coûts totaux 235717,6 143640
3
Coûts au m 1,091 0,67
CONCLUSION

Le gouvernement marocain subventionne le gasoil ainsi que le butane. Ces subventions font l’objet
d’une réforme sachant qu’elles ont atteint un niveau dépassant les 6 % du PIB, soit une somme
totale de 32 milliards de dirhams. Ces subventions risquent d’être fortement réduites. Tout
décision prise dans le futur par l’Etat pour ne pas continuer à supporter constamment le fardeau
de la subvention de la facture d’importation énergétique conjuguée aux éventuelles hausses des
prix du marché pétrolier, laissent présager que la solution solaire deviendra plus compétitive.
De telle conjoncture, réclame d’intégrer les systèmes d'énergie solaire dans le programme
d'électrification des zones rurales où "leurs petites dimensions et leur caractère modulaire les
rendent particulièrement adaptés aux populations reculées et dispersées ayant de faibles et
intermittents besoins énergétiques".
Les économies résultantes du pompage de l'eau grâce à l'énergie solaire sont instantanées et
continues, se conjuguant aux coûts d'entretien minimum dans les régions où les coûts initiaux
d'extension du réseau électrique sont supérieurs à celui du système solaire de pompage de l'eau.
La viabilité économique de l'utilisation de l'énergie solaire pour l'irrigation est actuellement
limitée aux hauteurs d'élévation et aux puissances très faibles. Toutefois, du fait du progrès
technique notable dans le domaine de l'énergie solaire et de la baisse des coûts actuels, on peut
correctement s'attendre à ce que le prix en termes réels des cellules solaires va subir encore
une baisse et faire des pompes solaires une option économiquement viable pour l'irrigation a
petite échelle et pour des hauteurs d'élévation élevées.
L’installation des panneaux photovoltaïques pour un système de pompage d’eau ne pose aucun
problème sur le plan technique, le problème majeur c’est au plan économique. Par rapport aux
combustibles fossiles, les systèmes d'énergie solaire sont souples, propres, demandent très peu
d'entretien et ménagent l'environnement, mais ils ont leurs limites. Les agriculteurs les plus
défavorisés ne peuvent généralement pas accéder aux systèmes solaires.
Mais les barrières financières et institutionnelles peuvent être surmontées si le secteur privé
puisse développer le marché en touchant la clientèle rurale et l’Etat soutienne ce marché.
Il serait intéressant d’inviter un panel d’agriculteurs et d’experts qui parlent de ces différentes
applications, soit à partir de leur propre expérience, soit pour expliquer les possibilités, les
coûts initiaux et les économies réalisées : il est donc important que les personnes invitées
expliquent en détail les économies qu’elles ont réalisées depuis l’installation solaire. Ainsi il serait
bon d’avoir des chiffres précis pour prouver que les systèmes solaires individuels permettent de
faire des économies substantielles par rapport aux sources d’énergie traditionnelles, etc: