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Séquence :La Poésie

DESCRIPTIF DES LECTURES ET ACTIVITES

OBJET D’ETUDE LECTURES ANALYTIQUES LECTURES


CURSIVES, DOCUMENTS
Ecriture poétique et quête du COMPLEMENTAIRES,
sens du Moyen Age à nos jours ACTIVITES

Séquence 1 : Œuvre intégrale Lectures cursives :


Problématique : Une poésie pour - Le dadaïsme :
tout le monde Paroles, Prévert, 1946 Chanson dada, TristanTzara,
Texte 1 : La Grasse Matinée 1923, De nos oiseaux
Etudes transversales et/ou (thème : la société) - Le surréalisme :
thématiques : Elsa au Miroir, Louis Aragon, La
- Les thèmes dans Texte 2 : Déjeuner du matin Diane française, 1945
Paroles (thème : scène de la vie
quotidienne) Histoire des Arts
- Une poésie libérée - Le cubisme en peinture
de toute contrainte : Texte 3 : Promenade de Picasso Portrait de Nush de
les procédés (thème : la création artistique) Picasso
stylistiques
Activité : 1938 : Le Quai des
- Prévert : un poète brumes de Marcel
du quotidien Carné, scénario et dialogues de
Jacques Prévert

Séquence 2 : Groupement de Lectures cursives :


Problématique : textes La poésie dans tous ses états :
L’image de la femme dans la
poésie Texte 1 : La charogne, Texte 1 : La poésie en prose :
Spleen et Idéal de Baudelaire, Faction du muet de René Char,
Les Fleurs du mal, 1857 Le Nu perdu, 1971
Texte 2 : La prose poétique :
Texte 2 : Mon rêve familier, de Extrait de Les vrilles de la vigne
Paul Verlaine, Poèmes de Colette, 1908
saturniens, 1866
Les fonctions de la poésie :
Texte 3 : « Les mains d’Elsa », de
Louis Aragon, extrait du Fou Texte 1 : La poésie lyrique
d’Elsa, 1963 Sur la mort de Marie, Pierre de
Ronsard, Second Livre des
Amours, sonnet 4,1578

Texte 2 : La poésie engagée


Le Dormeur du val, Arthur
Rimbaud, Poésies, 1870

Texte 3 : L’Art pour l’Art (la


poésie parnassienne)
(suite du descriptif : page J-M de Hérédia, Les Trophées,
suivante) 1893

Texte 4 : Chanter les rois


Extrait de Prière pour le Roi

1
allant en Limousin, Malherbe,
Œuvres, (édition posthume, 1630)
Histoire des arts : Pourquoi
chanter les poètes ?
- Léo Ferret chante
les poètes
(Baudelaire,
Rimbaud, Ronsard,
Verlaine, …)
- Lio chante Prévert
- Jean Ferrat chante
Aragon)(sur
Youtube)
Activité :
La poésie au XXIème siècle :
quand la poésie devient chanson
Les voyages en train, Grand
Corps Malade, 2008 (à écouter
sur Youtube)

Un recueil de poésieest le plus souvent en vers (réguliers ou en vers libres), mais il


existe également des poèmes en prose .

La versification
- Une strophe : un ensemble de vers
- Les types de strophes :
 Un monostiche : une strophe d’un vers
 Un distique : une strophe de 2 vers
 Un tercet : 3 vers
 Un quatrain : 4 vers
 Un quintil : 5 vers
 Un sizain : 6 vers
 Un septain : 7 vers
 Un huitain : 8vers
 Un neuvain : 9 vers
 Un dizain : 10 vers
 Un onzain : 11 vers
 Un douzain : 12 vers
 Un treizain : 13 vers
 Un quatorzain : 14 vers
- Une rime : le ou les derniers sons communs à deux vers. Une rime peut être égale à
une syllabe mais n’est pas nécessairement égale à une syllabe.

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- Les types de rimes :
 rimes pauvres rimes suffisantes rimes riches

ex : plat tabac automne

mât bas monotone

1 (a) 2 (b-a) 3 ou plus (o-t-on)

 rimes embrassées rimes croisées rimes plates


abbaababaabb

 rimes féminines : elles se terminent par un « e » que l’on ne prononce pas


rimes masculines : elles ne se terminent pas par un « e »
 rime intérieure : elle se place à la moitié d’un vers.
Ex : ……………………..gloire ………………………………
……………………..victoire ……………………………

- un mètre : c’est le nombre de syllabes ou de pieds dans un vers


- les types de vers :
 un alexandrin : vers de 12 syllabes (ou pieds)
 un hendécasyllabe : 11 syllabes
 un décasyllabe : 10 syllabes
 un ennéasyllabe : 9 syllabes
 un octosyllabe : 8 syllabes
 un heptasyllabe : 7 syllabes
 un hexasyllabe : 6 syllabes
 un pentasyllabe : 5 syllabes
 un tétrasyllabe : 4 syllabes
 un trisyllabe : 3 syllabes
 un dissyllabe : 2 syllabes
 un monosyllabe : 1 syllabe

- une diérèse : c’est un mot, par exemple, de deux syllabes mais on le lit en trois
syllabes. Ex : pitié = pi-ti-é (au lieu de pi-tié)
- une synérère : c’est un mot, par exemple, de 3 syllabes mais on le lit en 2 syllabes.
Ex : dia – mant (au lieu de di-a-mant)
- un rejet : c’est un mot qui se place au début d’un vers mais qui syntaxiquement
appartient au vers précédent.

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Ex : D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui …………………………… (Baudelaire)
- un contre-rejet : on rejette en fin de vers un mot qui appartient syntaxiquement au vers
suivant.
Ex : …………………………………………………………. ;l’Espoir
Vaincu, pleure, et l’Angoisse …………………………… (Baudelaire)
- un enjambement : c’est un rejet plus long
ex : Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux (Baudelaire)
- un hémistiche : c’est la moitié d’un alexandrin.
- une césure : c’est la coupure entre deux hémistiches.
- un accent : c’est la syllabe sur laquelle « tombe » la voix.
- Un trimètre : c’est un alexandrin qui comprend 3 accents
- Un trétramètre : c’est un alexandrin qui comprend 4 accents : deux dans chaque
hémistiche
Possibilités : 3èmesyll – 6ème – 9ème – 12ème
2ème – 6ème – 8ème – 12ème
4ème – 6ème – 8ème – 12ème
- Sons et sens : à lire
Le poète joue d’abord avec les sons pour accompagner et soutenir le sens de son
propos. Quand on parle de sens en poésie, il s’agit plutôt de sentiments, d’impressions,
d’expérience à partager. Les sons aident souvent à créer ce climat particulier à chaque
poète, à évoquer l’implicite ou l’indicible, cette « sorcellerie évocatoire » appelée de
tous ses vœux par Baudelaire, « cette musique avant toute chose » réclamée par
Verlaine.
L’harmonie résulte donc du choix et de la combinaison des syllabes pour obtenir les
sonorités désirées. Aussi le choix des mots est-il le premier souci du poète.
Selon les traditions poétiques françaises, certains sons correspondent à des effets
précis :
Les voyelles :
 Voyelles aiguës : [i] (ville, île), [e] (thé, jouer, courai), [ε] (amer, sèche,
aimais, teigne), [y] (sur, j’eus), [ø] (jeûne, cheveu, œufs), [ɶ] (œuf, veuf, œil),
effet aigu, clair, doux, léger.
 Voyelles graves : [a] (vache, ma), [o] (pôle, saule, sot), [Ɔ] (col, botte, Paul),
[ɑ] (lâche, tas, pâte), [u] (tous, goût), effet grave.
 Voyelles fermées : [i], [y], [u],[e],[ø], [o], effet sombre, grave, sourd. Les
voyelles fermées seront recherchées pour exprimer la mélancolie, l’angoisse, la
lenteur ou la majesté.
 Voyelles ouvertes : [a], [œ], [ε], [ɑ], [Ɔ], éclatant.
 Voyelles nasales : [ɑ̃] (champ, ange, emballer, ennui, vengeance), [œ̃]
(parfum, aucun, brun, à jeun), [ɛ]̃ (limbe, instinct, main, saint, dessein, lymphe,
syncope), [ɔ̃] (plomb, ongle, mon), effet voilé, muté, attenué, mou, lent.
 L’impression laissée par une syllabe dépend de sa longueur et de sa sonorité. Les
syllabes brèves, surtout lorsqu’elles sont répétées, conviennent peur exprimer la
vivacité, la rapidité. Par contre, les syllabes longues seront recherchées pour
produire la nonchalance, la lenteur.
 La répétition de sons produit un énoncé monotone.

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 Les voyelles aiguës exprimeront tour à tour la joie, la douleur, l’aigreur, la
vivacité, selon qu’elles seront isolées, répétées, accompagnées de consonnes
instantanées ou continues, et employées dans des syllabes longues ou brèves. Une
voyelle aiguë entourée de voyelles claires et éclatantes conviendra pour lancer un
cri de joie.
 Les voyelles aiguës répétées conviennent bien pour exprimer la douleur. Dans une
suite de syllabes brèves, les voyelles aiguës et ouvertes favorisent la vivacité.
 Les voyelles orales (a-e-i-o-u-eu-ou) seront plus vives que les voyelles nasales (a :
an ; e : en ; eu : eun ; o : on).
Les consonnes : certaines sont sonores : b-v-d-z-g-j-, d’autres sont sourdes : p-f-t-s-c-ch. Elles sont
instantanées (prononcées brusquement) : b-p-d-t-g-c-, ou continues (son prolongé) : v-f-z-s-j-ch. Les
consonnes instantanées expriment la dureté.

- Consonnes momentanées [p, t, k, b, d, g] : effet sec, hésitant.


- Consonnes continues [f, v, l, m, n, s, z, ] : effet soutenu, onomatopée. Les consonnes
continues conviennent aussi pour exprimer la douceur.
- Consonnes nasales [n, m] : effet doux, mou, languissant.
- Consonnes spirantes [s, z] : effet sifflant.
- Il y a également les consonnes dites nasales : m, n, gn, et celles qui sont dites liquides
(prononciation coulante) : l, r.
- S’y ajoutent les trois semi-consonnes :
- i, ou yod, écrite i - y ou il (ill) : (l’amitié, lien, yeux, émail, charmille) ;
- eu, ou wou, écrite ou, o ou u : (oui, joie, square) ;
- u, ou wu, écrite u : (huile).
- [R] + voyelles ouvertes : effet grinçant.
- [R] + voyelles fermées : effet grondant.
- L’E muet apporte toujours une longueur supplémentaire convenant pour la douceur.

- Une allitération : c’est la répétition d’un même type de consonnes


- Une assonance : c’est la répétition d’un même type de voyelles
- Un sonnet : c’est un poème qui comprend deux quatrains et deux tercets.
- Une fable : c’est une histoire de laquelle on tire une morale
- Un pantoum : c’est un poème composé de quatrains. Le 2ème vers d’une strophe
devient le 1er vers de la strophe suivante ; le 4ème vers devient le 3ème vers de la strophe
suivante et ainsi de suite.

LES PRINCIPALES FORMES POÉTIQUES :

Acrostiche : poème dont la première lettre de chaque vers, si on lit dans le sens
vertical, donne le sujet du poème, le nom de l'auteur ou de celui à qui le poème est
destiné.

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Calligramme : est un poème dont la représentation graphique reproduit un objet ou
une image, sujet du poème lui-même.

Blason : Il loue ou dénigre la femme aimée, le plus souvent en prenant une partie
de son corps.

Fable : la fable est un apologue : une histoire de laquelle on tire une morale.

Ballade : au Moyen Age, poème lyrique à forme fixe, se composant de 3 strophes et


d'un envoi plus court que les strophes et qui commence en général par le
dédicataire réel ou fictif. Chaque strophe et l'envoi se terminent par le même vers,
les 3 strophes sont symétriques par le nombre de vers, la position des rimes, la
mesure des vers, tous de même longueur. XIXe siècle : poème épico-lyrique, à
strophes égales, emprunté par les romantiques à l'Angleterre et à l'Allemagne : ce
poème a pour sujet une légende guerrière, un amour tragique, un amour sanglant,
un récit fantastique. De nos jours, la ballade évoque surtout l'idée de chant
populaire.

Bouts-rimés : rimes choisies d'avance avec lesquelles on doit faire une poésie dites
«bout-rimé», sur un sujet imposé ou librement choisi ; ce divertissement fut très à
la mode dans les milieux précieux et mondains tout au long du XVIIe siècle.

Eglogue : (étym. « pièce choisie ») poème pastoral consistant en un dialogue entre


deux bergers. Ce genre antique fut repris en France au XVIe siècle.

Elégie : (en grec : « dire hélas ») poème lyrique, caractérisé par l'alternance des
hexamètres et des pentamètres, qui finit par se spécialiser dans l'expression des
sentiments mélancoliques provoqués par un deuil ou un amour malheureux.

Epigramme : en Grèce, tout poème assez court pour être gravé sur une pierre. Chez
les latins, petit poème satirique très bref, forme sous laquelle il est demeuré en
France.

Epopée : (grec : « action de faire un récit ») poème héroïque, par opposition au


roman qui, à l'origine, ne s'en distinguait pas.

Hymne : poème religieux en l'honneur des dieux ou des héros. Au XVIe siècle,
poème à rime plate, en alexandrins, épique ou didactique (jamais lyrique) sur des
sujets très divers. Ensuite, toute oeuvre qui chante un grand sentiment sur le mode
du lyrisme enthousiaste.

Impromptu : petit poème improvisé, très à la mode chez les Précieux.

Madrigal : genre introduit en France au XVIe siècle, très cultivé jusqu'au XVIIIe
siècle. Compliment tendre et galant adressé, en quelques vers, à une dame, sans
aucune loi de rime ni de rythme.
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Ode : (grec : « chant ») tout poème destiné à être mis en musique. Forme et sens
très variés. Il existe des odes pindariques (le sujet est héroïque, sacré ou
philosophique – exemple : Ode pour la paix de La Fontaine) et des odes
anacréontiques (poème lyrique qui exprime d'une façon personnelle des sentiments
communs à la masse des hommes, en strophes symétriques, en mètres variés, avec
un système harmonieux de rythmes et de rimes).

Odelette : petites odes caractérisées par leurs thèmes érotiques et bachiques avec
prédominance de l'élément descriptif. Mètres et strophes courts.

Pantoum : poème à forme fixe emprunté à la poésie Malaise : suite de quatrains à


rimes croisées ; le 2ème et le 4ème vers de chaque strophe forment le 1er et le
5ème de la strophe suivante. Le vers qui ouvre la pièce doit la terminer.

Rondeau (signifie « danse en rond »): 1ère forme fixe à apparaître (13è S.) Petit
poème à forme fixe. Des strophes séparées par un refrain.

Sonnet : (italien : « petite chanson ») poème de 14 vers d'origine provençale ou


italienne, importé au XVIe siècle par Marot. Le sonnet parfait est écrit en
alexandrins, il comporte 2 quatrains et 2 tercets. Les 2 quatrains sont sur 2 rimes
embrassées. Dans les tercets, les deux premiers vers sont des rimes plates, puis on a
quatre vers de rimes croisées. Les quatrains doivent présenter un sens complet ;
idem pour les tercets. Il doit y avoir une alternance entre les rimes féminines et
masculines. Rq : Il existe des variantes au sonnet parfait.

Un ensemble de poèmes forme :

- un recueil,
- un florilège
- ou encore une anthologie.
-

Séquence 1 : œuvre intégrale : Paroles de Prévert


Présentation de l’auteur et de l’œuvre :

JACQUES PREVERT (1900-1977)

Jacques Prévert naît à la rue de Chartres à Neuilly-sur-Seine le 4 février 1900. Il


y passe son enfance dans une famille de petits bourgeois dévots aux côtés de
son père André Prévert, critique dramatique, qui l'amène souvent au théâtre,
et de Suzanne Catusse, sa mère, qui l'initie à la lecture. Dès 15 ans, après son
certificat d'études, il quitte l'école et fait des petits boulots. Il estmobilisé en
1918.

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En 1925, il participe au mouvement surréaliste. Créé en 1924 par André
Breton, le surréalisme est un mouvement littéraire et artistique né en France à
la suite de la Première Guerre mondiale. Il est dans la continuité du
mouvement Dada (un mouvement antibourgeois, antinationaliste et
provocateur). Le but du surréalisme est de créer une écriture plus spontanée
dans laquelle on ne se plie pas aux règles formelles et esthétiques de l’époque,
ils veulent faire place à la création sans contrainte. Pour André Breton, leur
chef de file, le surréalisme est une recherche d'union entre le réel et
l'imaginaire.
Jacques Prévert fera partie de ce mouvement littéraire de 1925 à 1929. Mais ce
dernier est trop indépendant d'esprit pour faire partie d'un mouvement
littéraire bien fixe. De plus, il supporte mal les exigences d’André Breton.
Il choisit alors de faire dans la simplicité et de prendre des thèmes de la vie
quotidienne. Il s'intéresse à des thèmes qui étaient jusqu'ici considérés comme
antipoétique (par exemple, le thème du travail, l’école).
Même s’il a peu écrit pendant sa période avec les surréalistes, ces années
passées auprès d'eux, ont été pour lui une période de gestation. Et elles lui ont
enfin permis d'être "lui-même". Malgré sa rupture avec Breton et ses amis,
Prévert restera tout de même marqué par le surréalisme et il pense même que
rêve et folie peuvent conduire à une toute autre réalité. Il aime aussi mêler le
réel et le surréel : il introduit des éléments oniriques, fantastiques ou
merveilleux dans un monde des plus réalistes ou bien il suffit de quelques
métaphores pour que le lecteur tombe dans un monde surréel.
Prévert crée un style qui lui est propre où il mêle l’humour, la simplicité, le
merveilleux ou le fantastique. Il aime beaucoup jouer avec les mots, il se
détache de tout mouvement littéraire précis.
Le succès de l’œuvre
Les textes de Jacques Prévert ont d'abord été publiés isolément dans diverses
revues depuis les années trente avant d'être regroupés partiellement de façon
amateur par des étudiants de Reims à la fin de la guerre. En 1945, René Bertelé
réunit à son tour les textes de Jacques Prévert avec l'accord du poète pour la
maison d'édition qu'il vient de créer les Éditions du Point du jour et il publie le
recueil le 10 mai 1946 sous le titre Paroles.Le succès est immédiat : une
première réédition de 5000 exemplaires est lancée une semaine après, puis
d'autres pour atteindre le chiffre, spectaculaire pour un recueil de poèmes, de
25000 la première année.
Gallimard qui a racheté les éditions de René Bertelé en transformant Le Point
du jour en une collection que continue à diriger son créateur,

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réédite Paroles en 1949 et de nouveau en 1951 et 1956. En 1957, le recueil est
publié en Livre de poche avec la couverture de l'édition originale : la
photographie de Brassaï qui représente un mur gris couvert de graffiti sur
lequel on a peint en écriture manuscrite rouge le titre et le nom de l'auteur. En
1972 Paroles paraît dans la collection Folio, avec en couverture le portrait en
noir et blanc de Jacques Prévert photographié par Doisneau, le graphiste ayant
rajouté une touche rouge à la cigarette que fume dans une attitude populaire
le poète. La diffusion en collection de poche ne faiblit pas et avec environ 2,5
millions d'exemplaires Paroles représente la 4e meilleure vente dans ce
domaine après L'Étranger et La Peste de Camus et Knock de Jules Romains, ce
qui fait de Jacques Prévert de loin le poète le plus lu de la littérature française.
Le couronnement éditorial survient comme un pied-de-nez posthume du poète
iconoclaste en 1992, avec la publication de ses œuvres dans la prestigieuse
collection de la Pléiade.
La composition de l’œuvre
Paroles comporte 95 textes non ponctués de forme et de longueur très
variées :
- Les textes les plus longs sont placés principalement au début du recueil.
Le plus long, La crosse en l'air (35 pages) est au milieu de l'œuvre et on
retrouve un texte assez long, rajouté plus tard, en fermeture du recueil
(Lanterne magique de Picasso – 7 pages).
Les autres textes vont d'une seule ligne (Les paris stupides) à quelques
pages en passant par des poèmes très courts (Alicante, 5 vers – Le grand
homme, 4 vers – L'amiral, 5 vers avec 15 mots au total), des textes d'une
petite page (Le cancre, 17 vers - Le miroir brisé, 16 vers - La fête
continue, 18 vers) ou des textes de deux pages ( Page d'écriture -
Barbara - Complainte de Vincent ...).

- La forme est également très variée :


 avec des textes en prose (Souvenirs de famille),
 des saynètes dialoguées en vers libres (L'orgue de barbarie –
La chasse à l'enfant - L'accent grave ...)
 un emploi plus traditionnel du vers libre avec parfois
l'utilisation partielle de rimes irrégulières (Pour toi mon
amour – Complainte de Vincent - Barbara).
 La présence de l'oralité revendiquée conduit aussi à
l'utilisation de la reprise sinon du refrain (Barbara – Chasse
à l'enfant – Je suis comme je suis ...) qui font de ces textes
des chansons qui seront d'ailleurs, ainsi que d'autres poèmes

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du recueil, mises en musique. (Allez sur Youtube écouter des
Poèmes de Prévert mis en chanson.)
Procédés stylistiques
Les aspects dominants de l'art de Jacques Prévert que souligne d'ailleurs le
titre Paroles sont la spontanéité et l'oralité nourries des influences surréalistes
faites d'expressivité nouvelle et de provocation.

 Prévert a ainsi fréquemment recours à la recherche d'expressions


corrosives et au rire en jouant sur les mots comme ici : "Notre père qui
êtes aux cieux / Restez-y... " (Pater noster) – " Larima /Larima quoi / La rime
à rien" (L'amiral) – Un vieillard en or avec une montre en deuil (Cortège - "
Le monde mental / Ment / Monumentalement ". Le jeu sur les mots est
d'ailleurs constant dans l'œuvre, même en dehors de la dérision, un seul
exemple de cette réussite littéraire suffira : " Démons et merveilles " (Sables
mouvants).

 Un autre procédé très fréquent est celui de l'accumulation associée à


l'anaphore ; par exemple : ouverture du Dîner de têtes (" Ceux qui
pieusement / Ceux qui copieusement "...) dans lequel se glisse une parodie
de Péguy, ou dans Salut à l'oiseau ou encore Cortège.

 Le vocabulaire simple et concret est une autre caractéristique permanente


de Paroles, par exemple dans – Déjeuner du matin – .C’est d’ailleurs cette
façon d’utiliser des mots usuels, compréhensibles de tous qui lui permet de
s’offrir une si grande renommée, que ce soit dans le monde de l’Art ou dans
celui des cours de récréations. Les enfants aiment les poèmes de Prévert
parce qu’ils sont beaux mais aussi parce qu’ils les comprennent, les adultes
apprécient le côté frais et franc des poèmes, tout le monde y trouve de quoi
combler ses envies.

 En dehors des moyens classiques de l'expression poétique comme le jeu sur


les rythmes et les sonorités comme l'allitération, c'est la richesse et
l'expressivité des images qui est remarquable chez Prévert.

 Le poète n’hésite pas à utiliser les outils habituels de la poésie, les


rythmes, les allitérations ou encore les sonorités, elles sont d’ailleurs
nombreuses dans ces poèmes ce qui en fait en plus d’un recueil de poèmes
un recueil de textes chantants agréables à lire et agréables à entendre. Les
images véhiculées par Prévert sont simples et nettes, tout le monde peut se
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les représenter. C’est l’un des points forts de ce recueil, Prévert ne s’adresse
pas seulement au monde d’en haut, il parle aux petites gens, aux enfants, à
tout le monde.

Thèmes
Les thèmes du recueil sont nombreux : ils se croisent souvent et sont mis en
valeur par les procédés poétiques efficaces.

 La dénonciation de la violence, de la guerre (1945 = après la guerre), de la


politique bourgeoise, de la religion est peut-être le thème dominant : il
s'agit d'une mise en cause violente des puissants qui renvoie à
l'engagement de Prévert. Antimilitariste, anticlérical, défenseurs des
humbles contre l'argent bourgeois, il fait également référence à l'actualité
de son époque (guerre d'Espagne et guerre d'Éthiopie, bombardement de la
deuxième guerre mondiale ou fascisme). Il associe ainsi dans ses répulsions
la trinité pétainiste en mettant en cause les valeurs de la famille (Familiale),
la patrie (L'épopée – Histoire du cheval) et le travail qu'il présente comme
une exploitation et une humiliation. Prévert dénonce aussi d'autres
oppressions comme l'emprisonnement ou la colonisation ou encore l'école.

Il aborde le thème de la religion, dans Ecritures Saintes, par exemple, et


tourne en dérision la religion lorsqu’il écrit, en parlant de Dieu : « une fois il
eut un grand fils ; un joyeux lapin ; et il l’a envoyé sur la terre ; pour sauver
les lapins d’en bas ; et son fils a été rapidement liquidé ; et on l’a appelé
civet ». Il compare dans Ecritures Saintes, Dieu à « un grand et gros lapin »
et le diable à « un grand lièvre avec un fusil gris ».

 Il s'agit donc explicitement d'une poésie socialement et


politiquement engagée : Jacques Prévert a choisi son camp.

 Le thème de la vie quotidienne, de la société, du temps, et des lieux


de Paris est également récurrent dans le recueil et fait de Prévert un poète
attachant de la ville et du monde populaire. On le qualifie de "Parisien
bohème".

 En contrepoint à la violence révolutionnaire et anarchiste, " Paroles "


exploite les thèmes lyriques traditionnels de l'amour, de l'enfance et de
l'oiseau mais sans exaltation du " je " romantique : il s'agit plutôt d'une
recherche du bonheur individuel et collectif fait de sensualité, de liberté où
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l'innocence et la fragilité sont protégées même si les peines de cœur
continuent à exister (Déjeuner du matin).

 Un dernier thème notable est celui de l'art et de la création avec des


références à van Gogh (Complainte de Vincent), peintre de violence, de sang
et de vie et à Picasso, qui bouscule la représentation de la réalité
(Promenade de Picasso - Lanterne magique de Picasso). Jacques Prévert
donne aussi la clé de sa recherche artistique dans Pour faire le portrait d'un
oiseau, sorte d'art poétique où l'idéal est « quelque chose de simple
/quelque chose de beau / quelque chose d'utile ... ».

 Finalement, c’est une poésie moins facile qu’il n’y paraît. Ces poèmes
apparemment simples et sans prétention, ont réussi à réunir un large
lectorat. Les thèmes contestataires et l’évocation d’un monde libéré de
toutes contraintes sociales assuraient à Prévert l’adhésion d’une jeunesse
d’après-guerre. Mais à y regarder de plus près, il faut une grande finesse
et même quelque culture pour en apprécier tous les effets.
 Prévert savait aussi s’abandonner aux jeux lyriques pour chanter la vie,
l’amour, la liberté…
 La poésie de Prévert n’est donc pas toute de contestation et n’est pas
toujours blasphématoire. Si elle a eu tant de succès, c’est à cause de son
humour, de sa mise en question du monde, et surtout parce qu’elle éveille
des sentiments simples.

…Liberté est bien le maître mot du projet de Prévert…

Bilan
Si les textes de Paroles continuent à intéresser les jeunes générations, c'est
qu'ils restent, pour la plupart, actuels et universels. En témoigne le succès de
l'édition en deux volumes de ses Œuvres complètes dans la prestigieuse
Bibliothèque de la Pléiade de Gallimard en 1992 et 1996, constamment
réimprimés. Les responsables de cette édition, ont bien montré que les textes
de Prévert, sous leur apparente simplicité, relèvent d'un intense travail de
construction et de précision, sont d'une grande richesse de sens, abondent en
références culturelles. Le plaisir du texte qu'ils procurent peut donc toucher les
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moins érudits comme les plus exigeants. Les thèmes qu'ils véhiculent -
l'enfance, l'amour, la solidarité, la révolte - continuent à retenir l'attention et à
nourrir les mémoires. Il a su parler pour « ceux qui en ont trop à dire pour
pouvoir le dire », tout en réinventant le langage. Jacques Prévert parle à
l'intelligence tout en touchant les cœurs.
Prolongements
La diffusion des poèmes de Paroles s'est faite aussi largement par la chanson
grâce à la musique de Joseph Kosma et à des interprètes comme Agnès
Capri, Marianne Oswald, Juliette Gréco, les Frères Jacques, Germaine
Montero, Mouloudji ou encore Yves Montand (parfois en association avec le
cinéma comme pour «Les Feuilles mortes», chanson du film de Marcel
Carné en 1946Les Portes de la nuit, rendue célèbre justement par Yves
Montand). Plus récemment, le groupe québécois les Cowboys Fringants ont
repris Le Temps perdu.
Prévert : une poésie en vers libres ou libérés

Un vers libre est un vers qui n'obéit pas à une structure régulière :
ni mètre, ni rimes, ni strophes. De son côté, le vers traditionnel observe
un nombre fixe de syllabes par vers et de vers par strophe.

Cependant, le vers libre conserve certaines caractéristiques du vers


traditionnel :

 la présence d’alinéas d’une longueur inférieure à la phrase ;


 la présence de majuscules en début de ligne, mais pas toujours ;
 une mise en page laissant respirer les blancs ;
 des séquences de vers de dimensions variables séparées par un saut de
ligne ;
 des longueurs métriques variables mais repérables ;
 des effets d’enjambement ;
 des échos sonores ;
 etc.
Bien avant que n’apparaisse l’appellation commune de « vers libre », la
poésie française s’autorisait déjà des libertés métriques. Il s’agissait alors du
« vers irrégulier ». Ainsi La Fontaine avait-il choisi ce procédé et en
expliquait la raison dans la préface de ses premiers Contes : « L’auteur a
voulu éprouver lequel caractère est le plus propre pour rimer des contes. Il
a cru que les vers irréguliers ayant un air qui tient beaucoup de la prose,

13
cette manière pourrait sembler la plus naturelle, et par conséquent la
meilleure ». C’est aussi le vers de Molière dans l’Amphitryon.

La versification s’était sensiblement assouplie au fil des siècles (avec des


auteurs comme Victor Hugo ou Mérimée). Mais le vers libre tel qu’on
l’entend au sens moderne du terme prend racine avec un grand
poète, Charles Baudelaire. En effet, Baudelaire a bel et bien composé pour
la deuxième édition des Fleurs du Mal (1861) un épilogue dans lequel il
pratique le vers libre. Ce poème moins connu restera inachevé et ne
paraîtra même pas dans la troisième édition de 1868.

Dernière remarque : le vers libre dans son essor n’a pas pris le monopole de
l’écriture poétique. Au XXe siècle, les poètes sont encore très friands des
vers à rythmes réguliers, de type alexandrins, et des sonnets et
des quatrains.

Texte 1 : La Grasse matinée


Introduction :

Présentation de l’œuvre : Le recueil Paroles met en scène des thèmes simples


et universels tels que l’amour, la mort et la difficulté du quotidien.

Présentation de l’auteur : J. Prévert est un poète et scénariste du 20ème siècle


qui a écrit notamment Paroles et Histoires. Poète du quotidien, Prévert chante
la ville des pauvres, des chômeurs, de ceux « qui n’ont jamais vu la mer » dans
son recueil Paroles (1949). C’est précisément par amour de la transparence
qu’il a délaissé le surréalisme au profit d’une poésie plus fluide, simple et
transparente au lexique simple et souvent « déponctuée ».

Présentation du poème : « La grasse matinée » nous fait état d’un homme face
à une faim tenace qui lui rappelle sa propre matérialité.

Lecture et explication

Annonce du plan :
1. Le parti des pauvres

14
2. Une simplicité stylistique, une poésie en vers libérés au service d’une
dénonciation intemporelle de la misère

I. Prévert, poète des pauvres gens


A. Une structure implacable : du café crème au café crime (emploi de la
paronomase ).

- L’histoire commence mal (« Il est terrible / elle est terrible » répété trois fois)
et se termine mal (l’homme qui a faim est devenu un assassin)
- Poème engagé par son sujet et sa structure : il rend compte du quotidien
tragique d’un pauvre homme mené au crime par la faim à mesure que le
poème avance.
- On suit le personnage (Prévert utilise le procédé de la focalisation
omnisciente ou zéro : il nous le présente à partir de ce qu’il fait et de ce qu’il
pense) : SDF sans argent, humilié, qui perd sa dignité et jusqu’à son identité.
Les reprises nominales et pronominales traduisent cette perte d’identité et
l’avènement implacable du meurtrier présenté comme une conséquence
logique : l’homme qui a faim> il>le vagabond>l’assassin car la faim devient son
unique tourment. Le poète rend sensible le malaise et l’engrenage qui mène au
crime. Raccourci du café crème au café crime par paronomase (Une paronomase
consiste à rapprocher des mots comportant des sonorités semblables mais qui ont des sens
différents)

- « l’homme qui a faim » devient un assassin pourtant c’est pour lui que nous
avons de la compassion.

B. Registres pathétique et satirique au service du tragique de la situation, au


service de la dénonciation

- Le tragique s’explique pas la situation inéluctable à laquelle « l’homme qui a


faim » ne peut échapper (« ça ne peut pas durer ><ça dure » : phrase négative
>< phrase affirmative). Comme dans la tragédie classique (cf. le théâtre du
17ème siècle), quand la scène commence, la tragédie a déjà commencé : le
destin de « l’homme qui a faim » est déjà déterminé

=> Prévert dénonce une société de consommation indifférente à la souffrance


d’autrui.
- Le pathétique est traduit par l’expressivité du poème rendant le vertige de la

15
faim. Vertige verbal « trois jours sans manger ». obsession maniaque pour le
compte de l’argent
Travail de la mastication (allit en m) au grincement de dents (allitération en s)
-La satire sociale : qui est responsable ? humourgrinçant.
* Critique de la société de consommation (cf. l’énumération « ces pâtés ces
bouteilles ces conserves »)>< dénuement (emploi de la négation « sans
manger : jeu sur les contrastes.

* Déploiement extravagant de la police pour protéger les « quelques


malheureuses sardines ».

* Le décompte des « deux francs » en fin de poème.

II Une simplicité stylistique, une poésie en vers libérés au service d’une


cause :
- poésie moderne : plus de rimes et des vers libres

- Le rythme est traduit par différents types de répétitions :

=>les répétitions (Répétition de « terrible / la tête de l’homme / …» :


Prévert veut faire partager la souffrance de l’homme à ses lecteurs.
Répétition « 3 nuits », « 3 jours » souffrance qui persiste).

=>les anaphores (« il ») »),

=> les allitérations (« doucement / ses doigts / sa tête / ce monde / ..») :


le monde grince // (« qui se mange/ remue/ …

=> Les assonances en fin de vers (« étain – faim - matin –Potin)

=>l’énumération (« ces pâtés ces bouteilles ces conserves »)

=> Prévert reprend le dernier mot d’un vers pour le reprendre au début
du vers suivant (« boîtes – vitres – flics »)

Toutes ces répétitions ont pour but de frapper l’esprit de ses


interlocuteurs, dénoncer un monde injuste : un monde riche dans lequel
des hommes souffrent encore de la fin.

16
Conclusion

Une poésie libre au service de la dénonciation

- Poésie du quotidien (langage simple, langage familier) : Prévert est le


poète qui s’adresse à tout le monde. Par cette simplicité cherche à
toucher le lecteur.
Par cette poésie qui se libère de la versification, l’auteur traduit le
désordre de la société mais il frappe aussi l’esprit de ses interlocuteurs (une
poésie qui se retient facilement)
- Poésie engagée : Prévert dénonce une réalité inadmissible : la réalité
d’un SDF dans un monde où la nourriture « coule » à profusion.

Texte 2 : Déjeuner du matin

I. Introduction
- Présentation de l’œuvre :Le recueil Paroles met en scène des thèmes
simples et universels tels que l’amour, la mort et la difficulté du quotidien.
- Présentation de l’auteur : J. Prévert est un poète et scénariste du
20ème siècle qui a écrit notamment Paroles et Histoires. Poète du
quotidien, Prévert chante la ville des pauvres, des chômeurs, de ceux « qui
n’ont jamais vu la mer » dans son recueil Paroles (1949). C’est
précisément par amour de la transparence qu’il a délaissé le surréalisme
au profit d’une poésie plus fluide, simple et transparente au lexique simple
et souvent déponctuée.
- Présentation du poème : L’auteur nous présente ici une scène de la vie
quotidienne : un petit déjeuner.
II. Lecture et explication
A. Une scène de la vie quotidienne
- Pas de cadre spatial : à la maison ou dans un café
- Le cadre temporel : c’est le matin (« cf. le titre), une scène qui se situe
dans le passé (emploi du passé composé)
- Une scène du quotidien : un petit déjeuner
- Une scène vue et racontée par le « je » (probablement une femme)

17
- Une énumération minutieuse des actions effectuées par l’homme. Cette
énumération est présentée par l’emploi anaphorique du « il ». L’auteur
utilise le procédé de la focalisation externe (on ne connaît les personnages
qu’à partir de ce qu’ils font)
- Une succession d’actions exprimée par la juxtaposition comme cela se
passe généralement tous les matins.
B. Une scène tragique
- Ce qui frappe, c’est que le morceau est essentiellement bâti sur des
phrases courtes, en juxtaposition (asyndète : les actions sont généralement
juxtaposées sans mots de coordination => cette asyndète met l’accent sur
sur le regard que porte le « je » sur la personne qui est en face et qui
l’ignore complètement – aucune communication : ni par la parole, ni par
le regard), commençant inlassablement par « il » et détaillant avec minutie
des actions banales et quotidiennes. Ces actions, nous sentons qu’elles ont
sur celui qui parle un effet cruel qui se prolonge dans le présent. C’est le
passé composé qui le prouve (le passé composé exprime un fait passé dont
les effets se font encore ressentir sur le présent de celui qui parle et ce,
contrairement au passé simple).
- Le tragique est aussi traduit dans l’attitude désinvolte de l’homme (qui
« fait des ronds avec la fumée ») qui « ignore » la présence de l’autre.
- Ces actions n’auraient rien d’insolite si elles n’étaient précisées par le c.c.
de manière : « sans me parler » « sans me regarder » « sans une parole ».
C’est la négation absolue qui rend la situation tragique : aucune
communication, ni verbale, ni visuelle (car la communication passe et par
la parole et par le regard).
- L’absence quasi-totale du sujet « je » qui n’apparaît que dans les derniers
vers. Le "je" apparaît bien plutôt mais sous la forme de compléments
d’objet (« sans me parler » / « sans me regarder ») comme si le « je »
n’avait pas d’existence propre (le narrateur n’est présenté que comme un
objet). Ensuite, le « je » n’est même plus objet : il disparaît(« sans une
parole »).
Le « je » sujet apparaît dans les trois derniers vers mais l’homme a
disparu.
- L’emploi de la 3ème personne participe aussi au tragique de la situation
car le « il » dit que la communication n’a pas été rétablie : le drame
continue. La scène aurait été totalement différente si l’auteur avait dit
« Tu as mis le café / Dans la tasse ». La 2ème personne aurait rétabli un
contact.
- La juxtaposition permet de mettre en évidence plus cruellement les
actions en leur donnant plus de poids, plus de lenteur, plus de gravité. Des
gros plans comme au cinéma.
- Les nombreux c.c. montrent que l’observatrice revit la scène avec la
même acuité qu’elle avait mise à observer. Toutefois, au dernier vers « Et

18
j’ai pleuré », aucun c.c. ne vient s’ajouter. La sobriété de l’action est bien
plus dramatique que si l’auteur avait dit « J’ai versé un torrent de
larmes ».

C. Prévert, un poète du quotidien


- Une poésie simple :
 aucun mot de vocabulaire difficile / pas de jeu de mots : la sobriété qui
rend le tragique de la situation plus poignant.
 une syntaxe simple, répétitive (« Il a mis » 6 fois / « Il a » répété 5 fois) :
accumulation associée à l'anaphore : comme dans la vie quotidienne.
 Le poète n’hésite pas à utiliser les outils habituels de la poésie :
 le rythme (les anaphores : « Il a … » / « Sans … », le
parallélisme syntaxique
 Les allitérations :
- (« Il a mis / Son chapeau sur sa tête / Il a mis / Son manteau de
pluie / Parce qu’il pleuvait / Et il est parti / Sous la pluie / Sans une
parole » / …) => impression de dureté

- («tasse / sucre / sans ») => exprime le grincement


Les allitérations expriment aussi la tragédie vécue par le « je ».
 Pas de ponctuation : une succession d’actions qui s’enchaînent les unes
aux autres

III. Conclusion
L’art de Prévert est à la fois oral et visuel. Tout en parlant comme tout le
monde, nous assistons à une tragédie. Nous avons regardé de brèves et
prenantes séquences d’un film tragique ne relatant pourtant qu’une simple
scène de la vie quotidienne.

19
Texte 3 : Promenade de Picasso

Quelques explications pour mieux comprendre le poème :

- La pomme est un fruit mythologique. C’est le fruit défendu qu’Eve a


cueilli et qui est à l’origine de la notion de péché (cf. le péché originel)
- La pomme renvoie aux origines de l’art : les premiers sujets des peintres
étaient des sujets mythologiques ou religieux.
- Isaac Newton (18ème siècle) se trouve pris dans un anachronisme.
L’exposition universelle a eu lieu en 1900. En fait, l’exposition de la
gravitation universelle n’existe pas. La gravitation universelle ou
l’attraction universelle a été découverte par Newton.
Rq : A Paris se sont tenues diverses expositions universelles.
 Exposition universelle de 1855
 Exposition universelle de 1867
 Exposition universelle de 1878
 Exposition universelle de 1889 (c’est à cette occasion que la tour Effeil a
été construite. Elle devait être détruite mais Gustave Eiffel démontre l'
utilité scientifique d' un observatoire météorologique qui sera unique dans
le monde. Des expériences de transmission radiophonique effectuées par
l'armée française avant la date fatidique du projet de démolition sauvèrent
finalement la Tour.
 Exposition universelle de 1900

- Jeu de paume :
Au début, le jeu de paume est joué sans raquette.
Le serment du Jeu de paume est un engagement d’union pris
le 20 juin 1789 à la salle du Jeu de paume, à Versailles, par les
578 députés du Tiers-Etat lors des États généraux de 1789. En réalité,
seuls 300 sont présents. Face aux pressions du roi de France Louis XVI,
ils firent serment de ne pas se séparer avant l’élaboration
d’une Constitutiondont sera issue l'abolition de la féodalité (4 août 1789),
la déclaration des droits de l'homme et du citoyen (26 août 1789), et les
grands principes de la Constitution (fin 1791).
Dans le poème, ce serment perd toute solennité car il est pris dans une
paronomase (figure de style qui consiste à rapprocher des mots
comportant des sonorités semblables mais qui ont des sens différents), une
contrepètrie (est un jeu de mots consistant à permuter certaines lettres ou
syllabes)
- Le Duc de Guise (16ème siècle) était un défenseur de la foi catholique
contre les prostestants. Le Duc de Guise n’a apriori aucun rapport avec la
pomme. Prévert l’utilise pour jouer avec les mots (de Guise – déguise)
- L’arrosoir : la pomme d’arrosoir

20
- Espalier : ancienne pratique de contrôle de la croissance des plantes
ligneuses à l'origine pour la production de fruits.
- Parmentier : sorte de pommes de terre
- L’escalier : paronomase avec le mot « espalier »
- Les pommes d'or du jardin des Hespérides sont des fruits présents dans
la mythologie grecque. Elles sont le cadeau de mariage de Zeus pour sa
troisième épouse Héra. Les cueillir constitue le onzième travail
d'Héraclès.
- Le Canada, la Normadie, la Reinette, l’Api : sont des variétés de pommes
- Guillaume Tell et la Suisse : Guillaume Tell est un héros de
l'indépendance de la Suisse.
Le bailli impérial de Schwyz et d'Uri — au service des Habsbourg, tente
de réaffirmer leur autorité sur la région —, Hermann Gessler, fait ériger
un mât surmonté de son chapeau, exigeant que les habitants le saluent
comme s'il était effectivement présent. Guillaume Tell passe devant le
chapeau en l'ignorant. Gessler le condamne alors à tirer un carreau
d'arbalète dans une pomme posée sur la tête de son fils. Par la suite, Tell
tue Gessler d'uncarreau d'arbalète en plein cœur. Le récit a donné lieu à de
nombreuses controverses historiques portant sur son authenticité.
Aujourd'hui, l'histoire est plutôt tenue comme une légende

I. Introduction
- Présentation de l’œuvre :Le recueil Paroles met en scène des thèmes
simples et universels tels que l’amour, la mort et la difficulté du quotidien.
- Présentation de l’auteur :J. Prévert est un poète et scénariste du
20ème siècle qui a écrit notamment Paroles et Histoires. Poète du
quotidien, Prévert chante la ville des pauvres, des chômeurs, de ceux « qui
n’ont jamais vu la mer » dans son recueil Paroles (1949). C’est
précisément par amour de la transparence qu’il a délaissé le surréalisme
au profit d’une poésie plus fluide, simple et transparente au lexique simple
et souvent déponctuée.
- Présentation du poème : Prévert nous offre ici un poème sur la création
artistique.

II. Lecture et explication


1) Une poésie libérée des contraintes
- Poème sans forme fixe : il n’y a ni rimes, ni ponctuation et le nombre de
pieds est très variable. Le poète laisse les mots libres de faire ce que bon
leur semble. Le style est bref, il procède par groupes de mots, par
répétitions, ce qui donne tout ce rythme au poème.
- On peut distinguer toutefois 5 phrases (cf. l’emploi des majuscules).

21
La 1ère phrase : met le sujet en place (« sur une assiette … une pomme
pose »)
La 2ème phrase : la pomme vit ce qui va rendre fou le peintre qui veut
peindre la pomme telle qu’on la voit. C’est un peintre de la réalité.
La 3ème phrase : son imagination fait entrevoir une multitude de pommes.
La 4ème phrase : l’arrivée de Picasso qui comprend le drame.
La dernière phrase : la solution au drame du peintre de la réalité.
- Le jeu de la pomme : ce n’est pas une pomme habituelle, elle est douée de
vie et « pose » comme poserait un modèle. Et comme elle est rusée cette
pomme ! Elle tourne sur elle-même imperceptiblement, sournoisement,
puis elle se déguise, s’apparente à toutes les pommes célèbres.

2) Le rôle de la pomme : une source d’inspiration


- Dans le 1 vers, l’auteur insiste sur deux mots qui renvoient à la réalité
er

« bien ronde / réelle » (répété 2 fois v.1 et v. 14).


Sont mis face à face : la pomme qui est réelle et le peintre de la réalité.
Mais la pomme ne va pas se laisser faire :« vainement + la conjonction
« mais » placée seule dans un vers annoncent dès les premiers vers que le
projet est dès le début avorté.
La pomme va tout faire pour déstabiliser le peintre « et la voilà qui tourne
… sournoisement sur elle-même doucement sans bouger » : d’une part
l’adverbe « sournoisement » traduit le jeu de la pomme et, d’autre part,
l’opposition entre « tourne » qui traduit le mouvement et « sans bouger »
qui traduit l’immobilité exprime le jeu sournois de la pomme.
Elle va faire surgir dans l’esprit du malheureux peintre de la réalité des
visions qui sont au fond de lui-même (cf les nombreuses références
historiques et autres) à la pomme, dans sa mémoire, dans son imagination,
sans qu’il s’en serve : cf. la pomme qui se déguise (v.17)+ la pomme qui
devient une multitude de pommes (v.30 à 39).

- Pourquoi peindre ce que tout le monde peut voir, alors qu’on possède en
soi tant de ressources. (Après une période de réalisme, Picasso s’oriente
vers le cubisme et les pures créations de l’esprit). C’est pourquoi Picasso
« casse » le modèle pour que le peintre ne puisse plus puiser qu’en lui-
même (« et Picasso mange la pomme / et Picasso casse l’assiette »)
- On trouve chez Prévert un mélange d’amertume, de tristesse et de gaieté à
la fois. Ici, c’est l’amertume du peintre de la réalité qui est amère. Ce qui
lui arrive, c’est pour son bien mais le réveil est pénible (« et le peintre
arraché à ses songes comme une dent » : le participe passé + la
comparaison mettent en évidence la souffrance)

22
3) La fantaisie de Prévert au service d’un apologue
- Un poème qui fait sourire : Prévert aurait pu écrire un réquisitoire contre
le réalisme mais avec lui, rien n’est ennuyeux. Il nous expose son histoire
tout comme il ferait un conte pour les enfants ; les mots sont simples, et
bien qu’ils n’aient rien de drôle en eux-mêmes, leur alliance avec
d’autres mots fait sourire(« elle a … plusieurs tours dans son sac de
pomme » / on dit généralement avoir plus d’un tour dans son sac).

- Les mots sont animés, ils jouent entre eux. A l’aide de répétitions, de
chassés-croisés de consonances, ici des allitérations en « z » et en « g »
(« comme un duc de Guise qui se déguise en bec de gaz »), ils
transforment une histoire qui est banale en conte de fées moderne, en
apologue. Car si l’histoire est drôle, le ton est ironique car Prévert
dénonce un type de peinture : le réalisme
On peut remarquer qu’aucun dialogue n’existe entre le peintre de la réalité
alors que la pomme « lui (Picasso) dit merci ». Picasso accorde plus
d’importance à la pomme qu’au peintre (« voit la pomme et l’assiette et
le peintre endormi »). Ce dernier est mis en 3ème position.
- Le passage consacré à Picasso valorise une autre peinture : le cubisme.
Cette valorisation est mise en évidence par :
*par les c.c. de manière : « qui passait par là comme il passe partout /
chaque jour comme chez lui

* par la polysyndète (La polysyndète est une figure de style reposant


sur un mode de liaison consistant à mettre une conjonction de
coordination au début de chacun des membres de la (ou des) phrase(s), le
plus souvent alors qu'elle n'y est pas nécessaire. Il s'agit d'une figure de
style qui permet de ralentir le rythme de la prosodie, ou de lui donner un
air solennel. Elle est l'inverse de l'asyndète (absence de liens de
coordination).
« et Picasso mange la pomme
et la pomme lui dit merci
et Picasso casse l’assiette
et s’en va en souriant »
- Si le thème du poème est la peinture (la peinture réaliste avec le peintre de
la réalité et le cubisme avec Picasso), on peut aussi rapprocher ce qui est
dit aux écrivains. Lorsque le peintre de la réalité se trouve être la proie
d’une foule d’associations d’idées (« le serpent du Jeu de Paume le
serment du Jus de pomme »), on pense aux jeux surréalistes et
particulièrement à celui de l’écriture automatique.
- Remarque : Si Prévert utilise un langage simple, les nombreuses
références (historiques et autres – cf. les explications situées avant
l’explication du texte) font que pour comprendre Prévert, il est parfois,

23
comme c’est le cas dans ce poème, d’avoir une certaine culture, voire une
culture certaine.

III. Conclusion
Sous la forme d’un apologue, Prévert nous offre un réquisitoire contre la
peinture réaliste et un plaidoyer pour une autre peintre, voire une autre
littérature. Et cela, il le fait en jouant avec les mots. Et si le poème peut être lu
à des enfants pour les amuser, il ne prend son sens complet que si l’on a une
certaine culture.

Lectures cursives –documents complémentaires

Séquence 1

Lectures cursives

- Le dadaïsme : Chanson dada de Tristan Tzara, 1923, De nos


oiseaux

Il y a semble-t-il un retour plus ou moins prononcé aux règles de versifications. En effet, le


nombre de vers paraissant dans les strophes sont assez réguliers, certains en possèdent 3,
d'autres 4 voire 5 dans le cas du refrain.

Les rimes sont pauvres et plates ou embrassées selon les strophes. Elles sont plus
nombreuses que dans un poème dadaïste traditionnel. Il y a donc un retour, certes léger
mais perceptible à la poésie classique.

Les quatrains se composent d'heptasyllabe, les tercets quant à eux contiennent 3 syllabes.
Encore une fois, nous pouvons apercevoir un retour aux règles de versification.

Ce n'est pas par hasard ou par envie que Tzara a renoué avec ces règles, mais c'est par
contrainte, en effet, il s'agit ici d'un poème destiné à être chanté, il s'agit donc d'une chanson.
Ce retour aux règles se traduit par la nécessité du rythme dans celle-ci. En effet, ce sont les
syllabes et les rimes qui traduisent ce rythme.

Comme il est dit plus haut, ce poème possède un refrain, nécessaire dans le cadre d'une
chanson.

Le poème est séparé en différentes parties, aux nombres de 3 plus précisément.

Tzara dénonce ici, la société de consommation et la propagande.

Lorsque on lit la chanson on a l'impression d'être bassiné par une publicité, mangez ceci,

24
mangez cela. C’est comme un lavage de cerveau . On nous incite à acheter.

Le refrain répétitif insiste sur le fait que cette publicité est disponible partout et est publiée à
tout moment.

L'invraisemblance de ses propos renforce l'ironie et le mépris envers celle-ci.

- Le surréalisme : Elsa au Miroir de Louis Aragon, 1945, La Diane


française

Aragon est un auteur surréaliste qui fut durement marqué par les horreurs des
deux guerres qu’il a vécu en tant que soldat. Il s’engagea dans la résistance
lorsque son bataillon fut défait par la capitulation française. Voulant combattre
l’invasion culturelle allemande, il écrivit plusieurs poèmes sur l’espoir, la guerre et
l’amour. En effet, Elsa, sa femme et muse, prend souvent une valeur symbolique :
elle représente la France. Composé de quatre quintils et de cinq distiques, Elsa au
miroir est un poème qui relate les événements de 1942 en prenant comme
prétexte la chevelure d’Elsa.

Ce texte trouve sa beauté dans le non dit. On assiste à une séance de coiffure. La
cohérence des mots n’est pas recherchée, l’auteur s’intéresse à celle des idées.
(Exemple : "assise à sa mémoire" n’a aucun sens hors contexte). Aragon invente
un monde virtuel pour évoquer une réalité horrible, cruelle : celui de la guerre.

- Deux personnages : « je » (Aragon) et « elle » (Elsa, la compagne d’Aragon)


- « notre tragédie » : ne renvoie pas à la tragédie d’Elsa et d’Aragon, mais à la
tragédie du monde : la guerre. Dans ce poème, l’auteur s’adresse au lecteur (cf.
« vous » avant-dernière strophe : « vous savez leurs noms sans que je les aie
dits » => pas besoin de les préciser, chaque famille a perdu quelqu’un à la
guerre)
- Le poème est basé sur le principe de la répétition ; certaines strophes ont une
forme circulaire : le monde est enfermé dans la tragédie.
- L’image d’Elsa devant son miroir est une image métaphorique : elle ne se
regarde pas dans un miroir, elle regarde le monde. Elsa essaie de maîtriser sa
chevelure, comme le monde essaie de maîtriser la guerre
=> Le texte se termine mal : même s’il n’y a plus qu’un reflet d’incendie, il y a
toujours un reflet (Aragon a vécu les 2 guerres mondiales : on avait pourtant dit

25
« Jamais, plus jamais » et pourtant 35 ans plus tard, il y a eu la 2ème guerre
mondiale. Le poème est écrit en 1945, à la fin de la guerre mais l’auteur sait
qu’à tout moment une 3ème guerre mondiale est possible : il est lucide

Histoire des Arts


a) Le cubisme en peinture
- Portrait de Nush de Picasso : le cubisme en peinture

Picasso nous propose un portrait de Nush (1937), la femme d’Eluard (poète


surréaliste). Ce que nous constatons, ce sont :

- les formes géométriques


- la déstructuration du visage de Nush : Picasso l’a déstructuré puis
l’a reconstruit.
- Picasso aime peindre ses amis. Ce portrait est celui de la femme du
poète Paul Eluard. Son visage est à la fois peint de face et de profil.
De cette représentation se dégagent raffinement, féminité et
luminosité. On note un certain humour dans la figuration des
costumes de l’époque : chapeau pointu, bijoux.
A lire :

Le Surréalisme est un mouvement littéraire et culturel de la première moitié


du XXe siècle, comprenant l’ensemble des procédés de création et d’expression
utilisant toutes les forces psychiques (automatisme, rêve, inconscient) libérées
du contrôle de la raison et en lutte contre les valeurs reçues. André Breton le
définit dans le premier Manifeste du Surréalisme comme un « automatisme
psychique pur, par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par
écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée

26
de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de
toute préoccupation esthétique ou morale [...].

En ce début de XXe siècle, la photographie, inventée à la fin du XIXe, libère les


peintres de tout souci de représentation. Leurs tableaux ne se doivent plus
d’être réalistes puisque la photo (et bientôt le cinéma) se charge de montrer le
monde tel qu’il est. Les artistes cherchent alors à «aller plus loin», en
représentant le monde comme la photo ne peut pas le faire. Pour les
cubistes, il s’agit de montrer objets et personnages comme si on les observait
de plusieurs endroits à la fois, une vue de face vient se mêler avec des vues de
profil ou de dessus. Les formes sont simplifiées, géométrisées, se confondent
avec le fond, deviennent transparentes, se brisent en plusieurs morceaux... Le
Surréalisme (env 1920 à 1945) opposition à toutes les conventions sociales,
logiques, et morales. Mouvement prônant le rêve, l'instinct, le désir, et la
révolte. Issu du Dadaïsme.

Le cubisme est avant tout un travail sur la forme et l’espace, aussi, Braque et
Picasso se souciaient peu de la couleur. Elle pouvait être réaliste, ou bien alors
contribuait à rendre l’image complexe en étant totalement indépendante par
rapport au dessin. Par ailleurs, dans leurs tableaux, les cubistes aimaient faire
figurer des motifs décoratifs (papier peint, tissus), des effets de matières (faux
bois, faux marbre), ainsi que des mots ou fragments de mots (journaux,
enseignes de magasins). Ils pouvaient aussi mélanger les techniques: peinture,
fusain, collage de papier ou tissu…

De 1907 à 1914, Picasso réalise avec Georges Braque des peintures qui seront
appelées « cubistes ». Elles sont caractérisées par une recherche sur la
géométrie et les formes représentées : tous les objets se retrouvent divisés et
réduits en formes géométriques simples, souvent des carrés. Cela signifie en
fait qu'un objet n'est pas représenté tel qu'il apparaît visiblement, mais par des
codes correspondant à sa réalité connue. Le cubisme consiste aussi à
représenter sur une toile en deux dimensions un objet de l'espace. Picasso
décompose l'image en multiples facettes (ou cubes, d'où le nom de cubisme) et
détruit les formes du réel pour plonger dans des figures parfois étranges
(comme une figure représentée sur une moitié de face, et sur l'autre de côté).

27
Suivant la voie ainsi ouverte Georges Braque et Pablo Picasso, les premiers, ont
la volonté de représenter l’objet tel qu’il est, dans sa globalité, dans son
intégralité, et non tel qu’on le voit de manière directe, c’est-à-dire du seul point
de vue de notre oeil. Il y a donc une rupture radicale avec la représentation
perspective à point de fuite de la Renaissance qui présente la scène de manière
réaliste à partir d’un point de vue unique qui correspond à celui de notre
regard.

Les cubistes veulent montrer ce qui fait l’essence d’une chose, la montrer dans
son intégralité. Ils veulent montrer tout ce qui peut caractériser une forme,
même si dans la réalité, on ne peut pas le percevoir simultanément. Par
exemple, ce qui caractérise une tasse, c’est l'anse que l’on voit quand on
l’observe de face, l’ellipse qui se dessine quand on la regarde d’au-dessus, et la
forme du récipient lui-même vu de profil.

Le cubiste, va chercher à montrer l’essentiel de ce qu’est une tasse, en


représentant ses différentes caractéristiques, ses différents plans,
simultanément sur le plan de la toile, même si cela ne correspond pas à ce que
l’on peut observer dans la réalité. Ce principe est appliqué aux objets comme
aux personnages.
Cela fait penser aux représentations égyptiennes dans les hiéroglyphes, qui,
pour signifier la chose en montrent les éléments caractéristiques et essentiels,
même s’ils ne se situent pas nécessairement sur un même plan dans la réalité :
pour montrer une vache, on va en montrer le profil, et simultanément, les
cornes qui la caractérisent, vues de face. Il en va de même pour les
personnages qui sont représentés avec le corps vu de face et le visage de profil.
On voit d’ailleurs à cette époque de nombreuses références à l’Afrique et à
l’Egypte dans toute la culture, aussi bien littéraire, que théâtrale, au cinéma ou
en musique. Le thème des momies est souvent emprunté ainsi que de
nombreux thèmes orientaux et africains. C’est la mode de l’exotisme et de la
fascination des autres continents que sont l’Asie, l’Inde et l’Afrique.
L’aspect géométrique des formes cubistes est aussi très inspiré des sculptures
africaines. De nombreux artistes s’y intéressaient de très près. Certains
portraits ressemblent en effet à s’y méprendre à des copies de masques
africains.

28
Inspiré par ces types de représentations, le cubisme cherche à traduire la vérité
de l’objet en l’analysant de manière concrète dans chacune de ses parties et à
rendre compte de ses différents points de vue sur une même image. Mais
l’analyse des formes et est de plus en plus complexe et les formes deviennent
de plus en plus morcelées, fractionnées. À force de complexité, les cubistes
finissent par perdre la lisibilité de l’image.
Face à cette perte de l’image, les artistes ressentent alors le besoin d’introduire
des éléments rapportés pour permettre à nouveau la reconnaissance de l’objet.
Ils introduisent alors dans leurs tableaux des éléments issus du réel, pour
donner des indices et permettre à nouveau la reconnaissance de l’objet :
lettres, chiffres, fragments de matériaux divers, échantillons prélevés dans le
monde réel.

Picasso

De 1907 à 1914, il réalise avec Georges Braque des peintures qui seront
appelées cubistes. Elles sont caractérisées par une recherche sur la géométrie
et les formes représentées : tous les objets se retrouvent divisés et réduits en
formes géométriques simples, souvent des carrés. Cela signifie en fait qu'un
objet n'est pas représenté tel qu'il apparaît visiblement, mais par des codes
correspondant à sa réalité connue. L’œuvre fondatrice du cubisme est Les
Demoiselles d'Avignon, une représentation de prostituées dénudées de la rue

d'Avignon, à Barcelone. Ce tableau, de format monumental, est achevé par


Picasso durant l'été 1907, mais il prépare cette œuvre dès 1906 par une série
de dessins et de peintures préparatoires.

Picasso revient ensuite pendant quelques années au figuratif, avec notamment


des portraits familiaux. Dans les années 1920, il se rapproche du mouvement
surréaliste — les corps représentés sont difformes, disloqués, monstrueux —
mais d'un surréalisme personnel.

29
A lire : Le dadaïsme

Un mouvement dit « politique » que l’on surnomme Dada, avec à sa tête le


poète Tristan Tzara (Sami Rosenstock) (1896-1963), rassemble des têtes pour
recréer le monde.

À Zurich, en 1916, ils ouvrent un dictionnaire, trouvent au hasard le mot Dada,


et en baptisent le groupe.

Dada ne veut pas créer mais détruire l’ordre établi, en commençant par l’art,
en rejetant l’idée de chef-d’œuvre. Il fait descendre l’artiste de son piédestal et
revendique un art à l’image de la vie. Il veut démolir le monde bourgeois avec
ses propres armes pour construire un monde nouveau sur ses ruines.

Dans les années 20, le dadaïsme se désagrège et se divise en deux clans : les
disciples de Tzara, et ceux de Breton. Breton veut instaurer le règne de l’esprit
nouveau en explorant avec méthode le domaine du rêve.

C’est en 1924 que naît officiellement le mouvement surréaliste. Dada essaie de


renouer les liens avec Breton en 1935 mais ce dernier refuse.

 Activité :1938 : Le Quai des brumes de Marcel Carné, scénario et dialogues


de Jacques Prévert

30
L'HISTOIRE
Jean (Jean Gabin) déserteur de la Coloniale arrive en camion dans la ville portuaire du Havre.
Désabusé et hanté par ses souvenirs de guerre, il cherche à fuir la France. En quête d’un bateau, il
fait la rencontre de personnages attachants, de petites frappes et surtout de la belle Nelly (Michelle
Morgan) dont il tombe amoureux...

ANALYSE ET CRITIQUE (A LIRE)


Dans ses mémoires, Marcel Carné déclare : « A l ‘époque les écrans regorgeaient de
comédies, musicales ou non, brillantes, ensoleillées et grouillantes de figuration. Et voilà que
j’arrivais avec ma boîte de nuit vide, ma brume, ma grisaille, mon pavé mouillé et mon
réverbère. »

Aujourd’hui on a du mal à imaginer comment ce jeune réalisateur de 29 ans, qui n’a alors que
deux films à son actif, a pu trouver le financement pour produire un projet si sombre… La
genèse du Quai des brumes a été maintes fois racontée, mais il est bon d’en rappeler
quelques détails : 1937, Jean Gabin, en balade dans Paris, s’engouffre dans un cinéma pour
voir ce film dont sa femme ne cesse de lui parler, Drôle de drame. Il assiste alors à une
représentation sifflée et conspuée par le public. Mais le comédien n’en a cure ; ébloui par le
style de Carné et les textes de Prévert, il contacte son agent afin de rencontrer le réalisateur.
L’entretien a lieu quelques jours plus tard et Gabin lui demande s’il a un sujet à lui proposer.
A l’époque, il est une immense star et le jeune Carné un illustre inconnu. Cependant, celui
que le grand Jean surnommera peu de temps après « le Môme » ne se démonte pas et propose
l’adaptation du roman de Mac Orlan : Le Quai des brumes. Gabin, sous contrat avec l’UFA
(compagnie de production allemande), pousse les studios germaniques à accepter le scénario.
Les producteurs ne prennent pas la peine de lire l’adaptation rédigée par Prévert. Trop
contents de faire tourner la star, ils acceptent le projet et les premiers essais ont lieu à
Neubabelsberg. Mais l’ambiance des studios d’outre-Rhin est pesante et Marcel
Carné renâcle à tourner ses premières scènes. Quelques jours plus tard, il reçoit une
communication de l’UFA lui indiquant que le tournage est annulé. La censure a lu le synopsis
et l’a jugé amoral : parmi ce comité, un certain docteur Goebbels impose des idées, prémisses
de son abominable chantier destructeur...

Finalement le projet rebondit entre les mains françaises du producteur Gregor Rabinovitch,
ravi de produire le prochain Gabin !Carné peut enfin tourner l’adaptation du roman de Mac
Orlan dont l’action, initialement prévue à Montmartre, est transposée au Havre. Rabinovitch
et son complice Shiffrin réalisent avec retard la puissance et la noirceur du drame rédigé par
Prévert. Ils essaient par tous les moyens de freiner Carné dans sa création mais rien n’y fait.
Gabin soutient Carné et porte le film jusqu’à cette avant-première organisée sur les Grands
Boulevards où le film connaîtra ses premières salves d’applaudissements.

31
Malheureusement, le film de Marcel Carné reste trop souvent enfermé dans le carcan de
cette belle histoire. Mais la légende ne doit pas occulter le contenu extraordinaire du Quai des
brumes et il est juste d’en rappeler la force moderne, poétique et prophétique qu’ont su lui
insuffler le réalisateur et son équipe.

Pendant les années soixante, les jeunes critiques de la Nouvelle Vague ont lapidé Carné,
qu’ils considéraient comme l’antonyme de la modernité cinématographique. Son cinéma noir
et blanc aux dialogues ciselés, ses plans d’une grande rigidité et son approche poétique étaient
qualifiés de désuets. Mais il suffit de quelques images pour ouvrir les yeux des cinéphiles
contemporains

Marcel Carné inscrit son drame dans des lieux ordinaires et dénués d’humanité : la boîte de
nuit, inondée de lumière, est peuplée d’hommes et de femmes sombrant dans l’ennui, la
cabane au bord de l’eau est le refuge d’un artiste suicidaire et d’un guitariste sans illusions, et
enfin, le magasin de bibelots, où aucun client ne s’aventure, est tenu par un homme qui ne
comprend pas pourquoi les gens s’aiment… Cette caractérisation des décors et des
personnages crée une ambiance poétique et désabusée. Certains critiques de l’époque sont
subjugués par le "style Carné" qu’ils qualifient de « Réalisme poétique ».

Et puis il y a cet amour impossible entre Jean et Nelly : inscrite dans un monde trop sombre,
leur histoire est sans issue. Pour exprimer ce décalage entre leur passion et la
réalité, Carné oblige ses héros à se cacher : c’est derrière les planches d’une bicoque que
Gabin déclare à Michelle Morgan cette tirade inoubliable : « T'as d'beaux yeux, tu sais. » Et
c’est encore cachés qu’ils prononceront le mot « Amour ». A l’opposé de ces comédies
musicales hollywoodiennes dans lesquelles les héros livrent leurs sentiments à la ville entière,
la passion de Jean et Nelly ne doit pas sortir dans la rue sous peine d’être à jamais détruite. En
mettant en scène ces héros reclus, on ne peut s’empêcher de voir dans l'univers de Marcel
Carné l’augure d’une période sombre où les hommes vivront terrés pour affronter le monstre
totalitaire. L’ironie veut que Le Quai des brumes fût interdit pendant la guerre : les autorités
vichyssoises accusèrent Carné d’être à l’origine de la défaite de 1940. Ce à quoi le cinéaste
répondit avec finesse en déclarant : « On ne rend pas le baromètre responsable de l’orage et
la fonction de l’artiste est de se faire le baromètre du temps qu’il fait. »

Enfin, comment parler de ce chef-d’oeuvre sans évoquer le talent de Prévert. Les


dialogues issus de son adaptation insufflent une touche de poésie et donc d’espoir. Le fameux
« T’as d'beaux yeux, tu sais » suivi du regard amoureux de la jeune Morgan est un exemple de
ce style Prévert qui remplit de bonheur le cœur du spectateur…

Pour conclure sur ce magnifique Quai des brumes, que dire si ce n’est répéter combien il est
injuste d’enfermer cette œuvre dans le musée sombre et poussiéreux du cinéma français. Ce
film aux multiples facettes, qui fut un présage de la Seconde Guerre mondiale, connut un
succès monstre dans les salles françaises. Le public; désabusé comme l’était Jean Marcel
Carné, était en quête de poésie et d’amour. Aujourd’hui cette œuvre doit être vue comme la
pierre angulaire d’un cinéma réaliste, poétique et toujours aussi vivant...

32
Séquence 2 : Groupement de textes

Problématique : L’image de la femme dans la poésie

Texte 1 : La charogne, Spleen et Idéal de Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857

I. Introduction
Les Fleurs du mal : sont l’unique recueil de Poème en vers écrit par
Baudelaire. Il regroupe les poèmes publiés pendant 15 ans dans diverses
revues. L’œuvre est composée de six parties. Dans son œuvre, l’auteur
oppose aux laideurs du monde un désir constant d’évasion. Pour repousser
le spleen, B. Propose la création de l’art, les artifices, les puissances de
l’imagination.

Baudelaire : Veuve, la mère de Baudelaire se remarie avec un militaire que


l’écrivain n’acceptera jamais. Après le bac, il vit une vie de bohème. Pour
l’arracher à ses fréquentations, ses parents l’envoient faire un voyage en
Orient. B. fausse compagnie au capitaine du navire pour faire un séjour à
l’île Bourbon. De retour à Paris, il dilapide son héritage en menant une vie
de dandy. Sa famille lui impose un conseil judiciaire et il ne perçoit plus
qu’une modeste rente mensuelle.

Amoureux de la peinture, il écrit des critiques d’art, des essais (Du vin et du
haschich) et traduit des œuvres d’Edgar Poe. Il écrit 2 recueils de poésie : un
recueil en vers (Les Fleurs du mal) et un recueil en prose (Les petits poèmes
en prose).

Le poème Une Charogne est le 29ème poème de la 1ère partie du recueil des
Fleurs du Mal.

II. Lecture et explication


1/ Un cadre romantique :

Dès le début du poème et tout au long de celui-ci, l’auteur met en place


les personnages et le décor.

a/ Les personnages

« vous » « nous » « je »

33
Les apostrophes :
« Mon âme » (v1) Jeanne Duval Baudelaire
« Mon ange » (v40) +
« Etoile de mes yeux » (v33) Baudelaire
« Soleil de ma nature » (v33)
« Ma passion » (v40)
« Ô la reine des grâces » (v41)
« Ô ma beauté » (v45)

Le poète interpelle sa bien aimée par des impératifs (rappelez-vous-dites) et


par des apostrophes qui rendent compte du lien qui les unit (cf. les
possessifs mon, ma). La femme est valorisée et idéalisée par le poète.
b/ Le décor : On remarque dans ce poème la mise en valeur de la nature :

- par la personnification de celle-ci « la grande Nature » (v1)


- par un champ lexical positif (fleur, herbe…)

 Tout ceci confère au poème une atmosphère bucolique.


A première vue, ce poème semble s’inscrire dans la tradition des poèmes
amoureux.

Mais tout cela n’est qu’apparence puisque les deux protagonistes vont
découvrir une charogne.

2/ Une description macabre :

Le début du poème nous annonce un récit (des personnages, un cadre


spatio-temporel, l’emploi du passé simple) ; la 9ème strophe est la fin du récit.la
situation intermédiaire correspond à la description de la charogne. Plutôt qu’un
récit intégrant une description, nous avons une description encadrée par un
récit.

Au début, Baudelaire utilise le passé simple « vîmes » qui évoque un


moment particulier : la vision d’un « objet » (v1) qui laisse place à des termes
plus précis tels que charogne infâme (v3), pourriture (v9), carcasse superbe

34
(v13), squelette (v35), ordure (v37), horrible infection (v38) qui sont mis en
valeur car ils sont toujours placés en fin de vers sous l’accent tonique.

Le réalisme de l’évocation repose sur l’insistance du procédé de


décomposition.

Pour décrire cet « objet », cette « charogne », Baudelaire va utiliser :

- des GN placés en fin de vers

- des signes : vermine, larves, mouches


- des odeurs : exhalaison, puanteur, putride
- des aspects : suant, noirs, épais liquide
Il utilise aussi des comparaisons :

- comme une fenêtre lubrique


- comme une fleur s’épanouir
- comme un épais liquide
- comme une vague
- comme l’eau courante…

Mais ce qui frappe surtout c’est l’opposition entre les images à la fois atroces
(ex : suant les poissons…) et belles (ex : comme une fleur s’épanouir…). Comme
si Baudelaire décrivant une réalité atroce jouissait de ce spectacle qui devenait
pour lui d’une beauté sans pareil (cf. les strophes 6-7-8  aucun élément
négatif : nous assistons même à la naissance d’une œuvre d’art – cf. la 8ème
strophe)

La description de Baudelaire devient épique. Le registre apparait

par l’emploi du terme « bataillons »

par l’emploi des pluriels : les mouches, les haillons, les larves…*

La description, Baudelaire l’amplifie jusqu’à ce qu’elle devienne une


hallucination « n’étaient plus qu’un rêve » (v29)

3/ La Morale + un chant d’amour à sa bien-aimée :

35
 La morale : L’objectif de Baudelaire n’est pas ici de raconter une
promenade « au détour d’un sentier » ni de décrire mais d’amener sa bien-
aimé à tirer une morale.
Les trois dernières strophes séparées du reste du poème par le long tiret ne
parlent plus de la charogne mais de la femme aimée (cf. les nombreuses
apostrophes).

La charogne n’est plus utilisée que comme comparant : « semblable à cette


ordure »…

Le comparé, la femme : emploi de termes valorisants

Le comparant, la charogne : emploi de terme dévalorisants

L’intention de Baudelaire, en écrivant ce poème, est de reprendre un thème


classique de la poésie « souviens-toi que tu vas mourir »

(cf. « Mignonne, allons voir si la rose

Quand vous serez bien vieille » de Ronsard)

Le thème de la mort est présent depuis le début du poème (cf. le titre). Il est
toujours présent dans les dernières strophes. (cf. « derniers sacrements »,
« décomposés »  dernier mot du poème).

La mort nous attend, dit Baudelaire. Pour le dire, il utilise le temps du futur,
temps de la certitude « vous irez », « mangera ».

Mais d’un autre côté, pour Baudelaire, la mort et la vie sont indissociables. Les
4 éléments de la vie sont réunis :

- l’air avec le vent (v26)


- le feu avec l’image du soleil (v9)
- la terre avec le semeur (v27)
- l’eau (v26)

 Un chant d’amour à sa bien-aimée

36
Ce qui frappe de ce poème, c’est que Baudelaire compare sa bien-aimée à une
charogne. Et pourtant, ce poème est un véritable hymne à l’amour, à la femme
aimée :

- Les nombreuses apostrophes dans les trois dernières strophes (« Etoile


de mes yeux / soleil de ma nature/ … »
- L’apposition de « Vous » (v. 40) : il ne parle pas de la femme en
général mais bien de sa bien-aimée.
- Les deux derniers vers : « Que j’ai gardé la forme et l’essence divine /
De mes amours décomposés ! » :
 Lorsqu’elle sera morte (« amours décomposés »), il ne
l’oubliera pas (« j’ai gardé »). L’emploi du passé composé
(contrairement au passé simple) traduit l’idée que ce qu’il dit
a toujours un effet sur son présent.
 « la forme et l’essence divine » : les deux mots « essence » et
« divine » traduisent le caractère de ce qui est essentiel.
L’adjectif « divine » (qui est dû à Dieu) rend compte du
caractère exceptionnel de l’amour que Baudelaire porte à sa
bien-aimée.
4/ Une poésie innovante :

On remarque l’alternance des alexandrins et des octosyllabes qui donne au


poème un ton léger à un sujet sérieux (système hétérométrique).

Le poète utilise une écriture provocatrice :

oxymore : « carcasse superbe »

décalage entre le style poétique et le style prosaïque, très réaliste


(« ordure », « infection »)

Ici, le poète annonce à la femme sa déchéance future contrairement à la poésie


classique qui sublime la femme aimée.

Baudelaire montre ici sa volonté de se distinguer des autres poètes. Quand il


utilise « mon âme », il ne l’utilise pas à la manière des romantiques mais il
l’associe au spectacle de la charogne.

III. Conclusion :

37
Ce n’est donc pas dans la versification que Baudelaire se présente comme un
poète de la modernité (il respecte les règles de la versification) mais plutôt
dans l’emploi des mots réalistes, des images choquantes, des associations
d’images positives et négatives.
Au-delà de cette brutalité, Baudelaire nous convie à comprendre que la beauté
de la forme, la beauté du monde peut être faite de laideur. C’est d’ailleurs là
tout le sens de son titre : Les Fleurs du Mal .

SCHEMA DE L’EXPLICATION

(les détails : cf. l’explication)

La modernité de B. : vient de l’écriture provocatrice de B., du décalage entre le


style poétique et le style réaliste.

Elle ne se situe pas au niveau :

- de la structure du poème : cf. la versification => Poème très travaillé


- du cadre : qui est romantique (cf. Champ lexical de la nature)
- du thème : la fuite du temps (thème très souvent traité : Ronsard –
Lamartine)
Elle se situe :

- dans la manière de traiter le thème : il ne compare pas sa bien-aimée


à une rose comme le fait Ronsard mais à une charogne
- dans la description de la charogne : si la description est très réaliste,
elle devient une œuvre d’art :
 oxymore : « carcasse superbe »
 le registre épique
 la description positive dans les strophes 6-7-8
 la strophe 8 : on assiste à la naissance d’une toile, d’une œuvre
d’art.
 C’est parce qu’il a su extraire toute la poésie d’une réalité non poétique
que B est un novateur.

Texte 2 : Mon rêve familier, de Paul Verlaine, Poèmes saturniens, 1866

 Introduction

38
Présentation de l’œuvre : C’est son premier recueil de vers, où il suit
la poétique parnassienne. Dès les premiers vers, il se défie de la
passion et il a le culte de l’art (perfection de la forme et recherche de la
beauté). Toutefois, quelques poèmes de ce recueil ont un accent plus
personnel et annoncent une poésie différente. Le titre aussi fait songer
à une poésie tout intérieure: le poète est né sous le signe de Saturne, et
les saturniens, selon une ancienne croyance, sont destinés à souffrir et
à être maudits
Présentation de l’auteur : Paul Verlaine est
e
un écrivain et poète français du 19 siècle, né à Metz (Moselle)
le 30 mars 1844 et mort à Paris le8 janvier 1896 (à 51 ans).
Admirateur de Baudelaire, il s'essaie à la poésie et publie son premier
recueil, Poèmes saturniens en 1866, à 22 ans. Sa vie est bouleversée
quand il rencontre Arthur Rimbaud en septembre 1871. Leur vie
amoureuse tumultueuse et errante en Angleterre et
en Belgique débouche sur la scène violente où, à Bruxelles, Verlaine
blesse superficiellement au poignet celui qu'il appelle son « époux
infernal » : jugé et condamné, il reste en prison jusqu'au début de 1875,
renouant avec le catholicisme de son enfance et écrivant des poèmes
qui prendront place dans ses recueils suivants : Sagesse (1880), Jadis
et Naguère (1884) et Parallèlement (1889). Usé par l'alcool et la
maladie, Verlaine meurt à 51 ans, le 8 janvier 1896, d'une pneumonie
aiguë. Il est inhumé à Paris au cimetière des Batignolles (11e division).
Archétype du poète maudit, Verlaine est reconnu comme un maître par
la génération suivante. Son style - fait de musicalité et de fluidité
jouant avec les rythmes impairs - et la tonalité de nombre de ses
poèmes - associant mélancolie et clairs-obscurs - révèlent, au-delà de
l'apparente simplicité formelle, une profonde sensibilité, en résonance
avec l'inspiration de certains artistes contemporains, des
peintres impressionnistes ou des compositeurs (tels Reynaldo
Hahn, Gabriel Fauré etClaude Debussy, qui mettront d'ailleurs en
musique plusieurs de ses poèmes)

Présentation du poème : Ce poème fait partie des poèmes plus


personnels de son recueil.

 Explication
I. Un contraste rêve-réalité

1 - Confusion

Le rêve accompagne la réalité de l’auteur : "je fais souvent ce rêve" ->

39
présent d’habitude, en relation avec le déterminant démonstratif "ce
rêve" qui indique que le rêve est déjà connu.
Le déterminant démonstratif "ce" met en valeur le mot "rêve", répété
dans le titre et au vers 1 et placé juste avant ce qui peut être considéré
comme la césure du vers 1.
Le rêve est "familier" (titre du poème) mais également "étrange et
pénétrant" (vers 1) -> confusion et contradiction car ce qui est familier
n'est en général pas étrange : Verlaine rêve d’un monde différent
("étrange") mais dans lequel il se retrouve ("familier").
Les allitérations en [r] et en [t] font sonner durement ce premier vers.
Rythme confus, flou : nombreux enjambements (vers 1, vers 3, vers
5...), refus de la césure à l’hémistiche, (vers 9, 13-
14..), diérèses ("inflexion" à prononcer en 4 syllabes vers 14).
Le lieu et le temps ne sont pas définis. Beaucoup d'éléments ne sont
pas définis (apparence physique vers 9, prénom de la femme vers 10).
La femme est "lointaine" (vers 13)
=> Le rêve est confus : perte de la réalité.

2 - Atemporalité du poème

- Les temps verbaux


C'est le présent qui domine "et que j’aime et qui m’aime" (vers 2) :
présent de vérité générale.
Ruptures aux vers 11 et 14 avec l'emploi du passé : caractère
insaisissable de la femme, présente et absente (vie/mort)
- Le poème semble hors du temps.
"souvent" : présent qui englobe passé, présent et futur. Aucune
indication de quand se passe le rêve.
"statues" (vers 12) : atemporalité, éternité et immobilité comme source
de bonheur.

II. La femme rêvée

1 - La femme aimée

Seule certitude : l'amour est réciproque "et que j’aime, et qui m’aime"
(vers 2), "et m'aime et me comprend" (vers 4). C'est l'amour parfait :
amour et compréhension.
L’insistance forte sur le verbe aimer est montrée par l’homophonie des
vers 2-3-4 ("la même" pronom indéfini et "m’aime" du verbe aimer).
Allitération douce en [m] au vers 2 pour illustrer la douceur de
l'amour.

40
Cohésion rythmique des vers 2 et 3 : 6/3/3/3/3/6
Anaphore de "elle seule" -> amour unique
Elle seule est capable de comprendre et consoler le poète ("et les
moiteurs de mon front blême, / Elle seule les sait rafraîchir" vers 7-8)
"cœur transparent" (vers 5) : la femme comprend les émotions du
narrateur.
Le prénom et l'apparence de la femme ne sont pas importants -> amour
profond
"regard des statues" (vers 12) -> idée de la beauté intemporelle de la
statue

2 - La femme mystérieuse

La femme est "inconnue" (vers 2) mais pourtant aimée.


Le femme n'est pas définie : "ni tout à fait la même / Ni tout à fait une
autre" (vers 3-4).
Son prénom et son apparence physique sont confus (vers 9-10).
La femme est "lointaine" (vers 13)
=> Femme singulière et mystérieuse

3 - Mais cette femme n'existe pas

"hélas !" (vers 6) interjection lyrique (exprime la douleur). Mise en


valeur par la présence devant la césure -> exprime le regret que la
femme ne soit qu'en rêve mais n'existe pas dans la réalité.
"Je me souviens qu'il est doux et sonore, / Comme ceux des aimés que
la Vie exila." (vers 10-11) "la Vie exila" = qui sont morts
(périphrase et euphémisme). Signifie que les êtres aimés par le poète
dans la réalité sont morts.
=> Mélancolie
Le passé simple tranche très fortement avec le présent dominant dans
le sonnet => différence rêve (présent) / réalité (passé).
"sa voix, lointaine, et calme, et grave" (vers 13) -> adjectifs connotés à
l'idée de mort.
"qui se sont tues" vers 14 : généralisation par le pluriel (cf. vers 11
"des aimés") + périphrase ("qui se sont tues"= "que la Vie exila").
Parallélisme entre les deux vers qui sont tous deux en dernière position
dans le tercet.
Le mot "tues" termine le sonnet -> sonne comme un couperet,
obligeant presque à relire le sonnet autrement.

41
III. Conclusion

Mon rêve familier est l'occasion pour Verlaine d'évoquer la dure


condition de poète meurtri par son hyper sensibilité et de sa capacité à
s'échapper momentanément de la réalité grâce au rêve. Verlaine se
réfugie dans la femme qui lui apparaît dans son "rêve familier" pour se
consoler de la perte des êtres aimés dans la dure réalité de la vie.

Texte 3 : « Les mains d’Elsa », de Louis Aragon, extrait du Fou d’Elsa, 1963

I. Introduction
Présentation de l’œuvre : Dédié à sa muse. Ce recueil, publié en 1963,
complète l’ensemble de l’œuvre d’Aragon inspirée par Elsa Kagan, sa compagne
de 1928 à 1970. Le rôle de cette femme dans la vie privée et littéraire du poète est
essentiel: née dans une famille d’intellectuels, elle écrit aussi des romans et guide
son compagnon dans son abandon progressif du Surréalisme.
L’intrigue : Ce livre est un roman épique essentiellement en vers, une forme
inspirée des romans courtois du Moyen-Âge, mais son contenu est
particulièrement moderne, parce qu’on imagine une catastrophe atomique qui
détruit l’humanité. Après ce massacre, Elsa, une des rares survivantes, chante une
histoire impossible, où le futur devient passé et un personnage du XVe siècle, le
fou Medjnoun, lui déclare son amour. Il annonce la venue de cette femme au
moment où le royaume arabe de Grenade va finir: l’amour devient, encore une
fois, plus fort que la catastrophe.
Thèmes et genres : Dans ce texte toutes les formes se mêlent: la prose, la poésie
amoureuse, la poésie didactique, le traité scientifique. On y trouve tous les
éléments fondamentaux de la personnalité d’Aragon, de ses idées politiques à ses
réflexions philosophiques, mais c’est l’amour qui domine, avec Elsa, qui
représente ici comme ailleurs la femme idéale
Présentation de l’auteur : est
un poète, romancier et journaliste français, né
1
probablement le 3 octobre 1897 à Paris et mort
le24 décembre 1982 dans cette même ville, à l'âge de 85 ans. Il est
également connu pour son engagement et son soutien au Parti
communiste français de 1927 jusqu'à sa mort. Avec André
Breton, Paul Éluard, Philippe Soupault, il fut l'un des animateurs
du dadaïsme parisien et du surréalisme. À partir de la fin des années
1950, nombre de ses poèmes sont mis en musique et chantés par Léo
Ferré ou Jean Ferrat, contribuant à porter son œuvre poétique à la
connaissance d'un large public (la première chanson tirée d'une œuvre
d'Aragon date de 1953 ; composée et interprétée par Georges Brassens,
elle reprend le poème Il n'y a pas d'amour heureux, paru dans La
42
Diane française en 1944 mais adapté en la circonstance par le
chanteur). Avec l'écrivaine Elsa Triolet, il a formé l'un des couples
emblématiques de la littérature française du xxe siècle.
Présentation du poème : Dans ce poème, Aragon s’adresse à sa bien-
aimée.
II. Explication
Le poème est un chant d’amour à la bien-aimé du poète.

1. Un poème en forme de prière


Le poète s’adresse à Elsa, il la supplie, il a besoin d’elle. Pour ce faire, il utilise :

- Des anaphores : « donne-moi » x 5 (1ère et dernière strophe)


« sauras-tu » x 4
- L’impératif : « donne-moi »
- La phrase interrogative « « sauras-tu » (remarquons l’absence de
ponctuation)

2. Des images poétiques fortes


L’image des mains est le centre du poème. Elles représentent :

 Un instrument de liaison entre A et E (glissement entre le déterminant


possessif « tes » -> « mes » -> « tes » (à la fin du poème)
 Un moyen de communication : strophe 4 (champ lexical du langage
« profond langage / parler muet / sans bouche / mots »)
 Elles sont salvatrices (« que je sois sauvé »)
 Elles deviennent un lieu d’apaisement (« s’y taise / âma / dorme /
éternellement »)
3. Insécurité et angoisse du poète

III. Conclusion
Lectures cursives :

La poésie dans tous ses états :

Texte 1 : La poésie en prose :


Faction du muet de René Char, Le Nu perdu, 1971
Le poésie en prose
L’origine du poème en prose est fréquemment associée au nom d’Aloysius
Bertrand mais c’est Baudelaire qui développe cette forme dans Le Spleen de
Paris. Il y voit une forme « assez souple et assez heurtée pour s’adapter aux

43
mouvements lyriques de l’âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts
de la conscience » (Préface du Spleen de Paris).

Ce nouvel art poétique se fonde d’abord sur un refus de la contrainte


imposée par les règles de la versification.

Le poème en prose est une forme close. Il se suffit à lui-même. Comme dans
tous les poèmes, le jeu des sonorités, le rythme et les images y sont
prépondérants.

La visée du poème en prose, outre le message, est de questionner le langage,


comprendre la relation entre les choses et les mots.

CARACTERISTIQUES DU POEME EN PROSE

 Il est rédigé comme tout texte en prose : disposé en paragraphes avec des alinéas qui les
précèdent, il occupe tout l’espace de la ligne contrairement au vers.
 Il n’a pas de rimes mais des échos sonores internes (rimes intérieures, allitérations et
assonances)
 Forme brève (quelques paragraphes en général)
 Comme le poème en vers, le poème en prose est suggestif et évocateur par le biais des
images.
 Les thèmes fréquents : l’imaginaire, l’onirisme (le rêve), le fantastique, la ville moderne, la vie
quotidienne (présentée comme terrible ou alors sublimée).

Texte de R. Char :

Présentation de l’œuvre : dans son œuvre, Char dénonce le nazisme et la


collaboration française, il s’interroge sur son action et ses missions.

Présentation de l’auteur : est un poète et résistant français né en 1907, il


meurt à Paris en 1988. L'après-guerre laissera Char profondément
pessimiste quant à la situation politique française et internationale jusqu'à
la fin de sa vie. Sous ce rapport, ses vues très lucides sont proches de celles
d'Albert Camus dans L'Homme révolté, avec qui il entretiendra une
indéfectible amitié.

Présentation de l’extrait : poème écrit en 1971, bien des années après la


guerre. Et pourtant le poète se souvient.
44
Poésie en prose : les procédés poétiques

§1 – le rythme par :

 les 2 premières phrases qui sont construites en deux parties :


rythme binaire (« et »)
 la forme circulaire : la 1ère phrase commence par « pierres » et
termine par « pierres » - la 2ème phrase commence par « pleine »
et se termine par « plus » (allitération « pl »)
- l’image par :
 la comparaison (« L’ignominie avait l’aspect d’un verre d’eau »
 la personnification (des pierres et de la nuit)
§2 - le rythme par :

 l’énumération de propositions introduites par « je » => rythme


- l’image par :
 la comparaison « comme une barque …
 la personnification « barque incontinente »
Les deux paragraphes se terminent par une comparaison.

Texte 2 : La prose poétique :


Extrait de Les vrilles de la vigne de Colette, 1908
La prose poétique (attention quand on parle de prose poétique, on n’a pas
affaire à un poème)
Elle ne correspond pas à une époque littéraire particulière et à un genre
particulier.

Un passage de prose poétique s’identifie grâce aux mêmes procédés


stylistiques qu’un poème en prose : images, comparaisons, jeu sur le rythme de
la phrase et les sonorités.

Ce sont souvent les descriptions et l’expression de sentiments liés à un


registre lyrique qui donnent lieu à des moments de prose poétique. Il s’agit ou
d’émouvoir le lecteur ou traduire un élan lyrique.

Texte de Colette :

Présentation de l’œuvre : Les Vrilles de la vigne rassemble de courtes nouvelles


d'origine biographique dans lesquelles l'auteur exprime son goût pour la nature
et la nostalgie du village de son enfance ; elle ne cesse d’évoquer son pays

45
natal car il reste à jamais pour elle « une relique, un terrier, une citadelle, le
musée de (sa) jeunesse).

Présentation de l’auteur : romancière, elle a vécu à Paris mais n’a jamais oublié
son pays natal, cette « Bourgogne pauvre »

Présentation de l’extrait : C’est une description du pays de son enfance que


Colette nous offre dans cet extrait.

Une invitation
C’est sous la forme d’une invitation que l’auteur demande au lecteur de
venir visiter le pays de son enfance.

Une prose poétique pour une description lyrique


Les procédés poétiques : la prose poétique au service de la description lyrique

 le rythme :
- « Viens » X 2 – « Tu jurerais » X 2 – « là-bas, ici, tout près » X 2 –
« Et si tu … » X 2
- La ponctuation : les nombreuses virgules qui scandent le rythme
 les images
- la personnification (« chevelure », « l’herbe », « l’automne »
- la comparaison : « égale la fraise et la rose »
- les images : « un fruit insaisissable qu’on aspire en ouvrant les
narines »
- les sens, le mélange des sens : « un vert (la vue) dont mon âme a
soif » (le goût) / « un fruit (le goût) qu’on aspire … » (l’odorat)
Conclusion

C’est une description poétique que Colette nous a offert dans ce texte. C’est
par sa poésie qu’elle a su nous emmener dans ce pays qu’elle n’a jamais pu
oublier.

Les fonctions de la poésie :

Texte 1 : La poésie lyrique


Sur la mort de Marie, Pierre de Ronsard, Second Livre des Amours, sonnet
4,1578

46
- La poésie lyrique : Ronsard, poète de La Pléiade

 La Pléiade est un mouvement littéraire est d’abord nommé la « Brigade ».


Le souci majeur de la Brigade est de faire reculer le « Monstre
Ignorance » (en référence au Moyen Age) par la diffusion de la culture
antique. Le nom de « Pléiade » est emprunté à sept autres poètes
d’Alexandrie qui avaient choisi, au IIIe siècle, le nom de cet amas
astronomique (constellation de 7 étoiles). À la Renaissance, sept poètes se
regroupèrent sous le même nom. Outre le "meneur" Pierre de Ronsard,
la Pléiade regroupe alors : Joachim du Bellay, Jacques Peletier du
Mans, Rémy Belleau, Antoine de Baïf, Pontus de Tyard et Étienne
Jodelle.
 On considère souvent la Défense et illustration de la langue française,
publié en avril 1549 par Joachim Du Bellay, comme le manifeste des
idées de la Pléiade. Son contenu vise à mener une réflexion sur les
moyens d’enrichir la langue et la littérature française par des emprunts, la
fabrication de néologismes, le rappel de mots disparus, et plus
globalement enrichir la culture française par la redécouverte de la culture
antique, de ses arts et de son savoir.
Les membres de la Pléiade entrent ainsi dans une logique de rupture avec
leurs prédécesseurs, décidés à rompre avec la poésie médiévale, et
cherchent à exercer leur art en français (« la poésie doit parler la langue
du poète »). Ils constatent cependant que la langue française est souvent
pauvre, imprécise et peu adaptée à l’expression poétique et décident de
l’enrichir par la création de néologismes (ex de néologisme : Alunir, par
changement du radical de atterrir sur la lune) issus du latin, du grec et
des langues régionales.
Ils défendent en même temps l’imitation des genres et des auteurs gréco-
latins dans le but de s’en inspirer pour pouvoir les dépasser. Ils imposent
l’alexandrin, l’ode et le sonnet comme des formes poétiques majeures et
abordent les quatre principaux thèmes de la poésie élégiaque (qui exprime
une plainte douloureuse) : l’amour, la mort, la fuite du temps et la nature.
La Pléiade participe ainsi au développement ainsi qu'à la standardisation
du français et joue un grand rôle dans l’œuvre d'« illustration de la langue
française », dans la renaissance littéraire.

La poésie lyrique
Le mot lyrisme est dérivé de la lyre, instrument de musique à cordes qui est
l'attribut d'Hermès, son inventeur, d'Apollon, d'Orphée, et
d'Érato, muse antique de la poésie lyrique et érotique représentée couronnée
de roses et de myrtes, et portant une lyre à la main.

47
L'adjectif « lyrique » apparaît au XVe siècle en relation avec la poésie grecque
antique et garde longtemps un lien avec la musique qui existe encore dans
l'expression « art lyrique ». Attaché cependant à une forme plus mineure de
la poésie dès le XVIe, le mot va, en opposition à la poésie épique ou la poésie
dramatique qui incluait la tragédie comme la comédie, définir une expression
subjective qui concerne en particulier le domaine des sentiments privés.
Au milieu du XVIe siècle, Pierre de Ronsard parle en l'opposant au style haut de
la tragédie de sa « petite lyrique muse » qui chante « l'amour ». Le terme a dès
lors son sens d'aujourd'hui lié à l'expression des sentiments et des sensations
intimes. Le lyrisme sera cependant considéré pendant deux siècles (XVIIe –
XVIIIe) comme une orientation mineure et dévalorisée de la poésie, à côté de la
poésie épique, narrative ou dramatique, à moins que l'on ne mette en avant une
expression religieuse.
Le substantif « lyrisme » n'apparaît qu'au début du XIXe siècle. Le terme
s'applique à l'expression des mouvements de l'âme qui sera une des
caractéristiques du Romantisme de l'époque.
Le lyrisme a une fonction émotive.
Reste que le lyrisme, dans sa complexité, est une des orientations majeures de
l'expression poétique que les différentes époques sont plus ou moins mises en
avant : c'est le cas du romantisme et du symbolisme alors que d'autres périodes
pour qui « le moi est haïssable » s'attachent à une orientation plus formaliste et
moins subjective (poésie classique ou parnassienne).

Musique et Beaux-arts
Le lyrisme est un concept qui ne s'applique pas qu'en littérature. Le lyrisme
désignant le « chant » qu'Orphée obtient de sa lyre, il s'applique bien sûr dès
l'origine à la musique. Par extension, il s'applique aussi aux arts plastiques.
En musique classique, le concept de lyrisme s’applique donc d’abord à l’art
vocal. « Art lyrique » est aujourd’hui synonyme d’art du chant et, en particulier,
d’opéra.
En arts plastiques, il est d'usage de parler de lyrisme à propos de
certains sculpteurs (Auguste Rodin, par exemple) ayant privilégié la ligne

48
expressive chargée d'un pouvoir de transmission émotionnel plutôt que le souci
du réalisme.

Lecture du texte de Ronsard, Sur la mort de Marie


C’est un extrait de l’œuvre Sur la mort de Marie publié en 1578 par Pierre
de Ronsard. Celui-ci fut un grand poète du XVIème siècle. Contemporain de Du
Bellay, ils suivirent les mêmes études, et fondèrent ensemble un groupe de 7
poètes : La pléiade. Ils avaient tous en commun le désir d’enrichir la langue
française.
Il s’agit d’un poème officiel écrit sur demande d’Henri III, c'est-à-dire de
circonstance, ce roi venait de perdre sa maîtresse Marie de Cleves décédée à
21 ans en 1574. Cet extrait fait un parallèle avec la vie de Ronsard qui a été
épris d’une paysanne Marie Dupin, morte en 1573.
Ce texte est un sonnet, en alexandrins.
Composition du Sonnet :
- les 2 quatrains : Vie et Mort de la rose
- le premier tercet évoque la vie et la mort de Marie
- le deuxième tercet : chute du sonnet : offrande faite à Marie
C’est un texte "païen" qui utilise des références à l’antiquité, comme le désir de
retrouver l’immortalité pour la personne aimée.

Texte 2 : La poésie engagée


Le Dormeur du val, Arthur Rimbaud, Poésies, 1870

- La poésie engagée : Le Dormeur du val d’Arthur Rimbaud, 1870

A lire :
La poésie engagée est un genre de poésie qui se met au service d'une
cause (politique, culturelle ou encore religieuse) et invite le lecteur à la
réflexion ou à l'action en faveur de celle-ci. Elle sous-tend donc une
idéologie.

Les causes d'engagements sont nombreuses :

49
- Elles peuvent être philosophiques, l'auteur prend position dans
une querelle d'idées (durant les guerres de religion, dans la
deuxième moitié du seizième siècle, Aubigné défend les
protestants avec Les Tragiques cependant que de son côté
Ronsard consacre aux catholiques son Discours sur les misères de
ce temps).
- Elles peuvent également être politiques. Victor Hugo a vivement
critiqué "Napoléon-le-petit" dans de nombreux poèmes (Les
Châtiments). Plus récemment, on pense à la Résistance durant la
Seconde guerre, qui voit se cristalliser l'opposition de plusieurs
poètes (principalement surréalistes) à l'occupant nazi: ce seront
René Char, ou Robert Desnos, mort des suites de la déportation,
ou encore Éluard (Liberté, Au rendez-vous Allemand) parmi de
nombreux autres. À cet égard, le mouvement formé autour de
L'Honneur des poètes (1943) est la preuve a posteriori que la
poésie ne saurait se couper de l'Histoire qui la fait.
- Il faut également invoquer les problématiques sociales qui peuvent
être mises en scène par la littérature (au siècle romantique les
pièces versifiées de Hugo contre le travail des enfants, au xxe
siècle les exemples d'Aragon et de Pablo Neruda pour la lutte
communiste, les poèmes de Césaire ou de Senghor en faveur des
populations colonisées. Dans ces cas, il arrive que le poète
alimente un véritable contre-pouvoir, assumant parfois même un
rôle de leader politique.
- L’effroi devant la dégradation de l'état de la planète peut aussi
nécessiter le passage par la poésie, comme c'est le cas pour
Maurice Chappaz ou plus récemment chez Ferenc Rákóczy, plus
focalisé sur le danger que représente l'atome pour les sociétés
contemporaines.

Élargissement du concept

La poésie engagée, qui ne saurait être dissociée d'une certaine mise en


danger de son auteur, peut assumer de nombreuses fonctions. Elle sert :
- à révéler la réalité,
- à convaincre les hommes d'adhérer à une cause (désir d'influer sur le
réel)

50
- à mettre en garde contre l'oubli. Dans ce dernier cas, l'aspect du
témoignage demeure probablement essentiel, et c'est alors aussi le
travail sur la mémoire (individuelle et collective) qui entre en jeu.

Au fond, nul ne peut être totalement insensible à son temps. La


littérature engagée postule une ouverture absolue au monde, une
équivalence entre parole et action, elle engage la responsabilité
citoyenne de l'auteur qui ne se met plus au-dessus de la mêlée mais au
contraire accepte d'être au niveau de ses contemporains, de « se jeter
dans la bataille » (Sartre).

Arthur Rimbaud, poète symboliste :


Qu’est-ce que le symbolisme ?

La 1ère moitié du siècle est romantique (le romantisme concerne tous les
genres : le roman, le théâtre et la poésie).

La 2ème moitié du siècle :

- le roman : le mouvement réaliste et le mouvement naturaliste


- la poésie : le symbolisme et le parnasse
On parle aussi du mouvement décadent (les écrivains décadents
« s’opposent au culte du progrès, à la conviction selon laquelle la science
mène au bonheur). Cependant ce mouvement sera relégué au second plan
par la montée du symbolisme.

Comme le décadentisme, le symbolisme naît en réaction contre les


certitudes de la science. Ce mouvement artistique et littéraire repose sur
l’idée que le monde n’est que le reflet que l’on ne peut atteindre que par la
poésie.

Les thèmes du symbolisme :

- le paysage état d’âme (la description du paysage permet de traduire ce


que l’on ressent. Verlaine dit : « Il pleure dans mon cœur / Comme il
pleut sur la ville »)
- La poésie pure (le poète ne nomme pas les choses, il les suggère et crée
un monde caché que le lecteur est invité à déchiffrer)

51
Les procédés :

- le lexique flou (ex : « Brouillards, montez ! /Avec de longs haillons de


brume ») : il permet de suggérer ce que souhaite exprimer l’auteur sans
l’expliciter.
- Le symbole : emploi des métaphores, des images, des objets concrets qui
suggèrent l’état d’âme du poète.
- L’harmonie des sonorités : les sonorités renforcent le sens en créant une
musique
- Le vers libre : car il rend aux mots et aux phrases leur musique (B. est
très classique en poésie ; toutefois, il écrira des poèmes en prose).

Texte : Le Dormeur du val d’Arthur Rimbaud, 1870

Pour celui qui lit le texte pour la première fois, le dernier vers ne peut
manquer de produire un puissant effet de surprise. Les indications
rassurantes ont été répétées avec une telle insistance, depuis le titre
jusqu’à l’adjectif « tranquille », au début du vers 14, que le lecteur le plus
attentif néglige presque nécessairement les indices contraires (« Pâle »,
« comme sourirait un enfant malade », « il a froid »). Ces signaux
alarmants sont perçus, bien sûr, suffisamment pour semer le doute, mais
pas suffisamment pour permettre d’anticiper sur la révélation finale : « Il a
deux trous rouges au côté droit ». D’où la nécessité d’une seconde
lecture. Le changement de perspective opéré par le dernier vers est si
radical qu’il implique nécessairement une seconde lecture du texte. En
effet, cette fin valide toutes les inquiétudes qu’avaient pu faire naître
certaines expressions et invalide l’interprétation optimiste de la scène.
Prenant conscience d’avoir été abusé par une adroite stratégie d’écriture le
lecteur est porté à refaire le chemin pour étudier la progression du texte et
comprendre comment le piège a fonctionné.

Texte 3 : L’Art pour l’Art (la poésie parnassienne)


J-M de Hérédia, Les Trophées, 1893
- La poésie parnassienne : Vitrail de J-M de Hérédia, Les Trophées, 1893

Le Parnasse est un mouvement poétique apparu en France dans la seconde


moitié du XIXe siècle qui avait pour but de valoriser l’art poétique par la retenue,
l'impersonnalité et le rejet de l'engagement social et politique de l'artiste. Le
Parnasse apparaît en réaction aux excès lyriques et sentimentaux du romantisme

52
imités de la poésie de Lamartine et de Musset (voir aussi les romanciers et
dramaturges tels que Nerval et Hugo), qui mettent en avant les épanchements
sentimentaux aux dépens de la perfection formelle du poème.
Pour les Parnassiens, l'art n'a pas à être utile ou vertueux et son seul but est la
beauté. C'est la théorie de « l'art pour l'art » de Théophile Gautier. Ce
mouvement réhabilite aussi le travail acharné et minutieux de l'artiste et il utilise
souvent la métaphore de la sculpture pour indiquer la résistance de la « matière
poétique ».
Origine du nom
Le nom Parnasse est, à l'origine, celui d'un massif montagneux de Grèce. Dans
la mythologie grecque, ce massif était, comme Delphes, consacré à Apollon et il
était considéré comme la montagne des Muses, le lieu sacré des poètes. Le
Parnasse devenu le séjour symbolique des poètes, fut finalement assimilé à
l'ensemble des poètes, puis à la poésie elle-même.
L’impersonnalité et le refus du lyrisme
Contre le lyrisme des écrivains romantiques, contre leurs épanchements et leur
utilisation récurrente et surabondante du moi, les parnassiens ont préféré
favoriser la distance et l’objectivité. Cette distance est marquée par l’utilisation
de thèmes tels que l’exotisme et la description de la nature, l’antiquité et
l’histoire, les mythes et légendes et les religions orientales.
La recherche du beau
Les parnassiens, en réaction aux attentes politiques et sociales des romantiques,
ont eu pour but de sortir l’art de tout ce qui concernait leur monde contemporain
et ses problèmes. Comme le dit Théophile Gautier dans la préface
de Mademoiselle de Maupin « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut
servir à rien, tout ce qui est utile est laid. ». Ce principe va être accentué par le
concept de l'art pour l'art.
L’art pour l’art
Pour les parnassiens, l’art est utile parce qu’il est art ; rien n’importe si ce n’est
l’art. C’est pourquoi les poètes parnassiens se sont toujours trouvés du côté de
l’absolue gratuité de l’œuvre. C’est donc ainsi qu’ils refusent de s’engager dans
des causes sociales ou dans des causes politiques qu’ils pourraient laisser
transparaître dans leurs écrits. De plus, le parnassien voue un véritable culte à
l’art fondé sur l’érudition et la maîtrise des différentes techniques qui ne pourrait
être accessible qu’à une élite culturelle et universitaire capable de la recevoir. La

53
recherche de la perfection va les amener à une forme de plus en plus travaillée
mais plus encore à revenir sur la liberté qu’avaient prise certains poètes. En
effet, la métrique se fait plus rigoureuse et l’utilisation du sonnet, de
l’alexandrin, du vocabulaire érudit et des vastes cycles poétiques devient
courante et récurrente.
Le culte du travail
Le poète peut être comparé au sculpteur qui doit transformer une matière
difficile, le langage, en beau par et grâce à un patient travail. Ce qui prime, ce
n’est donc pas l’inspiration mais le travail sur la forme pour redonner ses lettres
de noblesses à la poésie. Les parnassiens étaient contre la méthode de travail des
romantiques qui consistait en une écriture instantanée et quasi finale de leurs
ouvrages en se fiant juste à leur « muse » et non fondée sur un travail élaboré de
leurs écrits.

Les parnassiens

Les précurseurs

 Théophile Gautier
 Théodore de Banville

Les parnassiens les plus célèbres

 Leconte de Lisle, considéré comme la tête de file du mouvement,


 Sully Prudhomme,
 José-Maria de Heredia

Les grands poètes associés


Le mouvement fut accompagné par quelques grands poètes, qui l'ont côtoyé à
des titres divers, sans être réductibles à ses thèses, comme :

 Charles Baudelaire,
 Paul Verlaine,
 Stéphane Mallarmé.

Texte de J-M de Hérédia : Vitrail

- un sonnet parfait

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- une poésie descriptive : la description est faite à partir de la verrière (« La
verrière a vu … »)

- pas d’expression du sentiment, l’auteur ne dénonce pas non plus.

- les deux quatrains (à l’imparfait) :

=> expriment le mouvement («incliner, allaient, partir »)

=>présence de la couleur (« azur, or, flamme, nacre »)

=>présence du bruit (« au bruit des cors et des clairons »)

- les deux tercets (au présent) :

=> expriment l’immobilité (« s’allongent, gisent, regardent, sans geste » =>


même si les verbes sont des verbes de mouvement, ils expriment l’immobilité)

=>le silence (« sans voix, sans ouïe, sans voir » => les négations)

Texte 4 : Chanter les rois (la poésie officielle)


Extrait de Prière pour le Roi allant en Limousin, Malherbe, Œuvres, (édition
posthume, 1630)

A lire
François de Malherbe

Né à Caën dans une famille aristocratique pauvre de Normandie, il a passé la grande partie de
sa vie à Aix-en-Provence.

A 50 ans il n'avait composé que quelques poèmes : «La Consolation à M. du Périer » un


poème d`amitié et de consolation dédié à son ami qui a perdu sa fille. Puis Henri IV lui
commande un poème : « Prière pour le roi allant en Limousin » qui traite le sujet des Guerres
de Religion et la paix très fragile entre les opposants. Charme par son oeuvre, le roi retient
Malherbe à la cour. Il s'installe à Paris et devient le poète favori d'Henri IV puis de sa seconde
femme Marie de Médicis dont il reçoit la pension. Plus tard il sert aussi Louis XIII et le
cardinal de Richelieu. Il célèbre les grands événements politiques, la gloire des souverains, à
moins que il ne prête son inspiration à quelque haute personnage désireux de chanter ses
amours.

Il a un accès à la société aristocratique, il fréquente le salon de la marquise de Rambouillet. Il


55
a plusieurs disciples: Racan, Mainard. Orgueilleux et brusque, persuadé de sa supériorité sur
tous, il était d`une intelligence claire mais limitée. Il chante quelques dames mais ses poèmes
d`amour sont froids. Parmi d`autres, ils étaient adressés à la marquise de Rambouillet où il la
nomme Rhodante et c`est lui qui a trouvé pour marquise son anagramme célèbre d'Arthèmice.

L'oeuvre de Malherbe est peu abondante mais il s'agit des poèmes d'une rare perfection
formelle. Le poète ne croît pas à l'inspiration, il est un technicien du vers. Sa doctrine n'est
écrite nulle part mais nous connaissons ses convinctions selon les annotations dans un
exemplaire des « Oeuvres » de Desportes qui s'appellent « Les commentaires de Desportes ».
Malherbe apporte des principes de la poésie nouvelle: rigueur logique exige une langue pure
et Malherbe va appauvrir la langue que la Pléiade voulait enrichir. Dans sa passion pour la
netteté et la précision de la langue il devient presque un grammairien: il fixe le genre et le
genre des mots.

En ce qui concerne la technique poétique, il impose la césure à l'hémistiche. Sur la musicalité


du vers est encore plus exigeant comme du Bellay. Selon lui contenance et sentence riment
comme un four et un moulin. Il dit qu'à la fin du vers les accords musicaux doivent être
parfaits pour l'oeil comme pour l'oreille. Cette rigueur montre le poète comme un artisan. Il
n'est donc pas un inspiré, un prophète qui communique avec le Dieu comme l'a pensé la
Pléiade mais il doit construire difficilement les vers faciles. La poésie est donc un métier. Il
interdit alors toute émotion personnelle. Il considère que la poésie est une oeuvre de raison et
non de sensibilité ni d'imagination. Il paralyse ainsi pour deux siècles le lyrisme personnel en
France.

Malherbe apparaît comme un poète-charnière, il oriente la poésie française vers la pureté, la


concision, l'unité de ton et la dignité classique. Sa doctrine annonce le Classicisme.

Le texte de Malherbe fait naître un sentiment de soulagement et d’espoir en un avenir


heureux.
Autres poètes de la cour : Ronsard

Histoire des arts : Pourquoi chanter les poètes ?


- Léo Ferret chante les poètes (Baudelaire, Rimbaud, Ronsard, Verlaine, …)
- Lio chante Prévert
- Jean Ferrat chante Aragon)(sur Youtube)

LA POESIE EN CHANSON en vers et contre chant


Mathieu Durand pour Evene.fr - Avril 2008 - Le 03/04/2008

« LA POESIE EN CHANSON »

C'est une tendance : de plus en plus de chanteurs recommencent à recycler les grands
poètes classiques : de Ridan avec du Bellay à Murat avec Baudelaire en passant par la
Première Dame de France avec Emily Dickinson jusqu'au retour en force de Ferré devenu
poète à force de reprendre les poètes et lui-même repris par les rockers (Noir Désir) ou les

56
jazzmen (Yves Rousseau). Manque d'inspiration ? Hommage ? Volonté d'anoblissement ?
Retour à la case départ ?

Une reprise pas comme les autres

Dans un contexte de chanson, le recyclage prend une couleur négative. Récupérer d'anciennes
formules – faire du neuf avec du vieux – peut s'apparenter à une posture artistique dépourvue
d'imagination. Pourtant l'histoire de l'art est l'histoire d'un recyclage de références, de
réécritures, d'hommages. On appelle cela une "interprétation" dans la musique
classique. De nos jours, celle-ci, que ce soit en disque ou en concert, se résume souvent à une
relecture des grands compositeurs. Dans la chanson ou dans la musique populaire, on parle
plutôt de "reprise". Mais il existe une catégorie très spéciale de reprise, propre à la chanson
: réutiliser les vers des poètes classiques pour y coller une musique.

Généalogie de la poésie

Notre vision "moderne" de la poésie en fait un genre écrit. Un


poème se lit, se relit, s'apprend par coeur. Un poème se décortique, s'analyse et, si l'on ne
comprend pas un vers, on peut le relire à l'envi pour en saisir les nuances et les subtilités. Au
contraire, dans la chanson au format oral et conventionnellement court, il peut parfois être
compliqué de saisir toute la beauté d'un vers : le chanteur fait alors le choix du refrain
pour "populariser" le poème. Au moins un vers reste alors en tête et le refrain permet une
pause salvatrice pour (peut-être) repenser aux vers précédents. La chanson "doit souligner
ses effets et permettre malgré sa rapide et éphémère audition une mémorisation (d'abord dans
son souci pédagogique : éduquer à la religion dans les cantiques, éduquer à la citoyenneté dans
les goguettes). Le refrain, révélateur d'un leitmotiv mélodique et thématique est donc une
caractéristique normée de la chanson folklorique, de la chanson populaire et de la chanson de
variété" explique très justement Joël July dans son ouvrage 'Esthétique de la chanson française
contemporaine'. Le refrain est le symbole et (presque) la condition sine qua non d'une
chanson, d'où la volonté de certains chanteurs d'en faire abstraction pour se donner un air de
poésie : du 'Pierre' de Barbara au 'Nougayork' de Claude Nougaro.

Pourtant cette conception du poème et a fortiori de la chanson n'a pas toujours été de mise dans
l'histoire. La figure tutélaire et mythique de la poésie, Orphée, était lui-même à la fois chanteur et
poète. Cette lecture "écrite" du poème en néglige la musicalité, l'oralité, la diction, le rythme. Les
poètes de la Beat Generation n'auront par exemple de cesse de rappeler le poème à son
statut oral lors de grandes lectures publiques souvent accompagnées de musiciens. Un
bon poème devrait pouvoir même être musical sans musiciens de fond. Il suffit d'écouter la
lecture de 'Howl' le poème-somme deGinsberg pour s'en convaincre. Mais la démonstration
pourrait s'appliquer à tous les grands poèmes de l'histoire. On attribue même à Victor Hugo ce
célèbre mot : "Défense de déposer de la musique au pied de mes vers !". Loin de constituer un
mépris pour la musique, il vient juste rappeler que le vers se doit d'être musical avant tout. "De la
musique avant toute chose"écrit Verlaine dans son 'Art poétique', l'un des poètes le plus "recyclé"
des chanteurs (deGainsbourg à Ferré en passant par Souchon). Au fond si le poème est avant

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tout chanson, le recyclage des poèmes doit s'envisager comme un juste retour des choses,
comme la boucle d'un cycle. Et finalement rien de plus naturel que de chanter un poème.

Comment chanter un poème ?

La plus classique et celle qui fait (presque) école de nos jours est
celle initiée par Léo Ferré. Le poème est souvent une chose triste qu'on accompagne de
superbes mélodies et que l'on chante dans une voix qui avoisine la récitation, avec une
instrumentation sobre, le plus souvent une simple piano ou une guitare. Dans cette
conception fidéiste, n'oublions pas le versant joyeux symbolisé par Trenet qui reprend dans une
version jazzy 'La Cigale et la Fourmi'. Seconde solution rare mais passionnante : la relation
(plus ou moins) privilégiée avec le poète comme c'est le cas de Ferrat avec Aragon comme
il l'explique lui-même : "Nos rapports n'étaient pas de copinage. J'allais le voir quand je le mettais
en musique (…) Il ne reconnaissait pas ses poèmes, qui prenaient une autre dimension une fois
chantés. Je me suis permis des libertés avec ses textes – que je lui soumettais d'ailleurs. Je
supprimais des strophes, je prenais deux vers pour faire un refrain. J'en ai chanté d'autres
littéralement. Mais il acceptait tout ça" (1). Troisième solution, le pastiche, du moins le second
degré sur le poème : c'est le cas de Brassens qui institue un dialogue entre les poètes sur
'Marquise'. Mise en en musique des 'Stances à Marquise' où Corneille tente de séduire une jolie
jeune femme en lui rappelant vieillesse, laideur et décrépitude qui l'attendent, le chanteur
moustachu insère avec malice à la fin du poème la réponse de Tristan Bernard à l'auteur du 'Cid'
: "Peut-être que je serai vieille, / Répond Marquise, cependant / J'ai vingt-six ans, mon vieux
Corneille, / Et je t'emmerde en attendant." Dernière possibilité, celle qui s'apparente le plus
au recyclage au sens fort du terme : Gainsbourg et la réécriture pure et simple. S'il a
littéralement mis en musique certains poèmes (2), l'"homme à tête de chou" était le roi du
recyclage au point d'avoir affirmé "Tous mes textes ne sont que collures. A bien y réfléchir, je n'ai
pas d'idées" (3). L'exemple le plus frappant se trouve dans 'Je suis venu te dire que je m'en vais',
issu du célébrissime poème de Verlaine 'Chanson d'automne' utilisé par Radio Londres lors du
Débarquement. Gainsbourg réarrange le poème à sa manière en citant le poète
référence "Comme dit si bien Verlaine / Au vent mauvais", en changeant les pronoms : "Je me
souviens / Des jours anciens / Et je pleure" de Verlaine passe à la seconde personne du singulier
chez Serge. Enfin, il n'hésite pas à changer la nature des mots tout en conservant le même
vocabulaire : le "tout suffocant, et blême" original devenant "tu suffoques, tu blêmis". Gainsbourg,
ou le véritable roi du recyclage dans tous les sens du terme, comme sur 'LemonIncest' qui
reprend la mélodie de l''Etude op. 10 en mi majeur' de Chopin.

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Le chanteur est-il poète ?

Reprendre un poème, serait-ce une manière de devenir


soi-même poète, de redonner ses lettres de gloire à un genre souvent méprisé : la chanson
? Dans la légendaire interview à trois Brel / Brassens / Ferré, les trois compères se
défendent d'être des poètes. Le trio s'accorde sur une formule "Je mélange des paroles et
de la musique". Ils insistent sur la voix, un chanteur possède avant tout une voix, dans le
sens physique du terme. Le chanteur a beau reprendre des poèmes, il ne transforme pas pour
autant la chanson en poésie. Brassens : "C'est tout a fait différent de ce qu'on appelle
couramment la poésie, qui est faite pour être lue ou dite. (…) Même si des types comme Ferré
ont réussi à mettre des poètes en musique, comme Baudelaire, il est difficile d'utiliser la chanson
comme les poètes qui nous ont précédés utilisaient le verbe. Quand on écrit pour l'oreille, on est
quand même obligé d'employer un vocabulaire un peu différent, des mots qui accrochent l'oreille
plus vite…" Ferré revendique davantage un travail pédagogique, très proche de la conception
hexagonale de la chanson qui met l'accent sur le texte plus que sur la musique, tandis que les
Anglo-Saxons inversent cette tendance : "Il y a des gens qui reçoivent d'abord la musique,
d'autres qui reçoivent d'abord les paroles. Les gens les plus intelligents reçoivent d'abord les
paroles. Les gens les plus sensibles – et peut être les moins intelligents, ce qui est
possible aussi – reçoivent d'abord la musique. Ce qui fait que j'ai pu faire connaître
Baudelaire à des gens qui ne savaient pas qui était Baudelaire." Cette scission poète /
chanteur se matérialisera par la brouille Ferré / Breton. Quand le chanteur qui montre au poète
son recueil 'Poète, vos papiers !', celui-ci lui conseille de ne jamais publier l'ouvrage en question.
Breton abhorrait en fait deux choses propres à la chanson : le
langage populaire que le grand Léo usait à l'envi et la musique à laquelle le chef de file du
surréalisme était hermétique.

Anoblissement, pédagogie, retour aux sources, toutes les raisons sont bonnes pour mettre en
chanson des poèmes car les vers d'un Baudelaire ou d'un Ronsard auront toujours un temps, un
rythme et une rime d'avance sur tous ceux qui se servent de la musique comme d'une béquille
pour scander un texte. Et même si la mise en chanson des poèmes constitue l'exception qui
confirme la règle, il vaut toujours mieux trouver des vers dans une chanson que dans une
pomme.

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Activité :
La poésie au XXIème siècle : quand la poésie devient chanson
Les voyages en train, Grand Corps Malade, 2008 (à écouter sur Youtube)

A LIRE aussi : La poésie au XXIe siècle


Au XXIe siècle, la situation est plus complexe puisque le terme de « poésie »
recouvre en fait des aspects très différents, celle-ci s’étant dégagée d’une
forme versifiée facilement identifiable et même du « poème ». On cherche la
poésie à la limite dans une « expression poétique » indépendante du travail des
poètes. Néanmoins la spécificité du texte poétique demeure à travers sa densité
qui tente d'exploiter à la fois toutes les possibilités offertes par les spécificités
linguistiques. Il est d’ailleurs difficile de traduire un poème dans une autre
langue, car la question se pose toujours de savoir s'il faut se préoccuper d’abord
du sens ou s'il faut chercher à inventer des équivalences sonores et rythmiques.
Le vers qui tend à s'imposer est le « vers international libre » d'origine
américaine. « Il n'est ni compté ni rimé et plus généralement ignore les
caractéristiques d'une tradition poétique dans une langue donnée; il « va à la
ligne » en évitant les ruptures syntaxiques trop fortes. » Ses exigences formelles
sont faibles. Il est de ce fait plus facile de le traduire à l'heure de
la mondialisation. La différence entre la poésie et la prose est ténue. La poésie se
fait par « petites proses courtes » mais non narratives. L'absence
de narration devenant alors le marqueur du genre poésie. On parle également
tout simplement de « texte » ou de « document poétique ». On peut en trouver
de nombreux exemples dans les innombrables revues de poésie qui continuent à
fleurir, malgré une ambiance peu favorable à leur expression. Parmi celles-ci, on
peut citer, pour leur ouverture et pour leur longévité, Verso (depuis 1977)
ou Jointure (depuis 1962).
La poésie est devenue, à l'époque contemporaine, un art considéré comme
sophistiqué ou élitiste, trop difficile à lire, coupé de la réalité du monde 6.
Pourtant la poésie est très largement pratiquée comme en témoignent les blogs
ou les très nombreuses lectures ou festivals qui lui sont consacrés, mais sa
diffusion en librairie est de plus en plus rare malgré une multitude de minuscules
maisons d'édition (cf. Édition de la poésie en France). Elle n'est pas présente non
plus à la télévision et on ne choisit plus guère de poètes pour représenter
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la littérature en France. La poésie perd de son audience car elle a peu
d'importance sur le plan économique.

Certaines tentatives contemporaines, sous l'influence de la dub


poetry américaine notamment, s’expriment d’ailleurs davantage avec le soutien
de la musique dans le genre populaire de la poésie-chanson avec, par exemple,
le rap (qui ne se revendique pas comme poésie) et surtout le slam qui en dérive.
Le slam est une poésie orale et n'a pas d'intention artistique. Il est démocratique
au sens où il suppose que « tout le monde est virtuellement poète. » Il s'agit
néanmoins d'émouvoir l'auditoire par les mots. C'est un art d'improvisation
poétique et retrouverait donc la tradition médiévale perdue de la tenson des
troubadours qui était néanmoins un genre de poésie savante. Le slam fait
ressurgir la rime mais dans un état minimal.
Dans la poésie, l’essentiel demeure néanmoins la prise de conscience de la
créativité et de la beauté de la langue, à commencer par une langue dite et
écoutée, mais également lue dans des mots et des pages. Pour l’amateur de
poésie, « au commencement est le Verbe » et sa puissance créatrice qui nourrit
la mémoire et « transforme la nuit en lumière ».

Les voyages en train de Grand Corps Malade

Les thèmes les plus abordés dans les chansons portent souvent sur les sentiments de la
personne humaine par exemple dans la chanson les voyages entrain. Grand corps malade
est un artiste français dont; les textes de chants traitent souvent de l’amour, des sentiments
et de la société. L’analyse de ce texte reflète la tristesse qui fait suite auxhistoires
amoureuses en générale. Précisément, le locuteur fait comprendre que les histoires d’amour
mènent souvent à la déception.

 Toute la force de ce texte, de Grand Corps Malade, vient de la métaphore filée


en rapport avec les “voyage en trains” tout au long de cette chanson.
D'ailleurs, il plante de suite le décor par cette phrase introductive :

« les histoires d'amour c'est comme les voyages en train »

 En effet, et c'est assez facile à comprendre, GCM arrive à marier les


différentes histoires d'amour, son vécu, celui de ses amis. Ainsi, il explique les
différentes phases des histoires d'amour, de celles qui n'auront aucun
lendemain, celles qui dureront tout le temps, celles qui n'arrivent jamais… de
l'utilisation que font les protagonistes de l'amour et de leurs réactions.

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 De plus, GCM arrive à se placer en second plan, tel un Dieu omnipotent (qui
peut tout voir/tout savoir) et décrire le passé, le présent et le futur de toutes les
histoires d'amours qu'ils voient autour de lui.

 Enfin, GCM arrive à placer, au moins une fois, tous les lecteurs de son texte
dans l'une des histoires d'amour décrites, sans jamais porter un quelconque
jugement de valeur, ni de préférence. Il raconte de façon neutre ce qu'il voit, et
c'est bien ça la puissance de son slam.

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