Vous êtes sur la page 1sur 9

Interpretation d’une spirométrie

Auteur : A. Taytard (Mis à jour le 16/12/2007)

www.respir.com

L'exploration fonctionnelle respiratoire a 4 objectifs :


- diagnostic (ex : définition de l’asthme : TVO réversible)
- évaluation de la sévérité
- évaluation du pronostic
-suivi de l'évolution de la maladie respiratoire

L'exploration fonctionnelle respiratoire a pour but d’étudier


-les débits bronchiques
-les volumes pulmonaires
-les échanges gazeux.
La connaissance de l'état de la fonction ventilatoire permet de comprendre
les raisons d'une anomalie des échanges gazeux et d'envisager la
prévention d'une dégradation éventuelle.

Débits ventilatoires forcés


Courbe débit-volume
Cet examen permet d'avoir une connaissance précise des débits
bronchiques mais, chez le médecin et à un instant donné.
Le Pico-6 est un appareil très simple d'utilisation qui mesure le rapport du
volume expiré en une seconde / le volume expiré en 6 secondes ; le
résultat est souvent une bonne approximation du rapport VEMS/CVF qui
permet de définir un syndrome obstructif.

Débit-métrie de pointe
Cet examen permet d'avoir une connaissance simplifiée des débits
bronchiques mais, il peut être répété, exécuté par le malade à domicile
dans sa vie quotidienne.
Ces deux examens se complètent

Volumes pulmonaires : La spirométrie


Méthodes
Pléthysmographie corporelle totale
• méthode de référence qui permet de mesurer la totalité des
volumes et capacités pulmonaires.
• Dilution à l'Hélium
-utilisée dans les contre-indications de la pléthysmographie corporelle
totale (exemple : traumatismes, claustrophobie ...)
-inconvénient : le volume mesuré ne correspond qu'au volume de
dilution de l'Hélium, donc au volume ventilé. De ce fait, il y a un risque
de sous-estimation chez les sujets avec obstruction bronchique.

Résultats

• Capacité pulmonaire totale (CPT)

Volume gazeux présent dans le poumon à la fin d'une inspiration


complète

Valeur théorique
Homme = (7,992 x H) - 7,081
Femme = (6,602 x H) - 5,791
H = Taille en mètres

• Volume courant (VT)


Volume gazeux inspiré ou expiré au cours du cycle ventilatoire

• Capacité vitale (CV)


Volume gazeux mobilisé entre les positions d'inspiration complète et
d'expiration complète
2 méthodes de mesure
-capacité vitale lente (CVL)
-capacité vitale forcée (CVF) : elle intègre la compression dynamique
des bronches et peut être plus basse que la CVL. CVF est donc toujours
à CVL. Dans le cas contraire, l'examen doit être considéré comme de
mauvaise qualité.
Chez un sujet normal : CVF = CVL .
Lorsque CVF < CVL cela traduit une obstruction distale.
Le vrai rapport de Tiffeneau est : VEMS/CVL
Valeur théorique de CVF:
Homme = (5,757 x H) - (0,026 x A) - 4,345
Femme = (4,426 x H) - (0,026 x A) - 2,887
H = Taille en mètres
A = Age en années

• Capacité résiduelle fonctionnelle (CRF)

Volume gazeux présent dans le poumon et les voies aériennes au


niveau moyen de la fin d'expiration

• Volume de réserve expiratoire (VRE)

Volume maximal qu'il est possible d'expirer en partant du volume


courant

• Volume de réserve inspiratoire (VRI)

Volume maximal qu'il est possible d'inspirer en partant du volume


courant
Le rapport VRI/CPT est un facteur de risque indépendant de mortalité
chez les patients BPCO

• Volume résiduel (VR)


Volume gazeux restant dans le poumon à la fin d'une expiration
complète (volume non mobilisable)

La mesure des volumes permet de définir


- le syndrome restrictif
- l'hyperinflation (distension)

On distingue 2 types de distension :


- statique, observée pendant la respiration de repos chez le patient
emphysémateux
- dynamique qui peut se constituer de 2 manières
- active, observée dans l'asthme, avec contraction des
muscles inspiratoires avant que l'expiration ne soit terminée
- passive, observée dans la BPCO (exacerbation,
hyperventilation à l'exercice), avec augmentation du volume courant et
raccourcissement du temps expiratoire rendant impossible le retour du
volume pulmonaire à sa valeur d'équilibre pendant l'expiration. On
observe ce phénomène chez les patients avec une capacité de diffusion
du CO plus basse, des anomalies plus importantes des petites voies
aériennes et une hypeventilation à l'exercice plus importante.
Il existe une corrélation négative entre la capacité inspiratoire de repos
et l'importance de la distension à l'exercice.
A mesure que la distension dynamique se forme, la respiration devient
plus superficielle et rapide, juqu'à un plafond ; plus la distension est
importante au repos, plus bas sera le niveau de ventilation auquel le
plateau de volume courant apparaîtra.
De petites améliorations de la capacité inspiratoire conduisent à des
améliorations cliniquement significatives de la dyspnée et de la
tolérance à l'exercice chez les patients BPCO modérés à sévères.
L'oxygénothérapie réduit la fréquence respiratoire à l'exercice et la
vitesse de constitution de la distension dynamique ; cette amélioration
de la dyspnée est, sans doute, aussi due à des changements cardio-
vasculaires, musculaires et métaboliques induits par l'oxygène.
Les bronchodilatateurs améliorent la vidange alvéolaire et diminuent le
volume résiduel et le volume de fin d'expiration.
La chirurgie de réduction de volume pulmonaire améliore les débits
expiratoires.

Analyse :

L'analyse des résultats d'une exploration fonctionnelle respiratoire a 2


objectifs principaux ; déterminer si on est face à
- un syndrome obstructif
- un syndrome restrictif
- avec leur association, un syndrome mixte, restrictif et obstructif.

La démarche dépend des données dont on dispose

1/ on dispose de la courbe débit/volume :


a. Si la 2ème partie de la courbe est concave vers le
haut, il faut envisager un syndrome obstructif et calculer le rapport
VEMS/CVF.
- Si VEMS/CVF < 70 %, le syndrome obstructif est confirmé,
il faut alors rechercher une rétention gazeuse évaluée par le VR.
La valeur du VEMS permettra de définir la sévérité du syndrome
obstructif.
Si on dispose de la partie inspiratoire de la courbe et qu'elle est
normale, il s'agit très certainement d'un emphysème.

-Si VEMS/CVF ≥ 70 %, il n'existe pas de syndrome


obstructif à proprement parler mais certainement une obstruction
distale ; il faut alors regarder le DEMM 25/75.
Si DEMM 25/75 diminué, il faut alors rechercher une rétention gazeuse
évaluée par le VR.
b. si l'aspect de la courbe débit/volume est normal avec
une diminution de la CVF, il faut envisager un syndrome restrictif que
confirmera la valeur de la CPT si on en dispose.

cas particulier : les parties initiales et terminales de la courbe


débit/volume sont normales, séparées par un plateau : il faut
envisager une obstruction proximale (cordes vocales, trachée).

2/ on dispose de l'ensemble des résultats de la spirométrie, sans


la courbe débit/volume

 on regarde la valeur de la capacité pulmonaire totale (CPT)


- Si elle est diminuée, il s'agit d'un syndrome restrictif et le VEMS,
comme les autres indices de débit et de volume, sont diminués en
proportion ; c'est un syndrome restrictif pur. Si le VEMS est
proportionnellement plus diminué que la CPT, c'est un syndrome
mixte (restrictif et obstructif)
- Si elle est normale ou augmentée, il peut s'agir d'un syndrome
obstructif. On calcule VEMS/CVF et on applique les mêmes règles
que précédemment.

Test de reversibilité
Le terme réversibilité s'applique généralement
- à une amélioration rapide des débits bronchiques quelques
minutes après la prise d'un bronchodilatateur d'action rapide ;
- à une amlioration plus soutenue, sur des jours ou des semaines,
après l'initiation d'un traitement de fond (corticoïdes inhalés par
exemple).

Test de reversibilité aux bronchodilatateurs :

Technique
-On mesure un index de débit bronchique (VEMS ou DEP) à T0
-On fait inhaler un bronchodilatateur au malade.
-On pratique la même mesure 10 minutes plus tard.

Résultat
La réversibilité pharmacologique est définie par (selon l'ERS) une
augmentation du VEMS ou du DEP de plus de
-15% par rapport à la valeur initiale
ou
-12% par rapport à la valeur théorique
et/ou
-plus de 200 ml de VEMS en valeur absolue.

Test de réversibilité aux corticoides :

Technique
-On mesure un index de débit bronchique (VEMS ou DEP) à J0.
-On prescrit au malade un corticoïde per os (Prednisone : 0,5mg/kg/j ou
équivalent) pour 2 semaines environ ; on choisit la corticothérapie orale
parce que l'on craint que l'efficacité des sprays soit limitée par la difficulté
d'atteindre les zones intéressées par le processus pathologique.
-On pratique la même mesure, dans les mêmes conditions, 2 semaines
plus tard.

Résultat
-La réversibilité pharmacologique est définie par une augmentation du
VEMS ou du DEP de plus de 15% par rapport à la valeur initiale.

• Si 2 semaines suffisent dans l’asthme, 4 à 6 semaines de


corticothérapie peuvent être nécessaires dans les BPCO. On note
que l'asthmatique est susceptible de retrouver, après la
corticothérapie, une réversibilité aux bronchodilatateurs qu'il avait
perdu.
(Bd : bronchodilatateur inhalé)

Test de l’hyperréactivité bronchique :


Qu'est ce que l'hyper-réactivité bronchique (HRB) ?

L'hyper-réactivité bronchique traduit la capacité qu'ont les bronches de


certaines personnes de réagir plus précocement et plus fortement
lorsqu'elles sont stimulées.
Elle est la résultante de 3 phénomènes :
-hypersensibilité : la réponse bronchique constrictive débute à des doses
plus faibles,
-hyper-réactivité à propement parler : la pente de la réponse est plus
abrupte,
-amplitude plus grande de la réponse constrictive bronchique.

L'hyper-réactivité bronchique fait partie de la définition de l'asthme, mais


elle peut aussi être trouvée dans les BPCO.

Comment se mesure l'HRB ?

Comme l'indiquent les schémas ci-dessous, on peut la mettre en évidence


de 2 façons :

1- Le malade a une fonction respiratoire dégradée (VEMS 80 % des


valeurs théoriques ou du meilleur du malade)
on lui administre un bronchodilatateur (test de réversibilité) ; si le VEMS
s'améliore de plus de 15 %, on considère le malade comme asthmatique ;

2- Le malade a une fonction respiratoire normale ; le test de réversibilité


risque d'être faussement négatif ; si le malade n'a pas été vu en crise, ou
s'il s'agit d'une forme frontière (toux), on pratique un test de provocation
bronchique.

Précautions
- Contre-indications absolues
- incapacité à comprendre les manœuvres indispensables à
la réalisation du test
- malade en état respiratoire instable
- VEMS < 70 % des valeurs théoriques
- infarctus de myocarde et accident vasculaire cérébral
inférieur à 3 mois
- glaucome, adénome prostatique pour les agents
cholinergiques
- anévrysme artériel connu
-
Contre-indications relatives
- prise de ß-bloquants
- infection respiratoire inférieure à 6 semaines
- hypertension artérielle
- grossesse, allaitement
- inhibiteurs de la cholinestérase (myasthénie)

Recommandations
- tabac > 2 heures
- médicaments bronchodilatateurs : délai leur durée d'action

Déroulement du test de provocation

On stimule les bronches en faisant inhaler, le plus souvent, des


concentrations progressivement d'un agent pharmacologique (dérivé de
l'acétylcholine ou histamine) et en mesurant, dose après dose, le VEMS.
Si, en dessous d'une dose limite arbitrairement fixée et variable en
fonction de l'agent utilisé, on observe une chute du VEMS de plus de 20
%, on arrête le test; on considère que les bronches sont hyperréactives et
que le malade est asthmatique. Cette provocation est suivie d'un test de
réversibilité.
Ce type de test n'entraîne pas de baisse des débits bronchiques chez un
sujet normal

Agents :
-pharmacologiques
On stimule les bronches en faisant inhaler, le plus souvent, des concentrations progre
d'un agent pharmacologique (métacholine préférée à l'histamine car moins d'effets sy
mesurant, dose après dose, le VEMS. Si, en dessous d'une dose limite arbitrairement
fonction de l'agent utilisé, on observe une chute du VEMS de plus de 20 %, on consid
sont hyperréactives. La dose provoquant une chute de 20 % du VEMS est appelée PD
-non pharmacologiques
- Agents physiques
Hyperventilation isocapnique en air sec et/ou froid
Brouillard hypo- ou hyper-osmolaire
Exercice (course libre, bicyclette ergométrique, tapis roulant)
- Allergènes
- Agents professionnels

Résistances
Intérêts : mesure de
- l'obstruction proximale (complément du DEP)
- l'effet bronchodilatateur d'un médicament
- la perméabilité bronchique sans inspiration profonde

Compliance
- Méthode
prescription spécifique
malade à jeun
capteur œsophagien
- Intérêts : mesure réalisée devant une suspicion d'atteinte
parenchymateuse pulmonaire (fibrose)

Evaluation de la puissance des muscles


respiratoires
- mesure des pressions inspiratoires et expiratoires maximum (sujets sainn
moyen + ou - 80 cmH2O)

Document extrait de www.respir.com

LA REVUE DU PRATICIEN - MÉDECINE GÉNÉRALE. TOME 15. N° 556 DU 3 DÉCEMBRE 2001

Vous aimerez peut-être aussi