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HOMMAGE ACTUALITÉ MÉTIER MONDES UNIVERSITAIRES

Jean-Pierre Kahane, l’engagé Nouvelle offensive contre La protection fonctionnelle Plus d’étudiant.e.s,
les droits des salarié.e.s en cas d’action en diffamation plus de diplômes mais

le snesu p
moins d’enseignant.e.s ?

MENSUEL DU SYNDICAT NATIONAL DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR - N˚657 SEPTEMBRE 2017

CONGRÈS D’ORIENTATION 2017

Enseignement supérieur et recherche :


un bien commun et une fonction
publique à promouvoir

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Faut-il sortir de l’égalitarisme ?

ÉDITORIAL
ÉDITORIAL
Défendons nos biens communs
APB, APL, LFR 2017, PLF 2018, PIA, des sigles attendus pour 2025, c’est un budget en croissance
qui résument l’ampleur des attaques du gouvernement de 2 milliards d’euros par an pendant dix ans qui
pour démanteler la recherche et l’enseignement supé- serait nécessaire ! Au lieu de cela, le budget 2018 va
rieur publics (ESR). au mieux stagner. Depuis 2009, notre ministère a
Les difficultés de l’algorithme Admission post-bac perdu 7 500 agents titulaires et a contraint les éta-
(APB) à proposer une affectation aux bacheliers qui blissements à faire appel à 14 000 contractuels.
souhaitent poursuivre leurs études dans l’enseigne- Le ministère et la Conférence des présidents
ment supérieur public ont révélé à nos concitoyens le d’université (CPU) espèrent pouvoir mobiliser les
sous-financement de l’ESR qui nous conduit à ne plus fonds des programmes d’investissements d’avenir
pouvoir accueillir et faire réussir les étudiants dans les Hervé Christofol, (PIA) pour financer les établissements qui s’enga-
filières auxquelles ils souhaitent accéder. secrétaire général geront dans des projets visant à accueillir et faire
Avec sa décision de baisser l’aide personnalisée au réussir plus d’étudiants. Mais ces fonds sont attribués
logement (APL) de 5 euros par mois, le gouvernement a fait le choix sur appels à projets compétitifs, ils ne sont pas pérennes et génè-
de s’attaquer aux plus modestes et aux étudiants en quête d’au- rent des inégalités de dotation qui détruisent le service public.
tonomie, pour épargner les plus riches en diminuant l’assiette de « Il faut sortir de l’égalitarisme », tels sont les propos de Jean-
l’impôt sur la fortune. Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale. Ils pourraient
La loi de finance rectificative de juillet 2017 a amputé de être ceux de Frédérique Vidal, ministre de l’ESRI, tant, à ce jour,
331 millions d’euros le budget de l’ESR pour permettre à l’État de elle refuse de reconnaître les inégalités historiques de dotation
recapitaliser Areva et tenir l’objectif du pacte de stabilité budgétaire entre les établissements (en budget et en poste) qui demeurent,
européen dès 2017. Or, en cette rentrée universitaire, pour accueillir et par là même de proposer une politique de convergence visant
les 50 000 étudiants supplémentaires, c’est précisément 375 millions à les réduire.
d’euros qui auraient été nécessaires. Les personnels feront encore Cet été, les choix de classe du président Emmanuel Macron se
cette année les frais de l’intensification de leur mission due à cet sont affirmés : austérité pour les services publics et atteinte aux
accroissement de leur activité. droits des salariés, réduction d’impôt pour les plus riches et
Avec 170 000 étudiants de plus qu’en 2009, et 350 000 de plus croissance des aides aux entreprises privées.

A CTUALITÉ 5 DOSSIER 9 M ONDES UNIVERSITAIRES 19 fi

SOMMAIRE
SOMMAIRE
• Hommage : Congrès d’orientation 2017 • Enseignement
Jean-Pierre Kahane, ESR : un bien commun et supérieur : toujours
l’engagé une fonction publique plus d’étudiant.e.s,
à promouvoir toujours plus
• Budget : Quarante-neuf ans après les événements de 1968, le
SNESUP-FSU a réuni son congrès d’orientation 2017
les conditions en Sorbonne, accueilli par la section syndicale de de diplômes
de la rentrée
l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Il a réuni
plus de 160 participants dont 140 congressistes man-
mais moins
universitaire datés par 67 sections locales. Après une table ronde
sur la situation internationale de l’enseignement
d’enseignant.e.s ?
supérieur et la recherche qui a rassemblé des cama-
• Réforme du Code rades portugais, canadiens ainsi qu’une camarade • CNRS : troubles
polonaise, les congressistes ont travaillé à préciser
du travail : les mandats du syndicat à propos de cinq théma- dans le recrutement
tiques (notre organisation syndicale et sa contribu-
nouvelle offensive tion à la démocratie universitaire ; la restructuration
de la recherche ; nos statuts, nos salaires et nos I NTERNATIONAL 21
contre les droits conditions de travail ; accéder et réussir en licence ;
la formation des enseignants).
des salarié.e.s Nos instances représentatives, délibérative (com- • FMTS :
mission administrative) et exécutive (bureau natio-
nal, secrétariat national, commission des finances, une ouverture
V OIX DES ÉTABLISSEMENTS 8
commission des conflits), ont été renouvelées confor-
mément aux votes d’orientation des syndiqués, et
sur la Chine
Marc Champesme et moi-même avons eu le plaisir
d’être reconduits dans les fonctions de trésorier • Ne soyons pas
national et de secrétaire général. [...]
M ÉTIER 18 complices des crimes
• Législation : commis en Turquie
la circulaire du • Université d’été
9 mai 2017 portant des mouvements
sur la « protection sociaux :
fonctionnelle en cas succès total
© SNESUP

d’action en diffamation » pour Attac

MENSUEL D’INFORMATION DU SYNDICAT NATIONAL le snesup DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR - N ˚ 657 SEPTEMBRE 2017
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É PHÉMÉRIDE CABINET DE LA MINISTRE DE L’ESR
DERNIÈRES MINUTES
DERNIÈRES MINUTES
12 SEPTEMBRE
• Journée d’action contre la réforme du droit
du travail et à l’appel du SNESUP-FSU
pour dénoncer les conditions de rentrée 2017
• Secrétariat national SNESUP-FSU
La surprise Total
13 «
Avant d’être nommée ministre de l’ESR, Frédérique Vidal était présidente
SEPTEMBRE
• Réunion du collectif FDE
• Réunion du secteur Vie syndicale de l’université de Nice-Sophia Antipolis depuis 2012 » : le style laconique
14 SEPTEMBRE
• Commission administrative du SNESUP-FSU
de la communication ministérielle semble ainsi vouloir rassurer sur un point
18 SEPTEMBRE crucial, celui de la légitimité de la nouvelle ministre qui, après un début de
• CNESER – Formation plénière
19 SEPTEMBRE carrière universitaire, a exercé par la suite des responsabilités politiques
CNESER accréditation
19 ET 20 SEPTEMBRE
significatives, dont la présidence d’une université à la tête de laquelle Frédé-
• Conseil délibératif fédéral national (CDFN) de la FSU rique Vidal a été réélue en 2016. La communication politique, qui reprend
20 SEPTEMBRE
• Réunion du collectif égalité F/H vite le dessus sur le CV et le parcours scientifique de l’intéressée, met en
21 SEPTEMBRE avant deux aspects tout aussi stratégiques de cette nomination : l’extraction
• Secrétariat national SNESUP-FSU
26 SEPTEMBRE de la société civile et l’identité de genre.
• Conférence de presse du SNESUP-FSU
• Bureau national du SNESUP-FSU Cette injonction à l’innovation qui caractérise le modèle universitaire selon
28 SEPTEMBRE Emmanuel Macron s’est traduite dans l’extension du périmètre de compétence
• Mobilisation des retraité.e.s pour l’augmentation
des pensions et la prise en charge de la perte de la ministre, également en charge de l’« innovation », maître-mot du langage
d’autonomie
• Conseil supérieur de l’éducation (CSE) techno-industriel qui parasite désormais celui de la recherche. De ce point
• Réunion du secteur Situation des personnels de vue, la nomination de Philippe Baptiste en tant que directeur de cabinet
2 OCTOBRE
• Réunion du secteur Recherche de Frédérique Vidal, le 29 mai dernier, est révélatrice, puisque celui-ci était
• Bureau délibératif fédéral national (BDFN) de la FSU
3 OCTOBRE
directeur scientifique et vice-président du développement scientifique chez
• Secrétariat national SNESUP-FSU Total depuis février 2016. La politique universitaire sera-t-elle soluble dans
4 OCTOBRE
• Réunion du secteur Service public l’écosystème économique comme le modèle Destot-Fioraso avait entrepris
10 OCTOBRE
• Secrétariat national SNESUP-FSU
de le réaliser à l’échelle grenobloise ? l Isabelle de Mecquenem
• Stage fédéral SFRN/CDCA 1
11 OCTOBRE
• Réunion des secrétaires de section
12 OCTOBRE
• Commission administrative du SNESUP-FSU
RENTRÉE UNIVERSITAIRE
• Stage FSU – Formation syndicale
• Réunion du collectif FDE
16 OCTOBRE
• CNESER – Commission permanente
Annonce d’un « plan étudiant »
• Bureau délibératif fédéral national (BDFN) de la FSU
17 OCTOBRE
• Secrétariat national SNESUP-FSU
• CNESER accréditation
• Réunion du collectif égalité F/H
A lors que 20 % des étudiants vivent actuellement sous le seuil de
pauvreté – une tendance qui n’est pas récente –, l’UNEF confirme une
hausse de 2,09 % du coût de la vie étudiante à cette rentrée 2017. Concur-
19 OCTOBRE
• Réunion des élu.e.s SNESUP-FSU au CNU
remment, la baisse de l’aide personnalisée au logement (APL) va porter
• Stage FSU – CREFOP/CESER directement préjudice à 800 000 étudiants. Après le séminaire du gouver-
• Conseil supérieur de l’éducation (CSE)
• Réunion du secteur Situation des personnels nement du 24 août, Édouard Philippe a annoncé un « plan étudiant » avec
un double volet « réussite étudiante » et « pouvoir d’achat ». La semaine
le snesup

MENSUEL
DU SYNDICAT suivante, Frédérique Vidal a constitué cinq groupes de travail, présentés
NATIONAL DE lors d’une réunion plénière avec les organisations syndicales, dont l’un,
L’ENSEIGNEMENT
SUPÉRIEUR piloté par Monique Ronzeau, inspectrice générale et présidente de l’Obser-
SNESUP-FSU vatoire de la vie étudiante (OVE), portera sur les conditions de la vie
78, rue du Faubourg-Saint-Denis,
75010 Paris - Tél. : 01 44 79 96 10
étudiante. Des conditions d’études décentes pour tous et l’accès aux biens
Internet : www.snesup.fr fondamentaux (logement, nourriture, soins médicaux, transports) sont des
Directeur de la publication : Hervé Christofol urgences sur nos campus ! l Isabelle de Mecquenem
Coordination des publications : Pascal Maillard
Rédaction exécutive :
Laurence Favier, Claudine Kahane, Michel Maric,
Isabelle de Mecquenem, Marc Neveu,
Christophe Pébarthe, Christophe Voilliot
Secrétariat de rédaction :
Catherine Maupu, Latifa Rochdi
Tél. : 01 44 79 96 23/24
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ISSN : 0245 9663
Conception et réalisation : C.A.G., Paris
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Illustration de couverture : © SNESUP

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H OMMAGE

HOMMAGE
HOMMAGE
Jean-Pierre Kahane, l’engagé ➔ par le comité de rédaction
Le SNESUP est en deuil. C’est peu dire que la disparition brutale de Jean-Pierre
Kahane, le 21 juin dernier, a suscité une profonde émotion et une infinie tristesse
au sein de notre syndicat. Les hommages déposés sur l’espace ouvert sur notre
site Internet(1) en témoignent : l’héritage que nous laisse Jean-Pierre est précieux.

A u cimetière du Père-Lachaise, à Paris,


la salle de la Coupole était bondée.
Pouvant accueillir près de 250 personnes,
bien plus ouvert que des personnes plus
jeunes que lui. Il œuvrait à dégager des
questions éthiques communes à tous les
cette salle à l’architecture néo-byzantine domaines de la science. »(4) Association
du crématorium était trop petite en ce historique, l’Union rationaliste, dont Paul
30 juin, tant étaient nombreux celles et Langevin fut l’un des créateurs en 1930, lui
ceux qui souhaitaient dire au revoir à doit sans doute son existence actuelle,
notre camarade. Car, jusqu’au dernier souligne notre camarade Michel Henry,
jour, Jean-Pierre a énergiquement œuvré qui en est l’un des administrateurs actuels,

© DR
Jean-Pierre Kahane.
pour ses idéaux de progrès en s’investis- rappelant que le biologiste Ernest Kahane,
sant dans diverses institutions et dans de que les mathématiques soient enseignées et père de Jean-Pierre, en avait été un émi-
nombreux domaines, tant scientifiques et mises à la portée du plus grand nombre. Il nent président de 1968 à 1970(1).
pédagogiques que syndicaux et politiques. n’a compté ni son temps ni son énergie
Mathématicien éminent, spécialiste de pour communiquer sa passion aux plus L’ENGAGEMENT SYNDICAL
l’analyse harmonique (étude de diverses jeunes. »(2) Car Jean-Pierre s’est également À cette même époque, Jean-Pierre a été,
fonctions, en particulier des séries de pleinement investi en matière d’enseigne- à deux reprises, secrétaire général du
Fourier), de la théorie du chaos et du ment. Par-delà la présidence, pendant huit SNESUP, de 1962 à 1965. Grand syndi-
mouvement brownien, Jean-Pierre ans, de la Commission internationale de caliste, il a laissé le souvenir d’un militant
Kahane était membre de l’Académie des l’enseignement mathématique ou celle, humble, à la très grande gentillesse, sou-
sciences depuis 1998 et avait reçu de confiée par le ministère en 1999, de la riant et toujours prêt à partager : « Des dis-
nombreuses distinctions telles que le prix Commission de réflexion sur l’enseigne- cussions que nous avions eues, empreintes
Servant ou la médaille Émile Picard. Pré- ment des mathématiques, Jean-Pierre avait d’humour, je retiens une écoute complète,
sident de la Société mathématique de à cœur de transmettre et d’expliquer : « J’ai lucide et bienveillante. Il ne prenait jamais
France, il a profondément influencé par toujours pensé être professeur de mathé- personne de haut », souligne Stéphane
ses travaux des générations de cher- matiques avant de penser à être mathé- Tassel, secrétaire général du SNESUP-
cheurs, au nombre desquels Yves Meyer, maticien », disait-il. Il a été à l’initiative des FSU de 2009 à 2013(1). Il était de toutes les
prix Abel 2017. Professeur à l’université « 5 à 7 » de l’Académie des sciences au manifestations, jusqu’aux dernières
de Montpellier et à l’université d’Orsay- cours desquels les académiciens rencon- concernant la loi travail l’an dernier. De
Paris Sud (à la création de laquelle il a trent des élèves, échangent et transmettent la même manière, notre camarade Olivier
participé et dont il a été le deuxième leur passion pour la science et ses objets Gebuhrer souligne, quant à lui, que Jean-
président, de 1975 à 1978), c’est au sein d’étude(3). « Adepte avant la lettre d’un Pierre « détestait les zizanies petites et ce
de cette dernière, ainsi que l’a rappelé sa regain d’interactivité dans les relations qu’il disait visait le sommet », évoquant
présidente Sylvie Retaillau, qu’il cofonda apprenants-enseignants, il avait préconisé aussi sa jeunesse d’esprit « qui était pro-
le laboratoire de mathématiques, devenu de donner une place inédite à l’oral s’agis- prement hors de toute description »(1).
l’un des plus prestigieux du monde par le sant de l’évaluation », note Gérard Lauton(1). À propos de Jean-Pierre, on n’oublie
développement d’une véritable école Lors de ses obsèques, on a pu relever la jamais de souligner l’élégance et la
française de l’analyse harmonique. présence, à la fois, du mathématicien modestie, la bienveillance et l’huma-
Cédric Villani et du secrétaire général du nisme : Jean-Pierre Kahane conjuguait
UN CRÉATEUR PROLIXE PCF, Pierre Laurent. Jean-Pierre incarnait gentillesse immédiate et attention portée
Dans l’hommage qu’elle lui rend, la cette figure de l’intellectuel rayonnant à l’émancipation humaine. Érudit, cultivé,
ministre de l’Enseignement supérieur et de dans son domaine, mais passant naturel- il savait sans être schématique enrichir
la Recherche, Frédérique Vidal, souligne lement à des univers culturels autres, avec un raisonnement et le présenter de
aussi l’engagement pédagogique qui était le même degré d’investissement, les uns manière simple. Son héritage est une
le sien : « Il a particulièrement milité pour se nourrissant des autres. Membre du PCF exigence. Nous continuerons, malgré
à la direction duquel il a participé comme son absence, à défendre bien des idées
membre du comité central de 1979 à et des valeurs qui lui étaient chères. Au
1994, il a assumé la responsabilité de son revoir Jean-Pierre et MERCI. l
secteur recherche et a pris part à la créa- (1) La page dédiée aux hommages à Jean-
tion, en 2013, de sa revue Progressistes. Pierre Kahane est accessible depuis notre
site : www.snesup.fr.
Jean-François Delfraissy, président du (2) Communiqué du MESR du 23 juin 2017.
Jean-Pierre Kahane en compagnie Conseil consultatif national d’éthique, dont (3) Plusieurs vidéos peuvent être consultées
d’Hervé Christofol, le 17 mai 2016 lors de la sur le site de l’Académie des sciences :
Jean-Pierre était également membre, sou- www.academie-sciences.fr.
© DR

journée d’action contre le projet de loi travail.


ligne sa jeunesse d’esprit : « Il était souvent (4) Le Monde du 3 juillet 2017.

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B UDGET
ACTUALITÉ
ACTUALITÉ

Les conditions de la rentrée universitaire


➔ par Hervé Christofol , secrétaire général
La promesse de sanctuarisation du budget de la recherche et de l’enseignement
supérieur, faite par le candidat Emmanuel Macron lors de son discours
de Grenoble le 14 avril 2017, n’aura pas tenu deux mois. Cette promesse était
pourtant déjà très insuffisante pour faire face à l’augmentation des effectifs
étudiants (+ 50 000 cette année !) et réduire la précarité dans les laboratoires
de recherche (30 % des effectifs).

L es effets de ce sous-investissement
chronique se sont illustrés cet été
aux yeux du grand public avec les diffi-
tation éclairée dans les filières en tension
qui, pour la plupart d’entre elles, cor-
respondent à des disciplines non ensei-
assurer l’encadrement et la réussite des
étudiants.
Cette croissance du nombre d’étudiant.e.s
cultés d’affectation des bachelier/ière.s gnées au lycée (Staps, psychologie, est durable et elle va même s’accentuer
dans l’enseignement supérieur à travers santé, droit) ; au cours des prochaines années pour
l’algorithme APB et le recours au tirage • le tirage au sort est une conséquence probablement atteindre 3 millions d’étu-
au sort. Le Premier ministre et la ministre du manque de moyens investis depuis diant.e.s en 2025. Cette année, à nou-
brandissent le taux d’échec en première une dizaine d’années pour accueillir les veau, l’enseignement secondaire accueille
année de licence qui s’élève à 60 % lycéen.ne.s en licence à l’université ; 50 000 lycéen.ne.s de plus qu’en 2016. Ce
pour prôner des mesures de sélection et • alors que 80 % d’une classe d’âge est ne sont pas les 1 500 euros octroyés par
de tri des titulaires du diplômée au niveau du le ministère par étudiant supplémentaire
baccalauréat. Mais ils
oublient de rappeler que
t bac, les programmes du
lycée ne préparent plus
accepté au-delà des capacités d’accueil
affichées en Staps qui encourageront les
cet échec se situe dans Le 12 septembre, portons convenablement à la responsables pédagogiques à persévérer
les formations les moins nos revendications poursuite d’études dans dans cette voie. Ils parviendront juste à
financées par l’État : dans les manifestations, l’enseignement supé- embaucher quelques vacataires de plus
7 500 euros sont en effet rieur. et à réduire l’accès aux installations spor-
dans nos
alloués en moyenne par Il faut reconcevoir les tives aux autres formations ! Exigeons
étudiant.e de licence établissements, et programmes du lycée et plus pour nos étudiant.e.s et de
contre 14 000 euros à fédérons les initiatives les épreuves du bacca- meilleures conditions de travail. Construi-
15 000 euros en section pour passer à l’action. lauréat, donner des sons un rapport de force qui impose au
de technicien.ne.s supé- moyens pour assurer gouvernement de reconnaître notre
rieur.e.s (STS) et en s l’orientation éclairée des investissement.
classe préparatoire aux lycéen.ne.s et abonder Le 12 septembre, portons nos revendi-
grandes écoles (CPGE). Qu’en est-il le budget de l’ESR pour permettre d’aug- cations dans les manifestations, dans
alors du taux d’échec en CPGE ou en menter les capacités d’accueil des filières nos établissements, organisons des
Paces ? plébiscité.e.s, créer des formations et assemblées générales pour recueillir
Il est également important de souligner adapter la pédagogie à l’accueil et la les attentes et la colère des collègues et
que 80 % des étudiant.e.s qui entrent réussite d’un public diversifié et motivé fédérons les initiatives pour passer à
dans l’enseignement supérieur en sor- (emplois titulaires, budgets de fonc- l’action. L’opinion publique est sensi-
tent avec un diplôme et que l’ensei- tionnement, infrastructures et investis- bilisée à nos difficultés, nous pouvons
gnement supérieur français détient le sements immobiliers). infléchir les positions du gouverne-
plus haut taux de diplômation d’Eu- En attendant, cette rentrée, les 50 000 ment pour obtenir des moyens d’ur-
rope, preuve, s’il en est, de son effi- étudiant.e.s supplémentaires viendront gence et une augmentation pérenne
cience. intensifier la charge de travail des du budget. l
Les réponses avancées à travers les pré- équipes pédago-
requis réclamés par la Conférence des giques et adminis-
présidents d’universités (CPU) sont inac- tratives alors
ceptables. Pour autant, nous ne pouvons qu’elles auraient dû
pas nous satisfaire du statu quo : recevoir 375 mil-
• les résultats du premier tour d’APB ont lions d’euros sup-
annoncé à plus de 50 000 lycéen.ne.s plémentaires pour
© Creative Commons/Bissorte

leur non-affectation dans la filière de


leur choix en plein milieu de leur
épreuve de baccalauréat ; 50 000 étudiant.e.s
• les lycéen.ne.s ne disposent pas de de plus en 2017.
l’information leur permettant une orien-

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7
R ÉFORME C ODE

ACTUALITÉ
DU DU TRAVAIL

ACTUALITÉ
Nouvelle offensive contre
les droits des salarié.e.s ➔ par Christophe Voilliot ,
secrétaire national

La session parlementaire estivale a accouché de plusieurs lois d’habilitation


qui permettront au gouvernement de légiférer par ordonnance conformément
à l’article 38 de la Constitution. L’ordonnance qui concerne la réforme
du Code du travail est certainement la plus dangereuse de toutes et il est
nécessaire de prendre date dès la rentrée afin de mobiliser les salarié.e.s,
mais aussi les fonctionnaires et les retraité.e.s, contre cette loi travail XXL.

E n conclusion d’un de ses livres où il


s’attachait à montrer les conditions de
l’inclusion de tous, le sociologue Robert
Castel estimait que la « nouvelle règle du
jeu contractuelle » qu’il voyait alors se
dessiner « aura pour effet de détruire ce
qui restait d’appartenance collective »,
accusant ainsi « le caractère anomique »
de ce qu’il désignait comme une « indi-
vidualité négative » (1). Dans un contexte

© Clément Gruin/Wikimedia CC BY-SA 4.0


où le rapport de force politique est
devenu encore plus favorable au
patronat, c’est cette logique délétère qui
prend forme aujourd’hui.
La loi d’habilitation qui permettra au gou-
vernement de prendre par ordonnance,
dans un délai de six mois, « les mesures Expression de la colère étudiante
lors de la manifestation
pour le renforcement du dialogue social » contre la loi travail, mars 2016.
(sic ! ) a été définitivement adoptée par décision du Conseil constitutionnel doit
l’Assemblée nationale puis par le Sénat les groupes La République en marche et Les intervenir dans un délai d’un mois à
1er et 2 août derniers. Ce texte énumère Républicains en ont aggravé certains compter de cette saisine.
les principales mesures que l’on risque de points, en particulier en ce qui concerne Quoi qu’il en soit, il est donc nécessaire
retrouver dans les différentes ordon- les prérogatives des IRP : interdiction de passer à l’action, et ce sans attendre
nances(2) : assouplissement des règles d’enchaîner plus de trois mandats suc- la présentation des ordonnances dans
encadrant les licenciements collectifs pour cessifs, obligation de solliciter plusieurs leur version définitive prévue pour le
motif économique ; pla- devis en cas de recours à Conseil des ministres du 20 septembre.
fonnement des indemni- t une expertise, contrôle du Le SNESUP-FSU appelle par conséquent
tés pour licenciement sans Le SNESUP-FSU choix des prestataires, etc. toutes et tous les collègues à se mettre en
cause réelle et sérieuse, Les élu.e.s des groupes grève et à manifester le 12 septembre
appelle toutes et
sauf si la rupture du Nouvelle Gauche, La prochain. En rejoignant massivement les
contrat de travail résulte tous les collègues France insoumise et de la cortèges contre les futures ordonnances
d’un acte d’une excep- à se mettre en grève et Gauche démocrate et Pénicaud, nous aurons également la pos-
tionnelle gravité de l’em- à manifester le républicaine ont immé- sibilité de revendiquer de meilleures
ployeur, ce qui aura pour 12 septembre prochain. diatement saisi le Conseil conditions de travail et les moyens d’ac-
effet d’instaurer un régime constitutionnel sur ce pro- cueillir dignement l’ensemble des étu-
d’indemnisation défavo- s jet de loi d’habilitation. diant.e.s dans nos établissements. Les
rable aux salarié.e.s au mépris d’un prin- Sur la forme, ils estiment que sa procé- agents publics et les retraité.e.s ne doi-
cipe de droit essentiel (la réparation inté- dure d’adoption a été trop rapide et que vent pas laisser passer cette occasion de
grale du préjudice) ; harmonisation des cela a « empêché le Parlement d’exercer protester avec les salarié.e.s du secteur
délais de prescription ; définition plus son rôle constitutionnel », méconnais- privé contre les politiques d’austérité qui
favorable aux entreprises du périmètre sant ainsi « l’exigence de clarté et de sin- s’appliquent à l’ensemble du pays. l
d’appréciation du motif économique pour cérité du débat parlementaire ». Sur le
les groupes implantés à l’étranger ; fusion fond, ils estiment ce texte trop imprécis, (1) Robert Castel, Les Métamorphoses de la
question sociale. Une chronique du salariat,
des institutions représentatives du per- laissant ainsi au gouvernement la possi-
Paris, Fayard, coll. « Espace du politique »,
sonnel (IRP), à savoir le comité d’entre- bilité de « modifier à sa guise le Code du 1995, p. 465.
prise et le CHSCT, etc. Non contents de travail, sans garantie du respect des (2) Cet article a été rédigé avant la publication
voter massivement ce texte, les élu.e.s des droits fondamentaux des salariés ». La des ordonnances intervenue le 31 août 2017.

MENSUEL D’INFORMATION DU SYNDICAT NATIONAL le snesup DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR - N ˚ 657 SEPTEMBRE 2017
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ÉTABLISSEMENTS
SNESUP était devenu inaudible et n’était plus présent en tant que
VOIX DES ÉTABLISSEMENTS

tel dans les instances de l’université. Et pourtant, nous n’avons


jamais eu plus besoin d’un syndicat : aggravation des conditions
de travail, réformes épuisantes, déficit démocratique croissant,
difficultés individuelles, dysfonctionnements multiples et notam-
ment du service financier, qui font que des centaines d’agents
La direction de la nouvelle UFR ne sont pas payés. Nous sommes surtout, à Paris-III, visés par
un des multiples projets de fusion à marche forcée qui ont fait
des sciences et technologies florès ces derniers temps, générant de nombreuses craintes au
échappe à ses créateurs sein de notre communauté : quel impact sur la formation, la
recherche, l’organisation institutionnelle ? Les consultations orga-
a « Faculté des sciences et technologies » (FST) a été créée au
L 1er janvier 2017 par la fusion de sept composantes de Lille-I
nisées par les composantes ont montré une opposition massive
chez les personnels et les étudiants, ce qui n’empêche pas la pré-
(six UFR et la station marine). Elle rassemble près de la moitié des
sidence, et un CA qui ne représente plus que lui-même, d’avan-
personnels et des étudiant.e.s de Lille-I. Défendue par la prési-
cer aveuglément vers un objectif dont les contours sont d’ailleurs
dence de Lille-I comme permettant de se mettre dans « une encore très flous.
configuration adaptée à la création de l’université de Lille », d’at- Dans ce contexte, quelques camarades ont pris l’initiative de
teindre « une taille critique » et ainsi de « s’adapter aux normes relancer l’activité syndicale. Une consultation des syndiqués
internationales », le choix de la date de sa mise en œuvre n’était (encore une quarantaine malgré tout !) a permis d’adopter de nou-
pas indépendant de l’examen de la candidature à l’Idex. veaux statuts, qui donnent naissance à une section unique pour
Bien que les conseils des composantes aient adopté leur dispa- l’ensemble de l’établissement, avec un bureau élu dans la foulée.
rition à une très large majorité, les élections au conseil de la nou- Voilà donc le SNESUP de Paris-III à nouveau en ordre de marche,
velle faculté du 4 mai dernier ont été marquées par une percée et prêt à répondre collectivement aux défis actuels. Première
des listes critiques vis-à-vis de cette fusion. Nos listes Alternative expression publique : une motion, adoptée en AG, demande
CGT et FSU ont obtenu un tiers des sièges dans les collèges A l’organisation rapide d’une consultation de tous sur le projet de
et B (avec respectivement 22 % et 46 % des suffrages) et la liste fusion, sous la forme d’une élection anticipée des conseils cen-
CGT soutenue par le SNASUB, un quart des sièges au collège traux. Mais de nombreux autres problèmes vont demander notre
Biatss. Ce résultat nous donnait légitimité à présenter une can- intervention : comment oublier la souffrance au travail des ensei-
didature au poste de doyen de cette faculté. À l’issue de ce scru- gnants et chercheurs mise en évidence par la dernière enquête sur
tin, on retrouvait les trois ensembles de listes qui portaient une les risques psychosociaux ? Comment réagir à l’ambiance de
candidature lors de l’élection à la présidence de Lille-I de 2016 compétition généralisée mise en place par les lois LRU et à la raré-
mais cette fois à quasi-égalité de sièges. L’ensemble du proces- faction des postes de titulaires ? Quelles réponses apporter aux
projets de sélection, de hausse des droits d’inscription, d’ESR à plu-
sus électoral a fait l’objet d’une extrême attention de la part de
sieurs vitesses ? La tentation de nombreux collègues est celle du
la présidence. Il faut dire que ce scrutin est le dernier d’ampleur
fatalisme et de l’individualisme : à nous de leur faire la démons-
avant les élections aux conseils centraux de l’université de Lille
tration que la voie syndicale, faite de coélaboration et d’actions
de novembre. De plus, l’administrateur provisoire de la FST
collectives, est beaucoup plus efficace… l
pendant près de six mois qui a présidé à la rédaction des statuts, Le bureau de la section SNESUP Paris-III
à l’affectation des personnels dans les services centraux, par
ailleurs vice-président de Lille-I, se portait candidat à cette élec-
tion. En présence de trois candidatures, ce dernier restait favori.
D’autant que six personnalités extérieures sur huit lui étaient
acquises. Et pourtant, le 13 juillet, notre candidat a été élu à la
majorité absolue au second tour à la suite du report des voix des
DES

autres listes d’opposition qui ont préféré ainsi faire barrage à


l’élection du vice-président.
Cette situation met nos élu.e.s au défi de répondre aux attentes
des personnels qui leur ont apporté leurs voix sur la base
d’un programme mettant en avant les conditions de travail
plutôt que les appels à l’excellence et à la course au gigantisme.
Si ces résultats électoraux sont le fruit du travail syndical
accompli sur Lille-I, le fait que cela soit l’actuel cosecrétaire de
notre section, Christophe Vuylsteker, qui ait été élu impose
maintenant à notre section de procéder à son remplacement
dans nombre de ses mandats (secrétariat de section, CT,
VOIX

CHSCT…). Le passage aux responsabilités administratives inter-


roge non seulement notre capacité à infléchir la politique des
établissements, mais aussi notre capacité à procéder au renou-
vellement de nos militant.e.s. l
Le bureau de la section SNESUP Lille-I

Une nouvelle section syndicale,


de nouveaux défis
epuis plusieurs années, les sec-
D tions de Paris-III étaient en
sommeil : problèmes d’organisa-
tion, élections conflictuelles,
manque de temps, découra -
gement ? Toujours est-il que le

MENSUEL D’INFORMATION DU SYNDICAT NATIONAL le snesup DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR - N ˚ 657 SEPTEMBRE 2017

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DOSSIER
DOSSIER
Congrès d’orientation 2017
ESR : un bien commun et
unefonction publique à promouvoir
‘ Dossier coordonné par Quarante-neuf ans après les événements de 1968, le SNESUP-FSU a réuni son congrès d’orientation 2017
Hervé Christofol , en Sorbonne, accueilli par la section syndicale de l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Il a réuni plus
‘ secrétaire général, de 160 participants dont 140 congressistes mandatés par 67 sections locales. Après une table ronde sur
‘ et les membres
du secrétariat la situation internationale de l’enseignement supérieur et la recherche qui a rassemblé des camarades
national portugais, canadiens ainsi qu’une camarade polonaise, les congressistes ont travaillé à préciser les
mandats du syndicat à propos de cinq thématiques (notre organisation syndicale et sa contribution à la
démocratie universitaire ; la restructuration de la recherche ; nos statuts, nos salaires et nos conditions
de travail ; accéder et réussir en licence ; la formation des enseignants).
Nos instances représentatives, délibérative (commission administrative) et exécutive (bureau
national, secrétariat national, commission des finances, commission des conflits), ont été renouvelées
conformément aux votes d’orientation des syndiqués, et Marc Champesme et moi-même avons eu
le plaisir d’être reconduits dans les fonctions de trésorier national et de secrétaire général.
Plusieurs motions ont pu être adoptées dont celle de la convocation d’un congrès extraordinaire en 2018
en vue de modifier nos statuts. Elles sont consultables ainsi que les textes complets de chacun des
thèmes sur le site du syndicat. Le congrès s’est clos par le vote à l’unanimité de son appel à la résistance
face au programme du président de la République et aux politiques du gouvernement d’Édouard
Philippe à propos du démantèlement de l’enseignement supérieur et de la recherche publics. Le congrès
a appelé les collègues à prendre part au mouvement d’opposition qui se dessine contre la nouvelle
remise en cause du Code du travail et contre sa modification par le recours aux ordonnances.
Merci à tous les participants, merci aux personnels du siège pour l’organisation
et à la section locale pour son accueil.

MENSUEL D’INFORMATION DU SYNDICAT NATIONAL le snesup DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR - N ˚ 657 SEPTEMBRE 2017
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DOSSIER
DOSSIER
COMMISSION
T HÈME 1

Notre organisation syndicale et


sa contribution à la démocratie universitaire
‘ Animation : Claire Bornais , Hervé Christofol et Françoise Rivière
Une démocratie syndicale renforcée au sein du SNESUP doit servir de point d’appui
à nos légitimes revendications sur le développement de la démocratie universitaire,
aujourd’hui menacée, au sein de nos établissements.

Développer la démocratie et administrative vers les sections, augmenter d’autres syndicats en fonction de l’état des
la transparence syndicales la fréquence des réunions des secrétaires de forces syndicales présentes. Pour cela, il
La nécessaire refonte de nos statuts section, délocaliser certaines réunions des convient de développer en priorité la coor-
Nos statuts ne répondent plus aux enjeux instances nationales, renforcer la participation dination avec les autres syndicats de la FSU
démocratiques du syndicalisme actuel. Une des secrétaires de section au secteur Vie syn- intervenant dans d’autres champs de syndi-
commission doit faire des propositions de dicale, faire des secteurs des lieux de ren- calisation (SNASUB, SNEP, SNCS, SNES...)
réécriture qui feront l’objet d’échanges avec contre national-local et améliorer les fonc- mais également avec les syndicats proches :
les sections locales et seront ouvertes à la tionnalités du site Internet national. CGT, SUD, FO...
discussion en vue de leur adoption lors d’un
congrès extraordinaire au printemps 2018. Garantir une indépendance des sections Développer la démocratie universitaire
Parmi les objets de réflexion figurent l’exis- Dans le cadre des mandats nationaux, les et lutter contre les reculs démocratiques
tence du Bureau national, les modalités de sections locales doivent pouvoir fixer libre- au sein de nos établissements
représentation des sections locales au sein ment leur stratégie syndicale en fonction de La représentation des personnels dans les
des instances nationales, le nombre et la leur connaissance de « terrain » sur l’état des instances universitaires est en baisse continue
durée des mandats locaux et nationaux et forces en présence. À cet effet, il est néces- depuis la mise en œuvre des lois LRU et
une actualisation générale de la rédaction saire de protéger les échanges entre syndi- ESR. Des régressions démocratiques accom-
des statuts. qués au sein des sections sans intervention pagnent ces dispositifs législatifs inspirés de
de la direction, maintenir la section des syn- logiques néolibérales qu’il convient de com-
Renforcer les échanges et interactions diqués isolés accueillant des collègues isolés battre.
entre les instances nationales et les sec- ou en conflit avec leur section, et encourager
tions locales la participation des syndiqués aux instances Le contournement des règles de repré-
Pour développer la cohésion de nos analyses des établissements. sentativité des personnels
et l’efficacité des actions, la communication Les reconfigurations à l’œuvre dans le pay-
instances nationales/sections locales doit être Développer des actions avec les autres sage universitaire (nouvelles règles de com-
renforcée. Quelques propositions ont syndicats position des conseils centraux, part belle
émergé : diffuser l’ordre du jour et, si pos- Il s’agit d’encourager les expériences locales aux personnalités extérieures, regroupements,
sible, des comptes-rendus de la Commission et nationales d’actions coordonnées avec fusions...) entraînent un contournement des

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DOSSIER
DOSSIER
règles démocratiques universitaires en (ESR) sous la forme d’appels
t établissements, nous réaffir-
vigueur jusque-là. Il faut partout combattre à projets (AAP) développe Le SNESUP est opposé mons notre mandat de gratuité
ces dispositifs et leurs effets et continuer à des inégalités entre établisse- aux capacités des inscriptions pour toutes
exiger l’abrogation de la loi LRU, mais aussi ments, laboratoires, secteurs d’accueil en licence et et tous et nous opposons à
dénoncer et faire abroger les dispositions disciplinaires. Une croissance toute forme de sélection qu’il
législatives érigeant la Conférence des pré- des dotations récurrentes est
master et dénonce s’agisse de l’entrée en licence
sidents d’université (CPU) en représentante nécessaire pour accompagner le tirage au ou en master ou de la conti-
des établissements, et plus généralement celle des effectifs étudiants. sort pratiqué sous nuité de ces cursus. Le SNE-
celles emportant des régressions et contour- La mise en place imposée par SUP est opposé aux capacités
APB pour l’entrée
nements démocratiques. Les regroupements les PIA de « comités resser- d’accueil en L et M et dénonce
forcés et les limites et complexifications rés », non élus et constitués à l’université. le tirage au sort pratiqué sous
administratives qu’ils induisent doivent être de façon opaque, à la tête de s APB (admission post-bac)
combattus, ainsi que les dispositifs internes la gestion des Idex et I-Site, pour l’entrée à l’université.
utilisés pour contourner les règles démocra- et tout appel à projets qui contourne la Nous devons faire obstacle à la privatisation
tiques reposant sur une représentation équi- démocratie universitaire doivent être com- progressive des universités en nous opposant
librée et suffisante des personnels. Enfin, battus. notamment à la dévolution du patrimoine
l’opposition aux statuts dérogatoires des aux établissements et aux partenariats de
grands établissements avec les contourne- Défendre le service public de l’enseigne- plus en plus intrusifs avec le privé.
ments multiples qu’ils autorisent doit être ment supérieur et de la recherche Enfin, face à la défonctionnarisation et à l’at-
poursuivie. Les pratiques de « nouveau management taque du statut des agents publics, nous
public » qui se répandent à l’université remet- devons nous opposer aux recours de plus
Des appels à projets qui assèchent les tent en cause le service public et les statuts en plus massifs aux contractuels et aux vaca-
dotations de base et menacent la démo- des personnels de la fonction publique qui taires, qui font en outre exploser la précarité.
cratie universitaire l’assurent. Nous devons exiger des postes de titulaires
La multiplication des financements de l’en- Face à la menace d’explosion des frais d’ins- pour répondre à la forte hausse des effectifs
seignement supérieur et de la recherche cription, déjà expérimentée dans certains étudiants et dénoncer les gels de postes. l

COMMISSION
T HÈME 11

Restructuration de la recherche :
des transformations institutionnelles majeures
‘ Animation : Heidi Charvin et Anne Roger
Le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) français se transforme
aujourd’hui suivant le dogme, inscrit dans le processus de Bologne (1999)
et dans la stratégie de Lisbonne (2000), que d’une part seules la concurrence
et la compétition sont gages d’excellence scientifique et de formation de haut niveau,
et que d’autre part la plus-value économique suffit à elle seule à justifier la nécessité
d’une restructuration de l’ESR.

C e processus de restructuration radicale


touche tous les secteurs, et plus parti-
culièrement celui de la recherche. Dans ce
aujourd’hui tous les appels à projets (AAP),
qu’ils soient européens, nationaux ou régio-
naux. L’interdisciplinarité y prend une place
contexte, un certain nombre de réorgani- de plus en plus importante, or la recherche
sations sont d’ores et déjà visibles et géné- disciplinaire ne peut nourrir cette interdis-
ratrices de régressions pour la recherche. ciplinarité que si elle reste centrale en
termes de développement d’expertise.
Les conséquences sur Les priorités thématiques restreintes et asser-
les missions de recherche vies à des finalités économiques et entre-
Restriction et restructuration du péri- preneuriales publiques ou privées aboutis-
mètre de la recherche par la stratégie nationale de la recherche sent à un assèchement de la recherche hors
Les priorités nationales structurantes définies et de l’innovation (SNRI) façonnent priorités nationales et au décrochage de 왘왘

MENSUEL D’INFORMATION DU SYNDICAT NATIONAL le snesup DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR - N ˚ 657 SEPTEMBRE 2017
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DOSSIER
DOSSIER

La recherche fondamentale doit être


préservée, avec un financement
pérenne sur le long terme et
dans tous les champs thématiques.

d’ingénieurs pousse à la mise


en place de doctorats « allé-
gés » par VAE. Le SNESUP
exige que les universités res-
tent seules habilitées à cette
collation.

Universités de proximité,
collèges universitaires et
écoles universitaires de
recherche
왘왘 collègues. Le SNESUP défend donc la néces- ments des PIA ne sont pas toujours à la La scission des établissements universitaires
sité de développer des financements hors hauteur des frais engagés, mettant alors en en universités de recherche, universités de
priorités nationales. De plus, une recherche péril l’équilibre budgétaire des structures proximité et collèges universitaires entraîne
fondamentale, diversifiée et basée sur la porteuses. En effet, pour permettre à ces une inégalité territoriale de formation et de
liberté de recherche individuelle, doit être PIA de fonctionner, des recherche. L’appel à projets
financée de manière pérenne sur le long
terme et dans tous les champs thématiques.
prélèvements conséquents
sont effectués sur les
t PIA3 qui crée des écoles
universitaires de recherche
Pour préserver cette liberté, le SNESUP sug- moyens pérennes des éta- Le SNESUP réaffirme (EUR) incluant masters et
gère d’ouvrir ou d’augmenter localement blissements tant au niveau la nécessité d’une doctorats d’excellence en
des AAP blancs, collectifs ou individuels humain que financier. La formation à et par la est une illustration. Ces
de taille variable en abondant, en sus des conséquence est lourde EUR instaurent une forma-
financements aux laboratoires, la part de pour les domaines hors recherche dès la L1 pour tion à plusieurs vitesses,
financement BQR fléchée sur ces AAP. Plus périmètre d’excellence, répondre à la formation par l’octroi de moyens sup-
largement, le SNESUP rappelle que les finan- mettant en péril les d’un.e étudiant.e plémentaires aux forma-
cements pérennes sont nécessaires pour recherches, les formations tions et aux laboratoires
autonome et critique.
réduire la précarité par embauche de per- ainsi que les conditions de qui les accueillent, fragili-
sonnels statutaires. travail et d’études des per- s sant ainsi les formations
Ainsi, le SNESUP préconise un ratio budgé- sonnels et des usagers. existantes qui en seraient
taire alloué aux financements pérennes/AAP Sur ce point, le SNESUP réaffirme la néces- exclues. Le SNESUP condamne leur mise
de 70 %/30 % et le retour à la recherche sité d’une formation à et par la recherche en œuvre ainsi que le silence qui l’entoure.
publique des ressources financières repor- dès la L1 pour répondre à la formation
tées sur la recherche privée via le crédit d’un.e étudiant.e autonome et critique. Il Open source et open data
d’impôt recherche (CIR). soutient une formation de master indiffé- La loi numérique ouvre de nouvelles pers-
Dans le cadre du partenariat public-privé renciée entre les champs professionnel et pectives concernant l’open source et l’open
(PPP) de la recherche et des différents PIA, de recherche. data. Le SNESUP constate l’abus de l’utili-
une cartographie précise et détaillée de la C’est pourquoi, plus largement, il s’oppose sation du concept d’open access par des
distribution aux établissements des dotations à la disparition du corps des enseignant.e.s- revues libres mais dont la mise en ligne est
budgétaires est à ce jour totalement absente. chercheur/euse.s et à leur réaffectation dans payante. L’idée d’open access, telle que
À ce sujet, le ministère de l’Enseignement le corps des enseignant.e.s d’un côté et des prévue dans la loi numérique, est le libre
supérieur, de la Recherche et de l’Innovation chercheur/euse.s de l’autre. accès et le partage des informations, notam-
doit urgemment se mettre en conformité Dans le cadre doctoral, la démultiplication ment de celles produites dans le cadre de
avec la loi numérique. des enseignements obligatoires aboutit à la la fonction publique. Au-delà de ce point,
diminution de la recherche, affaiblissant le apparaît le danger à la fois de publications
Les prochaines étapes niveau de la formation. Le manque de de données erronées car non objectivées
Dans un contexte de mondialisation où cadrage de la mise en place des comités par des pairs et de disparitions de revues.
« l’excellence » est déclinée sous toutes ses de suivi de thèse se traduit par un sentiment Le SNESUP dénonce enfin l’oligarchie des
formes, PIA1, PIA2, PIA3, Idex, I-Site et de désappropriation de la recherche par grands groupes d’édition de revues et les
autres Labex font désormais partie du voca- les directeur/trice.s de thèse sans pour coûts astronomiques d’abonnement qu’ils
bulaire quotidien de l’ESR. Pourtant, les autant protéger les doctorant.e.s. L’obtention imposent à l’ensemble de la communauté
premiers bilans montrent que les finance- de la collation des grades par les écoles scientifique mondiale l

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DOSSIER
DOSSIER
COMMISSION
T HÈME 111

Statuts, salaires, conditions de travail :


combattre la précarité généralisée
‘ Animation : Philippe Aubry, Jean-Luc Godet et Françoise Papa
Les participants à la commission ont réaffirmé le bien-fondé des revendications et
des mandats de nos congrès précédents (en particulier contre la modulation des services
et le suivi de carrière ministériel). Ils ont également souhaité lancer des réflexions en vue
d’approfondir des mandats anciens et d’en faire émerger de nouveaux.

➊ Réaffirmer le statut de fonctionnaire rieur pâtissent de rémunérations notoirement des enseignants affectés dans le supérieur
d’État et créer les emplois statutaires inférieures à celles des fonctionnaires de préconisée par la CPU. Ces carrières par
nécessaires aux missions même niveau et ne répondant pas aux stan- établissement risqueraient d’aboutir à un
des établissements dards internationaux (jusqu’à l’heure com- contingentement des promotions dépendant
Il faut lutter contre les politiques de déve- plémentaire nettement moins rétribuée que de la situation financière de l’établissement.
loppement d’emplois sur contrat, trouver l’heure statutaire ou l’heure complémentaire Le SNESUP rappelle son attachement aux
des moyens de fermer le robinet à précaires dans l’enseignement secondaire). CAP et défend leur rôle de contrôle et de
et rendre plus visible cette question dans Notre syndicat formulera des propositions protection des droits des agents.
le débat public, par tous les leviers possibles visant à mettre en œuvre pour tous le prin-
tant au niveau local que national. cipe inscrit dans le protocole PPCR d’une ➍ Définition des obligations de service
Dans l’objectif de limiter les possibilités de carrière parcourue sur au moins deux Le développement des outils numériques
recours à des « faux vacataires », et d’amé- grades. En ce qui concerne les enseignants entraîne des modifications dans l’exercice
liorer la visibilité du nombre réel de contrac- affectés dans le supérieur, le SNESUP s’ex- du métier, tant sur le plan des enseigne-
tuels de l’enseignement supérieur et de la primera sur les procédures d’évaluation et ments que de l’administration (parcellisation
recherche (ESR), une étude est à mener sur les critères non pertinents publiés par le des tâches, division du travail, perte d’au-
l’intérêt d’un mandat de limitation du ministère, et étudiera des propositions de tonomie pédagogique…). Il a un impact
volume horaire des chargés d’enseignement gestion de carrière tenant compte de la sur la définition des obligations de service.
vacataires. pyramide des âges et des carrières spéci- L’hétérogénéité des politiques d’établisse-
fiques à ces agents. ment exige de procéder à un état des lieux
➋ Droit à mobilité Notre syndicat réitère ses demandes d’aug- en vue d’aboutir à un cadrage national pre-
Le dispositif de mutation prioritaire – sou- mentation des contingents de promotion et nant en compte la diversité des pratiques
vent non respecté par les établissements – de décontingentement des échelons excep- pédagogiques (enseignement présentiel, à
reste insuffisant pour répondre aux besoins tionnels. distance, production numérique…). Il fau-
et aux désirs de mobilité de très nombreux À terme, la carrière dans chaque corps drait également entamer une réflexion et
enseignants-chercheurs. Leur situation est devrait être parcourue linéairement, sans construire des mandats sur la propriété intel-
génératrice de souffrance au travail. Des barrage de classe. lectuelle et la marchandisation des savoirs. 왘왘
propositions sont à travailler, les pistes sui- Notre syndicat s’oppose à la gestion locale
vantes ayant été esquissées : Pour un traitement plus
égalitaire des personnels.
• mouvement de mutation distinct en amont
de celui des recrutements ;
• procédure d’appel au Cneser à la suite
d’un refus de mutation ;
• définition de quotas de postes dédiés à
la mutation ;
• réorganiser des échanges de postes sous
contrôle du Cneser ;
• espace sur notre site Web dédié aux col-
lègues souhaitant muter, afin de les aider
et rendre visible les besoins.

➌ Revalorisation de
nos métiers et carrières
Elle doit aller bien au-delà des mesures du
protocole PPCR qui, en particulier, n’assure
pas la reconnaissance du doctorat. Les ensei-
gnants-chercheurs et enseignants du supé-

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왘왘 ➎ La recherche : une mission et un droit
COMMISSION
DOSSIER
DOSSIER
Le SNESUP réaffirme le caractère fonda-
mental du droit à la recherche. Il dénonce
T HÈME 1 V
les politiques dites « d’excellence » qui exa-
cerbent la concurrence et conduisent à l’ex-
clusion. Pour que chaque enseignant-cher-
Accéder et réussir en licence
cheur puisse exercer sa mission de
recherche et contribuer à la diffusion des ‘ Animation : Pierre Chantelot et Nicolas Gregori
résultats, il doit disposer de moyens et de
conditions de travail favorables. Cela sup- Le SNESUP réaffirme sa vision d’une université visant
pose des crédits récurrents suffisants. Un l’émancipation intellectuelle des étudiant.e.s.
travail intersectoriel devrait permettre de
préciser des conditions de mise en œuvre
Dans un monde de plus en plus complexe, un nombre
effective du droit à appartenir à une équipe croissant de citoyen.ne.s doivent avoir accès aux études
et de disposer des infrastructures d’une
supérieures et à une qualification nationalement
structure de recherche.
reconnue.
➏ Santé au travail et CHSCT
La spécialité de médecine du travail doit
être réhabilitée et revalorisée, et un corps
de médecins du travail créé. Nous devons
L es fonctions et finalités de la licence sont
actuellement attaquées ainsi que les liens
avec l’enseignement secondaire et avec le
La rentrée universitaire 2016 a encore été
très difficile après une hausse de la démo-
graphie étudiante sur trois années de
faire connaître auprès des collègues le rôle master. Les projets en cours du gouverne- 100 000 étudiants supplémentaires dans un
crucial des CHSCT. ment dessinent une licence dont les objectifs contexte de restriction budgétaire globale.
Nos représentants dans les CHSCT se heur- deviennent opposés, l’un visant l’insertion Les conditions ne sont pas réunies pour réus-
tent dans leur action aux entraves mises professionnelle immédiate, l’autre des pour- sir l’accueil des étudiant.e.s. Des inégalités
par l’administration, alors même que les suites d’études. de dotations très importantes subsistent entre
conditions de santé et de sécurité se dégra- Le SNESUP réaffirme son opposition ferme établissements d’enseignement supérieur.
dent et que la souffrance au travail devient à toute forme de sélection à l’entrée en Celles-ci ont même été renforcées par les
endémique. licence. Il défend la valeur de tous les financements extrabudgétaires des PIA.
diplômes, du baccalauréat au doctorat. Le
t baccalauréat, qu’il soit général, professionnel ➋ Favoriser la réussite
ou technologique, doit permettre à tous ses de tous les publics
À terme, la carrière dans
détenteurs de poursuivre des études supé- Comme tout diplôme universitaire, la licence
chaque corps devrait être rieures dans des conditions d’accueil dignes doit être adossée à la recherche, donner du
parcourue linéairement, du service public. sens aux savoirs, permettre d’intégrer
connaissances et compétences. Désormais
sans barrage de classe.
➊ Les moyens c’est toute la formation universitaire qui fait
s C’est une responsabilité nationale que de l’objet d’appels à projets via le programme
permettre à la jeunesse, et à l’ensemble de de financement PIA3. Les « nouveaux cursus
Les établissements refusent souvent d’ac- la société, de poursuivre des études à tous
corder les autorisations d’absence auxquelles les niveaux et tous les grades universitaires. Le SNESUP est fermement
ont droit les membres des CHSCT, qui de opposé à toute forme
plus sont très insuffisantes. Le ministère de sélection à l’entrée en licence.
doit revenir sur son refus de reconnaître
l’existence de risques particuliers dans l’ESR,
pour ouvrir l’accès au barème majoré d’au-
torisations d’absence.
Devant la fréquence des refus des expertises
agréées demandées par le CHSCT, il faut
œuvrer pour que s’applique dans la fonction
publique le principe posé par le Code du
travail selon lequel c’est l’employeur qui
s’adresse au tribunal s’il conteste la décision
du CHSCT.
Il faut exiger le respect par les employeurs
de l’obligation de formation des membres
des CHSCT. Le SNESUP organisera des
stages de formation, comme le prévoit la
nouvelle réglementation, dans le cadre du
centre de formation de la FSU. Il est indis-
pensable de préparer la relève de nos repré-
sentants en vue des élections profession-
nelles de 2018. l

MENSUEL D’INFORMATION DU SYNDICAT NATIONAL le snesup DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR - N ˚ 657 SEPTEMBRE 2017

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DOSSIER
DOSSIER
Ouvrir largement l’accès
aux études supérieures,
un choix politique.

à l’université » et les écoles universitaires de quand les effectifs se massifient et se trouve ment et soutenus par le ministère de l’En-
recherche (EUR) poursuivent le mouvement alors associée à des mesures d’augmentation seignement supérieur, de la Recherche et
de rupture entre licence et master. des frais d’inscription. de l’Innovation (MESRI).
Le baccalauréat doit demeurer un diplôme • Elle est discriminatoire car ce sont les
national et la licence un diplôme accessible catégories socioprofessionnelles défavorisées ➍ Pour le renforcement
sans prérequis. La réussite étudiante est alors qui la subissent le plus. des articulations lycée-
un enjeu majeur qui peut emprunter des • Elle est un outil de gestion de la pénurie enseignement supérieur
chemins variés et complexes. Voici les pro- des moyens et de mise en concurrence des L’entrée dans l’enseignement supérieur
positions pour la favoriser : établissements, des formations et des étu- implique pour les nouveaux bacheliers des
• assurer la formation initiale et continue diant.e.s. ruptures à deux niveaux : sur les ensei-
des enseignant.e.s du supérieur, en associant • À travers les prérequis, elle promeut une gnements et sur les méthodes de travail. Il
les ÉSPÉ ; vision marchande des est alors primordial de les
• recenser les diverses expériences de réus- diplômes, ce qui les déva- accompagner pour per-
site mises en place dans les établissements ; lorisent. t mettre à chacun.e de
• disposer des moyens nécessaires en per- • Elle s’accompagne de la Comme tout diplôme construire son parcours
sonnels et en matériels ; mise en place de capacités de formation pour sa
universitaire, la licence
• diversifier les méthodes pédagogiques sans d’accueil auxquelles le réussite.
tomber dans l’imposition de « bonnes pra- SNESUP s’oppose en doit être adossée à Pour le SNESUP-FSU,
tiques » en matière de pédagogie dite « inno- licence comme en master. la recherche, donner toutes/tous les étudiant.e.s
vante » ou en termes de recours aux tech- Lutter contre la sélection du sens aux savoirs, sont capables de réussir
nologies numériques ; et pour des pédagogies des études supérieures à
• réaliser une orientation efficace, construite adaptées aux différents
permettre d’intégrer condition que les moyens
sur le long terme, à la fois pré-bac et post- publics, c’est offrir des connaissances et soient réunis. Qu’ils soient
bac, avec des possibilités de passerelles entre alternatives avec un choix compétences. issus de filières générales,
filières. de mentions et de par- technologiques ou profes-
cours dès la L1 aux étu- s sionnelles, les
➌ Accès à l’université diant.e.s, qu’elles/ils bachelier/ière.s doivent
Les propositions de ceux qui prônent la limi- soient en formation initiale ou en reprise pouvoir réussir dans l’enseignement supé-
tation de l’accès en première année de for- d’études. C’est aussi favoriser des passe- rieur. S’engager dans une politique de
mation post-bac reposent sur deux types de relles à proximité de leur domicile si contrats ou de prérequis permettra-t-il de
justifications : les contraintes en termes de elles/ils viennent de STS ou d’IUT et des faire face à l’augmentation continue du
locaux, d’équipements, de personnels ensei- mécanismes d’aides aux jeunes : APL, aide nombre d’étudiant.e.s ? La réponse est non !
gnants, qui s’expriment en « capacités d’ac- aux dépenses de transport et surtout allo- Ouvrir largement l’accès aux études supé-
cueil » ; l’adéquation du cursus antérieur cation d’autonomie. En attendant, il faut rieures et avoir pour objectif une augmen-
et/ou des acquis effectifs à la formation sol- accroître le nombre de bourses et leurs tation importante du taux de diplômé.e.s
licitée, qui s’exprime en termes de « prére- taux en tendant vers une véritable politique au plus haut niveau possible de qualification
quis » ou de « niveaux ». Nous le redisons d’accompagnement financier de toutes/tous sont des choix politiques que la société
avec force : la sélection n’est pas une solution les étudiant.e.s. Les dispositifs d’accompa- doit faire, que les établissements doivent
acceptable. gnement financier en début de licence doi- accompagner et que l’État doit financer. l
• Historiquement, elle se pose toujours vent être inscrits dans le projet d’établisse-

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La formation des enseignants (FDE)
DOSSIER
DOSSIER

‘ Animation : le collectif FDE


Le collectif FDE rassemble des militant.e.s de statuts différents (enseignant.e.s-
chercheur/euse.s, enseignant.e.s de statuts 1er et 2nd degrés, ÉSPÉ et composantes
universitaires). Cette diversité des points de vue et des parcours permet une intelligence
collective des problèmes pour agir puisque, comme le dit joliment Paul Valéry :
« Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie. »

E n cette année d’élection présidentielle


2017, nous tenons d’abord à réaffirmer
notre attachement au recrutement des ensei-
(EN), dont la vision est à la fois normalisée
et idéalisée (ce qui valorise la formation par
mimétisme), et le pilotage par l’université
Propositions de mandat
Le SNESUP est favorable à la promotion des
équipes plurielles au sein des ÉSPÉ pour la
gnants par concours articulé à une formation fondé sur les savoirs et une étude du métier, formation des enseignants mais s’oppose au
des enseignants universitaire et profession- qui l’objective et l’interroge selon plusieurs principe de substituabilité entre tous les
nelle. Outre le bilan du quinquennat écoulé, perspectives. acteurs de la formation, dont l’une des consé-
nous présentons les perspectives dans un En articulant bilan du quinquennat (cf. syn- quences est le non-remplacement des départs
contexte politique et social qui risque de se thèse dans le supplément congrès du men- à la retraite de titulaires. Travailler en équipe
dégrader avec l’accentuation des politiques suel n° 653, mars 2017) et perspectives de ne signifie en aucun cas une capacité systé-
de « libéralisation » de l’enseignement supé- réflexion et d’action, nous affirmons que : matique à remplacer les collègues de
rieur et de la recherche (ESR). • au sein des universités, les ÉSPÉ doivent l’équipe. Ces formateurs ont des compétences
recevoir des moyens qualitatifs et quantitatifs propres, qu’il faut respecter et valoriser,
Bilan du quinquennat accrus pour accomplir leurs tâches et en parce que c’est cette diversité qui contribue
concernant la FDE particulier l’encadrement de la recherche et à la formation.
Malgré des discours ministériels lénifiants, la capacité à la porter : budgets fléchés, auto- Le SNESUP s’oppose également à toute inté-
la FDE n’a pas été rétablie et l’entrée dans nomes, pérennes et postes nécessaires ; gration dans les maquettes de formation d’heures
le métier demeure problématique. Les condi- • le travail en équipes pluricatégorielles, dans lesquelles les étudiants et les stagiaires
tions de travail dans les ÉSPÉ se dégradent, auquel nous sommes favorables, est empêché sont en autonomie non accompagnée.
compliquées par des formes de privatisation par l’impréparation de sa mise en œuvre
larvées (appel à des asso- (cf. mandat ci-dessous). Perspectives de construction
ciations et institutions t La conception de cursus de nouveaux mandats
diverses), par la générali- longs amène à interroger Il s’agit de réfléchir sur des points « émer-
sation du recours à des Pour la promotion des notions comme la pré- gents » qui ne sont pas encore syndicalement
personnels non pérennes, des équipes plurielles professionnalisation ou la « couverts » (liste non limitative) :
mais aussi par les difficultés au sein des ÉSPÉ assurant polyvalence. La première • place de la FDE dans l’ESR et statut des
à faire reconnaître dans les doit être distinguée de la écoles dans les universités ;
la formation
services des enseignants simple découverte : obser- • continuum de formation en FDE (prépro-
toutes les activités de for- des enseignants ; ver, même avec un regard fessionnalisation, prérecrutement, T1-T2, for-
mation. Les textes ministé- contre le principe attentif et informé, ne per- mation continue des enseignants) ;
riels, déconnectés des met pas d’appréhender • modalités de travail pour la formation des
de substituabilité entre
conditions concrètes per- toutes les exigences théo- enseignants : place du numérique, pression
mettant leur mise en tous les acteurs riques, réflexives et pra- pour la mise en place de formations hybrides,
œuvre, entretiennent un de la formation. tiques des métiers de l’en- en particulier en non-présentiel, prescription
grand flou sur le rôle des
différents acteurs. Il est
s seignement. La seconde
pose la question de la pro-
à « l’innovation », évaluation et semestrialisa-
tion, spécificité de la recherche dans la FDE
nécessaire de se faire entendre au sujet de position de licences « spécifiques » pour les (Instituts Carnot de l’Éducation vs réactuali-
la conception de la formation, qui est tiraillée PE (« licences pluridisciplinaires » par rapport sation des dispositifs de recherche-action).
aujourd’hui entre le pilotage par l’employeur auxquelles nous avons des réserves). Le temps de travail commun avec le secteur
Formations supérieures a mis en lumière des
préoccupations communes sur certains des
objets précédents et la possibilité d’un travail
conjoint. A notamment émergé la question
de la formation des enseignants du supérieur
(qui ne sont pas seulement les EC) et des
© Lektz/Wikimedia CCBY-SA 4.0

doctorants, pour laquelle nous avons décidé


d’organiser une journée de travail à l’automne
afin d’échanger sur ces questions et préparer
ensemble une journée de séminaire. l

L’ÉSPÉ de Bretagne, à Rennes.

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DOSSIER
DOSSIER
Composition basée sur le résultat des votes d’orientation
sur les motions d’orientation soumises au vote des adhérents
• Action syndicale (AS) : 48,02 % Lyon-I, professeure, AS) • Godet Jean-Luc (physique, Angers, MCF,
• École émancipée - Pour un syndicalisme offensif ÉÉ-PSO) • Gregori Nicolas (psychologie, Lorraine, MCF, ÉÉ-PSO)
(ÉÉ-PSO) : 30,38 % • Haiech Jacques (biotechnologie, Strasbourg, professeur, ÉÉ-PSO)
• Agir ! (Ag) : 15,66 % • Helbert David (électronique-génie électrique, Poitiers, MCF, Ag)
• Émancipation (Ém) : 3,18 % • Hus Philippe (énergétique-génie des procédés, Littoral, MCF, ÉÉ-
• Pour un syndicalisme de lutte (PSL) : 2,75 % PSO) • Jaubert Martine (sciences du langage-linguistique, ÉSPÉ,
Bordeaux, professeure, AS) • Langlois Pierre (génie électrique-
Secrétaire général : Christofol Hervé (génie mécanique, Angers,
MCF, AS) électronique-photonique et systèmes, Caen, MCF, Ag) • Laschon
Gilles (physique, IUT, Orsay, PRAG, AS) • Lauton Michelle (mathé-
Trésorier national : Champesme Marc (informatique, Paris-XIII, AS)
matiques, Paris-XI, MCF, AS) • Lelourec Hervé (mathématiques,
Secrétariat national, composé du secrétaire général,
Nantes, PRAG, AS) • Leredde Yann (structure et évolution de la
du trésorier et de :
Terre et des autres planètes, Montpellier-II, MCF, ÉÉ-PSO) • Lescure
Bellosta-Tourtier Marie-Jo (informatique, Paris-IX, MCF, AS) • Bornais
(de) Emmanuel (sciences de l’éducation, Paris-V, MCF, AS) • Levené-
Claire (mathématiques, Lille-I, PRAG, ÉÉ-PSO) • Champesme Marc
Coucke Thérèse (sciences de l’éducation, Lille-I, MCF, ÉÉ-PSO)
(informatique, Paris-XIII, MCF, AS) • Chantelot Pierre (génie méca-
• Luciani Isabelle (lettres-langues-sciences humaines, Aix-Marseille,
nique, Marne-la-Vallée, PRAG, AS) • Christofol Hervé (génie méca-
MCF, AS) • Lueken Konstanze (biochimie, Toulouse-II, PRCE, PSL)
nique, Angers, MCF, AS) • Coret Muriel (sciences du langage,
Poitiers, MCF, AS) • Lambert Xavier (arts plastiques-design, Tou- • Mahé Gaël (informatique, Paris-V, MCF, AS) • Mary Trojani Cécile
(langues et littératures romanes, Toulouse-II, MCF, AS) • Mauriat
louse-II, professeur, Ag) • Lebrun Nathalie (milieux denses et maté-
Caroline (électronique, Aix-Marseille, MCF, AS) • Mecquenem (de)
riaux, Lille-I, MCF, ÉÉ-PSO) • Maillard Pascal (lettres, Strasbourg,
Isabelle (philosophie, Reims, PRAG, AS) • Nef Annliese (histoire
PRAG, ÉÉ-PSO) • Pébarthe Christophe (histoire grecque, Bordeaux
médiévale, Paris-I, MCF, ÉÉ-PSO) • Niguès Emmanuelle (documen-
Montaigne, MCF, ÉÉ-PSO) • Roger y Pascual Anne (EPS, Lyon-I,
tation, Paris-XII, PRCE, AS) • Occelli Corbin Sidoine (économie-
MCF, AS) • Tollet Gérard (génie électrique,  Paris-XII, PRCE, Ag)
gestion, Paris-XI, PRAG, AS) • Rasseneur Laurence (Staps, Stras-
• Valero Alet (espagnol, Toulouse-II, professeur, AS) • Voilliot bourg, MCF, ÉÉ-PSO) • Rivière Françoise (droit-sciences
Christophe (science politique, Paris-Nanterre, MCF, ÉÉ-PSO)
économiques-AES, Pau, PRAG, Ag) • Rivoire Julien (sociologie,
Bureau national, composé des membres du SN et de : Paris-XIII, PRCE, ÉÉ-PSO) • Salardaine Françoise (lettres, Poitiers,
Armand Edwige (architecture-arts appliqués, Toulouse-II, docto- PRCE, AS) • Sandeau Nicolas (physique-chimie, École centrale de
rante, Ag) • Aubry Philippe (informatique, Paris-VI, MCF, AS) • Car- Marseille, MCF, AS) • Schettino Maria Teresa (histoire-civilisations-
nus Marie-France (sciences de l’éducation, Staps, Toulouse-II, pro- archéologie et art des mondes anciens, Mulhouse, professeure,
fesseure, PSL) • Charvin Heidi (psychologie, Rouen, MCF, ÉÉ-PSO) • Ag) • Suremain (de) Marie-Albane (histoire et civilisations, ÉSPÉ,
Delepouve Marc (mathématiques, Lille-I, PRAG, AS) • Enclos Philippe Créteil, MCF, ÉÉ-PSO) • Tahani Najat (génie mécanique, Le Mans,
(droit, Lille-II, MCF, ÉÉ-PSO) • Freitas Antonio (informatique, Cler- MCF, AS) • Tassel Stéphane (génie mécanique, Marne-la-Vallée,
mont-Ferrand, MCF, Ag) • Maric Michel (sciences économiques, PRAG, AS) • Terreau Corinne (mathématiques, Dijon, PRAG, Ag)
Reims, MCF, AS) • Papa Françoise (sciences de l’information et de • Tétard Florent (chimie, Paris-XIII, MCF, AS) • Voisin Marie-José
la communication, Grenoble-III, MCF, AS) (économie, Paris-VII, MCF, ÉÉ-PSO) • Vuylsteker Christophe (biologie,
Lille-I, MCF, ÉÉ-PSO) • Zidi Mustapha (génie mécanique, Paris-XII,
Commission administrative, composée des membres du SN,
professeur, AS) • Zimmer Alexandre (chimie, Dijon, MCF, AS)
du BN et de :
Amiri Bassir (histoire, Besançon, MCF, AS) • Artaud Michèle (mathé- Commission des finances
matiques, ÉSPÉ, Aix-Marseille, MCF, AS) • Bepoix Sylvie (histoire, Ardonceau Pierre (mathématiques, Pau, MCF, ÉÉ-PSO)
Besançon, PRAG, AS) • Berche Pierre-Emmanuel (milieux denses • Banliat Christian (gestion, Lyon-III, assistant agrégé, ÉÉ-PSO)
et matériaux, Rouen, MCF, ÉÉ-PSO) • Bruno Isabelle (science poli- • Chaulet Rudy (langues et littératures étrangères, Besançon,
tique, Lille-II, MCF, ÉÉ-PSO) • Canteloube (de) Hélène (lettres- MCF, Ag) • Deauvieau Jérôme (sociologie-démographie, UVSQ,
langues-sciences humaines, ÉSPÉ, Nantes, PRCE, ÉÉ-PSO) • Carpentier MCF, AS) • Deknuydt Bernard (sciences de l’information et de la
Michel (mathématiques, Paris-VI, MCF, ÉÉ-PSO) • Charbonnier Vin- communication, Montpellier-III, PRCE, PSL) • Kahane Claudine
cent (sciences de l’éducation et philosophie, Lyon-II et ENS Lyon, (astrophysique, UJF Grenoble, professeur, AS) • Lainé Jean-Paul
chargé  d’enseignement, ÉÉ-PSO) • Claustre-Mayade Julie (his- (chimie, Rouen, MCF, AS)
toire-histoire de l’art-sociologie-philosophie, Paris-I, MCF, Ag) Commission des conflits
• David Marie (ÉSPÉ Nantes, PRAG, ÉÉ-PSO) • Doublet Philippe Berche Pierre-Emmanuel (milieux denses et  matériaux, Rouen,
(physique, IUT, Orsay, PRAG, Ag) • Duprat Christine (chimie, Tou- MCF, ÉÉ-PSO) • Boutan Pierre (sciences du langage, ÉSPÉ, Montpellier,
louse-III, MCF, AS) • Dutheil Lionel (génie mécanique, Marne-la- MCF, AS) • Canu Jean-Marie (SES, Rouen, PRCE, ÉÉ-PSO) • Cottrell
Vallée, PRAG, AS) • Fabbri Jean (mathématiques, Tours, MCF, Ag) Marie (mathématiques appliquées, Paris-I, professeure, AS) • Deville
• Fasquelle Didier (électronique, Littoral, professeur, AS) • Favier Cavellin Catherine (physique, Paris-XII, professeure, AS) • Malifaud
Laurence (communication, Lille-III, professeure, AS) • Fort Karën Jean  (mathématiques, Paris-VII, MCF, ÉÉ-PSO) • Mesliand Anne
(informatique, Paris-IV, MCF, ÉÉ-PSO) • Garcenot Yann (anglais, (lettres,  Aix-Marseille, PRCE, AS) •  Pittia Sylvie (histoire, Paris-I,
Aix-Marseille, PRCE, AS) • Ghodous-Shariat Parisa (informatique, professeure, Ag) • Policar Alain (SES, Limoges, PRAG, AS)

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L ÉGISLATION
MÉTIER
MÉTIER

La circulaire du 9 mai 2017


portant sur la « protection fonctionnelle
en cas d’action en diffamation »(1)
‘ par Philippe Enclos , membre du Bureau national, cellule juridique
En signant une simple circulaire portant sur la « protection fonctionnelle en cas
d’action en diffamation », le secrétaire d’État en charge de l’Enseignement
supérieur et de la Recherche Thierry Mandon a fait la preuve du peu d’intérêt
qu’il porte à la protection des agents de la fonction publique en cas
de « procédures baillons ».
l importe de rappeler que gueur en matière de protec-
Ilaires
la seule fonction des circu-
est d’expliciter des dis-
tion fonctionnelle, mettant
ainsi à jour et appliquant à
positions législatives ou ré- l’ESR la teneur de la (seule)
glementaires : elles sont, par circulaire antérieure à ce su-
définition, dépourvues de jet, produite le 5 mai 2008
toute portée normative. Elles par le ministère du Budget,
sont illégales si elles modi- des Comptes publics et de la
fient, suppriment ou ajou- Fonction publique. Elle cite,
tent des règles et sont im- ainsi, la plupart des décisions
pératives. En sus, elles ne rendues par le Conseil d’État
sont applicables, et oppo- depuis 2009, et intègre les
sables à l’administration, que modifications apportées à

© Lake Crimson/Flickr
si elles ont fait l’objet d’une l’article 11 de la loi du
publication sur le site : 13 juillet 1983 par la loi
circulaires.legifrance.gouv.fr. n° 2016-483 du 20 avril 2016
Ce n’est pas le cas de celle-ci, sur la déontologie des fonc-
ce qui constitue un premier tionnaires, ainsi que par le
indicateur de la faiblesse de décret n° 2017-97 du 26 jan-
l’intérêt qu’a porté le secré- ou un chercheur fait l’objet conditions fixées par le code vier 2017 relatif à la prise en
taire d’État Thierry Mandon d’une action mettant en cau- de justice administrative, no- charge par l’administration
au problème dit des « procé- se l’exercice de la liberté d’ex- tamment son livre V. de frais exposés par un agent
dures bâillons », alors même pression dans le cadre de ses Un décret en Conseil d’État à l’occasion de procès civils
que, saisi par la CPU, il avait fonctions, la collectivité pu- fixe les modalités d’applica- ou pénaux.
nommé une commission à ce blique prend immédiatement tion du présent VIII. » Mais on reste fort frustré de
sujet. en charge, au titre de la pro- Aucun projet de loi ne ne rien lire de spécifique à la
L’expression désigne des tection, les frais exposés dans semble avoir été seulement protection fonctionnelle des
plaintes, généralement en dif- le cadre d’instances civiles ou envisagé : le secrétaire d’État chercheurs et enseignants-
famation(2), déposées contre pénales. a, manifestement, mis de cô- chercheurs victimes de « pro-
des collègues à la suite de Cette prise en charge est ac- té cette série de propositions, cédures bâillons » : force est
publications de travaux scien- cordée, à la demande de l’in- lesquelles présentaient, pour- d’en conclure que, pour le
tifiques dans des revues aca- téressé, par une autorisation tant, l’intérêt de consolider secrétaire d’État, ces dernières
démiques, voire dans la pres- tacite à la naissance de la- l’arsenal juridique, et a jugé ne constituent pas des situa-
se généraliste, et ayant pour quelle la collectivité publique qu’une circulaire suffisait. tions nécessitant des recom-
but ou effet d’attenter à leur ne peut s’opposer et qu’elle ne Après plusieurs pages d’étu- mandations particulières, et
liberté d’expression. peut retirer. de juridique générale de la que les règles ordinaires re-
La commission, composée de latives à la protection fonc-
t
trois professeurs de droit, tionnelle suffisent.
dont son président Denis Ma- La CPU, fortement sollicitée
zeaud, d’un professeur de Pour le secrétaire d’État, les « procédures par la « commission Ma-
science politique et de la zeaud », poursuivra-t-elle ses
PDG du groupe Lextenso, bâillons » ne constituent pas des situations pressions auprès du ministè-
spécialisé dans l’édition juri- re pour obtenir des modifi-
dique, avait remis son rap- nécessitant des recommandations particulières. cations législatives ? Voilà du
port le 20 avril. Il proposait lobbying qui serait utile… l
une série de mesures législa- s
tives tendant à renforcer le
droit définissant et sanction- Le montant des sommes prises protection fonctionnelle (1) À lire sur le site du SNESUP-
puis de la diffamation, la FSU, rubrique « Outils juri-
nant les diffamations et in- en charge est fixé forfaitai-
diques ».
jures (Codes civil et de pro- rement par voie de décret. circulaire expose de maniè- (2) Allégation ou imputation
cédure civile, pénal et de Il constitue une avance sur les re détaillée les modalités de d’un fait portant atteinte à l’hon-
procédure pénale ; loi sur la frais totaux qui auront dû mise en œuvre de la pro- neur ou à la considération de la
liberté de la presse du être exposés, dont la prise en tection fonctionnelle, selon personne (loi du 29/7/1881 sur
29/7/1881). charge sera assurée dans les la loi et la jurisprudence ad- la liberté de la presse). Publique,
Il suggérait, notamment, cet conditions prévues au VII du ministrative. elle est sanctionnée, dans le cas
ajout à l’article 11 de la loi du présent article. Cette étude est intéressante général, par une amende de
13 juillet 1983 relatif à la pro- L’autorisation tacite est sus- en ce qu’elle présente, de 12 000 euros maximum ; non
tection fonctionnelle : « Lors- ceptible de recours devant le manière complète, précise et publique, par une amende de
qu’un enseignant-chercheur juge administratif, dans les documentée, le droit en vi- 38 euros maximum.

MENSUEL D’INFORMATION DU SYNDICAT NATIONAL le snesup DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR - N ˚ 657 SEPTEMBRE 2017

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E NSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

UNIVERSITAIRES
MONDES UNIVERSITAIRES
Toujours plus d’étudiant.e.s, toujours plus
de diplômes mais moins d’enseignant.e.s ?
‘ par Mary David , ÉSPÉ de Nantes, avec la collaboration de Vincent Charbonnier
Les effectifs étudiants ne cessent d’augmenter depuis presque une décennie,
tandis que le nombre d’enseignant.e.s baisse année après année, mettant
à mal les conditions de travail des personnels tout autant que la réussite
des étudiant.e.s.

O n observe depuis maintenant huit


ans une croissance rapide et conti-
nue des effectifs étudiants. À la rentrée
À la rentrée 2016, l’effectif
étudiant avait augmenté
de 1,8 % par rapport
à l’année précédente.
2016, on compte 2 609 700 inscrit.e.s
dans l’enseignement supérieur en France
métropolitaine et dans les DOM, soit
une augmentation de 1,8 % par rapport
à l’année précédente. C’est la huitième

© Gosset Nicolas/Flickr
année consécutive de hausse des effec-
tifs pour l’ensemble de l’enseignement
supérieur qui fait suite à une période
de stagnation, voire de diminution des
effectifs, après la seconde et forte mas-
sification (1981-1995), période durant concurrence entre les formations pour spécialités de licence, elle ne doit pas
laquelle le nombre d’étudiant.e.s a plus capter la « clientèle » étudiante. Cette masquer le fait que « la grande nou-
que doublé, passant de 1 à 2,2 millions. concurrence s’exerce entre établisse- veauté de l’université des années 2000
Par contraste, entre 2000 et 2010, le ments publics et privés, mais aussi entre est désormais de faire cohabiter des
nombre d’étudiant.e.s n’a augmenté formations publiques et, dans les uni- bacheliers généraux aux niveaux sco-
« que » de 7 %. L’accroissement des effec- versités, entre et au sein des unités de laires différents dans des filières iden-
tifs s’explique principalement par deux formation. Plus finement, les filières tiques » (Hugrée, 2015, p. 56)(*).
facteurs : la hausse des aspirations des scientifiques ont été fortement et pré- Les deux dernières massifications de
jeunes et de leurs familles cocement touchées par l’enseignement supérieur (1980-1995 et
à poursuivre des études, t la baisse des effectifs, depuis 2010) ont conduit à ce que la
et l’augmentation des Si l’enseignement dès le milieu des part des diplômé.e.s du supérieur aug-

MONDES
naissances dès la fin des années 1990, alors que mente fortement puisque plus d’un tiers
supérieur est loin d’être
années 1990. Mais cette celles de sciences des élèves entrés en sixième en 1995 a
hausse des effectifs encore réellement humaines ont été davan- obtenu un diplôme supérieur ou égal à
étudiants ne s’est pas démocratisé, l’accès tage « épargnées », bac+3, que 44 % des jeunes sortis de
accompagnée d’une au diplôme et aux notamment parce que formation initiale entre 2012 et 2014
hausse du nombre des les bachelier/ère.s tech- étaient diplômés du supérieur (RERS,
connaissances se
enseignant.e.s, puisque nologiques et profes- 2016). Cette part a augmenté de deux
celui-ci a reculé de 1,2 % généralise, et l’université sionnels ont « com- points par rapport à 2009-2011, ce qui
depuis 2010. y apporte une pensé » le départ des rapproche le nombre de diplômé.e.s des
Les étudiant.e.s, dont plus contribution décisive. autres bachelier/ère.s. objectifs politiques (50 %). Si l’ensei-
de la moitié (55,1 %) sont Ce sont les universités gnement supérieur est loin d’être encore
des femmes (en 2016), s qui sont particulièrement réellement démocratisé, l’accès au
sont très majoritairement inscrit.e.s dans concernées par l’actuelle hausse des diplôme et aux connaissances se géné-
des formations publiques (81,8 % en effectifs étudiants, après une période de ralise, et l’université y apporte une contri-
2016-2017). En 2016-2017, les enfants stagnation globale entre 2000 et 2012. bution décisive. l
de parents cadres et de professions intel- En 2016-2017, on dénombre 1 623 500
(*) Hugrée C., « De “bons” élèves ? Comment
lectuelles supérieures continuent d’être étudiant.e.s dans les universités, soit décroche-t-on une licence à l’université », Regards
surreprésentés (35 %), tandis que les 30 300 étudiant.e.s de plus que l’année croisés sur l’économie, n° 16, 2015, p. 51-68.
enfants d’ouvriers et d’employés sont précédente. Les bachelier/ère.s généraux Sources : ministère de l’Éducation nationale, de
sous-représentés (respectivement 12,5 % représentent 80 % des nouveaux bache- l’Enseignement supérieur et de la Recherche,
et 15 %). Le nombre d’étudiant.e.s étran- lier/ère.s entrant à l’université en 2015, Note d’information, 2016, n° 16.10, « Les effectifs
d’étudiants dans le supérieur en 2015-2016 en
gers augmente pour atteindre 12,4 % contre 15 et 5 % pour les bachelier/ère.s
forte progression, notamment à l’université » ;
des effectifs. technologiques et professionnels, toutes n° 16.11, « Les étudiants inscrits dans les univer-
Le fort ralentissement de la massification disciplines confondues. Bien que leur sités françaises en 2015-2016 » ; RERS, 2016
dans les années 2000 a accentué la présence soit significative dans certaines et 2017.

MENSUEL D’INFORMATION DU SYNDICAT NATIONAL le snesup DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR - N ˚ 657 SEPTEMBRE 2017
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CNRS
UNIVERSITAIRES
MONDES UNIVERSITAIRES

Troubles dans le recrutement


‘ par Christophe Pébarthe , secrétaire national, coresponsable du secteur Recherche
Retour critique sur les déclassements intervenus dans la campagne
de recrutement 2017 du CNRS.

L a campagne 2017 de recrutements de


chercheur/euse.s au CNRS a donné
lieu à des dysfonctionnements graves,
Le CNRS, à Paris.

suscitant un très fort mécontentement. chargé.e. de recherche


À l’initiative des membres élu.e.s SNESUP 2e classe (CR2), l’admis-
et SNCS de la section 36 (sociologie et sible classé premier est
droit), une pétition a recueilli plus de déclassé en première

© Celette/Wikimedia CC BY-SA 4.0


3 200 signatures. Parce qu’elle est révé- position sur liste complé-
latrice des évolutions en cours, c’est-à- mentaire. En section 39,
dire de la finalité poursuivie par les auto- le premier sur liste com-
proclamés professionnels de la réforme plémentaire intègre la liste
permanente de l’enseignement supérieur principale au détriment
et de la recherche, il importe de revenir de celle qui avait été pro-
sur cette affaire afin de mieux identifier posée (les quatre recrutés
les logiques qu’il s’agit de combattre. sont ainsi des hommes…). En section 40, demi-journée pour effacer le premier
de manière très surprenante, les premiers classement. À partir de quels critères ?
DU RECRUTEMENT AU CNRS résultats d’admissibilité ont été annulés Le directeur de l’Institut des sciences
Le recrutement des chercheur/euse.s au et un nouveau jury d’admissibilité a été humaines et sociales (InSHS) a justifié
CNRS se déroule en deux étapes. Les réuni. C’est toutefois en section 36 que le déclassement des quatre sociologues
différentes sections qui composent le l’intervention du jury d’admission a été en évoquant la bibliométrie et l’interna-
comité national auditionnent les candi- la plus massive puisque la tionalisation, soit selon lui
dat.e.s et proposent un classement. Mais, totalité de la proposition faite t les articles publiés en anglais
sur le modèle initialement proposé avec par le jury d’admissibilité Le jury d’admission dans des revues anglo-
l’instauration des comités de sélection pour les CR2 a été récusée. n’a eu besoin que saxonnes et l’obtention de
et depuis modifié par le Conseil d’État, Une liste de deux noms a contrats de recherche inter-
elles ne constituent que des jurys d’ad- remplacé celle de six noms
d’une demi-journée nationaux, alors même qu’un
missibilité, même si c’est lors de cette (liste principale composée pour effacer le des sociologues déclassés
première phase que l’évaluation des can- de deux sociologues et une premier classement. avait obtenu son Ph.D à
MONDES

New York (2) . Ces critères


s
didatures par les pairs est faite. Le jury juriste, et liste complémen-
d’admission, qui se réunit quelques mois taire) pour un concours où n’ont pourtant jamais été affi-
plus tard – un seul pour toutes les trois postes étaient ouverts ; tous les socio- chés comme tels au moment du
sciences humaines et sociales divisées logues, quatre au total, disparaissent du concours(3), ils interviennent a posteriori,
en neuf sections –, est composé de classement et sont remplacé.e.s par deux du fait de l’intervention de la direction
représentant.e.s de certaines sections, juristes ; aucune liste complémentaire n’a de l’InSHS. Une autre explication apparaît
d’autres chercheur/euse.s ou ensei- été proposée. À l’évidence, au-delà du aussi. Les thèses des quatre sociologues
gnant.e.s-chercheur/euse.s choisi.e.s par poste perdu, deux recrutés alors que trois élimin.é.es avaient pour point commun
la direction de l’institut correspondant, postes étaient ouverts, c’est bien une dis- de s’intéresser aux rapports sociaux et
la directrice ou le directeur dudit institut cipline que cette intervention semble aux inégalités… Bref, à des sujets que
et la directrice générale déléguée à la avoir voulu viser. certains qualifient de « gauchistes » !
science du CNRS. Si chaque année des Derrière ces déclassements, se cache
modifications étaient apportées aux pro- ESSAI D’ANALYSE donc bien le nouveau management de
positions des sections, leur nombre et Quatre sociologues dont trois membres la recherche en France. Menée par
leur importance ont atteint en 2017 un élu.e.s de la section 36 ont fourni une quelques prétendu.e.s expert.e.s, cette
niveau inédit. analyse détaillée de cette affaire qualifiée politique vise directement la collégialité
de « symptôme du management autori- et la diversité des approches en sciences
LES AFFAIRES ET « L’AFFAIRE » taire de la recherche en sciences sociales. Nul doute que le CNRS n’est
En section 32, un poste de directeur de sociales »(1). Y est en particulier rappelé pas seul concerné… l
recherche 2e classe (DR2) a été perdu à que le jury d’admissibilité s’était prononcé
la suite du déclassement du seul dossier à l’unanimité de ses dix-huit membres (1) zilsel.hypotheses.org/2857.
classé, une section pourtant particulière- (treize sociologues et cinq juristes), après (2) L’obtention d’un contrat ERC est à l’origine
du déclassement/reclassement dans la sec-
ment frappée par le non-renouvellement avoir examiné 218 dossiers, auditionné
tion 39.
des chercheur/euse.s partant à la retraite. 58 candidat.e.s sur cinq jours. Le jury (3) www.cnrs.fr/comitenational/doc/criteres/
En section 35, pour le concours de d’admission n’a eu besoin que d’une GuideCC_SECTION%2036_v6.pdf.

MENSUEL D’INFORMATION DU SYNDICAT NATIONAL le snesup DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR - N ˚ 657 SEPTEMBRE 2017

21
FMTS

INTERNATIONAL
INTERNATIONAL
➔ par Marc Delepouve ,
Une ouverture sur la Chine coresponsable du secteur International

Au mois de juillet dernier, la Fédération mondiale des travailleurs


scientifiques (FMTS) a reçu une délégation de la China Association for Science
and Technology (CAST), une instance qui joue le rôle d’interface entre les
chercheurs et les pouvoirs politiques et dont la mission est le développement,
la diffusion et la promotion de la culture scientifique et technique.

U ne délégation de la China Associa-


tion for Science and Technology
(CAST), membre de la Fédération mon-
Séance de travail dans
les locaux du SNESUP.
diale des travailleurs scientifiques
(FMTS), a rencontré la direction de cette
dernière, le 8 juillet dernier au siège du
SNESUP-FSU. Deux représentants de
notre syndicat et un de l’UGICT-CGT pour le rôle des
ont participé à la réunion où ils ont pré- syndicats fran-
senté le dialogue social en France dans çais dans la
le domaine de la recherche, tant dans le défense des
secteur public (SNESUP-FSU) que dans droits et condi-
le secteur privé (UGICT-CGT). tions de travail
© DR

Les représentants de la CAST ont pré- des collègues,


senté la nature, le fonctionnement et les économique et durable, et dans la réa- que ce soit au niveau des établissements
missions de leur organisation. La CAST lisation de projets à toutes les échelles. ou au niveau national. Cependant, il est
n’a pas d’équivalent en Europe. Elle Réciproquement, la CAST se doit de plus qu’évident que la CAST n’est pas un
fédère 207 sociétés savantes nationales, mettre en œuvre des politiques de syndicat, même si la défense des droits
les associations locales pour la science et recherche au service des projets poli- des collègues fait partie de ses missions.
la technologie de 3 141 cantons et tiques. Pour ce faire, la CAST possède La CAST est au cœur, si ce n’est le cœur,
presque 150 000 associations de base différents outils. En particulier, elle de la politique de recherche en Chine.
(au niveau d’entreprises, de villes, d’uni- constitue et finance des plates-formes Tout à la fois lieu de représentation des
versités…). C’est une interface entre les d’innovation, visant un objectif déter- collègues et organe d’évaluation, de
chercheurs et les pouvoirs politiques. miné, réunissant entreprises, universi- financement, de publication, de conseil
C’est aussi un instrument de dévelop- tés et institutions de recherche choisies et de mise en œuvre d’orientations défi-
pement de la recherche, avec en outre la sur la base d’évaluations et en fonction nies par les pouvoirs politiques, elle a
responsabilité de diffuser la culture et les de leur complémentarité dans la réali- joué un rôle de premier plan dans le
connaissances scientifiques et techniques sation du projet. développement fulgu-
dans la société. Lors du 9e congrès de la Diffuser la culture scien- t rant de la recherche en
CAST, en mai 2016, Xi Jinping, président tifique et technique, Chine depuis quinze
La China Association
de la République populaire de Chine, ainsi que susciter des ans, dont l’une des réa-
définissait les missions de la CAST en ces vocations de cher- for Science and Technology lisations est la première
termes : « La CAST et toutes ses branches cheurs, constituent un est au cœur, si ce n’est place mondiale
locales doivent servir les travailleurs des axe central de l’activité le cœur, de la politique conquise dans la pro-
sciences et techniques, promouvoir le de la CAST. C’est pour- duction de panneaux
de recherche en Chine.
développement tiré par l’innovation, par- quoi elle promeut le solaires et dans celle
ticiper à l’élévation des connaissances développement de s d’éoliennes.
scientifiques du peuple chinois, et assis- musées de la science, La FMTS tiendra les 6 et
ter les décisions de politique scientifique organise des caravanes de la science 7 décembre 2017 son assemblée géné-
prises par le PCC (Parti communiste chi- ainsi que la Journée nationale de la rale, à Dakar. La veille, le 5 décembre,
nois) et par le gouvernement. (…) La science, et tient le site China Science elle organisera un séminaire sur le thème
CAST doit unir l’ensemble des travailleurs Communication. Engagée dans l’inno- « Sciences et développement durable en
des sciences et technologies et les mener vation pour la promotion de la science, Afrique et pour l’Afrique ». La Chine est
à se dévouer aux causes de la science, de elle a mis en place des initiatives desti- de plus en plus engagée en Afrique et la
la technologie et de l’innovation. » nées aux adolescents et au développe- contribution de la CAST est particuliè-
La CAST joue un rôle d’aide et de conseil ment de jeunes talents de chercheurs. rement attendue. La participation de la
auprès du PCC et du gouvernement Enfin, la CAST possède plus de la moi- CAST à la FMTS revêt pour nos syndicats
national. Il joue aussi ce rôle auprès des tié des journaux scientifiques les mieux une importance majeure, d’autant plus
gouvernements provinciaux, auprès des classés de Chine. que la Chine, soit 20 % de l’humanité, est
préfectures, etc., avec en outre l’apport Le 6 juillet 2017, à Paris, les représentants absente de l’Internationale de l’éduca-
d’une expertise dans le développement de la CAST ont montré un vif intérêt tion (IE). l

MENSUEL D’INFORMATION DU SYNDICAT NATIONAL le snesup DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR - N ˚ 657 SEPTEMBRE 2017
fi 22
T URQUIE
INTERNATIONAL
INTERNATIONAL

Ne soyons pas complices des crimes


commis en Turquie ➔ Communiqué de presse , secteur international

L e 30 juin dernier, un comité interna-


tional a appelé dans le monde entier
à suspendre toute collaboration avec les
similaires, avec des universités françaises.
La liste des institutions concernées par ce
boycott est accessible sur le site :
quent plus que jamais nécessaire de sou-
tenir nos collègues menacés et persécu-
tés. Non content d’avoir limogé plusieurs
universités et les institutions turques de https://academicboycottofturkey. milliers d’universitaires, le gouvernement
l’ESR complices du mouvement de wordpress.com. d’Erdogan les empêche aujourd’hui de
répression qui frappe les universitaires et À plusieurs reprises, le SNESUP-FSU a retrouver du travail et leur confisque
les chercheurs de ce pays, et plus glo- attiré l’attention de ses syndiqué.e.s sur leurs passeports quand il ne les traduit
balement tous les intellectuels qui refu- l’ampleur des crimes commis en Tur- pas devant des tribunaux en vue de les
sent de faire allégeance au pouvoir d’État. quie et a appelé le gouvernement à emprisonner. Le boycott est une action à
Cet appel au boycott n’est pas global, il étendre le Programme d’aide à l’accueil la fois légitime et appropriée à cette
ne concerne que les institutions dont la en urgence des scientifiques en exil situation tragique. Depuis le début de la
collaboration à la répression est attestée (Pause). Dimanche 9 juillet, à Istanbul, un répression, 37 universitaires n’ont trouvé
et il exclut par conséquent les accords rassemblement de plusieurs dizaines de d’autre refuge que le suicide.
conçus pour faciliter et rendre possible milliers de manifestants a salué l’arrivée Le SNESUP-FSU appelle donc ses syn-
la mobilité étudiante et les candida- de la « marche pour la justice » qui avait diqués et l’ensemble des institutions de
tures d’universitaires de Turquie à des commencé le 15 juin dernier à Ankara, l’ESR à signer cet appel et à mettre en
postes d’enseignant-chercheur ou de montrant ainsi l’attachement à la démo- œuvre ce boycott partout où cela est
chercheur invités, ou des engagements cratie du peuple turc. Il est par consé- possible. l

U NIVERSITÉ D ’ ÉTÉ DES MOUVEMENTS SOCIAUX

Succès total pour Attac ➔ par Julien Rivoire , représentant du SNESUP-FSU au CA d’Attac France
À l’initiative du réseau des Attac d’Europe, la 3e université d’été
des mouvements sociaux s’est déroulée à Toulouse du 23 au 27 août. Deux mille
participant.e.s sont venu.e.s de toute l’Europe, soit le double de ce qui était
attendu, pour débattre, comprendre et construire les mobilisations à venir.

F inance, enjeux migratoires et écologie,


trois questions qui agitent les mou-
vements sociaux européens ces der-
La résistance à
la marchandisation
s’organise.
nières années, ont été au cœur des sémi-
naires et autres forums. Mais les débats
autour de la question du travail ont éga-
lement connu un succès inattendu. Ate-
liers de présentation de la campagne
Emplois-Climat, à l’initiative de la FSU et
d’autres composantes de la plate-forme(1),
© Attac France

forum sur l’avenir du travail à l’heure


d’Uber, de l’automatisation et de l’émer-
gence de l’intelligence artificielle, ou
encore ateliers de formation sur la loi tra- laboration avec le collectif Acides(2). Hugo actuel l’occasion de remettre au goût du
vail : les salles étaient à chaque fois Harari-Kermadec, économiste et membre jour le projet de sélection à l’entrée des
combles, avec une présence significative du collectif, a analysé et déconstruit les universités. Le débat a enfin permis
de jeunes. L’université d’été a également arguments libéraux présentant comme d’échanger sur les enseignements à tirer
été l’occasion de renouer avec les tradi- une panacée la sélection à l’université et des résistances à la marchandisation de
tions de l’éducation populaire en pro- l’augmentation des frais d’inscription. l’enseignement supérieur dans de nom-
posant des formations pratiques, des Claire Bornais, du SNESUP-FSU, a insisté breux pays depuis 2010. l
préparations d’actions de désobéissance sur la situation actuelle, alors que le désin-
civile et autres conférences gesticulées. vestissement progressif de l’État français au (1) emplois-climat.fr.
Le SNESUP-FSU a également animé un profit de « l’autonomie » des universités (2) Acides (Approches critiques et interdisci-
atelier sur les enjeux de la marchandisa- laisse de nombreux bachelier/ère.s sans plinaires des dynamiques de l’enseignement
tion de l’enseignement supérieur en col- affectation, donnant au gouvernement supérieur) acides.hypotheses.org.

MENSUEL D’INFORMATION DU SYNDICAT NATIONAL le snesup DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR - N ˚ 657 SEPTEMBRE 2017