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La p ossession temporaire en wolof Sylvie Voisin

Cette présentation porte sur la langue wolof. Elle se focalise sur l’expression de la possession et plus particulièrement sur la possession prédicative et les dérivations verbales qui sont en lien avec la possession dans cette langue . Nous montrerons que le wolof utilise uniformément ce qu’il est convenu d’appeler une stratégie en HAVE pour la possession prédicative et qu’il existe deux extension s verbale s - e et - le qui peuvent entrer en jeu dans l’express ion de la possession. Nous présenterons plus en détail s la dérivation - e qui n’a pour l’instant jamais été décrite. Ce suffixe apposé à la petite classe de verbes exprimant la possession permet d e spécifi er que la possession est temporaire et donne une lec ture de possession externe avec d’autres verbes . A vant d e présent er le s données du wolof, n ous proposons un survol typologique rapide de la notion de possession, ses sous - domaines sémantiques et l es constructions qui l’encodent .

1 La possession : présentatio n typologique

Nous ne présent ons ici seulement certains points importants pour notre propos notamment les différents sémantismes que peuvent véhiculer les constructions possessives. L’introduction faite ici ne se veut pas exhaustive, mais simplement utile pour la description des particularités trouvées en wolof. La littérature typologique sur la possession est extrêmement riche, nous renvoyons le lecteur à ces ouvrages pour plus détails (Creissels 1979, 1996 , 2014a , 2014b ; Heine 1996 , 1997; Stassen 2009) . N ous ne présenterons que très rapidement les différents types de constructions possessives et plus particulièrement les constructions à possession externe.

1.1 Les domaines de la possession

On trouve, selon les auteurs des distinctions sémantiques assez fines d es constructions possessives . Quatre valeurs semblent forme r un socle commun. Les traits qui permettent de les distinguer sont plus ou moins précis et détaillés selon les sources . L a répartition de Stassen (2009) oppose 4 sous - domaines de la possession s elon deux critères : le contrôle et le contact permanent.

 

Contrôle

Contact permanent

possession temporaire

+

possession aliénable

+

- +

possession inaliénable

-

possession abstraite

-

+ -

Dans la présentation de Stassen la possession temporaire se distingue des par le fait que possesseur exerce un contrôle sur l’objet possédé, mais il n’y pas de contact permanent établi entre le possesseur et le possédé. La possession temporaire peut – être définie de la façon suivante. Il s’agit d’une possession a un e durée limitée et l e possesseur n’est pas considéré comme le propriétaire de cet objet . Les autres termes permettant de désigner ce type de possession sont : possession accidentelle, contrôle temporaire

La possession aliénable Cette possession n’est ni in hérente, ni indissoluble, même si la relation de possession est considérée comme stable dans le temps. Elle comprend les cas dans lesquels la relation de possession peut être rompue, transférée ou donné e par des actes de vol, d’emprunt, de vente ou d’achat . Bien souvent, la possession aliénable est définie en contraste avec la possession inalié n able. Autres termes pouvant être utilisés : possession non - intime, accidentelle, a cquise, transférable, normale. L a possession aliénable est considérée comme la poss ession prototypique , le seul cas « normal » de possession , l’appartenance inaliénable étant elle un concept social, très marquée culturellement, que ce soit dans le cadre de la propriété ou des relations de parenté ( kinship ) .

La possession inaliénable Autr es termes pouvant être utilisés : intime, inhérente, inséparable, a - normale

Possession temporaire en wolof

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De très nombreux travaux ont porté sur la possession inaliénable, beaucoup de langues utilisent des structures linguistiques différentes (notamment dans la possession attributive) pour encoder ce type de possession. Il est cependant difficile de dresser un tableau précis de ce type de possession, si on trouve des tendances entre les langues, aucun universaux ne peut être mis en évidence, essentiellement parce que les éléments qui on t trait à une possession intime ou considérée comme inséparable sont culturellement spécifiques , on trouve donc beaucoup de variables. Les tendances restent les suivantes :

(a)

les liens de parenté

(b)

les parties du corps

(c)

les relations sociales

(d)

les concepts de re lations spatiales « haut », « bas »…

(e)

les parties d’autres items (inanimés), « branches »…

(f)

les états mentaux ou physiques

(g)

les nominalisations quand le « possédé » est un nom - verbal comme par exemple « sa chanson », « sa plantation de bananes »

(h)

quelques conc epts individuels « sa voix », « son nom »…

La possession abstraite. Dans ce type de possession, le possédé est un concept plutôt q u’un objet tangible ou visible. Ces constructions ne sont pas toujours inclu e s dans le domaine de la possession . J’ai de la fi èvre, je n’ai pas le temps …

Pour la suite de notre présentation, nous devons introduire une notion supplémentaire qui est pertinente pour la compréhension des données en wolof. La possession temporaire et physique sont parfois rapprochées et sont les deux étiquettes possibles pour une même valeur. Heine , cependant, pren d en compte les deux cas de figure, même si on peut voir dans le tableau que leurs propriétés sont identiques , il les définit de façon différente ce qui est intéressant pour la suite de notr e présentation .

Tiré de Heine (1997 : 39) – Some prototypical proprieties of possessive notions

PHY TEMP

PERM

INAL ABST

IN/I IN/A

P eur + H

+

+

+

+

+

-

-

P eur item concret

+

+

+

+

-

+

+

P eur dt d’utiliser

+

+

+

+/

-

-

-

-

proximité spatiale P eur & P é

+

+

+

+/ -

+

+

+

pas de limite temporelle

-

-

+

+

+/ -

+

-

Physical possession “ This n otion, which has also been refer red to as momentary possession, is said to be present when the possessor and the possessee are physically associated with one another at re ference time, as can be assumed to be the case we have in (29) below. (29) I want to fill in this form; do you have a pen ? ”

Temporary possession “ Alternative terms that have been used for this notion are accidental possession or temporary control. Accor ding to this notion, the possessor ca dispose of the possessee for a limited time but s/he cannot claim ownership to it, as in

(30)

(30) I have a car that I use to go to the office but it be longs to Judy ”

1.2 Les principales structures

On distingue le plus so uvent deux types de constructions possessives :

(1) L a possession attributive ou adnominale dans laquelle l a relation de possession entre deux entités n’est pas établie par un verbe ; (2) L a possess ion prédicative dans laquelle la relation de possession entre deux entités est établie par un prédicat . O n peut également ajouter un troisième type de possession :

(3) L a possession externe, c’est - à - dire des constructions dans lesquelles le possesseur et le possédé sont dans des constituants distincts, sans être mis en relat ion par un prédicat de possession (J’ai coupé les cheveux à Pauline (Je les ai coupé à Pauline ) ; Je me suis coupé les cheveux ; construction de possession externe particulière nommée également possessor raising ).

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Dans notre présentation nous n’aborderons pas la possession attributive. Ce n’est d’une part pas pertinent dans le cadre de la dérivation verbale, par ailleurs, ces constructions sont simples (1 forme) et ont champ d’application très large (pas de grand intérêt).

1.3 Articulation entre structu re et séman tisme de la possession

Bien qu’il y ait minimalement 4 sous - domaines de la notion de possession, aucune langue n’a 4 constructions possessives distinctes. Dans le lien entre le sémantisme de la possession et les constructions qui peuvent l’encoder, il f aut faire une différence entre les constructions de possession adnominale (attributive) et la possession prédicative. Les différentes études qui ont pu porter sur la sémantique des constructions possessives se sont majoritairement focalisées sur le sens de s constructions attributives et plus précisément les différences de sens portées par des constructions possessives attributives différentes. Ces différences encodant le plus souvent dans les langues du monde une différence entre possession aliénable et possession inaliéna b le. Ce contraste s ’il s e retrouve très fréquemment marqué dans la possession attributive, et parfois aussi marqué dans la possession prédicative, sans pour autant qu’il y ait de lien entre les deux dans une même langue. Comme le note Creissels ( 1979, 2014b ), bien souvent les langues qui ont grammaticalisé l’opposition aliénable/inaliénable dans la possession adnominale, n’ont pas pour autant grammaticalisé cette même opposition dans la possession prédicative. Autre point intéressant à relev er, l ’expression de l a possession temporaire n’est que rarement grammaticalisé . Si on la trouve rarement distinguée dans la possession attributive, elle l’est plus fréquemment dans la possession prédi c ative. Cependant, seules q uelques langues sont connues pour avoir des constructions distinguant la possession temporaire. Il faut tout de même remarquer que l e sémantisme particulier en lien avec la possession prédicative n ’a encore jamais fait l’objet d ’études systématiques .

Quelques langues s ont connues pou r avoir des constructions différentes pour distinguer la possession temporaire , mais d’une façon générale, la possession temporaire a reçu beaucoup moins d’attention que la possession inaliénable et la possession aliénable .

Songhay ( Nilo - Saharan, Songhay) (Stassen 2009, 22)

1. Yero

mey

lambana

we

have

mule

‘We have a mule’

2. Kuumuu

goo

ay

ga

hoe

be

1 SG

by

‘I have a hoe on me’ (‘temporary physical possession or custody’)

Heine (1997 : 93) indique que le telugu a grammaticalisé un schéma lo calisation pour encode r des constructions possessives avec des valeurs de possession physique ou temporaire, tandis que les autres valeurs sont contenues dans constructions avec une source GOAL.

Dans la suite de cette présentation, nous allons montrer que le wolof utilise uni formément une construction de type HAVE pour encoder la possession, mais qu’une dérivation particulière est également attestée dans cette langue pour indiquer le cas spécifique de possession temporaire. Rappelons qu’aucune étude systématique n’a encore été effectuée sur les outils qui permettent dans une même construction de possession prédicative de faire des différences entre l’expression d’une possession temporaire, aliénable… Cependant, je ne crois pas que dans les différents outils relevés pour l’instant, des dérivations verbales aient été indiqué. Or, nous verrons que le wolof a deux marques de dérivations verbales spécifiques à l’expression de la possession.

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2 La possession en wolof

Avant de présenter la dérivation verbale liée à l’ expression de la poss ession en wolof, nous allons rapidement présenter les constructions permettant d’encoder la possession de façon générale en nous restreignant à la possession prédicative, sans présenter la posses sion attributive ou adnominale ( construction possessive sans sémantisme particulier, pas de différence entre possession aliénable et inaliénable ni d’autres types d’opposition) .

Nous avons indiqué que le wolof ne connaît qu’une construction de possessive prédicative et cette construction est de type HAVE . Autrement dit, l a proposition contient un verbe transitif qui provient généralement d’un verbe encodant à l’origine une action, telle que prendre, saisir… Le possesseur et le possédé présentent respectivement les caractéristiques du sujet et de l’objet dans la lang ue concernée. Assez répandue dans le monde entier, la construction HAVE est une des constructions types les plus fréquentes.

Sur le continent africain, d’une façon générale, la construction WITH est la construction la plus largement attestée. Cependant, les constructions de type HAVE sont bien attestées dans la région de l’Afrique de l’Ouest, et même bien répandues dans les langues atlantiques. Cette région se démarque d’ailleurs sur ce point du reste du continent et des autres langues Niger- Congo.

En wol of, l a possession prédicative est lexicalisée à travers trois radicaux :

am

avoir

moom

posséder

yor

avoir avec soi, avoir sur soi

Avec ces verbe s , l e possesseur a une fonction syntaxique de sujet et le possédé montre toutes les caractéristiques de ce que l’on peut définir comme un objet en wolof.

Sauvageot (1965 : 58)

3. goor

g-ii

dafa

am

alal

j-i

homme CL g - DEM . PROX FOC . VB . S . 3 SG avoir fortune CL j - PROX

Cet homme - ci a de la fortune (des richesses, des biens )

Abiven (1922 : 201)

4.

Téere

b-ii,

maa

ko

moom

livre

CL b - DEM . PROX

FOC . SUJ . S . 1 SG O .3 SG posséder

Ce livre, c’est à moi qu’il appartient.

Diouf (200 3 : 371)

5.

Su

yor-oon

caabi

j-i

jox

ma

ko.

HYP avoir_avec_soi

clé

CL j - PROX

donner O .1 SG

O .3 SG

S’il avait la clé, il me l’aurait remise.

Les valeurs de possession encodé e s par ces verbes sont différentes. Le verbe am est le verbe générique encodant la possession, tandis que le verbe yor exprime ce que l’on désigne par possession physique. Le verbe moom quant à lui exprime la propriété .

Dans les deux sections suivantes, n ous allons présenter deux dérivations verbales qui sont en lien avec l’expression de la possession. La première , la dérivation - e a deux comportements, elle s’a djoint aux verbes de possession et indique qu e la possession est temporaire. Cette même dérivati on et la dérivation - le entrent dans des constructions à possession externe.

2.1 La dérivation - e, expression de la possession temporaire

L es verbes am et yor peuvent être dérivés par le suffixe - e qui p ermet d’exprimer une possession temporaire . Le verbe moom de part son sémantisme ne peut être dérivé par - e .

Possession temporaire en wolof

6.

7.

Mu ngi

PRESTF . 3 SG avoir - POSS . TEMP quelque _ chose LOC main - POSS 3 SG

Il a quelque chose dans la main.

dara

am-e

ci

loxo-om.

B-an

CL b - INTER maladie

feebar

nga

NARR . S .2 SG

Quelle maladie as - tu ?

am-e ?

avoir - POSS . TEMP

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8. Dinga-y far-al

di

yor-e

ay

milliard ?

FUT - INACP être_partisan - CAUS 1

INACP avoir_sur_soi - POSS . TEMP

INDEF - CL y

milliard

As - tu l’habitude d’avoir souvent (sur toi) des milliards ?

9. Dafa

FOC . VB . S .3 SG

Il était armé.

yor-e

avoir_sur_soi - POSS . TEMP PASSE

woon

gànnaay.

arme

Cette dérivation - e n’a à notre connaissance jamais été décrite pour le wolof, si ce n’est très rapidement dans Voisin (2010) . Ell e est cependant citée dans les travaux sur les langues créoles à base portugaise. Elle est ainsi considérée c omme la source du - e que l’on trouve sur le verbe ten avoir dans les créoles à base portugaise de la zone, cette hypothèse est notamment développée par Lang ( 2006, 2009) .

Créole de Ziguinchor (Biagui 2012 : 191 – 2)

10. i

te ŋ

kóbur

S 3 SG

ACP . avoir argent

Elle/il a de l’argent.

11. i

tené

kóbur

S 3 SG ACP . avoir - POSS . TEMP

argent

Elle/il a de l’argent.

La différence entre les deux phrases repose comme en wolof sur le caractère obligatoirement temporaire dans le cas de la forme verbale en - e . L’exemple suivant est p lus com plexe à appréhender. L e caractère temporaire de l’énoncé 13 porte sur la localisation de l’objet possédé, « les enfants se trouvent momentanément à Ziguinchor » (Biagui 2012 : 192).

Créole de Ziguinchor (Biagui, 2012 : 191 - 2)

12. N

te ŋ

si ŋ ku

fiju

S 1 SG

ACP . avoir cinq

fils

J’ai cinq enfants.

13. N

ten-é

S 1 SG ACP . avoir - POSS . TEMP

dos

deux fils

fiju

J’ai deux enfants à Ziguinchor.

na

dans Ziguinchor

Sicor

2.2 Constructions à possession externe (CPE ), les dérivations -le et -e

La possession exte rne est une construction dans laquelle une relation de possession est établie entre les arguments du verbe sans pour autant que le verbe exprime une possession. Nous avons déjà établi que la dérivation - le en wolof modifie la valence de verbes, généralemen t exprimant une qualité en ajoutant un argument sujet montrant un rôle sémantique de possesseur. Dans ces constructions, l’objet possédé attesté les qualités ou se trouve dans l’état décrit(es) par le verbe dérivé (Voisin (2002) , 2010) . Les verbes se resse mbler, mourir et être bon sont d es verbes monovalents qui dans les propositions dérivées suivantes entrent dans des constructions transitives dans lesquelles on peut voir que les sujets sont les personnes en possession des entités introduites dans les arguments objets qui présentent la

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caractéristiques désignées par le verbe dérivés . Ce sont ainsi respectivement les boubous sui se ressemblent, l’épouse qui est morte et les livres qui sont bons . Dans aucune de ces propositions la notion de possession n’est exprimée par un des éléments permettant d’encoder la possession, le seul élément que nous identifions pour marquer cette notion est p ar conséquent la dérivation indique un lien de possession entre les deux arguments du verbe.

Fal, Santos et Doneux (1991)

14. Mbootaay gi

yépp

a

nuroo-le

woon

mbubb.

association CL g - PROX CL y - tou t FOC . SUJ se.ressembler - POSS PASSE

boubou

T ous ceux de l'association avaient des boubous qui se ressemblaient.

15. Góor

g-ii,

moo

dee-le

jabar.

homme DEM . PROX FOC . SUJ . S 3 SG mourir - POSS épouse

C 'est cet homme qui éprouve la perte de son épouse.

Church (1981, 27:164)

16. Baax-le

na

ay

téeré.

ê tre_ bon - POSS PARF . S .3 SG INDEF - CL y livre

Il a de bons livres.

La dérivation - e exprimant la possession temporaire est également identifiable sur de ux verbes qui n’encode nt pas la possession . Il s’agit des verbes des « rester » et te « résister, ar rêter ». Avec ces deux verbes, nous avons à faire à une CPE étant donné que la relation de possession n’est marquée ni par le verbe, ni par auc un autre élément . Dans ces constructions , le sujet est le possesseur et l’objet le possédé. Le verbe des « rester » est un verbe ambitransitif avec une valence particulière . C e verbe attribue un rôle à l’argument qui reste et un rôle sémantique de localisation lieu où l’argument su jet reste . Ce dernier est obligatoirement introduit par la préposition locative c i , ou est repris par un adverbe locatif construit à partir de la classe f - . Le verbe des atteste cependant une construction transitive lorsque l’argument sujet est un pronom e xplétif (construction impersonnelle) et l’argument objet correspond au référent qui reste ( 19 et 20 ) .

Diouf (2003 : 118)

17. Des-al

foofu

feg

ganaar

rester - IMP 2 SG CL f . DEM . PROX . I barrer_la_route pou le

Reste là - bas pour barrer la route à la poule.

Diouf (2003 : 101)

18. Maa-y

des

c-i

FOC . SUJ . S .1 SG - INACP rester LOC - PROX

kër

maison CL g - PROX

g-i

gi.

CL g - PROX

bu

quand NARR . S .2 PL partir - ANT

ngeen

dem-ee.

C’est moi qui resterai à la maison quand vous serez partis.

Diouf (2003, 84)

19. L-épp

CL l - tout

lañu-y

FOC . COMP . S .3 PL - INACP s’occuper_de jusqu'à NARR . S .3 SG rester tenue CL g - PROX

toppatoo,

ba

mu

des

colu

g-i.

On s’occupe de tout, à l’exception de l’habillement.

Kesteloot et Mbodj (1983 : 31)

20. Tan

y-i

di

ko

lekk

ba

mu

des

xol

ba

rekk.

vautour CL y - PROX INACP O .3 SG manger jusqu’à NARR . S .3 SG rester cœur CL b - DIST seulement

Les vautours la mangèrent jusqu'à ce qu'il reste le cœur seulement.

Avec la dérivation - e , le verbe est toujours dans une construction transitive dans laque lle le sujet est la personne à qui il reste temporairement quelque chose. Indéniablement, avec ce verbe, la dérivation donne une valeur de possession temporaire. Le sujet à la différence du verbe

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non dérivé est nécessairement un humain (vs. explétif / impe rsonnel dans les constructions transitive et élément restant dans les constructions indirecte). Il s’agit de la personne à qui il reste quelque chose, autrement dit le possesseur. Tandis que l’objet est l’élément qui reste, qui est temporairement en la pos session de l’argument sujet.

Kesteloot et Mbodj (1983 : 67)

21. Mu

NARR . S .3 SG

des-e rester - POSS . TEMP

Il (lui) restait deux citrons.

ñaar-i

deux - CONN citron

limo ŋ .

Fal, Santos et Doneux (1990 : 59)

22. Des-e

xaalis.

rester - POSS . TEMP PARF . S .3 SG argent

naa

J'ai encor e de l'argent.

Cissé M. thèse

23. Des-e

c-a

rester - POSS . TEMP LOC - DIST

ndekki

petit_déjeuner CONJ goûter

ak

njoganal.

Et en réserver pour le petit déjeuner et le goûter.

Fal, Santos et Doneux (1990, 59)

24.

Des-e

naa

tuuti

ceeb

rester - POSS . TEMP PARF . S .1 SG

peu

riz

I l me reste un peu de riz

O n retrouve la même valeur avec le verbe téye « tenir » .

Fal, Santos et Doneux (1990 : 224)

25.

L-oo

téye

c-i

sa

loxo ?

CL l - INTER . NARR . S .2 SG

retenir. POSS . TEMP

LOC - PROX

POSS .2 SG

main

Qu’est - ce que tu tiens à la main ?

(Abiven and Kob è s 1922 : 323)

26. Téye-el

ma

ma

délu-si.

retenir. POSS . TEMP - IMP 2 SG O .1 SG jusqu’à NARR . S .1 SG retouner - COME & DO

Tiens cela jusqu’à mon retour .

Perrin (2005 : 566)

27.

L-u

tax

kenn

mën-at-u-la

fe-e

téye-eti ?

CL - INDET causer personne pouvoir - INTENS - NEG - O .2 SG ici - D . V retenir. POSS . TEMP - ITER

Pourquoi personne n’arrive à te retenir davantage ?

Bien que le verbe non dérivé n’est plus attesté en wolof con temporain, on trouve cependant dans le dictionnaire de Kobès et Abiven (1922) un verbe te avec le sens de « résister » . Ce verbe entre , au moins, dans une construction transitive dans laquelle l’argument sujet correspond à l’entité qui exerce une résistance, et l’argument objet renvoie au référent auquel on résiste. Dans les formes dérivées, le sujet est celui qui exerce un e résistance dans le sens d’un maintien (de possession) et l’argument objet correspond à l’élément retenu.

Kobès et Abiven (1922 : 322)

28. Loolu

te

na

CL l. DEM . INDET

résister PARF . S .3 SG

ma

O .1 SG

Cela m’est impossible . (litt. Cela me résiste)

29. Xalel

bile

enfant DEM . PROX

te

résister PARF . S .3 SG

na

ma

O .1 SG

Possession temporaire en wolof

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Je ne peux rien faire de cet enfant. (litt. Cet enfant me résiste )

3 Origine de la dérivation -e

La dérivation abordée dans cette présentation ne montre pas d’augmentation de la valence avec les verbes de possessi on. On peut noter cependant qu’elle a d es effets d’augmentation de la valence sémantique ou du moins d’un réajustement des rôles sémantiques avec les verbes qui n’expriment pas de possession, avec le verbe des « rester » , notamment , dans le cas des CPE . La dérivation - le quant à elle a incontestablement un effet d’augmentation de la valence sémantique et syntaxique. Cette dernière est par ailleurs une dérivation diachroniquement complexe, probablement composée d’une dérivation applicative - al et de la dériv ation - e . Cette dernière est à notre sens à rattacher à une dérivation passive, même si comme ou l’avons montré avec c e s verbes, cette dérivation passive ne réduit pas la valence des verbes suffixé s . En effet, dans quelques rares, la dérivation passive est décrite avec une fonction non canonique de marqueur de possession. C’est le cas en japonais, où la dérivation passive - (r)are est décrite dans certaines constructions comme un passif possessif ou passif d’a d versité . Dans ces constructions, l'ancien sujet prend la fonction grammaticale de datif, et un nouvel argumen t est inséré en position sujet.

Japonais, Martin (1959 : 400)

30. Watakushi-wa moi - TOP

hón-o livre - ACC

I had my book taken.

tor- are -máshi-ta.

prendre - PASF - HONOR - PASSE

Tandis que les constructions en - le sont à rapprocher de constructions que l’on trouve dans les langues bantoues qui utilisent une composition de dérivations applicative et passive toujours actives, au moins dans certaines langues, pour établie le même type de relation que celui décrit pours les constructions de vois possessive en wolof.

Tswana, Creissels (c.p . )

31. Mesima

e

timeletse

CL 4 . trou S . C L 4 disparaître . APPL . TAM

boramoshwe. CL 2 . mangouste

Les mangoustes ont perdu leurs trous. L itt. Les trous ont disparu au détriment des mangoustes

Pa r ailleurs, même s’il est vrai que la voix passive n’est plus attestée en wolof, on peut cependant trouver des verbes dérivés d’un suffixe – e qui doit être indéniablement rattachée à une dérivation passive, même si aujourd’hui cette dérivation n’est pas plus fonctionnelle et peut être considérée comme lexicalisée ou semi - lexicalisée . On la retrouve encore plus fréquemment dans des dérivations al - e , dans lesquelles la dérivation – al est posée des verbes non dynamiques pour créer leur équivalent causatif, sui vi d’une dérivation passive qui permet de construire l’état résul t ant .

Diouf (2003 : 323)

32. Néeg

bi

dafa

ube.

chambre CL b - PROX FOC . VB . S . 3 SG fermer - PASF

La chambre est fermée.

Il semble qu’un lien plus étroit puisse être établi entre - e et - le , si l’on en c roit Kobès et Abiven (1922) le verbe dérivé dese est généralement utilisé lorsque le sujet est de 1 ère personne, tandis que desle est utilisé avec une 3 e personne. Est - ce que le bénéfice est plus transparent lorsque l’on a affaire à une première personne, et que la dérivation applicative bénéfactive soit nécessaire pour établir le lien entre les deux ?

Possession temporaire en wolof

4

Conclusion

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Possession prédicative 1 seule construction HAVE Lexicalisation de la possession physique et de la propriété Grammaticalisation de l’expression de la possession temporaire par une dérivation, origine passif Construction à possession externe Intervention systématique d’une dérivation verbale Existence d’une voix possessive, modification de la valence des verbes monovalents => CPE Attestation d’une CPE à valeur de possession temporaire avec deux verbes dese et téye

Références

Abiven, O., and A. Kobès. 1922. Dictionnaire Volof- Français . Nouvelle Edition. Dakar: Louis Le Hunsec, Vicaire apostolique de la Sénégambie. Biagui, Noël Bernard. 2012. “Descrip tion Générale Du Créole Afro - Portugais Parlé À Ziguinchor (Sénégal).” Thèse de Doctorat de troisième cycle, Paris, sous la direction de Nicolas Quint et de Yéro Sylla:

Université Cheikh Anta Diop et Institut National des langues et civilisations orientales.

http://www.theses.fr/2012INAL0017.

Church, Eric. 1981. Le système verbal du wolof. Publications du département de Linguistique Générale et de Langues Négro - Africaines de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines. Vol. 27. Documents Linguistiques. Dakar : Université de Dakar. Creissels, Denis. 1979. Les constructions dites possessives: étude de linguistique générale et de typologie linguistique . ——— . 1996. “Remarques Sur L’émergence de Verbes Avoir Au Cours de L’histoire Des Langues,” Faits de langues, La relation d’appartenance (7): 149 – 58. ——— . 2014a. “Existential predication in typological perspective.” Article. Lyon. ——— . 2014b. “Possession prédicative et prédication existentielle.” Course in Summer School. Roscoff. Diouf, Jean - Léopold. 2003. Dictionna ire wolof - français et français - wolof . Paris: KARTHALA Editions. Fal, Arame, Rosine Santos, and Jean - Léonce Doneux. 1990. Dictionnaire Wolof- Français Suivi D’un Index Français - Wolof . Karthala. Paris. Heine, Bernd. 1996. “Grammaticalization and Language Universals.” Faits de Langues 4 (7): 11 – 22.

doi:10.3406/flang.1996.1066.

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Possession temporaire en wolof

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Abréviations

1= première personne ; 2= deuxième personne ; 3= troisième personne ; ACC= accusatif ; ACP= accompli ; ANT= antériorité ; APPART= appartenance ; APPL= applicatif ; CAUS1= causatif ; CL= classe nominale ; CL2= classe 2 ; CL4= classe 4 ; COME&DO= mouvement associé ; CONJ= conjonction ; CONN= connecteur ; COP= copule ; D.V= dépendance verbale ; DEM.INDET= démonstratif neutre ; DEM.PROX = démonstratif proche ; DEM.PROX.I= démonstratif proche de l’interlocuteur ; DIST = éloigné ; FOC= focalisation ; FOC.COMP= focalisation du complément ; FOC.SUJ= focalisation du sujet ; FOC.VB= focalisation du verbe ; FUT= futur ; GEN= génétif ; HONOR= honorifique ; HYP= hypothétique ; IMP= impératif ; INACP= inaccompli ; INDEF= indéfini ; INDET = indéterminé ; INTENS = intensif ; INTER = interrogatif ; ITER= itératif ; LOC= locatif ; NARR = narratif ; NEG= négatif ; NM= nominalisateur ; O = indice pronominal objet ; PARF= parfait ; PART= particule ; PASF= passif ; PASSE = passé ; PL = pluriel ; POSS = possessif ; POSS.TEMP = possessif temporaire ; PRESTF= présentatif ; PRO = pronom ; PROG= progressif ; PROX = proximité ; S= indice pronominal sujet ; S.CL4 = indice pronominal sujet de classe 4 ; TAM = temps- aspect - mode ; TOP= topicalisation