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L'Homme

K. M. Kensinger, ed., Marriage Practices in Lowland South America


Anne-Christine Taylor

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Taylor Anne-Christine. K. M. Kensinger, ed., Marriage Practices in Lowland South America. In: L'Homme, 1989, tome 29
n°111-112. Littérature et anthropologie. pp. 276-277;

http://www.persee.fr/doc/hom_0439-4216_1989_num_29_111_369184

Document généré le 29/03/2016


276 Comptes rendus

l'ethnopoésie tend à détourner le mythologue des transcriptions/traductions qu'elle produit


tandis qu'elle ne dispense certainement pas le linguiste d'avoir recours au texte original.
Outre ces réserves à rencontre de la méthode, In Favor of Deceit pose un autre
problème. Les textes rassemblés ici le sont sous l'égide du trickster. Le décepteur est avant
tout une réalité formelle qui se rencontre avec une extraordinaire régularité dans les corpus
mythiques nord-américains et dont la mythologie kalapalo n'offre aucun exemple. Or Basso
opère une transposition à la fois très libre et très appauvrissante de la notion pour la rabattre
sur celle, du reste fort subjective, de tromperie. Elle n'est certes pas la première à le faire,
mais on notera qu'elle ne se soucie guère de justifier une telle réduction.
Emmanuel Désveaux

1. E. Désveaux, « L'Ethnopoésie et les Indiens d'Amérique du Nord », Critique, déc. 1988, 499 :
989-1007.

Kenneth M. Kensinger, ed., Marriage Practices in Lowland South America. Urbana and
Chicago, University of Illinois Press, 1984, x + 297 p., bibl., index, fig., tabl., carte
(« Illinois Studies in Anthropology » 14).

Paru il y a cinq ans, ce recueil d'articles sur les pratiques matrimoniales des sociétés sud-
amérindiennes des basses terres est bien connu des américanistes et de la plupart des
spécialistes de la parenté, d'autant qu'il rassemble des versions remaniées de
communications présentées lors d'un symposium organisé en 1973 dans le cadre des
rencontres annuelles de PAmerican Anthropological Association, communications
largement diffusées entre-temps. Bref, ce n'est pas le dernier cri en la matière, mais il s'agit
néanmoins d'un ouvrage de référence grâce à la richesse des matériaux et à la qualité des
contributions.
Dans la première partie, G. Dole et E. Basso poursuivent avec entrain le débat qu'elles
ont entamé dès 1970 sur le statut de l'alliance dans les sociétés caribes du Xingu ;
W. Crocker offre une fine description des changements intervenus dans les pratiques de
mariage canela (gê), mais s'abstient malheureusement, comme la plupart de ses collègues
« géologues », de fournir les éléments qui corroboreraient l'hypothèse selon laquelle certains
systèmes de parenté du Brésil central relèveraient de structures semi-complexes ; enfin
W. Kracke montre la coexistence de plusieurs modèles matrimoniaux chez les Parintintin-
Kagwahiv (tupi), chacun renvoyant à un niveau distinct d'organisation sociale (moitiés,
clans, párenteles bilatérales).
La deuxième partie est consacrée à l'Amazonie occidentale : elle débute par une
excellente contribution de J. Overing sur le rapport entre structure de l'alliance et dualisme
idéologique chez les Piaroa du Venezuela, suivie des articles de J. Jackson et de T. Sorensen
sur l'alliance et l'exogamie linguistique des Tukano du Vaupés, puis d'une contribution
intéressante de D. et N. Whitten sur le curieux système de parenté des Canelos quichua-
phones de l'Amazonie équatorienne. Le texte de K. Kensinger sur le mariage cashinahua est
riche en données mais les conclusions auxquelles l'amène sa problématique (fondée sur une
vision erronée de la distinction linguistique « emic »/« etic ») sont pauvres et banales, tandis
que celui de P. Lyon sur les Wachipaeri est franchement décevant ; décidément, les
Harakmbet restent le moins bien décrit et le plus méconnu des groupes linguistiques
amazoniens.
Comptes rendus 277

L'introduction de J. Shapiro met bien en lumière les principaux problèmes théoriques


qui, implicitement ou explicitement, sous-tendent et orientent ces contributions : la
définition transculturelle du mariage et le rapport entre terminologies et pratiques
matrimoniales. Dans les termes où elle est posée, la première question risque de paraître
oiseuse aux yeux du lecteur français ; la seconde reste évidemment d'actualité, mais l'intérêt
de la discussion engagée ici est limité par l'incapacité des auteurs (hormis J. Overing, seul
contributeur européen) à comprendre la notion d'alliance, qu'ils s'obstinent à tenir pour un
rapport institutionnel entre groupes ou catégories sociales concrètes, nécessairement associé
à une terminologie rigoureusement dravidienne ; ils ont alors beau jeu d'écarter la « théorie
de l'alliance », décrétée inadéquate à rendre compte des faits de parenté amazonienne.
Anne-Christine Taylor
CNRS, Paris

Maurice Duval, Un Totalitarisme sans État. Essai d'anthropologie politique à partir


d'un village burkinabé. Paris, L'Harmattan, 1986, 184 p., bibl., index, ill., carte
(« Anthropologie — Connaissance des Hommes »).

Ce livre présente deux aspects bien différents ; il s'agit d'une monographie consacrée à
l'organisation sociale et politique d'un village gurunsi du Burkina, Bouyounou ; mais cette
monographie sert de point de départ à une entreprise théorique beaucoup plus ambitieuse :
la définition de ce que pourrait être un « totalitarisme sans État » ou encore un
« totalitarisme élémentaire ». Disons tout de suite que l'association de ces deux versants ne
va pas sans difficulté. La société gurunsi nous est d'abord décrite comme une société
segmentaire classique, et Maurice Duval y repère les dominations fondées sur le sexe, l'âge et
la position généalogique que l'on rencontre d'ordinaire dans un tel contexte. Cependant,
deux autres formes de domination apparaissent à Bouyounou : les captifs y sont nombreux ;
par ailleurs, Bouyounou est le siège d'une chefferie puissante et active. Dans les villages
voisins, le pouvoir des aînés est réparti entre deux « pôles » : les autochtones se rassemblent
autour du maître du sol, les conquérants autour du chef de village, et le premier dispose de
prérogatives effectives, notamment en ce qui concerne la distribution des terres. Or, à
Bouyounou, le chef de village s'est emparé des attributions du chef de terre ; en outre, il est
le desservant du kwere, génie qui défend la communauté et les individus qui la composent
contre les agressions des sorciers. En théorie, les kwere sont multiples, mais celui du chef a
fini par s'imposer : du même coup, le chef occupe une position privilégiée de « protecteur »
qui lui confère une autorité et un pouvoir considérables. Grâce à elle, en effet, il est en
mesure d'exiger de ses sujets des prestations substantielles et fréquentes. Par ailleurs, les
procédures utilisées dans la lutte contre les sorciers — détection, interrogatoire,
châtiment — permettent au chef et à ses agents non seulement d'exercer une surveillance
constante sur tous les aspects de la vie sociale, mais d'obtenir une soumission d'autant plus
profonde qu'elle est intériorisée. Un secret rigoureux enveloppe l'ensemble de l'édifice et met
la suprématie du chef à l'abri de toute contestation explicite.
Telles sont les données à partir desquelles Maurice Duval construit l'hypothèse d'un

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