Vous êtes sur la page 1sur 3

Revue Philosophique de Louvain

Ferdinand Alquié, L'Expérience


Gonzalve Désiré Scheltens

Citer ce document / Cite this document :

Scheltens Gonzalve Désiré. Ferdinand Alquié, L'Expérience. In: Revue Philosophique de Louvain. Troisième série, tome 56,
n°49, 1958. pp. 116-117;

http://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_1958_num_56_49_4949_t1_0116_0000_2

Document généré le 26/04/2017


1 16 Comptes rendus

sociétés (comme le faisait la pensée antique, plus ou moins


incorporée à l'aristotélisme scolastique) sur un bien commun de la nature
ou sur l'intérêt « universaliste », plus ou moins impersonnel, d'une
communauté. La famille n'aura pas pour sens la propagation de
l'espèce, mais bien l'amour mutuel dans l'amour de Dieu. De même
il ne fondera pas l'Etat sur le bien commun de l'humanité. Au delà
de la suite temporelle des actes, il verra le sens de toute vie
collective dans l'intention religieuse qui la commande in visiblement,
dans l'amour de Dieu et dans l'amour qui est la loi de chaque
communauté restreinte. R. FEYS.

Ferdinand ALQUIÉ, L'Expérience (Coll. Initiation Philosophique).


Un vol. 19 x 12 de vm-104 pp. Paris, P. U. F., 1957.
S'il est vrai qu'en philosophie il n'y a aucun terme qui ne soit
susceptible de divers sens, cela est particulièrement vrai du terme
« expérience ». Dans le sens habituel du langage quotidien, le terme
« expérience » implique deux aspects ; en effet, ce que le langage
appelle « expérience » est un état complexe, constitué par la
rencontre de l'esprit humain avec le monde. La dualité de ces deux
aspects ne sera jamais dépassée par aucune connaissance ; mais
les philosophes, ne pouvant s'en tenir à la notion confuse d'«
expérience » du langage commun, entendent par ce terme l'aspect de
passivité, constitutif de toute expérience réelle.
Après cette mise au point, M. Alquié aborde l'étude du rôle
de l'expérience en philosophie. Il commence par faire justice des
deux courants extrêmes : l'empirisme et l'idéalisme. De cet examen
il résulte que la connaissance humaine n'est ni entièrement à priori,
ni uniquement expérience : « L'expérience n'est pas suffisante pour
constituer la connaissance, mais elle est nécessaire et ne peut être
reconstruite à priori. Tirer du monde tout savoir et savoir
cependant que le monde n'a de sens que par ce qui n'est pas au monde,
telle est la condition au-dessus de laquelle nulle conscience humaine
ne saurait s'élever » (p. 24). C'est dans la philosophie kantienne —
pense M. Alquié — que nous retrouvons la synthèse harmonieuse
des positions extrêmes de l'idéalisme et de l'empirisme.
Cette thèse générale établie, M. Alquié l'applique aux
différentes espèces d'expériences dont il traite aux chapitres suivants :
l'expérience sensible et l'expérience intellectuelle (chap. II) ;
l'expérience morale et l'expérience esthétique (chap. Ill) ; l'expérience
physique, religieuse, mystique et métaphysique (chap. IV). Le der-
Comptes rendus 117

nier paragraphe s'intitule : Expérience et Philosophie. La


philosophie ne part pas d'une expérience spéciale, d'une expérience
philosophique. Elle n'est qu'une réflexion critique sur l'expérience
accessible à chacun. Elle ne se réduit pourtant pas entièrement à
cette expérience car « la philosophie réalise son essence en devenant
philosophie critique » (p. 95).
Si la philosophie n'a pas d'expérience propre, elle n'est pas
non plus capable de subordonner la totalité des expériences à un
système général de l'expérience. Du point de vue humain, c'est un
non-sens de parler d'une systématisation de la totalité de
l'expérience, vu l'irréductibilité qui caractérise les différentes expériences.
« Jamais l'esprit ne peut, en l'homme, atteindre à une présence à
soi qui réaliserait de façon totale son rêve d'infinitude. Toujours
nous est signifiée notre séparation d'avec l'Etre. L'impossibilité
d'unifier notre expérience est la preuve qu'elle est expérience
d'autre chose et témoigne, en nos plus communes pensées, en nos
douleurs les plus quotidiennes, que le monde n'est pas l'Etre mais
le signe de l'Etre ». On reconnaît ici le Kantisme de M. Alquié.
L'ouvrage présente en annexe une « Note sur l'expérience de
l'amour chez Marcel Proust ». G. ScHELTENS.

Filippo Selvaggi, S. J., Filosofia délie Scienze (Coll. Manuali del


pensiero cattolico). Un vol. 17x|I de 348 pp. Roma, La Civiltà
Cattolica, 1953.
C'est toute une philosophie des sciences que développe le
P. Selvaggi ; il s'y montre au fait des problèmes les plus récents.
On dispose là d'un manuel construit avec clarté et méthode, à la
portée des non-spécialistes ; tous le liront également avec profit.
Une première partie traite de la science en général ; après un
aperçu rapide des théories modernes, elle développe plus
longuement la théorie thomiste de la science. Les autres sections sont
consacrées aux différentes sciences : science mathématique, science
physique, sciences de la vie et de l'homme (biologie, psychologie
et sciences sociales). Enfin une conclusion d'une vingtaine de pages
reprend le problème des rapports entre science et philosophie. H
faut admirer tout au long de ce développement la netteté et la
précision de l'exposé ; tous les problèmes fondamentaux sont
abordés la plupart du temps avec bonheur : problème des principes
et des modes de développement des différentes sciences, problème