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Paix et droit (Paris)

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Alliance israélite universelle. Auteur du texte. Paix et droit (Paris).
04/1935.

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SOMMAIRE If leurs auteurs, rien de moins que la preuve ou tout au moins
la forte présomption d'un vaste complot ourdi par les repré-
Les Protocoles dés Sages dé Sion devant le
sentants secrets mais attitrés, — les Sages de Sion — ...des
tribunal de Berné. Alfred BERL douze tribus d'Israël, toujours vivantes, à rencontre de
l'opinion courante, toujours unies entre elles par la soli-
LE Vllf CENTENAIRE. DE MAIMONIDE :
darité de haine contre le christianisme. Ce complot tendait
Cérémonie à la synagogue de la rue purement et simplement à l'anéantissement de là Société
de la Victoire, à Paris : Allocutions
dé MM. lès grands-rabbins Julien chrétienne, de sa religion, de sa richesse, de sa civilisation ;
Weill et Maurice Liber. èiï vue, bien entendu, d'y substituer celles des juifs, et leur
L'actualité de Maïmonide. E. LEVINAS dominationsur l'univers. Pour y parvenir, s'il faut en croire
L'ANTISÉMITISME ALLEMAND :
les Protocoles, les Sages de Sion ne reculent devant aucun
moyen : l'or, le fer, le feu ; c'est-à-dire la corruption, les
a) Lés juifs ne seront plus citoyens ; scandales, la révolution politique et sociale, la guerre. D'ail-
b) Une nouvelle loi sur la pressé. leurs, le marxisme, le Panama; l'Affaire Dreyfus, la guerre
Lettré de Pologne : Les juifs devant lés partis mondiale, bref toutes les catastrophes qui se sont abattues
politiques (fin). D1" A. T.
sur les nations européennes sont l'oeuvre d'Israël ; autant
En Roumanie : Mode d'application et réper- d'étapes par quoi il marche implacablementVers son but.
cussions dé là loi du travail. ISAS
Cette merveilleuse imagination étayée d'une documen-
INFORMATIONS : tation d'ailleurs aussi fausse qu'im^isemblable, devait rem-
1. — Suisse : Un arrêté du Conseil d'Etat du canton placer avantageusementla légende du meurtre rituel, encore
de Genève. à la portée des populations arriérées, mais désuète et gros-
2. — Hollande : Les élections hollandaises. sière pour des peuples moins crédules et plus évolués, —
sans compter que la production d'un cadavre n'est pas tou*
jours chose aisée et qu'une accusation d'assassinat pré-
Les Protocolesdes Sagesde Sion sente, outre dés difficultés de démonstration, dés risques
graves, pour un assez médiocre résultai ; au contraire,
devant le tribunal de Berne combien plus facile, combien plus retentissante l'incrimina^
tion de tout un groupe ethnique et confessionnel ; incrimi-
-—« nation d'autant moins facile à réfuter qu'elle demeure dans
i le vague et dans le général. L'occasion semblait donc
propice aux hitlériens ; ils ne résistèrent pas à la tentation
Le 29 avril s'est ouvert devant le tribunal de Berne, le de traduire et de répandre les Protocoles : leur diffusion ser-
procès des Protocoles de Sion. Nous avons autrefois consa- vait à une double fin : corser leur propagande au dehors et
cré tout un numéro spécial (1) ài:0ette.. ténébreuse affaire, justifier lés cruautés antijuives à l'intérieur du Rêich.
dont le dossier avait été forgé de toutes pièces vers 1900 par Malheureusement l'arme était gravement ébréchée. Trois
la propagande russe antijuive et que l'Allemagne hitlérienne témoins irrécusables^ une grande dame russe, la princesse
s'efforce d'exploiter contre le judaïsme du monde entier. Il
n'est pas vraisemblable qu'après un si long laps de temps, Radziwill, Une Américaine de ses amies, Mrs Hurblutt,
nos lecteurs aient présent à l'esprit le souvenir de cette connue pour ses tendances antisémites, et un Français de
énorme machination, et'nous jugeons nécessaire d'en rap- Russie, lé comte du Cheyla, n'hésitèrent pas à déclarer et à
peler les grandes lignes. établir que les Protocoles étaient de Nilus, et, de son propre
D'aibord, un mot sur les auteurs : à leur tête se trouve aveu, une adaptation de deux oeuvres, écrites l'une par un
romancier allemand, Goëdsche.; l'autre, par un avocat et
un certain Râtehkowski, chef de la police politique russe à journaliste français, Maurice Joly, très hostile a Napoléon
Paris, personnage loUche et taré ; ses collaborateurs dans III et qui, en 1864, avait composé contre lui — la question
la fabrication des Protocoles, deux oU trois autres Russes ; juive iie se posait pas alors -— un pamphlet satirique :
parmi eux un illuminé, dont les éïucubratiôns littéraires « Dialogue aux Enfers entre Machiavel et Montesquieu. »
paraissaient sous le pseudonyme de Nilus; et des compar- Bien entendu, cette révélation', que précisèrent et
ses appartenant au service de l'espionnage ou du contre- démontrèrent lumineusement trois articles du Tintes (16 au
espionnage russe. Que contenaient ces Protocoles ? D'après 18 août 1921), et que reproduisit Paix et Droit dans son
! numéro de septembre de la même année, eurent un reten-
<1) Paix et Droit, septembre 1921.
''.V

PAIX ET DROIT

tissemeftt. énorme sor kl grande presse européenne ; mais l'aryen et s'y efforcer. C'est une nécessité, une fatalité de
les journaux hitlériens n'en firent aucun état : on ne con- son
i être à quoi il ne saurait se soustraire. Tout concourt
vaine pas des partisans décidés à n'être pas convaincus — à ; confirmer cet axiome : à savoir le communisme, le
ils continuèrent à répandre leurs Protocoles, devenus véri- .1bolchevisme, l'oeuvre révolutionnaire, destructrice qu'ac-
tés de l'Evangile hitlérien, dans les divers pays où sévis- complit ' ouvertement ou secrètement le juif dans tous les
sait leur propagande, et notamment, en Suisse, dans le pays où il s'est fixé. Herzl pense comme Marx et eût agi
canton de Berne. Leur campagne qui ne rencontrait, hors connue Bêla Kun ; la guerre mondiale a été voulue, pour-
du Reicli, qu'un maigre succès, gagna un certain nombre de suivie, déclenchée par Israël à seule fin de chambarder la
Bernois, lesquels se convertirent à la doctrine, sinon au pro- civilisation aryenne. A défaut du mérite de la certitude, le
gramme nazi. Le judaïsme suisse s'en émut et, dès juin 1933, catéchisme hitlérien possède celui de la simplicité, mais non
l'Union des Communautés ismaélites, et la communauté de pas, hélas ! celle que sanctifiait Jean Huss, du haut de son
Berne, assignèrent devant le tribunal de Berne les propaga- bûcher.
teurs des Protocoles, comme ayant commis, par le moyen ; Si la matière n'était aussi triste, quelle dérision que cet
de ces documents faux, un acte injuste et nuisible, au re- orgueil raciste, qui à la façon des images d'Epinal, mono-
gard des lois cantonales. polise chez ses adeptes toutes les vertus, tandis que le non-
Comme s'ils prévoyaient la sentence qui doit les attein- aryen demeure à tout jamais taré de tous les vices ! Ici sont
dre, les accusés, depuis près de deux ans, épuisent toutes les réunis générosité, noblesse d'âme, courage, génie créateur.
L'aryen, lisez
ressources de la procédure, pour faire ordonner la remise maître ! En le germain, c'est le héros, le surhomme, le
du procès, soi-disant afin de compléter l'examen de la ques- bas le sémite, formé du limon le plus vil, né
tion et de rassembler les documents nécessaires à la pour l'esclavage, incapable de s'élever au-dessus des inté-
défense ; souci quelque peu tardif et auquel il eût peut-être rêts terrestres et d'avoir accès aux régions de l'idéal.
mieux valu penser avant de lancer des imputations aussi Et pourtant, c'est le sémite qui a donné aux hommes
graves qu'insuffisamment vérifiées. Cette fois, le tribunal le Dieu qu'ils adorent depuis deux mille ans, c'est lui qui
s'est montré inflexible, estimant, qu'après deux ans de délai, leur a donné le Livre par excellence, le Décalogue, cette
l'heure était venue de prouver l'authenticité des textes accu- somme des lois fondamentales de toute civilisation, de toute
sateurs et la réalité du complot juif. humanité ; le Décalogue dont un grand prélat chrétien disait
à la tribune de l'Assemblée Nationale « que les peuples se
Depuis huit jours, les auditions se succèdent dans une meurent de
atmosphère et avec une physionomiesingulièrement passion^ flétrie, persécutée ne pas le connaître ». C'est au sein de cette race
nantes : une affluence inusitée de public suit les explica- lignée des grands prophètes, par Hitler, que devait naître toute la
le deuxième Isaïe, ce précur-
tions des experts, avant plaidoiries. L'expert hitlérien, le du Christ, le Christ lui-même, alors que la race soi-
colonel Fléischhauer a été appelé d'Allemagne : c'est un mi- seur disant supérieure sortait à peine de ses tanières sordides
litant de l'antisémitisme ; il est intéressé dans une maison honorer des dieux incestueux et barbares, altérés de
d'édition de Nuremberg, spécialisée dans les publications pour violence et de meurtre, et pratiquant des rites sanglants.
antijuives. Son rapport n'offrant rien qui rappelle l'objec-
tivité d'un savant, constitue un violent réquisitoire, qu'ins- A la lumière du procès des Protocoles, la Suisse chré-
pire la passion partisane, dénuée de mesure et d'esprit cri- tienne appréciera comme il convient à une nation, petite
tique. Ce ne soiit que théories hasardées, allégations sans par le nombre, mais grande par son histoire et sa culture,
la différence qui sépare l'idéal de paix et de justice qui a
preuves, inventions sans fondement, conclusions dispropor- surgi il
tionnées avec des prémisses le plus souvent douteuses ; y a vingt^cinq siècles sur les collines du Sinaï et
contradiction impudente de faits démentis de toute évi- l'idéal de fureur brutale et belliqueuse que prétendent res-
dence : par exemple des origines purement chrétiennes de susciter en Europe les descendants des adorateurs de Thor,
Maurice Joly dont les plaignants ont pu produire l'acte d'Odin et de .Zernebock. Nous n'avons point, quant à nous,
authentique de baptême. Devant ce tissu d'invraisemblan- le moindre doute à cet égard, non plus que sur la sentence
rendront les juges : il nous suffit du commentaire par
ces, on a l'impression que pour les nationaux-socialistes, que
l'enjeu de la partie est d'importance, et qu'ils en appréhen- lequel le président du Tribunal a accueilli la théorie de
dent, non pas tant l'issue judiciaire que les répercussions l'expert Fléischhauer sur la morale aryenne : « Si c'est là
politiques et les Téactions de l'opinion publique éclairée. Au raryanisme, je ne me sens pas fier d'être aryen ».
fond, ils Tëpugnaient à ce duel au grand jour ; ils avaient Boutade,, si l'on veut, mais boutade riche de sens et
voulu rëvrter, de l'avis même du Siuermer. l'organe hebdo- qui montre que les juges de Berne ne sont pas dupes du
madaire de Streicher. Ne pouvant éluder le débat, le grand jeu des racistes. Ce n'est pas la société ni la morale chré-
théoricien du racisme, Rosenberg, a tenté dans son jour- tiennes qu'ils ont cure de défendre contre l'agression juive.
nal (1) d'en neutraliser par avance le résultat qu'il pressen- Nul en Israël, — surtout les Sages de Sion qui n'existent
tait devoir être au grand dam du parti. Sa thèse peut -se pas et n'ont jamais existé, — ne songe à ruiner la morale
résumer ainsi : les Protocoles sont authentiques, et tout juge- de l'Evangile qui, sans se confondre avec celle de l'Ancien
ment qui déclarerait le contraire serait nul et de nul effet. Testament, en est le rejeton direct et le développementnatu-
rel. Il s'agit pour le nazisme d'invigorer le renouveau de
Au surplus, si, par hypothèse, les Protocoles pouvaient
être matériellement arguës de faux, ils n'en exprimeraient paganisme nordique dont se réclament les dirigeants hitlé-
riens ; ceux-là violemment hostiles à toutes les formes de
par moins la vérité historique. La psychologie raciale non christianisme. Pour eux, il s'agit de ramener le Reich, et
moins que les faits prouvent indiscutablement la réalité du|
complot juif contre la société chrétienne. même tout le monde civilisé aux moeurs de l'ancienne Ger-
manie, de la forêt hercynienne, — la foret de Bondy de
En effet, le sémite est un ennemi-né de l'aryen ; livré l'époque,
— où ne régnait d'autre loi que celle de la jungle,
à son instinct naturel, il ne peut que souhaiter la ruine de'! celle du guet-apens, du brigandage et de la tuerie.
(1) Vôlkischer BedbacKter, Alfred BERL.
PAIX ET DROIT

Le VIIIe centenaire de Maïmonide


Le VIIIe centenaire de la naissance de Maïmonide a été de l'Alliance reçoit de ses directeurs. Dans tous les recoins
jeté pendant le mois écoulé dans le monde entier. Ait cours cde cet Orient qui a la juste fierté de compter Maïmonide
c
d'innombrables réunions populaires et savantes, le nom dix parmi f ses fils, des réunions commëmaratives furent organi-
Docteur de la Synagogue a été prononcé avec vénération et sées. s L'initiative en fut prise par /'Alliance, qui Continue en
reconnaissance. C'est la réponse du génie juif à ses déni- faveur j de nos frères des pays musulmans l'oeuvre que Maï-
greurs. C'est aussi un rappel que l'humanité a conservé monide, r homme d'action, a commencée pour eux au XIIe siè-
intacte malgré les perturbations du moment, lucidité, sa cle. Directeurs et maîtres apportèrent à Maïmonide le pieux
clairvoyance, son sens de la vraie grandeur. sa t
hommage
J de leur savoir et de leur coeur. Ils soulignent dans
Les fêtes grandioses organisées par le gouvernement leurs j lettres l'intérêt, le sérieux, la gravité presque dont
espagnol à Cordoue, ville natale de Maïmonide, ont été d'un firent j preuve les élèves des écoles, participant par le senti-
éclat tout particulier. Les souvenirs qui s'attachent pour le ment plus que par la raison, à cette grande, commu- .
\ encore
judaïsme à l'Espagne leur ont communiqué Un caractère pa- nion des esprits en Maïmonide. Eux aussi, ils furent frôlés
thétique. Les solennités ont commencé le lundi 25 mars à par les ailes du Grand Aigle.
midi par une réception magnifique à l'Hôtel de Ville des dé- A Paris, les réunions en l'honneur de Maïmonide se
légués arrivés à Cordoue de la plupart des pays de l'Europe. sont succédé pendant tout le mois de mqrz et d'avril- Elles
Les notabilités de la République espagnole présentes à cette continueront au mois de mai. Une commémoration impor-
réception ont tenu à insister sur l'entente définitive entre tante a eu lieu au temple de la rue de la Victoire, le jeudi
les juifs et l'Espagne que les cérémonies de CordoUe devaient soir 2 mai. Nous reproduisons ci-dessous les sermons de
marquer. Le Gouverneur civil de la Province, don José de MM. les grands-rabbins Julien Weill et Maurice Liber pro-
Gardoqui y Urbanivia, déclara que cette journée était « la noncés au cours de cette cérémonie et qui ont été radiodiffu-
plus belle de sa vie ». sés par les postes d'Etat. Nous donnons à leur suite un arti-
Le soir, sous la présidence du Gouverneur civil, une cle de notre collaborateur M. E. Levinas.
séance de l'Institut des Etudes Judéo-Arabes a été consacrée
à V analyse des récents travaux sur la philosophie de Maïmo- Allocution de M. Julien Weill
nide. Les étudiants ont exprimé leur reconnaissance à l'es-
prit de Maïmonide et du judaïsme. gïand-rabbin de Paris
Le mardi, à onze heures, après une conférence de Don
Emitio Garcia Gomes, le plus célèbre arabisant d'Espagne, « Heureux l'homme qui a trouvé là sagesse... »
(Proverbes.)
sur Cordoue et l'Espagne à l'époque de Maïmonide les auto-
rités inaugurèrent sur les murs de la synagogue de Cordpùe Mes frères,
une plaque de marbre avec l'inscription suivante : La cérémonie solennelle que notre Communauté célè-
«
VlII" centenaire de Maïmonide bre ce soir est dédiée à la glorieuse mémoire du plus grand
Docteur du Judaïsme du moyen âge Rabbi Moché Ben Maï-
1125
— 30 mars 1935 mon appelé communément Maïmonide.
« L'Espagne, par le Gouvernement de la Nation, ex- Maïmonide vit le jour iâ veillé de Pâque, il y a 800
prime son hommage à l'immortel génie dix judaïsme.
« Cordoue, sa patrie, lui offre la vénération de son sou-
ans. à Cordoue, dans l'Espagne mauresque, que la persé-
venir. » cution d'une Secte musulmane fanatique lui fit quitter à
Des conférences sur l'oeuvre philosophique et médicale peine adolescent, pour commencer avec les siens une vie
de Maïmonide eurent lieu les jouts suivants. Le jeudi, à errante jusqu'à ce qu'il pût se fixer à Fostat ou vieux Caire,
17 heures, une pittoresque réception fut réservée aux invités en Egypte. C'est là
qu'il déploya jusqu'à sa mort, en 1204,
activité êxtraordihàirement féconde de philosophe, de
sur les coteaux qui. environnent Cordoue. Le programme litté- une de savant, de médecin, enfin de chef religieux
raire comportait un choix d'auteurs andalous et de poésies théologien, judaïsme égyptien, de guide spirituel et moral de nom-
appartenant au Mancero judéo-espagnol, accompagnés de du
danses cordobeses et sévillanes. Cette réception fut suivie breuses communautés juives d'Orient et d'Occident, du
d'un concert au Conservatoire de musique de Cordoue. Yiémeh jusqu'au midi de la France.
Une brillante conférence de M. Julien Weill, grand-rab- débordé Si la réputation dé ce rare esprit a, de son temps déjà,
bin de Paris, membre du Comité central de /'Alliance lés limités dé son pays et de son peuple, ses écrits
Israélite, qui représentait àCordoue les Consistoires central et et ses doctrines si discutées qu'en aient été quelques parties,,
de Paris et l'Alliance Israélite a été le grand événement de lui valurent dès lé XIII* siècle l'attention et le respect pro-
la matinée de Vendredi. C'est aussi à M. Julien Weill fond de bien dés penseurs et théologiens dé l'Islam et de
qu'échut l'honneur de célébrer dans Vancienne synagogue la Chrétienté. Sa gloire a victorieusement franchi les siè-
cles. Et voici qu'en cette année 1935, d'un élan unanime,
de CordoUe l'office du vendredi soir : c'était le premier que le Judaïsme universel commémoré Maïmonide, exalté en
l'on vit dans cette synagogue après une interruption de qua-
lui une dés plus admirables figures du passé d'Israël et
tre siècles. Le'samedi, à midi, une séance solennelle clôtura s'efforce
la fête. La lectïire des nombreux télégrammes d'adhésion noblementd'étudier, d'approfondir, de faire connaître la. vie
consacrée au service de la vérité religieuse et
reçus de toutes les autorités d'Espagne, et de tant de sociétés de là loi divine, et l'oeuvre imposante de l'horniiie qui fut
et corps savants juifs et non juifs dû monde entier, occupa lumière éclatante firmament intellectuel dé l'huma-
plus (te vingt minutes. C'est à cette séance que M. Julierl. une au
Weill a lu le message de M. Sylvain Lévi, président de nité, un guide souverain de la cTbyànce et de la vie juive
VAlliance, que nos lecteurs connaissent déjà (1). La lecture^ et mérite ainsi lé surnom: qui lui fut décerné de bonne heure,
profonde celui « d'Aigle de la Synagogue ».
produit
a Tel fut sur V assistance une impression. Et ce n'est pas setiîément dans les rangs d'Israël que
le programme des solennités en Espagne. Maïmonide est honoré de nos jours ; bien des voix auto-
Non moins émouvantes sont les lettres que le secrétariat. risées dehors du Judaïsme lui rendent d'éclatants hom-
en
(1) Voir Paix et Droit, mars 1935, page 3; mages.
40-
m
PAIX ET DROIT
A la fin du mois dernier, en d'inoubliables manifesta- j tifique ou philosophique, à condition que celui-ci ait tou-
l'Espagne démo- jours conscience :des infranchissables limites de
tions auxquellesiilime;fut .donné tl assister, son pou-
cratique ;âe <ce temps, ouverte à rtous les grands courants voir. Pour le Judaïsme, selon Maïmonide, science et révé-
de la pensée et justement fière de tous les hommes d'élite lation, Hochma et Tora, l'une universellement répandue,
nés sur son sol. s'est associée officiellement, par décret du l'autre plus propre à Israël non seulement ne sont pas
Chef de l'Etat, par la participation de sommités du monde inconciliables, mais elles se complètent et s'étayent mu-
politique et universitaire à la célébration du VIIIe cente- tuellement parce que l'une et l'autre sont des dons de Dieu
naire de Maïmonide, d'abord à Madrid,, puis dans sa ville Un, émanent de Lui et conduisent, sainement interprétées,
natale, à Cordoue, la belle cité andàlouse où fleurit dans vers le Dieu Un.
le haut moyen âge la brillante civilisation scientifique et C'est là aussi une des impressions qu'on peut tirer du
littéraire et artistique du Califat Ommeyade. Par le magni- Michnê Tora, code complet que Maïmonide rédigea pour
fique hommage rendu au philosophe, au savant, au méde- faciliter l'étude de la Loi orale, Tora schebealpé et, non
cin juif natif de Cordoue, par la plaque de marbre inau- plus en langue arabe, mais en beau style hébraïque d'une
gurée en son honneur dans la cour attenant à la vieille syna- parfaite limpidité. En cet ouvrage monumental, Maïmonide
gogue de Cordoue .où T on eut la joie de célébrer le 30 mars eu le mérite incomparable de clarifier, en élaguant les
les offices sabbatiques pour .la première fois depuis de longs adiscussions casuistiques et de coordonner le contenu im-
siècles, l'Espagne a effacé du coeur d'Israël l'amertume d'un du Talmud et des écrits juridiques de toutes les
cruel souvenir, celui du fatal édit de proscription de 1492. mense autorités rabbiniques antérieures à lui. Avec une maîtrise
Mes frères, au tempe troublé et inquiet où nous vivons, parfaite de tout le domaine de la Loi orale, de toutes les
dans la confusion et l'incertitude des idées et des opinions règles de la vie juive, croyances, culte, rites, institutions
qui s'-affrontent, dans le désir qui tourmente tant d'âmes religieuses, familiales, sociales, du Judaïsme de tous les
perplexes d'un équilibre spirituel, d'une conciliationharmo- temps, il a dressé pour la première fois l'inventaire inté-
nieuse entre l'ardeur de connaître et le besoin de croire gral, réparti en quatorze livres, de devoirs positifs et néga-
et d'espérer, n'est-ce pas aux penseurs qui ont su le mieux tifs prescrits à Israël dans la Tora, en inscrivant en tête,
réaliser -en eux-mêmes .ce bienheureux équilibre, à ceux qui dans le livre de la connaissance le devoir de connaître Dieu.
ont atteint, par-dessus les contingences si souvent doulou- Et comme on ne saurait le connaître dans son essence inac-
reuses de la vie. la sérénité et la paix dans la recherche cessible, mais bien par son.action :créatrice dans le monde,
désintéressée du vrai et l'attachement profond aux ensei- d'une part, et, d'autre part, par la révélation de ses attri-
gnements révélés, qu'il faut demander des exemples et des buts moraux, l'étude d'une part de toutes les sciences acces-
leçons ? sibles à l'homme, comme Gastronomie, la mathématique,
Maïmonide fut de ces penseurs et de ces guides hors de la physique et toutes les autres, se.trouve naturellement inté-
pair qui, par un effort incessant de toute leur noble vie, grée, au .même titre que la morale et la piété proprement
ont consolidé ces deux bases de la spiritualité humaine, la dite, dans l'enseignementdu Judaïsme. Et c'est pourquoi le
philosophie naturelle et la foi traditionnelle, qui ont do- Mischné Tora demeure pour les hébraïsants une merveil-
miné de haut leur époque, de sorte que leur renommée, leuse initiation au Judaïsme intégral et il faut souhaiter que
loin de s'affaiblir avec l'écoulement des siècles, n'a fait que bien des pages de cet admirable ouvrage trouvent comme le
grandir. Il est de ceux qui, en dépit des luttes et des contro- Guide des Egarés, des traducteurs dans notre langue mo-
verses très âpres qu'ils ont pu susciter, -..et bien que les leurs
pro- derne.
grès du savoir humain aient fait vieillir plus d'une de Le nom de Maïmonide est connu des moins instruits
conceptions particulières dans le domaine immense qu'ils de nos fidèles parce qu'il est attaché au célèbre formulaire
ont -embrassé, ont encore beaucoup à nous apprendre. des croyances essentielles des dogmes principaux de notre
Le plus célèbre ouvrage de Maïmonide est son Guide foi que ce. grand théologien a le premier tenté de définir
des Egarés, rédigé par lui en langue «Tabe. Le More Ne- dans un célèbre chapitre de son commentaire du traité tal-
bouehim, selon le titre ;de la traduction hébraïque, est une mudique Sanhédrin, chapitre qui a inspiré le résumé en
conciliation de la philosophie d'Aristote avec les données prose des A ni Maamin et la traduction en vers hébreux du
de la Bible. Cet ouvrage, traduit en latin cpeu de temps Igdal qui, depuis des siècles, font partie intégrante de notre
après (la mort de Maïmonide, a été, à bien des égards, un liturgie.
guide non seulement pour le Judaïsme, mais pour quelques- Les treize articles de la loi de Maïmonide développant
uns des plus grands théologiens chrétiens de la Scolasti- trois ordres d'affirmations fondamentales sur Dieu, sur la
que. Au siècle dernier, traduit par un grand savant fran- Révélation et sur la Rémunération.
çais. Salomon Munk, il a été le point de départ d',un grand Cet enseignement doctrinal accessible à tous les esprits,
mouvement de philosophie religieuse. Depuis quelques mois, la Synagogue universelle l'a fait sien pour guider et orien-
à l'occasion du VIIIe ^centenaire, la vie et l'oeuvre de Maï- ter la conscience juive ; c'est pourquoi, mes frères, ici,
monide ont fait éclore toute une floraison non seulement dans cette Maison de Dieu, l'on ne peut rendre à Maïmo-
d'hommages et d'articles dans îles journaux et les revues nide un plus digne hommage, après avoir énoncé quelques-
israélites, mais d'études approfondies et d'ouvrages de vul- uns des mérites de ce Sage entre les Sages, que de répéter
garisation et d'érudition. Ainsi facilitée par des publica- en son honneur ces 13 articles qu'il a énoncés et de chan-
tions en toutes langues, la (pensée -de l'illustre Maître sera ter l'hymne du Igdal, qui les résume, hommage grandiose
accessible à tous ceux qui voudront la connaître de plus et vérités éternelles proclamées par le Judaïsme.
près. On se convaincramieux à sa lumière que le Judaïsme, Je crois drune foi parfaite que le Créateur, béni soit
quelque diverses et intéressantes que soient les tendances son nom, est le Maître du monde et Providence des êtres
qui le sollicitent à l'heure actuelle, est avant tout une force créés ;
religieuse et morale, que la primauté appartient toujours Je crois qu'il est Unique et qu'il n'y a point d'unité
à son enseignement spirituel, à l'héritage de croyances, tde comme la sienne ;
lois morales et sociales qui mous viennent -de la Tora, des Je crois qu'il n'est point un corps et qu'il n'a aucune
Prophètes et de leurs interprètes qualifiés de tous les itemps. apparence corporelle ;
On peut dire que de tous les maîtres de la pensée juive depuis Je crois qu'il a existé avant toutes choses et qu'il exis-
Philon l'Alexandrin, jusqu'à Maïmonide, c'est ce dernier tera après toutes choses ;
qui a^ le plus fait pour ancrer cette conviction que le Judaïs- Je crois qu'à lui seul, Maître du Monde, il convient
me n a rien à redouter des progrès du savoir humain, scien- d'adresser nos prières ;
%

PAIX ET DROIT
Je crois d'une foi parfaite que les paroles de nos pro- Maïmonide appartenait à ce Judaïsme de l'Espagne
phètes sont véridiques ; arabe qui avait participé pendant trois siècles à la vie pu-
Je crois que Moïse fut le plus grand des prophètes, de c
blique,
r qui avait été illustré par le prince Hasdaï, conseil-
ceux qui l'ont précédé et de ceux qui Font suivi ; 1ler d'un khalife de Cordoue,
par le prince Samuel, vizir
Je crois que la Loi de Vérité, nous la tenons de Dieu, d'un roi de Grenade. Lui-même était un aristocrate par la
t
par l'entremise de Moïse, notre Maître ; naissance
i autant que par l'esprit. Il y a quelque chose de
Je crois que cette loi est immuable et que Dieu n'en noble,
i de royal dans sa personnalité et il est significatif
donnera point d'autre ; que la légende le fasse descendre du prince Juda, voire
<
Je crois d'une foi parfaite que Dieu connaît toutes les du
i roi David. Ce qui est sûr c'est qu'il appartenait à une
actions et toutes les pensées des hommes ; !famille de rabbins et de savants depuis sept générations
Je crois que Dieu récompense les observateurs de ses au moins. Né à Cordoue, il fit ses études à Fez, il. exerça
Commandementet punit ceux qui les transgressent ; «
ses hautes fonctions au Caire, trois grandes Métropoles de
Je crois qu'il enverra, si longue que soit l'attente, le l'époque, foyers de civilisation et de culture. Il fut le mé-
Messie annoncé par les Prophètes ; decin attitré d'un vizir, et un roi franc peut-être Richard
Je crois qu'au temps fixé par lui, Dieu ressuscitera les —
Coeur-de-Lion — voulut l'attirer auprès de lui. Il aurait pu
morts et fera jouir les justes des félicités du monde futur. comme d'autres grands médecins juifs des pays musulmans,
jouer un rôle dans l'Etat. Mais l'Etat musulman, en lutta
Allocution de M. le grand-rabbin avec la chrétienté, était devenu plus farouche et les juifs
Maurice Liber, directeur de l'Ecole rabbinique étaient tenus, maintenant, à l'écart de la vie publique. Ce
fut donc au sein du judaïsme que Maïmonide donna la
mesure de ses qualités de chef : une haute pensée jointe
« Le Sage s'impose avec autorité et l'homme de à une fermeté inflexible, une étonnante largeur de vues,
pensée accroît les forces. » alliée à une profonde intelligence des besoins de son temps.
(Proverbes XXIV-6.) !
Sa grande modestie ne l'empêcha pas d'avoir le sentiment
Frères et soeurs, '• de la mission
que la providence lui avait confiée et on
Cette sentence du Livre des Proverbes, interprétée ! dirait qu'il avait pris pour programme de son activité ce
dans l'esprit de Maïmonide, cette sentence proclame la sou- ! commandement de Dieu à Moïse, chef et guide des Enfants
veraineté de la raison, les droits de l'intelligence à agir |
d'Israël : « Tu leur montreras le chemin qu'ils devront
et à diriger. Le sage, le penseur, le savant n'est pas néces- 1 suivre et les actes qu'ils devront accomplir.
sairement un théoricien ou un rêveur, étranger à l'a vie, pri-
;
jI Trois exemples vous montreront, mes» frères, avec
! quelle clairvoyance Maïmonide concevait
sonnier de ses spéculations. L'homme qui conçoit peut être | sa mission de
celui qui réalise. Le génie de l'a pensée peut être le héros !j chef en Israël et avec quelle autorité il l'exerçait pour for-
de l'action. 11 le peut et il le doit. Oui, le mortel qui a reçu | tifier
j ses coreligionnaires.
en partage la sagesse, ce don suprême de Dieu, a le devoir j
de la mettre en pratique dans la vie, au' profit de ceux qui :
lui sont confiés. 11 puise alors, dans sa sagesse même,, une Il était jeune encore quand il se signala comme le di-
autorité accrue, car, comme le dit l'Ecclésiaste, « La sa- recteur de conscience de ses frères. Il était alors établi
gesse est une force pour le sage plus que dix gouverneurs avec sa famille au Maroc. La secte des Almohades était de-
dans une ville. » venue maîtresse; de l'Etat : juifs et chrétiens devaient abju-
Le judaïsme, mes frères, a fait l'expérience de cette -,j rer ou fuir. Fallait-il plier ou périr ? La situation était tra-
vérité. Si nos savants, nos penseurs, nos; docteurs, 9e ; gique. Un rabbin zélé avait déclaré que ceux qui faisaient
confinent en général, dans leur rôle spéculatif et pour ainsi j mine d'être musulmans tout en pratiquant secrètement le
dire académique, les plus grands d'entre eux, lorsque les j judaïsme, devaient être traités comme des idolâtres. A ce
circonstances l'exigent, font figure de chefs et de diri- compte, ne valait-il pas mieux se convertir tout simplement
geants. à l'islamisme ? Maïmonide vit le danger. Dans une lettre
Au 11^ siècle de l'ère vulgaire, quand les Judéens, écra- pastorale, qu'il adressa à ses frères, il montra dans quels
sés par Rome comme corps politique^ reconstituent leurs cas déterminés l'israélite doit subir le martyre plutôt que
forces spirituelles, le rabbin Juda le Saint apparaît comme ; l'apostasie. « Quant à moi, ajouta-t-il, je recommande à
le nassi, le patriarche, c'est-à-dire comme le chef officiel mes amis de quitter ce pays inhospitalier et de se rendre
du judaïsme de l'empire romain. en lieu où ils pourront pratiquer librement leur foi. 11
Quand, au Xe siècle, le judaïsme est entré en contact fautunpartir, partir sans crainte du danger, sans égard pour
avec la civilisation arabe, le rabbin Saadia s'impose comme les liens de famille, car la loi divine est au-dessus de tout,
le gaon, comme la plus haute autorité religieuse reconnue la loi divine est éternelle. »
à. côté de î'exilarque par le khalife de Bagdad. Et, quand C'est ainsi que le sage intervenait avec force pour en-
au XH° siècle, le judaïsme est répandu dans les différents courager ses frères en danger.
Etats issus du démembrement du khalifat, e*est; le rabbin ' Prêchant d'exemple, Maïmonide quitta le Maroc et
Moïse Maïmonide qui' est reconnu comme le naguid;, c'est- s'établit avec sa famille au Caire. Tout en pratiquant la mé-
à-dire comme le prince du judaïsme di'Egypte, et son auto- decine et en composant ses grands traités, il s'intéressait
rité morale s'étend de l'Arabie an Maroc, à l'Espagne et à : aux affaires de la communauté juive. Celle-ci avait alors
la Provence. à sa tête un chef indigne. Maïmonide n'hésita pas à s'atta-
C'est que Maïmonide; que nous honorons ce soir, mes quer à lui et si grande était son autorité que son adversaire
frères, était un homme d'action autant qu'un homme de fut écarté. Il assuma alors les fonctions de naguid, de chef
pensée. ! officiel dès communautés égyptiennes, dignité qui devait
se
Mon cher maître, M. le Grand Rabbin de Paris, vient ! perpétuer pendant plusieurs générations dans sa famille.
de vous exposer magistralement la haute valeur de l'oeuvre A ce titre, son nom était inséré dans la prière du Kadich :
philosophique et religieuse de celui qu'on a appelé l'Aigle dé même que les musulmans mentionnaient le nom du sou-
de la Synagogue. | verain régnant: dans: la prière officielle, de même les israé-
Son rôle de guide, de chef, n'est pas moins considé- • lites rendaient hommage à leur prince en le nommant dans
rable. Il fut vraiment le sage qui s'impose avec autorité, i l'acte de foi et, d'espérance de la communauté. Maïmonide
l'homme de pensée qui accroît les forces. : usa
de son autorité pour combattre l'hérésie et amener les
PAIX ET DROIT
hérétiques à la vérité, pour établir l'unité dans les rites et les succès rapides d'une démagogie qui veut être une doc-
des synagogues et pour réformer les abus qui s étaient in- trine et d une aventure qui se donne pour une oeuvre. Jamais
troduits dans le culte. 11 avait le droit de réformer, car il encore la foule des égarés ne fut si nombreuse.
avait l'autorité. La conscience juive moderne elle-même est troublée.
Cette autorité rayonnait vers les pays les plus lointains. Elle ne doute pas de sa destinée, mais ne saurait assister,
Les juifs de Yémen, au fond de l'Arabie, étaient en proie l'âme égale, aux outrages qui l'accablent. Elle a une nos-
à l'oppression et à l'anarchie. Un roi cruel les persécutaient. talgie, presque instinctive, des sources premières et limpides
Un aventurier ou un illuminé abusait de leur désarroi pour de son inspiration. Il lui faut y retremper son courage et y
se poser en Messie et en réformateur, leur promettant à la retrouver une fois de plus la certitude de sa valeur, de sa
fois le retour en Terre Sainte et le partage des richesses. dignité, de sa mission. Encore jamais elle n'a eu besoin
Desemparés, les juifs du Yémen font appel à Maïmonide. si aigu de se persuader de sa raison d'être. Mais entre les
Dans un long message qui leur ouvre la « porte de l'espé- murs qu'au XIIe siècle Maïmonide « a construits autour de
rance », le grand docteur les encourage et les console, leur la Loi pour la protéger contre les pierres qu'on lui lance » (1),
prêche la fidélité à la foi de leurs pères et les met en garde cette âme inquiète peut trouver un refuge et un apaisement.
contre les fantasmagories du faux-messie communiste, Elle peut se reconnaître dans le drame que recèle cette
comme si le nivellement des fortunes pouvait résoudre la fameuse réconciliation d'Aristote et de la Bible dont Maï-
question sociale. Les juifs du Yémen, réconfortés et rassé- i monide est le hardi ouvrier. Elle peut y pressentir l'an-
renés, gardèrent une pieuse reconnaissance à leur consola- nonce de son triomphe final. Mais ce drame de la foi et
teur ; ils saluèrent en lui leur chef spirituel et, même après de la raison ne livre son vrai sens que quand on en suit de
sa mort, ils continuèrent à insérer dans le Kadich le nom près les péripéties.
du sage qui les avait sauvés spirituellement en leur rendant Nous rencontrons dès les premières pages du Guide
le courage et la foi. « Que le nom du Seigneur, disaient-ils des Egarés un penseur qui n'est rien moins que visionnaire.
dans leur invocation, que le nom du Seigneur soit magnifié Nourri de philosophie aristotélicienne, il apporte à l'examen
et sanctifié, que son règne arrive du vivant de notre Maî- des textes sacrés plus de prudence que d'extase, plus de
tre Moïse, fils de Maïmon. » logique que d'enthousiasme, plus de grammaire que de
Cette évocation prend ce soir, pour nous, une signifi- mystique. A une époque où la foi se respirait avec l'air,
cation profonde. Pour nous, non plus, Maïmonide n'est ce théologien subtil pour qui les données de la science rabbi-
pas mort ; il vit associé à nos prières. 11 n'est pas mort nique n'avaient pas de secrets, se refuse à toute croyance
puisque nous sommes sa postérité spirituelle. spontanée. Une savante analyse étymologique des mot9
Sa gloire, ternie un moment par la poussière d'ardentes épuise pour lui les profondeurs de l'Ecriture qui paraissaient
polémiques — pardon, ô Maître, pour les affronts que nos insondables à la foi naïve mais pure ; les songes prophéti-
pères t'ont infligés \ — sa gloire brille plus radieuse que ques et les miracles sont ravalés au rang d'allégories ou de
jamais. Mais il a conquis mieux que cette immortalité ter- paraboles ; les quatre degrés de l'échelle de Jacob que
restre qu'assure la survie dans la mémoire des hommes ; connaît la tradition talmudique, les quatre légions d'anges,
il a mérité, par ses oeuvres et par ses vertus, cette vie les quatre chariots de la vision de Zacharie ne figurent que
éternelle, cette vie spirituelle qu'il a exaltée comme le bien les quatre causes d'Aristote. Le goût du mystère manque
suprême, cette vision béatifique qui transporte hors du temps terriblement à Maïmonide. Tant de raison déçoit. Le monde
le sage vainqueur de la mort et lui fait contempler, dans la se vide du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob à mesure
splendeur de la divinité, l'avènementHu royaume messia- qu'on avance dans la lecture du Guide et se peuple de ces
nique... « intelligences séparées auxquelles préside le « Premier
Que le Seigneur soit exalté et sanctifié dans le monde Moteur » d'Aristote. »
qu'il a crée selon sa volonté. Qu'il instaure son règne, qu'il Mais au chapitre XIII du deuxième livie du Guide des
fasse germer le salut et apparaître le Messie de notre vivant, Egarés apparaît le conflit. Car le Premier Moteur, le dieu
ô mes frères, et du vivant de notre Maître, Moïse, fils de d'Aristote, n'a pas pu créer le monde. 11 est selon la for-
Maïmon, du vivant de toute la Maison d'Israël. Amen. mule d'Aristote « acte pur ». Il est « entièrement accompli ».
Il n'y a en lui aucune possibilité qui ne soit réalisée. Rien
qui soit en train de se faire. Il est parfait de toute éternité.
L'actualité de Maïmonide Comment aurait-il pu créer le monde ? L'aurait-il donc porté
A côté des recherches savantes qui situent un grand en lui jusqu'alors comme une possibilité non réalisée ? N'est-
il pas ridicule d'admettre qu'un Dieu parfait, cédant brus-
penseur au carrefour des influences qu'il a subies et de
celles qu'il a exercées, il y a une place pour une question quement à des causes extérieures à lui, se soit décidé à la
modeste mais grave : qu'est-il pour nous ? création ? Dieu peut-il subir une influence? La création est
La valeur d'une vraie philosophie ne se place pas dans impossible.
D'ailleurs il suffit d'envisager
une éternité impersonnelle. Sa face lumineuse est tournée aboutir à la même conclusion. Silalenature du monde pour
monde résulte d'une
vers les êtres temporels que nous sommes. Sa sollicitude pour il est composé d'une forme et d'une matière. Agir
nos angoisses fait partie de sa divine essence. L'aspect véri- oeuvre,
c'est appliquer l'une à l'autre. Agir, c'est donc admettre la
tablement philosophique d'une philosophie se mesure à
son actualité. Le plus pur hommage qu'on puisse lui rendre préexistence d'une matière. On n'est guère avancé à suppo-
consiste à la mêler aux préoccupations de l'heure. ser qu'à son tour, elle fut confectionnée. Car il faudrait
Celles de notre époque sont particulièrement poignan- alors admettre une deuxième matière dont la première
tes. Elles concernent l'essence même de notre existence en est issue : l'ouvrier a toujours besoin d'une étoffe. Ce raison-
tant^ que juifs et en tant qu'hommes. La civilisation judéo- nement peut se répéter à l'infini. La matière est éternelle.
chrétienne est mise en cause par une barbarie arrogante Mais que faire alors « d'Abraham, notre père, et
installée au coeur de l'Europe. Avec une audace
encore iné- de Moïse, notre maître », qui affirment la création du
galée, le paganisme relève la tête, renversant les valeurs, monde } Soupçonner Aristote d'une erreur de logique ? Im-
confondant les distinctions élémentaires, effaçant les limi- pudence et vanité 1 Comment choisir entre deux sacrilèges ?
tes du profane et du sacré, dissolvant les principes mêmes La solution qu'apporte Maïmonide est peut-être l'essen-
qui, jusqu'à présent, permettaient de rétablir l'ordre. Déjà tiel de son oeuvre. Elle consiste à distinguer entre l'univers
les fondements de notre civilisation semblent ébranlés à la
légion de ceux qui se laissent aveugler et séduire par l'éclat !1 traduction
(1) Guide des Egarés, II« partie, chapitre XVII, p. 137 de la
de Salomon Munk.
PAIX ET DROIT
déjà créé, soumis à la logique irréfutable d'Aristote, et la
création même de l'univers qui lui échappe. Que toute chose
L'antisémitisme allemand
doive se faire nécessairement avec quelque chose d'autre,
cela est vrai dans le monde déjà constitué, « dans cet uni-
Vers complètementétabli où tout ce qui naît ne naît que d'un à) Les juifs fié seront plus citoyens
être quelconque. Mais la chose produite du néant n'indique
ni pour les sens ni pour l'intelligence, aucune chose anté- Chaque loi nouvelle qui ravale le judaïsme allemand
atteindre les dernières limites cpncevaWes_de cette
rieure »... (1). Les conditions du monde dans son ensem- semble d'éviction inaugurée par le régime hitlérien. Cha-
ble ne se confondent pas avec les lois dés choses à l'inté- politique renseignement nouveau qui nous parvient d'Allemagne
rieur du monde. L'ouvrier a besoin de matière. Mais Dieu que ,
n'est pas ouvrier, Il est créateur. Affranchissons-nous des fait reculer ces limites. L'imagination du national-socia-
tant pour les griefs faits aux juifs que pour les me-
habitudes intellectuelles prises dans un monde tout jait et lisme, prises contre eux, a des ressources inépuisables. Mais
sures
nous comprendrons la création. les fruits de cette imagination ont des conséquences réelles.
La même réflexion s'impose pour l'argument aristoté- Elles signifient pour les juifs allemands des souffrances nou-
licien tiré de la nature de Dieu. Que toute action intermit- velles. Aux appétits rapaces qui se donnent pour une mys-
tente suppose chez l'agent une puissance encore non réa- tique sont sacrifiées la vie et là dignité d'une population de
lisée et par conséquent, une imperfection, cela est vrai, de 500.000 âmes.
celui qui agit dans le monde. Mais Dieu est extérieur au L'organe national-socialiste l'Angriff de la fin du mois
monde. Quand on est capable d'une telle pensée, on ne d'avril annonce qu'il aura l'occasion, au cours des pro-
mesure plus la perfectionde Dieu comme celle d'une chose. chaines semaines, de s'occuper plus intensivement du pro-
juif.
Si Dieu s'est décidé, à un moment déterminé, à la création, blème Il conteste toutefois qu'il s'agisse « d'une nou-
il ne faut pas en conclure que son être ait porté en lui une telle vague d'antisémitisme » car. déclare ce journal, la
puissance non réalisée et une imperfection. La perfection question juive n'a jamais cessé d'être posée. La réserve
de Dieu n'est qu'un homonyme de la perfection des cho- que les juifs allemands paraissent observer n'est qu'appa-
ses. Son action n'a avec l'action d'ici-bas qu'une commu- rente. En réalité, leurs coreligionnaires à l'étranger tra-
nauté de nom. Elles sont éloignées l'un de l'autre par tout «
l'abîme qui sépare la création de la fabrication. vaillent avec leur traditionnelle persévérance, à consolider
position du judaïsme mondial et à attaquer la nouvelle
La portée de cette découverte est incalculable. Pour la la Allemagne par des voies détournées. »
première fois et avec une lucidité géniale, Maïmonide a L'Angriff rejette dès maintenant sur le judaïsme la res-
séparé les lois d'une pensée qui a le monde pour objet des ponsabilité des nouvelles
principes d'une pensée qui a trait aux conditions du monde. ment être prises contre les mesures qui pourraient éventuelle-
juifs. « Nous avons clairement
Pour la première fois il a arrêté l'élan de la raison qui ap- défini notre attitude, écrit-il. La suite des événements dé-
pliquait les notions empruntées au monde, à ce qui était pendra uniquement des juifs eux-mêmes.
»
au delà du monde. Pour la première fois il entrevit ce que Le chef de l'instruction raciale du district de Dresden,
l'on appellera six siècles plus tard la critique de la raison Studentkowski, eii parlant
vers la mi-avril de l'idée raciale,
pure. a osé avouer les rêves hardis du national-socialisme :
Mais dans la netteté dé cette distinction entre la pen- « L'élimination des juifs de l'Etat h 'à pas résolu la question
sée qui pense le monde et celle qui le dépasse, consisté juive, puisqu'elle n'a pas atteint les institutions privées. »
la victoire définitive du judaïsme sur le paganisme, la Déjà l'exclusion des juifs des manifestations les plus?
grande consolation que Maïmonide nous apporte, la générales de la vie nationale prend des formes concrètes.
confiance en nous même et en notre mission qu'il nous rend. Les juifs n'ont plus le droit de pavoiser lors des solennités
Le paganisme n'est pas là négationde l'esprit, ni l'igno- nationales.
Mais la nature des menaces de l'Angriff se précise suij
rance d'un Dieu unique. La mission du judaïsme ne serait le plan constitutionnel. Le Dr Frick a accordé une interview
que peu dé chose si elle se bornait à enseigner le mono- à une collaboratrice de la Nachtausgabe, publiée dans le
théisme aux peuplés dé la terre. Ce serait instruire ceux numéro du 27 avril de
qui savent. Le paganisme est une impuissance radicale de forme qui ce journal. Il a parlé de la nouvelle
sortir du monde. Il ne consiste pas à nier esprits et dieux, entre autres, sera donnée au statut des citoyens. Il déclare,
mais à les situer dans le monde. Le Premier moteur qu'Aris- domaine, ni laque ni les projets du gouvernement dans ce
loi qu'il prépare ne sont un secret pour per-
tote a cependant isolé de l'univers n'a pu emporter sur ses sonne. Cette loi réalisera les principes du mouvement na-
hauteurs que la pauvre perfection des choses créées. La mo- tional-socialiste et indiquera l'étalon précis qui mesurera
rale païenne n'est que la conséquence de cette incapacité quiconque est veut devenir citoyen allemand. La natio-
foncière de transgresser les limités du mondé. Dans ce nalité allemande ou
ne sera pas à l'avenir acquise par la nais-*
monde se suffisant à lui-même, fermé sur lui-même, le païen seulement, ni simple acte administratif, ni par
sance par un
est enfermé. Il lé trouve solide et bien assis. Il le trouve le paiement d'une somme d'argent comme ce fut le cas jus-
éternel. Il règle sur lui ses actions et sa destinée. qu'à présent, quand on obtenait la qualité de citoyen comme-
Le sentiment d'Israël à l'égard du monde est tout la carte de membre d'une société. Le droit de citoyen est,:
différent. Il est empreint de suspicion. Le juif n'a pas dans le conformément au voeu du Fûhrer, le droit suprême, et lai
monde les assises définitives du païen. Au milieu de la lettre conférant la citoyenneté sera parmi les plus précieux;
plus complète confiance accordée aux choses il est rongé documents qu'un Allemand puisse acquérir au cours de sa
par une sourde inquiétude. Pour inébranlable que le monde vie. La qualité de citoyen allemand doit être un honneur
apparaisse à ceux qu'on appelle lés esprits sains, il contient auquel les enfants de la race allemande ne pourront préten-
pour le juif la trace du provisoire et du créé. dre qu'en s'en fendant dignes par les; services rendus au
C'est la folie ou la foi d'Israël. Maïmonide lui a donné peuple et à l'Etat. Elle ouvrira aux Allemands la voie qu^
mène à tous les emplois publics dans le parti et dans l'Etat
une expression philosophique, il en a précisé le vrai sens; seuls les citoyens allemands pourront entrer dans les for-;
et l'originalité. mations de combat du mouvement national-socialiste et ils
E. LÈVINAS.
seront seuls à porter les armes au service d'honneur du peu-
' pie et du Reich ; ils seront seuls à exercer le droit d'élection
(1) Guide des Egarés, H* partie, chapitre XVII, p. 135 de la et de vote, et par là, à participer directement ou indirecte-
traduction de Salomon Munk.
?'wfSi^Sfe«»?!è^SS3

8 PAIX ET DROIT

ment à la conduite, du Reich. La qualité de citoyen allemand ! blic: 1 considérera avec joie cette nouvelle attitude de la. presse
sera accordée par un? acte solennel et: par un serment,fait à \ bourgeoise de; Pomérânie comme un premier pas dans le
la communauté allemande, au. Reich et à son Fûhrer. Elle : voie de la grande oeuvre, d'unification de la presse natio-
sera refusée aux indignes et aux ennemis de l'Etat. \ nale-socialiste. »
Adbif Hitler a dit dans son livre Mein Karnpf : « Le ; « 11, est malheureusement,probable; ajoute le journal
citoyen allemand sera'le maître du Reich. » Pour l'Etat na- ; de Cologne, que la presse, d'affaires et la presse catholique
fional-socialiste, lés citoyens ne seront pas la somme des j ne; se soucieront pas de perdre la clientèle juive. Mais on
habitants réunis d'une manière, plus ou moins-contingente ' peut se réjouir néainmoins qu'en Pomérânie: la presse bour-
sur le territoire du Reich,. mais les supports de l'idée de; ; geoise, après deux ans de propagande nationalersocialiste,,
l'Etat. C'est pourquoi les. droits dé citoyenneté ne seront: \ se soit décidée à un acte qu'exigerait la simple honnêteté
conférés que sous certaines conditions parmi lesquelles fi-> ; journalistique. »
gure. l'appartenance raciale au peuple allemand conformé- ;
ment aux principes du national-socialisme. »
Le rêve; romantique qu'exprime ce. projet signifie pour; |
les juifs allemands la perte de leur qualité de citoyen, une p
LETTRE DE POLOGNE
situation politique inférieure à celle que la Russie tzaristé | »»
faisait à ses sujets israélites; et elle est d'autant plus tra- : Les juifs devant îes partis politiques
gique qu'aucune dispositions positive ne vient compléter les j
mesures, qui restreignent les droits dès non-aryens.. Leur ;
statut ne se définit que négativement. L'antisémitisme aile- ; (Fin)
mand est une création continue.
b) Une nouvelle loi sur la pressa Varsovie, le 20 avril 1935.
Si. à travers une presse asservie, filtraient, ici et là, partis Noire dernière correspondance a été consacrée aux deux
bourgeois d'extrême-droite. Aujourd'hui, voulons
quelques effluves; d'esprit critique, le MF Reich réduit au» présenter quelques observations concernant nous le troisième-
silence cet adversaire redoutable. Une ordonnance du Pré- parti qui relève de la bourgeoisie et qui, assez semblable
sident dé la section de presse à là Chambre' de culture, en à> ses voisins quant à son essence,, manifeste cependant
date du 24 avril, interdit purement et simplement tous, les plus discrètement soin caractère réactionnaire. Nous; voulons
• journaux qui n'appartiennent pas au parti nationale-socia- parler des démocrates chrétiens, dont la plupart des mem-
liste : bres se recrutent dans l'ancienne Silêsiè allemande et qui
La presse confessionnelle, catholique ou protestante, sans aucun doute y constituent le parti le plus fort. Les
sera supprimée'en Allemagne dans un délai de' trois mois. démocrates' chrétiens ont pour là dernière fois formulé
Cette pi'escription des nouvelles ordonnances sur la leur programme à nouveau au cours du second Congrès;
presse ne concerne^ il est vrai, que les quotidiens. Les; pé- de; leur parti à Kattowitz, en 4931.. Ce qui le caractérise
le
riodiques exclusivement religieux et ne traitant pas; de ques- est la prudenceplus fortement, par rapport, à celui, des autres partis
tions politiques ne sont pas touchés. Aussi peut-on espérer et le. fait qu'il évite avec laquelle il formule ses divers articles
de se baser étroitement sur des affirma-
que la presse juive, elle-même, qui n'est qu'hebdomadaire tions relevant d'une conception philosophique particulière.
ou bi-hebdomadaire, pourra continuer à paraître'. Mais elle On serait tenté d'abord de voir en lui. en raison même de
devra se cantonner davantage dans lès; questions; exclusive- son nom, un groupement'clérical, analogue au parti riational-
ment juives. Déjà, le vieux journal; israélite: allemand, d'émocrate, dont il: a été question: dans, notre précédente:
G. Y. Zeitung, journal pour l'esprit juif et allemand, a été correspondance. Et pourtant pareille vue serait inexacte.
obligé d'effacer' de son titré lé mot « esprit allemand ». GerteSj le. parti affirme qu'il appuie sa. politique sur les.
((Deutschtunï).. La nouvelle ordonnance: supprime entièrement principes, chrétiens et qu'il- est décidé à. introduire, l'esprit
dans le journalisme allemand la société anonyme. Derrière du christianisme dans la vie publique ; il veut aussi donner
le. journal, il y aura toujours, un éditeur connu; et person^ au catholicisme un- rôle directeur dans le pays1 et faire rie
nettement responsable. Les prescriptions; sévères exigeant l'éducation religieuse le fonderaient même de l'instruction*
politique. Et pourtant^ il affirme la nécessité d'accorder des,
pour les journalistes et pour les éditeurs de journaux la droits égaux: à. toutes; les confessions en. Pologne et,: en
pureté de l'ascendance aryenne jusqu'en 1SG0 ont pour but' opposition
d'éliminer les dernières traces, d'infiltration juive; dians l'opi- dance a mettre, assez, brutale avec le clergé officiel, il a tenr
nion: allemande; au premier plan les. postulats sociaux, du
christianisme. Aussi, sa lutte contre lès. appétits de domi-
Les interventions en faveur des juifs de la presse qui nation du capital, lés affirmations d'ordre social et éthique
pouvait encore; échapper à la férufe dû nationatsociàlisine qu'il' a. largement exposées lui apparaissent-eLles comme la
étaient: rares; ; mais sous une forme ou une autre, elles se conséquence même de sa politique chrétienne.
produisaient. Le silence sur tout ce qui est souffrance juive1 iLa position prise par rapport aux autres problèmes
va- désormais; régner dans la presse; allemande.. intérieurs polonais est également prudente. (Le parti, démo-
Cette mesure n'a pas seulement pour objet: la défense crate et républicain, tout en étant adversaire de la dictar
de l'esprit allemand ; elle a des visées plus terre' à terre :: ture, demande: un? gouvernement fort et une ingérence très,
certains articles:qui ont laissé; pressentir la nouvelle' ordon- profonde de l'Etat: dans la- vie économique, et sociale, du
pays. Il reconnaît le principe de la propriété pirivée et de
nance; en donnent la preuve;. Le WmtdeutsaherBeobaehter, l'a libre initiative, mais réclame en même temps que lés
qui se distingue par un antisémitisme particulièrement vio*- 'biens soient équitabltement répartis,, que la- noblesse du
lent, a publié le 3ri (matin) une; information d'après1 las- travail soit reconnue: et que l'Etat ait là haute main sur
quelle les; directeurs; des journaux bourgeois; de Pomérâaie Féconomie, afin de soutenir' la classe; moyenne: et de: proté-
auraient décidé de; ne plus accepter aucune annonce dé pu^ ger' la. classe: ouvrièire. En principe,, il reconnaît même la
blicité pour des maisons; de commerce; juives, Le Wêst- possibilité de; certaines expropriationiS, à condition, qu'elles,
êeutscher Beobaehtersignale cette décision)avec satisfaction se limitent à des cas d'absolue nécessité, et ne puissent
efc la propose: en exemple au reste de' la presse
:
être réalisées que contre indemnisations.
«i Ainsi; prend fin; une; duplicité: qui devenait,, à la Ions-
Des formules également prudentes apparaissent dans
gue* intolérable. Des journaux qui, en première; page,: se Fexposé relatif à la, politique des nationalités. Le caractère'
disent nationaux et qui travaillent à édifier l'Etat,, favorisent polonais de l'Etat doit être renforcé, il faut accorder une;
complète:
dans leur page de publicité, contre espèces sonnantes, les devra garantir légalité des droits aux minorités auxquelles l'Etat
ennemis mortels, du peuple allemand, les excitateurs qui culture; nationale. la possibilité de développer librement- leur
Cela s'applique aussi, aux. juifs, auxquels
erient à la guerre et aux atrocités. Il est certain que le pu- toutefois le programme ch'réKiein-démoca'aite consacre- un
,
PAIX ET DROIT
paragraphe spécial. Il y est dit textuellement « :Nous recon- < i restant <de la classe 'ouvrière me doit être soutenu qu'au-
Le
naissons l'égalité des droits civils aux juifs,. mais mainte- tant
1 que l'exigent- les intérêts de l'Etal et les nécessités du
rions aussi le point de vue qu'ils ne doivent prétendre à développement de la production. Sans aucun clou le, ces
<
aucun privilège dans la vie économique et sociale et qu'il conceptions
< n'apportent pas de compréhension profonde
ne faut pas attribuer un caractère d'injustice au fait que des
< problèmes sociaux que lait naître l'existence d'un prolé-
la société polonaise veuille renforcer la classe moyenne tariat
] industriel.
polonaise, conserver aux villes leur caractère polonais et Le caractère incertain du parti en présence des ques-
s'opposer par les moyens moraux et légaux aux efforts tions sociales apparaît dans la position prise à l'égard du
que font les juifs pour s'approprier les professions libé- problème juif. Le mot « juif » n'apparaît pas dans son
rales, l'artisanal, le commerce et l'industrie. » programme. En dehors des socialistes >et du parti du gou-
Ainsi apparaît un antisémitisme modéré, tout au moins vernement qui, du reste, n'a pas de programme écrit, le
dans la forme, comme, du reste, les autres conceptions de « parti du'peuple » est le seul groupement politique polonais
ce parti qui, cependant, d'après sa ligne générale, doit pour qui, officiellement, la question juive n'existe pas, en
être tenu indubitablement pour un parti de droite. sorte qu'on serait tenté d'appliquer aux juifs la solennelle
Avec les démocrates chrétiens, nous avons épuisé la déclaration du parti concernantil'égalité des droits h accor-
liste des partis polonais bourgeois ayant une certains impor- der à toutes les confessions et à toutes les nationalités en
tance. Peut-être sera4-c-n frappé du fait que nous n'avons Pologne. Et pourtant, il suffit de soumettre le programme
mentionné aucun parti bourgeois de tendances libérales. En du parti à un examen [plus attentif pour comprendre com-
l'ait, il n'y a -pas actuellement en Pologne de groupement bien pareille vue serait inexacte. En deux endroits, il est
de ce type. La fraction libérale de la 'bourgeoisie polonaise, question des juifs en termes voilés et chaque fois dans un
après la révolution de mai 1!!26, est, dans son écrasante esprit iîranchement haineux. D'abord, on expose la nécessité
majorité, passée dans le camp du parti de gouvernement de transformer les villes de Pologne en foyers de l'économie
et, au sein de ce dernier, lutte avec un bien médiocre succès et de la culture polonaises (c'est, du reste, là le seul point
contre la déviation qui entraîne ce parti vers la droite du programme où il:soit question des villes). Puis un autre
et se manifeste tous les jours avec plus ^d'éclat. Une faible paragraphe combat avec ibeaucoup de véhémence le rôle
partie de la bourgeoisie s'est aussi réfugiée dans le parti funeste de l'intermédiaire de village et i'éclame que le
paysan et dans le parti socialiste. Mais, en tant que grou- commerce des produits ruraux soit confié à des coopératives
pement politique autonome, la bourgeoisie libérale polo- agricoles qui seraient soutenues par l'Etat. Il en résulterait

I naise n'existe plus.


iLe parti paysan polonais, le « parti du peuple »,
nous arrivons maintenant,
auquel
ne se place pas entre les partis
que les juifs seraient éliminés des villes et du commerce :
telle est la quintescence de la politique juive du parti,
laquelle peut être mise sur le même rang que l'antisémi-
bourgeois et ouvriers uniquement en raison de sa structure tisme des partis polonais bourgeois.
professionnelle, mais aussi en raison de sa ligne d'action. Tel apparaît le visage de la paysannerie polonaise orga-
Le pafti associe de façon curieuse des solutions modernes nisée en tant que groupement politique. Il n'en a pas tou-
m et réactionnaires, en sorte qu'on ne sait pas bien si on doit jours été ainsi. Jadis, les ;partis radicaux créés par les petits
le classer à droite ou à gauche. 11 convient d'expliquer ce paysans avaient un caractère plus avancé qui se faisait
fait historiquement. Le « parti du peuple » est né seulement sentir dans tous les domaines et que la fusion des partis
en 1G31. de l'union des trois partis paysans qui existaient paysans fit en grande partie disparaître. Des manifestations
à ce moment, dont l'un représentait les éléments aisés de d'antisémitisme, en particulier chez certains éléments du
la paysannerie, et les deux autres les couches plus pauvres. parti, sont h l'ordre du jour.
I I V
L'union des trois groupements devait avoir pour consé- INous sommes quelque peu embarrassés au moment de
quence une certaine confusion dans l'établissement de leur passer à la description des .partis ouvriers. D'abord, une
programme. Ainsi il faut y noter comme des solutions de faible fraction du prolétariat polonais a une organisation
progrès les points suivants : politique autonome. Beaucoup de travailleurs sont embri-
'I a) Le caractère démocratique et républicain du parti gadés dans le parti du gouvernement, beaucoup dans les
est énergiquementaffirmé • partis ibourgeois, en particulier dans la « national-démocra-
b) Une pleine liberté de conscience, l'égalité des droits tie », et l'immense majorité n'appartient à aucun parti bien
pour toutes les confessions et toutes les minorités nationales défini et oscille à chaque consultation électorale entre un
sont exigées, sans que des droits de laveur, quels qu'ils extrême et l'autre. Non moins important est le fait que la
1 soient, soient demandés pour le catholicisme,, comme ils le conception nette d'un parti ouvrier n'existe pas en Pologne.
sont par les partis bourgeois ; Les ipartis bourgeois, si différents qu'ils puissent être,
c) Le caractère pacifique de la politique extérieure s'unissentdans une même conception bourgeoise du monde,
polonaise doit être affirmé ainsi que la nécessité d'une réduc- dans l'affirmation de la propriété et de l'initiative privées,
tion des armements. comme dans leur lutte en ifaveur d'une forme d'Etat démo-
En regard de ces tendances, il faut reconnaître un cratique. Un caractère général de cet ordre manque aux
caractère négatif au fait que le parti s'est concentré unique- partis ouvriers, si on lait abstraction d'un trait qui leur est
ment sur les intérêts de l'agriculture, attitude qui évidem- commun (encore m'a4-il pas un caractère absolu), à savoir
ment n'étonne pas de la part .d'un groupement paysan, mais qu'ils se recrutent dans les milieux ouvriers. Les deux
qui lui imprime indubitablementun caractère réactionnaire. grands partis ouvriers, le parti isocialiste polonais et le parti
Le développement de l'agriculture et la -défense de ses national ouvrier (les groupes nationaux-socialistes ont en
intérêts sont pour ce parti la somme de la sagesse. Il faut général une existence illégale et n'ont, dans l'ensemble,
écarter ou même combattre tout ce qui ne s'accorde pas avec aucune importance), sont séparés l'un de l'autre par un
ime semblable politique ou n'en suit pas exactement la ligne abîme et iLest bien difficile d'établir une analogie entre eux.
inflexible. Cette tendance apparaît dans toute sa pureté En quelques mots seulement, nous allons décrire le
dans la position prise par le parti vis-à-vis de la question parti socialiste polonais •— non pas que nous le sous-esti-
de l'industrie. Son programme est 'résolument antiiindus- mions — car c'est un groupement important malgré les
iriél. Seules doivent être soutenues les branches qui trai- échecs subis [par lui dans ces dernières années— mais parce
tent les produits agricoles ou importent à ila défense natio- que nous sommes devant un type de parti socialiste comme
nale. Tous les autres éléments, notamment ceux qui ont il en existe dans presque tous les pays du monde et dont
•besoin d'être protégés ;par des .droits de douane, le parti les traits essentiels peuvent être considérés comme connus
les juge inutiles, bien qu'en un autre point de son pro- de tous. Le programme officiel du parti socialiste polonais
gramme, il concède que l'industrie puisse être considérées remonte à 1920 et est pénétré de la conviction qui résinait
comme une importante réserve de travail. De semblabless alors de l'effondrement prochain du régime capitaliste et
conceptions ne peuvent faire naître aucun vraie compréhen- de l'établissement d'un Etat, socialiste en Pologne. Depuis
sion du problème ouvrier. Ami, en principe, des ouvriers,, cette époque, d'importantes transformations se sont pro-
le « parti du peuple » se cantonne dans la défense des3 duites dans le pays comme, à l'intérieur du pairti. Et pour-
intérêts des travailleurs ruraux, qu'il veut, par la volé de; .tant, diverses tentatives pour élaborer à nouveau le pro-
la réforme agraire, diriger vers une existence indépendante. gramme du parti sont demeurées vaines. Les remarques qui
M^-WssiiSftNttisaî:

10 PAIX ET DROIT a
vont suivre sont basées sur le projet de programme qui a *itelles qu'elles ressortent des textes. Nous pouvons aussi
été présenté' au 23e Congrès du parti par le Comité de utiliser
• comme, fil conducteur les mots d'ordre des ligues
Varsovie et qui traduit sans doute la tendance dominante de i la jeunesse, qui se rattachent au parti du gouverne-
aujourd'hui. Le programme nouveau se sépare de l'ancien ment. Il convient de citer, en première ligne, l'importante
à ùm triple point de vue. il abandonne là théorie de l'effon- « Légion des jeunes ». En utilisant ces sources d'informa-
drement prochain de l'économie capitaliste, théorie que là tions, nous constaterons d'abord que toute l'idéologie du
marche des événements récents â démentie. Il essaie d'expli- parti du gouvernement est bâtie sur la pensée et l'effort d'un
quer pourquoi la classe ouvrière n'a pas réussi jusqu'à seul homme, du dictateur de fait, le maréchal Pilsudski.
présent à s'emparer du pouvoir dans les divers Etats. En- Ses jugements et ses directives ont déterminé et décidé toute
suite, il expose une méthode pour combattre les mots d'ordre l'action du parti, tout le contenu de. son programme. Aussi,
fascistes et national-socialistes, méthode adaptée aux condi- le parti se concemtre-t-iï sur les intérêts de l'Etat, auxquels
tions régnant en Pologne et qui tendrait à entraîner à ce tous les autres doivent être subordonnés. C'est pourquoi il
combat défensif la paysannerie pauvre, les travailleurs intel- est adversaire résolu des intérêts et tendances susceptibles
lectuels et une partie de la bourgeoisie. d'imposer au citoyen polonais des liens ou des obligations
La troisième innovation est la plus caractéristique, si supra-nationales. De là une attitude opposée au capitalisme
oii la rapproche de l'ancien programme du parti. Elle con- comme au socialisme, comme, en définitive, à l'Eglise catho-
siste à proclamer un front unique des classes travailleuses lique même (par opposition à la religion), dans la mesure
au sein même, des minorités nationales auxquelles serait où cette Eglise tend à soumettre le citoyen polonais à l'in-
garantie la liberté de fixer leur avenir politique. Ainsi, le fluence du catholicisme mondial. Le parti est, dans l'en-
parti socialiste polonais expose un programme de collabora- semble, imbu de capitalisme d'Etat ; il lutte pour donner à
tion avec les minorités nationales. L'exposé de celte tactique l'Etat la possibilité d'assurer et d'accroître son ingérence
correspond, du reste, à l'action pratiquée dans ces dernières dans la vie économique et, en particulier, de contrôler de
années. Le programme du parti ne parle d'ailleurs pas des prèsSejm le capital. 11 y a quelques jours, le projet du club juil
juifs, auxquels s'applique ce qui est valable pour les autres du tendant à établir des écoles d'Etat où seraient
minorités nationales. Le. parti socialiste a collaboré étroite- enseignées les langues hébraïque ou ydisch a été repoussé
ment, dans ces dernières années^ avec les partis socialistes par les voix du parti du gouvernement. Il est curieux d'ob-
juifs de Pologne et combattu résolument l'antisémitisme. server que, malgré tout, ce parti est le seul qui compte un
'Le programme du parti national ouvrier apparaît tout de assez grand nombre de juifs parmi ses membres. L'influencé
à fait différent. Ce groupement, qui compte en assez grand est ces derniers sur les conceptions et la politique du parti
nombre de membres dans tout le pays et le cède de peu toutefois très minime.
Nous avons achevé cette rapide étude des caractères
au parti socialiste quant aux effectifs, est un adversaire des principaux partis polonais. En quelques mots, nous
résolu du socialisme comme de la politique de classes. allons
Avant tout, il accentue son caractère national et chrétien. en tirer les conséquences. La vie des partis en Polo-
11 n'a conscience d'être un parti ouvrier que dans la mesure gne caractérise bien un Etat qui se trouve à un Stade de
transition
où il proclame le droit général au travail et où il veut tement, quientre la démocratie et la dictature ou, plus exac-
lutter pour un salaire minimum. Il veut maintenir quand a renoncé au jeu des institutions démocratiques
même la propriété individuelle qui, toutefois, devra, à cer- sans avoir pu se décider pour une forme précise de dicta-
ture et sans tirer
tains égards, être contrôlée par l'Etat. Par conséquent, la résulte de cet étal de choses toutes les conséquences du système. Il
vie économique doit être abandonnée à l'initiative qui sera particulier la liberté, tout certains aspects positifs, emi
plus apte à un rôle de direction que des corporations^ insti- l'organisation politique au moins de principe, laissée à
tutions de droit public. Même sur le terrain de la politique conséquences négatives, et à la pensée, et aussi certaines
intérieure, le parti est éloigné de l'altitude résolue de la sif de tout notamment un détachement exces-
social-démocratie. Il est certes partisan de la démocratie nationalisme exagéré, ce. qui est progrès économique ou social, un
et adversaire de la dictature, mais il veut un gouvernement d'une vie politique unilatérale, souvent le cléricalisme. Dans ce cadre
fort, et il fait d'une Pologne puissante le premier et le place d'une importance externe. la question juive prend une
plus important article de son programme. De là découlé La marche des événements,
son attitude à l'égard des minorités nationales auxquelles au cours des dernières années, a revêtu un sens très clair,
il est prêt à accorder l'égalité des droits^ mais exige d'elles mais a sérieusement compliqué la situation;.
Ainsi,
l'égalité des devoirs. La question juive occupe une place à à la doctrine l'antisémitisme apporte-t-il un élément important
part clans son programme qui critique et déplore la situa- l'époque apparaît et à la vie des partis polonais. Le visage de
tion prédominante occupée par les juifs. Le parti ouvrier tiques. ici sous ses traits les plus caractéris-
national reconnaît l'égalité des droits civils à la minorité ,
juive, mais en même temps souligne sa position privilégiée, Dr A. T.
le monopole qu'elle exerce sur le commerce, qui, dans la
plus grande partie du pàys^ est entre ses mains. Il tient
pour un phénomène nuisible au point de. voie social et éco-
nomique, la place trop considérable occupée par les juifs
EN ROUMANIE
dans certaines branches de la production et de l'échange. — **
Il préconise le développement d'une classe moyenne chré-
tienne dans les villes polonaises. Le jour de repos obliga- Mode d'application et répercussions
toire, en Pologne, doit être le dimanche ; il est celui de la
majorité dé là population. En raison du caractère social de de la loi du travail
ce jour de repos, l'Etat ne peut faire aucune exception en
faveur delà minorité juive.
Ainsi, nous voyons, là aussi, s'accentuer'fortement une Le gouvernement de M. Tatàresco a cru devoir donner
haine des juifs qui rapproche ce programme politique et ces jours passes certains apaisements au sujet de l'applica-
social des conceptions nationales-socialistes. Il faut cepen- tion de la nouvelle loi dite du « travail national ». Ils n'ont
dant reconnaître que l'antisémitisme du parti national des pas suffi à calmer l'émotion soulevée dans les milieux israé-
travailleurs est, en fait, beaucoup moins agressif que celui lites, car il s'avère que les assurances prodiguées en haut
des nationaux-démocrates par exemple. lieu sont en opposition avec les instructions secrètes reçues
Pour conclure, nous allons consacrer quelques mots au par les commissions de surveillance et de contrôlé.
parti du gouvernement, bien que, ainsi que nous t'avons Ces commissions se sont déjà mises à l'oeuvre. Après
marqué dams notre précédente correspondance, il ne s'unisse diverses enquêtes sur place, jugeant que les dispositions
pas sur un programme suivi et modifie assez souvent ses légales n'étaient nulle part respectées quant aux tableaux
conceptions aussi bien politiques que sociales. Aussi, si
nous voulons préciser les bases du programme du parti, formulaires à remplir (1), elles ont fixé au 1er mai dé l'année
devons-nous prendre pour point de départ de notre en- courante le délai ultime pour que chaque entreprise congé-
quête- l'action effective du parti plutôt que ses conceptions ci) Voir Droit,
. Paix et lévrier 1935.
PAIX ET DROIT
die au 'moins 50 salariés juifs et les remplace par autant rubrique
i non prévue, au début, dans la loi et figurant dans
d'unités ouvrières de sang. J règlement sous la dénomination « citoyens d'origine ethni-
Je
Comment les isrâélites ne verraient-ils pas dans cette que ».
<
exigence arbitraire l'indice d'un retour à la politique d'ex- Avec juste raison, le journal Adeverul (29 sinars) observa
clusion qui a caractérisé les mesures 'législatives d'avant ài ce sujet que c'est une rubrique improvisée à la dernière
l'émancipation ? Certes, tes sphères officielles protestent 0heure et que personne n'est en mesure au surplus de rem-
contre des interprétations ou imputations de ce genre. Elles plir,
] parce >qu'aucun chef d'entreprise n'est en état de don-
vont même jusqu'à autoriser M. Davila, ministre de Rouma- ner
i son avis sur l'origine ethnique des salariés, pas plus
nie à Washington, à déclarer publiquement que les disposi- que les salariés eux-mêmes. D'ailleurs que signifient ces
<
tions pour la protection du travail national s'appliquent deux
i vocables ? A partir de quelle génération compte l'ori-
seulement aux étrangers (2). 11 n'eu 'demeure pas moins *pie, igine ethnique ? iBien malin qui pourrait le démontrer. Voilà
dans la (pratique, les toits contredisent cette affirmation. La pourquoi cette question provoqua partout sensation, confu-
'place >est ici 'de se demander quand les dirigeants roumains sion et désarroi. Port embarrassé, le gouvernement se borna
sont sincères : lorsqu'ils envoient des instructions à leurs à déclarer ^qu'elle n'avait qu'une importance secondaire.
agents à l'étranger, ou bien, lorsqu'ils prescrivent aux
commissions ôe surveillance de déloger les employés juifs
des positions qu'ils occupent... •Sur le même thème, la gazette mentionnée ci-dessus
Toujours est-il que les isrâélites ne peuvent s'incliner publia >un article judicieux qu'on peut ainsi résumer. Il est
sans protester contre certaines dispositions de la nouvelle clair, y -est-il dit, que dans les institutions et les établisse-
loi qu'on essaie de leur appliquer et sans invoquer le droit ments visés, les soi-disant minoritaires ou étrangers sont les
juifs. Il convient de
— le droit tout court, tel qu'il ressort des traités et de la global, 99 % d'entreremarquer que, compte tenu du nombre
Constitution elle-même. Que le gouvernement de M. Tata- eux sont déjà exclus de la propriété
J'esco, déclarent les organes de presse juive, veuille relever rurale, des fonctions de «l'Etat, des emplois civils et mili-
la condition des fonctionnaires, commerçants et artisans rou- taires, des régies et des coopératives, des entreprises ban-
mains, rien de mieux. En ceci, il ne fait qu'user de la caires, industrielles, etc.. Il est donc naturel que, éloignés
faculté, voire du devoir qu'ont toutes les -démocraties de déboutes les branches de la production, les juifs soient plus
-veiller au >mieux-être des classes sociales. Mais ce que per- ; nombreux dans les entreprises privées ainsi que dans celles
sonne ne saurait comprendre et admettre, >c'est -que des dis- qui se trouvent essentiellement en des mains isrâélites, où
criminations interviennent entre citoyens d'un même pays, l'on ne fait pas d'antisémitismeet où les salariés sont admis
en vertu de leurs capacités reconnues. Classer les juifs
que, pour cause d'origine ou ée religion, les uns soient avan- parmi
tagés, d'autres frustrés. Il est manifeste qu'agir ainsi, c'est les minorités serait commettre une hérésie d'Etat, car
violer le principe de régalité sur le plan du -droit 'que la ce serait porter de 25 à 30 % le nombre des minoritaires
Roumaine s'est solennellementengagée à pratiquer et à res- (4 millions) 'habitant le pays. Si l'on tient à tout prix à par-
pecter. tager la Roumanie en compartiments nationaux, on doit
logiquement introduire la proportionnalitédu nombre dans
+** tout et partout, mais seulement là où cette propor-
Ainsi donc, les facteurs responsables s'évertuent à faire tionnalité est favorable àpas quelques-uns. Et puis, exclure par
dire que la loi de juillet 1934 pour la protection du travail masses les minorités des entreprises privées et les remplacer
vise uniquement un but statistique, alors qu'il est manifeste par des éléments jouissant du ^privilège de race, n'est-ce pas
que les organes dé contrôle se disent autorisés à poursuivre désorganiser ces entreprises en les bouleversant, ruiner la
une sélection qui fasse place aux Roumains de sang au pré- vie économique, surtout démoraliser les salariés pour les-
judice du .personnel d'origine ethnique minoritaire et étran- quels désormais l'incapacité et l'indiscipline pourront être
gère. Pour bien saisir la portée de cette loi, il faut en souli- autant de primes d'encouragement à l'insubordination? L'on
gner le plus possible le fond et la tendance. peut se figurer comment ils travailleront et se comporteront,
Présentée au vote du Parlementdans la pensée d'écar- sachant qu'ils sont recrutés et imposés en vertu d'une préfé-
ter les étrangers proprement dits des entreprises indus- rence ;qui les consacre automatiquement supérieurs à leurs
trielles et commerciales du pays, la nouvelle législation ré- propres employeurs. Agir de la sorte, c'est aller au devant
pondait par réciprocité à certains principes adoptés ces de l'anarchie et donner à l'élément travailleur une éduca-
derniers temps par quelques gouvernements européens sou- tion aussi erronée que dangereuse.
cieux de protéger la main-d'oeuvre de la collectivité du tra-
vail. Jusqu'ici rien que de naturel et de normal. Mais, en
Roumanie, l'occasion parut bonne aux extrémistes nationa- Il ne semble pas que le gouvernement de M. Tataresco
listes pour exercer une pression sur les sphères dirigeantes
se soucie trop de ces éventualités pessimistes. Pour l'ins-
pour que, dans Te règlement d'application, les dispositions tant, sa seule préoccupation consiste à présenter comme
initiales soient modifiées *t élargies de façon à englober ttout à fait bénigne et .à diluer dans l'eau de rose, comme on
indistinctement les citoyens d'origine enthriique minoritaire, dit, l'amplification donnée à la nouvelle loi, alors que cette
singulièrementles citoyens roumains juifs — ce que la Cons- amplification pourra se changer en une arme périlleuse
titution ne prévoit pas, puisque xi'après le pacte fondamental entne les mains des agents subalternes qui l'appliqueront. Le
tous les citoyens sont égaux devant lui. Donc, pas de résultat en sera, -que, déjà éliminés de la vie intellectuelle,
citoyens majoritaires et de citoyens minoritaires. : rien que bon nombre d'isrâélites se verront, de surcroît, expulsés
des citoyens, sans plus. Effectivement, lors de sa promulga- aussi de la vie économique. Cette loi du travail menace ée
tion, la loi ne donna lieu qu'à un petit nombre de protesta-
tions. Les récriminations ne commencèrent à devenir nom- peser lourdement sur l'un des plateaux de la balance de leur
destin et rien ne pourra endiguer le flot montant de leur
breuses que le jour de la distribution des formulaires admi- idétaiesse matérielle.
nistratifs. La surprise fut générale à cause d1une troisième
(2) Texte de la lettre adressée par M. Davila à T « Union des A ce trouble jeté dans les esprits viennent de s'ajouter
isrâélites roumains » d'Amérique : ,« ...Répondant :à un télégramme
que j'ai envoyé à Bucarest, le ministre des Affaires.étrangères m'in- les nouveaux désordres universitaires. M. Vaïda Voïvod
forme que la spécification concernant l'origine ethnique a été moti- n'aura pas beaucoup attendu pour recueillir le fruit de la
vée seulement par xm besoin d'information et de statistique. Le mi-
nistoe ajoute -que la loi, le règlement et les décisions prises ne signi- campagne antisémite signalée dans le précédent numéro de
fient point qu'il est créé -entre les citoyens roumains de distinction
basée sur leur origine ethnique, mais qu'on établit le pourcentage des ce journal. Les étudiants de la plupart des Facultés ont
sujets étrangers dans les fonctions et les entreprises roumaines. » répondu avec enthousiasme à l'appel du nouveau protago-.
WC:ï?;i«W?«wi?s!^.v^arK'^

12 PAIX ET DROIT
niste du nationalisme extrémiste. Les scènes de jadis se ou d'un groupe de personnes appartenant à une partie de
renouvelèrent : expulsions des camarades juifs, brimades, la population ;
coups et blessures, injures, rien ne manqua. Puis ce furent Vu l'art. 385 par. 30 du Code pénal ;
des manifestations bruyantes dans la rue, des vociférations Vu les dispositions du règlement sur la vente, la distri-
contre les passants, des bris de vitrines, toute la gamme bution et le colportage des journaux, publications et écrits
enfin des démonstrations antijuives habituelles. Elles ont quelconques, du 9 décembre 1895, modifié lés 6 février 1.931,
pris une telle ampleur que l'autorité centrale a dû ordonner 1" mars 1932 et 5 janvier 1935 ;
la suspension des cours, ainsi que la fermeture des foyers Sur la proposition du Département de Justice et Police,
et des cantines des étudiants. Au moment où ces lignes sont Arrête :
écrites, les troubles continuent et l'on redoute le pire pen- Article premier : D'interdire à tous journaux ou publi-
dant la période de Pâques : la jeunesse universitaire est en cations, soit aux personnes responsables de la rédaction, de
effervescence et l'atmosphère est chargée d'électricité. Pour l'impression, de l'édition et dé la diffusion de ces journaux;
cette raison, l'Union des Israélites vient de s'adresser à ou publications, toute attaque grossière et toute expression
M. Tataresco, président du Conseil, en ces termes : — soit par des textes, soit par des images — injurieuses ou
Monsieur le Premier Ministre, diffamatoires, offensantes pour un groupé de la population
«
s'inquiète seulement des ou pour un groupe de personnes appartenant à une partie,
« ...La population juive non de la population, en raison notamment de ses croyances et
manifestations qui se produisent, mais aussi du fait que des sentiments religieux ou de ses origines..
mesures opportunes ne sont pas prises, quoique les pertur- Art. 2. — D'interdire en particulier aux journaux
bateurs soient bien connus des autorités. Cette population l'Homme de droite et Réaction, soit aux personnes respon-
est inquiète aussi parce qu'elle n'entend pas une seule parole sables de leur rédaction, de leur impression, de leur édition
sortir de la bouche des gouvernants. Elle ne voit prendre et de leur diffusion/ outre l'emploi par l'Hommede droite

aucune disposition pouvant constituer aux yeux des agita- de titres tels que « Organe antisémite », « Organe de lutte
teurs un avertissement vigoureux d'avoir à cesser leur ac- contre la juiverie » ou tout autre similaire,— toute incita-
tion. Tous ces troubles sont le fruit d'une campagne dont les tion, attaque grossière ou violente* toute expression inju-
instigateurs sont notoires. La population juive ne comprend rieuse ou diffamatoire, offensante pour les juifs, incita-
pas pourquoi ils ne sont pas arrêtés et pourquoi ils sont lais-? —
tion, attaque ou expression soit par des textes, soit par des
ses libres de .couvrir les murs de la capitale de placards images, de nature notamment à déshonorer la race ou la
et d'affiches incitant à des attentats contre les israélites. —
religion juive.
« Dans ces moments graves, nous vous prions. Monsieur Art. 3.— En cas de contravention au présent arrêté,
le Premier Ministre, de bien vouloir disposer que les lois du les exemplaires des journaux ou publications, en particulier
pays soient appliquées, que l'état de siège se montre égale- ceux de l'Homme de droite ou de Réaction seront, confor-
ment efficace lorsqu'il est question de la vie des juifs, que mément aux dispositions du règlement du 9 décembre 1895
la censuré remplisse son devoir dans les cas d'excitations sur la Vente, la distribution et le colportage des journaux,
contre les citoyens juifs. » publications et écrits quelconques, modifié les 6 février 1931,
ISAS. 1er mars 1932 et 5 janvier 1935, immédiatementsaisis.
D'autre part, les contrevenants seront passibles des
INFORMATIONS peines de police.
Art. t. — Le Département de Justice et Police est
chargé de l'exécution du présent arrêté.
Certifié conforme :
Le Chancelier, signé SOLDINÏ.
1. — SUISSE 2. — HOLLANDE
arrêté du Conseil d'Etat du canton de Genève
Un
Nous avons déjà eu l'occasion de rapporter les me- Lés élections hollandaises
sures légales prises en Hollande et en Suisse contre la diffa- Le succès du national-socialismedans un pays de vieille
mation antisémite (1). tradition libérale a surpris l'opinion. Les nationaux-socia-
Des dispositions analogues viennent d'être arrêtées par listes hollandais ont réuni près de 10 % des suffrages expri-
le Conseil d'Etat du canton de Genève, dont nous donnons més au détriment des groupes libéraux et démocrates, ce-
le texte ci-dessous : pendant que conservateurs et socialistes ont maintenu à peu
Le Conseil d'Etal, vu la requête adressée en date du près leurs positions.
30 janvier 1935 par l'Union Suisse des Communautés Israé- Le parti national-socialiste n'affiche pas un programme
lites et la Communauté Israélite de Genève ; antisémite, mais il a été accusé par certains adversaires de
Considérant : recevoir des subsides d'Allemagne. Il se recrute. surtout
Que certains journaux et publicatiohSi notamment parmi les jeunes et aurait sans doute remporté un succès
l'Homme de droite et Réaction, tous deux paraissant à plus grand encore si l'âge de l'élèctôrat, actuellement de
Genève, par des expressions et déclarations publiques contre vingt-cinq ans, était moins élevé. Ses adeptes les plus actifs
les juifs menacent non seulement la paix religieuse, mais sont des petits bourgeois, des commerçants hostiles aux
aussi l'ordre public, soit la bonne entente entre lès diffé- grands magasins, souvent juifs, des paysans, des ingénieurs
rentes parties de la population, cherchant par ces expres- et aussi quelques juifs. Le chef, l'ingénieur Mussert, ne
sions et déclarations publiques, à provoquer la haine et à semble pas antisémite.
vouer une partie de celle-ci, en raison de ses croyances et Le ton de la propagande n'est guère élevé, le pro-
de ses origines, au mépris de la majorité ; gramme aussi vague que celui du parti national-socialiste al-
Que soit là Constitution fédérale, soit la Constitution lemand. La crise serait surmontée par un gouvernement
genevoise exigent le maintien de la paix religieuse et garan- d'autorité et par un système corporatif contrôlé par l'Etat.
tissent l'égalité de tous les citoyens devant la loi ; Tous les autres partis sont hostiles au national-socia-
Que, pour assurer le respect de ces droits constitution- lisme, dont l'avenir semble eh grande partie subordonné à
nels, il y a lieu d'interdire, d'une manière générale, toute l'évolution de la crise économique.
attaque injurieuse, diffamatoire ou offensante, notamment
pour les sentiments religieux d'un groupe de la population Le Gérant : Jules CREPIN.
Inn>rimerie Française (Société Anonyme), lî3r rut Montmartre, Paris '(*••).
(1) Voir Paix et Droit, décembre 1933, mai et décembre 1934. Georges Dantron, imprimeur