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Actes des congrès de la Société

des historiens médiévistes de


l'enseignement supérieur public

Les animaux en Occident du Xe au XVIe siècle


Monsieur Robert Delort

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Delort Robert. Les animaux en Occident du Xe au XVIe siècle. In: Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes
de l'enseignement supérieur public, 15ᵉ congrès, Toulouse, 1984. Le monde animal et ses représentations au moyen-âge (XIe
- XVe siècles) pp. 11-45;

doi : 10.3406/shmes.1984.1435

http://www.persee.fr/doc/shmes_1261-9078_1985_act_15_1_1435

Document généré le 04/06/2016


Robert DELORT

LES ANIMAUX EN OCCIDENT


DU Xe AU XVIe siècle

L'histoire des animaux n'est qu'un rameau restreint d'une bien plus
ample histoire de la nature dont non seulement nous manquons mais encore
dont historiens comme naturalistes semblent assez peu se soucier. Si l'étude
de l'environnement dont l'homme, ses points de vue, ses réactions et ses
techniques sont les centres évidents commence, cahin-caha, à se faire par le
biais de l'agriculture, de l'élevage, de la domination ou de l'occupation de
l'espace, par l'histoire des sciences ou des mentalités, il n'en est pas de
même de l'étude du milieu ou des phénomènes naturels, dont les variations
dans le temps ne dépendent pas ou peu des hommes ou même n'ont pas de
rapport très net avec l'histoire de l'homme.
On a à peu près conscience des fluctuations médiévales du climat, de
l'importance des tremblements de terre ou des raz de marée, du
soulèvement ou de l'abaissement du sol, des variations du niveau des mers, du
changement de cours des fleuves; on est déjà moins au courant des
fluctuations courtes du champ magnétique terrestre ou de l'irrégulière périodicité
des effets «Jupiter» ou «boomerang»... A fortiori nous sommes très
démunis en ce qui concerne non tellement les grands mouvements de la
couverture végétale que les subtiles variations des espèces en tel lieu ou à telle
époque. On voit combien l'étude de la faune, qui dépend si étroitement de tous
ces facteurs (et, parfois influence au moins l'histoire des plantes), est vouée
à l'échec, sauf, dans certains cas, si l'homme ou les sociétés humaines ont
agi sur elle de manière à peu près visible.
Bref! Une véritable histoire des animaux ne peut se concevoir sans une
étude complète du milieu dans l'histoire (écologie historique) et sans une
collaboration aussi étroite que possible entre les sciences de l'homme et de
la société, celles de la nature et de la vie, celles des structures et de la
matière, collaboration coordonnée par les historiens qui, au sens de l'espace,
ajoutent l'indispensable sens du temps. En l'absence d'une telle étude il est
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vain d'espérer faire autre chose qu'un essai restreint et lacunaire qui, bien
que conscient de toutes ces exigences, est encore plus conscient des limites
qu'imposent, plus que le manque de documents ou le manque d'ambition, le
manque de science et l'obligatoire limitation des horizons.
Nous n'essaierons pas de partir du schéma classique, campant comme
sur son sceau, le seigneur sur son cheval, faucon au poing et chien suivant,
dominant le plat pays et le paysan, et chassant, le cor à la bouche ou en
bandoulière, l'ours, l'aurochs, le loup, le sanglier, le cerf... La dame, une
fidèle levrette à ses pieds, comme à son gisant, filant la laine de l'agneau,
portant la robe (parfois de soie) fourrée de vair ou d'hermine, ou chassant le
lapin au furet et le héron au faucon. Le paysan derrière son bœuf, robuste et
lent, défrichant la forêt, labourant les lourdes et fécondes terres limoneuses
des vallées basses et des marais tandis que les troupeaux communaux sous
la surveillance plus ou moins lointaine de bergers, de porchers et de chiens
(ou la volaille domestique des mares et des champs) fournissent l'essentiel
de la viande, de la laine, du cuir, du fromage, des œufs.
Quant au clerc qui écrit ou dessine à la plume (d'oiseau) ou au pinceau
(de poils d'écureuil) sur des parchemins (d'agneaux, de chevreaux ou de
veaux) et qui vit parfois du revenu de ses troupeaux ou de ses attelages, il
médite sur l'agneau de Dieu, la sexualité du bouc, les dangers du chat
diabolique, la royauté du lion, la virginité et l'activité de l'industrieuse abeille
(apis est ecclesia) le châtiment biblique des sauterelles, l'obligation de ne
pas manger de viande, étendue au Carême des laïcs, et la possibilité de
consommer des poissons... cependant qu'il établit la domination de l'homme, reflet de
Dieu, sur un monde créé pour lui et dont il est le centre...
Nous tenterons de ne pas prendre cette position immédiatement
anthropocentrique, tout en étant conscients que étudier d'abord l'animal et le
situer dans le temps ne saurait nous dégager médiatement des préoccupations
actuelles et du zoologue et de l'historien. Cette approche privilégie certes
les documents laissés par l'animal : ossements, peaux, coquilles, graisses et
autres résidus ou traces : mais l'étude s'en fait d'après «les exigences
scientifiques» actuelles, donc en fonction de nos esprits de la fin du XXe
siècle : et la masse considérable des documents iconographiques ou écrits,
replacés dans leur temps, sont étudiés dans le nôtre.
La moindre esquille, le moindre mot, le moindre trait, bien que
concernant d'abord l'animal, sont ainsi lus obligatoirement à plusieurs niveaux, et
interprétés finalement à la lueur d'un même anthropocentrisme multiforme.

SOURCES ET METHODES

La zoohistoire médiévale ne manque pas de sources : elle en a même


trop si l'on considère que la plupart des documents médiévaux sont suscep-
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tibles de fournir des précisions sur tel ou tel animal. Mais ces sources sont
inégalement réparties, souvent dispersées et d'interprétation parfois difficile.

L'apport des sciences de la nature et de la vie


La zoohistoire repose d'abord sur les vestiges d'animaux retrouvés par
l'archéologie ou l'histoire et sur l'étude raisonnée des connaissances
actuelles de la zoologie qui permettent d'étudier l'animal dans le passé.

Les restes d'animaux


Complets et datés, ils sont très rares au Moyen Age, même ceux
conservés dans la glace (oiseaux, insectes, mammifères épuisés tombés dans un
névé) le bitume, la boue acide des tourbières, «momifiés» par le vent sec du
désert ou par la mort de soif dans le mur ou les fondations que leur sacrifice
devait rendre indestructibles (tels les chats étudiés par Miss Howard).
En revanche fort nombreuses sont les portions (ou fragments) d'animaux
qui nous sont parvenus : parties imputrescibles des invertébrés : coquilles de
mollusques, nacre, perle, corail... excrétions ou sécrétions incorruptibles
comme la cire des tablettes, des sceaux, des enduits; les fils de soie des tissus
conservés dans les Musées ou les Eglises, dont le colorant peut provenir de la
cochenille du chêne Kermès («graine», «vermiculus» d'où «vermillon», Kir-
mèsi d'où «cramoisi») voire de murex (pourpre).
Ce sont, bien entendu, les vertébrés qui nous ont laissé le plus de restes :
os, dents, traces de dents sur les os, ivoire, «dent» de narval-licorne, cornes
à boire, massacres-trophées, sabots, écaille (de tortue), griffes (d'ours).
Mais également, et par millions, des peaux traitées en cuir - (que livrent
collections ou fouilles, comme celles du Petersberg (Xe siècle) ou du lac de Pa-
Iadru (XIe siècle) - ou en parchemin (avec les reliures de livres ou étuis de
manuscrits)... Si les fourrures sont fragiles et très rarement conservées, les
poils (ou plumes) sont beaucoup plus résistants (poils de renard sur le
cadavre d'Arnegonde, feutre de poils de lapins au Petersberg...) et, parmi
eux, ceux qui ont donné la laine, voire le crin. Ajoutons enfin les graisses
anciennes qui ont imprégné les sols, les parois, tissus ou récipients et les
résidus porteurs de plusieurs renseignements comme les coprolites (de chien,
avec les fragments d'os de leurs victimes et les restes de repas de leurs
maîtres) ou les pelotes de rejection des rapaces.
Ce matériel, extrêment abondant et divers, commence à peine à être
rassemblé ou étudié.

L'étude des vestiges


Parmi les restes d'invertébrés, les coquilles, grâce aux insertions
ligamentaires, à la disposition des reliefs, des orifices, des perforations
permettraient de reconstituer l'animal, ce qui n'est guère nécessaire, les mollus-
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ques n'ayant pas varié depuis des millions d'années, n'ont pas changé
depuis le Moyen Age. En revanche leur répartition ou leur extension a pu
varier en quelques siècles (et, au XXe siècle, en quelques années) en raison de
modifications du milieu, même faibles, pour lesquelles ils ne sont pas
programmés et qui conviennent mieux à une espèce concurrrente. On peut
également répertorier les usages qu'en ont fait les hommes en Occident :
alimentation (escargots, huitres, moules...) industrie, bijoux, commerce
(camée, corail...)
L'étude des dents et des os permet de préciser, pour les vertébrés, les
espèces et races, les caractéristiques de l'individu : âge, par sutures
crâniennes ou épiphysaires, usure des dents, cernes de croissance des vertèbres
(voire des écailles de hareng); sexe (par chevilles osseuses des ruminants,
maxillaires des équidés, canines des suidés); éventuelles malformations
génétiques; pathologie; rapport avec les autres animaux (traces de dents);
espèces sauvages ou domestiques; influence des phénomènes naturels,
mécaniques, climatiques, physicochimiques; vie sociale par pourcentage et
répartition des sexes, des classes d'âge... et vie dans le milieu par l'étude du
contexte végétal ou pédologique.
L'étude des cuirs et parchemins est moins avancée malgré les recherches
de R. Reed ou du laboratoire de Mme Flieder : elle permet cependant de
repérer parfaitement les espèces, les races, parfois même les variétés. Le
monde du poil, des plumes, des fourrures, de la laine, des feutres, des tapis
et aussi des graisses, comme à Tiibingen ou à Oxford, commence à parler;
les follicules permettent souvent de préciser jusqu'à la sous-espèce; une
étude systématique des graisses par double passage au chromatographe,
après estérification et purification, autorise de grands espoirs.
Tous ces vestiges permettent également d'étudier l'animal non plus en
lui même mais dans la vie des hommes, et pas seulement au niveau des
animaux domestiques : griffes d'ours calcinées qui rappellent la peau dans
laquelle le guerrier se faisait incinérer, concentration d'omoplates, de tarses
(de veau), de rebuts ou de traces d'outils aux mêmes endroits évoquant
boucher, pelletier, gastronome ou simplement pratique et goût culinaires...
Façon de couper ou de trancher les os (articulations, sciage pour extraire
moelle et cervelle) carbonisation, façon de cuire et de manger, variation des
goûts (viande sauvage, viande domestique, porc concurrencé par le bœuf,
tabou du cheval, apparition du lapin...) Utilisation des résidus animaux (du
poinçon à la flûte creusé dans les cubitus d'un vautour à Vieux Rougiers. ..);
manches de poignard en corne de cerf, dés, peignes, olifants, cors de
chasse, coupe à boire, talismans... et les mille usages du cuir, des peaux,
des tissus de soie ou laine dans la vie quotidienne comme dans le choix ou la
domestication des espèces... C. Bossard-Beck et F. Audoin-Rouzeau ont
consacré des études exemplaires à ces diverses question ~
Les animaux en Occident 15

De l'animal actuel à V animal ancien


La zoologie nous confirme que les animaux médiévaux n'étaient pas
exactement les mêmes et parfois étaient fort différents (animaux
domestiques surtout) de ceux que nous connaissons. Il n'est donc plus possible de
projeter dans le passé sans la moindre critique tout ce que nous pouvons
savoir à l'heure actuelle sur telle ou telle espèce sauvage.
En revanche il est nécessaire de bien connaître ces animaux actuels,
descendants des animaux médiévaux, dont on peut alors étudier groupes
sanguins, génétique, protéines libres des humeurs. ..., l'évolution ou la racia-
tion (qui peuvent avoir été rapides : la plupart des races de lapins et de chats
ont moins d'un siècle!!!). On peut constater les disparitions (aurochs, petit
éléphant du Maghreb, lion de l'Atlas, protodauphin de Méditerranée, grand
crocodile de Chine et hippopotame à crinière d'Egypte) ou expliquer, à la
lueur des découvertes récentes, des comportements anciens : c'est en 1921
seulement que l'on a commencé à comprendre le mécanisme des invasions
de criquets et après 1970 que les sous-espèces d'anophèles (avec leur niche
écologique) ont été décrites.
La répartition actuelle des invertébrés est une conséquence de
phénomènes naturels qui ont varié dans le temps : elle est donc un reflet de la
zoohistoire, particulièrement précieux pour étudier des animaux du passé qui n'ont
laissé aucun vestige matériel. L'étude des lombrics et des lombriciens
montre des répartitions étonnantes ou «aberrantes» qui remontent à quelques
millénaires, voire quelques siècles, voire quelques décennies : et nous
verrons ce que l'on peut tirer, pour le Moyen Age, de l'étude des anophèles
actuels ou des abeilles primitives de type halictide.
Enfin la bonne connaissance de l'animal actuel peut essayer de recréer
l'animal disparu dont il est le descendant. Tout le monde connaît
l'« aurochs», ressuscité au parc de Han sur Lesse à partir des grands
taureaux, ou le tarpan reconstitué (?) à partir des petits chevaux d'Europe
Orientale. L'aspect extérieur (qui, peut-être, va de pair avec certains
caractères moins visibles) semble correspondre à ce que nous en savons par
ailleurs, essentiellement par les témoignages anciens.

Les témoignages humains : les sources écrites


Dès le moment où l'on aborde des témoignages, de l'écrit comme de
l'image, intervient l'homme, la vision médiévale de l'animal et la
signification de cette vision dans le monde médiéval et par rapport au nôtre. L'étude
zoologique, absolument indispensable, n'est alors que la première d'un
certain nombre de lectures.
Bien des textes nous fournissent des données brutes, au détour d'une
phrase, ou des précisions chiffrables. Quand Sacchetti, dans un de ses
contes, nous retrace le pauvre homme qui va se réchauffer près de la chemi-
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née et dont les génitoires sont griffés par le chat qui croit y voir des souris,
son intention n'est pas de nous prouver que le chat domestique était fréquent
dans la Toscane du XIVe siècle et qu'il attaquait des souris. Mais ce
renseignement est fort précieux pour tous ceux qui sont à la recherche des chats et
aussi des rats malgré le piège du vocabulaire (qui, par «topo», désigne
souris comme rat) et le manque de précision du conteur... (il est vrai que des
génitoires même exceptionnelles ne peuvent guère évoquer le rat noir ou le
surmulot). D'autres types de documents, donnant des chiffres, des
quantités, des prix, des poids, des descriptions complètes, servent tout autant une
étude zoologique conçue avec les exigences actuelles. Beaucoup d'autres,
en revanche, sont partiels et dépendent de l'œil, de la société, de l'époque
qui ont vu et écrit.

Les documents chiffrés


II faudrait citer ici les comptes domaniaux en général, dès la description
du fisc d'Annappes (et de ses troupeaux), le Domesday book (1086), le
journal d'Eudes Rigaud (1265), les comptes de Thierry d'Ireçon (début
XVIe) ou ceux du roi de France (1202, avec nombre de loups tués et primes
payées) ou tous ceux des seigneurs qui sont conservés en masse à partir du
XIVe siècle : les comptes de cusine énumèrent nombre et pièces et prix
(parfois) de gibier, volaille, poissons, viande domestique etc.. consommés ou
à consommer. Les comptes de douanes ou de péages donnent des tarifs et
des listes. Ajoutons-y les règlement de métiers : bouchers décrivant la
viande en pied; gens de cuir pesant et mesurant leurs peaux; pelletiers
donnant l'aspect de la superficie de fourrures sauvages; teinturiers, regrattiers,
pargaminiers... Quantités utilisées, prix payés, fournis par de très
nombreux documents d'archives, permettent un certain nombre d'études
chiffrées qui peuvent venir conforter les données de l'archéozoologie ou être
confortées par elle.

Les textes didactiques


Un certain nombre d'écrits manifestent une volonté consciente de
décrire ou d'expliquer, pour des gens qui voulaient être instruits et intéressés,
tel ou tel animal ou telle ou telle de ses particularités. La plupart, utilisables
pour la zoohistoire, nous fournissent maintes données pour l'histoire de la
zoologie.
Les Encyclopédies, dictionnaires, Histoires générales nous font des
répertoires généraux (descriptions des pays du Nord et de leur faune par Adam
de Brème au XIe ou Olaùs Magnus au XVIe) ou fournissent des détails sur les
invasions de sauterelles (Annales carolingiennes), les multiplications de vers
(insectes)... ou sur l'explosion démograhique des loups (Raoul le Glabre...).
Certains contiennent de véritables chapitres de zoologie. Presque toutes
les connaissances médiévales remontent à Isidore de Seville (v. 570-636) et
à ses Etymologies qui ont trié la science antique, venue d'Aristote à travers
Les animaux en Occident 17

Pline et les autres compilateurs : outre le livre XII, consacré entièrement


aux animaux, il faut lire tout l'ouvrage, et en particulier le livre XIV, dédié
à la géographie et décrivant la faune de divers pays. Dans le «De Universo»,
Raban Maur recopie des pages entières d'Isidore et est, en ce sens, moins
original que ses prédécesseurs anglosaxons, Bède le Vénérable et surtout
Adelme dont les œuvres signalent et parfois décrivent (dans les Enigmes)
des dizaines d'animaux souvent bien observés ou connus. Le premier
zoologue veritable du Moyen Age semble avoir ete la savante abbesse Hildegarde
de Bingen (1098-1 197) dont quatre livres de la Physique concernent les
animaux : vers de terre, serpents, crapauds, poissons, oiseaux, animaux
terrestres... assez bien vus, malgré de «savantes» réminiscences d'Isidore ou de
ses sources latines.
Parmi ses successeurs, Barthélémy l'Anglais (vers 1240), Thomas de
Cantimpré (1 186-1263) dont quatre livres du De Naturis Rerum décrivent
(entre 1230 et 1248) près de 400 animaux parmi lesquels dragons, phénix,
sirènes.... Le Florentin Brunetto Latini écrit en français son «Livre doit
Trésor»; le prodigieux Vincent de Beauvais (1 190-1264) consacre 13 des 33
livres de son «Speculum naturale» aux animaux, à partir de fiches tirées de
350 auteurs environ, et désire «prouver» par les «auteurs» (Aristote), le
raisonnement (ratione) et l'expérience (?) (experientia). Les domine de toute
sa hauteur Albert le Grand (1 193-1280) par l'ampleur de son œuvre et par
son De animalibus terminé en 1270 donc rédigé en partie après la traduction
d'Aristote par Michel Scot (v. 1260). Ses 19 premiers livres sont certes
compilés d'Aristote mais avec un certain nombre de réflexions ou
commentaires originaux; et les 7 derniers, entièrement neufs, sont non seulement
très importants pour l'histoire de la zoologie puisqu'il classifie, décrit,
commente, juge, observe voire expérimente, ou pour celle de l'écologie
(car dans le De Natura locorum il a reconnu l'influence de la latitude et du
climat sur le milieu vivant en général, la couverture végétale, etc.) mais tout
autant pour les renseignements qu'il donne sur les animaux, leur aspect,
leurs mœurs, leur répartition, etc.) et pour l'ampleur de ses sources qui,
grâce à Avicenne par exemple, couvrent une partie du monde arabe (où le
Kitab al Haywan de Jahiz (Î868) fait figure d'ouvrage pionnier).
Les grands zoologues du XVIe siècle sont pour nous particulièrement
précieux, comme Conrad Gesner (1516-1565) de Zurich qui offre «toute
une bibliothèque en un seul livre» (le sien) lequel dispense désormais de
recourir aux autres auteurs: il a en effet lu tous les auteurs médiévaux, y
compris des chroniques, des Annales et tous les auteurs latins qu'avaient lus ou
que connaissaient partiellement les zoologues qui l'avaient précédé. Ulysse
Aldrovandi (1522-1605) a fait de même. Outre leur grande valeur comme
zoologues de la Renaissance, ils nous ont ainsi conservé de très nombreux
détails venus directement du Moyen Age.
A côté des zoologues, souvent livresques et longtemps écrasés par l'au-
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torité d'Aristote, certains ouvrages traditionnels, issus de contacts


quotidiens avec divers animaux, ont été partiellement renouvelés au Moyen Age
comme ceux concernant chiens, chevaux, faucons... et aussi gibier chassé
et prédateurs ou nuisibles.
Ce sont les traités fameux de Frédéric II (De arte venandi cum avibus) de
Gaston Fébus (1387) ou de Henri de Ferrières (vers 1380, «Livre du Roy
Modus et de la Royne Ratio») ou encore d'Alphonse le Sage, roi de Castille
(«Libro de la monteria») . . . avec les merveilleuses miniatures que nous
rappellerons en évoquant l'iconographie.
On trouve également de nombreux détails dans les ouvrages, se
recopiant les uns les autres de «Housebondrie» (comme celui de W. de Henley);
dans le «Ruralium commodorum opus» de Pierre de Crescent ou «De l'état,
science et pratique de l'art de bergerie» par Jean de Brie (vers 1379), ou
dans la Maison Rustique de Charles Estienne (1564) qui résume
l'expérience des siècles médiévaux.
Seul le cheval a droit à de véritables traités vétérinaires, très nombreux à
Byzance et surtout en Occident {De medicina equorum), du «maréchal» de
Frédéric II, Giordano Ruffo (entre 1250 et 1254); Mulomedicina de T. Bor-
gognoni (après 1260); De curationibus infirmitatum equorum de Moses de
Palerme (après 1277). ..etc.).
Dans les ouvrages de médecine, de pharmacopée, de diététique ou de
gastronomie, nous trouvons également une documentation abondante, pas
toute venue de Dioscoride d'Anazarbe ou du Traité des poisons de Maimo-
nide (1135-1204).
Ekkehard de St. Gall, par exemple, (tlO6O) décrit les animaux
(sauvages) qui figurent au menu de son couvent et qui vivaient encore au sud du
lac de Constance; tandis que le «Ménagier de Paris», le «Viandier» de Tail-
levent, etc.. nous donnent un riche tableau des rapports de consommation
que l'homme a entretenus avec le monde animal.
Enfin les voyageurs, à qui la nature en général et la bête en particulier ne
sont pas indifférents, ont désiré transmettre à leurs contemporains ce qu'ils
ont vu, ce qu'ils ont cru voir ou ce qu'ils pensaient que leurs lecteurs ou
auditeurs aimeraient lire ou entendre dire. Ce qui concerne l'Occident, trop
banal à leurs yeux, n'est pas signalé, sauf au hasard d'une comparaison, et
ce sont des bêtes souvent nouvelles ou parées du charme de l'exotique que
décrivent Cosmas Indicopleustès (VIe siècle) comme Benjamin de Tudèle
(1 100-1 170), Marco Polo (1254-1325), Alvise Câ da Mosto ou Sigismond
de Herberstein...
Quelle que soit l'excellence de certains récits, traînent toujours des
détails étonnants, qui nous semblent actuellement faux, mal compris,
retranscrits à travers les yeux d'Aristote ou d'un légendaire médiéval sans cesse
Les animaux en Occident 19

étoffé, réinterprétés en fonction de lectures, de structures mentales, (ou


physiologiques ? ), ou d'autres a priori plus ou moins occultes.

L'émail des récits, le message des textes


La question se pose a fortiori pour la plupart des textes dits «littéraires»
qui véhiculent la pensée et les intentions de leurs auteurs et, à travers eux,
celle de l'époque et de l'endroit qui les ont vu naître. Nous ne nous
étendrons pas sur ce point. Les descriptions (ou les allusions) zoologiques
peuvent être certes interprétées actuellement dans une perspective réaliste; mais
il faut surtout voir pourquoi l'auteur les a placées dans son œuvre, à cet
endroit. Récemment, F. Ohly a étudié les chevaux parmi les 80 animaux
présents dans le Parzifal de Wolfram von Eschenbach et M. Boglioni les
animaux dans l'hagiographie du haut Moyen Age. Mais c'est surtout l'étude
des Fables, reprises de Phèdre ou d'Esope, des proverbes, des sentences
fabliaux ou des romans (dont l'Ecbasis, d'époque carolingienne) qui donnent
les premières clés pour percer la signification que l'animal, au niveau le plus
élémentaire pouvait avoir dans les œuvres qui nous sont parvenues.
Plus riche est l'interprétation, née dans la lignée du fameux Physiologus
du IIe siècle mais sans cesse reprise et amplifiée, qui considère chaque animal
sur trois plans : réel, allégorique et moral. La masse des commentaires et les
réflexions parfois répétitives, parfois contradictoires, finissent par cristalliser
autour de plusieurs dizaines d'animaux un certain nombre de signes et de
symboles, dont au moins quelques uns étaient immédiatement perceptibles
par les moins cultivés.
Certains animaux fabuleux, chimère, griffon, sirène, dragon, phénix ne
se différencient pas, par leurs attributs, des animaux à support réel, mais
affublés de qualités ou de significations mûries par la pensée chrétienne.

Les témoignages humains : l'iconographie


Des problèmes semblables se posent au sujet des images. Nous ne
pouvons insister sur l'ampleur considérable de ce type de sources dont nous
n'avons pas à traiter: dessins en noir, graffitis, enluminures, fresques,
tableaux de chevalet; gravures sur pierre, sur matière dure (os, ivoire, intaille,
métal), bijoux, émaux, reliquaires, métaux montés ou travaillés, verres,
céramiques, poteries; glyptique, sigillographie, médailles, monnaies, ex-voto,
sculptures sur pierre, cire perdue, etc. . .
Mosaïques, marqueterie de marbre, de bois; vitraux, tapisseries, habits
brodés, tissus dont la trame figure des animaux...

Les représentations de la nature


Certaines représentations «copient» l'animal au naturel, tel que nous le
voyons ou que nous aurions pu le voir: des dizaines de milliers de miniatures
20 Robert DELORT

«exactes» ont précédé van Eyck ou Durer et pas seulement dans les livres de
chasse ou manuels pour éleveurs.
Aussi intéressantes sont les stylisations dues au manque de place ou à un
schématisme conventionnel ou les mauvaises copies de copies qui, pour des
animaux difficiles à voir, tendent vers le fantastique. Les éléphants, à peu
près reconnaissables au haut Moyen Age, voient peu à peu les défenses
remonter verticalement comme des dents de sanglier, les oreilles se dresser
comme celles des lièvres ou des lapins, la tête devenir un groin et la trompe
une espèce de ventouse évasée.

Le bestiaire fantastique
Sans entrer plus avant dans le domaine de l'histoire de l'art, de
l'héraldique ou de la pensée théologique, rappelons que bien des «monstres» peuvent
avoir aussi un certain nombre de traits réels: le dragon peut tirer son origine
du grand cobra à tête dressée, du varan du Nil et du souvenir de la force
colossale des pythons ou des boas; comme l'oiseau Roc peut évoquer l'Aepyornis
de Madagascar, énorme oiseau disparu au XVIIIe siècle. La sirène, strige
ailée dans l'Antiquité, devient au Moyen Age la femme marine, peut-être parce
que des mammifères Siréniens ou des phoques femelles sont apparus ainsi aux
yeux de marins sevrés ou mal nourris, qui de surcroît ont pu en jouir
bestialement comme leurs camarades à terre le faisaient avec des truies, des chèvres
ou des brebis.
La vue des créatures monstrueuses, moutons à 5 pattes, veaux à deux
têtes, enfants au pied palmé, etc.. rendait plus vraisemblable la réalité de
monstres dont on affirmait qu'ils existaient en Orient. D'ailleurs l'inconnu, le
dangereux, le terrifiant, l'étrange, contribuaient tout ensemble à fausser la
vision et à stimuler l'imagination. . .
Rappelons l'aventure des Philippins, voyant sortir de la mer des monstres
écailleux, pourvus de queue, mangeurs de cailloux et vomissant de la fumée
l'année même où apparurent les Espagnols, dans leur cuirasse, avec leur
longue épée, le dur biscuit de mer sous leurs robustes dents et le tabac qu'ils pé-
tunaient; ou encore ces Mexicains ébahis devant ces êtres blancs venus du
soleil levant, à 2 têtes et 8 pattes pouvant se couper en deux et possédant la
foudre, soldats espagnols avec cheval et arquebuse...

L'homme et l'animal au Moyen Age


Ces réflexions rapides et superficielles posent au moins le problème
fondamental qu'est le rapport de l'homme et de la bête, au plan du réel comme au
niveau de l'imaginaire médiéval.

Le contact direct
Au plan du réel, la plupart des problèmes sont correctement posés:
exploitation par la société «chevaleresque» des animaux domestiques qui fournis-
Les animaux en Occident 21

sent leur travail (bât, selle, traction) et de nombreux produits d'alimentation,


du costume, de l'ameublement, de l'artisanat, des instruments, des
ornements; maints animaux sauvages offrent des prestations comparables et le
Moyen Age occidental en a protégé certains (dans des réserves de chasse par
exemple) ou en a organisé un élevage (qui rapproche, par exemple et déjà, la
carpe et le lapin). Rappelons l'importance de la «cueillette» aussi bien des
éponges ou du corail que des coquillages, des œufs, du miel et de la cire
sauvage; de la «pêche» qui à côté des poissons bien connus des rivières et de la
Méditerranée découvre le hareng (VIIIe ?) puis la morue (XVe ?); de la chasse
surtout, tout à la fois obtention de la viande rouge, forte et sanglante digne du
chef, sport, plaisir et entraînement à la guerre, lutte contre l'animal
dangereux ou prédateur. Supposant le port d'armes, l'autorité sur des terres et des
hommes, de grosses ressources, du temps libre, des auxiliaires nombreux et
efficaces, des meutes, des chevaux, des faucons, des furets, cette chasse
confère le prestige et la dignité du courageux Nemrod que fortifient le combat
et la chair sauvage de sa victime.
Nous sommes peut-être plus sensibles, de nos jours, aux premières
conséquences de la chasse, au refoulement (médiéval) de certains gros gibiers, puis
à la disparition ou à la fuite de l'aurochs, de l'élan, du bison. Il faudrait aussi
examiner de plus près les vues classiques sur le «mouton mangeur
d'hommes» dans l'Angleterre que les cisterciens avaient doté de ces races à
longue laine, lesquelles firent installer et enclore des prés sur les terres vidées
de leurs paysans (qui se réfugiaient dans les agglomérations où ils traitaient la
laine de leur doux ennemi). - Que faut-il en penser? Et de ces moutons
espagnols, dont les transhumances auraient contribué à détruire la fragile forêt
ibérique (et à aider ainsi le lapin à s'étendre encore?)... Et de ces bœufs lents
et forts qui défrichaient les forêts et asséchèrent les marais du XIe au XIIT
siècle, repoussant les anophèles et les criquets, les habitants des bois et des
étangs, mais favorisant peut-être les animaux des champs, et les lapins et de
nouveaux types de lombrics, tandis que les stocks de céréales nouvelles
attiraient charançons ou rats. . .
Il est tout à fait artificiel de chercher à faire des monographies, commodes
mais toujours très partielles, si l'on n'étudie pas l'ensemble des autres
espèces et leurs influences réciproques. Et les idées reçues doivent être
soigneusement vérifiées au terme de nombreuses, et encore longues, études locales.
Par ailleurs le contact fréquent avec la bête est générateur d'un certain
nombre de sentiments d'origine physiologique, psychologique ou
culturelle...
Nul doute que c'est le Moyen Age occidental qui a, par exemple, réhabi-
bilité définitivement le chien, jusque là, dans la tradition judéo-chrétienne,
tout autant esclave méprisé et dévoreur de cadavres qu'aide efficace du
berger contre le loup et noble compagnon de chasse. On sait l'intimité de
Tristan avec Husdent ou des dames avec leur fidèle levrette, voire leur ai-
22 Robert DELORT

mable bichon. Notons aussi la familiarité avec le prestigieux destrier ou le


susceptible et ombrageux faucon, le sentiment de la beauté devant un noble
coursier, l'admiration devant la bête courageuse ou retorse, difficilement
chassée et vaincue.
En revanche un certain nombre de peurs s'enracinent durablement non
seulement devant la hardiesse du loup qui, pour des raisons mal connues,
semble plus souvent attaquer l'homme, mais frappe aussi la vue de la bête
enragée et les harmoniques des hurlements de la meute peuvent agir par
l'intermédiaire de l'ouïe sur le système nerveux et la physiologie humaine. Les
poils du chat (noir) qui, gorgés du soleil, crépitent et rendent, dans le noir,
des étincelles, provoquent déjà des allergies, bien entendu mal comprises
par ces gens qui «même quand ils ne voient pas le chat pâlissent, tremblent
et suent». Les bêtes molles, froides, gluantes, visqueuses, noires, se
déplaçant la nuit comme crapaud, limace, araignée, cafard, serpent, chauve-
souris, chouette au cri lugubre sont également le support d'un riche
imaginaire et, comme loup et chat, suppôts du Diable.

Connaissance et imaginaire
C'est au niveau des mentalités que les disciplines littéraires,
philosophiques, linguistiques, anthropologiques, théologiques ont le plus contribué à
éclairer la vision des animaux par le Moyen Age occidental : et je n'en
parlerai que très brièvement. Le nom même de chaque animal est une
précieuse source d'indication. Désignant la bête, il signale comment elle est
vue et ressentie dans les différents espaces linguistiques; on sait comment
l'animal qui se dit en Russie petit blanc («belka») est, en Occident, le petit
«gris» ou «vair» (varié de gris et de blanc), ou de même le renard «noir»
(«cernoburaja lisa») est dit «argenté» (Silberfuchs), les uns étant sensibles
au fond (noir) de la couleur, les autres à l'extrémité (blanche) du poil. Les
Français qui ont d'abord parlé du «taisson» (d'où le mot «tanière») comme
les Italiens (tasso) ou Espagnols (tejon) d'après le germanique (allemand
actuel Dachs), ont fini par identifier la bête «noire et blanche», «blari» d'où
blaireau. Parfois l'animal est désigné par le bruit qu'il fait: hibou, hulotte,
Uhu...ou son activité la plus apparente: «musipulus, muriceps», celui qui
prend les souris donc chat (mais parfois aussi oiseau prédateur): «medved»,
celui qui sait où est le miel, est l'ours et «Beowulf», «loup des abeilles»
également... ou sa qualité: bête charnue, «carnero» (mouton) bête tendre,
«ternero» (veau); bête solitaire, porcus singularis, porc senglar, «sanglier»,
«cinghiale»...bête vivant en masses serrées, en armée, «hari», hareng...
Un certain nombre de mots sont donc apparus, tantôt attribués à une bête
nouvelle, la plupart du temps remplaçant le mot (latin) qui existait. Il
faudrait faire un sort par exemple à tous ces esturgeon, écrevisse, guêpe,
hanneton, étourneau, mésange, freux, bièvre (qui redevient, plus récemment,
«castor»)... Au vocabulaire de la chasse: épervier, gerfaut, émerillon,
leurre, gibier, braque, laie... Et à tous les mots se reportant au cheval, à ses
Les animaux en Occident 23

maladies, à ses palefreniers (dont le fameux «marskalk» qui, à ses humbles


débuts, n'avait pas droit aux armes et se contentait, pour pousser les rosses,
d'un méchant bâton qui n'était pas encore constellé d'étoiles). Bien des
couleurs de notre vision actuelle viennent de la robe des chevaux du haut Moyen
Age: blanc (brillant) brun (comme l'ours, «bern»?) fauve, gris, saur,etc...

Le nom de l'animal est également passé à de nombreux toponymes,


souvent d'époque gallo-romaine, chaque fois avec une intention qu'il
conviendrait de percer. Mais il est surtout transmis à l'homme; et non seulement dans
le monde germanique du haut Moyen Age où «swana» (cygne) ou «Iind»
(serpent câlin) s'attribuaient à des dames tandis que les guerriers portaient plus
volontiers le nom des bêtes fortes, de la guerre, de la chasse et de la mort :
ours (Bernhard) sanglier (Eberhard) aigle (Aran) corbeau (Hramn, Raban)
et surtout loup (Hariulf, Ulfila, Wolfgang) voire loup-corbeau (Wolfram);
le rapprochement est à faire avec les bêtes totémiques et magiques même
après l'an mil, dans le monde des Arthur (ours) ou des Mastino et Can
Grande...; ou encore avec des noms de bête, ennoblis par le saint qui les a
portés, comme Léon (le lion) Ursula (la petite ourse)... mais qui restent
souvent évocateurs : Colomban, Malcolm, Come, Cosimo... a aussi donné
«Colombe», qui, encore à l'heure actuelle, rappelle la douceur de l'oiseau
blanc (comme les noms de famille, parfois difficiles à supporter, qui
affublent d'un nom de bête un certain nombre de nos contemporains).
Or ce nom d'animal, porté par des hommes, est d'autant plus important
dans la pensée judéo-chrétienne, que la création biblique des animaux s'est
faite en deux temps : en masse, par Dieu, aux IVe et Ve jours de la Genèse;
puis, un par un, par Adam qui leur donne le nom qui existait de tout temps
dans l'esprit de Dieu, qui convenait donc exactement à la nature de l'animal
et qui transmet ses qualités et ses défauts dans le monde unitaire et
anthropocentrique de l'Occident chrétien. Le nom de l'animal est ainsi plus qu'un
signe puisqu'il porte en lui toute sa nature : et l'homme qui l'adopte ou le
reçoit risque donc de participer à sa nature, en plus de la sienne propre.
Nous ne pouvons qu'effleurer ce problème, qui met en cause les
différents niveaux de la vision médiévale des animaux, dont le Physiologus, déjà
évoqué, nous signale les trois principaux (réel, allégorique, moral) derrière
lesquels se profilent aussi, outre les déductions philosophiques et
religieuses, les résonances ethnographiques, anthropologiques et folkloriques et les
réminiscences du monde antique auxquelles l'interprétation chrétienne
donne un sens. Et ce n'est pas notre propos de rassembler ici toutes les
significations, ou la plupart des significations qui se cristallisent autour de
chaque animal ou de certains animaux en particulier et que la littérature ou
l'histoire de l'art peuvent excellemment évoquer.
Rappelons simplement que l'animal signifie beaucoup de choses dans le
monde médiéval et que Ruskin disait encore il n'y a pas si longtemps, «La
24 Robert DELORT

beauté de la forme animale est en proportion parfaite avec la vertu morale


ou intellectuelle qu'elle exprime. Il n'y a pas de créature vivante qui, dans
son histoire ou ses habitudes, n'illustre quelque excellence ou déficience
morale ou quelque point des règles de la Providence divine».
Symboles, divins (cerf de St Julien, colombe...) compagnons de saints
(évangélistes, ermites, confesseurs...), les animaux peuvent approcher la
sainteté, comme le St Christophe cynocéphale de Cappadoce ou le saint
lévrier Guinefort, injustement tué par son maître alors qu'il avait sauvé, en
mordant le serpent, l'enfant qui lui avait été confié. On sait toute l'ambi-
guité de ce cas, analysé avec tant de finesse par J.C. Schmitt.
D'une manière générale, le Moyen Age a tenté de désacraliser la bête,
de rejeter tout caractère totémique, tout tabou intrinsèque, et même
d'assimiler son culte à celui du Diable.
C'est à partir du XIe siècle que, d'après N. Cohn, le Diable quitte les
aspects humains pour prendre la peau de quelques bêtes, généralement velues
et «lubriques» : crapaud, chat noir, bouc, âne, loup; c'est au XIIe ou au
début du XIIIe siècle que l'on prétend que les hérétiques (ou les paiens) et en
particulier les Cathares (dont le nom est, entre autres, rapproché du «chat»)
rendent un culte au Diable sous la forme du chat noir et que les sorcières
prennent cette apparence pour courir les sabbats. . .
Par-dessus tout l'homme, mi-ange, mi-bête doit dépasser la bête qu'il
peut aimer comme reflet des créatures de Dieu (ou détester comme habitat
de Satan) mais qu'il doit dominer car Dieu lui a donné pouvoir sur la nature.
Là encore, mille nuances pourraient être avancées à partir des réflexions
éparses qui précèdent mais, à la fin du XIXe siècle, le Cardinal Manning,
récemment cité par M. Agulhon, déclarait toujours «Les bêtes sont des
choses, elles n'existent pour nous qu'autant il nous convient de nous en servir
sans ménagement pour nos besoins et notre commodité, mais non pas
cependant pour notre méchanceté» .

Et malgré tout le schématisme qu'implique une courte formule dans un


domaine aussi vaste, fourmillant, et dont nous ne venons d'aborder, dans le
désordre et l'ignorance, que quelques aspects, nous désirerions terminer sur
la phrase de Michelet. «Le christianisme garda... un préjugé judaïque... tint
la nature animale à une distance infinie de l'homme et la ravala».

DES ANIMAUX SAUVAGESAU MOYEN AGE

Parmi les monographies à faire, en tenant compte des quelques


remarques précédentes, le choix est difficile : seuls les mammifères et certains
oiseaux, plus quelques reptiles, amphibiens ou poissons, ont frappé les
Occidentaux et donc peuvent être étudiés à partir de documents écrits ou imagés
Les animaux en Occident 25

qui complètent en partie ce que peut suggérer l'étude de leurs vestiges. Le


monde des invertébrés n'a rien laissé, à part la cire de l'abeille ou la soie du
bombyx, animaux domestiques ou domestiqués que l'on connaît par ailleurs :
quelques insectes ou mollusques soit ont été décrits ou observés, soit ont
laissé leur indestructible coquille. Mais l'histoire de la plupart doit
généralement être entièrement reconstruite.

Des invertébrés
1 . Prenons ainsi l'histoire de l'anophèle et de l'hématozoaire de la
malaria, couple terrible associant un protozoaire (Plasmodium) et un insecte
(moustique) et diffusant la maladie qui a le plus frappé et frappe toujours
l'humanité : probablement aussi celle qui a le plus marqué l'Occident médiéval.
L'une des bases de cette histoire à construire est déjà bien fragile; c'est
le rétrodiagnostic qui, d'après des textes et des signes cliniques (!),
permettrait de repérer, comme auteurs des fièvres tierce, quarte et tierce maligne
l'un des 4 plasmodium, parasites du sang et plus spécialement des hématies
dont ils détruisent l'hémoglobine. Il faut bien sûr supposer et que les
plasmodium médiévaux étaient exactement semblables à ceux que nous
connaissons après Laveran et Grassi, malgré 3 siècles de quinine et des décennies
de chloroquine, atébrine, résorchine etc.. et que les hommes de l'Occident
médiéval ont eu, d'Alcuin à Cromwell, les mêmes réactions fébriles, le
même épuisement progressif et, sans traitement, la vie plus courte des
peuples du tiers-monde actuellement frappés.
Notons que cette hypothèse peut se conforter par l'étude d'une source
aussi précieuse qu'inattendue : le sang des hommes. A l'heure actuelle, les
seules défenses naturelles (et partielles) que l'on connaisse chez l'homme
contre le plasmodium sont des anomalies sanguines héréditaires concernant
l'hémoglobine, en particulier la drépanocytose (hématies en forme de
faucilles qui arrêtent le plasmodium mais véhiculent chichement l'oxygène) ou
la «Thalassémie» (développée sur les bords de la Méditerranée :
«Thalassa»). Ces anomalies, entraînant des anémies parfois très graves, au
lieu de disparaître peu à peu se sont au contraire diffusées dans les endroits
malariques, où les sujets sains, à sang normal, étaient préférentiellement
parasités et éliminés à plus ou moins long terme. Les répartitions actuelles
de ces anomalies sanguines signalent ainsi les principales régions
malariques du Moyen Age (voire de l'Antiquité) et supposent que c'est bien le
plasmodium que nous connaissons qui a, sur des dizaines ou des centaines
de générations, permis la persistance ou la diffusion de ces anomalies.
L'histoire du protozoaire peut ainsi être approchée mais celle de son
obligatoire vecteur, le moustique dit «anophèle», n'est pas pour autant
écrite. On peut certes admettre que, avant le DDT ou le HCH, les insectes,
programmés depuis des millions d'années, n'ont pratiquement pas changé
génétiquement, a fortiori durant les dix courts siècles qui nous séparent de
26 Robert DELORT

Charlemagne (ou même les 25 siècles qui nous séparent d'Alexandre le


Grand, mort précisément d'un accès pernicieux)...
Le plasmodium a donc toujours eu besoin de l'anophèle pour se
développer dans sa muqueuse intestinale puis pour se transmettre à l'homme
quand, ayant gagné les glandes salivaires, il est injecté par la trompe pi-
queuse et ses soies vulnérantes. Avant l'ère des transfusions, la seule
possibilité de transmettre la maladie d'homme à homme a été l'anophèle.
Sans anophèle donc, pas de malaria. Mais repérer avec précision les
accès et les épidémies de malaria ne suffisent pas pour faire l'histoire de
l'anophèle : encore faut-il connaître sa zoologie, ses conditions de vie, d'éclo-
sion et de métamorphose des larves, dans l'eau stagnante et tiède; l'action
des prédateurs végétaux ou animaux; les mœurs de la femelle, seule apte à
piquer et les quelques seuls jours où, fécondée, elle a besoin d'un repas de
sang avant la ponte; sang qui peut d'ailleurs être fourni par d'autres
mammifères (domestiques comme les bovins) que l'homme. On voit la complexité
des conditions écologiques minimales qui toutes sont susceptibles de varier.
L'étude des fièvres romaines au Moyen Age, lancée scientifiquement
par A. Celli à la fin des années 20, avait proposé, au su de toutes les
connaissances scientifiques de l'époque, un schéma qui nous paraît
maintenant un peu simple, représentant ces armées germaniques, ces pèlerins, ces
prélats venus des saines régions du Nord sans la moindre défense immuno-
logique et moissonnés par milliers, en quelques jours de lourde chaleur sur
les marécages du début de l'été ; et aussi ces populations autochtones
grelottant sans fin dans le mauvais air et épuisées pour le restant de leur courte
vie. En fait, ce schéma n'expliquait pas tout; tous les accès, heureusement,
n'étaient pas pernicieux : parfois aussi la malaria s'arrêtait ou même ne
démarrait pas alors que les conditions écologiques semblaient optimales : et en
revanche elle éclatait là où elle n'aurait pas dû, même dans des endroits
différents et à des époques de l'année différentes, en Angleterre, dans les
Pays-Bas, en Laponie suédoise, bien en deçà de l'isotherme de 16" C.

Ce sont les résultats actuels de la zoologie qui permettent de rythmer


l'histoire de l'anophèle mais aussi de souligner sa complexité. On a fini par
identifier de nombreuses espèces ou sous-espèces : et non seulement Y
Anopheles gambiae d'Afrique Noire à côté de V Anopheles tnaculipennis
d'Occident; le maculipennis se différencie légèrement de Y Anopheles atropar-
vus, de Y Anopheles sacharovi, de Y Anopheles melanoon, de Y Anopheles
subalpinus ou de Y Anopheles labranchiae, le plus dangereux, qui se com-
plait en Italie, Sardaigne, Sicile. Or, parmi ces anophèles, certains se
reproduisent en fin de printemps, d'autres en automne, d'autres au milieu de l'été :
certains n'aiment que le sang des animaux, d'autres exigent le sang des
seuls hommes, d'autres enfin sucent celui qui se présente... Certains vivent
de préférence à l'intérieur des habitations (étables ou maisons) ou
recherchent la tiédeur ou au contraire acceptent la vie extérieure, les pays frais...
Les animaux en Occident 27

La distribution de ces anophèles ne se fait donc pas uniquement suivant la


géographie mais surtout suivant les conditions écologiques : il suffit que
celles-ci varient très peu, d'un endroit à un autre ou d'une année à l'autre
pour qu'une espèce remplace l'autre et que, suivant les cas les chances d'un
démarrage d'une épidémie, grave ou moins grave, apparaissent,
augmentent ou décroissent.
Bornons-nous à évoquer une seule de ces conditions, souvent
mentionnée : l'eau stagnante, et une seule de ses caractéristiques : son degré de
salinité. Une faible variation de la teneur en sel suffit à chasser une espèce et à
accueillir une autre. Or rappelons que, récemment, la tectonique des
plaques a «expliqué» le lent basculement de la côte tyrrhénienne par les
tentatives de la plaque «Afrique» pour passer sous la plaque «Europe». C'est une
des raisons de l'alluvionnement des fleuves, de l'ensablement des estuaires,
de la création ou de la persistance des marais et des lagunes et précisément à
l'époque où la légère amélioration des températures a fait remonter les
isothermes et le niveau des mers (par fusion des calottes polaires). Ajoutons
la déflation démographique suivant le Bas Empire, l'état sociopolitique de
l'Italie et du monde méditerranéen avant le XIe siècle, l'ancienne
deforestation et les débuts de nouveaux défrichements, qui sont également facteurs
de l'alluvionnement des fleuves et de l'extension des marais sur les côtes
basses. Que penser de l'arrivée et de l'installation des buffles après le VI'
siècle ou de la stabulation du bétail qui ont pu attirer des espèces
d'anophèles zoophiles ou au contraire ambivalentes, au plus grand dam des hommes?
Et la drépanocytose, est-elle venue du delta de l'Indus avec les premiers
accompagnateurs de buffles?
Bien des questions tournent en rond : les habitants se sont-ils parfois
regroupés sur des lieux élevés pour fuir les incursions ennemies ou suivre
leur seigneur, abandonnant ainsi une partie des basses terres aux marais et
aux moustiques - ou ont-ils dû fuir les basses terres comme le firent les
actives communautés religieuses de la plaine d'Aleria parce que les conditions
écologiques avaient - au moins un instant - rendu possible la pire des
conjonctions, le Plasmodium falciparum (des accès pernicieux) et V
Anopheles labranchiae , qui va chercher les hommes dans l'ombre et la tiédeur
des maisons?
On voit toutes les questions que peut poser cette étude exemplaire, qui
met en œuvre tout un ensemble de facteurs, aussi bien cosmiques et
planétaires que biotiques, botaniques, zoologiques et humains... et non
seulement les recherches en cours n'ont pas encore déterminé avec précision
toutes les régions de l'Occident médiéval qui ont indubitablement connu la
malaria, mais encore les rétrodiagnostics concernant cette maladie doivent
sans cesse être révisés en relation avec les dernières données de la zoologie,
de l'hématologie et de l'écologie.
28 Robert DELORT

2. Les criquets - ou, du moins, les acridiens migrateurs, sont,


contrairement aux anophèles dont on ignorait l'exacte relation avec la malaria et que
l'on ne distinguait pas des autres moustiques, parfaitement identifiés dans
les textes médiévaux tant pour les réminiscences bibliques qu'ils suscitaient
que par l'évidence périodique de leurs ravages. A partir de 873, année
d'invasion générale de tout l'Occident, chroniques, annales, documents
fiscaux, religieux, archéologiques, épigraphiques... signalent un peu partout
les grands passages de criquets.
Là encore la zoologie actuelle, révolutionnée par la grande découverte
de B . Uvarov ( 1 92 1 ) a permis d'étudier les conditions écologiques de la
formation des nuages de criquets à partir de sauterelles communes, grégarisées
et transformées en quelques courtes générations.
Le criquet migrateur (Locusta migraîoria) qui ravage l'Occident se gré-
garise dans les espaces pontocaspiens, avec d'éventuels relais le long du
Danube, du Main, des vallées alpestres où les conditions de température,
d'hygrométrie, de luminosité etc.. lui sont favorables. On a pu très
rapidement retracer les grandes lignes et retrouver les principales dates de ses
invasions à travers l'Occident médiéval : mais il resterait à étudier plus
particulièrement, dans chaque endroit signalé, l'étendue exacte des ravages. . .
L'Occident a d'ailleurs, sur son bord méridional et méditerranéen,
«accueilli» d'autres acridiens migrateurs dont le redoutable criquet pèlerin
{Schistocerca gregaria) et les non moins dévorants Dociostaurus marocca-

nus et Caliptamus italicus qui n'en sont pas toujours differenciables dans les
textes. Espagne, Provence, Italie, Grèce, îles et monde byzantin sont ainsi,
suivant les années, atteints par Schistocerca né au printemps au Sud du
Sahara et généralement renforcé par les pontes d'automne du Maghreb : quand
la grégarisation a été importante et que les vents sont «favorables», les
monstrueux essaims passent la Méditerranée, voire se reproduisent dans les
îles.
Il y aurait là à faire une étude d'ensemble, appuyée sur les nombreux
documents épars en Espagne et en Italie, et utilisant divers travaux déjà
publiés, sur la Crète ou Chypre par exemple... Particulièrement intéressante
est l'étude des conséquences de telles invasions sur la végétation herbacée,
l'élevage, les arbres ou cultures arbustives (qui demandent des années pour
se reconstituer) et par suite sur les populations et leur imaginaire.
3. A côté de ces criquets (ou des papillons blancs), dont les ravages
considérables ont des périodicités espacées qui en font des fléaux de type
épidémique, divers insectes menacent probablement de manière plus
continue et moins visible (de manière endémique), la population occidentale. Il
ne s'agit pas de ceux qui passent pour transmettre la peste (puce) ou le
typhus (pou) mais de ceux qui menacent les récoltes ou les stocks, tels le
redoutable hanneton (Maïkofer) dont les cycles biologiques sont parfois rap-
Les animaux en Occident 29

proches ou encore le charençon, sur lequel nous avons quelques notations


dispersées.
D'autres invertébrés pourraient être étudiés avec fruit. Une histoire
précise du corail évoquerait tout son arrière plan culturel et commercial, depuis
les marins et pêcheurs jusqu'aux faiseurs de bijoux et aux marchands qui
vont le vendre, chargé de mythes, à Alexandrie voire en Chine ou en Inde...
De nombreux éléments pour une telle histoire existent dans les études
concernant Marseille, Barcelone, Naples, Palerme... et les métiers des
villes... et les livres de marchands.
Mentionnons aussi la cochenille, la «graine» d'écarlate, avec la
localisation des kermès, la récolte, la commercialisation, la vente, l'arrivée en
Flandre... L'éponge elle aussi «cueillie» et largement utilisée. Les
araignées, pourquoi pas? Existait-elle, cette tarentule qui aurait fait danser aux
Napolitains la «tarentelle» pour pouvoir exsuder son venin?
N'oublions pas le fondamental lombric, auquel s'est récemment
consacrée une excellente thèse, qui n'a malheureusement pas pu affiner sa
chronologie jusqu'à étudier les rapports entre les défrichements du XIe au XIIIe
siècle et l'extension de certaines espèces de vers de terre.
Il est vrai que, par manque de matériel archéologique qui ne restitue pas
les structures molles, l'étude des invertébrés est très dépendante des textes
ou de l'iconographie et se dégage mal de la vision médiévale ou d'abstraites
déductions zoologiques.

Le monde aquatique
Une excellente communication d'ensemble de Madame Zug-Tucci a
récemment été consacrée aux poissons médiévaux et à toutes les implications
qu'ils pouvaient avoir dans la pensée de l'Occident chrétien jusqu'au XI'
siècle. Mais bien que une quarantaine d'espèces, surtout de Méditerranée
ou d'eau douce, soient énumérées par les textes d'époque (et même ceux de
Hildegarde de Bingen) il semble bien que le monde aquatique ait été surtout
considéré en bloc et ait été connu beaucoup moins précisément que le
monde des animaux terrestres. Nous ne disposons donc que de peu de
documents ou d'images pour commenter les quelques arêtes ou dents qui nous
sont parvenues.
1. Il y a heureusement quelques exceptions, et en particulier le hareng,
qui a été le roi des poissons de mer du Xe au XVIe siècle sans que la morue,
une fois Terre Neuve repérée, ni la sardine, ni le maquereau ne l'aient
vraiment concurrencé avant le début du XXe siècle.

L'étude zoologique du hareng, commencée très tôt, n'a cessé de se


préciser. Son programme génétique, fixé lui aussi depuis des millions
d'années, n'a guère varié durant les derniers siècles et son histoire propre dé-
30 Robert DELORT

pend essentiellement des variations du milieu, en l'occurence du


chevauchement des eaux froides et des eaux tièdes et salées remontant des
tropiques vers le Nord. Or cette histoire du milieu est tout à fait inconnue. On
suppose certes que le Gulf Stream est remonté plus au Nord à partir de 600
ap. J.C. avec un petit maximum vers 950 et un maximum plus accusé ver
1 100; mais ce ne sont que des hypothèses à partir du carottage de l'inlandsis
groenlandais et de l'éventuel recul de la banquise qui aurait plus facilement
laissé passer Erik le Rouge ou Leif l'Heureux (dont l'établissement à Terre
Neuve, dans l'«Anse aux meadows», est bien attesté et fouillé). Les
morues, qui aiment l'eau très froide (2 à 4° C) auraient alors, peut-être (?)
remonté plus haut en latitude, comme les saumons et les harengs... On ignore
également si le récent ralentissement de la vitesse de rotation terrestre, en
modifiant la force de Coriolis, a eu une quelconque influence sur les
courants marins. Quant au refroidissement climatique et à l'avancée des
glaciers après 1 100, il a peut-être contribué à faire descendre les harengs vers
le Sud (jusqu'à l'estuaire de la Loire), voire à leur faire «quitter» la
Baltique, pour s'installer en force dans le Dogger Bank aux XVe et XVIe sicèles.
Tout ceci est extrêmement problématique et beaucoup trop schématique.
Malheureusement on constate toujours à l'heure actuelle combien sont
fondamentales les moindres variations d'un courant marin; témoin le flux «El
Nino» qui, entre 1970 et 1980, a fait diminuer des 9/10 les quantités
d'anchois au large du Pérou. Dans certains cas, c'est l'étude du poisson qui
permet d'observer les modifications de température et de salinité des eaux
marines et l'histoire du hareng médiéval en est partiellement l'exemple.
La rencontre avec les Occidentaux ne peut malheureusement être datée
ni «expliquée». Il semble que les Romains désignaient par «halex», bien
sûr, voire par «aringus sale duratus» tout poisson conservé dans le sel. Par
ailleurs le mot «hering» évoque l'armée germanique (hari, Herr) et Albert le
Grand prend précisément l'exemple du hareng pour évoquer la troupe, la
masse en rangs serrés... On peut aussi remarquer que, en France, les
premiers pêcheurs de hareng repérés, ceux du Boulonnais ou de Normandie,
étaient d'origine saxonne ou Scandinave, comme d'ailleurs ceux
d'Angleterre, renforcés par les éléments du Danelaw (à une époque, il est vrai, où le
hareng restait au Nord et n'atteignait guère, par exemple, la Bretagne). Ce
sont ainsi les Germains de la mer qui auraient mis l'Occident en contact
avec le hareng mais, de toutes manières, ce n'est qu'à partir du VIIIe et
surtout du Xe siècle que l'on est assuré de cette pêche en dehors des Hébrides,
de l'Ecosse et de la Scandinavie : les documents anglais et normands en font
alors foi.
Malgré le nombre et la qualité des études qui ont été consacrées au
hareng, et surtout pour le monde hanséatique, le Danemark, la Norvège et la
Hollande après le XIIIe siècle, de nombreuses questions restent sans
réponse.
Les animaux en Occident 31

Si la pêche et son déroulement, suivant les latitudes, de la Saint Jean à la


Chandeleur (en France de la St Michel à la Circoncision) est à peu près
connue, les quantités pêchées ne sont que rarement estimées; il faudrait
étudier pour la France par exemple l'ensemble des différents types de comptes
qui subsistent de Fécamp à Rouen, Dieppe, Boulogne et Calais pour la fin
du Moyen Age et faire la comparaison avec les comptes anglais; peut-être
mettrait-on alors en évidence des fluctuations d'origine «naturelle» au sein
de toutes celles, plus humaines, qui rythment l'histoire de la pêche.
Quand est apparu le hareng «saur»? Dans quelle mesure est-il
responsable de la deforestation des chênes ou des hêtres autour des villes qui le
«saurissaient» à leur épaisse fumée? Et le «caquage», vient-il vraiment de
Hollande au XIVe? Quelles en furent les conséquences, pour la diffusion et
le prix du hareng comme pour les forêts, avec tous ces «tonneaux» qu'il
fallait sans cesse construire? Et pour la production et le commerce du sel? Et
pour les techniques de pêche (bateaux, filets)? Peut-on vérifier l'importance
du hareng pour Dieppe, par exemple, ou dans l'approvisionnement de Paris
ou au sein de l'Occident et de ses 150 (?) jours de jeûne? Est-elle à la
mesure du riche folklore qui court de la Pologne à l'Ecosse et à l'Espagne? Ce
folklore lui-même ou les façons culinaires ne se sont-ils pas constitués pour
la plupart à partir du XVIe siècle, de l'essor de la Hollande et des Provinces
Unies?
Le hareng serait ainsi digne d'une étude d'ensemble qui, elle aussi,
partirait de sa génétique et des facteurs cosmiques et planétaires de l'écologie
pour arriver à son importance à tous les niveaux dans les sociétés humaines.
Une étude comparable pourrait être faite pour le thon, depuis l'Antiquité,
ou la morue, depuis l'époque moderne ou pour d'autres habitants des mers :
baleine ou dauphin. Anguilles ou saumons, dont la génétique et les mœurs
sont assez bien connues, nous montreraient l'arrivée en eau douce, avec
toutes ses conséquences au Moyen Age, de ces poissons de mer : le saumon
a pu récemment être étudié en Normandie à la fin du XVe siècle.
2. La carpe est non seulement le poisson d'eau douce par excellence;
mais c'est celui qui semble peu à peu s'imposer au cours du Moyen Age
parmi les perches, les tanches, les brèmes, truites et autres brochets. . . C'est
peut-être aussi le type même des poissons de viviers, dont les moines
auraient développé 1' «élevage» pour leur fournir les protéines que ne pouvait
leur donner la viande interdite. Nous ne disposons guère que de
renseignements dispersés et étonnants. Les Bénédictins de La Charité sur Loire ne
connaissent la carpe qu'au XVIe siècle (et le hareng point). Le nom même
de carpe semble bien venir du germanique. Presque tout est à faire dans le
monde des poissons ou des amphibiens : et l'imaginaire du crapaud ou de la
salamandre ne doit pas faire oublier tous ces cris de grenouilles, qu'il fallait
faire taire pour que le seigneur pût dormir.
32 Robert DELORT

3. Le castor. L'un des plus intéressants habitants des lacs et des rivières
a peu à peu disparu d'Occident au cours du Moyen Age mais c'est plus au
Canada qu'à notre propre folklore occidental qu'il doit d'être encore connu
et d'être passé dans notre imaginaire.
L'histoire du castor européen est entièrement à faire. Et même si nous
devons mettre de côté les sources russes et les études d'archéoostéologie
nous avons un certain nombre d'éléments qui nous permettraient peut-être
de l'esquisser, depuis la création des «beverarii» par Charlemagne. Le
castor n'est guère chassé pour sa fourrure mais pour ses glandes inguinales
(fournissant le castoreum, drogue réputée depuis l'Antiquité) et aussi parce
qu'il est considéré comme un nuisible, confondu partiellement avec la
loutre qui dévaste les viviers, les étangs et les rivières (sans mettre les arbres en
péril). Ce sont surtout les Arabes qui parlent des fourrures de castor et c'est
dans le commerce méditerranéen que l'on trouve le plus souvent le
«castoro» parmi les épices. Il faudrait des études locales en Espagne du
Nord, dans les vallées des Alpes, les forêts allemandes, sur les bords de
l'Isère, du Rhône ou de ses affluents cévenols, et ce, depuis l'Antiquité.
L'utilisation du castoreum et le fait que les réserves de chasse n'aient pas
protégé l'animal posent tout autant de problèmes.

Les bêtes chassées


On pourrait croire que, par le biais des florissantes histoires de la
chasse, des musées de la chasse et par l'importance que la chasse a eue dans
la société féodale, pour les seigneurs comme pour les paysans, les historiens
connaissent à peu près les gibiers ou les bêtes chassées. Il n'en est
malheureusement rien : même le chien, même le cheval, même le faucon sont peu
étudiés, a fortiori le cerf, le sanglier, le chevreuil, le lièvre et tous les
oiseaux que l'on voit pourtant s'épanouir aux marges des livres d'heure et
dont les ossements jonchent les débris de cuisine; le faisan, qui serait apparu
entre le VIe et le IXe siècle, devrait être particulièrement étudié et de même
l'aurochs ou l'élan avant leur rapide retraite vers l'Est.
La chasse aux «nuisibles» permettrait d'approcher un peu mieux aigles,
corbeaux, serpents aussi et renards. La chasse à l'ours et le plaisir de lutter
contre une bête forte et dangereuse apporte des précisions à une étude
d'ensemble sur le folklore de l'ours, sur les «bersekr» (danseurs revêtus d'une
peau d'ours) et aussi les ours apprivoisés et leur rôle.
1. Sur le loup seul se cristallisent de nombreuses études et même
d'excellents livres. Une thèse récente, de X. Halard, s'est concentrée sur
une documentation de premier ordre, concernant les primes payées en
Normandie pour chaque loup tué; pour éviter que l'on ne perçoive deux fois la
prime pour une même bête, chaque loup abattu était minutieusement décrit;
ce sont donc des centaines de bêtes dont on nous fournit l'aspect, le sexe, la
Les animaux en Occident 33

taille, l'âge... etc.. d'où un portrait robot du loup normand, précieuse


confirmation par rapport à l'actuel loup gris. On connaît ainsi, sur des
décennies, le nombre de loups tués que l'on peut comparer avec celui des
comptes de gruerie de Bourgogne ou le compte royal de 1202. On peut tout
autant repérer les années à loups grâce au nombre de louveteaux par louve
ou grâce aux diverses raisons (socioéconomiques voire politiques) qui font
plus fréquemment sortir le loup des bois (et le chasseur de son antre).

Divers détails sur la louveterie, l'influence des nobles, la mobilisation


des paysans pour les battues au loup soulignent son importance dans la vie
quotidienne et ouvrent des aperçus sur la symbolique du loup dans la culture
populaire ou cléricale.
Quelques questions restent encore posées. A partir de quand le loup a-t-
il attaqué l'homme? A-t-il vraiment constitué un danger pour l'homme?
Quand a-t-il été sexualisé et diabolisé? Dans le courant du XIe siècle ou
dans la lignée du loup dévorant les ouailles de leur pasteur? Il semble
d'après M. Ortalli que, dans l'Antiquité, le loup n'attaquait guère que le
mouton. Peut-être l'arrivée des Barbares a-t-elle été accompagnée de
nouveaux types de loups, plus forts et plus sauvages que ceux de la
Méditerranée; ou leur audace et leur nombre avait crû en raison de la déflation
démographique? Il est vrai que le Moyen Age connaît aussi des jeunes bergers ou
bergères qui effraient le loup ou même (protégés par leurs chiens?)
arrachent l'agneau vivant de la gueule du monstre.
Manquent toujours les nombreuses études régionales qui restent
possibles et la grande étude de synthèse qui nous dépeindrait le loup sous tous ses
aspects dans l'Occident et qui montrerait les différentes motivations de sa
guerre avec l'homme, et ses conséquences dans l'imaginaire médiéval.
2. La chasse du lapin apparaît, au premier abord, beaucoup moins riche
de résonances puisque le seigneur ou sa dame y voient surtout un apport en
nourriture carnée, le plaisir de montrer leur habileté au tir sur des bêtes
nombreuses, aux bonds déconcertants, ou leur maîtrise sur des faucons, des
chiens ou des furets; rappelons aussi que la vente de la viande ou surtout des
peaux, que la fécondité des lapins et leur pullulement dans les garennes
fournissent en quantité considérable, tient une place non négligeable dans
les comptes domaniaux.
Pourtant le lapin présente une grande originalité dans le bestiaire
médiéval pour de très nombreuses raisons : en particulier parce que c'est à cette
époque, et surtout après le XIe siècle, qu'il se diffuse en Occident et que c'est
sur la fin du Moyen Age qu'il commence (peut-être) à être domestiqué.
Le nom même du lapin pose un problème. On sait que l'animal, refoulé
par les grandes glaciations des terres dont le sol gelant ne pouvait plus être
colonisé, ne peuplait guère plus que l'Espagne aux derniers millénaires
avant notre ère et que les Phéniciens, arrivant en ces pays où pullulaient des
34 Robert DELORT

bêtes leur rappelant un petit mammifère de Syrie, le daman (hyrax syriacus)


qu'ils appelaient sphan, saphan, donnèrent à ces régions le nom de «pays du
sphan» : «i sphan im», d'où Hisphahania, Hispania, Espagne... Aux
derniers siècles de notre ère les Romains firent connaisance avec le lapin qu'ils
appelèrent, d'un mot peut-être ibérique, cuniculus dont le nom s'étendit
aux galeries creusées par l'animal : de ce cuniculus viennent les coelho,
conejo, conill, coniglio, connin en français, coney en anglais, canin, Kanin
(-chen) en allemand... La forme en moyen allemand est d'ailleurs
«coninghe» et quand les peuples slaves virent arriver cet animal jusque là
inconnu, ils traduisirent le mot allemand. Mais «coninghe» pouvant vouloir
dire roi (Kônig) aussi bien que lapin (Kaninchen), ils interprétèrent suivant
la mauvaise étymologie; et le roi par excellence étant, pour les slaves,
Charles (magne), «Karol», Kral, le lapin devint le «petit roi», Kralik, Kro-
kyk en tchèque, en russe ou en polonais.
Tout ceci n'explique pas pourquoi, en français, le mot «connin» a été au
XVIe siècle concurrencé puis remplacé par l'actuel «lapin». Passons sur les
confusions populaires qu'attiraient, en latin comme en français, le
«cuniculus» ou le «connin» qui évoquait un trou bien précis. Le verbe
«cunitilare» aussi bien que «conillier» veut dire sans équivoque «faire
l'amour». Et la littérature ou l'iconographie, au-delà même du large espace
de la francophonie médiévale, en sont autant de preuves; Pisanello
dessinant la Luxure (à l'Albertina de Vienne) place un lapin entre les pieds de la
courtisane tordue par le désir; Piero di Cosimo (musée de Berlin) retraçant
«Mars et Vénus après l'amour» fait apparaître un admirable lapin autour des
hanches de la belle déesse alanguie; Saint Antoine dans un désert absolu,
voit sur le sol le lapin (symbolisant les tentations de la chair)... et les
plaisanteries grasses d'après table sur «l'embrochement des connins» ou la
chasse aux connins privés, que portent les demoiselles ne laissent aucun
doute. Mais on peut aussi se demander si le mot lapin au féminin ne provient
pas de la confusion voulue avec le sexe masculin, tel qu'il apparaît par
exemple dans le Roman de la Rose. Du sexe féminin masculinisé (le connin)
on serait alors passé au sexe masculin féminisé puis remasculinisé en
«lapin». La progression de l'élevage du lapin au XVIe siècle aurait
d'ailleurs insisté sur cet aspect sexuel de l'animal, et l'on sait encore aujourd'hui
ce que peut un «chaud lapin» ou un «fameux lapin», avant même Aristide
Bruand...
Revenons à l'histoire, en laissant les Anglais méditer sur le passage du
«coney» au «rabbit» et à la zoologie du lapin, lequel, au début du Moyen
Age, n'est plus confiné en Espagne.
Certes, c'est un animal très casanier, qui ne s'écarte jamais à plus de
500 m. de son terrier : par ailleurs il préfère les sols légers, faciles à gratter,
avec des amas de pierres («clapes») et il déteste les sols forestiers, trop
lourds ou gorgés d'eau : c'est là d'ailleurs un point sans cesse remarqué, en-
Les animaux en Occident 35

core signalé par Aldrovandi «ab omni humiditate abhorret». Il en a une telle
horreur que le moindre filet d'eau peut l'arrêter dans sa progression. Or la
progression de cet animal, pourtant casanier, est inéluctable du fait de sa
prodigieuse fécondité (on sait ce que peut une lapine, lapinante, avec son
chaud lapin) et Albert le Grand, parlant plus des lapins que des lièvres avait
insisté sur ce fait bien avant l'aventure australienne.
La progression sur les bords méditerranéens a (peut-être) été aidée par la
gourmandise des Romains qui auraient fort apprécié les «laurices»
originaires d'Espagne, un mets exquis à base de lapereaux morts nés ou même de
fœtus prélevés directement dans le ventre de la lapine. On ne suit pas très
bien l'expansion du lapin à cette époque car la confusion avec le lièvre,
dans les esprits, l'iconographie et même le vocabulaire, est un gros élément
d'incertitude (chez Aristote comme chez Vairon, sur les vases grecs comme
sur les mosaïques romaines...). Toujours est-il que, au début du Moyen
Age, le lapin ne semble avoir passé ni la Loire, ni les Alpes. La répartition
des ossements retrouvés, même en tenant compte des intrusions possibles de
lapins plus récents dans des niveaux archéologiques anciens (en y ayant
installé leurs terriers) est saisissante. La grande colonisation de l'Occident par
le lapin est un fait médiéval, particulièrement bien suivi du XIe au XIIIe
siècle. En partie parce que nous avons plus de textes à partir du XIe (mais
l'époque de Charlemagne nous en a aussi laissé); également parce que il y a
peut-être une relation entre expansion humaine et expansion du lapin. Et on
peut penser aux grands défrichements par lesquels les paysans ont gagné à la
culture des dizaines de millions d'hectares, ont refoulé les forêts, aéré les
lourdes terres limoneuses et gorgées d'eau, asséché et bonifié les marais... et
façonné l'agrosystème actuel. Le lapin aurait alors suivi le paysan...
En fait le lapin a bien plutôt suivi le moine et le seigneur. On connaît la
lettre célèbre d'un abbé de Corvey demandant en 1 149 à l'abbé de Solignac
2 couples de lapins : l'abbé allemand désirait établir près de son monastère
une «garenne» pour avoir toujours auprès de lui, faciles à surveiller, des
réserves de chair vivante, si délicieuse à consommer, parfumées au laurier et
augenévier.
Ce sont encore plus les seigneurs laïcs qui ont établi auprès de leurs
châteaux ou maisons fortes, dans leur réserve et dans leur «garenne» (où ils
«gardent» aussi bien d'autres animaux) des lapins vite abondants. Et ces
lapins, qui dévastent et gâtent tout sur les 3 km 2 qui entourent leur terrier
sont, par endroits, un vrai fléau pour les paysans. Or ceux-ci n'ont pas le
droit de les chasser. Et bien des procès entre seigneurs et paysans, nés au
sujet du droit de chasse, ne concernaient pas tellement ours, loup, cerf,
sanglier pour lequel le paysan ne dispose ni d'armes, ni de chiens, ni de
chevaux.. . mais bien plus souvent de lapin.
De toutes manières, portés par le seigneur et par leur prodigieuse
fécondité, les lapins avancent inexorablement en Occident. Ils sont en Suisse au
36 Robert DELORT

moins au Xe siècle (fouilles de Petersberg) en Bohême au XIe, en Pologne


au XIIIe (au moins à l'Ouest de la Vistule); en Hongrie à la fin du Moyen
Age comme le prouvent les fouilles à Zalavar ou Vysegrad... Ce sont des
bêtes sauvages installées généralement par plaques autour des monastères
ou des châteaux et se diffusant lentement à partir de ces garennes... Une
étude exemplaire combinant vestiges zoologiques et sources écrites a été
exécutée pour l'Angleterre par E. Veale. Le lapin y semble inconnu avant le
XIIe siècle et y arrive par les îles sablonneuses proches du continent :
Sorlingues (1176), Lundy Island (1183-1219), Fulmen, Wight (avant
1229)... Puis le roi parle de ses garennes à Guildford et Isleworth (1235-
1241) et des lapins vivants (dont il consomme des quantités assez faibles).
Entre 1240 et 1254 se produit l'explosion autour des châteaux, manoirs et
monastères; mais seuls les seigneurs consomment le lapin, dont le prix est
encore élevé (5 fois celui d'un poulet). Puis, en quelques décennies, les
lapins fourmillent, menaçant déjà les paysans; leur prix baisse, leurs
fourrures affluent sur les marchés. Des millions de peaux sont exportés vers le
continent et même vers la Baltique qui, au XVIe siècle reçoit plus de lapins
qu'elle n'exporte d'écureuils. Mais le prix de ces peaux est très évocateur.
La plupart sont très bon marché mais certaines sont extrêmement chères et le
restent, tel le lapin argenté qui vaut 84 fois plus que le lapin commun. C'est
là, entre autres, une preuve que le lapin n'est toujours pas domestique.
Dans les textes, les comptes, les fouilles archéologiques nous ne
trouvons d'ailleurs pas de preuve convaincante d'une véritable domestication.
Les variations de mensuration sont encore trop faibles pour distinguer du
lapin sauvage un lapin déjà domestique qui, contrairement à tous les animaux
domestiques, diminue peu de taille et même va très rapidement grandir.
S'il n'y a pas de domestication (avec amélioration et créations de races)
on peut en revanche parler d'élevage : à partir du XIVe siècle et surtout du
XVIe siècle on sait que les éleveurs, anglais par exemple, ont chez eux des
cages à lapines et qu'il élèvent les jeunes dans des enclos, loin des pères qui
n'aspirent qu'à les dévorer. C. Gesner (v. 1550) dit qu'on les nourrit de
pain, d'herbe, qu'on leur donne un peu d'eau... Mais il s'agit là de bêtes
tout à fait sauvages, que l'on prend à la trappe et au filet. Charles Estienne
(1564) rappelait qu'ils doivent rester sauvages, car leur chair perdrait sa
saveur. On voit là la contradiction entre les éleveurs pour la consomation de
viande et les éleveurs pour la fourniture de pelleteries, qui ne s'en sont
séparés que pour croiser et sélectionner des bêtes, à la chair appréciée certes,
mais à la peau parfaite. Ce sont ces producteurs de peaux qui, toujours en
Angleterre, arriveront à créer la première race véritablement domestique, le
lapin argenté et c'est à partir des races fourrées que le XIXe siècle, quand la
paysannerie sera réconciliée avec un lapin désormais en clapier, créera la
multitude de races dont décrivent les actuels lapins domestiques et jusqu'au
lapin nain de compagnie.
Les animaux en Occident 37

Bien des choses restent à faire pour l'histoire du lapin : essayer de mettre
au point des critères ostéologiques, pour différencier les premières formes
domestiques; repéter les plaques de peuplement importé à partir desquelles la
garenne a diffusé. Refaire avec précision la chronologie de son expansion. . .

Des bêtes nouvelles?


Le lapin est ainsi un bon exemple de l'arrivée d'une bête nouvelle,
sauvage certes (mais consciemment aidé par les hommes) dans les profondeurs
de l'Occident, comme la carpe, comme le faisan tandis que reculent
l'aurochs ou le saumon. . .
Deux autres animaux sont tout aussi exemplaires et encore plus mal
connus : le rat noir et le chat (!).

Le rat noir
Quand est-il arrivé en Occident? Avait-il des puces Xenopsylla chaeo-
pis? A-t-il été le support, le «substrat murin» indispensable au
développement de la peste?...

On pourrait croire, que comme pour l'anophèle, c'est l'étude de la peste


qui nous permettrait de reconstituer celle du rat. Mais la situation est bien
différente; le rat (et sa puce) n'est pas la seule bête capable de nous
transmettre la peste; et, contrairement à l'anophèle, il a laissé des restes osseux.
Une tradition tenace veut que le rat noir ait été introduit par les Croisés à
l'extrême fin du XIe siècle : elle ne repose sur rien et, en plus, ne saurait
s'accorder avec les épidémies de peste (Pourquoi la peste aurait-elle attendu
le milieu du XIVe siècle si les rats étaient déjà en place au XIIe?).

Il semble d'ailleurs que l'on ait retrouvé des ossements de rats noirs bien
antérieurs et non intrusifs (comme le lapin, le rat peut en effet s'introduire
(et mourir) dans des niveaux archéologiques plus anciens). Le récent relevé
de M. De Bruyn, à Gand, signale des rats noirs en Allemagne dès les
premiers siècles de notre ère, en particulier au IVe siècle; en Suisse et surtout
en Autriche, les os de rats seraient même antérieurs à l'époque chrétienne,
Ier voir Ve siècle avant J.C.

En Espagne avant l'an mil, en Angleterre avant l'an 800, le rat pouvait-
il être absent de France à l'époque de Charlemagne? Probablement pas,
mais rien ne nous en donne la preuve formelle. Par ailleurs, le rat est absent
des fouilles de Melbourne Street à Southampton, malgré les 90.000
esquil es analysées, dont certaines d'animaux au squelette très fragile, et aussi du
Marseille paléochrétien. S'il existait, il n'était donc pas très répandu. Ou
alors il faudrait évoquer d'autres exemples d'animaux très courants dont on
ne retrouve pas la moindre esquille d'os - l'exemple des écureuils russes -
dont les peaux sont signalées par millions - est à ce sujet évocateur : très peu
38 Robert DELORT

de restes osseux, parfois même aucun, les cadavres ayant dû être dévorés
par des chiens ou des prédateurs et les os dissous dans de voraces estomacs.
Mais l'argument ne vaut pas pour les souris, crocidures, mulots,
campagnols d'Occident dont on trouve quand même de nombreux vestiges. Il
semble donc que le rat noir existait avant le XIe siècle mais qu'il n'a connu une
«explosion démographie», signalée par l'iconographie ou les textes qui le
décrivent à peu près correctement qu'après le XIIe et peut-être (!) le début
du XIIIe siècle. La peste du XIVe en a peut-être été facilitée : mais celle de
Justinien en revanche, et qui, en plus, n'a guère essaimé vers Suisse,
Autriche, Allemagne où il y avait sûrement des rats noirs, repose tout le
problème du «substrat murin» et des nombreuses causes d'une épidémie.

Autre question : et le rat gris? L'effroyable surmulot a effectivement


passé la Volga à Astrakhan en 1727 sous les yeux épouvantés de la
population, voyant onduler sur les flots le manteau gris de ces millions de bêtes.
De là il s'est répandu en quelques décennies dans toute l'Europe, puis, par
les bateaux occidentaux, a gagné le monde.
Mais n'existait-il pas auparavant en Occident, même brimé et tenu en
lisière par le rat noir qui est en train actuellement de reconquérir des endroits
qu'il avait abandonnés à son féroce rival il y a des décennies voire deux
siècles... Le «passage de la Volga» et l'expansion rapide du XVIIIe signalerait
alors un cycle biologique, non l'arrivée d'une bête entièrement nouvelle. Il
semble qu'on ait retrouvé des ossements de surmulot datant du Moyen Age
en Occident. Ils sont d'ailleurs bien difficiles à distinguer de ceux du rat
noir et l'on comprend que dans des textes qui confondent souvent lapin et
lièvre, les deux rats, s'ils existaient ensemble, n'aient pas été différenciés.

Le chat
C'est une gageure de terminer ce rapport sur les bêtes sauvages au
Moyen Age et ce paragraphe sur les bêtes nouvelles par le chat qui est à la
fois domestique et depuis longtemps implanté en Occident. Il est de fait
notoire que, au moins jusqu'aux Mérovingiens (fouilles de Brebières par
exemple qui ont exhumé 2 chats contre 5 chiens) le monde romain ou roma-
nisé a parfaitement connu le chat. Par ailleurs dès le XIIe siècle, dans
l'archéologie, l'iconographie puis les textes, le chat domestique semble
commun, et bien plus que le chat sauvage, signalé lui aussi. Il est vrai que c'est
le même terme qui le désigne, d'où les confusions possibles.
Le premier problème est la grande rareté du chat dans les textes et les
fouilles du VIIe au XIIe siècle; les hagiographies du Moyen Age ne le
mentionnent pas (sauf dans un texte renvoyant à Grégoire le Grand, au VIe
siècle), les écrits du temps de Charlemagne ne le citent que sous la forme
sauvage et en recopiant des écrits précédents; les quelques documents
conservés le considèrent comme une bête extrêmement chère (si le texte du roi Hra
le Bon, en pays des Galles, est authentique)... Il est difficile de penser que
Les animaux en Occident 39

le hasard seul soit responsable de cette grande rareté, y compris dans les
fouilles. Peut-être les quelques chats survivants étaient-ils élevés par les
moines dont ils défendaient les stocks contre les souris (ou les rats) et dont
(peut-être!), si nous poussons un peu l'allusion de Grégoire le Grand, ils
apaisaient les frustrations par leur tiédeur caressante dans l'intimité du lit.

Autre question, peut-être liée : quand le chat reparaît dans les textes au
XIIe siècle, et par exemple en 1 180 chez W. Map, c'est sous la noire livrée
du Diable, du paganisme ou du catharisme (qu'Alain de Lille, rattache,
entre autres, au «cattus», dont les hérétiques baisent horriblement le dessous
de la queue)... Les sorcières se déguisent en chattes, pour courir au sabbat
et l'on sait l'impact sexuel de cette bête que l'on trouve dans les chansons
populaires sans cesse réinterprété jusqu'à «La mère Michel», «II était une
bergère, et ron et ron, petit patapon», «Mon père m'a donné un mari»... ou
dans les contes comme «La chatte blanche».
C'est également vers cette époque que se fait, du chat sauvage au chat
domestique (noir?), le transfert de ce caractère très archaïque du rebelle
génie de la fécondation, que l'on se concilie en essayant de le tuer ou de
l'enfermer : chat emmuré dans la construction que l'on veut rendre indestructible,
chat enterré vivant au carrefour des sillons, chat brûlé vif lors des fêtes calen-
daires aux Brandons (fin de l'hiver) ou à la St Jean (début des moissons).
D'autres problèmes restent troublants : si l'on comprend bien le symbole
du chat (gris) mis souvent aux pieds de Judas dans la dernière Cène ou du
chat entre Adam et Eve sous l'arbre de la connaissance etc.. celui du chat
blanc veillant sur la Vierge lors de la naissance du Christ, même s'il est
évident, n'est pas aisé à expliquer et à rattacher au génie tutélaire de l'Egypte
et de Rome...
Il serait donc utile d'étudier le devenir du chat en Occident de
Charlemagne à Barberousse (avec ou sans rat noir) et de lever quelques unes des
nombreuses (et attachantes) énigmes qui continuent à nous le masquer
partiellement.
Ce rapport pose finalement bien plus de questions qu'il n'en résoud. En
effet la zoohistoire médiévale tarde à se définir et à utiliser le considérable
trousseau de clés dont elle dispose. C'est une évidence de dire qu'elle se
doit d'associer au moins zoologues et historiens mais, beaucoup plus,
naturalistes et médiévistes au sens large (archéologues, historiens d'art,
philosophes, linguistes, littéraires...)
Seules des rencontres fréquentes en équipe ou lors de réunions comme
celles de Spolète ou de Toulouse permettent aux uns de poser les bonnes questions
et aux autres de donner les réponses pertinentes; peut-être aussi éveillent-elles
des vocations ou confortent-elles de plus tardives spécialisations.
40 Robert DELORT

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

Aucun ouvrage de synhèse n'a été consacré à la question : et la période


médiévale (ou moderne) est généralement négligée (ou très mal connue)
dans les travaux d'ensemble (ou les monographies) qui privilégient
normalement la paléontologie, la préhistoire ou les protohistoire et antiquité
classique. Signalons cependant le recueil, à paraître en 1984 :
L'uomo difronte al mondo animale nelValto mediœvo, Semaine de Spo-
lète, 1983, qui traite de l'ensemble des problèmes et mord largement sur les
siècles postérieurs au XIe siècle.

Tous les autres ouvrages parus ou à paraître et directement centrés sur


les animaux partent d'abord de leurs vestiges (et généralement se fondent
sur des fouilles archéologiques). Les manuels les plus accessibles pour
étudier les vestiges médiévaux ou non, sont ceux de :

Reed R., Ancient skins, parchments and leathers. Londres, New


York, 1972.
Chaplin R.E., The study of Animal Bones from archaeological sites.
Londres, New Yord, 1971.
Poulain Th. et P. , L'étude des ossements animaux et son apport à
l'archéologie. Dijon, 1976.
Nouvelles de l'Archéologie. Numéro spécial sur la faune (1982).
Les sources littéraires sont évoquées par :
Petit J. et Thédoridès J., Histoire de la zoologie jusqu' à Linné. Paris, 1962.
A noter que les ouvrages de P. Sébillot sur le folklore français sont en
réédition. Doit paraître en octobre 1984 :
Sébillot P., La faune. Editions Imago.

Le monde animal
Nous attendons avec impatience la publication par les soins de l'Ecole
Française de Rome (1984?) des fouilles de Brucato, dont la partie
zoologique est rédigée par Corinne Bossard-Beck.
Egalement, par les éditions du Sycomore (1985?) la thèse de Frédéri-
que Audoin-Rouzeau, Archéozoologie de la Charité sur Loire médiévale
(XIe -XVI IIe s.).
A part les études bien connues de P. Demolon sur le Village de Brebières
(1972) et la thèse de G. Demians d'Archimbaud sur Vieux Rougiers
(1980), c'est surtout dans les revues Archéologie médiévale ou Medieeval
Archaeology que l'on peut trouver les résultats récents de fouilles
concernant la faune médiévale.
Les animaux en Occident 41

Parmi les articles ou ouvrages récemment parus :


Barthel (H.J.), Tierknochenreste einer mittelalterlichen Grube in Er-
furt. Ausgrabungen und Funde, Akademie-Verlag, Berlin, 1979, Band 24,
pp. 254-259.
Bergquist (H.) et Lepiksaar (J.), Medieval animal bones found in Lund.
In Archeology of Lund, Studies in the Lund, excavations material, 1957, I,
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1972-1974 : The animal bones from the Broad Street and Old Gaol sites, in
Oxoniensia,XL, 1975, pp. 105-121.

Les animaux sauvages


Nous disposons d'un très remarquable recueil.
La Chasse au Moyen Age - Actes du colloque de Nice (juin 1979), Nice. Les
Belles Lettres, 1980 qui aborde la plupart des aspects de la zoohistoire. Et de
très nombreux articles, monographies ou thèses consacrées à divers animaux.
L'un des derniers parus est celui de :
Portier (L.), Le pélican, Paris, 1984, qu'il faudrait compléter avec :
Oppel (H.), Those Pelican Daughters, Akademie der Wisschenschaft
und der Literatur, Mainz-Wiesbaden 1979, 13.
Gerhardt C, Die Metamorphosen des Pelikans, Exemple und Ausle-
44 Robert DELORT

gung in mittelalterlichen Literatur Trierer Studien zur Literatur. Bern-


Frankfurt, 1979.
La littérature sur le loup médiéval est abondante et d'excellente qualité.
Ont récemment paru :
Cherubini (G.), Lupo e mondo rurale nell' Italia del Medioevo. in : Ri-
cerche Storiche, (Bibliographie exhaustive), XIII. 3, décembre 1983.
Halard (X.)» Le loup aux XIVe et XVe siècles en Normandie, in :
Annales de Normandie, 1983(7).
Le rat retient sans cesse l'attention.
Bruyn (T. de), Huisrat (Rattus Rattus) en bruine Rat (R. Norvégiens) in
arche azoologische context. Rijksuniversiteit Gent, Fakulteit der Wetens-
chappen, 1981.
Rackham (D.J.)> Rattus rattus : the introduction of the black Rat into
Britain. Antiquity, 53, 1979, pp. 1 12-120.
Reichstein (H.)> Bemerkungen zur Verbreitungsgeschichte der Hausratte
(Rattus Rattus, Linné 1758) an Hand Jungerer Knochenfunde aus Haithabau
(Ausgrabung 1966-69), Die Heimat., 1974, 81, Kiel, pp. 113-114.
Wolff (P.); Herzig-Straschil (B.) et Bauer (K.), Rattus rattus (Linné
1758) und Rattus norvegicus (Berkenhout 1769) in Ôsterreich und deren
Unterscheidung an Schâdel und postcranalem Skelett. Mitteilungen Abt.
Zool. LandesmuseumJoanneumJhg,9, 1980, Heft 3, pp. 141-188.
Divers articles sur le criquet, rapidement résumés dans :
Delort (R.)» La longue marche du criquet, in L'histoire, 198 1 .
Sur l'anophèle :
Bruce-Chwatt (L.S.) et Zulueta (J. de), The rise and fall of Malaria in
Europe, Oxford, 1980.

Les animaux domestiques


Nous disposons toujours de deux ouvrages généraux, dont la partie
médiévale est restreinte mais sérieuse.
Ce sont les ouvrages de deux bons zoologues (et archéologues).

Zeuner (F.E.)> History of domesticated animals, Londres, 1963, éd.


allemande, 1968.
Bôkômyi (S.), History of domesticated animals {Central Eastern
Europe), Londres-Budapest, 1974.

d' Ethnozootechnie
Ajoutons les publications
, 25 boulevard
à diffusion
Arago,restreinte
75013 Paris,
de la dont
Société
les (française)
rencontres
annuelles réunissent zoologues, vétérinaires, ethnozootechniciens plus
quelques préhistoriens ou historiens de l'antiquité. Même si le Moyen Age
Les animaux en Occident 45

en est pratiquement exclu, il y a beaucoup à glaner dans ces recueils qui


concernent, de 1975 à 1984,
- le porc
- le chien
- le lapin
- le mouton
- le bœuf.

Parmi les très nombreux ouvrages ou articles qui étudient les animaux et
non l'histoire de l'élevage, citons :
Armitage (P.L.), A preliminary description of british cattle from the late
twelfth to the early sixteenh century, The Ark, VII, 1980, n° 12, pp. 405-413.
Armitage (P.L.), Developments in britisch cattle hubandry. The Ark, IX,
1982, n° 2, pp. 50-54.
Becker (C), Untersuchungen an Skelettresten von Haus- und Wil-
dschweinen aus Haiihabu. Berichte iiber die Ausgrabungen in Haithabu
(Karl Wachholtz Verlag, Neumiinster), 1980.
Reichstein (H.), Haustierknochenfunde der Feddersen Wierde, (Allge-
meiner Teil), Problème der Kustenforschung im siidlichen Nordseegebiet,
1973, Band 10, pp. 95-112.
Reichstein (H.), Untersuchungen zur Variabilitat friihgeschichtlicher
Rinder Mitteleuropas. in : J. Matolcsi ed. : Domestikationsforschung und
Geschichte der Haustiere. (Maison d'édition de l'Académie des Sciences de
Hongrie; Budapest), 1973, pp. 325-340.
Reichstein (H.) und Tiessen (M.), Ergebnisse neuerer Untersuchungen
an Haustierknochen aus Haithabu (Ausgrabung 1964-1964.
Untersuchungen an Tierknochenfunden, (K. Wachholtz Verlag, Neumiinster), 1974, pp.
9-83.
Ryder (M.L.), British medieval sheep and their wool types, in : D.W.
Crosley ed. : Medieval Industry, pp. 16-27. Council for British
Archaeology Research Report n° 40, 198 1 .
L'excellente thèse de C. Bossard-Beck, consacrée aux animaux
domestiques en Bourgogne à la fin du Moyen Age, soutenue en 1983, n'est
toujours pas publiée.