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Le mental d’acier d’un athlète de force

By Pavel Tsatsouline
Posted on 06/04/2017. Pas de commentaire.
Généralement, dans l’imaginaire populaire, l’expression « mental d’acier » est associée à
l’endurance. C’est un marathonien qui s’étripe sur la route pendant des heures. C’est un boxeur qui
survit aux douze rounds d’un combat professionnel. Et pourtant, cette volonté de « ne pas lâcher »
est tout aussi présente lorsqu’il s’agit de la force maximale. C’est la capacité de pousser un poids
qui vous « écrase » jusqu’au verrouillage en position finale. Et le faire sans compromettre la
technique.
Le « professionnel » de la force n’a pas de « plan B ». C’est le « privilège » d’un amateur. Ce
dernier a tout d’un coup des doutes sur sa capacité de terminer le mouvement tel que prévu. Alors, il
cherche la voie de la moindre résistance. Par exemple, dans le Press avec un Kettlebell, il va
hausser son épaule. Cela lui donnera un levier plus avantageux, mais seulement au début. Comme
toujours avec les décisions prises en état de panique, celle-ci est « court terme ». Il peut être plus
facile de monter le Kettlebell encore quelques centimètres en haussant l’épaule, mais au-delà, c’est
un « cul-de-sac ». Et si on insiste, on risque la blessure.
Quant à un pratiquant expérimenté, il continuera à pousser le long de la trajectoire techniquement
correcte. Et aussi tentant que cela puisse être, il ne prendra pas de « détours » plus faciles. Il fera
confiance à sa force et ne compromettra pas la technique du mouvement, quoi qu’il arrive.
C’est bien la marque d’un « professionnel » de la force. Et si, ce jour-là, le poids est au-delà de ses
limites, alors il « échouera en gardant son intégrité » (Marty Gallagher).

Le mental d’acier : le Press de John Spezzano


Il y a quelque temps, StrongFirst a publié une vidéo de John Spezzano, SFG Team Leader, où il
exécute un Press avec un Kettlebell de 44 kg. C’est loin d’être un record du monde, mais c’est tout
de même plus qu’honorable pour un quadragénaire de 80 kg. Mais c’est surtout sa manière
d’exécuter le mouvement qui est impressionnante.
Pas de pieds qui « dansent », ni genoux qui tremblent, ni hanches qui font de la Zumba. Juste une
poussée, terriblement lente et pourtant, sans danger. Le Kettlebell s’arrête net alors que le bras n’est
même pas parallèle au sol. A ce moment-là, un amateur aurait abandonné, mais pas John.
Hausser involontairement les épaules est un signe de peur. John n’en a montré aucun : ses épaules
sont restées basses. Son corps s’est incliné latéralement, mais juste assez pour ne pas être
déséquilibré, alors que le poids était relativement lourd par rapport à son poids de corps. Son dos
n’est pas parti en hyper extension. Il s’est battu contre ce morceau de métal et, après un bon
moment, il l’a vaincu.

Le mental d’acier : le programme de John


Il est évident que ce genre d’effort n’est pas à faire à chaque entraînement. Ni une fois par semaine,
ni une fois par mois. Sinon, même si vous arriviez à éviter la blessure, vous finiriez par « cramer »
votre système nerveux. Il y a une différence capitale entre l’entraînement et le test. En se préparant
pour son record personnel, John a suivi un de mes programmes expérimentaux. Ce programme
de 8 semaines ne l’a jamais poussé jusqu’à l’échec lors d’une série. La plupart du temps il
travaillais avec un Kettlebell de 32kg en séries de 2 à 4 répétitions et de 28 kg, en séries de 3 à 6.
C’est entre un et deux tiers de ses RM, voire moins.
Une parenthèse lyrique : la prochaine fois que vous voyez marqué « AMRAP » quelque part, quittez
cet endroit et ne revenez plus jamais. Et en fait, le vrai terme est « RM » (répétitions maximum). Il a
été instauré en 1945 par un chercheur dans le domaine de renforcement, Capitaine Thomas
DeLorme. Il n’y a pas besoin de réinventer la roue.

La beauté du mental d’acier


Pour clarifier les chiffres ci-dessus, au début de ce programme le 1RM (poids maximal pour 1
répétition) de John était de 40 kg. Donc, 32 kg était son 80% de 1RM et 28 kg, 70%. John a la
proportion des fibres rapides un peu au-dessus de la moyenne. Généralement, un athlète de ce type
est capable de faire 10 reps avec son 70% et 6 reps avec 80% de 1RM. Donc, John se limitait à
entre un et deux tiers de ses « répétitions maximum ». Si ses muscles avaient la proportion de fibres
lentes plus élevée, ces pourcentages seraient encore plus bas. Pendant ces huit semaines, John ne se
testait pas. Il « pratiquait » le mouvement, il « polissait » la trajectoire de manière organisée. C’est
exactement comme cela que vous devriez vous entraîner.
Quant à l’effort maximal, la majorité des pratiquants devrait se contenter de ce que les Russes
appellent le « max d’entraînement ». Vous pensiez que l’objectif de cet article était de vous
encourager à vous « arracher » en testant votre 1RM ? Grave erreur. Ce genre d’effort est un
domaine réservé aux compétiteurs, mais aussi aux rares pratiquants comme John. Les gens qui, en
plus d’un mental d’acier, ont une discipline de fer.

Mental d’acier, discipline de fer


Non, mon objectif était de vous convaincre qu’un vrai effort maximal est une preuve d’un
mental d’acier. Il n’a rien à envier à un marathon exténuant. Et il mérite au moins autant de
respect.

En conclusion
En voyant cette vidéo, ceux qui comprennent la valeur de l’effort maximal sont toujours
impressionnés. Naturellement, à notre époque, il est normal que même ceux qui ne comprennent
rien à rien peuvent s’exprimer. Certains ont hurlé face à ce qu’ils ont perçu comme un mouvement
« dangereux ». Ils n’ont pas su apprécier la beauté de l’effort qu’eux-mêmes, ils ne sont pas capable
de faire.
Respect.