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JCGE’03, Saint-Nazaire, 5 et 6 juin 2003

Alimentation d’onduleurs multiniveaux asymétriques :


analyse des possibilités de réalisation et méthodes de
répartition de la puissance
S. Mariethoz M. Veenstra
EPFL - Laboratoire d’Electronique Industrielle, CH-1015 Lausanne

Résumé — Les onduleurs multiniveaux asymétri-


ques étudiés sont constitués de la mise en série de
cellules onduleurs de caractéristiques différentes.
Ils permettent d’obtenir une très bonne résolution
de la tension de sortie. L’alimentation des cellules (a)
constitue un point délicat qui peut augmenter la
complexité de l’onduleur et dégrader son rende-
ment. Cet article passe en revue plusieurs solu-
tions pour parvenir à une structure simple avec
(b)
un bon rendement.

I. Introduction
Les onduleurs multiniveaux permettent d’augmenter la
tension de sortie des convertisseurs statiques au delà des (c)
limites des semi-conducteurs. De tels onduleurs peuvent Fig. 2. Différentes configurations possibles pour l’alimentation
être réalisés de différentes manières [1, 2, 3, 4]. Dans cet d’une des cellules de l’onduleur multiniveau
article, des onduleurs constitués d’une mise en série de
cellules de tension d’entrée et de topologies différentes (a) convertisseur réversible : solution la plus souple
sont étudiés. Ces onduleurs sont connus sous le nom d’on- mais également la plus coûteuse,
duleurs multiniveaux asymétriques dont un exemple est (b) redresseur : solution plus économique, mais
illustré à la Fig. 1. Les règles à suivre pour associer des nécessitant un réglage assurant que la puissance
cellules sont décrites en détail dans [4]. moyenne est toujours positive pour la cellule
concernée,
U e ,1 U e ,n
(c) condensateur : solution la plus économique, mais la
V + plus contraignante du point de vue du réglage.
Ces différentes alimentations peuvent être employées dans
V -
un même onduleur pour différentes cellules en fonction
des contraintes de l’application. La configuration (a) doit
Fig. 1. Onduleur multiniveau asymétrique : les alimentations des être adoptée lorsque la charge de la cellule fonctionne
cellules sont représentées ici par des sources de tension idéales
aussi bien en moteur qu’en générateur. La configuration
(b) ne peut être utilisée que si la charge ne fonctionne
Les alimentations des cellules ne peuvent pas être
qu’en moteur. (c) ne peut être appliquée que lorsque la
réalisées à partir d’un diviseur capacitif et doivent être
cellule ne doit pas fournir de puissance active, c’est à dire
isolées les unes des autres. En effet, les potentiels des ali-
si la cellule n’effectue qu’une fonction de filtrage actif ou
mentations des cellules varient en fonction des états des
de compensation de la puissance réactive.
interrupteurs. Les différentes possibilités d’alimentation,
les méthodes pour répartir la puissance et les problèmes
liés sont étudiés dans cet article. Les objectifs visés sont B. Alimentation d’un onduleur monophasé
l’obtention d’un onduleur de complexité réduite avec un
B.1. Répartition de la puissance en monophasé
rendement élevé.
En monophasé, la répartition de la puissance entre les
II. Alimentation des cellules
cellules est gouvernée par l’expression suivante :
A. Configurations possibles
n
Pour alimenter une cellule, il y a plusieurs configura-
X
P =i· us,k (1)
tions possibles illustrées à la Fig. 2 : k=1

1
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0.6 1
en sens opposé à la puissance totale. La position d’un
0.4
0.8 niveau dans le graphe d’état détermine donc le sens des
0.6
flux de puissance.
0.2

u
0.4
s ,2
0
0.2 -1 1 3
−0.2 0 -2 0 2 u s ,1
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1

(a) puissances des cellules (b) rendements -3 -1 1


Fig. 3. Onduleur 7 niveaux à 2 cellules pont en H : rapport entre
les tensions d’alimentation 2. Génération d’une tension sinusoı̈dale
(avec horizontalement l’amplitude) : (a) puissances moyennes des Fig. 4. Représentation des états et des niveaux d’un onduleur 9
cellules (la cellule basse tension est négative entre 37% et 77%), états 7 niveaux à deux cellules série
(b) rendement pour 2 types d’alimentations différentes (x
configuration (b) redresseur, + configuration (a) convertisseur Lorsque l’onduleur n’a pas de niveau redondant,
DC-DC réversible).
aucune intervention n’est possible, et le fait d’imposer
une trajectoire au courant et à la tension détermine la
avec i le courant traversant les cellules et us,k la tension répartition de la puissance entre les cellules.
de la cellule k. Certaines valeurs de la tension de sor- Lorsque l’onduleur a des niveaux redondants, comme
tie ne peuvent être obtenues que par des contributions c’est le cas pour l’exemple de la Fig. 4, il est possible de
de signes opposés. Dans ce cas, de la puissance circule modifier cette répartition. L’onduleur de cet exemple est
entre les cellules, et la puissance totale circulant dans constitué de 2 cellules 3 niveaux dont les tensions d’ali-
l’alimentation des cellules est supérieure à la puissance mentation sont dans un rapport de deux : il dispose ainsi
utile. Lorsque l’alimentation est constituée d’un conver- de 9 états et de 7 niveaux (-3 à 3 par pas de 1) dont 2 sont
tisseur réversible comme celui de la Fig. 2(a), cela conduit redondants (-1 et 1). Les états conduisant aux deux ni-
à une dégradation du rendement. En effet, la puissance veaux redondants sont disposés de part et d’autre de l’axe
circulant entre les cellules ne fait pas partie de la puis- de la cellule basse tension. En choisissant l’un ou l’autre
sance utile, mais elle provoque des pertes dans l’alimen- de ces états, le signe de la puissance est inversé sans chan-
tation. Lorsque l’alimentation n’est pas réversible comme ger la valeur de la tension de sortie comme représenté à la
dans le cas de la Fig. 2(b), cette circulation de puissance Fig. 5. Cela signifie que la puissance peut être contrôlée
n’est pas possible et le retour de puissance vers l’alimen- pour cette cellule lorsque les niveaux -1 ou +1 sont ap-
tation conduit alors à une augmentation de sa tension. pliqués. Lorsque l’onduleur est commandé par une modu-
Cela conduit à une dégradation de la résolution de l’on- lation, il y a 6 bandes possibles1 . 2 des bandes contiennent
duleur, voire à une tension trop élevée lorsque la moyenne le niveau 1, 2 autres le niveau -1. La puissance peut être
de la puissance est négative sur une longue période. Dans contrôlée d’autant mieux que l’amplitude du courant est
ce dernier cas, l’excédent d’énergie doit être dissipé, ce élevée est que le taux de modulation du niveau redondant
qui conduit à une dégradation du rendement. Exami- est élevé.
nons cela sur l’exemple de la Fig. 3 : il s’agit d’un on- En suivant une trajectoire de référence comme illustré
duleur 7 niveaux à deux cellules 3 niveaux dont le rap- à la Fig. 6, la puissance peut être réglée lorsque les ni-
port entre les tensions d’alimentation est de 2. Le rende- veaux -1 ou 1 sont modulés, c’est à dire dans l’intervalle
ment d’une solution avec convertisseur DC-DC réversible compris entre -2 et 2. La puissance sera réglable pour une
est comparé à une solution avec simple redresseur. Pour trajectoire donnée, pour autant qu’elle traverse suffisam-
une référence sinusoı̈dale, la puissance de la cellule basse ment longtemps le domaine où la puissance est réglable
tension est négative pour des amplitudes comprises entre et pour autant que l’amplitude du courant soit suffisante
37% et 77%. Pour ce domaine de fonctionnement, la solu- dans ce domaine relativement à sa valeur efficace.
tion avec redresseur est moins efficace. Il serait intéressant En fonction de l’écart de la tension d’alimentation
de pouvoir contrôler la puissance de manière à éliminer d’une cellule, le régulateur de tension impose le choix de
ce domaine. l’un ou l’autre des états. Pour une référence sinusoı̈dale,
on vérifie à la Fig. 7 que cette méthode permet de
B.2. Représentation d’état résoudre le problème de l’équilibrage.
[4] décrit comment minimiser les pertes par commu-
Les états et niveaux d’un onduleur multiniveau tation en suivant une trajectoire donnée dans l’espace
asymétrique monophasé peuvent être représentés dans 1 une bande est délimitée par une paire de niveaux adjacents
un graphe d’état. Dans cette représentation, chacune
des tensions de cellule est associée à un axe comme à la
u s ,2
Fig. 4. A chaque état de ce graphe correspond un état
possible de l’onduleur dont la valeur est la somme de -1
P A u s ,1
ses coordonnées. Lorsque les coordonnées sont toutes
de même signe, le signe de la puissance de chacune des P B P 'A
cellules est le même que celui de la puissance totale. -1
Lorsque une coordonnée a un signe opposé au signe du Fig. 5. 2 états avec une répartition de puissance différente
niveau, la puissance de la cellule correspondante circule conduisent au niveau -1

2
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n iv e a u x +1
3

u*cm, u*, u
re d o n d a n ts u re f
b a n d e 2 ,3
2 0
b a n d e 1 ,2
1 −1
z o n e b a n d e 0 ,1 +1
0

um, us, i
ré g la b le
-1 b a n d e - 1 ,0 0
b a n d e - 2 ,- 1
-2 −1
+1
b a n d e - 3 ,- 2
-3

Pm, Ps
0
Fig. 6.
−1
2

Em, Es
0.6 0.6
1
0.4 0.4 0
0 π/3 2π/3 π 4π/3 5π/3 2π 0 π/3 2π/3 π 4π/3 5π/3 2π
0.2 0.2
ωt ωt
0 0
Fig. 8. Influence de la composante homopolaire sur la répartition
de puissance entre deux cellules pour deux différents harmoniques
−0.2 −0.2 ∗ référence pour la composante homopolaire, u ∗ référence
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 3 : ucm
(a) cellule haute tension (b) cellule basse tension de la tension de sortie, u tension de sortie, i courant, um , us
tensions, Pm , Ps puissances, Em , Es énergies des cellules.
Fig. 7. Onduleur 7 niveaux à 2 cellules pont en H : les niveaux
redondants permettent de varier la répartition de la puissance des
deux cellules à l’intérieur de la zone hachurée. La ligne continue degré de liberté pour stabiliser les tensions intermédiaires
représente la puissance totale de l’onduleur. est la composante homopolaire et il s’agit de régler les ten-
sions intermédiaires avec cette seule grandeur de contrôle.
d’états. La stratégie de commutation optimale supprime Bien que l’influence de cette composante sur le système
la modulation des paires d’état conduisant à des commu- soit bien connue, elle est fortement non-linéaire, varie
tations simultanées. La méthode d’équilibrage des puis- dans le temps et depend du point de fonctionnement.
sances utilise ces paires d’états. Elle n’est donc pas op- D’autre part, il n’est pas possible de régler simultanément
timale du point de vue des pertes par commutation et toutes ces grandeurs et il faut avoir recourt à l’optimisa-
si d’un côté elle permet de réduire les pertes en suppri- tion d’une fonction de coût.
mant le retour de puissance, de l’autre elle augmente les La stratégie de réglage développée fait des prédictions
pertes par commutation. Il serait intéressant de disposer de l’évolution des tensions intermédiaires en fonction de la
d’une solution qui permette l’équilibrage des puissance composante homopolaire. La fonction de coût est calculée
sans augmenter d’autres pertes. et minimisée de manière itérative pour choisir la compo-
sante à appliquer. Cette méthode est exécutée en temps
C. Alimentation d’un onduleur triphasé réel. D’autre part, d’autres contraintes telles que la mini-
misation des variations rapides des tensions de l’onduleur
C.1. Répartition de la puissance en triphasé
peuvent être incorporées à la fonction de coût.
En triphasé, un degré de liberté supplémentaire per- Des méthodes similaires existent pour d’autres types
met de répartir la puissance entre les cellules : la com- d’applications, elles sont connues sous l’appellation
posante homopolaire des tensions de sortie de l’onduleur. “Model-Predictive Control” (MPC) [5].
En réglant cette composante, il est possible de modifier
la répartition du fondamental et donc celle de la puis- D. Convertisseurs avec rendement élevé
sance moyenne entre les cellules comme illustré à la Fig.
8. Cela permet d’imposer une puissance moyenne positive L’avantage de structures telles qu’un pont triphasé
dans un ensemble de cellules, voire de l’annuler. Cela est en H ou qu’un onduleur NPC est de partager la même
possible même lorsqu’il n’y a pas de niveaux redondant alimentation continue pour les 3 phases, permettant un
et cela est compatible avec la stratégie de minimisation échange de puissance entre elles sans dégradation de
des commutations proposée dans [4]. Il n’est cependant rendement. L’inconvénient de ces structures est que le
pas aisé de garantir l’équilibrage des puissances à l’aide nombre de niveaux est pratiquement limité à 2 ou 3.
de cette composante : en effet, il s’agit de régler plusieurs Il est possible de tirer profit des avantages de telles
flux de puissance, ou plusieurs tensions d’alimentation à structures en réalisant un onduleur basé sur l’association
l’aide d’une seule composante. série d’une d’entre elles avec des cellules pont en H à 3
niveaux. Les structures obtenues sont des onduleurs mul-
tiniveaux asymétriques.
C.2. Contrôle de la répartition de puissance
La Fig. 9 illustre la combinaison série d’un onduleur
Une méthode pour minimiser l’énergie échangée avec triphasé avec des cellules pont en H monophasées. Ces
les étages intermédiaires a été développée. Cette méthode cellules sont alimentées par un convertisseur DC-DC
est particulièrement utile pour pouvoir employer des to- réversible (configuration (a) de II.A) à cellules multiples
pologies ou certaines cellules ne sont pas alimentées. Dans connectées sur un même transformateur. La majeure
ce cas, si l’onduleur n’a pas d’états redondants, le seul partie de la puissance est fourni à la charge par l’ondu-

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Fig. 9. Onduleur 6 niveaux avec toutes les cellules alimentées


Fig. 10. Onduleur 9 niveaux hybride pour une application
d’entraı̂nement à tension moyenne. Les trois circuits
leur triphasé qui a un très bon rendement. Les cellules intermédiaires des cellules pont en H ne sont pas alimentés par
monophasées alimentées par convertisseur DC-DC ne une source externe.
fournissent qu’une petite partie de la puissance. Par
200 2
rapport à une combinaison classique de ponts en H 1.5
150
monophasés où chaque cellule est alimentée par un 100 1

convertisseur DC-DC, le rendement est nettement 50 0.5

amélioré et la résolution est très bonne. Cet onduleur 0 0

hybride dispose de 6 niveaux, en mettant une cellule −50 −0.5

−100 −1
pont en H supplémentaire par phase, il pourrait disposer
−150 −1.5
de 18 niveaux. −200 −2

La Fig. 10 illustre la combinaison série d’un onduleur (a) tension composée (b) courant de phase
NPC triphasé 3 niveaux avec des cellules pont en H mono- 40 30

phasées. Ces cellules ne sont pas alimentées (configuration 30


20
(c) de II.A) et le réglage de la composante homopolaire 20

assure l’équilibrage des tensions en faisant passer la to- 10


10

talité de la puissance active par l’onduleur NPC. Etant 0


0
donné qu’il ne nécessite pas de convertisseur DC-DC, cet
−10
−10
onduleur est simple et son rendement est encore amélioré
par rapport à la solution précédente. Avec ses 9 niveaux, −20 −20

il dispose d’une bonne résolution. La complexité est re- (c) puissance grande cellule (d) puissance petites cellules
30
portée au niveau de l’équilibrage des tensions.
25

III. Simulations et mesures 20

15
Deux prototypes d’onduleurs avec rendement élevés ont
10
été réalisés.
Le premier est constitué d’un pont triphasé mis en série 5

avec des cellules pont en H alimentées comme illustré à 0

la Fig. 9. Il permet de vérifier les propriétés générales de (e) énergie par phase
ces structures. Les résultats expérimentaux sont illustrés Fig. 11. Mesure de l’onduleur 6 niveaux hybride alimentant un
à la Fig. 11 pour l’amplitude maximale de l’onduleur. Fig. moteur asynchrone à vide
11(a) illustre la résolution élevée de cet structure en mon-
trant la tension composée qui comporte 11 niveaux. Nous sante homopolaire. L’implantation du réglage, les simu-
vérifions la répartition de la puissance par phase entre la lations et mesures sont décrits dans la suite.
cellule triphasée Fig. 11(c) et les cellules monophasée à la
Fig. 11(d) : environ 60% de la puissance transitent effec- A. Réglage par la composante homopolaire
tivement à travers la cellule triphasée. La puissance des
cellules monophasées est pulsée et toutes les commutation L’algorithme basé sur l’optimisation a été implanté
en modulation sont supportées par ces cellules. Fig. 11(e) pour l’équilibrage des tensions pour une application d’en-
montre l’évolution de l’énergie au cours de la période et traı̂nement d’un moteur asynchrone. L’onduleur multini-
permet de mieux se rendre compte de la répartition de veau hybride employé est constitué d’une cellule NPC 3
l’énergie entre les cellules. niveaux triphasée à IGCT mis en série avec des cellules
Un deuxième modèle de laboratoire de l’onduleur NPC pont en H à IGBT [6]. Le schéma du système est illustré
hybride avec cellules pont en H non-alimentée a été réalisé à la Fig. 10. Le rapport entre les tensions intermédiaires
pour valider la stabilisation des tensions par la compo- est de 3, ce qui permet d’obtenir 9 niveaux distincts (pas

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d’états redondants). points de fonctionnement. Au début, le moteur tourne à


Les trois tensions intermédiaires des cellules pont en vide, puis à t = 4π rad, il est chargé à couple nominal.
H et la tension du point neutre de la cellule NPC sont A cause de l’inertie du moteur et en l’absence de réglage
stabilisées à l’aide de la composante homopolaire. L’algo- de sa vitesse, le régime transitoire de courant s’étend sur
rithme prédit l’évolution des tensions intermédiaires en plusieurs périodes.
fonction de cette composante, en utilisant un modèle pour A vitesse nominale, la tension homopolaire est très
la charge et un autre pour l’onduleur. Cette prédiction faible et constituée essentiellement d’une composante
couvre un intervalle fixe à partir de l’instant présent. d’harmonique 3. A la moitié de la vitesse nominale, les
L’horizon de prédiction se déplace au fil du temps. composantes significatives de la tension homopolaire
Le réglage du moteur asynchrone se fait indépendam- sont ses harmoniques 3 et 92 . Les amplitudes de ses
ment de la stabilisation (un réglage du flux en boucle harmoniques sont tout à fait acceptables pour les mo-
ouverte est appliqué). L’algorithme de stabilisation doit teurs standards. A vide, les tensions intermédiaires ne
fonctionner quelle que soit la trajectoire des courants et varient que de quelques pourcent. A charge nominale, les
tensions composées. Compte tenu de la difficulté, voire tensions intermédiaires varient d’environ 5% en régime
de l’impossibilité de prévoir l’état de la charge, le modèle stationnaire, et de quelques pourcent de plus en régime
de prédiction suppose simplement un régime stationnaire transitoire lorsque le courant est plus grand que sa valeur
conforme à l’état actuel. En revanche, le modèle de l’on- nominale.
duleur prédit avec précision les courants des condensa- Un démarrage du moteur de l’arrêt jusqu’à la vitesse
teurs intermédiaires. Ce modèle est suffisamment précis nominale a également été simulé, ce qui montre la per-
en ne considérant que les valeurs moyennes sur la période formance du réglage dans toute la plage de vitesse en
de pulsation. fonctionnement transitoire.
L’objectif de l’algorithme est de garder les tensions
intermédiaires proches de leurs consignes, autrement C. Résultats expérimentaux
dit leurs erreurs faibles. Afin d’atteindre cet objectif, la
L’onduleur est équipé avec des IGBT. La charge est un
somme des carrés de ces erreurs sur tout l’intervalle de
moteur asynchrone standard 400 V, 2.2 kW. Le réglage
prédiction est choisie comme fonction de coût.
est implanté sur un DSP SHARC de Analog Devices, ca-
Pour éviter des phénomènes gênants tels qu’une solli-
dencé à 32 MHz. La fréquence de pulsation est de 1 kHz, le
citation excessive des isolants, il faut garder la compo-
régulateur est échantillonné 1 fois par période afin d’avoir
sante homopolaire faible et lisse. Pour cela, la valeur de
plus de temps de calcul disponible. A cause des limites du
la composante homopolaire ainsi que sa première et se-
calculateur, les horizons de prédiction et d’optimisation
conde dérivée sont ajoutés à la fonction de coût en valeur
ont été un peu réduits (0.4 et 0.25 période fondamentale,
quadratique.
8 et 5 échantillons), et la fonction de coût ne contient pas
La valeur de la fonction de coût obtenue ainsi est mini-
encore les dérivées de la tension homopolaire. La minimi-
misée de manière itérative pour choisir la composante à
sation se fait à l’aide du gradient (gradient search dans
appliquer. Cette méthode est exécutée en temps réel et la
la littérature anglo-saxonne).
solution doit être trouvée dans un temps raisonnable. Afin
Le modèle montre les performances de la méthode
de trouver une bonne solution (d’éviter des minimums
de réglage sur toute la plage de vitesse aussi bien en
locaux) et de la trouver en peu d’itérations, il est très
régime stationnaire qu’en régime transitoire. Malgré les
utile d’avoir une bonne estimation initiale. Les harmo-
réductions de performance de l’algorithme, le système
niques 3 et 9 sont imposés comme solution initiale, leurs
reste stable et les résultats correspondent encore bien
amplitudes et phases ayant été préalablement déterminée
avec les simulations, ce qui est illustré à la Fig. 13.
expérimentalement.
Elle montre les même points de fonctionnement que la
Fig. 12. La tension homopolaire à vitesse nominale plus
B. Résultats des simulations
marquée est dû à une valeur initiale différente. A cause
L’onduleur, la machine asynchrone et le réglage pro- de frottements, le moteur ne tourne pas véritablement
posé ont été simulés à l’aide de Matlab/Simulink et de à vide, ce qui explique les oscillations des tensions
PLECS [7]. Les condensateurs intermédiaires ont une intermédiaires plus grandes.
capacité de stockage comparable à celle des onduleurs
du marché. La fréquence de pulsation est de 1 kHz, le IV. Conclusions
régulateur est échantillonné 2 fois par période. L’horizon
L’alimentation est un point essentiel des onduleurs
de prédiction est d’une demi période fondamentale, ce
multiniveaux asymétriques. Différentes configurations
qui correspond à 20 échantillons. Pour la minimisation
possibles d’alimentation ont été étudiées, et la nécessité
de la fonction de coût (fonction à 20 variables), la fonc-
de gérer la répartition de la puissance sur les cellules
tion d’optimisation des moindres carrés non-linéaires de
composant l’onduleur a été mise en évidence. Il est
la boı̂te à outils d’optimisation Matlab [8] a été utilisée.
possible d’utiliser les états redondants pour répartir les
Les simulations ont permis de mettre en évidence les
flux de puissance. Pour les onduleurs monophasés c’est
performances de la méthode de réglage sur toute la plage
le seul moyen qui permet de simplifier l’alimentation
de vitesse aussi bien en régime stationnaire qu’en régime
transitoire. L’exemple de la Fig. 12 illustre le bon main- 2 les harmoniques sont toujours calculées par rapport à la période

tient de l’ensemble des tensions intermédiaires pour deux correspondant à la vitesse du moteur

5
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1 1
u*cm, u*

u*cm, u*
0 0
−1 −1

1 1
u, i

u, i
0 0
−1 −1

10
εuCs, εuCnp [%]

εuCs, εuCnp [%]


5

0 0

−5 −10
0π 2π 4π 6π 8π 10π 12π 14π 16π 40 60 80 100 120 140 160 180 200
t t [ms]

1 1
u*cm, u*

u*cm, u*
0 0
−1 −1

1 1
u, i

0 u, i 0
−1 −1

10
εuCs, εuCnp [%]

εuCs, εuCnp [%]

0 0

−5 −10
0π 2π 4π 6π 8π 10π 12π 14π 16π 40 60 80 100 120 140 160 180 200
t t [ms]

Fig. 12. Simulation d’un onduleur hybride alimentant un moteur Fig. 13. Mesures d’un onduleur 9 niveaux hybride alimentant un
asynchrone : saut de couple nominal à la vitesse nominale et à sa moteur asynchrone : saut de couple nominal à la vitesse nominale
∗ et de phase u ∗ ,
moitié. Références de tension homopolaire ucm et à sa moitié. Références de tension homopolaire ucm∗ et de phase

tension u et courant i, et erreurs sur les tensions intermédiaires u ∗ , tension u et courant i, et erreurs sur les tensions
εuCs et sur le point neutre εuCnp . intermédiaires εuCs et sur le point neutre εuCnp .

sans dégrader la tension. En utilisant cette possibilité les Références


pertes dans l’alimentation peuvent être réduite, mais au [1] A.Nabae and H.Akagi. A new neutral-point-clamped PWM
détriment des pertes par commutation. Cet inconvénient inverter. IEEE Transactions on Industry Applications,
17(5) :518–523, September 1981.
peut être évité dans le cas des onduleurs triphasés en
[2] T.Meynard and H.Foch. Multi-level choppers for high voltage
gérant la répartition de la puissance par l’intermédiaire applications. Applications,EPE Journal, 2(1) :45–50, 1992.
de la composante homopolaire. [3] P.K.Steimer, H.Grüning, and J.Werninger. State-of-the-art ve-
Les structures asymétriques composées d’un ensemble rification of the hard driven GTO inverter development for a
de ponts monophasés ne sont pas propices à l’obtention 100 MVA intertie. PESC’96, (2) :1401–1407, 1994.
d’un bon rendement dans le cas d’une application tri- [4] S.Mariethoz and A.C.Rufer. Design and control of asymmetrical
multi-level inverters. IECON’02, November 2002.
phasée. Une structure plus simple et plus performante est
obtenue en choisissant une structure hybride, constituée [5] D. Mayne, J. Rawlings, C. Rao, and P. Scokaert. Constrained
model predictive control : Stability and optimality. Automatica,
d’une cellule triphasée fournissant la majeure partie 36(6) :789–841, June 2000.
de la puissance et de cellules monophasées améliorant [6] P. Steimer and M. Manjrekar. Practical medium voltage conver-
la résolution. En utilisant les méthodes de répartition ter topologies for high power applications. volume 3, pages
décrites, il est possible de réduire voire d’annuler la frac- 1723–1730. IEEE, 2001.
tion de puissance fournie par les cellules monophasées, ce [7] Plexim GmbH. PLECS User Manual, 2002. Available :
qui permet d’utiliser des alimentations simplifiées pour http ://www.plexim.com.
ces dernières. Ces structures sont très intéressantes des [8] T. Coleman, M. Branch, and A. Grace. MATLAB Optimization
Toolbox User’s Guide. The MathWorks, Inc., 1999. Available :
points de vue du rendement, de la résolution obtenue et http ://www.mathworks.com.
de la complexité.