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INSTITUT NATIONAL AGRONOMIQUE

PARIS-GRIGNON

THESE

Présentée par Lovois de Andrade MIGUEL


Ingénieur agronome

pour l'obtention du titre de

DOCTEUR DE L'INSTITUT NATIONAL AGRONOMIQUE PARIS-GRIGNON

Formation, évolution et transformation d'un système


agraire dans le sud du Brésil
(littoral nord de l'État du Paraná)
Une paysannerie face à une politique de
protection de l'environnement :
"Chronique d'une mort annoncée?"

Directeur de thèse : M. Marcel Mazoyer

soutenue le 27 février 1997 devant la commission


d'examen composée de :

M. Marcel Mazoyer - Professeur à l'Institut National Agronomique, président.


M. Claude Raynaut - Directeur de Recherche au CNRS, premier rapporteur.
M. Yves Goussault - Professeur Émérite à l'Université Paris I, second rapporteur.
Mme. Jeanne-Marie Viel - Professeur à l'Institut National Agronomique.
SOMMAIRE

RÉSUMÉ

AVANT PROPOS

INTRODUCTION
1

CHAPITRE 1 - La mise en place d'un système de production esclavagiste et la formation de la


paysannerie "caiçara" (1580-1888) 19

1. La période aurifère et l'intégration de la région à la colonie portugaise 20

1.1. Le littoral du Paraná à l'époque précolombienne 20


1.2. La destruction des communautés indiennes et la colonisation de la région par des 21
chercheurs d'or au début du XVIIe siècle

1.3. L'épuisement de l'or au début du XVIIIe siècle 23

2. La constitution d'un nouveau système agraire sur le littoral nord du Paraná


24

2.1. La formation d'une société agraire


24
2.2. Une conjoncture favorable au développement des activités agroforestières et de
transformation artisanale 25
2.3. Un mode d'exploitation du milieu fondé sur l'économie de cueillette et sur l'agriculture de
défriche-brûlis 27
2.4. Une société agraire bien différenciée : des paysans, des agriculteurs esclavagistes et
des grands propriétaires esclavagistes 31

3. Transformations et crise du système esclavagiste 44

3.1. De profonds changements d'ordre politique et économique à partir du milieu du XIXe


44
siècle
3.2. Crise du système esclavagiste et déclin général de l'activité économique régionale :
conséquences sur la société agraire du littoral nord du Paraná 47
CHAPITRE 2 - L'apogée et le déclin de la paysannerie "caiçara" (1888-1992) 51

1. La mise en place d'un nouveau système agraire 52

1.1. Un système agraire en formation depuis le milieu du XIXe siècle


52
1.2. Un mode d'exploitation du milieu toujours fondé sur le système de culture de défriche-
brûlis et sur l'exploitation des ressources naturelles 54
1.3. La paysannerie "caiçara" au début du XXe siècle : organisation économique et rapports
64
de production
1.4. Une période d'essor économique et démographique
72

2. Les années 30 : le début d'une longue période de crise …


76

2.1. Les origines de la crise paysanne


76
2.2. Des changements dans le mode d'exploitation du milieu comme réponse à la crise
81
2.3. Les interventions des pouvoirs publics dans la région à partir de 1965 accentuent la crise
paysanne 91

3. La mise en place d'une politique de protection de l'environnement sur le littoral paranéen à


partir de 1982 109

3.1. Le contexte socio-économique et politique au Brésil et au Paraná à partir des années 60


109
3.2. La politique de protection de l'environnement sur le littoral nord du Paraná
124
3.3. Les actions et interventions entreprises par les pouvoirs publics pour compenser les
restrictions d'usage des ressources naturelles sur le littoral nord du Paraná 131

CHAPITRE 3 - Une conjoncture agraire complexe et en pleine mutation 146

1. Caractérisation socio-économique des exploitations agricoles du littoral nord du Paraná


147

1.1. Typologie fonctionnelle des principaux systèmes de production


148
1.2. Modélisation des résultats économiques des principaux systèmes de production
215
2. Une société agraire marquée par d'importantes inégalités
229

2.1. Développement différentiel et crise paysanne : une paysannerie à deux vitesses ?


229
2.2. Immigration et expansion des productions maraîchères
244
2.3. Des propriétaires de néolatifundias en quête de nouvelles possibilités de développement
248
CHAPITRE 4 - Comment concilier les impératifs de la protection de l'environnement avec
ceux du développement agricole sur le littoral nord du Paraná? 257

1. Les paradigmes actuels sur la problématique environnement-développement


258

2. La paysannerie et la problématique environnement-développement sur le littoral nord du


262
Paraná

2.1. Les enjeux de la problématique environnement- développement sur le littoral nord du 263
Paraná
2.2. La majeure partie de la paysannerie est confrontée à une situation socio-économique fort
précaire 266

3. Quelle politique de développement agricole pour le littoral nord du Paraná?


270

3.1. Une politique de développement centrée sur la paysannerie


272
3.2. Redéfinir l'action des pouvoirs publics
273
3.3. Redistribution foncière et mise en place d'une "réserve extractiviste" de cœur de palmier
277
3.4. La promotion des structures associatives paysannes
282

CONCLUSION
286

BIBLIOGRAPHIE
294

ANNEXES
314

LISTE DES FIGURES

LISTE DES TABLEAUX

LISTE DES PLANCHES

LISTE DES ANNEXES


Résumé

Cette thèse est consacrée à l'étude de l'évolution et de la différenciation des systèmes


agraires qui se sont succédés sur le littoral nord de l'État du Paraná (sud du Brésil) depuis la
colonisation portugaise jusqu'à nos jours. Elle révèle une société agraire largement structurée autour
d'une paysannerie dont le mode d'exploitation du milieu demeure fondé sur l'appropriation directe des
ressources naturelles (agriculture de défriche-brûlis, cueillette, pêche, chasse).

Elle montre comment certaines interventions récentes des pouvoirs publics, en altérant le
mode d'exploitation des ressources naturelles, l'organisation de l'espace et l'organisation sociale, sont
devenues des facteurs d'aggravation de la crise déjà ancienne de cette société paysanne. Tout en
mettant en évidence la situation d'exclusion socio-économique que la majorité de cette paysannerie
affronte, elle démontre que les possibilités de concevoir un projet de développement qui concilie les
impératifs de la protection de l'environnement et ceux de l'amélioration des conditions de vie de cette
paysannerie sont aujourd'hui largement réunies.

Mots-clés
Système agraire - Brésil - Paraná - Guaraqueçaba - Agriculture défriche-brûlis - Cueillette -
Paysannerie - Développement - Environnement.

Summary

This paper focuses on the evolution of and the differences between the agrarian systems that
have been set up along the Northern coast of Paraná State (southern Brazil), from the Portuguese
colonisation until today.This paper brought to light an agrarian society based on small farming which
relied mainly on natural resources (such as shifting cultivation, fruit gathering, fishing and hunting).

This work underlines how inadequate and harmful recent government schemes have proved
to be. By changing the farmers' methods of exploiting natural resources they have made the crisis
even worse. And, farmers are excluded from socio-economic patterns. However, this paper
endeavours to show that a development scheme aiming both at protecting the environment and
improving small farmers' living conditions can be devised.

Key words
Agrarian system - Paraná - Brazil - Guaraqueçaba - Schifting cultivation - Fruit gathering - Peasants -
Development - Environment.
Resumo

Este trabalho compreende o estudo da evolução e da diferenciação dos sistemas agrários


que se sucederam no litoral norte do Estado do Paraná (região sul do Brasil) desde o período da
colonisação portuguesa até os dias de hoje. Analiza uma sociedade agrária estruturada em torno de
pequenos agricultores familiares cujo modo de exploração do meio caracteriza-se pela apropriação
direta dos recursos naturais (agricultura de queimada, extrativismo, pesca, caça).

Coloca em evidência que certas intervenções recentes dos poderes públicos nesta região,
alterando o modo de exploração dos recursos naturais, a organização do espaço e a organização
social, tornaram-se fatores de agravação da crise que esta sociedade agrária já vem atravessando
desde os anos 30. Ao mesmo tempo que este estudo destaca a situação de exclusão sócio-
econômica da maioria dos pequenos agricultores familiares, ele demonstra que os elementos
necessários para conceber um projeto de desenvolvimento que concilie os imperativos da proteção
ambiental com os da melhoria das condições de vida desta população encontram-se hoje
amplamente reunidos.

Palavras chaves

Sistema agrário - Brasil - Paraná - Guaraqueçaba - Agricultura de queimada - Extrativismo -


Pequenos agricultores familiares - Desenvolvimento - Meio Ambiente.
AVANT PROPOS
Tous ceux qui se sont aventurés sur le long et solitaire chemin de la rédaction d'une thèse, savent que
nous ne pouvons pas entreprendre seul un tel projet. Tout au long de ce parcours, des gens nous
épaulent discrètement, nous aident, nous soutiennent. Parfois, ce ne sont que des petits signes de
gentillesse et d'attention, mais des signes qui nous encouragent à continuer notre travail. Me voilà
donc confronté à cet exercice, très délicat, mais juste, que sont les remerciements (mais oui, il faut les
faire !!!). Pour toutes ces raisons je dois faire part de ma gratitude :

A M. Marcel MAZOYER, pour avoir accepté de diriger cette thèse et m'avoir prodigué ses
conseils et ses remarques toujours pertinentes.

A Mlle. Sophie DEVIENNE et à Mme. Jean-Marie VIEL, pour leur attention et leur pertinence
dans la lecture de la thèse.

A Mme. Magda ZANONI, Maître de Conférence à l'Université de Paris VII, coordinatrice du


programme de développement durable de la région de Guaraqueçaba (État du Paraná, Brésil) intitulé
"Gestion des ressources naturelles pour un développement durable dans une Zone d'Environnement
Protégée". A Magda, responsable et initiatrice de ce programme dans lequel se place cette recherche,
mais également et avant tout, celle qui a encouragé ma venue en France.

Pendant une bonne partie de mon séjour et de ma formation en France, j'ai pu bénéficier
d'une bourse brésilienne octroyée par le Conselho Nacional de Desenvolvimento Científico e
Tecnológico - CNPq. Ce soutien m'engage à vie dans la voie du partage de la connaissance et de
l'humilité.

A Mme. Francine BASSU, pour sa gentillesse et sa sensibilité à toute épreuve.

A Marie-Dominique ROUGEULLE pour sa précieuse collaboration dans la révision finale de


ce texte.

A Tatiana ENGEL GERHARDT, Michèle PRETET, Dominique HAUTEBERGUE, Angela D.


FERREIRA, Solange et Pierre RAMOND, sans qui cette thèse ne serait jamais arrivée à terme.

Enfin, je tiens à remercier les paysans et pêcheurs du littoral Nord du Paraná, à qui je
souhaite du fond de mon coeur qu'ils puissent devenir des citoyens à part entière.
INTRODUCTION
Pour qui connaît l'importance de l'État du Paraná (région sud du pays) dans
l'économie agricole du Brésil, avec ses vastes plateaux consacrés pour l'essentiel à
une agriculture issue de la "révolution verte", la portion nord du littoral paranéen1 est
considérée à plusieurs égards comme une région remarquable (figure 1). Celle-ci,
l'une des premières de l'État à avoir été colonisée par les Portugais au XVIe siècle,
conserve en effet une richesse et une diversité biologique considérables. Si
quelques centaines de kilomètres à peine la séparent des centres urbains très
dynamiques comme Curitiba (figure 2), la capitale de l'État, et São Paulo, principal
pôle économique du pays, elle est encore aujourd'hui très faiblement peuplée (on y
compte moins de 4 habitants au km2), et demeure l'une des régions les plus pauvres
et les plus démunies du Sud du Brésil. Un regard plus attentif permet de
comprendre les origines de ce paradoxe qui ne peut manquer d'attirer l'attention sur
cette portion du territoire paranéen dont la superficie atteint environ 3.000 km2.

En premier lieu, le climat, de type subtropical humide2 avec une pluviométrie


et une humidité de l'air très élevées, s'avère fort limitant quant au développement
des activités agricoles. Par ailleurs, la plupart des terres agricoles y sont soumises à
de fortes limitations d'usage en raison du relief accidenté ou de mauvaises
conditions de drainage. Pour compléter ce tableau d'ensemble, soulignons la
précarité des voies de communication. Tandis qu'une chaîne montagneuse, la Serra
do Mar3, constitue une véritable frontière naturelle au Nord et à l'Ouest, les estuaires

1 La limite géographique retenue est approximativement celle de la région d'étude adoptée par le décret de
création de la Zone d'Environnement Protégé de Guaraqueçaba (décret fédéral n°90883 du 31/01/85) exception
faite de deux petites régions localisées sur le plateau au nord de la région d'étude. En effet, nous avons
délibérément exclu ces deux petites régions car l'histoire agraire, ainsi que les caractéristiques géo-climatiques
diffèrent sensiblement de celles rencontrées dans l'ensemble de la région littorale du Paraná. Notre région
d'étude couvre la plupart de la commune de Guaraqueçaba et les parties nord et est de la commune d'Antonina.
2 Le climat de la région est fortement marqué par la latitude (entre les parallèles 25° et 26°) et par l'action
orographique de la chaîne de montagnes "Serra do Mar" et des trois centres d'action atmosphériques de
l'Amérique du Sud (l'anticyclone de l'Atlantique sud, l'anticyclone migratoire polaire et la dépression du Chaco).
Par conséquent, le climat peut être défini comme subtropical humide et est caractérisé par le balancement
régulier d'une saison hivernale à sécheresse modérée et d'une saison chaude humide estivale (Naizot - 1993, p.
15). Les précipitations annuelles moyennes varient entre 2100 et 2800 mm, ces variations étant liées à la
proximité de la chaîne montagneuse et au gradient altitudinal. En outre, les précipitations sont très inégalement
réparties sur l'année : les précipitations les plus faibles ont lieu pendant l'hiver - de juin à août - et les plus
élevées à la fin de l'été - février à avril (figure 3). Même pendant la période hivernale, le volume des
précipitations demeure important avec une moyenne mensuelle supérieure à 80 mm. Par contre, les pluies
torrentielles qui ont lieu notamment en été peuvent dépasser facilement 100 mm par jour et ceci pendant
plusieurs jours consécutifs, occasionnant les crues des principaux fleuves. En conséquence, le bilan hydrique
est fortement excédentaire tout au long de l'année avec des excédents hydriques souvent supérieurs à 500 mm
(IPARDES - 1990, p. 19). Néanmoins, de courtes périodes de déficit hydrique peuvent survenir sporadiquement
pendant certaines périodes de l'année, notamment en hiver et au début de l'été. L'humidité relative de l'air est
également très forte en toutes saisons : elle varie entre 80 et 90%.
3 Cette chaîne montagneuse a eu comme origine le processus de constitution de la bordure Est du socle
brésilien lors de la rupture de la plaque tectonique afro-américaine à la fin de l'ère mésozoïque (Maack et
Bigarella citées par Naizot - 1993, p. 28). Cette bordure périphérique, avec la forme d'un bourrelet montagneux
(Birot citée par Naizot - 1993, p. 11) et avec une altitude plus élevée que les plateaux de l'intérieur du continent,
sera à l'origine de la chaîne de montagnes "Serra do Mar". Outre le front de l'escarpement, cette chaîne de
montagnes est constituée d'un ensemble complexe de montagnes en blocs, les uns surélevés, les autres au
contraire abaissés, aux escarpements profondément disséqués qui forment des "serras" isolées et marginales
et baies qui la bordent au Sud sont de faible profondeur (figure 4). Même l'existence
d'un réseau hydrographique très dense ne permet pas de compenser ces
contraintes : le transport fluvial est lui aussi confronté à des fortes limitations, car à
l'exception des quelques fleuves principaux qui traversent la région, la plupart des
cours d'eau sont trop sinueux et étroits pour permettre une véritable navigation
fluviale (figure 5). À ceci s'ajoute la localisation géographique du littoral nord,
complètement à l'écart des principaux axes de communication terrestres qui
traversent le littoral paranéen (figure 6).

Autant de contraintes qui ont fait du littoral nord du Paraná une région
longtemps dotée de faibles avantages comparatifs notamment par rapport aux
régions de plateaux de l'intérieur de l'État4 ou même aux régions voisines du littoral
centre et sud5.

(Naizot - 1993, p. 14). Les structures rocheuses sont d'origine précambrienne et jurassique-crétacée et elles
sont composées par des roches ignées (granites) mais surtout par des roches métamorphiques (notamment des
migmatites et gneiss) (IPARDES - 1990, pp. 23-24). Les failles dans le substratum précambrien ont été
soumises à un long processus d'érosion géologique qui a donné origine aux principales orientations du relief et
aux vallées alluviales avec une orientation Nord-est, Nord et Nord-ouest. La partie plus élevée de cette chaîne
montagneuse s'élève à environ 1500 mètres, mais la plupart des montagnes ont des altitudes inférieures à 800
mètres (IPARDES - 1990, p. 35).
4 Les régions de plateaux de l'État du Paraná étaient, jusqu'aux années 60, le grand front pionnier du Sud du
Brésil avec de vastes étendues de terres vierges et un climat relativement tempéré.
5 C'est là que l'on trouve les principaux ports maritimes et fluviaux de l'État. Elles sont par ailleurs plus proches
des régions de plateaux.
Figu r e 3 - T e m pé r at ur e e t pr é cipi t a t io ns* an nue lle s sur le li t t or al Nor d de
l' Ét a t du Par a ná

C° 3 0 4 0 0 m .m .

350
25
300
20
250

15 200

150
10
100
5
50
0 0

Sep

Dec
Jan

Août

Oct
Fev

Nov
Mai
Mar

Av r

Jui

Juil

Temp érat ur e moyenne mensuelle

Hum id it é relat ive de l' air : Temp érat ur e maximale men suelle
8 0 % (sept à jan v ) à Temp érat ur e m inimale men suelle
9 0 % ( avril à ao ût )
Précipit at io ns mm/ mo is
Ensoleillement heures/ mo is

Note : * Calcul de la moyenne des précipit at ions


mensuelles pour la période de 197 8-90

SOURCE : D' après les données fournies par l'IAPAR, 197 8-90 .
Le littoral nord du Paraná a donc été réduit à jouer un rôle secondaire et
périphérique tout au long du processus de développement économique de l'État du
Paraná dans son ensemble et même du reste de la région littorale. Cette situation
n'a permis qu'une intégration partielle au marché économique régional et national, et
la région est restée longtemps à l'écart de toute politique d'aménagement du
territoire et de développement.

Contrairement à ce qui s'est produit dans la plupart des régions du sud du


Brésil, fortement marquées par une colonisation récente, la société agraire du littoral
nord du Paraná est restée largement structurée autour d'une paysannerie dont les
origines remontent aux premiers temps de la colonisation. Cette société paysanne,
appelée localement "caiçara", a ainsi pu mettre en œuvre un mode d'exploitation du
milieu adapté de longue date au milieu naturel. Jusqu'aux années 60, ce mode
d'exploitation du milieu est resté fondé sur l'appropriation directe des ressources
naturelles - comme la cueillette du cœur de palmier (Euterpe edulis), l'exploitation du
bois et des lianes, la pêche et la chasse, sur la transformation artisanale de produits
forestiers et agricoles et sur la culture de la banane, du riz pluvial, du manioc (et
dans une moindre mesure le haricot et le maïs), selon le système de culture de
défriche-brûlis.

Il faudra attendre la fin des années 60 pour que cette situation soit
profondément bouleversée par toute une série d'interventions des pouvoirs publics,
et tout d'abord par la mise en place par le gouvernement fédéral d'un ambitieux
programme de développement des activités forestières. Les avantages fiscaux
offerts par ce programme déclenchèrent en effet un ample mouvement de
concentration foncière, en incitant l'installation d'un grand nombre de néolatifundias
dans la région. Cette installation fut suivie par le désenclavement progressif des
principales vallées agricoles avec la construction de pistes en terre et quelques
routes goudronnées. Enfin, à partir des années 80, les pouvoirs publics brésiliens
intervinrent de nouveau dans la région en mettant en place une politique régionale
de protection de l'environnement.

A l'origine, ce travail devait répondre à une problématique portant sur des


conflits d'usage des ressources naturelles opposant la paysannerie locale et les
organismes publics chargés d'appliquer cette politique de protection de
l'environnement. Depuis le milieu des années 80, ces organismes
environnementaux, associés à l'occasion à des organisations non
gouvernementales de protection de l'environnement, accusent en effet cette
paysannerie, au même titre que les néolatifundias, de détruire et de dégrader les
écosystèmes forestiers existants dans la région.

Mais au fur et à mesure de l'approfondissement de la recherche, une situation


bien plus complexe a été mise à jour. Tout d'abord, nous avons pu constater que la
paysannerie locale était depuis fort longtemps confrontée à une grave crise dans
son mode d'exploitation du milieu. Puis nous nous sommes aperçus que les
interventions récentes des pouvoirs publics dans la région avaient largement
contribué à aggraver cette crise paysanne. Ces constats nous ont amené à
réorienter notre problématique de départ et à centrer notre étude sur l'ensemble des
facteurs qui ont déclenché et aggravé cette crise paysanne. Pour atteindre cet
objectif, il nous est apparu indispensable d'identifier et d'analyser les origines et les
conséquences de cette crise à travers la reconstitution de l'évolution et de la
différenciation des systèmes agraires qui se sont succédés sur le littoral nord du
Paraná depuis le début de la colonisation portugaise jusqu'à nos jours.

Cette démarche nous a conduit à nous consacrer davantage à la


compréhension de la dynamique agraire actuelle. Nous nous sommes
particulièrement intéressés à l'analyse des perspectives d'avenir de cette
paysannerie prise au piège d'une conjoncture régionale marquée par d'importants
paradoxes entre la politique de protection de l'environnement et la politique de
développement agricole mise en œuvre par les pouvoirs publics. Dès lors, nous
avons placé notre étude au cœur des débats sur la problématique
environnement/développement, une problématique dont les enjeux dépassent
largement les limites de notre petite région d'étude et qui se révèle être d'une grande
actualité dans le contexte brésilien actuel.

Pour mettre davantage en évidence les potentialités agro-écologiques ainsi


que l'hétérogénéité des milieux naturels existants (figure 7), nous avons pris soin
d'élaborer un zonage de la région d'étude. Ce zonage a été conçu en considérant
notamment la localisation géographique et l'occurrence et l'importance des
différentes unités de milieu naturel. Il s'avère un outil indispensable à la
compréhension des différentes étapes de l'occupation de l'espace et des modes
d'exploitation du milieu qui se sont succédés tout au long de l'évolution, mais
également à la différenciation des systèmes agraires sur le littoral Nord du Paraná.
La région d'étude a pu ainsi être divisée de façon schématique en 4 sous-
régions distinctes (figure 8) :
• Sous-région des plaines littorales et des bas-fonds

Cette sous-région comprend l'ensemble des plaines littorales et l'aval des principales vallées
alluviales. Dans celles-ci, plus de 3/4 des surfaces de fonds de vallée sont occupées par des
bas-fonds.

Les plaines littorales ("restingas") sont des plaines sablonneuses légèrement ondulées
localisées autour des baies et estuaires. Elles résultent du dépôt de sédiments d'origine
maritime lors des dernières régressions de la mer au cours de la période Quaternaire. Cette
unité de milieu naturel est soumise à une importante influence des marées qui se traduit par
l'occurrence d'une nappe phréatique superficielle. En revanche, les bas-fonds ont été formés
par le dépôt de sédiments alluviaux récents. Les bas-fonds se situent le long des principaux
fleuves (sur des anciens méandres de fleuve) et à proximité de leur embouchure. Cette unité
de milieu naturel se caractérise par la faible profondeur de la nappe phréatique tout au long
de l'année (à l'exception des mois de plus faibles précipitations, c'est-à-dire de juillet à
septembre, quand on observe un abaissement sensible de la nappe phréatique). Cette
situation s'explique par la faible déclivité des bas-fonds combinée parfois à l'influence des
marées.

Cette sous-région se caractérise par la prédominance de sols sablo-argileux (podzolisés


hydromorphes et hydromorphes gley) et par un mauvais drainage naturel. La végétation
climacique varie d'une végétation hygrophile herbacée ou arbustive dans les zones
marécageuses, à une végétation constituée par une forêt ombrophile dense dans les
endroits mieux drainées.

• Sous-région des vallées alluviales larges

Cette sous-région comprend la partie intermédiaire des principales vallées alluviales. La


largeur des fonds de vallées peut dépasser 6 km et 40 à 60% des surfaces sont occupées
par des plaines d'épandage de crues et des terrasses alluviales. Le reste des surfaces de
fond de vallée est constitué des bas-fonds.

Les terrasses alluviales ont été formées par le dépôt de sédiments d'origine alluviale
pendant le Quaternaire, lorsque les périodes de transgression de la mer ont noyé les vallées
alluviales. Cette unité de milieu naturel comprend la partie des fonds de vallée non inondés
par les crues d'été (ou très exceptionnellement) en raison de leur altitude supérieure au
niveau des crues des fleuves. Les plaines d'épandage de crues (appelés localement "terras
de desmonte") se situent en bordure des principaux fleuves et bénéficient périodiquement de
dépôts de sédiments alluviaux récents. Ces plaines sont inondées par des crues d'été ("água
do monte") pendant les mois de février et de mars, d'une durée très variable (d'une demi
journée à quelques jours) et qui apportent des quantités considérables de sédiments
organiques et argileux d'origine alluviale. Les terrasses alluviales comme les plaines
d'épandage de crues se caractérisent par la prédominance de sols peu évolués d'apport
(sols alluviaux) avec un bon drainage naturel.

Cette sous-région comprend également quelques versants de montagnes. Selon la


composition du substratum géologique et leur déclivité, ces versants ont des sols pseudo
gley, lithiques, ferralitiques ou peu évolués d'apport (sols colluviaux) d'une épaisseur très
variable.

La végétation climacique sur les fonds des vallées varie d'une végétation herbacée, voire
arborée, hygrophile, à une végétation constituée par une forêt ombrophile dense qui
prédomine sur les versants de montagnes.

• Sous-région des vallées alluviales étroites

Elle comprend la partie amont des vallées alluviales presque entièrement entourées par la
sous-région montagneuse. Ces vallées sont relativement étroites (leur largeur est souvent
inférieure à 2 km), et les plaines d'épandage de crues et les terrasses alluviales occupent
plus de la moitié des surfaces de fond de vallée. Le reste des surfaces de fond de vallée est
composé de bas-fonds. Au même titre que la sous-région précédente, elle comprend
également des versants de montagnes.

La végétation climacique est semblable à celle rencontrée dans la sous-région précédente.

• Sous-région montagneuse

Cette sous-région couvre plus de la moitié de la superficie du littoral nord du Paraná


(IPARDES - 1989a, p. 245). Elle est constituée d'une multitude de petites vallées alluviales
secondaires et étroites et par l'ensemble des montagnes. Si les surfaces de fond de vallée
sont insignifiantes, ces petites vallées alluviales possèdent souvent des versants de
montagnes de faible déclivité et dont les sols sont peu évolués d'apport (sols colluviaux).

La forêt ombrophile dense est prédominante sur cette sous-région, mais lorsque l'altitude
dépasse 1000 mètres (IPARDES - 1990, p. 64), elle cède progressivement la place à une
végétation arbustive puis herbacée.

La planche 1 illustre les sous-régions présentées ci-dessus.


Cette étude a été organisée en quatre chapitres.

Les premier et second chapitres sont consacrés à la reconstitution de


l'évolution et à la différenciation des systèmes agraires depuis la colonisation
portugaise jusqu'à nos jours. Nous avons ainsi pu mettre en évidence les différentes
étapes de la formation de la société paysanne sur le littoral nord du Paraná. Il
s'agissait avant tout de comprendre le processus de différenciation sociale à
l'intérieur de cette paysannerie, de façon à pouvoir appréhender l'ampleur de
l'impact des interventions des pouvoirs publics brésiliens dans cette région à partir
du milieu des années 60. Pour la période la plus ancienne, cette reconstitution a été
réalisée à partir d'une recherche bibliographique basée sur des ouvrages historiques
et des documents d'origine très diverse (recensements, correspondance
administrative et personnelle, documents d'archives, etc.). En ce qui concerne la
période plus récente, c'est-à-dire à partir du début du XXe siècle, la principale source
d'information consiste en des enquêtes réalisées auprès des paysans locaux et
d'autres acteurs sociaux (commerçants, techniciens et représentants de l'État,
agriculteurs, propriétaires des néolatifundias, etc.). Pour la période postérieure aux
années 70, mais surtout à partir du début de la décennie 80 qui correspond à la
mise en place de la politique environnementale, nous avons pu mettre à profit
d'autres sources d'information et notamment des articles de journaux, des rapports
et des études réalisés par des organismes d'État ou des travaux universitaires.

Dans le troisième chapitre, nous nous sommes attachés à l'analyse détaillée


de la conjoncture agraire actuelle sur le littoral nord du Paraná. Il s'agit avant tout
d'une caractérisation socio-économique de l'ensemble des catégories sociales
rencontrées aujourd'hui dans cette région. À travers l'élaboration d'une typologie
fonctionnelle et d'une modélisation des systèmes de production mis en œuvre par
ces catégories sociales, nous avons pu déterminer les performances économiques
de chacun de ces systèmes et mener une analyse critique de leurs perspectives
d'avenir. Nous avons effectué, entre 1990 et 1992, 110 enquêtes approfondies sur
les systèmes de production. Par ailleurs et pour améliorer nos connaissances sur
certains systèmes de production peu représentés dans la région étudiée, nous
avons réalisé 26 enquêtes supplémentaires auprès d'exploitants du littoral centre et
sud. Cette démarche nous a permis de mieux comprendre la conjoncture agraire
actuelle dans l'ensemble de la région littorale du Paraná et de tester nos hypothèses
sur les tendances d'évolution de certains systèmes de production.
Le quatrième et dernier chapitre est consacré à une réflexion sur les atouts dont
dispose cette paysannerie pour faire face aux enjeux de la problématique
environnement-développement sur le littoral nord du Paraná. Nous terminons notre
étude en présentant un certain nombre de propositions en vue de la mise en place
d'un projet de développement agricole qui puisse concilier les impératifs de la
protection de l'environnement et ceux de l'amélioration des conditions de vie de
cette paysannerie. Nous avons ainsi voulu montrer que les possibilités de concevoir
un tel projet de développement agricole pour le littoral nord du Paraná sont
aujourd'hui largement réunies.
F ig u r e 7 - Sc h é m a d e l a ré g i o n li t t o r a le N o r d d u Par a ná a v e c se s 5 u n it é s
m o r p h o p é d o lo g i q u e s e t l a v é g é t a t i o n cl im ac iq u e

V IV III II 1.2 0 0 I
Haut es Mont agne s
Alt it u de
( m èt res )
B as- f onds Ter r as s es alluv iales Plaine d ' épandage
non inondées par de c r ues
les c rues d ' ét é Plaine lit t or ale
" r es t ing a"

B as 20 à 5 0
V er sant s

fleuv es Niv eau d e


la m er
Sols :
Baie s
• ps eudo -gley So ls
Sols peu év olués
• f er ralit iqu es hy dr omo rph es Sols podz olisés hy dr om or phes
d' ap por t ( allu viaux )
• peu év olués d' appo rt gley
( co lluv iaux)

• M ajo rit é des m ont ag nes - • Major it é d es m ont agnes -


mig m at it es et gneis s m igm at it es et gneiss
• Séd imen t s alluv io nnaux Quat er nair es • S édiment s m ar it imes Q uat ernair es
( m ét amor phiques ) ( m ét amor phiques )
• Haut es m on t agnes - • Haut es mont ag nes -
granit es ( ignées ) g ranit es ( ignées )

F or êt o m b r op h ile de ns e

V é gé t at io n a rb o ré e et m ar ais l ac u st re

F or êt d e m ang r o v e s ( m a rai s m ar it im e s )
SOURCE : IPA RDES, 1 9 9 0 et r elev és de t err ain 1 9 8 9 , 1 9 9 1 et 1 9 9 2 .
CHAPITRE 1
La mise en place d'un système de production
esclavagiste et la formation de la paysannerie
"caiçara" (1580 - 1888)
1. La période aurifère et l'intégration de la région à la colonie portugaise

1.1. Le littoral du Paraná à l'époque précolombienne

Avant la découverte du Brésil par les Portugais en 1500, le littoral du Paraná


était habité par des Indiens de la grande famille culturelle Tupi-guarani. Il semble
que ces Indiens soient arrivés sur le littoral sud du Brésil lors d'un vaste mouvement
d'expansion des tribus Tupi depuis le nord de l'Amérique du Sud et qu'ils aient
repoussé les anciennes tribus habitant ces régions (probablement de la famille
culturelle Gê) vers l'intérieur du continent. Vraisemblablement, les Tupi possédaient
un niveau technologique et culturel sensiblement supérieur aux anciennes tribus du
littoral brésilien. Ainsi par exemple, ils étaient les seuls à dominer la technologie
indispensable à la transformation du manioc "amer" (qui demandait un outillage plus
complexe et spécialisé que le manioc "doux"). De toute évidence, l'arrivée des
Indiens Tupi sur la côte brésilienne semble être relativement récente (entre 0 et 500
après Jésus-Christ), car au moment de la découverte du Brésil par les Portugais, ce
mouvement d'expansion n'était pas encore achevé. Les récits des premiers
Européens présents dans cette région révèlent qu'une large portion du littoral
brésilien appartenait encore aux anciennes tribus indiennes et que des guerres
constantes opposaient ces deux groupes (Steward - 1946 - Vol. 3 - p. 97, pp. 885-
886 et 894; Dean - 1996, pp. 47-48; Santos - 1973, pp. 28-30; Sanoja - 1981, pp.
142-147, pp. 169 et 178; Schmitz - 1989, pp. 47-48).

Les tribus Tupi étaient installées notamment au bord des baies et à


l'embouchure des grands fleuves, où elles avaient accès à la fois aux ressources
naturelles des écosystèmes d'estuaires et forestiers. Lorsque les ressources
naturelles, notamment d'origine protéique, manquaient, elles déplaçaient leurs
villages (Sanoja - 1981, pp. 16-17, pp. 39 et 120; Steward - 1946 - Vol. 3 - pp. 103 et
886). Leur mode de vie et leur culture matérielle s'apparentaient à ceux de l'homme
du Néolithique. Les Tupis fabriquaient des haches en pierre polie, des couteaux en
silex, des mortiers en bois, des pirogues et un outillage pour la transformation du
manioc relativement élaboré (râpe en bois, pressoir en paille ou en tiges de palmier,
plaque de cuisson en argile cuite). L'agriculture, la chasse, la pêche et la collecte
(huîtres, crabes, cœur de palmier, lianes, etc.) assuraient leur subsistance.

La principale activité de ces Indiens était la culture du manioc "amer", mais ils
cultivaient également du maïs, du manioc "doux", des piments, des calebasses, des
ananas, du tabac, etc. (Sanoja - 1981, pp. 135 et 171; Dean - 1996, pp. 48-49). Si le
manioc représentait un aliment abondant et riche en glucides, sa faible teneur
protéique les obligeait à pratiquer la chasse, la pêche et la cueillette (Dean - 1996, p.
49). Le système de culture sur brûlis était utilisé pour exploiter l'écosystème forestier
composé d'une forêt ombrophile dense (Steward - 1946 - Vol. 3 - p. 99, p. 886, pp.
894-895 et Vol. 6 - p. 482 ; Staden - 1979, p.163; Dean - 1996, pp. 44-46). L'analyse
de leur outillage nous amène à penser que le déboisement des parcelles était
caractérisé par l'essartage en clairière.

D'après les estimations réalisées dans d'autres régions côtières brésiliennes


semblables au littoral du Paraná et occupées également par des tribus d'Indiens
Tupi (Ribeiro - 1983, p. 58; Dean - 1996, p. 51), nous pouvons affirmer que la
densité démographique, dans les endroits plus proches des baies et estuaires, était
inférieure à 9 habitants au km2.

1.2. La destruction des communautés indiennes et la colonisation de la région


par des chercheurs d'or au début du XVIIe siècle

Jusqu'au début du XVIIe siècle, le littoral du Paraná était pratiquement ignoré


de l'administration coloniale portugaise et était resté à l'écart des premiers efforts de
colonisation. En effet, depuis le milieu du XVIe siècle, cette administration a
concentré ses efforts sur le développement de la production de sucre dans les
régions côtières du centre et du nord-est du Brésil (Mauro - 1977, pp. 50-51). Il est
vrai qu'à cette époque, cette denrée jouissait d'une grande valeur commerciale en
Europe, car les principaux producteurs (les îles Madère et São Tomé, le Cap Vert, la
Sicile et l'Orient), n'en fournissaient que de petites quantités (Prado Jr. - 1976, p.
32). En outre, le coût de production dans ces régions était sensiblement supérieur à
celui du Brésil (Mauro - 1977, pp. 55-56). A partir de 1570, la culture de la canne et
la fabrication du sucre devinrent les deux activités dominantes de l'économie
brésilienne (Mauro - 1977, p. 55).

Néanmoins, c'est au cours de cette période que furent établis les premiers
contacts entre les Indiens du littoral paranéen et les Européens. En 1549,
l'aventurier STADEN rencontra là quelques Européens vivant déjà parmi les Indiens,
problablement dans le but d'approvisionner les expéditions et les bateaux de
passage (Staden - 1979, pp. 41-43). A partir de 1585, les habitants de la région
voisine de São Vicente (actuel État de São Paulo) organisèrent des expéditions
armées (appelées "Bandeiras"), dont l'objectif était la capture d'Indiens pour
l'esclavage. A l'époque, l'activité des habitants de ces régions consistait en la
capture et le commerce d'esclaves indiens (Furtado - 1962, pp. 49-50 et 63). En
effet, le prix des esclaves était très élevé sur le marché en raison de la forte
demande dans les régions sucrières du Nord-Est (Simonsen - 1978, p. 218). Ainsi
pendant plusieurs années, des expéditions successives venues de São Vicente
traversèrent le littoral du Paraná pour y chasser et capturer les Indiens (Martins -
1944, p. 37).

Il fallut attendre 1614 pour que la première demande officielle de concession


de terres6 sur le littoral du Paraná soit déposée par un membre de ces expéditions
(Martins - 1944, p. 37). C'est d'ailleurs la découverte de l'or de lavage qui a permis le
démarrage d'un véritable processus de colonisation de la région au début du XVIIe
siècle. Les premières références à l'existence d'or dans la région datent de 1640
(Negrão - 1920, p. 39). La nouvelle de cette découverte sur le littoral du Paraná se
propagea rapidement dans la colonie, et la région connut alors un important afflux
de population. D'anciens membres d'expéditions armées, des aventuriers portugais
ou des habitants des régions voisines s'installèrent dans la région et demandèrent
des concessions en vue de l'exploitation aurifère (Ritter - 1980, p. 147 et pp. 221-
222).

Parallèlement à l'exploitation de l'or de lavage, les chercheurs d'or


pratiquaient une agriculture d'autoconsommation (Ritter - 1980, pp. 127 et 147).
Vraisemblablement, la culture du manioc demeurait la principale activité agricole de
la région (Fernandes - 1964, p. 7). S'agissant de travaux essentiellement manuels,
l'exploitation de l'or comme les activités agricoles étaient très demandeuses en main
d'œuvre et pour répondre à cette demande, ils utilisaient des esclaves indiens. C'est
à cette époque que l'outillage en fer d'origine européenne introduit par les
chercheurs d'or et les colons se répandit dans la région. En outre, nous estimons
que l'amélioration des techniques de fabrication de farine de manioc avec
l'introduction d'équipements d'origine portugaise, comme les pressoirs en bois, la
râpe manuelle à manioc et le chaudron en cuivre pour la torréfaction de farine en
cuivre, date de cette époque (Fernandes - 1964, pp. 8 et 17).

6 La législation mise en place par la couronne portugaise prévoyait la concession de terres ("sesmarias") à des
colons et pionniers en vue d'inciter la colonisation du Brésil. En fait, la plupart des "sesmarias" étaient de vastes
extensions de terres octroyées à des notables (hauts fonctionnaires, militaires, hommes d'église, commerçants,
etc.). Pour les pionniers et les petits colons sans aucun pouvoir politique ou expression économique, la seule
manière d'accéder à la terre était l'appropriation d'un lopin et sa mise en culture. Dans ce cas, la reconnaissance
officielle et légale de la possession foncière passait obligatoirement par une importante accumulation de
capitaux et de moyens de production (esclaves, bétail, ateliers, etc.).
1.3. L'épuisement de l'or au début du XVIIIe siècle

Contrairement aux prévisions, la plupart des gisements d'or s'épuisèrent


rapidement et les nouvelles découvertes se révélèrent décevantes. En 1735, la
production d'or de la région avait atteint un niveau si bas que la fonderie d'or
implantée dans la ville portuaire de Paranaguá dut être définitivement fermée
(Negrão - 1920, pp. 47-48). Le déclin progressif de l'activité minière entraîna un
ralentissement général de l'activité économique sur le littoral du Paraná et suscita le
départ d'une partie de la population, principalement vers les plateaux de l'intérieur
de l'Etat où de vastes prairies naturelles propices à l'élevage étaient encore
inoccupées. A partir du début du XVIIIe siècle, le ravitaillement des nouvelles régions
productrices d'or (Minas Gerais, Mato Grosso et Goiás) incita le développement de
l'élevage bovin et d'animaux de trait dans le sud du Brésil (Mauro - 1977, pp. 157-
161). La région des plateaux du Paraná connut ainsi un processus de colonisation
fondée sur l'implantation de grandes fermes d'élevage et d'engraissement de bétail
(Machado - 1963, pp. 8-9). D'ailleurs, c'est à partir de cette période que la région
littorale fut progressivement dépassée par les régions de plateaux de l'intérieur,
aussi bien en termes démographiques qu'économiques (Padis - 1981, p. 40).

Néanmoins, la période aurifère a permis la mise en place des bases


matérielles et économiques à l'occupation permanente du littoral du Paraná. Le
recouvrement des impôts et le contrôle de l'activité minière contraignaient le pouvoir
colonial à assurer une certaine structure politique et administrative (justice, milice,
administration, etc.). En outre, le développement des activités commerciales et
artisanales liées à l'exploitation aurifère (commerces, ateliers, comptoirs, fonderies,
etc.) (Ritter - 1980, p. 126), a donné l'élan à la formation de quelques villages. On
peut donc considérer que l'économie aurifère a très certainement suscité le
développement d'un petit marché local pour certaines denrées alimentaires et
marchandises produites sur place. C'est également pendant la période aurifère que
les premiers chemins reliant les principaux ports fluviaux et maritimes du littoral et
les régions de plateaux furent tracés. Ils favorisèrent l'établissement de relations
commerciales et marchandes entre ces deux régions (notamment pour les produits
manufacturés importés, le bétail bovin, la farine de manioc et le maté).

Le premier rencencement de population sur le littoral du Paraná, réalisé en


1720, estimait à environ 2.000 le nombre d'habitants non esclaves et adultes de la
région (Ritter - 1980, pp. 122-123). La grande majorité de la population avait alors
un niveau de vie très modeste et arrivait à peine à assurer sa reproduction socio-
économique (Negrão - 1920, p. 53). Avec l'agriculture d'autoconsomation, ses
principales activités économiques étaient la pêche, la culture du manioc et sa
transformation en farine, et la fabrication de cordages en lianes (Vieira dos Santos -
1950 - Vol. 1, pp. 123-124). D'après des documents de l'époque et des travaux plus
récents, seuls quelques habitants avaient réussi véritablement à accumuler des
capitaux et des moyens de production pendant la période aurifère (Machado - 1963,
p. 8; Vieira dos Santos - 1950 - Vol. 1 - p. 155). Il s'agissait surtout d'anciens
orpailleurs qui, ayant pu s'approprier les gisements les plus productifs, étaient
devenus commerçants (Negrão - 1920, p. 43; Ritter - 1980, pp. 123-127).

2. La constitution d'un nouveau système agraire sur le littoral nord du Paraná

2.1. La formation d'une société agraire

L'origine de l'occupation portugaise sur le littoral nord du Paraná remonte à la


période aurifère, comme nous l'avons déjà vu. Outre l'exploitation du métal précieux,
les chercheurs d'or s'employaient à des activités agricoles et artisanales destinées
pricipalement à l'autoconsommation. Leurs besoins en main d'œuvre étaient
assurés, en large partie, par des Indiens locaux réduits à l'esclavage, puis la
disparition des communautés indigenes, probablement à la fin du XVIIe siècle (Vieira
dos Santos - 1950 - Vol. 1 - p. 59, Ianni - 1988, pp. 23-27 et 123), entraîna
l'utilisation d'esclaves noirs.

Avec le déclin de l'activité minière au début du XVIIIe siècle, les habitants de


la région se tournèrent davantage vers l'agriculture, l'exploitation des ressources
forestières et halieutiques et certaines activités artisanales. La production était
destinée en priorité à l'autoconsommation et, dans une moindre mesure, à
l'approvisionnement du marché régional. Cette société agraire se caractérisait par
une importante autonomie (aussi bien économique que sociale et politique), vis-à-vis
du monde extérieur. En outre, le groupe domestique semble avoir occupé une place
centrale dans l'organisation sociale et économique de cette société agraire. Autant
de caractéristiques qui nous permettent de définir cette société agraire comme une
société à dominante paysanne7. Enfin, nous avons pu constater que l'accumulation

7 D'après MENDRAS, une société paysanne peut être définie par les cinq traits suivants (Mendras - 1976, pp.12-
13) :
A. L'autonomie relative des collectivités paysannes à l'égard d'une société englobante, qui les domine mais
tolère leurs originalités.
B. L'importance structurelle du groupe domestique dans l'organisation de la vie économique et de la vie
sociale de la collectivité.
de capitaux et de moyens de production pendant la période aurifère semble avoir
joué un rôle fondamental dans la formation et dans la différenciation sociale à
l'intérieur de cette société.

2.2. Une conjoncture favorable au développement des activités agroforestières


et de transformation artisanale

La progressive réorganisation de l'économie locale autour des activités


agricoles et de cueillette, depuis la fin de la période aurifère, a été possible pour
plusieurs raisons.

Tout d'abord, par l'existence dans la région d'écosystèmes forestiers et


halieutiques très diversifiés, d'une grande richesse biologique et couvrant de vastes
étendues (forêt ombrophile dense, forêt de mangrove et estuaire). Cette richesse en
ressources naturelles permit l'exploitation d'une grande variété de produits forestiers
et halieutiques (bois nobles, lianes, gibier, huîtres, poissons, etc.). En outre, ces
ressources étaient exploitées, bien qu'à plus petite échelle, depuis fort longtemps, et
les processus techniques étaient parfaitement maîtrisés par les habitants de la
région. Enfin, la plupart de ces ressources étaient en libre accès et leur exploitation
demandait des moyens de production relativement peu importants.

A partir de la fin du XVIIIe siècle, plusieurs phénomènes permirent aux


populations du littoral nord d'élargir et de développer davantage leurs activités
agroforestières et artisanales. Les difficultés d'approvisionnement des marchés
mondiaux en café, en sucre et en riz entraînèrent une augmentation des prix sur le
marché intérieur. En ce qui concerne le café, la production mondiale était trop
insuffisante pour approvisionner les marchés des pays du Nord alors en pleine
expansion. Par leur proximité des ports maritimes, le littoral du Paraná comme celui
de São Paulo et de Rio de Janeiro furent les premières régions concernées au Brésil
par le développement de la culture du café, et cela dès la fin du XVIIIe siècle (Papy -
1952, p. 366).

C. Un système économique d'autarcie relative, qui ne distingue pas consommation et production, et qui
entretient des relations avec l'économie englobante.
D. Une collectivité locale caractérisée par des rapports internes d'interconnaissance et de faibles rapports
avec les collectivités environnantes.
E. La fonction décisive des rôles de médiation des notables entre collectivités paysannes et société
englobante.
Les marchés internationaux de riz et de sucre ont été bouleversés par la
déstructuration de la production sucrière en Haïti (due aux révoltes d'esclaves), et
par l'exclusion du marché rizicole mondial des Colonies anglaises de l'Amérique du
Nord (en raison de la guerre d'Indépendance) (Furtado - 1962, pp. 98-100).

Enfin, à partir du début du XIXe siècle, la région centre du littoral paranéen


rentra dans une période de prospérité économique avec le développement des
activités de transformation et d'exportation du maté (Westphalen - 1972, p. 40;
Moreira - 1975 - Vol. 1 - p. 397; Vieira dos Santos - 1950, pp. 312-313). Le maté
était récolté sur les plateaux du Paraná et la production acheminée vers le littoral
pour y être transformée et exportée vers le sud du Brésil et les pays de La Plata. En
effet, la place attribuée à l'époque à la filière maté dans la région centre du littoral
paranéen se justifiait à plusieurs titres.

La région jouissait d'une situation géographique privilégiée et d'infrastructures


comme des chemins et des pistes en terre et des ports maritimes et fluviaux. En
outre, elle disposait d'un important potentiel hydraulique pour les moulins à maté
(Borges - 1984, p. 20). Cette période de prospérité entraîna une considérable
expansion du marché urbain régional (Furtado - 1962, p. 151) et, par conséquent, un
important accroissement de la demande en denrées alimentaires et marchandes
produites sur l'ensemble de la région littorale du Paraná.
L'analyse des données disponibles sur les échanges commerciaux de la ville
portuaire de Paranaguá - par laquelle transitait alors la production du littoral nord du
Paraná - nous permet de mieux visualiser les conséquences des changements
intervenus tout au long de cette période (tableau 1).

Tableau 1 - Les principaux produits exportés par le port de Paranaguá en


1798, 1822, 1826 et 1848/49
(en % de la valeur totale des produits commercialisés)

PRODUIT 1798 1822 1826 1848/49


(A)
Maté - N/D 69,8 89,6
Poutres et planches en bois, 17,9 45,2 17,1 4,0
cordages en lianes, bois non
transformé
Chaux - 0,2 1,7 -
Riz 43,8 54,0 7,1 3,0
Farine de manioc 33,0 - N/D 0,4
Café 2,0 0,6 N/D <0,1
Sucre et eau de vie - - 2,1 1,5
Divers 3,3 - 2,2 1,4
Source : WESTPHALEN - 1972, p. 40; WESTPHALEN - 1964, p. 21; WESTPHALEN - 1962, p. 33; VIEIRA DOS
SANTOS - 1950, p. 311.
(A) Uniquement les produits exportés vers l'étranger.

Si au début du XVIIIe siècle, les principaux produits exportés par le port de


Paranaguá étaient le poisson séché, la farine de manioc et les cordages en lianes
(Vieira dos Santos - 1950 - Vol. 1 - pp. 123-124), en 1798, nous retrouvons le riz, la
farine de manioc et le bois. Soulignons également l'accroissement spectaculaire des
exportations de maté qui devint, en un demi siècle, le principal produit exporté par ce
port.

2.3. Un mode d'exploitation du milieu fondé sur l'économie de cueillette et sur


l'agriculture de défriche-brûlis

Le mode d'exploitation du milieu sur le littoral nord du Paraná était fondé sur
l'appropriation des ressources forestières et halieutiques et sur une agriculture
pratiquée avec le système de culture de défriche-brûlis (figure 9).
Figure 9 - Mode d'exploitation du milieu sur le littoral Nord du Paraná
(1730 - 1888)

V IV III II I

exploitation de produits de
la forêt (bois, lianes) et chasse

pêche

FLEUVE

Versants de Terrasses
Bas-fonds Plaines
montagnes alluviales Plaine littorale
d'épandage de Baies
crues

Paysan : Agriculteur esclavagiste : Grand exploitant esclavagiste :

- culture du maïs - culture du maïs


- culture manioc/ haricot
- culture du manioc/ haricot - banane/ plantain
- culture du riz pluvial (< 3 ha)*/
- culture du riz pluvial (<1,0 ha) * - culture du manioc/ haricot canne-à-sucre

- banane/ plantain - culture du riz pluvial - culture du café


(1,0 - <1,5 ha/an)*
- production de farine de manioc - entrepôt commercial/ alambic/
(atelier manuel)
- production farine de manioc moulin manioc - riz - café

-exploitation des produits de la *estimation de la surface cultivée annuelle en


- exploitation du bois et artisanat - bateaux à voile
forêt (bois, lianes) et artisanat hectares, réalisée à partir de la production de riz
(poutres et planches) pluvial déclarée lors du recensement de 1806.
(planches et poutres bois, câbles
- commerçants dans les villes portuaires au
lianes)
- pêche/ poisson séché littoral centre SOURCES: "Maços de Populações da Provincia de São
- pêche et chasse Paulo - 1806"; Ritter pp.197-201; Vieira dos Santos
vol.1 - pp.80-90; Rapports de la Chambre de
Conseillers Municipaux de Guaraqueçaba - 1886 et
+/- 90% exploitations < 9% exploitations > 1% exploitations 1893 .
D'une manière générale, l'équipement disponible consistait en un outillage
manuel très simple : hache, serpe, machette, scie, houe, herminette, bâton
fouisseur, etc. La transformation des produits d'origine agricole était assurée par des
équipements eux aussi simples et polyvalents (mortiers en bois, chaudrons en
cuivre, râpe manuelle, pressoir en bois).

Pour la transformation de certains produits agricoles comme la canne à sucre,


le manioc et le riz, on trouvait des équipements plus complexes comme des moulins
hydrauliques8 ou à traction animale, et à part l'outillage en fer et les moulins
hydrauliques, la plupart des équipements étaient fabriqués par des artisans locaux
(pirogues, pressoirs en bois, mortiers, etc.).

Les principales activités forestières étaient l'exploitation et la transformation


artisanale du bois et des lianes récoltés dans la forêt ombrophile dense. Les lianes
étaient transformées manuellement par les paysans dans leurs exploitations : on
retirait l'écorce, séchait la liane puis tissait les cordages. Le bois était utilisé pour la
fabrication de pirogues, de moulins manuels à manioc, de pressoirs, de planches et
de poutres. Le processus de transformation était manuel et les principaux outils
employés étaient la scie, l'herminette, la machette et la hache. Le bois était
grossièrement débité dans la forêt avant d'être transporté vers les exploitations où il
était façonné et travaillé.

En ce qui concerne les activités agricoles, la mise en culture des terres était
fondée sur le système de culture de défriche-brûlis avec une durée d'abandon au
recrû d'environ 20 ans, qui permettait le développement d'une végétation arborée. La
reproduction de la fertilité des parcelles était assurée par le développement et
l'accumulation de la biomasse pendant la période de recrû. Celle-ci avait également
pour objectif de réduire l'infestation des parcelles par les herbes adventices et par
les insectes (notamment des fourmis9). Le système de défriche-brûlis consistait en le

8 D'après des récits provenants de la région de Guaratuba (littoral sud), les moulins hydrauliques pour la
transformation du riz installés sur le littoral paranéen avaient une capacité de production de moins de 2.000 Kg
de riz pilé par mois (Mafra - 1952, pp. 258-259).
9 DEAN, dans son ouvrage sur l'histoire et la destruction de la forêt atlantique brésilienne, fait référence à
d'importants dégâts causés aux cultures et aux pâturages par les fourmis (notamment des espèces Atta - les
"saúvas"). En s'appuyant sur de nombreux récits historiques, il affirme que les parcelles étaient infestées par ces
insectes après deux ou trois ans de culture. Selon lui, l'absence de moyens efficaces de contrôle de ces
insectes était l'une des principales raisons de l'utilisation du système de défriche-brûlis (Dean - 1996, pp. 124-
127). La situation sur le littoral nord du Paraná n'était guère différente, car W. MICHAUD, dans une lettre datée
de 1897 affirmait : "(...) L'un des plus grands désavantages pour l'agriculture ici sont les fourmis; ces insectes
détruisent tout; l'on perd des journées et des journées chaque année à les suivre pour arriver au nid qui souvent
est assez éloigné et une fois trouvé il faut chercher du bois, faire du feu et bouillir de l'eau pour les tuer sinon
elles détruisent toutes les plantes, excepté les bananiers, le gros blé et la canne à sucre (...)" (Correspondance
de Michaud, 15/02/1897).
défrichement de la végétation arbustive à l'aide de la machette, suivie par la coupe
des arbres à la hache. L'opération de défrichement intervenait pendant la période la
plus sèche de l'année de façon à permettre un séchage plus rapide de la biomasse
végétale. Les branches et feuillages étaient ensuite débités, puis après quelques
mois de séchage, la biomasse végétale était brûlée. Le semis intervenait sitôt après
le brûlis de la biomasse végétale qui permettait aux plantes cultivées de profiter au
maximum des apports fertilisants en éléments minéraux des cendres, ainsi que
d'une période de faible concurrence avec des herbes adventices et la repousse de la
recrû. L'outillage utilisé pour les travaux de semis et de plantation était constitué du
bâton fouisseur et de la houe.

A l'exception de la culture du riz pluvial, les cultures annuelles et bisannuelles


(maïs, haricot, patate douce, piment, potiron, taro, manioc "amer" et manioc "doux")
étaient fréquemment réalisées en association pendant un ou même deux cycles de
culture avant l'abandon de la parcelle à la repousse forestière. Pour les cultures
permanentes (bananiers, orangers, caféiers, plantains), la durée des plantations
était inférieure à une dizaine d'années. Seul le riz pluvial était cultivé sur les
parcelles situées sur les bas-fonds et les plaines littorales mal drainées et dans ce
cas, par un seul cycle de culture avant l'abandon au recrû (Platzmann - 1872, pp.
158-172 ; Vieira dos Santos - 1950 , pp. 89-90).

L'élevage occupait une place secondaire dans les systèmes de production


locaux. L'élevage bovin et porcin se limitait à quelques têtes de bétail dans certaines
grandes exploitations esclavagistes (Saint-Hilaire - 1978, p. 72; Revue Marinha -
1940; Rapports de la Chambre des Conseillers Municipaux de Guaraqueçaba, 1886
à 1893).

Au contraire, les activités de chasse, de pêche et de cueillette tenaient une


place importante dans cette société agraire, en raison de la richesse de la faune et
de la flore et de la grande variété et diversité des écosystèmes. La chasse était
pratiquée à l'aide de différents pièges ("arataca") et le gibier était destiné à
l'autoconsommation (Platzmann - 1872, pp. 158-172). La pêche était une activité
complémentaire (Correspondance de la Capitainerie du port de Paranaguá,
31/12/1857) dont la production était destinée à l'autoconsommation et, dans une
moindre mesure, à la vente. Elle était cependant plus importante dans les localités
situées à proximité des estuaires et des baies (d'après les données du recensement
de 1806). Le poisson était conservé dans du sel et séché au soleil. La capture était
pratiquée à l'aide de filets fabriqués localement en fibres végétales ou de pièges
fixes (le "cerco") ou mobiles (le "covo"). Les activités de cueillette couvraient une
vaste gamme de produits forestiers et halieutiques : huîtres et moules de mangrove,
cœur de palmier, crabes, petits fruits locaux ("jaboticaba", "jambo", "bacupari", etc.),
diverses fibres végétales, etc.

2.4. Une société agraire bien différenciée : des paysans, des agriculteurs
esclavagistes et des grands propriétaires esclavagistes

L'analyse des recensements et de sources secondaires nous a permis


d'élaborer une caractérisation schématique des exploitants du littoral nord du Paraná
au début du XIXe siècle. Nous avons regroupé ces exploitants en trois grandes
catégories socio-économiques. La paysannerie était alors la catégorie la plus
nombreuse mais également la plus démunie en moyens de production. Ensuite, les
petits agriculteurs esclavagistes, moins nombreux, mais qui disposaient de moyens
de production plus importants et pouvaient employer de la main d'œuvre esclave.
Enfin, les grands exploitants esclavagistes, très peu nombreux, mais dont le rôle
était considérable dans l'organisation socio-économique régionale (tableau 2).

Les esclaves représentaient environ 12% de la population totale du littoral


nord paranéen, estimée à environ 2.000 individus (d'après le recensement de 1806).

Tableau 2 - Pourcentage estimé de chaque catégorie d'exploitants, nombre d'esclaves par exploitation, surface
des exploitations et leurs principales activités
dans la première moitié du XIXe siècle sur le littoral nord du Paraná

Catégorie de Nombre % des % du total Surface totale % de la main Principales activités


l'exploitant d'esclaves par exploitations d'esclaves estimée de d'oeuvre libre
exploitation l'exploitation "agregado"
exploitation bois et lianes et
fabrication de poutres, planches
PAYSANS 0 > 90% --- < 200 ha < 60% en bois et cordages de lianes;
culture riz pluvial; culture manioc
et production de farine; cultures de
subsistance; pêche
exploitation bois et fabrication de
poutres, planches en bois; culture
1à5 < 6% < 20% < 10% riz pluvial; culture manioc et
AGRICULTEURS
production de farine; cultures de
ESCLAVAGISTES > 100 ha
subsistance; pêche
culture riz pluvial; culture manioc
et production de farine; cultures de
plus de 6 < 3% > 50% > 20% subsistance

culture riz pluvial et transformation;


culture canne à sucre et
GRANDS plus de 10 > 1% > 30% > 200 ha < 10% production d'eau de vie; culture
EXPLOITANTS manioc et production farine;
ESCLAVAGISTES cultures de subsistance; entrepôt
et transport
Remarque : Nous avons pris en compte les informations concernant les localités suivantes : Taguasetuba, Rio dos Medeiros, Itaqui,
Borrachudo, Tagasaba, Serra Negra, Guaraqueçaba, Cerco Grande, Purocoava et Superaguy, Varadouro, Ilha das Pesas.
Sources : "Maços de Populações da Província de São Paulo - 1806"; RITTER - 1980, pp. 197-201; VIEIRA dos SANTOS - 1950 - vol.1, pp. 80-
90; GALLARDO - 1986, pp. 68 et 167.
La presque totalité des exploitations agricoles étaient situées le long des
principaux fleuves et en bordure des baies et estuaires (Rapport de la Chambre de
Conseillers Municipaux de Guaraqueçaba, 1886), car le transport était réalisé pour
l'essentiel par voie fluviale et maritime. Ce constat ainsi que d'autres indices
historiques (ruines d'exploitations esclavagistes, chroniques de l'époque, cartes
anciennes, etc.), nous ont permis de considérer que l'occupation du littoral nord du
Paraná se limitait au début du XIXe siècle à la sous-région des plaines littorales et
des bas-fonds, ainsi qu'à la partie de la sous-région des vallées alluviales larges
localisée à proximité des baies et estuaires.

- Une paysannerie nombreuse mais disposant de moyens de production


très limités

Les exploitations paysannes représentaient la grande majorité des


exploitations locales (environ 90% des exploitants de la région). Ces paysans étaient
pour la plupart des descendants des anciens chercheurs d'or portugais et des
esclaves indiens. Ils disposaient de moyens de production limités à une pirogue, à
quelques outils manuels et parfois à un petit moulin à manioc manuel. Ils utilisaient
comme force de travail leur main d'œuvre familiale parfois complétée par de la main
d'œuvre libre "agregada" (Ianni - 1988, pp. 74-75). Les "agregados" étaient des
individus et parfois des familles d'affranchis, ou des personnes juridiquement libres
(des blancs pauvres, des métis ou des noirs), qui vivaient dans la dépendance
tutélaire d'une autre famille ou exploitant agricole (Mattoso - 1979, p. 141). Les
rapports sociaux qui liaient les paysans et les "agregados" permettaient à ces
derniers d'avoir accès aux moyens de production nécessaires pour pouvoir réaliser
des cultures de subsistance (semences, outils, moulins à manioc) en échange de
quoi ils s'engagaient à fournir leur force de travail (Gallardo - 1986, p. 30; Dean -
1996, pp. 122-123)10.

Le système de production mis en œuvre reposait sur la culture du manioc, du


maïs, du haricot noir, du riz pluvial et de quelques bananiers, plantains et caféiers.
En plus, ils produisaient de la farine de manioc, du poisson séché, de cordages de
lianes et des planches et poutres en bois. Ils commercialisaient la totalité de la

10 Contrairement à d'autres régions où des études historiques affirmaient que les "agregados" étaient plutôt
associés à la grande exploitation esclavagiste (Machado - 1963, p.15; Santos - 1976, p. 159), sur le littoral nord
du Paraná nous avons retrouvé les "agregados" davantage associés à la paysannerie. D'après le recensement
de 1806, environ 60% des "agregados" étaient liés à des exploitations paysannes.
production de cordages et de planches et poutres ainsi que leurs faibles surplus de
riz pluvial, de farine de manioc et de poisson séché.

- Des agriculteurs esclavagistes disposant de moyens de production plus


importants

Les agriculteurs esclavagistes étaient moins nombreux que les paysans


(environ 9% des exploitants de la région en 1806). Ils étaient problablement des
descendants d'anciens chercheurs d'or qui avaient réussi à accumuler des biens et
des capitaux pendant la période aurifère. Ces agriculteurs possédaient environ deux
tiers des esclaves recensés sur le littoral nord du Paraná.

Selon l'importance de l'utilisation de la main d'œuvre esclave et les activités


économiques réalisées, nous avons classé les agriculteurs esclavagistes en deux
groupes distincts.

Le premier concerne la majorité des agriculteurs esclavagistes dans la


région11, qui possédaient un nombre réduit d'esclaves - environ 60% des agriculteurs
esclavagistes possédaient entre 1 à 4 esclaves. D'une manière générale, ces
agriculteurs mettaient en œuvre un système de production fondé sur des activités
agricoles et sur certaines activités de cueillette (pêche et exploitation du bois), ainsi
que sur la transformation de la production issue de ces activités.

Le second groupe est composé des agriculteurs esclavagistes qui


possédaient un nombre d'esclaves beaucoup plus important - environ 40% des
agriculteurs esclavagistes possédaient plus de 6 esclaves (à ce propos, voir le
tableau 2). Leur système de production était essentiellement fondé sur des activités
agricoles et de transformation de la production agricole.

L'analyse des systèmes de production mis en œuvre par ces agriculteurs


montre que plus le nombre d'esclaves dont les agriculteurs esclavagistes disposaient
était important, plus ces agriculteurs se consacraient à des activités demandant une
importante concentration de main d'œuvre. En effet, en concentrant l'utilisation du
travail esclave dans ces activités, la surveillance et le contrôle des esclaves étaient
facilités.

11 La prédominance d'exploitations esclavagistes disposant de quelques esclaves n'est pas une exclusivité du
littoral nord, cette situation a été également retrouvée dans d'autres régions du Paraná et du Brésil (Gallardo -
1986, pp. 38 et 45-46).
Les rares informations disponibles sur la division du travail dans ces
exploitations nous portent à conclure que la main d'œuvre esclave était utilisée dans
les activités nécessitant une forte concentration de force de travail (transformation
du manioc, pêche, travaux agricoles, etc.). C'est d'ailleurs pour cela que la cueillette
et la production de cordage en lianes était une activité peu importante pour ces
exploitants (d'après le recensement de 1806). En effet, la grande dispersion spatiale
de la ressource dans la forêt ombrophile rendait impossible la surveillance des
activités de cueillette réalisées par les esclaves. À l'instar des paysans, ces
agriculteurs disposaient parfois d'une main d'œuvre composée de quelques
"agregados". La main d'œuvre familiale et libre "agregado" était employée dans tous
les travaux agricoles et de transformation et supervisait en outre le travail des
esclaves.

Les agriculteurs esclavagistes disposaient de moyens de production plus


importants que la paysannerie. Outre les esclaves, ils possédaient des pirogues et
un moulin à manioc manuel. Ils élevaient quelques porcins en plein air destinés à
l'autoconsommation (Rapport de la Chambre de Conseillers Municipaux de
Guaraqueçaba - 1886), et réalisaient les mêmes activités agricoles que les paysans.
En outre, ils exploitaient le bois et fabriquaient manuellement des planches et des
poutres qu'ils vendaient au même titre que leurs surplus de riz et de farine de
manioc.

- Des grands propriétaires esclavagistes dominant la formation agraire


régionale

Les grandes exploitations esclavagistes appartenaient à des commerçants et


à des notables coloniaux (militaires, hauts fonctionnaires, etc.), établis dans les villes
portuaires. La plupart de ces exploitations leur avaient été concédées gracieusement
par les autorités qui souhaitaient ainsi inciter la colonisation et la mise en valeur des
terres sur cette portion du littoral. Ces exploitations étaient le plus souvent
implantées sur des sites privilégiés, comme l'embouchure des grands fleuves, les
rives des estuaires et des baies ou sur quelques îles, autant de lieux de passage des
paysans et des agriculteurs de l'arrière-pays et des embarcations qui se dirigeaient
vers les centres portuaires du littoral du Paraná.

Ces exploitations étaient dirigées par des régisseurs et la main d'œuvre était
essentiellement esclave. Très peu nombreuses (moins de 2% des exploitations en
1806), elles concentraient environ 30% de la main d'œuvre esclave de la région. Ces
exploitants disposaient alors d'une main d'œuvre relativement abondante et de
moyens de production et d'infrastructures importants par rapport aux catégories
précédentes : des alambics, des moulins et des pressoirs hydrauliques ou à traction
animale, des barques et parfois des voiliers pour le transport à l'intérieur des baies et
des estuaires (Vieira dos Santos - 1950, pp. 299-302). Quelques propriétaires
possédaient des entrepôts pour la vente de marchandises et l'achat de la production
agricole et artisanale des paysans et agriculteurs des environs, ainsi que de grands
commerces et des entrepôts dans d'autres villes du littoral (Revue Marinha - 1940 ;
Vieira dos Santos - 1950 - Vol. 1 - pp. 80-89 et Vol. 2 - pp. 299-300). Souvent, ces
individus possédaient d'autres exploitations dans les régions voisines ou sur les
plateaux du Paraná (Gallardo - 1986, p. 40; Vieira dos Santos - 1950, pp. 299-300,
Machado - 1963, p. 10).

Leur système de production reposait sur des activités agricoles destinées à


l'autoconsommation (culture du haricot, du maïs, de la banane et du manioc), ainsi
que sur la culture du riz pluvial, de la canne à sucre et parfois de caféiers (Vieira dos
Santos - 1950 - pp. 80-89). Ces exploitants ne réalisaient aucune cueillette,
problablement en raison des difficultés de surveillance et de contrôle de la main
d'œuvre esclave. Ils assuraient la transformation de leur propre production agricole
et de celle achetée aux paysans et agriculteurs locaux : du café en grain, de l'eau de
vie, du riz pilé et de la farine de manioc. L'essentiel de la production était destiné à
être commercialisé dans les principales villes portuaires du littoral (Paranaguá,
Morretes et Antonina). L'élevage bovin et porcin était peu développé et la production
était destinée à l'autoconsommation (Rapport de la Chambre de Conseillers
Municipaux de Guaraqueçaba - 1886; Revue Marinha - 1940).

- Une société agraire caractérisée par une forte autonomie matérielle et


vivrière

Les exploitations, aussi bien paysannes qu'esclavagistes, étaient structurées


de façon à assurer la production de la plupart des denrées alimentaires nécessaires
à l'autoconsommation (d'après le recensement de 1806). En outre, elles produisaient
des produits agricoles, halieutiques et forestiers destinés à la vente (riz pluvial, farine
de manioc, câbles de lianes, poisson séché, planches et poutres en bois, etc.).
Certaines denrées (sel, viande salée, etc.) et marchandises (tissus, objets
métalliques, etc.), dont la production locale était insuffisante ou inexistente, étaient
achetées sur le marché régional. Ces produits étaient commercialisés dans les
entrepôts des grands exploitants esclavagistes ou par des commerçants établis dans
les villes portuaires de la région.

En ce qui concerne les moyens de production, une partie importante de


l'outillage et des équipements étaient fabriqués sur place à partir des ressources
locales par des paysans-artisans : des pirogues et des barques, des moulins et des
pressoirs à manioc, des pressoirs à canne à sucre, des paniers, des ustensiles
domestiques, etc. (Platzmann - 1872, pp. 158-172). Cependant, la main d'œuvre
esclave et certains biens d'équipements devaient être achetés sur le marché
régional. La première était acquise auprès de propriétaires d'esclaves de la région
ou à des intermédiaires spécialisés dans ce commerce et établis dans les villes du
littoral centre et sud (notamment Antonina et Paranaguá). Si les paysans-artisans
locaux produisaient la plupart de l'équipement et de l'outillage destinés à la
transformation du bois et des autres matériaux d'origine forestière, ils ne dominaient
cependant pas les techniques de transformation et de fabrication de l'outillage et des
équipements métalliques. Par conséquent, l'outillage en fer et une partie de
l'équipement nécessaire à la transformation de la production agricole (les alambics,
les engrenages des moulins hydrauliques à riz et à manioc, les fours en cuivre pour
la torréfaction de la farine de manioc, etc.) était importés (Westphalen - 1964, p. 19).

- Une situation foncière marquée par l'absence de titres fonciers

Depuis le XVIe et jusqu'à la fin du XIXe siècle, le Brésil connut deux législation
foncières distinctes.

La première fut mise en place au lendemain de la découverte du Brésil et


resta en vigueur jusqu'à 1822, c'est-à-dire pendant toute la période coloniale. Elle
prévoyait la concession, par le pouvoir colonial, d'un titre foncier appelée "sesmaria",
comme seul moyen de régulariser juridiquement une tenure foncière. Comme nous
l'avons montré précédemment, les bénéficiaires de cette législation furent des
notables coloniaux et des agriculteurs et des exploitants possédant d'importants
moyens économiques (notamment en esclaves), au détriment de la paysannerie et
des petits exploitants. L'application de cette législation foncière marqua
profondément la structure agraire du littoral nord du Paraná. Tout d'abord, par le
maintien d'un grand nombre d'exploitations dans une situation juridique fort précaire
et sans aucune reconnaissance légale : d'après le recensement de 1818 ("Inventário
dos bens rústicos" de la ville de Paranaguá, à laquelle le littoral nord était rattaché à
l'époque, cité par Ritter - 1980, pp. 197-201), plus de 40% des exploitations avaient
des possessions foncières non régularisées juridiquement ("posses"). Ensuite par le
faible nombre de "sesmarias" octroyées par le pouvoir colonial portugais dans la
région : RITTER, dans son étude sur ces concessions coloniales au Paraná, n'a pu
en retrouver que deux sur le littoral nord jusqu'à la fin du XVIIIe siècle (Ritter - 1980,
pp. 221-248).

Ces constats nous permettent de faire certaines considérations sur la


situation foncière sur le littoral nord du Paraná au cours de cette période. Tout
d'abord, il importe de souligner que la plupart de colons et des pionniers voulant
s'installer au Paraná ne disposaient alors que de leur propre force de travail. Pour
ces individus, le processus de colonisation se caractérisait, dans un premier temps,
par l'occupation et l'appropriation des terres avec le développement progressif des
activités de production. C'est seulement lorsqu'ils parvenaient à accumuler
suffisamment de capitaux et de moyens de production (bétail, équipements, mais
surtout esclaves) qu'ils pouvaient entreprendre la régularisation de leurs
possessions foncières auprès des autorités coloniales. Néanmoins, la plupart des
chercheurs d'or et des pionniers installés sur le littoral nord ne réussissaient jamais à
franchir la deuxième étape de ce processus, c'est-à-dire une véritable accumulation
en capitaux et en moyens de production, condition préalable à toute demande de
régularisation foncière. Ainsi, la grande majorité d'entre eux sont restés de simples
exploitants de possessions foncières non régularisées juridiquement (des
"posseiros").

Par ailleurs, nous pouvons d'une certaine manière confirmer notre analyse à
travers la situation foncière du littoral centre du Paraná. Contrairement à la situation
sur le littoral nord, nous retrouvons là de nombreuses concessions octroyées par les
autorités coloniales : dans son étude, RITTER en a recensé plus de 30 (Ritter -
1980, pp. 221-248). Cette structure foncière était sans doute liée à deux facteurs :
l'existence de gisements d'or plus productifs et la proximité de villes portuaires et de
pistes reliant le littoral centre et sud aux plateaux de l'intérieur. Cette conjoncture
permit d'attirer des colons et des aventuriers disposant de moyens économiques et
de production plus importants, et incita un nombre considérable de propriétaires à
accumuler suffisamment de biens et de moyens de production pour obtenir la
régularisation de leurs tenures foncières.

A partir de la fin du XVIIIe siècle, l'aggravation des conflits fonciers et les


problèmes d'approvisionnement des centres urbains en denrées alimentaires
entraîna l'abrogation, en 1822, de cette législation foncière (Feres - 1990, pp. 68-69
et 137-138). Néanmoins, la concession de grandes surfaces à un nombre réduit
d'individus tout au long de la période coloniale avait abouti à une situation
catastrophique : une structure foncière marquée par une forte concentration et où la
majorité des latifundias étaient non cultivés ou produisaient pour l'exportation.
L'ancienne législation avait permis aux grands propriétaires d'accaparer de vastes
étendues de terres agricoles, mais surtout d'être les seuls à disposer des moyens
légaux de les régulariser juridiquement. En revanche, la grande majorité de la
population rurale restait confrontée à une situation socio-économique fort précaire,
car même lorsqu'elle possédait une tenure foncière, celle-ci n'avait aucune
reconnaissance légale et juridique.

Il fallut attendre 1850 pour qu'une nouvelle législation, prônant la


réglementation de l'accès à la terre et mettant en place des mécanismes de
régularisation foncière, soit progressivement mise en place au Brésil. Cette nouvelle
législation se distinguait notamment de la précédente par le fait qu'elle permettait,
sous certaines conditions, la régularisation des possessions foncières établies
antérieurement à sa promulgation (Loi n°601 de janvier 1851, aussi appelée la "Loi
des Terres"; Lois de l'État du Paraná n° 68 de décembre 1892 et n° 01 d'avril 1893).
Néanmoins, elle interdisait l'occupation et la régularisation de nouvelles possessions
et stipulait que l'achat du foncier, à l'État brésilien ou à son propriétaire légitime, était
le seul moyen de régulariser de nouvelles possessions foncières (Dean - 1978, pp.
425-426).

Cette nouvelle législation12 s'avèra insuffisante pour faire face aux graves
problèmes fonciers existants sur le littoral nord du Paraná, notamment ceux
concernant la régularisation des exploitations paysannes. Tout d'abord, elle limitait la
régularisation foncière à environ deux fois la surface agricole effectivement cultivée,
sans tenir compte des parcelles abandonnées au recrû. Ainsi, dans cette région, les
surfaces agricoles régularisées étaient donc largement inférieures aux surfaces
agricoles effectivement nécessaires. Seule une partie des tenures foncières pouvait
être régularisées (généralement aux alentours de l'habitation et des bordures des
fleuves), la plupart des parcelles ainsi que les forêts plus éloignées (utilisées pour la
cueillette et l'exploitation sélective de certaines ressources forestières), ne le
pouvant pas et demeurant des "possessions", ou simplement des "terres vacantes et
sans maître" (les "terras devolutas"). En outre, le processus de régularisation
foncière exigeait de la part des paysans une certaine démarche bureaucratique
auprès de l'administration, ainsi que des investissements en capital (frais de notaire,

12 Ceci a pu être confirmé par certains documents relatifs au littoral nord retrouvés dans les Archives Publiques
de l'Etat : "Registros de terras feitos de accôrdo com o Decreto n° 1318 de 30/01/1854"; "Registros de terras
feitos de accôrdo com o Decreto n° 01 de 08/04/1893"; "Propriedades legitimadas pelo Governo do Estado do
Paraná e que figuram no mappa - 1893".
coût des services topographiques, déplacements, etc.) (Correspondance de la
Chambre de Conseillers Municipaux de Guaraqueçaba, 10/08/1884). Enfin, en
imposant l'achat du foncier et en multipliant les conditions nécessaires à la
régularisation foncière des "possessions", cette législation s'avéra un obstacle
presque insurmontable pour les habitants de la région désirant entreprendre la
régularisation de nouvelles "possessions" foncières. Une situation que la poursuite
de la croissance démographique régionale13, et par conséquent du nombre
d'exploitations paysannes et esclavagistes, semble avoir accentuée.

Par conséquent, et malgré la nouvelle législation, nous pouvons affirmer que


la plupart des paysans du littoral nord sont restés à l'écart de tout processus de
régularisation foncière. Comme avant, cette paysannerie ne put bénéficier que du
droit d'usage des terres et des ressources naturelles qui s'y trouvaient, toute
reconnaissance légale étant par ailleurs exclue.

- Une forte dispersion de l'habitat

Le mode d'occupation de l'espace sur le littoral nord se caractérisait par une


forte dispersion de l'habitat et par une faible densité démographique14. Cette
situation était probablement due à certaines caractéristiques du système agraire
régional. En effet, la plupart des exploitations étaient dispersées le long des
principaux fleuves et sur les rives des baies et des estuaires en raison de la
prédominance du transport fluvial et maritime. En outre, le mode d'exploitation du
milieu dans la région était fondé sur l'exploitation directe des ressources naturelles et
sur une agriculture de défriche-brûlis. La pérennité de ce mode d'exploitation du
milieu reposait sur l'exploitation de vastes étendues de terre et sur le maintien d'une
faible densité démographique.

Ce mode d'occupation de l'espace se traduisit par la formation à l'époque d'un


seul village sur le littoral nord du Paraná (Guaraqueçaba, alors chef-lieu de la
région). Jusqu'au milieu du XIXe siècle, les différentes sources historiques
consultées se limitent à signaler l'existence de quelques hameaux éparpillés en
bordure des baies et des estuaires, des hameaux le plus souvent composés de
quelques maisons construites autour d'un commerce ou du siège d'une grande
exploitation esclavagiste.

13 Entre 1806 et 1866, le nombre d'habitants sur le littoral nord du Paraná est passé de 2.050 à 4.233 (Lista
nominativa dos habitantes da Provincia de São Paulo - 1806 et d'après Romário MARTINS - 1941).
14 Nous avons pu estimer la densité démographique sur le littoral nord du Paraná au milieu du XIXe siècle à
moins de 10 habitants au km2 (estimation personnelle).
- Des rapports de production et d'échange favorables aux grands
propriétaires esclavagistes

La grande dispersion spatiale, l'importante autonomie vivrière des


exploitations agricoles (aussi bien paysannes qu'esclavagistes) et la faible
importance du travail salarié15 nous permettent de supposer que les rapports entre
les différentes catégories sociales se limitaient, le plus souvent, à des échanges
marchands sporadiques. La commercialisation des faibles surplus agricoles et de la
production artisanale rapportait semble-t-il suffisamment d'argent à la paysannerie et
à la plupart des agriculteurs pour acquérir les quelques denrées et marchandises qui
n'étaient pas produites sur leur exploitations (sel, tissus, outils en fer, etc.).

Dans cette société agraire, les grands propriétaires esclavagistes


constituaient des intermédiaires presque incontournables dans la commercialisation
et le transport de la production agricole et artisanale. L'isolement et l'éloignement de
la région par rapport aux principaux marchés (les villes portuaires de Paranaguá,
Antonina et Morretes) et les difficultés du transport à l'intérieur des estuaires et des
baies sont sans doute les principales causes de cette situation. Il nous paraît fort
probable, comme d'ailleurs cela a été le cas dans d'autres régions du Paraná à cette
époque (Bigg-Whiter - 1974, pp. 325-329), que ces grands propriétaires
esclavagistes aient joué également un rôle significatif dans le financement des
activités agricoles et artisanales réalisées par les paysans et agriculteurs locaux
(notamment sous forme d'avances d'argent et de marchandises).

L'analyse des données de population montre la poursuite de la croissance


démographique tout au long du XIXe siècle16 et nous permet de supposer qu'en dépit
de rapports d'échange peu favorables avec les grands exploitants esclavagistes, la
paysannerie parvenait à assurer sa reproduction sociale. En effet, le mode
d'exploitation du milieu mis en œuvre par cette paysannerie était peu exigeant en
moyens de production (outillage et équipements manuels fabriqués sur place), et
les paysans pouvaient disposer de vastes étendues de terre encore non
appropriées.

En revanche, il paraît tout à fait probable que cette situation n'ait pas permis à
cette paysannerie d'entreprendre une véritable accumulation de capitaux et de
moyens de production. Outre les prélèvements réalisés par les propriétaires des
grandes exploitations esclavagistes lors des activités commerciales, la majorité de la

15 D'après le recensement de 1806, nous avons pu estimer que moins de 5% de la population non esclave du
littoral nord du Paraná se consacrait au travail salarié à temps complet ou de façon sporadique.
16 Entre 1806 et 1854, la population du littoral nord du Paraná est passée de 2.000 à 3.500 habitants environ.
paysannerie n'avait accès qu'aux terres localisées plus à l'intérieur du continent et,
par conséquent, moins avantagées en termes de transport fluvial. Nous pouvons
donc considérer que dans ce contexte, les écarts d'accumulation entre la
paysannerie d'une part et les agriculteurs et grands exploitants esclavagistes d'autre
part se sont maintenus tout au long de cette période.

- La place du littoral nord dans la division inter-régionale du travail

La place du littoral nord du Paraná dans la division inter-régionale du travail


était fort modeste. Le surplus agricole dégagé par les exploitations agricoles était
destiné au ravitaillement des villes portuaires localisées plus au sud de l'estuaire
(Paranaguá, Morretes et Antonina) (Correspondance de la Chambre de Conseillers
Municipaux de Guaraqueçaba, 11/01/1886 et 02/03/1886). En dehors du marché
régional, les possibilités commerciales se limitaient à quelques produits semi-
transformés, comme les planches et les poutres en bois, les cordages de lianes17, la
farine de manioc et le riz pilé (Vieira dos Santos - 1950 - Vol.1 - p. 102).

Ces produits étaient transportés par barques ou par de petits voiliers vers les
principaux ports du littoral, pour ensuite être réexpédiés notamment vers les ports du
sud du Brésil et des pays de La Plata, par des caboteurs de faible tonnage
(Correspondance de la Chambre de Conseillers Municipaux de Guaraqueçaba,
02/03/1886; Westphalen - 1964, p. 29 et Westphalen - 1962, pp. 22, 29 et 45).

17 Ces produits d'origine forestière étaient peu disponibles dans les régions côtières et pourtant très valorisés
dans les villes portuaires du sud de l'Amérique du Sud.
Les rares informations disponibles sur les échanges commerciaux du littoral
nord du Paraná à cette période concernent uniquement la fin du XIXe siècle (tableau
3).
Tableau 3 - Répartition des recettes (en %) dans le budget de
la commune de Guaraqueçaba, 1882 - 1887

Recette 1882 1883 1884 1885 1886 1887

Riz, maïs, café (A) - 14,4 6,6 4,5 8,8 21,2


Poutres/ planches et bois 25,5 42,8 52,6 45,4 0,9 0,2
non transformé; cordages (B) (B)
de lianes
Bananes - - - 0,2 0,3 0,8
Eau de vie 0,5 2,3 0,7 - 2,9 0,6
Briques et tuiles - - 0,4 0,3 - 1,2
Impôts sur des unités de 6,5 4,3 3,0 2,6 6,0 6,8
transformation (riz, eau de
vie, etc.)
Autorisations, impôts 67,5 49,1 36,7 47,0 81,0 69,2
divers, etc.
Remarques :
(A) cette rubrique concerne presque exclusivement l'impôt sur la commercialisation du riz pluvial, car le café et le maïs faisaient l'objet de
faibles échanges marchands à cette époque.
(B) l'importante réduction de cette rubrique est due à l'exonération d'impôts (suite à la loi provinciale du 11/12/85) accordée aux bois et
dérivés. Néanmoins, l'exploitation et la transformation du bois demeurait la plus importante activité économique de la région.
Source : Rapports du Président de la Chambre de Conseillers Municipaux de Guaraqueçaba, 1882 à 1888.

Elles confirment l'importance de l'exploitation et de la transformation des


ressources forestières dans l'économie régionale et la prédominance de la culture
du riz pluvial comme principale activité agricole de rente à l'époque.
3. Transformations et crise du système esclavagiste

3.1. De profonds changements d'ordre politique et économique à partir du


milieu du XIXe siècle

A partir du milieu du XIXe siècle, l'économie du littoral nord du Paraná fut


profondément bouleversée par toute une série de changements d'ordre politique et
macro-économique.

Le principal d'entre eux fut sans doute le long processus d'abolition de


l'esclavage. Face aux pressions économiques et politiques anglaises, le
gouvernement impérial brésilien interdit officiellement le trafic négrier dès 1850.
Cette mesure se répercuta rapidement sur l'ensemble de l'économie brésilienne,
occasionnant une diminution progressive de l'offre de main d'œuvre esclave et une
importante augmentation du prix des captifs sur le marché brésilien18 (Furtado -
1962, pp. 127-129; Santos - 1976, pp. 195-205). Ceci entraîna d'importants
déplacements de main d'œuvre esclave vers les provinces de São Paulo et de Rio
de Janeiro, alors en plein essor économique en raison du développement de la
culture du café. Les producteurs de café confrontés à une pénurie de main d'œuvre
esclave dans cette région recherchèrent des captifs dans des régions périphériques
et économiquement moins importantes, comme ce fut le cas de la région du littoral
nord du Paraná (Mattoso - 1979, pp. 69-71 et 107-108; Prado Jr. - 1976, p. 179)19.
Entre 1860 et 1871, les exploitants et agriculteurs esclavagistes du Paraná se
séparèrent massivement de leurs esclaves (Santos - 1976, pp. 149, 206-207 et 230-
234). Nous avons pu estimer qu'entre 1806 et 1872, la population esclave sur le
littoral nord du Paraná a été diminuée de moitié environ (figure 10). Cette réduction
de la population esclave se poursuivit jusqu'en 1888, date où l'esclavage fut
officiellement aboli au Brésil.

18 D'après SANTOS, entre 1860 et le début des années 70, le prix moyen de la main d'œuvre esclave destinée
aux tâches agricoles sur le littoral paranéen à plus que doublé (Santos - 1976, p. 209).
19 Des régions brésiliennes en plein déclin économique (comme par exemple les anciennes régions minières du
centre du Brésil) ou celles intégrées de manière subsidiaire à l'économie d'exportation et disposant d'une
économie moins dynamique et plutôt tournée vers l'approvisionnement du marché interne (comme par exemple
le Paraná).
Figure 10 - Import ance de la populat ion escl ave (en pourcent age) par rapport à la populat ion t ot ale du
lit t oral nord du Paraná* ent re 1806 et 1888

% 20

15
Int erdict ion du t rafic d' esclaves

10

Fin de l' esclavage au Br ésil


5

0
180 0 182 0 184 0 186 0 188 0 190 0
années

*La population rurale de la vallée du fleuve Cachoeira n'a pas été prise en compte.

SOURCES :"L ist a Nom inat iva dos hab it ant es d a Provin cia de São Paulo" , 1 8 06 ; Romário Mart ins,
1 9 41 ; "Mappa est at ist ico d a Provincia do Paraná - Arquivo Público d o Paraná" , 18 5 8; Rap port
d e la Cham bre de Conseillers Municipaux d e Guaraq ueçab a, 1 88 6 .
Cette deuxième moitié du XIXe siècle fut également marquée par une
importante amélioration des transports maritimes et terrestres au Brésil, notamment
grâce à la généralisation des bateaux à vapeur et à l'expansion des chemins de fer.
Même s'il n'a pas concerné directement le littoral nord du Paraná, le développement
des communications engendra un important renforcement de la concurrence inter-
régionale pour ses principaux produits agricoles. Une concurrence inter-régionale
souvent amplifiée par des facteurs internationaux.

En ce qui concerne le riz, cette intensification de la concurrence résulta d'une


part du développement de la culture de cette céréale dans les anciennes régions
caféières de São Paulo, Rio de Janeiro et Minas Gerais, et d'autre part, des
importations massives et à bas prix en provenance des États-Unis, notamment à
partir de 1890 (Müller - 1980, p. 32). En revanche, les produits dérivés de la canne à
sucre (sucre, eau de vie) subirent une importante baisse des prix en raison d'une
production mondiale excédentaire, qui s'explique en grande partie par l'amélioration
considérable des rendements de la culture de la betterave sucrière imputable à la
"révolution agricole" en Europe et aux États-Unis, et par la mise au point d'un
processus industriel qui permit le développement de la production industrielle de
sucre à partir de la betterave (Furtado - 1962, pp. 118-120; Prado Jr. - 1976, pp.
157-158; Meyer - 1989, pp. 191-236). Déjà considérée comme une activité
économique secondaire sur le littoral nord du Paraná, la culture du café vit son
importance se réduire encore davantage pour devenir, au début du XXe siècle, une
culture destinée exclusivement à l'autoconsommation. Portée par l'expansion des
chemins de fer, la "vague caféière" délaissa progressivement les régions littorales
pour déferler vers l'intérieur du Brésil. En effet, les régions côtières brésiliennes
n'étaient pas les plus propices au développement de cette culture. Les surfaces
agricoles où la culture du café était possible se limitaient le plus souvent à des
versants de montagnes fortement exposés à l'érosion, et les conditions climatiques -
humidité élevée et saison sèche trop courte -, se traduisaient par une maturité non
uniforme des grains et par des difficultés accrues de séchage et de stockage de la
production (Papy - 1952, p. 366). W. MICHAUD, un colon suisse venu s'installer
dans la région au siècle dernier, écrit dans une lettre adressée à sa famille que la
production de café sur le littoral du Paraná n'était qu'une goutte d'eau par rapport à
celle de Rio de Janeiro et de São Paulo (Correspondance de Michaud, 06/01/1902).

Depuis la fin du XVIIIe et surtout à partir du début du XIXe siècle, la région


littorale fut progressivement devancée, aussi bien dans le domaine économique que
démographique, par les régions des plateaux du Paraná qui, avec une économie en
large partie fondée sur la cueillette du maté et sur l'élevage, devinrent les centres les
plus dynamiques du Paraná (Padis - 1981, pp. 25-28). Ceci contraignit les pouvoirs
publics brésiliens à améliorer les voies de communication entre les villes portuaires
du littoral centre et les plateaux. En 1876 fut inaugurée une piste carrossable, puis,
en 1885, ce fut le tour d'une ligne de chemin de fer. Cette progressive amélioration
des voies de communication engendra, dès le milieu du XIXe siècle, le transfert des
ateliers de transformation de maté du littoral centre et sud vers les régions de
cueillette dans les régions de plateaux (Martins - 1944, p. 200; Linhares - 1969, pp.
169-172; Ianni - 1988, p. 57). Dès lors, le littoral centre et sud en fut réduit à une
simple zone de transit, le maté arrivant aux ports de la région déjà industrialisé.
Cette délocalisation des ateliers à maté signifia une importante diminution de
l'activité économique sur le littoral centre et sud du Paraná, et, par conséquent, un
considérable rétrécissement du marché régional.

3.2. Crise du système esclavagiste et déclin général de l'activité économique


régionale : conséquences sur la société agraire du littoral nord du Paraná

Comme nous l'avons vu précédemment, l'économie du littoral nord était


étroitement liée aux marchés des centres urbains et portuaires du littoral centre et
sud du Paraná, dans la mesure où les exploitations agricoles représentaient
d'importants fournisseurs de denrées alimentaires et de produits de la cueillette. Le
déclin du littoral centre et sud, provoqué par la délocalisation des ateliers à maté,
affecta donc considérablement l'économie du littoral nord. En outre, l'amélioration
des conditions de transport entre les régions des plateaux et le littoral centre facilita
les échanges marchands et suscita une augmentation de la concurrence,
notamment sur les marchés du littoral. Autant de contraintes économiques qui
vinrent s'ajouter aux importantes difficultés de communication qui continuaient à
caractériser le littoral nord, toujours tributaire d'un transport fluvial et maritime
précaire (barques, petits voiliers, ou le plus souvent pirogues à voile). Par
conséquent, sa participation au marché régional se réduisit progressivement.

La nouvelle conjoncture régionale issue des transformations intervenues tout


au long de la deuxième moitié du XIXe siècle eut un impact considérable sur
l'ensemble de la société agraire du littoral nord du Paraná, un impact différencié
néanmoins selon les catégories sociales considérées.

Les grands propriétaires esclavagistes furent sans aucun doute les plus
touchés par cette nouvelle conjoncture qui remettait en question les bases mêmes
de leurs exploitations, à savoir le travail esclave et les activités de production, de
transformation et de commercialisation des produits agricoles.

Confrontés à la fois à une forte augmentation de la valeur des esclaves et à


une concurrence de plus en plus vive sur le marché régional, tout porte à croire que
ces grands exploitants esclavagistes soient rentrés alors dans un progressif
processus de décapitalisation et de déclin économique. Dans un premier temps, ils
cessèrent leurs activités économiques plus demandeuses en main d'œuvre (les
activités agricoles et de transformation de la production agricole, notamment la
culture du café, la culture et la transformation de la canne à sucre et du riz pluvial),
et la plupart des esclaves furent vendus. Il est probable que les capitaux dégagés
par la vente des esclaves furent placés dans le développement de leurs activités
commerciales dans les villes portuaires du littoral. La poursuite de cette crise
entraîna à terme la cessation des activités commerciales et, par conséquent,
l'abandon définitif des exploitations esclavagistes par leurs propriétaires. D'ailleurs,
des études réalisées dans la région voisine de Baixada do Ribeira font état d'un
processus de crise du système esclavagiste très semblable (Müller - 1980, pp. 28-
30).

Avec le retrait des anciens exploitants esclavagistes, les terres auparavant


exploitées par ceux-ci devinrent des "terres vacantes et sans maître" et furent
progressivement occupées par des paysans locaux. En effet, les propriétaires de ces
exploitations ne parvenaient souvent pas à vendre leurs domaines dans une
conjoncture régionale guère favorable à la poursuite de l'activité. En outre, le recours
à la main d'œuvre salariée, très peu disponible sur le littoral nord paranéen, était
incertain. Au fur et à mesure de leur émancipation, les esclaves restés sur place
avaient en effet quitté la région et migré vers les centres urbains du Sud-Est du
Brésil (Correspondance de Michaud, 21/06/1896), et la paysannerie locale, malgré
son importance dans la région, était géographiquement très dispersée.

Les agriculteurs esclavagistes furent contraints de transformer leur mode


d'exploitation de la nature pour faire face à cette nouvelle conjoncture régionale. Ils
réduisirent leurs activités agricoles pour se consacrer davantage à des activités de
cueillette et de transformation, comme la production de farine de manioc, la pêche,
l'exploitation et la transformation du bois et des lianes. Ces activités se
caractérisaient par un calendrier souple et sans véritables pointes de travail, ce qui
permettait non seulement une meilleure utilisation de la main d'œuvre familiale, mais
également le recours sporadique au travail salarié. Certains d'entre eux, mieux
situés en termes de voies de communication, remplacèrent les grands exploitants
esclavagistes en mettant en place des petits commerces. Avec un fond de
commerce de moindre importance, ils se limitaient au commerce de marchandises et
de produits de consommation courante (médicaments, tabac, eau de vie, viande
séchée) et à l'achat de certains produits agricoles et artisanaux des paysans des
environs (Correspondance de Michaud, 01/07/1896). Il est fort probable que ces
paysans-commerçants jouèrent, dans une moindre mesure certes, un rôle dans le
financement de la paysannerie, notamment en accordant des avances de
marchandises.

Cette nouvelle conjoncture eut un impact bien moindre sur la paysannerie, en


raison probablement de la grande autonomie vivrière et matérielle de cette catégorie
sociale et du faible niveau des échanges marchandes entre ces paysans et les
exploitants esclavagistes. Néanmoins, elle l'obligea à modifier ses modes
d'exploitation du milieu et en particulier à réduire, à l'instar des anciens agriculteurs
esclavagistes, ses surfaces cultivées en riz pluvial et à développer davantage
l'exploitation et la transformation artisanale des produits d'origine forestière
(notamment le bois et les cordages en liane), ainsi que la production de farine de
manioc.

Par ailleurs, cette période fut marquée par une progressive colonisation des
sous-régions des vallées larges et des vallées étroites localisées plus à l'intérieur du
continent. L'étude de documents historiques20 révèle que ce mouvement de
colonisation s'est produit dans les dernières décennies du siècle, à travers deux
fronts distincts et simultanés. Le plus important fut conduit par des petits paysans
originaires de la sous-région des plaines littorales et des bas-fonds, attirés par les
vastes étendues de terres vierges localisées plus à l'intérieur du continent. Le
second, de moindre importance, concerna exclusivement l'amont de la vallée
alluviale du fleuve Guaraqueçaba et fut conduit par des paysans venus des régions
voisines de l'État de São Paulo, au nord de notre région d'étude. Confrontés à
l'épuisement des terres et à un manque de nouvelles surfaces agricoles, ces
paysans entreprirent la colonisation de cette vallée alluviale de l'amont vers l'aval,
en suivant une ligne télégraphique. Ils s'installèrent sur les rives des principaux
fleuves navigables et purent ainsi s'approprier une grande partie des plaines
alluviales, notamment les mieux situées en termes de transport fluvial.

20 A partir de certains documents et registres retrouvés dans les Archives Publics de l'État du Paraná :
"Registros de terras feitos de accôrdo com o Decreto n°01 de 08/04/1893"; "Propriedades legitimadas pelo
Governo do Estado do Paraná e que figuram no mappa - 1893"; demande de régularisation d'une possession
foncière réalisée par Américo Silva Pontes en 22/10/1894.
CHAPITRE 2
L'apogée et le déclin de la paysannerie "caiçara"
(1888 - 1992)
1. La mise en place d'un nouveau système agraire

1.1. Un système agraire en formation depuis le milieu du XIXe siècle

Les changements politiques et économiques intervenus depuis le milieu du


XIXe siècle ont créé les conditions favorables à la mise en place d'un nouveau
système agraire sur le littoral nord du Paraná. Comme nous l'avons vu, l'économie
de la région avait été fortement marquée à la fin de la période précédente par
l'effritement du système de production esclavagiste et par le déclin de ses
principales activités agricoles (riz pluvial, canne à sucre et café). La crise du système
esclavagiste avait permis l'émergence d'une nouvelle classe sociale représentée par
des petits commerçants locaux qui, pour la plupart d'anciens agriculteurs
esclavagistes, accaparèrent progressivement les négoces tenus jusqu'alors par les
grands exploitants esclavagistes. Les rapports sociaux furent eux aussi
profondément bouleversés, notamment en qui concerne la division du travail avec le
développement du travail salarié.

Enfin, à cette nouvelle conjoncture s'est ajoutée à la fin du XIXe siècle une
considérable amélioration du transport maritime de cabotage au Brésil avec la
généralisation des bateaux à vapeur. La réduction significative de la durée des
transports maritimes de courte et moyenne distance ouvrit de nouveaux débouchés
pour les produits agricoles tropicaux du littoral brésilien, notamment vers les pays du
Rio de La Plata. Le trajet entre les ports du littoral du Paraná et ceux de Montevideo
et de Buenos Aires passa de 18 jours en moyenne en voilier (Westphalen - 1962, p.
21) à quelques jours seulement en bateau à vapeur (Schmidt - 1934, p. 170). De
plus, l'essor économique des pays du Rio de La Plata, imputable aux exportations
de céréales et de viande bovine vers l'Europe, contribua à intensifier la demande de
produits tropicaux, notamment des fruits.

Cette nouvelle conjoncture incita certains commerçants établis dans les villes
portuaires du littoral du Paraná à se lancer dans l'exportation de la banane. Le
premier document relatif à ce commerce sur la portion nord de ce littoral concerne la
mise en place d'un impôt d'exportation en 1883 (Archives de la Mairie de
Guaraqueçaba, Résolution de l'Assemblée de la Province du Paraná, 07/11/1883).
La culture de la banane, jusqu'alors destinée essentiellement à l'autoconsommation,
devint à la fin du siècle la principale culture de rente du littoral paranéen, modifiant
profondément le paysage agraire régional (Nascimento - 1908, p. 8; correspondance
de Michaud, 03/02/1899). En 1908, la production du seul littoral nord était estimée à
plus de 50.000 régimes par mois (Nascimento - 1908, pp. 10 et 24).

La filière de la banane était alors organisée selon une structure pyramidale


dont le sommet était occupé par quelques établissements commerciaux implantés
dans les villes portuaires. Ces commerçants étaient à la tête d'un réseau
d'intermédiaires chargés de l'achat et du transport de la production de la région, le
plus souvent des petits commerçants installés dans les principales vallées alluviales.
Quelques jours avant l'accostage des caboteurs, ils leur passaient commande et à
leur tour, ces intermédiaires envoyaient des commis transmettre la commande aux
producteurs des environs. Les petits commerçants assuraient le transport des
régimes de banane en pirogue jusqu'à l'embouchure des grands fleuves, où des
barques et des petits voiliers prenaient le relais jusqu'aux caboteurs (Nascimento -
1908, pp. 8-10). Sur le littoral nord paranéen, il semble que le commerce de la
banane ait été contrôlé par deux établissements commerciaux installés dans la ville
de Guaraqueçaba, puis plus tard dans la ville portuaire de Paranaguá (Nascimento -
1908, p. 10; Diário do Paraná du 29/03/1970).

Cependant, le développement local de la culture de la banane se heurtait aux


mauvaises conditions de transport. Le transport fluvial en pirogue requérait la
mobilisation d'une importante main d'œuvre, et la multiplication des ruptures de
charges et l'absence de protection contre la chaleur et les chocs contribuaient à la
dépréciation de la marchandise. Ajoutons à tout cela les incertitudes quant aux jours
et aux horaires des caboteurs et leur faible capacité de transport. Dans ces
conditions, l'activité revêtait un caractère fort aléatoire et les pertes étaient parfois
considérables (Nascimento - 1908, p. 10).

La proximité des fleuves navigables était donc une condition indispensable au


développement de la culture de la banane sur le littoral nord du Paraná, et seules les
parcelles localisées sur les plaines d'épandage de crues, sur les terrasses alluviales
et les bas versants des montagnes situées à proximité des fleuves navigables
pouvaient être cultivées avec des bananeraies. Cette contrainte a considérablement
limité les possibilités d'accès d'une partie de la paysannerie à cette activité. En effet,
dans les régions d'occupation plus ancienne (sous-régions des plaines littorales et
bas-fonds et sous-région des vallées alluviales larges), un petit nombre de paysans,
pour la plupart d'anciens agriculteurs esclavagistes, s'étaient déjà approprié la
plupart des parcelles susceptibles d'être cultivées avec des bananeraies. Dans les
régions d'occupation plus récente (sous-région des vallées alluviales étroites), ces
parcelles étaient déjà occupées par les premiers paysans venus s'installer. Nous
reviendrons plus tard sur les conséquences de cette situation sur le renforcement de
la différenciation sociale au sein de la paysannerie.

La production de câbles et de cordes en lianes et l'exploitation du bois


demeuraient quant à elles d'importantes activités économiques (Rapports du
Président de la Chambre de Conseillers Municipaux de Guaraqueçaba, 1884 à
1888). Cette dernière fut d'ailleurs relancée par la demande de poutres et des
traverses pour la construction des chemins de fer dans le sud du Brésil
(Correspondance de Michaud, 01/07/1896).

1.2. Un mode d'exploitation du milieu toujours fondé sur le système de culture


de défriche-brûlis et sur l'exploitation des ressources naturelles

Les changements observés sur le littoral nord du Paraná à partir du milieu du


XIXe siècle n'eurent pas d'impacts sur le mode d'exploitation du milieu mis en œuvre
par la paysannerie qui restait fondé sur le système de culture de défriche-brûlis, sur
l'exploitation des ressources forestières (bois, lianes, fibres végétales) et sur la
transformation artisanale de certains produits agroforestiers. Ces activités étaient
destinées en grande partie à la consommation locale. Ce mode d'exploitation du
milieu s'insérait dans un contexte de front pionnier. En effet, la région ne subissait
qu'une faible pression démographique et de vastes étendues étaient encore vierges
et inoccupées, et l'équilibre de ce système agraire reposait en grande partie sur
l'incorporation constante de nouveaux espaces agroforestiers.

La rareté des documents historiques relatifs au mode d'exploitation du milieu


mis en œuvre par la paysannerie dans la région étudiée nous a contraint à nous
intéresser davantage aux régions voisines présentant des caractéristiques similaires,
comme les littoraux sud de São Paulo et centre du Paraná. Nous avons également
exploité les enquêtes réalisées auprès des anciens paysans locaux, qui nous ont
permis d'approfondir nos connaissances notamment sur le système de culture de
défriche-brûlis mis en œuvre.

L'outillage manuel était semblable à celui utilisé au cours de la période


précédente (houe, hache, serpe, machette, bâton fouisseur, etc.). Il en allait de
même pour la transformation de la production agricole et forestière : ateliers
manuels ("trafegos") et quelques moulins hydrauliques pour la fabrication de la farine
manioc ; quelques outils manuels en fer (scie, herminette, etc.) pour le travail du bois
; mortiers manuels en bois ("pilão") et hydrauliques ("monjolo") pour le décorticage
du riz et pour la fabrication de la farine de maïs ; machines manuelles en bois pour
le tissage des câbles et des cordes en lianes.

Dans les régions d'occupation plus ancienne, (sous-régions des plaines


littorales et des bas-fonds et sous-région des vallées alluviales larges), l'écosystème
se caractérisait par une végétation secondaire très diversifiée et déjà fort
anthropisée, qui variait d'une simple végétation herbacée à une végétation arborée.
Les régions localisées plus à l'intérieur, c'est-à-dire en amont des principales vallées
alluviales (sous-région des vallées alluviales étroites et sous-région montagneuse),
restaient couvertes d'une végétation primaire représentée en grande partie par la
forêt ombrophile dense.

- Le système de culture de défriche-brûlis au début du XXe siècle

Le système de culture de défriche-brûlis pratiqué sur le littoral nord du Paraná


était encore pour l'essentiel fondé sur l'utilisation de parcelles couvertes d'un recrû
arboré de moins de 20 ans ou, dans le cas de nouvelles parcelles, d'une végétation
arborée primaire.

D'une manière générale, le défrichement était réalisé au cours de la période


de plus faible pluviométrie - en juin, juillet et août - pour faciliter le séchage de la
biomasse végétale. Ces travaux étaient essentiellement manuels et commençaient
par le nettoyage de la strate arbustive, puis les gros arbres étaient coupés et les
branches débitées. Les branchages et les troncs plus légers étaient empilés pour
faciliter le brûlis. L'ensemble de ces travaux représentait entre 20 et 30 journées de
travail par hectare. La durée du séchage était étroitement liée à la quantité de
biomasse végétale et aux conditions climatiques. Elle variait de quelques semaines
(pour les recrûs arbustifs), à quelques mois (pour les recrûs arborés ou pour la
végétation primaire).

La reproduction de la fertilité était assurée par la biomasse végétale


accumulée pendant la durée du recrû et libérée par le brûlis. D'autres mécanismes
de reproduction de la fertilité pouvaient intervenir de manière plus au moins
importante. Ainsi, les parcelles localisées sur les plaines d'épandage de crues
recevaient les apports alluvionnaux des crues d'été, dont l'importance variait en
fonction de leur fréquence (certaines années, il n'y avait pas de crues) et de leur
durée (de quelques heures à plusieurs jours). En amont de certaines vallées, ces
apports alluvionnaires pouvaient être considérables et constituer ainsi un important
mécanisme de reproduction de la fertilité des parcelles cultivées. Les parcelles
localisées sur certains versants des montagnes (notamment les bas versants de
faible déclivité), recevaient des apports colluviaux, quoique moins importants, par les
eaux de ruissellement.

L'opération du semis intervenait sitôt après le brûlis de la biomasse végétale


pour profiter aux maximum des éléments minéraux ainsi libérés. Le semis était
réalisé à l'aide du bâton fouisseur pour le maïs, le riz, le haricot, et de la houe pour la
banane et les tubercules. Pour les cultures en succession, une préparation
superficielle manuelle à la houe précédait la plantation ou le semis. Le calendrier
des travaux pour les principales cultures est présenté dans l'annexe 1.

Sauf en ce qui concerne les nouvelles parcelles conquises sur la forêt, l'âge
auquel les recrûs étaient défrichés et remis en culture avec le système de défriche-
brûlis était inférieur à une vingtaine d'années (Correspondance de Michaud,
20/11/1890). En réalité, cet âge variait selon la culture et la localisation de la parcelle
et était le plus souvent compris entre 5 et 20 ans (tableau 4).

Tableau 4 - Les systèmes de culture sur le littoral nord du Paraná


au début du XXe siècle

Unité de milieu naturel


Systèmes de culture
- Bas-fonds - Riz Pluvial ∅ Recrû (durée de moins de 20 ans)

- Plaines littorales - Riz Pluvial ∅ Recrû (durée de moins de 20 ans)

- Manioc + haricot ∅ Manioc+ haricot ∅ Recrû (durée de moins de 10 ans)

- Plaines d'épandage de - Banane + maïs ∅ Recrû (durée d'environ 10 ans)

crues - Maïs ∅ Canne-à-sucre ∅ Recrû (durée de moins de 10 ans)

- Terrasses alluviales - Banane + maïs ∅ Recrû (durée de moins de 20 ans)

- Manioc + Haricot ∅ Manioc + Haricot ∅ Recrû (durée de moins de 10 ans)

- Maïs ∅ Haricot ∅ Haricot ∅ Recrû (durée de moins de 20 ans)

- Maïs ∅ Haricot ∅ Manioc + Haricot ∅ Recrû (durée de moins de 20 ans)

- Versants des - Banane + maïs ∅ Recrû (durée de moins de 20 ans)

montagnes - Manioc + Haricot ∅ Manioc + Haricot ∅ Recrû (durée de moins de 10 ans)

- Maïs ∅ Haricot ∅ Haricot ∅ Recrû (durée de moins de 20 ans)

- Maïs ∅ Haricot ∅ Manioc + Haricot ∅ Recrû (durée de moins de 20 ans)

- Caféiers ∅ Recrû (durée de moins de 20 ans)


Sources : Correspondance W. Michaud (1883 - 1902); Archives de la Chambre de Conseillers Municipaux de Guaraqueçaba;
Nascimento (1908); Enquêtes de terrain (1989 - 1992).
L'analyse des différentes opérations agricoles et de la productivité du travail
dégagée par le système de défriche-brûlis nous a permis de comprendre l'intérêt
porté par les paysans à l'utilisation des parcelles avec des recrûs de moins de 20
ans d'âge. Les rendements et la durée des sarclages étaient pratiquement les
mêmes que pour les parcelles disposant de recrûs plus âgés. Cependant, la durée
des travaux de défrichement était considérablement moindre. L'exemple de la
culture du riz pluvial avec le système de défriche-brûlis nous permet d'illustrer cette
situation. On constate qu'à partir de la dixième année de recrû, la productivité du
travail tendait fortement à se stabiliser (figure 11). Ceci nous permet également de
comprendre pourquoi certaines parcelles (notamment les plus éloignées des fonds
des vallées alluviales, et donc les moins avantagées en termes de transport fluvial),
devenaient à nouveau en libre accès lorsque l'âge des recrûs dépassait une
vingtaine d'années.

F igu r e 1 1 - Pr o d u ct i vi t é d u t r av a il d an s l a cu lt ur e d u ri z p lu v ial a ve c le
sy st è m e d e c ul t u r e d e dé f r ich e - b r û lis
se lo n l ' äg e d u r ec r u
( re c r u h er b a cé , r e cr u a r b u st i f e t r e c ru ar b o r é )
Pr od uct ivit é d u t r avail( en Kg
d e riz p ar j our née d e t r avail)

25

20

15

10

0
0 5 10 15 20
Dur ée du recr u
( en ann ées)

SOURCE : D' apr ès d es ren seig neme nt s f ou rnis par des ancien s p aysan s d u
lit t or al no rd d u Par aná ( enq uêt es de t err ain 1 9 8 9 , 1 9 9 1 et 1 9 9 2 ) .
En effet, le défrichement et la remise en culture de telles parcelles
demandaient un investissement en travail aussi important que pour les parcelles
disposant d'une végétation primaire arborée, pour des rendements semblables.

Les surfaces agricoles localisées sur l'unité de milieu naturel des bas-fonds
étaient utilisées exclusivement pour la culture du riz pluvial avec le système de
défriche-brûlis. La culture du riz pluvial se limitait à un seul cycle de culture, suivi
d'une période d'abandon au recrû de moins de 20 ans. Les variétés présentaient un
cycle long (d'environ 5 mois) et une taille élevée. Le riz pluvial était la seule culture
possible dans ces bas-fonds, car il profitait de l'abaissement de la nappe phréatique
pendant les mois d'hiver (notamment juillet et août). Le mauvais drainage des bas-
fonds et l'écartement réduit dans cette culture obligeait le contrôle des herbes
adventices à l'aide de la machette. Ce contrôle parvenait à peine à ralentir le
développement des herbes adventices et empêchait donc un deuxième cycle avec
cette culture en succession. La récolte constituait la principale pointe de travail, car
elle intervenait pendant une période de pluviométrie élevée (mars-mai). En raison
des difficultés de transport et des conditions climatiques fort instables au moment de
la récolte, le riz était récolté en panicule à l'aide d'un petit couteau.

Outre la culture du riz pluvial avec un système de culture semblable à celui


utilisé sur les bas-fonds, les surfaces agricoles localisées sur les plaines littorales
étaient cultivées, lorsque les conditions de drainage le permettaient, avec du manioc
(parfois associé à la culture du haricot noir). Ce système de culture se caractérisait
par la culture du manioc dès la première année en tête de rotation suivi par un
second cycle de culture avec du manioc (parfois même un troisième), avant
l'abandon de la parcelle à un recrû d'une durée inférieure à 10 ans. La culture du
manioc et du haricot noir était possible car l'écartement entre plants facilitait le
sarclage à la houe, et ces cultures étaient moins sensibles aux contraintes de la
mise en culture en succession. Le manioc est une culture pluriannuelle avec un
système racinaire développé et performant dans le pompage des éléments
minéraux. Le haricot est une légumineuse qui fixe l'azote. La plantation du manioc
était déjà précédée par la confection de buttes à la houe (aussi bien en première
année de culture qu'en succession) qui améliorait considérablement les conditions
de drainage autour des racines. Les variétés de manioc21 cultivées à l'époque
redoutaient les sols humides et gorgés d'eau, même pendant de courtes durées. Les
variétés de manioc "amer", moins susceptibles à l'humidité des sols que les variétés
de manioc "doux", étaient toujours plus répandues. Les buttes ("cavados") étaient de

21 Les principales variétés de manioc "amer" étaient la "cascuda", "ilhéu", "ruivinha", "São Pedro", "tordinha" et
de manioc "doux" la "vassourinha".
forme allongée. D'une hauteur d'environ 50 cm et d'une longueur pouvant dépasser
quelques mètres, elles pouvaient recevoir quelques dizaines de boutures. Le
sarclage était réalisé à la houe trois fois par an, et le manioc était récolté à partir de
la fin de la deuxième année de culture pour les variétés de manioc "amer", et à partir
de la première année pour le manioc "doux".

Dans l'unité de milieu naturel des plaines d'épandage de crues, les activités
agricoles se limitaient à la culture de la banane, du maïs et de la canne à sucre. Les
cultures de la banane et de la canne à sucre ne craignent pas les inondations de
courte durée et le maïs était cultivé très tôt pour pouvoir être récolté avant la période
de crues. En revanche, les plaines d'épandage de crues soumises à des inondations
de longue durée ne peuvent être cultivées qu'avec la culture précoce du maïs.

La culture de la banane (en association avec le maïs, dans la première année


de culture) était réalisée avec le système de culture de défriche-brûlis. Le bananier
cultivé dans la région appartenait au groupe Cavendish, appelé localement "maça"
(ou "prata" sur le littoral de São Paulo) (Nascimento - 1908, p. 22). Le bananier
"maça" est relativement haut (entre 4 à 6 mètres), forme des touffes épaisses et
produit des régimes d'un poids inférieur à 20 kg. En outre, ce cultivar est sensible à
la maladie Fusarium cubense plus connue sous le nom de "maladie du Panamá"
(Cunha - 1948, p. 102). Les bananeraies "maça" demandent des sols profonds,
humides et bien drainés. Suite aux opérations de défrichement et de brûlis de la
biomasse végétale, les œilletons de bananiers étaient plantés à quelques mètres
d'intervalle. La conduite des plantations était très restreinte (Nascimento - 1908, p.
20) et se limitait à un léger débroussaillage sporadique (à la machette) de la
végétation spontanée et de la repousse des souches d'arbres pendant les premières
années de culture. Dans ce système de culture, la reproduction de la fertilité était
assurée par l'accumulation de la biomasse végétale (pendant la période de recrû)
complétée par d'importants apports fertilisants d'origine alluviale. Les bananeraies
étaient exploitées pendant moins d'une dizaine d'années, suivies par une période de
développement du recrû d'une durée équivalente.

Outre en association avec la banane, le maïs était cultivé en tête de rotation


avec le système de défriche-brûlis. Dans ce cas, la canne à sucre était le plus
souvent cultivée en succession et les plantations exploitées quelques années avant
l'abandon au recrû d'une durée de moins de 10 ans.

Les systèmes de culture mis en œuvre sur les terrasses alluviales s'avéraient
plus diversifiés que ceux rencontrés sur les unités de milieu naturel précédentes en
raison des meilleures conditions de drainage. Ces surfaces agricoles pouvaient ainsi
être cultivées avec des bananiers, du maïs, du manioc et du haricot.

Le système de culture de la banane sur les terrasses alluviales était


semblable à celui utilisé sur les plaines d'épandage de crues. Cependant, la
reproduction de la fertilité était assurée uniquement par l'accumulation de la
biomasse végétale pendant la période de recrû. Ceci se répercutait aussi bien sur la
durée d'exploitation des plantations que sur celle du recrû. Par conséquent, les
bananeraies n'étaient exploitées que pendant quelques années, avec une période
de recrû pouvant dépasser parfois une vingtaine d'années.

Outre en association avec la banane, le maïs était cultivé en tête de rotation


avec le système de défriche-brûlis (recrû d'une durée de moins de 20 ans) suivi en
succession par la culture du haricot noir ou par la culture du manioc associé ou non
au haricot noir.

Le manioc, associé ou non au haricot noir, était cultivé en succession au maïs


ou parfois au haricot pendant 2 à 3 cycles de culture avant l'abandon de la parcelle
au recrû. De la même manière que sur les plaines littorales, la plantation était
précédée par la confection de grandes buttes à la houe. Outre l'ameublissement du
sol qui facilite le contrôle des herbes adventices et le développement des plantes
cultivées, la confection de buttes améliore considérablement l'écoulement des eaux
de pluies. Parfois, le manioc (quelque fois associé au haricot) était cultivé en tête de
rotation. Dans ce cas, ce premier cycle de culture était suivi d'un ou deux cycles de
culture avec du manioc (associé ou non au haricot) en succession avant l'abandon
au recrû (d'une durée inférieure à 10 ans).

Le haricot noir était cultivé en succession à la culture du maïs et cela pendant


un ou deux cycles. La culture du haricot en succession était également réalisée dans
une seconde saison culturale et l'on parlait alors du "haricot des pluies", car le semis
intervenait à la fin de l'été (février/mars). Le haricot était la seule culture possible au
cours de cette période et cela malgré la réduction de la durée de la photopériode
journalière. Malgré une réduction d'environ un tiers des rendements par rapport à la
première, cette seconde saison culturale permettait d'assurer le ravitaillement en
haricot tout au long de l'année. Cette situation s'expliquait par les difficultés
rencontrées dans la région dans la production de haricot (difficultés de récolte
pendant les périodes de forte pluviométrie), et par les problèmes de conservation
des grains dus à l'humidité.
La plupart des vergers de case étaient également situés sur les terrasses
alluviales, aux alentours des habitations. On y trouvait notamment des plantains, des
avocatiers, des orangers et des goyaviers. Ils recevaient indirectement des apports
en éléments fertilisants d'origine domestique et animale (déjections des animaux de
basse-cour). Les jardins de case n'existaient pas car les légumes, les condiments et
les tubercules étaient cultivés en association à d'autres cultures avec le système de
défriche-brûlis. D'ailleurs, les parcelles les plus proches des habitations étaient
cultivées en priorité avec du manioc (associé ou non à la culture du haricot), des
légumes et des tubercules (courges, courgettes, concombres, piments, tarot,
igname, etc.). La proximité des habitations s'avérait indispensable en raison de
l'importance des travaux agricoles et de la nécessaire surveillance (notamment pour
les légumes et les tubercules). D'autre part, il fallait transporter à dos d'homme de
considérables quantités de racines de manioc jusqu'aux ateliers de fabrication de
farine22.

Les systèmes de culture mis en œuvre sur les versants des montagnes
étaient similaires à ceux utilisés sur les terrasses alluviales. A côté de la culture de la
banane, du maïs, du manioc et du haricot noir, on trouvait des plantations de
caféiers (Correspondance de Michaud, 20/11/1890) exploitées pendant moins d'une
dizaine d'années. Lorsque les rendements avaient atteint un niveau trop bas,
l'entretien des plantations était arrêté pour permettre le développement du recrû
pendant une durée de moins d'une vingtaine d'années. La récolte constituait la
principale contrainte de cette culture. Elle débutait en mars, à un moment de forte
pluviométrie (Correspondance de Michaud, 10/03/1896) et la maturation non
uniforme des grains en allongeait considérablement la durée.

Sur ces versants, la culture du manioc (aussi bien en tête de rotation qu'en
succession) était également précédée par la confection de petites buttes. Celles-ci
étaient plus petites que sur les plaines alluviales (moins d'un mètre carré) pour
faciliter l'écoulement des eaux des pluies et recevaient quelques boutures de
manioc.

22 Pour la fabrication d'un kg de farine de manioc il faut environ quatre kg de racine de manioc.
- Les systèmes d'élevage

La basse-cour se limitait à quelques volailles (pintades, poulets et canards)


élevées en plein air. Les porcins étaient eux aussi élevés en plein air et divaguaient
dans les bananeraies et dans les vergers de case autour des habitations.
Prédominaient les races rustiques d'origine ibérique destinées à la production de
graisse. Les animaux étaient nourris des résidus de cultures (manioc, taro), de maïs,
de fruits (goyaves, agrumes) et de régimes de banane. Les transferts de fertilité par
les activités d'élevage étaient limités et seules les parcelles localisées autour des
habitations bénéficiaient de ces apports fertilisants. Les porcs gras étaient destinés à
l'autoconsommation et dans une moindre mesure à la vente sur pied à des
commerçants locaux.

Quant aux bovins, ils étaient élevés sur des pâturages permanents localisés
sur les fonds de vallées et sur les plaines alluviales, à proximité des habitations.
Aucun recueil des déjections ou transfert de fertilité n'était réalisé entre les parcelles
cultivées et l'élevage, et c'était là l'une des caractéristiques de ce système. Les
taurillons et les animaux de réforme étaient destinés essentiellement à être vendus
sur pied à des commerçants locaux.

- Le stockage et la transformation de la production agricole

Les conditions du stockage de la production dans les exploitations étaient


alors précaires. La production était le plus souvent stockée à l'intérieur même des
maisons et dans les ateliers de fabrication de farine de manioc. Ce stockage
concernait seulement certains produits agricoles destinés à l'autoconsommation (riz,
maïs et haricot), sans qu'aucune transformation n'ait été réalisée préalablement.
Après la récolte, les panicules de riz et les épis de maïs étaient empilés dans un coin
et les fagots de plantes de haricot accrochés sous le toit à des cordes ou à des
traverses en bois pour faciliter la conservation et la manipulation des produits
agricoles. La part de la production destinée à la vente était livrée aussitôt après la
récolte.

En ce qui concerne la transformation de la production agricole, les activités de


chasse et de pêche, l'exploitation et la cueillette des produits forestiers et
halieutiques (bois, lianes, poisson, etc.), ainsi que leur transformation manuelle, très
peu de changements ont été observés par rapport à la période précédente. Au
niveau régional, quelques nouvelles unités de transformation ont été installées par
les propriétaires de quelques établissements commerciaux implantés sur le littoral
nord du Paraná : un moulin à riz à vapeur, une petite conserverie de cœur de
palmier et une unité de séchage de crevettes dans la ville de Guaraqueçaba
(Correspondance de la Mairie de Guaraqueçaba, 31/07/1930), et une scierie à
vapeur dans la localité de Serra Negra. Néanmoins, ces unités de transformation
n'eurent que peu d'impacts sur l'économie régionale. Les difficultés de transport
limitaient leur zone de chalandise et constituaient un obstacle au développement de
leurs activités économiques.

1.3. La paysannerie "caiçara" au début du XXe siècle : organisation


économique et rapports de production

A partir de quelques documents bibliographiques et d'un certain nombre


d'entretiens avec les paysans les plus âgés, nous sommes parvenus à reconstituer
la société agraire sur le littoral nord de l'État du Paraná au début du XXe siècle. Nous
avons ainsi pu reconstituer, au moins partiellement, les différentes catégories
sociales alors existantes et caractériser leur mode d'exploitation du milieu (figure 12).

Ainsi, nous avons pu mettre en évidence trois catégories sociales avec leurs
principales caractéristiques, ainsi que leur place dans cette société agraire :

- Les petits paysans (les "camaradas")

Les exploitations des petits paysans représentaient environ 80% des


exploitations de la région au début du siècle. Cette catégorie sociale descendait de
paysans locaux ou de nouveaux arrivants attirés par le développement de la culture
de la banane. Ces paysans disposaient d'un outillage manuel (houe, serpe,
machette, hache, herminette, etc.), auquel s'ajoutaient une pirogue et parfois un
atelier manuel de farine de manioc.

Ces exploitations étaient des "possessions" établies sur des terres


considérées comme "vacantes et sans maître" et étaient donc situées loin des
principaux fleuves. Elles occupaient une surface de moins de 60 hectares, répartis
inégalement sur plusieurs unités de milieu naturel et notamment sur les bas-fonds et
sur les versants de montagnes.
Leurs systèmes de production étaient fondés sur des activités agricoles mises
en œuvre avec le système de défriche-brûlis (avec de recrûs de moins d'une
vingtaine d'année) ainsi que sur certaines activités non agricoles.

Ces paysans se consacraient en priorité aux activités agricoles


d'autoconsommation (culture du maïs, du haricot et du manioc) et, dans une
moindre mesure, à celles dont les produits étaient destinés à la vente (riz pluvial et
banane). Nous avons estimé que les surfaces consacrées à la culture du riz pluvial
et de la banane étaient respectivement inférieures à 1,5 et 3 hectares. Les activités
agricoles destinées à l'autoconsommation occupaient quant à elles des surfaces
cultivées de 0,5 hectare, pour la culture du manioc et du haricot noir, et de moins
d'un hectare pour la culture du maïs.
F ig u r e 1 2 - M o d e d ' e x p lo i t a t i o n d u m il ie u au d éb u t d u X X e s iè c l e su r le l it t o r a l N o r d d u P a ran á

V IV I II II
I

E x p l o it a t i o n d e s p ro d ui ts de
la fo rê t ( b o i s , li a n e s ) , c h a s s e

F L EU V E

V e rs a nt s P la in e s
T e rra s s e s P l a i n e l it t o r a l e
d e B as - fo nd s d ' é pa n da g e d e
a ll u v ia le s " r e s t in g a " B a ie s
m on t ag n es c ru es

P a y s a n s " m o y e n s " P e t it s p a y s a n s ( m o in s d e 6 0 h a S A U / e x p l) :
( 8 0 à 1 4 0 h a S A U / e x p l) :

- c u lt u r e d u r iz p lu v ia l ( < 1 , 5 ha )
- c u lt u r e d u r i z p l u v i a l (< 4 ha )
- c u l t u r e d u m a ïs ( < 1 h a )
- c u lt u r e d u m a ïs ( < 3 h a)

- c u l t u r e d u m a n io c / h a r ic o t ( + / - 0 , 5 ha )
- c u lt u r e m a n i o c / h a r ic o t ( + / - 1 ha )

- b an an e (< 3 ,0 h a)
- b a na n e (7 à 1 5 ha )
- v e n t e d e la f o r c e d e t r a v a il ( jo u r n a lier )
- é le v a g e p o r c in e n p le in a ir ( q u e lq u e s t ê t e s )
( a v e c le s p e r t e s e n b a na n e ) - e x p l o i t a t i o n d e s p r o d u i t s d e la f o r ê t ( l i a n e s ,
b o is ) e t a r t is a n a t ( c â b les , p la n c h e s )
- é le v a g e b o v in ( < 1 5 t ê te s)
SO U RCES : Est im a t io n s p e rs o n n e l l e s à p a r t ir des
- at e lie r f ar in e m an io c m a n u e l in f o r m a t i o n s f o u r n ie s par des a n c ie n s pay s ans du li t t o r a l
- a t e lie r f a r in e m a n io c m a n u e l e t p a r f o i s h y d r a u l iq u e nord du P a ra n á (enq uêt es de t e r r a in 19 8 9, 1 9 91 et
19 9 2); Co r r e sp o n d a n c e de W . M ic h a u d (1 8 83 - 19 0 2);

e n v ir o n 8 0 % e x p l o i t a t io n s A rc h i v e s d e la C h a m b r e d e C o n s e il l e r s M u n icip a u x de
e n v ir o n 2 0 % e x p lo i t a t i o n s
G u a r a q u e ç a b a ; N a s c im e n t o , 1 9 0 8 .
Néanmoins, la plupart de ces paysans ne parvenaient pas à dégager des
surplus agricoles, pas même avec la culture de la banane. En effet, la plupart des
parcelles dont ils disposaient étaient soumises à des fortes limitations d'usage, en
raison notamment des difficultés de transport de la production.

Pour pouvoir acheter les marchandises qui n'étaient pas produites sur place,
ces paysans vendaient leur force de travail en réalisant certaines activités non
agricoles. Outre la collecte, la fabrication artisanale de cordages de lianes et
l'exploitation et la transformation du bois, ils s'engageaient comme salariés auprès
des paysans "moyens" et des commerçants locaux23.

Les "agregados" représentaient dans cette catégorie le plus bas niveau de


l'échelle sociale. Comme nous l'avons vu au long de la période précédente, les
"agregados" étaient des paysans qui s'associaient à d'autres, faute des moyens de
production et de capitaux pour pouvoir entreprendre à leur compte des activités
agricoles et artisanales.

- Les paysans "moyens"

La catégorie des paysans "moyens" était formée d'anciens agriculteurs


esclavagistes et, dans une moindre mesure, de paysans récemment arrivés des
régions voisines pour coloniser les vallées situées en amont des principales vallées
alluviales. Ces paysans représentaient environ 20% des exploitations du littoral nord
du Paraná. Nous avons pu estimer la surface de leurs exploitations entre 80 et 150
hectares, dont une grande partie située sur les plaines d'épandage de crues et sur
les terrasses alluviales.

Leur niveau d'équipement était beaucoup plus important que celui des petits
paysans : outre l'outillage manuel, ils possédaient un atelier de production de farine
manioc (manuel ou parfois hydraulique), des pirogues et parfois quelques animaux
de trait (mulets et chevaux).

Les systèmes de production mis en œuvre par ces paysans "moyens" étaient
essentiellement fondés sur des activités agricoles avec le système de défriche-brûlis
(avec de recrûs de moins d'une vingtaine d'années) et dans une moindre mesure,
sur des activités d'élevage. Nous avons pu estimer que les surfaces cultivées avec le
riz pluvial variaient entre 2 et 4 hectares et celles concernées par la banane entre 7

23 Sur le littoral du Paraná, les paysans qui vendaient leur force de travail étaient appelés "alugados".
et 15 hectares en production. Les activités agricoles destinées à l'autoconsommation
occupaient une surface cultivée d'environ un hectare, pour la culture du manioc et du
haricot noir, et de 1,5 à 3 hectares pour la culture du maïs. Ils élevaient
essentiellement des porcs, mais certains "paysans moyens" possédaient en outre
des bovins. L'élevage porcin était réalisé en plein air et les animaux étaient nourris
avec les résidus et les pertes de production. L'élevage bovin se limitait le cas
échéant à une quinzaine de têtes de bétail élevées en plein air. Vraisemblablement,
l'élevage constituait pour ces paysans un moyen d'épargne facilement disponible en
cas de besoin.

Ces activités agricoles et d'élevage permettaient à ces paysans d'assurer


leurs besoins d'autoconsommation et de dégager un important surplus notamment
en banane et en riz pluvial.

Outre la main d'œuvre familiale, ces paysans recouraient à de la main


d'œuvre externe. Lorsqu'une importante mobilisation de force de travail était
nécessaire, comme par exemple pour le défrichement des parcelles ou la récolte riz,
les paysans "moyens" organisaient des "journées de travail collectif" (appelées,
selon la localité, "mutirão" ou "pixirão"). Le paysan invitait ses voisins à y participer,
et en échange, il fournissait l'alimentation, la boisson et le bal du soir. Ces journées,
qui pouvaient rassembler plusieurs dizaines de paysans pendant plusieurs jours,
demandaient un important investissement en capital et en travail (les semences et
l'outillage agricole pour les plantations, les denrées alimentaires, les boissons, etc.).
Pour compléter leurs besoins de main d'œuvre non assurés par les membres de la
famille ou par les "journées de travail collectif", ces paysans embauchaient des
journaliers (des petits paysans des environs ou des "agregados") pour des courtes
périodes et pour des tâches bien spécifiques comme le transport en pirogue et
certains travaux agricoles (sarclages, semis, etc.).

- Les commerçants locaux

Les commerçants étaient d'anciens agriculteurs esclavagistes ou, parfois, des


petits commerçants venus d'ailleurs et qui s'étaient installés dans la région suite au
développement du commerce de la banane. A part quelques commerçants installés
en aval des principales vallées alluviales, à l'embouchure des principaux fleuves ou
en bordure des baies, la plupart d'entre eux avaient une implantation locale et
disposaient de petits fonds de commerce. Ils vendaient des vivres et des
marchandises de consommation courante, achetaient la production agricole et
artisanale locale, et finançaient d'une certaine façon les activités agricoles des
paysans les plus démunis (avances d'argent, ravitaillement pendant les périodes de
soudure, etc.). Une partie des commerçants jouaient également le rôle
d'intermédiaires dans le commerce bananier et assuraient alors l'achat de la
production de banane des paysans des environs et son transport en pirogue vers les
points d'embarquement situés en amont des vallées alluviales ou sur les rives des
baies et des estuaires.

Les commerçants représentaient d'incontournables intermédiaires dans cette


société agraire. Outre leur rôle dans le financement de la production des paysans, ils
étaient les seuls à pouvoir assurer la logistique requise par le transport fluvial de la
production. L'exemple de la localité du Batuva, localisée en amont de la vallée
alluviale du fleuve Guaraqueçaba, illustre bien cette situation : il fallait deux jours
pour une pirogue montée par deux hommes et d'une capacité de transport d'environ
40 régimes de banane pour faire l'aller et retour vers la ville de Guaraqueçaba,
située sur la rive de l'estuaire.

Par ailleurs, une partie des commerçants, notamment ceux implantés dans
les localités les plus isolées, développaient des activités agricoles (culture de la
banane et du riz pluvial) et d'élevage (porcin et bovin) destinées essentiellement à la
vente.

Outre leur main d'œuvre familiale, ces commerçants embauchaient des


journaliers pour réaliser leurs travaux agricoles et pour transporter la production en
pirogue.

- une organisation sociale structurée autour de la famille élargie

Cette paysannerie était organisée autour d'une unité sociale, la famille élargie,
composée d'un ou plusieurs groupes domestiques (ou familles nucléaires). La
famille élargie était soumise à l'autorité de l'ascendant patriarcal chargé de résoudre
les conflits entre les différents groupes domestiques, de régler l'utilisation des
moyens de production (atelier de farine de manioc, pirogues, etc.), et d'attribuer des
terres localisées à proximité des habitations. Cette forme d'organisation sociale était
d'une importance fondamentale lors des héritages, car elle représentait un obstacle
efficace à la division du patrimoine qui restait ainsi au sein de la famille élargie.
Chaque famille nucléaire possédait une habitation propre située le plus souvent à
proximité de celle de l'ascendant patriarcal. En revanche, le mode de production
était individuel et chaque groupe domestique possédait ses propres plantations et
son propre cheptel.

Comme au cours de la période précédente, on retrouvait auprès de certaines


familles élargies des individus ou même des familles sans aucun lien de parenté
avec elles : les "agregados". Les rapports sociaux qui liaient les "agregados" à ces
familles leur permettaient de jouir d'une certaine "sécurité" et de l'usufruit de certains
moyens de production (atelier de farine de manioc, outillage agricole, pirogue, etc.).
Ces "agregados", qui avaient par ailleurs leur propre habitation, réalisaient des
activités agricoles destinées à leur autoconsommation. En échange, ils apportaient
leur force de travail, notamment lors des périodes de pointe de travail agricole
(récolte du riz, défrichements, sarclages, etc.).

En tant qu'unité sociale de base, la famille élargie permettait aux différents


groupes domestiques de disposer collectivement des biens de productions (atelier
de farine de manioc, pirogues, animaux de trait, etc.). En outre, cette forme
d'organisation sociale constituait un important réseau de solidarité (avances d'argent
et de nourriture, aide matérielle lors de maladies, etc.).

Il existait des rapports d'entraide, aussi bien entre des groupes domestiques
appartenant à la même famille élargie qu'entre ceux appartenant à différentes
familles élargies. L'entraide ("troca-dia", ou "échange de journée de travail") était
sans aucun doute la forme de travail collectif la plus répandue chez les paysans de
la région. Le groupe domestique envoyait une ou plusieurs personnes travailler pour
de courtes périodes dans un groupe domestique voisin, et en échange, il pouvait
disposer ultérieurement d'un apport de main d'œuvre équivalent.

- paysannerie et rapports de production

L'existence de vastes surfaces de terres non appropriées et en libre accès


n'empêchait pas pour autant le développement des rapports de production basés sur
le métayage et le fermage ("alforo") au sein de cette société agraire. Ces accords de
métayage et de fermage se limitaient à la culture du maïs et du riz pluvial, et cela
pendant une durée dépassant rarement un cycle de culture.

Le métayage constituait le rapport de production le plus répandu et concernait


les petits paysans qui ne disposaient pas des ressources suffisantes pour avancer
les semences nécessaires ou ne pouvaient "faire la soudure" jusqu'à la récolte. Ces
individus mettaient alors en place des accords de métayage avec des paysans
"moyens" ou avec des commerçants locaux. Le métayer fournissait la main d'œuvre
pour la réalisation des travaux agricoles, et le commerçant ou le paysan "moyen"
s'engageait à fournir les semences et des avances en nourriture. Après la récolte, le
métayer remettait la moitié de la production et réglait les avances en nourriture avec
une partie de la production.

Quant au fermage, il concernait les paysans intéressés par la mise en culture


de parcelles dont le droit d'usage était acquis par un tiers. Il s'agissait le plus souvent
de parcelles avec des recrûs de moins de vingt ans, ou encore localisées le long des
principaux cours d'eau ou à proximité des habitations. Pour cela, les prétendants à la
mise en culture de ces parcelles étaient contraints à des accords de fermage avec
les paysans jouissant du droit d'usage. En dépit d'un loyer correspondant à un tiers
environ de la production totale, la mise en culture s'avérait fort intéressante pour le
fermier, car le transport de la production était considérablement facilité par la
localisation des parcelles. En outre, la mise en culture d'une parcelle disposant d'un
recrû de moins de 20 ans d'âge demandait un investissement en travail moins
important que dans le cas d'une parcelle avec recrû d'âge supérieur ou couverte de
forêt primaire, tout en dégageant des rendements semblables.

- le renforcement de la différenciation sociale à l'intérieur de la


paysannerie

Cette période s'est caractérisée par le renforcement de la différenciation


sociale à l'intérieur de la paysannerie.

Le développement de la culture de la banane a permis aux paysans "moyens"


d'accumuler davantage de capitaux et de moyens de production qu'au cours de la
période précédente. Ceci s'est traduit par le développement de leurs activités
d'élevage (porcin mais surtout bovin) et par l'acquisition de quelques animaux de trait
destinés à faciliter le transport de la production.

En revanche, les perspectives d'accumulation de la petite paysannerie ne


changèrent guère. Faute de surfaces agricoles sur les plaines d'épandage de crues
et sur les terrasses alluviales à proximité des principaux cours d'eau, les petits
paysans se voyaient dans l'incapacité de développer la culture de la banane. Par
ailleurs, contraints de vendre leur production agricole et artisanale au commerçant
local, ils devaient accepter des conditions d'achat souvent très défavorables. Enfin,
la plupart des petits paysans restaient tributaires des commerçants et des paysans
"moyens" pour la mise en culture des terres et pour faire face aux périodes de
soudure et aux mauvaises récoltes.

Privés de toute possibilité d'accumulation, les petits paysans ne pouvaient


espérer mieux que d'assurer, au moins partiellement, leur autosubsistance et de
consacrer le reste de leur force de travail au travail salarié et à l'exploitation et à la
transformation artisanale du bois et des lianes. Néanmoins, ces petits paysans
parvenaient à assurer les besoins essentiels de leurs familles et leur reproduction
sociale.

1.4. Une période d'essor économique et démographique

Dès la fin du XIXe siècle, le développement des échanges marchands (et


notamment le commerce du riz pluvial, du bois et surtout de la banane) a permis au
littoral nord du Paraná de vivre une période d'essor économique sans précédent. Le
développement de la ville de Guaraqueçaba (chef-lieu de la région) reflétait alors
l'impact de cet essor sur l'ensemble de la région. Outre d'imposants édifices, cette
petite ville bénéficia de considérables améliorations en termes d'infrastructures
urbaines comme la construction de fontaines publics, d'un réseau de drainage
urbain, d'un petit marché public (Gazeta do Povo, 14/09/86). Les récits et
témoignages historiques font état d'une étonnante vie culturelle pour une ville de
quelques centaines d'habitants seulement : journal, club littéraire, fanfare
municipale, etc. (Diário do Paraná, 29/03/1970).

Cette période, nous l'avons vu, fut également marquée par l'implantation
d'importants établissements commerciaux et par l'installation de plusieurs unités de
transformation de produits agricoles et de cueillette (scieries, moulins à riz, alambic
et conserverie de cœur de palmier notamment).

Cet essor économique, associé à l'existence de vastes étendues de terres


vierges notamment en amont des principales vallées alluviales, suscita un important
flux migratoire. Des paysans installés en bordures des estuaires et des baies, mais
également des paysans des régions environnantes confrontés à l'épuisement des
terres et au manque de nouvelles surfaces agricoles, entreprirent rapidement la
colonisation des vallées alluviales. Ce mouvement démographique prit une ampleur
telle que la population de la région doubla entre 1890 et 1910 (figure 13).

Le littoral nord du Paraná fut, à partir de 1920, le siège de quelques initiatives


destinées à inciter davantage encore la colonisation de certaines localités. Ces
initiatives purent voir le jour grâce à la mise en place, par les pouvoirs publics
brésiliens, d'une nouvelle politique foncière. En effet, les différents dispositifs
politiques et législatifs fonciers instaurés depuis le début du XIXe siècle n'avaient pas
suffi à régulariser les possessions foncières déjà existantes, ni à promouvoir la
colonisation des régions encore peu habitées (Costa - 1977, pp. 61-68). Suite à la
proclamation de la République en 1889, la nouvelle Constitution brésilienne délégua
aux gouvernements des régions la responsabilité de la question foncière (Dean -
1978, pp. 431-432). C'est dans ce contexte que le gouvernement du Paraná mit
progressivement en place, à partir de 1892, une nouvelle politique foncière qui
prônait en particulier la concession de vastes surfaces de terres à des compagnies
privées de colonisation (Costa - 1977, pp. 70-78). Au début des années 20, la
Compagnie União Colonial Ltda. se vit ainsi attribuer une concession d'environ
52.000 hectares par le gouvernement du Paraná sur le littoral nord24.

Cette compagnie entreprit la régularisation de quelques possessions foncières


de paysans déjà sur place, installa une quarantaine de familles (la plupart d'origine
allemande) sur des exploitations d'une trentaine d'hectares, et prit en charge
certaines infrastructures comme un moulin à riz, une scierie, un alambic et la
construction de chemins25.

24 Une deuxième concession de terres d'environ 5.000 hectares fut accordée à une deuxième compagnie privée
vers 1920 à l'extrême nord de la région étudiée (en amont de la vallée du fleuve Rio Guaraqueçaba) (Petrone -
1960, pp. 153-167). La colonie "Santa Maria" étant localisée dans la zone d'influence du système agraire de la
vallée du Ribeira, elle n'a pas été intégrée à notre région d'étude.
25 Les actions de colonisation et de régularisation foncière réalisées dans le cadre de concessions à des
compagnies privées sur le littoral nord du Paraná se sont avérées des échecs complets. Selon la législation en
vigueur, les compagnies de colonisation devaient consentir aux paysans locaux la régularisation des terres qu'ils
exploitaient. En réalité, les surfaces accordées aux paysans ont été limitées à moins d'une trentaine d'hectares
par exploitation, ce qui était très en deçà des surfaces nécessaires aux exploitations paysannes si l'on prend en
compte leur mode d'exploitation du milieu. La plupart des terres ont été considérées comme "vacantes et sans
maître", et furent par conséquent intégrées à la concession de la compagnie de colonisation. Les résultats du
processus de délimitation de terres, réalisé en 1919 et 1920 préalablement à la mise en place du projet de
colonisation par la Compagnie União Colonial Ltda, montrent clairement l'exiguïté des surfaces légalement
accordées à la paysannerie. Sur les 52.615 hectares du périmètre délimité dans les vallées alluviales des
fleuves Serra Negra et Tagaçaba, seuls 2.615 furent accordés aux paysans locaux, soit moins de 5% de la
surface totale de la concession (Processo n° 624 du 27/01/1920 - D.G.T.C.). Même si ce processus n'empêcha
pas la paysannerie locale de continuer à exploiter ces terres (car le programme de colonisation n'arriva pas à
terme), il exclut définitivement les paysans d'une future appropriation légale de ces terres. Au milieu des années
20, le programme de colonisation fut stoppé et rentra dans une période de déclin. Cette situation s'expliquait par
l'insuffisance des infrastructures de transport et de commercialisation de la production dans la région et par la
succession de litiges à propos des limites de la concession qui opposèrent la Compagnie União Colonial, les
services juridiques du gouvernement du Paraná et les personnes qui s'étaient arrogées la concession de terres
dans la région. Face à cette situation, la compagnie se défit progressivement de la totalité des terres en divisant
la concession en grands lots (les "glebas"). D'une superficie dépassant souvent plusieurs milliers d'hectares, ces
lots furent ensuite vendus à d'autres compagnies ou à des individus en vue de la constitution de grandes
exploitations. Le lot le plus vaste que nous ayons pu répertorier a été celui acquis par la Compagnie de
Colonisation Brésilienne Ltda. (C.C.B.) en 1960 : il couvrait environ 17.880 hectares (d'après document n°3940 -
D.G.T.C. du 16/06/1961). Ainsi, ce projet de colonisation fut un échec, mais en outre il permit la cession de
vastes surfaces de terres avec des titres fonciers régularisées juridiquement, ce qui incita plus tard l'implantation
de grands domaines sur le littoral nord du Paraná. Ces événements furent également à l'origine d'un processus
de spéculation foncière qui ne cessa d'ailleurs de s'intensifier au fil des années, et qui fut renforcé notamment
par l'arrivée, à partir des années 50, d'une multitude d'aventuriers (les "grileiros de terra") désireux de
s'approprier de vastes étendues de terres en profitant de la confusion régnant dans la région.
Fi gur e 1 3 - Ev olut ion de l a pop ul at ion t ot a le du l it t or al nor d de l ' ét at du
Par a ná* e nt r e 1 8 0 6 e t 1 9 9 1
n o m b r e d ' h a b i t an t s

10000
9 00 0
8 00 0
7 00 0
6 00 0
5 00 0
4 00 0
3 00 0
2 00 0
1 00 0
0

199 1
1 800

1 840

1 880

1 920

19 40

19 80
1 820

1 860

1 900

19 60
a nné e s

* Remarque: la population r urale de la vallée alluv iale de Cachoeir a n' est pas comprise

SOURCE :
IBGE - Recens ements nationaux 19 40, 1 950 , 196 0, 19 70,19 80 et 199 1.
Lis te nominat iv e des habit ants de la Province de São Paulo, Archives de l'État de São Paulo, 1 806 .
Mairie de la ville de Guaraqueç aba, 198 6.
MARTINS, R. - " Quem somos e quantos somos ?" , 19 41.
VIEIRA DOS SANTOS, A. - " Mem ória hist ór ic a da cidade de Paranguá e seu Munic ípio" , 19 50.
2. Les années 30 : le début d'une longue période de crise ....

2.1. Les origines de la crise paysanne

Au début des années 20, la colonisation des vallées alluviales situées en


amont des grands fleuves (sous-région des vallées étroites), était achevée.
Désormais, la poursuite de l'expansion des activités agricoles marchandes, comme
la culture de la banane, et des activités destinées à l'autoconsommation ne pouvait
plus être assurée par l'incorporation de nouvelles parcelles sur les vallées alluviales
desservies par des fleuves navigables en raison de la constante augmentation de la
population rurale.

Ainsi, les paysans furent contraints de réduire la durée de la période de recrû


des parcelles déjà exploitées dans les principales vallées alluviales et durent mettre
en culture des parcelles de plus en plus éloignées, localisées sur les versants des
montagnes et dans les vallées alluviales secondaires.

La réduction progressive de la durée des recrûs eut pour conséquence une


diminution des conditions de reproduction du système de culture de défriche-brûlis.
En effet, elle entraîna non seulement la diminution de l'accumulation de la biomasse
végétale (et donc la diminution de la reproduction de la fertilité des parcelles), mais
également la réduction de l'efficacité de la période de recrû dans le contrôle des
herbes adventices (aussi bien dans la diminution du stock de semences que dans le
contrôle des herbes adventices vivaces). Il s'ensuivit donc une réduction des
rendements des cultures et une augmentation du temps de travail, notamment pour
les opérations de sarclage. Ces deux facteurs furent à l'origine d'une progressive
diminution de la productivité du travail des activités agricoles. Pour compenser la
réduction des rendements, les paysans durent augmenter peu à peu les surfaces
cultivées, contribuant ainsi à accélérer davantage la rotation du système (figure 14).
La durée de la période de recrû, qui était d'une vingtaine d'années au début du
siècle, fut progressivement réduite à 6 ans environ à la fin des années 40, dans la
plupart des parcelles agricoles localisées dans les principales vallées alluviales.
Figure 1 4 - La crise du syst è me de cult ure de dé friche - brûlis s ur le lit t ora l Nord
du Para ná a u dé but des anné es 3 0

Zone cult ivable désormais limit ée avec l'ach èvem ent de la colonisat ion de la
"sou s-régio n d es vallé es alluv iales ét ro it es"
+
Expan sion de la cult ure de la ban ane
et
A ccro issem ent de la pop ulat ion rurale

mise e n cult u re de s
su rf aces
p arcelles d e p lus en plus
cult iv ées
éloigné s

rend emen t s agricoles


et durée du recru
t e mp s de sarclage

f ert ilit é de s parcelle s cult ivées


et
h erbes ad vent ices

• exode de la pop ulat ion rurale


• mo dif icat ion s d ans les syst èm es de produ ct ion :
- dév eloppement élev . bov in/ porc in
- dév eloppem ent c ul t ure m ani oc et t r ansf orm at ion f ar ine
- recul cul t ur e ri z pluv ial
- nouv eau sy st ème de cul tur e banane

• développ ement d 'aut res act ivit és é co nomiques :


- cuei ll et t e du c oeur de palm ier

- pêc he ar t isanale
Cette réduction de la durée des recrûs permit à la paysannerie d'augmenter
les surfaces maximales cultivables par actif tout en réduisant les surfaces totales en
rotation. En effet, l'étude du calendrier des travaux agricoles des cultures annuelles
avec le système de défriche-brûlis montre que la principale pointe de travail était la
récolte. Par conséquent, la réduction des rendements et la réduction du temps de
récolte par hectare qui en résultait permettait d'augmenter les surfaces maximales
cultivables.

En revanche, la réduction de la durée des recrûs et l'accélération de la


rotation des parcelles entraînèrent une augmentation de la surface totale en rotation
par actif proportionnellement moins importante que celle de la surface cultivable par
actif.

Ainsi, si nous prenons l'exemple de la culture du riz pluvial avec le système de


défriche-brûlis, la réduction de la durée de la période de recrû de 20 ans à 6 ans
signifiait une réduction des rendements d'environ 50% et de la productivité du travail
d'environ 30% (tableau 5). Par ailleurs, la réduction de la durée des recrûs de 20 à 6
ans permettait presque de doubler la surface maximale cultivable par actif, tout en
réduisant d'environ un tiers la surface totale en rotation.

Tableau 5 - Les travaux agricoles, les rendements et la productivité du travail dans la culture du riz pluvial avec
le système de culture de défriche-brûlis dans les bas-fonds, selon l'âge des recrûs (arbustifs et arborés)

Défrichement/ Sarclage Récolte Rendement Surface Surface totale Productivité du


nettoyage et (jW/ ha) (jW/ ha) moyen maximale en rotation/ travail
semis (Kg/ ha) cultivable/ actif actif (Kg riz/ jW)
(jW/ ha) (ha) (ha)
Recrû arbustif 13,5 8 17,0 600 2,8 20 15,6
(+/- 6 ans)
Recrû arboré 17,5 2 24,0 900 2,0 22 20,7
(+/- 10 ans)
Recrû arboré 19,5 2 33,0 1200 1,5 32 22,0
(+/- 20 ans)
Remarque : jW = journée de travail homme; Kg = kilogramme; ha = hectare
Source : D'après des renseignements fournis par des anciens paysans du littoral nord du Paraná (Enquêtes de terrain 1989, 1991 et 1992).

Les paysans transférèrent une partie de leurs activités agricoles sur des
parcelles de plus en plus éloignées des principales vallées alluviales, notamment les
cultures annuelles dont la production pouvait être plus facilement transportée à dos
d'homme ou de mulet. Ils purent ainsi disposer de nouvelles parcelles avec des
recrûs de plus de 10 ans d'âge, voire même avec une végétation primaire. En
contrepartie, la mise en culture de parcelles de plus en plus éloignées des vallées
alluviales signifia une augmentation du temps de transport et donc une baisse de la
productivité du travail. Le transport de la production agricole constituait d'ailleurs la
principale contrainte pour la majeure partie de la paysannerie, en raison de la
précarité des moyens de transport dont elle disposait, de la grande dispersion des
parcelles et du relief accidenté (petites vallées encastrées, ravins, versants avec
forte déclivité, etc.). À titre d'exemple, nous avons estimé les capacités de transport
d'un mulet et d'un homme à moins de 200 et 80 kg respectivement par jour.

En ce qui concerne la culture de la banane, qui ne pouvait être transférée vers


les moyens versants et les vallées secondaires en raison des difficultés de transport,
la paysannerie fut contrainte de réduire la durée des recrûs. Toutefois, les
conséquences de cette réduction dépendaient de la localisation des parcelles. Ainsi,
les plantations situées sur les terrasses alluviales et sur les bas versants des
montagnes furent les plus affectées dans la mesure où, comme nous l'avons vu
précédemment, la reproduction de la fertilité y était essentiellement assurée par
l'accumulation de biomasse végétale pendant la période de recrû et de façon
secondaire seulement par de faibles apports colluviaux. En revanche, la
reproduction de la fertilité dans les plantations localisées sur les plaines d'épandage
de crues était principalement assurée par les apports alluvionnaux.

D'une manière générale, cette progressive réduction de la durée des recrûs


entraîna une chute de la qualité des bananes et en particulier une sensible
diminution de la taille des régimes. Il s'ensuivit une augmentation des pertes, dans la
mesure où d'après les normes fixées par les exportateurs de bananes, seuls les
régimes bien formés et composés de plus de 9 mains pouvaient être exportés.

A cela vint s'ajouter tout au long des années 20 le déclin des exportations de
banane, qui s'expliquait par la concurrence de plus en plus vive de la production de
la région littorale de São Paulo. Celle-ci bénéficiait en effet de conditions
pédoclimatiques très semblables à celles du littoral nord du Paraná et jouissait par
ailleurs de la proximité de l'énorme marché de consommation que représentait déjà
cette ville (Papy - 1952, p. 388) et de la constante amélioration, depuis 1892, des
conditions de transport (id, pp. 365-366). Contrairement au littoral paranéen, le
littoral de São Paulo était alors desservi par des voies de communication routières,
ferroviaires (notamment la ligne de chemin de fer Santos-Juquiá) et maritimes
modernes destinées à l'origine à l'écoulement du café des régions productrices de
l'intérieur vers le port de Santos mais utilisées en partie aussi pour le transport de la
production de banane (Petrone - 1960, pp. 206 et 386-387). Dans ces conditions, les
producteurs de banane du littoral de São Paulo purent ainsi accaparer
progressivement, à partir de la veille de la première Guerre mondiale, le marché
d'exportation de la banane (Papy - 1952, p. 389) (tableau 6).
Tableau 6 - Les exportations de banane (en milliers de régimes) de l'État de São Paulo et de l'ensemble du
Brésil entre 1910 et 1930

ANNÉE São Paulo (SP) Brésil (B) SP / B X 100


1910 757 2542 29,8
1912 1219 2596 47,0
1914 1952 3260 59,9
1916 2252 2980 75,6
1918 1659 1869 88,8
1920 2304 2618 88,0
1922 2901 3227 89,9
1924 3818 3879 98,4
1926 3990 4075 97,9
1928 5025 5303 94,8
1930 6500 7087 91,7
Source : d'après Schmidt - 1934, p. 172.

Au milieu des années 30, les exportations de bananes du littoral nord du


Paraná vers les pays du Rio de La Plata cessèrent définitivement et le commerce se
limita désormais aux marchés local et régional, certes moins exigeants en termes de
qualité des régimes, mais restreints et par ailleurs déjà approvisionnés en partie par
les régions centre et sud du littoral du Paraná.

2.2. Des changements dans le mode d'exploitation du milieu comme réponse à


la crise

Les stratégies adoptées jusqu'alors par la paysannerie se sont avérées à


moyen terme des facteurs d'aggravation de la crise et les paysans ne pouvaient
échapper à la dégradation des conditions de production, en particulier en ce qui
concerne la reproduction de la fertilité dans le système de culture de défriche-brûlis.
Une dégradation des conditions de production qui d'ailleurs, ne cessa de s'intensifier
au fil des années. Soulignons par ailleurs que les difficultés de transport et donc de
commercialisation de la production locale constituaient un facteur aggravant des
impacts de cette crise.

Pour faire face à cette situation, la paysannerie du littoral nord du Paraná fut
contrainte de modifier son mode d'exploitation du milieu (figure 15) et notamment de
développer de nouvelles activités comme la cueillette du cœur de palmier Euterpe
edulis, de modifier ses systèmes de production en développant en particulier
l'élevage bovin et porcin, la culture et la transformation du manioc, en abandonnant
partiellement les cultures annuelles et en introduisant un nouveau système de
culture de la banane.

Les impacts de cette crise sur la paysannerie furent très divers en fonction de
la localisation des exploitations, des moyens de production et des capitaux
disponibles. D'une façon générale, cette conjoncture agraire contribua à renforcer
encore davantage la différenciation sociale au sein de cette société paysanne, dans
la mesure où les possibilités de transformation et d'adaptation des modes
d'exploitation du milieu dépendaient avant tout des moyens de production et des
capitaux accumulés au cours des périodes précédentes.

La localisation des exploitations représenta un facteur prépondérant dans le


choix des modes d'exploitation du milieu à adopter, car elle déterminait les
conditions de transport et l'accès aux différentes unités de milieu naturel.

- les paysans "moyens" adaptent leurs systèmes de production à la nouvelle


conjoncture

Pour les paysans "moyens", qui disposaient des moyens de production et des
capitaux nécessaires (quelques têtes de bétail et des mulets, des parcelles sur les
plaines d'épandage de crues, des possibilités de crédit auprès des commerçants,
etc), la modification des systèmes de production fut possible.

En particulier, ils purent développer certaines activités agricoles au calendrier


de travail souple comme l'élevage bovin et porcin, et de nouvelles activités non
agricoles dont l'exemple le plus caractéristique fut la cueillette du cœur de palmier.
Le cœur de palmier est une partie du bourgeon du palmier Euterpe edulis, l'une des
espèces arborées les plus répandues dans la forêt ombrophile dense brésilienne,
dont elle occupe le strate intermédiaire (Inoue et al. - 1984, p. 165). Soulignons
qu'en 1951, des industriels de São Paulo installèrent une conserverie dans la ville de
Guaraqueçaba pour pouvoir exploiter les vastes peuplements naturels existants sur
le littoral nord du Paraná et compenser ainsi la croissante pénurie en matière
première sur le littoral de l'État de São Paulo due à l'épuisement des peuplements
naturels (Guerra - 1957, p. 354).
F i g u re 1 5 - M o d e d ' e x p lo it a t io n d u m i lie u s u r l e li t t o ra l N o r d d u P a ra n á a u m i lie u d u X X e s iè c le

V IV III II I

Ex plo it at io n de s p r o du it s d e la f o r ê t
( b o is , lia n es) , ch asse , c ue ille t t e d u
cœ u r de pa lm ier

Pêc he

FL EU V E

Ve r sa nt s T e r r asse s Pla ine d' ép a nd a ge


Bas- f o n d s Plain e lit t or ale B a ie s
m on t ag n es a lluv iales
d e cr u e s
" r est in ga "

Pa y s a n s " m o y e n s " (< d e 1 0 0 h a P e t i t s p a y s a n s ( m o in s d e 3 0


SA U/ e x p l .) : h a SA U/ e xp l. ) :

- c ult u r e r iz p luv ial ( < 7 h a) - c ult u r e r iz p luv ial ( < 1 ,5 h a)

- c ult u r e d u m a ïs ( < 6 h a) - c ult u r e m a ïs ( < 2 ha )

- c ult u r e m a nio c/ h ar ic o t ( < 1 ,5 h a) - c ult u r e m a nio c/ h ar ic o t ( < 0 ,5 h a)

- b a na n e " na ine " ( 2 à 6 h a) - b a na n e " na ine " ( < 0 ,5 h a)

- é le vag e po r c in e n p lein a ir - é le vag e po r c in ( < 1 t r uie )


e n a sso ciat io n av e c la ba n an e ( 2 à 6 t r u ies) ( n o u r r is r é sid us d e s c ult ur es)

- é le vag e b ov in ( < 3 0 t êt es) - a t e lier f a r ine de m an io c m an u el

- a t e lier f a r ine m an io c m an u el o u se m i- m o t o r isé - v e nt e d e la f o r c e d e t r ava il ( jo u r na lier s) ; SOU RCE : Es t i m a t i on s à p a r t i r d e s in fo r m a t i o n s


ex t r a ct io n pr od u it s d e la f o r ê t ( lia ne s) e t fo urn i e s p a r d e s a n c i e n s p a y sa n s d u l it t o ra l
no r d d u Par an á ( e n q u êt e s d e t e rr a i n 1 9 8 9 ,
- c o m m e r ce e t / o u int e r m ed ia t io n c œ ur d e p alm ie r ar t isan at ( câ b les) et c ue illet t e pa lm ier
19 9 1 e t 1 9 9 2 ) .
Le cœur de palmier, jusqu'alors cueilli en faible quantité pour être consommé
en l'état ou mis en conserve artisanalement sur le littoral nord du Paraná, devint
alors une matière première valorisée sur le marché, et la cueillette se développa
rapidement dans l'ensemble de la région. En effet, cette cueillette n'était soumise à
aucune réglementation et les peuplements étaient en libre accès dans la région
montagneuse.

Par ailleurs, une partie des paysans "moyens" complétèrent cette activité de
cueillette par le commerce du cœur de palmier en jouant le rôle d'intermédiares dans
la filière : ils achetaient la production des paysans des environs, à proximité des lieux
de cueillette, pour la transporter jusqu'aux conserveries. Le transport était alors
assuré à dos de mulets et en pirogues, et dans certains cas, les conserveries
finançaient des barques à moteur pour faciliter le transport de la production sur les
principaux fleuves.

Le développement de la culture du manioc et de sa transformation en farine a


été possible pour plusieurs raisons. Tout d'abord, ces paysans disposaient déjà,
comme nous l'avons vu auparavant, d'ateliers manuels ou hydrauliques. Par ailleurs,
la farine de manioc représentait une denrée alimentaire à forte valeur ajoutée, de
longue conservation, et, et c'est là l'essentiel, plus facilement transportable que le
produit brut. Enfin, la culture du manioc était moins affectée par la diminution de la
période de recrû : le manioc jouit d'un système racinaire profond et efficace dans le
pompage des éléments minéraux et l'écartement entre plants facilitait le sarclage à
la houe. C'est d'ailleurs dans le but d'améliorer la productivité du travail dans cette
culture que de nouvelles variétés de manioc "doux" furent introduites26. Moins
sensibles à l'humidité des sols, celles-ci n'exigeaient pas la confection de grandes
buttes sur les parcelles localisées sur les terrasses alluviales et sur les plaines
littorales, et leur cycle végétatif plus court garantissait la récolte dès le 18e mois
après la plantation. D'après les enquêtes réalisées chez ces paysans, les surfaces
cultivées en manioc étaient inférieures à 1,5 hectare par exploitation.

En revanche, les paysans "moyens" réduisirent considérablement leurs


surfaces cultivées avec les cultures annuelles. Ils déplacèrent la presque totalité des
cultures de riz, de maïs et de haricot vers les vallées alluviales secondaires et vers
les versants des montagnes de plus en plus éloignés des fonds de vallée. Ils prirent
pour cela possession de parcelles qui, pour la plupart, n'avaient encore jamais été
cultivées et étaient donc considérées comme des terrains indivis ou "vacants et sans

26 Les principales variétés de manioc "doux" étaient le "manteiga", le "amarelo", le "santista" et le "preto".
maître". Pour pouvoir séjourner pendant toute la saison agricole sur ces parcelles
éloignées des principales vallées alluviales, les paysans durent y installer des
campements (ces possessions étaient appelées "capuavas"). Dans ces conditions,
le transport de la production requérait l'utilisation de mulets et de chevaux. Nous
avons estimé les surfaces cultivées en riz pluvial et en maïs à moins de 7 et 6
hectares respectivement.

En ce qui concerne la banane, ces paysans mirent en place un nouveau


système de culture sur les plaines d'épandage de crues. Avec une meilleure
utilisation des ressources édaphiques, ce système permettait la suppression de la
période d'abandon au recrû. En utilisant les apports alluviaux des crues comme seul
mécanisme de reproduction de la fertilité, il autorisait un doublement de la surface
des bananeraies en exploitation. Ce nouveau système de culture reposait sur un
nouveau cultivar du groupe cavendish : le bananier "nain". D'une hauteur inférieure à
3 mètres, le bananier "nain" produisait des régimes plus réguliers et d'une taille
supérieure à ceux l'ancien cultivar "maça". Il était également plus résistant à la
"maladie du Panamá". Par ailleurs, ce nouveau système de culture était caractérisé
par une nouvelle conduite des plantations, avec un écartement plus large (d'environ
3 à 4 mètres), ainsi que par des débroussaillages et œilletonnages périodiques. Les
bananiers étaient replantés au fur et à mesure du vieillissement des souches.
Néanmoins, les difficultés de commercialisation de la production limitaient les
surfaces en bananeraies à moins de 6 hectares par exploitation.

Les paysans "moyens" développèrent également l'élevage porcin en plein air.


Jusqu'alors destiné presque exclusivement à l'autoconsommation, l'élevage porcin
devint ainsi pour eux une importante activité de rente. Ils construisaient alors des
enclos ceints de haies autour des anciennes bananeraies localisées sur les
versants, ou autour des bananeraies "naines" sur les plaines d'épandage de crues.
L'élevage porcin permettait ainsi la valorisation de la production des bananeraies
qu'on ne parvenait plus à vendre en raison des difficultés rencontrées dans la
commercialisation. Les animaux étaient parqués et nourris essentiellement avec les
régimes de banane, et dans une moindre mesure avec du maïs, notamment dans le
cas d'animaux destinés à l'engraissement. Le transport de la production, beaucoup
moins pénible car les animaux pouvaient être conduits par voie terrestre chez les
commerçants locaux ou jusqu'aux points d'embarquement proches des estuaires,
représentait un autre avantage de l'élevage porcin. Le cheptel par exploitation
pouvait atteindre quelques dizaines de têtes et comptait de 2 à 6 truies.
L'élevage bovin était déjà présent dans la région mais il était encore peu
développé et se limitait à quelques paysans "moyens" et commerçants locaux. A
partir des années 30, les paysans s'y consacrèrent davantage, aux dépens de la
culture du riz pluvial avec l'implantation de pâturages sur les terrasses alluviales
mais surtout sur les bas-fonds. La technique utilisée alors était simple : après la
culture du riz pluvial, des nettoyages périodiques à la serpe empêchaient le
développement d'espèces arbustives et permettaient l'entretien d'un tapis herbacé.
Et à l'instar des porcins, les animaux pouvaient être conduits par voie terrestre. Le
nombre de bovins dont ces paysans disposaient a été estimé de quelques têtes
seulement à une trentaine par exploitation.

En ce qui concerne l'outillage manuel, il importe de souligner l'introduction


dans la région du semoir manuel en fer. Moins maniable que le bâton fouisseur, le
semoir manuel pouvait néanmoins être utilisé grâce à la réduction de la durée des
recrûs. L'utilisation de parcelles avec des recrûs arbustifs réduisait considérablement
l'encombrement par les troncs et les souches d'arbres, et permettait ainsi l'utilisation
des semoirs manuels. Mais malgré une sensible amélioration de la productivité du
travail, qui s'explique par la réduction de moitié environ de la durée du semis des
cultures annuelles (maïs, haricot, riz), cet outil resta peu répandu dans la région.
Plusieurs facteurs y contribuèrent. En premier lieu, le semis n'était pas considéré
comme une importante pointe de travail dans le système de culture de défriche-
brûlis. En outre, le semoir manuel, contrairement au bâton fouisseur, ne pouvait être
fabriqué sur place et les paysans étaient contraints de l'acheter. Enfin, son utilisation
se limitait aux sols bien drainés, car le mécanisme de distribution des semences,
peu au point, s'enrayait fréquemment.

Le choix et l'importance des modifications apportées aux systèmes de


production mis en œuvre par les paysans "moyens" étaient, nous l'avons dit,
étroitement dépendants de la localisation des exploitations.

Ainsi, dans la sous-région des vallées alluviales étroites, les paysans


"moyens" optèrent pour l'élevage bovin (notamment sur les parcelles localisées sur
les bas-fonds et sur les terrasses alluviales) et pour l'élevage porcin en plein air
(nourris avec la production résiduelle des anciennes bananeraies et celle des
nouvelles bananeraies "naines") : ces exploitations paysannes étaient implantées
dans les régions les plus enclavées, proches de la sous-région montagneuse où les
plaines d'épandage sont bien représentées. Les cultures annuelles se limitaient le
plus souvent à l'autoconsommation et les surfaces concernées étaient situées plus à
l'intérieur de la sous-région montagneuse. Parmi ces paysans, quelques-uns
s'engagèrent comme intermédiaires et comme transporteurs du cœur de palmier. À
la fin des années cinquante et dans la localité du Batuva par exemple, localisée en
amont du fleuve Guaraqueçaba, 3 ou 4 paysans "moyens", qui disposaient de dix à
trente mulets et de quelques pirogues, assuraient le transport du cœur de palmier
vers les conserveries.

Dans la sous-région de vallées alluviales larges, les paysans "moyens" mirent


en place des systèmes de production fondés sur la culture du manioc et sur sa
transformation en farine, sur l'élevage bovin en plein air et sur la culture de la
banane (avec le nouveau système de culture). Le développement de ces activités fut
possible grâce à leurs importantes surfaces agricoles situées sur les plaines
d'épandage de crues et sur les terrasses alluviales et à la bonne localisation des
exploitations en termes de transport fluvial.

Enfin, dans les sous-régions des bas-fonds et des plaines littorales, les
paysans "moyens" mirent en œuvre des systèmes de production fondés sur
l'élevage bovin en plein air et dans une moindre mesure sur la culture du riz pluvial.
En effet, et en dépit des facilités de transport fluvial, les exploitations comprenaient
en grande partie des parcelles soumises à d'importantes limitations d'usage liées au
mauvais drainage. Parmi ces paysans, certains réussirent à acquérir, avec l'aide des
conserveries de cœur de palmier, des bateaux à moteur destinés au développement
des activités de transport de produits locaux comme la banane, le bois, le bétail,
mais surtout le cœur de palmier.

- la petite paysannerie en voie de paupérisation

Pour les petits paysans, cette période se caractérisa par une exclusion socio-
économique et une paupérisation croissantes : ne disposant ni des moyens de
production, ni des capitaux suffisants, il ne pouvaient faire face à la nouvelle
conjoncture agraire régionale en modifiant leurs systèmes de production.

Trop démunis, ils ne pouvaient développer l'élevage bovin et porcin, et leurs


surfaces agricoles insuffisantes sur les plaines d'épandage de crues limitaient
considérablement les possibilités de développement de la culture de la banane avec
le nouveau système de culture. Nous avons estimé la surface consacrée à la culture
de la banane dans chacune de ces exploitations à moins de 0,5 hectare. Le
déplacement des cultures annuelles vers les parcelles les plus éloignées des
principales vallées alluviales était difficilement réalisable, voire impossible, dans la
mesure où la plupart de ces petits paysans, qui ne possédaient que rarement des
mulets, ne pouvaient compter que sur leur propre force pour transporter la
production. Ils étaient alors contraints de continuer à mettre en œuvre des systèmes
de culture fondés sur le système de défriche-brûlis avec l'utilisation de recrûs
arbustifs voire même herbacés (de moins de 6 ans d'âge). Ces systèmes de culture,
nous l'avons vu précédemment, dégageaient une faible productivité du travail dans
la plupart des activités agricoles. Nous avons pu estimer que les surfaces cultivées
avec du riz pluvial et du maïs étaient inférieures à 1,5 et 2 hectares respectivement.
Les cultures du manioc et du haricot noir occupaient quant à elles moins de 0,5
hectare. A cela venait s'ajouter une réduction significative des opportunités de travail
auprès des paysans "moyens" et des commerçants locaux qui privait ainsi cette
petite paysannerie d'une importante source de revenus. Cette réduction s'expliquait
par la baisse du transport fluvial et par les modifications adoptées par les paysans
"moyens" dans leurs systèmes de production.

La paupérisation d'une partie des petits paysans était telle qu'ils ne pouvaient
sans aide extérieure réaliser la cueillette du cœur de palmier qui pourtant, n'exigeait
aucun moyen de production ou investissement en équipement particuliers. En effet,
leurs disponibilités en capitaux et en denrées alimentaires étaient si faibles que pour
pouvoir s'engager dans cette activité, ils n'avaient d'autre alternative que de
s'endetter et de demander des avances en nourriture et financières (pour acquérir
des marchandises, des médicaments, etc.) aux paysans "moyens" et aux
commerçants locaux. D'ailleurs, si cette situation accentuait leur dépendance vis-à-
vis des paysans "moyens" et des commerçants, elle permettait à terme à ceux-ci de
les déposséder de la plus value dégagée par la cueillette du palmier.

Ainsi, les petits paysans étaient pris dans un cercle vicieux. En se consacrant
davantage à la cueillette du cœur de palmier, ils étaient contraints de diminuer leur
temps consacré aux activités agricoles. Une situation que se traduisait bien
évidemment par une intensification de leur dépendance vis-à-vis des commerçants
et paysans "moyens" et par une perte progressive de leur autonomie alimentaire. Si
la cueillette du palmier pouvait se faire à tout moment de l'année, elle signifiait des
séjours dans la sous-région montagneuse de plusieurs jours, et à la fin des années
50, ils consacraient déjà plus du tiers de leur temps de travail à la cueillette du
palmier.
- crise paysanne et exode rural

Les modifications apportées aux systèmes de production et le développement


de nouvelles activités ne permirent pas pour autant le maintien d'une paysannerie
aussi nombreuse sur le littoral nord du Paraná. A partir des années 30, un
mouvement d'exode rural se déclencha des régions agricoles vers les localités
situées en bordure des estuaires et vers les centres portuaires du littoral. Ce
mouvement concerna pour l'essentiel des petits paysans et des paysans
"agregados", dont la survie était de plus en plus précaire dans leur région d'origine.
Une partie d'entre eux se fixèrent dans les villages riverains des baies et des
estuaires et se convertirent dans la pêche artisanale. L'attrait exercé par cette
activité s'expliquait par l'amélioration des moyens de conservation par le froid sur
littoral nord du Paraná. En effet, à partir des années 30, des bateaux équipés de tels
moyens de conservation et appartenant à des commerçants du littoral de São Paulo
parcouraient les baies et les estuaires pour acheter la production aux pêcheurs
locaux (Archives de la Mairie de Guaraqueçaba, 20/07/30). Ce nouveau débouché
pour les produits de la pêche et la richesse en ressources halieutiques des
écosystèmes estuariens locaux donnèrent un nouvel élan à cette activité maritime.

L'ampleur de ce mouvement migratoire est illustrée par l'évolution


démographique du quartier de pêcheurs du Costão de la ville de Guaraqueçaba. A
partir d'enquêtes réalisées auprès des anciens habitants de ce quartier, nous avons
pu estimer que le nombre de foyers a plus que triplé entre 1930 et 1950, en raison
notamment de l'installation d'anciens paysans. D'autres migrèrent vers les
principales villes portuaires du littoral sud du Paraná, à savoir Antonina et
Paranaguá, alors en plein essor économique grâce au développement des activités
portuaires et commerciales.

À partir des années 20 en effet, l'expansion du processus de colonisation des


plateaux de l'intérieur du Paraná (notamment la région nord) et le développement de
la culture du café suscitèrent une augmentation considérable du trafic ferroviaire
vers les ports du littoral sud et centre du Paraná. Antonina et de Paranaguá, les
villes les plus dynamiques du littoral, confirmèrent leur rôle de centres d'attraction
régionaux et bénéficièrent d'importants investissements publics (améliorations des
ports, des voies de communication terrestres, services publics, etc.) et du
développement d'activités industrielles et commerciales. Dès le milieu des années
30, le gouvernement paranéen entreprit d'importants travaux d'agrandissement et de
modernisation du port de Paranaguá (Morgenstern - 1985, p. 63), et la ville
d'Antonina, moins importante en ce qui concerne le développement des activités
portuaires, devint elle aussi un pôle d'attraction économique régional (Magalhães -
1964, pp. 69-73). La comparaison de l'évolution démographique des régions nord,
d'une part, et centre et sud du littoral paranéen, d'autre part, confirme cette tendance
(tableau 7). Alors que le nord représentait environ 18% de la population de
l'ensemble de la région littorale en 1854, sa part n'atteignait plus que 13% en 1950.

Tableau 7 - Évolution démographique des littoraux nord, centre et sud


en pourcentage de la population totale entre 1854 et 1950

1854 1890 1920 1950

Littoral nord (Guaraqueçaba) 3.476 5.417 8.556 7.180


(18%) (16%) (16%) (13%)
Littoral centre (Morretes, Antonina, 7.869 13.717 19.972 21.183
Porto de Cima) (40%) (41%) (39%) (37%)
Littoral sud (Paranaguá, Guaratuba) 8.097 14.437 23.052 28.352
(42%) (43%) (45%) (50%)

TOTAUX 19.442 33.571 51.580 56.715


Sources : "Relatório do Presidente da Província do Paraná" du 15/06/1854 et Recensements démographiques cités par
Padis - 1981, pp. 26 et 30; Recensements nationaux de 1920 et 1950.

Néanmoins, les différentes sous-régions du littoral nord ne furent pas


touchées avec la même intensité par ce mouvement d'exode. Celui-ci fut plus
sensible et plus rapide dans les sous-régions des bas-fonds et des plaines littorales
que dans les sous-régions des vallées alluviales étroites, en raison de l'importance
du travail salarié (notamment pour le transport de la banane en pirogue) par rapport
aux activités destinées à l'autoconsommation. L'arrêt des exportations de banane à
la fin des années 20 porta un coup d'arrêt à ces activités et le développement de
l'élevage bovin qui leur succéda n'offrait quant à lui que de trop rares opportunités de
travail pour la petite paysannerie.

En revanche, dans la sous-région des vallées alluviales étroites plus proches


des ressources en palmier ce mouvement d'exode rural fut moins brusque. Là, les
nouvelles activités développées par les paysans, et notamment la cueillette du cœur
de palmier, leur permirent de retarder leur départ, et cela bien qu'ils fussent privés
de la plus value dégagée dans cette activité et confrontés à des difficultés pour
assurer leur subsistance.
2.3. Les interventions des pouvoirs publics dans la région à partir de 1965
accentuent la crise paysanne

En 1964, un coup d'État porta les militaires brésiliens au pouvoir. Les


gouvernements qui se succédèrent étaient profondément influencés par une
idéologie à la fois modernisatrice et conservatrice (Martine - 1987, p. 19) et à partir
de 1964, une vigoureuse politique de stabilisation économique fut instaurée27. Le
modèle de développement préconisé était en grande partie fondé sur l'expansion
des investissements publics en infrastructures de base (routes, chemins de fer,
ports, usines hydroélectriques) et sur le développement de l'industrie lourde
(sidérurgie, pétrochimie, etc.). Par ailleurs, l'action de l'État fut très intense et
interventionniste dans le secteur agricole dès 1964 (Favero - 1983, p. 93), avec
notamment un recours croissant à des politiques d'incitation fiscale (Baer - 1977, p.
10).

Pour répondre aux nouvelles exigences du capitalisme industriel brésilien, les


gouvernements militaires successifs mirent en place une politique de modernisation
technique et de réorganisation du secteur agricole (Favero - 1983, p. 126). Il
s'agissait avant tout de tuer dans l'œuf tout mouvement de revendication sociale en
faveur d'une véritable politique de réforme agraire (Linhares et Teixeira da Silva -
1981, p. 41). Outre des intérêts géo-politiques, à travers la colonisation de
l'Amazonie par exemple, cette politique visait le développement du secteur agricole
considéré comme producteur de matières-premières et d'aliments bon marché, mais
également comme débouché important pour le secteur industriel (machines
agricoles, intrants, etc.) (Martine - 1987, p. 20).

- l'arrivée des néolatifundiaires sur le littoral nord du Paraná

A partir du milieu des années 60, les pouvoirs publics lancèrent un ensemble
de programmes fédéraux de développement des activités agro-industrielles et
forestières. Conçus dans le but spécifique d'inciter le développement agro-industriel
des régions Nordeste et Nord du Brésil (notamment de l'Amazonie), certains de ces
programmes furent appliqués sur l'ensemble du territoire national et avaient pour

27 Celle-ci était principalement fondée sur la restructuration des marchés de capitaux, sur une croissante
indexation de l'économie à l'inflation (à travers la "correction monétaire"), sur une importante réduction des
déficits publics, sur une limitation du crédit et des salaires ainsi que sur l'accroissement des recettes fiscales
(par une augmentation des impôts et par une amélioration de leur recouvrement) (Baer - 1977, pp. 8-9).
objectif d'exhorter la bourgeoisie industrielle et financière, mais aussi les groupes
économiques et commerciaux, à investir dans le secteur agricole. En particulier,
d'importants avantages fiscaux furent concédés à tout individu ou groupe
économique qui s'engageait à développer des activités forestières. Il s'agissait
notamment de financer de grands projets de reboisement fondés sur des essences
forestières exotiques ou locales. Dans son étude sur l'intervention financière de l'État
brésilien dans le secteur agricole, Faveiro souligne que pour la seule période 1970-
1973, près de 500 millions de francs furent ainsi engagés par l'État dans de tels
programmes (Favero - 1983, p. 135).

Les principaux dispositifs légaux concernant ce programme de


développement des activités forestières furent :

- la Loi fédérale n°5.106 du 02/09/1966 - qui accordait d'importantes


déductions fiscales à toute personne physique ou morale ayant investi des
capitaux dans la mise en place de projets de reboisement avec des
essences forestières.

- les Décrets fédéraux n°1.134 du 16/11/1970, n°1.307 du 16/01/74 et


n°1.376 du 12/12/74 - qui élargirent le champ d'application de la Loi
n°5.106, notamment avec la mise en place d'un "Fonds d'Investissements
Sectoriels" (FISET) qui permettait à des personnes juridiques d'acquérir de
droits d'exploitation (les "cotas de investimento") dans des projets de
reboisement implantés par des entreprises spécialisées. Ces droits
d'exploitation des reboisements donnaient droit aux déduction fiscales.

Le programme de développement des activités forestières a concerné environ


843.800 hectares sur l'ensemble du territoire paranéen (source DE/P.R. - IBDF). Les
principales essences forestières utilisées dans les projets de reboisement ont été les
espèces de pinus, d'eucalyptus, de conifère Araucaria angustifolia et de palmier
Euterpe edulis.

Sur le littoral nord du Paraná, les premiers projets furent implantés dès 1969
(source DE/P.R. - IBDF), avec des reboisements en essences forestières exotiques
(pinus, eucalyptus, noyers) ou locales (palmier Euterpe edulis, "guapuruvú"
Schizolobium parahyba). Néanmoins, la presque totalité des projets étaient fondés
sur le palmier Euterpe edulis, comme ce fut le cas pour la commune de
Guaraqueçaba, où entre 1969 et 1977, 69.800 des 70.000 hectares de reboisements
autorisés dans le cadre de l'application de ce programme concernèrent cette espèce
(tableau 8). Ceci explique l'importance des capitaux publics engagés dans ce
programme sur le littoral nord du Paraná (entre 70 et 100 millions de francs pour les
sept années du programme)28.

Tableau 8 - Surfaces concernées par le programme de développement des activités forestières (Loi n°5.106 et
Décret n°1.134) avec le palmier Euterpe edulis dans la commune de Guaraqueçaba
(en hectares)

Loi n°5.106 Décret n°1.134 TOTAL

1970 496,6 0 496,6


1971 0 1.000,0 1.000,0
1972 429,7 1.000,0 1.429,7
1973 13.806,6 0 13.806,6
1974 9.242,0 1.738,5 10.980,5
1975 22.162,8 3.079,0 25.241,8
1976 9.421,5 4.393,0 13.814,5
1977 0 1.936,0 1.936,0
TOTAL 55.559,2 13.146,5 68.705,7

Source : Inventário nacional das florestas plantadas nos Estados do Paraná e Santa Catarina - IBDF - 1982 (Annexe II - pp.
33-34 et Annexe I - pp. 42-45).

Le choix en faveur du palmier "Euterpe edulis se justifiait à l'époque par des


raisons d'ordre économique et agronomique. En effet, les reboisements en palmier
étaient exploitables bien avant les autres essences forestières (la première cueillette
pouvait intervenir dès la 8ème année), et le cœur de palmier (le "palmito") était un
produit de grande valeur marchande en raison de la demande croissante sur le
marché brésilien comme sur le marché international (figures 16, 17, et 18). En outre,
Euterpe edulis était une essence très répandue dans la forêt ombrophile dense, mais
également dans les formations végétales secondaires présentes dans la région en
raison de l'ombrage indispensable au développement végétatif de cette espèce
qu'elles garantissaient.

D'après les recensements des bénéficiaires de ce programme publiées dans


l'Inventaire national des forêts plantées dans les États du Paraná et de Santa
Catarina (Inventário nacional das florestas plantadas nos Estados do Paraná e Santa
Catarina, IBDF, 1982), la presque totalité des projets de reboisements en palmier
mis en place sur le littoral nord du Paraná ont été réalisés par des entreprises
spécialisées dans des activités de reboisement29 ou par des groupes industriels et
commerciaux brésiliens étrangers au secteur agricole.

Ces groupes industriels et commerciaux se chargeaient eux-mêmes de


constituer des exploitations dans la région. Ils sous-traitaient le plus souvent les

28 D'après des calculs personnels.


29 D'après de nombreux témoignages, la plupart des entreprises spécialisées dans ces activités de reboisement
ont été spécialement créées lors de la mise en place du programme de développement des activités forestières
(Enquêtes de terrain, 1989-1992).
opérations de reboisement à des petits entrepreneurs locaux et étaient directement
remboursés des investissements engagés par le biais de déductions fiscales.

Les entreprises spécialisées constituaient elles aussi des exploitations ou


établissaient des contrats de fermage avec des propriétaires fonciers locaux. Puis
elles commercialisaient les droits d'exploitation des reboisements ou vendaient les
exploitations reboisées en palmiers à des groupes industriels et commerciaux. Ceux-
ci pouvaient alors, attestations et reçus à l'appui, bénéficier des déductions fiscales.

F ig u r e 1 8 - Évo l ut io n d e la p r o d u ct i o n b r é sil ie n ne d e s co n se r ve s
d e c o eu r d e p al mi e r, 1 9 4 9 à 1 9 8 4
t onne s

250000

200000

150000

100000

50000

0
1949 1959 1970 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983 1984

a nné e s

SOURCE : IBGE/ Pe sq uisa , in Palm it o , A n ais d o 1 ° Enc on t ro Nac ion a l d e Pes qu isad o re s,
1 9 8 7 , EMB RA PA , PP. 1 3 5 .
Fi gure 1 6 - Év olut i on de s pr ix d' e xpor t at ion br é sil ie ns du c oeur
de pa lmie r e n c onse rv e ( en dolla r s pa r t onne ) ent r e 1 9 6 0 et 1 9 7 3

US$/tonne
7 00

6 00

5 00

4 00

3 00

2 00

1 00

0
1960 1961 1962 1963 1964 1965 1966 1967 1968 1969 1970 1971 1972 1973

années

SOURCE : ROSSETTI et alli, pp. 132.

Fi gure 1 7 - Év olut i on de s v olume s e xpor t és par le Br é sil de c oe ur


de pal mie r e n co nse r v e ( e n t onne s) e nt r e 1 9 6 0 e t 1 9 8 8
tonnes

80 00

70 00
60 00
50 00
40 00

30 00
20 00

10 00
0
1960 1961 1962 1963 1964 1965 1966 1967 1968 1969 1970 1971 1972 1986 1988

années

SOURCE : ROSSETTI et alli, pp. 132.


Plusieurs raisons expliquent l'intérêt porté à la mise en place de ce type de
projets sur le littoral nord du Paraná et tout d'abord le prix de la terre très inférieur à
celui pratiqué dans la région Sud du Brésil. D'après les témoignages de certains
propriétaires de néolatifundias, ce prix était à l'époque deux à trois fois moins élevé
que dans d'autres régions de l'État du Paraná (enquêtes de terrain, 1989-1992). En
outre, de vastes étendues de terres, notamment dans la sous-région montagneuse,
étaient encore considérées comme "vacantes et sans maître".

Il s'agissait là d'atouts considérables car les entreprises de reboisement


comme les groupes industriels et commerciaux désirant participer au programme de
développement des activités forestières avaient besoin de vastes étendues de terre.
Et en s'appropriant des terres couvertes d'une végétation arborée, ils disposaient
des peuplements naturels en palmier qui s'y trouvaient et pouvaient éviter de la sorte
des investissements en infrastructure et en production (semis, nettoyage des
parcelles, construction de chemins, etc.), tout en bénéficiant de la totalité des
déductions fiscales.

Pour pouvoir constituer aussi rapidement ces nouvelles exploitations, les


entreprises spécialisées et les groupes industriels et financiers utilisèrent deux
mécanismes distincts. Le principal a sans doute consisté en l'appropriation de
grandes surfaces forestières localisées dans la sous-région montagneuse et encore
considérées comme "vacantes et sans maître". Ils mirent en place certaines
infrastructures (des maisons, des chemins, des clôtures) et embauchèrent des
paysans locaux pour assurer une permanence au siège des domaines. Ils acquirent
en outre des exploitations paysannes et d'anciens latifundias abandonnés pour la
plupart par leurs propriétaires qui disposaient de titres de propriété légaux. Ces
latifundias étaient à l'origine d'anciens lots du projet de colonisation des années 20
ou encore des latifundias30 implantés dans la région depuis les années 50. Les plus
souvent, ce n'étaient pas tant les surfaces forestières de ces exploitants qui les
intéressaient, mais bien plutôt l'acquisition de titres fonciers qui leur permettaient
ensuite, à travers des subterfuges juridiques, de régulariser leurs possessions
foncières sur des "terres vacantes et sans maître".

30 Ces latifundias étaient constitués par des spéculateurs fonciers (les "grileiros de terra") arrivés dans la région
à partir des années 50 et attirés par l'exode de la paysannerie locale et par l'existence de vastes étendues de
terres non régularisées juridiquement. Ils réussirent à former quelques latifundias (dont certains d'une superficie
de plusieurs milliers d'hectares) notamment dans les vallées des fleuves Abobreira et Trancado ainsi que dans
une partie de la sous-région montagneuse localisée autour de la vallée du fleuve Guaraqueçaba (Enquêtes de
terrain, 1989-1992).
Mais la plupart des projets de reboisements prévus dans le cadre du
programme de développement des activités forestières sur le littoral nord du Paraná
étaient voués à l'échec.

Tout d'abord, soulignons que la grande majorité des projets de reboisements


réalisés dans la région avaient pour principal objectif de permettre aux entreprises de
reboisement et aux groupes industriels et financiers de bénéficier de déductions
fiscales à moindre frais, sans même parfois avoir à se plier aux exigences prévues.
Ainsi, la plupart des reboisements en palmier à la charge des entreprises de
reboisement ne furent jamais réalisés. Le stratagème employé était simple. En
possession de quelques récepissés et titres fonciers achetés le plus souvent à des
paysans locaux, ces entreprises et groupes industriels et financiers entreprenaient la
régularisation foncière de vastes étendues de terres. Les titres une fois acquis, ils
reboisaient en palmier une petite partie seulement de ces terres en prévision
d'éventuels contrôles, et après des démarches bureaucratiques auprès de l'Institut
Brésilien du Développement Forestiers (IBDF) et de la Banque du Brésil, ils
pouvaient légalement commercialiser des droits d'exploitation des reboisements en
palmier donnant lieu à des déductions fiscales. Aussitôt les droits d'exploitation
vendus, les terres concernées étaient abandonnées et restaient exploitées par des
paysans locaux.

Outre les entreprises de reboisement, certains fonctionnaires de l'IBDF


chargés du contrôle de ce programme furent mêlés au "scandale du palmier", pour
reprendre les termes employés par les médias brésiliens. Outre le détournement de
fonds publics, cette affaire porta préjudice à de nombreux groupes industriels et
commerciaux impliqués dans ce programme de développement des activités
forestières : possesseurs d'exploitations ou de droits d'exploitation de reboisements
de palmier, ceux-ci ne purent jamais tirer les bénéfices de reboisements jamais
réalisés (à ce propos, voir les articles publiés dans les quotidiens "O Estado de São
Paulo" et "Jornal da Tarde" du 15/12/1983 au 30/12/1983).

Quant aux projets de reboisement en palmier réellement mis en œuvre, leurs


résultats s'avérèrent médiocres. En effet, les connaissances agronomiques sur les
techniques de reboisement en palmier Euterpe edulis sous couvert arboré étaient
très limitées à l'époque. La plupart des techniques utilisées étaient davantage
fondées sur des expériences empiriques que sur des travaux scientifiques. Les
reboisements en palmier étaient précédés d'un éclaircissement manuel de la strate
arbustive et du défrichement de la végétation herbacée sur les lignées parallèles.
Ces lignées étaient écartées de deux mètres pour le semis en poquets et un
écartement entre les poquets d'un à deux mètres, et dix mètres pour le semis à la
volée. La densité d'implantation en palmier recherchée était d'environ 5.000 plants
par hectare, avec une vingtaine de kilos de semences par hectare. L'implantation
des reboisements exigeait une importante mobilisation de main d'œuvre car plus de
50 journées de travail homme par hectare étaient nécessaires (Enquêtes de terrain,
1989-1992).

L'état actuel des connaissances sur le palmier Euterpe edulis laisse présager
que ces opérations de reboisement, lorsqu'elles ont été effectivement réalisées, n'ont
donné que de faibles résultats, voir même des résultats insignifiants, sur
l'accroissement de la production en palmier sous couvert arboré, en raison des
techniques employées à l'époque. Les enquêtes réalisées auprès de quelques
néolatifundias ont permis d'estimer que les rendements nets en cœur de palmier
dégagés par des reboisements implantés selon ces techniques variaient entre 4,5 et
9 kg par hectare et par an. En effet, le taux de germination des semences utilisées
dans les reboisements était très bas, voire nul dans certains cas, en raison de la
mauvaise qualité des semences. En outre, le taux de survie des plantes a été
largement sous-estimé. Les entretiens avec des paysans investis dans la cueillette
du cœur de palmier sur les néolatifundias concernés par les opérations de
reboisement en palmier, confirment indirectement ces affirmations : selon eux, le
cœur de palmier récolté dans ces exploitations proviendrait en grande partie de
palmiers issus de la régénération naturelle (Enquêtes de terrain, 1989-1992).

Une analyse économique des projets de reboisement en palmier réalisée en


1988 montre la non-rentabilité de ces projets, avec un taux de rémunération du
capital investi était 2,8% (Campos - 1988, p. 76). C'est sans aucun doute cela qui
explique que la fin des déductions fiscales ait coïncidé avec la fin des projets de
reboisement en palmier. Le dernier projet dans le cadre du programme de
développement des activités forestières sur le littoral paranéen a été implanté en
1977 (source DE/Pr. - IBDF).

Par ailleurs, le faible intérêt porté par la plupart des groupes économiques
concernés par ces projets à leurs reboisements explique pourquoi jusqu'à la fin des
années 70, aussi peu de conflits fonciers ou d'exploitation des ressources forestières
aient éclaté entre les néolatifundias et la paysannerie locale31. Soulignons que les
surfaces concernées par les projets de reboisements en palmier correspondaient à

31 Les enquêtes historiques concernant les années 70 ont mis en évidence peu de conflits fondés sur des
problèmes fonciers. Le plus important concernait une vingtaine de petits paysans de la partie aval de la vallée
alluviale du fleuve Guaraqueçaba qui contestaient l'appropriation d'environ 1.000 hectares de fond de vallée par
le propriétaire d'un néolatifundia (Enquête de terrain, 1989-1992).
environ 30% de la surface de la région nord du Paraná. Nous verrons ultérieurement
que cette situation se modifia considérablement au début des années 80.

A partir de 1969, et malgré l'échec du programme de développement des


activités forestières, les pouvoirs publics brésiliens, à travers l'Institut Brésilien des
Forêts (IBDF), procédèrent à la réglementation des activités de cueillette et de
transformation du cœur de palmier en mettant progressivement en place une
législation spécifique (Carneiro - 1971, pp. 77-78). Celle-ci instaura une série de
dispositifs contraignant les conserveries de cœur de palmier à entreprendre des
projets de reboisement (la "reposição florestal") pour compenser l'exploitation des
peuplements naturels en palmier. Dans le cadre de cette législation, 500 hectares
environ furent reboisés en palmier Euterpe edulis par des conserveries sur le littoral
nord du Paraná entre 1970 et 1981 (Inventário nacional das florestas plantadas nos
Estados do Paraná e Santa Catarina - IBDF - Annexe III, 1982, p. 50).

Cette législation soumettait également les producteurs de cœur de palmier à


des autorisations de cueillette et de commercialisation de la production, et les
obligeait à se faire enregister auprès de l'IBDF. Les producteurs étaient alors classés
en 2 groupes, selon qu'ils exploitaient les reboisements issus du programme de
développement forestier ou les peuplements naturels à travers un plan de gestion
forestière (le "manejo florestal sustentado").

Certains propriétaires de néolatifundias entreprirent progressivement la


diversification de leurs activités économiques en y développant l'exploitation du bois,
la culture du café mais surtout l'élevage du bétail en plein air.

Les plantations de caféiers trouvent leur origine dans la mise en place d'une
série de programmes d'incitation au développement de la culture du café lancés par
l'Institut Brésilien du Café (IBC) tout au long des années 70 (IPARDES - 1978, pp.
449-451; ACARPA - 1982, p. 35) et qui accordaient des crédits subventionnés.
D'après les enquêtes réalisées, ce programme a permis l'implantation sur le littoral
nord du Paraná d'environ 300 hectares de caféiers distribués sur une dizaine
d'exploitations appartenant à de néolatifundiaires (Enquête de terrain, 1989-1992).
Néanmoins, les résultats des premières récoltes se révélèrent décevants : outre une
maturité non uniforme des grains qui compliquait énormément la récolte, les
conditions climatiques de la région ne permettaient pas la production d'un café de
bonne qualité. En conséquence, le développement de nouvelles plantations fut
stoppé et les plantations existantes ne furent exploitées que quelques années avant
d'être définitivement abandonnées.
Le bois était destiné à la vente, sous forme de matière première brute, ou à sa
transformation sur place en charbon. La production était commercialisée sur le
marché régional (scieries, fournisseurs de bois de chauffe, industries de papier, etc.).
Mais l'intérêt porté à cette activité reposait sur la possibilité qu'elle offrait d'implanter
des pâturages permanents pour le développement de l'élevage du bétail.

Celui-ci fut notamment le fait de néolatifundias qui possédaient de vastes


surfaces dans les plaines littorales mal drainées et dans les bas-fonds, ou couvertes
d'une végétation herbacée et arbustive. Outre qu'il permettait la mise en valeur de
ces unités de milieu naturel, le développement de l'élevage de bétail intéressait les
propriétaires de néolatifundias pour la faible quantité de main d'œuvre et les
investissements en infrastructures restreints qu'il requérait. Les zébus furent
remplacés progressivement par des buffles, des animaux mieux adaptés au climat
chaud et humide et plus résistants aux parasitoses. Les animaux restaient en plein
air toute l'année et leur alimentation était assurée par la production fourragère des
pâturages permanents. Ces pâturages étaient composés de graminées et de
quelques légumineuses locales parfois améliorées par des graminées exotiques.
Selon la surface en pâturage dont ils disposaient et le niveau des investissements de
départ, les néolatifundiaires mirent en place des systèmes d'élevage du type
naisseur/engraisseur (le plus souvent dans les exploitation les plus anciennes et les
plus grandes), ou du type naisseur (dans les exploitations de moindre taille et plus
récentes). La production était vendue directement à des abattoirs industriels (boeufs
et animaux de réforme), ou à des éleveurs engraisseurs d'autres régions du Paraná.

L'implantation des néolatifundias sur le littoral nord du Paraná contraignit les


pouvoirs publics à intervenir une fois encore dans cette région. A la fin des années
60, l'État du Paraná entreprit le désenclavement d'une partie de la région, avec la
construction d'une première piste. La PR-404, d'une longueur d'environ 80 km, fut
inaugurée en 1970, qui relie la ville de Guaraqueçaba à la localité de Cacatu. Elle
traverse la région d'est en ouest, et serpente le long des baies et des estuaires. Des
pistes secondaires furent alors progressivement tracées pour desservir les villages
localisés dans les principales vallées alluviales, notamment celles des fleuves
Guaraqueçaba, Cachoeira, Serra Negra, Tagaçaba et Cedro (cf. figure 6).

Mais l'implantation et le développement des néolatifundias ne suffisent pas à


expliquer le désenclavement de la région. Celui-ci devait en outre permettre le
démarrage de la construction d'une future route fédérale (BR-101), qui devait
traverser le littoral nord paranéen. Une route fédérale très attendue par ailleurs par
les propriétaires des néolatifundias qui prévoyaient ainsi une forte valorisation de
leurs terres.

- un faible impact sur le développement économique régional

Les interventions publiques ne permirent pas de dynamiser le développement


économique du littoral nord paranéen, en dépit de l'importance des investissements
réalisés. Elles n'eurent d'autres effets sur l'économie locale que son dopage
momentané, sans pour autant entraîner un réel développement du secteur productif.

En effet, les activités mises en œuvre dans les néolatifundias ne contribuèrent


que très faiblement à l'augmentation de la valeur ajoutée régionale, et même
aucunement si l'on considère les néolatifundias restés inexploités. Ces activités
étaient fondées sur l'exploitation directe de ressources naturelles qui le plus souvent,
étaient déjà exploitées par les populations locales (comme les peuplements naturels
de palmier et d'une certaine façon le bois). L'élevage, la seule activité économique
introduite par les néolatifundiaires, ne dégageait quant à elle qu'une très faible
productivité de la terre et du travail.

L'analyse de la participation du littoral nord à la valeur ajoutée totale de l'État


du Paraná sur la période 1975-1985 confirme ce constat (tableau 9).

Tableau 9 - Participation du littoral nord* à la valeur ajoutée totale de l'État du Paraná,


entre 1975 et 1985

1975 1977 1979 1981 1983 1985

Participation en 0,0073 0,0081 0,0075 0,0174 0,0089 0,0104


% de la V.A.
totale
*Remarque : uniquement la commune de Guaraqueçaba.
Source : Anuário Estatistico - Dept. Estadual de Estatística - Pr.

Il en va de même si l'on considère l'évolution de l'offre de travail :


l'implantation des néolatifundias n'a eu qu'une faible répercution sur le marché de
travail régional. En effet, les opportunités de travail chez les néolatifundias étaient à
moyen terme très limitées, dans la mesure où les systèmes de production mis en
œuvre étaient peu complexes et caractérisés par des travaux sans période fixe et
peu demandeurs en main d'œuvre.
Dans le cas par exemple de l'exploitation du palmier, les besoins en main
d'œuvre pour la surveillance des boisements se situaient aux alentours d'un employé
pour 600 hectares de surface exploitée. Quant à l'élevage de buffles, il ne nécessitait
pas plus d'un employé pour 50 à 150 hectares de pâturages, selon le système
d'élevage mis en œuvre (Enquêtes de terrain, 1989-1992).

- les conséquences sur la paysannerie

D'une manière générale, les changements intervenus tout au long de cette


période eurent un impact considérable sur la paysannerie du littoral nord du Paraná.

La cueillette et la transformation du palmier réalisées par la paysannerie


devinrent alors des activités illégales. La réglementation de la filière du cœur de
palmier octroyait le droit de cueillette aux seuls néolatifundias investis dans des
projets de reboisement ou des plans de gestion agroforestière du palmier, et
limitaient les activités de transformation aux conserveries industrielles qui purent jouir
ainsi d'une situation de monopole.

Cette réglementation excluait ainsi la paysannerie de toute légalisation de ses


activités de cueillette. En effet, la mise en place d'un plan d'exploitation ou d'un
projet de reboisement en palmier signifiait, en plus d'un responsable technique,
agronome ou forestier, le paiement de taxes foncières et administratives, la
constitution d'un dossier administratif, plusieurs déplacements jusqu'à Curitiba et des
démarches administratives auprès des diverses administrations (certificats de
paiement des impôts fonciers, attestations de notaires, etc.). Des démarches qui
constituaient autant d'obstacles insurmontables pour la paysannerie. Ainsi jusqu'en
1989, aucun paysan de la région nord n'avait réussi à obtenir la concession d'un plan
d'exploitation ou d'un projet de reboisement en palmier (source DE/Pr. - IBDF).

La cueillette et la transformation du palmier réalisées par la paysannerie étant


illégales, celle-ci fut contrainte de vendre sa production considérée clandestine aux
seules conserveries industrielles, les seules à pouvoir désormais la légaliser. Pour
couvrir cette production illicite, les conserveries utilisaient les autorisations délivrées
par les organismes de contrôle et accordées pour les boisements de palmier des
néolatifundias. Souvent aussi, elles mettaient à profit les contacts privilégiés qu'elles
entretenaient avec les autorités locales (grâce à des "pots de vin" et autres
avantages en nature).
En outre, les paysans "moyens" perdirent leur rôle d'intermédiaires dans
l'achat de la production du cœur de palmier des petits paysans, et avec le
désenclavement de la région, les conserveries les remplacèrent par leurs propres
intermédiaires (les "gatos").

En revanche, l'amélioration des voies de communication permit à la


paysannerie de surmonter en partie les difficultés de commercialisation. Mais
d'importants blocages au développement des activités de rente persistaient,
notamment au niveau du transport de la production. En effet, celui-ci restait tributaire
de quelques intermédiaires propriétaires de camions qui pouvaient alors imposer les
dates d'enlèvement et les prix. Les revenus des paysans demeuraient ainsi
caractérisés par une grave instabilité et de sensibles fluctuations.

C'est dans les villages localisés dans la sous-région des vallées alluviales
étroites que l'amélioration des conditions de commercialisation de la production
entraîna les plus profonds changements dans les systèmes de production des
paysans "moyens". Ceux-ci abandonnèrent progressivement l'élevage porcin en
plein air, puisque la banane jusqu'alors utilisée comme aliment du bétail, fut
désormais destinée essentiellement à la vente. Ils entreprirent également de
développer la culture de la banane en mettant en culture la plupart de leurs
parcelles encore non exploitées faute de débouchés et situées sur les plaines
alluviales d'épandage de crues. Ainsi, dans la localité du Batuva localisée en amont
du fleuve Guaraqueçaba, la production de bananes des paysans a été multipliée par
trois depuis la construction d'une piste au milieu des années 80 (Enquêtes de
terrain, 1989-1992). Le système de culture de la banane mis en œuvre par ces
paysans ne permettait que la production d'une banane de taille réduite et tachetée.
Malgré cela, la production trouvait un débouché sur le marché régional grâce à son
prix de vente inférieur à celui de la banane produite dans les régions avoisinantes
(notamment du littoral de l'État de São Paulo et Santa Catarina).

Quant aux paysans "moyens" localisés à proximité des pistes et propriétaires


d'ateliers artisanaux de production de farine de manioc, ils développèrent la
transformation de cette matière première. En effet, la croissance du marché urbain
sur le littoral paranéen (notamment à Paranaguá, Antonina et Morretes) et les
habitudes alimentaires régionales leur assuraient un marché relativement protégé.
Contrairement au produit industriel fabriqué dans d'autres régions du sud brésilien, la
farine du littoral du Paraná était très recherchée car produite selon un procédé
artisanal local particulier : râpage très fin du manioc, torréfaction lente et par étapes
successives, aucune extraction de la fécule ("polvilho"). Ces paysans "moyens"
investirent dans l'amélioration de leurs ateliers artisanaux en motorisant les
opérations de râpage et de torréfaction et en adoptant des pressoirs en fer. Certains
groupements réussirent même à acquérir des motoculteurs destinés à la préparation
du sol mais surtout au transport des racines vers les ateliers de transformation.

Soulignons, à partir des années 70, l'adoption progressive par les paysans
"moyens" du contrôle chimique des herbes adventices dans la culture du riz pluvial
pratiqué avec le système de défriche-brûlis. L'application d'herbicides totaux était
réalisée avant le semis du riz avec un petit pulvérisateur manuel. L'utilisation
d'herbicides permettait notamment de diminuer les besoins de sarclage pendant les
premiers mois de culture tout en utilisant des parcelles avec des recrûs d'une durée
plus courte. Seuls les paysans "moyens" pouvaient adopter cette technique qui
demandait des investissement relativements élevés (pulvérisateur manuel,
herbicides).

Les années 70 coïncident également avec l'adoption par la paysannerie de


nouveaux outils tels que la tronçonneuse et le "taille-prés" ("espadão"). La
tronçonneuse a été utilisée par les néolatifundiaires, mais aussi par quelques
paysans "moyens" employés au défrichement des parcelles appartenant aux
néolatifundiaires. A ce titre, nous avons pu estimer que l'utilisation de la
tronçonneuse dans le défrichement d'une végétation arborée secondaire permettait
un accroissement de productivité d'environ 100%. Le "taille-prés" est un outil
constitué d'un grand manche en bois sur lequel on adapte une lame de machette.
Cet outil était employé pour contrôler la végétation herbacée dans les plantations de
banane, et pour nettoyer les pâturages permanents (refus et herbes indésirables).
Contrairement à la tronçonneuse, le "taille-prés" a été adopté par l'ensemble de la
paysannerie en raison de son faible coût. Sa maniabilité, sa polyvalence et son bas
prix, lui permettait de remplacer la serpe dans un grand nombre de travaux.

Enfin, cette période a été marquée par une importante expansion du travail
salarié parmi la paysannerie. Une partie des paysans "moyens" se consacrait à des
travaux "à la tâche" (reboisement, construction de clôtures ou défrichement) pour
des néolatifundias de la région. Pour réaliser ces travaux, ils s'appuyaient parfois sur
des équipes de petits paysans. En outre, ces petits paysans pouvaient aussi être
employés en tant que journaliers directement par les néolatifundiaires. Il s'agissait
notamment de travaux de défrichement, de nettoyage de pâturages, et de
construction de clôtures.
- le développement de nouveaux systèmes de culture

Les caractéristiques topo-pédo-climatiques du littoral paranéen ont conféré à


cette région d'importants avantages comparatifs par rapport aux ceintures
maraîchères des alentours de curitiba, la capitale de l'État. Le climat doux en contre-
saison, l'abondance de sols d'apports alluviaux, une pluviométrie élevée et régulière
toute l'année et la proximité de Curitiba représentaient autant d'atouts que la
précarité des conditions de transport sur le littoral du Paraná n'avait pas permis
jusqu'alors de mettre à profit. Il fallut attendre la construction, en 1967, d'une voie
express reliant les régions sud et centre du littoral paranéen à Curitiba pour que ce
blocage fut définitivement levé. Très rapidement, quelques producteurs de banane
du littoral centre, rejoints ultérieurement par des producteurs maraîchers des
environs de Curitiba en quête de nouveaux espaces agricoles, mirent
progressivement en œuvre des systèmes de cultures maraîchères.

Ces systèmes étaient fondés sur l'utilisation d'intrants externes (engrais


chimiques, produits phytosanitaires et motoculteurs pour la préparation du sol). Les
producteurs étaient installés notamment dans la vallée alluviale où se situe la ville de
Morretes, bien desservie par les routes secondaires goudronnées et possédant de
vastes plaines bien drainées. Leurs activités étaient concentrées sur des périodes
considérées par les producteurs de la ceinture maraîchère de Curitiba, comme de
contre-saison, c'est-à-dire sur la période hivernale (de mai à septembre), quand les
cours atteignent leur plus haut niveau sur le marché. Ils produisaient certains
produits maraîchers (tomate, haricot vert, concombre, poivron, laitue, etc.), du
gingembre et du chayotte. Puis progressivement, les producteurs étalèrent sur toute
l'année leur production maraîchère, à l'exception des mois d'été, de décembre à
février, en raison de la chaleur excessive et de la faible pluviométrie. Ils
développèrent également la culture du fruit de la passion, dont la période de récolte
est plus précoce que dans d'autres régions pour des conditions climatiques, ce qui
leur permettait de bénéficier de prix de vente plus élevés. De plus, la culture du fruit
de la passion en rotation avec la culture du chayotte permettait d'atténuer certains
problèmes phytosanitaires. L'ensemble de la production était vendu à des
intermédiaires spécialisés dans le commerce des produits maraîchers et était
expédié par camion vers le marché de gros de Curitiba.

À partir de 1985, une augmentation significative du prix du gingembre sur les


marchés internationaux incita les producteurs du littoral paranéen à développer
davantage cette culture. Cependant, cela obligea les producteurs maraîchers à
modifier considérablement leurs systèmes de culture. En effet, la culture du
gingembre exige des investissements en consommations intermédiaires (engrais
chimiques et organiques, produits phytosanitaires), beaucoup plus lourds que les
cultures maraîchères, et cela sur une période de temps beaucoup plus longue (de 8
à 10 mois, contre 1 à 2 mois). Et pour des questions phytosanitaires, le gingembre
doit être cultivé en rotation avec les cultures maraîchères et/ou avec le taro.

Sur le littoral nord du Paraná, il fallut cependant attendre le milieu des années
80 pour que les conditions fussent enfin réunies pour le développement de la
production maraîchère. C'est à cette époque que les ceintures maraîchères plus
anciennes, localisées sur le littoral et aux alentours de Curitiba, furent confrontées à
un manque de nouvelles surfaces agricoles. L'État du Paraná mit alors en place un
système de subventions destiné à inciter le développement de la production
maraîchère dans la région littorale. Appelé Programme d'Irrigation et Drainage
(PROID), ce programme prenait en charge jusqu'à 50% des capitaux nécessaires à
l'acquisition et au financement d'équipements et d'infrastructures de production
(canaux de drainage, correction des sols, équipements d'irrigation, etc.).

C'est à cette période que les premiers producteurs originaires des anciennes
ceintures maraîchères s'installèrent dans la vallée du fleuve Cachoeira, la seule
vallée alluviale du littoral nord desservie par une route goudronnée. Ils constituèrent
des exploitations d'une surface inférieure à une centaine d'hectares en achetant des
exploitations paysannes, notamment celles qui possédaient des parcelles dans les
plaines d'épandage de crues et dans les terrasses alluviales. Ils mirent en œuvre des
systèmes de culture fondés sur l'utilisation d'intrants extérieurs (engrais, herbicides,
fumure de volaille) et sur une intense préparation motorisée du sol, et produisirent
des cultures maraîchères, du chayotte, du fruit de la passion, du gingembre et du
taro. Leur équipement était composé d'un tracteur, d'un motoculteur et de
pulvérisateurs. La plupart des producteurs maraîchers durent en outre s'équiper d'un
camion pour assurer le transport de la production, car en raison de leur faible
nombre et de leur dispersion spatiale, la vallée alluviale du Cachoeira n'était pas
desservie par les intermédiaires.

La presque totalité de la production était destinée au marché. La production


maraîchère, de taro, de chayotte, de gingembre de seconde catégorie et de fruit de
la passion était commercialisée sur le marché de gros de l'État. La production de
gingembre de première catégorie était quant à elle vendue avec des exportateurs
implantés à Morretes ou sur le littoral de l'État de São Paulo. Les besoins en main
d'œuvre de ces producteurs maraîchers étaient assurés par des journaliers
(manouvriers et petits paysans des environs), et parfois des salariés fixes.

Quant aux paysans locaux, qui ne disposaient ni des moyens de production,


ni des capitaux nécessaires exigés notamment par le programme PROID pour
bénéficier de subventions, ils ne purent développer ces activités. Selon les
renseignements fournis par l'antenne de l'organisme de vulgarisation agricole de
l'État du Paraná (ACARPA) d'Antonina, aucun paysan de la vallée du fleuve
Cachoeira n'a pu bénéficier des subventions du programme PROID (Enquête de
terrain, 1989-1992).

3. La mise en place d'une politique de protection de l'environnement sur le


littoral paranéen à partir de 1982

3.1. Le contexte socio-économique et politique au Brésil et au Paraná à partir


des années 60

Au Brésil, les problèmes d'environnement trouvent leurs racines dans les


processus d'industrialisation et d'urbanisation que le pays a connus à partir des
années 40 (Zanoni - 1989, p. 139) et qui furent considérablement accentués par le
modèle de développement adopté à partir de 1964 par les gouvernements militaires.
D'une société agraire et mercantile, le Brésil est devenu rapidement l'une des
sociétés industrielles et capitalistes les plus avancées du Tiers Monde, et c'est
d'ailleurs pour cela que cette période fut qualifiée comme celle du "Miracle
économique brésilien".

Outre un impact social et économique considérable, ce modèle de


développement entraîna des conséquences graves sur l'environnement, que
quelques exemples suffisent à mettre en évidence : l'installation d'innombrables
industries de base potentiellement pollueuses (de cellulose, d'aluminium,
pétrochimiques, etc.), la construction d'immenses barrages hydroélectriques comme
ceux d'Itaipu et de Tucuruí, l'ouverture de gigantesques mines à ciel ouvert (Carajás,
Trombetas, etc.) ou encore la déforestation à grande échelle de l'Amazonie pour le
développement d'élevage bovin. A ce propos, une phrase est devenue célèbre dans
les médias brésiliens de l'époque : "Le Brésil voudrait des industries, il a un grand
espace à polluer" (Reis Velloso cité par Maimon - 1993, p. 51).
Ce désintérêt pour l'environnement fut d'ailleurs l'un des principaux facteurs
d'attraction des investisseurs. La protection de l'environnement était même
considérée par le pouvoir en place comme opposée au développement national
(Maimon - 1993, p. 50). La position officielle brésilienne à la Conférence
Internationale de Stockholm en 1972 illustre assez bien cette situation : elle
considérait que le développement pouvait se poursuivre sous une forme prédatrice,
en ne se préoccupant que de façon secondaire des agressions contre la nature
(Azambuja cité par Maimon - 1993, p. 50). Cette position était d'ailleurs en accord
avec celle d'autres pays du Tiers Monde, qui estimaient que les problèmes
environnementaux avaient été "inventés" par les grandes puissances pour freiner
l'expansion industrielle des pays en développement (Maimon - 1993, p. 50).

Les politiques de l'État concernant l'environnement furent révélatrices de cette


situation. Il fallut attendre 1973 pour que soit créé un Secrétariat à l'Environnement
(SEMA), subordonné au Ministère de l'Intérieur, et que certaines agences soient
renforcées au niveau des États (comme la FEEMA dans l'État du Rio de Janeiro et
la CETESP dans celui de São Paulo). D'ailleurs, la création de la SEMA révèlait
avant tout la volonté du gouvernement brésilien d'atténuer l'image négative laissée à
la Conférence de Stockholm (Viola et Leis - 1992, pp. 83-84).

Le thème de l'environnement a été pris en compte pour la première fois dans


la planification du pays en 1975, au cours du IIe Plan National de Développement (IIe
P.N.D.). Jusqu'à la fin des années 70, la position de l'État à l'égard de la
problématique environnementale évolua très peu, un phénomène mis en évidence
par la façon encore très ponctuelle et souvent marginale dont les pouvoirs publics
brésiliens continuaient à traiter les problèmes environnementaux (Maimon - 1993, p.
52). Les mesures législatives prises dans le cadre de la protection de
l'environnement concernèrent essentiellement l'utilisation des ressources naturelles
(avec une approche fondée sur la conservation et la protection de la nature) et la
pollution industrielle. Les plus importantes furent le code forestier (Loi n° 4.771 du
15/09/65), la législation de protection de la faune (Loi n° 5.197 du 03/01/67) et une
législation de contrôle et de prévention de la pollution industrielle (Lois n° 1.413 du
14/08/75 et n° 76.389 du 03/10/75).

La prise de conscience par la société civile brésilienne des problèmes liés à


l'environnement date du début des années 7032 et était alors étroitement liée aux

32 Au Brésil en réalité, les premières associations de protection de l'environnement ont été fondées à partir de la
fin des années 50 (comme par exemple la Fondation Brésilienne pour la Conservation de la Nature - FBCN, en
1958). En raison de leur conception plutôt philanthropique et de leur caractère trop aristocratique, ces
organisations ont eu une très faible répercussion auprès de la société brésilienne et des organisations
écologistes qui apparurent à partir des années 70 (Diegues - 1994, pp. 236/237 ; Viola et Leis - 1992, p. 81).
changements politiques, économiques et sociaux engendrés par le modèle de
développement adopté depuis les années 60. Elle se traduisit dès 1971, mais
surtout pendant les années 80, par un important développement du mouvement
écologiste. Dans une première phase, celui-ci se caractérisa par la naissance
d'associations de protection de la nature, dont la conception de l'environnement était
proche de celle des États-Unis fondée sur la préservation de la nature (Viola - 1987,
pp. 87-94). A la fin des années 70, le retour progressif à la démocratie (avec
l'assouplissement de la répression et le retour des exilés politiques) permit au
mouvement écologiste d'acquérir une dimension davantage politique.

A partir du milieu des années 80, le mouvement écologiste gagna une


influence et une participation croissantes dans la vie politique nationale
("mouvement pour les élections directes", élections municipales, débats de la
nouvelle Constitution, etc.) mais également dans les organisations paysannes et de
"sans-terres", dans les partis politiques de gauche et dans le milieu universitaire. Ce
mouvement était composé d'une multitude d'associations écologistes33 d'orientations
très diverses (selon leur orientation, ils étaient classés comme fondamentalistes,
réalistes, écocapitalistes ou écosocialistes). Cette diversité n'empêcha pas pour
autant l'organisation d'une série de forums et la mise en place de structures de
coordination dans quelques États brésiliens (surtout dans les régions Sud et Sud-
Est) mais également à un niveau national (Viola - 1987, pp. 96-99). L'influence du
mouvement écologiste (principalement les organisations de dénonciation de
caractère préservationniste) se fit sentir au sein même des organismes publics liés à
la problématique environnementale. Ainsi par exemple, le plus haut fonctionnaire du
Secrétariat à l'Environnement en poste sur le littoral nord du Paraná au milieu des
années 80 participait activement à une ONG de protection de l'environnement
("S.O.S. Mata Atlântica"). Tout au long des années 80, l'influence, le plus souvent
indirecte, de ces mouvements écologistes fut réelle sur le pouvoirs publics brésiliens.

A partir de la fin des années 70, le gouvernement fédéral entreprit


progressivement la restructuration de la politique environnementale et l'appareil
législatif fut alors considérablement amplifié avec la formulation de nouveaux
dispositifs légaux (cf. annexe 2). À côté d'anciens dispositifs concernant notamment
la création de parcs nationaux et la réglementation de l'usage de la flore et de la
faune, de nouveaux dispositifs virent le jour. Soulignons en particulier la création de
nouveaux types d'espaces de préservation de l'environnement : les Stations
Écologiques et les Zones d'Environnement Protégé (Loi n°6902 du 27/04/1981), et

33 Selon MINC, cité par VIOLA (1987 - p. 99), il existait en 1985 entre 900 et 1.000 associations écologistes
autonomes.
les Réserves Écologiques et les Zones d'Intérêt Écologique (Décret n°89.336 du
31/01/1984). Les dispositifs concernant les Zones d'Environnement Protégé furent
sans aucun doute les plus importants dans le cadre de la législation
environnementale brésilienne : en permettant la création d'espaces de protection de
l'environnement compatibles avec le maintien sur place des populations locales, elle
donnait naissance à une nouvelle approche des relations homme-nature.

Par ailleurs, le gouvernement instaura la Politique Nationale de


l'Environnement (Loi n°6938 du 31/08/1981), avec la création du Système National
de l'Environnement (composé d'un ensemble d'instances administratives dont le
CONAMA - Conseil National de l'Environnement). Cette politique avait pour objectif
de coordonner la politique environnementale au niveau national et d'harmoniser les
interventions fédérales, des États et des communes (Maimon - 1993, pp. 53-54).
Une importante restructuration des organismes fédéraux chargés de la gestion des
ressources renouvelables et de la protection de l'environnement fut également
entreprise. La SUDEPE, l'IBDF et la SEMA34 fusionnèrent en un seul organisme
fédéral : l'Institut Brésilien pour l'Environnement et les Ressources Renouvelables -
IBAMA (Loi n°7735 du 22/02/1989 et Loi n°7732 du 14/02/1989). Cette
restructuration visait à améliorer la coordination et l'efficacité de l'application de la
législation environnementale, et le regroupement de ces trois organismes, dont les
fonctions était très semblables, permit un renforcement des moyens aussi bien en
personnel qu'en infrastructures (véhicules, locaux, etc.).

Malgré ces importantes avancées, la politique de protection de


l'environnement brésilienne reste fondée sur une approche que GODARD définit
comme un "régime réglementaire" de la protection de la nature35. Une analyse plus
détaillée de cette politique nous permet de soulever quelques questions. Tout
d'abord, cette politique est presque exclusivement fondée sur la délimitation
d'espaces à protéger et sur des réglementations d'usage des ressources naturelles,
censées définir le cadre d'une conciliation entre développement socio-économique
et protection de la nature. Comme l'affirme GODARD, les lois et les réglementations
sont investies d'un grand pouvoir de régulation des pratiques sociales et, plus

34 SUDEPE - Surintendance du Développement de la Pêche ; IBDF - Institut Brésilien du Développement


Forestier ; SEMA - Secrétariat Spécial à l'Environnement
35 Selon GODARD, un "régime réglementaire" peut être caractérisé de la façon suivante (Godard - 1989, pp.
327-332) :
- représentations de la nature et de la société : l'objet existant en soi et par soi;
- problématiques de l'action collective : la nature à protéger;
- les instruments de politique auxquels il est fait appel de manière privilégiée : l'autorité de la puissance
publique;
- disciplines scientifiques convoquées prioritairement : le droit articulé aux sciences de la nature;
- démarches engagées : positivisme et approche analytique et responsabilités définies par la connaissance des
causes.
particulièrement, d'une grande ambition en ce qui concerne la protection de la nature
et la gestion des équilibres de l'environnement (Godard - 1989, p. 330). Ceci sous-
tend que l'environnement, et par conséquent la nature, ne sont nullement un produit
de l'action humaine et qu'elles peuvent exister par elles-mêmes. Enfin, l'efficacité de
cette politique environnementale est étroitement fondée sur l'application de l'autorité
de la puissance publique aussi bien d'une manière symbolique que d'une manière
effective.

La problématique environnementale de l'État du Paraná ne se distingue pas


fondamentalement de celle de l'ensemble du Brésil. Le Paraná a été soumis, depuis
les années 30, à un important processus de front pionnier avec la colonisation
progressive des régions de plateaux de l'intérieur. Cette colonisation s'est faite au
détriment du couvert forestier : celui-ci est passé de 80% de la surface du territoire à
l'origine, à moins de 17% en 1980 (Paula et al.,1984, pp. 826-830) (figure 19). A
cette importante réduction du couvert forestier, il convient d'ajouter, à partir de la fin
des années 60, le développement sur ces plateaux d'une agriculture fondée sur la
motorisation agricole et sur une utilisation intensive d'intrants d'origine industrielle.
Dans le nord et le nord-ouest du Paraná, le développement de grandes cultures
commerciales comme le blé et le soja engendra de graves problèmes
environnementaux comme la pollution des ressources hydriques par des produits
phytosanitaires et une importante érosion de sols.

Des recherches réalisées au début des années 80 sur les problèmes


environnementaux dans l'État du Paraná ont révélé une situation alarmante : on
estime une perte de 360 millions de tonnes de sol par an, c'est-à-dire l'équivalent de
90.000 hectares de terres agricoles (IPARDES - 1983, pp. 1-2). En outre, les
problèmes sociaux se sont considérablement aggravés avec l'intensification de
l'exode rural et de la concentration foncière. 109.000 exploitations agricoles de
moins de 50 hectares ont disparu au Paraná, pour une surface totale de 900.000
hectares pendant les années 70 (Carnasciali et al. - 1987, p. 139).
Enfin, à ce tableau déjà catastrophique, vint s'ajouter la construction d'un
gigantesque barrage hydroélectrique dans l'ouest de l'État. La mise en eau du
réservoir du barrage d'Itaipu au début des années 80 inonda 135.000 hectares de
terres agricoles, signifia l'expulsion de 43.000 habitants et fit disparaître un
remarquable ensemble de chutes d'eau (les "Sept chutes d'Iguaçu") (Zanoni - 1989,
pp. 138 et 144).

Les premiers dispositifs législatifs mis en place par l'État du Paraná


concernant directement la question environnementale datent du début des années
50. Il fallut attendre la fin des années 70 et la montée en puissance de la
contestation écologiste dans l'État (représentée par quelques ONGs et en particulier
par l'Association de Défense et d'Education Environnementale - ADEA), pour voir
poindre un relatif engagement du gouvernement paranéen dans la problématique
environnementale. L'insuffisance des moyens financiers alloués limitèrent la portée
de cette législation et la mise en place de quelques espaces de préservation de
l'environnement. Ce n'est qu'en 1982, avec la démocratisation de la vie politique et
les élections du gouvernement de l'État au suffrage universel, que la question
environnementale devint un enjeu majeur au Paraná.

Dès 1984, un programme environnemental très ambitieux fut lancé par le


gouvernement paranéen : le PEMA (Programme de l'État pour l'Environnement), qui
contenait le fondement politique et technique qui allait désormais orienter les actions
des différents organismes gouvernementaux en matière d'environnement. Il
considérait que la problématique environnementale ne se limitait pas uniquement à
la préservation des écosystèmes mais qu'elle englobait la qualité de l'air,
l'assainissement, la pollution hydrique, la protection des sols agricoles, l'éducation,
etc. Ceci se traduisit par un important renforcement de l'appareil législatif avec
l'élargissement du champ d'application des dispositifs déjà existants, ainsi qu'une
restructuration et un accroissement des moyens techniques et financiers mis à la
disposition des organismes d'État chargés de la protection de l'environnement :
Institut des Terres et de la Cartographie (ITC), Surintendance des Ressources
Hydriques et de l'Environnement (SUREHMA) et Police Militaire (Bataillon de la
police forestière).

L'appareil législatif de l'État du Paraná s'est structuré autour de la création et


du renforcement des espaces de préservation, du contrôle de la pollution ainsi que
de la réglementation de l'utilisation des ressources renouvelables. La police
forestière fut renforcée par la création de nouveaux bataillons et par l'extension des
zones d'action. La SUREHMA fut chargée du contrôle de la pollution et de
l'environnement et renforcée avec l'augmentation du personnel technique et la
création de nombreuses antennes locales. L'ITC (Institut des Terres et de la
Cartographie) fut chargé de l'application de la réglementation sur la protection des
forêts, de l'utilisation des ressources naturelles et des espaces de préservation
paranéens et dans certains cas fédéraux. Il bénéficia lui aussi de la multiplication de
ses antennes locales.

Mais une analyse approfondie montre qu'au même titre que la politique
fédérale, la politique de protection de l'environnement instaurée dans l'État du
Paraná reste pour l'essentiel fondée sur une approche "réglementaire" de la
question environnementale.

La presque totalité des espaces de préservation ont été implantés sur la


région littorale. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène. En 1980, le littoral
paranéen, qui représentait moins de 3% de la surface totale de l'État, possédait plus
de 30% de la couverture arborée naturelle (tableau 10). En outre, cette région
renfermait plus de 70% des espèces de mammifères présentes au Paraná
(IPARDES - 1987, p. 151).

Tableau 10 - La surface totale et le couvert forestier naturel du littoral paranéen, du reste de l'État et de l'État du
Paraná (en hectares et en pourcentage), en 1980

Surface totale par rapport Couvert forestier naturel par Couvert forestier naturel par
à l'ensemble du Paraná rapport à la surface totale du rapport à la surface forestière
Paraná naturelle du Paraná
(a) (a)
Région littorale 3% 2,4% 33,2%
585.000 ha 468.000 ha
Restant de l'État 97% 4,7% 66,8%
19.321.000 ha 941.000 ha
Ensemble de 100% 7,1% 100%
l'État Paraná 19.906.000 ha 1.409.000 ha
(a) Forêts primaires, forêts secondaires et recrûs arborés.
Source : d'après Paula et al. - 1984, p. 830.

C'est également sur le littoral paranéen que l'on trouvait encore de la forêt
ombrophile dense (la "Mata Atlântica") et d'autres écosystèmes associés
(mangroves et estuaires) encore peu anthropisés. Soulignons que la "Mata
Atlântica" couvrait à l'époque précolombienne plus de 3.000 kilomètres de la façade
atlantique brésilienne. Depuis la période coloniale, l'exploitation des ressources
forestières et la déforestation massive de cette forêt à des fins agricoles l'ont réduite
à moins de 10% de l'étendue du biome originel (M.A.B. - 1993, p. 4).
Mais la richesse et la relative préservation des écosystèmes locaux n'étaient
pas les seuls motifs à la création d'espaces de préservation de l'environnement sur
le littoral nord de l'État.

Cette région était caractérisée par sa très faible densité démographique


(environ 4 habitants au km2), par une grande dispersion de population et par
l'absence de grands centres urbains. En outre, comme nous l'avons montré
auparavant, l'importance économique de cette région par rapport à l'ensemble de
l'État du Paraná était infime36 et le littoral nord était resté relativement à l'écart du
développement agricole de l'État, et notamment des plateaux de l'intérieur (tableau
11). Dans ces conditions, les enjeux économiques et sociaux de la mise en défens
de grandes étendues de terre y étaient beaucoup moins importants qu'ailleurs.

Tableau 11 - L'utilisation du sol dans les communes du littoral paranéen (en hectares et en pourcentage de la
surface totale de la commune) en 1980

Commune Guaratuba Matinhos Morretes Antonina Paranaguá Guaraqueçaba


Forêt 64% 59% 53% 62% 55% 72%
ombrophile 88.442 ha 5.868 ha 40.252 ha 51.313 ha 44.459 ha 143.947 ha
dense
Reboisements - 1% <1% 2% <1% <1% <1%
a- 1.967 ha 18 ha 1.569 ha 317 ha 131 ha 292 ha
Recrûs et 20% 24% 28% 22% 24% 12%
friches 26.967 ha 2.380 ha 21.397 ha 17.617 ha 19.027 ha 25.037 ha
Pâturages et 7% 9% 16% 12% 10% 8%
prairies 10.170 ha 918 ha 11.829 ha 9.416 ha 7.602 ha 15.622 ha
Mangrove 6% 2% <1% 4% 7% 8%
8.787 ha 232 ha 534 ha 3.135 ha 5.709 ha 15.030 ha
Surface urbaine <1% 5% <1% <1% 4% <1%
864 ha 481 ha 117 ha 300 ha 3.270 ha 69 ha
Surface totale 137.200 ha 9.900 ha 75.700 ha 82.100 ha 80.200 ha 200.000 ha
de la commune
-a- : hors reboisements avec le palmier Euterpe edulis.
Source : d'après COPEL/ITC/FUPEF/COMEC - 1984, p. 65.

Soulignons enfin le développement important des activités forestières et


d'élevage dans les "néolatifundias" et l'éclatement de graves conflits fonciers sur le
littoral nord du Paraná au début des années 80. Une situation d'autant plus critique
qu'elle constituait une lourde menace à la sauvegarde des écosystèmes forestiers et
estuariens locaux.

Le développement des néolatifundias était étroitement lié à la perspective de


la construction d'une route fédérale (la BR-101) qui devait traverser le littoral nord du
Paraná et ainsi valoriser considérablement leurs terres. Cette perspective contribua

36 La participation de la commune de Guaraqueçaba à la valeur ajoutée totale de l'État du Paraná a été estimée
en 1981 à 0,0174% et en 1983 à 0,0089% (source "Anuário Estatistico - Dept. Estadual de Estatística do
Paraná").
en effet à entretenir un important mouvement de spéculation foncière dans
l'ensemble de la région37.

La richesse des écosystèmes forestiers et l'amélioration des voies de


communication incitèrent également les néolatifundiaires à intensifier l'expansion de
leurs activités économiques dans la région. Le plus souvent, ces individus se
limitaient à des activités peu exigeantes en investissements de départ et en main
d'œuvre, comme l'élevage de buffles en plein, ou encore à des activités fondées sur
l'exploitation des ressources forestières, comme le bois et le cœur de palmier
Euterpe edulis .

Les propriétaires des néolatifundias signèrent avec des entrepreneurs privés


(scieries, producteurs de charbon végétal, fournisseurs de bois de chauffe à des
industries alimentaires, etc.) ou avec certaines industries de papier localisées sur le
littoral paranéen des contrats pour l'exploitation du bois présent sur leurs domaines.
En commercialisant ainsi ces ressources, ils récupéraient des parcelles défrichées
et prêtes à être transformées en pâturages, et pouvaient de la sorte accélérer
l'expansion de leurs activités d'élevage. Certains propriétaires, comme le groupe
industriel Madezzatti qui possédait une exploitation de plusieurs dizaines de milliers
d'hectares, projetaient même d'installer des scieries sur leurs exploitations.

Les planches 2 et 3 illustrent le développement de ces activités dans quelques


vallées de la région nord du littoral du Paraná.

37 Face à des restrictions budgétaires et à la pression des organismes de protection de la nature, cette route
fédérale n'a jamais été construite.
Une partie des propriétaires des néolatifundias se consacrèrent en outre à
l'exploitation du cœur de palmier, et soucieux d'empêcher la paysannerie locale de le
cueillir, ils embauchèrent des gardiens, le plus souvent originaires d'autres régions
du Paraná. En réalité, ils entérinaient ainsi l'exclusion socio-économique dont
souffrait la paysannerie locale depuis longtemps déjà : déjà privés du droit d'exploiter
et de transformer de manière légale le cœur de palmier, les paysans étaient
désormais empêchés d'accéder à la plupart des boisements naturels en palmier
existants dans la région.

La conjoncture régionale incita une partie des néolatifundiaires à se lancer


dans l'aggrandissement de leurs exploitations. Ils continuèrent à accaparer des
surfaces forestières encore considérées comme "vacantes et sans maître" et
situées dans la sous-région montagneuse. Très rapidement, ils entrèrent en conflit
avec des paysans locaux qui y cultivaient de petites parcelles et exploitaient les
ressources naturelles. Dans certains cas, des conflits éclatèrent même avec
d'autres néolatifundias.

Au début des années 80, la situation s'aggrava en plusieurs endroits, comme


sur l'île du Superagüi et aux alentours des localités de Ariri et de Ararapira. Outre
des déboisements massifs pour l'implantation de pâturages, certains
néolatifundiaires installés dans ces régions élaborèrent des stratégies pour forcer la
population locale, pêcheurs ou petits paysans, à quitter ses terres (menaces de
mort, incendies de maisons et plantations, destruction des plantations par des
buffles, etc.).

Cette situation entraîna la réduction considérable des surfaces agricoles de la


majorité des exploitations paysannes. Les paysans se virent ainsi confisquer la
plupart des parcelles agricoles localisées dans la sous-région montagneuse, et une
partie de celles situées dans les principales vallées alluviales. La réduction de la
surface des exploitations obligea les paysans à réduire encore davantage la durée
des recrûs utilisés dans le système de défriche-brûlis. Pour un grand nombre
d'exploitations paysannes, ce phénomène signifia leur disparition définitive et par
voie de conséquence la prolétarisation de leur propriétaires. Les exploitations de
moins de 100 hectares, qui occupaient en 1950 environ 70% de la surface totale de
la région, n'en couvraient plus que 10% en 1980 (IBGE, 1950 et 1980).

La pression foncière évoquée ci-dessus eut pour corollaire une rapide


accélération de l'exode rural et l'apparition d'une nouvelle catégorie sociale, les
manouvriers, qui consacraient la plus grande partie de leur temps de travail au
salariat agricole comme journaliers dans les néolatifundias d'élevage de buffles et
d'exploitation de palmier, ou à la cueillette clandestine du palmier dans les
montagnes. Dans certains cas, ces manouvriers exploitaient de petites surfaces
agricoles autour de leurs habitations, où poussaient quelques arbres fruitiers, des
bananiers et du manioc. Les néolatifundiaires, pour se garantir à proximité une main
d'œuvre bon marché et toujours disponible, leurs proposaient en effet de conserver
ces petits lopins de terre. En outre, ils établissaient avec eux des accords de
fermage : en échange du droit de cultiver une parcelle dans le néolatifundia au cours
d'une saison culturale, les manouvriers s'engageaient à rendre l'année suivante la
parcelle défrichée et couverte d'une végétation herbacée.

Dans plusieurs localités rurales situées en amont des fleuves Serra Negra et
Guaraqueçaba, où la pression des grands domaines était forte, les paysans locaux
se retrouvèrent pris au piège d'une véritable guerre entre néolatifundiaires
engendrée par des litiges sur les limites de leurs exploitations.

L'exemple de la localité de Laranja Azeda, localisée en amont du fleuve Serra


Negra, illustre bien cette situation. Au début des années 70, une trentaine de familles
paysannes y vivaient notamment de la cueillette du cœur de palmier et de
l'agriculture de subsistance (Enquêtes de terrain, 1989-1992). Dix ans plus tard,
paniqués par les menaces et les violences commises par des gardes des
néolatifundias qui les empêchaient de réaliser la cueillette du cœur de palmier, ces
paysans cédèrent progressivement leurs possessions foncières et quittèrent la
localité. Aujourd'hui, à l'endroit de cette localité s'étend un vaste pâturage où
paissent quelques buffles, et dans la vieille église abandonnée, une messe est
quelquefois célébrée par un prêtre payé par le néolafundiaire.

Au début des années 80, la question foncière sur le littoral du Paraná, et plus
particulièrement dans sa portion nord, fut fortement marquée par la spéculation. La
figure 20 montre l'ampleur de l'implantation des néolatifundias dans cette région où
ces exploitations de plus de 1.000 hectares occupaient déjà plus de 80% des terres
(IBGE, 1980).

Ces événements trouvèrent un large écho auprès des médias brésiliens, des
organisations des droits de l'homme38 et de certaines organisations de protection de
la nature des États du Paraná et de São Paulo (notamment l'ONG "S.O.S. Mata
Atlântica" basée à São Paulo et d'orientation fortement préservationniste)39. Ils

38 Notamment la "Comissão Pastoral da Terra" et la "Comissão de Justiça e Paz do Paraná" liées à une
tendance progressiste de l'Église Catholique brésilienne et à la C.N.B.B.
39 A ce propos, voir Gomes - 1984, p. 53-61 et les quotidiens Estado de São Paulo (07/06/81, 13/10/83,
20/10/83, 10/01/84), Estado do Paraná (31/01/81, 30/08/81) et Jornal da Tarde (10/01/84, 11/01/84).
eurent également une importante répercussion auprès des pouvoirs publics.
L'Assemblée législative du Paraná mit en place une Commission Parlementaire
d'Enquête (C.P.I.) chargée d'analyser la situation. Le gouvernement fédéral et celui
de l'État du Paraná intervinrent à leur tour en déployant sur place un important
dispositif policier, mais surtout en multipliant les opérations de contrôle dans la
région. Ils incitèrent également l'ITCF (Institut des Terres, de la Cartographie et des
Forêts) à contester juridiquement les titres fonciers des néolatifundias mêlés à ces
événements. Enfin, les pouvoirs publics instaurèrent les conditions nécessaires à
l'élargissement des espaces de protection de l'environnement et à la mise en place
des nouveaux dispositifs environnementaux.

3.2. La politique de protection de l'environnement sur le littoral nord du Paraná

A partir du début des années 80, le gouvernement brésilien et celui de l'État


du Paraná mirent en place une série de mesures visant la sauvegarde des
écosystèmes locaux. Il s'agissait de la création d'espaces régionaux de protection
de l'environnement et du renforcement de appareil de contrôle au niveau régional et
local (figure 21). C'est cet ensemble complexe, et souvent d'origine très diverse, de
dispositifs et d'actions gouvernementales qui forme le noyau de la politique
environnementale encore en vigueur aujourd'hui sur le littoral nord du Paraná.
Figure 2 0 - Évolut ion de la surface des exploitations sur le litt oral Nord du Paraná,
ent re 1 95 0 et 1 9 85 *
( en pourcent age de la surface tot ale)
% de la surf ace t ot ale

100

80 Classes de surface

60
- 100 ha
40
100 à 1000 ha
20 + 1000 ha

0
197 0

198 5
19 50

1 975

19 80

années

* La vallée alluviale de Cachoeira n'est pas comprise.

SOURCE : Recensements nationaux (Censos Agropecuários - 1970 à 1985;


et Demográfico - 1950), FIBGE.
Certains dispositifs législatifs sur lesquels s'appuie cette politique sont
anciens dans la législation brésilienne sur l'usage des ressources naturelles et la
protection de l'environnement. A ceux-ci vint s'ajouter à partir des années 80, un
ensemble de dispositifs concernant l'usage des ressources naturelles.

Les espaces de protection les plus significatifs sur le littoral nord du Paraná
sont la Station Écologique et la Zone d'Environnement Protégé ("A.P.A.") de
Guaraqueçaba, créées respectivement en 1982 et 1985 (tableau 12).

La Station Écologique a été le premier espace de protection de


l'environnement créé dans la région. Elle concerne des écosystèmes de mangrove
et a permis un premier déploiement sur place des organismes publics chargés de la
protection de l'environnement. En revanche, la Zone d'Environnement Protégé
(A.P.A.) de Guaraqueçaba intéresse l'ensemble de la région nord du littoral du
Paraná. Par sa superficie (313.400 hectares environ) et l'ampleur de ses dispositifs,
la Zone d'Environnement Protégé de Guaraqueçaba est devenue la pièce maîtresse
de la politique de protection de l'environnement régionale. D'après la législation
brésilienne, les Zones d'Environnement Protégé sont des espaces de conservation
destinés à préserver la qualité de vie des populations et à protéger et à améliorer les
conditions écologiques locales (Loi Fédérale n°6902 du 27/04/1981). Si le droit
domanial n'est pas affecté, en revanche, les activités productives y sont sévèrement
réglementées et contrôlées (Marés de Souza - 1993, pp. 27-28).

Tableau 12 - Les principaux dispositifs environnementaux concernant directement le littoral Nord du Paraná
dans la législation Fédérale et dans celle de l'État du Paraná

DATE TYPE OBJET


31/05/82 Décret fédéral - n°87222 Création de la Station Écologique de
Guaraqueçaba
31/01/85 Décret fédéral - n°90883 Création de la Zone d'Environnement Protégé
(APA) de Guaraqueçaba
05/11/85 Décret fédéral - n°97888 Création des Zones d'Intérêt Écologique (ARIE)
d'Ilha dos Pinheiros et d'Ilha do Pinheirinho
25/06/86 Edital de la Coordination du Tombamento de la "Serra do Mar"
Patrimoine du Paraná
25/04/89 Décret fédéral - n°97688 Création du Parc National de Superagüi
11/05/89 Décret Paraná - n°5040 Réglementation du zonage de la région littorale du
Paraná
Source : SEDU - 1990, pp. 365-514 et MARES de SOUZA F° - 1993, pp. 9-78.

A partir du milieu des années 80, l'application de cette politique


environnementale se traduisit par une série d'interdictions et de limitations d'usage
concernant aussi bien les activités agricoles et forestières que les activités
complémentaires (comme la chasse et la pêche). Cette politique environnementale
présente aussi d'importantes restrictions au développement futur de l'activité
touristique ou industrielle.
En ce qui concerne les activités agricoles et de cueillette, cette politique
environnementale prône la limitation voire l'interdiction totale des pratiques
susceptibles de dégrader les milieux naturels. Les principales limitations d'usage
des ressources naturelles imposées aux activités agricoles sont l'instauration
d'autorisations obligatoires pour le déboisement et le défrichement de toute
végétation arborée, l'interdiction de défrichage le long des cours d'eau et la
restriction du défrichement des versants de montagnes et des bas-fonds. En ce qui
concerne les activités de cueillette, les principales limitations d'usage sont
l'interdiction totale de la chasse (même celle destinée à l'autoconsommation),
l'interdiction de l'exploitation des produits forestiers (sauf le cœur de palmier et
certains produits destinés à l'autoconsommation ou à l'artisanat) et le renforcement
des règlements concernant la cueillette du cœur de palmier. L'ensemble de ces
interdictions et limitations d'usage ainsi que les dispositifs législatifs correspondants
figurent dans l'annexe 3.

Avec la création de la Zone d'Environnement Protégé, les moyens de contrôle


ont été considérablement renforcés. En 1989, les différents organismes chargés de
l'environnement disposaient de 6 agents, d'une vingtaine de policiers forestiers, de
2 véhicules, de 4 bateaux à moteur et de 6 postes de contrôle fixes dans la région
(Enquête de terrain, 1989-1992). L'application de la loi devint ainsi plus efficace :
alors que le manque de moyens permettait jusqu'alors souvent au contrevenant
d'agir impunément (comme c'est encore le cas dans d'autres régions du Brésil), il lui
est désormais difficile d'échapper aux contrôles, et les infractions sont aujourd'hui
sévèrement punies (Rougeulle - 1993, p. 345).

La successions des étapes lors de la mise en place de cette politique de


protection de l'environnement et la multiplication des conceptions de la
problématique environnementale ont entraîné une superposition des
réglementations, qu'elles soient fédérales ou paraéennes. Soulignons par ailleurs le
cumul des compétences institutionnelles dans l'application de la loi, qui relève en
même temps d'un organisme fédéral (l'IBAMA - Institut Brésilien pour
l'Environnement et les Ressources Renouvelables) et de deux organismes
paranéens (l'IAP - Institut pour Environnement du Paraná - et la Police Forestière).

Comme nous l'avons vu, l'application de cette politique de protection de


l'environnement s'est faite par le renforcement de l'appareil de contrôle dans la
région. Ce système de surveillance est essentiellement fondé sur des méthodes
coercitives et répressives, qui vont de la confiscation de la ressource prélevée,
jusqu'à des contraventions et à des peines de prison ou des sévices (Zanoni et
Miguel - 1995, p. 11). Depuis le milieu des années 80, cette situation entretient un
climat permanent de conflit entre les organismes chargés de l'application de la loi,
les populations locales et les propriétaires de néolatifundias. Les incidents qui
éclatent sporadiquement s'expliquent le plus souvent par des abus dans l'application
de cette politique environnementale ou par la méconnaissance de cette politique par
la population locale. Et l'absence de représentation politique et sociale de la
population locale, incapable de faire reconnaître ses droits, contribue à aggraver la
situation.

L'exclusion des populations locales de l'élaboration et de la mise en place de


cette politique et l'absence d'étude préalable (aussi bien de leur situation socio-
économique que de leurs modes d'exploitation du milieu) en sont d'autres facteurs
aggravants40. En outre, il n'existe aucune instance de discussion et de délibération
entre les populations locales et les organismes chargés de l'application de la
politique environnementale. Nous pouvons ainsi affirmer que toutes les décisions
prises par ces organismes concernant l'application de la politique environnementale
l'ont été sans aucune concertation.

La méconnaissance de la réalité des populations locales et de leur mode


d'exploitation du milieu n'est certes pas le fruit du hasard. Cette situation est bien au
contraire le résultat de l'influence des organisations de protection de la nature sur
les législateurs chargés de l'élaboration et sur les organismes chargés de la mise en
place de cette politique. Pour ces organisations41, la politique de protection devait
transformer la région en un "sanctuaire écologique", voué au tourisme écologique et
à la protection de la nature. Une conception des espaces de protection de
l'environnement prédomine d'ailleurs encore aujourd'hui chez la plupart d'entre elles,
comme le montrent certaines études réalisées par la principale ONG
environnementale brésilienne implantée sur le littoral nord du Paraná. La "Société
pour la Protection de la Vie Sauvage et l'Education à l'Environnement" (SPVS) s'est
ainsi distinguée par différentes études et expertises sur la gestion des espaces de
préservation de l'environnement et sur le fonctionnement des organismes publics de
contrôle implantés dans la région. Il s'agit notamment d'études financées en grande
partie par les organismes chargés de la conception et de l'application de la politique
de protection de l'environnement eux-mêmes, comme l'Institut Brésilien pour

40 Les seules études et recherches sur la situation socio-économique et le mode de vie des populations locales
et sur les écosystèmes de la région ont été réalisées postérieurement à la mise en place de cette politique
environnementale. Elles ont été menées par des universitaires, des ONGs de protection de la nature et quelques
organismes publics paranéens. Citons les travaux réalisés par l'IPARDES entre 1988 et 1990, l'ONG SPVS et
ses membres entre 1992 et 1995 ainsi que une série d'études réalisées par des universitaires (ROUGEULLE -
1993 ; MARTIN - 1992 ; NAYZOT - 1993 et ENGEL GERHARDT - 1994).
41 Représentés par deux ONGs brésiliennes : "SOS Mata Atlântica" et SPVS (Société pour la Protection de la
Vie Sauvage et l'Éducation Environnementale).
l'Environnement et les Ressources Renouvelables (IBAMA) et l'Institut
Environnemental du Paraná (IAP) (à ce propos, voir SPVS - 1992 et IAP - 1995).

Certaines études sur la situation socio-économique des populations locales et


sur la faune et la flore ont été réalisées postérieurement à la mise en place de cette
politique environnementale. Elles ont été commandées par des organismes publics
de contrôle et sont le fruit d'ONGs de protection de la nature et de quelques
organismes publics paranéens.

La centralisation de l'organisation des pouvoirs publics brésiliens influe sur


l'élaboration, sur la mise en place de cette politique environnementale, et sur son
application. Le mode de fonctionnement des organismes de contrôle est à ce
propos très révélateur. Les antennes locales disposent encore d'une autonomie si
faible que même les décisions courantes (comme par exemple les autorisations de
défrichement de petites parcelles concédées à des paysans) nécessitaient la
consultation de l'administration régionale. Il en va de même pour la participation des
populations locales et des acteurs institutionnels locaux et régionaux à la conception
de la réglementation environnementale. Toute modification de cette réglementation,
pour l'essentiel d'origine fédérale, implique des démarches politiques longues et
complexes et dans ces conditons, de nombreuses maladresses ont été commises
par les législateurs. L'exemple le plus significatif a été la promulgation du Décret
fédéral n°99547 du 25/09/9042 qui interdisait toute exploitation de la végétation
naturelle le long de la côte brésilienne : le terme "végétation naturelle" dans ce
Décret-fédéral signifiait la végétation arborée primaire et secondaire mais également
la végétation herbacée et arbustive. Du jour au lendemain, les populations locales
vivant de l'agriculture de système de défriche-brûlis et de l'exploitation de certaines
ressources forestières se sont ainsi retrouvées dans une situation de totale illégalité
vis-à-vis des organismes de protection de l'environnement.

3.3. Les actions et interventions entreprises par les pouvoirs publics pour
compenser les restrictions d'usage des ressources naturelles sur le littoral nord
du Paraná

A partir de 1980, parallèlement à la mise en place de la politique de


protection de l'environnement, les pouvoirs publics mirent en œuvre une série
d'actions et de programmes de développement sur le littoral nord de l'État du
Paraná. Ces interventions visaient l'amélioration des conditions de vie des

42 Ce Décret-loi a été d'ailleurs abrogé quelques années plus tard.


populations locales et la réduction des impacts sociaux de la politique
environnementale sur ces populations déjà en situation socio-économique fort
précaire.

Les dispositifs législatifs concernant la création et la gestion des espaces de


protection de l'environnement faisaient explicitement mention de ces questions. Ce
fut le cas notamment de la résolution n°10 du 14/12/88 du Conseil National pour
l'Environnement (CONAMA) sur la gestion des Zones d'Environnement Protégé
(SEDU - 1990, p. 346). À l'évidence, les actions et programmes de développement
auraient dû être en accord avec la politique de protection de l'environnement en
vigueur.

La responsabilité de cette politique de protection de l'environnement


appartient à la fois à l'Etat fédéral et à l'État du Paraná. Cependant, tous les
programmes et actions de développement mis en œuvre dans la région ont été le
fait du seul gouvernement paranéen. Plusieurs raisons expliquent le désintérêt du
gouvernement fédéral et de ses représentants dans l'État du Paraná pour cette
question, et en particulier l'éclatement des compétences et des attributions
institutionnelles entre plusieurs organismes fédéraux distincts et la concentration de
l'administration et du personnel de ces organismes dans la capitale de l'État.

Jusqu'en 1989, au moins trois organismes fédéraux étaient directement


impliqués dans les questions d'environnement et des ressources naturelles
renouvelables43. En 1989, la fusion de ces organismes au sein de l'IBAMA (Institut
Brésilien pour l'Environnement et les Ressources Renouvelables) ne modifia pas
pour autant cette situation. En effet, ce processus de réorganisation ne fut pas suivi
d'une remise en question du fonctionnement et de la hiérarchie interne de ces
organismes fédéraux, et la création de l'IBAMA ne suffit donc pas à remettre en
question les anciennes attributions de compétence et les intérêts spécifiques de
chacun.

Aussitôt la création de ce nouvel organisme achevée, ces caractéristiques se


répétèrent à l'intérieur des différentes structures de l'IBAMA. Les fonctionnaires
originaires de l'ancien IBDF s'emparèrent des postes-clé dans la haute
administration de l'IBAMA et conservèrent le contrôle des structures chargées de la
gestion des ressources forestières. Soulignons que la plupart des fonctionnaires de
l'IBDF s'étaient illustrés dans le passé par le partage des intérêts des grands

43 Ces organismes fédéraux étaient la SUDEPE - Surintendance du Développement de la Pêche ; l'IBDF -


Institut Brésilien du Développement Forestier et la SEMA - Secrétariat Spécial à l'Environnement
groupes économiques liés à l'exploitation des ressources forestières du Paraná
(Bigarella - 1986, pp. 29-44)44.

Les fonctionnaires originaires de la Surintendance de la Pêche (SUDEPE) et


du Secrétariat Spécial à l'Environnement (SEMA) conservèrent le contrôle des
structures chargées de la gestion des espaces de protection de l'environnement et
les postes administratifs dans les antennes locales de l'IBAMA. Beaucoup d'entre
eux se démarquèrent en partageant les conceptions des mouvements écologiques
brésiliens dits "conservationnistes".

Ainsi par exemple sur le littoral nord du Paraná et jusqu'en 1992, le principal
responsable de l'antenne locale de l'IBAMA était un militant actif de l'ONG de
protection de l'environnement "SOS Mata Atlântica". Dans une telle situation, les
fonctionnaires de l'IBAMA prenaient systématiquement position contre la mise en
œuvre d'actions et de programmes de développement ou évitaient simplement
d'intervenir auprès de leur hiérarchie sur la nécessité de telles actions. La faible
implication fédérale dans l'amélioration de la situation socio-économique des
populations vivant dans les espaces de protection de l'environnement sur le littoral
nord du Paraná demeure ainsi la règle générale.

- Les principales actions et programmes de développement mis en place par


les pouvoirs publics depuis les années 80

A la fin des années 70, le gouvernement de l'État du Paraná conçut un vaste


projet de développement pour la région littorale (le PROLITORAL), qui orienta les
actions de développement dans le cadre d'un grand programme de développement
agricole mis en place quelques années plus tard : le PRO-RURAL (Programme
intégré d'appui au petit producteur rural). Le PRO-RURAL était un programme de
développement très ambitieux concernant 62 communes de l'État du Paraná. Il était
en grand partie financé par la Banque Interaméricaine pour le Développement (la
B.I.D.) (SEAG - s/d, pp. 1-2).

La principale action entreprise sur le littoral nord fut le renforcement de


l'association de producteurs PROHORTA. Cette association, fondée en 1979 avec
l'appui de l'organisme de vulgarisation de l'État du Paraná (ACARPA) par environ 85
agriculteurs des alentours de la ville de Morretes, localisée sur le littoral centre
(IPARDES - 1980, pp. 103-104), avait pour objectif l'amélioration de la
commercialisation de produits locaux (notamment de banane et de produits

44 Cet organisme fédéral jouissait d'une si mauvaise réputation auprès des associations écologistes
paranéennes (notamment de l'ADEA) qu'il avait reçu le surnom de l'Institut Brésilien de la Destruction Forestière
(Bigarella - 1986, pp. 31-32).
maraîchers) et la transformation sur place d'une partie de la production. En mettant
en place des mécanismes de commercialisation, cette association devait permettre
de réduire la dépendance des producteurs locaux vis-à-vis des intermédiaires et
commerçants établis dans la région. Les investissements des pouvoirs publics en
infrastructures (SEAG - 1984, p. 74) et en personnel furent considérables : camions,
équipements d'une unité de transformation de produits agricoles, hangars répartis
dans plusieurs localités pour le rassemblement de la production, entrepôts de vente
directe dans la ville de Morretes et sur le marché de gros de Curitiba, mise à
disposition de techniciens par l'organisme de vulgarisation de l'État (ACARPA), etc.

Cependant, les résultats de cette action furent très modestes et l'association


PROHORTA ne parvint pas à mener à terme la plupart des activités et services
qu'elle s'était engagée à assurer : sa gestion financière désastreuse entraîna tout au
long des années 80 une série de crises économiques et administratives.
L'implantation de l'unité de transformation de produits agricoles fut abandonnée. Il
s'ensuivit d'importants retards dans les paiements des associés et des fournisseurs
et l'arrêt de l'entretien des camions, jusqu'à la fermeture définitive en 1990 de
l'entrepôt de vente directe et la réduction du nombre de producteurs et agriculteurs
associés, dont le nombre passa de 180 environ en 1985 à une vingtaine seulement
en 1990 (Enquêtes de terrain, 1989-1992).

Au début des années 90, l'association PROHORTA ne parvenait qu'à grand


peine à assurer la commercialisation de banane. La faible participation des associés
dans la gestion de l'association, l'accroissement trop rapide de l'association et une
gestion financière et administrative trop hasardeuse expliquent cette situation.
L'action du PROHORTA dans la commercialisation de la banane fut néanmoins
positive dans la mesure où elle contribua à augmenter sensiblement les prix payés
les intermédiaires et les commerçants.

Au milieu des années 80, le programme PRO-RURAL fut restructuré et une


série d'actions sectorielles de développement agricole coordonnées par le
Secrétariat d'État à l'Agriculture du Paraná (SEAG) furent implantées dans le cadre
de ce programme. Par l'importance des capitaux engagés, le Programme d'Irrigation
et de Drainage (le PROID) lancé en 1987 fut sans doute le plus important. Il
proposait des subventions à des exploitants agricoles du littoral paranéen en vue de
l'acquisition d'équipements de production et de la mise en place d'infrastructures de
production. Ces subventions atteignaient au maximum 50% du total des capitaux
nécessaires.
Malgré l'importance des subventions accordées par l'État, seuls des
producteurs maraîchers et quelques néolatifundias d'élevage de buffles purent
bénéficier de ce programme sur le littoral nord du Paraná, les premiers pour
l'acquisition d'équipements d'irrigation, de motoculteurs et d'infrastructures de
drainage, les seconds pour l'appui technique de spécialistes pour creuser des
canaux de drainage. Mais faute de pouvoir apporter les capitaux propres
nécessaires, aucun paysan du littoral nord n'y avait encore eu accès en 1992
d'après les informations fournies par l'ACARPA (Enquêtes de terrain, 1989-1992).

Le Programme de Gestion Intégrée des Sols et de l'Eau (PMISA) fut lancé en


1983 dans le cadre du PRO-RURAL et resta en vigueur tout au long de la décennie
80. Il préconisait auprès des agriculteurs et des producteurs agricoles du Paraná la
vulgarisation de mesures et de pratiques agricoles à caractère "conservationniste",
aussi bien au niveau des bassins hydrographiques que des exploitations agricoles.
Sur le littoral nord du Paraná, le PMISA participa à des travaux d'entretien des
pistes en terre et de construction d'infrastructures de drainage. Il permit aussi la
donation de certains intrants (notamment du calcaire) et de quelques motoculteurs à
des groupements et à des associations de paysans.

Tout au long des années 80, le gouvernement paranéen renforça également


la présence de l'organisme de vulgarisation agricole de l'État du Paraná (l'ACARPA),
notamment par l'augmentation du nombre de techniciens et par la multiplication des
antennes locales dans la région : on en compte aujourd'hui trois au total, localisées
à Antonina, Guaraqueçaba et dans la localité de Tagaçaba, pour une dizaine
d'agents administritifs et techniques. L'ACARPA fut également chargée de
l'application d'un certain nombre de programmes et d'actions, dont le Programme
d'Approvisionnement Alimentaire ("Programa de abastecimento alimentar" ) et le
Programme de Transformation Artisanale de la Production Agricole ("Programa de
indústria caseira" ), destinés à inciter la formation de groupements de producteurs
pour l'exploitation en commun du matériel agricole et de transformation, à apporter
un appui technique au développement des activités de transformation et de
commercialisation de la production agricole et à financer la modernisation de
quelques ateliers de fabrication de farine de manioc ou de produits artisanaux.

Les résultats de ces programmes n'ont cependant pas été à la hauteur des
perspectives initiales. Tout d'abord, le nombre de paysans bénéficiaires était
insuffisant en raison des trop faibles crédits alloués pour le littoral nord,
contrairement à d'autres régions du Paraná. D'après les enquêtes réalisées auprès
des exploitants de la région, moins d'un quart d'entre eux ont été concernés par le
PMISA. En outre, la plupart des donations en équipements ont été accordées à des
associations ou à des groupements de producteurs créés à la hâte et peu
structurés.

Le bilan de l'action de l'organisme de vulgarisation de l'État (ACARPA) dans


la région est mitigé. Vraisemblablement, les actions menées ont eu un effet non
négligeable sur l'amélioration des conditions de vie des populations locales,
notamment en ce qui concerne l'assainissement, les conditions d'hygiène, l'habitat
et sur certains aspects de leur vie matérielle, comme l'amélioration de certains
procédés de conservation et de transformation artisanale des produits agricoles ou
l'introduction de nouvelles variétés de plantes. Toutefois, les actions concernant la
vulgarisation d'innovations technologiques et organisationnelles se sont soldées par
des échecs en raison d'erreurs d'appréciation. Depuis le début des années 80, les
orientations politiques du gouvernement paranéen avaient considérablement évolué
et l'appui au développement de la petite paysannerie était devenu une réelle priorité
dans les actions gouvernementales, mais à l'ACARPA, la conception de la
vulgarisation et du développement agricole avait quant elle peu changé.

Comme dans d'autres régions du Paraná, l'ACARPA mit en place un réseau


de vulgarisation agricole vertical fondé sur la diffusion d'innovations technologiques
originaires pour la plupart de la recherche agronomique ou de l'industrie d'intrants
agricoles. Il s'agissait avant tout de répondre aux exigences d'expansion d'une
agriculture mécanisée et fondée sur des intrants chimiques dans les campagnes
brésiliennes. Cette orientation s'avéra particulièrement mal adaptée à la réalité
socio-économique des populations du littoral paranéen, dont le mode d'exploitation
du milieu était fondé sur l'exploitation directe des ressources naturelles et en
particulier sur des activités agricoles pratiquées avec le système de défriche-brûlis.
Par méconnaissance ou par manque de formation, les techniciens de l'ACARPA ne
furent pas capables de répondre aux problèmes rencontrés par la paysannerie dans
la mise en œuvre de ses systèmes de production. L'intervention de l'ACARPA dans
la formation de groupements de producteurs pour l'utilisation en commun du
matériel agricole et d'équipements de transformation de la production agricole ne fut
guère plus convaincante. L'absence de suivi technique et le manque d'expérience,
les constants changements au sein des équipes de terrain condamnèrent ces
actions à l'échec. Les groupements de producteurs se démantelèrent rapidement et
le matériel agricole et les équipements financés par les différents programmes
furent les plus souvent repris par quelques agriculteurs pour être utilisés
individuellement.
Au début des années 80, le gouvernement du Paraná chargea plusieurs
centres de l'Institut de Recherche Agronomique du Paraná (IAPAR) de mettre en
place des programmes de recherche sur la région littorale. Deux unités de
recherches localisées sur la commune de Morretes (au littoral centre) furent
chargées de recherches sur les possibilités d'introduction de nouvelles cultures
comme celle du cacaotier, d'épices et de condiments exotiques comme la cannelle
et le clou de girofle. Une unité appartenant au centre de l'IAPAR de Curitiba fut
également chargée d'analyser le fonctionnement des systèmes de production
existants dans les différentes régions du Paraná, et en particulier la région littorale
nord (Miranda et Miranda - 1995, p. 1).

A partir du milieu des années 80, des changements successifs à la tête du


gouvernement paranéen entraînèrent un progressif demantèlement des
programmes de recherche entrepris par l'IAPAR sur le littoral paranéen et beaucoup
ne purent être menés à terme, comme la plupart des recherches sur des nouvelles
cultures et sur les systèmes de production sur le littoral paranéen45. Suite à des
pressions exercées par l'Association des Eleveurs de Buffles du Paraná (ABUPAR),
un des centres de recherche de Morretes fut transformé quelques années plus tard
en un centre de recherche sur l'élevage de buffles, chargé de réaliser des études
sur la nutrition animale, l'amélioration génétique et l'utilisation des buffles pour la
traction. La plupart des résultats de ces recherches ne furent jamais divulgués, ni
auprès du public, ni auprès des organismes de vulgarisation et de développement.
Confronté à un manque chronique de moyens à la fois humains et financiers, le
centre de recherche sur l'élevage de buffles ne fut jamais en mesure de fonctionner.
En outre, il ne rencontra aucun appui auprès des éleveurs et des paysans de la
région littorale. Malmenés par la politique environnementale, les éleveurs de buffles
n'étaient nullement soucieux d'investir davantage dans l'amélioration génétique de
leur cheptel ou de la qualité de leurs pâturages. La paysannerie locale ignora ces
recherches car elle ne possédait ni les moyens économiques ni les surfaces
suffisantes pour développer ce type d'élevage. En outre, l'introduction de la traction
animale ne fut d'aucune utilité en raison du mode d'exploitation du milieu mis en
œuvre par ces paysans.

Mais le démantèlement des programmes de recherche de l'IAPAR ne fut pas


la seule origine de cette situation. En effet, la définition des thèmes de recherche
était fondée sur une démarche méthodologique contestable en raison de l'absence
de diagnostics préliminaires sur les conditions agro-écologiques et sur une

45 Le programme systèmes de production conduit par une équipe du centre de recherches de l'IAPAR de
Curitiba fut restructuré en 1984. Il a été décidé de concentrer les activités du programme sur la région d'Irati
située sur le plateau de l'État (Wibaux - 1986, pp. 9-17).
caractérisation de la situation agraire dans les régions concernées. Cette absence
de diagnostics influa sur la définition des axes de recherche qui s'avérèrent le plus
souvent dissociés de la réalité agraire.

La plus récente "intervention" des pouvoirs publics sur le littoral nord


paranéen date de 1992. Le gouvernement de l'État, considérant les dispositifs
existants dans la Constitution fédérale brésilienne et de l'État du Paraná, instaura la
"loi des royalties écologiques" (Loi complémentaire n°59 du 01/10/91), qui modifiait
la répartition de l'Impôt sur la Circulation des Marchandises et sur les Services
(ICMS). Cette loi visait à indemniser les communes dont une partie du territoire avait
été déclarée espace de protection de l'environnement et qui par conséquent, étaient
contraintes d'accepter des limitations et des restrictions à leur développement socio-
économique. Les nouveaux critères de répartition de cet impôt bénéficiaient aux
communes possédant des espaces de protection de l'environnement et des sources
de captage d'eau. Environ 1,25% de la totalité de l'ICMS encaissé par l'État du
Paraná46 est ainsi concerné par cette mesure.

Le littoral nord du Paraná, qui comprend une partie de la commune


d'Antonina et la totalité de la commune de Guaraqueçaba, bénéficia largement de la
nouvelle répartition de cet impôt. La commune de Guaraqueçaba tira un énorme
bénéfice de cette loi : il est vrai que la totalité de son territoire est classée espace de
protection de l'environnement. De la 273e place en terme d'importance de l'ICMS
reçu avant l'entrée en vigueur de cette loi, elle est passée à la 57e en 1992, soit un
gain d'environ 600% par rapport l'année 1991 (SEFA - IPARDES et Tribunal de
Contas, 1991). En 1993, d'après le Secrétariat d'État aux Finances du Paraná, sur
un million de francs versés à la commune au titre de la redistribution de l'ICMS,
environ 800.000 provenaient des "royalties écologiques" (tableau 13). La part de
l'ICMS dans la formation du revenu total de la commune de Guaraqueçaba passa
ainsi d'environ 21% en 1991 à plus de 44% en 1994 (source IPARDES - Indicadores
Analíticos, 1995).

En outre, la loi des "royalties écologiques" n'impose aucune directive ni même


orientation pour l'utilisation de ces ressources et accorde ainsi une liberté totale aux
dirigeants municipaux.

46 Pour l'année fiscale 1994, les sommes concernées s'élevaient à environ 100 millions de francs français
(source : Secrétariat d'État aux Finances du Paraná, 1995).
Tableau 13 - Part des différentes rubriques composant l'Impôt sur la Circulation des Marchandises et sur les
Services (ICMS) versé à la commune de Guaraqueçaba en 1993

RUBRIQUES Pourcentage
Part de la commune dans la taxe sur la valeur ajoutée de l'État 2,7%
Part de la production du secteur primaire par rapport à l'ensemble de 3,8%
l'État
Part de la population par rapport à l'ensemble de l'État 2,5%
Part des espaces de protection de l'environnement ou des 77,7%
ressources hydriques par rapport à l'ensemble de l'État ("royalties
écologiques")
Part du nombre d'exploitations agricoles par rapport à l'ensemble de 2,0%
l'État
Part de la surface de la région par rapport à l'ensemble de l'État 8,8%
Part fixe 2,5%
Source: Secrétariat d'État aux Finances du Paraná - 1994.

L'analyse des résultats de la loi des "royalties écologiques" sur le littoral nord
du Paraná révèle plusieurs points critiques. La plupart des actions entreprises par
les communes de la région ne visaient pas le développement du secteur productif
local, et les ressources supplémentaires provenant de la loi des "royalties
écologiques" ont été destinées à l'amélioration des services municipaux (notamment
dans les domaines de la santé, de la collecte des ordures ménagères et de
l'éducation), à certains travaux d'infrastructure (construction de pistes secondaires,
aménagements urbains, etc.) et l'augmentation du personnel municipal.

A titre d'exemple, le nombre de fonctionnaires municipaux de Guaraqueçaba


est passé de 200 environ à la fin des années 80 à plus de 300 en 1992 (Enquêtes
de terrain, 1989 - 1992). L'utilisation de ces fonds publics au profit d'actions de
développement ou d'amélioration des infrastructures de production a été
insignifiante voir même nulle dans certains domaines. Outre la construction de
quelques chemins dans certaines localités agricoles, les actions des équipes
municipales successives se sont limitées au prêt d'un camion à l'Association des
Petits Producteurs du Batuva et à la fourniture de matériaux de construction à des
paysans et à des associations locales. Une réalité représentative d'une stratégie
électorale, qui a d'ailleurs valu aux maires de la région une bonne assise populaire
entretenue par des propos virulents à l'encontre de la politique de protection de
l'environnement et des acteurs institutionnels chargés de son application. Cette
stratégie politique reposait notamment sur la faible prise de conscience politique des
populations locales et sur leur faible implication dans les affaires politiques. En effet,
la représentation politique municipale était structurée essentiellement autour des
notables locaux (petits commerçants locaux, propriétaires et gérants des
conserveries de cœur de palmier notamment). Évidemment, cette situation a
contribué à accentuer une pratique devenue coutume dans la région, à savoir les
rapports de clientélisme entre les dirigeants municipaux et la population. Les
pressions exercées par le maire sur les employés municipaux sont chose courante,
en particulier en période électorale, et l'embauche comme employé municipal
s'avère d'autant plus facile et rapide que le candidat au poste appartient à la famille
ou au groupe politique des dirigeants en place.

- Les actions et programmes de développement mis en place par les pouvoirs


publics n'ont pas atteint pas les résultats escomptés

Les enquêtes de terrain et l'analyse de rapports officiels sur les actions et


programmes de développement menés par les pouvoirs publics à partir des années
80 sur le littoral nord du Paraná nous permettent de formuler quelques remarques.

Tout d'abord, ces programmes et actions de développement ne sont pas


parvenus à améliorer les conditions de vie des populations ni à compenser les
limitations d'usage des ressources naturelles imposées par la politique de protection
de l'environnement.

Vraisemblablement, les actions et programmes de développement mis en


œuvre sur cette région du littoral paranéen ont eu une portée très limitée, étant
donné l'importance des enjeux en question. Des enjeux écologiques mais surtout
économiques et sociaux car la région littorale nord était l'une des plus démunies de
l'État du Paraná. Ainsi par exemple en 1991, la commune de Guaraqueçaba était
classée à l'avant-dernier rang en terme de P.I.B sur les 371 communes de l'État du
Paraná47 (IPARDES - Indicadores Analíticos, 1993). La participation de cette
commune dans la formation de la valeur ajoutée totale de l'État du Paraná ne
cessera de décroître : de 0,0075% en 1979, elle passe à 0,0039% en 1993
(IPARDES, Indicadores Analíticos). Il en va de même pour la situation sanitaire : en
1990, le taux de mortalité infantile y était nettement supérieur à celui de l'ensemble
de l'État (47,94 contre 33,26/1.000) (Engel Gerhardt, 1994, p. 78).

En outre, plusieurs vices de conception méritent d'être soulignés, comme la


très faible participation des populations locales, le considérable pouvoir d'ingérence
et de centralisation des acteurs institutionnels et leur faible connaissance de la
réalité locale. Reprenons l'exemple du programme PROLITORAL réalisé par
l'Institut paranéen de développement économique et social (IPARDES) en 1979. Cet

47 En 1991, le P.I.B. par habitant de Guaraqueçaba était estimé à environ 1.100 francs par habitant (source BD
- IPARDES, 1992).
ambitieux programme, dont les propositions ont orienté la plupart des actions de
développement mises en place sur le littoral paranéen tout au long des années 80,
s'appuyait pour l'essentiel sur des données statistiques et des recensements48 et
très peu seulement sur des analyses de la réalité socio-économique locale.

Cependant, c'est l'absence d'une vision globale du développement qui


caractérise le mieux la politique régionale. Elle se traduit par la multiplication
d'actions indépendantes les unes des autres, mais aux objectifs néanmoins
complémentaires. Ce manque de coopération inter-institutionnelle a entraîné la mise
en place d'une multitude de programmes et d'actions souvent de courte durée et
limités en termes de moyens financiers. Et les problèmes de fonctionnement de ces
institutions, comme les constants changements de l'administration et l'instabilité de
la politique salariale, eurent de lourdes répercussions sur ces organismes (départ
des agents les mieux formés, embauche massive de personnel sous-qualifié).

L'échec des actions et des programmes de développement a encore aggravé


les difficultés rencontrées par les organismes environnementaux auprès des
populations locales. Celles-ci, face à la déroute des actions de développement et
toujours confrontées à d'importantes restrictions et limitations d'usage des
ressources naturelles, n'ont pas été en mesure d'adapter leur mode d'exploitation du
milieu aux nouvelles dispositions de la politique environnementale. On peut dès lors
considérer que cette dernière a été en quelque sorte piégée par l'échec des actions
et des programmes de développement. Un piège qui d'ailleurs s'est répandu
progressivement à l'ensemble des organismes publics concernés par la
problématique environnementale régionale. Ces acteurs institutionnels structurèrent
leur action autour de mécanismes de gestion de type répressif et qui ne laissaient
aucune place à la participation des populations locales, et se retrouvèrent ainsi
enfermés dans un cercle vicieux : durcissement de la répression /sentiment de
révolte des populations locales /impossiblité de dialogue et de concertation. Dans la
pratique, les honorables intentions de départ et les références à l'amélioration des
conditions de vie à et à la sauvegarde de la culture des populations locales furent
progressivement reléguées au second plan.

A cet égard, la comparaison entre les effectifs des différents organismes


publics présents dans la région est exemplaire : en 1992, les antennes locales des
organismes de protection de l'environnement comptaient au total plus de quarante

48 Les recensements et les statistiques concernant les activités agricoles, halieutiques et forestières ont une
validité que nous considérons fort limitée. La grande dispersion spatiale des populations locales, les conditions
de communication souvent difficiles, la diversité des activités de production et l'importance des activités
économiques clandestines dans la région sont autant de variables qui doivent inciter à une extrême prudence.
fonctionnaires, contre moins d'une dizaine pour les agences de développement et
de vulgarisation agricole (Enquêtes de terrain, 1989-1992).

En outre, à partir de la fin des années 80, le gouvernement paranéen se


désengagea progressivement des initiatives en matière de développement, non tant
en raison des échecs subis, mais bien plutôt du manque d'intérêt politique une fois
passée la période d'implantation et de consolidation des espaces de protection de
l'environnement.

Quant à la législation sur les "royalties écologiques", les résultats n'ont pas
été à la hauteur des espoirs suscités au moment de sa mise en place. Libre de
décider de l'emploi de ces nouvelles sources de revenu, les maires concernés ont
été accusés publiquement de ne pas les avoir investies au profit de la population, et
l'effet d'entraînement sur la dynamique économique régionale a été très limité.

- Un contexte régional marqué par d'importantes disparités économiques

Depuis le début des années 30, l'ensemble de la région littorale du Paraná


subit un intense déclin économique qui s'explique en grande partie par les
conséquences des politiques de développement mises en œuvre depuis la fin du
XIXe siècle, tournées vers la colonisation des vastes plateaux de l'intérieur plus
propices aux développement des cultures d'exportation (notamment la culture du
café puis la culture du soja) que les régions côtières.

C'est dans ce contexte que furent décidées la plupart des interventions des
pouvoirs publics sur le littoral paranéen tout au long de cette période, comme la
modernisation des infrastructures portuaires d'Antonina mais surtout de Paranaguá
et l'amélioration des voies de communication entre ces ports et l'intérieur de l'État. Et
c'est cette logique qui a orienté la mise en place de la politique de protection de
l'environnement sur une grande partie de la région littorale du Paraná. D'autres
interventions de portée plus restreinte avaient pour objectif le développement de
certaines activités agricoles, comme les cultures maraîchères et le reboisement avec
des espèces forestières.

Aujourd'hui, l'économie du littoral du paranéen est largement dépendante du


secteur tertiaire (tableau 14).

Les activités portuaires, pour la presque totalité regroupées à Paranaguá,


représentent la principale activité économique de la région. Ce port constitue le point
de passage obligatoire pour l'exportation de la plus grande part de la production
agricole et pour l'importation d'intrants agricoles et de produits pétroliers. En
conséquence, Paranaguá contribue pour plus de 90% au PIB du littoral paranéen
(tableau 15). Mais l'agrandissement et la modernisation de ce port se sont faits au
détriment de celui d'Antonina.

Tableau 14 - Part des différents secteurs économiques dans


la valeur ajoutée (en pourcentage) des communes du littoral du Paraná, en 1989

Valeur Ajoutée Valeur Ajoutée Valeur Ajoutée


Commune secteur primaire secteur secondaire secteur terciaire
(en %) (en %) (en %)

Antonina 12,7 52,7 34,6

Guaraqueçaba 30,6 55,0 14,4

Guaratuba 22,0 25,9 52,1

Matinhos 3,6 17,1 79,3

Morretes 16,4 49,3 34,3

Paranaguá 0,4 16,6 83,0

Source : d'après IPARDES - Indicadores Analíticos; Secretaria de Finanças du Paraná, 1992.

Pendant la période estivale, le tourisme représente lui aussi une importante


activité économique, en particulier pour les communes du littoral sud comme
Guaratuba et Matinhos, et le commerce de produits locaux (artisanat, fruits, etc.) le
long des principales routes trouve alors un large débouché.

Les activités industrielles sont concentrées aux alentours des principaux


centres urbains, et surtout de Paranaguá où elles sont spécialisées dans la
transformation et la fabrication de certains produits qui transitent par le port :
transformation du soja, élaboration d'engrais chimiques, fabrication de rations
animales, etc. Quant à Antonina et Morretes, elles sont le siège d'industries de
moindre importance, spécialisées dans la transformation des produits locaux (bois,
banane, cœur de palmier, concombre).
Tableau 15 - Produit intérieur brut total et par habitant
des communes du littoral du Paraná, en 1991

P.I.B. P.I.B. par habitant


Commune (en millions de dollars US $) (en dollars US $)

Antonina 16,6 970,9

Guaraqueçaba 1,7 220,6

Guaratuba 15,7 872,4

Matinhos 10,0 887,1

Morretes 8,4 639,6

Paranaguá 510,5 4.744,7

Source : IPARDES - Indicadores Analíticos; Secretaria de Finanças du Paraná, 1992.

Malgré l'essor des activités maraîchères depuis les années 80, notamment
aux alentours de la ville de Morretes, les activités agricoles ne représentent qu'une
faible part de la valeur ajoutée régionale. Et la pêche affronte une crise profonde qui
trouve son origine dans la surexploitation des ressources halieutiques (Rougeulle -
1993, pp. 351- 353).

Ainsi, la conjoncture économique du littoral paranéen demeure marquée par


d'importantes disparités régionales et les activités économiques réalisées s'avèrent
insuffisantes pour insuffler un dynamisme capable de faire démarrer l'économie
régionale. En dépit de leur importance en termes financiers, les activités portuaires
ont peu de retombées au niveau local. Elles créent peu d'emplois, et les principales
industries locales se limitent le plus souvent à la transformation de produit déjà
élaborés et importés d'autres régions.
CHAPITRE 3
Une conjoncture agraire complexe
et en pleine mutation
1. Caractérisation socio-économique des exploitations agricoles du littoral
nord du Paraná

Tout au long du chapitre II, nous avons reconstitué l'évolution et la


différenciation des systèmes agraires sur le littoral nord du Paraná depuis la fin du
XIXe siècle jusqu'à nos jours. Nous avons ainsi pu mettre en évidence que le
système agraire régional était essentiellement fondé jusqu'aux années 60-70 sur
l'exploitation directe des ressources naturelles, sur une agriculture de défriche-brûlis
ainsi que sur la transformation artisanale de certains produits agricoles et forestiers.
Depuis une trentaine d'années, cette dynamique agraire a été profondément
bouleversée par toute une série de changements conjoncturels intervenus à l'échelle
régionale.

Comme nous l'avons vu précédemment, ces changements ont été en large


partie le résultat d'une importante intervention des pouvoirs publics sur le littoral
nord du Paraná. C'est d'ailleurs cette nouvelle dynamique agraire qui a permis
l'émergence de deux nouvelles catégories sociales dans la région : les
néolatifundiaires et les agriculteurs patronaux. Ces catégories sociales ont mis en
œuvre des systèmes de production fondés sur de nouveaux systèmes de culture et
d'élevage (notamment l'élevage de buffles en plein air et les cultures maraîchères et
du gingembre). Cette situation a également contraint la paysannerie locale à adapter
ses systèmes de production au nouveau contexte agraire.

La caractérisation socio-économique des exploitations agricoles du littoral


nord du Paraná a été entreprise en faisant appel aux outils méthodologiques
propres à l'analyse systémique que sont la typologie et la modélisation. Dans un
premier temps, nous avons défini une typologie fonctionnelle des principaux
systèmes de production mis en œuvre dans les exploitations agricoles (item 1.1.).
Puis cette typologie nous a permis d'élaborer une modélisation des différents
systèmes de production rencontrés (item 1.2.). C'est en procédant ainsi que nous
avons pu dresser une analyse critique plus fine et pertinente de la situation agraire
actuelle dans la région étudiée.
1.1. Typologie fonctionnelle des principaux systèmes de production

La typologie des systèmes de production a pour but de mettre en évidence


les différences observées entre les différentes trajectoires d'évolution des
exploitations agricoles et de rendre compte de la diversité des critères de gestion
pris en considération par les exploitants agricoles dans la mise en œuvre de leurs
systèmes de production. Pour cela, nous avons procédé à l'identification et à la
caractérisation des principaux types de systèmes de production en vigueur dans les
exploitations agricoles. Nous avons ainsi pris en considération pour chacun des
types de système de production, les moyens de production, les rapports sociaux et
leur comportement face aux évolutions technologiques. Cette typologie nous a
permis de mettre en évidence les mécanismes qui incitent les exploitants agricoles à
mettre en œuvre des systèmes de production différents (Dufumier - s/d, pp. 4 et 9).

Pour pouvoir caractériser ces systèmes de production, nous nous sommes


intéressés à l'analyse approfondie de leurs différents composants et éléments. Par
ailleurs, nous avons analysé les relations de réciprocité qu'ils entretiennent entre eux
d'une part et avec l'environnement extérieur d'autre part. Nous avons restitué le
nouveau mode d'exploitation du milieu issu des transformations subies par le
système agraire régional pour chaque système de production identifié. Tout d'abord,
cette restitution a été réalisée en prenant en compte l'origine des systèmes de
production tout en mettant en évidence les conditions qui ont permis leur mise en
place et leur développement : conditions initiales, enchaînement des
investissements, changements techniques, évolution de la productivité du travail et
mécanismes d'accumulation du capital. Ensuite, nous avons procédé au
recensement des disponibilités en force de travail et en moyens de production, en
précisant les caractéristiques, les modalités d'acquisition, les périodes de
disponibilité, et les utilisations effectives. Enfin, nous avons décrit et analysé les
principaux systèmes de culture et d'élevage ainsi que les principales activités non
agricoles, et souligné leurs performances. Ceci nous a permis de repérer la
cohérence interne et les principaux points de blocage des différents systèmes de
production étudiés (Dufumier - 1990, p. 48).

L'observation du mode d'exploitation du milieu adopté actuellement par les


exploitants agricoles sur le littoral nord du Paraná a été réalisée dans un premier
moment à partir d'enquêtes exploratoires suivies d'une série d'enquêtes
approfondies. Soulignons également que nous avons regroupé de manière
systématique les systèmes de culture et d'élevage dont les caractéristiques et les
limites de validité sont similaires. Nous avons représenté schématiquement le mode
d'exploitation du milieu actuel sur littoral nord du Paraná dans la figure 22.

Cette démarche nous a permis de faire un certain nombre de constats.

Tout au long de la recherche de terrain, nous avons pu constater une grande


diversité de systèmes de culture dans l'ensemble de la région d'étude. En effet,
nous avons observé un large éventail de systèmes de culture allant de l'utilisation
exclusive du système de défriche-brûlis (avec des recrûs de plus d'une dizaine
d'années) jusqu'à la préparation du sol et à l'utilisation d'intrants. Nous pouvons
considérer que cette situation est due en grande partie à l'extrême diversité
agroécologique qui caractérise les différentes unités de milieu naturel.
L'identification des principaux systèmes de culture a été réalisée en prenant en
compte à la fois leur caractère reproductible et leur représentativité. Ensuite, nous
avons caractérisé ces systèmes de culture en fonction d'un certain nombre de
critères qualitatifs et quantitatifs : la nature des cultures et leur ordre de succession,
les itinéraires techniques, les résultats obtenus et leur régularité, l'utilisation des
facteurs de production, leur occurrence dans les différentes unités de milieu naturel,
l'état du milieu ainsi que les contraintes externes (voir également les annexes 4, 5 et
6).

En ce qui concerne les systèmes d'élevage, nous avons pris en compte un


certain nombre de critères comme la conduite de l'élevage, les itinéraires
techniques, les performances obtenues, l'utilisation des principaux facteurs de
production ainsi que les contraintes externes. Nous avons également tenté de
mettre en évidence la logique sur laquelle était fondé chacun de ces systèmes
d'élevage. Ceci nous a permis de constater le faible dynamisme des systèmes
d'élevage mis en œuvre sur le littoral nord du Paraná. En effet, aucune amélioration
majeure des systèmes d'élevage déjà existants dans l'ensemble de la
région n'a pu être observée. De même, nous n'avons répertorié le développement
d'aucun nouveau système d'élevage depuis les années 70 (Enquêtes de terrain,
1989 - 1992) et nous avons pu constater que l'importance des activités d'élevage ne
cesse de diminuer depuis quelques années dans l'ensemble de la région. Les
activités d'élevage bovin mais surtout porcin ont été ébranlées par l'amélioration
progressive des voies de communication et des réseaux de commercialisation. En
effet, si cette amélioration a permis aux paysans de réduire sensiblement leurs
pertes en bananes à certaines époques de l'année (en hiver notamment), ils
disposent désormais cependant d'une moindre quantité d'aliments pour le bétail. En
outre, la viande produite localement subit de plus en plus la concurrence des
produits d'origine animale importés d'autres régions (notamment la viande de volaille
congelée et les charcuteries) et vendus à bas prix par les commerçants locaux. En
ce qui concerne l'élevage de buffles, il a été touché de plein fouet par la mise en
place de la politique environnementale depuis le milieu des années 80. Cette
politique environnementale a mis fin à leur expansion en compromettant leur viabilité
économique dans la région.

La caractérisation des activités non agricoles a été réalisée à partir de relevés


et d'enquêtes de terrain réalisées aussi bien auprès de la paysannerie que d'autres
acteurs sociaux locaux (agriculteurs "patronaux", néolatifundiaires, intermédiaires et
responsables des conserveries de cœur de palmier, commerçants, etc.). Les
principales activités non agricoles répertoriées concernent la transformation des
produits agricoles et forestiers (notamment la transformation du manioc et de la
banane, la cueillette et la transformation du cœur de palmier et les activités
artisanales comme la construction de pirogues, de paniers, de balais), ainsi que le
salariat (sous forme de travail journalier, de salariat permanent ou de travail à la
tâche). Nous considérons que le large éventail d'activités non agricoles est
étroitement lié à la forte instabilité qui caractérise le système agraire régional. Un
système agraire marqué notamment, comme nous l'avons vu précédemment, par
une problématique environnementale instable et par d'importantes difficultés de
transport et de commercialisation de la production agricole. Ce contexte agraire rend
l'accès à ces activités non agricoles très incertaines et aléatoires. Par ailleurs, la
rémunération dégagée par ces activités est sujette à de sensibles fluctuations.

Les effectifs de chaque type de système de production ont été estimés à


partir d'une extrapolation. Tout d'abord, nous avons déterminé la distribution des
différents types de systèmes de production dans chacune des sous-régions qui
caractérisent la région d'étude. Pour cela, nous avons fait des relevés de terrain
dans 5 localités distinctes et représentatives des différentes sous-régions. C'est à
partir de ces relevés ainsi que des résultats des recensements IBGE (Institut
Brésilien de Géographie et de Statistiques) de 1985 et 1991 et de la Mairie de
Guaraqueçaba de 1992 (Botelho - 1993), que nous avons pu estimer la
représentation des différents types des systèmes de production sur l'ensemble du
littoral nord du Paraná.

Nous avons ainsi pu distinguer 11 types distincts de systèmes de production


rassemblés en 5 catégories sociales : néolatifundiaires, agriculteurs patronaux,
manouvriers, paysans minifundistes, paysans "moyens". Les principales
caractéristiques socio-économiques des différents systèmes de production
rencontrés sur le littoral nord du Paraná sont représentées dans l'annexe 7.

- Les systèmes de production des néolatifundiaires

Ces exploitations appartiennent à des groupes économiques (commerciaux


ou industriels) ou à des individus (notamment des professions libérales) extérieurs à
la région qui sont venus s'installer dans les années 60/70 pour tirer profit du
programme de développement des activités agroforestières mis en place par le
gouvernement fédéral. Les néolatifundias représentent aujourd'hui environ 14% du
nombre d'exploitations mais couvrent plus de 80% de la surface de la région
(Enquêtes de terrain, 1989-1992 et IBGE, 1985).

La superficie de ces néolatifundias varie énormément et certaines d'entre


elles atteignent plusieurs milliers d'hectares. Dans la mesure où elles sont
caractérisées par l'absentéisme du propriétaire, et c'est le cas dans la plupart de
ces exploitations, la gestion en est assurée par un employé résidant sur place. Ainsi,
les systèmes de production mis en oeuvre exigent rarement la présence du
propriétaire : il s'agit de systèmes peu complexes, fondés sur un seul, parfois deux
systèmes de culture ou d'élevage distincts. Soulignons par ailleurs l'absence
d'activité agricole d'autoconsommation.

Ces exploitations utilisent une main d'œuvre permanente, mais l'essentiel de


la force de travail reste néanmoins journalière ou même à la tâche. Les quelques
postes permanents sont ceux de gérant, de vacher et de gardien, qui reviennent le
plus souvent à des travailleurs originaires d'autres régions du Paraná. Ceci
s'explique par le fait que ces régions soumises à un fort processus d'émigration
servent de réservoirs de main d'œuvre bon marché, tandis que la paysannerie locale
ne trouve aucun avantage dans cette situation car elle arrive souvent à dégager,
avec d'autres activités, une rémunération plus élevée.

Par contre, le travail journalier ou à la tâche est surtout le fait de la petite


paysannerie locale, et cela malgré le faible niveau de rémunération. Cette petite
paysannerie y trouve en effet un moyen de compenser la baisse d'activité
temporaire dans son exploitation, alors que les opportunités de travail non agricole
sont rares.

On distingue deux types de travail à la tâche, selon que les travaux sont
réalisés en équipe ou individuellement. Le premier concerne les travaux agricoles
qui exigent une importante mobilisation de main d'œuvre, comme c'est le cas pour le
nettoyage des pâturages. Il est organisé par des paysans locaux qui constituent des
équipes de journaliers, et se fonde le plus souvent sur des rapports de clientélisme
avec le gérant ou le propriétaire des néolatifundias. Quant au travail à la tâche
individuel, il est la norme pour la réalisation de travaux plus spécialisés et moins
demandeurs de main d'œuvre, comme la réparation de clôtures.

Tableau 16 - Rémunération moyenne des différentes formes de travail salarié


sur le littoral nord du Paraná

ACTIVITÉ Journalier A la tâche Travail permanent


(vacher)
Rémunération en francs/actif/an 3.500 6.000 5.000
(A)
(A) En considérant que les occasions se présentent tout au long de l'année.
Source : Enquêtes de terrain 1991-92.

Outre la possibilité de disposer d'une main d'œuvre à bon marché, le recours


au travail journalier et à la tâche présente un avantage non négligeable pour les
employeurs, dans la mesure où il n'est pas déclaré et n'est ainsi tributaire d'aucune
charge sociale.

Les systèmes de production mis en œuvre dans les néolatifundias ont été
classés en 2 types distincts, IVA et IVD.

Le système de production IVA est pratiqué dans environ 6% des exploitations


de la région. Celles-ci ont une surface totale inférieure à 3.000 hectares et leur
système de production est fondé sur l'élevage de buffles en plein air et, dans une
moindre mesure, sur l'exploitation de boisements naturels de palmier
éventuellement existants sur leurs exploitations. Plusieurs raisons permettent
d'expliquer l'introduction de ce système de production sur le littoral nord du Paraná
dans les années 70. Tout d'abord, ce système requérait alors des investissements
de départ relativement faibles. Les frais d'implantation des pâturages étaient
largement couverts par l'exploitation des ressources en bois (charbon de bois, bois
de chauffe, etc.), le cheptel initial se limitait souvent à un petit nombre de
reproducteurs et le développement de l'exploitation suivait l'accroissement naturel
du cheptel de reproducteurs. L'élevage de buffles en plein air se caractérise
également par le bas niveau des consommations intermédiaires (inférieures de
moitié environ aux consommations intermédiaires dans le cas de bovins et de
zébus), les buffles étant des animaux rustiques et mieux adaptés au climat humide
et aux températures élevées. Enfin, ces exploitations sont le plus souvent situées
dans la sous-région des plaines littorales et des bas-fonds et dans celle des vallées
alluviales larges et se caractérisent donc par de vastes étendues de terres avec un
mauvais drainage naturel. L'élevage de buffles en plein air permet de mettre en
valeur ces terres tout en évitant de gros investissements en infrastructures de
drainage et en équipements.

Le capital fixe est composé d'un outillage manuel, de quelques bâtiments et


d'installations pour le bétail (clôtures renforcées, parc et couloir de rétention, etc.).
Dans ces systèmes d'élevage, les animaux restent en plein air toute l'année et leur
alimentation est basée essentiellement sur la production fourragère des pâturages
permanents. Les pâturages étant le plus souvent situés sur les plaines littorales et
les fonds de vallée, leur entretien se limite au nettoyage manuel des refus et des
herbacées indésirables. À l'exception des produits de prophylaxie sanitaire et d'un
supplément minéral, aucun intrant d'origine extérieure n'est employé dans ces
systèmes. Par ailleurs, aucune récupération des déjections n'est réalisée.

Ce système de production se caractérise par deux systèmes distincts


d'élevage de buffles en plein air.

Le système d'élevage de buffles naisseurs est utilisé dans les néolatifundias


d'une surface totale inférieure à 600 hectares. Il peut être géré par un simple vacher
car les besoins en main d'œuvre fixe sont peu importants. Le système d'élevage de
buffles naisseurs se caractérise par la nécessité de faibles investissements de
départ ainsi que par un rapide retour économique. En effet, le rassemblement des
animaux au sein d'un unique troupeau facilite la conduite de l'élevage et requiert de
moindres investissements en clôtures. Ce système permet de dégager un surplus
commercialisable dès la première année de production, car les broutards sont
vendus à l'âge d'environ 8 mois à des éleveurs établis dans d'autres régions de
l'État. C'est d'ailleurs pour ces raisons que ce système a été mis en place par un
grand nombre de néolatifundias lors de leur implantation dans la région.
Le système d'élevage de buffles naisseurs-engraisseurs est mis en œuvre
dans les néolatifundias dont la surface totale de l'exploitation peut atteindre 3.000
hectares. Ce système d'élevage requiert la présence d'une main d'œuvre fixe
composée d'un gérant et des quelques vachers. Le bétail est regroupé en plusieurs
troupeaux selon la catégorie des animaux. Les bœufs et les animaux de réforme
sont vendus directement à des abattoirs industriels ou abattus sur place pour être
vendus à des commerçants des environs.

Tableau 17 - Le mode d'exploitation du milieu mis en place par néolatifundias VA

Surface agricole utile


Mode d'exploitation du milieu (hectares)

- Élevage buffles Naisseur/ Engraisseur en plein air (N/E) 70 à 700

Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

Outre une main d'œuvre salariée fixe (vacher et éventuellement gérant), il est
fait appel à de la main d'œuvre journalière ou embauchée à la tâche pour la plupart
des travaux (notamment le nettoyage des pâturages et l'entretien des clôtures). En
effet, ces travaux ne sont pas réalisés à période fixe et peuvent attendre les
époques de l'année où la main d'œuvre journalière est plus disponible et donc moins
coûteuse.

Quel que soit le système d'élevage mis en œuvre, le système de production


VA se caractérise par une mobilisation de main d'œuvre relativement peu
nombreuse (1 actif pour environ 30 hectares de pâturage) et dégage une très faible
productivité de la terre (entre 160 et 260 francs par hectare). D'après les enquêtes
de terrain, nous avons pu estimer que les néolatifundias qui utilisent ce système de
production emploient entre 2 et 20 actifs par exploitation avec une productivité du
travail variant entre 3.500 et 7.300 francs par actif.

Outre ces faibles performances techniques et économiques, les


néolatifundias VA sont aujourd'hui fortement compromis par la mise en place de la
politique environnementale dans la région. Parmi les nombreuses mesures
instaurées, citons l'interdiction d'agrandir les pâturages et, par conséquent,
l'impossible développement des élevages de buffles. La majorité des néolatifundias
possèdent des installations et des infrastructures de production surdimensionnées
par rapport à leur taille réelle. Ce constat a été confirmé par les enquêtes de terrain :
plus de 80% des néolatifundias du type VA consacrent moins de la moitié de la
surface totale de leurs exploitations en pâturages ou prairies. En outre, seul un quart
des néolatifundias exploitent sporadiquement les boisements naturels de palmier
Euterpe edulis existants sur leurs exploitations.

Ces exploitations sont aujourd'hui en déclin et même le plus souvent dans


état de délabrement. L'entretien des équipements et des infrastructures de
production n'est plus assuré dans de nombreux cas et les pâturages sont laissés à
l'abandon. Nous avons d'ailleurs pu constater lors des enquêtes de terrain qu'aucun
investissement récent n'avait été réalisé dans ces exploitations et que la plupart de
ces néolatifundias étaient constamment mis en vente. Ainsi en 1992, dans les
localités de Tagaçaba et de Putinga, plus de 50% des néolatifundias d'élevage de
buffles enquêté étaient à vendre ou avaient changé récemment de propriétaire
(Enquêtes de terrain, 1992). L'analyse de la modélisation des résultats économiques
dégagés par ce système de production nous a permis de comprendre le
comportement des propriétaires de ces néolatifundias (voir à ce propos l'item 1.2.).

Le système de production V.B. est présent dans 7% des exploitations. Avec


une surface totale supérieure à 400 hectares, ces exploitations couvrent l'essentiel
de la superficie de la région49. Ce système de production est fondé exclusivement
sur l'exploitation du cœur de palmier Euterpe edulis. Plusieurs raisons nous
permettent d'expliquer le choix en faveur de ce système de production. Euterpe
edulis est une espèce endémique de la forêt ombrophile dense mais pousse
également sous le couvert d'une végétation arborée secondaire. Le plus souvent,
les ressources en palmier présentes dans ces néolatifundias ont pour origine des
peuplements naturels, mais l'on y trouve également des reboisements réalisés dans
le cadre du programme de développement de l'agroforesterie des années 60/70.
Enfin, ces exploitations sont localisées dans la sous-région des plaines littorales et
des bas-fonds et dans la sous-région montagneuse, et sont pour la plupart
couvertes par une végétation arborée composée de forêts primaires et secondaires.
Le capital fixe y est le moins élevé parmi les néolatifundias et se restreint à un
outillage manuel et à quelques maisons pour les employés.

49 D'ailleurs, nous avons pu rencontrer deux néolatifundias dont les surfaces totales dépassaient largement une
dizaine de milliers d'hectares : "Agroflorestal INVESTI" (appartenant à la conserverie industrielle de cœur de
palmier GUAM) et "SECOMIL" (appartenant à l'industrie de transformation du bois "Madezzatti").
Tableau 18 - Le mode d'exploitation du milieu mis en œuvre
par néolatifundias VB

Surface agricole utile


Mode d'exploitation du milieu (hectares)

- Exploitation du cœur de palmier (sous couvert arboré) 400 à 1700

Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

Ces exploitations utilisent exclusivement de salariés fixes (gardiens et parfois


un gérant) et demandent très peu de main d'œuvre. Ce système de production se
caractérise par une productivité du travail très importante et par une très faible
productivité de la terre. Nous avons pu estimer qu'un actif peut à lui seul s'occuper
de 400 à 600 hectares de surfaces forestières et que la productivité de la terre est
de l'ordre de 20 à 30 francs par hectare. Les besoins en main d'œuvre de ces
néolatifundias varient de 1 à 3 salariés fixes qui dégagent une productivité du travail
comprise entre 11.000 et 19.000 francs par actif.

Plusieurs phénomènes expliquent cette situation. En premier lieu,


l'exploitation du cœur de palmier n'implique aucune pointe de travail particulière
dans la mesure où les travaux se limitent à la surveillance périodique contre la
cueillette clandestine des cœurs de palmier. Les consommations intermédiaires sont
pratiquement nulles, le palmier ne demandant aucun intrant et la cueillette pouvant
être réalisée à n'importe quel moment de l'année. En outre, l'épuisement des
ressources en palmier dans la région sud du Brésil a transformé le cœur de palmier
en une matière première rare, et par conséquent fortement valorisée par les
conserveries industrielles. En 1992, le prix de commercialisation du cœur de palmier
in natura atteignait environ 5 francs par kilogramme dans la région (Enquête de
terrain, 1992).

Quant aux fortes variations de rendements (de 4,5 à 9 kg par hectare et par
an), elles sont en large partie déterminées par la pression exercée sur les
peuplements de palmier. La surexploitation de cette ressource induite par la
cueillette généralisée de palmiers juvéniles et de matrices en réduit
considérablement la régénération. Les peuplements de palmiers soumis à une
surexploitation présentent par conséquent les rendements les plus faibles. D'une
manière générale, les néolatifundias dont la tenure foncière est précaire et non
reconnue juridiquement, réalisent la cueillette à blanc des palmiers âgés de plus de
4 ou 5 ans. La surexploitation de la ressource vise à dégager des bénéfices au plus
court terme possible. Par contre, les néolatifundias disposant d'une situation
foncière reconnue juridiquement ne réalisent la cueillette que lorsque les palmiers
atteignent plus de 8 ans d'âge. Outre une abondante régénération des palmeraies,
ils parviennent à dégager à long terme des rendements presque deux fois plus
importants.

Signalons également que contrairement au précédent, le système de


production VA n'a pas été directement concerné par les mesures instaurées dans le
cadre de la politique environnementale qui n'y remet pas en question l'exploitation
du palmier (voir annexe 7).

- Le système de production des agriculteurs patronaux

Les agriculteurs patronaux sont à l'origine des producteurs maraîchers


originaires de la ceinture maraîchère de la ville de Curitiba. Leur implantation sur le
littoral nord du Paraná est récente puisqu'elle remonte au milieu des années 80.
Comme nous avons pu le voir précédemment, leur présence dans la région
s'explique notamment par un manque de nouvelles surfaces agricoles dans les
ceintures maraîchères plus anciennes ainsi que par la mise en place d'un
programme gouvernemental d'incitation au développement des activités de
maraîchage sur le littoral du Paraná. En effet, la mise en place de ce système de
production implique de très lourds investissements : à lui seul, le capital fixe des
exploitants patronaux varie entre 300.000 et 500.000 francs par exploitation. Ce
capital est constitué d'un ou plusieurs motoculteurs, d'un tracteur, d'équipements
d'irrigation, d'un hangar, d'installations de palissage et d'un camion.

Ces agriculteurs représentent aujourd'hui à peine 1% des exploitants de la


région et disposent d'une surface agricole totale comprise entre 8 et 20 hectares.
Leur faible représentation dans la région tient à plusieurs phénomènes. Tout
d'abord, la mise en œuvre de ce système de production ne peut se faire que dans
les localités desservies par des routes goudronnées, puisque son développement
dépend directement des conditions de commercialisation et de transport de la
production. En effet, la presque totalité de la production est commercialisée sur le
marché de gros de l'État du Paraná ou par des intermédiaires installés dans la
région. Par conséquent, le transport de la production doit être possible à n'importe
quelle période de l'année et sans aucune détérioration. Aujourd'hui encore, seule la
localité de Cachoeira est desservie par une route goudronnée.
Les agriculteurs patronaux comptent parmi les rares exploitants de la région à
avoir accès au crédit bancaire car ils disposent des garanties exigées par les
banques, notamment en terme de biens matériels et fonciers. En effet, la plupart
d'entre eux étaient déjà producteurs maraîchers dans la ceinture maraîchère de
Curitiba, une activité qui leur a permis d'accumuler les fonds propres nécessaires.
Soulignons que ces disponibilités financières et patrimoniales ont servi de
contrepartie à l'obtention de subventions gouvernementales dans le cadre des
programmes de développement développés dans la région.

Ce système de production se caractérise par des systèmes de culture fondés


sur les cultures maraîchères, la culture du gingembre et celle du chayotte/fruit de la
passion. Ces systèmes de culture nécessitent une intense préparation du sol (avec
motoculteur et charrue), une importante utilisation d'intrants d'origine externe et
s'appuient sur un mode de reproduction de la fertilité fondé exclusivement sur
l'utilisation d'engrais chimiques et organiques (notamment la fumure de volaille). Les
parcelles cultivées sont concentrées sur les terrasses alluviales. Malgré un bon
drainage naturel, elles doivent être préalablement aménagées par l'installation d'un
réseau de drainage et la construction de pistes secondaires.

Tableau 19 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les agriculteurs patronaux sur les terrasses
alluviales

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial
(ha/ actif)
- Jardin de case < 0,5

- Cultures maraîchères (travail du sol / intrants externes), en succession < 1,7


culture du taro ou du maïs ou du manioc ou friche 4 mois
- Culture du gingembre (travail du sol / intrants externes), en succession < 2,0
cultures maraîchères ou culture du taro
- Culture du chayotte ou du fruit de la passion (travail du sol / intrants < 0,7
externes)
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

Le système de culture de maraîchage avec en succession la culture du


manioc ou de cultures annuelles se caractérise par l'emploi d'intrants externes
(engrais chimiques, organiques et produits phytosanitaires) pour les seules cultures
maraîchères. Celles-ci se concentrent notamment en contre-saison c'est-à-dire
d'avril à octobre. C'est d'ailleurs pour cette raison que la principale pointe de travail a
lieu à cette époque de l'année : en raison du cycle très court des cultures
maraîchères, la récolte s'étale tout au long de cette période. En outre, les conditions
climatiques et en particulier l'intense évapotranspiration pendant la période estivale,
limitent considérablement les activités maraîchères et c'est hors-saison que les
cours des produits maraîchers sont les plus élevés sur le marché de gros car les
autres régions maraîchères, localisées sur la région de plateau, subissent de fortes
gelées en période hivernale. Par contre, les cultures en succession se concentrent
notamment pendant la période estivale. Entre autres avantages, soulignons que les
cultures en succession assurent une protection contre les importantes pluies
estivales et permettent de réduire les problèmes phytosanitaires qui touchent les
cultures maraîchères. En outre, ce système de culture permet aux cultures en
succession de récupérer les apports fertilisants résiduels des cultures maraîchères.

Le système de culture du gingembre suivie en succession par la culture du


taro ou des cultures maraîchères a été mis en œuvre il y a quelques années suite au
développement de la culture du gingembre dans la région. Le gingembre doit être
cultivé en rotation avec les cultures maraîchères, ou avec le taro, pour des raisons
phytosanitaires et notamment pour contrôler la dissémination d'insectes et de
pourritures. Ce système de culture se caractérise par de très importants
investissements de campagne, et cela pour une période très longue. Les cultures du
gingembre et du taro ont un cycle de 6 à 10 mois et la saison maraîchère s'étale sur
environ 7 à 10 mois. La principale pointe de travail dans ce système de culture se
produit entre juin et août, période à la fois de la récolte du gingembre et des cultures
maraîchères.

En ce qui concerne le système de culture du chayotte et du fruit de la


passion, il se caractérise par des consommations intermédiaires et des
investissements en équipements qui comptent parmi les plus élevés dans
l'ensemble des systèmes de culture mis en œuvre sur le littoral nord du Paraná.
Outre les équipements destinés au travail du sol et au transport de la production
(motoculteur, tracteur avec remorque), ce système de culture nécessite des
installations de palissage très coûteuses, que nous avons estimées à environ 30.000
francs par hectare. Ce système de culture se caractérise également par la
souplesse du calendrier agricole et par l'absence d'une véritable période de pointe
de travail : les herbes adventices sont contrôlées périodiquement par un travail
superficiel du sol à l'aide du motoculteur et par l'emploi d'herbicides, et la
préparation des parcelles et le repiquage des jeunes plants sont possibles pendant
une longue période. La récolte s'étale sur presque toute l'année.

Comme pour les cultures maraîchères, les cours du chayotte sur le marché
de gros atteignent leurs plus hauts niveaux en contre-saison. C'est d'ailleurs pour
cette raison, et pour augmenter les rendements du chayotte, que la fertilisation
chimique a lieu à cette période de l'année. La culture du fruit de la passion n'est
possible que sur le littoral en raison du climat plus clément et sans gelées.
Contrairement au chayotte, les cours sur le marché de gros du fruit de la passion
sont plus élevés pendant la période estivale en raison d'une importante
augmentation de la demande à cette période de l'année (notamment pour la
réalisation de boissons rafraîchissantes). De même que pour la culture du chayotte,
la fertilisation chimique est concentrée sur cette période de l'année. Ces deux
cultures sont cultivées en rotation pour des raisons essentiellement phytosanitaires,
notamment pour éviter les maladies virales et fongiques. Cette rotation intervient
après 2 à 3 ans de culture. Aussitôt après l'arrachage des anciens plants et un
intense travail du sol, la parcelle est replantée avec des jeunes plants.

La diversification des activités agricoles revêt un véritable intérêt pour ces


agriculteurs. En effet, le développement de l'ensemble de ces activités agricoles
permet l'utilisation d'équipements et d'installations durant pratiquement toute
l'année, les besoins en main d'œuvre sont repartis sur une période plus longue et
les risques liés aux variations de prix et aux aléas climatiques se trouvent
sensiblement diminués. Par ailleurs, certains agriculteurs possèdent des parcelles
avec des cultures maraîchères en association avec des paysans minifundistes. Ces
contrats de métayage permettent aux agriculteurs patronaux de maximiser
l'utilisation de l'équipement (aussi bien agricole que de transport de la production),
tout en réduisant leurs besoins en main d'œuvre journalière, notamment lors de la
période de récolte.

Malgré une importante disponibilité en capitaux propres et l'accès au crédit


bancaire, seule une partie des agriculteurs patronaux parviennent à développer à la
fois les cultures maraîchères, du chayotte, du fruit de la passion et du gingembre.
Outre des besoins accrus en équipements et en installations, le développement de
l'ensemble de ces activités nécessite une augmentation considérable des
investissements de campagne et cela au cours d'une très longue période. Par
rapport aux cultures maraîchères, les investissements de campagne indispensables
pour les cultures du chayotte, du fruit de la passion et du gingembre sont environ 2
fois plus élevés et peuvent s'étaler sur une période de plus de 8 mois.

Ce système de production se caractérise également par la très faible


importance des activités agricoles à vocation vivrière. Celles-ci se limitent à un jardin
de case, à la culture du maïs et à une basse cour. La basse cour ne compte que
quelques volailles et parfois quelques porcs à engrais. L'élevage de ces porcins
permet de valoriser la production de maïs et les résidus et les pertes de produits
maraîchers. Les installations se réduisent à des petites porcheries en bois, les
animaux restant parqués pendant toute la période d'engraissement. Les porcelets
sont achetés à des éleveurs des environs pour être engraissés pendant une période
dépassant souvent une année. Les animaux sont abattus localement et la viande est
destinée à l'autoconsommation.

Les agriculteurs patronaux destinent la presque totalité de leur production


agricole au marché qui est commercialisée par des intermédiaires implantés sur le
marché de gros de l'État. Seule la production de gingembre de meilleure qualité est
commercialisée par des intermédiaires spécialisés dans l'exportation. Par
conséquent, contrairement aux cultures maraîchères et à la culture du taro qui sont
confrontées à d'importantes variations de cours sur le marché régional, le prix du
gingembre est relativement stable et les débouchés sont garantis dans la mesure où
les prix de commercialisation sont fixés par le marché international. Les
intermédiaires se chargent de la préparation, du conditionnement et de l'expédition
du produit. Ces exportateurs jouent également un rôle significatif dans le
financement de cette culture. Dans de nombreux cas, ils financent des agriculteurs à
court d'argent ou qui ne peuvent pas accéder au crédit bancaire, se garantissant
ainsi l'exclusivité de la commercialisation de leur production de gingembre destinée
à l'exportation.

En raison des difficultés de transport de la production vers le marché de gros,


la plupart des agriculteurs patronaux disposent d'un camion qui leur permet
également de se ravitailler à moindre prix auprès des détaillants d'intrants agricoles
établis aux alentours de Curitiba. Ces contacts leur donnent la possibilité de suivre
les cours sur le marché de gros et leurs tendances. Souvent, et en particulier
pendant la période estivale lorsque la production est sensiblement moindre, ils
regroupent leur production et en assurent le transport à tout de rôle.

D'après les enquêtes réalisées, le système de production mis en œuvre par


les agriculteurs patronaux permet à chaque actif familial de s'occuper de 2,5 à 4
hectares, tout en demeurent très dépendants de la main d'œuvre externe. Nous
avons pu estimer les besoins en main d'œuvre externe de ces agriculteurs entre 4 et
15 actifs, soit 40 à 90% de la force de travail utilisée dans leurs exploitations. La
plupart des besoins en main d'œuvre sont couverts par l'emploi de journaliers, pour
la plupart des paysans manouvriers et minifundistes des environs. En raison de sa
faible rémunération, la petite paysannerie se consacre à cette activité lorsque les
travaux agricoles dans ses exploitations sont moins importants et que les
opportunités de travail dans d'autres activités non agricoles sont rares. Comme pour
les néolatifundias, le recours au travail journalier présente un intérêt important pour
les employeurs : il n'est pas déclaré et n'est donc tributaire d'aucune charge sociale.
Les exploitants qui se consacrent davantage à la culture du gingembre et du
chayotte/fruit de la passion ont besoin d'une main d'œuvre stable et relativement
nombreuse toute l'année et doivent par conséquent employer des salariés fixes. La
plupart de ces postes de travail sont occupés par des travailleurs originaires d'autres
régions, car ils sont souvent inaccessibles pour la paysannerie locale. Ils nécessitent
le plus souvent une formation technique ou une certaine expérience dans le
machinisme et dans la gestion agricoles, une exigence qui écartent souvent les
paysans locaux au profit d'individus étrangers à la région.

C'est d'ailleurs grâce à cette importante mobilisation de main d'œuvre externe


peu coûteuse et à la mise en œuvre de systèmes de culture dégageant une valeur
ajoutée brute à l'hectare très importante (entre 10.000 et 22.000 francs par hectare
SAU), que ce système de production présente les productivités du travail et de la
terre les plus élevées parmi les systèmes de production étudiés, soit respectivement
de 20.000 à 45.000 francs par actif familial et de 8.000 à 12.000 francs par hectare.

- Les systèmes de production des paysans manouvriers

Les manouvriers représentent la catégorie sociale la plus répandue dans la


région étudiée, avec environ 37% du total des exploitants agricoles. Ils s'agit
essentiellement d'anciens petits paysans locaux, et éventuellement de manouvriers
récemment arrivés dans la région. Les premiers ont été prolétarisés lors de
l'implantation des néolatifundias à partir de la fin des années 60 et leur importante
représentation s'explique sans doute par l'ampleur de ce phénomène sur le littoral
nord du Paraná (cf. chapitre 2). Quant aux manouvriers récemment arrivés dans la
région, ils sont venus d'autres régions maraîchères de l'État du Paraná, attirés par
les opportunités de travail créées par le développement des cultures maraîchères,
du gingembre et du chayotte depuis la fin des années 80.

La distribution des manouvriers sur l'ensemble de la région est très variable.


Ces individus se concentrent principalement dans les localités les mieux desservies
par les voies de communication terrestres en raison notamment de l'importance des
néolatifundias fondés sur l'élevage de buffles qui y sont implantés. Pour pouvoir
disposer d'une main d'œuvre nombreuse et bon marché, les propriétaires de ces
néolatifundias ont incité les petits paysans à y demeurer en leur permettant
d'exploiter des petits lopins de terres le long des routes et des pistes. À titre
d'exemple, dans la sous-région des plaines littorales et des bas-fonds où
l'accaparement du foncier par les néolatifundias d'élevage de buffles a été le plus
important, la catégorie des manouvriers représente plus de 40% des exploitations de
ces sous-régions. En revanche, ils représentent moins de 20% des exploitants dans
les villages localisés dans la sous-région des vallées alluviales étroites où les
néolatifundias fondés sur l'exploitation du palmier sont prédominants (Enquêtes de
terrain, 1992).

La superficie des lopins de terre que les manouvriers sont parvenus à


conserver varie entre 0,2 et 2,4 hectare par actif familial. On distingue 2 types de
systèmes de production parmi les paysans manouvriers, à savoir les types IA et IB.

Les manouvriers du type IA se caractérisent par la possession d'un petit


outillage manuel, auquel s'ajoute parfois un petit atelier manuel de farine de manioc.
La surface agricole des exploitations est inférieure à 0,4 hectare par actif familial et
est concentrée sur les terrasses alluviales. Ces faibles surfaces agricoles sont
occupées en large partie par un jardin de case planté de bananiers, de plantains, de
caféiers, d'avocatiers, d'orangers ainsi que par la culture de quelques tubercules
(manioc, taro, etc.). Ces derniers sont cultivés en permanence après une
préparation superficielle du sol à la houe. Les apports fertilisants apportés au jardin
de case se limitent aux résidus ménagers et de l'élevage de basse-cour (quelques
volailles). Toutes les activités agricoles de ces manouvriers ont une vocation
exclusivement vivrière. La productivité du travail dégagée par ce système de
production est estimée à moins de 500 francs par actif familial et la productivité de la
terre à moins de 1.400 francs par hectare.

Outre les équipements du type IA, les manouvriers du type IB disposent


parfois d'un atelier semi-motorisé de farine de manioc. Les surfaces agricoles des
manouvriers du type IB sont très restreintes. Elles varient entre 1,2 et 2,4 hectares
par actif familial répartis inégalement sur plusieurs unités de milieu naturel. Le choix
des systèmes de culture mis en œuvre par ces manouvriers est en large partie
déterminé par les faibles surfaces agricoles dont ils disposent.

Tableau 20 - Principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans manouvriers IB sur les terrasses
alluviales

Système de culture Surface agricole utile par actif


familial
(ha/ actif)
- Jardin de case < 0,6

- Culture du manioc associé ou non au haricot noir (avec le système de < 0,9
défriche-brûlis), en succession culture du manioc suivie par l'abandon au
recrû (durée de 2 à 4 ans)
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.
Outre le jardin de case (semblable à celui rencontré dans le type IA), les
terrasses alluviales sont cultivées uniquement avec du manioc associé au haricot
avec le système de défriche-brûlis (avec une durée des recrûs inférieure à 4 ans).
Ce système de culture se caractérise par la culture du manioc (associée ou non à
celle du haricot) dès la première année en tête de rotation, suivie parfois en
succession d'un deuxième cycle de culture avec du manioc. Dans ce système, lors
de la mise en culture en succession, les parcelles sont travaillées superficiellement à
la houe. Par ailleurs, nous avons souvent observé la réalisation d'une préparation
superficielle du sol à la houe suite à l'opération de défriche-brûlis et cela dès le
premier cycle de culture. Cette pratique vise à ralentir le développement initial des
herbes adventices et à réduire ainsi le sarclage pendant les premiers mois de
culture. En effet, la durée des recrûs permet un contrôle peu efficace des herbes
adventices et une accumulation en biomasse végétale relativement peu importante.
La reproduction de la fertilité est assurée par le développement du recrû herbacé/
arbustif auquel s'ajoutent, pour les parcelles localisées sur les versants des
montagnes, des apports colluviaux. Les cultures du manioc et du haricot s'avèrent
les plus adaptées à ces conditions de culture peu favorables : l'écartement entre les
plants facilite le sarclage à la houe, le manioc est une culture bisannuelle avec un
système racinaire assez performant dans le pompage des éléments minéraux et le
haricot est une légumineuse qui fixe l'azote. En outre, ce système de culture se
caractérise par une valeur ajoutée brute par actif relativement élevée, tout en
demandant une surface agricole totale par actif restreinte et des consommations
intermédiaires réduites voire nulles.

Les cultures du manioc et du haricot permettent également une grande


souplesse d'utilisation de la main d'œuvre, car les travaux agricoles se répartissent
tout au long de l'année sans véritables pointes de travail. La principale période de
surcharge de travail se situe lors de la récolte du haricot, celle-ci intervenant
pendant l'été (de novembre à mai), c'est-à-dire au cours d'une période de forte
pluviométrie. S'il exige un important investissement en travail, le sarclage du haricot
ne constitue cependant pas une véritable pointe de travail car en dehors des
premiers mois de la culture, le sarclage n'a pas de période fixe. Quant au manioc, il
supporte assez bien la concurrence épisodique des herbes adventices en raison de
son port élevé et de son système racinaire profond et développé.
Tableau 21 - Le principal système de culture mis en œuvre par les paysans manouvriers IB sur les versants de
montagnes

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial
(ha/actif)
- Culture du manioc associé ou non au haricot noir (avec le système de < 0,8
défriche-brûlis) suivie par l'abandon au recrû (durée de 3 ans)
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

Les quelques parcelles disponibles sur les versants de montagnes sont


cultivées avec un système de culture semblable à celui rencontré sur les terrasses
alluviales. En raison des difficultés rencontrées dans le transport de la production et
dans l'accès aux parcelles, le manioc n'est pas cultivé en succession sur les
versants de montagnes, mais sur les parcelles situées sur les terrasses alluviales,
plus accessibles et moins éloignées des ateliers de transformation de manioc.

En dehors des terrasses alluviales et des versants de montagnes, les


manouvriers du type IB exploitent parfois des surfaces agricoles sur d'autres unités
de milieu naturel. La majorité d'entre eux disposent de petites parcelles sur les
plaines d'épandage de crues d'une surface agricole inférieure à 1,3 hectare par actif
familial. Selon la durée des inondations, ces parcelles sont cultivées avec la culture
de la banane ou du maïs.

Tableau 22 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans manouvriers IB sur les plaines
d'épandage de crues

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial
(ha/actif)
- Culture permanente de la banane < 0,7

- Culture du maïs (avec le système de défriche-brûlis) suivie par l'abandon < 0,6
au recrû (durée d'environ 3 ans)
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

Le système de culture de la banane pratiqué sur les plaines d'épandage des


crues mérite à plusieurs égards une analyse approfondie. Là, l'importance des
apports fertilisants alluvionnaux permet la culture permanente de la banane sans
l'utilisation d'intrants externes. Une situation que l'entretien d'un tapis herbacé dans
les bananeraies pour assurer une couverture des sols tout au long de l'année
contribue à renforcer. En effet, cette pratique permet non seulement de réduire les
pertes en éléments fertilisants par lessivage, mais assure de plus une protection
assez efficace contre le potentiel érosif des crues d'été et des pluies. C'est d'ailleurs
pour cela que ce système de culture se caractérise par de sensibles variations de
rendements : nous avons pu observer des rendements moyens compris entre 6 et
15 tonnes par hectare. Ces variations sont étroitement liées à la quantité d'apports
alluviaux déposés par les crues d'été. Les enquêtes de terrain ont montré que les
plaines d'épandage de crues localisées dans la sous-région des vallées étroites
reçoivent davantage d'apports alluvionnaux que celles localisées dans la sous-
région des vallées larges. Mais l'importance des apports alluvionnaux n'est pas la
seule cause de la variation des rendements des bananeraies sur le littoral nord du
Paraná. L'âge moyen des plantations doit lui aussi être pris en considération car les
problèmes phytosanitaires s'intensifient avec le vieillissement des bananeraies
(notamment avec la maladie de Sigatoka "Mycosphaerella musicola, LEACH" mais
surtout avec l'infestation des souches par le charançon du bananier "Cosmopolites
sordidus"). Cette situation se répercute également sur l'aspect et sur l'homogénéité
de la production des bananeraies. De ce fait, la production est classée en deuxième
catégorie et est pénalisée par un prix de commercialisation nettement plus bas.
Nous avons pu estimer que le prix de commercialisation de la banane de deuxième
catégorie auprès des détaillants installés sur le marché de gros est inférieur
d'environ 30 à 40% à celui de la première catégorie.

Le système de culture de la banane se caractérise par un calendrier de travail


très souple et par une demande en main d'œuvre relativement constante sur
l'année. Les travaux d'entretien des bananeraies n'ont pratiquement pas de période
fixe et peuvent être réalisés même pendant la saison des pluies (replantation de
souches, contrôle d'adventices). La récolte et le transport de la production vers les
points d'embarquement sont les principales contraintes de la culture de la banane,
même si la récolte n'a lieu qu'une à deux fois par mois. En effet, peu de pistes
secondaires traversent les plantations et le transport des régimes est souvent réalisé
par pirogue, parfois même à dos d'homme, une situation qui entraîne une baisse de
la productivité du travail dans les bananeraies et une dépréciation des fruits due aux
chocs et aux impacts subis par les régimes pendant le transport. La récolte et le
transport de la banane vers les points d'embarquement occupent plus de 25% de la
force de travail nécessaire à l'exploitation d'une bananeraie.

Le système de culture du maïs est pratiqué notamment sur les plaines


d'épandage de crues soumises à des inondations d'une durée plus longue qui
limitent l'utilisation de ces plaines à cette seule culture (seul le maïs peut être semé
précocement et récolté avant même la période des crues). Ce système est
caractérisé par un seul cycle de culture suivi aussitôt d'un recrû d'une durée
d'environ 3 ans. L'abandon de la parcelle après un cycle de culture s'avère
indispensable en raison de l'important développement des herbes adventices,
notamment des graminées, que les opérations de sarclage manuel pendant la
culture du maïs ne parviennent pas à contrôler suffisamment pour permettre un
deuxième cycle de culture en succession.

Ce système de culture se caractérise également par d'importantes variations


de rendements (entre 0,5 et 1,3 tonne par hectare) en fonction de la quantité
d'apports alluvionnaux déposés par les crues d'été et de la qualité du matériel
génétique. Nous avons souvent pu observer l'emploi de semences de maïs d'origine
hybride pendant plusieurs années consécutives. Ce système de culture n'utilisant
aucun intrant externe et les travaux agricoles étant essentiellement manuels, les
consommations intermédiaires se limitent à l'achat des semences. Le calendrier de
travail est relativement souple et la principale pointe de travail intervient lors de la
préparation des parcelles, entre juin et août.

Enfin, ces paysans disposent de quelques parcelles localisées sur les bas-
fonds et les plaines littorales. Ces parcelles sont utilisées uniquement pour la culture
du riz pluvial avec le système de défriche-brûlis, celle-ci étant en effet la seule
activité agricole dont les manouvriers disposent afin de mettre en valeur cette unité
de milieu naturel.

Tableau 23 - Principal système de culture mis en œuvre par les paysans manouvriers IB sur les bas-fonds et les
plaines littorales

Système de culture Surface agricole utile par actif


familial (ha/actif)
- Culture du riz pluvial (avec le système de défriche-brûlis) suivie par < 0,3
l'abandon au recrû (durée de 3 à 5 ans)
Source: Enquêtes de terrain, 1991-92.

Ces unités de milieu naturel ne sont jamais inondées par les crues d'été mais
le drainage naturel y est insuffisant en raison de la nappe phréatique qui demeure
superficielle pendant presque toute l'année, à l'exception de quelques mois d'hiver
et en particulier notamment de juillet à septembre. La culture du riz pluvial est
possible car le semis est réalisé au moment de l'abaissement de la nappe
phréatique, pendant la période hivernale. Ce système de culture se caractérise par
un seul cycle de culture avant l'abandon de la parcelle au recrû (d'une durée de 3 à
5 ans), car les herbes adventices ne peuvent être suffisamment contrôlées. En effet,
l'écartement utilisé pour la culture du riz rend le sarclage à la houe impossible et le
désherbage à la machette peu efficace dans le contrôle des adventices. Le contrôle
chimique de ces dernières exige d'importantes dépenses (pulvérisateur manuel,
herbicides) que ces manouvriers ne sont pas en mesure d'engager.
Ce système de culture est confronté à une importante pointe de travail au
moment de la récolte. La récolte a une très faible productivité du travail (les
panicules sont récoltées manuellement à l'aide d'un couteau) et coïncide avec une
période de pluviométrie très élevée (de février à mai). Autant de contraintes qui font
de cette culture une activité à haut risque en raison des importantes possibilités de
pertes de la production.

D'une manière générale, et bien que les contraintes qui pèsent sur les
activités agricoles soient considérables, celles-ci permettent aux manouvriers IB
d'assurer une partie de leurs besoins d'autoconsommation et de dégager
éventuellement un petit surplus en banane et en manioc. C'est d'ailleurs ce surplus
qui permet aux manouvriers du type IB d'engraisser un porcin. Ils disposent pour
cela d'une petite porcherie en bois très rustique construite avec des matériaux
récoltés localement. Le porcin est souvent engraissé pendant plus d'une année, car
l'alimentation des animaux est déséquilibrée et peu variée. Les porcins sont abattus
sur place et la viande est essentiellement destinée à l'autoconsommation.
L'engraissement d'un porcin permet de valoriser des produits agricoles locaux
comme la production de bananes non commercialisée (soit en raison de leur
mauvaise qualité soit faute d'acquéreur), et les résidus de la transformation du
manioc en farine. Les investissements nécessaires dans ce système d'élevage se
limitent à l'achat d'un porcelet et à la construction de la porcherie. Réalisé à petite
échelle, l'élevage porcin permet par ailleurs de valoriser les temps morts.

Malgré la possibilité de pouvoir réaliser plusieurs activités agricoles à la fois,


dont certaines avec une valeur ajoutée à l'hectare plus élevée (comme c'est le cas
pour la culture de la banane), la productivité de la terre dans ce système de
production demeure très modeste avec à peine 1.200 francs à l'hectare. La
productivité du travail n'est guère plus importante et elle est inférieure à 2.400 francs
par actif familial.

Qu'ils soient du type IA ou IB, les manouvriers ne parviennent pas à assurer


la survie de leurs familles par leurs seules activités agricoles. Ils sont donc contraints
de vendre jusqu'à 70% de leur force de travail familial dans des activités non
agricoles, qui fournissent entre 50 et 90% de leur revenu total. Un taux de
dépendance qui tend à accentuer l'instabilité de cette catégorie sociale. Ces
activités non agricoles requièrent un équipement peu spécialisé et souvent manuel.
Il s'agit essentiellement de la cueillette du cœur de palmier et de sa conservation
artisanale, du salariat agricole, de la transformation du manioc en farine et de
certaines activités secondaires (pêche, artisanat, etc.). En effet, la plupart de ces
activités sont intermittentes car soumises à de fortes variations saisonnières ou à de
contraintes externes. D'autre part, cette dépendance incite les manouvriers à
développer davantage certaines activités mieux rémunérées, mais caractérisées par
une forte instabilité. C'est seulement lorsque celles-ci s'avèrent impraticables qu'ils
décident de s'engager des activités non agricoles moins rémunératrices.

La cueillette et la transformation du cœur de palmier Euterpe edulis est sans


doute l'activité non agricole la plus recherchée par les manouvriers du littoral nord du
Paraná. Parmi les activités non agricoles accessibles aux manouvriers, ce sont elles
en effet qui dégagent la rémunération du travail la plus élevée, une situation qui
s'explique par certaines particularités du marché, par l'organisation de cette activité
au niveau régional et par la réglementation de l'exploitation du cœur du palmier. A
propos de l'organisation de la filière du cœur du palmier sur le littoral nord du Paraná
voir la figure 23.

Soulignons tout d'abord que le cœur de palmier Euterpe edulis, une ressource
naturelle abondante dans la forêt atlantique brésilienne et en libre accès jusqu'à la
fin des années 60, est devenu au fil des années rare et très valorisé sur le marché
brésilien. Des spécificités propres à la nature de cette ressource ont contribué à
cela. Outre qu'il présente de très faibles rendements, le palmier Euterpe edulis
possède des caractéristiques bio-physiologiques qui rendent la pérennité de son
exploitation extrêmement difficile. Sa croissance est très lente sous couvert arboré
(7 à 10 ans pour atteindre l'âge adulte), sa période de reproduction est tardive et
cette plante présente un unique rejet.
Fig ur e 2 3 - F ili èr e d u cœ u r d e p a lm ie r su r l e li t t o ra l N o r d d u Pa ra n á

Boi se m en t s d e p a lm i e r
so u s c o u v e rt a rb o ré :
-n at u re ls
-re b o is e me n t s

Cue i llet t e ( c o up eu rs sou s c on t ra t a v ec u n e


c o n se rv e r ie o u in d é p e n da n t s ) e t t ra ns p o r t d e
la p rod u ct io n ( à d o s d 'h o mm e , p a r p irog ue
o u p a r mu le t )

Ram a ss a ge d e la p r od u c t io n
d e s c o u pe u r s e t t ran s p o r t M ise en c o n s e rv e
ass u ré p ar u n int e rm é d ia r e c la nd e s t in e
" g a t o " ( ba t ea u / c am io n )

M ise e n c o n s erv e d a ns u n e
c o n s e rv e rie in d u st r ie lle

S u p e rm ar ch é s Re st au r an t s V en t e d ir e ct au
Ep ic erie s Caf é t ér ia s c o n so m m a t e u r

SOURCE: D'a p rès PORCHERON, 1 9 9 5 , pp . 1 2.


Par ailleurs, le marché est marqué par une très forte demande de conserves
de cœur de palmier, aussi bien au niveau intérieur qu'à l'exportation, et l'épuisement
des stocks dans le sud du pays contribue à renchérir ce produit. Ainsi par exemple,
le prix d'exportation du cœur de palmier en conserve a pratiquement doublé entre
1960 et 1973, passant d'environ 350 à presque 700 dollars US la tonne (Rossetti et
al. - 1987, p. 132) (cf. chapitre 2).

Enfin, la réglementation de la filière du cœur de palmier contribue à expliquer


l'importance de la rémunération dégagée par ces activités (à ce propos voir annexe
8). En fonction de leur conformité avec la législation en vigueur, nous avons classé
la cueillette du cœur de palmier en légalisée et en clandestine. La première est
réalisée dans les néolatifundias bénéficiant d'une "autorisation d'exploitation"
délivrée par les organismes environnementaux. Sont concernés les reboisements
qui ont bénéficié du programme de développement des activités forestières des
années 60/70 et les boisements naturels ayant fait l'objet d'un "plan de gestion
forestier". Dans ce cas, les manouvriers sont engagés par les conserveries
industrielles pour la cueillette.

En revanche, la cueillette clandestine est réalisée dans la sous-région des


montagnes appartenant à des néolatifundiaires ou considérées comme étant des
terres "vacantes et sans maître". Il s'agit du principal mode d'exploitation du cœur de
palmier par les manouvriers du littoral nord du Paraná car cette situation satisfait
aussi bien les manouvriers que les conserveries industrielles. Les premiers
parviennent à écouler la totalité de leur production et reçoivent une rémunération
plus élevée que dans le cas d'une cueillette autorisée. Cette différence, estimée à
environ 30%, résulte des risques de contrôle de la part des organismes
environnementaux et de confrontation avec les gardiens des néolatifundias (tableau
24). En ce qui concerne les conserveries, la cueillette clandestine permet d'assurer
leur approvisionnement en matière première, et cela à un moindre coût.

Mais qu'ils travaillent légalement ou illégalement, les manouvriers sont


contraints à une situation de clandestinité dans la mesure où ils ne bénéficient
d'aucun contrat de travail ou lien officiel avec les conserveries. Le plus souvent,
aucune indemnité ne leur est versée après un accident de travail ou une maladie, et
s'ils sont clandestins, les paysans interpellés lors d'un contrôle peuvent dans le
meilleur des cas disposer des services juridiques d'un avocat pour régler au mieux
leurs démêlés avec la Police Forestière.
Tableau 24 - Rémunération moyenne obtenue avec la cueillette légal et avec la cueillette clandestine du cœur
de palmier sur le littoral nord du Paraná

ACTIVITÉ Cueillette (B) clandestine du Cueillette (B) légale du cœur


cœur de palmier de palmier

Rémunération en F.F/actif/an 9300 5900


(A)
(A) En considérant que les opportunités de réaliser ces activités se présentent tout au long de l'année
(B) Transport de la production au dos d'homme et/ ou par pirogue
Source : Enquêtes de terrain 1992.

En outre, une série de facteurs influent de manière plus ou moins importante


sur la régularité de l'activité de cueillette clandestine : intensité des contrôles des
organismes de protection de l'environnement, possibilité d'une certaine couverture
légale par l'existence d'autorisations de cueillette dans les environs, pressions des
médias et des organisations écologistes ainsi que les relations avec les gérants et
gardiens des néolatifundias (arrangements pour laisser réaliser la cueillette sur leurs
terres ou traverser leurs exploitations). Cette activité est d'autant plus incertaine que
des périodes de restriction des activités de cueillette alternent avec des périodes
moins contraignantes. Ainsi par exemple, entre 1989 et 1991, la cueillette était
relativement libre en raison du grand nombre d'autorisations d'exploitation du cœur
de palmier délivrées à des conserveries industrielles dans la région. Puis à partir de
1992, l'intensification de la surveillance dans les néolatifundias et l'expiration de la
plupart des autorisations légales d'exploitation ont renversé complètement cette
situation et les paysans ont été obligés de réduire considérablement leurs activités
de cueillette (Enquêtes de terrain, 1989-92).

En ce qui concerne la transformation et la commercialisation de la conserve


du cœur de palmier, la réglementation en vigueur a accordé le monopole de ces
activités aux conserveries industrielles. Ces conserveries sont ainsi devenues
incontournables dans le processus de légalisation de la production du cœur de
palmier d'origine clandestine. Entre autres conséquences, cette situation a permis
aux conserveries industrielles d'imposer une sous-rémunération de la matière
première livrée par les récolteurs. L'analyse du coût de la mise en conserve
artisanale confirme l'importance de la plus-value réalisée par les conserveries
industrielles et leurs intermédiaires. Ainsi, nous avons constaté que les producteurs
de conserve artisanale, qui vendent leur production au prix moyen de 9 francs le
bocal, parviennent à dégager un bénéfice moyen unitaire d'environ 4 francs
(Enquêtes de terrain, 1992).

Cette situation a incité un grand nombre de manouvriers à transformer


artisanalement, et donc clandestinement, le cœur de palmier. En effet, le procédé
de mise en conserve requiert une technologie peu complexe et le coût de production
est très bas. Le processus de conservation utilisé est celui du traitement par la
chaleur et de la mise en bocal en verre hermétique. Les équipements nécessaires
existent dans la plupart des exploitations paysannes (cuisinière à gaz, marmites de
cuisine) et les intrants nécessaires sont disponibles sur le marché régional à très
faible coût. Avec ce niveau d'équipement, nous avons calculé qu'un actif peut mettre
en conserve quotidiennement une centaine de bocaux et que cette activité dégage
une rémunération d'environ 400 francs par jour par actif (Enquêtes de terrain, 1992).

Cependant, en raison de son caractère clandestin, le développement de la


transformation artisanale du cœur de palmier est confronté à d'importantes
contraintes au niveau de la commercialisation. Les contrôles et fouilles réalisés par
les organismes environnementaux incitent les producteurs de conserves à courir
eux-mêmes le risque de livrer leur production à leurs clients (petits restaurants,
commerçants ou particuliers). Dans la mesure où ces paysans ne disposent pas de
moyens de transport propres, ils n'ont alors d'autre solution que d'emprunter les
autocars qui desservent la région. Une situation d'autant plus contraignante qu'elle
les expose encore davantage aux risques de contrôles et fouilles. Face à cela, la
plupart des paysans manouvriers limitent leur production à quelques centaines de
bocaux par mois (Enquêtes de terrain, 1989-1992).

Enfin, certaines autres caractéristiques de cette activité permettent d'expliquer


l'importance de la rémunération dégagée par ces activités. Si la cueillette du cœur
de palmier peut être pratiquée dans la région tout au long de l'année, elle est
cependant plus aisée en dehors de la saison des pluies (entre mai et août) quand
les longs déplacements en forêt sont facilités et quand les températures plus douces
garantissent une meilleure conservation de la matière première. Le transport de la
production des zones de cueillette vers les points d'embarquement est réalisée à
dos d'homme ou en pirogue et très souvent, les longues distances et la multitude
d'obstacles naturels à traverser imposent de combiner ces deux modes de transport.
Pour faciliter le transport à l'intérieur de la forêt, les cœurs de palmier sont
rassemblées en bottes (les "feixes") qui peuvent atteindre plus de 50 kg. Les
conditions de travail sont insalubres et le travail fort pénible : journées très longues
en terrain accidenté, chutes fréquentes, port de lourdes charges pendant de longues
périodes, nourriture déficiente, forte humidité, etc. C'est d'ailleurs pour des raisons
de sécurité que les récoltants de cœur de palmier s'organisent en petits groupes
pour se rendre en montagne. Ils installent un campement provisoire à mi-chemin où,
à la fin de chaque journée, les cœurs de palmier sont rassemblés. Au bout de 3 à 4
jours, ils quittent ces campements pour acheminer la récolte vers les points
d'embarquement situés en bordure des pistes. Ils parviennent ainsi à rassembler
jusqu'à 3 bottes, composées chacune de 20 à 40 cœurs de palmier (Enquêtes de
terrain, 1992). Les manouvriers sont rémunérés par les conserveries en fonction du
nombre d'unités de conserve fabriqués avec la matière première livrée.

Le travail salarié est la seconde forme de vente de la force de travail des


manouvriers. Il s'agit avant tout du travail journalier ("por dia") et à la tâche
("empreita") et très rarement d'un emploi permanent. Malgré sa faible rémunération
(tableau 25), le travail journalier constitue le mode de travail salarié le plus répandu
parmi les manouvriers qui se consacrent à cette activité lorsque les travaux agricoles
dans leurs exploitations sont moins importants et les opportunités de réaliser la
cueillette du cœur du palmier sont rares.

La rémunération du travail journalier varie considérablement en fonction des


différentes sous-régions. Ainsi, dans les villages localisés dans la sous-région des
vallées étroites (proches des ressources en palmier et où le nombre de manouvriers
est peu important), elle est environ 30% supérieure à celle du travail journalier dans
la sous-région des terrasses alluviales et des bas-fonds (où le nombre de paysans
manouvriers est plus élevé et où les opportunités de cueillette du palmier sont plus
rares) (Enquête de terrain, 1992).

Tableau 25 - Rémunération moyenne des différents modes de travail salarié


sur le littoral nord du Paraná

ACTIVITÉ Journalier A la tâche Travail permanent


(vacher)
Rémunération en 3.500 4.800 5.000
F.F./actif/an
(A)
(A) En considérant que les opportunités de réaliser ces activités se présentent tout au long de l'année
Source : Enquêtes de terrain, 1992.

Le travail à la tâche est moins répandu chez les manouvriers que le travail
journalier. Il se limite à de petits travaux agricoles (récolte, sarclage des plantations,
etc.), notamment chez des paysans "moyens".

Le travail permanent est réalisé par un nombre très restreint de manouvriers.


En effet, les opportunités d'un tel emploi ne concernent que quelques postes dans
les néolatifundias (gérants, vachers, gardiens, etc.), ainsi que dans les exploitations
patronales (notamment comme conducteurs de machines agricoles et gérants). Ces
postes sont occupés le plus souvent par des travailleurs originaires d'autres régions
de l'état, voire même d'autres états brésiliens, en raison des bas salaires offerts et
du manque de qualification de ces manouvriers. Les manouvriers arrivent à
dégager, avec d'autres activités non agricoles, une rémunération plus élevée que
celle proposée par les néolatifundias (notamment comme vacher et ouvrier agricole).
En revanche, les postes de travail permanent dans les exploitations patronales sont
souvent inaccessibles à ces paysans car ils requièrent une formation technique ou
une certaine expérience dans le machinisme et la gestion agricoles, une
compétence qui écartent souvent ces paysans au bénéfice de ceux venus d'ailleurs.

La troisième forme de travail dont les manouvriers disposent pour vendre leur
force de travail est la transformation de la production de manioc en farine. La
production de farine de manioc est une pratique très ancienne dans la région,
puisque elle remonte à la période précolombienne (cf. chapitre 1). Les manouvriers
produisent la farine dans des ateliers artisanaux installés dans leurs exploitations,
chez un membre de leur famille ou chez un paysan voisin. Dans ce dernier cas, pour
pouvoir utiliser l'atelier, ils doivent verser au propriétaire l'équivalent de 10% de la
production totale en farine de manioc.

La transformation du manioc en farine peut être réalisée tout au long de


l'année, mais certaines périodes de l'année sont plus favorables. La période
hivernale est considérée comme la plus indiquée car les racines de manioc
présentent alors une plus forte concentration d'amidon, et les températures plus
fraîches limitent les risques de fermentation de la pâte de manioc à chacune des
étapes du processus de fabrication. En outre, les calendriers agricoles sont moins
chargés pendant cette période de l'année et la main d'œuvre familiale est donc plus
disponible.

Le processus de fabrication artisanale confère à la farine de manioc locale


une très bonne acceptation sur le marché régional. Contrairement à la farine
produite industriellement, elle conserve tout son amidon et le processus de
torréfaction est plus long. La production est destinée à l'autosubsistance mais les
excédents sont vendus à des intermédiaires ou, le plus souvent, livrés directement
par le producteur à des commerçants locaux ou établis dans les régions voisines.
Dans ce cas, la farine est transportée par autocar.

Cependant, le développement de cette activité par ces manouvriers est


confrontée à une série de difficultés et de contraintes. Tout d'abord, ces
manouvriers n'arrivent pas à assurer un approvisionnement en matière première
suffisant pour pouvoir développer cette activité tout au long de l'année, en raison de
l'insuffisance des surfaces agricoles propices dont ils disposent. D'après les
enquêtes de terrain, celles-ci varient entre 0,1 et 0,8 hectare par actif familial. En
outre, le manque de moyens de transport empêche la mise en culture du manioc sur
des parcelles éloignées des ateliers de transformation, ainsi que l'achat de la
production de manioc à d'autres paysans des environs.

Enfin, nous avons pu constater que plus de 70% des manouvriers disposent
d'ateliers manuels de farine de manioc (I). Ces ateliers se caractérisent par la
prédominance des équipements manuels et par la simplicité des installations :
équipements en bois (râpeuse, pressoir), chaudron en cuivre, petit appentis en bois,
absence d'eau courante et d'électricité, sol en terre battue. L'équipement est en
grande partie construit sur place, ou peut être acheté d'occasion bon marché. Cet
atelier se caractérise également par une faible productivité du travail et par une
basse rémunération dégagée par actif (tableau 26).

Tableau 26 - Différents types d'ateliers de fabrication de farine de manioc utilisés par les manouvriers selon le
niveau d'équipement, la productivité du travail, la production totale annuelle
et la rémunération annuelle dégagée par actif

Productivité du travail Production totale Rémunération


(Kg de farine par actif annuelle annuelle par actif
par jour) (tonnes de farine (francs)
par an)
I.
Atelier manuel
10 8,6 2500
II.
Atelier semi-motorisé
24 20,7 5900
Source : Enquêtes de terrain (1989, 1990 et 1992).

En revanche, moins de 30% des manouvriers sont équipés d'un atelier semi-
motorisé (II). Il s'agit essentiellement de manouvriers du type IB. L'atelier semi-
motorisé (II) dégage une productivité et une rémunération du travail plus de deux
fois supérieure à celles dégagées par les ateliers manuels (I). L'équipement de
l'atelier semi-motorisé est semblable au type précédent mais la râpeuse est équipé
d'un moteur électrique. Le plus souvent, ces ateliers sont d'anciens ateliers manuels
(I) améliorés par la motorisation de la râpeuse à manioc. Les modifications
nécessaires sont réalisées par le propriétaire de l'atelier et le moteur électrique est
acheté d'occasion auprès de récupérateurs de ferraille de la région.

La dernière forme de vente de la force de travail dont les manouvriers


disposent concerne les activités non agricoles considérées comme secondaires, et
notamment la pêche artisanale et l'artisanat. Nous avons qualifié ces activités non
agricoles de secondaires, car elles ne concernent qu'un petit nombre d'individus et
revêtent un caractère fort sporadique. Dans certaines localités agricoles, notamment
celles situées à proximité des baies et des estuaires, une partie des manouvriers
trouvent dans la pêche artisanale une activité d'appoint, notamment lorsque les
autres activités non agricoles sont rares. Cette activité est saisonnière et ne
concerne que la capture de quelques espèces comme la crevette et le mulet. Le
paysan manouvrier est alors engagé comme équipier par un paysan ou un
commerçant voisin qui possède les outils de pêche nécessaires. Il est payé en
nature, l'équivalent d'un tiers du produit de la pêche. La rémunération moyenne
journalière de cette activité est estimée à 30 francs.

L'artisanat est depuis toujours une activité très présente chez ces paysans.
Les restrictions imposées par la législation de protection de l'environnement et
l'arrivée massive de produits manufacturés bon marché ont fait considérablement
régresser cette activité depuis quelques décennies. Actuellement, cette activité se
limite à la production de certains biens de consommation indispensables à ces
paysans. Elle concerne ainsi les produits dont l'équivalent manufacturé existant sur
le marché ne correspond pas aux besoins des paysans locaux ou à leurs
disponibilités financières. Ainsi, certains manouvriers se consacrent à la fabrication
de produits comme les pirogues, des équipements pour les ateliers de
transformation (pressoirs en bois, râpes, etc.), des balais et paniers en fibre
végétale. Étant donné les particularités de ces activités artisanales, il ne nous a pas
été possible d'en estimer la rémunération.

- Les systèmes de production des paysans minifundistes

Les minifundistes représentent la deuxième catégorie en termes d'effectifs


sur le littoral nord du Paraná, avec 33% du total des exploitants. À l'origine, ces
paysans sont eux aussi des petits paysans locaux, mais contrairement aux
manouvriers, ils ont réussi à conserver au moins une partie des surfaces agricoles
qu'ils exploitaient lors de l'implantation des néolatifundias dans la région. Ils ont en
effet pu résister à cette situation grâce à la possession de titres fonciers ou de
récépissés délivrés par l'administration de l'État. C'est d'ailleurs pour cette raison
que leur représentation n'est pas uniforme sur l'ensemble de la région. Ils sont plus
nombreux dans les localités situées plus à l'intérieur des terres, notamment dans la
sous-région des vallées alluviales étroites où le développement de la culture de la
banane depuis le début du siècle a incité les paysans a entreprendre, au moins
partiellement, la régularisation de leurs exploitations agricoles. Dans ces localités,
les paysans minifundistes représentent plus de 30% des exploitants. En revanche,
dans les localités situées dans la sous-région des plaines littorales et des bas-fonds,
restées à l'écart de cette vague de régularisation foncière, les exploitants
minifundistes sont très peu représentés, ne représentant que 10% des exploitants
(Enquêtes de terrain, 1992).

D'une manière générale, les systèmes de production mis en œuvre par les
paysans minifundistes s'avèrent plus complexes que ceux de la catégorie
précédente. Ces paysans disposent de surfaces agricoles supérieures (entre 3,5 et
7 hectares par actif familial), et ont accès simultanément à plusieurs unités de milieu
naturel. Les systèmes mis en œuvre privilégient des activités agricoles qui
présentent un calendrier souple, ce qui leur permet de travailler à l'extérieur de
l'exploitation dès que se présentent des opportunités de travail. Cette stratégie est
vérifiée à travers l'analyse des différents systèmes de production mis en place par
ces paysans. Ces systèmes minifundistes ont été classés en 3 types distincts à
savoir IIJ, IIM et IIV.

- Le système de production des paysans minifundistes type IIJ

La surface agricole des paysans minifundistes mettant en place le système


de production IIJ varie entre 3,5 et 7 hectares par actif familial. Ils représentent
environ 15% des exploitants de la région. Leurs surfaces agricoles sont réparties sur
plusieurs unités de milieu naturel, mais celles localisées sur les bas-fonds et les
plaines littorales prédominent. D'une manière générale, les paysans minifundistes
disposent d'un outillage manuel et de petits ateliers manuels de farine de manioc.
Ces minifundistes possèdent un jardin de case semblable à celui des manouvriers :
bananiers, plantains, caféiers, avocatiers, orangers ainsi que la culture de quelques
tubercules (manioc, taro, etc.). L'élevage de basse-cour se limite à quelques
volailles, parfois d'un porcin.

Les systèmes de culture les plus répandus restent fondés sur le système de
défriche-brûlis, avec l'utilisation de recrûs de courte durée (moins de 5 ans d'âge),
souvent complétés par une préparation superficielle et manuelle du sol. Dans
certaines parcelles localisées sur les versants des montagnes, ils utilisent des
systèmes de défriche-brûlis avec des recrûs de moyenne durée (moins de 10 ans
d'âge). Dans tous les cas, la mise en culture en succession est réalisée après une
préparation superficielle du sol à la houe.

La surface cultivable des paysans minifundistes, déjà restreinte par la petite


taille des exploitations, comprend une partie importante de bas-fonds. D'après les
enquêtes réalisées, plus de 60% des minifundistes IIJ ont une surface agricole
située pour plus de la moitié dans les bas-fonds. La mise en valeur de ces parcelles
se limite exclusivement à la culture du riz pluvial, avec le système de défriche-brûlis
(la durée du recrû est de 3 à 5 ans), car leur faible capacité d'accumulation ne leur
permet pas de développer l'élevage bovin naisseur-engraisseur. Pour certains
d'entre eux, la surface agricole concernée par la culture du riz pluvial sur les bas-
fonds peut atteindre jusqu'à 4 hectares par actif familial.

Les minifundistes IIJ possèdent moins de 30% de leurs surfaces agricoles sur
les terrasses alluviales. La faible disponibilité de surfaces agricoles dans cette unité
de milieu naturel contraint ces paysans à utiliser des systèmes de culture fondés sur
le système de défriche-brûlis, avec des recrûs d'une durée inférieure à 4 ans.

Tableau 27 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans minifundistes IIJ
sur les terrasses alluviales

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial
(ha/actif)
- Jardin de case < 0,5
- Culture du manioc associé ou non au haricot noir (avec le système de < 0,8
défriche-brûlis), en succession culture du manioc suivie par l'abandon au
recrû (durée de 2 à 4 ans)
- Culture du maïs ou du haricot noir (avec le système de défriche-brûlis), en < 0,8
succession culture du manioc associé ou non au haricot noir suivie par
l'abandon au recrû (durée d'environ 3 ans)
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

Outre le jardin de case, ces paysans "moyens" cultivent le manioc (en


association avec le haricot) avec le système de défriche-brûlis en tête de rotation,
suivie en succession par un 2ème cycle de culture avec du manioc avant l'abandon
au recrû.

Certains paysans IIJ mettent en œuvre des systèmes de culture avec des
cultures annuelles en tête de rotation (maïs, haricot noir), avec le système de
défriche-brûlis (recrû de courte durée) suivie en succession, et après une
préparation superficielle et manuelle du sol, par la culture du manioc (associé ou
non au haricot). Ce système de culture présente un avantage certain : en plaçant les
cultures annuelles en tête de rotation, ces systèmes de culture permettent une plus
longue durée de mise en culture avant l'abandon au recrû. Ceci n'entraîne pas pour
autant une modification significative des surfaces agricoles en rotation ni de la durée
des recrûs, et l'augmentation de la durée de mise en culture a peu de conséquences
sur les cultures du manioc et du haricot réalisées en succession.

La culture du haricot en tête de rotation est réalisée au cours d'une 2e saison


culturale, en mars - avril, après la période des pluies. La culture du haricot est alors
possible car cette légumineuse est peu sensible à la diminution de la photopériode
journalière. Cette seconde saison culturale vise l'approvisionnement en haricot
pendant le reste de l'année et le renouvellement des semences. En effet, le grain se
conserve difficilement (à cause des charançons et du taux d'humidité), et les
difficultés de récolte limitent les surfaces cultivées en haricot en 1e saison culturale.

Ces paysans disposent en outre de petites surfaces agricoles dans les


plaines d'épandage de crues. Sur les parcelles inondées par les crues d'été de
courte durée, qui représentent moins de 1,2 hectare par actif familial, ils cultivent en
permanence de la banane. En revanche, sur les parcelles inondées par les crues de
longue durée, les activités agricoles se limitent à la culture du maïs avec le système
de défriche-brûlis (la durée du recrû est d'environ de 3 ans).

Tableau 28 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans minifundistes IIJ
sur les plaines d'épandage de crues

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial
(ha/actif)
- Culture permanente de la banane < 1,2
- Culture du maïs (avec le système de défriche-brûlis) suivie par < 1,3
l'abandon au recrû (durée d'environ 3 ans)
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

Environ 40% des minifundistes IIJ possèdent quelques petites parcelles


agricoles sur les versants de montagnes où ils utilisent uniquement des systèmes de
défriche-brûlis. Les cultures annuelles sont placées en tête de rotation, avec le
système de défriche-brûlis (avec recrû de courte durée). Le manioc, parfois en
association avec le haricot, est cultivé en tête de rotation avec le système de
défriche-brûlis (avec recrû de courte durée) ou en succession. La culture du haricot
en succession est réalisée au cours d'une seconde saison culturale, en mars - avril,
après la période des pluies.

Quelques paysans IIJ cultivent la banane avec le système de défriche-brûlis


(avec des recrûs de 8 à 10 ans d'âge) sur des parcelles localisées sur les bas
versants de montagnes. Ces paysans cherchent ainsi à augmenter leurs surfaces
totales cultivées avec la banane et, d'une certaine manière, à compenser les faibles
surfaces agricoles dont ils disposent sur les plaines d'épandage de crues.
Tableau 29 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans minifundistes IIJ
sur les versants de montagnes

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial
(ha/ actif)
- Culture de la banane (avec le système de défriche-brûlis) pendant 5 à 6 < 0,3
ans, suivie par l'abandon au recrû (durée de 8 à 10 ans)
- Culture du riz pluvial ou maïs (avec le système de défriche-brûlis), en < 3,0
succession culture du manioc associé ou non au haricot noir suivie par
l'abandon au recrû (durée de 3 à 5 ans)
- Culture du riz pluvial, du maïs ou du haricot noir (avec le système de < 3,5
défriche-brûlis), en succession culture du haricot noir suivie par l'abandon au
recrû (durée de 3 à 5 ans)
- Culture du manioc associé ou non au haricot noir (avec le système de < 0,7
défriche-brûlis) suivie par l'abandon au recrû (durée de 3 ans)
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

Ce système de culture de la banane est mis en œuvre uniquement sur les


bas versants de montagnes. Il se caractérise par un mode de reproduction de la
fertilité fondé sur des apports colluviaux, mais surtout par le développement d'un
recrû à partir de la 6e année d'exploitation de la bananeraie. Ce système de culture
permet certes la culture de la banane sur les versants de montagnes, mais il
rencontre un certain nombre de problèmes. Les rendements et la qualité des fruits
produits dans ces bananeraies sont nettement inférieurs à ceux rencontrés dans les
bananeraies implantées dans les plaines d'épandage des crues. En effet, le mode
de reproduction de la fertilité utilisé dans ce système de culture est moins efficace,
mais le transport de la production est par ailleurs davantage pénalisé par
l'éloignement des fonds de vallée et par l'escarpement des versants de montagnes.
Il arrive même souvent qu'une partie de la production ne soit pas récoltée, ou qu'elle
soit utilisée pour nourrir des porcins sur place. De plus, ce système de culture a été
fortement touché par la politique de protection de l'environnement qui interdit le
défrichement de toute végétation arborée. Cette mesure entraîne une réduction de
la durée du recrû, et se traduit à court terme par une diminution sensible des
rendements et de la qualité de la production. Ce processus signifie à terme
l'abandon définitif de ce système de culture. Néanmoins, ce système de culture
présente l'avantage d'un calendrier de travail très souple tout au long de l'année et
les travaux d'entretien se limitent au contrôle à la machette des arbustes et des
repousses des souches. La récolte et le transport de la production constituent la
principale pointe de travail de ce système de culture, puisqu'ils occupent plus de
40% de la force de travail nécessaire à l'exploitation d'une bananeraie.

À côté des systèmes de culture présentés ci-dessus, près de la moitié des


paysans élèvent une truie en vue de la vente de porcelets à des paysans des
environs et l'engraissement de quelques porcins pour l'autoconsommation. Mais les
possibilités de commercialisation de la production de viande porcine sont rares en
raison des moyens de conservation précaires et de l'insuffisante qualité de la viande
considérée trop grasse par les commerçants et les intermédiaires locaux. L'intérêt
que ces paysans portent à cette activité tient essentiellement à la valorisation des
pertes de banane et des résidus de la transformation du manioc qu'elle permet. En
tant qu'activité secondaire, l'élevage porcin est peu exigeant en investissements et
en travail. La simplicité des installations exclut le recueil des déjections et donc les
transferts directs de fertilité. Le plus souvent, les bénéfices de ces apports
fertilisants se limitent au jardin de case et aux bananeraies situées aux alentours
des installations d'élevage.

L'étude du système de production mis en œuvre par les paysans


minifundistes IIJ révèle qu'il s'appuie pour beaucoup sur des activités agricoles dont
la valeur ajoutée est peu élevée, comme c'est le cas notamment de la culture du riz
pluvial. En outre, les activités agricoles à forte valeur ajoutée, comme la culture de la
banane et du manioc, y jouent un rôle très limité en raison de l'insuffisance des
surfaces agricoles propices à ces cultures. Ceci se traduit par des performances
économiques et techniques les plus faibles parmi celles dégagées par les systèmes
de production des paysans minifundistes : la productivité du travail est inférieure à
4.000 francs par actif familial et la productivité de la terre atteint moins de 750 francs
par hectare.

Comme les manouvriers, ces paysans minifundistes ont recours à des


activités non agricoles pour assurer leur survie. D'après les enquêtes réalisées, nous
estimons qu'ils consacrent entre 30 et 70% de la force de travail familial à de telles
activités, qui leur procurent de 30 à 80% de leur revenu total. Cette importante
dépendance vis à vis des activités non agricoles, combinée avec des opportunités
de travail non agricole souvent aléatoires, tend à accentuer l'instabilité de ces
paysans. L'activité non agricole la plus rémunératrice est pour eux la cueillette et la
transformation artisanale du cœur de palmier. Cependant, comme nous avons pu le
voir précédemment, cette activité se caractérise autant par sa précarité que par son
illégalité. Les opportunités de salariat agricole se limitent le plus souvent au travail
journalier qui dégage une faible rémunération. La transformation du manioc en
farine demeure une activité non agricole rarement entreprise par ces paysans
minifundistes : ils disposent de faibles surfaces agricoles pour la culture du manioc
et leurs ateliers de transformation se caractérisent par une faible productivité du
travail. Les activités non agricoles secondaires concernent notamment la pêche
artisanale et l'artisanat. Du fait de leur caractère saisonnier et sporadique, elles ne
représentent que des activités d'appoint.
- Le système de production des paysans minifundistes type IIM

Les surfaces agricoles des paysans minifundistes qui mettent en place le


système de production type IIM varient entre 4 et 7 hectares par actif familial et sont
réparties inégalement sur plusieurs unités de milieu naturel. Ces paysans
représentent environ 12% des exploitants de la région. Avec une surface comprise
entre 0,3 et 0,6 hectare par actif familial, le jardin de case est semblable à celui
rencontré chez le type IIJ.

D'une manière générale, ces paysans minifundistes disposent d'un outillage


manuel, d'un pulvérisateur manuel et de petits ateliers manuels de farine de manioc.
Environ un tiers des minifundistes disposent également d'un mulet pour le transport
du cœur de palmier qu'ils ont pu acquérir à travers des financements accordés par
les conserveries de palmier. Le plus souvent, cette situation concerne les
minifundistes implantés dans les localités les plus proches des boisements naturels
en palmier, c'est-à-dire dans la sous-région des vallées alluviales étroites. En effet,
avec l'épuisement progressif des boisements naturels en palmier depuis quelques
années, ces paysans sont contraints à des déplacements de plus en plus longs en
forêt. C'est donc dans le but d'améliorer leur approvisionnement en cœur de palmier
clandestin que les conserveries achètent des mulets et les mettent à la disposition à
ces paysans. En contrepartie, ceux-ci s'engagent à fournir une partie de leur
production de cœur de palmier, un moyen en sorte de rembourser les animaux.

Les systèmes de culture les plus répandus parmi ces paysans sont
semblables à ceux rencontrés chez les paysans minifundistes IIJ. Ils sont fondés sur
le système de défriche-brûlis avec l'utilisation de recrûs de courte durée (moins de 5
ans d'âge), souvent complétés par une préparation superficielle et manuelle du sol.
Dans tous les cas, la mise en culture en succession est réalisée après une
préparation superficielle et manuelle à la houe.

Parmi les paysans minifundistes, les paysans IIM disposent des plus
importantes surfaces agricoles sur les plaines d'épandage de crues. En effet,
environ 70% des minifundistes IIM disposent de plus de 30% de leurs exploitations
situés sur des plaines d'épandage de crues. Une situation d'autant plus favorable
que la plupart des parcelles disponibles sur ces plaines d'épandage sont soumises à
des crues de courte durée, ce qui permet de développer davantage la culture de la
banane. Outre une production à haute valeur ajoutée, la culture de la banane assure
des rentrées monétaires tout au long de l'année, tout en demandant une distribution
assez régulière des travaux agricoles. Les surfaces agricoles soumises à des
inondations de longue durée sont cultivées uniquement avec du maïs selon le
système de défriche-brûlis.

Tableau 30 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans minifundistes IIM sur les plaines
d'épandage de crues

Système de culture Surface agricole utile par actif


familial
(ha/actif)
- Culture permanente de la banane < 3,1
- Culture du maïs (avec le système de défriche-brûlis) suivie par < 1,8
l'abandon au recrû (durée d'environ 3 ans)
Source : Enquêtes de terrain, 199192.

Contrairement à ceux du type IIJ, ces minifundistes disposent de surfaces


agricoles restreintes sur les bas-fonds. D'après les enquêtes réalisées, moins de
50% des paysans IIM y disposent de surfaces agricoles dont la mise en valeur se
limite exclusivement à la culture du riz pluvial, car la faible capacité d'accumulation
de ces paysans ne permet pas le développement de l'élevage bovin naisseur-
engraisseur. Les surfaces concernées par la culture du riz pluvial dans cette unité de
milieu naturel sont inférieures à 1,4 hectare par actif, ce qui correspond à moins de
30% des surfaces agricoles disponibles pour ces paysans.

Pour le contrôle des herbes adventices dans la culture du riz pluvial, la


majorité de ces paysans utilisent des herbicides avant le semis, même si le contrôle
chimique ne parvient à contrôler le développement des herbes adventices qu'au
cours des premières semaines de culture. L'emploi d'herbicides leur permet de
diminuer les besoins en main d'œuvre ainsi que l'utilisation des parcelles disposant
de recrûs avec une durée plus courte. Cependant, cette pratique signifie des
investissements relativement élevés (pulvérisateur manuel, herbicides), sans
permettre pour autant un deuxième cycle de culture de riz pluvial en succession.

Ces paysans disposent également de surfaces agricoles relativement


importantes sur les terrasses alluviales : d'après les enquêtes, la majorité d'entre
eux possèdent plus de 30% de leurs surfaces agricoles dans cette unité de milieu
naturel. Ces paysans cultivent des cultures annuelles (maïs, haricot, riz pluvial) en
tête de rotation avec le système de défriche-brûlis (avec de recrûs de court durée),
suivie en succession par la culture du haricot noir en 2e saison culturale. Le manioc,
parfois en association avec le haricot, est cultivé aussi bien en tête de rotation avec
le système de défriche-brûlis (avec recrû de court durée), qu'en succession.
Tableau 31 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans minifundistes IIM sur les
terrasses alluviales

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial
(ha/actif)
- Jardin de case < 0,6
- Culture du manioc associé ou non au haricot noir (avec le système de < 0,8
défriche-brûlis), en succession culture du manioc suivie par l'abandon
au recrû (durée de 2 à 4 ans)
- Culture du maïs, du riz pluvial ou du haricot noir (avec le système de < 1,5
défriche-brûlis), en succession culture du haricot noir suivie par
l'abandon au recrû (durée de 3 à 5 ans)
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

En dehors des terrasses alluviales et des plaines d'épandage de crues, la


majorité des minifundistes IIM exploitent des surfaces agricoles sur les versants de
montagnes. Les systèmes de culture mis en œuvre sur ces parcelles sont
semblables à ceux utilisés sur les terrasses alluviales. En outre, environ un tiers de
ces minifundistes possèdent des parcelles localisées sur les versants de montagnes
plus éloignés des fonds des vallées. L'utilisation de ces parcelles se limite à
l'exploitation des boisements naturels de palmier Euterpe edulis, ainsi que de
certaines ressources forestières (bois, lianes, etc.).

En plus des systèmes de culture présentés ci-dessus, l'élevage et


l'engraissement des porcins est présent dans la majorité des exploitations, sans
pour autant revêtir une importance significative par rapport à d'autres activités
agricoles. Les paysans se consacrent à l'élevage porcin à des fins
d'autoconsommation et dans une moindre mesure pour dégager un revenu
complémentaire (vente de quelques porcs gras, mais surtout de porcelets). Environ
un quart des paysans se limitent uniquement à l'engraissement d'un à trois porcins
par an pour l'autoconsommation.

Figure 32 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans minifundistes IIM sur les versants
de montagnes

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial
(ha/actif)
- Culture du riz pluvial ou maïs (avec le système de défriche-brûlis), en < 2,4
succession culture du manioc associé ou non au haricot noir suivie par
l'abandon au recrû (durée de 3 à 5 ans)
- Culture du riz pluvial, du maïs ou du haricot noir (avec le système de < 2,3
défriche-brûlis), en succession culture du haricot noir suivie par l'abandon
au recrû (durée de 3 à 5 ans)
- Culture du manioc associé ou non au haricot noir (avec le système de < 0,8
défriche-brûlis) suivie par l'abandon au recrû (durée de 3 ans)
- Exploitation du cœur de palmier (sous couvert arboré) (A) < 20
(A) Les surfaces concernées par l'exploitation du cœur de palmier sous-couvert arboré ne sont pas pris en compte dans la SAU des
exploitants minifundistes IIM.
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.
Les paysans IIM disposent d'une marge de sécurité plus importante vis-à-vis
de l'environnement extérieur que les minifundistes type IIJ. En effet, le système de
production mis en œuvre par ces minifundistes est en large partie fondé sur le
système de culture de la banane qui dégage une forte valeur ajoutée brute. Par
conséquent, ce système de production offre une productivité du travail comprise
entre 5.000 et 6.000 francs par actif familial et une productivité de la terre entre 800
et 1.400 francs par hectare SAU. Ceci permet à ces paysans d'atténuer leur
dépendance vis-à-vis des activités non agricoles, une situation importante
notamment lorsque les opportunités de travail non agricole les plus rémunératrices
se font rares ou sont interdites pour de longues périodes. Néanmoins, les
minifundistes IIM demeurent tributaires des activités non agricoles auxquelles ils
doivent consacrer entre 30 et 60% de leur force de travail familiale pour un revenu
compris entre 20 et 50% de leur revenu total.

À l'instar des minifundistes IIJ, ces paysans réalisent la cueillette et la


transformation artisanale du cœur de palmier de manière clandestine. La
disponibilité d'un mulet permet à ces paysans de pénétrer davantage dans la région
montagneuse et d'entreprendre des parcours de plus en plus longs en forêt. Ils
peuvent ainsi accéder à des zones forestières moins exploitées et plus riches en
palmier, tout en augmentant leur capacité de transport. Ceci se traduit par une
augmentation de la productivité du travail de cette activité de presque 30%.

Tableau 33 - Rémunération moyenne obtenue avec la cueillette clandestine du cœur de palmier avec le
transport de la production par mulet et au dos d'homme en 1992 sur le littoral nord du Paraná

Cueillette clandestine du cœur de Cueillette clandestine du


palmier (transport au dos cœur de palmier (transport
ACTIVITÉ d'homme et/ ou par pirogue) par mulet)

Rémunération en F.F./actif/an 9.300 13.800


(A)
(A) En considérant que les opportunités de réaliser ces activités se présentent tout au long de l'année
Source : Enquêtes de terrain 1992.

Lorsque sont imposées des périodes de restriction des activités de cueillette


et de transformation du cœur de palmier, ces paysans se consacrent à la réalisation
des travaux agricoles comme entrepreneur auprès des néolatifundiaires (notamment
pour des opérations de nettoyage des pâturages et de construction et de réparation
de clôtures). D'une manière générale, pour pouvoir entreprendre ces travaux, ces
paysans organisent des groupes de travail en embauchant des journaliers.
L'obtention par ces paysans de tels travaux sous-tend souvent des rapports de
clientélisme avec le gérant ou le propriétaire des néolatifundias. Nous avons pu
estimer la rémunération annuelle par actif de cette activité à environ 6.000 francs.
- Le système de production des paysans minifundistes type IIV

La surfaces agricoles des manouvriers qui mettent en place le système de


production type IIV varient entre 4 et 6,5 hectares par actif familial, réparties
inégalement sur plusieurs unités de milieu naturel. Ces paysans minifundistes
représentent environ 6% des exploitants de la région. Avec une surface comprise
entre 0,3 et 0,6 hectare par actif familial, le jardin de case est semblable à celui
rencontré dans les types IIJ et IIM.

Outre un outillage et un pulvérisateur manuels, ces minifundistes disposent


d'un atelier de farine de manioc semi-motorisé et parfois d'un motoculteur (en
commune propriété). Ces paysans ont réussi à motoriser leurs ateliers de farine de
manioc grâce à certains programmes de développement mis en place par l'État du
Paraná, mais surtout par leurs propres moyens. Les motoculteurs font eux aussi
partie de l'aide apportée par les programmes de développement (cf. chapitre 2). Ils
ont été attribués à des groupes d'exploitants minifundistes dans le but d'améliorer la
productivité du travail de la culture du manioc et des ateliers de production de farine.
Ces groupes, composés de 6 à 10 paysans minifundistes, ont été constitués
notamment dans les localités les plus favorables au développement de la production
de farine de manioc, c'est-à-dire les mieux desservies par les transports routiers et
qui disposent d'un plus grand nombre de parcelles sur les terrasses alluviales et les
versants de montagnes.

Les systèmes de culture les plus répandus parmi ces paysans sont
semblables à ceux rencontrés chez les paysans minifundistes IIJ et IIM. Ils
demeurent fondés sur le système de défriche-brûlis avec l'utilisation de recrûs de
courte durée (moins de 5 ans d'âge), souvent complétés par une préparation
superficielle et manuelle du sol. Dans certaines parcelles localisées sur les versants
des montagnes, ils utilisent des systèmes de défriche-brûlis avec des recrûs de
moyenne durée (moins de 10 ans d'âge). En outre, quelques minifundistes ont mis
en place, sur certaines parcelles localisées sur les terrasses alluviales, des
systèmes de culture fondés sur des activités agricoles en continu.

Ces paysans disposent de petites surfaces agricoles situées sur les plaines
d'épandage de crues limitées. En effet, plus de 70% des minifundistes IIV disposent
de moins de 20% de leurs exploitations couvertes par des plaines d'épandage de
crues. Ainsi, les surfaces agricoles avec la culture permanente de la banane sont
limitées à moins de 1,6 hectare par actif familial.
Entre 10 et 20% de ces paysans disposent également de surfaces agricoles
relativement restreintes sur les terrasses alluviales. Cette faible disponibilité de
surfaces agricoles s'avère déterminante dans le choix des systèmes de culture qui,
pour l'essentiel, sont fondés sur la culture du manioc (parfois en association avec le
haricot noir), en tête de rotation avec le système de défriche-brûlis (avec des recrûs
de courte durée). Ce premier cycle de culture est parfois suivi en succession par un
second avec du manioc, avant l'abandon au recrû.

Tableau 34 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans minifundistes IIV sur les plaines
d'épandage de crues

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial
(ha/actif)
- Culture permanente de la banane < 1,6
- Culture du maïs (avec le système de défriche-brûlis) suivie par < 0,7
l'abandon au recrû (durée d'environ 3 ans)
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

Depuis quelques années, et afin de mettre en valeur ces parcelles localisées


sur les terrasses alluviales, quelques paysans minifundistes ont mis en place un
nouveau système de culture. La préparation du sol est réalisée à l'aide d'un
motoculteur et des cultures maraîchères en métayage sont réalisées en tête de
rotation. La culture du riz pluvial, du maïs et du manioc intervient uniquement en
succession. La reproduction de la fertilité de ces parcelles est alors assurée par des
fertilisants (engrais chimiques et fumure de volaille), apportés pendant le cycle de
cultures maraîchères en métayage. Les contrats de métayage sont passés avec les
agriculteurs patronaux des environs et durent le temps d'une saison agricole, soit
moins de 6 mois.

Les agriculteurs patronaux assurent les travaux agricoles motorisés


(préparation du sol, traitements phytosanitaires), les consommations intermédiaires
(engrais, fumure, caisses, etc.) et la commercialisation de la production. En
contrepartie, les paysans minifundistes apportent leur force de travail et mettent à
disposition les parcelles dont ils disposent sur les terrasses alluviales. Nous avons
pu estimer la rémunération des paysans aux alentours de 40% de la valeur ajoutée
dégagée lors de la commercialisation de la production (Enquêtes de terrain, 1992).
Ce système de culture garantit aux paysans IIV un revenu à l'hectare 4 à 8 fois
supérieur à ceux dégagés par d'autres systèmes de culture pratiqués sur les
terrasses alluviales, tout en dégageant une rémunération du travail semblable. Outre
le nombre limité de paysans concernés par la mise en place de ce système de
culture (d'après les enquêtes, moins de 10% des paysans minifundistes), les
surfaces agricoles concernées sont encore relativement modestes et se limitent à
moins d'un hectare par actif familial.

Ce système de culture revêt également un autre intérêt pour ces paysans


minifundistes. En effet, le recours aux cultures maraîchères en métayage pendant
une saison agricole permet une amélioration considérable de la fertilité des parcelles
en question, dans la mesure où d'importants apports en engrais chimiques et
organiques sont réalisés tout au long de la période de culture maraîchères. Les
cultures en succession bénéficient ainsi d'apports fertilisants résiduels
considérables. Une situation dont les paysans n'hésitent pas à tirer profit, en mettant
aussitôt ces parcelles en culture avec des cultures annuelles et du manioc.
Néanmoins, le nombre d'exploitants minifundistes réalisant ce système de culture
est très restreint et se concentre dans la seule vallée alluviale desservie par une
route goudronnée - la vallée du fleuve Cachoeira. Cette situation est liée au faible
nombre d'agriculteurs patronaux dans la région, ainsi qu'à la précarité du réseau
routier qui dessert la plupart des localités agricoles.

Tableau 35 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans minifundistes IIV
sur les terrasses alluviales

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial (ha/actif)
- Jardin de case < 0,6
- Culture du manioc associé ou non au haricot noir (avec le système de < 0,7
défriche-brûlis), en succession culture du manioc suivie par l'abandon
au recrû (durée de 2 à 4 ans)
- Cultures maraîchères (travail du sol / intrants externes), en succession <1
cultures du maïs, haricot noir, riz pluvial ou manioc
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

À côté des surfaces agricoles situées sur les terrasses alluviales, la majorité
des minifundistes IIV possèdent des surfaces agricoles relativement importantes sur
les versants des montagnes. Nous avons pu estimer que ces paysans ont plus de
30% de leurs surfaces agricoles localisées sur cette unité de milieu naturel. Ces
paysans y mettent uniquement en œuvre des systèmes de défriche-brûlis. Les
cultures annuelles sont placées en tête de rotation sur les parcelles où les recrûs
sont les plus âgés. Le manioc, parfois en association avec le haricot, est cultivé
aussi bien en tête de rotation (dans les parcelles disposant de recrûs de courte
durée), qu'en succession (dans les parcelles disposant de recrûs plus âgés). En
outre, environ 30% des minifundistes IIV cultivent la banane avec le système de
défriche-brûlis (avec des recrûs de 8 à 10 d'âge), sur des parcelles localisées sur les
bas versants.
Néanmoins, la plupart des surfaces de versants de montagnes sont cultivées
avec du manioc et de la banane. En effet, en augmentant les surfaces cultivées
avec ces cultures sur les versants, ces paysans cherchent à compenser les faibles
surfaces agricoles dont ils disposent sur les plaines d'épandage de crues et sur les
terrasses alluviales.

Tableau 36 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans minifundistes IIV sur les
versants de montagnes

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial
(ha/actif)
- Culture de la banane (avec le système de défriche-brûlis) pendant 5 à 6 < 0,4
ans, suivie par l'abandon au recrû (durée de 8 à 10 ans)
- Culture du riz pluvial, du maïs ou du haricot noir (avec le système de < 2,8
défriche-brûlis), en succession culture du haricot noir suivie par l'abandon
au recrû (durée de 3 à 5 ans)
- Culture du manioc associé ou non au haricot noir (avec le système de < 3,2
défriche-brûlis), en succession culture du manioc suivie par l'abandon au
recrû (durée de 3 à 5 ans)
- Culture du manioc associé ou non au haricot noir (avec le système de <2
défriche-brûlis) suivie par l'abandon au recrû (durée de 3 ans)
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

C'est d'ailleurs dans le système de culture de la banane que les interdictions


imposées par les organismes de protection de l'environnement sont le plus
fortement ressenties, car ce système de culture exige des parcelles disposant de
recrûs plus âgés et localisés sur les versants de montagnes.

Ces minifundistes disposent également d'importantes surfaces agricoles sur


les bas-fonds, soit entre 20 et 60% de leurs surfaces agricoles. Outre la culture du
riz pluvial, ces paysans mettent en valeur ces parcelles en développant l'élevage
bovin naisseur-engraisseur qui présente plusieurs avantages par rapport à la culture
du riz pluvial. Il dégage un revenu à l'hectare plus élevé, tout en demandant peu de
main d'œuvre et n'implique aucune période de pointe de travail. Cependant, seuls
certains paysans minifundistes du type IIV peuvent réaliser cette activité, le plus
souvent limitée à un cheptel composé de quelques têtes de bétail seulement et à
une surface en pâturage inférieure à 2,6 hectares par actif familial. En effet, le
développement de l'élevage bovin exige un important effort d'accumulation, que
seule une partie des paysans minifundistes peut entreprendre, notamment en
mobilisant une partie significative des revenus monétaires provenant de certaines
activités non agricoles (comme par exemple, la transformation du manioc en farine
et, dans une moindre mesure, la cueillette et transformation du cœur de palmier).
Cette activité est également soumise à des contraintes qui limitent considérablement
leur rentabilité économique : absence d'un marché pour les produits laitiers,
mortalité des animaux relativement élevée et importante variation de la disponibilité
fourragère des pâturages. Seule la vente d'un boeuf, voir d'un veau par an, rapporte
un revenu à l'éleveur. Pour ces paysans, l'élevage bovin constitue davantage un
moyen d'épargne, dont le capital est facilement disponible, qu'une réelle rentabilité
économique.

L'élevage et l'engraissement des porcins concernent la moitié des


exploitations minifundistes. L'intérêt que ces paysans portent à cette activité est
surtout lié à la valorisation des pertes de banane et des résidus de la transformation
du manioc, tout en demandant une très faible mobilisation en capital et en travail.
Comme les minifundistes IIM, ces paysans se consacrent à l'élevage porcin à des
fins d'autoconsommation, mais également pour dégager éventuellement un revenu
complémentaire.

Le choix des systèmes de culture et d'élevage mis en œuvre mérite une


analyse plus approfondie. En effet, le comportement adopté par ces paysans est
fortement marqué par la faible disponibilité de surfaces agricoles sur les plaines
d'épandage et les terrasses alluviales, ainsi que par la disponibilité d'un motoculteur
et d'un atelier de farine semi-motorisé. Cette situation a incité ces paysans à
développer des systèmes de culture à forte valeur ajoutée, pour la plupart fondés
sur la culture du manioc et, dans une moindre mesure, sur les cultures maraîchères.
Les enquêtes réalisées auprès des paysans qui mettent en œuvre ce système de
production nous ont permis de confirmer ce constat : la productivité du travail varie
entre 3.500 et 6.000 francs par actif familial, et la productivité de la terre entre 600 et
1.100 francs par hectare SAU.

Ces paysans ont systématiquement recours à des activités non agricoles,


auxquelles ils consacrent entre 20 et 60% de leur force de travail familiale, pour un
revenu compris entre 15 et 50% de leur revenu total. Contrairement aux paysans
minifundistes des types IIJ et IIM, ils se consacrent davantage à la transformation du
manioc en farine et au travail comme entrepreneur, qu'à la cueillette et la
transformation artisanale du cœur de palmier. En effet, la disponibilité d'un atelier de
farine de manioc semi-motorisé, et éventuellement d'un motoculteur, leur confère
des atouts considérables.

Tout d'abord, ces équipements permettent une augmentation de la


productivité du travail dans les ateliers de farine comme dans les plantations de
manioc. La motorisation de certaines tâches dans les ateliers entraîne une
augmentation de la productivité du travail de plus de 50%. L'amélioration des
conditions du transport permet à ces paysans de mettre en culture, avec du manioc,
des parcelles de plus en plus éloignées des ateliers de transformation. Ces paysans
peuvent ainsi disposer de parcelles avec des recrûs plus âgés pour la culture du
manioc et, par conséquent, d'une productivité du travail plus élevée grâce à
l'augmentation des rendements et à la réduction de la durée des travaux agricoles
(notamment de sarclage). Par ailleurs, l'amélioration des conditions de transport les
incite à établir des contrats de métayage avec des paysans des environs pour
compléter leur approvisionnement en matière première. Par ces contrats, ils
s'engagent à transporter les racines de manioc vers les ateliers et à les transformer
en farine en échange de la moitié de la production totale de produit fini.

C'est d'ailleurs pour cette raison que ces paysans minifundistes n'ont aucune
raison de généraliser la préparation motorisée du sol pour la culture du manioc sur
leurs exploitations. En effet, si le motoculteur permet certes de surmonter un
important goulet d'étranglement - la préparation du sol -, en revanche, il ne permet
pas de réduire les besoins de travail lors des opérations de sarclage : le temps
nécessaire au sarclage tend à augmenter car la préparation du sol à l'aide du
motoculteur nécessite l'utilisation de parcelles avec des recrûs de courte durée ou
en succession (par conséquent, avec une infestation d'herbes adventices plus
élevée). La culture du manioc avec une préparation du sol à l'aide du motoculteur
demeure donc marginale et peu répandue parmi les paysans du type IIV. Enfin, ces
paysans peuvent réaliser, de manière sporadique, des prestations de service à l'aide
du motoculteur, comme le transport de produits agricoles et la préparation
superficielle du sol de petites parcelles agricoles appartenant à des paysans des
environs.

Mais le principal avantage de ces activités non agricoles tient au fait qu'elles
peuvent être réalisées tout au long de l'année, et qu'elles ne sont soumises à
aucune contrainte liée à la politique de protection de l'environnement. Bien qu'elles
dégagent une rémunération du travail moins élevée, notamment par rapport à la
cueillette et la transformation du cœur de palmier, ces activités non agricoles
assurent une réelle sécurité à ce système de production.

- Les systèmes de production des paysans "moyens"

La catégorie des paysans "moyens", qui représentent aujourd'hui environ


16% des exploitants de la région, est également formée de paysans locaux. Ces
paysans ont été les plus favorisés par le long processus d'accumulation et de
différenciation socio-économique qui a marqué la société paysanne de cette région,
notamment depuis la fin du siècle dernier. Comme nous avons pu le voir tout au
long du chapitre II, les paysans "moyens" sont parvenus à s'approprier les surfaces
agricoles les mieux situées (notamment dans les plaines d'épandage de crues),
ainsi que les principales activités économiques locales (commerce du cœur de
palmier, commerce de détail, transport). L'implantation des néolatifundias et
l'amélioration des moyens de communication depuis quelques décennies ont certes
supprimé une partie de ces atouts, mais ces individus conservent encore une place
privilégiée au sein de cette société agraire. Au même titre que les paysans
minifundistes, ils ont pu résister aux assauts des néolatifundias car ils possèdent
des titres fonciers ou des récépissés pour leurs exploitations agricoles délivrés par
l'État du Paraná. Cependant, la plupart d'entre eux ont été dépossédés des surfaces
agricoles dont ils disposaient à l'intérieur de la région montagneuse et dans les
vallées alluviales secondaires. Malgré cela, leurs exploitations agricoles ont une
superficie plus conséquente que celles appartenant aux paysans des catégories
sociales précédentes (entre 8 à 21 hectares par actif familial).

En outre, ces paysans disposent du niveau d'équipement le plus important


parmi la paysannerie du littoral nord du Paraná. Cet équipement est très variable,
mais dans la majorité des cas, tous possèdent un outillage manuel et un atelier de
farine de manioc individuel ou en copropriété. De plus, ils disposent de mulets, de
tronçonneuses, de camionnettes, d'ateliers de transformation de banane et de
motoculteurs.

Les systèmes de production mis en œuvre par les paysans "moyens" sont
fondés en grande partie sur des systèmes de culture de défriche-brûlis (avec une
durée des recrûs qui varient entre 2 et 10 ans), sur la culture permanente de la
banane, sur l'élevage bovin en plein air, ainsi que sur un important recours aux
activités non agricoles.

Les systèmes de production mis en œuvre par le paysans "moyens" ont été
classés en trois types distincts, à savoir IIIA, IIIB et IIIF.

- Le système de production des paysans "moyens" type IIIA

Le système de production type IIIA est mis en œuvre par des paysans
"moyens" ayant des surfaces agricoles comprises entre 10 et 18 hectares par actif
familial, réparties sur différentes unités de milieu naturel. Ces paysans "moyens"
représentent environ 3% des exploitants de la région et sont pour la plupart
implantés dans les villages localisés dans la sous-région des bas-fonds et des
plaines littorales. Ces exploitations disposent donc d'un accès très limité à certaines
unités de milieu naturel, comme les versants de montagnes et les terrasses
alluviales. Le jardin de case, dont la surface est de 0,3 à 0,7 hectare par actif
familial, est semblable à celui rencontré chez les minifundistes. Outre un outillage
manuel et un petit atelier de transformation de farine (manuel ou semi-motorisé), ces
paysans possèdent une tronçonneuse qu'ils ont le plus souvent pu acquérir
d'occasion auprès des propriétaires des néolatifundias de la région.

Leurs surfaces agricoles localisées sur les terrasses alluviales représentent


moins de 20% de la surface totale de leurs exploitations. La faible disponibilité de
surfaces agricoles sur les terrasses alluviales et l'absence de parcelles sur les
versants de montagnes sont des facteurs déterminants dans le choix des systèmes
de culture. Les parcelles disponibles sur les terrasses alluviales sont cultivées avec
des systèmes de culture de défriche-brûlis (avec des recrûs de courte durée), où la
culture du manioc occupe une place centrale. Le plus souvent, ces paysans mettent
en œuvre des systèmes de culture avec la culture du manioc (parfois en association
avec le haricot noir), en tête de rotation avec le système de défriche-brûlis (avec des
recrûs de courte durée). Parfois, ce premier cycle de culture est suivi en succession
par un deuxième cycle de culture avec du manioc avant l'abandon au recrû.

Ces paysans "moyens" mettent également en œuvre un système de culture


avec du haricot en tête de rotation, suivi en succession par la culture du manioc
(associé ou non à la culture du haricot), avec le système de défriche-brûlis (recrû de
courte durée). Dans ce cas, la culture du haricot est réalisée au cours d'une 2e
saison culturale, suite à la période des pluies.

Tableau 37 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans "moyens" IIIA sur les terrasses
alluviales

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial
(ha/actif)
- Jardin de case < 0,7
- Culture du manioc associé ou non au haricot noir (avec le système de < 1,1
défriche-brûlis), en succession culture du manioc associé ou non au
haricot noir suivie par l'abandon au recrû (durée de 2 à 4 ans)
- Culture du haricot noir (avec le système de défriche-brûlis), en < 1,0
succession culture du manioc associé ou non au haricot noir suivie par
l'abandon au recrû (durée de 2 à 4 ans)
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

Les paysans "moyens" IIIA disposent en outre de parcelles sur les plaines
d'épandage de crues qui peuvent représenter jusqu'à 30% des surfaces agricoles
disponibles. Sur ces plaines cependant, la plupart des surfaces agricoles sont
inondées par des crues de longue durée et ne peuvent donc pas être cultivées avec
de la banane. Ces paysans disposent des surfaces en banane les moins
importantes parmi les paysans "moyens" (moins de 0,8 hectare par actif). Ainsi, la
mise en culture de ces parcelles se limite à la culture du maïs avec le système de
défriche-brûlis.

Tableau 38 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans "moyens" IIIA
sur les plaines d'épandage de crues

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial
(ha/actif)
- Culture permanente de la banane < 0,7
- Culture du maïs (avec le système de défriche-brûlis) suivie par < 3,0
l'abandon au recrû (durée d'environ 3 ans)
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

Environ 60% des surfaces agricoles dont disposent ces exploitants se


concentrent sur les bas-fonds et les plaines littorales et leur mise en valeur se limite
à la culture du riz pluvial avec le système de défriche-brûlis (avec des recrûs d'une
durée de 5 à 10 ans), et l'élevage bovin naisseur-engraisseur en plein air. D'ailleurs,
ce sont là les principales activités agricoles développées par les paysans "moyens"
IIIA. Ces paysans disposent ainsi d'une surface en pâturage comprise entre 4 et 10
hectares par actif familial, et d'une surface cultivée en riz pluvial variant de 2 à 5
hectares par actif familial. Bien qu'elles dégagent une rentabilité économique très
faible, ces activités agricoles présentent certains atouts pour ces paysans "moyens",
car leur calendrier agricole est très souple : l'élevage bovin ne présente aucune
pointe de travail et la surcharge de travail dans la culture de riz pluvial se limite à
une courte période de l'année (notamment durant la période de récolte, entre mars
et mai).

De la même manière que les paysans minifundistes, ces paysans disposent


assez souvent d'une truie pour produire des porcelets destinés à la vente, outre
l'engraissement de quelques porcins pour l'autoconsommation. Les installations
d'élevage sont alors simples et rustiques. En tant qu'activité secondaire, l'élevage
porcin permet à ces paysans de valoriser les pertes de banane et les résidus de la
transformation du manioc, tout en mobilisant une faible quantité de capital et de
travail.

L'analyse plus détaillée des activités agricoles pratiquées par ces paysans
"moyens" nous a permis de souligner quelques-unes des particularités de ce
système de production. En effet, la plupart des surfaces agricoles dont disposent ces
paysans sont situées sur les bas-fonds et sur les plaines littorales, et ce système de
production est donc fondé en large partie sur l'élevage bovin en plein air et sur la
culture du riz pluvial qui, comme nous avons pu le voir précédemment, sont des
activités à très faible valeur ajoutée. Cela se traduit par des performances
économiques qui comptent parmi les plus basses des divers systèmes de production
mis en œuvre par les paysans "moyens". Ce système de production présente une
productivité du travail comprise entre 4.400 et 7.200 francs par actif familial et une
productivité de la terre comprise entre 320 et 560 francs par hectare SAU. Par
contre, en privilégiant ces systèmes de culture et d'élevage, ces paysans peuvent
bénéficier d'un calendrier agricole souple avec des travaux agricoles concentrés sur
une courte période de l'année, qui permet à une partie de la main d'œuvre familiale
de se soustraire à l'exploitation pendant des périodes relativement longues. Ces
paysans peuvent alors se consacrer à des activités non agricoles notamment comme
entrepreneurs auprès des néolatifundias.

Les prestations de service comme entrepreneur sont réalisées à l'aide de la


tronçonneuse et concernent notamment des opérations de défrichement, la coupe et
le façonnage du bois, ou encore la construction et la réparation de clôtures, autant
de travaux le plus souvent rémunérés à la journée. Malgré les particularités de cette
activité, nous avons pu estimer que la rémunération dégagée s'élève à environ
8.200 francs par actif et par an. Cependant, de telles opportunités de travail sont
aujourd'hui de plus en plus rares dans la région, notamment en raison de la mise en
place de la politique environnementale.

Pour diversifier leurs activités et diminuer leur dépendance vis-à-vis des


travaux d'entrepreneur, quelques paysans "moyens" IIIA ont développé depuis
quelques années la production de farine de manioc. Pour cela, ils ont motorisé leurs
ateliers de transformation et augmenté les surfaces cultivées avec la culture du
manioc. Cependant, les faibles surfaces agricoles dont ils disposent pour la culture
du manioc ne leur ont pas permis de développer davantage cette activité. D'après
les enquêtes réalisées, leur production annuelle de farine de manioc se limite à 250
Kg de farine par actif familial, ce qui correspond à peine à 10 journées de travail par
actif et par an.

Quoi qu'il en soit, les activités non agricoles peuvent concerner jusqu'à 30%
de la force de travail employée dans ces exploitations agricoles et leur participation
dans le revenu total atteindre 40%. Les difficultés que les paysans "moyens" IIIA
affrontent dans leurs activités non agricoles ne les empêchent pas pour autant
d'embaucher des journaliers pendant certaines périodes de surcharge de travail,
notamment de mars à mai pour la récolte du riz pluvial. Assez souvent d'ailleurs, ces
paysans préfèrent investir leur main d'œuvre familiale dans certaines activités non
agricoles, dont la rémunération du travail semble plus élevée que celle
éventuellement obtenue sur leurs exploitations. Dans ce cas, des journaliers sont
embauchés pour assurer à leur place les travaux agricoles. Nous estimons ces
besoins en main d'œuvre externe à moins de 40% de la force de travail totale.

- Le système de production des paysans "moyens" type IIIB

Les paysans "moyens" mettant en œuvre le système de production type IIIB


ont des surfaces agricoles comprises entre 12 et 21 hectares par actif familial et
représentent environ 6% des exploitations de la région. Ils sont pour la plupart
implantés dans les localités de la sous-région des vallées alluviales étroites. Ces
paysans ont accès à toutes les unités de milieu naturel et, dans la catégorie des
paysans "moyens', ce sont eux qui disposent des surfaces agricoles les plus
importantes dans les plaines d'épandage de crues.

Tableau 39 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans "moyens" IIIB
sur les plaines d'épandage de crues

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial
(ha/actif)
- Culture permanente de la banane < 5,0
- Culture du maïs (avec le système de défriche-brûlis) suivie par < 3,0
l'abandon au recrû (durée d'environ 3 ans)
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

Outre des ateliers de transformation de farine manuels ou semi-motorisés et


d'un outillage manuel, ces exploitants disposent d'un mulet.

Ces surfaces agricoles situées dans les plaines d'épandage de crues sont
pour la plupart soumises à des inondations de courte durée et les paysans
disposent ainsi des surfaces pour la culture de la banane les plus importantes : pour
deux tiers d'entre eux, elles sont comprises entre 3 et 5 hectares par actif familial.
De plus, ils cultivent du maïs avec le système de défriche-brûlis sur les plaines
d'épandage qui ne peuvent pas être mises en culture avec la banane en raison de
l'excessive durée des crues.

Ces paysans "moyens" , comme les paysans IIIA, disposent de surfaces


agricoles réduites sur les terrasses alluviales. Pour la majorité d'entre eux, celles-ci
représentent moins de 10% de la surface de leurs exploitations. Cette faible
disponibilité de surfaces agricoles incite ces paysans à mettre en œuvre des
systèmes de culture fondés sur le système de défriche-brûlis, où la culture du
manioc occupe une place centrale. En effet, la localisation des parcelles de manioc
sur les terrasses alluviales et, par conséquent, à proximité des ateliers de farine,
facilite considérablement le transport de la production. Les systèmes de culture mis
en œuvre par ces paysans sont pour la plupart semblables à ceux utilisés par les
paysans "moyens" IIIA.

Tableau 40 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans "moyens" IIIB
sur les terrasses alluviales

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial
(ha/actif)
- Jardin de case < 0,8
- Culture du manioc associé ou non au haricot noir (avec le système de < 1,0
défriche-brûlis), en succession culture du manioc associé ou non au
haricot noir suivie par l'abandon au recrû (durée de 2 à 4 ans)
- Culture du maïs ou du riz pluvial ou haricot noir (avec le système de < 0,7
défriche-brûlis), en succession culture du manioc associé ou non au
haricot noir suivie par l'abandon au recrû (durée de 3 à 6 ans)
Source: Enquêtes de terrain, 1991-92.

Certains de ces paysans mettent en œuvre des systèmes de culture avec des
cultures annuelles en tête de rotation (maïs, riz pluvial, haricot), avec le système de
défriche-brûlis (recrû de courte à moyenne durée) suivi, en succession et suite à une
préparation superficielle du sol manuel, par la culture du manioc (associé ou non au
haricot).

En plus des surfaces agricoles sur les plaines d'épandage et les terrasses
alluviales, ces paysans disposent de surfaces agricoles considérables sur les
versants de montagnes : environ la moitié des paysans "moyens" IIIB y ont là plus
de 40% de leurs surfaces agricoles. Cette importante disponibilité de surfaces
agricoles sur les versants des montagnes permet à ces paysans de mettre en place
des systèmes de culture fondés sur le système de défriche-brûlis avec des recrûs de
moyenne durée (plus de 6 ans d'âge). Les cultures annuelles sont alors placées en
tête de rotation suivies, en succession, par la culture du manioc et du haricot noir
avant l'abandon au recrû. Ces versants sont également cultivés avec de la banane,
avec le système de défriche-brûlis. Environ un tiers des paysans "moyens" IIIB
exploitent les boisements naturels de palmier existants sur les surfaces agricoles
localisées sur les versants les plus éloignés des fonds de vallée.
Tableau 41 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans "moyens" IIIB
sur les versants de montagnes

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial
(ha/actif)
- Culture de la banane (avec le système de défriche-brûlis) pendant 5 à < 1,0
6 ans, suivie par l'abandon au recrû (durée de 8 à 10 ans)
- Culture du riz pluvial, du maïs ou du haricot noir (avec le système de < 10,0
défriche-brûlis), en succession culture du haricot noir suivie par
l'abandon au recrû (durée de 6 à 10 ans)
- Culture du riz pluvial, du maïs ou du haricot noir (avec le système de < 8,0
défriche-brûlis), en succession culture du manioc associé ou non au
haricot suivie par l'abandon au recrû (durée de 6 à 10 ans)
- Exploitation du palmier (sous couvert arboré) < 30,0
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

Enfin, ces paysans disposent de surfaces agricoles sur les bas-fonds et les
plaines littorales, qui varient entre 15 et 40% de la surface totale des exploitations.
La mise en valeur de ces parcelles se limite à la culture du riz pluvial, avec le
système de défriche-brûlis (avec des recrûs d'une durée de 6 à 10 ans), mais
surtout à l'élevage bovin naisseur-engraisseur en plein air. En effet, ces paysans
consacrent à la culture du riz pluvial une surface agricole utile inférieure à 5 hectares
par actif familial et disposent d'une surface en pâturage de 2 à 6 hectares par actif
familial. Contrairement aux paysans IIIA, l'élevage bovin constitue pour ces paysans
un moyen d'épargne, dont le capital peut être facilement disponible en cas
d'imprévu.

À l'instar des paysans "moyens" IIIA, l'élevage porcin aussi bien naisseur-
engraisseur qu'engraisseur est présent dans la plupart des exploitations, sans pour
autant occuper une place importante dans ce système de production.

Ce système de production présente la productivité du travail la plus élevée


parmi tous ceux mis en œuvre par les paysans "moyens", en raison de l'importance
des activités agricoles à forte valeur ajoutée (comme la culture de la banane). Les
enquêtes réalisées auprès des paysans mettant en œuvre ce système de production
ont permis de calculer des productivités du travail et de la terre variant
respectivement de 9.200 à 16.200 francs par actif familial et de 480 à 940 francs par
hectare SAU.

En ce qui concerne les activités non agricoles, ces paysans sont, parmi les
paysans "moyens", ceux qui y consacrent le moins de temps de travail. Elles
mobilisent moins de 20% de leur force de travail totale et sont responsables de
moins de 10% de leur revenu total. Ces paysans "moyens" trouvent dans la
cueillette et dans la transformation du cœur de palmier leur principale activité non
agricole. En effet, ce sont eux qui disposent du plus d'avantages pour entreprendre
la cueillette du cœur de palmier et sa mise en conserve artisanale, car leurs
exploitations sont implantées à proximité des boisements naturels de la région
montagneuse. D'ailleurs, dans l'objectif d'améliorer la productivité du travail, une
partie d'entre eux possèdent des mulets pour transporter la matière première.

Lorsque ces activités s'avèrent impraticables, notamment à cause des


contrôles des organismes environnementaux, ils produisent de la farine de manioc.
Pour cela, la plupart disposent d'ateliers de transformation de manioc semi-
motorisés. Enfin, certains réalisent de manière sporadique des travaux agricoles
comme entrepreneur auprès des néolatifundias.

Contrairement à ce à quoi on pouvait s'attendre, les paysans IIIB sont, parmi


les paysans "moyens", ceux qui utilisent le plus de main d'œuvre externe, dont la
part peut atteindre près de 70% de leurs besoins en force de travail. En effet, les
principales activités agricoles pratiquées par ces paysans sont en grande partie très
demandeuses en main d'œuvre, comme c'est le cas par exemple de la culture de la
banane ou du manioc. Qui plus est, la cueillette du cœur de palmier et les travaux
comme entrepreneur imposent des périodes d'absence parfois longues et cela tout
au long de l'année.

- Le système de production des paysans "moyens" type IIIF

Le système de production type IIIF comprend les paysans "moyens" qui


disposent des surfaces agricoles les plus restreintes de la catégorie (entre 8 et 16
hectares par actif familial). Ces paysans représentent environ 7% des exploitants de
la région et sont pour la plupart localisés dans la sous-région des vallées larges. Ils
ont accès à toutes les unités de milieu naturel et sont les mieux équipés parmi les
paysans "moyens" du littoral nord du Paraná : la majorité d'entre eux disposent d'un
atelier de farine de manioc motorisé et parfois d'un motoculteur. Quelques paysans
IIIF possèdent un atelier de transformation de banane et une camionnette. Certains
de ces équipements ont été financés par des donations gouvernementales
octroyées dans le cadre des programmes de développement mis en place par l'État
du Paraná.

Ces exploitants disposent de surfaces agricoles relativement importantes


dans les plaines d'épandage de crues, dont la plupart sont soumises à des
inondations de courte durée.
Tableau 42 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans "moyens" IIIF
sur les plaines d'épandage de crues

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial
(ha/actif)
- Culture permanente de la banane < 3,0
- Culture du maïs (avec le système de défriche-brûlis) suivie par < 2,0
l'abandon au recrû (durée d'environ 3 ans)
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

Ainsi les surfaces occupées par la culture permanente de la banane peuvent


atteindre 5 hectares par actif familial. Les surfaces cultivées en maïs avec le
système de défriche-brûlis sont plus restreintes puisqu'elles ne dépassent pas 2
hectares par actif familial.

Comme dans les systèmes de production précédents, ces paysans disposent


de surfaces agricoles sur les terrasses alluviales représentant à peine 20% de la
superficie de leurs exploitations. Outre le jardin de case, les surfaces agricoles
disponibles sur les terrasses alluviales sont cultivées avec des systèmes de culture
où prédomine la culture du manioc.

Ces systèmes de culture sont semblables à ceux mis en œuvre par les
paysans "moyens" IIIA et IIIB : des cultures annuelles (maïs, riz pluvial, haricot) ou
de manioc (associé ou non au haricot), en tête de rotation avec le système de
défriche-brûlis (recrû de courte durée), suivies en succession et suite à une
préparation superficielle du sol manuel, par la culture du manioc (associé ou non au
haricot).

Tableau 43 - Les principaux systèmes de culture mise en œuvre par les paysans "moyens" IIIF
sur les terrasses alluviales

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial (ha/actif)
- Jardin de case < 0,6
- Culture du manioc associé ou non au haricot noir (avec le système de < 3,0
défriche-brûlis), en succession culture du manioc associé ou non au haricot
noir suivie par l'abandon au recrû (durée de 2 à 4 ans)
- Culture du maïs ou haricot noir (avec le système de défriche-brûlis), en < 2,6
succession culture du manioc associé ou non au haricot noir suivie par
l'abandon au recrû (durée de 3 à 6 ans)
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.
Certains paysans qui disposent d'un motoculteur ont adopté un nouveau
système de culture pour la culture du manioc. Le brûlis y est supprimé et la
préparation du sol est réalisée à l'aide du motoculteur. Après un ou deux cycles de
culture avec du manioc, la parcelle est abandonnée pendant environ deux ans pour
permettre le développement d'une végétation herbacée. Ce système se limite
uniquement à la culture du manioc, car ce tubercule facilite les opérations de
sarclage manuel à la houe et peut supporter la concurrence prolongée des herbes
adventices.

Cependant, les surfaces agricoles utiles concernées par ce système se


limitent à moins de 1,2 hectare par actif familial. Il s'agit avant tout de petites
parcelles localisées à proximité des ateliers de transformation. Ceci s'explique par le
fait que l'amélioration de la productivité du travail dans ce système est
contrebalancée par une réduction de la valeur ajoutée brute d'environ 30%,
notamment à cause de la réduction des rendements en manioc.

Bien qu'ils disposent parfois d'un motoculteur, ces paysans n'ont mis en
œuvre aucun système de cultures maraîchères. Avec des fonds propres insuffisants
et dans l'impossibilité de présenter les garanties exigées, ils n'ont pas accès au crédit
bancaire dont les taux sont trop élevés. La plupart des subventions offertes par les
programmes de développement de l'État leur échappent également, car il leur
faudrait pouvoir disposer des capitaux nécessaires au financement de la
contrepartie. Contrairement aux minifundistes, ces paysans "moyens" portent peu
d'intérêt au développement des cultures maraîchères en métayage avec des
agriculteurs patronaux, car leur main d'œuvre familiale est très peu disponible.

Outre les plaines d'épandage et les terrasses alluviales, environ deux tiers
des paysans IIIF disposent de surfaces agricoles sur les versants des montagnes.
Les parcelles localisées sur les bas versants sont cultivées avec de systèmes de
défriche-brûlis (avec des recrûs de courte à moyenne durée). Dans ces systèmes,
les cultures annuelles (riz pluvial, maïs) ou la culture du manioc, parfois associé au
haricot noir, sont placées en tête de rotation suivies, en succession, par la culture du
manioc (associé ou non au haricot noir), avant l'abandon au recrû. La culture du
manioc occupe une place prédominante sur les versants des montagnes, car
l'utilisation d'un motoculteur permet de surmonter en grande partie l'obstacle que
représente le transport de la matière première depuis les parcelles jusqu'aux ateliers
de transformation. Un tiers environ des paysans IIIF disposent de surfaces agricoles
sur les versants des montagnes plus éloignés des fonds de vallée dont ils exploitent
les boisements naturels de palmier.
Comme ceux des types IIIA et IIIB, ces paysans disposent d'importantes
surfaces agricoles sur les bas-fonds et sur les plaines littorales, qui représentent
entre 40 et 70% de la surface totale de leurs exploitations. La mise en valeur de ces
surfaces est semblable à celle utilisée par les paysans "moyens" du type précédent :
culture du riz pluvial avec le système de défriche-brûlis (avec des recrûs de
moyenne durée), et élevage bovin naisseur-engraisseur en plein air. Ces paysans
consacrent à la culture du riz pluvial une surface agricole utile inférieure à 6 hectares
par actif familial, et à l'élevage bovin, une surface agricole utile entre 1 et 6 hectares
par actif familial.

Tableau 44 - Les principaux systèmes de culture mis en œuvre par les paysans "moyens" IIIF
sur les versants de montagnes

Système de culture Surface agricole utile par


actif familial
(ha/actif)
- Culture de la banane (avec le système de défriche-brûlis) pendant 5 à 6 < 5,0
ans, suivie par l'abandon au recrû (durée de 8 à 10 ans)
- Culture du riz pluvial, du maïs ou du haricot noir (avec le système de < 4,0
défriche-brûlis), en succession culture du manioc associé ou non au
haricot suivie par l'abandon au recrû (durée de 3 à 5 ans)
- Culture du manioc associé ou non au haricot (avec le système de < 6,0
défriche-brûlis), en succession culture du manioc associé ou non au
haricot suivie par l'abandon au recrû (durée de 4 à 10 ans)
- Exploitation du palmier (sous couvert arboré) < 30,0
Source : Enquêtes de terrain, 1991-92.

L'élevage porcin naisseur/engraisseur comme engraisseur est présent dans la


moitié des exploitations, où il se limite à l'élevage d'une truie ou de quelques porcs
gras par an. Cette activité se justifie par la valorisation des résidus de la
transformation de banane et de manioc qu'elle permet.

En dépit d'une productivité de la terre élevée, la productivité du travail de ces


paysans "moyens" est relativement faible, notamment par rapport à celle obtenue par
les paysans IIIB, un phénomène qui reflète l'importance des activités agricoles et
d'élevage à faible valeur ajoutée (notamment l'élevage bovin et la culture du riz
pluvial) au sein de ces exploitations paysannes. D'après les enquêtes réalisées
auprès des paysans mettant en œuvre ce système de production, nous avons
calculé des productivités du travail et de la terre comprises respectivement entre
5.800 et 9.700 francs par actif familial et entre 560 et 840 francs par hectare SAU.

En ce qui concerne les besoins en main d'œuvre externe des paysans IIIF,
nous avons constaté qu'ils sont aussi élevés que ceux des paysans "moyens" IIIB.
Nous estimons qu'ils peuvent atteindre 60% de la force de travail totale employée
dans leurs exploitations. En effet, les principales activités agricoles (notamment la
culture du manioc et de la banane), mais surtout les activités de transformation de la
production agricole, se caractérisent par une importante demande en main d'œuvre,
et cela tout au long de l'année. Pour compléter leurs besoins, ces paysans
embauchent de journaliers qui sont le plus souvent des paysans manouvriers et des
minifundistes des environs.

Contrairement aux paysans IIIA et IIIB, les paysans IIIF consacrent une partie
très importante de leur force de travail totale à des activités non agricoles, soit 20 à
50%, pour 30 à 70% de leur revenu total. En effet, les paysans IIIF ont bénéficié de
certains atouts pour le développement de telles activités, notamment pour la
transformation du manioc et plus récemment, pour la transformation de la banane.
Ces paysans ont toujours joui d'une localisation privilégiée quant à l'accès aux voies
de communication, qu'elles soient fluviales ou terrestres. Aujourd'hui, leurs
exploitations sont directement desservies par les principales pistes en terre
construites depuis les années 70. Ils ont par ailleurs été largement favorisés par les
programmes de développement mis en place par le gouvernement du Paraná.
Certes, les moyens financiers alloués étaient limités, mais l'organisme de
vulgarisation agricole de l'État (EMATER) a concentré son action sur un nombre
restreint de paysans, et notamment sur les paysans "moyens" IIIF en raison de leur
localisation privilégiée, des importantes surfaces agricoles dont ils disposaient et de
leur niveau d'équipement relativement élevé.

La transformation artisanale du manioc en farine est sans doute la principale


activité des paysans "moyens" IIIF. C'est d'ailleurs dans ces exploitations que l'on
recense les ateliers de transformation de manioc les mieux équipés et les plus
performants de la région.

La majorité des ateliers appartiennent à des groupements de paysans, mais


surtout à des familles élargies. Dans ce dernier cas, les ateliers ont été reçus en
héritage et continuent à être gérés et exploités par les membres de la famille restés
sur place. La plupart de ces familles élargies regroupent entre 2 et 3 exploitations
paysannes. En revanche, les ateliers appartenant à des groupements de paysans
ont été montés sur incitation de l'organisme de vulgarisation de l'État (EMATER),
notamment depuis la fin des années 80. La plupart d'entre eux regroupent de 2 à 5
paysans voisins, sans lien de parenté direct. La presque totalité des motoculteurs
appartient à des groupements de 2 à 3 paysans "moyens" et ont été acquis grâce à
des prêts bonifiés spéciaux consentis par des organismes bancaires étatiques
pendant les années 70 et 80. Les ateliers et les motoculteurs appartenant à des
paysans de manière individuelle sont très peu courants.
Plusieurs raisons nous permettent d'expliquer l'intérêt porté par la majorité
des paysans "moyens" IIIF à la possession et à la gestion commune de ces
équipements. Ils peuvent difficilement se consacrer davantage à la transformation
du manioc en farine en raison des difficultés d'approvisionnement en matière
première dues à la fois à l'éloignement et à la faible productivité du travail des
plantations de manioc, et souvent aux importantes difficultés de transport de la
récolte. Par conséquent, ces paysans ne peuvent pas faire fonctionner en
permanence leurs ateliers. De plus, la gestion en commun des ateliers et des
motoculteurs permet de réduire leurs dépenses d'amortissement et d'entretien.

Nous avons classé les ateliers artisanaux de transformation de manioc


rencontrés dans les exploitations du type IIIF en 2 classes distinctes selon le niveau
d'équipement, la productivité du travail et la production totale annuelle (tableau 45).

Tableau 45 - Les différents types d'ateliers de fabrication de farine de manioc dont disposent les paysans
"moyens" IIIF, selon le niveau d'équipement, la productivité du travail, la production totale annuelle et la
rémunération annuelle dégagée par actif

Productivité du travail Production totale Rémunération annuelle


(Kg de farine par actif annuelle par actif
par jour) (tonnes farine (francs)
par an)
Groupe III.
Atelier motorisé (râpage, nettoyage 28 32,2 7600
et torréfaction motorisées)
Groupe IV.
Atelier motorisé (râpage, nettoyage 34 39,2 7500
et torréfaction motorisées) +
motoculteur en commun
Source : Enquêtes de terrain (1989, 1990 et 1992).

L'atelier de transformation de manioc III bénéficie d'un équipement motorisé


pour les principales opérations. Cet équipement est en général fabriqué
artisanalement dans l'exploitation. L'atelier de transformation IV est le mieux équipé.
Outre les équipements du groupe précédent, on y trouve un motoculteur pour
assurer le transport des racines depuis les plantations jusqu'à l'atelier. Ses
performances techniques sont supérieures à celles de l'atelier III, mais ne
permettent pas de dégager une rémunération du travail supérieure en raison de
l'augmentation considérable des frais d'entretien et d'amortissement, notamment du
motoculteur.

Si la disponibilité d'un motoculteur ne permet pas d'améliorer


considérablement les performances techniques et économiques des ateliers de
transformation, il permet par contre d'améliorer la productivité du travail des
opérations de récolte et du transport de la production vers l'atelier de transformation.
C'est ainsi que les paysans IIIF qui ont accès à un motoculteur peuvent
s'approvisionner plus aisément en matière première auprès des paysans des
environs. Dans ce cas, ils passent des accords de métayage avec ces derniers : en
échange de la moitié de la farine produite, ils assurent la récolte, le transport des
racines vers l'atelier et leur transformation en farine. Néanmoins, de tels accords
concernent moins d'un quart du volume de manioc utilisé annuellement dans ces
ateliers (Enquêtes de terrain, 1989- 1992).

Quel que soit leur niveau d'équipement, les ateliers de production de farine de
manioc demandent une main d'œuvre relativement importante. La transformation du
manioc en farine peut être réalisée tout au long de l'année, mais certaines périodes
y sont plus favorables. L'hiver est considéré comme la période la plus indiquée car
les racines de manioc présentent alors une concentration d'amidon plus élevée et
les températures plus fraîches limitent les risques de fermentation de la pâte tout au
long du processus de fabrication. En outre, les calendriers agricoles sont moins
chargés à cette période de l'année et la main d'œuvre familiale et externe est plus
disponible. D'après les enquêtes réalisées, nous estimons que chaque exploitant IIIF
utilise l'atelier de transformation de manioc pendant 25 à 50 jours par an pour une
production de farine de 4 à 8 tonnes.

La transformation artisanale de la banane est une activité très récente sur le


littoral nord du Paraná, car elle remonte à la fin des années 80. Cette activité trouve
son origine dans un programme de développement mis en œuvre par l'organisme de
vulgarisation agricole de l'État du Paraná (EMATER) dont objectif était d'inciter les
paysans de la région à développer la transformation artisanale de certains fruits
locaux (banane, papaye, goyave, etc.) en produits tels que confitures, pâtes et fruits
séchés. Outre un soutien technique, ce programme consistait en la donation
d'équipements pour la mise en place d'ateliers artisanaux à quelques paysans de la
région littorale. Pour la plupart, ces ateliers artisanaux se sont ensuite spécialisés
dans la transformation de banane en confiture et en pâtes de fruit, la banane étant
une matière première très abondante et de très bas coût, voir même de coût nul au
cours de certaines périodes de l'année. Les procédés artisanaux utilisés dans la
transformation de la banane confèrent également une très bonne qualité à la
production, notamment par rapport aux produits industrialisés disponibles dans le
commerce, tout en demeurant à bon marché.

Les résultats obtenus par des paysans de la région voisine de Morretes, qui
avaient quant à eux débuté plus tôt cette activité, sont à ce titre exemplaires.
Profitant des nombreux touristes visitant cette région ou la traversant pour gagner
les plages du littoral au cours de la période estivale, des boutiques de produits
artisanaux locaux se sont multipliées dans la ville de Morretes et en bordure des
principales routes. Ce débouché a incité les paysans de cette région à développer
davantage leurs activités artisanales à partir des produits agricoles locaux et la
banane a conquis une place prédominante.

Le procédé de transformation employé dans les ateliers de transformation de


banane est peu complexe. Il est fondé pour l'essentiel sur l'utilisation d'installations
et d'équipements déjà existants sur place. Les procédés de transformation reposent
sur la cuisson-évaporation et le séchage. Les ingrédients nécessaires, outre la
banane, se limitent au sucre et éventuellement au jus de citron (Porcheron - 1995, p.
43). Le plus souvent d'ailleurs, les paysans adaptent certains équipements destinés
à l'origine à la production de la farine de manioc. Ainsi par exemple, les chaudrons
en cuivre sont mécanisés pour assurer le mélange en continu. D'une manière
générale, l'équipement de base de ces ateliers artisanaux consiste en un ou deux
chaudrons en cuivre (chauffés au bois ou au gaz), en une cuisinière à gaz, une table
et une balance.

Contrairement aux ateliers de transformation de manioc, la presque totalité de


ces ateliers appartiennent à un paysan qui en assure la gestion, et non à un groupe
d'individus. Cette situation s'explique probablement par l'orientation donnée par
l'EMATER, qui incitait le développement individuel des ateliers de transformation.
Seul l'atelier artisanal de l'Association des Producteurs de Batuva est géré de
manière associative.

La production est commercialisée directement sur les marchés des villes du


littoral centre et sud (Paranaguá, Antonina, Morretes, ainsi que de certaines villes
balnéaires), ou livrée à des commerçants. Ceux-ci commercialisent ces produits
dans des petites boutiques installées dans les principales villes et le long des
principales routes de la région.

La transformation de la banane figure parmi les activités non agricoles les


mieux rémunérées de la région, puisqu'elle fournit environ 20.000 francs par actif et
par an. Cependant, les difficultés rencontrées dans l'écoulement de la production
n'incitent pas les paysans IIIF à s'y consacrer davantage ou à se spécialiser dans
cette activité. La plupart d'entre eux sont confrontés à une importante irrégularité de
la demande, à des problèmes de transport et surtout à la concurrence de plus en
plus vive des producteurs des régions voisines. Dans ces conditions, ils se
contentent d'une matière première composée des pertes ou des bananes non
commercialisées, sans pour autant se soustraire au marché de la banane "in
natura". Les enquêtes nous ont permis d'estimer que chaque atelier de
transformation de la banane fonctionne entre 50 et 70 journées par an pour une
production comprise entre 2 et 3 tonnes de pâtes de banane.

Ces exploitants ne réalisent pas la cueillette du palmier à cause de leur


éloignement de la région montagneuse. Le plus souvent, ils se limitent à la mise en
conserve artisanale et clandestine du cœur de palmier récolté sur leurs propres
parcelles. Sporadiquement, certains d'entre eux proposent également leurs services
à l'aide du motoculteur (transport pour des tiers, préparation de parcelles, etc.).

1.2. Modélisation des résultats économiques des principaux systèmes de


production

La typologie présentée ci-dessus nous a permis d'identifier les systèmes de


production les plus importants et les plus représentatifs mis en œuvre par les
exploitants agricoles sur le littoral nord du Paraná. Le recours à la modélisation a
exigé une caractérisation économique plus approfondie de ces systèmes de
production, réalisée par une série d'enquêtes approfondies auprès d'un certain
nombre d'exploitants agricoles préalablement sélectionnés. Ainsi, entre 1990 et
1992, 110 enquêtes approfondies ont été réalisées auprès d'exploitants agricoles.
Les résultats dégagés par ces enquêtes constituent la base de données de la
présente étude (les principaux résultats de ces enquêtes figurent dans l'annexe 9).

Ces enquêtes ont permis de cerner les caractéristiques techniques et


économiques de chaque système de production et de dresser un modèle
représentatif de chaque type d'exploitation agricole. Il ne s'agit pas pour autant
d'établir une moyenne parfaite ou de dresser une courbe de régression en fonction
des données recueillies. Car ces dernières reflètent également des modifications
conjoncturelles de comportement et fausseraient ainsi tout essai de modélisation :
une mauvaise récolte, des problèmes de santé ou familiaux peuvent induire de
sensibles variations dans la composition du capital et les résultats économiques
(Léonard - 1991, p. 228).

Nous n'avons pas non plus pris en considération les moyennes des valeurs
rencontrées auprès des représentants de chaque type, ni les régressions linéaires
sur le nuage de points de celles-ci, car elles pouvaient compromettre la cohérence
interne des systèmes de production. Nous avons donc tenté de dresser les limites
de systèmes de production cohérents, en respectant les orientations économiques
et les composantes techniques des exploitations de chaque type (Léonard - 1991, p.
228). En prenant en considération ces arguments, nous avons construit un modèle
mathématique pour chaque type identifié lors de la mise en œuvre de la typologie de
systèmes de production.

Nous avons ainsi pu établir un lien linéaire entre certains critères


économiques (Valeur Ajoutée et Revenu) et les surfaces agricoles exploitées. Pour
cela, ont été utilisées les équations suivantes :

VA/ actif = a SAU/ actif - b


Rev/ actif = a SAU/ actif - b
pour la paysannerie (I, II et III) et les agriculteurs patronaux (IV) et .....
VA = a SAU - b
Rev = a SAU - b
pour les néolatifundias (V).

où le coefficient a reflète l'intensité d'exploitation de l'exploitation agricole et b


l'importance des équipements et des installations.

Une telle formulation a permis de représenter graphiquement l'évolution des


critères économiques en fonction de la superficie agricole par actif familial ou par
exploitant pour chacun des systèmes de production préalablement définis. Nous
obtenons ainsi pour chaque système de production un segment de droite, limité par
la fourchette de superficie que chaque actif familial ou exploitant peut exploiter grâce
aux moyens de production dont il dispose (Léonard - 1991, p. 229).

Néanmoins, quelques remarques s'imposent.

Tout d'abord, en ce qui concerne la représentation graphique du revenu par


actif familial dégagé par chaque type de système de production développé par la
paysannerie. En effet, nous avons constaté que la plupart des activités non
agricoles pratiquées par la paysannerie sont confrontées à une importante
instabilité. Cette situation, comme nous l'avons vu précédemment, est étroitement et
principalement liée à d'importantes variations au niveau de la rigueur de l'application
de la politique environnementale. Afin de pouvoir restituer la complexité des
situations qui en découlent, nous avons choisi de représenter le revenu de chaque
catégorie sociale concernée par cette situation (à savoir les manouvriers et les
minifundistes) par deux segments de courbe distincts. Les segments inférieurs (IA,
IB, IIJ, et IIM) ont été calculés en considérant que les exploitants ont été contraints
de vendre leur force de travail en réalisant des activités non agricoles dont la
rémunération du travail est moindre. En revanche, les segments supérieurs (IA', IB',
IIJ' et IIM') ont été calculés en considérant que les exploitants sont parvenus à
vendre leur force de travail en réalisant des activités non agricoles dont la
rémunération est supérieure, c'est-à-dire la cueillette et la transformation clandestine
du cœur de palmier.

De même, nous avons choisi de représenter par deux segments de courbe


distincts la valeur ajoutée et le revenu dégagé par les néolatifundias, dont le mode
d'exploitation du milieu est fondé sur l'élevage de buffles en plein air (type VA). Nous
avons adopté une double représentation de ces critères économiques afin de mettre
en évidence certaines particularités de la gestion de ces néolatifundias. En effet, les
enquêtes de terrain réalisées auprès des néolatifundias VA ont révélé que ces
exploitants avaient réduit, parfois même arrêté, le renouvellement de leurs
équipements et de leurs installations. Les segments de courbe inférieurs (VA) ont
été calculés en partant de l'hypothèse que l'amortissement du capital fixe disponible
dans les néolatifundias VA a été pris en compte dans sa totalité. Par contre, les
segments de courbe supérieurs (VA') ont été calculés en prenant en compte que
l'amortissement du capital fixe a été réduit à environ un tiers.

Enfin, les différents systèmes de production ont été classés par rapport aux
critères de pérennité et de reproductibilité. Pour cela, nous avons fait appel à la
notion de "seuil de reproduction". Nous considérons le "seuil de reproduction"
comme le niveau de revenu en dessous duquel il n'est plus possible, pour un
exploitant agricole, d'assurer à la fois le renouvellement du capital d'exploitation et la
subsistance de sa famille (Dufumier - 1996, p. 346). Pour la paysannerie, le "seuil
de reproduction" correspond au revenu qu'un actif doit dégager pour assurer sa
propre reproduction sociale (alimentation, habillement, dépenses en médicaments,
entretien de la maison, etc.), des inactifs à sa charge ainsi que du capital
d'exploitation (outillage agricole, bâtiments agricoles, etc.). Ce seuil a été fixé en
prenant en compte le revenu annuel moyen d'un salarié agricole permanent dans la
région. Il se situe à environ 6.000 francs.

En revanche, pour les agriculteurs patronaux et les néolatifundiaires dont


l'objectif consiste à rentabiliser au mieux leur capital, nous avons fixé ce seuil sur la
base du taux d'intérêt des placements financiers. Ainsi, ils atteignent le "seuil de
reproduction" lorsque le taux de profit annuel dégagé par leurs exploitations est au
moins égal à celui obtenu par des placements financiers. Étant donné que la
politique monétaire brésilienne au cours de cette période a été marquée par des
mesures anti-inflationnistes en partie fondées sur des taux d'intérêt très élevés, nous
avons fixé ce seuil entre 20 et 30%.

Les résultats économiques et la modélisation des systèmes de production


identifiés dans le littoral nord du Paraná figurent dans l'annexe 10.

- Les systèmes de production des manouvriers

Nous avons représenté les systèmes de production des manouvriers de la


manière suivante - tableau 46 (ces modèles sont illustrés dans les figures 24 et 25) :

Tableau 46 - Systèmes de production des manouvriers

Type SAU/ actif Valeur Ajoutée par actif familial Revenu par actif familial
fam. (en francs) (en francs)
IA 0,2 à 0,4 VA/actif = 1360 SAU/actif - 80 Rev/actif = 11600 SAU/actif - 80
et
Rev'/actif = 26000 SAU/actif - 80
IB 1,2 à 2,4 VA/actif = 940 SAU/actif - 170 Rev/actif = 2350 SAU/actif - 170
et
Rev'/actif = 4450 SAU/actif - 170

Les activités agricoles réalisées par ces paysans sont destinées


essentiellement à l'autoconsommation (jardin de case, culture du manioc), mais
dégagent une valeur ajoutée relativement importante. Cependant, la productivité du
travail de ces activités demeure faible, et cela malgré leur tendance à une rapide
progression avec l'augmentation de la taille de la surface cultivée. Cette situation
s'explique par la taille très réduite des exploitations. Le capital immobilisé dans ces
exploitations est très faible puisqu'il se limite à un équipement manuel. Ces paysans
sont contraints pour survivre de recourir à des activités non agricoles, et notamment
à la cueillette du cœur de palmier qui permet presque de doubler le revenu par actif
par rapport au salariat. Ils consacrent plus de 70% de leur force de travail à ces
activités.

Nous avons constaté que les manouvriers des types I.A. et I.B. ne
parviennent pas à atteindre le seuil de reproduction par les seules activités agricoles
ou par la transformation manuelle du manioc, le salariat ou des activités non
agricoles secondaires (pêche, artisanat, etc.). Pour pouvoir atteindre ce seuil, ils
doivent réaliser, au moins partiellement, la cueillette et la transformation clandestine
du cœur de palmier. Nous estimons que cette situation concerne environ 37% des
exploitants de la région.
- Les systèmes de production des paysans minifundistes

Nous avons représenté les systèmes de production minifundistes de la


manière suivante - tableau 47 (ces modèles sont illustrés dans les figures 24 et 25) :

Tableau 47 - Systèmes de production des paysans minifundistes

Type SAU/ actif Valeur Ajoutée par actif familial Revenu par actif familial
familial (en francs) (en francs)
IIJ 3,5 à 7 VA/actif = 550 SAU/actif - 200 Rev/actif = 950 SAU/actif - 200
et
Rev'/actif = 1600 SAU/actif - 200
IIM 4à7 VA/actif = 1120 SAU/actif - 200 Rev/actif = 1370 SAU/actif - 200
et
Rev'/actif = 2040 SAU/actif - 200
IIV 4 à 6,5 VA/actif = 820 SAU/actif - 270 Rev/actif = 1500 SAU/actif - 270

En ce qui concerne les minifundistes IIJ, ils disposent de surfaces agricoles


plus importantes que la catégorie précédente mais ces surfaces sont situées le plus
souvent sur des bas-fonds. La seule activité agricole qu'ils peuvent y réaliser est la
culture du riz pluvial qui ne dégage qu'une très faible productivité du travail. Ces
exploitants disposent d'un capital immobilisé faible car leur équipement est
essentiellement manuel. Le recours au travail non agricole demeure indispensable
pour leur survie, et ils y consacrent entre 30 et 70% de leur force de travail. Enfin,
ces paysans ne peuvent se satisfaire du salariat et sont contraints de cueillir et de
transformer artisanalement le cœur de palmier pour atteindre le seuil de
reproduction.

Les paysans IIM disposent d'une taille d'exploitation semblable à celle du type
IIJ mais ont accès à des surfaces agricoles plus importantes sur les plaines
d'épandage de crues et sur les terrasses alluviales. Ils ont ainsi la possibilité de
développer des activités agricoles qui dégagent une productivité du travail plus
élevée (comme le manioc et surtout la banane). Par conséquent, ils sont capables
de doubler la productivité du travail par actif de leurs activités agricoles par rapport
aux paysans type IIJ. Leur capital immobilisé est semblable à celui du type IIJ. Ces
paysans sont obligés de vendre leur force de travail pour atteindre le seuil de
reproduction. Néanmoins, ils peuvent l'atteindre uniquement avec des activités
salariales sans être dépendants de la cueillette et de transformation du cœur de
palmier.
Les paysans IIV disposent d'une taille d'exploitation semblable à celles des
types IIJ et IIM mais ont accès à des surfaces agricoles relativement importantes sur
toutes les unités de milieu naturels. Ils peuvent ainsi développer des activités
agricoles qui dégagent une productivité du travail plus élevée (la banane et surtout
le manioc). La productivité du travail par actif familial de leurs activités agricoles est
inférieure à celle des paysans IIM, mais demeure toutefois relativement élevée. Le
capital immobilisé est plus important et permet une amélioration significative de la
productivité du travail des activités agricoles. Comme les paysans minifundistes
précédents, ces paysans doivent vendre leur force de travail pour atteindre le seuil
de reproduction. La principale activité non agricole des paysans IIV est la
transformation du manioc en farine, une activité caractérisée par une rémunération
du travail relativement élevée.

Nous pouvons donc affirmer que pour environ la moitié des exploitants
minifundistes (soit 17% des exploitants de la région), la cueillette et la transformation
du cœur du palmier est une activité non agricole indispensable pour atteindre le
seuil de reproduction. L'épuisement progressif des ressources en palmier et
l'intensification de la répression de la part des autorités risquent d'affecter
considérablement la survie de ces paysans.

- Les systèmes de production des paysans "moyens"

Le tableau ci-dessous représente les systèmes de production des paysans


"moyens" - tableau 48 (ces modèles sont illustrés dans les figures 24 et 25) :

Tableau 48 - Systèmes de production des paysans "moyens"

Type SAU/ actif Valeur Ajoutée par actif familial Revenu par actif familial
familial (en francs) (en francs)

IIIA 10 à 18 VA/actif = 440 SAU/actif - 950 Rev/actif = 460 SAU/actif - 950

IIIB 12 à 21 VA/actif = 850 SAU/actif - 440 Rev/actif = 880 SAU/actif - 440


IIIF 8 à 16 VA/actif = 810 SAU/actif - 1260 Rev/actif = 1300 SAU/actif - 1260

Ces paysans "moyens" IIIA disposent d'importantes surfaces agricoles qui


sont cependant pour la plupart localisées dans les bas-fonds. Par conséquent, les
activités agricoles qu'ils sont à même de réaliser (élevage bovin, culture du riz
pluvial) ne dégagent qu'une faible productivité du travail. Le bas niveau des revenus
dégagés dans ces exploitations est le reflet des difficultés qu'ils rencontrent pour
vendre leur force de travail. En effet, ces paysans se sont spécialisés dans des
activités non agricoles (prestation de services à l'aide de tronçonneuse,
entrepreneur de travaux agricoles), dont les débouchés sont aujourd'hui très limités
sur le littoral nord du Paraná, notamment en raison de l'application de la politique de
protection de l'environnement. Le capital immobilisé est relativement élevé en raison
de l'importance des équipements et des installations nécessaires aux activités non
agricoles et à l'élevage bovin. Le revenu dégagé par la plupart des paysans
"moyens" IIIA se situe autour du seuil de reproduction.

Ces paysans "moyens" IIIB disposent de plus vastes surfaces agricoles dans
les plaines d'épandage de crues et ont ainsi la possibilité de développer davantage
la culture de la banane (une activité agricole qui dégage une productivité du travail
très élevée). C'est d'ailleurs en grande partie pour cette raison que la valeur ajoutée
créée est très proche du revenu dégagé dans ces exploitations. En effet, ces
exploitants consacrent relativement peu de main d'œuvre aux activités non agricoles
(moins de 10% de la force de travail totale). La cueillette et la transformation du
cœur de palmier sont les principales activités non agricoles réalisées par ces
paysans. Le capital immobilisé le moins important se rencontre parmi ces paysans
"moyens", les équipements et installations nécessaires étant très simples et peu
coûteux. Ces paysans se situent au dessus du seuil de reproduction et disposent
d'une marge d'accumulation significative. Cependant, le revenu dégagé par ces
paysans provient essentiellement des activités de cueillette et de transformation du
cœur de palmier.

Tout en disposant de plus faibles surfaces cultivables, les paysans IIIF


dégagent la valeur ajoutée la plus élevée parmi les paysans "moyens". En effet,
ceux-ci ont accès à des surfaces agricoles dans les plaines d'épandage de crues,
sur les bas versants de montagnes mais surtout sur les terrasses alluviales. Ils ont
ainsi la possibilité de développer des activités agricoles qui dégagent une
productivité du travail très élevée comme la culture de la banane mais surtout celle
du manioc. C'est d'ailleurs pour cette raison que la valeur ajoutée générée par ces
exploitants progresse très rapidement avec l'augmentation de la surface cultivée. Le
revenu tiré de ces activités est sans doute le plus élevé parmi les paysans "moyens"
car leurs activités non agricoles se caractérisent par une rémunération très élevée.
Ces paysans sont donc, parmi les paysans "moyens", ceux qui consacrent le plus de
temps aux activités non agricoles (entre 20 et 50% de leur force de travail totale).
Leur capital immobilisé est le plus élevé parmi la paysannerie car leurs équipements
et installations sont les plus performants et coûteux. Ces paysans se situent au
dessus du seuil de reproduction et disposent de la marge d'accumulation la plus
importante parmi la paysannerie.
Nous avons pu estimer que l'ensemble des paysans IIIA, c'est-à-dire environ
3% des exploitants de la région, éprouvent des difficultés à atteindre le seuil de
reproduction. Étant donné la poursuite de la mise en place de la politique de
protection de l'environnement, nous pouvons affirmer que la reproduction à moyen
terme de la plupart des exploitations IIIA n'est pas assurée. En raison de la faible
importance des activités de cueillette et de transformation du cœur de palmier pour
les paysans IIIB, la crise de la filière du palmier ne risque pas de fragiliser leurs
exploitations. L'importance de leurs activités agricoles représente une réelle sécurité
face à cette situation. En revanche, les paysans IIIF parviennent assez facilement à
atteindre le seuil de reproduction. Leur système de production dégage une valeur
ajoutée élevée, il est essentiellement fondé sur des activités agricoles et de
transformation artisanale (notamment du manioc et de la banane).

- Le système de production des agriculteurs patronaux

Le système de production des agriculteurs patronaux est représenté de la


manière suivante - tableau 49 (cf. également les figures 24 et 25) :

Tableau 49 - Système de production des agriculteurs patronaux

Type SAU/ actif Valeur Ajoutée par actif familial Revenu par actif familial
familial (en francs) (en francs)
IV 2,5 à 4 VA/actif = 12700 SAU/actif - 15000 Rev/actif = 12400 SAU/actif - 15000

Le système de production mis en place par les agriculteurs patronaux dégage


une valeur ajoutée très élevée dans la mesure où il est fondé essentiellement sur
des activités agricoles qui présentent une productivité du travail très élevée, comme
les cultures maraîchères, du gingembre et du fruit de la passion/ chayotte. Et cela
en dépit de l'importance du capital immobilisé dans ces exploitations (plus de 10 fois
supérieur à la moyenne du capital immobilisé pour les paysans "moyens").

Le revenu de ces exploitations croît très rapidement avec la surface malgré


une importante utilisation de main d'œuvre externe (entre 40 et 90% de la force de
travail total). En outre, ces agriculteurs tirent une rente des parcelles qu'ils ont en
métayage avec des paysans minifundistes de la région, une situation qui leur
confère une marge d'accumulation très importante. Nous avons pu estimer que le
taux de profit moyen (soit environ 20%) leur permet d'atteindre le seuil de
reproduction fixé pour les exploitants capitalistes. Ceci se traduit dans la pratique
par une expansion constante des surfaces cultivées, aussi bien en faire valoir direct
qu'indirect, et par une importante disponibilité en fonds propres (pour
l'autofinancement de la plupart des activités agricoles mais également pour des
investissements en équipements et en installations de production).

- Les systèmes de production des néolatifundias

Le tableau ci-dessous représente les systèmes de production des


néolatifundiaires - tableau 50 (ces modèles sont illustrés dans les figures 26 et 27) :

Tableau 50 - Systèmes de production des néolatifundiaires

Type SAU/ Valeur Ajoutée par exploitation Revenu par exploitation


exploitation (en francs) (en francs)
VA 70 à 700 VA = 200 SAU - 15300 Rev = 34 SAU - 15300
ou ou
VA' = 200 SAU - 4400 Rev' = 34 SAU - 4400
VB 400 à 1700 VA = 30 SAU - 700 Rev = 10 SAU - 700

Avec des surfaces en pâturages inférieures à 700 hectares, les néolatifundias


VA sont les moins étendus de leur catégorie. Le système de production est fondé
sur l'élevage de buffles en plein air. En dépit d'une productivité du travail
relativement faible, ce système permet encore de dégager une valeur ajoutée
nettement positive, un phénomène qui s'explique pour l'essentiel par la taille des
exploitations et par la réduction, voir l'arrêt du renouvellement de l'outil de production
(entretien limité des infrastructures, non renouvellement des installations d'élevage,
etc.). Également, depuis le milieu des 80, ces exploitations ont été fortement
touchées par l'application de la politique de protection de l'environnement qui a
interdit l'agrandissement des pâturages et l'expansion des élevages de buffles. Ces
exploitations sont donc aujourd'hui pénalisées par des charges structurelles trop
importantes par rapport à leur taille réelle, et par des installations et des
infrastructures de production surdimensionnées.
De fait, leurs frais de gestion sont très élevés. Néanmoins en prenant en
compte la réduction considérable du renouvellement de l'outil de production, le
revenu dégagé par la plupart des néolatifundias est positif. Ceci permet à ces
exploitants de présenter un taux de profit moyen d'environ 10% qui se situe
néanmoins en dessous du seuil de reproduction fixé pour les exploitations
capitalistes.

Les néolatifundias V.B mettent en œuvre un système de production fondé


exclusivement sur l'exploitation du palmier Euterpe edulis sous couvert arboré et,
dans ce sens, il n'ont pas été directement concernés par la politique
environnementale. Ils présentent les superficies les plus étendues avec 400 à 1.700
hectares.

Le système de production se caractérise par une très faible productivité de la


terre, des charges proportionnelles presque nulles, un capital immobilisé
relativement faible et une production très valorisée sur le marché (le cœur de
palmier). Ces caractéristiques permettent à ces néolatifundias de dégager une
valeur ajoutée qui varie certes lentement avec la taille de l'exploitation, mais qui
reste cependant nettement positive. Ce système de production présente un revenu
faible mais toujours positif quelle que soit la surface de l'exploitation. En prenant en
compte le faible capital immobilisé, nous avons pu estimer le taux de profit moyen à
environ 30%, ce qui permet à ces exploitations de dégager un taux de profit à peu
près équivalent au seuil de reproduction fixé pour les exploitants capitalistes.

Nous avons pu estimer que la majorité des néolatifundias dégagent des


résultats économiques positifs. Cependant, ceux dont le système de production est
fondé sur l'élevage de buffles (VA) méritent une analyse plus détaillée. Ces
exploitants atteignent en effet ce niveau de performance en réduisant
considérablement le renouvellement de l'outil de production. Nous estimons donc
qu'ils ne sont pas reproductibles et sont amenés à disparaître à moyen terme. Plus
de 40% des néolatifundias (soit l'ensemble des exploitations type VA, c'est-à-dire
environ 6% des exploitants de la région) sont concernés par cette situation.
2. Une société agraire marquée par d'importantes inégalités

2.1. Développement différentiel et crise paysanne : une paysannerie à deux


vitesses ?

L'étude de l'évolution du système agraire régional depuis la fin des années 60


et les résultats dégagés par la modélisation des systèmes de production révèlent
assez nettement l'importance du processus de différentiation socio-économique à
l'intérieur de la paysannerie. Avant tout, il convient d'admettre que ce processus
n'est pas nouveau sur le littoral nord du Paraná puisqu'il a été observé, certes avec
une moindre intensité, tout au long des différentes étapes qui ont marqué l'évolution
de ce système agraire. Comme nous avons pu le voir précédemment, ce processus
de différenciation est étroitement lié à un long processus d'accumulation du capital
et des moyens de production au sein d'une société essentiellement paysanne.

Cependant, depuis une trentaine d'années, des profonds bouleversements


ont contribué à modifier la dynamique de l'évolution du système agraire régional :
installation des néolatifundias, amélioration des voies des communication et surtout
mise en place de la politique de protection de l'environnement. Une nouvelle
dynamique agraire face à laquelle les différentes catégories de paysans n'ont pas la
même capacité de réponse et d'adaptation. Cette situation a conduit la paysannerie
à adopter des comportements très divers. Les paysans "moyens" ont pu intensifier
progressivement leur emprise sur les activités économiques les plus rémunératrices
et stables. En revanche, les manouvriers et la majorité des minifundistes ont été
contraints de s'enfoncer davantage dans un processus de prolétarisation. Dès lors,
un constat s'impose : la nouvelle dynamique agraire tend inexorablement à aggraver
le processus de différenciation socio-économique à l'intérieur de cette paysannerie.
- L'exclusion socio-économique des paysans manouvriers et minifundistes
s'accentue

L'analyse des relevés de terrain, de la typologie et des résultats dégagés par


la modélisation des systèmes de production nous a permis de constater un certain
nombre de phénomènes concernant les manouvriers et les paysans minifundistes.

Tout d'abord, ces catégories sociales disposent de moyens de production très


limités. Leurs surfaces agricoles ne dépassent pas quelques hectares et sont
localisées en grande partie sur des unités de milieu naturel caractérisées par
d'importantes restrictions d'usage, comme les versants des montagnes et les bas-
fonds. La plupart d'entre eux disposent d'un équipement et d'un outillage manuel
peu spécialisés, avec une très faible productivité du travail. La vente de leur force de
travail se limite donc à des activités non agricoles le plus souvent marquées par une
faible rémunération (comme le salariat, la transformation manuelle du manioc) ou
par une importante instabilité (comme la cueillette et transformation du cœur de
palmier et la pêche artisanale).

Ces exploitants affrontent donc de sérieuses difficultés pour assurer leur


survie. Pour la plupart d'entre eux, la cueillette et la transformation clandestine du
cœur de palmier est la seule activité permettant d'atteindre le seuil de reproduction.
Étant donné l'importance des contraintes qui caractérisent cette activité, il nous
paraît évident que la capacité d'accumulation à moyen et long terme de ces paysans
est très aléatoire, voire même nulle. D'ailleurs, les enquêtes sur la reconstitution de
la trajectoire des exploitations paysannes ont confirmé ce phénomène (enquêtes
auprès de 32 exploitants appartenant à la catégorie des paysans "moyens"),
puisqu'elles ont montré qu'il n'existait aucun ancien manouvrier ou paysan
minifundiste parmi les actuels paysans "moyens" (Enquêtes de terrain,1991-1992).

- un impact nuancé de la politique environnementale sur le mode


d'exploitation du milieu de la petite paysannerie

La mise en place, à partir de 1982, de la politique de protection de


l'environnement a eu des impacts importants sur les manouvriers et les paysans
minifundistes et sur leurs systèmes de production. Ces impacts sont directs (en ce
qui concerne les activités agricoles, la chasse, la cueillette du cœur de palmier et
d'autres ressources forestières), ou indirects (réduction des opportunités de travail
dans les néolatifundias, etc.). En outre, les mesures instaurées ont entraîné
l'adoption de nouveaux comportements pour faire face aux nouvelles contraintes
imposées (voir annexe 11).

D'une manière générale cependant, l'impact de cette politique


environnementale sur les systèmes de production mis en œuvre par la petite
paysannerie a été très nuancé. Ses activités agricoles ont été peu ébranlées car
elles sont le plus souvent fondées sur des systèmes de défriche-brûlis avec des
recrûs de courte durée. En outre, ces paysans exploitent des surfaces agricoles
relativement peu importantes sur les versants de montagnes, qui représentent
vraisemblablement l'unité de milieu naturel la plus touchée par les mesures
environnementales (tableau 51).

Tableau 51 - Répartition des exploitations des paysans manouvriers et minifundistes selon l'importance de la
surface agricole utile par actif localisée sur les versants de montagnes (en %)

Moins de 30% de la SAU par Entre 30% et 60% de la SAU Plus de 60% de la SAU par
actif localisée sur les versants par actif localisée sur les actif localisée sur les versants
versants

59% 27% 14%


Source : D'après un échantillonnage de 58 exploitations (Enquêtes de terrain, 1991-92).

Néanmoins, les quelques parcelles situées sur les versants de montagnes et


cultivées avec la banane selon le système de défriche-brûlis ont été brutalement
affectées. En effet, la législation environnementale a interdit la coupe de toute
végétation arborée (correspondant dans cette région à une végétation secondaire de
plus de 5-6 ans d'âge) sur les versants de montagnes. En raison des faibles apports
en fertilisants que ces parcelles reçoivent par les eaux de ruissellement, la
reconstitution de la biomasse par la végétation arborée, puis sa libération lors du
brûlis, constitue le principal mécanisme de reproduction de la fertilité et dans ces
conditions, l'interdiction de défricher cette végétation s'avère un obstacle
insurmontable à la poursuite de la culture de la banane. Les paysans disposant des
parcelles les plus visibles et les plus facilement repérables par les organismes de
protection de l'environnement sont contraints d'abandonner leur exploitation. En
revanche, ceux dont les parcelles sont plus difficilement repérables continuent à
cultiver la banane de façon clandestine ou mettent en place des systèmes de culture
avec des recrûs moins âgés (avec des cultures annuelles ou bisannuelles). Mais
dans un cas comme dans l'autre, ces pratiques agricoles se traduisent par une
augmentation de l'impact sur l'environnement. Elles entraînent une accroissement
de l'érosion et affectent la biodiversité (aussi bien dans le cas de l'utilisation de
recrûs arborés qu'arbustifs).

L'interdiction de défricher en bordure des cours d'eau n'affecte pas quant à


elle les quelques parcelles cultivées avec de la banane ou du maïs en défriche-
brûlis, car les organismes de protection de d'environnement font preuve d'une
certaine tolérance vis-à-vis des contrevenants.

Mais la politique environnementale concerne directement la plupart des


activités non agricoles développées par la petite paysannerie qui sont, à l'exception
de la transformation artisanale du manioc et de la banane, fondées pour l'essentiel
sur des activités de collecte. C'est le cas notamment de la cueillette du cœur de
palmier et des produits forestiers, de la chasse et de la pêche, autant d'activités
indispensables à sa survie et à sa reproduction sociale, comme nous avons pu le
voir précédemment. La chasse, la cueillette et la transformation du cœur de palmier
constituent sans aucun doute les activités les plus sévèrement réprimandées : elles
ont été déclarées illégales et leur pratique est sévèrement réprimée, alors qu'elles
constituent depuis longtemps les principales activités économiques de la petite
paysannerie. Cette situation est ainsi responsable de l'intensification de la
dépendance des paysans vis-à-vis des conserveries industrielles et des
intermédiaires qui sont désormais les seuls à pouvoir "légaliser" le produit de la
cueillette clandestine de palmier. Dans ce contexte, les paysans ne peuvent que se
soumettre aux conditions d'achat, souvent très défavorables, qui leur sont imposées.

L'interdiction de la chasse se répercute surtout au niveau de la subsistance


des paysans car elle fournissait, notamment aux plus démunis, une partie de leur
ration protéique. La restriction imposée à la cueillette des produits forestiers (bois,
fibres, etc.) et le raccourcissement de la période de pêche en estuaire
compromettent toute possibilité de diversifier leurs activités non agricoles (artisanat,
vente de produits halieutiques, etc.).

Paradoxalement, les mesures concernant les activités non agricoles ont


engendré une accélération du processus de dégradation des ressources naturelles.
En effet, et malgré l'importance des moyens logistiques dont ils disposent, les
organismes de protection de l'environnement ne sont pas en mesure de faire
respecter l'ensemble de la législation sur les ressources naturelles. Contrairement
aux activités agricoles, ces activités sont très difficiles à surveiller : les espaces
concernés sont très vastes et la plus grande partie de la région présente des
difficultés d'accès considérables. Face à cette situation, les paysans ne se soucient
plus guère des mécanismes de reproduction ou de gestion des ressources en
question. Ainsi par exemple, la chasse est pratiquée dès que l'occasion se présente
et à n'importe quel moment de l'année, sans distinction d'âge et de sexe du gibier. Il
va de même pour la pêche, la cueillette du cœur de palmier et d'autres produits
forestiers. Par conséquent, nous pouvons considérer que paradoxalement, ces
mesures de protection peuvent engendrer à terme la disparition effective de
certaines espèces de la faune et la flore locale.

Quoiqu'il en soit, il paraît évident que cette situation contribue à déstabiliser


encore davantage le mode d'exploitation du milieu mis en œuvre par cette
paysannerie. En effet, ces paysans restent non seulement dépendants des activités
dont l'accès est précaire et aléatoire, mais en plus, ils sont confrontés
quotidiennement au risque de sévères punitions (amendes, confiscation de la
production, emprisonnement). Ainsi, cette situation contribue à rendre cette
paysannerie encore plus vulnérable par rapport à des contraintes externes (aléas
climatiques, maladie, etc.).

-une dépendance sans cesse croissante vis-à-vis de la cueillette et de la


transformation clandestine du cœur de palmier

Comme nous l'avons vu, la cueillette et la transformation du cœur de palmier


constituent depuis longtemps les principales activités économiques de la petite
paysannerie à permettre à la plupart d'entre eux d'atteindre le seuil de reproduction.
Tout porte à croire que cette situation de dépendance s'accentuera dans les années
à venir. La politique de protection de l'environnement est largement responsable de
cette situation, notamment en réduisant considérablement les opportunités de travail
chez les néolatifundiaires. En outre, les activités agricoles sont soumises à des
contrôles plus rigides et systématiques que les activités de collecte. Il est évident
que cela incite la petite paysannerie à délaisser quelque peu les activités agricoles
pour se consacrer davantage à des activités fondées sur la collecte. Parmi celles-ci,
la pêche mais surtout la cueillette et la transformation clandestine du cœur de
palmier - difficilement repérables, d'une très courte durée, à forte valeur ajoutée et
dont la production est aisément transportable -, sont largement favorisées.

En outre, la plus grande partie de cette paysannerie n'a pu accéder à de


nouvelles activités, qu'elles soient agricoles ou de transformation des produits
agricoles et de collecte. L'adoption de nouveaux systèmes de culture (avec
préparation superficielle du sol à l'aide d'un motoculteur pour les cultures de manioc,
de maïs et de haricot, ou pour les cultures maraîchères), la motorisation des ateliers
de fabrication de farine de manioc (pour la râpe et la torréfaction de la farine) ou le
développement de la transformation artisanale et la commercialisation de certains
produits agricoles comme les fruits, requièrent des investissements que les
systèmes de production actuels des petits paysans ne permettent pas de financer.
De tels investissements sont en effet 2 à 4 fois supérieurs à ceux nécessaires dans
les conditions actuelles.

La structure foncière dans la région constitue également un obstacle


difficilement surmontable. Environ 50% des petits paysans sont des manouvriers et
disposent d'une surface agricole inférieure à 2,4 hectares par actif familial. En outre,
une partie considérable des surfaces agricoles dont la petite paysannerie dispose
est localisée dans les bas-fonds et sur les versants de montagnes. Elles sont
caractérisées par leur faible aptitude culturale (sols humides et mal drainés ou peu
profonds et éloignés des voies de communication) et souvent soumises à de fortes
restrictions d'usage par la politique de protection de l'environnement, des conditions
qui empêchent par ailleurs la plupart d'entre eux d'envisager, même à long terme, le
développement des cultures maraîchères en métayage avec des agriculteurs
patronaux.

Les quelques programmes de développement mis en place dans la région


depuis le début des années 80 n'ont pas modifié pour autant cette situation. En
effet, de portée très modeste, ils ont davantage privilégié d'autres catégories
sociales : face à la limitation des ressources financières allouées, les acteurs du
développement local ont délibérément concentré leurs actions sur un nombre
relativement limité d'exploitations agricoles et le plus souvent, ces actions ont profité
à des paysans "moyens" et à des agriculteurs patronaux.

L'analyse de quelques petits paysans ayant bénéficié de la donation de


certains équipements de transformation du manioc est exemplaire à plusieurs
regards. Malgré une amélioration considérable de la productivité du travail dans
leurs ateliers de transformation de manioc, ces paysans n'ont pas développé
davantage la production de farine de manioc. Ils disposent en effet le plus souvent
de surfaces agricoles insuffisantes et le système de culture mis en œuvre pour la
production du manioc (système de défriche-brûlis suivie par une préparation
superficielle manuelle avec recrû de 2 à 4 ans) exige d'importants investissements
en travail, et cela sur une période supérieure à un an et demi. L'état de
paupérisation de ces paysans est tel qu'ils ne peuvent se permettre d'abandonner
leurs activités non agricoles quotidiennes (notamment salariat comme journaliers,
pêche ou cueillette du cœur de palmier) au profit de la culture du manioc.
- Un important impact de la politique environnementale et la diversification
des activités des paysans "moyens"

La politique environnementale a eu des répercussions considérables sur les


paysans "moyens" et sur leur mode d'exploitation du milieu. Il est vrai que
contrairement à ce qui s'est produit dans le cas de la petite paysannerie, les
mesures instaurées ont eu un impact moins sensible sur les activités non agricoles
développées par ces paysans. Les activités de collecte sont, pour les paysans
"moyens", relativement moins importantes, voire même secondaires par rapport à
l'ensemble des activités non agricoles, car ils ont accès à d'autres activités non
agricoles, peu affectées par la mise en place de la politique environnementale
(comme par exemple la transformation artisanale du manioc, de fruits locaux, etc.).
Mais en revanche, l'impact de ces mesures sur les systèmes de production des
paysans "moyens" a été d'autant plus considérable qu'ils sont en large partie fondés
sur des systèmes de culture de défriche-brûlis avec des recrûs le plus souvent
arborés. Par conséquent, les mesures de restriction au défrichement des parcelles
couvertes par une végétation arborée, voire même arbustive, ont frappé directement
la plupart des activités agricoles pratiquées par ces paysans.

Ainsi, chaque année, les paysans sont désormais obligés de déposer une
demande d'autorisation auprès des organismes de protection de l'environnement
pour toute opération de défrichement. La longueur des démarches administratives
et les constants retards dans la délivrance des autorisations entraînent souvent un
bouleversement des calendriers agricoles et des retards dans la préparation des
parcelles (de quelques semaines à plusieurs mois). Or, dans le système de
défriche-brûlis, tout décalage dans le défrichement, et par conséquent dans le brûlis,
provoque une augmentation des risques : plus le défrichement est reporté vers la
période estivale, plus les probabilités d'occurrence de pluies après l'abattis
augmentent. Ceci peut se traduire par un mauvais séchage de la biomasse
végétale, et par conséquent par l'impossibilité d'effectuer le brûlis et le semis (figure
28).

À l'instar de ce qui se produit pour la petite paysannerie, l'interdiction de


défrichage le long des cours d'eau n'affecte pas les parcelles déjà cultivées de
manière systématique avec des bananiers ou du maïs. Cependant, les paysans
"moyens" qui disposent encore de parcelles non exploitées et couvertes par une
végétation arborée le long des cours d'eau ne peuvent désormais plus les mettre en
culture. Cette mesure est renforcée par l'interdiction de défricher les parcelles
couvertes par une végétation arborée dans les fonds de vallée, et arbustive/arborée
sur les versants de montagnes. Une mesure qui s'avère d'autant plus néfaste si l'on
considère qu'elle contraint ces paysans à réduire l'âge des recrûs utilisés avec le
système de défriche-brûlis.

Comme nous l'avons vu précédemment, cette diminution de l'âge des recrûs


se traduit par une remise en cause des mécanismes propres à ce système de
culture qui visent à assurer la reproduction de la fertilité et le contrôle des herbes
adventices des parcelles exploitées. Cette restriction signifie donc une baisse des
rendements agricoles et une nécessaire augmentation du temps de travail en
sarclage, qui à son tour, détermine en partie une baisse de la productivité du travail.

L'exemple du riz pluvial est à ce propos révélateur : la réduction de la durée


du recrû provoque une augmentation des besoins en journées de travail par hectare
pour le sarclage, et une baisse significative du rendement des cultures et de la
productivité du travail (tableau 52). Par ailleurs, lorsqu'il s'agit de cultures vivrières,
cette restriction a pour conséquence une baisse de l'autonomie alimentaire des
paysans.

Tableau 52 - Les travaux agricoles, les rendements et la productivité du travail dans la culture du riz pluvial avec
le système de culture de défriche-brûlis dans l'unité de milieu naturel des bas-fonds, selon l'âge des recrûs
(recrû herbacé, recrû arbustif, recrû arboré)

Défrichement/ne Sarclage Récolte Rendement Productivité du


ttoyage (jW/ ha) (jW/ha) (Kg/ha) travail
et semis (jW/ha) (Kg riz/jW)
Recrû herbacé 10,5 18 13,5 500 11,9
(+/- 3 ans)
Recrû arbustif 13,5 8 17,0 600 15,6
(+/- 6 ans)
Recrû arboré 17,5 2 24,0 900 20,7
(+/- 10 ans)
Recrû arboré 19,5 2 33,0 1.200 22,0
(+/- 20 ans)
Remarque : jW = journée de travail homme et ha = hectare
Source : D'après les informations fournies par des paysans du littoral nord du Paraná (Enquêtes de terrain 1989, 1991 et 1992).
Figure 28 - Précipitations mensuelles, période de semis/ plantation,

période de défrichement avec le syst ème de cult ure de défriche-brûlis

sur le litt oral Nord du Paraná

MAIS

RIZ PLUVIAL

MANIOC / HARICOT
400

300

200

Précipit ations
100
moyenne
(mm/ mois)
Jan

Ao u
Juil
Juin
Fé v

Nov
Déc
Mar
A vr
Mai

Sept
période de semis/ plant at ion Oct

période de défrichement

SOURCES : Enquêt es de t errain (1989, 1991 et 1992)


et d'après données climat iques IAPAR(1989).
Ces mesures entraînent également une réduction des surfaces agricoles
disponibles car seules les parcelles disposant de recrûs de courte durée peuvent
être cultivées. Cette réduction de la surface cultivable est difficilement mesurable,
car les paysans locaux mettent en culture des parcelles sur les versants et les bords
de cours d'eau avec des recrûs de courte durée ou de façon clandestine.
Néanmoins, nous pouvons démontrer l'impact de ces mesures en observant
l'importance que les surfaces agricoles localisées sur les versants de montagnes
représentent par rapport aux surfaces agricoles totales des exploitations paysannes
(tableau 53).

Tableau 53 - Classification des exploitations appartenant à des paysans "moyens" selon l'importance de la
surface agricole utile par actif localisée sur les versants de montagnes

Moins de 30% de la SAU par Entre 30% et 60% de la SAU Plus de 60% de la SAU par
actif localisée sur les versants par actif localisée sur les actif localisée sur les versants
versants

44% 19% 38%

Source : D'après un échantillonnage de 32 exploitations (Enquêtes de terrain - 1991-92).

Nous avons pu identifier plusieurs comportements pour détourner ces


mesures et en compenser les effets. Le plus souvent, ils concernent la mise en
culture clandestine des parcelles isolées qui échappent aux contrôles. Le
défrichement clandestin représente la manière la plus courante de détourner la
politique environnementale. Le plus souvent, les parcelles défrichées se situent en
forêt secondaire et ne disposent pas de bonnes conditions de culture (accès difficile,
forte déclivité, sols fragiles et peu profonds). En conséquence, cette pratique
accélère le processus de dégradation de l'écosystème forestier par déboisement et
érosion. Par ailleurs, la mise en culture de ces parcelles éloignées des exploitations
se traduit par un investissement supplémentaire en travail, et donc par une réduction
de la productivité du travail.

D'autres comportements visant à détourner l'interdiction de défricher la


végétation arborée ont également pu être observés. Le plus couramment adopté
consiste en l'éclaircissement progressif de la végétation arborée à travers plusieurs
opérations partielles de défrichement, et en empêchant le développement des
arbustes. Au bout de quelques années, le couvert végétal de la parcelle devient
presque exclusivement arbustif, et n'est ainsi plus assujetti aux mesures
environnementales. Le défrichement de la végétation arborée en laissant un rideau
d'arbres est une autre alternative. Il permet de diminuer considérablement la
visibilité des clairières lors des contrôles des organismes de protection de
l'environnement.

Nous pouvons donc considérer que les mesures environnementales


contraignent cette paysannerie à adopter, à terme, des systèmes de culture avec
des recrûs de courte durée. Les paysans sont alors incités à généraliser l'utilisation
d'herbicides, et à se résigner à une augmentation du temps de travail avec des
opérations de sarclage manuel. Quelles que soit les solutions adoptées, elles ne
parviennent pas à enrayer la progressive diminution des rendements agricoles et la
dégradation des conditions de mise en culture. En outre, elles entraînent une
augmentation des coûts de production et une baisse de la productivité du travail de
l'ensemble des activités agricoles.

L'exploitation des ressources en palmier Euterpe edulis existantes sur les


exploitations des paysans "moyens" est également concernée par les mesures
environnementales. S'il existe un dispositif légal permettant la régularisation de
l'exploitation des boisements en palmier appartenant à la paysannerie (le "plan
simplifié d'exploitation de cœur de palmier"50), peu de paysans "moyens" cependant
en ont bénéficié. Jusqu'à 1993, ils n'étaient que 22 paysans "moyens" à avoir
obtenu une telle autorisation (tableau 54).

Tableau 54 - Nombre de paysans "moyens" ayant bénéficié d'autorisations simplifiées pour l'exploitation du
cœur de palmier entre 1988 et 1993 sur le littoral nord du Paraná

ANNÉE 1988 1989 1990 1991 1992 1993


Nombre de paysans
"moyens" 0 2 8 7 5 0
Source : Antenne de l'IAP à Guaraqueçaba, 1996.

Cette situation s'explique par le fait que la presque totalité des paysans
"moyens" surexploitent depuis fort longtemps leurs boisements naturels en palmier
et ne disposent donc plus aujourd'hui des stocks suffisants pour pouvoir déposer
une demande d'autorisation dans le cadre du "plan simplifié d'exploitation". Les
résultats d'un inventaire réalisé sur des parcelles couvertes d'une végétation arborée
localisées dans la localité du Batuva (située en amont de la vallée alluviale du fleuve
Guaraqueçaba) confirment ce constat. Sur environ 340 hectares, concernant un
échantillonnage de 7 exploitations appartenant à des paysans "moyens", seuls 2

50 Le "plan simplifié d'exploitation du coeur de palmier" a été réglementé pour la première fois en 1987 (Ordem
de serviço n°33/87 -IBDF-DE-PR). Actuellement, c'est le "plan simplifié d'exploitation" adopté en 1994 qui est en
vigueur (Resolução Conjunta IBAMA/ SEMA n°001/94). La délivrance d'un plan simplifié exige que les
boisements de palmier disposent d'une abondante régénération naturelle et limite la quantité à exploiter à 2.000
unités de cœur de palmier par exploitant et par an.
exploitants (correspondant à une surface totale d'environ 70 hectares) possèdent
des palmiers en âge et en quantité suffisante pour être exploités (Clément - 1996, p.
7). Dans ces conditions, la majorité des paysans disposant de parcelles avec des
peuplements de palmier vendent le plus souvent leur production en cœur de palmier
de manière clandestine, une situation qui n'incite pas ces paysans à gérer la
ressource et à assurer la régénération de leurs boisements naturels.

Les mesures environnementales concernent également certaines activités


non agricoles entreprises par cette paysannerie, comme la chasse, la pêche et la
collecte de produits forestiers. S'agissant d'activités secondaires pour les paysans
"moyens", les conséquences de ces mesures sont sensiblement moins importantes
que dans le cas de la petite paysannerie. Une fois de plus, ce sont les activités de
cueillette et de transformation du cœur de palmier qui ont été le plus fortement
touchées par ces mesures. Comme pour la petite paysannerie, ces activités ont été
déclarées illégales, et leur pratique réprimée par les organismes de protection de
l'environnement. En ce qui concerne la cueillette du cœur de palmier, ces paysans
sont contraints de vendre la plus grande partie de leur production à des
intermédiaires et à des conserveries industrielles. La production artisanale de
conserves de palmier est directement livrée en autocar ou en camionnette aux
acheteurs (petits restaurants, particuliers, etc.). Les difficultés de transport et la
multiplication des contrôles obligent les paysans à limiter considérablement leur
production de conserves et à ne consacrer à cette activité que quelques jours par
mois.

Enfin, les mesures environnementales ont également un impact sur une


partie des paysans "moyens" qui louent leurs services comme entrepreneurs
(construction et réparation de clôtures, nettoyage des pâturages, déboisements à la
tronçonneuse, etc.) à des néolatifundias et à la paysannerie locale. Ces paysans
"moyens" sont en effet confrontés à une sensible diminution des opportunités de
travail dans la région. Les néolatifundias ont été contraints de réduire, voir de cesser
définitivement certaines activités fondées sur l'exploitation des ressources
naturelles, notamment celles liées à l'élevage et à l'exploitation du bois. De même
pour la paysannerie qui a été contrainte de réduire ses activités de défrichement à
des fins agricoles.

Comme nous l'avons vu précédemment, la transformation artisanale de la


production agricole et forestière représente depuis fort longtemps l'une des
principales activités non agricole des paysans "moyens". Auparavant limitées à la
transformation du manioc et de certains produits d'origine forestière (lianes, fibres,
bois), ces activités se sont depuis quelques années progressivement étendues à
d'autres produits locaux : outre la production de farine de manioc, ces activités
concernent la production de pâtes de banane, de confitures de fruits locaux et de
conserves de cœur de palmier. En effet, les produits artisanaux sont très prisés sur
le marché local et régional en raison des procédés de fabrication employés et de
leur qualité. Les activités de transformation artisanale permettent à ces paysans de
valoriser une partie de leur production agricole qui ne trouve pas des débouchés
commerciaux, et de dégager une très forte valeur ajoutée.

Le développement récent des activités de transformation dans la région a été


en grande partie favorisé par l'amélioration progressive des infrastructures locales,
notamment le développement du réseau de distribution d'énergie électrique et des
voies de communication. En outre, il convient de mentionner le rôle de l'organisme
de vulgarisation (EMATER) et de certains programmes de développement de l'État
du Paraná dans la mise en place d'actions en faveur du développement des activités
de transformation artisanale de produits agricoles (organisation de marchés,
assistance technique, dons d'équipements). Enfin, les paysans "moyens" peuvent
utiliser une partie de leurs équipements destinés originellement à la production de
farine de manioc (notamment le chaudron en cuivre et le pressoir) qui, grâce à leur
caractère polyvalent, ont pu être facilement adaptés aux nouveaux procédés
artisanaux de transformation des produits agricoles. Le plus souvent, les
nécessaires adaptations sont réalisées par de petits artisans locaux (notamment la
motorisation des chaudrons en cuivre), qui construisent également de nouveaux
équipements artisanaux (éplucheuses et râpes motorisées). Dans ces conditions,
les investissements indispensables au développement de ces activités artisanales
restent relativement accessibles à la majorité des paysans "moyens".

En revanche, les procédés de mise en conserve du cœur de palmier


demeurent inchangés. Les contraintes liées à cette activité n'incitent guère les
paysans "moyens" à investir dans des équipements plus performants et le procédé
de mise en conserve utilisé par ces paysans reste artisanal (ils utilisent
essentiellement des équipements ménagers : marmites de cuisine, cuisinière à gaz,
etc.).

Cependant, la poursuite du développement des activités de transformation


par ces paysans se heurte aujourd'hui à d'importants blocages d'ordre administratif.
La multiplication du nombre de producteurs et l'augmentation des quantités mises
sur le marché ont engendré de nouveaux problèmes. Problèmes d'ordre sanitaire
tout d'abord puisque ces ateliers ne disposent pas de registres auprès des
organismes sanitaires et que la plupart d'entre eux ne sont pas conformes à la
législation sanitaire en vigueur. D'ordre fiscal ensuite, car si le statut de producteur
artisanal exempte le producteur du paiement de taxes, il ne permet pas pour autant
la commercialisation de la production à l'exception de la vente directe sur des
marchés locaux. De nouvelles circonstances qui requièrent donc des modifications
techniques, et donc d'importants investissements. De plus, il importe de considérer
la lourdeur des démarches bureaucratiques auprès des divers organismes de
l'administration de l'État du Paraná, que la plupart des paysans "moyens" ne sont
pas en mesure d'assurer, au moins de manière individuelle.

2.2. Immigration et expansion des productions maraîchères

L'implantation des agriculteurs patronaux sur le littoral du Paraná est


étroitement liée, comme on l'a vu, à un mouvement d'expansion des activités
maraîchères à partir de la ceinture maraîchère de la ville de Curitiba. Ce mouvement
a d'abord concerné les régions centre et sud du littoral du Paraná à partir des
années 50 (INCRA - 1970, p. 29), puis s'est progressivement étendu au littoral nord
à partir du milieu des années 80. Au fil des années, l'implantation des agriculteurs
patronaux n'a cessé de s'intensifier sur le littoral du Paraná : de quelques exploitants
à la fin des années 50, on estime leur nombre au début des années 90 à plus d'une
soixantaine (Enquêtes de terrain, 1992) et à une dizaine sur le seul littoral nord.

- L'essor des cultures maraîchères et du gingembre

Les exploitants patronaux de la région bénéficient d'une conjoncture


extrêmement favorable au développement des cultures maraîchères et du
gingembre. Outre une importante disponibilité de sols alluviaux et un climat clément
avec une pluviométrie élevée, ces exploitants ont bénéficié de plusieurs
programmes de l'État du Paraná concernant le financement d'équipements et
d'infrastructures de production. Ajoutons à cela les facilités de commercialisation
offertes par le marché de gros de Curitiba, ainsi qu'une importante augmentation
des cours du gingembre destiné à l'exportation à la fin des années 80. Des
conditions favorables au point d'inciter un important développement de ces activités
sur l'ensemble du littoral de l'État. Ainsi, les surfaces cultivées en gingembre sont
passées d'une dizaine d'hectares au début des années 80 à 190 hectares environ
en 1992 (SEAB - 1993 cité par SPVS - 1995, p. 30) et celles consacrées aux
cultures maraîchères de 200 hectares environ au début des années 70 (INCRA -
1970, p. 29) à plus de 400 hectares au début des années 90 (Enquêtes de terrain
1989-1992).

Sur le seul littoral nord, l'expansion de ces cultures est relativement moins
significative : en 1991, nous avons pu estimer la surface occupée par les cultures
maraîchères et du gingembre à environ 20 et 30 hectares respectivement (Enquêtes
de terrain, 1989-1992). Plusieurs raisons se conjuguent pour expliquer ce
phénomène. Tout d'abord, il existe encore sur le littoral centre et sud de l'État une
certaine disponibilité des surfaces agricoles susceptibles d'être aménagées dans le
cadre du développement de ces activités agricoles. Mentionnons par ailleurs le
relatif enclavement de la portion nord du littoral, mal desservie par des routes
goudronnées, qui constitue un frein au développement des cultures maraîchères.
Seule une vallée alluviale y est aujourd'hui encore desservie par une route
asphaltée (la vallée du fleuve Cachoeira), et c'est d'ailleurs là que sont concentrés
les producteurs maraîchers. Enfin, l'éloignement des réseaux de commercialisation
contraint les agriculteurs patronaux désireux de s'installer dans la région à assurer
eux-mêmes le transport de la production jusqu'au marché de gros, et l'acquisition
d'un camion alourdit encore davantage l'investissement nécessaire à leur
installation.

Il en va différemment pour la culture du gingembre, car moins fragile, le


gingembre supporte le transport sur des pistes en terre.

Les faibles perspectives de développement du réseau de routes goudronnées


sur le littoral nord du Paraná, qui s'expliquent par le coût et par les pressions
exercées par les mouvements de protection de l'environnement, nous permettent de
faire plusieurs suppositions.

Dans la seule vallée alluviale du fleuve Cachoeira, tout laisse présager la


poursuite de l'implantation des exploitants patronaux. Ce mouvement devrait
s'accélérer avec la progressive saturation des surfaces agricoles disponibles sur les
terrasses alluviales par les producteurs maraîchers du littoral centre et sud du
Paraná. Un processus de saturation que l'expansion de la culture du gingembre
dans ces régions contribue davantage à accentuer en raison de la période de
rotation de 2 à 3 ans que cette culture exige pour des questions phytosanitaires.

Dans les autres régions du littoral nord, nous pouvons également prévoir une
poursuite de l'installation des agriculteurs patronaux avec, dans ce cas, un système
de production fondé uniquement sur la culture du gingembre. Ceci nous permet
d'entrevoir la mise en place de contrats de fermage pour la culture du gingembre
entre ces agriculteurs patronaux et des paysans locaux, comme c'est d'ailleurs déjà
le cas sur le littoral centre et sud.

- Un système de production paradoxalement épargné par la politique


environnementale

Le système de production mis en place par les agriculteurs patronaux sur le


littoral nord du Paraná est fortement spécialisé autour de quelques cultures,
notamment maraîchères et du gingembre. Ce système de production est également
fondé sur une intense motomécanisation et sur une utilisation massive d'intrants
extérieurs. En outre, l'implantation de ce système de production exige la
construction préalable d'un réseau de canaux de drainage.

D'après les enquêtes, nous estimons que la préparation des parcelles


demande jusqu'à une vingtaine d'opérations de travail du sol motomécanisées par
an. En ce qui concerne l'apport de matières fertilisantes, celles-ci représentent
annuellement entre 150 et 300 tonnes de fumier et de 3 à 6 tonnes d'engrais
chimique par hectare. L'utilisation de produits phytosanitaires, notamment fongicides
et insecticides, est également importante principalement pour la culture du
gingembre et de certaines cultures maraîchères comme la laitue et la tomate. Au
cours de certaines périodes de l'année, ces cultures peuvent recevoir des
traitements avec une fréquence hebdomadaire, voir même plus souvent. Nous
avons pu estimer les quantités annuelles des produits phytosanitaires51 utilisées
pour la culture du gingembre entre 10 et 30 kg par hectare.

L'expansion de ce système de production sur le littoral nord du Paraná pose


donc un réel problème environnemental, d'autant plus qu'il va à l'encontre des
objectifs affichés de la politique environnementale régionale. En effet, peu de
mesures ont été prises par les organismes de protection de l'environnement
concernant ces activités. Pourtant interdite par la législation en vigueur52, l'utilisation
excessive de produits phytosanitaires ne fait l'objet d'aucun contrôle, ni d'aucune
restriction. Jusqu'à ce jour, aucune liste de produits phytosanitaires autorisés n'a été
élaborée par l'IBAMA53. À l'exception de l'interdiction de la poursuite d'un grand

51 Ces produits phytosanitaires ont comme principales matières actives mancozeb, oxychlorure de cuivre,
bouillie bordelaise, prochorolaz, aldicarb, chlorpyrifos, methamidophos, thiophanate methyl et thiophanate
methyl + chlorothanil (SPVS - 1995, p. 35).
52 Décret fédéral n° 90.883 du 31/01/85.
53 Resolução CONAMA n°10 de 14/12/88
projet de drainage54, la plupart des projets de construction d'infrastructures de
drainage dans les fonds des vallées ont été approuvés par les organismes
environnementaux. D'ailleurs, ces projets de drainage sont appuyés techniquement
par l'organisme de vulgarisation agricole du Paraná (EMATER). Et les projets de
développement des activités maraîchères par des agriculteurs patronaux ont reçu
des subventions publiques (cf. chapitre 2).

Plusieurs raisons nous permettent d'expliquer cette situation fort


contradictoire. Des raisons économiques tout d'abord, car ces activités comptent
aujourd'hui parmi les principales activités agricoles sur le littoral du Paraná. Avec
seulement 370 producteurs et une surface exploitée d'environ 600 hectares, celles-
ci dégageaient en 1995 une production d'une valeur d'environ 25 millions de francs
(tableau 55).

Tableau 55 - Les principales activités agricoles sur le littoral du Paraná (nombre de producteurs, surface
agricole exploitée et valeur estimée de la production en 1995)

Activité agricole Nombre de Surface exploitée en Valeur de la production


producteurs hectares et en en milliers de francs et
pourcentage en pourcentage
Culture de la banane 1.500 4.300 ha 33.500
(14%) (53%)
Élevage de buffles 130 26.000 ha 4.800
(84%) (8%)
Cultures maraîchères 370 600 ha 25.000
(2%) (39%)
TOTAL 2.000 30.900 63.300

Source : d'après SEAB - 1995, p.10.

Les cultures maraîchères et du gingembre se caractérisent également par un


considérable besoin de main d'œuvre. D'après les enquêtes de terrain, nous
estimons que chaque hectare ainsi cultivé génère 1 à 2 emplois directs. Une
aubaine pour une région où les opportunités de travail salarié, agricoles ou
industrielles, sont rares.

Enfin, citons les graves dysfonctionnements qui caractérisent les organismes


de protection de l'environnement (cf. chapitre 2), et qui sont dus en particulier au bas
niveau des salaires, comme c'est le cas dans la Police Forestière et à l'Institut de
Protection de l'Environnement du Paraná (l'IAP). Dans une conjoncture aussi
complexe que celle rencontrée dans la région, de tels salaires sont une incitation

54 Ce projet de drainage concernait la vallée du fleuve Tagaçaba. Il avait été mis en place avec l'objectif de
diminuer les inondations à l'origine de graves dommages causés à la seule voie de communication qui dessert
le littoral nord du Paraná (la PR-405). Des pressions exercées par les organismes environnementaux ont stoppé
ce projet à la fin des années 80. Ce projet a permis d'améliorer indirectement les conditions de drainage d'une
superficie agricole d'environ 300 hectares (Enquêtes de terrain, 1989-1992).
des fonctionnaires à la corruption et au manque de conscience professionnelle. Par
ailleurs, l'absentéisme des responsables locaux est trop souvent la règle à l'IBAMA
(Institut Brésilien de l'Environnement, chargé de coordonner les organismes
environnementaux présents dans la région) et explique en partie le profond
désengagement de toute la hiérarchie locale dans l'application de la politique
environnementale et le manque de coordination avec les autres organismes. Dans
ces conditions, ces organismes ne sont pas en mesure d'imposer l'application des
dispositifs prévus par la politique environnementale et concernant les activités
agricoles développées par les agriculteurs patronaux, une catégorie sociale dont
l'influence politique, mais surtout économique, est très importante sur le littoral du
Paraná.

2.3. Des propriétaires de néolatifundias en quête de nouvelles possibilités de


développement

L'implantation de néolatifundias est relativement récente sur le littoral nord du


Paraná puisqu'il date des années 60/70 (cf. chapitre 2). Ces exploitations ont été
créées dans un but exclusivement spéculatif, dans la mesure où leurs propriétaires
cherchaient avant tout à bénéficier des subventions octroyées par des programmes
fédéraux de développement des activités agricoles et forestières. L'abondance des
ressources forestières et la perspective d'un désenclavement à court terme n'ont fait
qu'inciter davantage leur installation dans la région.

On peut donc considérer que la grande majorité des propriétaires n'ont jamais
réellement envisagé d'investir dans le développement des activités agro-pastorales.
En effet, ils se sont contentés d'exploiter les ressources naturelles disponibles, en
attendant une future valorisation de leur patrimoine foncier. La mise en place de la
politique de protection de l'environnement à partir des années 80 a mis fin à leurs
prétentions. Les bouleversements sociaux et environnementaux engendrés par
l'implantation des néolatifundias dans la région a suscité à l'époque une vive
réaction de l'opinion publique brésilienne (cf. chapitre 2), et sous la pression des
médias et des organisations non gouvernementales, les pouvoirs publics ont été
contraints d'appliquer à la lettre la plupart des dispositifs prévus dans cette politique
environnementale.
- Les conséquences de la politique environnementale sur les
néolatifundias

Suite à la mise en place de la politique environnementale sur le littoral nord


du Paraná, les néolatifundias se virent donc imposer toute une série de mesures
concernant l'exploitation des ressources naturelles sur leurs exploitations, dont la
principale a sans doute été l'interdiction de défricher.

Cette mesure a notamment touché les néolatifundias dont le système de


production était fondé sur l'élevage de buffles en plein air et qui, ne pouvant plus
augmenter les surfaces en pâturages, ont été contraints de cesser le
développement de leurs activités. En outre, il leur est désormais impossible de
financer l'expansion de leurs activités d'élevage en commercialisant le bois existant
sur leurs terres, une situation qui se traduit par l'abandon presque total du
développement de l'élevage de buffles dans ces exploitations. Les effets de cette
mesure ont été davantage ressentis dans les néolatifundias les plus récents ou qui
ne disposent que de faibles surfaces en pâturage. Ces néolatifundias se sont ainsi
retrouvés avec de faibles surfaces en pâturage par rapport à la surface totale des
exploitations. Ils sont confrontés non seulement à des frais de fonctionnement plus
élevés (notamment à cause des besoins en main d'œuvre plus élevés) mais
également à des infrastructures de production surdimensionnées par rapport à leur
taille réelle.

Nous avons pu constater que lorsqu'ils démarraient leurs activités, la plupart


des néolatifundias étaient fondés sur un système d'élevage du type naisseur. Ce
n'est qu'au fur et à mesure de l'agrandissement des surfaces en pâturages et des
troupeaux qu'était progressivement mis en œuvre un système d'élevage type
naisseur/engraisseur. Cette stratégie permettait aux néolatifundiaires de réduire
considérablement les investissements de départ (aussi bien en animaux
reproducteurs qu'en pâturages), et d'entreprendre une expansion progressive de
leurs activités. Mais avec la mise en place de la politique environnementale, une part
considérable de ces néolatifundias ont dû se satisfaire d'un système d'élevage de
type naisseur.

En revanche, les néolatifundias spécialisés dans l'exploitation du cœur de


palmier Euterpe edulis ont été peu concernés par la mise en place de la politique
environnementale. En effet, en ce qui concerne l'utilisation des ressources
forestières par ces grands propriétaires, la seule exception accordée par cette
politique environnementale a été l'exploitation du cœur de palmier. Il s'avère en fait
que l'ancienne législation concernant l'exploitation de cette ressource n'a pas été
altérée lors de la mise en place de la nouvelle réglementation environnementale.

Cette situation trouve son origine dans l'antécédent créé par le programme de
développement des activités forestières mis en œuvre dans les années 60/70 qui,
comme nous l'avons vu, avait permis aux propriétaires des néolatifundias du littoral
nord du Paraná de régulariser l'exploitation des ressources naturelles en cœur de
palmier auprès de l'organisme fédéral chargé de la gestion des ressources
forestières55. Les propriétaires des néolatifundias ont ainsi pu conserver leurs droits
en dépit de l'évidente contradiction avec les objectifs de la politique
environnementale. Un paradoxe qui est d'ailleurs d'autant plus évident si nous
considérons que le cœur de palmier récolté dans les néolatifundias provient, pour
l'essentiel, de boisements naturels.

Quoi qu'il en soit, dans une conjoncture régionale si défavorable à


l'exploitation des ressources forestières, le maintien de l'ancienne législation sur
l'exploitation du palmier a été une aubaine pour ces néolatifundiaires. Et cela malgré
l'existence de nombreuses lacunes de cette législation qui permet l'exploitation et la
commercialisation du cœur de palmier récolté clandestinement par la paysannerie
locale sur les domaines des néolatifundiaires.

- Peu de perspectives de développement pour les néolatifundias

Les perspectives d'un maintien, voire même de renforcement des principaux


dispositifs de la politique environnementale concernant les néolatifundias implantés
sur le littoral nord du Paraná nous permettent de faire quelques constats. Tout
d'abord, il semble que la poursuite du développement de ces exploitations par
l'exploitation des ressources forestières associées à des activités d'élevage ne
puisse plus être assurée. Cette situation limite considérablement les possibilités de
développement des néolatifundias implantés dans la région. Elle a mis fin au
processus de financement du développement de ces exploitations avec l'argent
dégagé par l'exploitation des ressources forestières. En outre, elle a réduit
considérablement le processus de spéculation foncière qui sévissait dans la région
et a eu pour conséquence le désengagement de nombreux propriétaires de

55 Cet organisme fédéral s'appelait à l'époque IBDF (Institut Brésilien du Développement Forestier). Comme
nous l'avons vu auparavant, en 1989, l'IBDF a fusionné avec deux autres organismes fédéraux pour donner
origine à l'IBAMA (Institut Brésilien de l'Environnement). C'est à l'IBAMA qu'incombe aujourd'hui la responsabilité
de contrôler l'application de la politique environnementale sur le littoral nord du Paraná.
néolatifundias. D'ailleurs, les enquêtes de terrain ont révélé qu'un grand nombre de
néolatifundias, pour l'essentiel localisés sur la sous-région des montagnes, ne font
l'objet d'aucune activité productive.

Parmi les possibilités de développement qui se présentent aux néolatifundias,


l'exploitation du cœur de palmier est évidement la plus souvent adoptée. S'il ne
requiert que de faibles investissements (cf. chapitre 2), le développement de cette
activité dans des néolatifundias pose néanmoins un certain nombre de problèmes.
En effet, la plupart des boisements de palmier ont été longtemps surexploités par les
propriétaires des néolatifundias eux-mêmes, mais également de manière
clandestine par la paysannerie locale. Le développement de l'exploitation du palmier
exige une mise en défens de plusieurs années ainsi qu'un important effort de
surveillance. Cette volonté de développer l'exploitation du cœur de palmier a été
confirmée par les enquêtes réalisées auprès de certains propriétaires de
néolatifundias spécialisés dans l'élevage de buffles. En effet, ces exploitants
disposent encore d'importantes surfaces forestières qui peuvent ainsi faire l'objet
d'une mise en valeur. Mais cette mise en valeur des boisements de palmier laisse
présager d'importants conflits avec les paysans locaux, jusqu'alors les seuls à
exploiter ces ressources.

La culture du gingembre peut elle aussi représenter une alternative


intéressante pour ces néolatifundias. Pour éviter les lourds investissements en
équipements et en capitaux que cette culture exige, certains néolatifundiaires du
littoral centre et sud du Paraná mettent en place des contrats de fermage avec des
agriculteurs patronaux. En 1992, nous avons rencontré sur le littoral nord quelques
propriétaires de néolatifundias qui avaient entrepris des démarches auprès de
certains agriculteurs patronaux pour la mise en place de tels contrats (Enquêtes de
terrain, 1992). Dans ces circonstances et connaissant la conjoncture favorable à la
culture du gingembre, il nous paraît donc fort probable que de telles pratiques se
développent rapidement dans la région.

Enfin, le maintien en l'état des exploitations en attendant l'éventuelle création


d'un parc national est une autre perspective, lointaine certes, offerte aux
propriétaires de néolatifundias. Néanmoins, cette perspective nous paraît très
incertaine, car la mise en place d'une telle unité environnementale dans la région
supposerait une intense intervention des pouvoirs publics et les obligerait
notamment à s'engager dans une importante opération de dédommagement des
propriétaires fonciers de la région. Une perspective d'autant plus improbable que l'on
connaît les difficultés financières de l'État paranéen et du gouvernement fédéral
brésilien. En outre, la création d'un parc national affronterait des difficultés d'ordre
juridique considérables étant donné les problèmes qui caractérisent la situation
foncière dans la région.

Les planches 4, 5 et 7 illustrent quelques activités agricoles et non-agricoles


développées par la paysannerie et l'outillage agricole, le mode de stockage et les
moyens des transport utilisés par celle-ci sur le littoral nord du Paraná. La planche 6
illustre quelques activités agricoles et d'élevage développées par les agriculteurs
patronaux et par les néolatifundiaires.
CHAPITRE 4
Comment concilier les impératifs de la protection de
l'environnement avec ceux du développement
agricole sur le littoral Nord du Paraná ?
1. Les paradigmes actuels sur la problématique environnement-développement

Depuis une trentaine d'années, la science du développement est confrontée à


la montée en puissance des questions environnementales, qui prennent aujourd'hui
une place croissante dans toutes les questions concernant le développement
agricole. Nous pouvons même affirmer que les unes et les autres sont devenues
indissociables. Si le binôme environnement-développement trouve aujourd'hui un
écho croissant auprès des pouvoirs publics comme de l'opinion publique et
scientifique, une question de fond subsiste néanmoins : comment concilier ces deux
concepts fortement marqués par d'importantes contradictions ? Dès lors, nous nous
sommes placés délibérément dans le contexte plus ample de la problématique
développement-environnement et nous sommes pour cela attachés à dresser un état
des lieux de ses paradigmes actuels.

Pendant longtemps, les questions environnementales ont été considérées


comme secondaires et la nature a été prise soit comme un substrat, soit comme une
ressource à exploiter. La conception du développement était fondée sur la
nécessaire transformation du milieu sans aucun souci de l'impact d'une telle
transformation sur les ressources de la nature. Le développement était alors assimilé
à la croissance économique, indépendamment de son impact sur l'environnement.
Dans un premier moment, les débats concernant l'environnement se sont contentés
de souligner les dommages ponctuels et spécifiques que le développement infligeait
à la nature : surexploitation des ressources, dégradation des milieux, disparition de
certaines espèces de la flore et de la faune, pollution industrielle, etc.

À partir des années 60, l'approfondissement des connaissances sur le


fonctionnement de la biosphère, sur les risques nucléaires et sur les changements
atmosphériques à l'échelle planétaire ("l'effet de serre", la réduction de la couche
d'ozone, etc.) a entraîné un renouveau des débats scientifiques sur cette question
(Passet - 1992, p. 31; Deléage - 1991, pp. 268-292) et l'élaboration de grands
programmes scientifiques internationaux comme "Man and Biosphere" (MAB) de
l'UNESCO, le "Programme International Géosphère-Biosphère" (PIGB), ou nationaux
comme en France, le "Programme National d'Étude du Climat" (PNEDC) ou le
"Programme Interdisciplinaire de Recherche sur l'Environnement" (PIREN) du CNRS
(Jollivet et Pavé - 1993, p. 6).
Au niveau mondial, ceci suscita de nombreux forums et séminaires
internationaux (en particulier la Conférence des Nations Unies de Stockholm en
1972, les séminaires de préparation du rapport de la Commission Mondiale sur
l'Environnement et le Développement de l'ONU - "Commission Brundtland" - et la
Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement en 1992).

L'une des questions centrales soulevées lors de ces forums et séminaires fut
le degré de compatibilité entre développement économique et préservation de
l'environnement. À la thèse d'une incompatibilité par essence entre ces deux
objectifs, s'opposaient deux antithèses. Pour les uns, seule une croissance forte
permettrait de financer une politique vigoureuse de l'environnement en misant sur la
diffusion rapide de l'innovation, sur la prise en charge des coûts d'entretien ou de
restauration des milieux et sur la mise en place de mécanismes de recyclage des
matériaux ou d'élimination des déchets. Pour les autres, l'harmonisation entre
objectifs du développement et préservation de l'environnement serait possible mais
nécessiterait la conception de nouveaux modèles de développement se traduisant
par des changements substantiels des modes de vie, des modes de production et
des choix techniques, voire des formes sociales d'organisation. C'est ainsi qui sont
apparus plusieurs vocables symbolisant la recherche de ces nouvelles voies
notamment celui de "l'écodéveloppement" puis plus récemment celui de
"développement durable" ou "développement soutenable" (Godard et al. - 1992, p.
323).

Le concept d'écodéveloppement a été introduit par Maurice Strong, Secrétaire


Général de la Conférence des Nations Unies de Stockholm et a été par la suite
largement diffusé dans le domaine de la recherche et de la planification du
développement. Selon SACHS, le concept d'écodéveloppement est porteur de l'idée
d'un développement endogène ayant pour objectif de répondre à la problématique de
l'harmonisation des objectifs sociaux et économiques du développement avec une
gestion écologiquement prudente des ressources du milieu (Sachs - 1980, pp. 32 -
35). Actuellement, c'est le concept de développement soutenable ("sustainable
development") qui focalise les réflexions et les débats à l'échelle nationale et
internationale et qui a été adopté par l'IUCN (1980), par l'ONU (Commission
Mondiale sur l'Environnement et le Développement, 1988) et par un grand nombre
de scientifiques (Godard et al. - 1992, p. 333).
Le concept de développement soutenable n'a cessé d'évoluer au fil des
années. Néanmoins, la plupart des définitions apportées à ce concept56 conservent
un certain nombre de points communs : l'intégration de la conservation et du
développement, la satisfaction des besoins humains fondamentaux, le maintien de la
diversité culturelle et la solidarité avec les générations futures.

Ce nouveau paradigme a permis de traiter différemment les rapports entre


développement et préservation de l'environnement, dans la mesure notamment où il
met en valeur la notion de "gestion des ressources naturelles renouvelables". En
considérant le développement soutenable comme inséparable de la gestion des
ressources renouvelables, la question de la reproductibilité des relations entre les
sociétés humaines et leur environnement a pris place au premier plan. Il impose une
vision globale pour analyser les faits d'environnement dans toute la diversité et la
complexité de leurs implications. Il nous paraît donc essentiel d'affirmer que "parmi
toutes les représentations possibles de l'environnement, celle qui nous concerne,
dès lors que l'on fait référence à la notion de développement, met au centre de ses
préoccupations l'homme et les sociétés humaines. Elle s'interroge également sur les
conditions de leur reproduction et de leur épanouissement, c'est-à-dire en fin de
compte, sur leur devenir. Sous cet angle, l'homme et les sociétés humaines ne sont
plus simplement considérés comme les hôtes du milieu qu'ils habitent. Ils font
désormais partie intégrante de ce milieu dont ils sont à la fois, et pour une part
importante, les sujets et les objets, les acteurs et les produits" (Zanoni et Raynaut -
1994, pp. 169-170).

Les rapports entre développement et environnement apparaissent désormais


comme une dimension majeure de la question du développement soutenable. Ceci
se justifie d'autant plus que les questions concernant l'environnement occupent une
place croissante dans les préoccupations de l'opinion publique. Elles suscitent ainsi
un appel à la recherche scientifique capable non seulement d'éclairer la décision,
mais aussi d'aider à concevoir des formes de développement plus soucieuses de
préserver la nature. Les réflexions actuelles sur le développement soutenable sont
tout particulièrement dans la droite ligne de ces travaux, qu'il s'agisse de trouver des
voies de développement ou d'aménagement pour des zones rurales fragiles ou
menacées d'abandon, d'adapter les systèmes de production agricoles au nouveau
contexte économique et aux nouvelles exigences en matière d'environnement, de
fournir des connaissances et des outils aux gestionnaires d'espaces protégés, de

56 La définition de développement soutenable la plus communément reconnue est celle adoptée par la
Commission Mondiale sur l'Environnement et le Développement : "Le développement soutenable est celui qui
répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs
propres besoins" (CMED - 1988).
forêts ou de biomes mal connus, mal utilisés ou mal gérés ou de ressources d'intérêt
général comme l'eau, de mieux valoriser des ressources végétales ou animales, etc.
(Jollivet - 1992, pp. 26-30).

L'émergence de ce nouveau paradigme a également suscité un important


renouveau dans la conception de la protection de la nature. En effet, depuis la fin du
XIXe siècle, la protection de l'environnement était en large partie fondée sur une
perception anthropocentrique de la nature. Les arguments qui justifiaient cette
conception s'appuyaient sur le fait que la nature de certaines régions exceptionnelles
du point de vue esthétique et naturel devait être préservée. Là, la seule manière de
préserver la nature était de contrôler sévèrement l'accès de l'homme et ainsi de
protéger la vie sauvage ("wilderness") des méfaits de la société industrialisées (Kleitz
- 1994, pp. 10-11). Cette conception de la protection de la nature a engendré
notamment la création de zones protégées dont les parcs nationaux sont l'exemple
le plus connu. En outre, ces zones protégées signifiaient le transfert de toutes les
populations qui habitaient ces régions.

L'application de ces préceptes notamment au Tiers-monde ont montré les


limites de cette conception de la protection de l'environnement. En effet, le plus
souvent, la création des zones protégées a concerné des régions depuis longtemps
habitées par des populations autochtones, "tribales, traditionnelles ou culturellement
minoritaires" qui habitent des régions plus reculées et avec des écosystèmes
considérés comme fragiles (McNelly - 1993 cité par Diegues - 1994, p. 16). Au Brésil,
il s'agissait le plus souvent de sociétés à dominante paysanne implantées depuis les
premiers temps de la colonisation portugaise dans les interstices des régions de
monoculture et des grands domaines. Ces populations ont développé des modes
d'exploitation du milieu très proches de la nature et de ses cycles biologiques, avec
une profonde connaissance de la nature, directement liées à l'exploitation des
ressources naturelles et avec une technologie adaptée à ces milieux (Leff - 1993, pp.
72-77; Diegues - 1994, p. 12; Colchester - 1994, pp. 25-26).

D'ailleurs, à travers une analyse bibliographique, nous avons pu constater


l'ampleur des contraintes, aussi bien socio-économiques qu'écologiques, que
l'application de cette conception de la protection de l'environnement a entraînées au
cours des dernières années à travers le monde - Weber (1994), Diegues (1994),
Aumeeruddy (1994), Tchamie (1994), etc. La plupart des auteurs affirment que les
restrictions imposées à l'utilisation de ces ressources naturelles par ces populations
et leur expulsion de l'intérieur de ces zones protégées ont été plus préjudiciables à la
protection de la nature que le maintien du "status quo". Ceci a entraîné non
seulement la perte des connaissances parfois ancestrales sur la gestion des
ressources naturelles, mais également la diminution de la biodiversité des
écosystèmes, une biodiversité que ces populations avaient pourtant contribué à
développer.

Il fallut attendre les années 70 pour que l'importance du maintien des


populations autochtones dans les zones protégées fût mise en évidence par les
organismes environnementaux internationaux et par le milieu scientifique en général.
Néanmoins, c'est à partir du milieu des années 80 que cette problématique trouva de
plus en plus d'écho auprès de ces instances. Celles-ci reconnurent alors
progressivement le rôle des populations locales dans la protection de ces zones
mais également dans la gestion des ressources naturelles (Colchester - 1994, pp.
30-31).

2. La paysannerie et la problématique environnement-développement sur le


littoral nord du Paraná

La problématique environnement-développement est plus que jamais


d'actualité, notamment si l'on considère la complexité de la réalité agraire qui
caractérise le littoral nord du Paraná.

Si d'une part, la politique de protection de l'environnement a permis un certain


ralentissement du processus de dégradation des ressources naturelles, d'autre part,
elle s'est montrée inefficace pour enrayer la croissante paupérisation de la majorité
de la paysannerie et l'expansion de certaines activités agricoles dont l'impact sur
l'environnement est considérable (comme par exemple les cultures maraîchères et le
gingembre).

2.1. Les enjeux de la problématique environnement-développement sur le


littoral nord du Paraná

La caractérisation des systèmes de production mis en œuvre par les


différentes catégories sociales sur le littoral nord du Paraná (cf. chapitre précédent) a
mis en évidence une société agraire complexe et fort différenciée.

L'implantation de cette politique environnementale a eu par conséquent un


impact très variable selon les catégories sociales considérées. Ceci nous a permis
de comprendre dans quelle mesure cette politique environnementale a accéléré le
processus de paupérisation et d'exclusion sociale d'une grande partie de la
paysannerie. Un processus qui d'ailleurs tendra à se propager et à s'accentuer dans
les années à venir si aucune mesure ou changement ne vient inverser cette
tendance.

L'analyse de certains aspects de la politique de protection de l'environnement


mise en place sur le littoral nord du Paraná depuis une quinzaine d'années nous a
permis de faire quelques considérations.

Tout d'abord, nous avons pu constater que cette politique est fondée sur une
conception très étroite de l'environnement, limitée le plus souvent à la protection des
facteurs biotiques du milieu. Ainsi par exemple, les ressources hydriques, même si
elles ont fait l'objet de quelques réglementations, n'ont à aucun moment bénéficié
d'une réelle application de la loi. Les pouvoirs publics, tout en prétendant protéger
les milieux et les ressources naturelles, n'ont guère attribué au facteur hydrique
l'importance qu'il méritait (Engel Gerhardt - 1994, pp. 131-132). La pollution des
cours d'eau par les déjections des buffles ou encore par les produits phytosanitaires
utilisés à grande échelle dans les cultures maraîchères et du gingembre n'ont fait
l'objet d'aucune mesure directe de contrôle ni de suivi technique de la part des
organismes d'État chargés de l'application de la politique environnementale. Les sols
font l'objet de mesures de protection plutôt liées à la préservation des écosystèmes
forestiers qui s'y trouvent. Ils sont alors perçus exclusivement comme le support
physique des écosystèmes forestiers à protéger.

En revanche, le système de culture de défriche-brûlis est considéré aussi bien


par les législateurs que par les organismes chargés de l'application des
réglementations comme responsable de la destruction de la foret ombrophile dense
et donc de la biodiversité, au même titre que l'exploitation du bois et l'implantation
des pâturages. Or, cette vision traduit une profonde méconnaissance des
mécanismes de fonctionnement de ce système de culture : la repousse du couvert
arboré est à la base non seulement de la reproductibilité de la fertilité des parcelles,
mais aussi du contrôle des herbes adventices. Nous pouvons donc affirmer que les
paysans qui le pratiquent ne sauraient être leurs propres destructeurs, sauf à y être
contraints (Zanoni et Miguel - 1996, p. 438).

En outre, la politique environnementale ne fait pas de distinction entre les


défrichements réalisés en vue de la mise en culture avec le système de défriche-
brûlis et ceux réalisés à grande échelle pour l'exploitation du bois et l'implantation
des pâturages. Pourtant, les impacts de ces pratiques sur l'écosystème forestier sont
sensiblement différents, en raison des techniques d'abattage employées, des
surfaces forestières concernées mais également de la durée et du mode
d'exploitation mis en œuvre. Dans le système de défriche-brûlis, les arbres ne sont
pas coupés au ras du sol, certains ne sont pas abattus (bois nobles, arbres fruitiers,
etc.), et les surfaces défrichées se limitent au maximum à quelques hectares. Autant
de facteurs qui limitent l'exposition des sols à l'érosion tout en permettant un rapide
développement de la repousse forestière après une mise en culture des parcelles de
quelques années seulement. En revanche, les coupes à blanc pratiquées pour
l'exploitation commerciale du bois concernent de vastes étendues de terre et sont
suivies par l'implantation de pâturages permanents. Autant de pratiques qui
contribuent à accélérer l'érosion des sols et à réduire de manière permanente la
diversité biologique des écosystèmes.

Cette conception de la protection de l'environnement nie le rôle que les


pratiques paysannes peuvent avoir dans l'entretien de la biodiversité. Ainsi par
exemple, l'étude plus attentive du système de culture de défriche-brûlis révèle
l'importance de ces pratiques dans l'entretien de la biodiversité des écosystèmes
forestiers locaux. En effet, les formations végétales qui se succèdent suite à
l'abandon des activités agricoles se caractérisent par une importante diversité des
espèces : d'abord fortement dominées par des espèces herbacées, celles-ci cèdent
progressivement leur place à des espèces arbustives puis arborées. Une diversité
biologique au niveau de l'espace qui profite également à la faune qui y trouve alors
une source de nourriture abondante et différente selon la formation végétale en
question et la période de l'année. D'ailleurs, ce constat n'est pas nouveau : des
études réalisées dans d'autres régions (Balée, 1988-1992 et Gomez-Pompa, 1971-
1972 cités par Diegues - 1994, pp. 138-139) ont permis d'affirmer que la pratique de
l'agriculture avec le système de culture de défriche-brûlis permettait l'entretien,
parfois même l'accroissement, de la diversité biologique des forêts tropicales.

Nous pouvons donc considérer que cette politique environnementale a été


largement inspirée par des représentations d'une nature vierge et non anthropisée,
tout en prônant le maintien sur place des populations locales. Ceci se caractérise par
une approche des écosystèmes dans laquelle les dynamiques qui régulent leur
fonctionnement excluent l'intervention des populations locales.

En perpétuant l'inégalité d'accès et d'appropriation aux ressources naturelles


et en niant la crise qu'elle affronte depuis longtemps, cette politique
environnementale n'a pas permis à la paysannerie du littoral nord du Paraná de
modifier son mode d'exploitation de la nature et de s'adapter à la nouvelle
conjoncture régionale. Dans ces conditions, on peut affirmer que la situation agraire
actuelle reste profondément marquée par un antagonisme entre protection de
l'environnement et développement agricole.

À ce propos, nous pouvons nous poser la question de la place de agriculture


paysanne dans la division inter-régionale du travail. Cette agriculture n'est certes pas
compétitive par rapport à celle réalisée sur les plateaux de l'intérieur, mais elle trouve
néanmoins sa place sur le marché local et régional en raison de son potentiel de
production de fruits tropicaux et de certains produits alimentaires artisanaux. Une
place d'autant plus significative si l'on considère la qualité agro-biologique des
produits agricoles locaux. Par ailleurs, soulignons le rôle que jouerait un
développement agricole adapté à cette réalité agraire dans le ralentissement de
l'exode rural dans cette région.

2.2. La majeure partie de la paysannerie est confrontée à une situation socio-


économique fort précaire

L'analyse de la situation agraire actuelle sur le littoral nord du Paraná a montré


que la majeure partie de la paysannerie est aujourd'hui confrontée à une situation
socio-économique fort précaire. En effet, non seulement ces exploitations paysannes
affrontent une crise agricole, mais outre, leur mode d'exploitation du milieu est en
grande partie en désaccord avec la politique de protection de l'environnement mise
en place dans la région.

Nous avons vu que ces paysans ne parviennent pas à assurer la survie de


leurs familles par leurs seules activités agricoles. Ils sont par ailleurs largement
dépendants d'activités non agricoles caractérisées le plus souvent par une intense
précarité. La cueillette du cœur de palmier est soumise à de sévères contraintes
liées aussi bien à la politique environnementale qu'à l'épuisement de la ressource.
Les possibilités de salariat dans la région sont rares et se limitent le plus souvent à
des travaux à la tâche ou à la journée dont les opportunités sont très aléatoires : les
systèmes de production des néolatifundias57 et des paysans "moyens" sont peu
demandeurs en main d'œuvre, et les agriculteurs patronaux, dont les systèmes de
production requièrent une importante main d'œuvre, sont peu nombreux dans la
région et se concentrent dans la seule vallée alluviale desservie par une route
goudronnée. Quant aux activités de transformation comme la production de farine de

57 Les salariés fixes représentent environ 50% de la main d'œuvre employée mais la plupart d'entre eux
viennent d'autres régions (Enquêtes de terrain, 1989-1992).
manioc ou de pâtes de banane, elles exigent des investissements que la plupart
d'entre eux sont bien incapables de réaliser.

- Une agriculture paysanne toujours en crise

La crise de l'agriculture paysanne n'est pas un phénomène récent dans la


région et est en grande partie la conséquence de la limitation des surfaces agricoles
disponibles : environ 40% des paysans disposent d'une surface agricole inférieure à
3 hectares par actif familial. En outre, la plupart des parcelles sont souvent soumises
à d'importantes restrictions d'usage, liées aussi bien à leur localisation qu'aux
contraintes imposées par la politique environnementale. Une situation que
l'insuffisance des moyens de production tend à accentuer dans la mesure où les
paysans ne peuvent mettre ces parcelles en culture qu'avec des systèmes de
défriche-brûlis avec des recrûs de courte durée qui, comme nous avons pu le voir
précédemment, se caractérisent le plus souvent par une faible productivité du travail
et par un important impact sur l'environnement lié notamment à l'érosion des sols.

Cette crise paysanne est renforcée par d'importantes difficultés de


commercialisation de la production agricole. Malgré le désenclavement de la plupart
de vallées alluviales depuis la construction de routes et de pistes, l'éloignement des
centres de consommation et les difficultés de communication et de transport
permettent aux intermédiaires et aux commerçants locaux de profiter d'une situation
de quasi monopole dans l'achat de la production agricole locale58 (notamment la
production de banane et dans une moindre mesure de farine de manioc) et d'imposer
ainsi leur prix d'achat et de décider selon leur gré le moment de la commercialisation
de la production59.

- Un mode d'exploitation du milieu en désaccord avec la politique de


protection de l'environnement

Le mode d'exploitation du milieu pratiqué par la plupart des paysans est en


large partie en désaccord avec la politique de protection de l'environnement mise en

58 Le plus souvent, un seul intermédiaire ou commerçant est responsable de l'écoulement de la production


agricole des paysans de deux ou parfois même trois vallées alluviales.
59 En 1992, les intermédiaires revendaient la banane deux fois plus cher sur le marché de gros de Curitiba que
le prix qu'ils avaient payé aux producteurs (Enquêtes de terrain, 1992). PORCHERON, dans son étude sur la
filière de la banane sur le littoral nord du Paraná, affirme que "la rémunération des producteurs de banane ne
représente pas plus de 10% du prix payé par le consommateur" (Porcheron - 1995, p. 32).
œuvre sur le littoral nord du Paraná. Les restrictions imposées par cette politique
environnementale ont frappé de plein fouet la plupart des activités agricoles (fondées
pour l'essentiel sur le système de défriche-brûlis) mais également les activités de
cueillette et de transformation artisanale de produits forestiers (bois, lianes et surtout
cœur de palmier), la chasse et la pêche.

En outre, pour poursuivre ces activités, la paysannerie locale est contrainte à


une situation de clandestinité vis-à-vis non seulement des organismes de protection
de l'environnement mais également de l'ensemble de cette société agraire. Cette
situation tend donc à la priver de toute reconnaissance sociale et constitue un
obstacle à son organisation ainsi qu'à sa représentation face aux pouvoirs publics.
Soulignons que cette clandestinité contraint la paysannerie à accepter des conditions
très défavorables lors de la commercialisation de sa production.

- Un processus continu de paupérisation

L'étude de la dynamique agraire actuelle sur le littoral nord du Paraná a


montré qu'une grande partie de la paysannerie locale est soumise à un intense
processus de paupérisation. Ces paysans sont aujourd'hui dans une situation socio-
économique fort précaire et tout porte à croire que ce processus de paupérisation
s'accentuera dans les années à venir.

Tout d'abord, nous avons pu constater que cette paysannerie ne dispose que
de moyens de production très limités. En outre, les opportunités de développement
sont très rares, voire même inaccessibles. Enfin, les engagements pris par les
pouvoirs publics brésiliens suite notamment à la Conférence de Rio de Janeiro en
1992 sur la protection de la Forêt Atlantique laissent penser que la politique
environnementale mise en place sur le littoral nord du Paraná sera maintenue et
probablement même renforcée progressivement.

- des opportunités de développement inaccessibles à la petite


paysannerie

La petite paysannerie du littoral nord du Paraná est aujourd'hui dans


l'impossibilité de profiter des nouvelles opportunités de développement. L'adoption
de systèmes de culture en conformité avec la législation environnementale et le
développement de la transformation artisanale demandent des investissements que
la plupart des paysans ne sont pas en mesure de réaliser avec leurs systèmes de
production actuels.

À partir de 1980, le gouvernement de l'État du Paraná a mis en œuvre une


série de projets et de programmes de développement agricole au profit des petits et
moyens exploitants agricoles du littoral. La plupart visaient à compenser les
limitations d'usage des ressources naturelles imposées par la politique
environnementale et à améliorer les conditions de vie des populations locales.
Cependant, leur impact sur la petite paysannerie du littoral nord a été très limité,
voire même insignifiant dans certains domaines, dans la mesure où pour la plupart,
ils lui étaient inaccessibles (cf. chapitre 3).

En ce qui concerne l'exploitation et la transformation du cœur de palmier, la


politique de protection de l'environnement a renforcé considérablement les
restrictions d'accès à ces activités pour la paysannerie et donc sa dépendance vis-à-
vis des conserveries industrielles. En outre, cette situation a écarté la paysannerie
locale de toute possibilité de développer la production artisanale de conserves de
cœur de palmier.

- les perspectives de renforcement de la politique de protection de


l'environnement

Depuis le début des années 80 notamment, la protection de la "forêt


atlantique" brésilienne est devenue l'une des priorités de nombreuses organisations
non-gouvernementales et d'organismes nationaux et internationaux (MAB-UNESCO,
WWF, TNC, SOS Mata Atlântica, etc.), une priorité d'ailleurs réaffirmée à plusieurs
reprises après la Conférence de Rio de Janeiro en 1992. Dans ce sens, il est
important de rappeler que c'est sur le littoral du Paraná que l'on trouve la portion la
mieux préservée de cet écosystème qui s'étendait à l'origine tout au long de la côte
Ouest du Brésil.

La politique environnementale mise en œuvre dans la région et la conception


de la protection de l'environnement prédominante dans les organismes et
organisations environnementales permettent d'envisager un renforcement de
l'appareil répressif dans les années à venir. Et il n'est pas exclu que de nouvelles
unités de protection de l'environnement soient créées ou que de nouveaux dispositifs
législatifs concernant cette région soient instaurés.
- l'épuisement progressif des ressources en cœur de palmier

Comme nous l'avons vu précédemment, l'exploitation et la transformation du


cœur de palmier sont devenues l'une des principales sources de revenu de la
paysannerie du littoral nord du Paraná. Cependant, la législation instaurée depuis les
années 70 exclut la paysannerie de tout développement légal de ces activités.

Dans ces conditions, les paysans ont été contraints de poursuivre leurs
activités de cueillette et de transformation artisanale de manière clandestine et
même de compenser les prélèvements réalisés par les conserveries industrielles par
une intensification considérable de l'effort d'exploitation des peuplements naturels.
Soulignons par ailleurs que cette situation rend impossible toute gestion rationnelle
de la ressource. Qui plus est, l'absence de données fiables empêche d'estimer le
potentiel d'exploitation de cette ressource et le contexte institutionnel n'incite guère la
paysannerie à la gérer de façon rationnelle.

Aujourd'hui, outre la productivité du travail de l'activité de cueillette, c'est le


renouvellement naturel de la ressource palmier qui se trouve sérieusement menacé.
Nous estimons que l'épuisement des ressources en cœur de palmier risque de
compromettre la survie de plus de 60% des paysans du littoral nord du Paraná (cf.
chapitre 3).

3. Quelle politique de développement agricole pour le littoral nord du Paraná ?

Proposer une politique de développement agricole pour le littoral nord du


Paraná est un exercice périlleux, notamment si l'on considère les enjeux de la
problématique agraire locale. Les échecs successifs subis par les programmes et
actions de développement mis en œuvre par les pouvoirs publics et certaines ONGs
sont encore très présents dans la mémoire des populations locales (cf. chapitre 2).

Cependant, fort des résultats obtenus et de l'ampleur des connaissances sur


la réalité agraire locale acquises tout au long de cette recherche, nous jugeons
nécessaire de contribuer par quelques propositions à la recherche d'un
développement soutenable et équitable pour les habitants de cette région.

Soulignons dès à présent que la réussite d'un projet de développement dans


une région présentant ces particularités aurait des conséquences considérables au
niveau régional, bien sûr, mais également à une échelle plus globale. Elle pourrait
notamment contribuer à faire progresser le débat sur l'avenir des régions tropicales
humides au Brésil.

Les pouvoirs publics doivent intégrer les questions d'environnement dans les
programmes et projets de développement rural, de façon à ce que les exploitants
puissent satisfaire leurs besoins vivriers et monétaires tout en respectant leur
environnement naturel. Les projets tournés exclusivement vers la protection de
l'environnement sont voués à l'échec si l'on ne parvient pas à améliorer le niveau de
vie de la paysannerie de la région. Il appartient donc à l'État de créer les conditions
socio-économiques nécessaires à la mise en œuvre par les paysans de systèmes de
culture et d'élevage favorables à la reproduction des écosystèmes, et de faire en
sorte que ces individus aient les moyens de les développer (Dufumier - 1992, p.
308).

Devant une telle problématique, il est impératif que l'État impose une réelle
coordination entre les organismes chargés de la promotion du développement rural
et ceux chargés d'inciter une meilleure prise en compte des problèmes
environnementaux.

En effet, un constat s'impose : il ne suffit plus de souligner les enjeux de la


problématique locale ou de fournir les bases scientifiques à la conception d'un projet
de développement dans cette région. Le temps est venu de proposer des actions
concrètes en faveur d'un développement soutenable, c'est-à-dire qui vise
l'amélioration des conditions de vie des populations locales et le respect de
l'environnement.

3.1. Une politique de développement centrée sur la paysannerie

La caractérisation du mode d'exploitation du milieu mis en œuvre par la


paysannerie du littoral nord du Paraná nous a permis de faire un certain nombre de
constats.

Tout d'abord, ce mode d'exploitation du milieu est fondé en grande partie sur
la reproduction du potentiel écologique des milieux exploités. L'analyse des
systèmes de production mis en œuvre par cette paysannerie (cf. chapitre 3), nous
permet d'affirmer que ce mode d'exploitation du milieu se caractérise par un fort
potentiel et par une aptitude à exploiter de façon durable les écosystèmes locaux, et
cela malgré qu'il soit depuis fort longtemps marqué par l'empreinte de la crise. Ce
mode d'exploitation de la nature se traduit par des interventions de courte durée et
sur des espaces restreints afin de limiter les impacts sur les écosystèmes et de
permettre, autant que possible, le maintien d'un équilibre entre l'utilisation et le
renouvellement des ressources naturelles.

Ensuite, la dégradation environnementale engendrée par ce mode


d'exploitation du milieu est une conséquence directe des contraintes qui pèsent sur
la paysannerie de la région. Des contraintes dues aussi bien à une importante
limitation d'accès aux ressources naturelles qu'à une faible disponibilité en foncier.

Nous pouvons affirmer que le mode d'exploitation de la nature mis en œuvre


par la paysannerie n'est pas en soi un facteur de destruction et de dégradation des
écosystèmes naturels à préserver et qu'il n'est donc pas en contradiction avec les
objectifs de la politique de protection de l'environnement mise en place dans la
région60.

La mise en place d'une véritable politique de développement centrée sur la


paysannerie doit permettre de rétablir cet équilibre entre utilisation et renouvellement
des ressources naturelles. Ceci doit se traduire à court terme par une importante
diminution de l'impact environnemental de l'ensemble des pratiques paysannes. Ce
constat nous conduit impérativement à préconiser la paysannerie comme la
catégorie sociale la plus susceptible de concilier développement et préservation de
l'environnement sur le littoral nord du Paraná. D'autant plus, comme nous l'avons vu
précédemment, que l'amélioration des conditions de vie de la paysannerie demeure
la condition préalable à la réussite de toute politique environnementale concernant
cette région.

En revanche, il nous paraît judicieux de limiter voire même de stopper toute


action de développement fondée sur la promotion des systèmes de production
développés dans les néolatifundias et les exploitations patronales. Ces systèmes de
production s'avèrent très demandeurs en travail et en moyens financiers et
présentent des résultats économiques et sociaux très limités (cf. chapitre 3). En
outre, à l'exception de l'exploitation du palmier Euterpe edulis, ils sont fondés sur une
importante anthropisation du milieu et cela de manière permanente : importante
utilisation d'engrais et de produits phytosanitaires, défrichements à blanc, mise en
place de pâturages permanents, travail du sol en continu, etc. Comme nous l'avons
vu (cf. chapitre 3), l'impact environnemental de ces systèmes de production est

60 La législation de protection de l'environnement mise en place sur le littoral nord du Paraná prévoyait au
départ des limitations d'usage de certaines ressources naturelles tout en permettant le maintien de la
paysannerie locale et de son mode d'exploitation du milieu (cf. chapitre 2).
considérable et ceux-ci doivent donc être limités, voire exclus, d'une zone
d'environnement protégé.

En effet, ces activités économiques ont pu se développer dans la région en


raison de leur importance économique et des dysfonctionnements des organismes
publics chargés de l'application de politique environnementale.

3.2. Redéfinir l'action des pouvoirs publics

Tout au long de notre recherche, nous avons souligné les lacunes des
pouvoirs publics dans la promotion du développement rural sur le littoral nord du
Paraná. La plupart des actions et des programmes de développement mis en place
par les pouvoirs publics ont bénéficié à des exploitations patronales et à un faible
nombre de paysans. Nous avons également constaté des dysfonctionnements dans
les différents organismes chargés de ces tâches ainsi que d'importants vices de
conception et la faible portée des actions et projets de développement en cours.

Enfin, d'importantes contradictions ont été décelées dans la politique mise en


œuvre sur le littoral nord du Paraná. En effet, bien qu'elle prône la sauvegarde du
mode de vie des populations locales et leur maintien sur place, cette politique s'avère
un obstacle à leur reproduction et à l'amélioration de leurs conditions de vie.

La mise en place d'une politique de développement centrée sur la


paysannerie sous-tend une profonde modification de l'action des organismes d'état
implantés sur le littoral nord du Paraná mais également une importante intervention
des pouvoirs publics notamment en ce qui concerne la question foncière.

- Restructurer l'action de l'organisme de vulgarisation agricole et de la


recherche agronomique

Les antennes locales de l'organisme de vulgarisation agricole de l'État du


Paraná (EMATER) manquent aujourd'hui cruellement de personnel qualifié et un
important effort dans le renforcement du personnel technique est donc
indispensable.

En outre, une réorientation de l'action de cet organisme sur le terrain est


souhaitable. Les interventions des techniciens auprès des associations et
groupements de paysans doivent être privilégiées au détriment de celles réalisées
auprès des exploitants individuels. Un important effort doit être également consenti
pour inciter la création de structures collectives paysannes.

Enfin, il nous paraît indispensable que ces antennes puissent disposer d'une
plus grande autonomie d'action par rapport aux directives définies par la direction
régionale qui, trop souvent, sont très éloignées de la réalité rencontrée par les
vulgarisateurs sur le terrain.

En ce qui concerne la recherche agronomique, il est impératif que ces


organismes orientent de manière prioritaire leurs travaux vers la résolution des
problèmes auxquels se trouvent directement confrontés les paysans. Ainsi, il
convient surtout de mieux comprendre les mécanismes de régénération naturelle des
couverts herbacés, arbustifs et arborés soumis à la pratique du système de défriche-
brûlis. Un gros effort doit être fourni dans le domaine de l'agroforesterie notamment
avec des recherches sur les systèmes de culture du palmier Euterpe edulis sous
couvert arboré et en association avec la culture de la banane.

Dans ce sens, une véritable concertation doit être envisagée entre les
différents organismes aussi bien gouvernementaux que non gouvernementaux
réalisant des recherches sur le littoral du Paraná. Ceci doit permettre d'éviter des
répétions et garantir une meilleure utilisation des moyens financiers et humains.

Enfin, il nous paraît indispensable de mettre en place une véritable


concertation entre les organismes concernés par la vulgarisation agricole et la
recherche agronomique et ceux concernés par la protection de l'environnement. En
effet, nous avons remarqué que les techniciens de l'organisme de vulgarisation
agricole de l'État (EMATER) n'hésitent pas à inciter les paysans de la région à
l'utilisation de produits phytosanitaires ou à l'introduction d'espèces végétales
exotiques (comme le palmier Euterpe oleracea). Le même phénomène a été observé
parmi les chercheurs de l'Institut de Recherche Agronomique du Paraná (IAPAR) qui
mènent des recherches sur l'introduction du palmier Euterpe oleracea sur le littoral
paranéen. Ceci évidemment en complète contradiction avec l'action des organismes
de protection de l'environnement et avec la réglementation de la politique
environnementale en vigueur dans la région.
- Recentrer et renforcer les programmes et actions de développement en
cours

D'une manière générale, les programmes et actions de développement mis en


œuvre sur le littoral nord du Paraná n'ont bénéficié qu'à un nombre réduit de
paysans (cf. chapitre 2). Cependant, l'analyse des résultats présentés par ces
programmes et actions nous ont permis de mieux nous situer face à ces questions.

Ces actions et programmes de développement doivent intégrer la participation


paysanne aussi bien au niveau des études préalables qu'à celui de l'exécution. Par
ailleurs, il est souhaitable que ces actions et ces programmes puissent être suivis et
évalués par les paysans concernés. Ils doivent également s'intégrer à la politique
environnementale en vigueur dans la région.

Enfin, tout projet de développement sur le littoral nord du Paraná doit


s'efforcer en priorité d'enrayer le processus de paupérisation qui frappe une grande
partie de la paysannerie. Ce processus ne peut être stoppé que si l'on procède
initialement à des investissements destinés à équiper la paysannerie de manière
individuelle mais surtout collective. Pour cela, il faut concentrer les efforts sur des
actions et des programmes de développement susceptibles d'intéresser
immédiatement les paysans, comme par exemple certaines activités agricoles et de
transformation à forte valeur ajoutée : production de farine de manioc, exploitation et
transformation du cœur de palmier, transformation de la banane, etc.

- Adapter la politique environnementale

Comme nous l'avons vu précédemment (cf. chapitre 2), les orientations et


règlements de la politique environnementale mise en œuvre sur le littoral nord du
Paraná ont été décidés par les organismes publics et environnementaux sans
aucune participation des populations locales. La mise en place d'instances de
discussion et de délibération entre les divers organismes concernés par la protection
de l'environnement et les populations locales et leurs représentants s'avère donc
indispensable. Dans ce sens, la promotion de structures associatives de paysans
devra permettre l'émergence d'une représentation paysanne active et bénéficiant
d'une large assise locale.
La politique environnementale devra s'intégrer dans une politique globale de
développement pour la région, avec une définition claire des priorités pour tout ce qui
concerne le choix des modalités et des zones d'intervention. Par conséquent, il
faudra faciliter la concertation entre les pouvoirs publics et les populations locales
pour que tous puissent se mettre d'accord sur les modalités d'aménagement et de
gestion des ressources naturelles dans le cadre de la politique environnementale.

Quoi qu'il en soit, des modifications dans la politique environnementale mise


en place localement s'avèrent nécessaires. En ce qui concerne la filière du cœur de
palmier, les dispositifs légaux qui assurent le monopole de la transformation aux
seules conserveries industrielles doivent être abrogés. Il paraît également
indispensable que la politique environnementale permette la délimitation des zones
destinées à des activités agricoles, à la cueillette de produits forestiers et à la chasse
d'autoconsommation. Ce zonage doit à notre avis prendre en compte les pratiques
paysannes d'utilisation des ressources naturelles sans pour autant se limiter à la
délimitation spatiale des milieux selon leurs aptitudes physiques.

L'exemple des activités agricoles réalisées selon le système de culture de


défriche-brûlis permet de conforter notre jugement. Celui-ci est pratiqué sur la plupart
des parcelles localisées sur les fonds de vallée et sur quelques bas versants de
montagnes depuis le début du siècle pour les vallées de colonisation plus récente et
pour les vallées de colonisation plus ancienne au moins depuis le milieu du XVIe
siècle. Par conséquent, les parcelles ainsi exploitées sont depuis fort longtemps
profondément altérées par les activités anthropiques. La mise en défens de ces
parcelles ne se justifie donc nullement en ce qui concerne la protection de la
biodiversité de la forêt ombrophile dense et des écosystèmes locaux. C'est au
contraire l'inverse que devrait prôner la politique de protection de l'environnement :
régulariser la pratique du système de défriche-brûlis exclusivement pour les parcelles
les plus anthropisées et ceci indépendamment de l'âge des recrûs ou de l'étape de
développement de la végétation.

3.3. Redistribution foncière et mise en place d'une "réserve extractiviste" de


cœur de palmier

La reprise des vastes étendues de terres en possession des propriétaires des


néolatifundias et leur redistribution à la paysannerie du littoral nord du Paraná est
une condition préalable à la réussite de tout projet de développement dans cette
région. En effet, la grande concentration foncière est en grande partie responsable
de la situation d'exclusion socio-économique dans laquelle se trouve la majeure
partie de la paysannerie de la région.

Cette redistribution du foncier doit permettre d'augmenter les surfaces


agricoles des exploitations paysannes et de créer une "réserve extractiviste" de
palmier Euterpe edulis dans la sous-région des montagnes.

Outre une importante amélioration des conditions de vie de la paysannerie,


cette redistribution foncière vise la réduction de l'impact des activités paysannes sur
l'environnement. En effet, la paysannerie du littoral nord pourra abandonner la mise
en culture avec le système de défriche-brûlis des parcelles disposant de conditions
de culture dont l'impact sur l'environnement s'avère le plus important (versants des
montagnes, parcelles couvertes des recrûs arbustifs, etc.). En ce qui concerne les
activités de cueillette, la redistribution foncière doit permettre aux paysans de réaliser
une réelle gestion des ressources forestières.

Enfin, il est indispensable que cette redistribution foncière soit suivie par un
important effort d'encadrement de la paysannerie par les pouvoirs publics et les ONG
présentes dans la région, et qu'un important soutien financier soit apporté à ces
paysans (équipements, crédits de campagne, etc.).

- Distribution foncière des terres de fond de vallée

Les résultats dégagés par l'étude des systèmes de production nous ont permis
d'estimer un module minimum pour les exploitations paysannes sur le littoral nord du
Paraná. Nous avons ainsi pu calculer qu'elles doivent disposer d'une surface
cultivable en rotation avec le système de défriche-brûlis d'environ 20 hectares, dont
environ la moitié localisée impérativement sur les unités de milieu naturel des plaines
d'épandage de crues et des terrasses alluviales.

Outre la culture permanente de la banane, cette surface agricole en rotation


doit permettre aux paysans de mettre en œuvre des systèmes de culture de défriche-
brûlis avec une durée du recrû supérieure à 6 ans, d'assurer leurs besoins
d'autoconsommation de denrées de base (riz, maïs, haricot, manioc, banane, jardin
de case, basse-cour) et de dégager un surplus agricole (notamment en banane et en
manioc). Nous estimons que ce système de production peut garantir une productivité
du travail supérieure à 7.000 francs par actif familial.
- Les possibilités de mise en place d'une "réserve extractiviste" de cœur
de palmier

La fin des années 80 a été marquée au Brésil par la montée en puissance de


la contestation internationale du modèle de développement jusqu'alors prôné pour
l'Amazonie. Ce modèle de développement, dont les origines remontent à la période
des gouvernements militaires (1964-1985), n'a permis que l'installation de grandes
exploitations d'élevage sous les décombres de la forêt amazonienne. A ceci s'est
ajoutée une résistance de plus en plus active contre la destruction de la forêt
amazonienne de la part des populations de collecteurs (notamment de latex
"seringueiros" et de noix du Brésil "castanheiros") vivant dans certaines régions.
Face à cette situation, les pouvoirs publics brésiliens ont mis en place au début des
années 90 une législation concernant la création des "réserves extractivistes".

Fortement inspirée par la législation sur les réserves indigènes, celle-ci permet
la création des "réserves extractivistes" dans les régions dont les caractéristiques
naturelles rendent possible leur exploitation durable par des populations
"extractivistes" sans porter préjudice à la conservation du milieu (d'après le décret
n° 98897 du 30/01/90).

Cette législation représente une importante innovation en termes


d'organisation sociale et d'occupation du territoire. En premier lieu, la création d'une
"réserve extractiviste" modifie les rapports à la propriété privée car elle s'oppose à la
spéculation et à la concentration foncière. Les terres concernées par une "réserve
extractiviste" appartiennent à l'État brésilien qui en réserve l'usufruit aux populations
locales. Ces populations doivent par conséquent mettre en œuvre un mode de
gestion concertée pour en valoriser les ressources naturelles. En second lieu, elle
est censée modifier les relations de l'homme avec la nature et s'opposer à
l'exploitation prédatrice des ressources naturelles. La "réserve extractiviste" doit
permettre le développement d'activités économiques viables, tout en assurant la
sauvegarde de la biodiversité des écosystèmes exploités (Pinton cité par Aubertin -
1995, p. 108)

Le champ d'application de cette législation ne se limite pas à la région


amazonienne. En 1994, sur les neuf "réserves extractivistes" existantes au Brésil, au
moins cinq étaient situées en dehors de l'Amazonie dite "légale" (source CNPT/
IBAMA - 1995).

L'analyse de la législation concernant la création des "réserves extractivistes"


nous permet d'affirmer que la plupart des exigences requises pour leur application
existent sur le littoral nord du Paraná. Cette législation stipule en particulier que les
populations locales doivent exploiter depuis longtemps les ressources forestiers en
question. Soulignons notamment que la paysannerie du littoral nord du Paraná
exploite depuis longtemps les boisements de palmier existants dans la sous-région
des montagnes.

La création d'une "réserve extractiviste" sur le littoral nord du Paraná doit


permettre à la paysannerie d'exploiter légalement les boisements de palmier
existants. En effet, la législation concernant l'exploitation du palmier Euterpe edulis
stipule que le droit d'exploiter cette ressource dépend de la possession de la terre et
de la mise en œuvre d'une gestion durable de la ressource. Il n'existe donc aucune
contradiction entre cette législation et la mise en place d'une "réserve extractiviste".

Contrairement à la plupart des "réserves extractivistes" de la région


amazonienne, l'implantation d'une telle réserve sur le littoral nord du Paraná ne
devrait pas rencontrer de graves difficultés dans la commercialisation de la
production. En effet, le marché du cœur de palmier est actuellement en pleine
expansion au Brésil. Cette tendance doit d'ailleurs se poursuivre en raison
notamment de la surexploitation des boisements de palmier localisés dans le sud du
Brésil et de l'augmentation constante de la consommation de cœur de palmier en
conserve dans les centres urbains brésiliens (cf. chapitre 2). En outre, la mise en
conserve peut être réalisée sur place, à moindre coût, par les paysans eux mêmes.
Enfin, l'exploitation du cœur de palmier peut être réalisée sous couvert de la
végétation arborée naturelle (primaire et secondaire), ce qui permet d'assurer le
renouvellement des boisements par régénération naturelle.

Malgré un environnement politique défavorable à toute réforme agraire, nous


considérons que l'expropriation des terres des néolatifundias par l'État et leur
redistribution à la paysannerie ne représente pas un obstacle majeur. En effet, la
création d'une "réserve extractiviste" ne relève pas de l'Institut Brésilien de la
Colonisation et de la Réforme Agraire (INCRA), organisme public fortement influencé
par des pressions politiques, mais d'un département de l'IBAMA61 implanté à Brasília
- le Centre National pour le Développement Durable des Populations Traditionnelles
(CNPT) -, chargé de la création des "réserves d'extraction" et sensible aux
revendications des mouvements sociaux62.

61 Institut Brésilien de l'Environnement et Ressources Renouvelables.


62 C'est d'ailleurs dans ce sens qu'AUBERTIN, dans un article sur les "réserves extractivistes" en Amazonie
affirme que la demande de la création d'une "réserve extractiviste" est devenu le modèle employé pour faire
aboutir les revendications foncières (Aubertin - 1995, p. 112).
En outre, la plupart des terres en question disposent d'une tenure foncière
précaire qui n'est pas reconnue par la justice brésilienne. Nous estimons que
100.000 hectares environ peuvent être concernés par la création d'une "réserve
extractiviste" sur le littoral nord du Paraná63. En prenant en compte les résultats
dégagés par l'exploitation des boisements naturels de palmier Euterpe edulis, nous
pouvons estimer que cette "réserve extractiviste"64 pourra produire environ 200
tonnes de cœur de palmier par an pendant les cinq premières années et environ 300
tonnes les années suivantes.

- Bénéfices attendus de la redistribution foncière

Cette redistribution foncière permettrait d'augmenter les surfaces agricoles


des exploitations paysannes et de garantir à environ 300 paysans l'accès à un lot
dans la "réserve extractiviste". D'après les estimations, elle doit permettre à chacune
des familles paysannes concernées de disposer d'une exploitation d'une vingtaine
d'hectares et d'un lot dans la "réserve extractiviste" d'environ 300 hectares.

Nous estimons que ce système de production peut dégager un revenu variant


entre 9.000 francs par actif familial (pendant les cinq premières années) et 11.000
francs par actif familial (à partir de la sixième année), c'est-à-dire une fois et demi à
deux fois le seuil de reproduction sociale fixé actuellement pour cette catégorie
sociale (cf. chapitre 3).

3.4. La promotion des structures associatives paysannes

La paysannerie du littoral nord du Paraná se caractérise par une très faible


organisation autour d'entités paysannes professionnelles ou de production. En 1992,
aucun syndicat ne représentait la paysannerie et seules trois associations paysannes
existaient dans l'ensemble de la région, rassemblant au total moins d'une centaine
d'exploitants (Enquêtes de terrain, 1989-1992).

La mise en place d'un projet de développement agricole sur le littoral nord du


Paraná doit impérativement accorder une place importante à la promotion de

63 Estimation personnelle réalisée à partir du cadastre de l'INCRA (1991) et des relevés de terrain (1989-1992).
64 Nous avons pris comme hypothèse une production annuelle de 3,0 kg de cœur de palmier par hectare
pendant les cinq premières années et 6,0 kg les années suivantes. En outre, nous avons considéré que les deux
tiers environ de la surface de la réserve ne présentaient pas les conditions pédoclimatiques nécessaires pour
permettre le développement du palmier "Euterpe edulis".
structures associatives paysannes. Celles-ci doivent s'attaquer, au moins dans un
premier temps, à la résolution des problèmes courants rencontrés par ces paysans
et à la création des conditions socio-économiques favorables à l'augmentation de
leurs revenus.

Selon les objectifs recherchés, ces structures peuvent prendre la forme de


petits groupements ou d'associations rassemblant un nombre plus important de
paysans. Quoi qu'il en soit, elles doivent impérativement respecter les principes de la
libre adhésion, de l'intérêt mutuel et de la gestion démocratique (Dufumier - 1990, p.
12).

Si d'une part, la majeure partie de la paysannerie du littoral nord du Paraná


n'est pas en mesure de financer les équipement nécessaires à la mise en place de
telles structures associatives, d'autre part, les possibilités de financement existent
aussi bien auprès des municipalités que des différents organismes de l'État du
Paraná. Depuis quelques années, les municipalités disposent d'importants fonds
publics provenants de la "loi des royalties écologiques" qui peuvent être mobilisés
dans le financement des projets de développement agricole (cf. chapitre 2). En ce
qui concerne l'État du Paraná, la promotion de l'agro-industrie rurale est devenue
l'une des priorités de l'actuel gouvernement et des lignes de crédit et de financement
ont été créées dans les dernières années.

L'organisation de petits groupements de paysans doit être incitée pour la


gestion des équipements agricoles ou de transformation demandant une importante
souplesse d'utilisation et des coûts d'entretien relativement élevés. Cette forme
d'organisation collective doit donc être choisie pour la gestion des équipements tels
que les motoculteurs et les ateliers de transformation de manioc. Elle permet
l'utilisation de ces équipement sur une plus longue durée tout en réduisant les coûts
d'entretien et de fonctionnement. D'après les relevés réalisés sur le littoral nord du
Paraná, l'atelier de transformation semi-motorisé (type II) semble le plus indiqué pour
les groupements de producteurs. Outre l'utilisation de certains équipements déjà
existants sur place (chaudron en cuivre, pressoirs), il peut être construit à moindre
frais par les paysans eux mêmes. D'après les caractéristiques et les performances
dégagées par ces ateliers, nous estimons que le groupement ne doit pas concerner
plus que quelques exploitations paysannes. Dans le cas de motoculteurs, il doit être
limité à moins d'une vingtaine d'exploitants. Malgré leur polyvalence (pour la
préparation des parcelles mais surtout pour le transport de la production) et le fait
qu'ils puissent être utilisés tout au long de l'année, leur gestion par les bénéficiaires
peut engendrer d'importants conflits au sein du groupement. L'expérience des
groupements de paysans possédant un motoculteur dans la région nous incite à
confier le maniement de cet équipement à un paysan ayant une solide connaissance
en machinisme agricole.

Face aux difficultés rencontrées par la paysannerie dans la commercialisation


de leur production (notamment de banane et de cœur de palmier), une place
primordiale doit être accordée à l'amélioration des conditions de transport et à la
mise en place de petites unités de conservation post-récolte auprès des structures
associatives locales. Il s'agit d'une part de permettre à la paysannerie de se libérer,
au moins partiellement, de l'emprise des réseaux de commercialisation dominés par
des intermédiaires privés, et d'autre part de valoriser les pertes et les excédents de
production. Pour cela, les structures paysannes doivent disposer d'un moyen de
transport robuste et d'une capacité suffisante, dont le plus conseillé pour la région
est le camion plateau ("truck") d'une capacité d'environ 10 tonnes. Il nous semble
également impératif que les organisations paysannes puissent développer la
transformation de la banane, du manioc et du cœur de palmier au sein de petites
unités artisanales de transformation.

L'expérience de l'Association de Petits Producteurs de Batuva, localisée en


amont du fleuve Guaraqueçaba, est en ce sens exemplaire. Cette petite association
dispose depuis 1989 d'un camion prêté par la mairie de Guaraqueçaba pour assurer
le transport de la production de bananes de ses membres vers un grossiste établi à
Curitiba. Elle parvient ainsi à obtenir un prix de vente d'environ 40% supérieur à celui
proposé par des intermédiaires privés qui viennent chercher la production
directement chez des producteurs (Enquêtes de terrain, 1989-1992). En outre, cette
association s'est engagée depuis 1994 dans un projet de petite unité artisanale de
transformation de produits agricoles et de cueillette65. Cette unité doit produire des
pâtes de banane, des bananes séchées, des confitures de fruits locaux et des
conserves de palmier. Elle est aujourd'hui en phase finale d'implantation et les
premiers résultats (notamment en ce qui concerne les produits dérivés de banane)
sont fort encourageants.

L'analyse de cette expérience pilote et des ateliers de transformation existants


dans la région nous a permis d'estimer le coût de construction d'une unité de
transformation artisanale, comprenant un atelier de transformation du manioc ou un

65 Ce projet s'insère dans le programme franco-brésilien "Développement soutenable à Guaraqueçaba" en


cours depuis 1988 englobant les volets agriculture, pêche, mangrove, énergie, déchets et santé. Ce programme
est coordonné par l'Université Paris 7, l'Université Fédérale du Paraná - PROEC et l'Association HOLOS. Il a été
financé en grande partie par le Ministère de l'Environnement (France), le Ministère des Affaires Étrangères
(France), le Secrétariat au Plan (Gouvernement du Paraná) et l'Université Fédérale du Paraná.
atelier de transformation de la banane et du cœur de palmier avec tous les
équipements nécessaires, entre 150.000 et 250.000 francs (valeur 1995)66.

A plus long terme, la multiplication des structures associatives peut permettre


la création et la mise en place d'un label spécifique pour la production du littoral nord
du Paraná. En effet, la plupart des produits agricoles et de collecte originaires de
cette région bénéficient d'une excellente réputation auprès des consommateurs en
raison de leur qualité et des procédés de transformation artisanaux employés. Ceci
s'avère autant plus intéressant si nous considérons que le marché des produits
artisanaux et "agro-biologiques" est en pleine expansion au Paraná, mais exige un
gros effort de concertation et d'organisation parmi les associations de la région.

Nous pouvons également envisager la mise en place d'une organisation


mutualiste pour la collecte de l'épargne rurale et la distribution de crédits aux
paysans. Des telles associations doivent aider les paysans à éviter le recours à des
formes d'épargne peu lucratives comme par exemple l'élevage bovin.

Outre une augmentation des revenus monétaires, le renforcement de


l'organisation de la paysannerie doit aboutir à la formation de structures capables de
représenter les intérêts des paysans auprès des pouvoirs publics. En effet, la
paysannerie n'a aujourd'hui qu'une faible représentativité, notamment par la seule
voix des maires locaux et de quelques conseillers municipaux, plus intéressés à
défendre leurs intérêts personnels. En tant que catégorie sociale organisée, ils
doivent pouvoir faire croître la reconnaissance sociale de leur travail et ainsi jouer un
rôle plus actif dans la vie politique locale. Ceci doit permettre à la paysannerie d'être
davantage et mieux représentée pour faire face aux pouvoirs publics, notamment en
ce qui concerne la politique environnementale mise en place dans la région. Une
représentation qui a fait cruellement défaut dans le passé, notamment lorsque les
pouvoirs publics ont pris des décisions visant la réglementation et l'application de la
politique environnementale sans prendre en compte les intérêts de la paysannerie.

66 Cette estimation prend en compte les normes sanitaires en vigueur dans l'État du Paraná, une assistance
technique non rémunérée par les organismes publics de vulgarisation et développement agricole et la
participation bénévole des paysans concernées à la construction de l'unité.
CONCLUSION
La reconstitution de la formation et de l'évolution des systèmes agraires sur
littoral nord du Paraná a révélé une société agraire à dominante paysanne et dont le
mode d'exploitation du milieu est resté jusqu'aux années 60 fondé sur l'exploitation
des ressources forestières et halieutiques, sur une agriculture de défriche-brûlis et
sur la transformation artisanale de certains produits agricoles et forestiers. Cette
société agraire était alors caractérisée par une grande autonomie vivrière et
matérielle vis-à-vis du monde extérieur et par sa place fort modeste dans la division
inter-régionale du travail.

Soulignons que le processus de différenciation socio-économique qui


caractérise cette société agraire n'est pas récent, mais qu'il remonte au contraire aux
premiers temps de la colonisation portugaise, quand les activités aurifères et
l'appropriation des terres les mieux desservies par le réseau fluvial avaient donné
naissance à un processus d'accumulation en capital et en moyens de production.
Mais, et c'est là l'essentiel, la petite paysannerie locale ne put jamais s'intégrer à ce
processus d'accumulation, en raison des rapports sociaux et de production
favorables aux grands exploitants esclavagistes tout d'abord, puis aux commerçants
et aux paysans "moyens".

Même la crise du système de culture de défriche-brûlis, associée à


l'effondrement du commerce bananier dès la fin des années 20, ne parvint à
modifier les mécanismes de différenciation. Seule une partie de cette paysannerie,
composée pour l'essentiel des paysans "moyens", disposait des moyens
nécessaires pour s'adapter à cette nouvelle conjoncture agraire et put ainsi modifier
ses systèmes de production en développant de nouvelles activités. Quant à la petite
paysannerie, elle ne put échapper à la paupérisation et à la prolétarisation : face à la
réduction des opportunités de travail et à la crise du système de culture de défriche-
brûlis, elle n'avait d'autre alternative que de consacrer une part de plus en plus
importante de son temps à des activités non agricoles, dont la cueillette du cœur de
palmier est l'exemple type.

À partir des années 60, cette situation fut considérablement aggravée par les
interventions successives des pouvoirs publics. La mise en place d'un ambitieux
programme de développement des activités forestières et la réglementation de la
cueillette du cœur de palmier suscitèrent l'installation de nombreux latifundias dans
la région et un intense mouvement de concentration foncière. C'est d'ailleurs la
présence des premiers latifundias qui est à l'origine de la construction de pistes et
de routes asphaltées et du consécutif désenclavement de la région.
Très rapidement, ces grands exploitants accaparèrent de vastes terres et par
voie de conséquence les boisements naturels en palmier qui s'y trouvaient. Ils firent
de même pour de multiples possessions foncières localisées dans les montagnes et
sur les vallées alluviales secondaires, aggravant de la sorte l'exclusion socio-
économique dont souffrait la petite paysannerie.

Outre la concentration foncière, l'arrivée des néolatifundias déclencha un


processus de dégradation des écosystèmes naturels à un niveau jamais atteint
jusqu'alors sur le littoral nord paranéen : les boisements naturels de palmiers furent
rapidement surexploités et de vastes étendues forestières furent défrichées pour
être transformées en pâturages. Cette anthropisation définitive eut des impacts
environnementaux, directs et indirects, considérables, comme l'accélération de
l'érosion des berges des fleuves et la contamination des cours d'eau par les élevage
de buffles.

C'est justement pour inverser ce processus de dégradation des écosystèmes


forestiers dû à l'expansion des activités des néolatifundiaires que les pouvoirs
publics élaborèrent et mirent en œuvre une politique de protection de
l'environnement. Ainsi, la petite paysannerie locale se retrouva prise au piège d'une
profonde inégalité d'accès aux ressources forestières et d'une politique
environnementale qui ne sut faire la différence entre les modes d'exploitation mis en
œuvre par les différentes catégories sociales présentes dans la région, pourtant bien
inégalement responsables de la dégradation des milieux.

L'analyse de la situation agraire du début des années 90 permet de


synthétiser ainsi ces différentes catégories sociales.

La petite paysannerie est de plus en plus fragilisée : pour les deux tiers, elle
doit sa survie à la cueillette et à la transformation clandestines du palmier, une
situation d'autant plus précaire que l'épuisement de la ressource va s'intensifiant et
que l'application de la politique environnementale présente un indéniable caractère
répressif.

Les paysans "moyens" sont quant à eux davantage privilégiés par ce nouveau
contexte agraire, dans la mesure où ils ont pu diversifier leurs activités en
développant des activités économiques peu affectées par la politique
environnementale, comme la culture de la banane et la transformation artisanale du
manioc. Il est vrai que si leurs activités agricoles, fondées pour l'essentiel sur des
systèmes de culture de défriche-brûlis avec des recrûs le plus souvent arborés, ont
été incontestablement frappées par cette législation, la cueillette et la transformation
du cœur de palmier ne contribuent que faiblement à leurs revenus.

Les agriculteurs patronaux, certes encore peu nombreux, connaissent une


franche expansion, et cela bien que leur système de production fondé sur la
motomécanisation et sur l'utilisation intensive d'engrais et de produits
phytosanitaires soit en contradiction avec la législation environnementale. Un
paradoxe qui s'explique essentiellement par les graves dysfonctionnements des
organismes publics chargés de l'application de la politique de protection de
l'environnement, mais également par les considérables retombées économiques et
sociales de ces activités.

Enfin, à l'instar de la paysannerie, les néolatifundias ont été fortement touchés


par la politique environnementale mise en œuvre sur le littoral nord paranéen.
L'exploitation des ressources forestières de leurs exploitations, à l'exception du cœur
de palmier, leur est désormais interdite. Dans ces conditions, ils ne peuvent plus
développer leurs activités d'élevages, ce qui explique pourquoi la moitié de ces
exploitations sont aujourd'hui en déclin. Mais en dépit de leurs faibles perspectives
de développement, leur emprise foncière demeure forte et ne devrait pas diminuer à
court et moyen terme. En effet, leur maintien dans la région s'explique par les
perspectives d'une valorisation du foncier dans le cadre notamment d'une
hypothétique modification de la politique environnementale, que les dispositifs
environnementaux s'assouplissent ou au contraire qu'ils se renforcent avec la
création d'un parc national.

Cette reconstitution de la formation et de l'évolution des systèmes agraires


nous a aidé à mieux comprendre la situation agraire actuelle sur le littoral nord du
Paraná et nous permet de revenir sur certains points essentiels soulevés tout au
long de ce travail.

En ce qui concerne la politique environnementale en vigueur dans la région,


nous avons voulu mettre en évidence qu'elle émanait d'une multitude de dispositifs
législatifs, nationaux ou propres à l'État du Paraná, fondés sur une approche
"réglementaire" de la protection de la nature qui accorde à la législation, et par
conséquent à l'autorité publique, une place prépondérante dans la gestion de
l'environnement au détriment de la participation des communautés locales. On
comprend dès lors mieux la conception de la protection de l'environnement qui a
guidé les pouvoirs publics brésiliens dans l'élaboration et l'application de la politique
environnementale dans cette région. Dans ce sens, certains aspects de cette
politique environnementale nous semblent exemplaires à plusieurs titres.
Tout d'abord, nous avons pu constater l'impossibilité de l'application d'une
telle conception de la protection de l'environnement, dans une conjoncture où les
pouvoirs publics s'avèrent incapables de faire respecter l'ensemble des dispositifs
prévus dans la réglementation en vigueur.

Ensuite, cette politique environnementale souffre cruellement d'un manque de


légitimité en raison de l'absence de concertation avec les acteurs sociaux et de la
méconnaissance de la réalité socio-économique de la région dont elle fait preuve.

Et le vaste arsenal de réglementations et de lois dont est issue cette politique


et la multiplicité des organismes impliqués dans son élaboration et sa mise en
application en font une politique figée et difficilement applicable.

Enfin, force est de constater que le succès de toute politique


environnementale sur le littoral nord du Paraná dépendra avant tout de l'intégration
socio-économique de la paysannerie locale. En effet, l'adhésion d'une paysannerie
incapable de survenir à ses besoins les plus fondamentaux, à toute politique
environnementale quelle qu'elle soit nous semble illusoire.

Nous avons également tenté de montrer d'une part que les conditions de la
mise en place d'un projet de développement agricole qui satisfasse aux impératifs
de la protection de l'environnement et à ceux de l'amélioration des conditions de vie
de la paysannerie locale sont aujourd'hui réunies, et d'autre part qu'un tel projet
présente un caractère urgent.

En effet, l'étude de situation agraire de la région nous pousse à croire que la


poursuite du processus d'exclusion socio-économique de vastes segments de cette
paysannerie s'accentuera dans les années à venir si aucune mesure n'est prise.
40% des exploitations paysannes se situent déjà en dessous du seuil de
reproduction et dans les années à venir, ce nombre augmentera encore en raison de
l'épuisement des ressources en cœur de palmier et du renforcement de la politique
de protection de l'environnement. En outre, ce phénomène contribuera à intensifier
l'exode vers les communautés estuariennes et entraînera une augmentation du
nombre de pêcheurs artisans et donc de l'effort de pêche sur les ressources
estuariennes. Une situation qui accentuera à son tour davantage encore la crise de
la pêche artisanale dans la région.

Nous avons voulu montrer que la paysannerie du littoral nord du Paraná


dispose d'importants atouts en faveur de la mise en œuvre d'un projet de
développement agricole. En effet, le mode d'exploitation de la nature mis en œuvre
par la paysannerie locale n'est pas en soi un facteur de déstructuration et de
dégradation des écosystèmes naturels et qu'il n'est par conséquent pas en
contradiction avec les objectifs de la politique de protection de l'environnement en
vigueur dans la région. En outre, certaines activités agricoles et artisanales
développées par cette paysannerie, comme la culture de la banane et la
transformation artisanale de produits locaux, jouissent d'un important potentiel de
développement.

Quoi qu'il en soit, toute proposition de développement agricole devra compter


sur une importante intervention des pouvoirs publics. Des changements dans la
politique environnementale en vigueur s'avèrent indispensables pour garantir la mise
en place d'instances de délibération entre les organismes publics et les populations
locales et pour reconsidérer les conditions d'exploitation des ressources naturelles.

Tout projet de développement agricole devra également s'intéresser à la


question fondamentale de la concentration foncière dans la région. La récupération
par l'État des terres des propriétaires des néolatifundias et leur redistribution à la
paysannerie permettra d'augmenter les surfaces agricoles des exploitations
paysannes et de créer une "réserve extractiviste" de palmier Euterpe edulis dans la
sous-région des montagnes.

Cette redistribution de terres ne sera cependant pas suffisante et devra


s'accompagner d'une politique de financement d'équipements et de crédit de
campagne réellement accessible à l'ensemble de la paysannerie locale, incapable
dans les conditions actuelles de dégager une marge d'accumulation suffisante. Le
développement de structures associatives en vue de l'utilisation en commun
d'équipements agricoles, de transport et de transformation de la production agricole
et forestière est lui aussi une condition préalable. Et ce renforcement des structures
associatives doit permettre une meilleure représentation des intérêts de la
paysannerie auprès des pouvoirs publics. Les rares structures de ce type existant
dans certaines localités ont démontré leur viabilité et les résultats en sont déjà
encourageants.

Il nous semble important de souligner les difficultés que nous avons


rencontrées tout au long de notre travail de terrain. Si elles n'ont certes pas
représenté des obstacles infranchissables quant à la réalisation des objectifs que
nous étions fixés, elles nous ont néanmoins privé de précieuses informations
indispensables à l'approfondissement de certains aspects étudiés.
Ainsi, l'hostilité des propriétaires ou des responsables des néolatifundias,
voire leur refus de répondre aux enquêtes, a sans aucun doute gêné la
reconstitution de l'histoire agraire et de la situation actuelle de ces exploitations.

Il en a été de même pour la recherche d'informations sur les activités de la


petite paysannerie considérées illégales au regard de la politique environnementale.
Fort heureusement, la comparaison systématique des informations recueillies et des
séjours prolongés ont cependant permis d'établir un climat de confiance et de
surmonter ainsi cet obstacle.

Enfin, les organismes chargés de la politique de protection de l'environnement


et de son application se sont montrés extrêmement réticents à nous ouvrir certaines
archives concernant en particulier la gestion des ressources naturelles et les
opérations de contrôle. Et lorsque nous avons pu y avoir accès, les informations se
sont souvent révélées peu fiables et en contradiction avec la réalité de terrain.

Pour finir, au fur et à mesure du déroulement de cette étude, nous avons pu


identifier certaines pistes de recherche.

La première concerne l'élargissement de l'étude de l'évolution et de la


différenciation des systèmes agraires à l'ensemble du littoral paranéen. En effet, des
enquêtes exploratoires réalisées dans les régions centre et sud de ce littoral ont mis
en évidence une problématique agraire similaire à celle rencontrée sur la région
nord. Mais, et c'est là un point important, elles ont montré en outre que le début de
l'évolution et de la différenciation des systèmes agraires remonte dans ces régions à
une époque bien antérieure. Dans ces conditions, l'étude de ces régions devrait
constituer un outil de prospection essentiel pour mieux appréhender les tendances
de l'évolution de certains systèmes de production rencontrés sur le littoral nord.

La réalisation d'une étude approfondie des systèmes de culture de défriche-


brûlis mis en œuvre par la paysannerie du littoral nord paranéen nous semble elle
aussi nécessaire, en particulier en ce qui concerne leur impact sur l'environnement
et les différentes successions végétales qui caractérisent la période de recrû.

Enfin, le système de culture récemment mis en œuvre par certains paysans


sur de petites parcelles et fondé sur la culture de la banane associée au palmier
Euterpe edulis devra faire l'objet d'une recherche spécifique.
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humid tropics. Note sur la foresterie communautaire n°8 - FAO, Rome.

WATTERS, R.F. (1971) - L'Agriculture itinérante en Amérique Latine. FAO, Rome, 353p.

WEBER, J. (1995) - L'occupation humaine des aires protegées à Madagascar - Diagnostic et


éléments pour une gestion viable, in Natures-Sciences-Sociétés, vol.3, n°2, pp.157-164.

WIJEWARDENE, R., WAIDYANATHA, P. (1984) - Conservation farming for small farmers in the
humid tropics, Department of Agriculture, Sri-Lanka and the Commonwealth Consultative Group on
Agriculture for the Asia-Pacific Region, 39p.
III. CARTES et PHOTOS AERIENNES
Comissão da Carta Geológica do Paraná (1969) - Mapa geológico - folha Guaraqueçaba, Curitiba,
escala 1:70.000.

Comissão da Carta Geológica do Paraná (1970) - Mapa geológico - folha Antonina, Curitiba, escala
1:70.000.

CPRM (1977) - Mapa geológico, Projeto Leste do Paraná - folha Guaraqueçaba, Curitiba, escala
1:100.000.

EMBRAPA/IAPAR/SUDESUL/ITCF (1977) - Levantamento dos solos do litoral do Estado do Paraná,


escala 1:300.000.

IBGE (1983) - Carta de Curitiba, folha MIR 514/ MIR 515, escala 1:250.000.

IPARDES (1990) - Zoneamento do litoral paranaense, escala 1:250.000.

ITCF (1953) - Fotos aéreas, escala 1:25.000.

ITCF (1980) - Fotos aéreas, escala 1:25.000.

Ministério do Exército (1971) - Guaraqueçaba, Paraná, folha SG.22.X.D.III, escala 1:100.000.

Ministério do Exército (1976) - Antonina, Paraná, folha SG.22.X.D.II, escala 1:100.000.

Ministério do Exército (1) - Guaraqueçaba, Paraná, folha SG.22.X.D.III.3 MI 2844/3, escala


1:50.000.

Ministério das Minas e Energia (1988) - Mapa geológico do quaternário costeiro dos Estados do
Paraná e Santa Catarina; Série Geologia n°28, seção geologia básica n°18, Brasília, escala
1:200.000.

IV. ARTICLES PARUS DANS LA PRESSE (JOURNAUX ET MAGASINS)

1973 :
• "Guaraqueçaba, a terra onde a promissão custa a chegar", in Diário da Tarde (22/01/73).

1974 :
• "Guaraqueçaba, onde o povo vive de esperanças", in Diário do Paraná (06/10/74).

1975 :
• "Veja como a pequena Guaraqueçaba sobrevive com o menor orçamento do Estado", in Panorama (31/08/75).

1981 :
• "Companhia Agropastoril só traz benefícios para Guaraqueçaba", in Estado do Paraná (12/08/81).
• "Guaraqueçaba com central DDS e outras melhorias do Governo", in Diário do Paraná (06/12/81).

1982 :
• "Guaraqueçaba vai ganhar a primeira estação ecológica", in Diário do Paraná (19/05/82).
• "Repercute no Paraná criação da Reserva de Guaraqueçaba", in Gazeta do Povo (01/06/82).

1983 :
• "Polícia põe fim a trabalho escravo" et "A cidade morre sob as patas de muitos búfalos", in O Estado de São
Paulo (11/10/83).
• "Governo ignorava ação de grupo no PR", in O Estado de São Paulo (12/10/83).
• "Os jagunços da Capela atacam em Curitiba", in Jornal da Tarde (12/10/83).
• "E o governo começa a agir contra Capela", in Jornal da Tarde (13/10/83).
• "Primeiras medidas oficiais contra a Capela", in Jornal da Tarde (14/10/83).
• "Capela : mais rigor na fiscalização", in Jornal da Tarde (15/10/83).
• "Novas ações policiais contra a Capela", in Jornal da Tarde (19/10/83).
• "Embargado outro desmatamento irregular da Capela no Paraná", in O Estado de São Paulo (19/10/83).
• "Capela : "Fim da impunidade", in Jornal da Tarde (21/10/83).
• "Tensão e medo no paraíso", in Jornal da Tarde (24/10/83).
• "Capela não aceita pagar multa imposta pelo ITC", in O Estado de São Paulo (25/10/83).
• "A Capela, interferindo nas investigações?", in Jornal da Tarde (25/10/83).
• "O golpe do reflorestamento nas terras do Paraná", in Jornal da Tarde (15/12/83).
• "O escândalo do palmito", in O Estado de São Paulo (21/12/83).
• "Desvio em reflorestamento é maior", in O Estado de São Paulo (22/12/83).
• "Reflorestamento : o IBDF acusa as vítimas" et "As denúncias desse reflorestador contra os métodos do
IBDF", in Jornal da Tarde (23/12/83).
• "IBDF admite desvio em reflorestamento", in O Estado de São Paulo (23/12/83).
• "Reflorestamento : investidores estão unindo-se contra maus empresários", in Jornal da Tarde (24/12/83).
• "Reflorestamento", in O Estado de São Paulo (24/12/83).
• "Empresário faz denúncia de corrupção no IBDF", in O Estado de São Paulo (28/12/83).
• "Policia apurará caso do palmito", in O Estado de São Paulo (30/12/83).

1984 :
• "O fim da serra do Mar parece próximo", in O Estado de São Paulo (14/01/84).
• "A rede clandestina dos palmitos", in O Estado de São Paulo (15/01/84).
• "Dia mundial do meio ambiente - Comemorar o quê?", in Jornal da Tarde (05/06/84).
• "Não há o que comemorar no dia do meio ambiente", in O Estado do Paraná (05/06/84).
• "Rodovia na Serra do Mar? Isto é crime, protesta deputado", in Jornal da Tarde (06/06/84).
• "Os madereiros pressionam. Mas não haverá estrada nessa região", in Jornal da Tarde (09/06/84).
• "Estrada, ameaça no litoral sul", in O Estado de São Paulo (31/07/84).
• "Pela proteção do nosso litoral", in Jornal da Tarde (02/08/84).
• "Convênio para litoral deve sair em setembro", in Jornal da Tarde (24/08/84).
• "Nosso paraíso litorâneo está salvo", in Jornal da Tarde (29/09/84).
• "Ecologistas denunciam omissão no Paraná", in O Estado de São Paulo (20/12/84).
• "Jagunços aterrorizam colonos", in O Estado do Paraná (28/12/84).
• "Batuva : agricultores em pânico", in Correio de Notícias (28/12/84).

1985 :
• "Um grito pela vida", in Caderno de programas e leituras - Jornal da Tarde (12/01/85).
• "Tancredo vai salvar este paraiso?", in Jornal da Tarde (18/01/85).
• "Montoro e Richa assinam na 5° feira convênio para litoral", in O Estado de São Paulo (22/01/85).
• "Sr. Governador, eis o que os homens do litoral querem", in Jornal da Tarde (23/01/85).
• "Hoje, o convênio para salvar o litoral", in O Estado de São Paulo (24/01/85).
• "A festa pelo nosso litoral", in Jornal da Tarde (25/01/85).
• "Areas no litoral recebem proteção", in O Estado de São Paulo (31/01/85).
• "Em defesa do litoral"; "O Convênio"; "O homem e a natureza em perspectiva" et "Fortalecimento social &
preservação", in São Paulo Interior - Revista da Secretaria de Estado dos Negócios do Interior de São Paulo
n°2 (février/1985).
• "Sob a proteção da lei. Isso basta?", in Jornal da Tarde (23/02/85).
• "Area de Iguape ainda preocupa", in O Estado de São Paulo (17/04/85).
• "Um balanço de Iguape-Paranaguá", in Jornal da Tarde (17/04/85).
• "Ação sem fronteiras" et "Preservando a Serra", in São Paulo Interior - Revista da Secretaria de Estado dos
Negócios do Interior de São Paulo n°6/7 (juin-juillet/1985).
• "Proteção (agora oficial) para nosso estuário", in Jornal da Tarde (20/06/85).
• "A última reserva" et "Estuário começa a ser preservado", in Correio de Notícias (21/06/85).
• "Aqui acabou a pilhagem da natureza", in Jornal da Tarde (21/06/85).
• "Silêncio. Vamos entrar no santuário de Guaraqueçaba", in Jornal da Tarde (02/07/85).
• "O "progresso" chegou a Batuva. Com dias de medo e de morte", in Jornal da Tarde (30/09/85).
• "Batuva : armas de jagunços apreendidas", in Jornal da Tarde (01/10/85).
• "Visita ao centro de um santuário ameaçado", in Jornal da Tarde (07/10/85).
• "O grande ataque ao verde de Cananéia" et "Guaraqueçaba tem 220 mil hectares de área. O INCRA registra
378 mil" in Jornal da Tarde (08/10/85).
• "O dificil trabalho da polícia florestal", in O Estado de São Paulo (09/10/85).
• "Grileiros em ação no Ribeira" et "Medo e indignação em Superagüi", in Jornal da Tarde (10/10/85).
• "Vivendo e sofrendo no litoral", in Jornal da Tarde (15/10/85).
• "Devastação no santuário ecológico", in Jornal da Tarde (16/10/85).
• "Sarney, Montoro, Richa, o que vocês estão esperando?", in O Estado de São Paulo (16/10/85).
• "Visita às terras de dois devastadores", in Jornal da Tarde (17/10/85).
• "Os planos do Paraná para o seu litoral", in Jornal da Tarde (27/10/85).

1986 :
• "Atrás do relógio", in São Paulo Interior - Revista da Secretaria de Estado dos Negócios do Interior de São
Paulo n°4 (avril/1986).
• "Serra do Mar : mais 562 mil hectares tombados", in Jornal da Tarde (06/06/86).
• "Doze quilômetros de estrada. Que comprometem nosso litoral", in Jornal da Tarde (17/06/86).
• "São Paulo vai denunciar ao Ministro - Por esta estrada a destruição pode chegar ao litoral", in O Estado de
São Paulo (18/06/86).
• "Paraná : polêmica na BR-101", in Jornal da Tarde (18/10/86).
• "Cz$ 3,5 milhões para proteger Guaraqueçaba", in Jornal da Tarde (19/12/86).

1991 :
• "Guaraqueçaba - entre a terra e o mar, a fonte da vida", in Manchete (13/04/91).
• "Proibição do corte de árvores em xeque", in Gazeta Mercantil (28/09/91).

1993 :
• "Palmito dá mais lucro sem destruir" supplément "O futuro da Mata Atlântica", in Gazeta Mercantil (28/01/93).

1994 :
• "A força do imposto verde", in Veja (16/03/94).

1995 :
• "Piratas" do palmito devastam Litoral", in Gazeta do Povo (14/04/95).
ANNEXES
ANNEXE 1

Calendrier des travaux des principales cultures

au début du XX e siècle sur le littoral nord du Paraná

récolte

sarclage sarclage

semis
Riz Pluvial :
(cycle d'environ 5 mois)
défrichement - rendement :
0,8 à 1,3 tonnes/ ha cultivé
Fév

Sept.
Janv

Oct
Août

Nov

Déc
Mar

Mai

Juin

Juil
Avr

récolte réc.

sarclage sarclage Maïs :


-semis précoce (parcelles
semis semis
inondées par les crues d'été)
inondation par
precoce normal
ou semis normal
les
crues d'été défrichement - rendement :
1,0 à 2,0 tonnes/ ha cultivé
Fév
Janv

Mai

Sept.
Août

Oct

Nov
Mar

Déc
Juil
Avr

Juin

2 e sarclage

1e sarclage
Haricot Noir :
récolte semis récol 1e saison culturale
- rendement :
préparation du sol 0,4 à 0,8 tonnes/ ha cultivé
Nov
Fév

Sept.
Janv

Oct
Août
Mar

Mai

Déc
Juil
Avr

Juin

2e sarclage

1 e sarclage
Haricot noir :
récolte
semis 2e saison culturale
- rendement :
prép. du sol 0,3 à 0,6 tonnes/ ha cultivé
Fév

Sept.

Nov
Juil
Janv

Mai

Juin

Août

Oct

Déc
Mar

Avr

récolte et transformation en farine de manioc


Manioc "amer" et "doux"
1 ère 1e (cycle de 1 à 3 ans)
2 e sarclage 3 e sarclage
sarclage sarclage - rendement :
prép. sol et plantation 30 à 45 tonnes/ ha cultivé
Oct
Fév
Janv

Sept.

Nov

Déc
Mar

Juin
Mai

Août
Juil
Avr

récolte
Culture de la Banane
plantation des rejets - rendement :
3,0 à 6,0 tonnes/ ha cultivé
défrichement
Oct

Déc
Fév

Mai

Nov
Mar
Janv

Juin

Août

Sept
Juil
Avr

Source : Enquêtes de terrain, 1991 et 1992.


ANNEXE 2

Les principaux dispositifs de la législation brésilienne en matière environnementale

DATE TYPE INTITULE OBJET


1934 Code Code des eaux
23/01/34 Code Code forestier : aires de Création des Parcs Nationaux
préservation permanente
30/12/37 (a) Décret-loi Protection des monuments
historiques, artistiques et naturels
1962 Décret-loi Création Surintendance de
Développement de la Pêche
(SUDEPE)
10/09/62 Loi Expropriation pour l'intérêt social Protection des cours d'eau
Création des Réserves Forestières
31/11/64 Loi Statut de la terre : expropriation Création d'aires de protection de la
pour l'intérêt social faune et de la flore
03/01/67 Loi Protection de la faune Interdiction de la chasse, Réserve
Biologique, Parc de chasse
15/02/67 Décret-loi Création de l'Institut Brésilien de Gestion des ressources forestières et
Développement Forestier (IBDF) des aires de protection forestière
28/02/67 Décret-loi Usage de la flore et de la faune
1973 Décret Secrétariat Spécial de
l'Environnement (SEMA)
20/12/77 Loi Aires d'Intérêt Touristique Création de nouveaux espaces de
protection de l'environnement
21/09/79 Décret Réglementation des Parcs
Nationaux
27/04/81 Loi Station Écologique et Zones Création de nouveaux espaces de
d'Environnement Protégées protection del'environnement
31/08/81 Loi Système National de
l'Environnement et Conseil National
de l'Environnement (CONAMA)
01/06/83 Décret Réglementation des Stations
Écologiques et des Zones
d'Environnement Protégées
31/01/84 Décret Réglementation des Réserves
Biologiques et des Aires d'Intérêt
Écologique
1988 (a) Loi Déclaration de Patrimoine Naturel Serra do Mar, forêt atlantique, forêt
National et des Biens de l'Union amazonienne, Pantanal, région côtière
et zones humides
22/02/89 Loi Création de l'Institut Brésilien de
l'Environnement et des Ressources
Naturelles (IBAMA)
10/07/89 Loi Fond National pour l'Environnement
31/01/90 Décret Réserves particulières du Création de nouveaux espaces de
patrimoine naturel protection de l'environnement
12/04/90 Loi Secrétariat d'État de
l'Environnement (SEMA)
Sources : D'après M.A.B., p. 11, MARES de SOUZA F°, pp. 9-78 et SEDU, pp. 9-242.
ANNEXE 3

Les principales limitations d'usage des ressources naturelles au littoral nord du Paraná
et les dispositifs législatifs correspondants

Limitations d'usage des ressources naturelles Dispositifs légaux

• Interdiction totale de la chasse (même destinée à -Loi Fédérale n°5197 (03/01/67)


l'autoconsommation). -Port. IBDF n°267 de 1988
-Loi Fédérale n°7803 (18/07/89)
• Interdiction de défricher les versants des montagnes avec -Loi Fédérale n°4771 (15/09/65)
une déclivité supérieure à 25% ou ayant un cota supérieur à -Décret Paraná n°5048 (11/05/89)
20 mètres par rapport au niveau de la mer.
• Interdiction de défricher les versants des montagnes -Loi Fédérale n°4771 (15/09/65)
couverts par une végétation arborée naturelle ou par des -Décret Fédéral n°750 (10/02/93)
recrûs d'une âge supérieure à environ 5 années.
• Interdiction de défricher les plaines littorales et les fonds -Décret Fédéral n°750 (10/02/93)
des vallées couverts par une végétation arborée ou par des
recrûs d'une âge supérieure à environ 8 années.
• Interdiction de défricher les rives des cours d'eau et les -Loi Fédérale n°7803 (18/07/89)
bordures des estuaires et baies.
• Renforcement de l'interdiction de la cueillette, -Port. IBDF n°269 de 1981
commercialisation et transformation du coeur de palmier -Port. IBDF n°039 de 1988
récolté sur les terres considérées comme étant "vacantes et -Port. IBDF n°267 de 1988
sans maître" ou d'origine inconnue (c'est-à-dire des -Port. IBDF n°218 de 1989
-Port. IBDF n°439 de 1989
peuplements naturels de palmier non régularisées auprès -Port. IBAMA n°038 de 1989
des organismes de protection de l'environnement et des
ressources naturelles).
• Interdiction de l'exploitation des produits forestiers (sauf
pour certains produits destinées à l'autoconsommation et
pour certaines activités artisanales).
• Renforcement de l'interdiction de la mise en conserve -Port. IBDF n°300 de 1983
artisanale du cœur de palmier et de sa commercialisation.
• Demande d'autorisation préalable obligatoire pour -Port. IBAMA n°039 de 1989
l'exploitation des ressources forestiers ainsi que pour toute -Port. IBAMA n°027 de 1992
opération de défrichement aussi bien à des fins agricoles
ou non.
Sources : SEDU (1990) et Marés de Souza filho (1993).
A NNEXE 4

Ca le ndr ie r de s t r av aux des pr inci pal es ac t i vi t é s a gr ic ole s


au lit t or a l nor d du Pa r aná

r éc olt e

sa rc la g e
s arc la g e
Ri z p l uv ia l :
c yc le 5 m o is
sem is

d é fri ch e me nt

Dé c
A o ût

Oct
Fé v

No v
Ma i

Jui l
Ju in
Mar

Av r
Ja nv

Se pt
r éc ol t e ré co lt e
Ma ïs :
sar cl ag e - sem is pr éc o ce ( plai ne s
sa rclag e
d ' ép a nd a ge d e c ru e s)
se mi s - sem is no r ma l ( t er ra sse s
se m is n o rm al
p re co ce a ll uv ia le s e t v e rsa nt s d e
Pé ri od e d e
m o nt ag n e s)
c ru es d é frich e me nt
No v

D éc
Ao û t

Oc t
Mai

Ju i n
Ma r
Jan v

Fév

Ju il
A vr

Sep t

2 e sar cl ag e

1 e sa rc la ge

ré co lt e ré co l
se mi s Har ic ot n o ir :
dé f ric he m en t o u 1 e sai so n c ul t ur al e
p ré p ar at io n d u so l
Dé c
Se p t
Fév

Nov
Ao û t

Oct
Ma i
Ma r
Jan v

Ju in
A vr

Ju il

2e
s arc la g e
1e
sar clag e
se m is r éc olt e
Ha ric o t no ir :
dé fr ic . ou 2 e sai so n cu lt u ral e
p ré p . du so l
Se p t

Dé c
Ma i
Fé v

Ao û t

Oct
Ju in

N ov
Jui l
Mar

Av r
Ja n v

ré co lt e et t r an sfo rm a tio n e n far in e de m an io c

4e 4e
sa rc la ge Man i oc " d ou x" :
sa rc la ge
cy cl e de 1 ,5 à 3 a ns
1e e e 1e
2 sar cl ag e 3 sar cl ag e
sar cl ag e s arc la g e
p la nt a ti o n
Sep t

Nov

Dé c
Ao û t

Oct
Ma r

Ma i
Jan v

Fév

Ju il
Ju in
A vr

Source : E nquêtes de terrain 1989, 1991 et 1992.


suite de l'annexe 4

récolte récolte
récolte (saison froide)
(saison chaude) (saison chaude)
3 e période de 2 e période de 1 e période de
contrôle adventices contrôle adventices contrôle adventices
plantation des rejets Culture permanente de la Banane :
Période de plaines d'épandage de crues
crues défrichement

Sept.
Fév

Déc
Oct
Janv

Mai
Mar

Juil
Juin

Nov
Août
Avr

récolte

entretien (contrôle des herbacées et repousse souches)


Culture de la Banane :
plantation des rejets avec le système de défriche-
brûlis (versants de montagnes)
défrichement
Déc
Sept
Fév

Nov
Mai

Oct
Juil
Juin
Mar

Août
Janv

Avr

récolte

Culture du taro
semis
Sept

Nov

Déc
Mai

Oct
Juin
Fév
Janv

Mar

Août
Juil
Avr

récolte

sarclage/herbicides sarclage/ herbicides

plantation

préparation
Culture du gingembre
parcelle
Déc
Sept
Fév

Nov
Oct
Juin

Juil
Mai
Mar

Août
Janv

Avr

Source : Enquêtes de terrain 1989, 1991 et 1992.


suite de l'annexe 4

réc. récolte récolte


Culture du concombre
semis semis
e e
2 saison 1 saison

Sept.
Fév
Janv

Nov

Déc
Oct
Mai
Mar

Août
Juil
Juin
Avr

récolte
Culture de la laitue

semis
Sept.

Nov
Oct
Fév
Janv

Déc
Août
Juil
Juin
Avr

Mai
Mar

récolte
Culture du poivron /
tomate
semis
Janv

Nov

Déc
Oct
Août
Fév

Sept.
Mai
Mar

Juil
Juin
Avr

récolte

Culture courgette
semis
Sept.
Fév
Janv

Déc
Mai
Mar

Juil
Juin

Nov
Oct
Août
Avr

Source : Enquêtes de terrain 1989, 1991 et 1992.


suite de l'annexe 4

réc. récolte
Culture aubergine
semis
Fév

Nov
Août

Sept.

Déc
Oct
Juin
Avr
Janv

Mar

Juil
Mai

récolte
Culture du haricot vert
semis
Sept.
Fév

Nov

Déc
Oct
Août
Juil
Juin
Janv

Mar

Mai
Avr

récolte
Culture du chayotte
(bisannuelle)
plantation
Fév

Sept.

Déc
Janv

Nov
Oct
Mar

Juin

Juil
Mai

Août
Avr

récolte
Culture du fruit de la
passion (bisannuelle)
plantation
Sept.
Fév

Nov
Janv

Déc
Mai

Oct
Mar

Août
Juil
Juin
Avr

Source : Enquêtes de terrain 1989, 1991 et 1992.


ANNEXE 5

Travaux agricoles et surface maximale cultivable des principales activités


agricoles au littoral nord du Paraná

Culture du riz pluvial :

Travaux agricoles Surface maximale


(journées de travail/ hectare) cultivable/ actif
(hectares/ actif)
Système de défriche-brûlis -défrichement manuel : 6 à 12
-semis : 4 à 7
(recrû 3 à 6 ans) -sarclage manuel : 7 à 18 3,0 à 4,5
ou
-sarclage manuel + herbicide : 4
-récolte : 8 à 20
Système de défriche-brûlis -défrichement manuel : 12 à 15
(recrû 10 ans) ou
-défrichement manuel + tronçonneuse : 8 2,5 à 3,5
-semis : 5 à 7
-sarclage manuel : 3
-récolte : 18 à 25
En succession (préparation -préparation sol : 4
du sol avec motoculteur) -semis : 4 à 5
-sarclage manuel : 10 à 12 2,5
ou
-sarclage manuel + herbicide : 4
-récolte : 20 à 24
Source : Enquêtes de terrain 1989, 1991 et 1992.

Culture du maïs :

Travaux agricoles Surface maximale


(journées de travail/ hectare) cultivable/ actif
(hectares/ actif)
Système de défriche-brûlis -défrichement manuel : 9 à 12
-semis : 2 à 3
(recrû 3 à 6 ans) -sarclage manuel : 5 à 8 6,0 à 10,0
-récolte : 3 à 5
Système de défriche-brûlis -défrichement manuel + tronçonneuse : 6 à 8
(recrû 10 ans) -semis : 2
-sarclage manuel : 3 9,0
-récolte : 4 à 6
En succession (préparation -préparation sol : 4
du sol avec motoculteur) -semis : 2
-sarclage manuel : 10 à 12 6,0
-récolte : 4 à 6
Source : Enquêtes de terrain 1989, 1991 et 1992.

Culture haricot noir (1e saison culturale) :

Travaux agricoles Surface maximale


(journées de travail/ hectare) cultivable/ actif
(hectares/ actif)
Système de défriche-brûlis -défrichement manuel : 10 à 20
(recrû 3 à 6 ans) -semis : 3
-sarclage manuel : 14 à 28 1,5 à 2,0
-récolte : 15 à 20
En succession (préparation -préparation sol : 20 à 30
-semis : 3
du sol manuelle) 2,0
-sarclage manuel : 25 à 40
-récolte : 14 à 20
En succession (préparation -préparation sol : 4
du sol avec motoculteur) -semis : 3
-sarclage manuel : 15 à 30 2,0
-récolte : 20 à 24
Source : Enquêtes de terrain 1989, 1991 et 1992.
Culture haricot noir (2e saison culturale) :

Travaux agricoles Surface maximale


(journées de travail/ hectare) cultivable/ actif
(hectares/ actif)
Système de défriche-brûlis -défrichement manuel : 10 à 20
-semis : 3
(recrû 3 à 6 ans) -sarclage manuel : 14 à 28 1,5
-récolte : 15 à 20
En succession (préparation -préparation sol : 20 à 30
du sol manuelle) -semis : 3
-sarclage manuel : 20 à 35 1,5
-récolte : 10 à 15
Source : Enquêtes de terrain 1989, 1991 et 1992.

Culture du manioc :

Travaux agricoles Surface maximale


(journées de travail/ hectare) cultivable/ actif
(hectares/ actif)
Système de défriche-brûlis -défrichement manuel : 15 à 30
-plantation : 16
(recrû 3 à 6 ans) -sarclage manuel : 80 à 100 2,0 à 2,5
En succession (préparation -préparation sol : 20 à 25
-plantation : 16
du sol manuelle) 2,0
-sarclage manuel : 90 à 110
En succession (préparation -préparation sol : 4
du sol avec motoculteur) -plantation : 16
-sarclage manuel : 70 à 80 3,0
Source : Enquêtes de terrain 1989, 1991 et 1992.

Culture de la banane :

Travaux agricoles Surface maximale


(journées de travail/ hectare) cultivable/ actif
(hectares/ actif)
Culture permanente (plaines -coupe rejets : 3 à 4
-nettoyage : 21
d'épandage crues) 5,0 à 6,5
-replantation : 1 à 2
-récolte : 20
Système de défriche-brûlis -défrichement / replantation : 20 à 25
(recrû 8 à 10 ans) -nettoyage : 8 à 10
-récolte : 15 à 20 10,0
Source : Enquêtes de terrain 1989, 1991 et 1992.

Culture du taro :

Travaux agricoles Surface maximale


(journées de travail/ hectare) cultivable/ actif
(hectares/ actif)
En succession (préparation -préparation sol : 10
du sol motoculteur/ tracteur) -plantation : 25
-buttage : 20 2,0
-sarclage manuel : 15
-récolte/ conditionnement : 60
Source : Enquêtes de terrain 1989, 1991 et 1992.
Culture du gingembre :

Travaux agricoles Surface maximale


(journées de travail/ hectare) cultivable/ actif
(hectares/ actif)
En succession (préparation -préparation sol : 15
du sol motoculteur/ tracteur) -plantation : 15
-buttage : 20 0,5
-sarclage manuel : 35
-traitements phytosanitaires : 4 à 50
-récolte/ conditionnement : 380
Source : Enquêtes de terrain 1989, 1991 et 1992 et d'après informations fournis par ACARPA (1991).

Culture du chayotte et du fruit de la passion :

Travaux agricoles Surface maximale


(journées de travail/ hectare) cultivable/ actif
(hectares/ actif)
En succession (préparation -préparation sol : 10 à 12
du sol motoculteur/ tracteur) -plantation : 5
-sarclage manuel : 20 1,5
-tuteur : 20 à 25
-traitements phytosanitaires : 10 à 20
-récolte/ conditionnement : 50 à 60
Source : Enquêtes de terrain 1989, 1991 et 1992 et d'après informations fournis par ACARPA (1991).

Cultures maraîchères :

Travaux agricoles Surface maximale


(journées de travail/ hectare) cultivable/ actif
(hectares/ actif)
Concombre (préparation du -préparation sol : 8
-plantation/ semis : 6
sol motoculteur/ tracteur) -sarclage manuel : 20 1,7
-tuteur : 20
-traitements phytosanitaires : 30
-récolte/ conditionnement : 60
Laitue (préparation du sol -préparation sol : 20
motoculteur/ tracteur) -plantation/ semis : 80
-sarclage manuel : 18 1,3
-traitements phytosanitaires : 25
-récolte/ conditionnement : 60
Poivron (préparation du sol -préparation sol : 7
motoculteur/ tracteur) -plantation/ semis : 30
-sarclage manuel : 10 1,5
-tuteur : 20
-traitements phytosanitaires : 30
-récolte/ conditionnement : 60
Courgette (préparation du -préparation sol : 7
sol motoculteur/ tracteur) -plantation/ semis : 6
-sarclage manuel : 20 2,2
-tuteur : 20
-traitements phytosanitaires : 30
-récolte/ conditionnement : 60
Aubergine (préparation du -préparation sol : 7
sol motoculteur/ tracteur) -plantation/ semis : 15
-sarclage manuel : 20 1,5
-tuteur : 15
-traitements phytosanitaires : 40
-récolte/ conditionnement : 50
Haricot vert (préparation du -préparation sol : 7
-plantation/ semis : 5
sol motoculteur/ tracteur) 1,0
-sarclage manuel : 20
-tuteur : 20
-traitements phytosanitaires : 30
-récolte/ conditionnement : 200
Source : Enquêtes de terrain 1989, 1991 et 1992 et d'après informations fournis par ACARPA (1991).
ANNEXE 6

Présentation des principaux systèmes de culture et d'élevage mis en œuvre


sur le littoral nord du Paraná

1. Les systèmes de culture

Tout au long de la recherche de terrain, nous avons pu constater une grande


diversité de systèmes de culture dans l'ensemble de la région d'étude. En effet, nous
avons observé un large éventail de systèmes de culture allant de l'utilisation
exclusive du système de défriche-brûlis (avec des recrûs de plus d'une dizaine
d'années) jusqu'à l'utilisation du travail du sol et des intrants extérieurs. Nous
pouvons considérer que cette situation est due en grand partie à l'extrême diversité
agroécologique qui caractérise les différentes unités du milieu naturel rencontrées
dans le littoral nord du Paraná.

Nous avons représenté les systèmes de culture d'après leur occurrence sur
les différentes unités du milieu naturel qui caractérisent la région d'étude :

1.A. Les systèmes de culture des plaines d'épandage de crues

Les plaines d'épandage de crues se localis