Vous êtes sur la page 1sur 7

LA BOMBE POUR L'ISLAM v rencon

~rmet de

Le jeu étrange
,-crètes de
~ute la b
byenne.
~r », Br.
~rme de
.onne d ' ai

de la Belgique
1stan est ,
uer labo
Com me
~ais Zia-·
•une » : <<
10 scienti
~rire que
:onsLruire
1aite. Um
La Belgique collabore-t-elle indirectement à la fabrication de .ous faile:
-<!r à de:
la bombe atomique pakistano-libyenne, en raison de aires. >>
Pa kista:
l'inconscience du Centre nucléaire de Mol ? Des savants :rois repè
; articule
l'affirment. Ont-ils tout à fait tort ? Je Mol >>,
-ci. U ne a
EXCLUSIF
akistan, 23 mars 1986. E n dé-

P barquant à Islamabad, Séve-


rin Amelinckx, directeur gé-
né ral du Centre d ' étude de
l'énergie nucléaire (Cen), à Mol, pou-
va it-il ignorer dans quel guêpier il al-
lait se fourrer ?
Etats-Unis, 5 novembre 1986. Con-
nu dans le monde entier pour son en-
quête s ur l' affaire du Watergate, le
journaliste du << Washington Post >>
Bob Woodward cite un rapport de la
C.i.a. montra nt << les progrès drama-
tiques » réalisés par le Pakistan dans
la p roduction de l'arme nucléaire.
Belgique, 17 avril 1987. A quelques
pas du Centre de Mol planté entre les
pins de la lande campinoise, Martin
Brabers, professeur de métallurgie à
la Kul , dément formellement les dé-
clarations incendiaires que lui prête
l'hebdomadaire britannique <<The
Observer >>. Brabers, cependant, n ' est
pas un inconnu au Pakistan. A la fin
des années 60, il a formé, en Belgique,
le Dr Abdul Quadeer K han . Cet ingé-
nieur métallurgiste , né e n 1936, tra-
vaille de 1972 à 197 5 dans une société
néerlandaise associée au consortium
Urenco , qui construit à l' époque l'u-
sine d ' enrichissement d ' uranium par
ultracentrifugation d ' Almelo, aux
Pays-Bas. Kha n s'y procure des don-
nées ultra-confidentielles sur le pro-
cédé d'enrichissement, données qu ' il
emmène au Pakistan où , selon toute
vraisemblance, il dirige aujourd ' hui le
programme nucléaire militaire.
Brabers, qui a travai llé au Centre En haut : le complexe de Kahuta ; en
nucléaire de Mol , est invité au Pakis- bas : les ministres Tindemans et
tan par l'université d ' Islamabad en Maystadt, tous deux confrontés à un
novembre 1986. Selo n l'<< Observer>>, dossier très<< délicat ,,,
10
COUVERTURE
v rencontre son ancien élève, qui lui jà « scandaleuse >> et qui pose le pro- dre, New Delhi attaque et triomphe.
· de visiter les installations très blème crucial de la valorisation de la En décembre 1971 , Zulfikar Alî Bhut-
tes de Kahuta, où se prépare sans technologie nucléaire dans des pays to prend le pouvoir à Rawalpindi.
la bombe atomique pakistano- dits « sensibles >>. Aujourd ' hui , en Pour lui, une seule idée : la revanche
nne. Toujours selon l'<< Obser- Belgique, des savants protestent, sur New Delhi ; un seul outil possible :
», Brabers aurait affirmé, au l'ambassade des Etats-Unis s'in- la bombe atomique.
de cette visite (sur laquelle il quiète, Philippe Maystadt. le ministre 1956-1971 , les dés sont jetés. Regar-
d 'ailleurs des détails) que le Pa- des Affaires économiques, s'interroge dons-les rouler. En janvier 1972,
est désormais capable de fabri- et les Affaires étrangères se retran- Bhutto réunit à Multan l'élite des
la bombe en un mois. chent derrière le respect des engage- scientifiques pakistanais et leur lance
du président pakista- ments internationaux. un défi : << Etes-vous capables, en
Zia-Ul-Haq au << Herald Tri- Mais avant de plonger dans les do- quelques années, de donner l'arme
e » : << Pour cela , inutile de citer cumen ts << confidentiels >> du Cen, il atom ique au Pakistan ? » La réponse
scientifique belge. Vous pouvez faut interroger l'histoire. En mars est positive. L'argent ? Bhutto le
·re que le Pakistan est en mesure de 1946, le Comité << Acheson-Lilien- trouve chez Kadhafi , enthousiasmé
ruire la bombe quand il le sou- thal ,, met violemment le monde en par l'idée d ' une<< bombe islamique ».
te. Une fois acq uise la technologie, garde : << Les développements de l'é- A la fin des années 60, le Canada
faites ce que vous voulez : l'utili- nergie nucléaire à des fins pacifiques fournit l'outil ùt: base : un réacteur
à des fins pacifiques ou mili- ou à des fins militaires sont fortement atomique à eau lourde et à uranium
·res. » interdépendants ou interchangeables. naturel, installé dans la banlieue de
, Pakistan, Etats-Unis. Belgique : La seule assurance que nous puissions Karachi (Kanupp). Commence alors
rois repères sur l'axe autour duquel avoir que des nations ou des groupes une longue course à l'équipement.
·articule << l'affaire des Pakistanais ne développent pas l'arme réside dans que Henri Eyraud et Michel Pochoy
Mol "• que Le Vif/L'Express révèle la parole donnée ou la bonne foi du ont minutieusement décrite dans Le
. Une affaire que certains jugent dé- concerné. » Vif/L'Express du 26 septembre 1986.
Quelques mois après Hiroshima. la Il y a deux voies principales d'accès
grande peur de la prolifération nu- à la bombe : le plutonium << retrai té »
cléaire gagne l'ensemble de la planète. à la sortie d 'un réacteur et l'uranium
Très vite, rU.R.S.S., la Grande-Bre- << enrichi » à 93 % en isotope U-235.
tagne. la France. puis la Chine rom- Le Pakistan se lance dans les deux fi-
pent le monopole américain de la lières. Les réacteurs de Kanupp trans-
bombe. bouleversant du même coup forment r uranium naturel en pluto-
le rapport des forces géopolitiques. nium . Encore faut-il extraire ce pluto-
Depuis, les candidats à rarme nu- nium du combustible usagé. La
cléaire se sont pressés au portique. Et France fournit. ùt:s 1973. une petite
beaucoup considèrent aujourd'hui usine-pilote pour le ret raitement.
que le projet de << bombe islamique », Bhutto confie l'essentiel du travail
fruit de la rivalité entre l'Inde et le aux Français. mais fait également ap-
Pakistan . constitue un des risques ma- pel aux Belges de la Belgonucléaire.
jeurs de notre temps. Installé à Bruxelles. puis transféré à
<< Au centre de ce monde musulman Paris. le bureau d'achat pakistanais
qui s'étire du Maroc aux confins de du célèbre M. Butt acquiert le maté-
l'Indonésie. et des steppes de r Asie riel indispensable. Grâce à rastucieux
centrale à la forêt équatoriale afri- Abdul Quadeer Khan. Bhutto met en
caine. souligne Astrid Valois-Vérone chantier le projet Kahuta. une usine
dans la revue << Politique internatio- de production d'uranium 235. Per-
nale », existent un certain nombre de sonne ne veut officiellement livrer les
pays qui. au-delà du rêve. s'emploient équipements nécessaires ? Qu'im-
activement à disposer d'armes atomi- porte ! << Avec les plans dérobés aux
ques. Lorsqu'on connaît le nom de Hollandais. explique Valois-Vérone.
quelques-uns de leurs chefs charisma- les ingénieurs pakistanais élaborent
tiques- le colonel Kadhafi. J'ayatol- des spécifil:ations pour des matériels
lah Khomeiny. le général Zia-Ul-Haq. analogues. en usage dans des indus-
on ne peut douter du fait que. si elle tries chimiques ou électriques classi-
naît un jour. la bombe islamique sera qu~. donc vendus sans restriction. >>
utilisée. »
En 1956. la France et Israël. paral- Une mission
lèlement. s'engagent dans la voie de la
prolifération des armes nucléaires. En peu ordinaire
1971. vingt-qua tre années après la Le responsable du programme ato-
partition quasi théologique du conti- mique pakistanais. Munir Khan . est
nent indien. le sous-empire islamique aujourd'hui un homme heureux : la
du Pakistan explose. A l'est. les 80 bombe est désormais << à portée de la
millions de paysans du Bengale se ré- main ». Le Pakistan. d'ailleurs. dis-
voltent contre la tutelle du Pakistan pose d'une aide américaine de 4 mil-
occidental. dirigé par les autorités liards de dollars. dont 1. 7 milliard de
d'Islamabad. L'armée pakistanaise de crédits militaires. répartie sur six ans.
l'Ouest s'enlise dans une sauvage ré- Depuis l'invasion de l'Afghanistan, les
pression à l'Est. Profitant du désor-
LE VIF/L 'EXPRESS- DU 24 AU 30 AVRIL 1987 11
Américains sont disposés à << fermer
les yeux>>. I slamabad n' est-il pas leur
seul partenaire dans la région ? Les
armes américaines livrées à la résis-
tance afghane ne transitent-elles pas
par le Pakistan ? Le général Zia, qui
poursuit le programme nucléaire de
Bhutto, sait q u'il peut tenir la dragée
h aute à Washington ...
Conclusion de Valois-Vérone :
<< Hypocrisie ou inconscience ? Appât
du gain ou légèreté? Peu de pays in- .·
dustrialisés échapperont au reproche
d ' avoir été plus ou moins directement
les complices de cette bombe isla-
mique. >>
A Gembloux, le 17 novembre 1986.
devant un parterre d' invités médusés ,
le Dr René Constant, directeur général
de l' Institut des radioéléments (Ire),
dénonce: << La Belgique n ' est pas ab-
sente de ce " crazy game " ! >>
Quelques mois plus tôt , comme on
l'a indiqué, le patron du Centre nu-
cléaire de Mol, Séverin Amelinckx, ac-
compagné par le directeur-adjoint.
Paul Dejonghe, débarque au Pakistan.
Objet du voyage : discussions sur les
possibilités de collabora tion entre le
Cen et la Pakistan atomic energy com-
mission (Paec). Après avoir tracé le
cad re général du pays visité (urgent he-
soin d' électricité, assistance des Etats-
Unis, de la France, de l'Allemagne, re-
fus de signer le Traité de non-proliféra- Le club dH umH nucl6•1res
tion ... ), le rapport de mission (docu- 11130/uln 1112

ment PDj/hg-ZV.86.104 du 2 avril - :!=~~:n;~:c~~O d811MIOU~


1986) précise que la Paec s'exprime - ::~~~=,ti~~· de dltenir det
clairement en faveur d ' une collabora- D ::::~:::r,::~~~'t:.·;~~i..
tion avec la Belgique : << Un grand D ~~..
nombre de personnes importantes de ~ rraJ udtiution d'lntllllltiont
~ nucM1Irn non toUmiH t
la Paec ont été formées en Belgique ~ l'lntpectlon lntemttionaht

(U.l.b., U.c.l. , Belgonucléaire, Cen . l . ,lmportlnl risque de production


8 d'arm" nucl••lrot dentl"
Belgatom). Cet esprit a été confirmé t '""'" 1880
foutwot~. Dultf'l, Cofllroillnt,.. ~tl: ('.oltçr#f ••
par l' ambassadeur de Belgique à Isla- Eur~·VM. NlldNr Pr~ifHiflott l«1l»H. !NO·
$1/'ff/ Y..r~Joo' ,,.,,

mabad. Il a donc été proposé de réacti-


ver l'accord conclu en 1973 entre la
Paec et le Commissaire belge à l'é- gies sï:
pressions générales )) du rapport de de l'affaire. Selon elles. cette décision
nergie atomique. >>
mission , Dejonghe note pourtant que devait au moins relever du ministre de .,J. ùissoci;
« les perspectives d'une collaboration tutelle , voire même du gouvernement Ces·
Emotion, réserves, avec la Belgique pourraient être très tout entier. plus ju
protestations bonnes >>, mais que, vu la situation « Plusieurs membres du bureau ont tians, 1
« spéciale >> du pays, « les restrictions émis de sérieuses réserves sur la colla- trées ~
L'accueil à Islamabad est d'ailleurs
d ' une telle collaboration doivent être boration scientifique en matière nu- Dejon!
si << extraordina irement cordial et effi- dans !1
cient>> qu'un accord est signé entre les évaluées profondément. >> cléaire avec le Pakistan, même dans des
Certaines personnalités d u conseil domaines non sensibles, constate Mgr tano-li
parties : le Centre de Mol recevra des d 'lshf~
stagiai res pakistanais au rythme de d'ad ministration de Mol se sont émues Luc Gillon , administrateur du Cen.
des liens qui s'établissaient ainsi avec Nous considérons, au bureau, que la group<
<< 36 hommes/mois >> par an. soit un recteu
maximum de 3 personnes à la fois par un pays « sens ible>>, isolé (en théorie responsabilité politique de l'opération
seulement) sur le plan international. incombe au ministère des Relations ex- tion '
an ou 6 hommes pendant 6 mois ... Les ta ires.
deux premiers pakistanais sont atten- Comme Philippe Maystadt , le ministre térieures, qui a donné son accord. Bien
de tutelle. ces personnalités se deman- sûr, les stagia ires n 'auro nt aucun accès portal
d us à Mol en septembre prochain. men ta
L'un d'eux travaillera à <<des essais dent, par exemple, s' il est normal à la technologie du plutonium. >>
qu 'une collaboration présenta nt d e tels Pour le Dr Constant. lui a ussi admi- «Je 1
mécaniques sur matériaux de gainage La
pour combustible ». l' autre à « des risques soit décidée en bureau restreint nistrateur du Cen, « il s'agit certes. sur
le papier. de programmes civils , mais « mai
a na lyses chimiques dans le do m aine de du conseil d ' administration, laissant
l'ensemble du conseil dans l' ig no rance nous savons à quel point les technolo- taine
l'environnement » . Au chapitre « im-
12
EN C OUVE RTUR E

Le monopole nucléaire initialement d étenu pa r les USA lut Ces << bonnes relations d'affaires >>
brisé par l' URSS. Le duopole fut brisé pa r la Grande·
n' ont d ' ailleurs pas attendu décembre
·-. Bretagne et l'oligopole s'étendit à la Fra nce, à la Chine, puis
à l'Inde et vraisemblable ment à Israël età l'Afrique du Sud.
.... ,
ftOmbreux pays s'apprête nt à entrer dans le club.
1986 pour se manifester. Un mois
après la mission Ameli nckx/Dejonghe,
le directeur de la Belgonucléaire (so-
ciété dans laquelle le Cen est présent
pour 50 %) recevait une missive du
Pakistan institute of nuclear science
and technology (Pinstech). << Encou-
ragé par la récente visite du directeur
général de Mol >> , le directeur de cet
institut, le Dr H .M .A. Karim, de-
mande à la Belgonucléaire de faire of-
fre dans le domaine de la production
JAPON
de radio-isotopes. ·
Connaissant la situation très parti-
culière du Pakistan. sa propension à
développer des activités d'espionnage
industriel, ses besoins en matériels et
en savoir-faire pour perfectionner son
programme militaire et le caractère
<< pur et dur >> du régime islamique,
n ·est-il pas dangereux de se mettre ain-
) PHILIPPINES si en position de devoir << plaire >> pour
emporter certains contrats commer-
L'~nM• I.th#chlwun~l
ciaux? Jusqu'où la Belgique est-elle
~-ti*JICJOM'~II,.
~cnn.w Er.r•dlt•ttrfNf'l
·disposée à se laisser entraîner pou r
d'M-~fftlnwti/UfllU·oo
r'-"Mf'(04~QU'.n.~~tM
vend re ses marchandises ? Quelle ga-
r.u..,,.... rantie peut-on avoir q ue ses représen-
tants n'en feront jamais << un peu
I N DON E STE
trop >> ?

Une simple affaire


Amis et Ennemis du Nucléaire
~teut nucl6alt o de ll,.d, i 0./fMJ
de commerce ?
t.metlflurg.S~e
ad, ·~ du Pfo;tMimt
L'Inde dispose Il faut savoir que. dans un passé ré-
ltull\ 1980 néanmoins de missiles
et de bombardiers à
cent. le Centre de Mol a envoyé des
capacité nucléaire. experts chez Kadhafi. en Libye. Il a
Suite aux pressions également reçu des stagiaires libyens et
américaines, Taïwan et iraniens. A l'époque. Mgr Gillon avait
la Corée du Sud protesté énergiquement. << L'argument
semblent avoir qui a été utilisé pour envoyer des scien-
abandonné leurs projets
de se doter de la bombe
tifiques en Libye était inacceptable.
(• Atlas du monde dit-il. C'était dû. en grande partie, à
armé "· Calmann-Lévy). l'influence de la Belgonucléaire. qui
tente par tous les moyens de concl ure
des affaires. A l'époq ue. une am itié
personnelle liait l'ancien administra-
gies s'in terpénètrent et sont en fait in- en relat ions d'affaires avec le Pakistan teur-délégué de la firme à un Libyen. >>
dissociables. >> rend la situation plus délicate encore. L'aventure libyenne de la Belgon u-
ement Ces« réserves>> paraissent d 'autant En date du 10 novemhre 19R6. la Com- cléaire. à laquelle les Etats-Unis ont
plus justifiées q ue. selon nos informa- mission pakista naise de l'énergie ato- mis un terme en 1984. a déjà fait couler
tu ont tions, p lusieurs des personnes rencon- miq ue adressait une lettre au Cen. beaucoup d'encre. Mais la firme belge
colla- trées à Islamabad pa r Amelinckx et confi rmant l'intérêt du Pakistan pour est aussi intervenue au Pakistan . Le 28
e nu- Dejonghe sont d irectement impliquées les propositions du Centre concernant Juillet 1975. le Quai d'Orsay (adminis-
ns des dans les programmes militaires pakis- << la conception. le développement et la tration française des Relations exté-
:Mgr tano-libyens. C'est le cas. par exem ple. fo urniture d'une instrumentation nou- rieures). adressait un télex à l'ambas-
Cen. d' Ishfaq Ahmad. haut responsable d u velle en rem placement de celle. dépas- sadeur de France à Bruxelles. Selon le
ue la groupe << armes >> et de A. Majid. di- sée, de la centrale nucléaire Kanupp. à Quai, M unir Khan avait déclaré, à Pa-
ation recteur technique du projet de sépara- Karachi >>. Dans cette lettre. la Paec ris. que << grâce à l'indust rie-pilote
1s ex- tion pluto ni um pour besoins mi li- propose d'arranger une visite de deux construite avec l'aide de la Belgonu-
Bien taires. C urieux pou r des conversations experts du Cen à Kanupp pour une du- cléaire, le Pakistan serait en mesure de
accès portant sur le nucléaire civil. Corn- rée de deux semaines. << Pendant leur fabriquer le plutonium nécessaire pour
mentaire d'Amelinckx sur ce point : visite. nous discuterons en détail du un engin explosif>>. Voici quatre ou
dmi- 1 << Je l'ignorais >>... programme et de la durée des travaux. cinq ans. la Belgonucléaire a formé des
:, sur _.. La délégatio n belge a-t-elle donc été de la fo rmation de nos ingén ieurs et ingénieurs pakistanais << à l' exploita-
mais << manipulée>> ? U ne chose est cer- des aspects financiers. afin que le Cen tion et à l'entretien de centrales nu-
1olo- taine : le fait q ue le Centre de Mol soit puisse préparer une offre concrète. >> cléaires >>.
LE VIF/ L 'EXPRESS- DU 24 AU 30 AVRIL 1987 13
Khan. Ce dernier s'était au préalable ces conditions ? En Belgique, dès
Le 31 janvier 1987 arrivait au Pakis- rendu au ministère des Relations exté- qu 'on envoie 10 cartouches quelque
tan Herman De Croo, ministre belge rieures pour demander une aide de la part, la presse proteste, alors que des
du Commerce extérieur, en compagnie Belgique en matière d'énergie nu- tonnes de munitions sont fournies par
des délégués de quelques sociétés. Par- cléaire civile. Muni de ces références, les grands pays. >> .
mi elles, 1' inévitable marchand Khan a pu visiter le Centre de Mol et il Bref, puisque les autres le font.
d'armes Asco, les Acec, et. .. Belgatom nous a invités au Pakistan. Dans ce do- pourquoi pas nous ? Certains se de-
(80 % Tractebel et 20 % Belgonu- maine, l'établissement de relations mandent cependant si ce << pragma-
cléaire). Objectif de cette dernière : commerciales passe inévitablement par tisme>> est acceptable lorsqu'il s'agit
emporter un contrat pour la remise à la formation de stagiaires. Et nous esti- d 'aider des régimes << imprévisibles,,
jour du réacteur Kanupp. Les Acec mons que c'est le rôle, voire l'obliga- à accéder à un degré de technologie
elles-mêmes ont été autorisées à répon- tion du Cen de préparer ces relations qui met l'arme atomique à leur por-
dre à un appel d'offres pour le rempla- ; pour notre industrie. >> tée. Rappelons que plusieurs savants
cement et la modernisation de l'instru- Selon Amelinckx, le bureau du belges soutiennent qu'en matière nu-
mentation et du contrôle de la centrale conseil d'administration était habilité cléaire, << rien n'est innocent >>. Sur
Kanupp. La Belgique, décidément, à autoriser la mission. Il a été tenu cette base, la présence du Cen aux
après des années d ' indifférence, porte compte des réserves formulées par côtés de Kadhafi , de l' ayatollah Kho-
soudain un grand intérêt au Pakistan. certains membres et des remarques meiny et du général Zia paraît indé-
« Pour nous, explique le directeur émises par Mlle Herpels, chef du ser- fendable.

Le général Zia : « Nous pouvons La Belgonucléaire ne se fait pas de Kadhafi : une aide inespérée,
construire la bombe. >> souci sur le plan « moral >>. freinée par les Américains.

commercial de la Belgonucléaire. Edy vice scientifique aux Affaires étran- La lettre des engagements interna-
Jonckheere. il n'y a pas de con nection gères. tionaux de la Belgique est évidemment
évidente entre le nucléaire civil et mili- << Les stagiaires. poursu it Ame- respectée. Mais l'esprit ? Interrogé
taire. De ce point de vue. on ne peut linckx. travailleront dans des do- par Maystadt. Leo Tindemans sou-
rien reprocher à notre firme . >> maines tout à fait innocents. Il n·y a ligne << que la politique que· nous sui-
La version d'Amelinckx sur les rela- d'ailleurs plus de secteur .. sensible .. vons à l'égard du Pakistan vise à ne pas
tions du Cen avec le Pakistan est édi- au Cen. puisque le laboratoire pluto- rompre tout lien de coopération nu-
fiante : << Je n'ai aucune raison de ca- nium a été fermé. >> cléaire avec ce pays, afin de pouvoir
cher quoi que ce soit. dit-il. Nous Evoquant l'aide américaine au Pa- exercer un certain contrôle et avoir des
avons un accord de coopération avec le kistan. Amelinckx reproche à ses dé- informations privilégiées sur les acti-
Pakistan depuis 1963. Pendant plu- tracteurs << de comparer des miettes à vités pakistanaises en matière nu-
sieurs années. nous avons reçu des sta- des montagnes >>. Le patron de Mol cléaire. >>Trois secteurs sont exclus des
giaires pakistanais et indiens. En 1974. souligne que Kanupp est soumis a u relations avec le régime du général
l'Inde a fait exploser une bombe et contrôle de l'Agence internationale Zia : le retraitement, l'enrichissement
nous avons pris nos distances avec les pour l'énergie atomique (A.i.e.a.). et les activités plutonifères.
deux pays. Au mois d'octobre 1985. à <<Je constate. conclut-iL qu'on est Dans une no-te au directeur général
la demande du cabinet d'Etienne masochiste au point de se saboter soi- de la politique des Affaires étran-
Knoops. alors secrétaire d'Etat à l'E- même. Comment voulez-vous entrete- gères, Mlle Herpels constate cepen-
nergie. j'ai reçu la visite du Dr Munir nir des relations commerciales dans Suite page 19 _,
14
Suite de la pagP 14

nt que le ra pport de la miSSIOn
inckx/Dejonghe et le projet d 'ac-
avec la Paec « a fait apparaî-
Cen · les conclusions
un certain nombre d 'éléments
préoccupants en ce qu ' ils reflètent une
d'un rapport d'audit contesté
méco nnaissance de la situation réelle
Ju Pakistan à l'égard des contrôles de C'est entendu :la régionalisation du Centre d 'étude de l'é-
."A.i.e.a. et des incidences futures nergie nucléaire (Cen), prévue par l'accord de la Sainte-
possibles que certains domaines de coo-
Catherine, est impossible puisque la loi spéciale du 8 août
pérauon e nvisagés pourraient avoir 1980 déclare que tout ce qui touche au cycle du combusti-
1ur nos relations avec les Etats-Unis. >> ble nucléaire (73 % des activités du Cen) demeure une
Des corrections ont certes été appor- compétence nationale. Reste à discuter << finances >> avec
tées. mais il faut avouer que la « mé- les Régions. Car Mol est devenu un effroyable gouffre à
connaissance >>, dont a fait preuve la milliards.
direction de Mol, en l'occurrence, L 'audit commandé par le gouvernement à l' Institut Arthur
n' est guère rassurante. Andersen est resté. jusqu'à présent, strictement confiden-
Tout récemment, 7 pays industria- tit:l. Meme lt: directeur général ùu Centre n 'a pas eu wn-
lisés (la France, la R.F.A. , la Grande-
naJssa nce du rapport définitif.
Bretagne, le Canada, le Japon, l' Italie
En fait, ce rapport propose le maintien de la dotation
ct les Etats-Unis) ont décidé d 'adopter actuelle, un emprunt de l 0 milliards de Francs et une mise
mesures destinées à limiter la
de fond de 5 milliards pour le démantèlement des réac-
te à des pays tiers d'équipements
teurs. Le tout, avec le licenciement de 500 à 600 person-
de technologies permettant la pro-
nes .
ductiOn de missiles nucléaires. Les deux hypothèses e nvisagées par Andersen («douce >>
« En vérité. so uligne Constant, la
et_<< dure>>) ne sont guère réjouissantes. Dans l'hypothèse
compétition et l'affairisme internatio-
d une InterventiOn << légère >>, le déficit du Cen atteindrait
nal ont toujours existé en la matière et
un peu plus de 2 milliards de Francs par an, de 1987 à 1992
les contraintes des traitès régulière-
et 1.9 n;llhard. de _1993 à 2010. Si l'intervention est plus
ment violées. malgré les risques en-
~< musclee >> , le déf1c1t global en 2010 pourrait être ramené
courus. Soyons clairs : le compromis
a 33 m1lhards. S1 on ajoute à cela les investissements indis-
est pratiquement impossible dans un
pensables. le gouffre. à l'horizon 2010, atteindrait, dans le
domaine où les moindres tra nsactions
me1lleur des cas. 50 milliards de Francs !
sc chiffre nt e n milliards de Francs.
Dan ~ tous les scénarios envisagés par Andersen, la part du
quand ce n'est pas en milliards de dol-
nudeaJre resle Importante. Toutefois, l'Institut propose la
lars. Croire le con tra ire se rait naïf. >>
fermeture du réacteur B.r.2 à partir de 1990. Cet outil de
Aujou rd ' hui. souligne Astrid Va-
classe mondiale. que certains considèrent comme le seul
lois-Vérone, les Etats-Unis sont em-
valable à MoL est pourtant loin d 'être amorti. Faute d'une
barrassés face au Pakistan. Leur
P?litique de marketing dynamique, il n'est pas a ssez utili-
valse-hés itation les a conduits à ce
se. Verra-t-on un JOUr fonctionner un centre nucléaire sans
qu'il s redoutaient : la naissance dans
réacteur ? Bien s~r. Je démantèlement du B.r.2. qui ferait
le monde, non pas d'une nouvelle
descendre la Belg1que en dessous de la capacité d'investiga-
puissance nucléaire- il y a loin d'une
tiOn du Zaïre et de l'Algérie,
bombe à un système d'armes - mais
coûterait plusieurs milliards de
d'un nouveau détonateur atomique.
Francs . ..
L~ temps des pressions économiques
Sur le plan de la diversification
n est-JI pas dépassé ? Après tout. le
des activités, le rapport Ander-
Pakistan. s 'il était acculé à la banque-
sen propose 1'install ation, à
route, serait peut-être tenté. pour
MoL d ' un accélérateur de par-
quelques milliards de dollars. de ven-
ticules (dont coût : 1 milliard
dre son feu atomique à Khomeiny ou de Francs !). Objectif : prépa-
à Kad ha fi. rauon ùe membranes pore uses
Le dossie r des stagiaires pakistanais
(filtres). un marché sur lequel
de Mol est actuellement entre les
il y a de la concurrence. Cer-
mains des responsables de la Sécurité
, , . • tains affirment déjà qu'il s'agit
nucléa ire. un service qui relève du mi-
Mol: un la dun outil complexe et onéreux dont l'utilité n'est pas
mstère de la Justice. Jusqu'à présent.
effroyable prouvé ~ t que l'aspect << diversification » du rapport à été
ce service n'a pas eu à enquêter offi-
gouffre à env1sagee de façon peu sérieuse. En attendant d'en savoir
Ciellement · su r la mission du Cen au
milliards. plus. le conseil d'administration. pléthorique, a été réduit.
Pa kistan. Il lui reste la possibilité de
De 32 membres. il passe à 13. Les nouvelles << têtes >> (Ivo
refuser l'arrivée des Pakistanais. La
Van Vaerenbergh. Didier Vokaer, Michel Alle, Jozef De
ques tion est de savoir si le Centre de
~oor . Ja~ Huylenbroek. Jozef Roos, Jean-Marie Strey-
~~~ est, suffisamment <<armé>> pour
dJo, H~dw1g Van Der Borght), aidées par celles qui restent
r~s Jster a toutes les tentations. malgré
(A~dre Kmsbergen. René Constant. Mgr Luc Gillon, An-
! I mportance des enjeux commer-
dre Jaumotte. Roger Van Geen) seront-elles à la hauteur
Claux . Quand on mange avec le dia-
d'une tâche qui s'annonce très difficile ?
~~:-_.._ ble, dit le proverbe. il faut une longue.
très longue cuillère ! · M. Bt. •
MICHEL BALTHASART •
LE VIF/ L ' EXPRESS- DU 24 AU 30 AVRIL 1987 19