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Le Bonheur

Simplicité

La première condition du Bonheur est l'état de Simplicité. Cela paraît enfantin à première vue
et cela est effectivement une attitude d'enfant, c'est-à-dire un état simple. Mais rien n'est plus
difficile que d'être simple et enfantin.
Vous n'avez pas besoin de vous regarder vivre bien longtemps pour constater que vous êtes
plein de complexité.
Votre existence est artificielle, tant au point de vue de l'alimentation, de l'habillement, du
logement qu'au point de vue du travail, des relations, des récréations, du caractère.
Vous compliquez les choses les plus naturelles. Vous courez après les fantômes, les décors.
Lorsque vous parlez ou vous vous promenez, vous êtes presque toujours "en représentation",
c'est-à-dire préoccupé de l'effet que vous produisez sur les autres.

Quand les tiers vous font défaut, vous vous donnez en spectacle à vous seul.
Vous ne savez ni rire, ni pleurer simplement. Vous pensez en coupant l'idée en quatre.
Vous êtes tout le contraire de l'Univers qui bouge sans préoccupation philosophique et
magnifiquement insoucieux du qu'en dira-t-on.

Les bêtes, à part celles que vous avez influencées, vous donnent de grandes leçons. Elles ne
paient nul tribut à la complexité ou à l'artifice. Quand elles ont soif, elles boivent ; quand elles
ont faim, elles mangent. Elles ne ratiocinent pas sur leurs péchés.
Les légumes ne s'écoutent pas pousser. Les fleurs n'exhalent pas de soupirs élégiaques.
Les pierres n'ont pas hontes d'être nues, les métaux de s'oxyder.

La rivière ne cherche pas à remonter vers sa source ni la pomme tombée à reprendre sa place
sur la branche.
Le soleil ne se croit pas lyrique : les astres ne font pas de discours.
Mais vous, vous êtes agité, nerveux, divisé, raisonneur, craintif, vaniteux, sceptique. Vous êtes
la seule créature qui ne soit pas simple, au coeur de l'Universalité Simplicité.
Tant que vous serez ainsi, vous ne serez pas admis dans l'atmosphère du Bonheur ou, plus
exactement, l'atmosphère du Bonheur ne pénétrera pas en vous puisque la Complication y est
déjà installée.
Or, comment ne seriez-vous pas compliqué si vous vivez hors de la nature, uniquement
préoccupé d'intérêts mentaux ou matériels ?
La Simplicité ne dépend pas du milieu, car on peut être artificiel dans l'isolement et simple
dans la multitude. La Simplicité est un vêtement intérieur.
Vous pouvez être simple sans rien changer autour de vous. Il suffit de ne pas vous disperser
dans la vie. La civilisation scientifique, c'est l'analyse. La Simplicité, c'est la synthèse.
L'Homme n'est rien parce qu'il est multiple. Dieu est tout parce qu'il est Un.
Si vous désirez être heureux, avant toute chose soyez simple. Ne passez pas votre vie à
démonter le mécanisme de votre âme ou de votre corps.
La Simplicité consiste à avoir la Foi : en Dieu, en la Nature, en l'Homme, en la Vie. La
Simplicité est un mélange d'Amour et d'Espoir.
Vivez simplement, mangez simplement, habillez-vous simplement.
Parlez, écrivez, marchez simplement, aimez simplement.
Soyez simple d'esprit et de coeur.
Simplifiez vos pensées, vos actes.
Alors le Bonheur commencera à vous ouvrir les bras.

Détachement

La deuxième condition du bonheur terrestre est le détachement.


Renoncer veut dire ne plus s'attacher.
Renoncer aux êtres et aux choses ; en d'autres termes, coupez entre le monde sensible et vous
les liens trop exclusifs.
C'est parce que vous êtes démesurément attachés à toutes sortes de biens matériels, à toutes
sortes de gens, à toutes sortes d'objets que vous êtes malheureux dans la Vie. Car la Vie est
l'Evolution et l'Evolution brise les moules et les liens.
S'attacher équivaut à s'attarder, à stagner, à se figer dans une forme de vie, alors que, sans
cesse, les formes se succèdent, le neuf remplaçant le vieux, aujourd'hui prenant la place d'hier.
Avez-vous vu le soleil s'arrêter dans sa course avec tout son système pour ne pas s'éloigner
d'une autre étoile ?
Avez-vous vu le fleuve suspendre sa marche à l'Océan pour rester près des cités ?
La Loi entraîne tout ce qui vit dans une marche inexorable. Celui qui s'arrête est évincé.

Pourquoi vous souffrez

Voilà pourquoi vous souffrez continuellement. Vous vous cramponnez à ce qui passe. Et
quand la Vie vous arrache vos hochets, il semble que ce soient des morceaux de votre chair.
Ah ! qu'ils sont durs à rompre, les faux liens terrestres !
En vieillissant, ils durcissent et vous ne pouvez plus les briser. Mais la hache d'En-Haut tombe
inexorablement et vous libère de force. Et comme vous n'avez plus l'habitude d'être libre,
vous soufrez d'être nu et seul.
Si, au lieu de les aimer pour vous, vous aviez aimé vos proches pour eux, vous n'auriez aucun
déchirement à vous séparer d'eux, car vous n'auriez que leur progression en vue.
Vous sauriez que leurs fins sont indépendantes des vôtres et que vous ne devez ni les
enchaîner à vous ni vous enchaîner à eux.
Le détachement n'exclut pas l'Amour Universel ; il en est la condition, aucontraire. Le
Renoncement n'est pas l'indifférence ; il est, au contraire, la preuve du véritable Amour.
Se renoncer équivaut à abdiquer l'égoïsme, qui vicie, le plus souvent, le comportement de
l'Amour. Renoncement égale désintéressement. Prenez intérêt à la Vie, mais ne demeurez pas
esclave de vos intérêts.
Si vous êtes riches, renoncez à vos biens, c'est-à-dire ne soyez pas conduit par eux, mais
administrez-les comme ceux d'un autre.
Si vous êtes glorieux, renoncez à la gloire, c'est-à-dire oubliez votre amour-propre pour
songer à l'Amour de Dieu.
Si vous êtes gourmand, renoncez aux vins et aux mets, c'est-à-dire n'en faites pas vos maîtres,
car ils vous domineraient tyranniquement.
Vous pouvez renoncer à tout en gardant tout, du moment que votre âme n'est pas liée et que
vous restez l'arbitre de votre corps.
Celui qui possède les biens apparents, l'amour apparent, les amitiés apparentes, ne possède
que l'apparence et, tôt ou tard, en découvre l'inanité.
C'est seulement à cette apparence qu'il vous est demandé de renoncer. Ne fermez plus les bras
sur le vide et serrez contre vous la Réalité.
S'il vous était donné de choisir sciemment entre ce qui est la Vérité et ce qui n'est que son
ombre, vous dédaigneriez l'ombre pour saisir la Vérité.
Or, sachez que tout ce qui tombe sous vos sens n'a pas plus de consistance que l'ombre. C'est
seulement de cette illusion et de ce mirage qu'il vous faut vous détacher.

Etre Libre

Quand vous serez détaché des personnes et des biens, des événements et des choses, vous
vous apercevrez que vous êtes libre et que la Vie prend un autre sens.
Avant, vous étiez un prisonnier en résidence surveillée. Partout, vous vous heurtiez à une
consigne ou à un geôlier. Après, vous êtes maître d'aller et venir, d'agir et de penser, et nul
obstacle matériel ne s'interpose entre votre esprit et l'Esprit de vie.
La sensation de Détachement remplit l'âme d'aise en même temps que de sécurité.

Les Clés du Bonheur, Georges Barbarin, Le Courrier du Livre