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Actes des congrès de la Société

des historiens médiévistes de


l'enseignement supérieur public

Les animaux et les péchés capitaux : de la symbolique à


l'emblématique
Madame Mireille Vincent-Cassy

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Vincent-Cassy Mireille. Les animaux et les péchés capitaux : de la symbolique à l'emblématique. In: Actes des congrès de la
Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, 15ᵉ congrès, Toulouse, 1984. Le monde animal et ses
représentations au moyen-âge (XIe - XVe siècles) pp. 121-132;

doi : 10.3406/shmes.1984.1441

http://www.persee.fr/doc/shmes_1261-9078_1985_act_15_1_1441

Document généré le 04/06/2016


Mireille VINCENT-CASSY

LES ANIMAUX ET LES PÉCHÉS CAPITAUX :


DE LA SYMBOLIQUE A L'EMBLÉMATIQUE

Au XVe siècle, dans les sources religieuses destinées au simple peuple,


le lion, la taupe, la chèvre, le sanglier, le porc, le chien et l'âne sont les
emblèmes respectifs des sept péchés capitaux : orgueil, avance, luxure, colère,
gourmandise, envie et paresse. Or au XIIIe siècle, les animaux utilisés pour
symboliser ces mêmes concepts dépassent la centaine dans les innombrables
traités sur les péchés qui se multiplièrent après 1215 pour répondre à
l'obligation de la confession auriculaire (1). Outre la perception toujours
malveillante des animaux qui pose un premier problème, peut-on comprendre
pourquoi les analogies des animaux et des péchés se fixèrent au XVe siècle? Est-
ce une meilleure connaissance des animaux ou un changement dans la
notion des péchés capitaux qui transforma la fonction comparative du
symbolique à l'emblématique?

Avant le Christianisme, les Assyriens et les Babyloniens avaient


imaginé que les péchés étaient l'œuvre de sept démons qui agissaient chez
l'homme sous forme de larves ou de vers mais qui pouvaient aussi se
manifester comme le lion, l'aigle ou d'autres bêtes sauvages qui faisaient peur
aux habitants de ces régions (2). Dès la Genèse l'animal ne bénéficiant ni de
la parole ni de la raison est exclu du salut. Il est au service de l'homme
comme toute la création. Sa participation au péché originel l'oriente plutôt
vers le mal mais on sait que les Hébreux le considéraient avant tout comme

1. M.W. Bloomfield propose une liste de 1 15 animaux dans son ouvrage. The seven
deadly sins, Michigan, 2ème éd., 1967, p. 244; O. Zockler, Das Lehrstuck von den sieben Haup-
tsunden, Biblische und Kirchenhistonsch studien III, Munich, 1893; Marie Gothein, Die
Todsunden, in Archiv fur Religionswwissenschaft, Leipzig, 1907, vol. X, p. 417-484.
2. Ch. F. Jean, Le péché chez les Babyloniens et les Assyriens, Monografie del collegio
Alberoni, III, Pans, 1926, p. 24-68.
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impur (3). Certes le Christianisme accentua la soumission de l'animal à


l'homme ajoutant aux services de la nourriture et du travail sa participation
à la démonstration des choses invisibles comme tout objet concret. Signe de
Dieu, il suffit à l'homme de le décrypter pour qu'il l'aide à faire son salut.
Dans la symbolique évangélique, l'animal est bon ou mauvais alors que les
démons, génies ambivalents de la pensée antique, deviennent
définitivement les représentants du mal. Ils se couvrent de toute la démonologie juive
et deviennent les aides de Satan (4). C'est dans l'œuvre de Philon
d'Alexandrie, contemporain de la vie du Christ, que l'on trouve pour la première fois
la liaison des animaux et des péchés. Or c'est à cet auteur que le
Christianisme emprunta la lecture allégorique de l'Ancien Testament qui est
toujours celle de l'Eglise catholique (5). Les premiers exégètes Origène,
Jérôme, Clément d'Alexandrie et les pères du Désert christianisèrent la
pensée de ce philosophe grec qui avait écrit pour les Juifs. On peut le voir avec
l'exemple de l'animalisation des démons. Si les démons attaquaient les
pécheurs dans le Nouveau Testament, ils n'avaient pas d'autre attribut que
leur marginalité quand sept d'entre eux entourèrent Marie-Madeleine (6).
Or ils dévorent, mordent, griffent, piquent, sucent et déchirent les Pères du
désert comme agissent les prédateurs qu'ils voient autour d'eux (7). Le
diable même, ange déchu s'orne de ses premiers attributs bestiaux, alors que
les divinités de l'Antiquité, comme la déesse Terre liée aux serpents chto-
niens depuis Hésiode (8), deviennent des démons. Si Clément d'Alexandrie
voit dans la truie le signe de la gourmandise et dans l'aigle celui du vol (9),
il conçoit comme Origène l'empêchement de son salut par son corps. Les
animaux sont liés à la terre, à la chair, à la matière, à tout ce qui empêche
l'âme de s'élever. Les sept démons qui attaquent Saint-Antoine (10) - le
diable au corps - ont des apparences d'animaux mais ils ne sont pas encore
différenciés car ils n'expriment que la violence concupiscible de J'hom'me.
Cornes, griffes, bec, queue sont des protubérances étrangères à l'harmonie
divine et à la beauté voulue par Dieu pour que chaque fidèle puisse par
similitude ou opposition en tirer un profit moral. La réalité zoologique importe
peu pourvu qu'elle démontre, si bien que le Physiologus, ce fameux
bestiaire écrit au IIe siècle à Alexandrie propose autant d'animaux imaginaires
que réels.

3. Dictionnaire de la Bible :
4. I. Pierre, V, 8; Philippiens, III, 2; Actes des Apôtres, XX, 29; Marc, IX, 44, 46, 48.
5. E. Bréhier, Les idées philosophiques et religieuses de Philon d' Alexandrie , Paris,
1908; E. Bréhier, Origines des idées symboliques, Revue Philosophique, LXXV, 1913, p.
136.
6. Luc VIII, II.
7. Me Culloch, Medieval latin and French Bestiaries, Chapel Hill, Univ. of North
Carolina Press, 19-o, p. 64; H. Waddel, Beast and Saints, London 1934, Vitae Patrum, P.L.
LXXIII, 1126etsuiv.
8. J. Leclerq-Kadanir, De la terre-mère à la luxure; à propos de la migration des
symboles, Cahiers de civilisation médiévale, XVIII, 1975; O. Zoockler, Geschichte der Beziehun-
gen zwischen Théologie und Naturwissenschaft... Gutersloh, 1977, p. 328.
9. Stromate, V, 8, P.G. VIII, 9.
10. Vitae Patrum, P.L. LXXIII.
Les péchés capitaux 1 23

Quand Evagre-le-Pontique en 385 puis Cassien en 420 dressent une liste


de huit vices principaux susceptibles d'englober toutes les passions
mauvaises de l'homme issues du péché originel, ils n'attribuent pas un animal
spécifique à chacun des vices (11). Cassien compare longuement le moine
pratiquant l'ascèse à l'aigle volant dans les cieux limpides. Il croit avoir atteint
les hauteurs spirituelles mais la faim l'oblige à redescendre dans la vallée et
à se mouiller au contact des cadavres (12).
Trois textes scripturaires jouent un rôle dans les choix des animaux que
proposent Jérôme, Jean Chrysostome ou Nilus (13). Jérémie (V-6) montre
les pécheurs comme un lion, un léopard ou un loup (14); un texte de la
Genèse désigne Satan comme un lion cherchant ce qu'il pourrait dévorer (il
deviendra la gueule de l'Enfer); et Jean dans l'Apocalypse évoque la bête
formée d'un corps de panthère, de pattes d'ours et d'une gueule de lion (15).
Glosant le thème de la Grande Prostituée, ces Pères initièrent la vision
débordante de la sexualité animale au point qu'aucune espèce ne fut désormais
épargnée, pas même les oiseaux plutôt symboles des vertus jusqu'alors. Il
ne faut pas oublier que ces textes, y compris les psychomachies des vices et
des vertus qu'inventèrent Prudence et Nilus (16) étaient à l'usage de clercs à
la chasteté obsessionnelle. L'enveloppe charnelle de l'homme est suspecte,
elle rapproche l'homme de l'animal et l'avantage de la mort dit Grégoire est
de permettre à l'homme de se débarrasser de son corps (17).
En 604, ce pape proposa à l'Occident une nouvelle liste des vices
capitaux correspondant mieux à la vie cénobitique de l'Occident, créant ainsi la
tradition des sept vices capitaux qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Il en
citait en réalité huit puisqu'il faisait de l'orgueil la racine de tous les autres
péchés. La séquence des vices est l'inverse de celle de Cassien puisqu'elle
propose une hiérarchie à partir du plus grave d'entre eux, l'orgueil, d'où découlent
l'envie, la colère, la tristesse, l'avarice, la gourmandise et la luxure (18).

Jusqu'au XIIe siècle, le système symbolique et les analogies animales


des péchés sont d'autant plus vivantes et personnelles que trois listes de
vices capitaux coexistent en Occident : celle de Cassien, celle de Prudence et
celle de Grégoire. Ainsi Isidore de Seville, non seulement ne propose pas

11. Evagre le Pontique, P.G. XL, 1219; Cassien, Conlationes V, II, P.L., XLIX, 621.
12. Conférences V, 20.
13. O. Zockler, Geschichte... op. cit. p. 280et suiv.
14. Les trois animaux que l'on rencontre dans l'Enfer de Dante par exemple 15-Ap, XIII, 2.
16. P.G., LXXIX, 1 139-1 143 et pour Prudence : éd. et trad. M. Lavarenne, Paris, les
Belles Lettres, 1963, tome III, p. 43 à 82.
17. P.L.
18. P.L.,LXXVII,620.
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les mêmes listes de vices dans les Etymologies et les Sentences (19), mais ne
retient pas non plus les mêmes analogies animales. Si Pierre Damien (20) au
début du XIe siècle énumère quarante et un animaux correspondant à autant
de péchés, il ne s'intéresse pas davantage aux vices capitaux que les Péni-
tentiels ne l'utilisaient comme grille pour la confession. Le lion ou la
baleine (21), par référence au Léviathan, peuvent exprimer la forme la plus
exacerbée de la rébellion contre Dieu. Ce sont des animaux inconnus des
hommes de l'Occident si bien que les pécheurs sont le plus souvent associés
aux serpents, basilic, dragon, vermine et autres rampants qui semblent
éclore de la pourriture. Ils expriment la macule du péché originel et de la
condition humaine, ils sont le mal sans grande différenciation de chacun des
vices comme le révèlent les sculptures romanes. Cependant les nombreuses
représentations de la femme aux serpents (22) expriment autant l'origine
charnelle des fautes humaines que l'importance grandissante de la femme
dans la société des laïcs. Les nouvelles images du diable, désormais bestial
et féminisé par de longs cheveux hérissés sur la tête, lui enlèvent toute sa
«spiritualité» d'ange déchu (23). Les sept vices sont désormais le diable
multiforme qu'Honorius d'Autun (14) voit dans la bête aux sept têtes de
l'Apocalypse (25).
La personnification des vices au cours du XIIe siècle, à l'image des
vertus romaines, s'accompagne alors du chevauchement des animaux. Il s'agit
d'abord du cheval qui, nous dit Pierre le Chantre, est l'animal possédé par
excellence (26). Il est psychopompe et cause de la chute de l'orgueil sur la
façade de la cathédrale de Paris. Le chevauchement étant une fonction
passive, il est bien le signe incontournable de la nature vicieuse de l'homme et
sa composante animale. C'est pourquoi Herrade de Landsberg a placé
l'orgueil sur un cheval furieux à la tête de l'armée des sept vices (27).
Ces vices sont donc des causes finales et non des péchés actuels. Les
maîtres de l'école théologique parisienne vont introduire au milieu du XIIe
siècle une nouvelle notion du péché qui va changer l'économie du salut.
Avec Abélard, le péché est désormais défini comme un acte, la manifestation
du vice dont il découle. C'est l'intention, la volonté, l'acquiescement au mal
qui crée le péché (28). Certes c'est toujours une souillure mais il est moins

19. P.L.,LXXXIII,638.
20. Do bono religiosi status et variorum animatum tropologia, P.L., CXLV, 763-792.
21.P.L..LXXXIX, 103.
22. E. Mâle, L'art religieux du XIIe siècle en France, Paris, 6èmeéd. 1966, p. 373.
23. Bel exemple sur un chapiteau de Vézelay.
24. Speculum ecclesiae, P.L. CLXXII, 1010.
25. Elle apparaît sur toutes les pages de garde des manuscrits de la Somme le Roi, B.N.,
Paris, Ms 938, fol. 8.
27. Verbum abbreviatum, P.L. CCV, 94.
2e 27.
éd. New
Reproduite
York, 1964,
dans A.
planche
Katzellenbogen,
IV. Allegories of the virtus and vices in medieval art,
28. Prologue du 5/c^r Non, P.L. CLXXVII, 1339.
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grave qu'il est commis involontairement. Comme les situations sociales sont
différentes et variables, et que les théologiens, après Hugues de Saint- Victor
définissent les filles ou branches découlant de chacun des vices (29), les
péchés vont désormais se définir par les objets recherchés par les pécheurs. Il
devient alors si difficile d'apprécier les péchés spirituels qu'Alain de Lille ne
propose pas de peines pour ceux qui les confesseraient (30).

Alors que les théologiens n'avaient attaché que peu d'importance au


système des vices capitaux, les statuts synodaux (31) et les praticiens de la
confession imposèrent, après 1215, l'aveu des fautes par la grille des sept
vices capitaux, sur laquelle intervenaient les questions sur les circonstances
du péché : où? quand? comment?. Or les fidèles pas plus que les prêtres ne
connaissaient cette liste. L'obligation de ce nouveau sacrement faite à toute
la chrétienté est à l'origine d'un immense effort pédagogique. Les traités sur
les vices se multiplièrent, dès lors, au point d'être le genre le plus abondant
de la fin du Moyen Age. Ils cherchèrent à s'adapter à différents publics : à
l'usage des clercs qui devaient l'enseigner, à l'usage des laïcs lettrés, au
profit du simple peuple qui écoutait les sermons ou regardait les images sur
les parois des églises. Tous les efforts concordaient pour que les fidèles
retiennent cette récitation. Cependant l'héritage oriental de la tradition était
inadéquat pour les laïcs du XIIIe siècle. Certes depuis Pierre Lombard (32),
la vaine gloire s'était fondue dans l'orgueil et la liste de Grégoire était la
seule admise mais la liaison toujours présente du lion avec l'orgueil n'était
pas très démonstrative pour des Occidentaux qui n'en avaient jamais vu.
Aussi, Hugues de Miramors, maître parisien des années 1220 décrivant
«une abominable vision des bêtes» se livrant à divers jeux entre eux,
reconnaît-il l'orgueil à la plume de paon et non au lion qui le supporte. Les
animaux qu'il voit ensuite, loup, sanglier, chèvre, chien et porc vivent en
Europe occidentale de même que les oiseaux qui accompagnent ces bêtes et dont
une plume sert de signe de reconnaissance (33). Bien que les images de
plumes d'oiseaux relèvent d'une culture savante et scolastique, elles utilisent les
animaux comme les fables ou le Roman de Renard (34). Les animaux s'y
comportent comme les hommes vivant en société, ayant tous leurs défauts.
Ce n'est plus l'homme qui agit comme un animal mais ce dernier qui est an-

29. ou pseudo Hugues de Saint-Victor, De fructibus carnis et spiritus, P.L., CLXXVI,


1002.
30. Liber poenitentialis, éd. J. Longère, Analecta Mediaevalia Namurcensia, vol. 17 et
18,Louvain 1965.
31. E. Pontal, Statuts synodaux français du XIIIe siècle, Paris 1971, p. 63, p. 237.
32. Sent. II, 42, 8, quar. I, 431.
33. B.N. Paris, Ms lat. 3307 fol.
34. J. Bichon, L'animal dans la littérature française aux XIIe et XIII' siècles, Lille 1976,
tome II.
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thropomorphisé et supporte donc les attitudes des hommes. Pour que ce


système devienne réellement signifiant il faut que l'animal soit connu des
fidèles et même familier. Aussi l'univers animal qu'utilisèrent les prédicateurs
mendiants dans les exempla évite-t-il les animaux fabuleux et imaginaires
pour enseigner les vices capitaux (36). Ce sont en effet les Dominicains et
les Franciscains qui accomplirent l'essentiel de ce travail catéchétique. Au
travers la Somme des Vices (1236) du dominicain Guillaume Peyraut,
ouvrage le plus influent dans le genre jusqu'à la fin du XVe siècle (36), on peut
apprécier l'usage des animaux pour décrire les attitudes des pécheurs et les
objets qu'ils recherchent. Dans le plus original et le plus long de ses traités
sur l'avarice, Guillaume utilise les agissements du loup, de la taupe, de la
sangsue, du cancer, de l'aspic et du crapaud pour dépeindre les différents
aspects de ce vice dans la société du XIIIe siècle (37). S'il conserve comme
les auteurs qui l'ont précédé - surtout Pierre le Chantre - un goût très
prononcé pour les animaux rampants et la pourriture, il tente de donner une
nouvelle cohérence au système en introduisant les «péchés de langue» et le
mensonge à la suite des sept vices.
Le changement dans l'ordre des péchés qui se fixe en 1270 avec le
procédé mnémotechnique SALIGIA (38) formé des premières lettres de super-
bia, avaricia, luxuria, ira, gula invidia et acedia correspond à une triple
adaptation de la tradition des sept vices capitaux. D'une part elle intègre
l'argent et les préceptes religieux du mariage dans la société laïque du XIII1'
siècle en plaçant l'avarice et la luxure en deuxième et troisième position;
d'autre part, en faisant disparaître toute séquence logique dans cette
enumeration, elle implique une connaissance individualisée des fautes majeures
qui troublent l'ordre social. Enfin, définissant les péchés par des actes
extérieurs, les recueils didactiques réservés aux laïcs abandonnent le vocable de
vice au profit de péché capital montrant ainsi la faible considération
accordée aux péchés spirituels, les seuls qui fussent mortels pour Grégoire.
L'acédie passe bonne dernière et l'envie, dont personne ne se confesse, la
précède alors que la colère, devenant l'agressivité envers les autres ne
conserve rien de son impatience envers Dieu, pour n'exprimer au mieux que

35. Sans analyser dans le détail des recueils d'exempla, cela apparaît très clairement dans :
F. G. Tubach, Index exemplorum, Helsinski, 1969, F. F. communications, vol. LXXXVl, n"
204.
36. B.N. Paris : Ms lat. 15918, mais on en connaît plus de 200 exemplaires répartis dans
toute l'Europe. Il fut utilisé par de très nombreux auteurs écrivant en latin comme Etienne de
Bourbon mais aussi Nicolas de Biard dans son Dictionarius pauperum (B.N. Paris, Ms lat
2339) Jean de Galles dans sa Summa de Vitiis (Ms lat 6776), John Bromyard dans sa Summa
Praedicantium (Nuremberg, 1486) ou encore Antonin de Florence dans sa Somme pour n'en
citer que quelques uns. Il inspira des auteurs en langue vernaculaire; Frère Laurent et sa
Somme le Roi (Ms fr 938) Le Manuel des péchés de William de Wadington (Ms fr 14959),
mais aussi Guittone d'Arezzo et Dante en Italie, Chaucer Gowwer et Spenser en Angleterre, et
Juan Ruiz, auteur du Libro de Buen Amor en Espagne.
37.0p. cit., fol. 00.
38. Henri de Suse, Summa super titulus decretalium cité par O. Zockler, Lehrstuck... op.
cit., p. 71-72.
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le suicide, semblable au sanglier furieux qui se jette lui-même sur l'épée du


chasseur (39). Certes l'orgueil reste en tête roi des vices de la tradition.
Associé au roi des animaux, il n'exprime la rébellion contre Dieu que par
le refus de l'ordre établi. C'est la vanité qui conduit les femmes à se
maquiller et les hommes à prendre les vêtements de «la première classe de la
société» (40). Les paons s'affublent des atours des seigneurs : brillants et
s'élevant au-dessus de tous ils oublient que l'on peut voir leurs vilaines
pattes (41). Parce qu'il est un animal familier du riche bourgeois, le singe
imite le noble grâce à son argent (42). Le renard exprime la convoitise mais
comme le Contrefait (43), il habite désormais la ville où il rencontre cette
autre bête apocalyptique des bourgeois du XIVe qu'est Fauvel dont le nom
est formé de chacune des premières lettres de six péchés (44). Le porc qui
ne sait pas s'arrêter de manger et grogne en engloutissant ses aliments avant
de se rouler dans son fumier est semblable aux goulus de ce siècle qui
mangent et boivent avec démesure (45). Le chien, le loup, le renard, le dragon,
le basilic expriment l'envie, péché mal défini dans les manuels et les
formulaires pour la confession. A la fois avarice et vaine gloire, l'envie se montre
souvent comme un chien hargneux qui voit un os (46). L'acédie n'eut pas
beaucoup de succès et à côté d'animaux très variés pour symboliser cette tiédeur
monastique qui empêchait les moines d'accomplir leurs devoirs religieux, on
voit poindre l'analogie avec l'âne dans un texte de Roger Bacon (47) C'est
en fait un emprunt fait à Boèce (48) qui le tenait peut-être d'Origène (49).
Vers 1250, Albert le Grand associait l'âne à la paresse (50). Or, à la fin du
XIVe le terme de paresse commence à se substituer à celui d'acédie.

39. C'est l'image que propose Guillaume Peyraut et que reprennent de nombreux ouvrages
didactiques du XIVe et du XVe siècle. On trouve l'ours, le hérisson mais aussi le lion dont
l'image fut vraisemblablement empruntée à Boèce (IV, 3).
40. Ce sont les questions que l'on pose aux pénitents dans les formulaires pour la
confession et les reproches qu'adressent les prédicateurs aux fidèles.
41 . Comparaison utilisée par les prédicateurs à propos de la toilette des femmes (Jacques de
Vitry et quatre exempla cités par F.C. Tubach). Guillaume Peyraut outre le lion préfère les
images de la mousse ou de vessie pleine de vent pour symboliser la vaine gloire.
42. C'est pour se procurer des singes qu'ils exposent à leurs fenêtres que les prélats sont
cupides selon Hugues de Saint-Victor (B.N. Paris Ms lat. 14934 fol 82), le singe est l'animal de
l'avarice dans Le Miroir du Monde, éd. A. Chavannes, Lausanne 1845, liant ainsi l'avarice et
la recherche de l'argent à la vaine-gloire.
43. Composé vers 1330, éd. G. Raynaud et H. Lemaitre, Paris, 1914. Le bourgeois est le
vrai seigneur du monde car il peut tout se procurer.
44. Flatterie, Avarice, vilenie, variété, envie et lâcheté, Gervais du Bus, Le roman de
Fauvel, éd. A. Langfors 1914-1919, vers 256.
45. C'est un lieu commun issu de l'évangile selon Saint-Mattieu, mais on trouve aussi
l'association à l'ours friand de miel.
46. M. Vincent-Cassy, L'envie au Moyen-Age, Annales E.S.C., mars-avril 1980, p. 253.
47. Cité par W.M. Bloomfield, op. cit., p. 89.
48. C'est à partir du XIIe siècle que De consolatione philosphiae eut ses premiers grands
commentateurs.
49. Contre Celse, livre VI, 31 , éd. et trad. M. Boret, tome III, 1969, Sources Chrétiennes
147; on songe ainsi à L'âne d'or d'Apulée.
50. Deanimalibus, XVI, 1357.
128 Mireille VINCENT-CASSY

Avec la luxure, on assiste à la plus belle anthropomorphisation de l'animal


quand le bouc symbolique de la sexualité agressive et débordante laisse la place
à la chèvre au désir inassouvi, responsable des péchés des hommes (51).
La confusion dans ces textes de pratique pastorale entre le vice et le
péché, le symbolisme mécaniste de ces auteurs qui cherchent dans l'univers
une unité par analogie, conduit aussi à des parallèles de plus en plus
extravagants donnant des associations d'animaux et de péchés tels qu'on peut les
lire dans le Lumen animae, rédigé en 1330 par le franciscain autrichien
Matthias Farinator. Il décrit la procession des vices qui lui apparût en songe.
L'orgueil assis sur un dromadaire porte un paon sur son casque, un aigle sur
son bouclier, un lion sur sa tunique et tient une épée à la main. La luxure
montée sur un ours une couronne de roses sur son casque, une sirène sur son
bouclier, un basilic sur sa tunique, tient une coupe d'immondices à la main.
L'avarice apparaît sur une antilope (oryx) accompagnée d'une taupe, d'une
marmotte, et d'une unicorne tandis que la colère juchée sur un chameau
s'orne d'un épervier, d'un chien hargneux et d'un phoque (força). L'envie
chevauche un dragon, un nid de guêpes placé sur son casque, une chauve-
souris sur son bouclier et un serpent sur sa tunique. Assise sur un âne suit
l'acedia alors que sur son casque figure un singe, sur son bouclier un buffle
(bubale) et sur sa tunique un léopard. Enfin vient la gourmandise sur un chat
sauvage, aux emblèmes de loup, brochet (luceus piscis) et «panchio» (52).
Traduit en langue allemande, ce poème eut une grande influence en Europe
centrale, dans la peinture et la tapisserie flamande comme l'a montré O.
Zockler. Mais ce modèle n'eut sans doute aucune influence sur la récitation
des péchés, pas plus que n'en eut à la même époque le Pèlerinage de Vie
Humaine. Guillaume de Digulleville proposait lui aussi trois associations
animales, au moins, pour chacune des tendances néfastes de l'homme
personnifiées par des animaux qui attaquent l'homme selon un double jeu à la
(ois ;ilU;iiorique et emblématique (53).

A la fin du XIVe siècle, ce n'est plus le diable qui fait peur mais la mort.
Si la première Doctrina Moriendi fut composée avant la Grande peste de
1348 (54), l'expérience de cette mortalité permit aux prédicateurs d'asso-

5 1 . Sans parler du péché d'Eve, la femme est toujours la cause des péchés hétérosexuels car
elle est toujours «échauffée» selon tous les moralistes comme les auteurs de fabliaux; la truie
et le bouc sont les symboles les plus fréquents. C'est d'abord en français qu'apparaît la chèvre
avant d'être lacapradu Ms fr400de la B.N. Paris et des peintures murales du XVe siècle.
52. Le texte est édité par O. Zockler, Lehrstuck... op. cit., p. 86-87. Une tapisserie de
l'hôtel de ville de Regensbourg, datée de 1400 utilise ce modèle, mais je ne l'ai pas vue.
53. Pèlerinage de vie humaine, éd. J.J. Sturzinger, Roxburghe club, Londre, 1893, vers
6483-7032.
54. A. Tenenti, // senso délia morte e l'amore délia vita nel Renascimento, Turin, 2ème
éd. 1977, p. 32.
Les péchés capitaux 129

cier les péchés à la mort au point qu'ils s'appellent désormais péchés


mortels dans les formulaires pour la confession. Ainsi Gerson prêche à Paris sur
les sept vices capitaux (55) mais les nomme péchés mortels quand il rédige
des «opuscules pour le simple peuple» (56). Au moment où les Sommes des
cas alphabétiques dissolvent le système des sept vices en multipliant les
péchés, les prédicateurs populaires mais aussi tous les clercs, Nicolas de Cla-
manges par exemple, qui œuvrent à la réforme de l'Eglise insistent sur la
nécessité de faire connaître cette liste des sept péchés capitaux. Tous les
statuts synodaux français répètent cette obligation au début du XVe siècle,
ajoutant même qu'avant d'ordonner un prêtre, il faut s'assurer que le
candidat en connaît bien la liste (57). Utilisant la crainte de la mort, les
prédicateurs mendiants répandirent la peur des sept péchés mortels. Ce fut le
programme développé à l'intention des travailleurs des villes et des
campagnes, de tous ceux qui ne savaient pas lire. Plusieurs méthodes de
mémorisation furent pratiquées mais la référence à un animal pour se souvenir de
chacun des péchés obtint le plus grand succès. Eustache Deschamps rédige
plusieurs ballades où il compare les vicieux de son siècle avec des animaux
quand il n'annonce pas la fin du monde à la vue d'animaux se déchirant
entre eux comme les hommes des dernières années du XIVe siècle. Il rédige
aussi une allégorie des sept péchés capitaux qui est un défilé d'hommes et
de femmes assis sur des animaux.
... vi en dormant dolereuse assemblée,
Ce fut Orgueil chevauchant le lion,
Ire emprès lui qui se siert d'une espée
Sur un loup siet; Envie la dervée
Dessus un chien aloit fort murmurant,
Avarice gouverne la contrée :
. . . Car celle avoit or, joyaulx a foison,
Et languissoit d'acquerre entalentée;
Paresce après dormoit une saison,
En l'an n'a sa quenouille fillée;
Sur l'asne siet la povre escheveulée
qui en touz lieux est toudis indigent;
Glotonnie fut sur un ours posée,...
. . . Celle mettoit tout a destruction,
Par gourmander avoit la pence emflée;
Luxure estoit moult près de son giron
Qui chevauchoit une truie eschaufée
Mirant, pignant s 'aloit comme une fée

55. Gerson, Poenitemini, Œuvres complètes, éd. Mgr Glorieux, vol. VII, p. 793 à 934.
56. A. B.C. des simples gens, op. cit., vol. VII (I), p. 159 et Examen de conscience selon
les 7 péchés mortels, id. p. 393.
57. P. Adam, La vie paroissiale en France au XIV siècle, Paris, 1964, p. 28Oetsuiv.
130 Mireille VINCENT-C ASS Y

Et attraioit maint homme en regardant;


Mais trop puoit sa trace et son alée, . . . (58).
A quelques variantes près, tous les textes concordent sur les associations
des péchés capitaux avec les animaux en France, en Angleterre et en Italie (59),
si bien que l'iconographie s'empare du thème (60). Les peintures du
manuscrit français 400 de la Bibliothèque Nationale de Paris, daté des années
1390, montrent une cavalcade des sept péchés capitaux où les personnages
chevauchent leur animal emblématique. L'idée, nous l'avons vu, remonte
au XIIIe siècle mais ici le dessinateur a fait correspondre une catégorie
sociale et un animal : le lion au roi, la taupe au marchand, le chien de l'envie
au moine, l'âne de l'acédie au paysan, le sanglier de la colère à une femme
tandis que la chèvre de la luxure correspond à une dame et le loup du
glouton à un jeune homme (61).
C'est le modèle des peintures murales du XVe siècle. Dans un travail
antérieur j'ai dénombré quarante exemplaires de ces cavalcades des péchés
capitaux regroupés essentiellement dans les Alpes et la vallée du Lot (62).
C'est un art populaire, les représentations se trouvant toujours dans de mo-

58. Ballade CLXXXIII, éd. Queux de Saint-Hilaire, tome I, Paris, 1878, p. 319.
59. Dans la Dieta Salutis du Pseudo Bonaventure, dans le Speculum morale du Pseudo
Vincent de Beauvais, dans le Compendium theologiae du Pseudo Gerson, éd. Dupin, 1706, tome
I, p. 325, chez Nicolas de Clamanges : Expositio super quadraginta septem capitula Isaye.
dans le Mirour de l'omme de Gower et chez d'autres auteurs anglais que cite W.M. Bloom-
field, op. cit., p. 195 et suiv. On trouve encore ces associations dans la Somme d'Antonin de
Florence où il associe non seulement un animal à chaque péché mais aussi une maladie et un
démon.
60. Les peintures de la Somme le Roi dont le texte était inspiré de Guillaume Peyraut
avaient montré dès 1279 les vertus debout sur des animaux : dans le Ms fr. 938, B.N. Paris, le
porc est sous la chasteté, le chien sous la libéralité, le serpent sous l'amitié. Ce modèle ne
donna lieu qu'à une seule peinture murale aujourd'hui presque effacée à Kermaria dans les
Côtes-du-Nord, mais on a pu y lire autrefois : lion, serpent, chien, renard, bouc, et âne : M
Thibout, La chapelle de Kermaria Nisquit et ses peintures murales, Congrès archéologique
1949, p. 76, cette chapelle possède une célèbre danse des morts peinte.
61 . B.N. Paris, Ms fr. 400, reproduit par E. Mâle, L'art religieux à la fin du Moyen-Age,
Paris 1949, p. 471-475.
62. M. Vincent-Cassy, Un modèle français : les cavalcades des sept péchés capitaux dans
les églises rurales de la fin du XVe s., Colloque Art, artisans, artistes. Rennes, mai 1983,
sous presse. Peintures à L'Argentière (Hautes Alpes), Arvieux (id), Avrieux (Savoie), Bagas
(Gironde), Bastia Mondovi (Piémont), Bessans (Savoie), Bourisp (Hautes-Pyrénées), Briolet
(Lot-et-Garonne), Ceillac (Alpes), Champniers (Vienne), Chemillé (Maine-et-Loire), Clans
(Alpes-Maritimes), Digne (Alpes-de-Haute-Provence), Fontet (Lot-et-Garonne), Les Horres
(Piémont), Jaillons (Piémont), Les Junies (Lot), Liverogne (Val d'Aoste), Lugos (Gironde),
Le Mail (Lot-et-Garonne), Martignac (Lot), Montbrun-Bocage (Haute-Garonne), Névache
(Hautes-Alpes), Les Orres (Hautes-Alpes), Pervillac (Tarn-et-Garonne), Pampinet (Hautes-
Alpes), La Pommeraie sur Sèvre (Vendée), Prelles (Hautes-Alpes), Roubion (Alpes-
Maritimes), Roussines (Indre), Saint-Aventin (Haute-Garonne), Salbertrand Piémont La
Tour-sur-Tinée (Alpes-Maritimes), Vallouise (Hautes-Alpes), Venanson (Alpes Maritimes),
Vence (Alpes-Maritimes), Vieux (Lot-et-Garonne), Les Vigneaux (Hautes Alpes), Villa-
franca (Piémont).
Certaines de ce peintures sont partiellement ou totalement détruites. Les dernières
découvertes furent faites récemment dans le Sud-Ouest.
Les péchés capitaux 13 1

destes églises de villages ou de hameaux. Le thème était alors si courant et


signifiant qu'un chroniqueur nous parle d'une chevauchée des sept péchés
mortels participant avec leurs attributs à une entrée royale en 1437 (63). Ces
fresques sont liées à la gueule de l'Enfer à des représentations des
châtiments infernaux ou du jugement dernier. Il s'agit bien de créer la peur des
péchés comme l'indique le mot «angustias» qui sort de la bouche du moine
de l'église de Roussine qui regarde passer les péchés capitaux montant leurs
animaux particuliers (64). Ces quadrupèdes ne sont plus les effets du diable
sur l'homme mais la faute que chacun commet consciemment, volontairement
et qu'il peut éviter (65). En effet, ils expriment toujours l'aspect extérieur et
matériel du péché et non l'aspect peccamineux de la nature humaine. Ils
signifient plus la mort du corps que celle de l'âme. Dans ces peintures, malgré
quelques variantes, le lion figure l'orgueil, le singe ou le blaireau l'avarice, la
chèvre ou le bouc la luxure, le sanglier, le loup ou le léopard, la colère, le
porc la gourmandise, le lévrier ou autre chien l'envie alors que l'âne exprime
l'acédie qui se nomme maintenant paresse. Ces animaux figurent tellement
les péchés qu'à la fin du XVe siècle ils restent sans cavalier. Ils sont sculptés
seuls sur la façade d'une maison bourgeoise de Thiers, sur la porte d'une
autre, aujourd'hui détruite à Tours et décorent les sept modillons d'une
troisième à Aguilar de Campoo en Espagne (66). On les trouve encore sculptés
aux encoignures de la cuisine du château de Chambord au moment où ils
participent aux emblèmes des péchés dans V Iconographie de César Ripa.
Ces animaux terrestres sont toujours représentés en mouvement, ils ca-
valent, galopent vers leur destination naturelle qu'est l'Enfer. Dans
certaines images des démons animalisés les y précipitent. Là, ils y retrouvent
d'autres démons animalisés qui pratiquent la torture de ceux qui furent des
bêtes sur terre. Les animaux en Enfer seraient un autre thème de recherche.
Il montrerait les mêmes décalages chronologiques entre l'écrit et les
représentations iconographiques et se terminerait de la même manière par la
destruction de toutes ces représentations figurées jugées extravagantes par le
Concile de Trente. Les propagateurs de la réforme catholique accentuèrent
l'importance de la tradition des sept péchés mortels que les Protestants
récusaient. Par contre ils refusèrent d'utiliser les animaux pour identifier les
péchés au point d'en interdire l'usage, non seulement parce que les
associations accentuaient les manifestations sociales et matérielles de ces péchés,
mais aussi parce qu'elles ne correspondaient plus aux pratiques religieuses
plus intérieures des hommes de la fin du XVIe siècle.
132 Mireille VINCENT-CASS Y

A trop systématiser l'utilisation didactique des animaux en fixant une


liste de sept d'entre eux pour faire «passer» la leçon des péchés capitaux, les
clercs de la fin du Moyen-Age ont tari cet usage possible de l'animal par le
chrétien. Il n'était plus un miroir qui renvoyait à Dieu comme dans la
symbolique primitive, permettant à chaque fidèle de trouver selon les
circonstances et les temps de l'histoire un message individuel dans telle ou telle
espèce, mais l'emblème, la manifestation des comportements des pécheurs
des XIVe et XVe siècles. Inadaptées aux hommes de l'époque moderne qui
n'y voyaient qu'un effet pervers de la casuistique, les comparaison des
animaux avec les péchés disparurent donc avec le Moyen- Age. Les clercs de la
Contre-Réforme n'ont pas su retrouver la veine symbolique de l'origine de
ce mouvement comparatif malgré leurs interdictions, le lion, le porc ou
l'âne restent aujourd'hui encore les attributs de l'orgueil, de la gourmandise
ou de la paresse dans le langage parlé.

63. A Paris, le 13 novembre 1437, Chroniques de Monstrelet, éd. L. Douet d'Arcq, Pans, 1857.
64. C'est la plus ancienne de ces peintures, mais la date qui apparaît (1391), semble être un
repeint car les costumes sont de l'époque de Charles VII.
65. E. Mâle montre la filiation entre ces cavalcades et des ouvrages plus tardifs comme le
Château de Labour, et l'adaptation de ces chevauchements à un art urbain qui utilise des
personnages de l'Ancien testament ou de l'Antiquité pour symboliser les vices.
66. Province de Palencia.