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ADDITIONS PARTIELLEMENT SUBSTITUABLES AU CIMENT

Y. BENNA
Centre National d’Etudes et de Recherches Intégrées du Bâtiment
Cité nouvelle El Mokrani Souidania Alger

1. INTRODUCTION

L’évolution des normes dans certains pays a permis d’introduire dans la fabrication des bétons
des poudres minérales (éléments inférieurs à 63 µm) appelées « additions ». Leur utilisation
permet non seulement d’améliorer les résistances mécaniques mais aussi la durabilité du
béton. Ces minéraux sont dotés d’une activité liante une fois associés à la pâte du ciment. Les
effets sur les propriétés du béton peuvent avoir une origine physique (effet filler ) ou une
origine chimique (pouzzolanicité). Les normes ENV 206 et P 18 305 spécifient les conditions
auxquelles doivent satisfaire les additions pour être partiellement substituables aux ciments.
Le présent article donne quelques caractéristiques normalisées de chaque addition et leurs
relations avec les propriétés des bétons.

2. DÉFINITION DES FINES

Autrefois, les normes s’accordent pour définir les fines comme étant tous les éléments passant
au tamis de 80 microns. Actuellement, les fines désignent tous les grains passant au tamis de
63 microns; qu’il s’agisse des grains de ciment, de fillers, d’additions ou fines contenues dans
le sable.

2.1 Les fillers

Les fillers sont des matériaux minéraux provenant de roches massives ou de gisements
alluvionnaires. Ce matériau est traité de sorte qu’au moins de 70% des éléments soient de
dimension inférieure à 63 µm. Ces matériaux considérés comme des additions pour bétons,
ont la propriété particulière d’être que des correcteurs granulaires ; ils relèvent de la norme
"Granulats ".

2.2 Les additions normalisées

Une addition est un matériau minéral finement divisé et pouvant être substitué partiellement
au ciment pour améliorer certaines propriétés du béton hydraulique ou pour lui conférer des
propriétés particulières. Les additions normalisées sont de deux types :

 les additions quasiment inertes : type I


 les additions à caractère hydraulique latent ou pouzzolanique : type II

3. ADDITIONS SUBSTITUABLES AU CIMENT

Il existe aujourd’hui cinq additions normalisées : le laitier vitrifié moulu, les cendres volantes,
la fumée de silice, les additions calcaires et les additions siliceuses. Les additions utilisées en
substitution partielle du ciment sont précisées dans la norme XP P 18 305. Béton prêt à
l’emploi.
3.1 Laitier vitrifié moulu de haut fourneau

Le laitier vitrifié moulu est une addition de type II. Il provient du laitier (granulé ou bouleté),
coproduit de la fabrication de la fonte, obtenu par tempe du laitier de haut fourneau en fusion.
Les laitiers de fonte non trempés (cristallisés et donc non vitrifiés) sont exclus de cette norme.
Les laitiers d’aciéries et tous les laitiers de métaux non ferreux qui peuvent contenir des
éléments nuisibles aux bétons (sels métalliques) sont aussi exclus de cette norme.
Les laitiers se classent en deux catégories A et B ; mais seuls ceux de la classe B sont
substituables au sens et sous les conditions de la norme XP P 18 305 (finesse >3250 cm2/g).

3.2 Les cendres volantes

Les cendres volantes de silice est une addition de type II. C’est une poudre fine constituée
principalement de particules vitreuses de forme sphérique, dérivées de la combustion du
charbon pulvérisé, ayant des propriétés pouzzolaniques et composées essentiellement de SiO2
et Al2O3 , la proportion de SiO2 réactive constituant au moins 25%) en masse.

3.3 La fumée de silice

La fumée de silice est une addition de type II. C’est une poudre amorphe finement divisée
résultant de la production d’alliages de silicium ou contenant du silicium. Suivant la finesse
et la composition chimique (taux de silice) ; les fumées de silice sont divisées en deux classes,
classe A (riches en silice et les plus fines ; surface spécifique de 200000 à 350000 cm2/g) et la
classe B (moins riches en silice et moins fines ) ; leur proportion est limitée à 10% et leur
emploi est réservé aux bétons contenant des superplastifiants.

3.4 Les additions siliceuses

Les additions siliceuses sont des produits finement divisés, constitués, à plus de 96.0% par de
la silice exprimé en SiO2 mesurée sur produits secs et obtenus par broyage et/ou sélection de
constituants de roches quartzeuse ou de cristobalites synthétiques. Les additions siliceuses de
roches quartzeuse sont de type A (Mva = 2600 à 2700 kg/m3) et les cristobalites sont de type
B (Mva = 2250 à 2450 kg/m3). Leurs surfaces spécifiques Blaine doivent être supérieures à
1500 cm2/g.

3.5 Les additions calcaires

Les additions calcaires sont des produits secs finement divisés, obtenus par broyage et/ou
sélection, provenant de gisements de roches calcaires pouvant être dolomitiques, massives ou
meubles. Deux de ces caractéristiques sont particulièrement significatives pour compléter
cette définition :

 une teneur minimale en carbonates totaux (calcaires + dolomie), ainsi qu’une


teneur minimale en carbonate de calcium ;
 une valeur minimale de l’indice d’activité.

Les additions calcaires ne sont ni de type II (étant non pouzzolanique), ni du type I (ayant un
indice d’activité).
4. PROPRIÉTÉS DES ADDITIONS DANS LE BÉTON

4.1 L’effet filler

Une caractéristique importante du béton frais est sa porosité e + v (somme du dosage en eau e
nécessaire pour avoir cette consistance et de la teneur en air occlus v dans le béton, après mise
en place). Si l’on fait varier le dosage en éléments fins du béton, on observe l’existence d’un
dosage optimal pour lequel la porosité du béton frais est minimale ; ce qui veut dire que l’effet
filler rentre dans la granularité optimale des bétons.

4.2 La pouzzolanicité

On appelle « réaction pouzzolanique » la réaction chimique en solution entre la silice (SiO2)


provenant de la dissolution d’une poudre siliceuse et l’hydroxyde de calcium Ca(OH)2 produit
par l’hydratation du ciment, cette réaction donne un silicate de calcium hydraté (C-S-H)
pratiquement insoluble dans l’eau suivant la réaction :

Ca(OH)2 + SiO2 + (n-1) H2O  CaO.SiO2.nH2O (1)

4.3 Propriétés des additions calcaires

Les additions calcaires ont un caractère liant hydraulique équivalent. Nous rappelons ici les
quelques propriétés citées dans la littérature. Les effets des additions sur les propriétés du
béton durci peuvent avoir une origine physique ou une origine chimique.

4.3.1 Effet d’accélération

Les additions calcaires tendent à accélérer l’hydratation du ciment. Au cours des réactions
d’hydratation du ciment, elles créent une meilleure répartition des hydrates, en particulier la
portlandite. La présence de CaCO3 accélérerait l’hydratation du ciment dès les premiers
instants et d’autant mieux que les particules sont fines et la quantité de CaCO3 grande.

4.3.2 Effet liant

Un autre effet favorable à la résistance est constitué par la possibilité pour les additions de
former au contact de la phase aluminate des composés appelés carboaluminates, qui
contribueraient à la résistance mécanique au même titre que les autres hydrates. Les additions
calcaires participent ainsi aux réactions d’hydratation du ciment qui fait que l’on attribue à ces
additions une activité liante ou hydraulique. En particulier, les CaCO3 et les aluminates du
ciment réagiraient chimiquement en présence d’eau pour former un mono-carboaluminate de
calcium hydraté.

4.3.3 Effet de stabilisation par diminution du ressuage

L’ajout d’additions calcaires dans un béton maigre tend à augmenter significativement la


surface spécifique de la phase solide du matériau frais. Le ressuage, qui intervient pendant la
phase dormante, est réduit d’également. Généralement, le ressuage conduit à une
accumulation d’eau sous les granulats, ce qui est très défavorable à l’adhérence entre les
phases d’hydratations donc l’incorporation d’une addition ou fines a un effet bénéfique pour
un béton.
5. EMPLOI DES ADDITIONS EN SUBSTITUTION DU CIMENT : LA NOTION DE
LIANT ÉQUIVALENT

5.1 Définition du liant équivalent

On appelle liant l’association d’un ciment et d’une addition dans la formulation du béton. Les
ciments et les additions sont des produits commercialisés et répondent chacun à des normes
précises contrairement au liant qui est un élément de la composition du béton, c’est à la norme
béton de le définir. La notion de" liant équivalent " est utilisée par la norme " Béton prêt à
l’emploi " et la norme européenne "ENV 206" Béton. Performance, production, mise en
œuvre et critères de conformité, pour spécifier les règles de substitution des additions au
ciment. Le liant est comparé au ciment auquel l’addition peut se substituer. Il convient donc,
en premier lieu, de définir le ciment à utiliser, et préciser sa classe et son type. Ensuite, il faut
préciser pour quelle propriété le liant doit être équivalent à ce ciment. Dans les normes, le
béton est toujours spécifié par rapport à l’environnement auquel il est destiné.
La résistance caractéristique à la compression à vingt huit jours est une propriété dont la
valeur minimale est spécifiée pour tous les environnements, aussi l’équivalence vis à vis de la
résistance doit toujours être prise en considération. L’équivalence dépend donc de l’addition
considérée, du ciment et de l’environnement.

5.2 Quantité de liant équivalent

La quantité de liant équivalent Léq. est défini comme la somme d’une quantité C d’un ciment
et d’une quantité A d’une addition pondérée d’un coefficient k d’équivalence soit :

Léq. = C + kA (2)

où Léq., C et A son t exprimé avec les mêmes unités en kg ou en kg/m3.

5.3 Détermination de l’indice d’activité et du coefficient k

Le calcul coefficient de prise en compte ou du facteur d’efficacité k s’effectue en utilisant une


loi empirique exprimant la résistance du mortier en fonction du rapport E/C, où C est la masse
de ciment dans le mortier normal sans addition.
A partir de la relation de Bolomey :

Fc,0  K(C0 / E 0.5) (3)

où E et C0 sont les masses d’eau et de ciment, K est une constante empirique.

Il suffit de remplacer la quantité de ciment de la relation (2) dans (3), on aura

Fc,a = K(C+kA/E - 0.5) (4)

Avec :

C= C0 (1- p) et A = C0/p (5)


En notant que l’indice d’activité (i) est le rapport des résistances entre le mortier avec p%
d’addition (a) et le mortier témoin sans addition, il vient :

Fc,a p (1 k)
i 1 (6)
Fc,0 1  0 .5 E
C0
Le facteur d’efficacité s’écrit alors :

p

k  1  1i 1  0.5 E
C0
 (7)
Comme le montre la formule, ce coefficient est exprimé en fonction de l’indice d’activité et
des paramètres de composition ( E/C et dosage en addition p).

Pour E/C = 0.5 :


0.75 1i 
k 1 (8)
p
et pour p = 0.25 :
k  3i  2 (9)

5 CONCLUSION

Une addition est un matériau minéral finement divisé et pouvant être substitué partiellement
au ciment pour améliorer certaines propriétés du béton ou pour lui conférer des propriétés
particulières. La substitution partielle du ciment une pratique de plus en plus courante aussi
bien dans la fabrication du ciment que dans confection des bétons. Ces produits sont
considérés comme un constituant du béton, ayant une fonction bien définie, il est nécessaire
qu’il soit constant en caractéristiques. L’association du ciment et une addition est appelée
liant équivalent. Pour ce faire, il est important de déterminer l’indice d’activité et le facteur
d’efficacité du produit à utiliser pour optimiser le liant.

BIBLIOGRAPHIE

J.Baron et J.P Ollivier. Les bétons. Bases et données pour leur formulation. Édition Eyrolles
1997

Additions pour béton hydraulique. Additions calcaires, spécifications et critères de


conformité. NF P 18 508 juillet 1995.

ENV 206" Béton. Performance, production, mise en œuvre et critères de conformité

Bétons. Béton prêt à l’emploi. XP P 18 305, août 1996.