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10.

Le commerce américain

poche' i'allai les regarder frétiller'zau


N'ayant plusl que trois dollars en
iueur des annonces de Times Square'
creux de ma main *"t oorláit á la
publicité gicte 3 par-dessus Ia foule occu-
cette petite place etoniarrt" á': fu bien économi-
oée á se choisir un ¡e me cherchai un restaurant 6 oü le
IH;il.;; i
r# "ináÁu. publics rarionalisés
ffi: i;r"-0. ces réfectoires
serviceestréduitauminimumetleritealimentairesimplifiéáI,exactemesure
du besoin naturel' '
remlsi7 entre les mains et vous allez
Dés l'entrée, un plateau vous est
de fort agréables candidates
prendre votre tour ¿ l; ;le' Attente' Voisines'
audinerComme*o,n"medisaientmie'..QadoitfaireundrÓled,effet8,
ainsi une de ces demoi-
pensais-je, quand
"" ;'i;" p;;1."q" d'aborderlui dirait-on' je suis riche'
« Mademoiselle'
selles au nez précis
bien riche...
"["oq'"i'
dites-moi ce qui vous ferait plaisir d'accepter"'
»

divinement' sans doute' tout ce


Alors tout devient t¡*óf" á l'instante'
Tout se transforme'et le
qui était si compliqué un moment auparavant"'
vient á l'instant rouler á vos piedsl0
en
monde formidablem"nir,or,ir" s,en peut-étre du méme
On la perd alors
boule sourno¡se, Oo"¡te "i'"lout¿"11'
de révasser aux étres réussis12' au'x fortunes
coup. l'habitude épu¡sante
heureusespuisqu.onpeuttoucheravecsesdoigtsetoutCela/Laviedes
un lons délire et on ne con-
;;;J;; Áovtn, n'Jst ou'uJ'.1.o"s l"f-T dans 13' J'en
que de ce qu'on posséde
nait vraiment bien, on ne se délivre aussi
d'en prendre et d'en laisser des réves'
avais pour mon compte-11 ¿ to'"u détraquée
la conscienc" á'ai'' toute fissurée de mille lézardes et
"n "ouI*'s
o" t?T:,i::;:l;i:"r'"'ais
entamer avec ces ieunesses15 du restaurant la
plus anodine it t"nu¡t mon plateau bien sagement' silencieux'
de
"onu""ui¡án' devant les creux de faience remplis
ouand ce fut á .on iow de passer réfectoire
16. je pris tout ce qu'on me donnait' Ce
boudins et de haricots
était si net17, si b¡en é;lair¿,
q''on sentá¡t comme porté á la surface de
'"
qu'une mouche sur du lait' ["']
tu,átu,or"tel dL tánt de lumiére profuse, si
Mais si on nouJuirosait ains¡ clientsls
de la nuit habituelle á notre condition,
on nous extirpait p"nolni rn moment
son idée le propriétaire1e. Je me méfiais'
ceta faisait partie d,urii'ran. ir aua¡t

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jours d'ombre d'étre baigné20
Qa vous fait un drÓle d'effet aprés tant de
á'un seul coup dans des torrents d'allumage. Moi, qa me procurait une sorte
de petit délire supplémentaire. ll ne m'en fallait pas beaucoup. c'est vrai.
Sous la petite table qui m'était échue, en lave immaculée,
je n'arrivais
pas á cacher mes pieds ; ils me débordaient de partout. J',aurais bien voulu
qu'ils fussent ailleurs mes pieds pour le moment, parce que de l'atltre cóté
de la devanture, nous étions observés par les gens en f¡le que nous venions
22 23. nous,
de qu¡tter 21 dans la rue. lls attendaient que nous eussions fini
pour
de bouffer, pour venir s'attabler á leur tour. C'est méme á cet effet et
les tenir en appétit que nous nous trouvions nous si bien éclairés et mis en
valeur. á titre de publicité vivante. Mes f raises sur mon gáteau étaient acca-
parées par tant d'étincelants reflets que je ne pouvais me résoudre á les avaler'
On n'échappe pas24 au commerce américain.
Louis Ferdinand CÉlrt't¡
VoYage au bout de la nuit
O Éd¡tions Gallimard. 1932

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