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Université Ibn Tofail – Kénitra

Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales


Département des Sciences juridiques

Méthodes des sciences juridiques et sociales :


Eléments du cours
(Première partie : chapitres 1 à 4)

Professeur : Mohamed HAMMOUMI

Objectifs du cours

1. Initier l’étudiant aux notions de base des méthodes des sciences sociales ;
2. Initier l’étudiant à la technique de prise de notes ;
3. Sensibiliser l’étudiant à l’intérêt de la terminologie en sciences juridiques ;
4. Initier l’étudiant aux méthodes de raisonnement et de qualification juridiques ;
5. Apprendre à l’étudiant comment réaliser une recherche documentaire juridique ;
6. Apprendre à l’étudiant comment établir une fiche de jurisprudence ;
7. Initier l’étudiant à la technique de la dissertation juridique ;
8. Maîtriser la technique du cas pratique ;
9. Initier l’étudiant à la technique du commentaire d’arrêt.

1
Avant-propos
Le cours de méthode des sciences juridiques a pour objet d’initier les étudiants de première
année de droit aux différentes méthodes de travail dans les facultés de Droit, afin d’acquérir
une certaine autonomie pédagogique dans un contexte qui leur est nouveau, à savoir
l’université, et dans une nouvelle discipline qu’ils découvrent, souvent, pour la première
fois, en l’occurrence les sciences juridiques.
Il vise en particulier à fournir aux étudiants en semestre 1 une boîte à outils de la pensée et
du raisonnement et, à terme, de développer le réflexe de juriste à travers une série de savoirs,
savoir-faire et savoirs-être.
Pour ce faire, nous allons aborder toute au long de ce cours, selon un cheminement logique
et progressif, un certain nombre d’exercices et techniques utilisés par les étudiants en droit.
Ainsi, après un chapitre préliminaire consacré à la définition des concepts de base, nous
étudierons dans le chapitre 2 les techniques de prise de note, avant de traiter dans un
troisième chapitre l’importance de la terminologie juridique.
Devenir juriste nécessite le développement des capacités de raisonner et analyser d’une
certaine manière, spécifique à la matière, c’est l’objet du chapitre trois, consacré aux
techniques de raisonnement et de qualification juridiques.
Etant donné que les études supérieures, et particulièrement en droit, requièrent un travail
autonome de l’étudiant, appelé à faire des recherche dans le cadre de la préparation des
cours, des exposés et d’autres travaux qui lui sont demandés, le chapitre quatre est consacré
à la recherche documentaire et aux techniques de citation bibliographique.
La réalisation des travaux exigés de l’étudiant en droit l’amènera à puiser souvent dans la
jurisprudence. Aussi, est-il nécessaire d’apprendre à réaliser des fiches d’arrêt ou de
jurisprudence. C’est l’objet du chapitre cinq.
Par ailleurs, l’on ne peut aborder les méthodes en sciences juridiques sans s’arrêter sur la
technique de la dissertation, exercice très fréquent et dont la maîtrise, primordiale pour tout
juriste, requiert une pratique assidue. Ce fera l’objet du chapitre six.
L’apprentissage du droit passe aussi par l’étude de cas pratiques, pour outiller le futur
praticien à traiter les consultations et à répondre aux questions pratiques qui lui seront
posées. Le chapitre sept est dédié à la technique du cas pratique.
Exercice exigent, le commentaire d’arrêt est le summum de l’art en la matière. Il requiert un
excellent background juridique et une connaissance approfondie de l’évolution de la
jurisprudence. C’est l’un des exercices qui accompagnent l’étudiant bien au-delà de ses
études, dans la vie professionnelle. Le chapitre 8 traitera du commentaire d’arrêt.
La maitrise de ces méthodes et techniques est incontournable pour le juriste, mais ne se fait
pas instantanément. Elle nécessite de l’exercice et se développe dans le temps, avec
l’expérience. Le présent cours n’est donc qu’une entrée en la matière.

2
Chapitre premier. Objet et méthodes des sciences sociales
Dans le présent chapitre, nous examinerons la définition et l’objet des sciences sociales,
avant d’évoquer les questions de méthodes et approches en sciences sociales.
I. Définition et objet des sciences sociales
Si les sciences humaines ont pour objet d’étude l’homme et ses activités, les sciences sociales
sont la branche des sciences humaines qui étudient une catégorie particulière de
phénomènes humains, à savoir les phénomènes sociaux, les faits sociaux.
Dans une première approche, on peut définir les faits sociaux comme ceux qui résultent de
la vie en société et qui ne se produiraient pas dans une existence humaine totalement
solitaire. Donc les faits sociaux sont les faits relatifs à l’homme en société. Les sciences
sociales se distinguent dès lors des disciplines qui étudient les aspects physiques de l’homme,
comme la médecine, ou qui envisagent les hommes en tant qu’individus, comme la
psychologie1.
Guy Rocher définit les sciences sociales comme les sciences dont l’objet est l’étude des faits
« qui ont ceci en commun qu’ils constituent un environnement, un cadre, un milieu qui
résultent d’une activité humaine collective et qui conditionnent les activités humaines
individuelles »2.
Ceci étant, l’objet d’étude des sciences sociales couvre des phénomènes et des situations
extrêmement diverses qui peuvent aller des plus larges et complexes aux plus restreintes.
Ainsi, une civilisation, une nation, une ville, un village, des classes sociales, les entreprises
industrielles, l’administration, les partis politiques sont autant de milieux sociaux présentant
les caractéristiques de groupes fortement organisés.
Les familles constituent, elles aussi, des milieux sociaux avec leurs traditions, leurs manières
de vivre spécifiques. C’est le cas aussi des phénomènes plus informels, tels une équipe de
football, les classes d’une école, l’équipage d’un avion. Les membres de ces entités sont en
contact direct, s’organisent, se structurent, évoluent d’une manière originale qu’étudie par
exemple la "dynamique de groupe".
Il en est de même lorsque deux personnes se rencontrent dans la rue, s’abordent et
bavardent quelques instants : l’échange de signes, de gestes, de mots qui en résultent crée
un phénomène social particulier ayant ses caractéristiques propres. Entre cette rencontre
fortuite de deux personnes et une civilisation millénaire l’écart est immense. Pourtant ce
sont, l’une et l’autre, des réalités sociales.
C’est dans ce sens d’ailleurs que Georges Gurvitch distinguait dans la diversité de la réalité
sociale trois niveaux :
- le plan macrosociologique des sociétés globales, qui comprend les ensembles sociaux
assez complets pour suffire à tous les besoins de leurs membres, tels une nation ou
une civilisation ;

1 Loubet des Bayle, J.-L. « Initiation aux méthodes des sciences sociales », Paris - Montréal : L’Harmattan, 2000, p. 12.
2 G. Rocher, Introduction à la sociologie générale, Paris, Seuil, 1968, T. I, p. 14.

3
- le plan des groupements partiels qui entrent dans la composition des sociétés
globales, comme la famille, les groupes de parenté, les associations volontaires, les
classes sociales, etc. ;
- et le plan microsociologique des différents modes de liaison sociale - que Gurvitch
appelait aussi les "formes de sociabilité" - c’est-à-dire les divers types de rapports
sociaux qui s’établissent entre les membres d’une collectivité et les "différentes
manières dont ces membres sont liés au tout social et par le tout social"3.
Les sciences sociales comprennent la sociologie, la psychologie sociale, l’anthropologie
culturelle, les sciences du langage, la science économique, la science politique, l’histoire, la
géographie humaine, la démographie, les sciences du droit et des institutions, etc.
Les sciences sociales sont apparues au 19ème siècle avec Auguste Comte, elles étudient les
réalités sociales portées par les individus. Le lien social est théorisé par les premiers
sociologues comme Durkheim et Weber. L'École de Chicago a fait évoluer la sociologie
vers l'observation participante et la remise en question des normes sociales.
II. Notion de méthode en sciences sociales
Il va sans dire que l’homme ne s’étudie pas de la même manière qu’un objet physique, une
plante ou un animal. La nature particulière de l’objet des sciences sociales n’est pas sans
répercussions sur le statut de ces disciplines « scientifiques » spécifiques.
La question de la possibilité de procéder à l’étude des faits sociaux comme on le fait pour
les phénomènes de la nature se pose particulièrement. L’histoire des sciences sociales
prouve qu’effectivement cette approche scientifique des phénomènes sociaux a eu du mal
à s’imposer et s’est heurtée à un certain nombre d’obstacles.
Pourtant, avec l’évolution du positivisme en sciences sociales, celles-ci n’ont cessé
d’emprunter aux sciences de la nature un certain nombre de méthodes, techniques et outils
d’investigation scientifique.
Avant de passer en revue les principales méthodes utilisées en sciences sociales (B), nous
allons faire la différence entre méthode, approche, technique et méthodologie (A).

A. Méthode, approche, technique et méthodologie


De prime abord, il convient de souligner qu'il n'y a pas de travail scientifique possible sans
méthode et méthodologie. C'est en fait ce qui distingue par exemple le journaliste ou le
reporter du chercheur. Le second se caractérise par une rigueur explicite, absolue et
systématique dans sa quête et son traitement des informations recueillies, c'est là qu'il doit
faire preuve de méthode et c'est par là qu'il s'apparente à la communauté scientifique.
1. La méthode
Larousse encyclopédique définit le terme « méthode » comme étant "la marche rationnelle
de l’esprit pour arriver à la connaissance ou à la démonstration de la vérité" 4. C’est-à-dire
un ensemble d’opérations intellectuelles par lesquelles une discipline cherche à atteindre,

3 GURVITCH Georges. La vocation actuelle de la sociologie. Paris: PUF, 1963. Tome I, pp. 11-14.
4 Larousse encyclopédique.

4
exprimer et vérifier les vérités qu’elle poursuit, ou à analyser, comprendre et expliquer la
réalité étudiée.
C’est aussi la procédure logique d'une science, c'est-à-dire l'ensemble des pratiques
particulières qu'elle met en œuvre pour que le cheminement de ses démonstrations et de ses
théorisations soit clair, évident et irréfutable.5
La méthode d’une recherche donnée désigne donc une démarche logique, indépendante du
contenu particulier de cette recherche, ainsi que les processus et les formes de perception
et de raisonnement destinés à rendre intelligible la réalité à appréhender.
La méthode est constituée d'un ensemble de règles qui, dans le cadre d'une science donnée,
sont relativement indépendantes des contenus et des faits particuliers étudiés en tant que
tels. Elle se traduit, sur le terrain, par des procédures concrètes dans la préparation,
l'organisation et la conduite d'une recherche.
Pour montrer l’importance de la méthode en science, il y a lieu de rappeler que toute
discipline qui se veut autonome doit se définir un objet spécifique (à quoi elle s’intéresse)
et une méthode (comment elle procède pour étudier cet objet)6. La méthode répond d'abord
à une question pratique : comment faire, quoi entreprendre, afin d'atteindre un but donné7.
René Descartes est reconnu comme le premier à élaborer un traité systématique et complet
de méthode, édité sous le titre « Le discours de la méthode » en 1632. Il y invite à respecter
un certain nombre de règles pour s'assurer du caractère objectif de ce qu'on étudie et
surtout, de ce qu'on élabore à partir de cette étude. Notamment la défiance des préjugés et
des idées « adventices » (à l'avance, non prouvées) et la non acceptation d'une idée avant
qu'elle ne s'impose avec clarté et évidence à la raison.
Comme base de méthode, Descartes préconise le doute (doute cartésien). Il faut douter de
toute chose avant d'en avoir fait la preuve évidente et irréfutable. Cela est demeuré, jusqu'à
nos jours, le souci majeur de toute approche scientifique positiviste qui se respecte. Et l'outil
dont on se sert pour satisfaire à cette exigence fondamentale est précisément la méthode8.

2. L'approche
J.-L. Loubet des Bayle définit l’approche comme étant une démarche intellectuelle qui
n’implique ni étapes, ni cheminement systématique, ni rigueur particulière. C'est à peu près
un état d'esprit, une sorte de disposition générale qui situe l'arrière-fond philosophique ou
métathéorique du chercheur ou de la recherche. Dans ce sens, on parle d'approche marxiste,
fonctionnaliste, culturaliste, structuraliste, systémique, etc.

5 AKTOUF, Omar. Méthodologie des sciences sociales et approche qualitative des organisations : Une introduction à la démarche
classique et une critique. Montréal : Les Presses de l'Université du Québec, 1987, 213 pp.
6 J.-L. Loubet des Bayle, op. cit. p. 13.
7 L’encyclopédie Universalis (La méthode).
8 J.-L. Loubet des Bayle, Ibid.

5
3. La technique
C'est un moyen précis pour atteindre un résultat partiel, à un niveau et à un moment précis
de la recherche. Cette atteinte de résultat est directe et relève du concret, du fait observé,
de l'étape pratique et délimitée.
Les techniques sont, en ce sens, des moyens dont on se sert pour couvrir des étapes
d'opérations limitées, alors que la méthode est plus de l'ordre de la conception globale
coordonnant plusieurs techniques. Ce sont des outils momentanés, conjoncturels et limités
dans le processus de recherche : sondage, interview, sociogramme, jeu de rôle, tests, etc.

4. La méthodologie
La méthodologie peut être définie comme étant l'étude du bon usage des méthodes et des
techniques. Il ne suffit pas de les connaître, encore faut-il savoir les utiliser comme il se doit,
c'est-à-dire savoir comment les adapter, le plus rigoureusement possible, d'une part à l'objet
précis de la recherche ou de l'étude envisagée, et d'autre part aux objectifs poursuivis.
Autrement dit, les méthodes et techniques retenues dans une recherche donnée doivent être
les plus aptes à rendre compte du sujet étudié et à mener le chercheur vers les buts qu'il
s'est fixés en termes d'aboutissement de son travail. Le chercheur se doit de justifier et
d'argumenter pourquoi son choix s’est porté sur telle méthode, technique ou tel instrument,
...
Pour mieux circonscrire sa méthodologie, le chercheur doit définir, formuler et élaborer
« au plus fin » son problème9. Plus les données du problème seront précisées, plus facile
sera l'élaboration de la méthodologie. Il y a un inter-conditionnement nécessaire entre le
problème, la façon de le poser, la méthode adoptée et les techniques retenues.
En guise d'illustration, Pinto-Grawitz utilise l'exemple du chasseur qui peut avoir :
- une approche : ne jamais chasser à l'affût, ni le gibier arrêté, ni au gîte (c'est sa
philosophie de la chasse) ;
- une ou plusieurs techniques : la maîtrise du tir sur cible mobile, le tir en pleine
course... ;
- et aussi une ou plusieurs méthodes : comment approcher le gibier en tenant compte
du terrain, du temps, du travail du chien, du vent, des habitudes de chaque gibier...
- La coordination, la synthèse de tout cela serait sa méthodologie.
Pour conclure, si l’approche renvoie à une démarche intellectuelle globale, la méthode est
beaucoup plus précise et structurée. Celle-ci fait appel à des techniques particulières pour
chacune de ses étapes. Quant à la méthodologie, elle consiste à étudier l’utilisation
pertinente des méthodes et techniques de recherche pour mener à bien un projet de
recherche.
III. Les principales méthodes en sciences sociales
Dans la pratique, les chercheurs ont recours à de nombreuses méthodes de recherche. Si la
plupart des méthodes sont utilisables aussi bien en sciences sociales et humaines qu’en

9 On appelle « problème » en recherche le point précis et ses composantes que le chercheur veut étudier.

6
sciences exactes, certaines méthodes sont plus appropriées à certaines disciplines que
d’autres. Dans tous les cas, chaque méthode doit être adaptée selon les spécificités du
domaine dans lequel elle est appelée à être utilisée.
Dans ce qui suit, nous retiendrons six grands types de méthodes, en l’occurrence : la
méthode déductive, la méthode inductive, la méthode analytique, la méthode clinique, la
méthode expérimentale, la méthode statistique.

A. La méthode déductive
Elle consiste à analyser le particulier à partir du général, à lire une situation concrète
spécifique à l'aide d'une grille théorique générale préétablie. C’est une méthode très
pratiquée dans le raisonnement juridique. Elle se traduit par l’application d’une règle
générale (issue d’une disposition constitutionnelle, légale, réglementaire, d’une convention
ou d’un principe général de droit) à une situation concrète en vue d’aboutir à une solution
ou conclusion.
Exemple : Le juge applique les dispositions de l’article 50910 du code pénal pour juger le cas
de deux personnes mises en examen pour vol commis, en commun, pendant la nuit dans
une maison dont il a escaladé le mur pour y accéder.
Nous allons revenir sur l’usage de cette méthode avec plus de détail dans le chapitre 3 (le
raisonnement et la qualification juridiques).
B. La méthode inductive
Cette méthode consiste, contrairement à la première, à tenter des généralisations à partir de
cas particuliers. On observe des caractéristiques précises sur un ou plusieurs individus
(objets) d'une classe et on essaie de démontrer la possibilité de généraliser ces
caractéristiques à l'ensemble de la classe considérée. Elle suit la séquence des étapes
suivantes : observation — analyse — interprétation — généralisation.

10 Article 509 Code pénal : « Sont punis de la réclusion de dix à vingt ans les individus coupables de vol commis
avec deux au moins des circonstances suivantes :
- Si le vol a été commis avec violences, ou menaces de violences, ou port illégal d'uniforme, ou usurpation
d'une fonction d'autorité;
- Si le vol a été commis la nuit;
- Si le vol a été commis en réunion par deux ou plusieurs personnes;
- Si le vol a été commis à l'aide d'escalade, d'effraction extérieure ou intérieure, d'ouverture souterraine, de
fausses clés, ou de bris de scellés, dans une maison, appartement, chambre ou logement, habités ou servant
à l'habitation ou leurs dépendances;
- Si les auteurs du vol se sont assurés la disposition d'un véhicule motorisé en vue de faciliter leur entreprise
ou de favoriser leur fuite;
- Si l'auteur est un domestique ou serviteur à gages, même lorsqu'il a commis le vol envers des personnes qu'il
ne servait pas, mais qui se trouvaient soit dans la maison de son employeur, soit dans celle où il
l'accompagnait;
- Si le voleur est un ouvrier ou apprenti, dans la maison, l'atelier ou magasin de son employeur ou s'il est un
individu travaillant habituellement dans l'habitation où il a volé.

7
La méthode inductive est très usitée en sciences sociales et s'appuie beaucoup sur les
techniques d'inférence statistique (tests qui permettent de mesurer le risque d'erreur et
l'étendue des possibilités de généralisations-extrapolations). Le sondage d'opinion, l'étude
de marché... relèvent de cette méthode.

C. La méthode analytique

C'est la méthode qui consiste à décomposer l'objet étudié en éléments plus simple pour
surmonter sa complexité puis reconstituer le schéma d'ensemble, tout comme la chimie qui
décompose les molécules en éléments simples, indécomposables.
Cette méthode, qui recherche le plus petit composant possible, l'unité de base des
phénomènes, est à privilégier en laboratoire, pour l'étude d'objets inertes ou de phénomènes
non susceptibles de transformations rapides. On la retrouve par exemple en linguistique où
l’organisation structurale d'une langue et la grammaire relèvent de l'approche analytique, et
en histoire dans l'analyse des archives, des documents, ...

D. La méthode clinique
Elle consiste à observer directement l'objet à étudier et à le suivre pas à pas tout en notant
toutes ses modifications, ses évolutions... C'est une méthode empirique où il n'y a aucune
sorte d'intermédiaire entre l'observateur et ce qu'il étudie. On la retrouve, en dehors de la
médecine, dans l'ethnologie, les études de cas, les monographies, les observations
participantes, etc.

E. La méthode expérimentale
C'est la méthode généralement considérée comme la plus scientifique et la plus exacte. Elle
est née en physique et dans les sciences de la nature. Elle consiste à mener une
expérimentation (en laboratoire ou sur le terrain) et à tenter de dégager des lois
généralisables à partir de l'analyse des observations recueillies durant l'expérimentation.
Cette méthode exige toujours une préparation, un arrangement préalable de la part du
chercheur (le protocole expérimental), ne serait-ce que l'introduction (ou le contrôle) d'un
élément ou d'une variable qui serviront de « déclencheurs » de conséquences ou de réactions
à observer (par exemple, le choc électrique sur les nerfs d'un animal décérébré, la goutte
d'acide sur la langue du chien de Pavlov, l'intensité de l'éclairage sur le rendement d'un
atelier de dessinateurs, ...
"Schématiquement, la recherche et la vérification d’une loi commencent par une
observation relativement initiale, qui donne naissance à une conjecture, transformée par
l’induction en une hypothèse (loi supposée universelle" 11.
Ainsi apparaissent les différentes étapes de l’enchaînement d’opérations qui constitue le
cycle de l’analyse expérimentale, avec une dialectique constante entre le niveau des faits et
celui des idées. De l’observation des faits naissent des propositions d’explication qui

11 G. Bénézé, La méthode expérimentale, Paris, PUF, 1954, p. 4.

8
constituent des hypothèses ; ces hypothèses sont ensuite confrontées avec la réalité au cours
d’un processus de vérification qui comporte notamment le recours à l’expérimentation ; ce
processus de vérification permet de formuler une ou des explications de la réalité qui
pourront donner naissance à des lois ou à des théories.

Il est à préciser que cette description linéaire des phases de l’analyse scientifique, que l’on
peut qualifier d’hypothético-inductive, du fait de l’accent qu’elle met sur le rôle moteur de
l’observation dans la genèse inductive des hypothèses, constitue une présentation trop
simple de la réalité.

F. La méthode statistique
Nous ne ferons ici que donner de très brefs rappels pour simplement situer cette méthode
par rapport aux autres.
On peut dire que la méthode statistique est une méthode qui tente de concilier les
démarches qualitatives et quantitatives, le rationnel et le sensoriel, le construit et l'observé.
On prétend pouvoir, grâce à la méthode statistique, quantifier le qualitatif et le rendre ainsi
accessible à des traitements mathématiques rigoureux. A titre d’exemple, il suffit de donner
un code ou un score à diverses qualités et attributs tels que le sexe, la nationalité, le statut
social, ... pour en faire des données chiffrées et manipulables mathématiquement.
Cependant, les termes « quantité », « mesure » et « mathématique » ne signifient ni
automatiquement ni exclusivement « scientifique ».
Si la statistique est dite la science de la précision, certains n’hésitent pas à la qualifier de
science de l'erreur. En fait, cette définition est bien fondée car l'essentiel de ce que nous
procure la statistique réside dans ce qu'elle permet, de multiples façons, d'apprécier, de
mesurer et de limiter les risques d'erreurs sur les caractéristiques dont on tente
l'extrapolation et la généralisation.
On distingue deux types de statistiques : la statistique descriptive et la statistique
mathématique.
1. La statistique descriptive
Comme son nom l'indique, il s'agit de calculs statistiques qui vont servir avant tout à décrire,
à visualiser les caractéristiques particulières d'une collection d'objets sur laquelle on dispose
de données chiffrées. Ces dernières peuvent avoir un caractère quantitatif ou qualitatif :
- Caractère quantitatif : mesurable ou dénombrable (par exemple la taille des individus,
le nombre d'enfants par ménage, le revenu mensuel, le poids, nombre d’infractions
au code de la route par an, répartition d’une population carcérale par tranche d’âge,
...)
- Caractère qualitatif : non mesurable mais que l'on peut ranger en catégories,
alternatives (ex. couleur des cheveux, sexe, groupe sanguin, ...)

9
La statistique descriptive permet, à partir de ces données, de réaliser des classes, des effectifs
cumulés, des fréquences, des fréquences cumulées, ...
On aboutit alors à des distributions (histogrammes, courbes de fréquences ...) représentant
graphiquement la répartition des effectifs par classes ou par niveaux de la variable
considérée.
Sur ces distributions, on peut dégager, par calcul, des indices ou paramètres caractéristiques
qui sont des valeurs particulières donnant une vue synthétique de la distribution considérée.
On distingue deux types de paramètres : les paramètres de regroupement (ou de tendance
centrale) et les paramètres de dispersion.
Les paramètres de regroupement (ou tendance centrale) sont destinés à fournir une idée
générale quant à l'ordre de grandeur des mesures se répartissant dans la série dont on
dispose. Ils donnent aussi les positions vers lesquelles tendent à se rassembler les mesures
de la série. Ils comprennent :

- La moyenne arithmétique : c'est le fait de résumer en un nombre l'ensemble des


mesures observées. Ce nombre (quotient de la somme arithmétique des valeurs
observées par le nombre d'observations) donne une idée plus précise de la valeur
autour de laquelle l'ensemble des observations se répartissent.

En d’autres termes, la moyenne est la somme de toutes les observations divisée par
le nombre d'observations (non manquantes). Elle est calculée en appliquant la
formule suivante :

x est la valeur de données pour chaque observation


n est le dénombrement du nombre d'observations.

- La médiane : ce n'est pas comme la moyenne arithmétique une moyenne de grandeur,


mais une moyenne de position. Elle donne la valeur qui occupe la position centrale
dans la série des valeurs observées, lorsque ces valeurs sont classées (score du sujet
occupant le 50ème rang sur 100 par exemple).

En d’autres termes, la médiane est la valeur intermédiaire dans une série de données
classées. Par conséquent, la moitié des observations sont inférieures ou égales à la
médiane, et la moitié des observations lui sont supérieures ou égales.

Si le nombre d'observations dans un fichier de données est impair, la médiane est la


valeur qui se trouve au milieu. Si le nombre d'observations dans un fichier de données
est pair, la médiane correspond à la moyenne des deux valeurs intermédiaires.

Lorsque N est impair (par exemple, N = 5) et que vous disposez de données classées
(de la valeur la plus faible à la plus élevée), x1, x2, x3, x4 et x5, la médiane = x3.

10
Lorsque N est pair (par exemple, N = 6) et que vous disposez de données classées
(de la valeur la plus faible à la plus élevée), x1, x2, x3, x4, x5 et x6, alors :

- Le mode : c'est la valeur de la variable correspondant à la fréquence la plus élevée.


La classe modale est la classe dont la fréquence est supérieure à celle des autres
classes. C'est la mesure la plus fréquemment observée dans la série.
Les paramètres de dispersion fournissent, de façon quantifiée, les variations des mesures
autour de la position occupée par la mesure centrale. Ils donnent donc une idée du degré
d'étalement de l'ensemble de la série de mesures. En d'autres termes, ils permettent de se
rendre compte jusqu'à quel point les mesures établies s'écartent des valeurs centrales d'une
part, et s'écartent les unes des autres, d'autre part. Ce sont l’étendue, la variance et l’écart-
type.

La variance est la moyenne des carrés des écarts entre les valeurs observées et la moyenne
arithmétique. L'écart type est la racine carrée de la variance.

Ces deux paramètres permettent de dégager l'idée de variation, de fluctuation des valeurs
de la distribution des mesures autour de la valeur centrale (moyenne arithmétique).

2. La statistique mathématique (ou estimation statistique, ou encore inférence


statistique)

C'est tout l'appareillage statistique qui se base sur le calcul des probabilités et l'extrapolation
à partir d'échantillons dits représentatifs d'une population plus large. Il s'agit alors d'estimer,
à partir de la valeur obtenue pour l'échantillon, quelle sera la valeur que l'on pourra attribuer
à la population et avec quelle précision cette valeur sera fournie. Il faudra cerner la loi de
probabilité définissant le caractère étudié dans cette population.
C'est ici également qu'interviennent les tests statistiques qui permettent d'apprécier les
limites de confiance aux paramètres, la conformité aux lois de distribution, l'homogénéité
des échantillons, la possibilité d'accepter ou de rejeter l'hypothèse nulle avec le taux d'erreur
qui s'y rattache.
Enfin, de façon plus directe, la statistique mathématique nous permet de calculer des
coefficients (corrélation, régression ...) et de dégager des significations, des tendances, à
partir de ces mêmes coefficients qui révèlent les liens de causalité, de covariance ...12

Conclusion
En guise de conclusion, et ainsi qu’il a été dit ci-dessus, toute discipline qui se respecte
dispose de son corpus méthodologique et utilise à ce titre des méthodes, techniques et outils
qui lui sont plus ou moins propres ou qu’elle partage avec d’autres disciplines.

12 AKTOUF, Omar. Méthodologie des sciences sociales …, op. cit.

11
En tant que discipline autonome, les sciences juridiques ont leurs propres approches, modes
de raisonnement, méthodes, techniques et outils de travail. C’est la maîtrise de ce dispositif
méthodologique qui fera de vous un juriste.
Dans les chapitres qui suivent, nous allons nous concentrer sur les méthodes les pratiques
et les outils utilisés par le juriste et qui font la particularité de son art.

12
Chapitre 2. Prise de contact avec le droit : prise de note et terminologie

Dès vos premier contacts avec la matière juridique, vous êtes appelé à prendre note lors des
cours et de vos lectures. Pour pouvoir réaliser une prise de note de qualité en étant à l’aise,
un certain nombre d’astuces peuvent vous aider (I). Vous êtes aussi appelé à vous
familiariser avec un le jargon juridique et sa terminologie spécifique. Le droit fait partie de
ces disciplines qui font encore usage assez souvent des expressions latines. Il convient alors
de connaître la signification des expressions les plus usitées (II).
L’objet du présent chapitre est de vous montrer comment réussir votre entrée en matière.

I. La prise de note
Pour pouvoir utiliser utilement vos notes (B), il faut prêter un soin particulier à leur prise
(A).
A. Conseils pour une prise de note efficace
La prise de notes soulève des difficultés liées à la rapidité du débit de l'orateur, aux
abréviations plus ou moins compréhensibles, à la difficulté de lier propreté et prise de notes
efficace.
Pour être efficace, la prise de note doit tenir compte du but recherché et du contexte. En
effet, on ne note pas de la même façon les courses à faire et la conférence d’un professeur :
la liste de courses ne comporte que des mots précis, ce qui compte c'est le détail, alors que
les notes de conférence s'attachent à des idées générales.
La prise de notes peut se faire dans des contextes différents : lors d’un cours, pendant les
TD, lors de la lecture d'un document. A à chaque support doit correspondre un type de
notes différent.
A l’oral, une personne prononce environ 150 mots par minute. Mais, il n'en écrit que 20 à
40. En faisant bon usage des abréviations, il est possible d’atteindre 60 à 80 mots, ce qui ne
permet en aucun cas de prendre l'intégralité du discours.
Il convient donc de saisir l'essentiel et le comprendre pour le reformuler plus brièvement,
ce qui demande une grande attention mais permet de s'approprier la pensée de l'orateur et
d'avancer dans le travail de mémoire. Dans ce but, il est très important de noter les
exemples.
Ci-après une liste indicative des abréviations des mots courants :
1. Abréviation des mots courants
Mot Abréviation Mot Abrév. Mot Abrév.
général Gl idem id. avant Avt
Affaire Aff identique id. introduction Intro
c 'est-à-dire cad même M comme C
Mais ms confer Cf voir V
nombre Nb comparez comp nombreux nbx

13
cependant cpdt ne pas confondre npcf définition déf
Nous ns vous Vs dans Ds
observation obs être ê problème pb
exemple ex parce que pcq président pdt
Parfois pfs quelques-uns qqu réponse rép
pourquoi pq sous ss pourtant prtt
Sont st pour pr souvent svt
Petit pt toujours tj quand qd
tout tt quel ql tous Ts
quelque qq voyez v. quelquefois qqf

2. Abréviation des termes juridiques


Mot Abrév. Mot Abrév. Mot Abrév.
Réponse rép. Arrêté A. Alinéa al
Ministérielle Min. Ci-dessus Supra Article art.
Tribunal T Affaire Aff Loi organique LO
Code C Dahir portant Code des DOC Règlement Règ.
obligations et contrats
Tribunal TA Tribunal de première TPI Code de travail CT
administratif instance
Instruction Inst Code de Commerce C.Com Cour d'appel CA
Tribunal de TC Tribunal de Grande TGI Code Général des CGI
Commerce Instance Impôts
Code de CPC Cour d'appel CAA Tribunal TCorr
procédure Civile administrative correctionnel
Conseil d 'Etat CE Cour de cassation C. Cass Au même endroit Ibid
Doctrine Doct. Décret-loi DL Ci-dessous Infra
Juge J Jurisprudence JP Décret D
Code pénal CP Juge aux affaires de la JAF Code de procédure CPP
famille pénale

B. Bien utiliser les notes prises


Si vos notes de cours sont bien prises, elles pourront être un bon instrument de travail.
Cependant, ce sera une erreur de passer des heures à recopier des notes prises par un
camarade lors d’un cours que vous avez manqué, parfois sans même chercher à
comprendre. Parfois même, certains étudiants recopient des notes pendant un autre cours.
C’est du gâchis.
Pour que vos notes soient utilisables, il faut qu’elles soient lisibles, aérées, bien organisées
en respectant les alinéas et les marges. Sinon, la révision de vos notes sera un travail
fastidieux et décourageant.
Pour être utilisable, vos notes doivent être relues dans les deux ou trois jours qui suivent
afin de les améliorer, les clarifier et les classer dans les dossiers correspondants. Si vous
n’assistez pas régulièrement au cours, pour des raisons de santé ou de travail, et à défaut
d’un polycopié ou d’un manuel de votre professeur, résumez un manuel au lieu de perdre
votre temps à recopiez des notes de cours prise par un camarade, à moins qu’il s’agisse de
certains points sur lesquels votre professeur développe une pensée tout à fait originale.

14
II. Maîtrise de la terminologie juridique et des expressions latines utilisées en droit
Le droit n’est certes pas une science exacte, mais certainement une science précise. Comme
toute discipline technique, le droit a son propre jargon que tout praticien se doit de maîtriser.
Le futur juriste que vous êtes doit se familiariser très tôt avec le jargon et la terminologie
juridiques. Aussi, est-il recommandé d’avoir un bon dictionnaire juridique et de noter à part
les mots nouveaux et en retenir le sens et l'orthographe afin d’en faire bon usage.
Le module consacré à la terminologie vous permettra d’en savoir plus, mais à titre liminaire,
nous vous proposons d'une part un liste des confusions de terminologie les plus fréquentes
chez les débutants (A), ainsi que certains problèmes de syntaxe à éviter (B).
Les juristes sont aussi connus pour recourir assez souvent à des expressions latines pour
énoncer des règles juridiques ou des principes généraux de droit. Il convient alors, pour
parler le même langage et comprendre la matière, de ne pas ignorer les plus courantes de
ces expressions (C).

A. Des confusions fréquentes


Il est courant que les étudiants ne fassent pas bon usage de la terminologie juridique. Ci-
après une liste des confusions et barbarismes les plus fréquents :
- Un tribunal rend des jugements, une cour des arrêts, un président de tribunal des
ordonnances, une juridiction des décisions, un tribunal arbitral des sentences.
- N'écrivez jamais qu'une loi stipule. Il faut dire qu’une loi dispose, énonce ou prévoit
(Ex. l’article premier de la loi 41.90 dispose que …). Le terme "stipuler" est réservé au
contrat (Ex. la clause 2 du contrat stipule que le contrat entre en vigueur dès sa signature
par les parties).
- La cour d'appel confirme ou infirme la décision du premier degré. En revanche, la Cour
de Cassation ne confirme jamais une décision, elle la maintient en rejetant le pourvoi,
ou bien elle la casse.
- Lors d'une instance, il y a au moins deux plaideurs : le demandeur qui introduit la
procédure et le défendeur qui est celui contre lequel la demande est introduite. Il est
fréquent de lire défenseur au lieu de défendeur. Chaque partie (demandeur ou
défendeur) a son défenseur, qui est un avocat chargé d'assurer sa défense.
- Ne confondez pas « par » et « part » : le terme « par » est une préposition qui introduit
le complément d’objet alors que le terme « part » est un nom féminin qui exprime une
portion. Ex. : "De par la volonté du défunt, il a reçu une part supplémentaire. "
- Partie et parti : une partie au contrat et un parti politique.
- Conjoncture et conjecture : Le terme « conjoncture » signifie une situation résultant
d'un ensemble de circonstances fortuites, alors que « conjecture » signifie une opinion
fondée sur des probabilités.

15
- En définitive et en définitif : pour clore une démonstration, on utilise l'expression en
définitive.
- Davantage et d'avantage : l'adverbe davantage signifie plus, plus que. Exemple :
davantage de travail lui aurait assuré la réussite.
- Second et deuxième : second s'utilise lorsqu'il n'y a pas de troisième, par exemple, on
dit que la Cour d'appel est la juridiction du second degré (car la Cour de cassation n'est
pas la juridiction du troisième degré). En revanche, quand il y a un troisième, il faut
utiliser le terme deuxième et non pas second, exemple : Pierre est un étudiant de
deuxième cycle.
- Pécuniaire et pécunier : on dit des ennuis pécuniaires ; le mot pécunier n'existe pas.
- Exergue et exerbe : on dit mettre en exergue telle règle ou telle institution, ce qui signifie
mettre en évidence. Exerbe n'existe pas.
- Exorbitant et exhorbitant : Le terme ne prend pas de h. Littéralement, il signifie sortir
de ses orbites (sans h).
- Alternative et alternance : alternative est la situation dans laquelle on doit choisir entre
deux possibilités opposées. On ne doit pas dire la première ou la deuxième alternative
(cela constitue en fait quatre possibilités), mais parler de la première branche ou de la
seconde branche de l'alternative. L'alternance est le fait d'alterner deux ou plusieurs
choses dans le temps ou l'espace, par exemple l'alternance des saisons ou des partis
politiques au pouvoir.
- Notable et notoire : l'adjectif notable indique ce qui est important, remarquable, digne
d'être noté. Ex.: la Cour de cassation vient de rendre un arrêt notable. L'adjectif notoire
indique ce qui est connu d'un grand nombre de personnes. Ex. : Un criminel notoire
ou un concubinage notoire.

B. Syntaxe à respecter
- Usage du "mais" : utilisez le "mais" à bon escient, car cette conjonction indique une
opposition, un changement dans la pensée de l'auteur. Cela est flagrant dans les
décisions de justice attendu que... attendu que... mais attendu que...
Cet « attendu » est opposé aux précédents et est essentiel au règlement du litige.
- Présentation des règles ou d'arguments : Certains mots permettent de structurer votre
propos de façon rigoureuse. Ainsi lorsque plusieurs arguments doivent être présentés,
utilisez les adverbes d'abord, ensuite et enfin.
Ex. : Avant de résilier le contrat, il faut d'abord notifier les manquements constatés à
l’autre partie en lui demandant d’y remédier dans les délais fixés par le contrat, ensuite,
et à défaut d’une réponse satisfaisante de sa part, dans les délais, le mettre en demeure,
et enfin lui notifier la résiliation.
Lorsque deux idées sont développées, utilisez « d'une part... et d'autre part ». Il ne faut
jamais les dissocier, ce que l'on retrouve dans les copies assez souvent. Ex. : pour réussir

16
ses études, d'une part, il faut apprendre les cours magistraux, d'autre part, il faut
effectuer les exercices durant les travaux dirigés.
- Expression d'une opposition, d'une restriction : si vous voulez marquer une opposition,
une restriction ou une réserve, certains termes sont appropriés. Ainsi les adverbes
"néanmoins" et "toutefois" et les conjonctions "cependant" et "pourtant" doivent être
utilisés, et à cette fin seulement.
Ex.1: Ce devoir est bon, néanmoins vous avez omis le principe de ...
Ex.2: Votre cours est su, toutefois vous confondez telle et telle règles ...
- Notamment : l'adverbe qui signifie spécialement, particulièrement ou entre autres,
indique que l'énonciation n'est pas exhaustive, ce qui suppose d'autres éléments non
évoqués.

C. Utilisation du latin en droit


Bien que l’utilisation du latin en droit soit de moins en moins fréquente, en raison des
efforts tendant à simplifier le jargon juridique et judiciaire, il n’est pas rare de rencontrer
encore des expressions latines utilisées pour énoncer une règle ou un principe général de
droit.
Dans ce qui suit, vous trouvez une liste non exhaustive certes, mais qui récapitule les
expressions les plus répandues.
- A maiori ad minus: Celui qui peut le plus peut le moins ("celui qui peut parcourir dix
km à pieds, peut en parcourir deux").
- A minori ad maius: du moins au plus. A plus forte raison. ("s'il est interdit de rouler à
deux à vélo, rouler à trois est forcément aussi interdit")
- Ab intestat : transmission des biens d’un défunt sans testament (ou lorsque le testament
est nul ou caduc), selon les règles fixées par le législateur.
- Abundans cautela non nocet : une précaution excessive ne fait pas de tort
- Abusus : mot latin décrivant l’attribut du droit de propriété qui permet à son titulaire
de disposer du bien, en le détruisant ou en le transmettant.
- Accessorium sequitur principale : l’accessoire suit le principal.
- Accusare nemo se debet nisi coram Deo : personne n’est obligé de s’accuser lui-même
si ce n’est en face de Dieu.
- Actio personalis moritur cum persona : l’action personnelle s’éteint avec la personne
concernée.
- Actor sequitur forum rei : le litige doit être porté devant le tribunal du défendeur
- Actori incumbit probatio : La preuve incombe au demandeur (principe consacré par le
DOC : ‫ )البينة على من ادعى‬. On dit aussi : Affirmanti incumbit probatio : (le fardeau de)
la preuve incombe à celui qui affirme.
- Ad cautelam : par précaution

17
- Ad iura renunciata, non datur regressus : au renoncement des droits, il n’est point donné
de recours
- Ad liceitatem : pour la licéité.
- Ad litem : pour le procès.
- Ad litteram : à la lettre.
- Ad nutum : à son gré (ou au gré de), surtout utilisé en droit des sociétés où l’on parle
de révocation ad nutum c’est-à-dire révocation à tout moment et sans devoir indiquer
de juste motifs.
- Ad probationem : à titre de preuve
- Ad validitatem : à titre de validité
- Aequum est ut cujus participavit lucrum, participet et damnun : il est juste que celui qui
a participé au gain participe aussi à la perte (‫)الغرم بالغنم‬.
- Affectio societatis : la volonté des associés de collaborer sur un pied d’égalité à l’œuvre
commune.
- Aliquis non debet esse judex in propria causa, quia non potest esse judex et pars :
personne ne doit être juge de sa propre cause, parce qu’on ne peut être juge et partie.
- Aliud est celare, aliud tacere : cacher est une chose, se taire en est une autre.
- Animus : mot latin signifiant « esprit ». Il désigne l’intention d’une personne ou l’élément
intentionnel d’un comportement (en opposition à l’élément matériel). Par exemple,
l’animus domini, l’intention de se comporter comme le propriétaire d’une chose
- Apices juris non sunt jura : les subtilités du droit ne sont pas le droit.
- Audi alteram partem : l’autre partie doit être entendue (principe du contradictoire)
- Bis de eadem re ne sit actio ou bis de eadem re agere non licet : il ne convient pas
d’intenter deux fois une action sur la même affaire.
- Bonus dolus : « le bon dol » est un petit mensonge, une exagération qui ne peut conduire
à la nullité du contrat pour vice du consentement.
- Condominium : souveraineté étatique partagée sur un même territoire.
- Confessio est regina probatio : la confession (l’aveu) est la reine des preuves
(‫)اﻻعتراف سيد اﻷدلة‬
- Cogitationis poenam nemo patitur : nul ne peut être condamné pour ses idées. A ne pas
confondre avec la liberté de penser. Il s’agit d’une règle criminelle qui veut que nul ne
puisse être condamné pour la seule intention de commettre une infraction : l’intention
sans suite n’a pas d’existence pénale.
- Conscientia mille testes : la conscience vaut mille témoignages
- Constitutiones tempore posteriores potiores prioribus : les lois postérieures dans le
temps prévalent sur les plus anciennes.
- Contra factum non datur argument : contre un fait il n’existe pas d’argument.

18
- Contra legem : à l’encontre de la loi.
- Contra non valentem agere non currit praescriptio : la prescription ne court pas contre
celui qui ne peut exercer ses droits
- Corruptissima republica plurimæ leges : les lois sont très nombreuses lorsque l’état est
très corrompu.
- Cui bono ? : à qui le crime profite-t-il ? (expression tirée de l’affaire sextus roscius).
- Damnum emergens : perte éprouvée.
- De cujus : l’expression complète est : « Is de cujus successione agitur » : celui dont on
traite de la succession. Les notaires utilisent cette expression lorsqu’ils rédigent un acte
(par exemple un contrat de mariage ou un testament) afin qu’en sa présence le donateur
ne soit pas désigné dans l’acte qu’il signe par l’expression « le (futur) défunt ».
- De in rem verso : Action en restitution de la chose.
- De minimis non curat prætor : des affaires insignifiantes, le préteur (le magistrat) ne
s’occupe pas.
- De lege lata : en vertu de la loi en vigueur.
- De lege ferenda : en vertu de la loi à venir.
- Dura lex, sed lex : la loi est dure, mais c’est la loi.
- Electa una via, non datur recursus ad alteram : une fois choisie sa voie d’action
(juridiction civile ou juridiction pénale), on ne peut plus en changer (forme courte : «
electa una via »)
- Emptor debet esse curiosus : l’acheteur se doit d’être curieux. Cela veut dire que celui
qui achète un bien ne peut invoquer a posteriori l’ignorance de certains faits qu’il aurait
pu remarquer en se renseignant convenablement.
- Erga omnes : à l’égard de tous : veut dire l’opposabilité absolue de certains droits, même
à l’égard des tiers.
- Error communis facit jus : l’erreur commune crée le droit.
- Exceptio non adimpleti contractus : exception d’inexécution .
- Ex æquo et bono : en équité
- Exequatur : procédure visant à donner dans un Etat force exécutoire à un jugement
rendu à l’étranger.
- Fraus omnia corrumpit : la fraude corrompt tout.
- Fructus : mot latin décrivant l’attribut du droit de propriété qui permet à son titulaire
de percevoir les revenus du bien.
- Fructus augent hereditatem : les fruits augmentent la succession.
- In bonis : débiteur en pleine jouissance de ses droits et biens (littéralement « dans ses
biens ») par opposition à un débiteur en liquidation judiciaire dont les biens ont été
saisis (terme utilisé uniquement pour une personne morale).

19
- In dubio pro libertate : dans le doute, faveur à la liberté.
- In dubio pro reo : littéralement « dans le doute, faveur à l’accusé », de manière plus
contemporaine « le doute profite à l’accusé ».
- Infans conceptus pro nato habetur quoties de commodis ejus agitur : l’enfant conçu est
tenu pour déjà né lorsqu’il s’agit de ses avantages (forme courte : « infans conceptus »).
- Infra petita : littéralement « en deçà des choses demandées » : caractérise une décision
qui ne statuerait pas sur l’ensemble des chefs de la demande, mais non celle qui
accorderait moins que la demande (en termes de montant par exemple), car en ce cas le
juge a statué sur ce chef de la demande, ce qui n’a pas les mêmes conséquences
juridiques (à comparer avec ultra petita).
- In limine litis : dès le début de la procédure / avant toute défense au fond
(‫)قبل كل دفع أو دفاع‬.
- Inter partes : entre les parties. Cette expression renvoie à l’effet relatif des contrats qui
n’ont d’autorité, en principe, qu’entre les parties à l’acte (comparer avec erga omnes)
- Intuitu personæ : en raison de la personne.
- In concreto : à chacun son équité, apprécié selon les faits, concrètement
- Jus gentium : droit des gens (des clans, dans la Rome antique), c’est-à-dire droit
international public (traités, coutumes, principes généraux du droit, droit dérivé des
organisations internationales, …)
- Jus cogens : norme impérative de droit international public général .
- Lex specialis derogat legi generali : une loi spéciale déroge à une loi générale.
- Lucrum cessans : manque à gagner.
- Lex societatis : loi applicable aux sociétés.
- Major pars trahit ad se minorem : la partie la plus importante d’une procédure attire à
elle la plus petite (théorie de la connexité).
- Mala fides supervenies nocet : la mauvaise foi qui survient nuit.
- Mater semper certa est : la mère est toujours certaine (par opposition au père, pour
l’établissement d’une filiation).
- Mens rea : l’intention coupable
- Mutatis mutandis : en changeant ce qui doit être changé
- Necessitas cogit legem : besoin ou nécessité n’ont loi ; à l’origine de l’expression
nécessité fait loi
- Nemo auditur propriam turpitudinem allegans : « nul ne peut se prévaloir de sa propre
turpitude ». La turpitude désigne un comportement frauduleux, dolosif, illégal. En
forme courte : « nemo auditur ».

20
- Nemo censetur ignorare legem : « nul n’est censé ignorer la loi ». Cela veut dire qu’on
ne peut invoquer en défense le fait que l’on ne connaissait pas une norme
(‫)ﻻ يعذر احد بجهله القانون‬.
- Nemo dat quod non habet : personne ne peut donner ce qu’il n’a pas.
- Nemo judex in re sua : personne ne juge sa propre cause.
- Nemo liberalis nisi liberatus : qui a des dettes, ne peut faire des libéralités.
- Nemo plus juris ad alium transferre potest quam ipse habet : personne ne peut
transférer à autrui plus de droits qu’il n’en a lui-même.
- Noli me tangere : ne me touche pas (relatif à l’inviolabilité du corps humain).
- Non bis in idem ou ne bis in idem : pas deux fois pour la même chose : on ne peut pas
être jugé une seconde fois pour les mêmes faits.
- Nullum crimen, nulla poena sine lege : pas de crime, pas de peine, sans loi (principe de
la légalité).
- Obiter dictum (littéralement « soi dit en passant » en latin) : commentaires ou
raisonnement d’un juge qui n’est pas nécessaire à la décision prise.
- Opinio juris ac (ou "sive") necessitatis : la conviction des États en droit international
public, d’être lié par une obligation en la considérant comme devenue obligatoire ; ce
sont les deux éléments constitutifs de la coutume (ex. : le principe de distinction qui, en
droit des conflits armés, implique la protection de la population civile en opposition
aux combattants.
- Pacta sunt servanda : respect de la parole donnée ou force obligatoire des conventions
- Pater is est quem justæ nuptiæ demonstrant : est présumé père, le mari de la mère (forme
courte : « pater is est »).
- Pater semper incertus est : le père est toujours incertain.
- Post nuptias : après mariage.
- Pœnalia sunt restringenda : les textes pénaux sont d’interprétation stricte .
- Pretium doloris : littéralement « le prix de la douleur » : indemnisation des souffrances.
- Prior tempore, potior jure : le premier en date est le premier en droit.
- Prorata temporis : à la proportion du temps.
- Pro bono : pour le bien public.
- Quœ temporalia sunt ad agentum, perpetua sunt ad excipiendum : celui qui, le délai
expiré, ne peut plus fonder une demande peut toujours être opposé en défense.
- Quorum : proportion des membres d’un organe devant être présents ou représentés
pour que celui-ci puisse valablement délibérer ; le recours aux quorums est fréquent en
droit des sociétés dans lequel ils peuvent être prévus par la loi ou par les statuts.
- Quod principi placuit legis habet vigorem : ce qui plaît au prince a force de loi.

21
- Ratio decidendi : le raisonnement juridique qui a mené un juge à prendre une décision.
- Res communis : les choses qui, de par leur nature, ne peuvent être appropriées (par
exemple : l’air ambiant) et appartiennent à tous (à comparer avec res nullius).
- Res derelictæ : les choses qui ont été volontairement abandonnées, devenant ainsi des
choses sans maître (ou res nullius)
- Res judicata pro veritate habetur : la chose jugée est tenue pour la vérité ; renvoie à
l’autorité de la chose jugée.
- Res mobilis, res vilis : un objet mobilier n’a pas de valeur.
- Res nullius : en droit des biens, désigne les choses sans maître, c’est-à-dire celle qui n’ont
pas de propriétaire mais qui sont néanmoins appropriables.
- Res perit domino : le propriétaire de la marchandise en supporte les risques de perte.
- Res inter alios acta : principe de la relativité des traités en droit international public (voir
aussi : pacta sunt servanda)
- Res inter alios acta aliis nec prodest nec nocet : « la chose convenue entre les uns, ne
profite ni ne nuit aux autres » : renvoie au principe de la relativité des conventions.
- Res ipsa loquitur : signifie « la chose parle d’elle-même ».
- Specialia generalibus derogant : les lois spéciales dérogent aux lois générales.
- Substratum : support de la personne physique.
- Sui generis : « de son propre genre » : situation juridique dont la singularité nécessite de
créer des textes spécifiques.
- Terra nullius : terre inhabitée.
- Ubi lex non distinguit, nec nos distinguere debemus : là où la loi ne distingue pas, il n’y
a pas lieu de distinguer
- Ubi societas ibi jus : là où est la société est la loi.
- Ultra petita : au-delà de l’objet de la demande.
- Usus : l’attribut du droit de propriété qui permet à son titulaire d’utiliser un bien en
jouissant de l’utilité que la chose génère par elle-même.
- Utile per inutile non vitiatur : l’utile n’est pas vicié par l’inutile.
- Utilitas publica praeferenda est privatorum contractibus : il faut préférer l’utilité
publique à celle privée.
- Uti possidetis juris, provenant de la phrase uti possidetis, ita possideatis : comme tu as
possédé, tu continueras à posséder.

22
Chapitre 3. Réfléchir comme juriste :
le raisonnement et la qualification juridiques

Le raisonnement juridique est ce qui caractérise le plus un juriste. En effet, c’est plus les
schémas de raisonnement utilisés plutôt que la quantité des données et informations
juridiques mémorisées qui fait le bon juriste.
Pour développer le raisonnement juridique, il faut maîtriser ses méthodes et techniques (I).
C’est aussi ce qui permet de réussir l’exercice de qualification juridique qui constitue un
exercice incontournable pour tout juriste (II).

I. Le raisonnement juridique
Les modes et méthodes de raisonnement diffèrent selon les domaines et les disciplines.
Ainsi, on parle du raisonnement historique, juridique, mathématique, linéaire, etc.
Le droit est une école du raisonnement. L’étudier, c’est apprendre à réfléchir, à chercher et
à rédiger. On y forme un esprit logique et précis.
Les juristes utilisent des méthodes de raisonnement logique qui s’inspirent de celles
employées dans les sciences exactes. L’objet de cette section est d’en examiner les plus
courantes (B). Auparavant, il conviendrait de définir le terme « raisonnement » (A).

A. Définitions :
Le raisonnement13 signifie :
- la faculté de raisonner, d'analyser le réel, de percevoir les relations entre les êtres, les
rapports entre les objets, présents ou non, de comprendre les faits ; mais aussi le produit
de cette faculté : le résultat de l'action de raisonner.
- l’exercice de cette faculté : activité de la raison discursive 14; employer le raisonnement ;
faire appel, recourir au raisonnement ; fournir matière à raisonnement ; conduire, mener
un raisonnement ; acquérir, établir, ébaucher, bâtir, étayer, démolir un raisonnement ;
capacité de connaître, de juger, de convaincre ; aptitude à comprendre.
- la manière d'exercer le raisonnement, notamment en logique et dans le langage
scientifique ; opération qui consiste à lier deux propositions pour en former une
troisième (ou conclusion), au moyen de règles logiques. Locutions : avoir du
raisonnement, savoir raisonner, raisonner juste ».
Le raisonnement s'oppose à l’instinct, à l’intuition, à l’affectivité, à l’émotion. Il s’oppose
aussi à l’expérience, à l’action, à l’évidence, au fait.

13 Deghaye, in www.information-juridique.com. v. aussi http://www.universalis.fr/encyclopedie/ raisonnement/


(Consultés le 10 septembre 2016).
14 Cartésienne, logique, claire, rationnelle.

23
B. Les méthodes de raisonnement juridique
Le raisonnement a pour objet de confronter une situation de faits à des règles de droit en
vue de dégager une solution juridique adéquate. On doit donc rechercher comment passer
d’une situation déterminé par la règle de droit à des situations de faits qui lui sont soumises.
C’est un va et viens continuel entre le droit et les faits.
Le droit peut être présenté comme une science dans la mesure où il étudie et régit des
comportements sociaux à l’aide de techniques juridiques. L’aspect scientifique apparait
lorsque le juriste utilise des méthodes particulières et un raisonnement particulier.
Les juristes recourent à diverses méthodes et modes de raisonnement, selon les cas. Leur
point commun est qu’ils sont fondés sur la logique.
Nous passerons en revue, ci-après, les principales méthodes de raisonnement juridiques
utilisées en droit.
a. Les méthodes comparatives

Elles consistent à comparer deux situations données, en vue d’en établir les similitudes d'une
part et les différences d'autre part. Souvent la comparaison est faite selon deux dimensions:

 Le temps (contexte historique) : il s’agit d’étudier une question ou un problème


juridique en comparant deux phases historiques.

Ex. 1. Evolution des pouvoirs du Chef du gouvernement : cas des constitutions de


1996 et de 2011.

Ex. 2. L’évolution de la condition juridique de la femme en droit marocain à la lumière


du nouveau code de la famille (il s’agit d’étudier les apports de celui-ci par rapport à la
loi de 1993).

 L'espace : Cela consiste à comparer les solutions données à une même problématique
juridique dans plusieurs systèmes ou régimes juridiques.

Ex. 1. La condition des femmes mariées au Maroc et dans les autres pays du
Maghreb.

Ex. 2 : Les régimes fonciers au Maroc et en Tunisie.

b. Le syllogisme ou méthode déductive


Il s'agit d’une méthode de raisonnement mathématique par excellence. Elle part d'un
postulat pour en tirer toutes les conséquences possibles (voir supra chapitre premier). Dans
la pratique, la méthode déductive consiste à appliquer un principe général à un cas
particulier, ou à vérifier une hypothèse générale sur le plus grand nombre d’observations
particulières. Exemple :

 Tout homme est mortel ;


 Or Socrate est un homme ;

24
 Donc Socrate est mortel15.

Dans le domaine juridique, le syllogisme est une excellente illustration de la méthode


déductive. Elle se déroule en trois temps de pensée. Le postulat est appelé principe ou règle
fondamentale et les conséquences effets juridiques. On utilise alors des formulations de
types : « De ce qui vient d’être exposé, on peut conclure que… / il ressort que… / on peut
déduire que…».

En droit, le syllogisme ou procédé de déduction consiste à tirer du principe posé par le


législateur (appelé la majeure), la solution (la conclusion) à l’espèce particulière (la mineure) :
- La « majeure » : indique la règle de droit applicable. Elle est énoncée de manière
générale et abstraite et se réfère à des textes précis, loi, règlement, clause de contrat,
etc.
- La « mineure » : indique quels sont les faits, en les qualifiant juridiquement, c'est-à-
dire, en les faisant entrer dans des catégories juridiques adéquates. Il s’agit ici de
«traduire » en termes juridiques une situation.
- La « conclusion » aboutit à la solution juridique résultant de l’application de la règle
de droit (majeure) aux faits (mineure). Elle énonce des droits subjectifs (dans la
«conclusion ») qui sont déduits du droit objectif (énoncé dans la « majeure » et la
«mineure »).
Classiquement, on présente le raisonnement juridique comme la mise en œuvre
d'un syllogisme.
Exemple :
 La Mineure : Mme. X a signé un contrat de vente sous la menace de son voisin
(l’acheteur).
 La Majeure : selon le Dahir portant code des obligations et des contrats (DOC) :
a. Article 39 DOC : « Est annulable le consentement donné par erreur, surpris par le dol, ou extorqué
par violence ».
b. Article 47 DOC : « La violence ne donne ouverture à la rescision de l'obligation que :
1° Lorsqu'elle en a été la cause déterminante ;
2° Lorsqu'elle est constituée de faits de nature à produire chez celui qui en est l'objet, soit une
souffrance physique, soit un trouble moral profond, soit la crainte d'exposer sa personne, son
honneur ou ses biens à un préjudice notable, eu égard à l'âge, au sexe, à la condition des personnes
et à leur degré d'impressionnabilité ».
 Conclusion : Mme X a droit à la rescision de l’obligation (le contrat est annulable).
Cette démarche syllogistique est trop simple pour être suffisante. Le juriste fait souvent un
syllogisme inversé. Il part de la solution conforme aux intérêts de tous pour en déduire la
règle à appliquer aux faits en question.
c. La méthode de raisonnement a contrario

15 Mathieu GUIDERE, Méthodologie de la recherche : guide du jeune chercheur en lettres, langues, sciences humaines et sociales.
Nouvelle édition revue et augmentée. Paris : Ellipses, 2004. 127 p.

25
On part d'une solution connue donnée à un problème déterminé pour appliquer la solution
inverse au problème inverse. Ce mode de raisonnement est très utilisé en droit dans la
mesure où il permet de faire l'économie d'une bonne moitié des règles qui devraient être
établies si le principe du raisonnement a contrario n'était pas appliqué.
En effet, le raisonnement a contrario est basé sur la règle selon laquelle lorsque la loi prévoit
une solution à une espèce, et dans le silence de la loi, s’il s’agit d’une espèce opposée, l’on
adoptera la solution contraire à celle adoptée par le texte.
Exemples :
 A partir de l’âge de 18 ans, on a le droit de voter. A contrario, on ne peut voter si l’on est
âgé de moins de 18 ans.
 Selon le DOC, on ne peut déroger par convention particulière aux lois qui intéressent
l’ordre public et les bonnes mœurs. A contrario, on peut déroger aux autres règles.
 En droit allemand, une personne inscrite au registre du commerce (RC) est d’office
commerçant. A contrario, celui qui n'est pas inscrit ne peut pas être commerçant16.
Cependant, le raisonnement a contrario doit être manié avec prudence car la logique juridique
n’est pas toujours une logique formelle.
d. Le raisonnement par analogie ou a pari :
Le raisonnement par analogie ou l’argumentation a pari : consiste à appliquer à une situation
non régie par un texte les dispositions prévues pour une situation analogue.
Exemples :
 On fait application d'une règle pour un certain type de bail et a pari on fait application
de la même règle pour un autre type de bail.
 L’annulation du mariage ressemble au divorce, la prestation compensatoire prévue en
cas de divorce peut s’appliquer en cas d’annulation
Nb : L’argument a pari n’est pas utilisé en matière pénale, en raison du principe
d’interprétation strict des textes en droit pénal.
e. L’argument « a fortiori »
Le raisonnement a fortiori consiste à faire référence à une situation plus caractérisée. C'est
l'expression "d'autant plus" qui s'applique ici. Il permet d’étendre une règle, à une hypothèse
non prévue mais où elle se justifierait a plus forte raison.
Ainsi, si une loi donne une solution à un cas particulier. Dès lors que le cas soumis au juriste
est plus net que le cas particulier, il appliquera la même solution.
Exemples :

16 Il est à préciser qu’en droit marocain, il ne suffit pas d'être inscrit au RC pour avoir la qualité de commerçant ; ce n’est
qu’une présomption. Encore faut-il exercer une activité commerciale.

26
- La violence donne ouverture à la rescision de l'obligation, même si elle n'a pas été
exercée par le contractant au profit duquel la convention a été faite (A. 49 DOC) ; a
fortiori lorsque ladite violence est exercée par ce cocontractant lui-même.
- La tentative d’assassinat étant punie par la loi, un assassinat ne le sera-t-il pas au
moins autant ?

f. La méthode de raisonnement par l'absurde


Du latin reductio ad absurdum, le raisonnement par l'absurde ou apagogie (du grec
ancien apagôgê) est une forme de raisonnement logique qui consiste :
- soit à démontrer la vérité d'une proposition en prouvant l'absurdité de la
proposition « contraire » ;
- soit à montrer la fausseté d'une proposition en déduisant logiquement d'elle des
conséquences absurdes.
En d’autres termes, le raisonnement par l’absurde consiste, quand on ne peut démontrer
directement une proposition, à prendre la proposition contradictoire, et montrer qu'elle
mène à une absurdité, ou une impossibilité.
Une solution est rejetée lorsqu'elle aboutit à des résultats absurdes. Ce raisonnement peut
être illustré comme suit : « La conscience morale n'est qu'une fiction. Supposons en effet
l’existence de cette conscience chez tous les hommes. Chacun de nous aurait alors la même
conception du bien et du mal, puisque cette conscience est supposée commune à tous les
hommes. Or on constate que chacun de nous possède une conception différente de ces
valeurs. Par conséquent, nulle part une telle conscience n'existe, et l'expression «conscience
morale» masque en réalité la relativité des mœurs et des coutumes, par lesquels chaque
culture définit ses propres critères de moralité. »17
Ce type de raisonnement est fort, car il repose sur le principe de non contradiction qui est
à la base de la logique.

C. La Technique d’interprétation
Le principe de séparation des pouvoirs veut que le législateur ait pour mission d’élaborer la
règle de droit et le juge celle de l’appliquer. Cette situation pose cependant le souci
de l’interprétation de la règle de droit. En effet le législateur ne peut pas prévoir toutes les
situations que la loi va régir, ni toutes les difficultés qui vont naître de son application.
L’interprétation peut être l’œuvre du législateur lui-même, du juge ou l’autorité
administrative.
1. L’interprétation par les juges :

17 Me AMOUSSOU C. Bertin, Communication : Les formes de raisonnement, support de formation, Centre International
de Formation des Avocats francophones en Afrique : Cotonou, 2014. URL : http://www.cifaf-
formation.org/download/syllabus%202014/CIFAF%202014%20-%20Les%20formes%20de%20raisonnement.pdf.

27
L’interprétation s’appuie sur plusieurs éléments, sur des méthodes, des arguments, des
raisonnements, maximes adages et proverbes.
a. Les méthodes d’interprétation utilisées
Le juge est le principal interprète de la loi. Lorsqu’un texte est suffisamment clair, son
application stricte s’impose au juge sans besoin d’interprétation : il s’agit de l’application
littérale du texte.
Au contraire, si le texte est flou, le juge retrouve son pouvoir d’interprétation pour en
dégager le sens. L’intention du législateur doit être recherchée, en revenant aux travaux
préparatoires de la loi et à l’aide des procédés logiques de raisonnement.
Il existe deux principales méthodes d’interprétation à savoir :
 La méthode exégétique
La méthode de l’exégèse a prospéré en France au lendemain du Code Civil de 1804 et
pendant une grande partie du XIXe siècle. Elle repose sur la règle du respect absolu des
textes. Elle part du postulat que les dispositions du code sont claires et doivent être
appliquées littéralement. Si elles sont obscures ou ambiguës, il faut rechercher l’intention
du législateur.
Cette méthode se limite à une analyse littérale et grammaticale des textes, ce qui peut
conduire à figer le droit. C’est dans ce sens que certains auteurs modernes ont remis en
cause la méthode exégétique en dénonçant ses excès. Pour eux, le législateur ne peut tout
prévoir, et il serait excessif de lui prêter des intentions dans un domaine qu’il n’avait pas
envisagé. Selon ces auteurs, il faudrait admettre que le droit possède des lacunes, ce qui
devrait amener le juge à faire une recherche « libre et scientifique ». Malgré tout, cette
méthode a retrouvé un intérêt certain pour les lois récentes.

 La méthode sociologique
Contrairement à la méthode exégétique, la méthode sociologique repose sur la libre
recherche scientifique de l’interprète, qui peut aller au-delà des textes car tout ne peut être
prévu initialement par le législateur.
A ce titre, François Gény soutient que lorsque la loi s’avère insuffisante, le juriste doit
rechercher la solution la plus appropriée au-delà des textes, à condition que la démarche
reste scientifique et soit guidée par des données sociales, c’est-à-dire les besoins et les idées
de l’époque. Pour ce faire, l’interprète va faire appel à l’histoire, prendre en considération
l’état des mœurs, etc.
Aujourd’hui la méthode utilisée est une conciliation entre les deux : d’un côté, le juge doit
trouver des solutions qui répondent aux besoins sociaux et aux idées de son temps ; et d’un
autre côté, il doit s’appuyer sur la loi autant qu’il peut, et ne pas se substituer au législateur.
Toute décision doit être motivée en droit c’est-à-dire invoquer des textes ou des principes

28
issu des textes. Raymond Soleilles résume ce compromis par l’expression : « Au-delà du
code mais par le code ».
b. Quelques adages d’interprétation
Les auteurs ont développé certaines maximes qui servent de règles d’interprétation et qui
permettent de choisir entre plusieurs interprétations possibles d’une même règle. En voici
quelques-unes :
 les exceptions doivent être interprétées restrictivement ;
 les lois générales ne dérogent pas aux lois spéciales ;
 les dispositions spéciales dérogent aux lois générales18 ;
 il ne faut pas distinguer là où la loi ne distingue pas.

2. L’interprétation par le législateur : la loi interprétative


Le législateur peut prendre une loi interprétative, lorsqu’il a manifesté son intention de
préciser et d’expliquer le sens d’un texte voté. Dans ce cas, la loi interprétative va rétroagir
à la date de la loi interprétée.
3. L’interprétation par l’autorité administrative
Le secrétariat général du Gouvernement est le conseiller juridique du gouvernement. Il a
parmi ses attributions de donner des avis juridiques aux administrations qui le sollicitent et
d’interpréter la loi quand celles-ci le demandent.
L’autorité administrative peut aussi, par voie de circulaires ou notes, interpréter un texte
existant. Mais ces outils ne s’imposent pas au juge qui demeure souverain dans son pouvoir
d’interprétation.

II. La qualification juridique

Une règle juridique est par définition générale, abstraite et impersonnelle. Or, chaque
événement de la vie sociale se doit d’être saisi par le droit, d’où la nécessité à chaque fois de
découvrir la règle générale qui s'applique au cas particulier pour lequel on cherche une
solution juridique. C’est là tout l’intérêt de la qualification juridique.

A. Définition et intérêt de la qualification juridique

La qualification juridique est l'opération par laquelle le droit appréhende les


comportements, les situations et les faits qu'il est amené à examiner. Elle permet de rendre
compte juridiquement d'une situation ou d'un fait en le rattachant à une catégorie qui sert
de modèle ou de référence abstraite. Cette opération, n'est jamais gratuite car ce
rattachement implique l'application d'un régime juridique. Ainsi le fait de qualifier tel

18 Principe énoncé par le DOC.

29
mouvement collectif de grève emporte l'application du corpus de règles qui forme le droit
de la grève.

Exemple :

- Situation exprimée en langage courant : M. X. a tué son voisin à coups de carabine.


Il a été condamné à 20 ans de prison.
- Situation qualifiée juridiquement : M. X. a commis un meurtre. Il a été condamné à
20 ans de réclusion criminelle.

On peut schématiquement présenter l'opération de qualification comme un syllogisme dans


lequel la prémisse majeure est constituée par la catégorie juridique de référence définie dans
ses différents caractères.

La prémisse mineure réside dans l'énoncé des faits avec leurs principales caractéristiques.

La conclusion est tirée de la constatation de l'identité des critères de définition et des


caractéristiques des faits. Ceux-ci sont qualifiés par référence à la catégorie juridique prise
comme modèle.

La qualification a également acquis un autre sens, restreint, qui ne désigne plus que la
catégorie juridique. On évoque par exemple la qualification "contrat de travail". Le terme
de qualification est donc polysémique et recouvre à la fois les "qualifications-opérations" et
les "qualifications-catégories"19.

Pour se familiariser avec ce type de raisonnement, les étudiants sont invités à pratiquer le
plus souvent possible des opérations de qualifications, ce qui leur permettra d'être mieux
armés pour aborder les cas pratiques qui leur seront soumis dans les différents cours et TD.

B. La qualification juridique : cas pratiques

Le raisonnement juridique est le fondement du travail du juriste. En effet, un juriste qui ne


connaît pas une disposition légale ou réglementaire peut la trouver rapidement. Mais un
juriste qui ne peut pas développer un raisonnement juridique se trouvera très rapidement
limité. La qualification juridique est au cœur du raisonnement juridique (voir supra section
I). Pour mieux s’approprier cet exercice, traitons les cas qui suivent.

1. Exemples :

Exemple n° 1. Cas de responsabilité quasi-délictuelle :

a. Les faits : M. X a entrepris des travaux de réaménagement de son appartement. Au


bout de quelques jours, sa voisine Mme Y est venue se plaindre en prétendant que
les travaux entrepris ont causé des fissures importantes dans l’un des murs de son
appartement, et que la réparation dudit mur coutera 4.000 dirhams selon un devis

19 Serge FROSSARD, Les qualifications juridiques.

30
qu’elle a fait faire par une entreprise spécialisée. De ce fait, Mme Y exige de son
voisin qu’il la dédommage.

La qualification juridique : Il s’agit d’un cas de responsabilité quasi-délictuelle. M. X


est responsable du dommage matériel qu'il a causé par sa faute et il doit le réparer.

Exemple n° 2 : Cas d’escroquerie (pénal) et de répétition de l’indu (civil)

b. Les faits : M. Z a pris connaissance de cette situation, et il s’est dit pourquoi pas moi !
Il s’est présenté alors devant M. X pour lui réclamer aussi un montant de 6.000
dirhams pour réparer une conduite d’eau qui a éclaté du fait des vibrations entrainées
par les travaux entrepris par M. X. Croyant qu’il est effectivement responsable de ce
dommage, ce dernier a payé à M. Z la somme réclamée. Quelques jours plus tard, M.
X. a fait appel à un plombier pour lui réparer une fuite d’eau. Au cours d’une petite
discussion avec ce professionnel, M. X apprend que c’est le même plombier qui a
réparé le problème de canalisation du voisin. Et surprise, le plombier a expliqué à M.
X que ses travaux n’étaient pas la cause de l’éclatement de la conduite d’eau de M. Z
et que ce dernier avait demandé au plombier de venir réparer la fuite d’eau bien avant
que M. X commence les travaux de réaménagement de son appartement.

M. X demande alors à M. Z de lui restituer immédiatement la somme qu’il lui avait


versé.

c. Qualification juridique :

- Les agissements de M. Z (première partie des faits) relèvent de l’escroquerie.

(Article 540 du code pénal : Quiconque, en vue de se procurer ou de procurer à un tiers, un profit
pécuniaire illégitime, induit astucieusement en erreur une personne par des affirmations
fallacieuses, ou par la dissimulation de faits vrais, ou exploite astucieusement l'erreur où se trouvait
une personne et la détermine ainsi à des actes préjudiciables à ses intérêts pécuniaires ou à ceux
d'un tiers, est coupable d'escroquerie et puni de l'emprisonnement d'un à cinq ans et d'une amende
de 500 à 5.000 dirhams).

- La demande de M. X (seconde partie des faits) relève de la répétition de l’indu, pour


enrichissement sans cause

(Art. 66 DOC : Celui qui a reçu ou se trouve posséder une chose ou autre valeur appartenant à
autrui sans une cause qui justifie cet enrichissement est tenu de la restituer à celui aux dépens duquel
il s'est enrichi.)

2. Exercice : A vous de jouer !

Dans le récit suivant, indiquez la qualification juridique des faits relatés (vous pouvez
consulter les lois correspondantes pour vous aider).

Je me suis réveillé ce matin dans l’appartement que nous avons loué récemment (1), mon
ami, étudiant à la faculté des sciences, et moi. J'ai pris rapidement ma douche et mon petit
déjeuner. Je me suis habillé et j’ai enfilé mes chaussures, achetées hier en soldes (2).

31
Comme la faculté est à 15 mn de marche, j’y vais à pieds quand il fait beau. Dans mon
chemin, mon père m’apprend au téléphone que ma sœur vient d’accoucher d’un bébé de
sexe masculin (3). Je suis content pour elle, car c’est son premier bébé après de longues
tentatives de FIV (fécondation in vitro) (4).

Après le cours de la matinée, on est allé avec les copains déjeuner au restaurant de
l’université. Mais, sur place, je me suis rendu compte que j’ai oublié dans ma veste d’hier la
carte et le ticket du jour. Heureusement que notre amie Inass m’a donné le ticket (5) de sa
copine qui va déjeuner avec sa maman venue lui rendre visite.

En retournant à la faculté, on a assisté à un accident terrible : une moto a dérapé sur une
flaque de fuel, il a accroché trois voitures stationnées et a fini dans l'étal d'une fleuriste (6).
Il a été conduit à l'hôpital. J'avais bien vu un camion qui livrait du fuel ce matin, c'est lui qui
a laissé la flaque (7).

J’ai tardé à la bibliothèque où je consultais quelques références pour mon exposé de la


semaine prochaine sur « la responsabilité délictuelle », et en sortant, il était déjà 19h. Il faisait
sombre, les lampadaires étaient pour la plupart en panne. A mi-chemin, dans un endroit
très sombre, un jeune au bord d’une motocyclette m’a piqué mon téléphone(8).
Heureusement, le voleur n’a pas pris mon portefeuille.

Corrigé : La qualification juridique

1. Il s’agit d’un contrat de bail immobilier qui fait partie du louage de choses.
(A. 628 DOC : C’est un contrat par lequel l'une des parties cède à l'autre la jouissance d'une chose
mobilière ou immobilière, pendant un certain temps, moyennant un prix déterminé que l'autre
partie s'oblige à lui payer. Art. 629 : les baux d'immeubles et de droits immobiliers doivent être
constatés par écrit, s'ils sont faits pour plus d'une année. A défaut d'acte écrit, le bail est censé fait
pour un temps indéterminé).

2. …………………………………………………………………………………

3. …………………………………………………………………………………

4. …………………………………………………………………………………

5. …………………………………………………………………………………

6. …………………………………………………………………………………

7. …………………………………………………………………………………

8. …………………………………………………………………………………

32
Chapitre 4. La recherche documentaire

Introduction
La recherche documentaire est un aspect fondamental des études universitaires.
A l’université, on attend de l’étudiant d’être autonome, de tenir une réflexion originale,
rigoureuse, avec un style propre et respectueux des règles élémentaires de langue. Cette
autonomie suppose l’aptitude à rechercher l’information et l’exploiter.
De même, la rigueur et l’honnêteté intellectuelle imposent au juriste, étudiant et praticien,
de signaler les sources des idées et informations qui ne relèvent pas de sa propre réflexion.
La description de ces sources doit se faire en suivant une méthode uniforme et reconnue.
Dans cet esprit, le présent chapitre est structuré autour des deux sections suivantes :
 La première section (I) a pour objet d’expliquer comment procéder pour faire une
recherche documentaire, notamment bien préparer la recherche et identifier ce que
l’on recherche, d’une part et connaitre les principales sources d’information juridique
d’autre part (à ne pas confondre avec les principales sources du droit).
 La seconde section (II) porte sur la description bibliographique desdites sources,
notamment les méthodes de citation, les éléments obligatoires d’une description
bibliographique, exemples à l’appui.
I. Savoir-faire une recherche documentaire
Le droit est dans les livres. Le bon juriste est celui qui sait comment cerner une question et
trouver rapidement la réponse dans les livres. L’époque des juristes qui « savaient tout » est
révolue. L’heure est à la spécialisation car le droit est très vaste et évolue très rapidement.
Tout au long de votre carrière de juriste, vous aurez affaire à des questions dont vous n’avez
idée de la réponse. Il est donc tout aussi important de savoir trouver que de savoir.
A. Intérêt d’une bonne préparation de la recherche : bien identifier ce que l’on
recherche.
Pourquoi a-t-on besoin de faire une recherche documentaire ? Plusieurs raisons peuvent
justifier une recherche documentaire, en l’occurrence :
- réaliser un travail personnel (satisfaire une curiosité intellectuelle),
- un devoir à rendre ou exposé à faire,
- réaliser votre TFE,
- répondre à une consultation juridique pour un client (plus tard dans la vie active),
- instruire un contentieux (faire le point sur l’état du droit),
- etc.

33
Quel que soit l’objectif de votre recherche, deux écueils sont à éviter :
- Il ne convient pas de se contenter du cours. Celui-ci est toujours insuffisant ;
n’ignorez systématiquement tout ce qui n’est y pas ;
- Il faut être efficace : ne perdrez pas votre temps dans des recherches inutiles et
inutilisables. Pour y parvenir, il faut prendre le temps de préparer votre recherche
(savoir ce qu’il faut rechercher).

Pour réussir votre recherche, il faut clarifier le sujet de recherche et délimiter le périmètre
de recherche :

1. Définir les concepts de base de votre sujet de recherche (utilisez le cours de votre
professeur, un lexique, les textes de loi ou un précis, manuel ou encyclopédie);
2. Délimiter le sujet :
- Bien savoir ce que l’on attend de vous exactement
- Ne ratissez pas large : soyez précis et concis repérer les indications chronologiques
ou géographique lorsqu’ils sont indiqués dans le sujet ;
- Relevez des références
- Les documents que vous avez déjà utilisés contiennent des références
bibliographiques (arrêts, notes de jurisprudence, articles de doctrine, etc.) ;
 Choisissez les références les plus fréquemment citées ;
 Notez ces références sur une petite fiche bibliographique que vous emportez
à la bibliothèque.

B. Les principales sources de l’information juridique


Où chercher la documentation juridique ?
- dans les bibliothèques universitaires. Celle de votre faculté doit être un endroit
familier pour vous ;
- dans les centres de documentation spécialisés (certains organismes spécialisés en
ont) ;
- dans les librairies ;
- sur internet (attention à la fiabilité de l’information).

Les principales sources de l’information juridique sont : le Bulletin officiel, les codes, les
traités, les manuels, les précis, les revues spécialisées, les recueils de jurisprudence, etc.
1. Le Bulletin officiel
La première source de l’information légale est le Bulletin officiel. Il s’agit d’une publication
officielle éditée par l'État (l’imprimerie officielle qui relève du Secrétariat Général du
Gouvernement).

34
La parution d'un texte législatif ou BO est l'une des conditions à son entrée en vigueur selon
la Constitution de 2011. Le plus souvent, les textes publiés au BO entrent en vigueur le
lendemain de leur publication. Toutefois, le texte lui-même peut prévoir une date
d'application différée dans le temps. Exemple : la loi elle-même peut prévoir qu'elle n'entrera
en vigueur qu'à compter de la publication d'un décret d'application à paraitre ou après une
certaine durée suivant sa publication (pour laisser à l’administration et/ou aux citoyens le
temps de se préparer à son entrée en vigueur).
Le BO est publié tous les lundi et les jeudi. Toutefois, des numéros spéciaux peuvent être
publiés en dehors de ces parutions régulières. La loi de finances est parfois publiée dans un
numéro spécial lorsqu’elle ne peut pas attendre la parution du numéro régulier.
Il est existe plusieurs éditions du BO :
- L’édition générale : elle contient les textes législatifs et réglementaires ainsi que les
accords internationaux ratifié par le Maroc;
- L’édition des annonces légales : contient comme son nom l’indique les annonces
légales ;
- L’édition des délibérations du Parlement (cette édition est désormais publiée
uniquement sous format électronique par le Parlement) ;
- L’édition des collectivité locales : publié par le Ministère de l’intérieur, le Bulletin
Officiel des Collectivités Locales (BOCL) a été institué par la loi n°47-96 relative à
l’organisation de la région, promulguée par le dahir n°1-97-84 du 2 Avril 1997. Le
décret n°2-05-688 du 22 Rabiaa I 1427(21 Avril 2006) est intervenu par la suite pour
organiser le cadre juridique de ce bulletin. L’objectif du BOCL, édité mensuellement
en version arabe, est d’informer les citoyens des décisions émanant aussi bien des
collectivités locales et de leurs recoupements que des autorités de tutelle. Il s’agit en
l’occurrence de la publication d’actes qui ont trait à la vie quotidienne des personnes
résidents sur le territoire de la commune, notamment les actes portant sur les
domaines suivants : protection de la santé publique, la protection de
l’environnement, l’urbanisme et construction, l’organisation des professions,
l’occupation du domaine public communal, la cession de biens communaux, la
création et mode de gestion des services publics, l’organisation de la circulation et du
roulage et les avis relatifs aux marchés publics des collectivités locales.
Tous les numéros du BO (édition générale) peuvent être consultés sous forme électronique
via le site www.sgg.gov.ma. Il est possible aussi de s'abonner au format papier du BO auprès
de l’imprimerie officielle (SGG) ou de l’acheter directement auprès des services de celle-ci.
2. Les codes :
- il s’agit d’un document où sont assemblés les textes législatifs et réglementaires
traitant d’un domaine en particulier (ex. code civil, code pénal, code de commerce,
le CGI, ...) ;
- la codification est une pratique assez développée en France (codification à droit
constant).

35
- Au Maroc, le code désigne un recueil de textes législatifs ou réglementaires
régissant une question donnée.
- ils sont destinés à tous les juristes sans exception (voire même à tout citoyen) ;
- il existe des éditions officielles de codes et des éditions privées ;
- ils peuvent être annotés, assortis d’indications propres à en faciliter l’usage : des
renvois sous les articles à des lois connexes, à la jurisprudence, à des encyclopédies,
de véritables commentaires structurés, etc.
- A la fin du code, on trouve souvent une table analytique (établie d’après le plan du
code), une table alphabétique et une table chronologique.

3. Les traités, manuels, précis et mémentos :

Il s’agit d’ouvrages élaborés généralement par des professeurs de droit et qui exposent
de manière didactique diverses matières du droit.
Ils sont destinés essentiellement aux étudiants et à l’enseignement du droit, mais les
juristes professionnels les utilisent aussi, à l’occasion, pour rafraichir leurs connaissances
et comparer les opinions des auteurs.
a. Les traités :

Il s’agit d’ouvrages très amplement développés, traitant une question de manière très
approfondie et complète. Ils traduisent généralement un point de vue original et personnel
de leurs auteurs, souvent de grands juristes, qui prennent position sur les questions,
élaborent des théories, approuvent ou critiquent le droit positif.
Certains traités sont écrits par un ou deux auteurs ; mais, souvent, c’est l’œuvre d’une
équipe de juristes sous la direction d’un auteur. Il arrive qu’un traité soit refondu par un
autre auteur en gardant l’esprit général de l’œuvre.
Véritables chefs d’œuvre de droit, leur inconvénient est la difficulté de les tenir à jour.
Ils se composent parfois de plusieurs volumes, voire d’un grand nombre de volumes
lorsqu’ils traitent d’une branche entière de droit. A titre d’exemple, le Cours de Code
Napoléon, écrit par Charles Demolombe, entre 1845 et 1876, comprend 31 volumes20.
Acquérir un traité est un investissement couteux. S’il est nécessaire de le faire, il est
recommandé d’en choisir un qui soit à jour.
Exemples de traités :
 Les grands classiques :
- AUBRY & RAU, Cours de droit civil, 12 volumes dans la 5ème édition de
1923 annotée par Bartin, (première édition avant 1850).
- JESE, Principes généraux de droit administratif, (6 vol. dans la première
édition 1925-1936, réedition disponible dans la coll. « Bibliothèque Dalloz ».

20 Isabel DEFRENOIS-SOULEAU. Je veux réussir mon droit, op. cit. p. 75 et s.

36
- DUGUIT ; Traité de droit constitutionnel, 5 volumes, 1921.
- PLANIOL et RIPERT, Traité pratique de droit civil français, 14 volumes
dans la première édition de 1925.
 Quelques traités à jour :
- Traité de droit civil, sous la direction de J. Ghestin, 14 vol. parus dans la
seconde éd., LGDJ.
- La coll. Droit civil, dirigée par Ph. Malaurie et L. Aynès, 9 tomes dans la
première éd. Renouvelée en 2005, Defrénois.

b. Les manuels :

Ce sont des ouvrages plus maniables comparativement aux grands traités, plus
accessibles mais moins développés et moins exhaustifs. Ils sont d’apparition plus récente.

Exemples :
- Carbonnier, Droit civil, 22 éd., PUF, 2008 ;
- Flour, Aubert, Savaux, Droit civil, les obligations, Sirey Université ;
- Delvolvé, Droit administratif, Dalloz (Coll. Connaissance du droit), 2010.

c. Les précis :

Ce sont des livres clairs et concis présentant la matière de manière objective, descriptive
et ramassée.
L’éditeur crée une collection de précis et impose aux auteurs un format et une
présentation commode et pédagogique. Ils sont régulièrement mis à jour.

Exemples :
- Les précis Dalloz (ils en existe dans toutes les matières);
- Les « précis » Domat (éd. Montchrestien).

Il est recommandé d’avoir un manuel ou précis dans chacune des principales disciplines
juridiques (droit civil, pénal, administratif, processuel, ...)
d. Les grands arrêts :

Les Grands Arrêts de la Jurisprudence Administrative est le plus célèbre à ce titre (le
fameux GAJA de Dalloz).
Il en existe dans d’autres disciplines.
e. Les mémentos :

37
Outils de révision par excellence. Ils constituent le plan extrêmement détaillé d’une
matière donnée. Leur rôle est d’aider à revoir une matière qu’on a déjà comprise.
f. Les annales :

Ce sont des assemblages de sujets d’examen corrigés avec des conseils pédagogiques.
Exemples :
- BATTEUR, Annick. Annales Droit civil des obligations 2017 : Méthodologie et sujets
corrigés. 16ème éd. Paris : Dalloz, 2016.
- DUPRE DE BOULOIS, Xavier. Annales Droit administratif 2014 : Méthodologie et
sujets corrigés. Paris : Dalloz, 2014.

4. Les encyclopédies juridiques et les recueils :

Dans l’édition juridique, ces deux termes désignent pratiquement la même chose.
Il s’agit de volumineux ouvrages collectifs qui recouvrent l’essentiel du droit positif.
Certains sont spécialisés.
Tenus constamment à jour, ils sont destinés d’abord aux praticiens car ils se veulent des
outils pratiques.
Le style y est précis, simple et objectif.
Leur présentation matérielle est imposante (souvent présentés en plusieurs volumes).
La plupart des encyclopédies sont disponibles sur CD et via Internet avec des liens vers
la doctrine et la jurisprudence.
Elles sont mises à jours régulièrement.
Elles comprennent des indexes matière, alphabétique, etc.
Les articles sont précédés de plans très détaillés et suivis d’une bibliographie très riche.
Exemples :
- Le JurisClasseur civil comprend 30 volumes par exemple.
- L’encyclopédie juridique Dalloz comprend le Répertoire de droit civil (11 vol.),
celui de droit pénal et de procédure pénale (8 vol.), celui du contentieux
administratif (4), etc.
- Les Juris-Classeurs des éditions Lexis Nexis constitue un ensemble de 70
collections qui totalisent plus de 400 volumes. Certaines coll. sont très spécialisées
(Juris-Classeurs « divorce », « copropriété », etc.), d’autres plus générales (Juris-
Classeur code Civil, Juris-Classeur Administratif, etc.)

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5. Les monographies, les thèses et les mélanges :

Une monographie est un ouvrage traitant d’une question ou sujet très précis.
Une thèse est une œuvre de recherche approfondie ou de synthèse, écrites en vue
d’obtenir un doctorat.
Les mélanges contiennent divers articles écrits par divers auteurs sur des sujets
différents. Le point commun entre ces sujets est l’intention des auteurs qui les produise en
hommage à l’un de leurs maîtres.
Exemples :
- Mélanges en hommage au professeur Mohamed Jalal Essaid, éd. La Faculté de droit
Mohamed V-Agdal, mélanges) .

6. Les revues juridiques :

Le droit a sa presse spécialisée. Elle a pour but d’informer sur l’actualité et constitue un
vivier très riche de documentation.
Les publications sont extrêmement nombreuses et variées.
On distingue des périodiques officiels (Bulletin officiel, bulletin officiel des collectivités
locales, revues de la cour de cassation, revue du Conseil constitutionnel, etc.) et d’autres
d’origine privée (REMALD, Revue juridique, politique et économique du Maroc, Droit &
Stratégie des affaires au Maroc, etc.).
En France, deux hebdomadaires de droit général, de renom, à signaler le Recueil Dalloz
et la Semaine juridique ou Juris-Classeur Périodique (Lexis Nexis).
7. La documentation électronique :
- Les sites officiels : www.sgg.gov.ma ; www.bocl.gov.ma ;
http://adala.justice.gov.ma/AR/home.aspx; etc.
- Les sites professionnels : www.artemis.ma; www.lexismaroc.ma ; www.dalloz.fr;
www.dalloz-etudiant.fr; www.lexisnexis.fr; www.lamylinereflex.fr;

8. Les dictionnaires, lexiques et vocabulaires juridiques;

Ils donnent la définition des termes et expressions de la langue juridique.

9. La grande presse (se tenir au courant de l’actualité économique et


politique).

II. Description bibliographique

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Définition

Une bibliographie est une liste de documents structurée citant l'intégralité des sources
auxquelles vous vous référez dans votre travail de rédaction.
Chaque type de document possède un modèle de citation propre à ses caractéristiques.
La norme ISO 690 est une norme bibliographique internationale qui impose un ordre
dans la mention des différentes informations qui constituent la référence d'un document.
Cependant, les pratiques restent multiples et plusieurs modèles de présentation des
références bibliographiques coexistent.
Il convient alors de présenter sa bibliographie de manière cohérente et de n'employer
qu'un seul modèle.
Pour structurer les références, on peut les classer par ordre alphabétique de noms
d'auteurs, avec sous-classement chronologique.
A. Méthodes de citation
1. Système Harvard nom et date

Dans le texte rédigé, on mentionne le nom de l'auteur et la date de publication, entre


parenthèses.
On peut ajouter après la mention de la date la référence à une page ou à une série de
pages.
Des lettres minuscules a, b, c, etc. permettent de distinguer les œuvres citées du même
auteur et publiées la même année.
Exemple :
« Il existe une liaison d'interdépendance entre la maturité théorique d'une science et
l'ensemble des procédés qu'elle utilise pour arriver à la connaissance (Tremblay 1968b, p.
138) ».

Les références bibliographiques sont alors présentées par ordre alphabétique du nom de
famille de l'auteur, suivi immédiatement de l'année de publication, suivie elle-même de la
lettre minuscule le cas échéant.
2. Système numérique
Dans le texte rédigé, on inséré des numéros (entre parenthèses, crochets, ou en exposant)
qui renvoient aux ressources selon l'ordre d'apparition dans le texte.
Une ressource identique reçoit donc plusieurs numéros différents lorsqu’elle est citée
plusieurs fois, chaque numéro renvoyant à une note distincte.
Exemple :

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- Le postulat du fonctionnalisme est le suivant : « À tout élément de toute culture
correspond une fonction et à toute fonction correspond un élément »12.

Les références bibliographiques apparaitront dans l'ordre numérique.


Quand on fait référence plusieurs fois au même ouvrage, il n'est pas nécessaire de donner
le titre complet à chaque renvoi. On l'écrit en entier la première fois, et par la suite on
remplace les derniers éléments du titre par des points de suspension (à moins qu'il ne soit
assez court). Exemple :
(1) JALAL ESSAID, M. Introduction à l'étude…, pp. 246-254.
Quand, sur la même page, on effectue un renvoi au même auteur et au même titre que la
note précédente, on fait usage du mot Idem, à condition qu'il s'agisse de notes consécutives.
Si on change de page, on répète le titre (abrégé éventuellement) de la page précédente,
même s'il s'agit de la page qui est vis-à-vis (la page de gauche).
- Utiliser Idem (sans autre ajout), quand il s'agit du même auteur, du même titre et de la
même pagination.
- Utiliser Idem plus le numéro de page, quand il s'agit du même auteur, du même titre, mais
d'une pagination différente. Exemple :
(1) VEDEL, G. Manuel de droit constitutionnel, pp. 43-56.
(2) Idem.
(3) Idem, pp. 86-93. 3)
Éviter le mot Idem, et répéter plutôt le nom de l'auteur, s'il s'agit de la même personne,
mais d'un titre différent. Exemple :
(1) IDRISSI MACHICHI ALAMI, M. Droit commercial fondamental, pp. 38-56.
(2) Idem, pp. 49-53.
(3) IDRISSI MACHICHI ALAMI, M. Droit de la concurrence, pp. 92-104.
- Utilisation de « Op. cit. » : Cette locution, abréviation d'opus citatum (ou d'opere citato),
signifie «œuvre citée». Elle est utilisée pour citer une deuxième fois une référence déjà
citée. Exemple :
(1) AZZIMAN O. Droit des obligations et contrats, op.cit., p. 36.

B. Eléments obligatoires d’une description bibliographique


Les éléments obligatoires d’une citation bibliographique sont :
- le ou les auteur(s),
- le titre et ses éventuels compléments,
- la zone d’édition / zone pour les publications en série
Ces éléments sont relevés sur la page de titre et non sur la couverture. Les éléments non
précises sur le document et rajoutés par vos soins sont indiqués entre crochets.
1. Les auteurs

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S'il y a plus de trois auteurs, ne citer que le premier (ou les trois premiers) et les faire
suivre de et al (pour “et alii “).
Le prénom peut être cité en toutes lettres ou en n'utilisant que les initiales (Mohamed-
Amine ou M.-A.).
Dans le cas d’ouvrages collectifs, on indique le ou les éditeurs scientifiques suivis de la
mention : éd.
Les autres mentions d’auteurs (dits auteurs secondaires tels le traducteur, l’illustrateur,
etc.) sont transcrites telles qu’elles sont indiquées sur le document. Par exemple, dans le
cas d'une traduction en arabe, il faut écrire : Trad. ar. par Taoufik Allam.
2. La zone titre [support]
Le titre du document est écrit en italiques.
Dans le cas d'une contribution dans un document hôte (un chapitre dans un ouvrage
collectif par ex.), le titre de la contribution (partie d'un document, chapitre, article) est
écrit normalement (ou peut être mis entre guillemets), lorsque le titre du document hôte
est en italique.
3. Mention d’édition
La mention d‘édition n'est mentionnée qu'a partir de la seconde édition.
Il faut préciser également qu'il s'agit d'une nouvelle édition lorsque cela est mentionné sur
la page de couverture ou de titre (Nouvelle éd.).
4. Edition/Lieu : éditeur, année d’édition.
S'il y a plusieurs villes d’édition, ne mentionner que la ville marocaine. Indiquer [s.l.] si la
ville n'est pas mentionnée.
Pour l’année d’édition (date de publication), il faut prendre la date de l'achevé d'imprimé si
la date est absente avant la page de titre.
Dans le système Harvard Auteur (année), ne pas répéter la date si elle n'est pas plus
complète que l'année déjà citée après le nom de l'auteur.
C. Illustration
Comment rédige-t-on les références bibliographiques des types de documents suivants :
- Un ouvrage (imprimé ou électronique) ?
- Un livre en plusieurs volumes ?
- Numéro d'une publication en série ?
- Mémoire ou thèse non éditée – version imprimée ou en ligne
- Congrès, colloques, conférences.

1. Cas d’un ouvrage imprimé

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- NOMS, Prénoms ou Initiales des auteurs. Titre de l'ouvrage et complément de titre (en
italiques). Mention d’édition. Créateurs secondaires. Lieu d’édition : Editeur, année
de publication. Titre de la collection, n° de la collection. ISBN.
- Exemple : NAJJAR, Yassir. Droit des obligations et contrats : théorie des obligations. 3ème
édition. Préf. Amal Soussi. Rabat : Top édition, 2015. Manuels universitaires, n° 12.
ISBN : 9-10-049815-0.

2. Cas d'un ouvrage électronique


- NOMS, Prénoms ou Initiales des auteurs. Titre de l'ouvrage et complément de titre en
italiques [en ligne]. Mention d’édition. Créateurs secondaires. Lieu d’édition :
Editeur, année de publication. [Consulté le jj/mm/aaaa]. Titre de la collection, n°
de la collection. ISBN ou DOI. Disponible à l'adresse : URL ou
http://dx.doi.org/DOI
- Exemple : SCHEPENS, Paula. Guide sur la gestion collective des droits d'auteur : La société
de gestion au service de l'auteur et de l'usager [en ligne]. Paris : UNESCO, 2000 [consulté le
22 mai 2007]. Disponible sur le Web :
<http://unesdoc.unesco.org/images/0012/001206/120677f.pdf>.

3. Cas d'un livre en plusieurs volumes


- NOMS, Prénoms ou Initiales des auteurs. Titre de l'ouvrage : titre du volume (complément
de titre) en italiques (ou) Numéro du volume. Mention d’édition. Créateurs
secondaires. Lieu d’édition : Editeur, année de publication. Titre de la collection, n°
de la collection. ISBN.
- Ex. 1: CARBONNIER J. Droit civil. Volume 1, Introduction, Les personnes, La
famille, l'enfant, le couple. Paris : PUF, 2004. Collection Rentrée universitaire, n°
21.
- Ex. 2: ASSOCIATION FRANÇAISE DE NORMALISATION. Normes de
catalogage : normes fondamentales. Tome 1 : Formation des bibliothécaires et documentalistes.
Nouvelle éd. Saint-Denis La Plaine : AFNOR, 2011. ISBN : 978-2-12-484461-6.

4. Cas d’un numéro d'une publication en série


- Titre de la publication en série en italiques. Titres secondaires pour l'identification au
besoin. Mention d’édition. Lieu d’édition : Editeur, année de publication,
numérotation dans la serie. ISSN.
- Ex. Sciences humaines. Auxerre : Sciences humaines, 2011, n°232. ISSN : 0996-6994.

5. Cas d’un mémoire ou une thèse non éditée – version imprimée ou en ligne
- NOM, Prénom de l'auteur. Titre et complément de titre du mémoire ou de la thèse en
italiques. Type de publication ( mémoire, thèse, etc.) : discipline. Lieu de
soutenance : Université / établissement de soutenance, année de soutenance,
nombre de volumes.
- SERRAJ, Yahia. Sécurité juridique et droit des contrats : évaluation de la jurisprudence de la
première chambre de 2000 à 2010. Thèse de doctorat : droit privé. Rabat: 2014, 2 vol.

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6. Cas des congrès, colloques et conferences:
- NOM, Prénom ou Initiales de l'auteur du congrès / de la conférence. Titre du congrès
/ de la conférence : nom du congrès / de la conférence, date du congrès / de la
conférence, Lieu du congrès / de la conférence, organisateur du congrès / de la
conférence. Lieu d’édition : Editeur, date de publication. Titre de la collection, n°
de la collection. ISBN.
- COMITE EUROPEEN DE DROIT RURAL. Le défi de la diversification des entreprises
agricoles : XXVe congrès et colloque européen de droit rural, Cambridge, 23-26
septembre 2009. Sous la dir. de Richli Paul. Paris : L'Harmattan, 2011. Droit et
espace rural. 978-2-296-56192-2.

III. Exercices :

1. Quelles sont les principales sources de l’information juridique ? Expliquez et donnez


des exemples.
2. Etablissez la référence bibliographique du document dont les données sont indiquées
ci-après, selon la norme ISO 690 :
 Tome : tome 1 : Contrat et engagement unilatéral.
 Année d’édition : 2010.
 Titre : Droit civil.
 Sous-titre : Les obligations.
 Collection : Thémis Droit privé.
 Editeur : PUF.
 Auteur : Muriel Fabre-Magnan.
 Nombre de pages : 784 pages
 Prix : 440 MAD
 ISBN : 978-2-13-059484-0
 Date de parution : 11/07/2012
 Lieu d’édition : Paris.
3. Expliquez la méthode de citation bibliographique selon le système Harvard nom et
date.
4. En matière de documentation juridique, quelle différence faites-vous entre un code,
des annales, une monographie et des mélanges ?

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