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JNGG 2002, 8 et 9 octobre 2002, Nancy 1

ROTATION DES CONTRAINTES AUPRES DES OUVRAGES

REIFFSTECK Philippe 1, NASREDDINE Khaldoun 1

1
Laboratoire Central des Ponts et Chaussées, 75732 Paris cedex 15, philippe.reiffsteck@lcpc.fr,
khaldoun.nasreddine@lcpc.fr

RÉSUMÉ : L’objet de cet article est de proposer quelques réponses aux interrogations que peuvent générer
les observations faites expérimentalement et numériquement sur la variation de l’angle de frottement avec
la rotation des contraintes. Cet article présente les conséquences de cette variation sur l’estimation de la
sécurité des ouvrages, dans le cadre de la pratique de l’ingénieur. On montrera qu’à ce phénomène se
superposent lors de la modélisation 2D ou 3D, les écarts dus à l’absence de prise en compte de la
contrainte principale intermédiaire lors de l’expression des critères de plasticité en 2D. Après avoir illustré
l’influence sur l’atteinte de la plasticité pour quelques critères usuels, on proposera le type de modèle qu’il
est possible de construire pour prendre en compte ce phénomène. Finalement, nous étudierons le
phénomène pour un ouvrage de type fondation. La comparaison des modèles adaptés avec les chemins de
contrainte observés lors des modélisations d’ouvrages, nous permettra de tirer des conclusions sur la
sécurité réelle de ceux-ci.
MOTS-CLEFS : rotation des contraintes, modélisation, ouvrages

ABSTRACT : In this paper, we try to study the variation of the angle of friction of the soils with the rotation
of stress. This could lead us to give some answers to the interrogations that are risen while studying this
phenomenon experimentally and numerically. This article presents the consequences of this variation on
the estimation of the safety of the structures in engineering practice. We show that 2D and 3D numerical
models will confirm the lack of precision due to not taking into consideration the intermediate principal
stress in the expression of the plasticity criteria. We also compare the answers of some classical soil
behaviour laws and propose a simple model able to take into account the rotation of principal stress.
Finally, we study the phenomenon for a foundation. The comparison of the adapted models with the
different stress paths will enable us to draw some conclusions on the real safety of urban constructions.

KEYWORDS: rotation of stress, finite elements models, structures

1. Influence de l’anisotropie et de la rotation des contraintes sur le comportement des sols

Par leur mode de fabrication, influencé par le champ gravitationnel, les sols ont dans la nature
comme en laboratoire une structure anisotrope. Cette anisotropie est conditionnée par la forme des
particules, les relations inter-particules, l’hétérogénéité du sol ainsi que l’effet des sollicitations
quelconques liées à la morphogenèse ou à l’action de l’homme comme la construction d'ouvrages,
qui peuvent provoquer des glissements relatifs des grains ou une rotation des axes principaux des
contraintes.
Pour juger l’influence de cette anisotropie, plusieurs études expérimentales ont été menées avec des
appareils véritablement triaxiaux, en déformations planes grâce à l’appareil de cisaillement
directionnel ou à l’aide de l’appareil triaxial sur éprouvettes cylindriques creuses. De nombreux
auteurs ont alors étudié l’influence de l’anisotropie sur des sables à grains allongés testés selon
différentes orientations par rapport à la direction de remplissage. Ils ont utilisé pour cela, par
exemple, de vrais triaxiaux à parois souples (Yamada et Ishihara, 1979 ; Ochiai et Lade, 1983). De
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même, l’anisotropie des sols argileux naturels a été étudiée au triaxial (Meftah et Magnan, 1988 ;
Piyal et Magnan, 1984) et en déformation plane (Vaid et Campanella, 1974).
Dans le cas de la modélisation d’un matériau isotrope, la rotation des contraintes principales se
produit lors de la phase élastique. Le critère exprimé en contraintes principales ou en invariants de
contrainte prend en compte cette rotation, les résultats vont donc être proches de la réalité. Lorsque
le sol est supposé anisotrope, du fait que l’on introduit les différents paramètres, modules
horizontaux et module vertical, caractérisant l’anisotropie, la rotation des contraintes par rapport
aux axes d’anisotropie est prise en compte.
Cependant, l’influence exacte de la rotation sur la loi de comportement n’est pas prise en compte.
Les recherches entreprises ont alors porté à la fois sur l’étude de la rotation des contraintes et plus
précisément sur l’évolution de la frontière du domaine élastique et la sensibilité des critères de
plasticité à la variation de l’orientation des contraintes. Les seuls outils aptes à explorer la réponse
du sol suivant une gamme d’orientations des contraintes variée sont l’appareil de cisaillement
directionnel (Arthur et al., 1977 ; Calvetti et al.,1997) et l’appareil triaxial sur éprouvettes
cylindriques creuses. Un historique complet de cette dernière technique d’essais a été publié par
ailleurs (Reiffsteck et Nasreddine, 2002).
Ainsi, de nombreux chercheurs ont tenté d’introduire l’anisotropie des sols dans les modèles
rhéologiques pour le calcul des ouvrages et pour la caractérisation de la différence de leur
comportement en fonction de l’orientation des contraintes principales ou du plan de rupture. Ils se
sont heurtés, jusqu’à présent, à deux difficultés opposées qui font que ou bien les modèles de
comportement adoptés sont relativement simples, mais font intervenir des paramètres arbitraires ou
bien ils sont physiquement acceptables mais nécessitent un assez grand nombre de paramètres
difficiles à mesurer.

2. Observation de la rotation des contraintes

L’observation de la rotation passe d’abord par la définition d’un référentiel apte à la mettre en
évidence. Nous allons en présenter deux, l’un est issu de la mécanique des milieux continus, l’autre
provient de l’étude expérimentale de la rotation de contraintes.

2.1. Paramètre retranscrivant la rotation des contraintes

Pour décrire l’état de contrainte régnant au sein d’un matériau, il est commode d’utiliser les
invariants de contraintes, pression moyenne p, déviateur des contraintes q et angle de Lode θ, triplet
qu’il est plus simple de visualiser dans l’espace des contraintes principales. Ce référentiel a été
beaucoup utilisé par les expérimentateurs travaillant avec des vrais triaxiaux ou des biaxiaux.
σ1 +σ2 +σ3 1
.[(σ 1 − σ 2 ) + (σ 2 − σ 3 ) + (σ 3 − σ 1 ) ]
2 2 2
p= et q = (1) et (2)
3 2
L’angle de Lode θ est défini dans le plan octaèdral et mesuré à partir de la bissectrice du secteur
angulaire (σ1 ; −σ3). Le cas θ=−π/6 correspond à la compression triaxiale et le cas θ=+π/6 à
l’extension triaxiale (Loret, 1987). Ce qui permet de proposer une autre définition de l’angle de
Lode (Lode, 1926 cité par Kirkpatrick, 1957) :
π 3.(σ 2 − σ 3 )
tan(θ + ) = (3)
6 2.σ 1 − σ 2 − σ 3
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Le deuxième référentiel communément utilisé, découle de l’appareillage triaxial pour éprouvettes


cylindriques creuses. Les contraintes sont exprimées dans ce cas en coordonnées cylindriques. La
rotation des contraintes est donnée par l’angle α de rotation, obtenu à partir de la construction du
pôle du cercle de Mohr :
1  2τ θz 
α = .arctan  (4)
2 σ z −σθ 

Lors des essais, différentes combinaisons de contraintes normales σz, σr, σθ et tangentielle τθz sont
imposées à l’échantillon. Les axes principaux tournent à partir de leur état initial et la position de la
contrainte principale intermédiaire σ2 par rapport aux contraintes principales extrêmes σ1 et σ3,
varie. Ce changement peut être caractérisé par le paramètre b :
σ 2 −σ 3
b= (5)
σ1 −σ3
L’utilisation de chemins de contrainte dans l’espace (σ1, σ2, σ3) équivalent en coordonnées
cylindriques à (p’, q, θ) ou bien dans l’espace (p’, q, α) équivalent à (p’, q, b) ne répond pas aux
mêmes besoins. Dans la bibliographie, le premier espace permet plus particulièrement de définir la
surface de charge alors que le second sert à cerner l’influence de la rotation des contraintes.
Toutefois, ces deux espaces sont intimement liés, en effet, nous avons vu que l’angle de Lode et
l’angle de rotation des contraintes sont tous les deux fonctions des contraintes principales. Ce qui
permet de définir une relation directe entre ces deux paramètres dans le cas particulier du cylindre
creux où les pression intérieure et extérieures à l’éprouvette sont égales. Nous avons alors :
σ2 −σ3
b = sin 2 α = (6)
σ1 − σ 3
Ce qui donne par substitution de (3) dans (6) :
π 3.b
tan(θ + )= (7)
6 2−b
Dans le cas d’études réalisées au vrai triaxial et à l’appareil de déformation plane où les paramètres
mesurés sont les contraintes principales, l’espace d’essai est (σ1, σ2, σ3) et l’espace d’analyse est
l’espace des contraintes octaédriques (p’, q, θ) (Vaid et Campanella, 1974 ; Lade et Duncan, 1973).
Ceci est dû au fait que les chemins de contrainte suivis lors de l’essai sont irrotationnels. Dans le
cas des essais au cylindre creux, l’espace généralement choisi est l’espace (σz, σr=σθ, τθz) et
l’espace d’analyse (p’, q, α) car il est équivalent à l’espace (p’, q, θ) et est plus facile à
programmer (Symes, 1983 ; Zdravkovic et Jardine, 2000).

2.2. Validité des résultats

Nous avons rassemblé sur la figure 1, quelques résultats d’essais pour différents types d’argile sous
forme de courbes donnant la variation de l’angle de frottement et donc de la pente de la droite d’état
critique avec la rotation des contraintes représentée par α.
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2,5
Argile de Floride 1
Argile de Floride 2
Argile de Floride 3
2
Argile Atchafalaya 1
Argile Atchafalaya 2
Argile Atchafalaya 3
1,5
Kaolin reconstituée 1
M

Kaolin reconstituée 2

α (degrés)
0,5
0 20 40 60 80

Figure 1. Relation entre M pente de la droite d’état critique et α pour les argiles

Les essais sont effectués avec des chemins de chargement différents qui sont détaillés dans les
articles suivants : Saada et al., 1975 ; Broms et al., 1965. Toutefois, on remarque par le
regroupement des courbes par faisceaux que ces résultats semblent dépendre de la nature du sol
mais aussi des conditions aux limites des essais. On observe dans le cas général des courbes avec
une concavité vers le bas.
La diversité des résultats des essais à l’appareillage triaxial pour éprouvettes cylindriques creuses
est donc liée au matériau utilisé, au problème de contact entre l’éprouvette et les embases, au choix
de la nature de la membrane qui constitue l’interface flexible entre le sol et le fluide sous pression
de la chambre de confinement mais aussi aux élancements adoptés pour les éprouvettes (figure 2).

6 R/e
Ishihara
Ishibashi
4,5 Ishihara
T akagi
ENT PE
3 LCPC
Hight
Miura
1,5 Hardin
Lade
Saada
0
0 7 H/e 14 21

Figure 2. Différents élancements existants (R : rayon, e : épaisseur du cylindre, H : hauteur)

En fait, selon le concepteur des équipements de torsion développés, le but de l’étude et l’expérience
acquise dans ce domaine, diverses architectures du système utilisé, de techniques de pilotage, de
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sollicitations et de mesures, ainsi que de modes de préparation, de dimension et de formes de


l’éprouvette ont été adoptées (Reiffsteck et Nasreddine, 2002).

2.3. Essais in situ

Rares sont les études expérimentales in situ qui se sont intéressées à la détermination de l’effet de la
rotation des contraintes principales sur le comportement des sols. Sur le plan pratique, les essais in
situ évitent les problèmes de prélèvement et de taille d’échantillons et permettent d’étudier le
comportement du sol dans un état assez proche de la réalité, réduisant ainsi les phénomènes de
remaniement et l’influence des conditions d’essais imposées en laboratoire. Cependant, la
réalisation des essais in situ et l’interprétation des résultats correspondants posent quelques
problèmes complexes, d’ordre à la fois expérimental (réalisation correcte de ces essais et choix et
localisation des capteurs de mesure) et analytique (comparaison directe avec le comportement du
sol sous les ouvrages ou dans les essais de laboratoire).
Lomize et al. ont réalisé en 1972 une série d’essais de chargement in situ d’une fondation de 200 x
120 cm et de 180 cm d’épaisseur. Un réseau orthogonal de capteurs placé jusqu’à une profondeur
de 3 m sous la fondation mesurait les contraintes σxx, σyy et σzz et σxy dans le sol sableux. Le but de
l’étude était d’obtenir une évaluation quantitative de l’erreur obtenue dans la détermination des
composantes des déformations et des contraintes dans la fondation en comparant les valeurs
mesurées avec celles obtenues à partir de la théorie d’élasticité linéaire et de mettre en évidence
l’effet de la rotation des contraintes sur les relations contraintes-déformations. Lomize a constaté
qu’une zone de perturbation des contraintes est créée sous la fondation et que l’anisotropie et la
rotation des contraintes principales provoquent un changement de l’état de déformations. Il conclut
qu’il faut développer un modèle numérique qui prend en compte ces phénomènes pour éviter une
sous estimation de la sécurité des grands ouvrages.
Généralement, les études relevées dans la bibliographie, ne sont pas spécifiques mais reposent sur
l’analyse inverse d’ouvrages qui ne sont pas équipés de capteurs spécifiques comme des capteurs
d’efforts tangentiels ou des capteurs placés sur des facettes particulières.

3. Conséquence sur les critères

3.1. Modèle élasto-plastique avec critère de Coulomb

Il s’agit d’un critère d’expression simple, bien adapté aux matériaux de type sols « frottants » et
« cohérents ». Dans le plan de Mohr, il s’écrit :
τ = c + σ . tan ϕ (8)
c désignant la cohésion et ϕ l’angle de frottement interne du matériau. Ce critère exprime en fait
une relation entre le rayon et l’abscisse du centre du cercle de Mohr : les cercles de Mohr limites
admettent donc une enveloppe appelée « courbe intrinsèque » (figure 3).
Dans l’espace des contraintes principales, il s’écrit :
f (σ ) = sup{σ i .(1 − sin ϕ ) − σ j .(1 + sin ϕ ) − 2.c. cos ϕ } = 0 avec σ i ≥ σ j (9)
i≠ j

C’est une pyramide hexagonale non régulière, symétrique par rapport aux trois plans bissecteurs.
Cette surface présente donc des points singuliers sur les arêtes (figure 3).
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La projection du critère de Mohr-Coulomb dans le plan (p’, q) consiste en deux droites d’équation :
q=MC.p’+CC (10)
q=ME.p’+CE (11)
6. sin ϕ 6. cos ϕ
de coefficients en compression MC = et CC = .c et en extension
3 − sin ϕ 3 − sin ϕ
6. sin ϕ 6. cos ϕ
ME = − et C E = − .c .
3 + sin ϕ 3 + sin ϕ
La pente de ces droites va donc varier (voir figure 1) lorsque le point représentatif de l’état de
contrainte va balayer l’espace (σ1, σ2, σ3) et la forme du cône va être modifiée au niveau des
facettes.
σ1
τ

σ1=σ2=σ3

σ3

(H,H,H)
c σ

H=c.cotan 0 σmin σmax


σ2

Figure 3. Courbe intrinsèque du critère de Coulomb dans le plan σ, τ et dans l’espace des contraintes principales

3.2. Modèle Cam Clay

Les travaux de l’université de Cambridge (Roscoe et al., 1958) et de l’université de Laval au


Québec (Tavenas et Leroueil, 1979) ont permis de préciser la forme de la surface de charge ou
Courbe d’Etat Limite dans le plan (p’, q). L’équation de la surface de charge pour le modèle Cam-
Clay modifié est :
q2
p.( + 1) = p 0 , (12)
M 2. p2
q
MC= 6.sin ϕ σ1
3-sin ϕ
Ko
Compression

axe σ1=σ2=σ3

σ3
p'
Extension

S.E.L.
ME= - 6.sin ϕ
(H,H,H)
3+sin ϕ

σ2

Figure 4. Modèle Cam Clay dans le plan p’,q et dans l’espace des contraintes principales
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Nous ne nous intéresserons pas dans cette communication à la prise en compte de la consolidation
et à sa représentation dans l’espace (p’, q, e).
A l’extérieur de la Surface d’État Limite, les sols présentent un comportement normalement
consolidé, les résultats placés à l’intérieur de cette courbe proviennent de sols surconsolidés (figure
4). A l’intérieur de la surface, les sols positionnés au-dessus de la droite d’état critique sont dilatants
et ceux placés en dessous sont contractants.
La littérature propose deux formes principales de surfaces d’état limite lorsque celle-ci est projetée
dans le plan (p’, q). Elles sont à peu près elliptiques (figure 4) :
- la première forme, appelée Cam-Clay modifiée, est adaptée aux sols remaniés sous
consolidation isotrope. L’axe de symétrie de l’ellipse se trouve sur l’axe p’ (Shahanguian,
1981).
- la deuxième forme d’enveloppe, plus adaptée aux sols anisotropes et plus spécifiquement aux
sols naturels, a son axe de symétrie placé sur la ligne Ko qui correspond à l’axe de contrainte sur
lequel le sol a été consolidé (Tavenas et Leroueil, 1979) ou compacté.
La variation de la pente de la droite d’état critique entraîne que la surface de charge n’est plus un
ellipsoïde de section circulaire dans le plan déviatorique.

3.3. Nouvelle surface de charge tridimensionnelle

L’analyse de la variation de l’angle de frottement interne avec la rotation des contraintes permet de
définir une nouvelle surface de charge dans l’espace (p’, q, α). Le critère est basé sur le modèle
Cam-Clay dont la forme est liée à l’angle de rotation des contraintes principales. Dans l’espace (p’,
q, α) la Surface d’État Limite décrite dans la bibliographie (Zdravkovic et Jardine, 2000) possède la
forme présentée sur la figure 5.
q q
q
MC
MC
Ko Ko Ko

0 0
Surface d'Etat Limite
0
15 15 15
30 30 30
45 p' 45 p' 45 p'
60 60 60

90
75 ME 75 75
90 90
α α α

(a) (b) (c)

Figure 5. Surface d’État Limite dans l’espace p’,q,α

La variation de la pente de la droite d’état critique de MC en compression à ME en extension (figure


5) ainsi que de la forme de la surface de charge en fonction de la rotation des contraintes est définie
à partir de la courbe expérimentale obtenue pour le sol étudié. Cette courbe possédant généralement
une concavité unique (voir figure 1), elle pourra être assimilée en première approximation à un
polynôme d’ordre deux dont les coefficients sont obtenus par régression.

4. Mise en évidence de ce phénomène par la méthode des éléments finis

Nous avons entrepris sur la base des réflexions exposées aux paragraphes précédents d’étudier la
prise en compte de la rotation des contraintes par la méthode des éléments finis, avec le progiciel
CESAR-LCPC. Nous avons pour cela étudié différents ouvrages (fondations, remblais, murs de
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soutènement) avec différentes techniques de modélisation : bidimensionnelle, axisymétrique et


tridimensionnelle. Nous comparons la modélisation tridimensionnelle du problème qui est la plus
complète, à une représentation axisymétrique qui est le meilleur compromis pour la modélisation
d’un problème présentant une symétrie de révolution et à la modélisation plane qui est la plus
simple. Ces deux dernières représentations permettent de réduire la taille du maillage par rapport à
une vraie représentation tridimensionnelle.

4.1. Étude d’une fondation

Nous allons utiliser comme cas d’étude, une fondation superficielle instrumentée de la station
d’essai de Jossigny, site expérimental du LCPC qui a fait l’objet de nombreux essais avec la station
d’essais de fondations superficielles des laboratoires des Ponts et Chaussées (Amar et al., 1984).
Le site expérimental de Jossigny situé à environ trente kilomètres à l’Est de Paris, repose sur un
limon dont les caractéristiques physiques et mécaniques sont données dans Amar et al. (1984) et
Canepa et Depresles, (1990).

3D 2 D axisymétrie 2D

Figure 6. Les types de modélisations réalisées

De nombreux essais ont été réalisés : granulométrie, limite d’Atterberg, densité, œdomètre,
triaxiaux, pressiomètre Ménard, pressiomètre autoforeur, pénétromètres statiques et dynamique,
scissomètre.
La fondation étudiée est circulaire d’un diamètre de 1 m et elle est encastrée dans le sol d’une
hauteur de 0,35 m. Une force répartie d’intensité variable sur le sol est appliquée, au niveau de la
fondation, de manière à reproduire l’effet du chargement de la fondation.
Le maillage bidimensionnel représente une demi-section de cylindre de 6 m de hauteur et de 3,5 m
de largeur en appliquant les recommandations classiques sur les dimensions des maillages par
rapport à celle de la zone sollicitée. Il comporte 496 nœuds et 223 éléments triangulaires à six
nœuds. La taille des éléments du maillage varie à proximité de la zone d’application de la charge.
Les conditions aux limites sont les suivantes :
- Les déplacements horizontaux des limites latérales et de la limite inférieure sont bloqués.
- Les déplacements verticaux de la limite inférieure sont bloqués.
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Conditions aux limites


blocage en u
blocage en u et v

Figure 7. Maillage 2D de la fondation avec les conditions aux limites imposées et exemple de déformée obtenue

Les paramètres nécessaires au modèle Cam–Clay modifié, utilisé pour modéliser le sol, afin
d’effectuer le calcul sont donnés dans le tableau suivant ainsi que la méthode de détermination.

Tableau 1 paramètres utilisés

Masse volumique Pression de pré- Indice des vides initial Pente de la courbe
consolidation initiale de l’état critique
Valeur retenue 17 kN/m3 102 kN/m2 e0 = 0,56 M = 1,287
Formule m forfaitaire Vv 6 sin ϕ
ρ= e=
Vs
M =
3 − sin ϕ
V
Essai divers oedomètre oedomètre oedomètre

Pente de la courbe Pente des courbes Module d’Young Coefficient de


vierge charges/décharges poisson
Valeur retenue 0,0912 0,00912 31 MPa 0,33
Formule λ= Cc/ln10 Κ=λ/10 E=2.(1+ν).G forfaitaire
Essai oedomètre oedomètre Pressiomètre autoforeur corrélation

La nappe phréatique se situe entre 1 et 2 m sous le terrain naturel et le sol est saturé à 1,5 mètres au-
dessus de celle-ci. Nous avons pris une pression de préconsolidation égale à celle existant à 6
mètres de profondeur, ceci afin d’éviter d’avoir une zone sous-consolidée dans le modèle.
Nous avons modélisé la fondation uniquement par une force répartie appliquée sur la surface de la
fondation. L’effet de l’encastrement de la fondation est simulé par une charge répartie sur la surface
du sol (sauf sur la zone de la fondation) de valeur correspondant au poids de 0,35 m de sol, soit
17.0,35 = 5,95 kPa.
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0 100 200 300 400 500


0

-30

déplacement (mm) -60

-90

-120

-150
Essai 33 (Jossigny)
2D
-180
2D axisymétrique
3D
-210
pression (kPa)

Figure 8. Validation des résultats des trois modèles avec les résultats expérimentaux

L’intensité du chargement varie jusqu’à une valeur maximale de 500 kPa suivant 11 paliers. La
tolérance de convergence imposée est de 0,001.
Parmi les 43 essais de chargement de fondations réalisés sur le site de Jossigny par le Laboratoire
Régional de l’Est Parisien, nous avons choisi arbitrairement les résultats d’essais de chargement de
fondations superficielles « essai 33 » du catalogue comme référence pour nos calculs (figure 8).
Les résultats de l’essai in situ et ceux de la modélisation numérique, tracés sur la figure 8, montrent
des courbes quasiment confondues au début de l’essai et qui s’éloignent progressivement à la fin de
l’essai. Nous n’avons pas cherché une correspondance parfaite entre les quatre, mais une bonne
adéquation permettant d’extraire des résultats cohérents : nous allons utiliser ces résultats pour
l’étude de la rotation des contraintes dans le massif de sol.

4.2. Etude de la rotation des contraintes

On choisit d’étudier plus particulièrement un point défini sur la figure ci-dessous. En effet, il se
situe à proximité de la bande de cisaillement dans le schéma de rupture classique et dans la zone de
cisaillement le plus important. On peut donc y attendre des angles de rotation des contraintes
significatifs.

fondation

π/4-ϕ/2

point étudié
sol

Figure 9. Situation de la zone étudiée


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En modélisation bidimensionnelle, en déformations planes et en déformations axisymétriques, les


points étudiés sont en plasticité à partir du 6ème incrément pour des paramètres valant
respectivement (α = 37,8° ; p’ = 82,3 kPa ; q = 86,1 kPa) et (α = 19,5° ; p’ = 60,9 kPa ; q = 67,9
kPa). En modélisation tridimensionnelle, la plasticité est obtenue à partir du 5ème incrément pour (α
= 37,1° ; p’ = 63,4 kPa ; q = 75,9 kPa). La figure 10 permet de comparer l’évolution des contraintes
principales et de l’angle α en fonction du chargement dans les trois modèles pris en exemple. On
observe que le résultat obtenu en 2D axisymétrique est plus réaliste que celui obtenu en 2D et se
rapproche du résultat en 3D.

4.3. Obtention de la plasticité d’après l’intersection entre les chemins de contrainte et la surface
de charge tridimensionnelle (p, q, α)

Pour les trois calculs 2D, 2D axisymétrique et 3D, nous avons relevé les chemins de contrainte
suivis qui correspondent à l’ensemble des valeurs des contraintes principales et de l’angle α en
fonction du chargement, pour les nœuds précédents.
Nous comparons la surface de charge calculée précédemment et les chemins de contraintes étudiés
dans l’espace (p’, q, α). Pour cela, nous déterminons la surface de charge dans l’espace (p, q, α) en
introduisant dans l’équation du critère Cam-Clay modifié l’équation donnant la variation de la pente
de la droite critique en fonction de l’angle de rotation des contraintes :
M= -1,21.10-4.α² + 0,017.α + 1,287 (13)
Il s’agit de la courbe moyenne des corrélations effectuées au paragraphe 2.1 pour les argiles, recalée
par les caractéristiques obtenues à l’essai triaxial pour le limon de Jossigny.

(a) (b) (c)

Figure 10. Tracé des contraintes principales pour les trois cas étudiés: a : 2D, b : 2D axisymétrique, c : 3D

Pour la modélisation 2D, le nœud 356 est plastifié pour (α = 37,5° ; p’ = 85,4 kPa ; q = 87,9
kPa)
Pour la modélisation 2D axisymétrique, le nœud 356 atteint la plasticité pour (α = 25,1° ; p’ =
67,1 kPa ; q = 73,5 kPa)
En 3D, au nœud 727, la plasticité est atteinte pour (α = 36,2° ; p’ = 70,4 kPa ; q = 79,5 kPa).
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α
Figure 11. Intersection entre les chemins de contraintes suivis pour les nœuds étudiés et la surface de charge

Pour les nœuds étudiés, si on utilise la surface de charge tridimensionnelle (p’, q, α), et que l’on
cherche l’intersection entre le chemin de contrainte suivi et la surface, la plasticité est atteinte plus
tard que si on utilise le critère de rupture classique de l’espace (p’,q). Ainsi en déformations
planes la plasticité est obtenue au 5ème incrément, en axisymétrie au 5ème incrément, et en 3D au 4ème
incrément. Ce qui donne des différences sur le déviateur maximum respectivement de 2%, 8% et
5%. Ceci signifie que lorsqu’on ne tient pas compte de l’évolution de la surface de charge en
fonction de la rotation des contraintes α, on détecte l’apparition de la plasticité prématurément.
L’atteinte anticipée ou retardée de la plasticité est régie par l’évolution de la pente de la droite d’état
critique avec la rotation des contraintes. On voit d’après la bibliographie (Arthur et al., 1977 ; Lade
et Duncan, 1973 ; Lanier et al., 1986 ; Sutherland et Mesdary, 1969 ; Symes, 1983) et sur la figure 1
que ce comportement n’est pas équivalent suivant le sol d’assise. Certains résultats de la
bibliographie proposent des courbes avec la concavité vers le haut ce qui laisse présager un déficit
de sécurité lors des calculs.

5. Cas des autres ouvrages

Il est possible d’observer le même comportement pour différents ouvrages de génie civil : remblais,
murs de soutènement, tunnels. Les premiers résultats de modélisation bidimensionnelle semblent
montrer que pour une courbe M=f(b) dont la concavité est orientée vers le bas (figure 1), un
excédent de sécurité pour les ouvrages de soutènement et un très léger surplus pour les remblais.
JNGG 2002, 8 et 9 octobre 2002, Nancy 13

Figure 12. Rotation des contraintes auprès des ouvrages

Toutefois, nous avons illustré dans les paragraphes précédents que la modélisation bidimension-
nelle ne prend pas en compte d’une part la variation de la contrainte principale intermédiaire et
d’autre part, le comportement réellement tridimensionnel de ces ouvrages. De même, l’apparition
d’une déformation localisée lors de la construction ou d’un désordre ne peut être aisément
modélisée dans un modèle tridimensionnel à moins d’introduire une variation localisée des
paramètres.

6. Conclusions

Les premiers résultats de notre étude montrent que la surface de charge est atteinte plus tard que
prévu lors de la prise en compte de la variation du critère avec la rotation des contraintes.
Cependant, nous n’avons pu caler le modèle rhéologique proposé qu’à partir de résultats d’essais
extraits de la bibliographie. A l’heure actuelle, un programme de recherche est en cours pour valider
notre réflexion ; l’objectif étant d’étudier l’influence qualitative et quantitative sur les résultats de
calcul d’ouvrage sur des sites LCPC. Il s’agit d’étudier des sols naturels et non reconstitués souvent
présentés dans la bibliographie. Ce programme de recherche comporte, par exemple, l’étude,
l’instrumentation et le suivi d’un ouvrage de soutènement avec le développement d’une nouvelle
génération de capteur de contrainte tangentielle spécifique ainsi que l’étude du sol du site en
laboratoire avec un appareil triaxial pour éprouvettes cylindriques creuses et un biaxial.

7. Références bibliographiques

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