Vous êtes sur la page 1sur 19

Université Mohamed

Premier Faculté
Pluridisciplinaire
Nador
Département de
Langue et
Littérature
Françaises

Master : Littérature et Traduction

Compte rendu de lecture


Chapitre

La nouvelle Héloïse de ROUSSEAU Vs


Werther de GOETHE
Entre les siècles de lumières et l’idéalisme allemand

Dans Pour une Herméneutique Littéraire

Présenté par : Sous la direction de :

Fatima AADEL Dr. Youness Ez-Zouaine

1
Entre texte sacré et texte profane, diégése et
genèse, il existe une clé appelée qui va de
l’herméneutique objective à l’herméneutique
spéculative.

On a l’impression lorsque les horizons d'attente


sont conciliable avec le texte présenté que l'originalité
où l'étrangeté de l'œuvre n'y est pas, alors que c'est
juste une fausse impression, car toute œuvre, toute
intrigue, bien qu'elle soit parfois une simple réécriture
constitue une nouvelle (écriture) production à part.
On peut la considérer comme un nouveau bloc au
monde de l'écriture qu'elle soit canonique ou
littéraire.

Hans Robert Jauss fait appel dans son ouvrage


Pour une Herméneutique Littéraire à la philosophie de
Hegel selon laquelle l’être est déchiré entre la naïveté
et l'esprit conscient. Pour lui l'herméneutique doit

2
d'abord établir la position entre le narrateur et
l'auteur.

Il distingue entre quatre niveaux du texte:

- sens littéral.

- sens métaphorique.

- sens allégorique.

- sens spirituel ou analogique.

En ce qui concerne l'interprétation du texte sacré


ou la Bible, la recherche philosophique et historique
rétablissent les liens ethnographiques et culturels
entre ce texte est le monde humain à qui il est
destiné.

La tradition germanique tend à concilier entre


exigences philosophiques et aspect religieux on
cherche à rétablir l'adhésion à la foi dans le texte
littéraire même pour ramener un nouvel âge d'or
d'une création de joie ou d'une joie créatrice. Notons

3
en l'occurrence Friedrich Schleiermacher et Novalis
parmi d'autre.

Ce réveil de la religion ou du christianisme au


monde de la littérature constitue un nouvel âge de
prophéties romantique, prônant le salut éternel et
l'être fini.

L'herméneutique de Schleiermacher renforce une


cohérence grandiose entre le caractère intuitif et
l'historisme hégélien.

Hans-George Gadamar, tout comme Heidegger,


met l'accent à la fois sur la vérité communiquée par
l'art et le caractère pratique de la situation humaine.
Pour lui; tout comme Platon, la vérité des œuvres
artistiques vient pour répondre à une question
suscitée afin de saisir une réponse avec une certaine
teneur.

L'herméneutique spéculative tire donc ses sources


de l'interprétation du texte sacré.

4
Jauss appelle par "l'horizon d'attente" la
complexité et l'interaction entre le créateur et le
public récepteur. Le Catéchisme luthérien - suite de
questions et de réponses obligatoires- pousse Jauss à
la lecture de "profession de foi du vicaire savoyard"
où J.J.R se limite à présenter quatre article de foi
seulement; puis à la transformation du catéchisme du
citoyen de la Révolution française en théorie de
l'histoire.

Pour le chapitre que nous avons choisi d’en faire


le compte rendu, Jauss établi les rapports entre La
nouvelle Héloïse et de J.J.R et les souffrances du
jeune Werther de Goethe. Ainsi il souligne la
problématique religieuse et séculière de ces deux
œuvres. Il met également la lumière sur le désespoir
de leurs auteurs face au tournant de l'histoire et de la
civilisation et ce, à travers le sort final semblable de
leurs personnages tragiques.

5
Certains auteurs allemands comme Emmanuel
Kant voient dans Rousseau un des grands promoteurs
de la pensée moderne mais pour Jauss l'importance et
de La Nouvelle Héloïse réside dans son côté novateur
et non à son aspect de réécriture où la similitude
qu’elle a avec les romans épistolaires Pamela (1740)
et Clarisse Harlowe (1748) de Samuel Richardson.
Cette imitation coûte à J.J.R des critiques acerbes
dont Diderot qui publie l'Eloge de Richardson (1762)
après 11ans de la traduction de Clarisse, un an
seulement après l'apparition de l'œuvre de Rousseau
et après quatorze ans de sa production.

Jauss observe que pour le lecteur actuel il est


difficile de lire cette œuvre étant donné la question
d'historicité et la nouvelle vision de l'autonomie
humaine actuelle. Le fait de céder à ses désirs
amoureux ne constitue plus un choc comme il était à
son époque. Au début du roman Julie se donne à son
tuteur Saint-Preux s'opposant aux normes morales
6
des mœurs de leur temps et adoptant l'Intériorité de
Kant en ce qu'il expliquera dans son Critique de la
raison pratique (1788) et qu’il compare avec cette
métaphore : « une admiration du cœur (...) où la
réflexion s'y attache et s'y applique : le ciel étoilée
au-dessous de moi et la loi morale en moi. »

Saint-Preux raconte sa vie à Paris comme une


épreuve quotidiennement recommencé, dans laquelle
sans cœur, son naturel, affrontent l'hypocrisie du
monde. De cette épreuve, il sort certes vainqueur
mais avec le sentiment de s'être d'une certaine façon
dégradé au contact d'une humanité corrompue.
Le récit de cette confrontation se fait en trois étapes:

1- la perception du danger à affronter, où il ressent


la confusion entre l’être et le paraître. Il analyse
d’abord les mœurs et s’avoue décontenancé, il dit
« Je n’en sais rien… Le moyen de pouvoir
prononcer ? »

7
Etre Paraître

sa conduite un homme a parlé

bonnes actions belle chose

quarante ans d’intégrité un propos inconsidéré

œuvres discours

sont-ils en effet la société paraît

cœurs-caché dehors ouverts

principes préjugés

lois bienséances

sagesse vivre comme les fous

2- L’épreuve de la contagion (ou le rejet de cette


façon de vivre) Il dit « je commence à sentir
l’ivresse »et se voit incapable de résister « Je suis
écrasé …on me prouve avec évidence ».

8
3- Le retour à soi : Ce danger s’estompe dès qu’il se
retrouve seul avec ses pensées où il prend
conscience des dégâts causés à son âme avec le
contact de la société.

Cette série de positions s'attache surtout à


dénoncer les différences que l'on fait dans le monde
entre la parole et l'action. Cette morale choque
Sainte-Preux non seulement parce qu'elle est fondée
sur une imposture, mais aussi parce qu'elle lui révèle
sa propre incapacité à s'intégrer dans un monde
pareil. Faut-il rappeler que Rousseau souffrit lui-
même beaucoup, de son manque d'esprit qui faisait
de lui un convive maladroit, un ami instable et
fantasque, un être Inclassable, que tous finirent

par abandonner à son impossible chimère: la


transparence des cœurs?

L’épisode conté ici par le héros de la Nouvelle


Héloïse est certes, conforme à la philosophie de

9
Rousseau, il l’est encore plus à son tempérament
propre. Dans ce récit Rousseau fait nettement le
théâtre bienfaisant de la nature et celui corrupteur du
monde.

La Nouvelle Héloïse est à beaucoup d'égard, une


tentative de retour fantasmé au monde avant la
corruption, décrit dans les Discours, un monde de
vertu où règnent l'amour et le respect de l'autre. Elle
décrit deux moments de la vie du narrateur, Saint-
Preux, de la nature et la comédie malsaine du monde.

Nous sommes donc amenés à s’interroger


comme le fait Jauss « La question que pose la
Nouvelle Héloïse et comment arriver au bonheur
auquel nous envie la nature? »

Goethe partage également cette idée en mettant


la lumière sur le développement de la société et les
entraves qui l’ont créé chez l'humanité, l'homme civil

10
qui obéit aux mœurs parait- il moins heureux que
l'homme primitif simple et naturel?

D'autant plus que l'autonomie individuelle rend


l'homme corrompue à cause de ses mœurs.

Goethe dira « plus les mœurs se raffinent plus les


hommes se dépravent aussi selon Jauss l'amour
partage d'un couple purifie normalement l'expérience
des sens».

Pour Jauss cette violence qui constitue le choc


de la réception initiale ou contemporaine
s'apaise ou s'estompe (la provocation initiale).
Problème qui se ressent avec le temps qui passe ; le
lecteur n'est pas le même, les intérêts, les soucis, le
conformisme d'intérêt (Les critiques qu'elle avait
souscrit au départ)

En traversant, les six volumes de lettres entre les


deux amants, on découvre après une analyse

11
profonde que ce n'est que le monologue de Rousseau
par lequel il dénonce les mœurs sociaux.

Jauss parle des lecteurs naïfs qui étaient mis à


réagir avec leurs plumes à la mort de Julie, une vraie
catharsis que seule la lecture de la Bible en suscitait
auparavant.

Il distingue dans ce cadre deux sortes de lecture,


intensive et extensive, la première en pourcentage
avec les sentiments et l'autre qualitatif.

Le même sort que va subir le Werther de Goethe,


font selon Jauss un second Saint Preux ou une
réécriture qui rumine la tragédie de ces pages.

Il parle également d'un deuxième Rousseau et du


même retentissement c'est-à-dire la tâche d'huile des
débuts.

Les horizons d'attente de ces deux philosophes


ne constituent aucune différence au niveau de la

12
réception qu'au niveau doctrinal: les lumières face à
l'Idéalisme allemand.

Jauss distingue également entre deux éléments


de cette réception: l'attente et l'expérience: deux
étapes différentes.

Reconstruire l'horizon d'attente semble difficile


au début, de part le problème de sélection, c'est
comme une utopie idéale ou un idéal utopique liés au
processus de la création d'une part et à la
modification de la part du récepteur dans ses
premières lectures. Le contrôle de cette section que
Jauss appelle "principe de l'extension sélective" du
contexte rattachée à la question d'historicité.

Le récit original auquel renvoient la nouvelle


Héloïse et une Histoire véridique d'Abélard et Héloïse
(1697) parue dans une traduction de Bussy-Rabutin.

Au début, Rousseau voulait intituler son roman


"Julie" puis il choisit la Nouvelle Héloïse pour mieux

13
illustrer l'aura qui s'attache au destin des deux
amants.

En fait, Saint-Preux explique à Julie qu'il se plaint


de cette première Héloïse dont l'amant Abélard mais
méconnaissait moins « le véritable amour que la
véritable vertu » et qu'il veut que Julie soit une
Nouvelle Héloïse libre et égal de son amant et que le
mariage avec un tiers n'est qu'une convenance basée
sur l'hypocrisie et le vice sociaux; niant les vraix
sentiments qui sont plus nobles à ses yeux que cette
union même.

La similitude entre les deux espaces de Rousseau


et de Richardson notée dans le sous-titre de
Rousseau: lettres de deux amants d'une petite ville au
pied des Alpes, paysage sublime dont la notoriété ne
laisse pas la réception indifférente. Pourtant pour le
lecteur actuel cette espèce n'est plus liée à la poésie
bucolique et au roman pastoral de son temps (la vie
naturelle et champêtre).
14
L'évasion qu'inspirait une telle littérature de la
tradition bucolique est-elle toujours d'actualité ?

J. Starobinski, montre dans genèse de la Nouvelle


Héloïse réside dans le rêve éveillé que suscite le
roman de ces aspects sentimentaux. Ainsi Saint-Preux
fait penser à Céladon Édouard de Don quichotte, Julie
et claire à Astrée. La Nouvelle "Arcadie" est une
fantasmagorie de la Nouvelle Héloïse, où deux
solitaires bergers tracent et chantent leur mal
d'amour et dont le style épistolaire véhicule
l'enthousiasme.

La poésie italienne qui est également récente à


travers ces récits traduit également le retour aux
aspects esthétiques et leurs répercutions sur le
romantisme (Elle rappelle le mythe pétrarquiste;
allusion à Pétrarque, à la rhétorique de la prose et à la
parfaite poésie)

15
Ce qui montre que l'intertextualité ne touche pas
seulement le côté thématique mais également le côté
formel et essentiel c'est les rapports qui se tissent
entre eux.

Le retour aux anciens suit donc plusieurs


perspectives afin de prêcher plus de valeurs
artistiques et de perfection.

Bien que la rhétorique de la passion incontrôlée


et de l'imagination sensuelle soit toujours une affaire
présente et immortelle et dont l’historiographie
témoigne et témoignera toujours, le corps canonique
des anciens différent selon la différence des classes
sociales et forme de vie en perpétuel changement.

Du côté passion, soit on les étouffe, où on les


épures, chaque récit en fait sa propre sauce.

16
La modernité ou l'originalité d'un récit par
rapport à un autre qui le reprend ou dont il retrace
quelques aspects résident dans les changements.

Toutefois, est moderne, tout ce qui est apte à


tomber dans la désuétude et l'usure. Le retour de
Saint-Preux dans un "ménage à trois" sous prétexte
de prendre en charge l’éducation des enfants de Julie
le de Wolmar constitue une rupture avec la réception
actuelle, Julie dans son renoncement vertueux
s'oppose catégoriquement à la princesse de Clèves qui
cède.

La Clarissa "moins parfaite" et Claire, la seconde


miss Howe, avec moins d'humour de Richardson sont
des personnages qui tissent à la fois des
ressemblances et des différences du moins au niveau
comportemental. De même Saint-Preux est différent
de Lovelace, ce scélérat, charmant du fond qui
s'oppose à l'homme honnête et sensible.

17
Cette exigence et soulevée par Rousseau dans
ces confessions même où il souligne la différence
entre l'horizon d'attente de son époque d'un siècle où
les méchancetés doivent être occulté au moins dans
les œuvres. Alors que pour la réception de Richardson
n'en serait pas choqué.

Cette œuvre renferme également la critique de


certains philosophes de l'époque tel Diderot, Voltaire
et Spinoza. Critique sous-jacente qui ne peut être
repérée que par prise de positions différentes.
(Théologie orthodoxe ou plutôt les idées d'athéisme).

Que ce soit l’héritage des anciens ou celui légué


au nouveaux qui seront en perpétuel renouveau, lors
du feuilletage de ses œuvres ou les critiques dont
l’encre a été tiré, il s’agit d’une actualisation par le
biais de la réécriture, l’inspiration directe ou indirecte.

Merci pour votre attention


18
19