Vous êtes sur la page 1sur 101

PLI

poétiques lacunaires

02
2014
- Ce second PLI se veut le double incomplet de celui qui le précède.
- et ?

(Ils)
rassemblent les âges, contournent les sommes, méfient les mots,
empruntent et croisent, s’exilent puis reviennent, donnent à voir et à
penser, inventent, tracent, construisent -

ABOYEUR s. m.
Celui qui dans une prison est chargé d’appeler les prisonniers demandés au
parloir.

«  [...] Plus que tous les autres, les voleurs, les escrocs, les filous, continuellement en
guerre avec la société, devaient éprouver le besoin d’un langage qui leur donnât la fa-
culté de converser librement sans être compris; aussi, dès qu’il y eut des corporations
de voleurs, elles eurent un langage à elles, langage perdu comme tant d’autres choses.
Il n’existe peut être pas une langue qui ait un point de départ connu; le propre des
langues est d’êtres imparfaites d’abord... »

- (Pour chacun) et le pain et la guerre et les morts. Chiffonniers. Clivage éclaté,


trop jeune. Pas les bureaux, ni parti, ni représentants. Et l’ingouvernable !

-Sur un livre repeint, l’image manquante, le mot de trop.


-Encore, l’image, dans l’image, miroir, ou surface floue, plane. Ménage
ou Passim, le référent oblique de la délectation nombrilique. Le retour.

-Je suis habituellement en vie. C’est à dire que je ne sais plus.


-Le poème va sans dire. Et nous allons sans lui.
- NOUS SABOTONS toute sorte de projets.

Le constat est que nous sommes malhabiles, souvent en proie à une peur
LE et
diffuse SPECTACLE INTÈGRE
à des rythmes psychotiques, LE SPECTACLE
ceux d’une structure qui ne cesse
de se construire pour s’effondrer davantage, nous refuse l’échec, la tenta-
tive, la maladresse, le retrait. Pour nous, il s’agit de s’en sortir.
- Relier ensemble, les cinq tomes nocturnes m’endorment. Et je chasse
mes rêves. Que reste t-il ? Absolument tout. Ni la défaite ni le jeu. Ra-
masses sur le sol les bruits de la marche. Manquant, chose comble.
- C’est aussi le récit d’un comédien dans une fiction contemporaine
tout juste bonne à satisfaire d’autre contemporains, du temps passé au-
dehors d’une autre enclave.

Une route improvisée mène au lac, vert par le reflet des sapins, noir, son
épaisse profondeur, inconnue, noire.

« Résignés, regardez, je crache sur vos idoles; je crache sur Dieu, je crache
sur la Patrie, je crache sur le Christ, je crache sur les Drapeaux, je crache
sur le Capital et sur le Veau d’or, je crache sur les Lois et sur les Codes,
sur les Symboles et les Religions: ce sont des hochets, je m’en moque, je
m’en ris... Ils ne sont rien que par vous, quittez-les et ils se brisent en
miettes. » A. Libertad

On nous organise / Nous nous organisons.

Réalistes? Nous constatons que le libre service a encore un prix - Et qui le sait.
-Ça fuit.
-Oui, ça fuit.

« Au revoir ici, n’importe où. Conscrits du bon vouloir, nous


aurons la philosophie féroce ; ignorants pour la science, roués pour
le confort ; la crevaison pour le monde qui va. C’est la vraie marche.
En avant, route ! » A. Rimbaud

- rassemblent les âges, contournent les sommes, méfient les mots, em-
pruntent et croisent, s’exilent puis reviennent, donnent à voir et à penser,
inventent, tracent, construisent -
( Chicanes )

Anonyme - Remarque à un jeune poète


Anonymes - Correspondances
Cesare Battisti - Correspondance
Stéphane Bérard - Publié, Modéré, Refusé. Haïkus (extraits)
Stéphane Bernard - Textes choisis
Vincent Bonnet - Hypersujets_
Stéphane Chavaz - Vis leurs vies
Justin Delareux - Retours et restes
Alain Fleig - Ex-Voto (suite et fin)
Jocelyn Gasnier - Les étrangers sont partout (extraits)
Jean-Marie Gleize - «Démocratie» et Stations, 14
Hans Holbein - Danse macabre
Alexis Judic - Oblivion 2 (palplanche béton)
Patrick Mosconi - Correspondance
Charles Pennequin - Nous dérivons et Je me révolte
Mathias Pérez - Photographies
Eric Pougeau - Mon amour
Lesala Riaput - Au-dehors
Riton la mort - La parade soft
Patrick Sainton - Stations, 14
Christophe Tarkos - Penser plus

-pagaille !

PLI
HANS HOLBEIN Danse macabre
PATRICK MOSCONI et CESARE BATTISTI correspondance

-Ci-dessous, les trois mails en questions. Je ne sais pas si tu peux en faire


quelque chose, mais bon, un peu de vie quotidienne entre deux desespera-
dos fatigués, pourquoi pas ?

Message du 16/09/13 - 20:39


De : cesarebattisti
A : patrick.mosconi
Objet : ?

Et bien alors, comment vas-tu mon pote ?


C’est quoi ce silence prolongé ?

T’embrasse,

Cesare

PLI /2
PATRICK MOSCONI et CESARE BATTISTI correspondance

Message du 16/09/13 - 23:45


De : patrick.mosconi
A : cesarebattisti
Objet : re: ?

Je me sens un peu indécent de te dire à toi, qui es dans une situation


plutôt difficile, que depuis mon retour du Brésil je suis en train de som-
brer. Je ne vois, et ne veux voir personne, et suis incapable  de faire les
choses les plus élémentaires de la vie quotidienne. D’accord, je m’oc-
cupe de ma mère malade, raids dans le sud, et de mes filles en galère,
et vais enterrer mes morts et je fais semblant d’être en forme (pudeur,
orgueil) mais quand je me retrouve seul, je n’arrive plus à avancer,
ni écrire, ni peindre, et pour tout dire je n’ai plus le goût de vivre. À
trop refuser ce monde, à mépriser les pouvoirs (artistiques et autres),
l’argent et ses larbins, je me trouve isolé et dans un état d’auto-déni-
grement abyssal. Je peux rester des heures prostré, une étrange peur au
ventre, et une conscience, sûrement exagérée, de mon impuissance. Tu
sais, mon grand, à ma manière, je n’ai jamais renoncé à ma révolte et
à mon enfance, mais faut croire que je n’ai pas été assez malin et assez
voyou, pour assurer mes arrières. Cela étant dit, je préfère encore ma
vie et ma merde à un quelconque confort intellectuel ou social. Et cette
merde, je vais l’avaler et leur recracher à la gueule, même quand je serai
mort, et que tout le monde s’en foutra.

Demain sera un autre jour, et on se relèvera mon frère, car nous, on se


relève toujours.

Je t’embrasse, mon petit frère,


 
Patrick

PLI /3
PATRICK MOSCONI et CESARE BATTISTI correspondance

Message du 23/09/13 - 17:49


De : cesarebattisti
A : patrick.mosconi
Objet : les mots

 
Mon frère querido,

Ta lettre est arrivée tout droit dans ma poitrine. J’ai pris mon temps
avant de répondre. Le temps pour mieux comprendre et me com-
prendre aussi. Me caler dans tes mots jusqu’à l’indécence. Parce que les
mots, comme tu le sais bien mon très cher, ont un pouvoir diabolique
dont l’effet est souvent plus dévastateur (ou miraculeux) chez qui les
prononcent que chez qui les écoutent. La mort, cher Patrick, moins on
en parle mieux on se porte. Et toi, tu l’as trop souvent au bout des lèvres.
Que disait-il déjà l’autre ?… «Ce sera un fou rire qui vous tuera.»

Toujours attentif,
 
Cesare

PLI /4
RITON LA MORT La parade soft
RITON LA MORT La parade soft
RITON LA MORT La parade soft
CHARLES PENNEQUIN Nous dérivons
LESALA RIAPUT Au-dehors

Des humanolisses glissent et broutent la pelouse pendant la pause


déjeuner. ils ascenseurisent en troupeau terne et se merguezent et se
moquettent grise frites froides. rapidement leurs cerveaux glacés se
creusent par habitude ou se pizza grillent. d’autres bureautent seuls leur
sandwich parcellisés dans un coin.

un suicidinformaticien s’agrippe à une table. il tente vainement de


tapoter son clavier xanaxé intranquille. une fois sa directrice le condui-
sit au sous-sol. elle appela le samu plutôt que les pompiers de la boite
pour ne pas que cela soit consigné dans le rapport. ça évite les ennuis.

ici tu peux crever tandis que certains rient de ta lente dégénérescence et


de ton mal-être.

jungle de câbles et de fils électriques. drh détruit la race humaine des


êtres devenus des déchets à gestes figés. elle transcrit. toute métho-
dique. elle endort et pique chacun des insectes de sa collection. ses yeux
bleus ressources ouvrent pleurs et tripes lors des entretiens. elle tue de
sang-froid. elle ment. elle isole. elle meurtrit jusqu’aux restes. elle trie.
elle prise de rendez-vous. elle insipide cette insensée.

communiquez les tous


flingués dans la tour
vitalité en berne

l’un après l’autre à la benne passés au broyeur en sueur atomisés têtes


défaites dézinguées
tout est à refaire

les corps et les cervelles détériorés en charpie


les malades les détruits les écrasés nous n’oublions pas

PLI /9
LESALA RIAPUT Au-dehors

fuir déserter résister


écrire contre sans cesse

ils ont les flingues


ils ont les lois
nous quelques mots des tumultes et des rivières et des forêts
et des amis qui nous entourent

nous ne laisserons rien passer

quand à toi
joie de vivre notre adorée
patiemment
nous te réapprenons.

PLI /10
ALEXIS JUDIC Oblivion 2 (palplanche béton)
JUSTIN DELAREUX Retours et restes

Débris

Je fait mine et rate. Le dessin, la phrase, la voix, l’art.


Il me plait de rater, au cas où la chose tiendrait.

Les arbres se décollaient encore-un-peu, du sol - On lisait les oiseaux,


sauvages, ils en étaient - Il n’y avait pas, dans ses yeux, le reflet de la pousse
(Le sol et ses yeux se décollaient) Il n’y avait que les sommets silencieux
ces ombres lointaines - êtres immenses - Ses mains se décomposaient au
claquement des secondes - Le temps lourd sur le dos, le temps tyran sur
le dos - , que le retrait.

Littéral, après accident - dans le style - du constat. Attentant. / L’autre


jetait son écuelle pour recevoir l’eau à même les mains. / La marchan-
dise pressée, le renouvellement de sa perte. / Onze pinceaux secs et
maculés de noir me servent d’horizon. / Le dos se courbe et la voix se
terre. / L’organe se pli à beau fixe, chaque jour, nous cherchons. / On a
beau lire, rien ne semble éclairer. / Le long du boulevard, juste avant le
pont. / On a beau dire qu’on s’y fait, le dos se serre et les os se terrent.
Comme on creuse.

Le dorbe se terroix.
Commona faireaux. Orgapli chaquand jourchons.
Pinçonsec et macunoir: servanzon.
Carnage !
Toudéréchi gesteste sulra.
Onna lireau. Eclairemble et deminatôtour.
Voicèdent suivoù chapent au lonlard. Justant lépon.
Onnat tourbeauron
toupenchan tournevid.

PLI /12
JUSTIN DELAREUX Retours et restes

« …Quand tout dors dans la nature, j’évoquerai le génie de la Révo-


lution. Et docile à ma voix, il descendra des régions où les astres s’em-
brasent, il se tiendra debout à mon chevet, et à sa droite, armé d’une
épée flamboyante, dissipera devant moi les ténèbres de l’avenir. »
E. Coeurderoy

« Ce n’était pas une émeute de boutiquiers ; c’était une révolte d’anges


rebelles qui, depuis, ne se relevèrent plus. Tout ce que le prolétariat de
Paris renfermait d’invisible énergie et de poésie sublime tomba dans ces
jours néfastes, étouffé par la réaction bourgeoise, comme le froment par
l’herbe stérile. »
Jours d’exil, 1854, E. Coeurderoy

« Toutes les pluies du monde n’ajouteront point un millimètre (de


hauteur) à une montagne ; mais les pluies peu importantes peuvent lui
enlever par la cime des mètres et des mètres de hauteur. »

«  Ils sont anarchistes mais ils veulent bien entrer dans les gros mariages
d’argent, dans les gros mariages bourgeois, dans les gros mariages des
dynasties universitaires, dans les gros mariages de défense républicaine.
Et ils ont fait de la Sorbonne une pépinière de gendres. »
C. Peguy

«  L’artiste « est une contradiction vivante. Il est sorti des conditions


fondamentales de la vie ; ses organes ne supportent plus sa pensée » »
Melmoth, l’homme errant, Maturin ,
cité dans L’homme sans contenu de G.Agamben

« Nous étions contre le pouvoir des mots, contre le pouvoir »


G,J, Wolman

PLI /13
JUSTIN DELAREUX Retours et restes

DALIDA. Je ne te connais pas, nous ne nous sommes jamais rencontré et


il va ainsi et c’est tant mieux, ainsi je me demande encore si tu existes je
me demande une sale idée, je me demande si c’est le mouvement qui fuit
ou les yeux qui penchent, je ne te connais pas toi commerce des jouies et
je me moque et je m’en rie et je m’en cogne et je me gosse, hypnotique
frénétique des choses que tu ignores, je ne te connais pas toi infection plané-
taire marchande , je me demande le visage et la couleur coloré de tes che-
veux que je scande, que je ne connais pas, que je lacune potentiellement,
que je la vise potentiellement; nous disparaîtrons. Je me souviens ne pas te
connaître toi fine fleur purulente de la démocratie, je sais ne plus avoir de
grands mots suffisants pour altérer ce qu’il reste de toi² et de ta frange² à
zéro, et de ta boule² à jaquette, et de ton sigle² implacable, et de ta trace²
de vomi, où tu écrit chaque jour comme au comptoir de ta lourde masse
cube, nous nous sommes inachevés - des objets déjà fait, des objets
déjà fait des objets déjà fait des objets déjà fait, cette après midi de prin-
temps, la première; nous disparaîtrons. Je ne te pense pas toi la grande
tige à talon (état) que je n’ai jamais croisé et, j’ai tout épris dans le sanglot
rouge de tes règles et de tes lois de, je te sais mon strapontin je te tapine
en minimal répété dans ton masque dans ton coeur sous ta robe sous ta
serviette allégée sous ton nom de redite Gladisse Gladisse, j’entend en-
core d’une voix molle et désœuvrée, blocus blocus, et tout les gaz que tu
échappes et tout les courants que tu vend bloc H bloc H, que du vent, je ne te
connais pas toi passagère illustre des intempéries contemporaines, je ne te
connais pas mais tout comme toi; nous disparaîtrons. Hier encore tu te pavanais
nue sur une route qui mène à la route, hier encore je t’ai regardé de travers, j’ai fermé les
yeux j’ai baissé la tête j’ai biaisé le regard, prêté l’oreille, demain encore,
je serai, danse macabre, et l’écriture sera nerveuse, et je dois bien dire que
je ne te connais pas, toi qui me frotte qui me pousse jeune fille qui me
vote, qui me regarde au loin, de tes moulures pendantes et de ta morale
sensuelle, pesante, je ne te reconnais pas toi, effigie passante des jeunesses
en bandes passantes tout aussi que la longueur de tes jambes, cé-
lèbre comme le prénom surnommé de toute les unes de notre sémantique
horizontale houleuse, la chose s’écrasant sur une roche absente où tourne
le sable en rond, tu sais dans la main dans la tienne; nous disparaîtrons.

PLI /14
JUSTIN DELAREUX Retours et restes

«  Les citations dans mes œuvres sont comme des voleurs aux aguets
sur la route, qui attaquent avec leurs armes le passant et l’allègent de ses
convictions »
W.Benjamin

«  L’artiste est l’homme sans contenu, qui n’a d’autre identité qu’une
émergence perpétuelle au dessus du néant de l’expression, ni d’autre
consistance que cette incompréhensible station en-deçà de soi-même. »

«  L’essence du nihilisme coïncide avec l’essence de l’art au point ex-


trême de son destin en ce que chez tous deux l’être se destine à l’homme
comme Néant. Et tant que le nihilisme gouvernera secrètement le cours
de l’histoire de l’Occident, l’art ne sortira pas de son interminable cré-
puscule. »
G.Agamben, L’homme sans contenu,
chap 6 ; Un néant qui s’anéantit lui même

La poïétique a pour objet l’étude des potentialités inscrites dans une


situation donnée qui débouche sur une création nouvelle.

«  Partout la naissance attention le jour déjà le hasard dévore la terre


riche encore l’écrit retourne au principe de solitude la colère du corps
l’écrit sépare le souffle de la lettre l’écriture égare la vivacité à dire le
détachement de l’homme cesse au nom du lieu la raison illumine un
arrêt sur le mot oppose le perceptible à une absence il n’y a pas de fumée
la main porte le feu et le livre (8 octobre 1994)  »
G.J. Wolman - Les inhumations, Peinture dépeinte -

« D’autre part, je tiens à informer mes lecteurs que je recevrai avec plai-
sir tout ce qu’ils trouveront bon de m’envoyer : pots de confiture, man-
dats, liqueurs, timbres-poste de tous les pays, etc. En tout cas chaque
cadeau me fera rire. »
A.Cravan - Maintenant nº 4, mars-avril 1914

PLI /15
JUSTIN DELAREUX Retours et restes
ALAIN FLEIG Ex-voto (suite et fin)

EX-VOTO
52 RAPPELS DE BASE
ET AUTRES VŒUX PIEUX

comme aide-mémoire
ou semainier
pour quelques hirsutes, hydropathes,
fumistes, zutistes,
incohérents, vilains bonshommes, situationnistes
et autres mal-pensants
pré, post ou péridadaïstes.
(tout ça également au féminin,
bien sûr.)

La première partie du texte


à été publiée dans le premier numéro de PLI.

PLI /17
ALAIN FLEIG Ex-voto (suite et fin)

30

Dans l’ART comme dans la guerre, au bout,


il n’y a toujours que des cadavres
et quelques anciens combattants.

31

Un artiste est toujours ou mort ou en


devenir. Ceux qui sont bien installés
dans le présent sont très rarement de
vrais artistes.

32

Quand l’artiste commence à


ressembler à son client, l’ART signe son
propre permis d’inhumer.

33

Même lorsqu’il paraît sinistre, l’artiste


rigole de lui-même, de vous et de nous.
Se foutre du monde avec dilection est
ce qu’il a toujours fait de plus sérieux.

34

Si l’artiste avait voulu dire ceci ou cela,


il l’aurait dit, n’étant pas plus con qu’un
autre. S’il l’a peint, sculpté,
photographié joué ou filmé, c’est que
c’était, pour lui, le meilleur et le seul
moyen de l’exprimer et il n’appartient à
personne de trahir sa pensée avec des
mots qui ne sont pas les siens.

PLI /18
ALAIN FLEIG Ex-voto (suite et fin)

35

Les critiques cherchent à comprendre


pourquoi ils ne comprennent rien là où
il n’y a rien à comprendre, mais
assurent toujours, néanmoins, avoir
parfaitement compris.

36

Discours de vernissage et éloges


funèbres appartiennent au même
admirable et vain
sous-genre littéraire de sous-
préfecture.

37
Pour la communication, l’ART est
affaire de politique.

38

Pour la politique, l’ART est une question


de communication.

39

L’ART n’est concerné ni par la politique


ni par la communication. Il vomit, jouit,
fait pipi et caca (et même se retient
parfois) là où il en a envie sans avoir à
se justifier ou s’excuser.

PLI /19
ALAIN FLEIG Ex-voto (suite et fin)

40

Un jour, bientôt sûrement, il n’y aura


plus d’ART et nul ne s’en apercevra
puisque les critiques continueront
d’agiter le cadavre pour se persuader
eux-mêmes qu’ils existent encore, sans
s’apercevoir qu’il y a déjà beau temps
qu’il s’est vidé sur eux.

41

En ART, il n’y a que des célibataires :


amants, maîtresses, clients ou voyeurs.
Tous exhibitionnistes et mis à nu.
C’est sans doute en cela qu’il est
toujours une aventure collective.

42
Si l’ART copule fréquemment avec le
sacré, l’histoire de l’ART n’est pas une
histoire sainte et les images pieuses y
sont faites pour être régulièrement
polluées, déchirées, piétinées et
remplacées.

43

L’ART est une idée confrontée à une


matière qui résiste, plus quelque chose
d’autre (peut-être un simple clin d’œil)
qui crée le désir entre les deux.

PLI /20
ALAIN FLEIG Ex-voto (suite et fin)

44

Le dépassement de l’ART ne signifie


pas qu’il y ait quelque chose de mieux
après l’ART, mais que celui-ci tend
enfin à (presque) se confondre avec la
vraie vie.

45

L’ART, comme le rire, l’amour et la


Révolution, ne puise son universalité
que dans l’intime, le local et le
particulier.

46

C’est dans le vécu que l’ART trouve sa


seule légitimité.

47

Tirer somptueusement son coup ou


jouer une belle partie d’échec ne
saurait néanmoins suffire à faire de
chacun qui le prétend un artiste.
Légitimité n’est pas finalité.

PLI /21
ALAIN FLEIG Ex-voto (suite et fin)

48

Seul un ART digne de ce nom, puissant


et libertaire comme la vie, peut
empêcher la déroute générale de la
pensée devant une fausse culture
médiatique, libérale et commerciale,
prête à consommer, et le triomphe
absolu de la barbarie qui nous guette.

49

L’ART est chez lui au bordel.


C’est à une putain d’Arles que Van
Gogh a offert son oreille coupée. C’est
pourquoi les bourgeois font des
reproductions de ses œuvres pour
décorer leurs toilettes et les couvercles
des boîtes de crottes de chocolat qu’ils
offrent en souvenir à Noël ou à Pâques
à leur progéniture, leurs femmes ou à
leurs maîtresses qu’ils imaginent,
comme les croûtes qui ornent leur
salon, être leurs propriétés.

50

L’ART au musée, c’est comme le sport


ou le sexe à la télé. L’esthétique libéral
prend l’art en otage, feignant de
favoriser une nouvelle culture, mais
qui, comme pour le sport (et sans
doute le sexe), ouvre en grand les
portes à une nouvelle violence aussitôt
retournée contre celui-ci.

PLI /22
ALAIN FLEIG Ex-voto (suite et fin)

51

Il arrive néanmoins que les restes de


l’ART décorent plus ou moins
agréablement les murs désespérants
des musées.
Cela n’en fait pas pour autant des
bordels.
Ce que certains regrettent assurément..

52

Le plus insignifiant des cacas, oublié


sur un recoin de cimaise, voire mal
reproduit sur un écran de télé (beurk !),
peut toutefois receler une puissance
révolutionnaire et vitale insoupçonnée.
Ce n’est pas tant l’œuvre en soi qu’une
question de (mauvaise) rencontre, tant
qu’il est encore possible d’en faire.

PLI /23
ERIC POUGEAU Mon amour (écriture sur papier)

PLI /24
ERIC POUGEAU Mon amour (photographie)
ANONYME Remarque à un jeune poète

Que de la poésie du passé...

Comme si Jude Stéfan n’était pas DANS Catulle


Pennequin dans Péguy et Walser
Comme si Prigent n’avait lu ni Martial ni Bodel ni Doudin
Et Guyotat jamais lu Saint-Amant
Comme si Eluard avait pas publié son anthologie de la poésie du passé
Comme si ne revenaient comme des balles Rimbaud, Lautréamont, Mallarmé
Chaque fois qu’il s’agit d’être Moderne
Comme si Ossang ignorait Olivier Larronde 
Et Ponge, Malherbe
Comme si le vivant Burroughs n’était pas mort depuis 20 ans et né il y a 100 ans
Et comme si Rothenberg ignorait tout de la poésie Amérindienne
Et comme si Caillois et Péret étaient les crevards sans mémoire de toutes les poésies anciennes
Comme si Cédric Demangeot n’avait jamais entendu le nom de Andreas Gryphius
Comme Si Ilarie Voronca n’avait jamais lu les vieux chants du mort du peuple Roumain
Comme si Patrick Beurard-Valdoye n’avait jamais lu Kurt Schwitters
Et comme si Henri Chopin n’avait pas lu les poètes du Moyen-Age
Et comme si Savitzkaya ignorait Sebastian Brant
Et comme si....

Le passé, c’est ta grande gueule de petit con de poète véreux et subventionné, l’avant-garde de ton
cul bouché, d’écrivaillon poussif et inoffensif. Bon à rien sauf à te piquer la gueule avec un mauvais
jaja qui te contente (puisque tu te contentes de rien) dans les vernissages, les cocktails, les marchés,
les salons. Bon tout juste à gerber sur tout ce que tu n’as pas su apprendre, en bon spécialiste de
l’abîme feinté.
Le passé c’est toi, ton statut de poète autoproclamé, ton ignorance crasse, ta posture bien cambrée
d’écrivain de métier, pute extravertie de l’art de dire des conneries, avec ton bic ou ton apple, qui
fait croître le désert, car dès que tu ouvres ta gueule de chien de garde, c’est un coup de canif donné
à la vérité et que tu ne te rends même plus compte que tu es plus imbécile que le public que tu
n’auras jamais de toute façon ...

Va crever !
Mange tes morts !

PLI /26
PATRICK SAINTON et JEAN-MARIE GLEIZE Station, 14
PATRICK SAINTON et JEAN-MARIE GLEIZE Station, 14
PATRICK SAINTON et JEAN-MARIE GLEIZE Station, 14
PATRICK SAINTON et JEAN-MARIE GLEIZE Station, 14
PATRICK SAINTON et JEAN-MARIE GLEIZE Station, 14
PATRICK SAINTON et JEAN-MARIE GLEIZE Station, 14
PATRICK SAINTON et JEAN-MARIE GLEIZE Station, 14
PATRICK SAINTON et JEAN-MARIE GLEIZE Station, 14
PATRICK SAINTON et JEAN-MARIE GLEIZE Station, 14
PATRICK SAINTON et JEAN-MARIE GLEIZE Station, 14
PATRICK SAINTON et JEAN-MARIE GLEIZE Station, 14
PATRICK SAINTON et JEAN-MARIE GLEIZE Station, 14
PATRICK SAINTON et JEAN-MARIE GLEIZE Station, 14
PATRICK SAINTON et JEAN-MARIE GLEIZE Station, 14
STEPHANE BERNARD Textes choisis

où la mort est un maladroit que l’on sème

la vie l’inquiète davantage.


ce qui s’y produit. ce qui ne s’y produit pas.

au point qu’il prie parfois le retour d’un cauchemar.


il s’y produit tant.

où les rires font trembler,


d’une terreur, mais ridicule.

où l’on sait à force


que la mort est un maladroit que l’on sème.

écologies

je lui dis qu’en tant que poète


il ne faut pas hésiter à froisser du papier.

il me répond qu’il ne faut pas le jeter,


qu’il servira à démarrer le feu.

motifs

les signes que je grave devant moi


n’en sont pas,
ne font pas des mots,
sont juste les motifs
qu’impriment sur la page
mes nerfs pliés.
PLI /41
STEPHANE BERNARD

tabula rasa

croyez-le, mes enfants,


votre héritage est une table rase.
tout ce rien que je vous lègue,
c’est tout le désert où je me suis investi.
un lieu propre,
assaini du mieux que j’ai pu.
pas une bâtisse paraphée de la main du bonheur,
mais un simple hectare de terre meuble
qui blessera le moins vos pas tendres.
y demeurent quelques déblais, quelques décombres,
et le soc a remonté les éclats,
pour le bien de notre histoire, oui,
ce petit jeu où chercher
quand nous entendons crisser les racines
en nous au loin.
et sur le seuil de votre espace hérité,
écrit au poing dans la terre,
à la griffe
dans le noir fertile,
mes derniers mots plus noirs
et grouillant de cette pleine santé que sont les vers.
deux mots qui commencent.

PLI /42
STEPHANE BERNARD

le champion

à chaque marque faite sur le temps

il sert le poing, dur à moudre le vide.

les dieux puérils

les hommes, cinq ans, font des châteaux de sable.

les dieux, deux ans, les détruisent.

mes contemporains

leurs applaudissements ne forment aucun vent.


ce qu’ils disent jamais n’élève ou n’abat.

il est alors heureux que l’orgueil bombe ma voile,

et que les voix des anciens seules


dictent à la rame sa descente et sa levée.

car l’orgueil survit à ses morts,


et le vaniteux vit à moitié.

PLI /43
STEPHANE BERNARD

l’art quotidien

même reversée dans une œuvre,

toute cette vie échappée chaque jour

ne me sera pas rendue.

et le monde pour que tu sois

tout est une histoire


d’écholocalisation
et de frottement.
 
tu peux être n’importe où
ou en n’importe qui
tu te frottes et tu cries
 
c’est toi toujours
qui cognes et vibres
avec n’importe quel outil.
 
toi qui n’écoutes que toi
encore quand ce bruit
te revient qui te situe.
 
c’est dire s’il n’y a que toi
et le monde fait
pour que tu sois en lui.

PLI /44
STEPHANE BERNARD

plage

par l’aménagement comme en quarantaine,


la plage est désertée.
 
des résilles d’acier tiennent la roche contre l’air.
l’abîme monte à mes pieds.
 
ici est interdit.
 
j’y retournerai.

j’abîme

perdre m’a dressé contre la cime.


cette défaite, rien ne l’explique.
la colère de perdre me coupe tous les ponts.
je hais le beau, le riche, le chanceux.

la journée je sens trop l’humain. je me terre.


je ne me relève qu’à la nuit.
ma volonté est un fantôme.

à la lumière de l’aube
ma réalité projette des ombres trop crues.
des fautes si nettes que je m’y assomme,
et flanche en moi.
et sur le cul, des points blancs devant les yeux,
j’attends une brèche dans ma lâcheté et dans ma peur,
une brèche où voir, une brèche où passer.

PLI /45
STEPHANE BERNARD Textes choisis

les mots rouges

c’est plusieurs fois par semaine maintenant.


une petite note écrite en rouge,
bien en évidence sur le sous-main de son bureau.
un reproche, l’aveu d’une déception.
les dernières syllabes en capitales.

puis c’est le silence abyssal à table à l’heure du dîner


où personne ne parle, ni ne parlera.

et cette appréhension double maintenant


quand il rentre de l’école

et qu’il pousse la porte de sa chambre et qu’il a faim.

PLI /46
RITON LA MORT La parade soft
RITON LA MORT La parade soft
RITON LA MORT La parade soft
JOCELYN GASNIER Les étrangers sont partout (extraits)

(Sur le mur de la planque, Alice et Rikka se balançant et récitant un poème existant)


La nuit tombe à nouveau, portant avec elle des conflits
n’est ce pas excitant ?
Le sept des échelles faits sortir l’écho des profondeurs
n’est ce pas passionnant ?
La marque la moins scintillante des profondeurs
tu ne l’as pas encore surmonté ?
Clignotant chaudement sur la providence de l’amour
allez arrête ça !
Nous convergeons et ne devenons qu’un
nos cris de fierté et d’éclats
comme une fusée
en un instant le scintillement est parti
le Pierrot monte sur la crinière de la justice
le fou tient de la lune des délires sombres
si ce jeu existe
seulement si nous pouvons perdre tout espoir
alors ma folie pourrait ne jamais mourir aussi longtemps que le jeu se poursuit
brisé, j’ai crié de toute mon âme :
VANISHMENT THIS WORLD

(dans la médiation)
La courbe de la bourdouane a pris cinq pour cent et mille deux cent de plein
dans la gueule ce qui fait que le soleil ne brille plus dans l’ouest et décrète sa
défaite — que les esprits du vent se sont fait délocaliser sans pouvoir discuter
du contrat qui prend fin le jour même de la fin du monde sémantique —
désormais le langage de la vie en société sera géométrique — des courbes et des
courbettes

PLI /50
JOCELYN GASNIER Les étrangers sont partout (extraits)

Le rapporteur pour les Éditions Réinsérer dit ensuite :


- Où est passé le langage symbolique ? Parole et représentant du peupli-
papillon- coloré, Nous voulons vous entendre dire :
humanisme-tord-de-goudille !

(dans le village des voisins vigilants)


Vide. Personne ne se parle ni ne se salue gaiement. Le néant
Le rapporteur pour les Éditions Réinsérer dit ensuite :
- Cessez fils de putrie de la patrie qui patrouillent avec la trouille

(toujours là)
- Pourquoi tu ne pars jamais d’ici ?
- Pourquoi je partirais ?
- Je sais pas pour aller en Italique, ou en Millélunui — tout le monde
fait ça — on dit à la famille qu’on voyage — vie accomplie — indépen-
dance — parents qui ont des choses intéressantes à raconter à leurs amis
au sujet de leurs enfants — se la péter pour draguer depuis Bongkok,
Bongong, Boubay, Vachiton, Berlo-Bléro-Berlon, Oulahilapator de Mon-
golio — faire de la coutumerie avec les pauvres du monde entier qui sont
plus amusants que nos pauvres — Mechixo et ses sombres héros !— Aller
se dépaypioter pour s’échapper — voyager quoi !
- Je n’ai pas besoin de ça — j’ai le sentiment cosmicon — en ce
lieu : le monde entier et les temps mélangés — je pense à toi — les
bacchantes ont chanté pour nous — elles ont chanté pour les indiens
sans les connaître — elles ont chanté pour les extraterrestres — elles ont
chanté pour les peintres de Chauvet — elles ont chanté pour l’inimagi-
nable totalité en un point du monde à une époque — je chante pour elles
aujourd’hui — je chante aux petiots des années 3000 et 4000 et 5000 —
non je ne souhaite vraiment pas partir pour m’échapper de ce réel que je
déploie en restant ici

PLI /51
JOCELYN GASNIER Les étrangers sont partout (extraits)

(sur le passage)
- Te souviens-tu de celui qui est apparu de nul part hier ? — Cet homme d’à
peine trente ans
- Je n’ai vu qu’un homme de quelques minutes — ne sachant pas encore parlé
et que le temps de son apparition fit vivre — je n’ai pu le reconnaître cet enfant
récent au cri étouffé par les déjà-installés

(sur le passage)
- Il est encore passé trop vite celui-là — ‘pas pu voir qui c’était
- Ça commence à bien faire cette histoire ! — On a aucun personnage dans ce
bordel ! Personne à qui s’attacher ! — Moi je me casse
- Parle pas comme ça — en plus on n’a pas vraiment le droit de parler de notre
situation et du livre tu sais...
- Ta gueule j’en ai rien à foutre — sans moi

(sur le passage)
- Du feu ?
- Bah oui mon garçon
- Merci pour la générosité primitive — c’est la toute première chose entre
nous — toi de l’allure avec ton front de montagne
- Qu’est ce qu’il raconte — ‘Sont bizarres les jeunes
- Je disais — à toute époque on aurait eu de la gratitude pour toi

(sur le passage)
- La défaite de l’ouest
- T’as entendu ce qu’a dit ce mec qui vient de me taper l’épaule en passant ?
- Non tu veux qu’on le repochette ?
- Non mais il a dit « la défaite de l’ouest »
- Il devait parler d’histoire-géographie
- Non j’ai l’impression qu’il parlait bien sur mon épaule

PLI /52
JOCELYN GASNIER Les étrangers sont partout (extraits)

Les garces à la bourre brandissent mon livre


Cinquante charité brandissent mon livre
Sex pistils brandissent mon livre
Les mères de l’invention et le moustachu brandissent mon livre
Indus Solaire 40 brandissent mon livre
Mort en Juin brandissent mon livre
Capitaine cœur de bœuf brandissent mon livre
Pauvros et son hamster brandissent mon livre
Télévision psychique brandissent mon livre
Père Ubu brandissent mon livre
Courant 93 brandissent mon livre
Satan et le grand Riton brandissent mon livre
Sa copine Alice Vallonia brandissent mon livre
Jean-Luc l’asticot brandissent mon livre
Soleil Invaincu brandissent mon livre
Le temple acide de ta mère brandissent mon livre
Gros gadget brandissent mon livre
Maître chanteur marteau brandissent mon livre
Les crottes de nez brandissent mon livre
Les communards brandissent mon livre
Monsieur Tambourin brandissent mon livre
Jésus adolescent et les branleurs brandissent mon livre
Joy et Joan brandissent mon livre
Le groupe des fleurs qui voyagent brandissent mon livre
Seth et les chats d’Édouard brandissent mon livre
Les souterrains pourpres brandissent mon livre
Les filles de la ville du soleil brandissent mon livre
Les marionnettes de viande brandissent mon livre

PLI /53
JOCELYN GASNIER Les étrangers sont partout (extraits)

Hier matin à Lascow, une bande de meutards de toute communauté


confondu ont peint dans une grotte — par ennui — les gars du coin sont
venus voir — par ennui — cette invention — et sont repartis fiers de ce
que cette bande de branle-couille avait fait. On accepta qu’ils ne foutent
rien d’autre de leurs journées que de peindre dans la grotte

Un pêcheur, pêcha dans la Gée — un gros livre — vieux de 35 000 ans —


On reconstitua les morceaux du titre — Bien qu’incomplet : La Grande
Saga ou les étrangers sont partout ou faisant de la lèche à la langue l’écri-
vain est lui même étranger à sa fiction — n’est ni franqué ni troncho ni
frizailleur ni mortroll ni neutrino ni lepteuton ni mumuzelemans et pas
même mortrait — les tronchodes sont bonnes — ouais j’y ai goûté —
c’est comme ça, c’est écrit dans le dictionnaire — c’est bien fait pour les
malins — cotiseur ergo loquatur — c’est de la merde — des futureureux
— pour Losting jéné réchion — possédé par la glande-gidouille — with
his worn out shoes? — hier matin à Lascow — débile — débile — dé —
la Géniale Dysenterie — Les garces à la bourre brandissent mon livre
— le sentiment cosmicon — il avait fait rater l’époque — Monogatori
On démontra que ce livre n’avait pas été lu à l’époque de son écriture, puis
que la redécouverte de ce livre eu un effet dévastateur sur l’interprétation
de son temps : il avait fait rater l’époque

PLI /54
CHARLES PENNEQUIN Je me révolte

je peux dire que je me révolte


je peux en avoir la certitude
je peux me l’affirmer dans la tête
la tête
peut répercuter les ordres
à l’ensemble de mes organes
les organes peuvent se révolter
un par un
chacun leur tour
les membres se révoltent
toutes les parties de moi
peuvent se révolter
tout le monde qui m’habite
tout le monde en moi
le petit monde
tout le petit monde de moi
peut prendre un air de révolte
 
c’est un petit air
 
toutes les pensées
peuvent imprimer la révolte
tout ce qui peut penser
 
le moindre petit bout de moi
qui peut se mettre à penser
 
le petit moindre moi
 
tout ce petit monde
en branle
 
voilà ce que je peux faire :
mettre mon petit monde
en moi en branle
pour qu’il se mette à penser
par lui-même
c’est-à-dire pour qu’il commence
à se révolter

PLI /55
ANONYMES correspondances
ANONYMES correspondances
STEPHANE CHAVAZ Vis leurs vies

Marre marre de ce moi-même cachot-trou

Je toupie dans mon bocal

Prévisible toujours creuseur de trous déjà creusés

Creusés par d’autres par moi plus profonds par certains autres

Une machine pour me faire la belle

Pour laisser derrière ce que j’ai été ce que je suis ce que je serai

Mon cerveau jeté dans ma machine

Machine à vivre autre

Vivoter c’est intolérable virevolter ça montre vite ses limites

Je programme ma machine une année ou une personne connue et un pourcentage

Einstein 8%

Tu refous ton cerveau en place te voilà toi avec 8% d’Einstein donc plus vraiment
toi ton QI a fait un Mao (grand bond en avant) pour te dire la relativité j’y captais
nada j’ai commencé à sentir l’ampleur de l’idée

Ma machine ne serait rien sans la fonction réversibilité

Ca va te pomper à force d’avoir de l’Einstein dans la caboche il ne suffit pas de


gueuler Génie sors de ce corps tu programmes Einstein – 8% tu te retrouves le con
d’avant

Les trucs que j’ai écrit quand j’étais un peu Einstein je les calculais plus après il m’a
suffit d’envoyer Einstein 8% pour les piger

Dernièrement je me suis fait un week-end François Hollande

Je me suis tapé 4 nanas 2 politiques 1 journaliste 1 actrice pas du gibier de mec


normal
PLI /58
STEPHANE CHAVAZ Vis leurs vies

Samedi tour de pédalo en mode capitaine j’y suis allé en scooter

Et la femelle la plus bonne la môme Chômage une courbe superbe qu’on a envie de
voir encore monter

Le mois dernier un jour entier Pavé de 1968 100%

Arraché de la chaussée j’ai amoché 3 CRS belle ambiance Cohn-Bendit a la main


douce et moite

Mardi 7 mars je décapsule la boîte à frissons Dieu 100% rien j’attends toujours rien
PUTAIN ALORS C’EST VRAI QUE JE SUIS LUI ! (voilà pourquoi je m’em-
merde grave depuis le début)

Mercredi 8 Gaz Auschwitz 1944 100% Jamais pensé être aussi efficace des groupes
à poil tu fais connaissance une bise tous se couchent Un peu frustrant à la longue
pas appris grand-chose

Jeudi 9 Dallas 22 novembre 1963 100% C’est Marylin déguisé en Jackie Kennedy
qui plante trois balles dans JFK

Vendredi 10 Guillotine 1793 Jouissif à t’en péter les nerfs L’instant bref où tu
tranches le gras d’un cou ça vaut 100 fois le plaisir sexuel même si ça dure rien j’ai
prolongé d’un mois on s’en lasse pas

Le 11 avril Soisson bug de la machine Jean-Pierre ou le vase elle réussit à affi-


cher Allons pour le vase Me voilà vase j’entends la voix de Clovis sur moi Pot de
chambre et il me pisse dedans

Le 12 avril Tyrannosaure Rex Putain la vue de là-haut une envie pressante de me


branler peux pas bras trop courts

Machine tue-apocryphe et casse-légende

Autour de moi ils la veulent pour eux ma machine pas de pot les parasites elle ne
reconnaît que mon ADN elle se nomme fantaisimagination ma machine tout est
dit bon j’vous laisse j’file mater comment Vercingé a rampé devant César en – 52

PLI /59
VINCENT BONNET Hypersujets_
VINCENT BONNET Hypersujets_
CHRISTOPHE TARKOS Penser plus

PLI /70
STEPHANE BERARD Publié, Modéré, Refusé. Haïkus (extraits)

PLI /71
STEPHANE BERARD Publié, Modéré, Refusé. Haïkus (extraits)

PLI /72
STEPHANE BERARD Publié, Modéré, Refusé. Haïkus (extraits)

PLI /73
STEPHANE BERARD Publié, Modéré, Refusé. Haïkus (extraits)

PLI /74
MATHIAS PéREZ Photographies

(Vers) grand. (Vers) multiple. Dans le large. Sur les pointes. Écarté ou écartant.
Courbes. Vers le grand. Vers le multiple. Au large. Largeurs. Largesse. Sur la paresse.
Sur les fruits. L’un dans l’autre. Au travail.

C’est un sein. Non deux. Des montantes. Des creux. Oui. C’est silencieux. Tout en
bruit se rejoignant. C’est répété. Concentré. Ça flotte ou ça pend. C’est peint.

M. dit : Fais en plusieurs. Fais en des grands! Regardes. Gouttes. Prend ton temps.
Laisse le temps. Continues. Fumes. Embrasses. Nourris. Découpes. Colles. Regardes.
Recules. Touches. Plis. Tournes. Écris. Plusieurs! Assembles. Gouttes. Traces. Vis. (
C’est attentif. C’est attenant ) Fais en plusieurs. Tu verras. Fais en des grands. Mets
y le corps. Balayes. Creuses. Vas vers le simple. Comprends. Rencontres. Retrouves.
Recouvres. Sois étranger.

PLI /75
Générer. Généreux. Génère.
Jette ce pavé luxueux à la face froide du monde! Réchauffes le de tes culs. Les contours
se dispersent, d’une gravité légère. Tu répètes pour ne pas y mettre de toi. C’est autour
qui te remplit. Et dedans c’est la lumière. Tu as vu les portes, leurs formes de cons.
Quelque chose de lettre. Ça flotte. C’est bien l’entre du monde. Sa ligne. Original,
certainement pas. Certain, jamais. Originel, comme la fente, l’ouvert. Tu vois le
tableau. L’objet. Et l’attente, dessinée. Les mauvaises langues comme les bonnes s’y
collent. La maison des seins nous ouvre ses portes. Et ça gonfle et ça dégonfle et ça fuie
et ça coiffe. L’épiderme-monde montre ses formes, c’est matière d’être. Aucune auto-
rité ici. Des yeux et la confiance de se dire. Que l’on rend hommage

à tout ce qui nous dépasse.

PLI /76
Hubert Lucot

PLI /77
Bernard Heidsieck

PLI /78
Auto-portrait chez Sylvestra Parra
PLI /79
JEAN-MARIE GLEIZE «Démocratie»

Il y a, dans les Illuminations de Rimbaud un texte intitulé Démo-


cratie. Nous ne savons pas grand-chose de l’écriture de ce texte puisque
le manuscrit en est perdu. Il est publié tardivement en revue (dans La
Vogue en 1889) mais nous ne sommes pas surpris de rencontrer un texte
portant ce titre sous la plume du démocrate Rimbaud, violemment
hostile à la dictature de Napoléon III et radicalement en phase avec le
mouvement insurrectionnel de la Commune de Paris, avec, pourrait-
on dire la démocratie insurgeante, révolutionnaire. Comme le suggère
Bernard Noël, Rimbaud est communard « non seulement d’opinion,
mais d’être ». Or la particularité de ce poème est d’être le seul du re-
cueil à se trouver entièrement entre guillemets. C’est la Démocratie qui
parle. Il s’agit d’une prosopopée. Une fois cela entendu, les spécialistes
de Rimbaud sont perplexes et d’avis contradictoires. Pour reprendre
la formule de l’un d’eux (Pierre Brunel) : « l’intention de Rimbaud
semble particulièrement difficile à saisir ». Le texte exprime en effet la
violence impérialiste et capitaliste, annonce le massacre des « révoltes
logiques »… Rimbaud reprend-il à son compte l’affirmation d’une dé-
mocratie guerrière, conquérante, manifestation de la force du peuple
(selon un schéma fréquent chez lui : nécessité d’une destruction/défla-
gration en vue d’une régénération ou d’un « relèvement » ultérieur) ?
Ou bien prend-il un malin plaisir à transcrire la caricature de la démo-
cratie véhiculée par ses adversaires bourgeois, à attiser l’horreur et la ter-
reur qu’elle leur inspire ? Il faut ici revenir aux guillemets. Si Rimbaud
s’exprimait en son nom propre, comme il le fait dans tous les autres
poèmes des Illuminations, il le ferait directement. Dans ce poème il fait
parler la démocratie qui dit (dévoile cyniquement) ce qu’elle est et ce
qu’elle fait, quelle est son effrayant programme civilisateur. Le résultat
est finalement que le lecteur est conduit à transférer les guillemets au
seul mot du texte qui n’en comporte pas, son titre. La « démocratie »
n’est nullement pouvoir du peuple, mais instrument de domination et
d’oppression du peuple, des peuples, la « démocratie » n’est pas la dé-
mocratie. Ce constat permet alors de revenir à l’ambiguïté du geste de
l’écrivain, ambiguïté tout à la fois volontaire (la mise en œuvre rhéto-
PLI /80
JEAN-MARIE GLEIZE «Démocratie»

-rique de la prosopopée comme dispositif concerté) et inévitable,


subie  : les Illuminations disent à la fois le caractère inacceptable du
« monde qui va », ou du monde comme il va, sa violence et la contre-
violence nécessaire qu’il entraîne, les entrevisions utopiques plus ou
moins cohérentes qu’il suscite, etc. Si quelque chose comme la démo-
cratie existe elle suppose sans doute d’autres luttes, d’autres formes de
vie dont le travail de poésie ne peut rendre compte que confusément
ou obliquement. Exigence, malaise, angoisse, colères, troubles séman-
tiques et rythmiques, opacité critique, tels sont quelques-uns des symp-
tômes de cet état de résistance inconfortable où se trouvent les « hor-
ribles travailleurs » dont Rimbaud est le frère.

Pour ceux qui s’éprouvent « comme » Rimbaud, après le déluge,


dans le chaos-ruche des grandes villes, des sociétés modernes indus-
trielles et postindustrielles, celles de l’empire « démocratique » (guil-
lemets) occidental, le sentiment dominant reste celui qui résulte essen-
tiellement du fait que démocratie signifie désormais capitalisme, régime
de la liberté, régime du libéralisme (marché, finances, exploitation, pro-
fits), et que ce capitalisme démocratique, l’air pollué que nous respirons,
se présente aussi, comme la forme ultime et définitive, et pourquoi pas
« naturelle », de la vie en société. Il n’y a pas, il n’y aurait pas, d’alter-
native. D’où la nécessité de qualifier, préciser : démocratie parlemen-
taire, ou plutôt, aujourd’hui médiatico-parlementaire, démocratie
libérale, capitalisme démocratique, mais aussi, puisque guillemets il y
a, si on cherche à les retirer c’est-à-dire à se réapproprier le mot et la
chose : « vraie démocratie » comme le disait Marx, ou « démocratie
sauvage », ou « démocratie radicale », ou « démocratie insurgeante »
(comme le suggère Miguel Abensour, démocratie en état d’émergence
et construction critique permanente), ou encore «  démocratie sans
limites  » comme le proposait Rosa Luxembourg, en l’opposant à la
« démocratie bourgeoise » ; elle soumettait alors à l’examen les limites
et les contradictions internes de la « démocratie » sous guillemets, dont
elle observait, comme Rimbaud, deux dimensions antidémocratiques
PLI /81
JEAN-MARIE GLEIZE «Démocratie»

étroitement liées : le militarisme et le colonialisme , l’importance de


l’appareil militaire étant lié d’une part à la nécessité de contenir et de
réprimer les mouvements d’insurrection populaire, d’autre part d’im-
poser par la force des armes aux peuples colonisés les bienfaits de la
domination et de l’exploitation économique occidentale. Donc, pour
ceux-là, dont je suis, qui lisent et continuent d’écrire à l’intérieur de ce
qu’on nomme écriture de poésie (c’est-à-dire qui se situent marginale-
ment à l’intérieur d’une pratique de la littérature elle-même devenue
culturellement secondaire et mineure), essentiellement la conscience
de n’être pas très en phase avec la démocratie comme valeur d’am-
biance, comme idéologie politique et comme forme de gouvernement,
le sentiment de n’être nullement représenté par des professionnels par-
lementaires et autres qui eux-mêmes sont manipulés et ventriloqués
par les tenants du vrai pouvoir (celui de l’économie mondialisée), et
comme une insurmontable sensation de paralysie ou d’impuissance
et d’étouffement. Les mots glissent, il suffit d’écouter. Par exemple ce
jeune maghrébin qui a participé aux émeutes de l’année 2005 dans les
banlieues en région parisienne : il parle de ses parents et d’une société
qui voudrait les « incarcérer ». Il veut dire les « insérer ». Le lapsus
fait entendre que l’intégration peut-être perçue comme un processus
d’enfermement et de maintien violent dans un statut d’infériorité so-
ciale. C’est bien pourquoi il est symptomatique que certains affirment
au contraire (contre toute évidence apparente, en situation d’extrême
précarité matérielle et morale, dans le contexte asphyxiant de notre
«  démocratie  » guillemets) la réalité actuelle de leur émancipation.
J’ai tenu à mettre en exergue permanente à la revue Nioques, revue de
poésie contemporaine, cette phrase du poète Christophe Tarkos, mort
prématurément en 2004 : « Je ne suis pas pressé, je ne m’étouffe pas, je
ne suis pas écrasé, je ne suis pas enfoui, je ne suis pas encerclé, je ne suis
pas écrasé, je respire. ». Il soutient, personnellement, l’affirmation, sur
le fond du déni de l’écrasement et de ses multiples formes. Et s’il sou-
tient cette position, s’il peut affirmer si fort la négation de la négation,
c’est parce qu’il écrit, et que cette pratique de la poésie il la comprend
PLI /82
JEAN-MARIE GLEIZE «Démocratie»

et la vit comme une pratique émancipatrice (insurgeante et émanci-


patrice). Ce qui précisément nous incite à entendre que ce en quoi la
poésie serait d’abord politique, pour Christophe Tarkos, par exemple,
c’est en tant qu’elle est un acte, et que cet acte de langage est (ou en
tout cas peut être) affirmation singulière, revendication d’autonomie,
forme de vie et de survie en milieu hostile.

Il nous faut alors peut-être en revenir rapidement à quelques dis-


tinctions naïves : il y a eu, dans notre histoire récente quelque chose
comme une poésie engagée, celle de la Résistance, en souci de commu-
nication directe (formes simples, lyrisme de combat) avec un peuple en
souffrance de démocratie ; antérieurement déjà, lorsque le surréalisme
avait souhaité s’articuler sérieusement au mouvement réel de l’histoire
il s’était déclaré « au service » de la Révolution (sans toutefois recu-
ler sur l’ardente nécessité de transgression ou de subversion formelle) ;
après la guerre on voit Paul Eluard publier un livre intitulé Poèmes
politiques, que préface Aragon. Le poète communiste n’omet pas de
souligner ce que « politique » veut dire pour Eluard, pour lui-même,
pour leurs camarades, et que résume la formule : « de l’horizon d’un
seul à l’horizon de tous » (ce pourrait être aussi bien le slogan géné-
rique pour une « poésie démocratique »), il n’omet pas non plus de
citer l’encourageant mot d’ordre d’Isidore Ducasse : « La poésie doit
avoir pour but la vérité pratique », en l’interprétant comme énonçant
ou annonçant le passage du temps (romantique) des utopies à celui
de l’ « efficience humaine ». Ce qui est patent c’est que l’idéologie
poétique standard, des avant-gardes historiques aux néo-avant-gardes
des années soixante/soixante-dix, du lyrisme engagé à la poésie poli-
tique ou à la théorisation de la « révolution du langage poétique » en
consonance avec le désir de Révolution, est celle d’une « efficience »
(pour reprendre le mot d’Aragon) de la poésie, plus ou moins immé-
diate ou oblique, plus ou moins directe ou restreinte. Or il est non
moins clair qu’aux alentours des années quatre-vingt, à ce que j’appel-
lerai une séquence d’euphorie porteuse (la combinatoire transgres-
PLI /83
JEAN-MARIE GLEIZE «Démocratie»

-sion, subversion, expérimentation, invention, action), à la faveur de


divers effondrements sur lesquels il est inutile de revenir, le champ de
la poésie contemporaine s’est en fait recomposé (comme les familles)
autour de deux pôles principaux : celui du retour à (ce que j’appelle la
re-poésie) retour aux fondamentaux de la poésie rendue à elle-même,
et donc restituée au public, au peuple lecteur, après défiguration et
aggravation du divorce, et celui d’une volonté de ne pas rompre avec
un héritage de recherches et d’aventures, tout en récusant les postures
dogmatiques et les illusions politiques de la veille et de l’avant-veille
et de l’avant-avant-veille. On assiste alors à l’émergence d’une géné-
ration de poètes, s’exprimant dans des revues comme Java, ou Facial
ou Quaderno, ou encore la Revue de littérature générale d’Olivier Ca-
diot et Pierre Alferi, d’orientation nettement expérimentale mais tout
aussi nettement a-politique, pratiquant la critique (celle des conven-
tions sociales et/ou celle des conventions de genre) sur le mode de la
distance ironique ou du parodique et de la dérision. Poésie ou plus
généralement formes d’art critiques en effet en ce qu’elles mettaient
notamment, en question la hiérarchie culturellement admise entre les
modes majeurs et les modes mineurs, ou « populaires » d’expression.
Un « essai excentrique » (c’est ainsi qu’il se définit lui-même) inti-
tulé L’art parodic’ (en 1996 publié par Java sous la plume d’Arnaud
Labelle-Rojoux) tentait de décrire et de donner légitimité théorique
à quelques-unes de ces pratiques du renversement systématique des
valeurs (ou de la confusion des niveaux et des genres) qui se sont ré-
pandues dans cette période de post-avant-gardisme un peu sceptique,
ou à tout le moins méfiante à l’égard du sérieux des générations pré-
cédentes. Il ne serait sans doute pas faux de dire que si les poètes des
générations précédentes tenaient en quelque sorte pour acquise, (quels
qu’aient pu être les choix stratégiques divergents quant au sens de leur
pratique, a ses modes de réalisation, etc.) une adhésion de principe,
explicitement formulée ou restée implicite, à quelque chose comme
un idéal de démocratie réelle, tout en acceptant pour quasiment iné-
luctable le fait d’un renoncement à une réception large, et l’accusation
PLI /84
JEAN-MARIE GLEIZE «Démocratie»

maintes fois prononcée d’« élitisme », les poètes de la génération dont


je parle, celle dont je viens de dire qu’elle avait pris distance (et ne ré-
glait plus son travail sur les attendus de quelque croyance que ce soit),
se trouvaient en quelque sorte sujets d’une pratique « démocratique »
en ce sens qu’ils se refusaient activement à négliger les modes actuels
de l’expression et de la culture de tous (médias, écrans, prélèvement
d’énoncés sur le donné contextuel, montages, mixages, détournements
divers etc.). Toute la question étant de savoir si l’apparent « retrait »
idéologique, qui caractérise de prime abord cette masse textuelle, dé-
signe une manière de neutralité, une indifférence aux contenus concer-
nés (voire une adhésion non dite à ce qu’ils véhiculent), ou s’inscrivent
au contraire dans une perspective pouvant être comprise comme une
forme de « résistance » active à ces formats, à ces contenus, à leurs
modes de circulation et d’exposition publique, etc. Ces «  écritures
d’après », après dissolution des dogmes, après la dernière vague des
avant-gardes théorisantes et groupusculaires, sur leur versant «  iro-
niste  » comme sur leur versant «  sérieux  » (écritures de montage,
écritures dispositales ou documentales), peuvent sans doute être lues
comme critiques mais aussi bien conserver pour le lecteur, leur part
d’ambiguïté et d’indécidabilité constitutives.

Reste qu’on peut observer, dans ces écritures « d’après » (et à l’occa-
sion de certaines prises de position concrètes dans les luttes sociales
ou les mouvements alternatifs), un certain retour de la notion de résis-
tance. Alors que se développent autour de nous des gestes de « déso-
béissance civile » (d’Athènes à Tunis ou au Caire, de New York, Occupy
Wall Street, à Tarnac ou à Notre Dame des Landes…) qui sont comme
des protestations collectives au nom de la démocratie sans guillemets
contre des décisions ou des « lois » ou des états de faits, imposés par
la police et la justice de la « démocratie », celle de la prosopopée rim-
baldienne, et qui est toujours celle dont nous sommes les citoyens), on
constate, en régime dit poétique, ou post-poétique, le fait que l’imagi-
naire de résistance continue de résister. Il faut peut-être remonter ici aux
PLI /85
JEAN-MARIE GLEIZE «Démocratie»

propositions de Francis Ponge telles qu’il les énonce dans un certain


nombre de ses « proèmes » des années trente - si proches de nous
aujourd’hui où l’on voit que des élections démocratiques portent au
pouvoir là des fanatiques religieux, ici des gouvernements de gauche
très soucieux d’expulser les étrangers, sur le fond, par ailleurs d’une
progression « démocratique » du fascisme municipal. Ponge, donc,
qui au lieu de suggérer à ses amis surréalistes de l’époque de laisser par-
ler un murmure pseudo « libérateur » (l’écriture dite automatique »)
préconisait de «  résister aux paroles  », c’est-à-dire de ne pas laisser
en nous parler l’idéologie qui nous parle (la doxa, les stéréotypes, les
poncifs véhiculés par la mediasphère) mais au contraire de travailler à
contre-paroles, à contre-usage, de pratiquer, si besoin est, « l’art de les
violenter [les paroles] et de les soumettre » . Cette poétique-là reste
d’actualité, l’ « ordre des choses », qu’il qualifiait de « monstrueux »
et de «  sordide  », dont il disait qu’il est celui où des gens se suici-
dent « pour avoir été ruinés », par ces « gouvernements d’affairistes
et de marchands », est bien celui du « capitalisme démocratique »
que j’évoquais tout à l’heure. Résister aux paroles, donc, opposer le
silence de l’écriture au bruit des paroles, ou bien encore démonter et
remonter le flux continu de la surinformation déréalisante, de façon
à retrouver s’il se peut le sens des mots, le sens des choses et des situa-
tions et des événements. Mais résister également aux images, au flux
continu des images, celles qui « occupent » notre espace et nos yeux,
les murs d’écrans qui nous éloignent et nous séparent de la réalité. Te-
nir compte du fait que ces images « font partie » de cette réalité dont
par ailleurs elles nous éloignent. Et que donc il s’agit de travailler avec
et sur et contre ces images en surimposition, surimpression, décom-
position, etc. Enfin, résister aux images c’est également, et je retrouve
ici la « position » de décalage par rapport aux diverses variantes des
postures d’engagement, renoncer à la magie stupéfiante des images
d’Epinal, celles qui ont nourri et porté notre imaginaire utopique,
politique. Y renoncer pour affronter lucidement ce qui est notre lot :
la traversée, en utilisant pour écrire les accidents du sol, et du contexte,
PLI /86
JEAN-MARIE GLEIZE «Démocratie»

et des circonstances, de l’épaisseur opaque, celle d’un d’un réel contra-


dictoire, conflictuel et violent. C’est un des sens de la formule que
j’emprunte à un artiste et poète installationiste ou poète intermédia
(Philippe Castellin) : « La poésie n’est pas une solution ». Si nous
comprenons la pratique endurante et insistante, voire résistante, de
l’écriture de poésie, (dans un contexte où elle est une pratique de fait
socialement mineure) comme une contribution critique et restreinte,
en partie aveugle, à l’invention permanente d’un espace démocratique,
nous savons bien qu’il n’y a pas de solution, et que l’écriture n’a pour
but et fonction que d’intensifier les questions, des questions.

Cette hypothèse ne prend sens que si nous pensons espace démocra-


tique (la possibilité de la démocratie) en dehors de l’institution poli-
tique dont c’est le nom et que nous imaginions la réalité concrète, ici
et maintenant, de « communes » autonomes, auto-gérées, où s’expéri-
mentent librement de nouveaux modes d’expérience sensible, de nou-
velles formes d’échange, d’expression, de communication, d’activité
collective, de vie. De tels îlots, de vie et d’action, de réflexion aussi et
de lutte, existent. Politique expérimentale, en écart significatif à la poli-
tique instituée, comme il y a des pratiques expérimentales de l’art et de
la poésie, qui le sont ou devraient l’être, en principe, par définition. Il
s’agit pour nous de construire nos propres cabanes, et les chemins qui
les relient (il peut s’agir de revues, de micro-structures éditoriales, de
circuits alternatifs de diffusion), et si nos cabanes sont détruites (elles
sont fragiles et précaires par nature), nous les reconstruisons ailleurs,
sans nous décourager.

PLI /87
JEAN-MARIE GLEIZE «Démocratie»

Et puisque j’ai commencé avec ce texte de Rimbaud, je termine sur


ces guillemets et les révoltes logiques. La question poétique, politique,
est bien celle du sens des mots. Celui qu’on leur donne ou qu’on leur
inflige. Et celui qu’on voudrait leur rendre. Il ne peut résulter de cette
longue et « féroce » séquence (celle que développe la prosopopée rim-
baldienne) que ce que le poète appelle des « révoltes logiques », celle
des colonisés, des exploités, des déplacés, des opprimés, alors, et main-
tenant, et partout.

Logiques, c’est-à-dire inéluctables.

Logiques aussi parce qu’appelant un retour, un retournement, un ren-


versement, en langues, en paroles, en écritures, en tracés.

PLI /88
INDEX / BIOGRAPHIES

Cesare Battisti romancier, né à Cisterna di Latina, au sud de Rome.


Révolutionnaire et activiste durant les «années de plomb », il est condamné
par contumace à la prison à perpétuité pour des crimes de sang qu’il réfute.
Fuite, clandestinité, prison, diffamation… Le Brésil finit par accepter de ne pas
l’extrader et lui rend la liberté. À ce jour, il demeure le bouc émissaire idéal que
le Spectacle a fabriqué pour dissimuler sa misère et son infamie.

Stéphane Bérard né en 1966, vit et travaille à Paris, développe une


œuvre polymorphe où l’invention est un mode d’intervention critique. Tous
les secteurs que l’art a investi au tournant du siècle (design, mode, architecture
littérature, cinéma, performance, son & chanson) y sont explorés. Il est repré-
senté par la galerie Eva Meyer, Paris.

Stéphane Bernard né en 1972 et après plus de 20 ans d’exil dont 14


passés à Rennes, est rentré chez lui : Saint-nazaire.

Vincent Bonnet photographe, éditeur, artiste, iconoclaste, Vincent


Bonnet s’intéresse à l’image, à ses conditions d’apparition, à ses territoires
d’action, à ses usages vernaculaires et à ses enjeux de production. Son projet au
long cours est de constituer une archive vivante, un fond d’images efficientes
et critiques, qu’il cherche à inscrire dans le champ social et politique. Il tente
d’opérer des sorties et des déplacements : de l’art vers l’action, de la bêtise vers
la réflexion et de l’œuvre vers le travail commun.

Stéphane Chavaz est né un soir de fondue. Il cria pour qu’on ne coupe


pas le cordon. Depuis il n’a plus crié il a écrit. Il attend patiemment la mort
dans quelques soubresauts.

Justin Delareux est artiste et écrivain, créateur de la revue pli


infos : justindelareux.fr

Alain Fleig est un plasticien qui travaille essentiellement avec la pho-


tographie. Historien et critique d’art, écrivain et collectionneur né en 1942
et décédé le 17 décembre 2012. Il participe à la fondation du FHAR (Front
Homosexuel d’Action Révolutionnaire) et crée en 1973 le Groupe 5, ouverte-
ment d’inspiration situationniste. Il publie une revue : Le Fléau Social,
PLI /90
INDEX / BIOGRAPHIES

jusqu’en 1975. À partir de 1982 enseigne à l’Université de Paris VIII puis à


l’École de l’Image de Poitiers-Angoulême et enfin à l’École supérieure des
Beaux-Arts d’Angers. Il est l’auteur de grandes compositions photographiques
réalisées à partir de photographies instantanées. C’est un des premiers ayant
adapté, dans les années 1970, les recherches en photographie expérimentale à
la représentation du désir homoérotique par la métaphore de l’image : photo-
graphies très agrandies afin de valoriser la trame, jeux de mise en abîme, assem-
blages de polaroids puis plus tard d’Ektachrome, polyptyques. Ses œuvres, qui
proposent aussi une réflexion sur la mise en image de notre monde, tournent
toutes autour des notions de pulsion scopique. Parallèlement à son travail de
recherche photographique, il réalise plusieurs actions de rue liées à sa réflexion
sociopolitique. En 1981, participe à la création des Cahiers de la Photographie
avec Gilles Mora, Bernard Plossu, Arnaud Claass, Claude Nori… En 1984 à la
revue des Arts avec Benzakin, Jaques Fol, Yannick Milhou. Il est l’auteur d’une
quinzaine d’ouvrages tant de recherche historique que de réflexion sur la pho-
tographie ainsi que de nombreux articles et textes de catalogues.

Jocelyn Gasnier est né en 1988, il est peintre et écrivain, il vit au Mans.

Jean-Marie GLEIZE est né à Paris le 2 avril 1946, poursuit depuis Léman


une méditation en prose («  prose en prose  », «  post-poésie  ») qui prend
la forme d’une enquête, investigation narrative discontinue (littérale, docu-
mentaire) à partir de traces ou données matérielles images (photographie,
polaroïd, vidéo) ou textes. Professeur émérite de littérature à l’Ecole Normale
Supérieure de Lyon où il a été responsable du Centre d’Etudes Poétiques de
1999 à 2009. A dirigé les collections NIOK (éditions Al Dante) et « Signes »
(ENS éditions), et créé la revue NIOQUES qu’il anime depuis 1990.

Bibliographie sélective : Poésie et figuration, Seuil, 1983, Simplification lyrique,


Seghers, 1987, Francis Ponge, Seuil, 1988, Léman, Seuil, 1990, A noir, Seuil,
1992, Le Principe de nudité intégrale, Seuil, 1995, Les Chiens noirs de la prose,
Seuil, 1999, Non, Al Dante 1999, Néon, Seuil, 2004, Film à venir, Seuil 2007,
Sorties, Questions Théoriques 2009, Tarnac, un acte préparatoire, Seuil 2011.
«Poésie et Figuration & Poésie et littéralité», réunies en un volume, à paraître
aux éditions Questions Théoriques. Le livre des cabanes, à paraître aux éditions
du Seuil.
PLI /91
INDEX / BIOGRAPHIES

Hans Holbein est un peintre et graveur allemand, né à Augsbourg en


1497 et mort à Londres le 29 novembre 1543.

Alexis Judic est né en 1983 à Saint Nazaire en France. Archéo-anthro-


pologue des « formes perdues ». A travers des voyages réels et virtuels son
travail explore les inventions singulières contemporaines ou lointaines créées
par l’Homme. Villes et villages abandonnés ayant servi à des expérimentations
militaires, communautés hippies ayant vécu à la fin des années 60 des expé-
riences utopiques et artistiques, conflits architecturaux et ensembles pavillon-
naires sont ses principaux sujets et le point de départ de ses productions. Après
avoir décelé ces architectures et autres lieux, il opère un travail de reconsti-
tution, généralement utilisé dans une perspective historique, scientifique ou
anthropologique. infos : www.alexisjudic.com

Depuis ses premiers pas au pied des Pyrénées, au début des année cinquante,
Patrick Mosconi a bourlingué sur des pistes hypothétiques ; s’est ré-
veillé dans des culs-de-sac ; s’est égaré, comme beaucoup de sa génération sur
les sentiers du roman et du scénario, avant d’oser affronter la vie par la forme
et la couleur

Charles Pennequin est né en 1965 à cambrai, poète fais des poèmes


simplifiés ou standards des poèmes délabrés et des improvisations au dicta-
phone mégaphone et des vidéos à l’arrache dans les trains des lectures le long
des autoroutes travailleur de lui-même à travers la parole de l’autre il se dit
écouteur de sa propre mort dont il n’a plus de nouvelles depuis la naissance.

Mathias Pérez est peintre. Vient de parraitre une monographie de 168


pages avec les contributions de Bernard Noël, Christian Prigent, Claude Mi-
nière, Rémi Froger, Jacques Demarcq, Bernard Heidsieck, Jean- Paul Fargier.
Avec des photgraphies de Mark Lyon, Marc Pataut, Willy Ronis et Christophe
Mézières. Mathias est représenté par Granville Gallery de Jean- Pierre Bruaire
et Catherine Melotte. (Les textes qui accompagnent les photographies pu-
bliées dans PLI sont écrits par O.Fénéon)

Eric Pougeau est né en 1968, vit et travaille à Paris. Ancien guitariste


PLI /92
INDEX / BIOGRAPHIES

des Flaming Demonics (groupe culte pari­sien du début des années 1990), il
se tourne par la suite vers l’art dont il se sert pour critiquer avec violence les
institutions sociales sous toutes leurs formes, à commencer par la famille. Son
œuvre, morbide, s’intéresse à la sphère intime, « lieu d’excès et de passions
», expression d’une certaine animalité, séparée par un gouffre de la sphère
publique. Son œuvre « Fils de pute » a été exposée à la Maison rouge à Paris
en 2010-2011.

Lesala Riaput a passé 8 ans dans une asphyxiante industrie culturelle


parisienne. A déserté. Après avoir vomi la publicité, vomit actuellement le tra-
vail et plus généralement l’ordre des choses. Apprécie les forêts, la construc-
tion de cabanes, les chouettes, la fuite, le kothou parotta, l’arbois, la zone.

Riton la mort est né à Saint Martin D’Hères en 1987. Il officie en tant


que chanteur au sein du groupe de punk extrême SATAN. Riton La Mort
est notamment l’auteur de deux ouvrages parus aux éditions Le Dernier Cri:
«Pur Sang» (2011) et «Terre Froide» (2013). infos: ritonlamort@yahoo.fr
http://bierenoire.blogspot.com

Patrick Sainton, « Je regarde la surface de ces portraits, comme une


traduction littérale. Du carton gris. Des grandes plaques de carton gris. Des
morceaux de scotch marron. Des arbres noirs en boule ou des arbres ramifiés.
Des têtes de mort. Des coupures de journaux, des photos d’écrivains parfois
retouchées. Des phrases citations trafiquées parfois entre crochets raturées, Et
raturées on les lit mieux. Des papiers collés les uns sur les autres. Des coups de
pinceaux, des tracés, Des traits de marqueur. Un travail de connections et de
montage, d’assemblages, de coupe, de colle, de traits. Des taches : des phrases
ou des photos, ou des choses collées, qui prennent une place, qui prennent
une place. Tout cela c’est Patrick Sainton sa manière de lire  d’écrire  de tra-
cer de peindre sa manière de couper, de coller, d’assembler. C’est sa marque,
du lyrisme et de la littéralité en même temps,de la sécheresse et du chant.»
Texte écrit et lu par Éric Giraud le 18 mars 2005 à La Garde

ChriStophe Tarkos est un poète français, né à Marseille en 1963 et


mort le 30 novembre 2004.

PLI /93
INDEX / BIOGRAPHIES

PLI, cabane, projectile, tentative éditoriale débutée en octobre 2013. Au-


cunes subventions jusqu’à lors aucune assise, uniquement des marges. Pli ne se
pavane pas en salon. Les tirages sont limités. La couverture c’est une gravure
sur linoléum de Justin Delareux. PLI est imprimé à l’Arbre aux papiers, au
Mans, les tirages dépendent, en partie, du nombre de souscripteurs. Il faudrait
remercier chaleureusement les auteurs présents dans ces deux premiers numé-
ros. Remercier aussi tous ceux qui ont permis l’édition de PLI, par leurs dona-
tions ou leurs souscriptions. Remercier ses lecteurs, ses passeurs. Remercier les
amis dispersés. Nous en appelons à intensifier les échanges et les constructions.

« Cette feuille désire être le point de contact entre ceux qui, à travers le
monde, vivent en anarchiste sous la seule autorité
de l’expérience et du libre examen »

A.Libertad

PLI /94
Le peintre Mathias Pérez
à généreusement offert à PLI
30 gravures signées et numérotées,
Il est possible de souscrire à la revue sous cette forme :
2 numéro + une gravure : 90e ou gravure seule : 69e
Ce geste afin de soutenir matériellement
les constructions en cours

Il est possible que soient édités, dans l’irrégularité,


des bulletins ou organes sémantiques annexes à la revue.
Nous les feront parvenir à chacun sans grand soucis.

Tout courrier sera le bienvenue

« pots de confiture, mandats, liqueurs,


timbres-poste de tous les pays, etc.
En tout cas chaque cadeau me fera rire. »
Le numéro 02 de la revue Pli a
été tiré à 100 exemplaires, pa-
pier 120g, couverture 300g,
dos carré collé, en mai 2014.

sans subvention, sur le mode opé-


ratoire du pré-achat ou du don.

30 exemplaires hors commerce


papier 90g ont été distribués.

Les couvertures sont faites à la main.

Ce numéro est archivé dans


la bibliothèque du Centre Inter-
national de la Poésie à Marseille.

Cette note a été écrite


en décembre 2014.

construction / liaison :
justin.delareux@gmail.com
tempsdencre@riseup.net