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UH2-Casablanca Faculté des SJES-Mohammedia

Master « Action publique et gouvernance territoriale » - Semestre3 –

Module : Aménagement et gestion de l’espace territorial Pr. Jamila AYEGOU

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Bibliographie

I- Ouvrages et travaux universitaires

• BREJON De LAVERGNÉE .N, 1991, Politiques d’aménagement du territoire au Maroc.


L’Harmattan. 270 pages.

• DRYEF. M, 1993, Urbanisation et Droit de l’urbanisme au Maroc. CNDS Editions. Editions La


Porte. 400 pages.

• LAVIEILLE J-M, 1998, Droit international de l’environnement. Edition Ellipses. 192 pages.

• Ministère de l’Aménagement du Territoire, de l’Environnement, de l’Urbanisme et de


l’Habitat (MATEUH), Direction de l’Aménagement du Territoire (DAT), 2000, Le territoire
marocain: état des lieux. Contribution au débat national sur l’Aménagement du Territoire.

• MATEUH, DAT, 2001.Le Débat National sur l’Aménagement du Territoire.

• MATUHE, DAT, 2002, Fenêtres sur le Territoire Marocain. Imprimerie OKAD.

• MATEUH, DAT-SNAT, 2003, Bilan-Diagnostic. Actualisation des données.

• MATEUH, DAT, SNAT, 2003, Synthèse.

• ROUSSET.M, 1974, L'aménagement du territoire et la régionalisation du Maroc, BIIAP.

• SMIRES.M, 2001, Centralisation et décentralisation territoriale au Maroc. Collection de la


Faculté des S.J.E.S, série « Thèses », 1, Fès.

• QUIOT.Alain, 2000, Politiques D'aménagement Du Territoire Au Maroc. Edition: L'harmattan

• ZAIR Tarik, 2007, La gestion décentralisée du développement économique au Maroc. Editions


L'Harmattan, 419 pages.

2- Colloques, Congrès, conférences, séminaires, journées d’Etude…

• Région et régionalisation au Maroc : enjeux et dynamiques, X ième colloque de Sefrou.


Publications du conseil municipal de Sefrou, n°8, 1999.

• La Région et la Régionalisation, colloque international organisé par le Département de Droit


Public de la Faculté des S.J.E.S, Marrakech, série : « colloques et Séminaires », n°17, 2002.

• La gouvernance locale au Maroc. Actes du 2 ième colloque national organisé par le GREURE et la
REMALD, avec le concours de la Fondation allemande Hanns Seidel, les 16 et 17 octobre
2002, à la Faculté de Droit, Rabat-Souissi.
II- COLLECTIFS, COLLOQUES, CONGRES, CONFERENCES, SEMINAIRES ET RAPPORTS

1- Collectifs :

• LAJUGIE.J, DELFAUD.P et LACOUR.C, 1985, Espace régional et aménagement du territoire.


2ième édition DALLOZ.

• LBKER.R, ،2002 ‫ وحدة المدينة و تطور مفهوم السلطة‬21 ‫منشورات نادي التقارب‬.

• SEDJARI.A (S/D), 1996, Etat-nation et prospective des territoires. Éditions l’Harmattan- GRET-
Rabat.

• SEDJARI.A (S/D), 1997, La revanche des territoires. Éditions l’Harmattan- GRET- Rabat.

• J.F.TROIN, (S/D), 2002, Maroc, Régions, pays, territoires. Éditions Maisonneuve et Larose,
Tarik, Urbama.

3- Rapports

• Royaume du Maroc, Ministère de l’Aménagement du territoire, de l’environnement, de


l’urbanisme et de l’habitat (MATEUH), Allocutions des Ministres à l’occasion du Débat
National sur l’Aménagement du Territoire. Le 26 janvier 2000 à Rabat.

III- ARTICLES/PERIODIQUES & OUVRAGES

• CNJA, Bilan de la pratique de régionalisation au Maroc. REMALD, série « thèmes actuels »,


n°8, 1996.

• HARSI.A, La politique de l’environnement à travers le droit de l’urbanisme au Maroc.


REMALD, n° 44-45, 2002. PP: 85-95.

• HASSNI.M, ‫التجربة الجهوية و سياسة إعداد التراب الوطني بالمغرب‬.

In. REMALD, La Région et la Régionalisation. Série « Thèmes actuels », n° 33, 2001.

• A.BAILLY, Territoires et territorialités. In Encyclopédie d’économie spatiale. Concepts –


Comportements – Organisations. ASRDLF, Edition Economica, 1994.

• IV- REVUES, MÉDIA ET DIVERS

• 1- Revues

• - La Revue Marocaine d’Administration Locale et de Développement (REMALD) :

† N° 7/8, avril-septembre, 1994

† N° 64, septembre-octobre, 2005. Collection « Etudes et documents ».

• - Les publications de la REMALD. Séries :

† « Etudes »

† « Thèmes actuels »
† « Textes et documents »

† « Manuels et travaux universitaires »

2- MÉDIA / Presse écrite

- Le Monde diplomatique

3- Divers

 Dictionnaires et encyclopédies :

-…

 Documents juridiques, statistiques et autres :

-….

WEBOGRAPHIE

- Aménagement du territoire en Afrique. In www.pdm-net.org/Newsite/french/amenagement.htm

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Plan

Introduction

I- Les politiques d’AT

1. - Histoire de l’AT au Maroc

2. - Les principes, outils et structures de l’AT

3. - Les disparités régionales au Maroc

4. - la régionalisation avancée

II- la gestion de l’espace territorial

1. Les outils de la gestion de l’espace (Démarches pour réaliser les objectifs du développement
spatial)

2. L’aménagement urbain

3. L’aménagement rural

4. Vers le développement territorial durable

Conclusion
Introduction

Après la seconde Guerre Mondiale, l’organisation des territoires nationaux s’avérait inéluctable dans
la plupart des pays du monde.

Les objectifs des Etats écroulés étaient :

• La reconstruction de leurs sociétés;

• La planification de leur développement;

• et la mise sur pied des structures territoriales solides.

Dès lors,

- Un besoin grandissant d’outils et méthodes d’organisation des territoires et de modes de


gestion de leur développement

- les chercheurs ont développé des théories, des diagnostics et des analyses divers dans la
thématique spatiale et régionale.

- le contexte général :

- le passage du libéralisme économique en arrière-plan (suite à la Crise Economique de 1929)

- le développement du rôle économique et social de l’Etat (l'interventionnisme étatique de Keynes).

D’où, le recours aux découpages territoriaux : un instrument permettant de dessiner une


configuration territoriale susceptible d’offrir les conditions propices pour l’aménagement et le
développement.

A son tour, la mondialisation, en tant qu’enjeu de développement, préfigure comme un processus


contradictoire et complémentaire à la fois avec celui de la régionalisation.

Les restructurations productives liées à la mondialisation† l’élaboration de nouveaux modes de


gestion du développement économique et social basés essentiellement sur le principe de la
territorialité.

†Le recours aux découpages des territoires locaux et régionaux.

L’objectif : construire des territoires générateurs de développement suivant une approche "par le
bas" qui supplante celle "par le haut" (largement pratiquée dans la plupart des pays développés
jusqu’à la fin des années 70).

I- Contexte général

Sous l’effet conjugué de deux dynamiques : La régionalisation et La mondialisation

Ä Changement du rôle de l’Etat jadis qualifié de providence : affaiblissement dans le cadre de la


"nouvelle économie" (depuis la fin du XXième siècle), celle de «l’entreprise sans frontières» , de la
société digitale, de la diffusion des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication
(NTIC)… etc.
Ce nouveau contexte a apporté un élan au territoire :

L’aménagement du territoire ne constitue pas une opération ex nihilo. Elle a pour soubassement la
relation forte qui se tisse entre la nature, le territoire et le groupe social.

Autrement dit, dans le cadre des contraintes naturelles (physiques et humaines) et historiques, les
actions du groupe social sur son territoire permettent son aménagement de façon à ce que les
besoins des hommes qui y vivent soient satisfaits et leur qualité de vie soit meilleure. C’est ce que
tente d’expliquer la «grille d’intelligibilité» suivante :

Aménagement gestion Nature

Autres groupes sociaux Contraintes territoriales Contraintes naturelles

De ce schéma, on peut déduire que la constitution du territoire a des contraintes en amont et en aval.
Il obéit à des contraintes naturelles comme il impose les siennes sur le groupe social qui intervient
par l’aménagement et la gestion.

Toutefois, cet aménagement nécessiterait, au préalable, de découper le territoire de manière à ce


qu’il facilite cette tâche (voir notre thèse).

Ceci nécessite:
 la maitrise de l’espace;

 la compréhension du territoire.

En maitrisant l’espace, les pays cherchent la création de milieux :

 homogènes,

 ouverts au « progrès »,

 à la globalisation économique

 et au développement humain.

 Notions de l’espace et de territoire :

Dans le Robert, le territoire est défini comme étant :

 Une étendue de la surface terrestre sur laquelle vit un groupe humain, et spécialement une
collectivité politique nationale.

Cette définition, donnée ici par référence au territoire national français, semble être généralisable, à
titre d’exemple, sur le territoire canadien, états-unien, espagnol ou marocain …etc. ;

Une étendue de pays sur laquelle s’exerce une autorité, une juridiction. Exemple : le territoire
de la commune ;

Un pays qui jouit d’une personnalité, mais ne constitue pas un Etat souverain. Exemple : les
départements et territoires d’outre-mer français …etc.

A partir de ces trois définitions, il paraît que le territoire se définit sur plusieurs échelles :
locale, régionale, nationale voire internationale.

Dans sa dimension politique, le territoire a des limites externes bornées par des frontières à
l’intérieur desquelles s’organisent les discontinuités internes.

Le sentiment d’appartenance, exprimé par le concept de territorialité, est un critère pertinent
de distinction entre la notion du territoire et celle d’espace.

Ainsi, on parle du territoire national, du territoire communal, du territoire d’une tribu…etc.

Mais, on ne parle pas de territoires économiques. Cette épithète est plutôt liée à la notion
d’espace.

Ce dernier est appréhendé comme étant une unité qui contient et entoure toute chose.
(Encyclopédie UNIVERSALIS)

Il faut souligner l’importance de la composante historique du territoire dans sa définition.

Le territoire est « un produit historique, construit au fil des siècles par une société organisée,
afin de répondre à ses besoins de fonctionnement, de sécurité et de développement …».

C’est l’histoire qui détermine la composition territoriale et non pas les caractéristiques
physiques de l’espace de la collectivité considérée.

D’ailleurs, l’espace est susceptible de revêtir certains aspects territoriaux.

Il a été précisé que : «En s’appropriant concrètement un espace, l’acteur territorialise
l’espace…Tout projet dans l’espace qui s’exprime par une représentation révèle l’image
souhaitée d’un territoire, lieu de relations. »

Du moment où on le qualifie de géographique, de vécu, de social … l’espace n’est pas neutre.
Il tend vers la notion de territoire.

On peut dire que nonobstant une certaine tendance de la territorialisation de l’espace, les
deux notions se démarquent l’une par rapport à l’autre, par leurs caractéristiques propres,
qu’on synthétise dans l’équation suivante : « territoire = espace + "sentiments" ».

La politique d’aménagement du territoire est une politique publique impulsée par l’Etat.

Elle contribue à un développement durable dans ses dimensions économique, sociale,
environnementale et éthique.

Elle vise à assurer la cohérence entre les actions nationales sur le terrain et à mobiliser les
acteurs locaux pour le développement.

Parmi les objectifs des politiques d’aménagement du territoire qui ont été poursuivies dans
plusieurs pays :

provoquer une prise de conscience des opérateurs;

fixer des priorités d’usage du milieu naturel;

délimiter des affectations optimales des ressources disponibles;

réduire les nuisances.

I- Les politiques d’AT

1. - Histoire de l’AT au Maroc

2. - Les principes, outils et structures de l’AT

3. - Les disparités régionales au Maroc

4. - la régionalisation avancée
L’aménagement du territoire est une discipline relativement récente, postérieure à la deuxième
Guerre Mondiale.

Pour les francophones, on le fait remonter à la publication, en 1947, de « Paris et le désert français »,
par J.F.GRAVIER.

Il existe des rapports étroits entre la régionalisation et l’AT.

Ce sont deux notions inséparables «La régionalisation et l’AT sont l’avers et le revers d’une même
politique» (Centre d’Etudes Internationales (S/D), 2010. Une décennie de réformes au Maroc (1999-
2009). Revue de la Direction de l’AT. Edition Karthala.

Si la régionalisation postule l’aménagement et le développement de la circonscription régionale,

l’AT ne peut atteindre ses objectifs de correction des déséquilibres de tous ordres
(économiques, démographiques, écologiques, …etc.) que par la considération des unités régionales.

1- Histoire de l’aménagement du territoire au Maroc

Depuis longtemps, l’aménagement du territoire, en tant que donnée qualitative dans le


développement, a été marginalisé tout en s’orientant vers le développement quantitatif de
l’économie.

La prise de conscience par les pouvoirs publics des risques des déséquilibres
interrégionaux sur le rythme de la croissance économique, sur la cohésion sociale et nationale et sur
la stabilité politique remonte à la fin des années 60 :

- Création du Centre d’Expérimentation, de Recherche et de Formation (CERF) : organisme crée au


sein de la direction de l’urbanisme et de l’habitat au Ministère de l’Intérieur de 1967 à 1970, à travers
l’élaboration d’un projet de loi sur l’Aménagement urbain et rural et sur l’AT;

- L’élaboration d’un dispositif juridique (et la définition des principes d’une politique d’AT) : La
création, en 1968, d’un Comité Interministériel pour l’AT (CIAT) (décret royal du 6 août 1968) et des
sept régions dites économiques (dahir du 16 juin 1971).

→ Aperçu historique

1-1 La configuration spatiale du Maroc colonisé

• L’espace marocain avait subi des changements brutaux tout au long de la période du
protectorat.

• Il a été modifié suite aux diverses politiques économiques prônées par le colonisateur
notamment après la seconde Guerre Mondiale, date à partir de laquelle on a importé la
notion d’aménagement du territoire.

• Il s’agit de mener des politiques d’orientation géographique ou de localisation des activités


économiques.
• C’est une idée qui fut proposée en 1946 par M.ECOCHARD (Un architecte urbaniste français),
sans qu’elle ne soit mise en pratique vu sa contradiction avec les intérêts des autorités
coloniales.

Face aux problèmes que posait la croissance urbaine incontrôlée (conséquence de l’exode rural
intense né essentiellement des disparités socio-spatiales énormes) des mesures ont été proposées :

 La politique de déconcentration industrielle au profit des petites et moyennes villes

 L’aménagement et l’équipement des petits centres ruraux.

Selon Le CORBUSIER « on ne peut aménager les villes sans aménager d’abord les
campagnes ».

La structuration de l'espace était guidée par les villes côtières qui avaient constitué la cible des
colons, les points centraux d’expatriation d’innombrables richesses du Maroc.

Les directives du colonisateur, qui avait pour ambition de lier le Maroc à l'économie
métropolitaine par le biais du développement du commerce extérieur, avaient fixé la forme que
prendra l’organisation spatiale.

De ce fait :

- la ville de Rabat est devenue la capitale politique et la ville de Casablanca la capitale


économique.

- L’essor de l’axe casablanca-Kénitra sera la conséquence la plus directe des


différentes "réformes" économiques.

- Les transformations rapides des villes, sans être en mesure de supporter


l’accroissement continu de la population marocaine et européenne, étaient la cause principale de la
propagation des constructions rudimentaires, des bidonvilles et de l’habitat insalubre. Ce phénomène
est accompagné fréquemment des maux sociaux incessants.

- Sur le plan urbain toujours, nous avons assisté à l’émergence de villes européennes ou villes
nouvelles bien séparées des médinas ou villes anciennes.

La mise en place de cette structure étrange émane du souci de mettre des cloisons entre les
populations marocaine et française.

- La conséquence directe : l’appropriation des prérogatives et des pouvoirs exercés par la médina
aussi bien au niveau de la gestion urbaine qu’au niveau de l’activité économique.

- De ce fait, à la dislocation de la "qbila" dans le monde rural s’ajoute celle de la


"Médina" ou "Lamdina" comme structure urbaine jadis empreinte d’équilibre et d’harmonie.

En outre, l’espace national, fort extraverti, avait subi les conséquences de la crise économique
mondiale (le recul manifeste du mouvement de la construction entre 1931 et 1936).

Étant ponctuelle, la "modernisation" économique a totalement changé la


physionomie du Maroc en le déséquilibrant .
La juxtaposition de deux secteurs, l’un traditionnel et l’autre moderne, avait laissé des
disparités criantes économiquement, socialement et spatialement.

Ceux-ci, étant en relations mutuelles, ont constitué des freins puissants à


l’accélération du processus de croissance et partant du développement du pays.

Certes, juste après 1956, le législateur avait instauré une administration nouvelle couvrant l'ensemble
du territoire marocain (la constitution des provinces).

Mais, ce n'est qu'à partir de 1960 que fut esquissée une politique visant à assurer une
certaine indépendance pour l'économie marocaine.

Dans ce sens, au cours d'une dizaine d'années, la régionalisation s’avérait nécessaire sans
pour autant que ses actes soient bien ficelés.

1-2 Modifications de la carte administrative du Maroc depuis l’avènement de l’indépendance


(logique sécuritaire de l’organisation territoriale)

Le long de la période coloniale, l'organisation de l'espace au Maroc s'était basée sur


des critères ethniques, linguistiques et tribaux.

Ce type d’organisation n'était pas ignoré par le colonisateur. Sa prise en considération


dans ses différents projets d'organisation était manifeste.

• Cependant, dès les années cinquante, avant même l'indépendance politique, sont apparus
les prémices d'une organisation administrative fondée sur la "province" par substitution à la
"région" qui avait existé pendant le protectorat.

• Sur le plan économique, la fin des années cinquante constitua une coupure avec ce
qu'on a appelé "la programmation économique" du colonisateur.

Les deux plans quadriennaux, 1949-1952 et 1954-1957, corroborent la pratique de cette


politique.

• En fait, tous les investissements programmés sous le protectorat avaient pour objectif
primordial de répondre aux besoins de l'économie métropolitaine.

• Or, à la place d'une programmation économique coloniale, il sera question, à partir de la fin
des années cinquante, d'une planification soumise à l'impératif d'une croissance introvertie.

• La planification au Maroc s’est manifestée dans un contexte général imprimé par des données
d’ordre national et international (voir infra).

• Mais, les différents plans adoptés au cours de la décennie soixante avaient la


caractéristique d’être centrés sur la province et non sur la région.

Les conditions exogènes


• Depuis la seconde Guerre Mondiale et vu la nécessité de reconstruction des économies
détruites par la guerre, la planification avait tenu une place importante dans les politiques
gouvernementales dans un bon nombre de pays du monde.

• Si les pays socialistes avaient opté pour une planification impérative, les pays capitalistes au
contraire, et pour ne pas sortir de la voie du libéralisme, avaient élaboré une planification
indicative.

• Au Maroc, on ne peut parler ni de l'une ni de l'autre. Aucune conception globale n'avait été
adoptée.

• Les changements intervenus ne dépassaient guère une simple modernisation


de l’appareil étatique, prisonnière d’une conception centralisée héritée de décentralisation.

• Or, une économie autonome devrait construire son indépendance


économique et prendre des mesures de restructuration profonde et non de simple
modernisation à caractère formel.

• En France, à partir des années cinquante, le planificateur avait élaboré une conception plus
globale de la question régionale sans pour autant que les limites départementales, qui
remontent à l’ère de Napoléon, ne soient modifiées.

• Des organismes spécialisés avaient pris en charge les problèmes régionaux au


cours de la décennie soixante :

• La création de la Délégation à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale (la


DATAR) suivie en 1964 de l'adoption du système de 21 régions avait assuré un certain succès
pour cette conception malgré les déséquilibres du territoire français synthétisés dans
l’ouvrage célèbre : «Paris et le désert français» de J.F.GRAVIER.

• Or, au cours de cette période (années cinquante), le Maroc, en tant que pays s’inspirant
ouvertement du modèle français, n'avait pas atteint le même niveau de conceptualisation
régionale.

• Le pays, nouvellement "indépendant" et traversant une période de longue stagnation (la


baisse du volume des investissements à 12% du PIB en 1956 pour osciller entre 10 et 13%
jusqu’en 1962 ; stagnation voire baisse du PIB de 1955 à 1961… ), après une période de
développement économique de style colonial vécue dans l’après-guerre jusqu’aux années
1953-1954, s’est cantonné dans un long processus de récupération et de rétablissement de
l’ordre en ne valorisant pas le rééquilibre inter-régional de la croissance économique.

• Ce rééquilibre inter-régional de la croissance économique est considéré comme « la phase


ultérieure du développement économique » pour un pays sous- développé. (Le Plan
Quinquennal 1960-1964. Division de la coordination et du plan, Ministère de l’Economie
Nationale, p. 358).

• Les conditions endogènes


• L’explication du recours du Maroc à la planification relève, au premier abord,
du champ politique.

• L’étude de la situation socio-économique et spatiale du pays lors de l’adoption


d’un tel choix stratégique, c’est-à-dire lors de la phase post-coloniale montre qu’il était
marqué par des déséquilibres spatiaux et économiques de grande envergure.

• Ce déséquilibre économique et spatial était inquiétant comme legs d’une


période antérieure et comme une réalité à affronter.

• Réellement, la conscience du planificateur de l’ensemble de ces disparités avait existé, mais


les politiques préconisées n’avaient pas suivi le chemin menant à un développement
équilibré.

• L’ensemble des politiques était d’ordre global ou en cas de spécification des


zones, on les a choisies en fonction de leur importance héritée ; là, une des facettes d’une
« décolonisation bâclée ».

• on relève que le processus de "provincialisation" du territoire (la création massive de


nouvelles provinces) a côtoyé un processus de régionalisation embryonnaire, initié depuis
l'indépendance politique du pays.

• La planification avait constitué un moyen, jugé efficace, pour le développement économique


et social. Cependant, les plans de cette période se sont limités à prendre en compte les
données régionales dans leurs programmes.

• C'est la province qui était privilégiée, en tant que cadre territorial pour la mise en pratique de
la planification, aux dépens de la région. Elle était l'unité territoriale politico - administrative
prééminente à cette date.

• L’orientation de la pratique territoriale vers la région et la ville ne s’est effectuée qu’à partir
des années soixante-dix en infléchissant les politiques portants, jusque-là, sur l’espace rural.
Un découpage régional sera élaboré à partir de 1971.

1-3 L’AT lors de l’adoption des sept régions (de 1971 – 1996)

Le début des années 70 :

- un tournant décisif quant à l’essai de la mise à contribution des données régionales dans
l'élaboration de la politique de développement économique et social.

- Le découpage du Maroc en sept régions "économiques" (dahir du 16 juin 1971)

• l’adoption de la régionalisation avait rendu nécessaire la mise en place d’un arsenal


d’institutions notamment, aux niveaux central et régional.

En effet, au premier niveau, ont été créées trois types d’institutions majeures :

 Le Comité Inter-ministériel chargé de l’Aménagement du Territoire (C.I.A.T), créé en 1968 et


mis sous la présidence du Roi :
Il avait pour vocation la réalisation des objectifs du plan de développement au niveau
national et régional.

On en dégage alors le caractère fortement centralisé de cette institution ;

 La Direction du Développement Régional (D.D.R) : La création de la DDR a été prévue par


l’article 3 du Dahir du 16 juin 1971.

- Elle avait pris ensuite (août 1972) la forme d’une Division chargée du développement
régional au sein du Département du Plan mise sous la tutelle du Premier Ministre.

- Sa principale tâche est la régionalisation du Plan de développement.

Cette mission montre clairement que la régionalisation était mal conceptualisée en l’absence
d’une planification régionale proprement dite ;

 Le Fonds Spécial de Développement Régional (F.S.D.R) : La création du FSDR, en1973, avait


pour dessein le financement des projets proposés par les administrations centrales et les
collectivités locales (la région n’avait pas encore de statut) et étudiés par la D.D.R.

- Dans cette opération, l’ordonnateur est le Premier Ministre et, suite à une certaine
déconcentration, les gouverneurs sont des sous-ordonnateurs pour les projets régionaux.

L’opération de financement que le FSDR effectue était imprimée par la tutelle du


Premier Ministre, par l’intermédiaire du Secrétariat d’Etat chargé de la planification et du
développement régional.

• Elle suit un processus de décision centralisé dont la province a acquis, sous une logique de
déconcentration, une place grandissante par rapport à la région, entité qui n’a pas encore de
statut constitutionnel même avec la révision de la Constitution de 1972.

• Elle ne sera érigée en collectivité locale que vingt ans après, c’est-à-dire lors de la révision
constitutionnelle en 1992.

• Au second niveau, ont été mises en place les Assemblées Régionales Consultatives (A.R.C) et
les Délégations régionales des différents départements ministériels.

• Constat final : l’insuccès de sept régions durant vingt-six ans de mise en pratique.

• Il est recommandé de revoir ses fondements théoriques, ses critères et ses objectifs.

• Ainsi, le redécoupage devrait être étudié lentement dans le cadre d’une


stratégie globale d’aménagement du territoire.

• Ce qui est, malheureusement, loin d’être poursuivi dans une seconde expérience de
régionalisation.

1-4 L’AT et l’adoption des seize régions (1997-2014)

• Nouveau contexte / les années 80 et 90 : les crises économiques et sociales dont les causes
s’interfèrent :
- l’expérience d’une décennie de PAS (1983-1993) qu’on ne peut vanter vu ses effets
désastreux et qui se sont répercutés sur le tissu social (chômage, pauvreté…).

- l’impact de la privatisation et la détérioration du secteur public.

- le désengagement de l’Etat qui met explicitement le pays sur une voie libérale.

Conséquence : les inégalités d’ordre économique, social et spatial.

D’où, le changement de stratégie de développement et la réhabilitation de la politique d’AT.

Contexte international : les rouages de l’économie mondiale et les défis qui en découlent
pour une économie en développement.

Ce qui amarre le pays à l’adoption de nouvelles mesures de développement et à l’insertion


dans le jeu de la mondialisation et des marchés internationaux.

De ce fait, de nouveaux acteurs resurgissent. Exemples :

 l’émergence de dynamiques centrifuges ;

 la demande ascendante de la décentralisation et de la démocratisation de la vie publique ;

 La mobilisation du mouvement associatif;

 l’apparition de nouveaux concepts : développement local, développement durable,


développement par le bas, gouvernance territoriale… etc.

 Ce sont alors les facteurs qui ont amené à :

 - repenser la politique de régionalisation,

 - donner une nouvelle configuration au territoire marocain ratifiée par la loi n° 47/96
organisant les régions.

• En plus des grands défis externes qui découlent du processus de la mondialisation, des défis
d’ordre interne pour l'instauration d'une région forte sont comme suit :

 les difficultés financières et économiques;

 les déséquilibres des régions;

 le problème d'urbanisme et d'aménagement du territoire;

 et les problèmes de l'emploi.

Parmi les critiques accordées à ce découpage :

- il est instauré sur des bases politiques. Il considère la région, en premier abord, comme un
cercle d'élections en faveur de la deuxième chambre, constituée dans le cadre du nouveau
système de bicaméralisme;

- Il n’est en réalité qu’une régionalisation du pouvoir de l’Etat;


- les critères de base sont d’ordre général. Ils sont caractérisés dans leur globalité par
l’omniprésence des critères politico-administratifs.

- Le découpage régional en 16 régions ne coïncide pas avec la réalité économique et sociale du


pays.

- Ce postulat est aussi avancé dans le cadre du D.N.A.T. Le projet de la charte nationale précise
ainsi que les efforts à déployer prochainement doivent se focaliser sur la conformité du
découpage régional avec la réalité économique et sociale et avec les exigences du
développement et de l’AT.

- Ce constat provient d’une réalité où le découpage en seize régions paraît comme un handicap
au développement des territoires marocains.

- L'aménagement du territoire ne peut fonctionner que par l'adoption d'une configuration bien
délimitée, un découpage raisonné et cohérent.

- C'est pourquoi le projet (96) a souligné qu'il est nécessaire de réviser le découpage territorial
actuel de façon à ce qu'il assure la cohérence des unités territoriales, en prenant en
considération la nouvelle vision d'aménagement du territoire et du développement, des
besoins de l'économie et de la santé, et les développements actuels et futurs de l'espace
national.

- Constat : une contradiction au niveau de la conceptualisation de la relation entre


aménagement du territoire et découpage régional.

Le débat n'a vu le jour qu'au lendemain de l'adoption de seize régions. Or, on aurait
dû commencer par un débat national pour avoir une vision concertée sur l’organisation du territoire,
comme il était plus convenable de proposer un redécoupage immédiat pour remédier aux vaines
démarches.

Par voie de conséquence, la logique d’AT ne coïncide pas avec celle du découpage
pour la simple raison que la mesure d’AT signifie qu’il faut penser le développement dans un cadre
régional.

La délimitation des régions doit être accompagnée par la correction des maux territoriaux (voir :
disparités régionales) et l’adoption des plans régionaux.

Afin d'agir efficacement, la région a besoin d'une certaine souplesse administrative


dans le cadre des processus plus poussés de décentralisation et de déconcentration qui renforcent
l’autonomie des régions.

→ La régionalisation avancée

La politique de régionalisation constitue un projet stratégique pour l'aménagement et le


développement de l'espace géographique et de la société.

Elle vise l'amélioration de la politique de décentralisation et, partant, la réalisation du


développement économique et social aux niveaux local et national.
Le découpage régional devait alors se baser sur des critères assurant l'objectif visé.

L’AT se situe au cœur du processus global de développement, car il permet de planifier et d'exécuter
les projets de développement de manière harmonieuse et concertée sur la base des potentialités
existantes et des contraintes techniques et socioéconomiques du milieu.

2- Les principes, les outils et les structures de l’aménagement du territoire

2-1 Principes fondamentaux de l’AT

La politique d’AT s'appui sur trois principes fondamentaux à savoir : la coordination, la


coopération et la participation.

La coordination des différentes demandes formulées en matière d'affectation des


sols compte tenu des objectifs et des exigences des politiques sectorielles. Cette fonction s'exerce :

- au niveau vertical en établissant des liens entre les niveaux d'intervention national, régional
et communal

- au niveau horizontal par l'intégration des politiques sectorielles (transports, économie,


environnement, urbanisme ...).

En sa qualité de politique transversale interdisciplinaire, l’AT implique l'orientation de tous les


acteurs dans une vision commune.

Ce qui suppose un bon esprit de coopération et de participation pour aboutir au consensus


commun par l'élaboration et la mise en œuvre d'un programme directeur.

2-2 Les outils de l’AT

Les outils essentiels de l'aménagement du territoire au Maroc sont :

• Le Schéma National d’Aménagement du Territoire (SNAT);

• le Schéma Régional d’Aménagement du Territoire (SRAT);

• Le Schéma Directeur d‘Aménagement (SDA).

 Le SNAT : un nouvel instrument de la politique d’AT qui a un caractère global, mais, il a n’a vu
le jour qu’après treize ans de gestation.

L’élaboration du SNAT a été organisée en trois phases :

Les deux premières se sont exécutées au cours de la décennie 90 en débouchant sur le bilan du
territoire et sur les scénarios.

Tandis que la troisième phase était un point programmé depuis 1998.

Elle était chargée de présenter le S.N.A.T en passant par :

– le Débat National sur l’Aménagement du Territoire (D.N.A.T) organisé entre


janvier 2000 et janvier 2001;
– la Charte Nationale de l’Aménagement du Territoire (C.N.A.T) en avril-juin
2001;

– et le Schéma National d’Aménagement du Territoire (S.N.A.T) finalisé en 2002-


2003.

Ce sont les trois éléments d’un trépied s’inscrivant dans une nouvelle version de l’effort
d’aménagement du territoire au Maroc.

Il est à signaler que ce schéma a coïncidé avec l’élaboration de deux projets (effectués par le
Ministère de l’Intérieur -au moment où il a été chargé du secteur de l’urbanisme entre 1985 à 1997-),
celui de la Migration Interne et Aménagement du Territoire (M.I.A.T) et le Programme d’Action
Intégré pour le Développement et l’Aménagement de la Région Méditerranéenne (P.A.I.D.A.R-Med)
qui ont commencé successivement en 1991 et 1993, et leur achèvement s’est produit en 1997 et
1999.

Or, le cadre prétendu général, c’est-à-dire le SNAT, ne s’est achevé qu’en 2003.

Ce dernier devrait assurer la cohérence et la synergie de l’ensemble des travaux effectués.

Leur décalage temporel constitue l’une des limites de ces instruments.

Contenu d'un SDA :

-Elaboration du bilan du cadre physique et de l'analyse socio-économique et spatiale de la


situation actuelle avec un recueil cartographique.

-Mise en évidence des pressions qui s'exercent sur les composantes de ces milieux et les
dysfonctionnements éventuels (problématiques posées).

-Elaboration d'un instrument de travail, destiné à mettre en cohérence les mesures sectorielles
d'aménagement.

Un schéma Directeur proprement dit à l'échelle 1/25000 regroupant les différentes actions à
entreprendre à court et moyen terme avec précision de leur répartition spatiale.

Pour plus de précision sur ces projets, voir :

1- Ministère de l’Intérieur, Direction Générale de l’Urbanisme, de l’Architecture et de l’Aménagement


du territoire. Résultats du projet migration interne et aménagement du territoire. Enquête Ménage
migrant dans des zones de départ et d’accueil. Rapport de Synthèse. Direction de l’Aménagement du
Territoire. 1998. (sept rapports affichent les résultats de ce projet).

2- Direction de l’Aménagement du Territoire (DAT) & Instituto de Cooperacion con el Mundo Arabe
(I.C.M.A), Programme d’Action Intégré pour le Développement et l’Aménagement de la Région
Méditerranéenne Marocaine (P.A.I.DA.R-Med), phase prospective. Rapport de synthèse. Inypsa, août
1998.
 Le SRAT : un outil de référence stratégique pour le développement Régional.

Son but : permettre la cohérence entre les interventions publiques à l’échelle régionale d’une part
et entre ces interventions et les options nationales d’autre part.

Le SRAT est réalisé dans un cadre partenarial et de synergie.

L’harmonisation des interventions et des rôles des intervenants est indispensable aussi bien
en interne du Ministère qu’avec les intervenants à l’échelle de la région.

En effet, le central a l’obligation de veiller à la cohérence nationale des territoires, tandis que le
régional est dépositaire de la mission de mise en œuvre de la politique de l’Etat en matière
d’aménagement et de développement du territoire à cette échelle et la mobilisation des acteurs
locaux.

Ce guide élaboré par la DAT explicite le mode de gouvernance du projet et les étapes
de sa réalisation.

-Un plan programme qui doit renfermer toutes les actions et les projets définis à moyen et long
terme et nécessaires à la mise en œuvre du Schéma Directeur et notamment les projets prioritaires
au cours des Xème, XIème et le XIIème Plans de développement économique et social.

En ce qui concerne l’aménagement urbain, l'outil principal est le Schéma Directeur


d‘Aménagement et d’Urbanisme (SDAU). Voir Deuxième point (II-2).

2-3 Les structures administratives chargées de l’AT

Les outils susmentionnés sont conduits par des structures administratives telles que
les comités interministériels, les commissions nationales, régionales et provinciales d'aménagement
du territoire, la direction générale de l'aménagement du territoire.

Sur le plan des structures interministérielles :

L’adoption du décret du 13 décembre 2001 (B.O n° 4965 bis, 31 décembre 2001) qui crée une
structure consultative, le Conseil Supérieur de l’AT (CSAT).

Il abroge le décret royal du 6 août 1968 portant création du comité Interministériel pour
l’Aménagement du Territoire (CIAT).

L'accompagnement du développement économique des territoires et la réduction des inégalités


spatiales en termes économiques ou sociaux constituent deux objectifs majeurs, et parfois
contradictoires, des politiques d’AT.

Ces objectifs sont réunis dans la formulation d'un développement équilibré du


territoire, qui est énoncé dans nombre de documents de planification et de textes de loi.

L’AT mobilise tout un ensemble de secteurs d'intervention pour parvenir aux objectifs énoncés ci-
dessus :

– le développement économique
– les politiques sociales spatialisées

– les politiques du logement

– le développement des infrastructures, notamment de transport et de communication

– la disponibilité des ressources en eau et leur gestion intégrée afin d'assurer leur
durabilité

– la préservation et la mise en valeur de l'environnement comme on la conçoit par


exemple dans la Gestion intégrée des zones côtières.

3- Les disparités régionales au Maroc

• La contribution au débat sur la pertinence des découpages entrepris au Maroc indépendant †


le recours à l’étude des deux découpages en sept puis en seize régions.

• Par rapport à la finalité de développement économique, le découpage régional devrait


constituer l’opération qui donne naissance à un cadre adéquat d’intervention en matière de
développement par la mobilisation optimale des potentialités locales.

• Au niveau national, les régions devraient générer un développement économique et social.

• Or, la persistance de disparités criantes et de déséquilibres du territoire, constitue un fort


indicateur :

• - de la force de la nature et des données physiques et climatologiques,

• - de la faiblesse des délimitations ou des cadres territoriaux, en l’occurrence les régions, à


créer une dynamique économique et sociale porteuse de développement global selon les
spécificités locales.

• Ainsi, les découpages en sept puis en seize régions servent de base d’étude :

•  Pour un quart de siècle d’adoption d’un découpage en sept régions, on n’a pas pu éviter et
absorber les disparités et difficultés spatiales affectant le développement du pays.

•  L’évaluation de presque 20 ans de mise en pratique de seize régions révèle que les
disparités persistent encore et que ces cadres territoriaux sont inopérants puisque leur
délimitation n’a pas eu pour base les données économiques et sociales réelles du territoire
marocain.

• Le découpage en sept régions et la lutte contre les disparités socio-économiques:

• au lendemain de l’indépendance politique, la configuration territoriale du Maroc présente


deux parties différentes du pays, l’une "favorisée" ou "utile" et l’autre "déshéritée" ou
"inutile".
• Cet inquiétant legs historique ne masque pourtant pas la réalité profonde liée à la situation
géographique du pays où les facteurs naturels constituent davantage des causes de disparités
inter-régionales.

• Mais, la capacité de l’Homme à pétrir la nature lui permet de façonner ses espaces de vie.

• Les politiques ayant pour cibles les territoires, participent grandement au modelage de leur
organisation.

• Elles sont aptes à freiner, à lutter ou à aggraver les déséquilibres, naturels ou historiques
soient-ils ou encore résultat de politiques appliquées d’en haut.

• Les mesures prises par les pouvoirs publics, dans ce sens, peuvent être dégagées à travers
l’étude des plans de développement.

• 1 - Les causes naturelles des déséquilibres Régionaux

• - la carte économique du Maroc : la forte concentration des activités économiques, des


revenus et donc de la population dans les deux régions du Centre et du Nord-Ouest.

• - Ce phénomène est dû naturellement à deux facteurs : la pluviosité et le relief..

• - Ainsi, la Côte Atlantique Centrale et Nord-Ouest reçoivent plus de 400 mm de pluie.

• - Elle bénéficie de ressources en eau ainsi qu’une infrastructure portuaire assez développée
permettant la pêche et le commerce international.

• - Par contre, la situation est tout à fait différente dans la région orientale, la chaîne de l’Atlas
et la zone présaharienne.

- Cette situation interpelle les pouvoirs publics afin de prendre des mesures pour
décongestionner cette zone et ralentir le rythme du phénomène de concentration.

• - L’application de la Charte Communale de 1976 a certes essayé de défendre le


développement économique décentralisé, mais il semble que la mise en pratique des
principes de décentralisation ne coïncide pas avec le souci de contrebalancer l’attraction de
l’axe Casablanca-Kénitra.

• Dans le cadre du découpage régional de 1971, il s’avérait difficile d’absorber ces déséquilibres
provenant de données naturelles et historiques (legs du système colonial) mais aussi et
surtout de l’inefficacité des mesures prises dans ce sens.

• 1.2 L’inefficacité des mesures de réduction des disparités régionales à travers les plans de
développement des années 70 et 80

• 1.2.1 Le plan quinquennal 1973-1977 : ardeur d’application de la loi organisant la région !

• Le PQ 1973-1977 : le 1er plan qui a succédé au Dahir édifiant la région économique en 1971.
• - Le planificateur a été conscient de l’inégale répartition géographique de la population et des
activités économiques, de leur concentration dans quelques grandes villes entraînant le
phénomène de l’exode rural massif qui risque d’aggraver les disparités.

• - Face à cette situation, l’Etat a procédé au réajustement de la répartition géographique des


investissements publics en 1974 (suite au Discours Royal prononcé à Arfoud).

• Ainsi, son intervention s’est axée sur trois volets interdépendants :

• - la promotion des pôles de développement ;

• - les études d’identification de projets ;

• - le lancement de programmes spéciaux financés par le Fonds Spécial de Développement


Régional (FSDR).

• - Concernant la promotion des pôles de développement, la politique de redistribution des


activités économiques avait pour objectif la décongestion de la zone Casablanca-Kénitra en
créant d’autres centres attractifs de la population et des investissements.

• - Dans ce sens, nous avons assisté par exemple à :

• - la différenciation du régime des prêts du crédit agricole selon les caractéristiques de chaque
région agricole du pays,

• - et à l’implantation de nouvelles facultés et universités à Oujda, Marrakech et Fès au lieu


d’être concentrés à Rabat et à Casablanca.

• Pour ce qui est des études d’identification de projets, le Secrétariat d’Etat au Plan et au
Développement Régional a lancé deux grandes études d’identification de projets couvrant
seize provinces, ainsi que certaines études régionales.

• A propos des programmes spéciaux financés par le FSDR, ils portent sur des investissements
spécifiques notamment dans les provinces les plus démunies.

• Ainsi, créé en 1973, le Fonds s’est intéressé beaucoup plus à la région du Sud.

• - les régions du Sud et de Tansift ont bénéficié à elles seules de presque 30% du total des
crédits octroyés par le FSDR, suivie des Provinces Sahariennes Récupérées par 15% environ,
soit presque 45% des crédits orientés vers tout le Sud.

• L’intervention du Fonds en matière d’équilibrage entre les différentes zones peut être
dégagée également à travers la mesure suivante :

• le Plan National avait réservé 10,5% des parts d’Investissements, dans le cadre du budget
normal de la période quinquennale 1973-1977, aux dix provinces les moins nanties et 31%
pour la zone de Casablanca-Kénitra.

• A l’inverse, le FSDR a agi de la manière suivante :


• il a réservé la part de 30% aux dix provinces jugées les plus démunies et 9% à la zone de
Casablanca-Kénitra.

• Sur le plan sectoriel, la répartition des crédits alloués par le Fonds a mis en valeur les secteurs
à caractère social dans toutes les provinces par

• une contribution de 50% de crédits.

• A l’évidence, ce fonds a pris des mesures volontaristes afin de réduire les disparités énormes
entre régions du Maroc au niveau de leur dotation en infrastructures économiques et
sociales.

• Mais, en général, on constate que les cadres territoriaux des actions du plan sont moins les
régions que les provinces.

• Ces dernières constituent la cible appropriée pour l’essai de régionalisation d’un plan établi
au niveau national.

• 1.2.2 Le plan triennal 1978-1980 : études régionales diverses sans effets d’équilibrage

• Au cours de la période triennale 1978-1980, le planificateur s’est intéressé à quatre éléments


importants dans le cadre de la politique de développement régional et d’aménagement du
territoire. Il s’agit de :

• P la mise en œuvre d’une politique d’aménagement du territoire et la promotion de pôles de


développement ;

• P la concrétisation de l’option sociale du plan au niveau de toutes les régions ;

• P le renforcement du processus de décentralisation en vue d’accroître la participation de la


population à l’effort de développement ;

• P la politique de décentralisation.

• En matière d’AT et de promotion des pôles de développement par exemple, le plan a insisté
sur quelques études indispensables à ces politiques aux niveaux national et régional.

• Toutefois, sur le plan des réalisations, nous pouvons constater que, sur le plan national, cette
politique n’a pas trouvé le chemin de sa traduction concrète.

• Ceci est dû au manque de moyens humains et financiers et l’absence d’une vision claire d’AT
national pour décongestionner l’axe Casablanca-Kénitra.

• Cependant, au niveau régional, et afin de mieux évaluer les potentialités de chaque région et
de chaque province, l’Etat a réalisé quelques études régionales.

• La plupart de ces études ont débuté depuis le plan quinquennal 1973-1977.

• De même, le FSDR continue, en plus du Fonds de Développement des Collectivités Locales


(FDCL), à financer les programmes d’équipement social d’intérêt régional et local.
• Toutefois, les émissions des crédits du FSDR ont régressé. Ainsi, arrivant à un montant de 452
millions de DH en 1977, ces émissions ont baissé de 5 % en 1978 et de 40% en 1979.

• Or, malgré cette régression, la part la plus importante des dépenses effectuées au cours des
deux premières années du plan (32%) fut accordée à la région du Sud (y compris les Provinces
Sahariennes Récupérées).

• Le recul des opérations du FSDR en matière de réduction des disparités régionales s’explique
par l’apparition de problèmes énormes, au niveau de la gestion technique des projets et par
l’insuffisance des crédits, qui ont accompagné la baisse des prix des phosphates et la hausse
des prix du pétrole au milieu des années soixante-dix.

• Quant aux crédits accordés par le FDCL pour le financement des équipements collectifs (plus

• d’un milliard de dirhams), ils étaient répartis

• en dégageant une certaine augmentation annuelle de la part des crédits pour chaque région.

• Mais, en somme, ce sont les deux régions du Centre et du Nord-Ouest qui accaparent les
parts importantes de ces crédits (19% et 16% successivement).

• Ces mesures tendent-elles vers le redressement des erreurs spatiales ?

• 1.2.3 Le plan quinquennal 1981-1985 : démarche d’équilibrage à vau-l’eau

• L’objectif : de développer des centres de croissance autour des pôles de développement déjà
existants par la promotion des Petites et Moyennes Entreprises (PME).

• Le plan 1981-1985 fait la distinction entre les mesures directes qui visent à encourager la
décentralisation de l’activité économique privée (surtout avec la mise en œuvre du
Programme d’ajustement structurel), par l’octroi de crédits, de subventions, d’avantages
fiscaux…etc., et des mesures indirectes ayant trait au renforcement des équipements et de
l’infrastructure de base.

• Ce qu’on peut dire est que malgré les tentatives de développement des régions défavorisées,
le plan n’a pas pu arriver à une répartition régionale équitable.

• La concentration des activités et de la population est devenue une caractéristique intrinsèque


aux

• deux régions du Centre et du Nord-Ouest.

• Il est à noter que les deux régions du Centre et du Nord-Ouest accaparent toujours la part
importante de ces investissements. Ainsi :

• ♣ La part de la région du Centre, qui était de 43% en 1981, est devenue 60% en 1986. Cette
part était en augmentation continue, à l’exception de l’année 1982 ou elle a régressé en
atteignant 32%. Mais, c’est toujours la part la plus élevée par rapport aux autres régions ;
• ♣ La région du Nord-ouest vient en second rang même si elle a connu des fluctuations au
cours de cette période (1981-1986). Elle a bénéficié de 22% d’investissements en 1981 pour
atteindre 16% seulement en 1986. Mais, elle se place toujours en second rang.

• Cependant, ce volontarisme de réduction des disparités inter-régionales est


relativement palpable au niveau de la répartition des émissions par région économique
durant la période 1981-1985.

• Ainsi, sur la base de 32.763 millions de dirhams des émissions pour la période 1981-1985, la
région du Centre absorbe à elle seule 43% des émissions, la part de la région du Sud est de
18% et puis celle du Nord-Ouest de 12%, tandis que les autres régions n’ont bénéficié que des
parts plus faibles.

• A ce niveau, la région du Sud a acquis une importance particulière après celle du Centre.

• Durant cette même période, la répartition des prêts accordés par le Fonds d’équipement
communal (FEC) aux collectivités locales révèle aussi une inégalité, mais elle est atténuée par
la valorisation de la région de Tansift (22%, 3 ème rang après la région du Centre et celle du
Nord ouest).

• Toutefois, en comparaison avec les années 60 et 70, nous pouvons enregistrer un certain
ralentissement d’accroissement démographique dans plusieurs grandes villes situées sur l’axe

• Casablanca-Kénitra.

• Bref, nous pouvons dire que les tentatives de lutte contre les disparités régionales étaient
timides face à la gravité du phénomène de concentration déjà cité, et par contraste, le
dénuement du reste du territoire national.

• Ce phénomène a des répercussions néfastes sur les plans économique et social qui persistent
malheureusement jusqu’à nos jours, bien que dans des conditions différentes.

• 1.3 L’essai de fortification de la région à travers

• le plan d’orientation 1988-1992

• Après deux années de pause, 1986 et 1987, le planificateur a établi un plan d’orientation
pour le développement économique et social.

• Il est évident que le développement régional y prend place vu la persistance des disparités
intra et interrégionales.

• S’il est vrai que le plan a mis en priorité le renforcement de la planification régionale, il n’a
pas abouti à des résultats pertinents en matière de réduction de ces disparités et de
promotion des pôles de développement.

• 1.3.1 Le renforcement de la planification régionale dans le cadre des perspectives du plan


• La détérioration de la situation économique internationale depuis le début des années 80 a
entraîné des déséquilibres économiques et financiers : l’aggravation des déficits budgétaires
et les déséquilibres des comptes extérieurs de la plupart des pays sous-développés.

• Des conséquences néfastes :

• l’alourdissement du poids de la dette extérieure et les difficultés d’accès aux marchés


financiers internationaux ont amené ces pays à recourir au rééchelonnement de leurs dettes
et d’adopter des Programmes d’ajustement structurel (PAS).

• De tels programmes auront, après dix ans de mise en pratique au Maroc (de 1983 à 1993),
des conséquences néfastes au niveau socio-spatial.

• Cependant, conscients de la lourdeur des difficultés économiques et financières, il s’est avéré


nécessaire pour les pouvoirs publics de procéder à une réorientation des objectifs et à une
révision des projets d’investissements suivant les directives du PAS.

• Dans le cadre d’une nouvelle stratégie de développement régional, le plan d’orientation


1988-1992 a insisté sur le renforcement de la planification régionale et locale parallèlement
aux directives royales en matière de renforcement du rôle économique des collectivités
territoriales et l’approfondissement des processus de décentralisation et de régionalisation
(Discours Royal de 1984 et la révision constitutionnelle de 1992 érigeant la région en
collectivité locale).

• Or, sur le plan des faits, cette tendance vers la planification régionale ne s’est pas poursuivie
en raison de l’absence de politiques claires en matière de développement régional.

• 1.3.2 Les réalisations en matière de réduction des disparités régionales et la promotion des
pôles de développement

• Plusieurs actions ont été prévues pour contribuer au développement des villes moyennes, en
tant que pôles de développement régional futurs.

• Les réalisations du plan en cette matière peuvent être résumées ainsi :

• † Le renforcement du processus de déconcentration par la création de wilayas, de provinces


et préfectures d’une part et par l’installation des services extérieurs des départements
techniques dans les préfectures et les provinces d’autre part.

• Le remodelage de l’organisation administrative sur la base de ces entités s’explique aussi par
le souci de régulation sociale et politique suite aux émeutes populaires des années quatre
vingt et début quatre vingt dix ;

• † La réalisation de projets régionaux ou locaux financés par le Fonds Spécial de


Développement Régional (FSDR). Les émissions de ce fonds, évaluées à 155 millions de DH
pour 1988-1990 ont bénéficié notamment aux régions du Sud (31%), du Centre (23%), du
Centre-Nord et du Centre-Sud (17% pour chacune) ;
• † La régionalisation des émissions de crédits d’investissements globaux émis durant la
période 1988-1990 par les collectivités locales et les services extérieurs des différents
départements ministériels. L’ensemble des émissions (27 Milliards de DH) se répartit comme
suit :

Régions Economiques Total 1988-1990 %

Sud 10.018 37

Tansift 2.899 10,6

Centre 5.686 21

Nord-Ouest 4.355 16

Centre-Nord 1.618 5,9

Oriental 1.192 4

Centre-Sud 1.502 5,5

Total 27.270 100,0

Il ressort du tableau que ces émissions de crédit d’investissement ont bénéficié au premier
rang pour la région du Sud (37%), en second rang pour la région du Centre (21%) et en
troisième lieu pour la région du Nord-Ouest (16%).

On constate que la région du Sud a absorbé une part de 37% équivalente à celles des deux
régions du Centre et du Nord-Ouest (21% et 16%). Quant aux autres régions, ils n’ont absorbé
dans leur totalité que 26% de ces émissions.

Voilà encore une politique qui se veut régulatrice des disparités spatiales et qui agit
contrairement à ses ambitions. On se demande quand est-ce que les régions de l’Oriental et
du Centre-Sud peuvent être valorisées ?

On peut ajouter un autre exemple de marginalisation de ces deux régions en étudiant la


répartition annuelle des crédits d’équipements sur les différentes régions dites économiques.

La réalité dégagée est que les crédits d’équipement alloués aux sept régions durant le
quinquennat ont beaucoup favorisé la région du Centre suivie par celle du Nord-Ouest.

Leurs parts étaient toujours prépondérantes. Elles sont respectivement de 36% et 16% en
1988, de 25% et 20% dans les autres années du plan.

Ainsi, dans l’ensemble, la région du Centre a accaparé 27% des crédits d’équipements et celle
du Nord-Ouest 19%.
Les parts les plus faibles sont enregistrées dans la région du Centre-Sud (7,8%) et celle de
l’Oriental (8,5%).

Cette dernière a connu une récurrence notable entre la première année du plan (13,5%) et
les autres années (7,3%).

Ceci dit, on ne nie pas que des efforts ont été déployés pour promouvoir le monde rural,
source principale du problème de l’émigration vers les villes.

La répartition géographique des Investissements des Collectivités Locales en distinguant


entre monde rural et monde urbain montre que malgré la prépondérance des deux régions
du Centre et du Nord-Ouest en matière de répartition de 17.000 millions de dirhams des
Investissements des Collectivités Locales avec respectivement 21% et 20%, le monde rural a
bénéficié en totalité de 67% contre 33% pour le monde urbain.

Ainsi, plus que les deux tiers des crédits d’équipement sont consacrés aux communes rurales.
Ces crédits constituent presque le double de la part réservée aux communes urbaines.

A vrai dire, il paraît que la délimitation en sept régions dites économiques n’était pas
opérante.

La persistance voire l’accentuation des disparités intra et inter-régionales constitue une


preuve parmi d’autres.

En somme, on peut dire que la concentration des activités, des revenus et de


la population dans les villes du littoral atlantique entre Casablanca et Kénitra est certes un
phénomène qui remonte à plusieurs décennies.

En revanche, les politiques préconisées pour le décongestionner n’étaient pas ambitieuses.

La volonté politique pour remédier aux disparités régionales, surtout depuis le plan
quinquennal 1968-1972, s’avérait trop timide.

Nous pouvons dire que cette situation est due principalement à l’absence d’une stratégie
globale de développement régional ayant comme étape importante le découpage en régions
viables et prometteuses d’un véritable développement économique et social.

La planification, en tant que partie intégrante des mesures de « l’Administration Nouvelle »,


avait pour base la Province et la Préfecture et non la Région.

Cette dernière, même si elle était mal conçue, avait opéré pour une longue période sans que
les pouvoirs publics fassent attention aux conséquences économiques et sociales de
délimitations défaillantes et inopérantes.

Toutefois, le fait de changer ces dernières en élevant le nombre de régions à seize contribue-
t-il au développement du pays ?
Dans l’expérience de découpage du Maroc en seize régions, on peut mentionner trois aspects
défaillants. Il s’agit des aspects géographique et historique, socio-économique et socio-
culturel.

1 - Défaillances au niveau géographique et

Historique

Du point de vue historique, on constate une certaine marginalisation du facteur de


l'harmonie des populations. Il s'agit par exemple de la séparation de Taounate de la ville de
Fès. Or, il existe une relation très intime entre les deux zones.

L'une des explications avancées est qu’aujourd'hui, plusieurs habitants de Fès ont pour
origine la région de Taounate qui constitue une source d'alimentation pour la population de
Fès.

On se demande alors pourquoi les séparer et les attacher à des régions différentes ?
L’association de Taounate à Taza et Al Hoceїma n’a pas de raison vu la grande différence des
habitudes et mœurs entre Taounate et les autres provinces.

Aussi, les défaillances peuvent-elles être dégagées sur le plan géographique par le non
respect du principe de similitude et de proximité sans que le principe de réseau ne soit
considéré et mis en valeur.

Plusieurs exemples reflètent cette réalité. On cite à titre d’exemple le regroupement de


Ouarzazate et Agadir dans la région de Souss-Massa-Drâa en traçant une issue non
indispensable vers la mer à travers Agadir et en laissant tomber des relations pouvant être
prometteuses.

Il s’agit d’un côté, de la relation entre Marrakech et Ouarzazate vu leurs atouts


complémentaires en matière du tourisme montagnard notamment.

Et, d’un autre côté, la relation entre Ouarzazate et Tafilalet qui peuvent être associées par le
recours aux mêmes principes de similitude et de proximité.

Le facteur géographique est presque négligé ; le législateur a omis les données


géographiques en ne faisant pas appel au géographe, “médecin” de la région.

2 - Défaillances au niveau socio-économique

Mentionnons dès le départ que tout découpage régional ne peut participer d’un coup de
baguette magique à minimiser les disparités inter-régionales, vu les imperfections aiguës du
territoire marocain.

Mais, cela n’empêche pas de relever les disparités émanant du découpage en seize régions.

Les seize régions ont été délimitées sur la base d’un ensemble de critères.

Or, leur constitution a révélé des défaillances intra et inter-régionales diverses. Nous n’allons
pas nous contenter d’analyser celles qui sont au sein de chaque région, sauf entre le milieu
urbain et rural. Ainsi, en nous basant sur les principaux indicateurs régionaux, nous pouvons
dégager des disparités énormes entre régions et qui constituent en général un prolongement
de la situation antérieure.

L’étude des indicateurs démographiques ainsi que des données économiques permet de
dégager plusieurs observations :

Elles sont liées notamment à la persistance de différenciations entre régions au niveau de


leur potentiel économique, d’équipements sociaux et de la population.

En effet, la répartition régionale des établissements industriels se caractérise toujours par la


concentration de l’industrie marocaine dans un seul pôle, celui de Casablanca. Elle y
représente 38%, suivi par la Région de Tanger-Tétouane par 8,9% seulement.

C’est ainsi que la région/ville du Grand Casablanca, comme toutes les zones les plus
industrialisées à travers le monde, attire un effectif important de la population - sous
l’influence à la fois de leur propre fécondité ainsi que de l’émigration - et évidemment les
équipements nécessaires.

C’est pourquoi, cette région dépasse toutes les autres en matière de la majorité des
indicateurs.

En somme, malgré la primauté de certaines régions au niveau de quelques indicateurs tels


que ceux du tourisme, la région du Grand Casablanca persiste en tête de classement au
niveau des indicateurs socio-économiques.

Cette situation de concentration des activités économiques et des hommes dans cette région
amènerait à parler de « Casablanca et le désert marocain » ou encore de « la maladie de
l’hydrocéphalie ».

Par ailleurs, en dehors de la comparaison régionale, le nombre de régions paraît élevé. Seize
régions demandent incontestablement des moyens financiers et humains énormes. C’est un
nombre coûteux et qui « peut devenir ingérable ».

Cette idée s’est expliquée par le fait que la société marocaine, telle qu’elle a évolué, n’a pas
dégagé suffisamment d’élites ou de managers locaux indépendants du pouvoir central
surtout au niveau de la région.

Egalement, le découpage en seize régions fait apparaître des défaillances sur le plan socio-
culturel.

3- Défaillances au niveau socio-culturel

Au niveau de l’aspect socio-culturel, on distingue entre les disparités relevant du


champ social et du champ culturel.

Sur le plan social, il existe des disparités inter-régionales dans différents domaines sociaux :
l’enseignement, la santé, culturel
Sur un autre plan, le caractère socio-tribal est un élément qui a été retenu dans le découpage
en seize régions.

La présentation de la carte des tribus avant la présentation des régions dans le document
(projet de seize régions) en constitue une preuve.

Aussi l’utilisation des noms des tribus pour caractériser certaines régions corrobore ce
constat.

Au-delà de ces critiques, on pose les questions suivantes :

† Est-ce que la dénomination des régions doit nécessairement révéler ses composantes
historiques, géographiques, socio-culturelles…etc., qui sont d’ailleurs diverses ?

† Est-ce que la valorisation de ces aspects se limite à leur présentation au niveau des noms ?

† N’est-ce pas une sorte de complication d’introduire des noms tels que Haha, Chiadma, Bni
Hssen… dans la dénomination de la région ?...

† Est-ce qu’on ne peut pas se limiter aux noms des villes ? Elles ont une histoire, regroupent
une ou plusieurs cultures, et surtout plus connues sur le plan régional, national, voire
international.

Ces composantes sont certes le symbole de notre identité, mais l’ancrage de cette dernière
doit dépasser la forme d’un simple slogan. Il y a sans doute un arsenal de mesures servant à
valoriser ces aspects au sein de chaque région. Cette dernière a une lourde charge
économique que ces composantes devraient étayer effectivement.

En se limitant à l’aspect culturel, on a suggéré cette possibilité : afin d’être


prometteuses de développement, n’était-il pas possible de concilier cette identité culturelle
avec une identité productive pour former des régions plus viables ? La construction de cette
identité productive nécessite de « repenser le découpage et les compétences de manière à
permettre à chaque région d’être un bastion économique »

De ce fait, l’élément culturel sert à cimenter la région, il y crée les mécanismes de synergie et
de cohabitation

C’est de cette façon qu’une nouvelle architecture territoriale pourrait être prometteuse de
développement.

4- La régionalisation avancée
II- la gestion de l’espace territorial

1. Les outils de la gestion de l’espace (Démarches pour réaliser les objectifs du développement
spatial)

2. L’aménagement urbain

3. L’aménagement rural

4. Vers le développement territorial durable