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LE CONTROLE DES COMPTES SOCIAUX : LES

COMMISSAIRES AUX COMPTES


Les dernières réformes des sociétés commerciales ont considérablement
accru le rôle des commissaires aux comptes.
Elles ont non seulement élargi leur domaine d'intervention, puisqu'ils
interviennent dans toutes les sociétés commerciales d'une certaine importance
économique (I), mais elles ont énormément développé leurs missions au sein de
ces sociétés (II), ce qui ne pouvait ne pas être accompagné d'une lourde
responsabilité (III).

I – PRESENCE DES COMISSAIRES AUX COMPTES


DANS LES SOCIÉTÉS COMMERCIALES
En effet, grâce aux textes actuels (B), la présence des commissaires aux
comptes est devenue bien plus étendue dans les sociétés commerciales que
dans le passé (A), avec de nouvelles conditions de nomination (C).

A – UNE PRESENCE ETENDUE


Jadis, la présence du commissaire aux comptes n'était obligatoire que
dans les SA.
Actuellement, leur présence obligatoire dépend de l'importance
économique de la société commerciale. On peut dire aujourd'hui qu'il s'agit d'un
organe que l'on rencontre dans toutes les formes de sociétés commerciales.
La désignation est désormais obligatoire dans :
* la société en nom collectif, la société en commandite simple et la
SARL : si le chiffre d'affaires est supérieur à 50 millions de dh hors taxe. Et,
même si ce seuil n'est pas atteint, un commissaire aux comptes peut être
nommé :
- dans la société en nom collectif et la société en commandite simple :
# soit à la majorité des associés ;
# soit à la demande d'un associé faite au président du tribunal statuant en
référé.
- dans la SARL :

1
# soit à la majorité des associés représentant les 3/4 du capital social ;
# soit à la demande faite au président du tribunal par un ou plusieurs
associés représentant au moins le 1/4 du capital social.
* la SA : un commissaire aux comptes titulaire est obligatoire.
Dans le cas des SA faisant appel à l'épargne public, des sociétés de
banque, de crédit, d'investissement, d'assurance, de capitalisation et d'épargne :
deux commissaires aux comptes titulaires obligatoires.
* la société en commandite par actions : un commissaire aux comptes
titulaire est obligatoire.

B – LES TEXTES APPLICABLES


* Société en nom collectif : art. 12 + art. 13 qui renvoie à l'application
des dispositions de la loi 17/95 sur la SA relatives :
- aux conditions de nomination des commissaires aux comptes,
notamment en matière d'incompatibilité ;
- à leurs pouvoirs ;
- à leurs obligations ;
- à leur responsabilité ;
- à leur suppléance ;
- à leur récusation ;
- à leur révocation ;
- et à leur rémunération.
* société en commandite simple : art. 21 renvoie à l'application des
dispositions relatives à la société en nom collectif compatibles avec la société en
commandite simple et notamment les art. 12 et 13 (règles de la SA).
* SARL : art. 80 + art. 83 qui renvoie à l'art. 13 (règles de la SA), en plus
de quelques dispositions contenues dans certains articles dont les plus
importants : art. 71, 79, 81, 82 al.3.
* société en commandite par actions : art. 34 qui prévoit la désignation
obligatoire du commissaire aux comptes par l'assemblée générale ordinaire des
actionnaires et renvoie à l'application de l'art. 13 (règles de la SA).
Donc, les dispositions relatives à la SA concernant les commissaires
aux comptes sont applicables à toutes ces sociétés.

2
En outre, même l'art. 104 al.1 de la loi 5/96 relatif aux infractions et
sanctions applicables aux commissaires aux comptes, renvoie à l'application des
art. 404 et 405 de la loi sur les SA.

C – CONDITIONS DE NOMINATION

a - Sous les dispositions de la législation ancienne relatives à la SA


Les premiers commissaires aux comptes étaient désignés par l'assemblée
constitutive (art. 25). Ensuite, les renouvellements de leurs mandats et les
nominations ultérieures sont faits par l'assemblée générale annuelle (art. 32).
La durée de leur mandat : un an renouvelable.
En vertu de l'article 32 al.3, à défaut de nomination des commissaires aux
comptes par l'assemblée générale, ou en cas d'empêchement ou de refus d'un
ou de plusieurs des commissaires nommés, il est procédé à leur nomination ou à
leur remplacement par ordonnance du président du tribunal, à la requête de tout
intéressé, les administrateurs dûment appelés.
La nomination des commissaires aux comptes n'était soumise à aucune
condition de compétence, il n'était requis des commissaires aux comptes aucune
exigence d'inscription sur une liste d'experts-comptables ou d'experts agrées.

b – Actuellement

1. statut et incompatibilités
L'art.160 dispose que "Nul ne peut exercer les fonctions de commissaire
aux comptes s'il n'est inscrit au tableau de l'ordre des experts-comptables"
De plus, la nouvelle réforme a tout mis en œuvre pour assurer
l'indépendance des commissaires aux comptes et éviter de faire dépendre le
contrôle des sociétés aux relations familiales ou amicales.
Aussi, l'art. 161 énumère un grand nombre de cas d'incompatibilité avec
l'exercice de la fonction de commissaire aux comptes en disposant :
" Ne peuvent être désignés comme commissaires aux comptes :
1. Les fondateurs, apporteurs en nature, bénéficiaires d'avantages
particuliers ainsi que les administrateurs, les membres du conseil de
surveillance ou du directoire de la société ou de l'une de ses filiales ;
2. Les conjoints, parents et alliés jusqu'au 2 ème degré inclusivement des
personnes visées au paragraphe précédent ;

3
3. Ceux qui reçoivent des personnes visées au §1 ci-dessus, de la
société ou de ses filiales, une rémunération quelconque à raison de
fonctions susceptibles de porter atteinte à leur indépendance ;
4. Les sociétés d'experts-comptables dont l'un des associés se trouve
dans l'une des situations prévues aux § précédants.
Si l'une des causes d'incompatibilité ci-dessus indiquées survient en
cours de mandat, l'intéressé doit cesser immédiatement d'exercer ses
fonctions et en informer le conseil d'administration ou le conseil de
surveillance, au plus tard 15 jours après la survenance de cette
incompatibilité"
De son côté, l'art. 162 ajoute toute une série d'interdictions à l'exercice de
cette mission en stipulant que " les commissaires aux comptes ne peuvent être
désignés comme administrateurs, directeurs généraux ou membres du directoire
des sociétés qu'ils contrôlent qu'après un délai minimum de 5 ans à compter de
la fin de leurs fonctions. Ils ne peuvent, dans ce même délai, exercer lesdites
fonctions dans une société détenant 10 % ou plus du capital de la société dont
ils contrôlent les comptes.
" Les personnes ayant été administrateurs, directeurs généraux, membres
du directoire d'une SA ne peuvent être désignés commissaires aux comptes de
cette société dans les 5 années au moins après la cessation de leurs fonctions.
Elles ne peuvent, dans ce même délai, être désignées commissaires aux
comptes dans les sociétés détenant 10 % ou plus du capital de la société dans
laquelle elles exerçaient lesdites fonctions".

2. Récusation
En outre, les actionnaires minoritaires (représentant au moins le 1/10 du
capital social) peuvent, lorsqu'ils justifient de justes motifs, requérir du président
du tribunal la récusation du ou des commissaires aux comptes désignés par
l'assemblée générale et demander la désignation d'autres commissaires qui
exerceront leurs fonctions en leurs lieu et place (art. 164). Si la société conteste
cette désignation, elle dispose alors d'un délai de 30 jours de cette désignation
pour saisir le président ; sa demande doit alors être motivée. S'il y est fait droit,
les commissaires aux comptes désignés par le président restent en fonction
jusqu'à la nomination des nouveaux commissaires par l'assemblée générale.

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3. Nomination
Comme il n'existe plus d'assemblée constitutive, les premiers
commissaires aux comptes sont désignés soit par les statuts, soit par acte
séparé faisant corps avec les statuts ; dans ces cas, leur mandat ne peut
excéder un exercice.
Durant la vie de la société, ils sont nommés par l'assemblée générale
ordinaire pour trois exercices.
À défaut de nomination des commissaires aux comptes par l'assemblée
générale, il est procédé à leur nomination par ordonnance du président du
tribunal, statuant en référé, à la demande de tout actionnaire, les administrateurs
dûment entendus (art. 165).

II – LES MISSIONS DU COMMISSAIRE AUX COMPTES


Rappelons que la présence des commissaires aux comptes n'était
obligatoire que dans les SA en application des dispositions du dahir du 11 août
1922 qui a rendu applicable au Maroc la loi française du24 juillet 1867.
Sous cette législation, la mission du commissaire aux comptes était
limitée et dans le temps et dans son contenu. Il avait deux fonctions principales :
- la préparation d'un rapport destiné à l'assemblée annuelle sur la
situation de la société sur la base du bilan et des comptes qui lui sont présentés
par les administrateurs relatifs à l'exercice écoulé ;
- Ses pouvoirs d'investigation étaient non permanents : ils étaient limités
au trimestre précédant l'assemblée générale annuelle pendant lequel, s'il le juge
utile dans l'intérêt social, il prend communication des livres et examine les
opérations de la société et, en cas d'urgence, il pouvait toujours convoquer
l'assemblée générale (art. 33).
Ce n'est que 40 jours avant l'assemblée générale que le commissaire aux
comptes pouvait prendre communication de l'inventaire, du bilan et du compte
des profits et pertes.
Désormais, on peut affirmer actuellement que le commissaire aux
comptes est investi de deux sortes de missions, une mission de vérification
permanente, et d'autres missions spéciales.

5
A – MISSION DE VERIFICATION PARMANENTE
La mission du commissaire aux comptes est en effet devenue
permanente, mais elle se limite à la vérification qui a des conséquences très
importantes sur le plan de la vie sociale.

a – Mission permanente
La permanence de la mission du commissaire aux comptes est soulignée
à deux reprises. Le législateur ne s'est pas contenté de prévoir dans l'art. 166
que la mission des commissaires aux comptes est permanente, il y a insisté
dans son art. 167 en précisant que : "à toute époque de l'année, le ou les
commissaires aux comptes opèrent toutes vérifications et tous contrôles…"
Ces textes nous invitent à comprendre :
- que le contrôle des commissaires aux comptes s'étend tout au long de
l'exercice, il ne se limite pas à une vérification annuelle ;
- le rôle du commissaire aux comptes ne consiste guère à refaire la
comptabilité de la société, mais à contrôler les comptes sociaux de l'exercice afin
de fournir aux associés une information fiable sur la situation comptable de la
société, indépendamment des informations rassurantes des dirigeants sociaux ;
- le contrôle du commissaire aux comptes doit s'exercer à l'exclusion de
toute immixtion dans la gestion : ce qui veut dire qu'il n'a pas à apprécier les
décisions de gestion ou de porter un jugement de valeur sur la politique
poursuivie par les organes de gestion.
- le commissaire aux comptes doit s'assurer du respect de l'égalité entre
les associés (art. 166 al.2) : notamment vérifier si tous les associés bénéficient
des mêmes droits (la répartition des dividendes, le droit de vote etc.)
Donc, le commissaire aux comptes a principalement pour rôle la
vérification.

b – Mission de vérification
La mission du commissaire aux comptes est une mission de vérification ;
mais en quoi consiste cette vérification1 ?
1. Elle consiste tout d'abord, non pas à vérifier l'exactitude des comptes 2
(ce qui est exclu de sa mission vu la complexité de cet exercice), mais à vérifier
1
- Comme on le verra plus loin, cette notion de vérification consiste pour le commissaire aux
comptes à certifier et à attester les documents qu'il a pour mission de consulter.
2
- V. JEANTIN (M.), Droit des sociétés, Paris, MONTCHRESTIEN, 2 ème éd., 1992, n° 278.

6
la régularité ou la conformité de la comptabilité aux règles en vigueur ; il
vérifie si les comptes sont établis conformément aux règles définies par la loi
(notamment la loi 9-88 relative aux obligations comptables des commerçants,
promulguée par dahir du 25 décembre 1992 3 et le plan comptable).
2. Elle consiste, ensuite, à vérifier si les comptes sont sincères : c'est-à-
dire que les comptes sont établis de manière claire, avec loyauté et bonne foi 4.
3. Le commissaire doit, en outre, vérifier la concordance, avec les états
de synthèses, des informations données dans le rapport de gestion du conseil
d'administration ou du directoire et dans les documents adressés aux associés
sur le patrimoine de la société, sa situation financière et ses résultats.
4. Enfin, le commissaire doit vérifier si les comptes sociaux donnent une
image fidèle de la société : il s'agit là d'une notion qui renforce les critères de la
régularité et de la sincérité, elle a été introduite dans notre droit par la loi 9-88
relative aux obligations comptables des commerçants et reprise par l'art. 175-1°
de la loi sur la SA. Elle a été définie comme étant le résultat concret de
l'ensemble des chiffres constituant le bilan, le compte de résultat et l'annexe". 5
Ces investigations du commissaire aux comptes peuvent être accomplies
tant auprès de la société que des sociétés mères ou filiales.
Elles peuvent être étendues même aux tiers qui ont effectué des
opérations pour le compte de la société afin de recueillir des informations utiles
à l'exercice de sa mission. Mais pour se faire communiquer les pièces, contrats
et documents détenus par les tiers, que s'il y est autorisé par le président du
tribunal statuant en référé.
Pour accomplir sa mission, le commissaire aux comptes peut, sous sa
responsabilité, se faire assister par des experts ou des collaborateurs de son
choix, à condition de les présenter à la société.

c – Les conséquences de la vérification


Le but de ces vérifications est double : la certification et l'information.

3
- B.O. 30/12/1992, n° 4183 bis, p. 623.
4
- V. GUYON (Y.), "L'information prévisionnelle", JCP 1985, éd. E, 14608, n° 380.
5
- Rapport COB, in Le commissariat aux comptes : renforcement ou dérive, ouvrage collectif,
CREDA, Litec, 1989, p. 104, cité par EL HAJJAMI (A.), "Regard sur les nouvelles missions du
commissaire aux comptes", RMDED, p. 159.

7
1. La certification
Après la vérification, dans son rapport à l'assemblée générale, le
commissaire aux comptes a le choix entre trois solutions :
- soit de certifier que les comptes sont réguliers et sincères et donnent
une image fidèle du résultat de l'exercice écoulé ainsi que de la situation
financière et du patrimoine de la société à la fin de cet exercice ; il importe de
préciser, note un auteur, que la certification ne garantie pas l'exactitude des
documents vérifiés. Il s'agit tout simplement de l'opinion d'un professionnel sur la
qualité de l'information comptable et financière résultant des documents
produits6;
- soit de certifier les comptes mais assortir sa certification de réserves ;
- soit tout simplement de refuser la certification.
Dans ces deux derniers cas il doit préciser les motifs de ses réserves ou
de son refus afin d'informer et d'éclairer les associés sur les décisions à prendre.
Le commissaire doit également dans ce rapport faire état de ses
observations sur la sincérité et la concordance avec les états de synthèse des
informations :
- données dans le rapport de gestion de l'exercice ;
- et dans les documents adressés aux associés sur la situation financière
de la société ainsi que sur son patrimoine et ses résultats.
Il faut noter enfin que, en cas de pluralité de commissaires aux comptes,
ils peuvent remplir séparément leur mission, mais ils établissent un rapport
commun. En cas de désaccord entre eux, le rapport indique les différentes
opinions exprimées (art. 171).

2. L'information
L'objectif de la mission du commissaire aux comptes est justement
d'informer de ses investigations les dirigeants et les associés.
1.1/ Tout d'abord, le commissaire doit informer les dirigeants sociaux
aussi souvent que nécessaire sur (art. 169) :
- les contrôles et vérifications auxquels ils ont procédé et les différents
sondages auxquels ils se sont livrés ;

6
- Id. p. 160.

8
- les postes des états de synthèse auxquels des modifications leur
paraissent devoir être apportées, en faisant toutes observations utiles sur les
méthodes d'évaluation utilisées pour l'établissement de ces états ;
- les irrégularités et les inexactitudes qu'ils auraient découvertes ;
- les conclusions auxquelles conduisent les observations et rectifications
ci-dessus sur les résultats de l'exercice comparés à ceux du précédent exercice;
- tous faits leur apparaissant délictueux, dont ils ont eu connaissance
dans l'exercice de leur mission. Il convient de noter que le législateur a supprimé
de la loi sur la SA la disposition qui figurait dans le projet suivant laquelle le
commissaire aux comptes doit révéler au procureur du roi les faits délictueux 7.
Cette disposition s'expliquait fort bien puisque le commissaire aux comptes est le
mieux placé pour connaître les infractions commises. Actuellement, au lieu de
révéler ces infractions au procureur du roi, le commissaire doit en informer
pourrait-on dire les propres auteurs de ces infractions !
1.2/ Le commissaire aux comptes est tenu de présenter de nombreux
rapports aux associés sur ses investigations :
- art. 115 a.2 : lors de l'assemblée générale annuelle, il doit relater dans
son rapport l'accomplissement de sa mission et faire part de ses conclusions ;
- art. 172 al.1 : le commissaire aux comptes établit un rapport dans lequel
il rend compte à l'assemblée générale de l'exécution de la mission qu'elle lui a
confiée ;
Notons que pour toutes les sociétés commerciales les rapports du
commissaire aux comptes doivent être communiqués aux associés au moins 15
jours avant la date de l'assemblée8.
- art. 175 : dans son rapport à l'assemblée générale le commissaire aux
comptes soit certifie, soit émet des réserves, soit refuse la certification…
De la sorte, le commissaire aux comptes doit donc informer les associés
de la situation comptable et financière de la société afin de prendre leurs
décisions lors des assemblées générales en connaissance de cause.

7
- Cette disposition avait été prise de l'art. L. 233 al.2 de la loi française où elle figure toujours.
8
- SA art. 140, société en nom collectif : art. 10 al 2, société en commandite simple : art. 26,
société en commandite par actions : art. 31 qui renvoie à la loi sur la SA, la SARL : art. 70 al.2.

9
B – LES MISSIONS SPECIALES
À côté de sa mission permanente de contrôle, le commissaire aux
comptes est investi de deux sortes de missions spéciales : le contrôle de la
régularité juridique et le devoir d'alerte.

a – Contrôle de la régularité juridique et financière


Le contrôle de la régularité juridique et financière de la vie sociale
nécessite l'intervention du commissaire aux comptes à de multiples occasions
notamment :

1. La détention des actions de garantie


En vertu des art. 47 et 85 le commissaire aux comptes doit veiller, sous sa
responsabilité à l'observation des dispositions statutaires relatives à la détention
par les dirigeants des actions de garantie 9. En l'occurrence, il doit dénoncer toute
violation à ces dispositions dans son rapport à l'assemblée générale ordinaire.

2. La convocation de l'assemblée générale


S'agissant de la SARL, la convocation à l'assemblée générale est faite par
le gérant ou, à défaut, par le commissaire aux comptes, le cas échéant (art. 71
loi 5/96)
Quant à la loi sur les SA, elle prévoit que le commissaire aux comptes
peut convoquer l'assemblée générale dans deux cas :
- En cas de défaillance des dirigeants, c'est-à-dire de refus ou d'omission
de convoquer l'assemblée générale annuelle (art. 116) ; dans ce cas, il ne peut
convoquer l'assemblée, qu'après avoir vainement requis sa convocation par le
conseil d'administration ou le conseil de surveillance (art. 116 al.2);
- ou toujours en cas d'urgence (art. 176).
Dans les deux cas les dispositions de l'alinéa 3 de l'art. 116 doivent être
respectées, c'est-à-dire, en cas de pluralité de commissaires aux comptes, ils
agissent d'accord entre eux et fixent l'ordre du jour. Mais s'ils sont en désaccord
sur l'opportunité de convoquer l'assemblée, l'un d'eux peut demander au
président du tribunal, statuant en référé, l'autorisation de procéder à cette
convocation, les autres commissaires et le président du conseil d'administration
ou du conseil de surveillance dûment appelés.

9
- art. 44, 45 et 84.

10
Dans le cas où il est donné droit au commissaire concerné, le président
du tribunal fixe l'ordre du jour et son ordonnance n'est susceptible d'aucun
recours.
En outre, les commissaires aux comptes doivent être convoqués à toutes
les assemblées d'actionnaires et aux réunions du conseil d'administration ou du
directoire qui ont pour objet d'arrêter les comptes de l'exercice écoulé ; et, s'il y a
lieu, ils doivent être convoqués aux autres réunions du conseil d'administration
ou du conseil de surveillance (art. 170).

3. En cas de conventions conclues entre les dirigeants et la société


Dans ce cas le président du conseil d'administration (art. 58) ou le
président du conseil de surveillance (art. 97) doivent en aviser le commissaire
aux comptes qui doit présenter un rapport spécial sur ces conventions à
l'assemblée générale qui statue sur ce rapport. (V. pour la SARL art. 64 de la loi
5/96)

4. En cas de modification du capital


En cas d'augmentation du capital, le commissaire aux comptes doit
indiquer dans son rapport à l'assemblée générale extraordinaire si les bases de
calcul retenues par le conseil d'administration ou le directoire lui paraissent
exactes et sincères (art. 194).
En cas de réduction du capital, le rapport du commissaire aux comptes
doit faire connaître à l'assemblée ses appréciations sur les causes et les
conditions de la réduction (art. 211 loi sur la SA et 79 loi 5/96 à propos de la
SARL).

5. En cas de transformation de la société


Toute décision de transformation de la SA en une société d'une autre
forme, précise l'art. 219, ne peut être prise que sur rapport du commissaire aux
comptes attestant que la situation nette est au moins égale au capital social.

6. En cas de fusion
Les dirigeants de chacune des sociétés participant à l'opération de fusion
doivent en communiquer le projet au commissaire aux comptes au moins 45
jours avant la date de l'assemblée générale qui doit décider de la fusion.

11
Il peut alors obtenir auprès de chaque société communication de tous les
documents utiles et procéder à toutes vérifications nécessaires.
Il vérifie que la valeur relative attribuée aux actions des sociétés à
fusionner est pertinente et que le rapport d'échange est équitable.
Son rapport doit alors indiquer la ou les méthodes suivies pour la
détermination du rapport d'échange proposé, si elles sont adéquates en
l'espèce, et les difficultés particulières à l'évaluation s'il en existe.
Il vérifie notamment si le montant de l'actif entreprise apporté par les
sociétés absorbées est au moins égal au montant de l'augmentation de capital
de la société absorbante ou au montant du capital de la société nouvelle issue
de la fusion. La même vérification est faite en ce qui concerne le capital des
sociétés bénéficiaires de la scission.

b – Le devoir d'alerte
La mission d'alerte est confiée au commissaire aux comptes non en vertu
de la loi sur la SA, mais par le code de commerce dans le livre V relatif aux
difficultés de l'entreprise (art. 546 et suiv.). Cette procédure passe par plusieurs
étapes :
La première étape :
Le commissaire aux comptes, s'il en existe, sinon tout associé, informe le
chef de l'entreprise des faits de nature à compromettre la continuité de
l'exploitation dans un délai de 8 jours de la découverte des faits par lettre
recommandée avec accusé de réception, l'invitant à redresser la situation.
La seconde étape :
- En l'absence d'exécution par le chef d'entreprise, qui a pour ce faire un
délai de 15 jours de la réception de la lettre ;
- ou s'il n'arrive pas personnellement ou après délibération du conseil
d'administration ou du conseil de surveillance, selon le cas, à un résultat positif ;
 le chef d'entreprise est alors tenu de faire délibérer la prochaine
assemblée générale pour statuer à ce sujet sur rapport du commissaire aux
comptes.
La troisième étape :
- En l'absence d'une délibération de l'assemblée générale à ce sujet ;

12
- ou s'il a été constaté que malgré les décisions prises par cette
assemblée, la continuité de l'exploitation reste compromise,
 le commissaire aux comptes ou le chef d'entreprise en informe le
président du tribunal (art. 547).
Par ailleurs, l'art. 81 de la loi 5/96 prévoit un genre spécial de droit d'alerte
au profit des associés non gérants d'une SARL ; ces derniers ont le droit, deux
fois par exercice, de poser des questions au gérant sur tout fait de nature à
compromettre la continuité de l'exploitation. Dans ce cas, la réponse du
gérant doit être communiquée au commissaire aux comptes, le cas échéant,
lequel, nous estimons, doit entamer la procédure d'alerte.
De son côté, l'art. 82 de la même loi qui donne le droit aux associés
représentant le 1/4 du capital de demander au président du tribunal de désigner
un expert chargé de présenter un rapport sur une ou plusieurs opérations de
gestion, ce même article exige que ce rapport soit adressé au commissaire aux
comptes.

III – LA RESPONSABILITÉ DU COMMISSAIRE AUX


COMPTES
Les nouvelles réformes ont considérablement alourdi la responsabilité du
commissaire aux comptes, aussi bien dans le domaine civil que dans le domaine
pénal.

A – RESPONSABILITE CIVILE
Les commissaires aux comptes sont responsables, selon les cas, à
l'égard de la société ou des tiers, des dommages qui ont eu pour cause une
faute ou une négligence des commissaires à l'occasion de l'exercice de leurs
missions (art. 180 al.1).
Par contre, leur responsabilité civile n'est pas engagée à l'occasion des
infractions commises par les dirigeants sociaux, sauf si, en ayant eu
connaissance à l'occasion de l'exercice de leur mission, ils ne les ont pas
révélées dans leur rapport à l'assemblée générale.
Les actions en responsabilité contre les commissaires aux comptes se
prescrivent par 5 ans.

13
D – RESPONSABILITE PENALE
Il s'agit des infractions relatives au contrôle telles que prévues par les art.
403 à 406 de la loi sur la SA. D'ailleurs ces dispositions sont applicables même
aux autres sociétés commerciales en vertu de la loi 5/96, le cas échéant.
Parmi ces infractions, les unes sont imputables aux commissaires aux
comptes, les autres aux dirigeants.

a – Les infractions imputables aux commissaires aux comptes


Il s'agit des art. 404 et 405 :
* L'art. 404 prévoit une peine d'emprisonnement de 1 à 6 mois et une
amende de 8 000 à 40 000 dh pour toute personne qui, soit en son nom
personnel, soit au titre d'associé dans une société de commissaires aux
comptes, a intentionnellement :
- accepté,
- exercé,
- ou conservé les fonctions de commissaires aux comptes en dépit des
incompatibilités légales.
* De son côté, l'art. 405 sanctionne d'un emprisonnement de 6 mois à 2
ans et / ou d'une amende de 10 000 à 100 000 dh tout commissaire aux comptes
qui, soit en son nom personnel, soit au titre d'associé dans une société de
commissaires aux comptes, a intentionnellement :
- donné ou confirmé des informations mensongères sur la situation de la
société ;
- ou n'a pas révélé aux organes d'administration, de direction ou de
gestion les faits lui apparaissant délictueux dont il aura eu connaissance à
l'occasion de l'exercice de ses fonctions.
D'un autre côté, si les commissaires aux comptes et leurs collaborateurs
sont astreints au secret professionnel pour tous les faits, actes et
renseignements dont ils sont pu avoir connaissance à l'occasion de leurs
missions (art. 176), l'art. 405 al.2 déclare les dispositions de l'art. 446 du code
pénal applicables aux commissaires aux comptes. Il s'agit des sanctions
applicables en cas de violation du secret professionnel (emprisonnement de 1 à
6 mois et une amende de 120 à 1 000 dh).

14
b – Les infractions imputables aux dirigeants
* D'une part, l'art. 403 sanctionne d'un emprisonnement de 1 à 6 mois et /
ou d'une amende de 10 000 à 50 000 dh les dirigeants qui :
- n'ont pas provoqué la désignation des commissaires aux comptes de la
société ;
- ou ne les ont pas convoqués à toute assemblée d'associés.
* D'autre part, l'art. 406 sanctionne d'un emprisonnement de 1 à 6 mois
et/ou d'une amende de 6 000 à 30 000 dh les dirigeants qui ont
intentionnellement :
- mis obstacle aux vérifications ou contrôles des experts ou des
commissaires aux comptes ;
- ou qui leur ont refusé la communication sur place de toutes les pièces
utiles à l'exercice de leur mission, et notamment de tous contrats, livres,
documents comptables et registres de procès-verbaux.

15
TABLE DES MATIERES
LE COMMISSAIRE AUX COMPTES 1
I – PRESENCE DES COMISSAIRES AUX COMPTES DANS LES SOCIÉTÉS
COMMERCIALES................................................................................................1
A – UNE PRESENCE ETENDUE.....................................................................1
B – LES TEXTES APPLICABLES....................................................................2
C – CONDITIONS DE NOMINATION...............................................................3
a - Sous les dispositions de la législation ancienne relatives à la SA...........3
b – Actuellement...........................................................................................3
1. statut et incompatibilités........................................................................3
2. Récusation............................................................................................4
3. Nomination...........................................................................................5
II – LES MISSIONS DU COMMISSAIRE AUX COMPTES...................................5
A – MISSION DE VERIFICATION PARMANENTE...........................................6
a – Mission permanente...............................................................................6
b – Mission de vérification............................................................................6
c – Les conséquences de la vérification.......................................................8
1. La certification.......................................................................................8
2. L'information.........................................................................................8
B – LES MISSIONS SPECIALES...................................................................10
a – Contrôle de la régularité juridique et financière.....................................10
1. La détention des actions de garantie..................................................10
2. La convocation de l'assemblée générale............................................10
3. En cas de conventions conclues entre les dirigeants et la société......11
4. En cas de modification du capital........................................................11
5. En cas de transformation de la société...............................................11
6. En cas de fusion.................................................................................12
b – Le devoir d'alerte..................................................................................12
III – La responsabilité du commissaire aux comptes..........................................13
A – RESPONSABILITE CIVILE......................................................................13
D – RESPONSABILITE PENALE...................................................................14
a – Les infractions imputables aux commissaires aux comptes..................14
b – Les infractions imputables aux dirigeants.............................................15

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