Vous êtes sur la page 1sur 17

Qu'est ce que la mondialisation? C.A.

Michalet
Intro:
Beaucoup de débat autour de la mondialisation, mais finalement jamais de définition.
Braudel a montré que "l'économie-monde" est déjà ancienne, mais ces modalités d'existences
changent dans le temps. Pourtant on essaye toujours d'expliquer les nouveautés avec les
théories traditionnelles.
Le principal manque est l'aspect multidimensionnel : la mondialisation ne se résume
pas à l'augmentation des niveaux d'échanges.
2 ex de mauvaises compréhensions : ceux qui se plaignent de l'homogénéisation; ceux
qui veulent retrouver l'Etat d'avant.
Il faut distinguer 3 types de configurations de la mondialisation : la configuration
inter-nationale, la configuration multinationale et la globalisation.
Malgré les problèmes humains qu'elle comporte, la globalisation n'est pas "la fin de
l'Histoire", car d'autres types de régulation prendront le relais.

Chap 1 : Une nouvelle approche de la mondialisation


Nous allons nous appuyer sur la complexité et les transformations de la
mondialisation. Nous devons l'analyser sous ses différentes dimensions que sont les échanges
de biens et de services, la mobilité de la production de biens et services et la circulation des
capitaux financiers.

Une problématique oubliée : la mondialisation nécessaire

Braudel a montré que l'"économie-monde" existait avant les Etats nations, ce que les
économistes inversent dans leur théorie. Les 1ers théoriciens se sont tout de suite rendu
compte que les Etats nations avaient tendance a vouloir favoriser leur peuple et donc de nuire
aux échanges. A. Smith a défendu le principe de division du travail, qui peut être étendu à la
division internationale du travail, où chaque pays est spécialisé dans un type de production. D.
Ricardo prolonge ce travail et montre que l'ouverture de l'économie est vitale, non seulement
pour augmenter la productivité, mais pour accumuler du capital (cf lutte contre les corn law).
Cette théorie a été reprise par les marxistes et donnera naissance à la théorie de l'impérialisme.
Marx va montrer dans le Kapital que c'est la seule façon de lutter contre la baisse tendancielle
du taux de profit. Rosa Luxembourg ajoutera que cela permet d'éviter les crises de
surproduction. Lénine montrera que les investissement à l'étranger permettent d'éponger le
surplus de profits.
Malgré leur aspect abstrait, ces théories ont peut être été jetée un peu vite, car elles
portaient deux bonnes idées :
1/l'ouverture des économies est indispensable à la croissance des économies
capitalistes.
2/la mondialisation revêt d'autres formes que les échanges de biens et services

Une approche nouvelle:

La mondialisation est un phénomène multidimensionnel


Les échanges de biens et services est prise en compte dans les flux d'importations et
d'exportations. La dimension productive repose sur les investissements directs à l'étranger
(IDE). La troisième dimension est composée des investissements financiers. Ceux-ci sont
différents des IDE car leur but est la rentabilité et non la prise de pouvoir dans la firme, ils
sont plus détachés de la sphère réelle.

Les dimensions de la mondialisation sont interdépendantes


Ce n'est pas une addition de dimensions. Elles ne sont pas substituables entre elles
(contrairement à ce que Mundell pensait). La politique économique ou la gestion d'une firme
revient à organiser ses dimensions pour augmenter la compétitivité. (cf ex page 21 pour la
démonstration). La contrepartie de la dimension financière est la volatilité, les crises
financières pouvant créer de par cette interdépendance des crises économiques.

La régulation de la mondialisation:

Explicitation des définitions de régulations (scientifiques, US=réglementation, école


de la régulation, dérégulation).
On peut déterminer différentes régulations de la mondialisation en fonction des
périodes caractérisées chacune par une logique économique dominante. Il y a donc deux
analyses, l'une statique et l'autre dynamique.
1/la logique dominante d'une configuration est le produit de la hiérarchie des 3
dimensions. Il y a 3 critères pour caractériser la dominance d'une dimension: le taux de
croissance de chaque dimensions; la rentabilité des investissements dans la dimension
dominante et la rationalité économique des opérateurs de la dimension dominante.
2/La séquence des configurations dépend des changements de hiérarchies. Ce
sont les différences territoriales et le processus d'homogénéisation lié à l'accumulation du
capital qui font bouger cette hiérarchie. Il y a recherche de la rentabilité maximale.
Il résulte de cette analyse 3 configuration : la configuration inter-nationale, celle multi-
nationale et la globale.

La configuration inter-nationale
La dimension dominante est l'échange de biens et services. Sa logique est basée sur la
spécialisation internationale. C'est les différenciations de productivité sectorielle qui font la
carte du monde. Les autres dimensions ne sont pas importantes. La figure principale n'est pas
le marchand mais l'Etat-nation à la fois comme acteur économique et comme territoire.

La configuration multi-nationale
La dimension dominante est la mobilité de la production (donc l'importance des IDE). La
logique de la configuration est la compétitivité. Il y a une forte concurrence oligopolistique
entres des FMN. Les acteurs principaux sont les FMN. Les séparations des Etats sont niées
par les FMN, l'Etat-nation perd de sa pertinence.

La configuration globale
Il y a une domination de la dimension financière. La logique est celle de la rentabilité
financière mesurée par le ROE (return on equity). Les mouvements de capitaux ont une
logique propre détachée de l'économie réelle. Les acteurs principaux sont les institutions
financières privées. Les deux autres dimensions sont totalement subordonnées : les
mouvements de capitaux entre pays dépend de l'existence d'écarts de rendement fondés sur les
anticipations; la gestion des firmes se calque sur la gestion de portefeuille des banques et les
actifs industriels sont assimilés à des actifs financiers. L'Etat est réduit à sa plus simple utilité
: la consistance du territoire nationale et l'autorité sur celui-ci.

Chap 2: La configuration inter-nationale:


Son règne dure du 15ème siècle, pour les historiens, au milieu des années 60. La plupart
des théories économiques parlent de cette configuration quand elle parle de mondialisation.
C'est ce que discute les pro ou anti mondialisation. Depuis Ricardo, on essaye d'affiner la
théorie pour quelle colle à la réalité, mais sans succès.

La spécialisation internationale comme principe de régulation:

Pourquoi les pays importent ou exportent certains produits?

Productivité et échanges
Les classiques privilégient les différences de productivité, mesurées par le temps de
travail nécessaire. Le jeu des échanges conduit à un résultat optimal et entraîne une meilleure
production qu'en économie fermée. Le protectionnisme doit donc être condamné au profit du
libre-échange. Ensuite exemple de Ricardo avec le vin et les draps. Pour Ricardo, les
échanges ne sont qu'intersectoriels. Selon cette approche, les échanges sont fait à la valeur
d'usage. La théorie ne prend pas en compte le fait que les marchands recherchent le profits
dans la réalité.
Heckscher et Ohlin ont amélioré cette théorie des avantages comparatifs. Selon eux, la
différence des coûts de production des pays dépend de la dotation factorielle des pays en
travail, terre et capital. Ils créent un "théorème" : tout pays à intérêt à se spécialiser dans la
production de biens qui utilisent le plus intensément le facteur abondant, qui est aussi celui le
moins cher. Samuelson ajoutera à ce théorème (qui deviendra le théorème H-O-S) que le libre
échange doit conduire à l'égalisation des facteurs à l'échelle internationale (cf démo p34-35).
Malheuresement cela ne s'est jamais réalisé. Le problème est que la théorie suppose
l'immobilité des facteurs de production.

L'interdépendance des dimensions


Dans cette configuration, les autres dimensions sont peu présentes. Pour
l'interdépendances entre IDE, échanges et mouvement de capitaux, il faut discerner les
rapports coloniaux ceux entre métropoles. Dans le sens Nord-Nord, c'est surtout la création de
filiales pour la distribution. Dans cette configuration, la production reste sur le territoire
national. Avec les colonies, il y a de forts IDE, qui sont en fait là pour permettre la mise en
valeur des matières premières (agricoles, minières…). Cela ne correspond pas à une
délocalisation puisqu'il ne concerne que ce que le pays du nord ne produit pas. Dans le cas du
commerce coloniale, la situation est très éloignée de la théorie : la spécialisation n'est pas faite
aà partir de la dotation ex-ante, mais e,n fonction des besoins métropolitains. De plus,il n'y a
pas de réel libre-échange, car les colonies sont des "chasses gardées". La logique est la même
entre les PMA et PDEM aujourd'hui.
La circulation de capitaux reste très restreinte. Jusqu'à la seconde GM, cela concerne
juste les infrastructures et le matériel d'exploitation pour les colonies. Dans le système de
l'Etalon-or, les mouvements de capitaux pour eux-mêmes n'ont aucun sens.

Acteurs et territoires
L'acteur central de cette configuration est l'Etat-nation. Par hypothèses, les activités
industrielles, le travail et les capitaux sont immobiles, donc l'économie mondiale est l'addition
des économies nationales reliées par les échanges de biens et services. Même si la période
1885-1914 a connu de forts mouvements de capitaux, elle reste dans cette configuration, car
ces échanges n'ont jamais été assez autonomes des autres dimensions. Il y avait notamment
beaucoup de prêt français ou anglais vers d'autres nations, rarement spéculatifs.
Le paradigme introuvable:

La configuration inter-nationale repose sur 3 principes:


1/l'Etat-nation comme référence exclusive à la spécialisation
2/l'immobilité des facteurs de production
3l/l'impératif de libre-échange, condition d'une allocation optimale des facteurs
Aucun paradigme ne permet de réunir ces principes. On a donc proposé des nouveautés.

Les rénovations théoriques


-L'introduction du facteur technologique:
On introduit le facteur technologique des la théorie HOS. Cela permet d'introduire les
FMN dans le modèle. Dans cette nouvelle version du HOS, la dotation en facteur n'est plus
immuable, on peut voir se modifier les avantages comparatifs des pays. D'une part, cela ouvre
une spécialisation ("gap technologique"), et d'autre part cela permet d'augmenter la
productivité des autres facteurs, ce qui revient à en changer la quantité. Cela permet de
résoudre le "paradoxe de Léontieff" qui ne comprenait pas pourquoi les ouvriers américains
étaient si productifs.

Le cycle international du produit


R. Vernon part du cycle de vie des produits :
1ère phase : le lancement du produit part une innovation technique, avec des ventes qui
démarrent lentement et une production encore perfectible. Le succès du produit entraîne une
demande plus forte, les exportations aussi sont plus forte et il y a quasi-monopole. La
production devient plus efficace, des économies d'échelles apparaissent. Il y a de gros profits.
Le nombre de producteurs va augmenter, attirés par le profit, puis les ventes vont ralentir, car
on approche le seuil de saturation.
2ème phase : la maturité : elle est atteinte quand l'offre et la demande atteignent un plafond.
3ème phase : la sénescence : la situation fait que la concurrence est basée sur la compétitivité-
prix et non plus sur une compétitivité structurelle ou hors prix. Les firmes doivent baisser
leurs marges et sont moins rentables.

Il montre que la phase de sénescence dans un pays ne veut pas dire que le produit est
mort, mais il peut y avoir délocalisation de la production : le cycle de vie devient
international. Lorsque l'avantage technologique n'est plus suffisant pour rester sur le territoire
et exporter, on décide de baisser les coûts en délocalisant, ce qui entraîne des IDE et la
création des FMN.
Cette théorie est intéressante quand on la place dans son contexte historique : la 1ère
moitié des années 60 (reconstruction de l'Europe, plan Marshall…). Elle montre une
coexistence et une complémentarité entre les échanges de Biens et services et la délocalisation
de la production.

La "nouvelle" théorie de l'économie internationale


P. Krugman et E. Helpman, dans les années 80, montrent eux que les échangent
échappent à la stricte spécialisation : les 2/3 des échanges sont entre les pays industrialisés et
sont constitués de produits similaires. L'explication de ce phénomène tient dans l'existence de
marchés imparfaits et dans le jeu des économies d'échelles. L'introduction des marchés
imparfaits rapproche de la réalité par rapport à l'H-O-S: les marchés monopolistiques sont
privilégiés par la "nouvelle" théorie. Le fonctionnement repose sur la différenciation entre les
produits par le marketing et la technologie (ex:BMW/Renault). A cela s'ajoute le fait que l'on
abandonne l'idée des rendements constants : il montre que la productivité croît avec
l'augmentation des quantités produites. Il existe dans la production de la plupart des biens des
"économies d'échelle". Les deux sont liés : le monopole permet aux économies d'échelle de se
faire sentir plus vite.
Ils vont par la suite démontrer que la spécialisation n'est pas prédéterminée par la
dotation factorielle, même en comprenant la technologie, et que les échanges de produits
similaires peuvent être expliqués. Les échanges "ricardiens" (drap/vin) seraient ceux nord/sud
et les échanges intra-industriels serait ceux nord/nord.
Cette théorie, involontairement, détruit tout ce qui la précédait, car les échanges
nord/nord ne s"explique qu'au niveau de la firme et pas de l'Etat-nation, qui est la base de
cette configuration. Il faut donc oublier l'H-O-S.

Libre-échange contre protectionnisme


Les règles du jeu proposées par Ricardo n'ont pas été suivies.

Le mercantilisme
Le mercantilisme vise à créer un excédent commercial, pour gonfler les finances du
Prince. Le mercantilisme français (aka le colbertisme) est industrialiste et étatiste : il vise à
protéger et à aider la production nationale à l'export. Le mercantilisme anglais et hollandais
est commercial : il consiste à ouvrir de nouveaux marchés, par la force s'il le faut, pour
soutenir la production. Le problème de ce raisonnement est l'impossibilité de tenir si tout le
monde fait de même (jeu à somme nulle).Chez Ricardo, tout le monde est gagnant. Le seul
pays à avoir adopté cette idéologie est la GB, mais elle était aussi la nation la plus
compétitive, et elle faisait peur aux autres. Seule la France à fait un essai très bref (1860 :
traité Cobden-Chevalier).

Le protectionnisme éducateur
F. List publia en 1841 sa théorie, en porte-parole des industriels prussiens. Selon lui, il
est préférable de d'abord protéger les industries naissantes, les laisser se renforcer avant de les
lancer dans le jeu libre échangiste, une fois aguerries par le marché national.
Les PED vont appliquer cela. Il y a d'une part les anciennes colonies, et ceux dont
l'indépendance est plus ancienne (Am-Sud). Les premiers étaient spécialisés dans l'export de
produits primaires. Les termes de l'échange se détériorent car les prix des produits primaires
n'augmentent pas aussi vite que ceux des biens manufacturés qu'ils importent. Les seconds
avaient développé leurs industries et se sont confrontés à la crise de 29 et à la 2nde GM. Ils ont
pu ainsi se développer sur les marchés internationaux ensuite. Cela a aussi inspirer le Japon à
l'ère Meiji, et les pays du S-E asiatique comme la Corée du sud
Certaines industries essayent de se protéger le plus longtemps possibles, en se faisant
passer pour naissantes. Mais Litz pensait clairement que ce protectionnisme était temporaire.

La régulation intergouvernementale
Il y a eu un volontarisme intergouvernemental issu de la conférence de Bretton Woods.
Les participants (les futurs vainqueurs) voulaient favoriser le retour à des économies de
marchés, mais pas un libéralisme total, c'est-à-dire sans exclure un interventionnisme étatique.
Pur compléter l'ensemble banque mondiale-FMI, on développe un traité : le GATT. L'objectif
est de libéraliser les échanges sur une base multilatérale. Il faut réunir les conditions d'une
"concurrence loyale". La signature impose une série d'obligations, notamment la clause de la
"nation la plus favorisée". Il va y avoir de nombreuses négociations commerciales
multilatérales (NCM aka round) qui ont pour but de faire baisser les tarifs douaniers et
combattre les autres entraves aux échanges. Le dumping est interdit.
Mais il existe de nombreuses dérogations: les clauses de sauvegardes pour sauver un
secteur; des domaines qui sont pas incluent dans l'accord; une autorisation de constitution de
zone de libre-échange et d'union douanière. Cela laisse donc des marges de manœuvres aux
gouvernements.
Dans cette configuration, c'est l'Etat qui volontairement se bat comme agent
économique pour aider son économie, et pas la boite noire étatique du théorème H-O-S. Les
forces du marché sont étroitement encadrées par l'intervention de l'Etat.

Chap 3 : La configuration multi-nationale

Cette configuration est caractérisée par la dominance des IDE, accompagnée d'une
forte mobilité de certaines activités économiques hors de leur pays d'origine. Certes les
échanges augmentent entre 1960 et 1980, mais le taux de croissance des IDE est plus rapide et
est trois fois supérieur en moyenne. Cela a pour conséquences : le caractère de
l'interdépendance multidimensionnel est affirmé; les hypothèses de la configuration inter-
nationale deviennent inadaptées; le concept de productivité est remplacé par celui de
compétitivité en tant que logique dominante; la régulation de cette configuration passe par la
collusion non-institutionnalisée des FMN et des états. C'est une phase de transition entre les
deux autres configuration.

L'impératif de compétitivité:

C'est le cœur de la logique économique de cette configuration. La poussée des IDE va


entraîner la multiplication des FMN et la diversification de leur origine nationale. Au début, il
y avait surtout les firmes US et GB, puis à partir de 75, les firmes européennes, et de 80, les
japonaises. D'autres arrivent plus tard de quelques économies émergentes. La concurrence est
exacerbée : il faut être le plus compétitif, et augmenter sa part de marché mondial. Le marché
devient oligopolistique, avec un petit nombre d'offreur.
Les FMN sont la réponse : elles peuvent délocaliser la production et ont des structures
organisationnelles spécifiques.

Les stratégies de délocalisations (4 différentes):

La stratégie de marché (market-seeking):


Le déterminant majeur de délocalisation est l'existence d'un marché important, avec
une forte prévision de croissance, non saturé, avec un fort pouvoir d'achat (cash flow) et des
barrières tarifaires trop élevées. La délocalisation permet de passer au dessus des barrières.
Mais c'est un choix motivé, car risqué, coûteux et complexe. Ce qui compte aussi, c'est une
intégration dans un groupe de libre-échange, car cela agrandit le nombre de pays auquel on a
accès par cette délocalisation (ex : UE, ALENA).
Il faut 3 conditions supplémentaires pour l'implantation d'une "filiale relais", qui n'est
donc là que pour la vente : des coûts de transports élevés entre le pays d'origine et celui
d'implantation; des économies d'échelles faibles car la production de ces filiales est étendue;
une attitude positive de la part des gouvernements d'accueil.

La stratégie de minimisation de coûts (outsourcing):


Le but est d'améliorer la compétitivité. Cette fois le marché local ne compte plus. Les
"filiales ateliers" ne produisent que des composants de produits manufacturés ou transforment
des matières premières. Les conditions de réussite de cette stratégie sont : des coûts de
transports faibles sont primordiaux, sinon on privilégie la proximité géographique (secteur
primaire notamment); de fortes économies d'échelles; un abaissement des coûts par
l'utilisation d'une main d'œuvre bon marché mais productive et si possible habitué à utiliser
les nouvelles technologies. Même si les salaires remontent vers ceux des pays de la Triade, ils
restent avantageux, notamment pour les services et les emplois qualifiés.

La stratégie globale:
Elle est amenée à devenir la stratégie dominante des 20 prochaines années. Elle
combine les avantages des deux premières, mais pour que cela soi possible, il faut un espace
différencié, comme ceux fournis lors des intégrations économiques (UE, ALENA, ASEAN).

La stratégie oligopolistique:
Dans cette situation, chaque firme décide en fonction de comment vont réagir les
autres, la théorie des jeux remplace l'offre et la demande (prix fixé par les firmes). Il existe
plusieurs stratégies.
La première est celle de "suivre le leader" : si le leader s'installe quelque part, les
autres le suivent avant qu'il ne puisse imposer des barrières à l'entrée trop importantes et
défendre leur part de marche mondial. Cela peut conduire à l'apparition de capacités de
production excédentaires, comme tout comportement mimétique.
La deuxième est celle de l'oligopole stable : les acteurs ne peuvent pas modifier leur
part de matché facilement. Dans ce cas, au lieu de baisser les prix, ce qui serait imité, elles
préfèrent lancer un nouveau produit ou jouer sur la différenciation. Mais elles sont encore vite
imitées, car les autres firmes ont les mêmes capacités en R&D. Pour se développer, elles ne
peuvent que se diversifier ou multiplier les implantations à l'étranger.
La troisième est le "jeu de la dissuasion" : des firmes investissent dans un pays
d'origine d'un concurrent, qui se sentant menacé, investit dans le pays d'origine des
menaçants, etc… Cette analyse explique certains investissements mystérieux dans des pays de
la Triade, ou dans les pays qui leur sont rattachés par des zones d'échanges.

L'interdépendance des dimensions dans la configuration multi-


nationale:
Suite à l'"internalisation", les dimensions sont de plus en plus interdépendantes, les
IDE étant liée à la finance, et le développement des échanges est accéléré par les échanges
intra firmes.

Le principe d'internalisation et les structures organisationnelles


Le principe d'internalisation vient de la théorie de R. Coase, apparue en 1937. Voir
l'explication de sa théorie p. 68. Il faut donc internaliser en prenant possession des
fournisseurs et clients pour diminuer l'incertitude. Il faut trouver la structure organisationnelle
qui va permettre de gérer cette constellation.
Il existe deux modèles organisationnels utilisés par les FMN. Le premier, le modèle
multidivisionnel, est en déclin. Il consiste à créer au sein de la firme une division
internationale (DI) chargée de toutes les filiales étrangères. Elle doit trouver les solutions aux
problèmes des filiales dans les autres divisions (R&D, RH, finance…). Ce système n'est
efficient que si l'entreprise est peut développer à l'international. Car dès qu'elle se développe à
l'étranger, la DI prend une place de plus en plus importante dans les résultats et en puissance.
Elle n'accepte plus de se faire dominer par des gens moins influent, et veut donner plus
d'initiatives aux directions locales. Pour la survie de l'entreprise, on doit changer
d'organisation : on passe au modèle global.. La nouvelle structure est divisée en zone
géographique (Europe, Asie..) ou par produits, ou les deux. Cette organisation permet d'avoir
plus de marges de manœuvre au niveau local, de se rapprocher des besoins du consommateur.
Le pouvoir central se décentralise : il y a création d'headquarters locaux. Il ne reste plus au
centre mondial que la stratégie, la finance et la R&D. Mais cela les oblige à penser non plus
en national/étranger, mais directement en stratégie mondiale. Cela renforce le caractère
dénationalisé de la firme.

Une interdépendance accrue


Ces structures entraînent une interdépendance des dimensions accrue. La dimension
financière est indissociable de la mobilités des activités productives : il n'y a pas que des
capitaux à long terme qui financent les IDE, mais aussi par les marchés locaux et
internationaux et les banques. L'impact des IDE sur les flux de biens et services est encore
plus fort. En effet, la phase de multinationalisation d'une firme passe par 3 phases : la
première est celle où la firme exporte vers le pays où elle compte investir; ensuite la forte
croissance des exportations va amener la firme à la deuxième phase, elle va elle-même
distribuer ses produits en implantant une filiale commerciale; la direction passe ensuite à la
troisième phase, c'est-à-dire la production totale ou partielle du produit sur place.
L'interdépendance étroite entre les deux dimensions se traduit par 2 changements majeurs qui
portent sur les analyses de la compétitivité et de la composition des échanges.

Les nouvelles bases de la spécialisation

La configuration multi-nationale mobilise toutes les dimensions fortement, et plus une


seule, et l'articulation des dimensions dépend de la stratégie et de l'organisation des FMN.
La valeur totale des ventes à l'étranger des FMN dépasse celle des exportations du
pays d'origine, car les filiales étrangères ne sont pas prises en compte. C'est ce qui explique le
déficit structurel américain, car si l'on ajoute les ventes des FMN à l'étranger, alors il apparaît
un excédent.
La nature des échanges a été modifié par le développement des FMN : 40% des
échanges sont des flux intra-firmes; dans le "marché interne" de la firme. R Coase en déduit
plusieurs choses:
-bien que les biens et services passent les frontières, ils ne sortent pas de l'espace
intégré à la firme.
-le prix des biens n'est pas un prix de marché mais un "prix de transfert", qui est fixé.
-la plupart des biens échangés sont des composants produits dans des filiales ateliers,
destinés à être montés dans les filiales relais
Ces structures permettent de jouer sur la différence des territoires pour la
compétitivité. Cette différentiation par d'un bench-marking des disparités territoriales.
Désormais, ce sont les firmes qui décident de la spécialisation des pays, et plus une
dotation factorielle de base. C'est ex-post que se fait la spécialisation, et plus ex-ante.
Finalement, la logique d'Etat-nation n'est plus du tout suivi par les firmes, la mobilité
des facteurs leur ôtant leur socle de dotation qui définit leur territoire économique. Mais
quelle est dès lors la régulation?

La collusion Etats/FMN comme principe de régulation :

La régulation issue de Bretton Woods se transforme en un régime d'"économie mixte".

La réglementation des investissements étrangers


Les modalités des IDE étaient très contraignantes : certains secteurs étaient interdits;
les FMN ne pouvaient pas acheter plus de 49% du capital d'une entreprise locale, et devaient
donc chercher un allié local; les règles de nomination des responsables laissaient une place
aux locaux; des contraintes de performances, appelées "TRIMs", qui consistait à exporter
autant qu'il importait et d'acheter aux entreprises locales; des limitations sur le rapatriement
des profits.
Toutes ces formalités laissaient la place à la corruption. Le "parcours du combattant"
était plus dur dans le sud que dans le nord. Le pouvoir des Etats envers les FMN reste fort
jusqu'en 1985. Leur motivation est simple : dans les PED, l'arrivée de FMN était perçue
comme une atteinte à la souveraineté nationale (ex: chili et ITT). Malgré tous les obstacles,
les IDE dans ces pays n'étaient pas découragés, car les FMN savaient qu'installer une filiale
relais restait le meilleur moyen de s'accaparer ces marchés lourdement protégés de l'extérieur,
créant ainsi une situation de rente et les coûts supplémentaires pourraient être répercutés sur le
consommateur local. Il y a donc un accord implicite entre les FMN et les Etats.
Une étape supplémentaire est franchie dès le début des 60's avec la création des zones
franches. Les firmes qui s'y installent sont totalement tournées vers l'exportation. Leur
avantages étaient d'être exonéré de droits de douanes, d'impôts sur les bénéfices,
assouplissement de la législation, voire même autorisation de milice. En contrepartie, elles
devaient s'engager à exporter et à payer une taxe forfaitaire d'établissement. Ces installations
suivaient la stratégie d'outsourcing, et non pas de market-seeking, donc cela ne les gênait pas
de devoir exporter. Les Etats voyaient eux l'arrivée de nouveaux emplois et d'effets
d'entraînements par la sous-traitance et la formation. Les zones franches sont caractéristiques
car elles sont issues d'accord entre FMN et Etats.
Dans les PDEM, le but était de pouvoir soutenir les "champions nationaux", avec un
consensus et du pantouflage (anciens énarques en France). Les gouvernements voulaient aider
les FMN à faire des IDE à l'étranger mais pas trop, pour éviter la fuite de devises, donc les
FMN se finançaient souvent sur les marchés internationaux.

Les négociations commerciales

Le Tokyo Round, dernier NCM de cette période, a été dominé par les tensions US/Eur.
Les US ont alors leur plus gros déficit commercial suite à un changement de la géographie
commerciale. Les débats ont tournés autour des barrières non-tarifaires qui abondaient et
réapparaissaient.

La mutation du système monétaire international ou la marche vers la


globalisation

La décision de Nixon du 15 août 1971 va modifier toute la régulation monétaire.

Le démantèlement du "Gold Exchange Standart" ou la fin de la coopération


monétaire intergouvernementale
En 1971, on passe de changes fixes aux changes flottants, et de la réglementations des
banques centrales et du FMI, donc étatiques à un espace où le marché est maître.
Nixon explique cette décision par le manque d'or dans les réserves fédérales pour faire
face aux dollars détenus par les étrangers, par le déficit commercial et par l'ingratitude des
alliés qui ont demandé le remboursement de leurs avoirs en dollars (Japon).
Il n'y a pas eu de conférences pour entériner ce nouveau modèle. Dans sa version pure,
les cours se fixent d'eux-mêmes sur le marché des changes, mais en pratique les banques
centrales agissent pour maintenir un certain taux de change. Les réunions du G7 ont servis de
coopération (conférence du Plaza).
Les opérateurs n'ont pas encore commencé à "jouer" en bourse, mais cela se prépare.

Les prémices de la globalisation financière


2 innovations montrent l'évolution vers la globalisation : les eurodollars et les
pétrodollars. Les eurodollars viennent des prêts effectués en Europe, à Londres surtout, à des
étrangers en dollars, créant ainsi des dollars par monnaie scripturale et avec le multiplicateur
de capitaux, les investisseurs américains étant interdit d'exporter des capitaux avec la guerre
du Vietnam. On peut y voir un nouveau repli de l'Etat nation. La sphère financière est
déconnecté de tout organe de contrôle, mais reste connecté à l'économie réelle.
Les pétrodollars sont issus de l'augmentation des pris du pétrole dans les crises des
70's. N'ayant pas beaucoup d'opportunités locales d'investissement, les nouveaux riches les
placent en banque à Londres. Les banquiers ne savent pas quoi en faire, et décident de faire
des emprunts aux états qui en ont besoin, c'est-à-dire en développement et pouvant apporter
des garanties industrielles ou en matières premières. Cela amènera à la crise de l'endettement
dans les années 80, car les pays ne pourront plus assurer leur service de la dette, ce qui lancera
les innovations financières.

Dans cette période d'économie mixte, l'Etat a perdu de ces prérogatives, mais garde
quelques pouvoirs d'intervention, sans l'exclusivité de la gestion économique de la
mondialisation.

Chap 4 : Le triomphe de la globalisation


C'est le triomphe d'un discours à partir de 1985 : les marchés sont tout puissants. La
logique première de ce temps est la rentabilité financière avant tout. Le pouvoir passe des
acteurs publics aux acteurs privés. L'outil de ce changement est la déréglementation.

Du consensus de Bretton Woods à celui de Washington : les marchés


contre les Etats

Crise économique et changement de pouvoir


Les causes de la crise sont multiples. D'abord, un long mouvement de baisse de la
productivité. Ensuite, une "stagflation" installée, qui tue les rentiers et l'investissement. Enfin
une grave crise d'endettement international. Le tout explose avec la crise pétrolière.
C'est ainsi que se sont installés de nouvelles équipes : Thatcher en GB et l'école de
Chicago et Reagan aux US. Ils sont menés par un néolibéralisme agressif et un
antikeynésianisme. Le discours change et change le consensus.

La nouvelle doctrine
J. Williamson a parlé du "consensus de Washington" pour décrire cette doctrine. Tous
les dirigeants se réunissent autour de celle-ci à Davos, aux G7, au FMI ou à la Banque
Mondiale. Le credo est simple : les lois de l'économie sont universelle, il ne doit donc pas y
avoir de différences issue de l'histoire ou autres. Les principes sont :
1/éviter l'interventionnisme étatique en baissant son poids dans le budget, baisser les
impôts, diminuer la fonction publique
2/favoriser le secteur privé, en privatisant et en arrêtant les subventions
3/libéraliser l'environnement économique, donc déréglementer; baisser les barrières
douanières; diminuer la paperasserie.

Marchés contre Etats


Il ne faut pas opposer ces deux entités : elles sont de natures différentes. L'Etat est
porteur de la volonté générale et est un acteur économique, politique et social. Le marché n'est
qu'un mécanisme, il n'exprime aucune volonté propre. Pour que cette opposition ait un sens, il
faudrait pouvoir mettre des hommes derrière le marché, avec du pouvoir. Mais cette économie
devient l'économie politique. C'est l'économie politique du néolibéralisme qui domine depuis
les 80's.

La déréglementation financière : les nouvelles normes de


"governance":

Le mouvement de déréglementation est ce qui a permis à la dimension financière de


devenir prépondérante. La GB et les US ont commencé, les autres PFEM ont suivis et les pays
émergents du sud. Cette évolution se situe dans le prolongement du 15 août 1971, elle est la
suite des innovations qui avaient eu lieu avec les eurodollars, et va permettre d'offrir un ballon
d'oxygène dans la crise de l'endettement mondial.

Les nouvelles règles du jeu


Trois directions : décloisonnement, titrisation, désintermédiation
-décloisonnement : Avant, il existait une séparation claire entre les banques de dépôts et les
banques d'affaires, fixée par des lois dans tous les PDEM. Se sont donc crée des institutions
financières concurrentes : les banques étrangères, les 'non-bank banks" (fonds de pension,
hedge funds, les finance companies, les mutual funds…). Depuis, à coté de tout cela, il n'y a
plus de cloisonnement.
-la titrisation : une possibilité est offerte aux banques d'émettre sur le marché des titres
représentant des créances qu'elles détiennent (souvent douteuses). Cela à développer le hors-
bilan des banques. Il y a eu simultanément une multiplication des nouveaux produits
financiers (les titres de créances sur l'Etat, sur les institutions financières et sur les entreprises;
les junks bonds; le marché des produits dérivés).
-la désintermédiation : il y a une substitution d'une économie de marché à une économie
d'endettement. Les banques ne sont plus au milieu du système, les agents à capacité de
financement rencontre ceux en besoin de financement. Les néolibéraux y voient la réussite du
marché, permettant ainsi d'éviter l'Etat et sa banque centrale par son emprise sur les banques.
En revanche, ils perdent l'expertise et la protection offerte par les banques, notamment par la
Banque centrale, qui surveille et est "prêteur en dernier ressort".
La globalisation financière va dans le sens de la perte de pouvoir de l'Etat. Mais la
nouvelle régulation est loin d'être parfaite : l'information est imparfaite, l'incertitude règne, les
opérateurs sont de tailles variées, tout marche par mimétisme, et il faut anticiper le futur. Il
faut chercher les gains spéculatifs, qui entraînent des bulles, accentuées par la volatilité, les
NTIC etc… Sur le marché des changes par exemple, il y a 1 trillons de dollars et demi
échangés chaque jour, 5% seulement répondent à des besoins réels.

Déconnexion ou interdépendance des dimensions de la globalisation?


Dans cette configuration, il est caractéristique que la dimension financière soit
déconnectée des autres. Au lieu de servir les marchands comme dans les deux autres
configurations, elle sert les rentiers. Il faut distinguer parmi eux les riches qui ont accès aux
hedge funds et les salariés qui cotisent dans des fonds de pensions. Bien que cela risque de
redescendre très vite, cela permet aux salariés d'avoir une hausse de revenus.
Il existe cependant une interdépendance des dimensions : c'est la recherche de
rentabilité financière qui guide les dirigeants des firmes, d'autant plus que les institutions
financières peuvent à tout moment se désengager si elles voient que leurs résultats laissent
présager une baisse du prix des titres, rendant ainsi la firme "OPAble". Ce sont donc les deux
autres dimensions qui doivent tout faire pour "plaire" aux financiers. De plus désormais, les
principales transactions sont argent contre plus d'argent, sans marchandise ni valeur d'utilité.

La déréglementation des investissements directs : la concurrence


entre les nations

Les mesures de libéralisation


A partir du milieu des 80's, les gouvernements ont les uns après les autres réformé les
modalités des IDE. L'OCDE a tenté de les codifier, en vain. Les prohibitions des IDE ont
disparus partout, ou ont au moins laissé place à des zones franches. La limite de 49% de
propriété est moins fréquentes, même si dans certains pays un partenaire local reste très utile
(langue, fournisseur, mafia…). Les secteurs interdits sont aujourd'hui très rares; d'anciens
secteurs publics sont même ouverts aux IDE. Les TRIMs n'existent plus. Cette égalité entre
les investissements nationaux et les IDE est internationale, y compris dans la Triade.

La nouvelle gouvernance
L'attitude nouvelle des pays d'accueil répond au consensus de Washington. Le privé
étant le moteur de la croissance, il faut faciliter l'augmentation de ce secteur, avec les
privatisations notamment. Les emprunts de l'Etat sont évités, pour empêcher les effets
d'éviction. Les entreprises nationales peuvent devenir plus compétitives.
Ce changement d'attitude est lié à une prise de conscience locale et à des pressions des
institutions de Washington. Le contexte de crise d'endettement des pays du Sud les poussaient
à accepter tous les IDE et à être néolibéraux pour éviter d'être en défaut. De plus, le modèle
libéral a séduit les élites des économies émergentes qui ont fait leurs études aux US. Dans les
PMA, c'est le FMI ou la Banque mondiale qui a poussé les pays a prendre la voie du
néolibéralisme. Après 1971, leurs objectifs ont changés : ils doivent permettre aux pays en
difficultés de retrouver un équilibre macroéconomique menant à la croissance. La Banque
mondiale sur le long terme, le FMI sur le court. Les pays, pour être aidés, devaient s'engager à
effectuer certains changements au niveau économique, voire politique. Entre autres, il faut
que les IDE soient libres d'entrer, car ils apportent la technologie, la formation, les capitaux
pour les investissements d'infrastructures, plus de concurrence… Le pays finit donc par
adopter le consensus de Washington. Les Etats ont donc une nouvelle priorité : l'attractivité.

Nouvelles stratégies et nouvelles structures organisationnelles des


multinationales
La vitesse est l'impératif nouveau des FMN, elles ne peuvent attendre. En plus de la
compétitivité, les FMN doivent montrer une rentabilité financière suffisante. Les firmes
adoptent de plus en plus une stratégie globale. Les avantages des différents sites sont
comparés à l'échelle mondiale. Les FMN visent à créer un réseau d'unités de production,
d'assemblage, de R&D, de bases financières, à l'échelle mondiale. De plus, les NTCI et
l'arrivée du toyotisme vont dans le sen de la création de réseaux, mais sans forcément
d'internalisation, avec des contrats les liant. Ce la donne naissance à des "firmes-réseau" ou
hollow corporations. Cette externalisation permet de réduire les coûts d'exploitation.
Dorénavant, la place de l'Etat est subalterne, le champ de vision est mondial, et on ne
décide d'un pays que par les avantages par rapport à d'autres locations.

La déréglementation des échanges : multilatéralisme ou régionalisme

La création de l'Organisation mondiale du commerce


Les antimondialisations focalisent souvent leur combat contre l'OMC, à tort. En effet,
elle était dès l'origine désuète car dans le prolongement de la configuration inter-nationale,
puis la logique de régulation intergouvernementale est dépassée. L'OMC est cantonnée aux
échanges et ne peut rien faire dans les autres dimensions. De plus, l'OMC est le seul endroit
avec un semblant de régulation de la mondialisation : l'organe de règlements des différends
commerciaux (ORD).

Libre-échange généralisé versus intégration régionale


L'ALENA est crée en 1995, le Mercosur en 1987 et l'ASEAN et l'APEC existent aussi,
sans parler de l'UE. La voie est de passer par l'intégration régionale pour arriver à plus de
libre-échange au niveau mondial. J Vinner est le premier a expliqué les effets de l'intégration
régionale en 1950. Il y a d'abord une spécialisation dans la zone, et les pays s'échangent les
produits entre eux en fonction de leurs avantages comparatifs, c'est l'effet de création
d'échanges. Mais ces échanges ne sont pas forcément les meilleurs possibles, il y a peut-être
moins cher en dehors de la zone. Il suffit que certains importent dans la zone des produits
qu'ils importaient d'ailleurs moins cher pour que l'effet de détournement, négatif, apparaisse.
Donc pour les partisans purs du libre-échange, ces intégrations sont à proscrire. Mais
ces décisions partent toujours d'une volonté politique. Aujourd'hui, il y a une perte d'attrait du
national pour le supranational (ex: énarques qui préfèrent aller à Bruxelles). De plus pour
adapter les intégrations régionales à la configuration globale, il faut un espace de libre-
échange, avec des profils différenciés, c'est-à-dire des économies développés et d'autres en
développement. Dans ce cas, l'intégration régionale est ce qui correspond le mieux à la
logique de la configuration.

La configuration globale n'a plus pour primat le spatial, avec une extension maximal,
mais le temporel, avec la vitesse. Il faut se calquer sur la dimension financière, sur sa vitesse.
Cette volonté de vitesse est le fruit d'une concurrence exacerbée sur des marchés limités
(triade + pays émergents). "Time is money", le temps est devenu astronomique et non plus
historique, le temps est universel et non plus locale.

Chap 5 : La globalisation inégale


La globalisation amène des inégalités car elle n'est pas un humanisme. Elle s'éloigne
des idéaux de liberté et de fraternité. Depuis la chute du mur, il n'est plus nécessaire de
maintenir les contre-pouvoirs au libéralisme en vie, l'ennemi étant battue, les pauvres n'iront
plus voir si c'est mieux chez lui, au niveau de l'individu comme au niveau des pays.
La déréglementation n'a par contre pas amené de nouvelle régulation, car les marchés
ne conduisent pas automatiquement à l'équilibre (car pas de CPP).

La métaphore des marchés

Avec la déréglementation, il y a eu disparition des anciens organes de régulation par la


privatisation et la disparition de l'interventionnisme étatique. De plus, la pertinence du
concept d'Etat-nation est remise en cause. Mais, ce n'est pas pour autant que les marchés ont
servi à réguler.

Marchés imparfaits et régulation


L'Etat et le marché sont de natures différentes. Les acteurs privés dominants sont les
FMN, car la plupart des marchés sont de nature oligopolistique. Les prix ne sont donc plus
imposer par les marchés mais par les firmes. Dans ce type de marché, il y a plusieurs
équilibres et non plus un seul. Il peut y avoir une stabilité temporelle, due à un partage stable
des parts de marché mondial. Pour remettre en cause cet équilibre, les FMN ne jouent pas sur
les prix mais sur l'innovation, sur l'absorption de concurrents, sur la multinationalisation.
Selon Schumpeter, l'innovation permet d'obtenir une rente temporaire. Et selon Vernon, la fin
de cycle de l'innovation pousse à délocaliser. Les FMN peuvent aussi fusionner ou faire des
OPA, mais cela à tendance à rendre le marché encore plus oligopolistique. La
déréglementation ne permet donc pas une allocation optimale des ressources, quoiqu'elle
permette une concurrence plus forte entre des firmes qui n'en connaissaient pas. C'est l'effet
attendu de ces mesures : la "contestabilité" des marchés (cf théorie de Baumol). Mais, on
passe de monopole public à des oligopoles privés, ce qui est un progrès relatif. Finalement, ce
sont les grandes firmes oligopolistiques qui régulent le marché réel. Elles fixent les prix et
donc les profits, leur but étant de réduire les coûts pour augmenter les profits. La concurrence
entraîne la recherche d'un avantage compétitif absolu qui permettra d'évincer les autres
firmes. La déréglementation entraîne donc la concentration.

Au-delà de la dichotomie "marchés/hiérarchie": la métamorphose des marchés


Les régulateurs de la configuration globale sont donc les FMN. Mais ce n'est pas pour
autant le triomphe de la "hiérarchie" qui correspond à une organisation intégrée (selon Coase),
ce qui emmènerait à penser comme Kautsky à un "super-impérialisme". Ce qui est faux, car la
concurrence oligopolistique empêche une planification macroéconomique. Le seul aspect
positif est de préserver la "contestabilité". Mais la contestabilité va se réduire par
concentration.
Le concept de marché s'éloigne du cadre théorique, les entreprises indépendantes sont
rares. 3 niveaux différents mais simultanés le prouve : l'internalisation, l'externalisation et les
alliances.
L'internalisation a été analysée plus haut. Nous avons donc une part croissante des
échanges qui se font hors marché. Avec l'extension des firmes, le marché disparaît.
L'externalisation est plus récente, elle donne naissance aux hollow corporations. Elles
améliorent leur rentabilité en faisant baisser leurs coûts. Les firmes de ce type relève du
modèle "hub and spoke". Le hub (la maison mère) s'occupe du design, du marketing
d'ingénierie financière et d'organisation du réseau. Ce sont des entreprises sans usine. L'accès
des spokes aux marchés dépend de leur lien avec le hub, et sont donc hors marché.
Il y a aussi les alliances entres les FMN pour des dépenses en R&D ou la fabrication
de composants.
Tout cela crée un marché mondial composé d'un maillage sur un triple niveau. Les
PME et les indépendantes seront de plus en plus rares, et seront surtout dans le luxe et les
services. Il faut désormais faire partie d'un réseau.

Création de valeur ou accumulation?

L'obsession du ROE
L'épargnant type de la globalisation est un salarié américain ou anglais, à la retraite qui
participe à un fond de pension. Ces fonds investissent d'abord dans leur pays puis à l'étranger.
Ces fonds ne veulent pas contrôler les firmes, ils veulent juste une rentabilité financière avec
des revenus futurs avec une vente. C'est pour cela qu'ils s'informent en permanence sur la
firme, pour être informé sur leur investissement et savoir si il faut liquider ou non. Si ils le
font, les risques d'OPA hostiles arrivent, donc les managers travaillent pour les rassurer. De
plus les stock-options des managers pourraient perdre de leur valeur.

Le marché des actifs industriels


La corporate governance est donc la gestion des activités industrielles comme celle
d'un portefeuille d'actions. Il faut ne garder que les activités les plus rentables, le "cœur de
métier". Les fusions-acquisitions vont permettre de se rapprocher d'entreprises qui ont des
activités proches de ce cœur. Les filiales non centrée dessus seront vendus pour faire du cash
flow permettant de se désendetter/de verser des dividendes. Les banques d'affaires vont être
des intermédiaires attentifs, et vont même pousser aux fusions, pour avoir leur commission.
Une fois le rachat effectuer, on passe à la rationalisation des activités du nouvel ensemble :
c'est ce qui va permettre de créer plus de valeur. Il y aura des licenciements mais pour le bien
du groupe.
A long terme, la priorité donnée à la rentabilité financière ne permet pas de faire des
investissements supplémentaires productifs, pourtant ils sont cruciaux pour la survie et la
compétitivité du groupe. La primauté de la création de valeur pourrait à terme se retourner
contre elle-même.

La globalisation n'est pas planétaire :

L'inégale intégration dans la globalisation


La séparation tiers-monde/Triade n'est plus pertinente. Il faut voir plus une image de
cercles concentriques qui mesurent l'intégration économique des économies nationales dans la
globalisation. Au centre, la Triade. Autour, le cercle des économies émergentes avec une
quinzaine de pays en Asie, en Amérique latine, et les pays en transition. Enfin le cercle des
PMA. Un 4ème cercle est autour des économies émergentes, prêt à y rentrer ou venant juste
d'en sortir. Cette répartition est dynamique, elle peut bouger en fonction des crises et des
soubresauts politiques.

Le premier cercle : les pays de la Triade


Les économies de la Triade sont impliquées dans les 3 dimensions de la globalisation,
de façon symétrique par rapport à l'entrée et à la sortie : 1er exportateurs, 1er importateurs, 1er
en IDE et 1er pays d'accueils, 1er prêteur et 1er emprunteurs. Les échanges sont intra-
industriels. Les stratégies des FMN s'expriment. Les IDE sont souvent des fusions. C'est ici
que placent les fonds de pension. Les bourses de la Triade sont reliées, indépendamment de la
conjoncture nationale, car les entreprises cotées y sont les mêmes. Les obstacles aux
déplacements ont disparu et les NTIC permettent de gérer en temps réel des produits
identiques à l'échelle mondiale.

Le deuxième cercle : les économies de la "nouvelle nouvelle frontière"


Ces économies sont elles aussi intégrées par les 3 dimensions, mais de façon
asymétrique. Par exemple, les produits industrielles sont les mêmes mais ils incorporent
moins de technologie. Cela peut aussi être des produits non finis ou des produits en fin de
cycle de vie dans la Triade. C'est donc en général de la délocalisation. Ce sont devenues des
sous régions de la Triade qui en a besoin pour produire ce qu'elle ne produit plus. Par le
learning by doing, elles peuvent se déplacer dans cette hiérarchie. Mais au niveau financier,
leur monnaie est trop rattachée au dollar.
Le troisième cercle : les économies marginalisées
Ces économies risquent d'être marginalisées. Elles sont encore régie par le principe de
spécialisation intersectorielle, avec majoritairement des produits primaires, du sol ou du sous-
sol, tandis qu'elles importent des produits manufacturés (y compris agroalimentaires), des
services et des capitaux. Il y a peu d'IDE, qui sont concentrés pour la plupart sur les activités
d'export dont l'impact sur le reste de l'économie est faible. Le sens Nord-Sud marche dans les
3 dimensions mais de façon faible et ciblée, et le sens Sud-Nord est inexistant.

Concurrence entre les nations et attractivité


L'attractivité est vitale pour les pays. Il y a la longlist de tout les pays potentiels, et la
shortlist des pays intéressants. Les prérequis pour être sur la longlist sont :
1/un régime politique et macroéconomique stable et durable
2/un cadre légal et réglementaire transparent et non discriminant
3/une administration efficiente qui répond sans délais excessifs aux demandes des
investisseurs.
4/la réforme de la législation et de la réglementation dans le sens de la libéralisation (liberté
des capitaux, baisse des tarifs douaniers, législation du travail flexible, etc..)
5/la mise en place de programme de privatisation, l'ouverture des marchés aux entreprises
privées sont bien vues.

Ces critères montrent l'existence d'un droit libéral et reflètent le consensus de


Washington. Pour la shortlist, il faut en plus :
1/un marché de taille suffisante et en croissance (ou un accès, comme le Portugal et l'Irlande
dans l'UE)
2/des systèmes de communications et télécommunications de première qualité
3/l'existence d'une main d'œuvre bon marché si possible, mais forcément qualifiée.
4/l'existence d'un tissu industriel local performant

Des pays peuvent en plus agir pour augmenter leur attractivité, en créant souvent une
API (agence de promotion des investissements) qui peut agir :
1/faire connaître à l'étranger les changements survenus dans le pays, et ainsi construire une
image auprès de la communauté internationale des affaires.
2/accueillir les investisseurs potentiels et les informer sur tout ce qu'ils veulent savoir aussi
bien dans le domaine pratique que technique.
3/mener des actions de "prospections sélectives", en sélectionnant et en proposant des
localisations à certaines firmes, en leur montrant les avantages de cette localisation et au
besoin proposer des incitations financières (prise en charge des infrastructure, détaxations
fiscales, subventions…)
Cela conduit à une attractivité éphémère et non pas réelle.
La plupart des pays ne se rendent pas compte que si une firme investit ailleurs, ils ne
perdent pas tout : ce n'est pas un jeu à somme nulle. D'une part, il n'y a pas de planification
qui limiterait le nombre de projet, mais seulement la rentabilité qui limite les investissements.
D'autres part, les localisations ne sont pas substituables, les investisseurs choisissant la
localisation ayant la meilleure rentabilité prévue.
Les pays ont du mal à se promouvoir pour le moment, il y a trop de mimétisme.
Cependant certains pays pourraient accéder au 2ème cercle avec un effort supplémentaire.

Les pays ne joue pas tous dans la même catégorie pour l'attractivité, mais les rapports
sont dynamiques.