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Université de Béchar

Département de médecine

Introduction à l’optique physiologique.

Dr. HIMEUR MA
I- Que recouvre l’optique physiologique:

L’optique physiologique a pour objet l’étude du fonctionnement de la rétine


et des voies nerveuses qui lui font suite. Cette étude relève donc:
a) De la photophysique et de la photochimie qui précisent les conditions et
les mécanismes d’absorption de la lumière par les groupes chromophores
des pigments contenus dans les photorécepteurs de la rétine.

b) De l’électrophysiologie cellulaire élémentaire qui a pour objet de mettre


en évidence les processus biophysiques qui conduisent de l’absorption des
photons à la genèse de potentiels d’action.
c) De la théorie du codage de l’information qui doit élucider comment
l’information visuelle est « traitée » et transmise, par les voies et centres
nerveux optiques.
II- Notions élémentaires sur la structure de la rétine:
La rétine n’est pas seulement un organe sensoriel, c’est aussi un centre
nerveux:
Les voies optiques ont une structure systématisée, composée de:
1- Organes récepteurs (cônes et bâtonnets)
2- Les cellules polaires, équivalant au premier neurone,
3- Un deuxième neurone, dont le soma est appelé cellule ganglionnaire, et
dont la fibre conduit l’influx au corps géniculé externe après avoir subi la
décussation au niveau du chiasma.
4- Un troisième neurone reliant le corps géniculé au cortex occipital.
Les organes récepteurs, les cellules bipolaires, et les somas des neurones
ganglionnaires se trouvent tous situés dans la rétine.
Cette double fonction de la rétine, à la fois organe sensoriel et centre
nerveux, trouve son explication dans sa double origine embryologique:
• Ébauche « optique » provenant de la gouttière nerveuse,
• Ébauche cristallinienne d’origine ectodermique;
Les récepteurs, les bipolaires et les ganglionnaires sont disposés
en trois couches successives disposées dans cet ordre, de la
périphérie vers le centre de l’œil, c’est-à-dire de la choroïde vers
le vitré. Il en résulte que pour parvenir aux récepteurs, la lumière
doit traverser les deux couches de cellules nerveuses.

Cette disposition radiaire n’épuise pas la structure de la rétine.


On y trouve également des cellules de connexion latérales:
• Les cellules horizontales qui réunissent entre eux les corps
cellulaires des récepteurs,
• Les cellules amacrines situées au niveau des cellules
bipolaires,
• Enfin, existent des cellules de soutien, de nature névroglique,
III- Les deux types de cellules réceptrices: cônes et bâtonnets.

Deux types d’éléments dans la couche des photorécepteur, la plus externe


des couches principales de la rétine.

A- Les bâtonnets:
Ont une forme très caractérisée, et uniforme. Ils comprennent:

Une partie externe dite segment externe, qui représente la partie


photosensible proprement dite. Allongé de 60µ et épais de 2µ, le segment
externe est perpendiculaire à la couche pigmentaire qu’il voisine
immédiatement,
Une partie interne qui contient notamment le noyau du récepteur, et se
termine par la sphérule qui assure la jonction synaptique avec les cellules
bipolaires.
B- Les cônes:

Sont dans l’ensemble beaucoup plus trapus que les bâtonnets,


ressemblant à une bouteille, dont le col serait le segment
externe (partie photosensible), et le ventre serait le segment
interne.
Mais les cônes sont beaucoup plus polymorphes que les
bâtonnets: ceux de la fovea sont notamment aussi allongés que
des bâtonnets, et même davantage.

Les photorécepteurs établissent avec les bipolaires des liaisons


synaptiques tout à fait classiques.
IV- Les zones de la rétine:

A- La rétine centrale:
La fovea centralis (1200µ de diamètre) est une petite dépression due au fait
que la rétine est pratiquement réduite en cet endroit à la couche de
photorécepteurs. Les bipolaires et ganglionnaires sont en effet rejetées
latéralement. Dans la partie la plus centrale de la fovea (300 à 400µ de
diamètre), les photorécepteurs sont exclusivement des cônes, dont le
segment externe est particulièrement long (70µ) et étroit (1à2µ); ils y sont en
nombre d’environ 35000.
Dans la partie périphérique de la fovea, les bâtonnets viennent se mêler aux
cônes et deviennent rapidement très nombreux (à 300µ du centre de la
fovea, ils sont déjà aussi denses que les cônes). Le diamètre apparent de la
fovea est inférieur à 5°, et celui de sa partie centrale de l’ordre de 1°.
Les régions parafovéale et périfovéale ont des rayons de l’ordre
respectivement de 1250µ et de 2750µ. La densité des cônes y décroit très
vites.
B- La rétine périphérique:
Elle est caractérisée, par une prédominance considérable des
batonnets, car la densité des cônes continue à décroitre de
façon accentuée.
V- Nombre de photorécepteurs, convergence des voies optiques.

On estime qu’il y a dans l’ensemble de la rétine humaine 7 millions de cônes,


et de 75 à 150 millions de bâtonnets.
Les fibres du « nerf » optique sont environ de 100 à 150 fois moins
nombreuses (de 800000 à 1000000). On voit ainsi apparaitre la notion de
convergence: chaque cellule ganglionnaire est reliée à un nombre plus ou
moins grand de récepteurs.
On appelle champ réceptif ou territoire indépendant l’aire rétinienne
correspondante.
• Les bâtonnets sont toujours groupés en batteries nombreuses; ces
batonnets sont connectés à un nombre moindre de cellules bipolaires, qui
convergent elles-mêmes sur une seule ganglionnaire. Cette disposition est
la règle dans la périphérie rétinienne.
• Au contraire, les cônes d’un même territoire indépendant peuvent être
réduits à quelques unités, voire à une seule, comme c’est le cas dans la
fovea.
.
Ces variations topographiques dans le « câblage » des récepteurs
permettent de comprendre les variations de l’acuité visuelle :

A- Les variations de l’acuité visuelle, maximale dans la fovea, où


le « grain » de la rétine est petit.

B- La plus grande sensibilité de la rétine périphérique, où les


bâtonnets agissent de façon coopérative
VI- Sources lumineuses:

A- Les sources primaires:

Deux mécanismes peuvent donner naissance à de la lumière:


1- l’émission thermique (étoiles, lampes à incandescence): est liée à
l’agitation thermique des électrons et se caractérise par un spectre continu.
La position de ce spectre sur l’axe des fréquences, et la quantité de radiations
émises dépendent essentiellement de la température du corps qui rayonne.
Un corps chauffé est d’abord invisible, malgré une forte émission infra-rouge,
puis tend vers le blanc (par adjonction au rouge d’autre radiations visibles).

2- l’émission quantique: est due aux transitions électroniques entre les


niveaux d’énergie des atomes et des molécules. Cette émission donne
naissance à un spectre de raies. Elle peut se produire à basse température:
c’est pourquoi on l’appelle parfois émission froide.
3- Principales sources primaires:

Le soleil:
Sa température de couleur est située entre 5300 et 5800°K.
Rayonnement thermique, le rayonnement solaire n’est pas purement situé
dans le domaine des radiations visibles: 59% de son énergie se trouve dans
l’infrarouge, 40% dans le visible, 1% dans l’ultraviolet.

Les lampes à incandescence:


La lumière est émise par un filament incandescent, dont on montre, en vertu
de la loi de Plank, qu’il faut porter la température le plus haut possible pour
obtenir le meilleur rendement lumineux. Toutefois pour les lampes ordinaires
dont la température de couleur est de l’ordre de 2600° à 2800°K, la fraction
d’énergie dissipée dans le domaine visible ne dépasse pas 2,5% (facteur
d’efficacité).
Les tubes fluorescents:
Ils sont remplis de vapeur de mercure. La décharge électrique née entre les
électrodes chauffées excite le mercure. Les radiations caractéristiques du
mercure viennent frapper l ’enduit fluorescent qui revêt l’intérieur du tube. Si
celui-ci est judicieusement choisi, il émet dans le visible, de façon quasi-
continue. Le facteur d’efficacité peut atteindre 5 à 7%.

La lumière blanche et ses étalons:

Au cours des chapitres suivants, nous serons appelés à traiter de la lumière


blanche. Celle-ci est toujours une lumière complexe, associant des radiations
de longueur d’onde variée. Mais des associations très nombreuses peuvent
donner une même impression visuelle de blanc.
B- Les sources secondaires:

On appelle ainsi les objets éclairés qui renvoient une partie de la lumière
qu’ils reçoivent. Tous les objets qui nous entourent sont des sources
secondaires, ce qui leur permet d’ être perçus par l’œil. Pour caractériser les
sources secondaires, il faut être à même de préciser leur comportement vis-
à-vis des photons incidents.
Considérons un photon lumineux hν, de fréquence bien déterminée, et qui
vient frapper un objet. Deux destinées sont à priori possibles pour ce photon:
ou bien il est absorbé par l’objet, ou bien il est diffusé.
Ces deux destinées, exclusives et exhaustives, peuvent être affectées de
probabilité Pa et Pd respectivement, telle que Pa + Pd = 1.
Si l’on connait la probabilité Pa pour toute valeur de λ comprise entre 800 et
400nm. On peut prédire le comportement de l’objet vis-à-vis de toute lumière
qu’il reçoit.
Considérons un objet recevant une lumière blanche. Pour simplifier, nous
allons supposer que ce faisceau de lumière blanche contient NR photons
rouges, NG photons verts, NB photons bleus. Selon les propriétés optiques de
l’objet, on peut envisager plusieurs types de comportements qui diffèrent
entre eux sur le plan qualitatif et quantitatif.

1- Plan qualitatif:
• Si l’objet diffuse les photons rouges, verts et bleus en proportions
comparables aux portions incidentes, c’est-à-dire qu’il n’opère aucune
sélection entre eux. Par exemple, il renvoie NR/4, NG/4, NB/4 photons de
chaque espèce.
La lumière ainsi diffusée, de même répartition spectrale que la lumière
incidente est encore de la lumière blanche.
Cet objet, dont on peut dire qu’il est non sélectif, ne donnera aucune
impression colorée: il apparaitra blanc ou gris .
• S’il absorbe sélectivement certains des photons: il apparaitra coloré. Par
exemple, s’il absorbe complètement les photons verts et bleus, mais pas
complètement les photons rouges, il diffusera de la lumière rouge et
apparaitra tel à la vue.
De même, s’il absorbe totalement les photons bleus, il ne diffuse qu’un
mélange de vert et de rouge, qui donne à l’œil une impression de jaune.

2- Plan quantitatif:
• Si l’objet diffuse une proportion appréciable de photons incidents, par
exemple 70%: il apparait lumineux; ou bien, au contraire, il n’en renvoie
que très peu, par exemple 10%, il apparait sombre. A la limite, s’il absorbe
tout (ou presque) le rayonnement incident, il est noir.
• On appelle coefficient de réflexion diffuse, le rapport de la radiance
énergétique de l’objet à son éclairement énergétique. Il va de 0.85 à 0.01
(noir).
• On voit que, pour rendre compte de la réalité dans toute sa complexité on
ne peut dissocier les points de vue qualitatif et quantitatif.
Un objet non sélectif, c’est-à-dire dont le coefficient de réflexion diffuse P
est indépendant de λ, éclairé en lumière blanche, apparaitra blanc, gris ou
noir, selon la valeur de P. Ce même corps, éclairé en lumière colorée ne peut
que renvoyer la même lumière: un objet blanc (propriété physique ) apparait
rouge en lumière rouge.

Soit maintenant un objet très sélectif (c’est-à-dire dont le coefficient de


réflexion diffuse P varie beaucoup avec λ, absorbant par exemple tout le bleu
(PB = 0), tout le vert (PV = 0), mais pas complètement le rouge (PR # 0), et
éclairé en lumière blanche.
S’il diffuse presque tout le rouge incident, il donne l’impression d’un rouge
très lumineux; au contraire, s’il n’en renvoie qu’une faible partie, il apparait
rouge sombre. Ainsi, selon la valeur de son coefficient de réflexion diffuse
pour le rouge, la couleur de cet objet peut varier dans toute la gamme allant
du rouge intense au rouge foncé et au noir.
VII- Introduction à l’étude des sensations lumineuses:
La trivariance visuelle

L’étude des relations qui existent entre d’une part la quantité et la


composition spectrale de la lumière qui frappe notre œil, et d’autre part par
les sensations lumineuses qui en résultent, implique que l’on fasse
préalablement l’inventaire de ces sensations lumineuses. Cette première
approche va nous conduire à distinguer trois qualités à toute sensation
visuelle élémentaire.
• Il est bien connu qu’on peut distinguer dans le spectre 6 couleurs
fondamentales qui se distinguent par le domaine de longueur d’onde
considérée, conformément au tableau ci-dessous.
• Les limites indiquées sont relativement arbitraires: en fait on passe
d’une couleur à la suivante par toute une série de transitions
graduelle.
• De plus, on peut aussi individualiser les couleurs intermédiaires entre
le violet et le rouge: ce sont les différents pourpes.
• Ainsi se trouve constituée toute une série fermée de sensations
colorées qu’on peut distinguer selon leur teinte. ou tonalité.
Une donnée expérimentale fondamentale est que la même teinte peut être obtenue
avec des lumières de compositions spectrales très différentes. Par exemple, la
lumière jaune émise par les phares des autos est obtenue grâce à l’effet filtrant du
verre dont est constituée l’ampoule, qui absorbe toutes les radiations de longueur
d’onde inférieure à 500nm. Cette lumière dont le spectre est continu donne la même
sensation de teinte qu’une lumière monochromatique de 576nm. Des résultats de ce
type permettent de penser que le nombre d’impressions colorées est sensiblement
plus faible que le nombre de compositions spectrales possibles.

Mais il existe d’autre couleurs: en effet, à partir de chaque couleur spectrale, ou de


chaque pourpre, on peut, en passant par des couleurs de plus en plus pales, arriver
jusqu’au blanc. Au cours de ce passage, la teinte est conservée. Par exemple, à partir
d’un rouge donné, on peut passer au blanc par toute une série de roses de même
tonalité. Tous les termes d’une telle série se distinguent par leur saturation, c’est-à-
dire leur propriété d’etre plus ou moins lavés de blanc. Plus une sensation colorée est
proche du blanc, moins elle est saturée.

On n’a toutefois pas épuisé l’ensemble des sensations visuelles possibles. En effet, on
peut encore faire varier la quantité de lumière pénétrant dans l’œil et pas seulement
sa composition spectrale (ou qualité). Si on diminue la quantité de lumière irradiant
un objet, l’impression de brillance de cet objet diminuera.