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Les découvertes du bibliophile

Un jour d'avril 1 1896, un ouvrier italien nommé Longhi 2 qu'il avait fait
engager 3quinze jours auparavant pour repeindre a les grilles 5 de son parc,
s'approcha du pharmacien 6 au moment oü 7 il faisait faire á ses trois I
lévriers leur promenade quotidienne s et lui expliqua, dans un anglais plu-
tót approximatif 10, qu'il avait, trois mois auparavant, loué11 une chambre
á un compatriote, un certain r2 Guido Mandetta qui se disait étudiantl3 en
histoire ; ce Guido 14 éta¡t part¡ á l'improvisters, évidemment sans le payer,
laissant seulement une vieille malle pleine de livres et de papiers. Longhi aurait
bien aimé 16 rentrer un peu dans ses frais 17 en vendant les livres, mais il
avait peur de se faire roulerrB et il demandait á Sherwood de l'aiderls. Sher-
wood, qui20 n'attendait rien d'intéressant2l de manuels d'histoire et de
notes de cours, s'apprétait á refuser 22 ou á envoyer un de ses domesti-
ques23 lorsque Longhi précisa qu'il y avait surtout des vieux livres en latin.
Sa curiosité fut mise en éveil et elle ne fut pas dégue 24. Longhi I'emmena
chez lui, une grande bátisse en bois, pleine de mammas et de marmaille et
le fit entrer2s dans la pet¡te piéce mansardée que Mandetta avait occupée ;
á peine á6 eut-il ouvert la malle que Sherwood tressaill¡t de joie et de sur-
prise : au milieu d'un amoncellement de cahiers, de feuilles volantes, de car-
nets. de coupures de presse et de livres défraichis, il découvrit un vieux Ouarli,
un de ces prestigieux livres2T á reliure de bois28 et aux tranches peintes que
les Ouarli imprimérent á Venise entre 1530 et 1570 et qui sont, pour la plu-
parI2e, devenus introuvables 30.
,t. Sherwood examina le livre avec soin 31 : il était en trés mauvais état,
'ñ'ais
son authenticité ne faisait aucun doutes2. Le pharmacien n'hésita
pas: sortant33 deux billets de cent dollars de son portefeu¡lle, il les tendit
á Longhi et, coupant court aux remerciements confus de l'ltalien 34, fit por-
ter la malle chez lui et se mit á explorer systématiquement ce qu'elle conte-
nait, se sentant envahi. au fur et á mesure que les heures tournaient et que
ses découvertes se précisaient, par une excitation de plus en plus ¡ntense.
Georges Prnrc
La Vie mode d'emploi
@ Hachette, 1978

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