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François de Singly

DOMAINES
ET APPROCHES

SOCIOLOGIE
DE LA FAMILLE
CONTEMPORAINE
5e édition
Dans la même collection
Série « L’Enquête et ses méthodes » : Corcuff Philippe, Les Grands Penseurs de la politique.
Arborio Anne-Marie, Fournier Pierre, L’Observation Cusset Pierre-Yves, Le Lien social (2e édition).
directe (3e édition). Darmon Muriel, La Socialisation (2e édition).
Bertaux Daniel, Le Récit de vie (3e édition). Duret Pascal, Roussel Peggy, Le Corps et ses sociologies.
Blanchet Alain, Gotman Anne, L’Entretien Ethis Emmanuel, Sociologie du cinéma et de ses publics
(2e édition). (3e édition).
Copans Jean, L’Enquête ethnologique de terrain Fleury Laurent, Sociologie de la culture et des pratiques
(3e édition). culturelles (2e édition).
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collectif. (3e édition).
Kaufmann Jean-Claude, L’Entretien compréhensif Heilbrunn Benoît, La Consommation et ses sociologies
(3e édition). (2e édition).
Martin Olivier, L’Analyse de données quantitatives Lafaye Claudette, Sociologie des organisations.
(3e édition). Laplantine François, La Description ethnographique.
Singly François de, Le Questionnaire (3e édition). Lascoumes Pierre, Le Galès Patrick, Sociologie de l’ac-
Série « Domaines et approches des sciences tion publique (2e édition).
sociales » Martin Olivier, Sociologie des sciences.
Adam Philippe, Herzlich Claudine, Sociologie de la Péquignot Bruno, Sociologie des arts (2e édition).
maladie et de la médecine. Queiroz Jean-Manuel de, L’École et ses sociologies
Alonzo Philippe, Hugrée Cédric, Sociologie des classes (2e édition).
populaires. Rollet Catherine, Introduction à la démographie
Astier Isabelle, Sociologie du social et de l’intervention (3e édition).
sociale. Segalen Martine, Rites et rituels contemporains
Avenel Cyprien, Sociologie des « quartiers sensibles » (2e édition).
(3e édition). Stroobants Marcelle, Sociologie du travail (3e édition).
Berger Laurent, Les Nouvelles Ethnologies. Série « Sociologies contemporaines »
Bobineau Olivier, Tank Sébastien, Sociologie des reli- Berger Laurent, Les Nouvelles Ethnologies.
gions. Corcuff Philippe, Les Nouvelles Sociologies
Bozon Michel, Sociologie de la sexualité (2e édition). (2e édition).
Bresson Maryse, Sociologie de la précarité (2e édition). Duret Pascal, Sociologie de la compétition.
Caradec Vincent, Sociologie de la vieillesse et du vieil- Jourdain Anne, Naulin Sidonie, La théorie de Pierre
lissement (3e édition). Bourdieu et ses usages sociologiques
Copans Jean, Sociologie du développement (2e édition). Martuccelli Danilo, Singly François de, Les Sociolo-
Copans Jean, Introduction à l’ethnologie et à l’anthropo- gies de l’individu.
logie (3e édition).

Conception de maquette intérieure : Atelier Didier Thimonier


© Armand Colin, 2014 pour cette 5e édition
Armand Colin est une marque de Dunod Editeur, 5 rue Laromiguière, 75005 Paris
ISBN 978-2-200-28592-0
Sommaire

Introduction.................................................................................................. 7
La famille sans définition ?.......................................................................... 7

1. De la « famille conjugale » à la « famille moderne 2 »........................ 11


1. Trois traits de la famille moderne........................................................... 12
1.1 La famille moderne est relationnelle.................................................. 12
1.2 La famille moderne est individualiste................................................ 13
1.3 La famille moderne est privée/publique............................................. 15
2. Le compromis de « la famille conjugale ».............................................. 16
2.1 La place du mariage......................................................................... 17
2.2 L’horizon intergénérationnel............................................................. 18
3. Une deuxième étape de la famille moderne........................................... 20
4. La famille moderne a une histoire.......................................................... 22
4.1 L’invention possible ou non de nouvelles formes familiales................. 22
4.2 Les mésusages du terme « traditionnel »........................................... 26

2. La première tension : entre personnalisation et « socialisation »............. 29


1. Le prénom : personnel et distinctif........................................................ 30
2. Les charmes et les dangers du repli
de la famille conjugale sur elle-même........................................................ 31
2.1. La conjugalisation et la banlieue...................................................... 32
2.2. Le repli familial et la compétition sociale.......................................... 33
2.3. La critique de la conjugalisation...................................................... 35
3. Le choix du conjoint, personnel et toujours social................................. 36
3.1. L’effacement de la parenté pour le choix........................................... 36
3.2 La fin des stratégies matrimoniales explicites..................................... 37
3.3 La médiation par les caractéristiques personnelles.............................. 39
3.4 La médiation par l’espace de sociabilité............................................. 40
3.5 Le degré d’inachèvement de l’individualisation.................................. 42

3
 Sommaire
3. La deuxième tension : entre privatisation et normalisation....................... 45
1. L’amour et la vie conjugale..................................................................... 45
1.1 L’amour contre le mariage................................................................. 45
1.2. L’amour, une religion post-religieuse................................................ 47
2. La fin du monopole du mariage............................................................. 48
2.1 La déstabilisation de l’institution...................................................... 48
2.2. Un concurrent, le Pacte Civil de Solidarité (PaCS)............................. 49
2.3. La fonction d’une reconnaissance publique du couple....................... 50
2.4. Le mariage pour tous...................................................................... 51
3. Le changement des normes familiales.................................................... 52
3.1. La neutralité relative de l’État
vis-à-vis des formes de la vie familiale..................................................... 52
3.2. L’État, garant de l’individualisation................................................... 54
3.3. Une « police » psychologique des familles........................................ 55
3.4. Le droit de l’enfant à ses deux parents.............................................. 58
3.5. La pluriparentalité.......................................................................... 60

4. La troisième tension : entre fragilité et ancrage...................................... 65


1. La fragilisation de la famille moderne 2................................................. 65
1.1. Un couple « liquide »..................................................................... 65
1.2. La dévalorisation de la pérennité pour elle-même............................. 66
1.3. L’anticipation du divorce................................................................. 69
1.4. Un nouveau type de séparation....................................................... 70
2. Le coût de la séparation conjugale......................................................... 71
2.1. Le coût pour les mères.................................................................... 71
2.2. Le coût pour les pères..................................................................... 72
2.3. Le coût pour les enfants.................................................................. 73
3. Le maintien d’un ancrage familial dans l’identité personnelle................ 75
3.1. L’origine, une filiation inventée........................................................ 76
3.2. Les usages de la mémoire et du souvenir.......................................... 77
3.3. La parenté comme ressource pour la construction de soi................... 78

4
Sommaire 
5. La quatrième tension : entre reproduction sociale
et construction de l’identité personnelle...................................................... 85
1. La contribution à la reproduction sociale............................................... 87
1.1. La famille transformée par la scolarisation........................................ 88
1.2. L’enfant, porteur du capital scolaire.................................................. 91
1.3. Le mode de production à composante scolaire.................................. 92
1.4. Le capital scolaire, personnel et la mobilisation familiale................... 93
2. La reconnaissance de l’identité personnelle............................................ 95
2.1. La reconnaissance par le parent....................................................... 95
2.2. La reconnaissance par le conjoint.................................................... 96
3. Entre la reproduction de la famille et la production de soi..................... 97

6. La cinquième tension : entre construction


d’un monde commun et processus d’individualisation................................. 101
1. Entre revendication de l’indépendance
et construction d’un monde commun conjugal........................................ 103
1.1 Des familles de classe..................................................................... 103
1.2 Les deux vies privées..................................................................... 104
1.3 Le modèle de la « relation pure » et sa critique................................ 106
1.4. Trois styles de vie commune.......................................................... 109
2. Entre processus d’individualisation de la femme
et construction d’un monde commun...................................................... 111
2.1. La vie conjugale, un lien de dépendance pour la femme.................. 112
2.2. Les deux formes d’autonomie féminine.......................................... 115
2.3. Un monde commun construit par la femme................................... 118

Conclusion : Les conditions de la reconnaissance assurée par la famille...... 121


1. Reconnaissance et légitimité................................................................ 121
2. Reconnaissance et mépris.................................................................... 123

Nouveaux compléments bibliographiques.................................................... 125

5
Introduction

La famille sans définition ?
La lectrice, le lecteur pense en ouvrant un livre de synthèse sur la famille
qu’elle ou il obtiendra une réponse claire à la question : « Qu’est-ce qu’une
famille ? » Or formuler une telle réponse n’est pas aisé, étant donné qu’une
des spécificités de la période contemporaine est la lutte autour de cette ques-
tion, comme l’on en a été témoin lors de la discussion en France de la loi sur
le mariage pour tous. Reconnaître que des individus de même sexe peuvent
se marier c’est admettre que la différence des sexes n’est pas un élément
central de cette institution. Cela vient après la déstabilisation de la place du
mariage comme créateur de la famille légitime. Ainsi dans les statistiques
officielles de la Communauté européenne, les couples, mariés ou concubins,
peuvent être rangés dans la même catégorie. Ainsi les enfants dits « natu-
rels » nés hors mariage et les enfants dits « légitimes » nés dans le mariage
sont réunis dans le même chapitre du Code civil.
Dans cet ouvrage, on préfère rechercher une définition moins juridique
et moins structurelle (en différenciant les familles recomposées, monopa-
rentales, biparentales, homoparentales). Une autre manière de penser la
famille est de se centrer sur la notion de « commun ». Une romancière,
Zeruya Shalev, dans Théra1, définit la famille comme « une entité liée par
une même adresse, un même réfrigérateur, une même machine à laver, un
même compte en banque, des projets de vacances communs, des droits
et des devoirs, des croyances et des idées ? Mais est-ce seulement cela ? »
Non ! En effet, des colocataires qui partagent un appartement ne forment
pas une famille. Il y a donc autre chose. Un film, Little Miss Sunshine2, réalisé
par Jonathan Dayton et Valerie Faris, nous met sur la voie. Dans la famille
d’Olive, sept ans, qui rêve d’être élue Miss, tout peut sembler faux selon des
critères moraux. Le père a de grandes difficultés professionnelles ; le frère

1.  Z. Shalev (2007), Théra, Paris, Gallimard (traduction L. Sendrowicz).


2.  Réalisé par J. Dayton, V. Faris, 2006.

7
 Introduction
d’Olive, adolescent, a cessé de parler. Le grand-père, héroïnomane et lecteur
de revues pornographiques, vit avec eux ; le frère de la mère, spécialiste de
Proust qui ne se remet pas de la rupture avec son ami, est arrivé après une
tentative de suicide. Ce groupe ne tient que par le travail de care, de soin,
de Sheryl, et ne devient une « famille » que par une mobilisation collective
autour du projet d’Olive. Peu importe alors que finalement cette petite fille
ne soit pas élue Miss, chacun découvre qu’avoir des proches, être entouré
d’affection, être capable de faire quelque chose « avec », non seulement crée
le sentiment d’appartenance mais aussi renforce sa propre identité. La famille
d’Olive représente l’idéal de la famille contemporaine : un espace qui ne se
définit pas d’abord par le sens de la discipline, des uniformes, des places,
mais qui permet à ses membres de concilier l’appartenance commune et la
singularité de chacun. Un espace où la communauté est telle qu’elle autorise
chacun à poursuivre aussi sa propre construction personnelle.
Le flou de la définition crée de l’incertitude3, mais ouvre des marges de jeu
qui permettent, sous certaines conditions, à l’individu d’inventer en quelque
sorte « sa » famille. Dans un tel contexte, a priori au nom de quoi interdire
telle ou telle forme de vie commune ? On en revient à la question initiale.
La famille contemporaine existe moins en fonction de critères formels qu’en
référence à une double exigence : la création d’un cadre de vie où chacun
peut se développer tout en participant à une œuvre commune4. Elle n’est pas
devenue, pour autant, un lieu sans repère, sans norme, sans référence, sans
place. En dernière instance une famille « suffisamment bonne » (considérée
comme telle socialement) est un groupe qui délivre aux petits et aux grands
une reconnaissance d’un type particulier5 : une « sollicitude personnelle »
dans le langage d’Axel Honneth6, un soutien par des autruis significatifs dans
le langage de Peter Berger et Hans Kellner7, accompagné par du care dans le

3.  La Famille incertaine (Paris, Odile Jacob, 1989) est un ouvrage de Louis Roussel qui présente
l’évolution contemporaine en insistant notamment sur ce qui disparaît.
4.  Telle est l’interprétation générale proposée dans ce livre.
5.  Il ne s’agit pas de la seule fonction de la famille contemporaine, mais de la plus spécifique,
par rapport à d’autres périodes historiques.
6.  A. Honneth (2000), La Lutte pour la reconnaissance, Paris, Le Cerf (1re éd., 1992).
7.  P. Berger et H. Kellner (2006), « Le mariage et la construction sociale de la réalité », in P. Ber-
ger, T. Luckmann, La Construction sociale de la réalité, Paris, Armand Colin, p. 307-334 (1re éd.,
1964).

8
Introduction 
langage de Carol Gilligan, de Joan Tronto8. Ce soutien, cette sollicitude, cette
validation requièrent de la part des parents des compétences et des pratiques
afin de mettre en œuvre les nouvelles normes encadrant notamment la
famille. Ils ne sont pas garantis par l’orientation sexuelle des parents, sauf
à confondre reproduction biologique et production sociale, psychologique,
de l’enfant9. Bref dans cet ouvrage, la famille n’est pas dessinée avant tout en
prenant appui sur la double différence des sexes et des générations. Elle est
caractérisée davantage par ses fonctions spécifiques de reconnaissance, de
soin, de solidarité.

8.  C. Gilligan, 2008, Une voix différente. Pour une éthique du care, Paris, Flammarion, 1re éd.,
1982, J. Tronto, 2009, Un monde vulnérable. Pour une politique du care, Paris, La Découverte,
1re éd., 1993.
9.  A. Cadoret (2007), « L’apport des familles homoparentales dans le débat actuel sur la
construction de la parenté », L’Homme, 183, p. 55-76.