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Monture bleue, Montagnes Dansantes

Disclaimer: Cette nouvelle est la seconde des cinq nouvelles de Roger Zelazny. Lors du cycle de Merlin,
Corwin, héros du premier cycle et père de Merlin, avait été enfermé dans les Cours du Chaos par Dara,
mère de Merlin. Puis, Merlin délivra son père de la prison où il était retenu et ce dernier pris le chemin
d'Ambre. L'histoire commence ici.

Je pris à droite après les Puits Enflammés et fuis les brumes fantômes à travers les Hautes Terres d’Artine.
Je tuais la chef des Kerts de Shern alors que ses troupes me harcelaient depuis leurs perchoirs haut comme
des tours parmi les canyons de cet endroit. Les autres abandonnèrent alors leur sport et nous continuâmes à
avancer sous une pluie verte, tombant d’un ciel couleur ardoise. Droit devant et descendant ensuite, jusqu’en
des plaines où tourbillonnaient des démons de poussières chantants pour l’éternité de tristes complaintes du
temps où ils étaient en vie.
Finalement le vent tomba et Shask, mon implacable monture, étalon bleu venant des Cours, ralentit avant de
s’arrêter devant des sables vermillions.
"Quel est le problème ?" Demandais-je.
"Nous devons traverser cet isthme désertique avant d’atteindre les Montagnes Dansantes," répondit Shask.
"Et combien de temps cela peut-il durer ?"
"Presque tout le reste de la journée," dit-il. "C’est très escarpé ici. Nous avons déjà payé pour cet aspect. Le
reste viendra dans les montagnes puisque maintenant nous devons les traverser alors qu’elles sont très
actives."
Je pris ma gamelle et la secouais.
"Mais cela en valait la peine," dis-je. "Tout du moins si elles ne dansent pas au sens de Richter."
"Non, mais à la limite entre les Ombres d’Ambre et les Ombres du Chaos, il y a de grandes perturbations
d’énergie."
"Je ne suis pas étranger aux tempêtes d’Ombre, ce à quoi ce que tu décris ressemble. Un front de tempête
permanent. Mais j’espérais que l’on pourrait la traverser plutôt que de camper ici."
"Je vous avais prévenu quand vous m’avez choisi, seigneur Corwin, que je pouvais vous porter plus loin que
n’importe quelle autre monture de jour. Mais la nuit, je deviens un serpent immobile, aussi dur que la pierre,
aussi froid qu’un cœur démoniaque, me réchauffant quand vient l’aube."
"Oui je me rappelle," dis-je. "Et tu m’as bien servi, ainsi que Merlin me l’avait dit. Peut-être pouvons nous
passer la nuit de ce coté des montagnes et les traverser demain."
"Le front, comme je te l’ai déjà dit, bouge. Probablement qu’il nous rejoindra au contrefort ou peut-être
même avant. Une fois que vous avez atteint ces régions, peu importe où vous passez la nuit. Les ombres
danseront au-dessus de nous ou proche de nous. Descendez maintenant s’il vous plait, dessellez-moi et
enlever votre équipement que je puisse me transformer."
"En quoi ?" Demandais-je alors que je posai le pied sur le sol.
"J’ai une forme de lézard qui conviendra mieux à ce désert."
"Bien sûr Shask. Soit à l’aise, soit efficace. Soit un lézard."
Je commençais à le décharger. C’était bon d’être de nouveau libre.

En tant que lézard bleu, Shask était beaucoup plus rapide et surtout quasi-infatigable. Il avait traversé le
désert avant que la lumière du jour ne disparaisse, et alors que je me tenais à ses cotés, contemplant le
chemin montant vers les contreforts montagneux, il me parla d’une voix sifflante : "Comme je l’ai dit, les
ombres peuvent nous tomber dessus n’importe ou ici, mais j’ai toujours assez de force pour voyager pendant
environ une heure avant de devoir camper, se nourrir et se reposer. Quel est votre décision ?"

Auteur : Julien Brasselet / Date : dimanche 16 novembre 2003 -1-


"En avant," lui dis-je.
Le feuillage des arbres changeait à vue d’œil. Le sentier était irrégulier au possible, changeant de direction,
changeant sa nature sous nous. Les saisons allaient et venaient, rafales de neiges suivies de courant d’air
chaud, puis le printemps et des gens de métal, autoroutes, ponts et tunnels, tout s’évaporant après quelques
instants. Puis cette danse s’arrêta et nous montions simplement le sentier de nouveau.
Finalement, nous fîmes notre camp dans un lieu abrité proche du sommet. Les nuages s’amoncelaient alors
que nous mangions, et quelques coups de tonnerres roulaient dans le lointain. Je me fis un abri plutôt bas.
Shask se transforma en un grand dragon ailé, serpent à plume et s’enroula près de moi.
"Passe une bonne nuit Shask," lançais-je alors que la première goutte de pluie tomba.
"Et… vous… aussi… Corwin," dit-il doucement.
Je m’allongeais sur le dos, fermais les yeux et m’endormit presque instantanément. Combien de temps ai-je
dormi, je ne le savais pas. Je fus néanmoins réveillé par un terrifiant coup de tonnerre juste au-dessus de
nous.
Je me retrouvais assis, prenant et sortant à moitié Grayswandir avant que l’écho ne mourut. Je secouais la
tête et continuais à écouter assis. Il me semblait que quelque chose manquait mais je ne pouvais mettre le
doigt dessus.
Puis vint un flash brillant suivi d’un autre coup de tonnerre. Je tressaillis et restais assis, écoutant de
nouveau, mais seul le silence suivit.
Silence…
Je passais ma main au dehors de l’abri, puis ma tête. Il avait cessé de pleuvoir. C’était ce qui manquait, le
clapotis des gouttelettes.
Mon regard fut attiré par une lueur derrière le sommet proche. Je mis mes bottes et quittais l’abri. Dehors, je
bouclais mon ceinturon portant mon épée et attachais ma cape à mon cou. Je devais aller voir. Dans un lieu
comme celui-ci, n’importe quelle activité pouvait représenter une menace.
Je touchai Shask, qui semblait vraiment en pierre, alors que je passais et pris la direction du sentier. Il était
toujours là, même si diminué en largeur, je mis le pied dessus et commençais à monter. La source lumineuse
vers laquelle je me dirigeais semblait se mouvoir légèrement. Puis bien que faible, à une certaine distance, je
commençais à percevoir le son de la pluie. Peut-être descendait-elle l’autre flanc de la montagne.
Au fur et à mesure de ma progression, je fus convaincu que l’orage n’était pas si loin. Je pouvais maintenant
entendre la plainte du vent par-dessus la pluie.
Je fus soudainement aveuglé par un éclair venant de derrière la crête. Un son net de tonnerre lui tint
compagnie. Je m’arrêtais quelques instants seulement. Pendant cette halte, parmi le bourdonnement dans
mes oreilles, je pensais avoir entendu le son d’un gloussement.
Avançant péniblement, je parvins enfin au sommet. Immédiatement le vent m’assailli, transportant son plein
d’humidité. Je refermais ma cape complètement et l’attachais devant tandis que je continuais à avancer.
Plusieurs mètres plus loin, j’apercevais une vallée en dessous sur ma gauche. Elle était largement éclairée
par des orbes dansantes remplies d’éclairs. Il y avait deux silhouettes, l’une assise par terre, l’autre, les
jambes croisées, flottant dans l’air, la tête en bas, sans visible maintien, face au premier. Je choisis le
chemin le plus dissimulé que je trouvais et me dirigeais vers eux.
Ils m’étaient cachés la plupart du trajet, dû au fait que le chemin que je suivais menait à travers des zones où
le feuillage était plutôt épais. Soudainement cependant je sus que j’étais plutôt proche alors que la pluie
cessait de me tomber dessus et que les vents n’exerçaient plus leur pression sur moi. C’était comme si
j’entrais dans l’œil d’un cyclone.
Prudemment, je continuais à avancer en rampant regardant les deux vieux à travers les branches. Ils
examinaient tous deux des cubes invisibles d’un jeu tridimensionnel, les pièces flottant au-dessus d’un
plateau posé sur le sol entre eux deux, leur position légèrement délimitée par du feu. L’homme assis par
terre était bossu, il souriait et je le connaissais. Son nom était Dworkin Barimen, mon ancêtre légendaire,
ayant acquis sagesse et pouvoirs divins durant sa longue existence, créateur d’Ambre, de la Marelle, des
Atouts et aussi de la réalité même d’après ce que j’avais compris. Malheureusement, au vu de mes entretiens
avec lui récemment, il était un peu plus que simplement fou. Merlin m’avait assuré qu’il avait regagné ses

Auteur : Julien Brasselet / Date : dimanche 16 novembre 2003 -2


esprits mais je me posais toujours la question. Les êtres quasi-divins sont aussi connus pour leur rationalité
non traditionnelle. Cela convenait très bien à l’endroit présent. Je ne jugerai pas que ce vieux bonhomme ne
puisse utiliser la rationalité pour atteindre quelques fins paradoxales.
L’autre qui m’était de dos, s’avança légèrement et bougea une pièce qui semblait être un pion. C’était la
représentation d’une créature du Chaos connu sous le nom d’Ange Igné. Quand le mouvement se termina,
un nouvel éclair suivit d’un coup de tonnerre se produisit et mon corps frissonna. Puis Dworkin joua à son
tour et bougea une de ses pièces ressemblant à une Wyverne1. Encore un éclair, le tonnerre et un
frémissement. Je vis qu’une licorne dressée occupait la place du roi dans les pièces de Dworkin, une
représentation du palais d’Ambre sur le carré à coté. Le roi de son opposant était un serpent se tenant droit,
et Thelbane, le palais en forme d’aiguille des rois des Cours, à son coté.
L’adversaire de Dworkin avança alors une pièce en riant. "Mandor," annonça-t-il. "Il se croit manipulateur
et faiseur de roi."
Apres l’éclair et la foudre, Dworkin déplaça une pièce. "Corwin," dit-il. "A nouveau libre."
"Oui. Mais il ne sait pas qu’il fait la course avec le destin. Je doute qu’il puisse arriver à temps en Ambre
pour trouver la Galerie des Miroirs. Sans ces indices, quel sera son impact ?"
Dworkin sourit et leva les yeux. Pendant un moment, je crus qu’il me regardait. "Je pense que son timing est
parfait Suhuy," dit-il. "Et j’ai plusieurs souvenirs que j’ai trouvé il y a quelques années, dérivant autour de la
Marelle de Rebma. J’aimerais bien avoir reçu un pot de chambre en or chaque fois qu’il a été sous estimé."
"Et qu’est-ce que ça t’aurait apporté ?" Demanda l’autre.
"Des casques coûteux pour ses ennemis."
Les deux hommes rirent et Suhuy tourna de 90 degrés dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
Dworkin s’éleva dans les airs et se pencha en avant jusqu'à ce qu’il soit parallèle au sol, regardant en bas
l’échiquier. Suhuy tendit le bras vers une silhouette féminine dans les niveaux les plus hauts, puis changea
d’avis. Soudainement, il bougea de nouveau l’Ange Igné. L’air fut de nouveau brûlé et battu. Dworkin
bougea alors une pièce faisant continuer le tonnerre de rouler et de maintenir l’éclat des éclairs. Dworkin dit
quelque chose que je ne pus entendre à cause vacarme. La réponse de Suhuy à la probable nomination de la
figure fut :
"Mais c’est une pièce Chaosienne !"
"Et ? Nous n’avons fixé aucune règle l’interdisant. A toi de jouer."
"Il me faut y réfléchir," dit Suhuy. "Et pas qu’un peu."
"Prends-le avec toi," répondit Dworkin. "Rapporte le demain soir ?"
"Je serais occupé. La nuit suivante ?"
"Je serais occupé. Dans trois nuits ?"
"Oui. Jusque là…"
"…Bonne nuit."
Le bruit et l’éclair qui suivirent me rendirent sourd et aveugle pendant quelques instants. Puis, je sentis la
pluie et le vent. Quand je pus voir de nouveau, je vis que la clairière était vide. Revenant sur mes pas, je
repris le chemin du sommet puis descendit jusqu’au campement où la pluie tombait également de nouveau.
Le sentier était plus large maintenant.

Je me levais à l’aube, mangeais, attendant que Shask se réveille. Les évènements de cette nuit ne ressemblait
pas à un rêve.
"Shask," dis-je un peu plus tard. "Sais-tu ce qu’est une descente aux enfers ?"
"J’en ai entendu parler," me répondit-il, "comme un obscur moyen de voyager sur une longue distance en un
temps court, utilisé par la maison d’Ambre. Il est aussi dit que cela est dangereux pour la santé mentale du
noble coursier."
"Tu me sembles très stable sur le plan émotionnel et intellectuel."
"Tiens, merci, je suppose. Pourquoi cette soudaine précipitation ?"

1
Il semblerait que cette "Wyverne" soit le guisel (cf nouvelles suivantes) mais je n'en suis pas certains

Auteur : Julien Brasselet / Date : dimanche 16 novembre 2003 -3


"Tu as dormi pendant un spectacle exceptionnel," dis-je. "Et maintenant j’ai rendez-vous avec une bande de
reflets si je peux les atteindre avant qu’ils ne s’évanouissent."
"Si cela doit être…"
"Nous allons courir pour le pot de chambre d’or mon ami. Lève-toi et deviens un cheval."

Note du traducteur: Cette traduction est ma compréhension de la nouvelle de Roger Zelazny. N'étant pas
traducteur, je ne garantis en aucun cas une perfection dans cet exercice et quelques fois j'ai du faire preuve
d'imagination ayant du mal à cerner ce que l'auteur voulait réellement dire. Il se peut qu'il existe des
erreurs voire des contresens (bien que je juge ces derniers quasiment absents)
Pour toutes remarques ou corrections, vous pouvez me contacter à l'adresse suivant:
padawan_luigi@yahoo.fr

Auteur : Julien Brasselet / Date : dimanche 16 novembre 2003 -4