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Sous la direction de

M aude Bonenfant

Charles Perraton

Sous la direction de M aude Bonenfant Charles Perraton CD > ’c p "D O) о

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Identité et m ultiplicité en ligne

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Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque etArchives Canada

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Vedetteprincipale autitre:

Identité et multiplicité enligne (Cahiers du Gerse) Comprend des références bibliographiques. ISBN 978-2-7605-4182-5

1. Identité numérique - Aspect social. 2. Avatars (Infographie). 3. Identité (Psychologie).

4. Révélation de soi. 4. Identité collective dans les médias. 5. Médias sociaux. I. Bonenfant, Maude, 1976-. II. Perraton, Charles, 1948-. III. Collection: Cahiers du Gerse.

HM851.I332 2014

303.48’33

C2014-942097-8

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Presses de PUniversité du Québec

Le Delta 1,2875,

boulevard Laurier, bureau 450, Québec (Québec) G1V 2M2

Téléphone: 418 657-4399 Télécopieur: 418 657-2096

Courriel: puq@puq.ca

Internet: www.puq.ca

Diffusion/Distribution:

Canada

Prologue inc., 1650, boulevard Lionel-Bertrand, Boisbriand (Québec) J7H 1N7 Tél.: 450 434-0306/1 800 363-2864

France

AFPU-D - Association française des Presses d’université Sodis, 128, avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny, 77403 Lagny, France

Tél.: 0160078299

Belgique

Patrimoine SPRL, avenue Milcamps 119,1030 Bruxelles, Belgique

Suisse

Tél.: 027366847 Servidis SA, Chemin des Chalets 7,1279 Chavannes-de-Bogis, Suisse Tél.: 022960.95.32

DANGER

D A N G E R

La Loi sur le droit d’au teu r interdit la reproduction des oeuvres sans autorisation des titu laires

de droits.

Or, la p hotocopie

non au torisée - le « photocopillage » - s’est généralisée, provoquant une

baisse des

ventes de livres et com prom ettant la rédaction et la production de nouveaux ouvrages par des profes­ sionnels. L’objet du logo apparaissant ci-contre est d ’alerter le lecteur sur la m enace que représente p our

l’avenir de l’écrit le développem ent m assif du «photocopillage».

 

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Sous la direction de

M aude

B o n e n f a n t

C h arles P e r r a t o n

Presses de l'Université du Québec

Cahiers du gerse

Remerciements Le Gerse remercie le CRSH, la Faculté de communication, ainsi que le Département de communication sociale et publique de l’UQAM qui, par leur aide financière, ont rendu possible

cette publication.

Les Presses de l’Université du Québec reconnaissent l’aide financière

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13 du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada et du Conseil des Arts du Canada pour leurs activités d’édition.

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Elles remercient également la Société de développement des entreprises

culturelles (SODEC) pour son soutien financier.

Révision destextes Charles Perraton Maude Bonenfant

Emmanuelle Caccamo

Mise en pages

03 Michèle Blondeau

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Conception de la maquette et œuvres de couverture

U Jean-François Renaud

Dépôt légal : 1^*^trimestre 2015

> Bibliothèque et Archives nationales du Québec

> Bibliothèque et Archives Canada

©2015 - Presses de l’Université du Québec

Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés

Imprimé au Canada

S o m m a ire j)

7 Identité et m u ltip licité en ligne — Charles Perraton et

Maude Bonenfant

Identité et subjectivation

I

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Identités et processus de subjectivation — Charles Perraton

25 De l ’id e n tité à l ’id e n tific a tio n : la d érive du tie rs sym bolisant — Maude Bonenfant, Marc M énard, André MoNDOux et Maxime O uellet

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Nouveaux outils d’analyse

51

Identité p o s t m o r te m

et nouvelles pratiques m ém oriales

en ligne: l’identité du créateur de la page m ém oriale sur

Facebook — Fanny G eorges

67

Identité(s) du joueur et du personnage : au-delà de l’analyse

mimétique des jeux vidéo — Simon D or

87

P ar-d elà l ’id e n tité et les assem blages, le concept d’agencement — Charles Perraton

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Le profil Facebook a-t-il un sexe ? Quand le design performe

l’identié de l’usager — Rania A oun

123

La vie publique des objets: un survol des objets inanim és ayant un compte sur Tw itter — Marc Rowley

143

L’approche juridique au profit des identités numériques: la défense des droits des femmes sur le Web — Isabelle Bourgeois

159

C onsom m ation et id en tité en lig n e : élém ents d’une

grammaire de la recommandation — Benoit Cordelier

179

L’identité numérique à Père de l’e-réputation — Xavier M anga

199

Bibliographie générale

223

Notes sur les collaborateurs

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B o n e n f a n t

On pourrait croire à tort que les internautes sont libres de se construire n’importe quelle identité, parce qu’ils n’auraient aucune contrainte physique dans le cyberespace. L’identité serait ainsi sortie de ses frontières pour permettre à chacun de créer et m ultiplier à sa guise autant d’identités qu’il le souhaite. Une telle perception repose sur le mythe voulant que le «réel» et le «virtu el» seraient deux mondes séparés n’ayant pas les mêmes normes culturelles, les mêmes contraintes matérielles ni les mêmes intérêts économiques. Elle se fonde sur l’idée que les expériences hors ligne seraient incar­ nées, alors que celles qui se déroulent en ligne ne le seraient pas. Pourtant ni le corps ni la conscience de l’internaute ne sont exclus de l’expérience en ligne, ne serait-ce parce que c’est le lieu d’expé­

riences perceptuelles, conceptuelles et aflfectives bien réelles dans ses effets. Par exemple, l’usage d’avatars implique un rapport différent

à soi, un moyen spécifique de se présenter aux regards des autres, mais les avatars ne servent pas qu’à se représenter physiquement > CD ou qu’à projeter une image idéalisée, ils servent aussi à représenter

ce qui est accompli par des marques visibles et à répondre à des objectifs fonctionnels qui n’ont pas nécessairement d’équivalent dans le monde hors ligne. On comprend également que le code de programmation des environnements en ligne transforme en règles «structurelles» des normes sociales et change par là la capacité des

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usagers à modeler leur identité.

Aux identités personnelle, sociale et culturelle s’ajoute aujourd’hui

l’identité numérique comme autre représentation de l’individu.

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U L’im portant reste toujours au plan juridique de pouvoir faire le lien entre l’identité numérique et l’identité civile des personnes, de manière à pouvoir établir la responsabilité des actes de chacun. Toutefois, comme le soutient Erving Goffman, le moi se produi­ sant dans l’interaction, nous serions en droit de considérer que les individus ont plusieurs identités - ou, du moins, plusieurs «faces». Les interactions étant m ultiples, il en résulterait une multitude d’identités de synthèse. La question de l’identité porterait alors sur

8 — Cahiers du gerse

la nature du lien entre identité et m ultiplicité, sans croire pour autant que la continuité entre les deux se trouve assurée par le travail de la conscience du sujet ou que la tension entre les deux ouvre sur diverses formes de subjectivation. L’intérêt grandissant pour la notion d’identité témoigne peut-être de l’urgence de plaider en faveur de la complexité des identités et de critiquer la tendance à ramener la m ultiplicité à une identité unique, peu importe qu’elle soit fondée sur le genre, la religion ou la classe sociale, à moins qu’il ne trahisse notre incapacité à penser le devenir, et donc l’indéter­ mination, l’incertitude et l’indiscernable. Il faut se demander si les multiples identités que l’on adopte sont les masques derrière lesquels nous nous dissimulons, faute de pouvoir assumer notre indéterm i­ nation, ou si elles sont les masques grâce auxquels nous pouvons nous prêter aux agencements les plus divers, nous exprim er autrement et ainsi m ieux nous libérer des formes identitaires de subjectivation?

Dans le cadre de cet ouvrage, nous ne voulons pas conforter la

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croyance dans le sujet et dans l’idéologie de la représentation de

Э laquelle il relève en centrant le questionnement sur l’identité. Sujet
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et identité vont trop souvent de pair avec une surestimation de la conscience et une conception idéaliste de la volonté. On le sait, la

> O) notion d’identité est d’une grande utilité pour caractériser et respon­

sabiliser les individus dans les sociétés de contrôle. Elle permet aux autorités et aux gestionnaires de toutes sortes d’administrer les corps à distance; elle permet aux organisations de profiter du numérique pour développer de nouveaux outils de profilage. Elle pourrait faire écran à la compréhension des véritables enjeux de l’expérience du

cyberespace si on oublie de porter l’analyse sur les différents agen­ cements auxquels ouvre l’expérience des mondes numériques où

>- se trouvent mobilisés les corps et les objets dans l’exploration de

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nouveaux territoires et l’invention de nouvelles formes de vie.

L’ensemble des textes qui suivent est organisé en trois parties qui en facilitent la lecture. Dans la première partie, intitulée Identité et subjectivation et qui comprend deux contributions, le lecteur est invité à prendre connaissance d’un certain nombre de propositions théoriques propices au renouvellement des catégories relatives à

с. P erraton et М. B onenfant — Identité et multiplicité en ligne — 9

l’identité et à la subjectivation en ligne. Dans son premier article, Charles Perraton part des concepts «d’écart» de François Jullien et de « synthèse disjonctive » de Gilles Deleuze afin de problématiser différemment la question de l’identité et de sortir du débat où s’af­ frontent les fervents et les critiques du pouvoir libérateur d’Internet et des vertus émancipatrices des objets techniques. De leur côté, Maude Bonenfant, Marc Ménard, André Mondoux et M axim e Ouellet mettent en garde, dans leur chapitre, contre la confusion entretenue sur Internet entre identité et identification alors que cette dernière, associée au machinisme des programmes informa­ tiques, évacue le pouvoir de négociation collective du tiers symbolisant au détriment de l’identité individuelle et sociale.

À la lueur de ces clarifications, on s’aventure ensuite dans la partie consacrée aux Nouveaux outils d'analyse qui comprend trois textes contribuant à la problématisation de l’identité en ligne. À partir de Facebook, Fanny Georges soutient de manière étonnante l’idée que les réseaux socionumériques transforment notre rapport au

deuil, à l’identité des défunts et aux commémorations faites par les endeuillés, puisque que le Web permet désormais une permanence

U des données post m ortem . Sim on Dor présente de son côté une critique de « l’avatarocentrisme » dans les jeux vidéo en soutenant

> O) l’idée que l’identité des joueurs ne doit pas être confondue avec celle

du personnage. Pour bien comprendre la question de l’identité des joueurs, il appelle à un dépassement de l’analyse mimétique entre le corps de l’avatar et celui du joueur pour mettre de l’avant l’analyse de la jouabilité dans son ensemble. Au concept d’assemblage développé par la théoricienne du jeu T. L. Taylor pour analyser l’identité des joueurs, Charles Perraton oppose quant à lui dans un second article celui d’agencement emprunté à Gilles Deleuze et Félix Guattari

>• parce qu’il permet de mieux saisir le phénomène identitaire et de

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le problématiser sous un nouvel angle.

La dernière partie, intitulée Études de cas, regroupe les cinq dernières contributions qui offrent l’occasion de repenser les nouvelles formes de subjectivation dans le Web en général et dans les cas de Facebook, Twitter, des forums et des blogues en particulier. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’identité en ligne n’est pas, pour Rania Aoun, du simple ressort de l’usager puisque les plateformes informent déjà la manière dont l’internaute pourra se présenter

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aux regards des autres. À partir d’une analyse rhétorique de Facebook, elle fait la démonstration du rôle joué par le dispositif dans la construction identitaire. L’identité peut même être problématisée à partir des objets eux-mêmes, comme le démontre Marc Rowley. En effet, sur Twitter, un certain nombre de profils ont été créés à l’effigie d’un objet qui semble alors tw itter en son nom propre, mettant en lumière différents mécanismes identitaires. De son côté, Isabelle Bourgeois réfléchit à la manière dont le Web peut devenir un canal important dans la construction d’une identité collective,

plus particulièrement pour les groupes m inoritaires ou

Abordant la question identitaire sous l’angle juridique, elle analyse plus spécifiquement le cas de femmes qui se regroupent afin d’avoir un discours commun qui les définit. Cette identité collective peut aussi se baser sur l’acte de consommation alors que les utilisateurs de forums musicaux peuvent être compris à partir d’un modèle que Benoit Cordelier appelle la « grammaire de la recommandation » où la construction identitaire de chacun s’effectue en respect de ses

goûts de consommation et de ses achats effectifs. Dans la même perspective, Xavier Manga affirme qu’une « exposition de soi » se

opprimés.

a pense à partir d’une gestion organisée de sa réputation, voire du

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développement d’une expertise entourant la « e-réputation ». Cette facette identitaire présente ses propres spécificités, stratégies et
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> outils qui peuvent être pensés à partir d’une mise en scène de soi

P que les blogues de mode exemplifient parfaitement.

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Avec ses dix contributions, cet ouvrage permet à la fois de réfléchir aux catégories identitaires, de proposer des outils théoriques et de problématiser directement des cas pour mieux comprendre l’identité et la m ultiplicité en ligne.

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Charles P e r r a t o n

Ma façon de ne plus être le m êm e est, par définition, la p art la plus singulière de ce que je suis.

Michel Foucault (200id [1979])

« O n the Internet, nobody knows you’re a dog^ !»

J’ai l’im pression parfois d’être un flot de courants m ultiples.

d’entre m a vie

m ’ont appris finalem ent à préférer être un peu à côté, en décalage.

Je préfère cela à l’idée d’un m oi solide, identité à laquelle tan t

nous accordent ta n t d’im portance. [

]

Les discordances de

Edward Saïd, cité par Cypel et V ernet (2002)

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Le thème « identités numériques » peut éveiller la ferveur des uns

et la méfiance des autres. Pour moi, c’est l’occasion d’une réflexion critique sur la portée de cette idée selon laquelle l’identité peut se construire ou se déconstruire dans le cyberespace. Pour dramatiser

la question, j’aim erais l’aborder sous l’angle critique, et donc la mettre en état de crise de manière à ce qu’elle nous apparaisse sous

un autre jour. Pour le dire autrement, j’aimerais problématiser la

question de l’identité en m’interrogeant sur les conditions de subjec- tivation^. Pour cela, il me faudra être prudent de manière à ne pas excéder les uns ni les autres.

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Ce qui agace les fervents, c’est la critique facile et injuste. Ils ne

supportent pas l’idée que l’on puisse réduire le cyberespace à un

les gardiens de la

U «n o m an’s land sans foi ni loP», comme le font

Peter

p a ru d an s le New Yorker d u 5 ju ille t 1993.

p rem ière définition, je dirais que la subjectivation est « la m an ière

d o n t u n être h u m a in se tra n sfo rm e en su jet» (F oucault, 2001c [1982]: 1042),

2. En

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processus p ar lequel se co n stitu e u n sujet et sa subjectivité.

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12 — Cahiers du gerse

exemple, la m ultiplication des

identités numériques permet aux usagers d’Internet de se cacher derrière un masque (pseudo, avatar, etc.) pour se soustraire à leur devoir de civilité et ainsi échapper aux conséquences de paroles bien souvent mensongères, diffam antes ou irrespectueuses ou d’actes irresponsables. Pour les fervents, ce genre de critique se fonde sur une incompréhension des enjeux actuels : l’identité peut être fragmentée, mais il est aussi possible de rassembler les parties éparpillées qui la constituent. Pour les optimistes, la multiplication des profils sous lesquels les internautes se présentent ne se fait pas avec l’intention de confondre les autres, ou n’a pas nécessairement pour conséquence de les confondre ; elle ne mène pas chacun à sa perte dans une forme trouble d’identité. Je souhaite que les fervents défenseurs du cyberespace nous appuient dans la remise en question des préjugés selon lesquels la Toile est un espace dérégulé et réfrac­

m oralité publique pour qui,

par

taire à toute norme, et un prétexte pour réfléchir sur les formes de subjectivation en ligne. Sans sous-estimer la portée des critiques

moralisatrices, nous pouvons aussi être attentifs à la critique des prétendus pouvoirs libérateurs d’Internet et aux vertus émanci­

a patrices des objets techniques. Nous pouvons être d’accord que la

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technologie ne sert pas seulement et nécessairement à la liberté et au partage, mais aussi à la surveillance, au profilage et au contrôle.
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> Nous le serons pour autant que cela ne nous plonge pas dans la

P paranoïa ou dans la nostalgie.

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O L’intérêt grandissant pour la notion d’identité témoigne sans doute

de l’urgence de plaider en faveur de la diversité des identités tout en critiquant la tendance à réduire la m ultiplicité à une identité

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>- unique, peu importe qu’elle soit fondée sur le genre, la religion ou

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la classe sociale. À moins que cet intérêt ne trahisse une incapacité

à penser l’indétermination, l’incertitude et l’indiscernable, bref à

penser le devenir; on pourrait en effet se demander si derrière les multiples identités ne se profile pas une incapacité à assumer son indéterm ination. On pourrait aussi voir dans la m ultiplication des identités autant de moyens pour résister aux assignations et injonctions de toutes sortes, dans l’espoir de se libérer des formes identitaires de subjectivation.

C. P erraton — Identités et processus de subjectivation — 13

On pourrait enfin aborder la question sous l’angle goflfmanien en considérant que le moi se produit dans l’interaction. Dans ce cas, nous n’aurions pas à nous inquiéter du fait que les individus adoptent différentes identités. Les interactions étant nombreuses, il serait tout à fait normal de voir apparaître de multiples identités et plusieurs occasions d’en faire la synthèse^. On serait en droit de se demander de quelle nature est le lien entre m ultiplicité et unicité du moi. Par exemple, la continuité entre ces deux dimensions se trouve-t-elle assurée par le travail de la conscience du sujet? Ou bien la tension entre ces deux dimensions ouvre-t-elle sur diverses formes de subjectivation ?

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En centrant le questionnement sur l’identité, nous risquons de conforter la croyance dans le sujet et dans l’idéologie de la représen­ tation de laquelle il relève. Sujet et identité vont en effet de pair avec une surestimation de la conscience et une conception idéaliste de la volonté. Or comme l’a démontré Friedrich Nietzsche, la conscience n’est qu’un phénomène de surface. L’affectivité prime sur les repré­

sentations. Ce qui parvient à la conscience est le résultat d’un travail des affects; c’est l’œuvre d’«[u]ne pluralité d’instances extérieures

les unes aux autres, mais liées entre elles par une certaine forme de communication » (W otling, 2 0 0 6 : 105). Chaque instance infra-

consciente (Nietzsche utilise indifféremment les termes d’instinct,

d’affect ou de pulsion^) perçoit la force et l’autorité des autres, et du

fait de sa sensibilité, elle peut les affecter ou être affectée par elles. Le

rapport des forces en présence constitue la puissance de l’individu.

Dans l’effort de spiritualisation dont ce dernier pourra faire preuve.

4.

p ré fè re n t

(N izet et R igaux, 2005: 92), d ’autres co m m e A n th o n y

que la c o n tin u ité est assurée p a r « la conscience que le sujet a de lui-m êm e »

e n tre

G iddens co n sidèrent

Tous les c o m m e n tate u rs

p a rle r

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s’e n te n d e n t

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izet et R igaux, 2005: 92).

5.

«[L]a volo n té n ’est pas

à co m p re n d re

co m m

e

u n e

relatio n

causale,

m

écanique, qui p ro d u irait à to u t coup u n effet, m ais com m e u n e relation

de c o m m a n d em e n t et d ’obéissance in te rv e n a n t au sein d ’u n e c o m m u n a u té

h iérarch isée d ’in stan ces de m êm e n a tu re , que N ietzsche désignera p a r les term es d ’in stin ct, d ’affect, ou encore de pulsion, relatio n qui suppose à son

to u r de la p art de chaque instance concernée u n e évaluation des rapports

14 — Cahiers du gerse

c’est-à-dire dans ce mouvement de l’esprit par lequel il arrivera à interpréter les forces en présence, il pourra modifier ce rapport et ainsi dim inuer la violence d’un instinct (c’est la sublimation des affects) au profit du déploiement d’un autre. La m aîtrise de soi consistera alors à « parvenir à m aîtriser les passions les plus fortes et à leur imposer une direction nouvelle» (Wotling, 2 0 0 7 : 9 6 ). Ce que l’individu arrivera à exprimer sera symptomatique de sa manière d’être (ethos) et témoignera de l’état des forces qu’il entretient ou qu’il essaie d’entretenir (Deleuze, 2 0 0 3 i [1983]: 188).

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Pour Nietzsche, la conscience n’a ni la

contrôle des pensées. Elle n’a rien d’un «substrat qui “contrôle” le tout du sujet, détermine et guide jusqu’à la bonne marche des fonctions corporelles» (Haar, 1 9 9 3 : 137). Il faudra alors partir du corps et non de ce que sont les prétendus attributs de la subjectivité tels que la conscience, la volonté et l’entendement pour se faire une représentation exacte de la nature de notre unité, le corps étant une collectivité d’êtres parcellaires sur laquelle règne, ou plutôt sur

laquelle croit régner, une unité subjective qui ignore ce qui se passe de plus important sous elle. Toujours selon Nietzsche, la volonté

obéit à une logique de la passion et du commandement. Et l’affect de commandement est cette instance qui met en branle le processus de volonté hiérarchisant les instincts entre eux et assurant la domi­

nation relative de l’un sur les autres. Dès lors, le préjugé de l’unité du sujet et de l’efficience de la volonté empêche de comprendre le rôle des pulsions et des instincts dans les relations entre les corps et plus particulièrement, dans les processus de subjectivation.

m aîtrise du corps, ni le

Id e n t it é

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c o n t r ô le

La notion d’identité est d’une grande utilité pour caractériser et responsabiliser les individus dans les sociétés de contrôle. L’identi­ fication s’effectue sur des supports identitaires adm inistratifs (actes de naissance, de mariage et de décès, passeport, etc.) ; elle comprend des données numériques (ID , IP, adresse courriel, mots de passe, prénom ou pseudo), des signes de reconnaissance (avatar, logo, etc.) et des relevés de traces laissées par les individus (photos, profils Twitter et Eacebook, ou autres productions textuelles, sonores et visuelles). Elle permet aux autorités et aux gestionnaires de toutes sortes d’adm inistrer les corps à distance. Sur le plan juridique.

C. P erraton — Identités et processus de subjectivation — 15

ridentité permet d’évaluer et de juger la responsabilité de chacun en regard des actes commis et des paroles proférées. L’identification des personnes consiste d’abord à leur attribuer un nom et un prénom et à leur reconnaître ensuite des coordonnées à l’aide desquelles on pourra les caractériser et les localiser. Lorsque les individus ne satisfont pas ces premières conditions de citoyenneté, comme c’est le cas chez les «sans domicile fixe» (SDF) et les sans-papiers, on les traitera comme des «hors-la-loi», non pas parce qu’ils ont transgressé la loi, mais parce qu’ils ne sont pas reconnus par elle. Faute de pouvoir localiser les personnes et de pouvoir leur attribuer un statut précis, la gestion et le contrôle s’avéreront impossibles. L’association du nom et des coordonnées personnelles étant essentielle à l’identification, les fraudeurs et les tricheurs, ou les militants de toutes les causes feront bien souvent le choix de l’anonymat et de la clan­ destinité pour échapper au carcan identitaire et résister au pouvoir qui pèse sur eux.

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=3

a

L’identification permet de caractériser personnellement, socialement

et culturellement les personnes et les collectivités. L’identité civile est principalement définie et encadrée par l’État. L’identité sociale

15

X5

'(L)

précise le statut de chacun par rapport aux autres et informe sur ce qu’il a en partage avec les groupes d’appartenance. L’identité

> O) culturelle se fonde sur la langue, les croyances, les mœurs et les

P 'c

05

T3

U)
05

C/5

(/5

05

O

(N

O

habitudes. À ces premières identités, s’ajoute aujourd’hui l’identité

numérique comme représentation numérique d’une entité réelle ou

virtuelle. Mais quelle que soit l’identité, l’important reste toujours

au plan juridique de pouvoir faire le lien entre l’identité numérique et l’identité civile de la personne ou du collectif, de manière à

pouvoir établir la responsabilité de ses actes et juger de ses paroles.

05

>~

O CL

U

L e

p o id s

d u

n o m

Né à Jérusalem en 1935 et décédé à New York en 2 0 0 3 , Edward Saïd était le fils d’une fam ille protestante d’origine palestinienne. Il a passé une bonne partie de son enfance au Caire où il a été élevé à l’occidentale dans des collèges britanniques. De son prénom, Edward Saïd disait qu’il était une « “création de [ses] parents” si désireux d’être cooptés dans les cercles où domine l’aristocratie coloniale britannique» (Cypel et Vernet, 2 0 0 2 ). Mais au lieu de

16 — Cahiers du gerse

chercher à faire la synthèse de ses identités m ultiples, cet être multiple et pluriel a fait le choix de les assumer en s’associant à diffé­ rentes causes dont celles des réfugiés, des SDF et des sans-papiers.

Outre le nom et le prénom (ou son pseudonyme, son identifiant, etc.), l’inform ation nécessaire à l’identification d’une personne comprend les coordonnées spatiotemporelles et les propriétés carac­ téristiques définissant son rôle social. C’est sur ce type d’information que sont élaborés les dictionnaires, que sont créées les banques de données et que comptent les opérateurs de réseaux sociaux en ligne. Ils associent tous au nom de la personne une classifica­ tion permettant de la situer géographiquement (les coordonnées spatiotemporelles du corps, le lignage, le sexe, etc.) et socialement (ou, selon le cas, artistiquement, professionnellement, etc.). Dans ce type d’opération, le nom et le prénom pèsent lourd dans la détermination de l’individu; plus encore le lien entre le nom, les coordonnées et les principales caractéristiques. Un exemple suffit à en mesurer l’importance. Considérons celui des présumés auteurs

des attentats de Boston en avril 2013 ^. Comme plusieurs commenta­ teurs et analystes l’ont fait remarquer, les principaux suspects dans

•O cette affaire avaient un nom lourd à porter: Tamerlan et Djokhar

O) U

X3

-O) D

a

O)

>

'c

P

O)

T3

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0)

(/)

LO

0)

O

(N

SI ai

’s_

>-

O Q.

U

Tsarnaev. Tam erlan est

conquérant d’une grande partie de l’Asie centrale et occidentale.

Il fut un redoutable chef de guerre, bâtissant un immense empire

qui reposait sur la puissance m ilitaire et sur la terreur. Lors de ses conquêtes, il n’hésita pas à massacrer la totalité de la population des villes qui lui résistait. D jokhar Moussaïevitch Doudaïev est un ancien général de l’armée de l’air soviétique d’origine tchétchène,

médaillé de l’Ordre de Lénine, et premier président de la République tchétchène d’Itchkérie. Fait intéressant à noter, le sénateur américain

Lindsey Graham a prétendu qu’une mauvaise orthographe dans le

un guerrier turco-mongol du xiv^ siècle,

6. Le chapô d ’u n article du Monde en d it long su r l’im p o rtan c e

et des prem ières coordonnées des personnes p o u r expliquer l’événem ent :

«A près plusieurs fausses ru m e u rs su r le u r id entité, les deux suspects de

l’a tte n ta t de B oston, qui a tu é tro is p erso n n es et blessé plus de 170 autres

lundi, o n t fin alem en t T am erlan e t D jo k h a r

issus d ’u n e

fam ille d ’o rig in e tc h étch è n e.» (P o u ch ard et Sallon, 2013)

du no m

été identifiés vendredi. Il s’ag irait de deux frères,

T sarnaev, de co nfession

m u s u lm a n e ,

C. P erraton — Identités et processus de subjectivation — 17

nom de Tamerlan Tsarnaev, plus particulièrement dans les listes du FBI, explique en partie pourquoi il a échappé au radar du FBI et des services secrets russes

Le lien entre le nom et les coordonnées pèse si lourd que les identités d’emprunt et l’anonymat deviennent les principaux moyens de se protéger et de résister. Un exemple encore me permet d’illustrer le propos. Considérons le cas de ce blogue m exicain anonyme, Del Narco, où l’auteure (on a appris récemment, après trois ans d’existence du blog, qu’il s’agissait d’une jeune femme) informe les internautes sur les méfaits des narcotrafiquants. L’anonymat permet à l’auteure du blog et à ses collaborateurs d’exprimer ce que les médias n’osent dire (plusieurs dizaines de m illiers de personnes ont été assassinées dans la guerre que mènent les gangs et les forces de l’ordre). Partageant l’idée qu’il existe un lien fort (c’est-à-dire fort déterminant et coercitif) entre l’identité et les coordonnées, l’auteure du blog encourage ses lecteurs à lui écrire anonymement. C’est le sens même de l’énoncé apparaissant dans un encart de la

page d’accueil de son blog^: «Envia información de tu localidad y será publicada de manera anónima blogdelnarco@hotmail.com^ ». Cet exemple illustre non seulement le lien étroit entre identité (qui suis-je?) et coordonnées (où suis-je?), mais il en met aussi les 03 > conséquences en lum ière: moins on en saura sur la personne (le

O) U

JD

-O) 13

a

■a

P ’c

CL)

TD

groupe ou l’organisation), moins on sera en mesure d’agir sur elle

(ou sur eux).

T r o u b l e s

d ’i d e n t i t é

O

fM

Aligner et assujettir les personnes à la règle de l’identité absolue fondée sur le profil génétique comme seul moyen d’authentifi­

O) cation (sauf qu’il y a toujours le risque de naissances multiples

monozygotes) est sans doute le rêve de tout système de contrôle, car l’identification ne se fait pas sans difficulté, surtout à l’ère du cyberespace. Il suffit de penser aux conséquences du recours

Cl O >-

U

7. Blogue del N arco : http://w w w .blogdelnarco.com / .

8. T ra d u c tio n

chez vous et nous la publierons de m anière anonym e sur blogdelnarco@ h o tm ail.com .»

lib re :

« E n v o y ez

de

l’in fo r m a tio n

s u r

ce

q u i

se passe

18 — Cahiers du gerse

à l’identifiant biométrique s’inscrivant dans le prolongement des logiques de contrôle et de surveillance des individus par l’État. La collecte et l’accumulation des données qu’il rend possible «visent non seulement l’identification des individus, mais leur localisation dans l’ordre territorial géographique, et la reconstitution de leurs trajectoires, ceci au moyen du recueil et du recoupement des traces numériques, certaines biométriques » (Bonditti, 2 0 0 5 ). Considérée plus importante que jam ais, la gestion des identités n’en reste pas moins difficile à faire avec la m ultiplication des avatars et des iden­ tités virtuelles. La m ultiplication des identités pose le problème de leur appartenance. Deux cas lim ites me serviront à mettre en pers­ pective un certain nombre de problèmes : le trouble d’identité et le vol d’identité. À sa façon, chacun de ces cas lance un défi aux sociétés de contrôle. Pour commencer, les personnes souffrant d’un trouble d’identité sont non seulement intéressantes pour la psychologie et la médecine, mais elles sont aussi jugées très préoccupantes par les autorités. Les personnes atteintes par ce trouble soulignent, bien

malgré elles, l’importance d’un système de contrôle basé sur l’iden­ tité. C’est en tout cas ce que l’on comprend à voir l’empressement des thérapeutes à vouloir faire converger les multiples personnalités

du patient vers une seule personnalité de synthèse. Quant au vol d’identité, il est non seulement devenu une véritable menace à

O) > travers le monde, parce qu’il coûte aux pays des m illiards de dollars

O) U

X3

-O) 13

O'

U

T 3

'(U

'c

P chaque année, mais il constitue aussi un risque de mettre en échec

la base du système fondé sur l’identité. La diflférence entre trouble

d’identité et vol d’identité réside sans doute dans le fait que dans le

premier cas^je suis quelqu’un d ’autre que moi et dans le second, c ’est

O quelqu’un d ’autre qui est moi.

ГМ

eu

T 3

eu U)

ел

eu

O On compte parmi les personnes souffrant d’un trouble d’identité

>- certains cas ayant hanté l’im aginaire collectif On pense notam­

O Q.

U

ment à ceux de Sybil (de son vrai nom Shirley Mason), personnage inspiré d’un fait vécu aux États-Unis, au début des années 1970 , et de W illiam Stanley M illigan (plus connu sous le nom de Billy), le premier individu à avoir bénéficié aux États-Unis d’un non-lieu dans une affaire crim inelle en raison de ce trouble. À propos de Sybil, la journaliste Debbie Nathan a publié une enquête détaillée dans laquelle elle soutient qu’une manipulation croisée entre la psychanalyste Cornelia W ilbur et sa patiente eut lieu. Elle estime

C. Perraton — Identités et processus de subjectivation — 19

que

la

th é ra p e u te

e t

sa

p a tie n te

a va ie n t été conscientes de fra u d e r

en

c o n s tru is a n t

de

to u te s

pièces

ce

p e rs o n n a g e

de

synthèse.

Le

cas de

S yb il

e u t

l ’e ffe t

d ’u n e

b o m b e ,

à

l ’ép oq u e ,

su r les croyances

partagées en m a tiè re

d ’id e n tité .

A v a n t la

p u b lic a tio n

de S yb il en

1973

e

t

la

d iffu s io n

d u

f ilm

p

o

u r

la

té lé

q u i

en

a été

tir é

en 1976 (dans

le

q u e l

S a lly

F ie ld

in c a rn

a

it ce personnage), o n

n ’a v a it

sign a lé

que

75

p e rs o n n a lité

dans les années q u i

a ux É tats-U nis.

cas de

tro u b le

d is s o c ia tif de

à

l ’id e n tité

(T D I)

o u

d u

s y n d ro m e

de

est passé

m u ltip le

(SPM )^ a u x

s u iv i

4 0

É tats-U nis. Ce c h iffre

0 0 0

cas

o n t

d ia g n o stiq u é s,

s u rto u t

D an s

le

cas de

B illy

M illig a n ,

l ’e n q u ê te

q u i

a

s u iv i

son

a rre s ta tio n

p

o u

r

v o l

e t

v io l

d ’au

m

o in s

d e u x

p e rso n n e s

ré vè le

l ’e xiste nce

de

p

lu sie u rs

p e rso n n a lité s

(24

au

to ta

l)

dans u n

m êm e

corps.

P a rm i

elles,

se

tro u v a it

l ’A n g la is

A r th u r ,

âgé de

22

ans,

q u i

d o m in a it

les

autres.

C ’est

A r t h u r

q u i

d é c id a it

de

c o n fie r

la

conscience

à

te l

o u

te

l

m e m b re

de

la

« fa m

ille » .

Il

y

a va it aussi le Professeur, ce lu i-là

âgé de

26

ans,

d e rn ie r

ve n u

dans le

g ro u p e ,

d o n t

la

p e rs o n n a lité

O) U

JD

s u lta it

de

la

fu s io n

des v in g t-tro is

au tre s

p e rs o n n a lité s .

C ’est le

-0)

P

rofesseur q u i

aida le

d o c te u r

C a u l

et son

p a tie n t

à

a v o ir

u n e

vu e

O

'

T3 U

d

’e n sem b le des m

u ltip le s

id e n tité s

q u i

h a b ita ie n t

e t

h a n ta ie n t

B illy .

D

a n s

son

o u v ra g e

s u r

le

s u je t,

l ’é c riv a in

a m é ric a in

D a n ie l

Keyes

CD

>

a

fa

it

p ro g re s s e r

B illy

d a n s

sa

th é ra p ie

e n

l ’a id a n t

à

fu s io n n e r

’c

P

ses

p e rs o n n a lité s ^ ^ .

 

O)

T3

(/)

(/) 0)

10

O)

O

rM

CT

9. Le syndrome de personnalité multiple (SPM) est un trouble psychique

lors duquel le sujet, souvent à la suite d’un traumatisme d’enfance, développe

plusieurs personnalités qui occupent tour à tour sa conscience.

’s_

>-

Q.

O

10. «[L]a thérapie du docteur Caul commence à porter ses fruits, et

U apparaît ainsi, dans un sens, une “nouvelle” personnalité, baptisée “le Professeur”, qui rassemble toutes les autres et dispose de tous leurs souve­ nirs (Billy n’est pas guéri pour autant, toutes les personnalités sont encore présentes, et la fusion véritable donnerait, à la différence du Professeur, “moins que la somme des parties”, un individu ne possédant pas toutes les

qualifications de la “famille” - ce qui rappelle d’ailleurs un peu le sort de

Charlie Gordon

seur”, peut raconter toute sa vie; et Daniel Keyes pourra ainsi construire son livre. » (Nébal, 2007)

).

Pour la première fois, Billy, sous la forme du “Profes­

20 — Cahiers du gerse

P ro c e s s u s

d e

s u b je c tiv a tio n

 

R evenons su r la d é fin itio n

d u

m o t

id e n tité .

O n

d it

de

ce te rm e

q u ’il

a le

« c a ra c tè re

de

ce

q u

i

d e m e u re

id e n tiq u e

o u

égal

à

so i-m ê m e

dans le

te m p s »

(C N R

T L ,

D ic tio n n

a ire

en

lig n e

d u

C N R S ).

Id e n ­

tité

est d it

à

la

fo is

de

ce

q u i

est

id e n tiq u e

(u n ité )

e t

de

ce

q u i

est

d

is tin c t

(u n ic ité ).

P o u

r

P a u l

R ic œ u r,

l

’id e n tité

tro u v e

d ’a b o rd dans

ce

q u

i

p e rd u re

de

la

p e rso n n e

la

ré p on se

o b je c tiv e

à

la

q u e s tio n

« q u e

d im e n s io n .

s u is -je ? » ;

il

n o m m e

tro u v e

L’id e n tité

« m ê m e té »

(le

m êm e) cette

e n s u ite

dans

l ’u n ic ité

de

la

p re m iè re

p e rso n n e ,

c’est-à-dire

d ans

ce

q u ’e lle

a

d ’u

n

iq u e

e t

de

d is tin

c tif,

la

ré p o n se

su

b je ctive

à

la

q u e s tio n

« q u

i

s u is -je ? » ;

il

n o m m e

« ip s é ité »

(le

soi-m êm e)

l ’o n

n é g o c ia tio n

ce tte

d e u x iè m e

d im e n s io n

(R ic œ u r,

1990).

M a is

o u

que

c o m m e

la

co n ço ive l ’id e n tité

c o lle c tiv e ,

c o m m e

e lle

n é g o c ia tio n

in d iv id u e lle

d ’u n e

reste

tr ib u ta ir e

lo g iq u e

de

re

p ré s e n ta tio n

selon la q u e lle

le

su je t se ré p ète

o u

s’ajuste dans u n

m

o u v e m e n t

de

d iffé re n tia tio n

s u b o rd o n n é

à

l ’id e n tité .

O) U

X3

'CU

D

a

Zi

XJ

O)

>

'c

P

OJ

T3

O

ГМ

O

x:

DJ

’v_

>

O CL

U

O n

ne

sa u ra it donc

poser la

q u e stio n

de

l ’id e n tité

sans supposer

la

ré p é titio n

d u

M ê m e ,

p u is q u ’u n e

chose ne

reste

id e n tiq u e

à

e lle -

m

ê m e

q u ’aussi

lo n g te m p s

q u ’e lle

se

ré p è te

o u

que

ses d iffé re n te s

m a n ife s ta tio n s

d u

co n ce p t d ’é ca rt à c e lu i de d iffé re n ce , ju s te m e n t parce q u ’il

pas

d iffé re n c e

co

u n

p o u rrio n s

en

avec les autres, u n espace o ù se d é p lo ie n t les devenirs (Ju llie n , 2012:31).

d ’élém ents hétérogènes les uns

se

c e tte

s u b o rd o n n e n t

ra is o n

q ue

à

u n e

lo g iq u e

J u llie n

id e n tita ire .

C ’est

reste

à

u n

n ce p t

p o u r

F ra n ç o is

J u llie n ,

l ’opposé

les

se

le

ne ré p o n d

la

le

ltu re s et les pensées,

pensée. N o u s

(2012) p ré fè re

procède

de

a lo rs que

b e so in

e t

en

d ’é c a rt

id e n tita ire .

est

to u t

à

la

o u v re ,

to u t

P o u r

fo is

l ’id e n tité

e t

la

c u

ra iso n ,

la

en

sé p a ra n t

elles o ù

espace de ré fle x iv ité

en

d ire

m e tta n t

en

e n tre

d é p lo ie

a u ta n t d u

c o n c e p t d ’a g e n c e m e n t q u i

o u v re ,

to u t

te n s io n

u n ensem ble

N

ous aborderons cette question plus lo in dans cet ouvrage.

 

U

n e

lo g iq u e

de

la

ré p é titio n

d u

M ê m

e

n ’a rriv e

à

s’im p o s e r

q u ’en

d é n ia n t

êtres. Ce

su

la chose ne

re

l ’a ffirm a tio n

les forces

q u i

à b o u t

de

c h a n g e m e n t

s’e x e rç a n t

en vo ie

s u r

d u

l ’être .

d ’a

les

choses

les

c’est u n

N ie tzsch e ,

Son

e t

est censé re v e n ir dans la

de

lu i-m ê

m e

q ue

parce

o u

é titio n

ré p é titio n

de

m a n q u e

M ê m e ,

je t

to u r

ve n u

P o u r

ffirm a tio n .

u n »

re v ie n t

la

q u ’e lle

ce

m a rq u e

ré p

« d e

q u i

o m

(Sasso e t V

est c

m

illa n i,

que

2 0 0 3 : 298).

p lu tô t

« d e

ce q u i

est s in g u lie r»

C.

Perraton — Identités et processus de subjectivation — 21

L

o rsq u e

la

d iffé re n c e

e n tre

les re p ré se n ta tio n s

ne

se c o n ç o it que

su r

fo

n d

d ’id e n tité ,

o n

c o m p re n d

que le processus de s u b je c tiv a tio n

se

c ris ta llis e sous

en propre.

la

fo rm e

d u

sujet c o n s titu é

q u i

possède u n e

id e n tité

À

la

n o tio n

d ’id e n tité ,

j ’a im e ra is

o p p o se r celles

de

s u b je c tiv a tio n

e

t de

d é s u b je c tiv a tio n ; à

l ’id é o lo g ie

de

la

re p ré s e n ta tio n ,

j ’a im

e ra is

o

p p o se r

u n e

lo g iq u e

de

la

d is jo n c tio n

selon

la q u e lle

les

m u lt ip li­

cités co n stitu é e s d

’é lé m e n ts

s in g u lie rs ,

d is tin c ts

les u n s des autres,

s’agencent sous la fo rm e de synthèses d is jo n c tiv e s . C o n s id é ra n t q u ’il

n

’y

a pas de su je t sans a ssu je ttisse m e n t,

n i

d ’a ssu je ttisse m e n t sans

p

e

rte

de

la

lib e rté

de pe nse r p

a r

so i-m ê m e

e t de

se d é p re n d re

de soi

(la

p ro d u c tio n

de

soi), je

cro is

o p p o rtu n

de penser n o tre

place et

U

O)

JD

'(V

a

X3 13

n o tre

M a lg ré

stable e t g a rd e r l ’é q u ilib re , le m o n d e

nos e ffo rts

a c tio n

to u s

dans

le

m o n d e

en

te rm e s

de processus e t de d e ve n ir.

à nous-m êm e, p o u r rester

p o u r rester fidèle

ne

cessera de ch a n g e r a u to u r de

nous, nos in s tin c ts ne cesseront de tra v a ille r en nous, u n ensem ble

le

m a is

ce

suggère G ille s

de forces ne cessera de s’exercer su r n ous. D e so rte

que,

le

c o m m e

D e le u ze ,

ce

q u i

re v ie n t

ce n ’est pas

M ê m e ,

q u i

d e v ie n t.

C ertes,

In te rn e t

c o n trib u e

a u jo u rd ’h u i

à

l ’a p p a ritio n

d ’u n

n o u v e l

CD

>

C

P

O)

T3

O) U)

(/)

10

O)

espace

de

c o m m u n ic a tio n

a u q u e l

s o n t

fo r te

m e n t associées les

va le u rs

de

ra tio n a lité ,

d ’e ffica cité

e t

de

p e rfo rm a n c e .

M a is

m ê m

e

si

ce

n o u v e l

espace ré s u lte

g ra n d e m e n t des stratégies

d ’e x p lo ita tio n

é

c o n o m iq u e ,

de

d o m in a tio n

sociale e t d ’a ssu je ttisse m e n t p o litiq u e ,

il

ne reste pas m o in s traversé

p a r

de

m u ltip le s

p ra tiq u e s résistantes

fa

v o ra b le s

à

u n

processus

de

s

u b je c tiv a tio n

e t

à

l

’é m e rg e n ce de

O

rM

>-

O Q.

nouvelles fo rm e s de su b je ctivité . Les personnes sont en e ffe t p e rp é ­

tu

de

q u e lq u e

et assu jettisse m e n t. La c o n s titu tio n

e lle m e n t

les

in s c rite s

e t

de

e n tre

dans u n

les

processus ne cessant de les déplacer,

c o m m e

sujets en

les

s itu a n t

d é fo rm e r

p a rt

tra n s fo rm e r

résistance

U de

s o i-m ê m e

c o m m e

s u je t

p e rm e t

a u x

in d iv id u s

d ’e ffe c tu e r

p a r

eux-m êm es u n

conduites, a in si que sur le u r

c e rta in

n o m b re

d ’o p é ra tio n s

s u r

le u r

co rp s

e t

le u rs

e sp rit et leurs pensées p o u r am énager

et

tra n s fo rm e r

le u r

vie

de

m a n iè re

à

la

re n d re

p lu s belle.

 

P

o u r

M ic h e l

F o u c a u lt,

l ’a ffir m

a tio

n

d u

p r im a t

de

« la

pensée

d u

d

e h o rs»

im p liq

u e

la

c ritiq u e

des n o tio n s d ’id e n tité et de représenta­

tio n ,

p u is q u e

« [c ]e tte

pensée [

]

se tie n t

h o rs

de

to u te

s u b je c tiv ité

22 — Cahiers du gerse

p

o u r

en

fa ire

s u rg ir

c o m m e

de

l ’e x té rie u r

les

lim ite s ,

en

é n o n ce r

la

f in

»

(F o u c a u lt,

2 0 0 ig

[1966]:

5 4 9 )-

C ’est

p

o u r

ce tte

ra is o n

que

F o u c a u lt transgresse la lim ite

co m m e

son co m p te

d iffé re n c e e n tre la connaissance et le m o n d e

e n tre la connaissance e t la n a tu re

nécessaire e n tre connaissance et choses à c o n n a ître . F o u c a u lt v o it

« u n e

de

ru

co n ce va n t le su je t

d u

su je t k a n tie n

en

in s c rit dans

la leço n

u n

processus de d é sub je ctivatio n . Il re p re n d à

a u ta n t de

a

n ie tzsché e n n e selon la q u e lle

h u m a in e .

de

d o m in a tio n ,

2 0 0 i f

à

il

existe

c o n n a ître

A u

de

lie u

q u ’il

y en

d ’u n e

re la tio n

re la tio n

»

e n tre

de violence,

(F o u c a u lt,

p o u v o ir

et de force,

de ce tte

la

v io la tio n

p tu re

[1974] : 1414)- L’a ffirm a tio n

e t

les

in s tin c ts

a

p o u r

la

co n na issa nce

c o ro la ire

d

is p a ritio n

de

l ’u n ité

et de la so u vera in eté

d u

sujet. A in

s

i p e ut-on

c

o n s id é re r

la

co n n a is s a n c e

c o m m e

u n e

lu tte

e n tre

les

in s tin c

ts

(« rire ,

d é p lo re r,

d é te ste r» )

m e tta n t

l ’o b je t

à d ista n ce , s’en

é lo ig n a n t

 

e t

le

d é tru is a n t

au

lie u

de

l ’a s s im ile r.

D a n s

la

co n n a is s a n c e

de

l ’o b je t,

n o u s

d it

F o u c a u lt,

« il

n ’y

a

pas

u n ific a tio n ,

m a is systèm e

p ré c a ire

de p o u v o ir»

(F o u c a u lt, 2 0 0 if [1974]: 1417)- L a co n naissance

O) U

JD

'(V

a

X3 13

'(U

et le su je t de connaissance ré s u lte n t de cette re la tio n stra té g iq u e de

« “ s u je t”

l ’e x té rio rité

Le

“ fo rm e

des ra p p o rts

a p p a ra ît

p o u v o ir

dans

la q u e lle

se

tro u v e n t

u n e

placés

les

in d iv id u s .

d é v o ilé

p a r

dès lo rs

de

c o m m e

fo rce »

v id e ”

(Sato, 2 0 0 7 :

35).

O)

>

c

S

in g u la rité s

e t

a g e n c e m e n t

P

O)

T3

O) U)

(/)

10

O)

Le

p e rs p e c tiv is m e

n ie tzsch é e n

se

fo n d e

su r

u n

p rin c ip e

d ’a ffirm a ­

tio n

p

lu tô

t que d ’e xclu sio n

e t de

n é g a tio n .

Ce

q u i

est a ffirm é ,

c’est

la

p o s s ib ilité

d ’agencer u n e

m u ltip lic ité

d ’é lé m

e n ts

d is jo in ts

les u n s

O des autres.

(N

O

x: 03

O O.

U

m ise

pensées, ju s q u ’a lo rs

U ne s in g u la rité

>- est « u n é lé m e n t quelconque [p o u v a n t] être pro lo n g é ju s q u ’au voisinage

D ele u ze

n o m m e

« syn th è se

d is jo n c tiv e ”

o u

»

cette

s in g u lie rs ,

séparés. M ais alors que fa u t-il entendre

en

c o rré la tio n

d ’é lé m e n ts

o b je ts

p a r s in g u la rité ?

d

’u n

autre,

de

m a n iè re

à o b te

n ir

u n

ra cco rd e m e n t» (D eleuze, 2003d

[1988]: 327). U n e

s in g u la rité

se

c a ra c té ris e

c o

m m e

l ’a c tu a lis a tio n

I I . «O n distingue trois sortes de synthèses: la synthèse connective

, conjonctive (et), comme procédé de construction de séries convergentes; la synthèse disjonctive (ou bien) qui répartit les séries divergentes. » (Deleuze, 1981 [1968]: 203-204)

(si

alors) qui porte sur la construction d’une seule série; la synthèse

C.

Perraton — Identités et processus de subjectivation — 23

d ’u n

é vè ne m e n t

v irtu e l

sous fo rm e

de

« p o in ts

re m a rq u a b le s » ;

e

lle

se

c a ra c té ris e

e n s u ite

c o m m e

u n e

e n tité

« p r é - in d iv id u e lle

e

t

im p e rs o n n e lle »

fo u rn is s a n t

les

é lé m e n ts

« d e

la

c o n s tru c tio n

d

’in d iv id u s ,

p a r

a c tu a lis a tio n »

(Lecercle, 2008). Le re g ro u p e m e n t

e t

la

r é p a rtitio n

de

s in g u la rité s

fo rm e n t

u n

a g en ce m e nt.

E t l ’agen­

ce m e n t déclenche

u

n

processus de m é ta m o rp h o s e s

o u

de

« d e ve ­

n

ir s »

e n tre

les

é lé m

e n ts

q u i

le

c o n s titu e n t.

O n

c o m

p re n d

a u ssitô t

q u ’u n e

synthèses id e n tita ire s (co n ne ctive s e t co n jo n ctive s). A in s i les n o tio n s

des s in g u la rité s

p ré -in d iv id u e lle s

2 0 0 3 d [1988]: 328).

p e rso n n e lle s» (D eleuze,

de sujet et d ’id e n tité

pensée

de

l ’a g e n ce m e n t

p e rd e n t

de

e t des

l ’in té rê t

s in g u la rité s

« au

n o n

p ro fit

fa it

é cla te r les

et des in d iv id u a tio n s

R

e p re n a n t

à

son

c o m p te

ce tte

idée

d e le u z ie n n e

qu e

le

c o n c e p t

ré p o n d

à

u n

p ro b lè m e

q

u i

le

so u s-te n d , Jean-Jacques

L e cercle

U O)

-O) D

a

e

n te n d

g é n é ra lis e r

le

p rin

c ip e

en

ra p p o rta n t

to u te s

s in g u la rité s

a

u x

p ro b lè m e s

q u i

les so u s-te nd e n t. En

m a

tiè re

d ’a rt

et de

c o m m u ­

n

ic a tio n ,

se p o s e ra it

a lo rs

la

q u e s tio n

de sa vo ir quels s o n t les affects

c

o n d itio n n a n t

les

s in g u la rité s

à

re n d re

p o ssible u n

a g e n ce m e n t

au

sein

d u q u e l

le

« s u je t»

se ra it « sans id e n tité

fixe , to u jo u rs

d é c e n tré »

U (D e le u ze

T 3

e t G u a tta ri,

1972: 27) e t d o n t les affects

c o n d itio n n e ra ie n t

eu

>

'c

P

«

u n e

s u b je c tiv a tio n

sans assu je ttisse m e n ts » (R ig a l,

2 0 0 3 :

75).

C

o n c lu s io n

 

eu

T

3

U)

eu

c/)

(/1

eu

O

(N

>-

Q.

O

U

c o n s tru ire

d u

cyberespace. L’id e n tité se c o n s titu