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LE MILITANTISME

STADE SUPREME
DE L'ALIENATION
SUITE...
-

Organisation des Jeunes Travailleurs Révolutionnaires

1974

VOSSTANIE
-
2014
« Il y a une méfiance légitime du PSU vis-à-vis de la prise en charge des questions
Jeunes Travailleurs: celle de voir le parti laisser se créer une organisation, y investir
des forces militantes et matérielles et puis voir l'organisation se transformer en micro-
parti de jeunes, combattant le parti de l'intérieur ou de l'extérieur. Mais aujourd'hui
cette objection a perdu de sa valeur car le PSU s'est doté d'un ensemble de positions
cohérentes dans les thèses de Dijon, qui se fondent sur le socialisme scientifique, seul
capable de faire face aux idéologies ou utopies de gauche. »

Directives N°199 Juin 1970 Bulletin Interne du PSU.

« Le Militantisme Stade Suprême de l'Aliénation » a été rédigé et édité par nos soins en 1972. Sa
parution s'inscrivait dans une perspective immédiate et précise: la dissolution de l'Organisation des
Jeunes Travailleurs Révolutionnaires (OJTR) et le ras-le-bol du militantisme de nombreux
camarades. Il résumait les conclusions auxquelles nous étions arrivés à partir d'une expérience
concrète et des contacts de chacun avec le petit monde militant.

A la même époque les membres de l'OJTR eurent le plaisir de participer à la séquestration, au


siège de « Découverte et culture » (DC), organisme satellite du PSU, de M.M Simon et Guéneau,
permanents de cette officine. Simon était de surcroît membre de la direction politique nationale
(DPN) du PSU et Guéneau responsable du service d'ordre de ce parti. Une vingtaine de camarades
des foyers de jeunes travailleurs du 13eme de Paris participèrent à ce coup de main. Il avait pour
origine le comportement bureaucrate et chefaillon de Simon dans sa tâche, mais surtout le fait que
les bénéfices de DC étaient raflés à d'autres fins. Alors que selon une déclaration de la DPN, ils
devaient être consacrés aux JT. Ils eurent même l'occasion d'échanger quelques coups et de
repousser une attaque de dirigeants du PSU venus à la rescousse de leurs collègues.

Ce n'était pas la première fois qu'à l'OJTR, on était amenés à s'affronter au PSU et aux gauchistes.
Le but n'était pas de faire des coups, mais simplement de s'opposer à des comportements jugés
intolérables et qui se répétaient un peu trop souvent pour que ce soit de simples bavures. Le
« militantisme stade suprême de l'aliénation » devait paraître accompagné d'attaques plus précises
contre les organisations militantes et notamment contre le PSU. Il était prévu de critiquer la misère
et les illusions des diverses fractions qui se partageaient à l'époque ce parti et d'inciter à remplacer
le jeu des tendances par la tendance au jeu. Les camarades qui s'étaient proposés pour cela ne
furent malheureusement pas à la hauteur. Leur défaillance peut s'expliquer par le besoin de
détourner leurs préoccupations du merdier auquel ils venaient de s'arracher. Mais elle rendit un
fier service nos ennemis.

L'OJTR avait été constituée par un poignée de jeunes travailleurs du PSU lors de l'été 1970.. Il
s'agissait pour les dirigeants qui avaient lancé l'affaire, de partir à la conquête de la jeunesse
ouvrière particulièrement réticente à rentrer dans les organisations politiques. L'OJTR,
« organisation de masses » devait permettre de racoler de jeunes prolos en partant de leurs
préoccupations et en déjouant leur crainte de l'embrigadement et de la politique. Il allait de soi
que les « meilleurs » de ces jeunes travailleurs, une fois politisés, se dirigeraient vers le PSU,
"embryon du parti révolutionnaire à construire dans les luttes". Le noyau fondateur de l'OJTR,
organisationnellement autonome, était composé de membres du PSU. Cela garantirait qu'elle ne
pouvait se détourner ou même se retourner contre ce parti. Les « promoteurs » du PSU croyaient
pouvoir être suivis. Ils pensaient en effet avoir mis leur rafiot dans le vent de l'histoire au récent
congrès de Dijon.

Si l'ensemble de la DPU avait approuvé le lancement de L'OJTR, l'affaire intéressait surtout les
tendances de gauche maoïstes et trotskistes qui voyaient un moyen, par la « prolétarisation » de
leur organisation, d'en prendre complètement la direction et de lui assurer un avenir. Chacun y
projetait ses fantasmes idéologiques: construction d'une grande organisation de jeunesse pour les
trotskistes, constitution d'organisation de masse à la base pour les maoïstes.

Si l'OJTR ne s'est jamais beaucoup développée numériquement, (quelques dizaines de personnes


participaient régulièrement, quelques centaines tournaient autour) elle a pris une grande im-
portance dans beaucoup de cervelles PSU. C'était la preuve que le parti avait une implantation
prolétarienne. C'était aussi la preuve qu'il était démocrate et pas récupérateur. Ils égayaient leurs
locaux avec des affiches de l'OJTR. Le soutient pratique ne fut par contre jamais à la hauteur. Si la
direction du PSU épongeait régulièrement les dettes du journal de l'OJTR « 4 Millions de Jeunes
Travailleurs », au niveau de la base, jamais le développement de l'OJTR ne fut traité comme un
objectif prioritaire.

A coté d'arrivistes ayant bondi sur l'occasion pour s'assurer une position de dirigeants et amorcer
une carrière, il y avait dans le groupe qui a lancé l'organisation des camarades désireux d'échapper
à la merde du PSU, sans pourtant rompre avec ce qu'ils considéraient comme la plus importante et
la moins sectaire des organisations révolutionnaires; des camarades qui voulaient lutter pour
l'organisation de la classe ouvrière et espéraient transformer une extrême-gauche qui ne les
satisfaisait pas par un afflux d'air frais et prolétarien. Mais le caractère volontariste et artificiel, le
militantisme exaspéré qui ont présidé au lancement de l'OJTR, dictaient à tous une conduite assez
uniforme et bureaucratique où ne s'élevaient que des querelles de stratégie et des conflits de
personnes. Une fois de plus il s'agissait de lancer une organisation comme on lance une marque de
lessive. Cela revenait à rassembler des jeunes travailleurs autour d'une direction constituée par le
noyau de départ au moyen notamment de la diffusion de « 4 millions de JT », tiré pour son
premier numéro à 30 000 exemplaires..

Si certains individus manifestaient de saines réactions face au manœuvre et compromis


bureaucratiques, à l'OJTR, au PSU ou ailleurs, tant que les buts de lancement semblaient
réalisables et justifiables, ils ne pouvaient se démarquer de ceux qui avaient des intérêts
personnels à défendre.

L'évolution de certains camarades vers des positions révolutionnaires fut déterminée par la crise
de l'organisation, associée paradoxalement à des succès relatifs dans certaines luttes. Le peu de
soutien à L'OJTR de la part des militants du PSU, les répercussions des divisions idéologiques et
stratégiques de ce parti, l’expérience militante et dirigeante de gens projetés à des postes de
responsabilités, empêchait l'OJTR de poursuivre une politique cohérente qui lui aurait assuré,
même de façon éphémère, un succès organisationnel type AJS ou idéologique comme à VLR.

A côté de cela, des camarades de l'OJTR, grâce à leurs qualités personnelles, et aux possibilités de
coordination et de soutien qu'ils retiraient de l'organisation jouèrent un rôle important dans
certaines luttes. Dans les foyers de jeunes travailleurs, quelques boites et les centres de formation
professionnelle pour adultes, l'action prit même une certaine ampleur. Ce qui les opposa parfois
vivement à des gauchistes qui, sur place, ou parachutés, se livraient à leurs manœuvres de
récupération ou de sabotage, intentionnelles ou non. Le décalage entre les militants qui empêtres
dans leurs préjugés tombaient régulièrement à côté de la plaque, et une fraction des travailleurs
qui se montraient spontanément radicaux et efficaces, sautait aux yeux. Ils se trouvaient souvent
plus proches par les actes et aussi par les idées de nombreux jeunes ouvriers peu soucieux de
rentrer dans une quelconque organisation, que des militants gauchistes et d'une partie des gens de
l'OJTR, anciens de la JOC ou autre, venus pour se réchauffer ou même pour bureaucratiser. Très
doués pour appeler à participer à des manifestations là ou il n'y a qu'à prouver que l'on sait
marcher et gueuler, ils étaient incapables d'agir réellement face à une situation mouvante, de faire
des choix et de prendre des risques. Ces gens là se comportent en propriétaires de luttes et de
victoires dans lesquelles ils ne sont souvent pour rien.
Le parti bolchevique ne fut jamais véritablement communiste ni dans son action ni même dans son
programme. Toutefois, il rassembla (en particulier en 1917) des prolétaires parmi les plus
combatifs, décidés à changer de vie.

Les diverses formations qui se réclament aujourd'hui du léninisme et de l'exemple bolchevique ne


sont pas plus communistes que leur modèle, mais ils ne peuvent prétendre en rien rassembler les
plus capables et les plus courageux des prolétaires. La prétention de leurs militants à être d'avant-
garde, se justifie le plus souvent dans le domaine de la frime et du baratin. Il y avait quelques
risques à être bolchevique, il n'y en a souvent plus beaucoup à entrer dans un groupe gauchiste.
On y gagne avec facilité un rôle exaltant. On monte à l'assaut du ciel à coté des communards!. «
Fumez une Malboro, vous serez un vrai cow-boy » , adhérez au premier groupuscule venu et
prenez-vous pour un farouche bolchevique

Lorsque nous raillons les aspirations à la promotion que recouvre le militantisme, ce n'est pas au
nom d'une condamnation morale de la supériorité. Nous dénonçons l'écart entre ce qu'est le
militant et ses prétentions.

L'OJTR, après un certain développement dû à l'apport de jeunes travailleurs, adhérant ou gravitant


autour du PSU, à l'entrée de copains de copains, se mit à se dissoudre d’autant plus vite que la
place de ceux qui partaient n'était pas comblé par les « contacts » développés dans les luttes. Ces
« contacts » n'avaient, en effet, aucune raison de « venir se geler » dans l'OJTR. Il fallait être
étranger aux luttes pour imagier concrètement que deviennent permanents dos liens qui étaient
fondés sur des actions mon-permanentes et sans qu'ils se transforment et deviennent étrangers à la
lutte qui les avaient engendrés. Au mieux ils devenaient de purs liens de copinage ou d'amitié: On
survit dans le même quartier, on se retrouve au bistrot, on va au cinéma ensemble. Au pire, ils se
prolongeaient artificiellement et devenaient politiques.

La crises du racket OJTR, la lassitude, le refus de supporter plus longtemps des magouillés qui ne
pouvaient plus se justifier au nom de l'efficacité, l'action au sein et aux franges de l'organisation de
camarades sans illusions sur le militantisme, la diffusion de textes ultra-gauche et situationnistes,
l'élection au secrétariat national en décembre 71 de camarades peu respectueux de l'image de
marque de l'OJTR et du PSU; permirent le regroupement d'une fraction décidée à en finir et
dissoudre une OJTR qui ne pouvait être redressée dans une voie révolutionnaire.

Le secrétariat national convoqua une assemblée générale en mai 72 en proposant la dissolution. les
quelques participants se fractionnèrent en deux tendances à peu près égales en nombre. L'une
acceptait les thèses explosées dans « Le Militantisme... » et "Statuts imaginaires pour une
association des travailleurs communistes", l'autre les rejetait tout en restant fort divisée. Personne
n'essaya de défendre le maintient de l'organisation. Les opposants ne se prirent pas au sérieux au
point de croire qu'ils pourraient continuer à soutenir ne serait-ce qu'une façade. Ils nous quittèrent
pour aller s'évaporer au soleil.

Ainsi fut écartée toute possibilité de replâtrage comme, par exemple, l'intégration des restes de
l'OJTR dans une organisation de jeunes du PSU. Il avait déjà été proposé à un camarade,
permanente de l'OJTR payé par le PSU, de continuer comme semi-permanent !.

La fin de l'OJTR fut marquée par legs mensonge, les calomnies démesurées des apeurés. Des
chacals du PSU n'hésitaient plus, pour sauver les meubles, à intervenir directement à l'intérieur de
l'OJTR et à user des moyens de pression qui leur restaient. Des maoïstes se proposèrent
d’empêcher la diffusion du « Militantisme... » L'on déféra par surprise certains camarades devant
un « tribunal populaire ». L’échantillonnage des masses ayant sans doute été mal choisi, le procès
qui devait être le leur, devint progressivement celui du militantisme et des procurateurs de
« Humanité Rouge » et de la « Ligne: Communiste » qui avaient pactisé pour l'occasion. Diverses
menaces d'expéditions contre personnes et domiciles furent proférées. Il convient de souligner que
des militants, tant au sein de l'OJTR qu'à l'extérieur; sans se rallier, s'insurgèrent contre ces
procédés.

A partir du moment où les dirigeants du PSU eurent pleinement connaissance des thèses exposées
dans le « Militantisme... » il fut impossible, malgré les promesses antérieures, de faire passer un
texte dans leur presse nationale ou régionale pour exposer dos positions ou même pour répondre à
des articles (tel un rapport mensonger sur l'occupation de « Découverte et culture » paru dans un
« Directives »). Un camarade eut la surprise de se retrouver cosignataire d'un article de « Tribune
Socialiste » sur la question internationale. Ce texte maoïsant dans la rédaction duquel il n'était
pour rien réaffirmait entre autres sottises que L'on « pouvait construire le communisme dans le
cadre national ». Une protestation suivie d'une mise au point sur ses véritables positions sur la
question fut envoyée. Rien ne parut.

Si la sortie du « Militantisme... » n’entraîna pas de réactions officielles dans la presse gauchiste et


le tout mouvement militant, elle n'en suscita pas moins des réactions de rage. Cette volonté
délibérée de s'en prendre au militantisme ne pouvait être le fait de brave prolétaires. Aussi,
mythologiquement, on en imputa la rédaction à un professeur d'universités, à un flic, ou à
l'abominable homme des neiges....D'ailleurs, le style trop littéraire prouvait « qu'il ne pouvait pas
venir du milieu ouvrier » et qu'il le méprisait même puisque.. « illisible par tout ouvrier digne de
ce nom ».

Mais surtout on cria « Au fascisme ». Pour le gauchiste moyen, le fascisme. c'est le mal, ce qu'il
ne faut surtout pas chercher à comprendre ou analyser de peur d'être contaminé. Le fascisme ne se
critique pas, on l'étouffe. Considérer la brochure comme fasciste ou d'inspiration fasciste,
permettait de faire l'économie de la réflexion en la rejetant en enfer. Cette accusation s'est toute-
fois vue justifiée en « privé » de façon assez originale. Pour des dirigeants du PSU, la marque du
fascisme se trouvait dans le vocabulaire. Ainsi, l'expression "vieux monde" serait typiquement
faf ! Pour d'autres, nous ne faisions qu'exprimer les tendances de la jeunesse ouvrière à une
violence apolitique... et donc fasciste. Le maoïste albanais A. Rehar et le vieux crouton trotskiste
Craipeau, ont interprété ainsi « la délinquance de la jeunesse ouvrière des grands ensembles » lors
d'une DPN.

La classe ouvrière ne serait plus spontanément trade-unioniste mais fasciste ! On mesure l'urgence
d'un parti révolutionnaire propre à rectifier cela.

Cette accusation est liée à une vision petite bourgeoise du fascisme. La petite bourgeoisie qui fut
là plus. séduite par le fascisme, maintenant qu'elle sait que c'est mal, en révise les termes: le
fascisme, c'est le voyou sans foi ni loi, celui qui ne respecte pas les règles, c'est la violence
sauvage. Ainsi notre brochure est fasciste parce qu'elle parle de désirs et de spontanéité, critique la
hiérarchie.., pour le bureaucrates le fascisme devient l'incontrôlable dans le mouvement des
masses, la barbarie.

Bien que dans « Le Militantisme... » nous parlions d'action et d'organisation, il nous a été reproché
de prêcher la démission et la passivité comme mode de salut. En variante, l'on nous a accusé d'être
en contradiction avec nous même et d'être les plus hypocrites des militants puisque nous
critiquions le militantisme tout en continuant à agir.

Nous n'avons pas fait la critique de l'action mais de la passivité.

Ce n'est pas nous ce sont les militants qui ont proclamé leur activité distincte, complémentaire et
supérieur à celle qui serait spontanément inorganisée de la classe. Ils l'ont appelé « militantisme».
Nous n'avons fait que dire que l'activité prolétarienne spontanée, même si elle s'exprime encore
bien timidement, est DEJA communiste et que, au contraire le militantisme ne l'est pas. C'est du
délire que de prétendre contre nous, avoir le monopole de l'action et donc de se substituer
totalement à la classe. Se poser la question « que faire? », courir après l'action, c'est montrer que
l'on est séparé du mouvement communiste. Le communiste, même s'il a une stratégie consciente
ou s'il s'occupe de théorie; ne sépare pas son activité des motivations, de la situation qui le pousse
à agir. Le militantisme, du point de vue du communisme est à dire aussi du point de vue des
besoins du militant ce n'est pas l'action, c'est s'agiter pour ne pas changer. Autant que les militants
proprement dit, la brochure a dérangé cette couche de sympathisants qui baigne dans l'idéologie
militante sans vouloir en payer le prix. On s'enrage d'autant plus de voir le militantisme mis en
cause que l'on se sent coupable de ne pas militer.

On nous a reprocher notre ton: La modération aurait été plus convaincante. Nous ne partons pas à
la pèche aux militants. Notre propos n'est pas de convaincre ou de convertir à nos idées ou à notre
pratique. Ce serait encore rester des militants même anti-militants. Il ne s'agit pas d'attirer en
commençant par flatter mais plutôt de secouer le cocotier... Notre brochure même sous une forme
violente ou pamphlétaire, est un appel aux militants mais ce n'est pas la simple lecture de ce texte
qui peu faire d'un militant un révolutionnaire. Le ralliement au niveau des idées nous inquiéterait
et nous défriserait plutôt. Il ne peut nous rejoindre que parce que son expérience retrouve la notre.
Nous ne plaçons pas une nouvelle marchandise sur le marché de la révolution !

L'écrit communiste n'est cependant pas qu'un drapeau, un signe qui permettrait de se reconnaître,
de départager ceux qui seraient pour de ceux qui seraient contré. Il est une action et un message à
l'égard de ceux qui ressentent la misère du militantisme qui végètent dans des organisations ou les
quittent; mais pour qui cela reste un problème privé, une question de sentiments ou de
ressentiments personnels et extérieurs au sérieux de l'histoire.

Combien de militants et en particulier d'ouvriers quittent déçus une organisation, parce qu'ils s'y
ennuyaient et éprouvaient un sentiment d'inutilité, sans pour cela s'en donner les raisons?. Le fait
d'affirmer hautement, publiquement et sans honte ce qui est ressenti par beaucoup ne se réduit
nullement à un discours, reflet plus ou moins juste de la réalité, mais participe à la transformation
de cette réalité.

Ce qui est remarquable chez ceux qui se sont retrouvés dans nos thèses sur le militantisme, c'est la
diversité de leurs origines Pro-situs, homosexuels, écologistes, trotskistes, maoistes-néo-
nationalistes, et autres cruciverbistes...A coté du notre, sont parus un certain nombre de textes
révélateurs de la crise du gauchisme et du retour de la critique communiste. Citons entre autres:
«Bilan de oser lutter » « Rupture avec Lutte Ouvrière et le Trotskisme », « Bilan du Comité de
Lutte Renault », « Le Fléau Social N°3 ».

Le militantisme connait de nouveaux succès et déboires depuis quelques temps dans les
mouvements dits des "Minorité Opprimées", nationales ou autres. Il est intéressant de constater,
avec quelle facilité et quelle aisance, des éléments pro-nationalistes sans parfois le savoir ou
l'avouer, peuvent passer tout bonnement au léninisme. Comment, leurs luttes contre les Etats,
français ou autres, au lieu d'être une lutte contre l’État devient une lutte pour en reconstruire un
autre, le leur ouvrant leur porte, comme toutes les organisations étato-militantes, à des ratés du
monde marchand, offrant la possibilité de se "refaire dans la peau d'un révolutionnaire par le
simple biais du fonctionnariat et du bureaucratisme. On fait référence à « Que-faire? » on prend la
révolution russe en exemple, pour se ravaler la façade. On pioche allègrement dans
l'internationalisme de Lénine pour prôner un néo-nationalisme international! La petite bourgeoisie
des provinces et surtout sa branche.. la plus aliénée, celle de la misère du ghetto de l'enseignement
d'où on ne sort jamais: on passe du Lycée à la "Fac" pour retourner enseigner au Lycée - sait très
habilement se recycler pour éviter les poubelles de l'histoire, en devenant diplômée en révolution.
On passe du salon de thé ou de l'amphi à la salle de réunion, le sanctuaire, pour parler révolution.
Dans un univers marchand, où le capital tend à tout uniformiser, où son niveau d'interna-
tionalisation, sape les bases du nationalisme, on éprouve le besoin de se singulariser et de se
rechercher une petite originalité dans l'entrepôt, macis on le fait sur le mode marchand. Les
nouvelles breloque nationales remplacent les décorations et la rosette de pépé. Le comble de la
connerie-maso a probablement été atteint, par les, militants parisiens, qui, vivant à Paris, coupés
de leur désir: vivre chez eux, y retournent périodiquement pour « faire leur travail politique ».

La même recherche d'une communauté pousse les gauchistes à s'identifier à leur secte, les
féministes et homosexuels révolutionnaires à une nouvelle patrie formelle. Pour faire radical et
moderne on s'excite contre la famille tout en réinventant la tribu. « On 'emmerde alors on milite,
qui homosexuels dans le FHAR, qui occitans, qui bretons, basques, dans le « tout mouvement »
occitan ou breton etc... qui femme plus « femme » parce que dans le MLF. On assiste aujourd'hui
au dérisoire succès de ces différentes formes de « militantisme qui se traduit par un « néo-
chauvinisme de gauche », encouragé par les gauchistes, toujours avides de soutenir ou d'organiser
les autres, de trouver de nouveaux terrains fertiles. Peu leur importe, la démagogie vis-à-vis des
paysans, des femmes, etc... le conservatisme, un nouveau racisme culturel ou sexuel et la création
de nouveaux ghettos. Le quotidien « Libération », « le journal qui apprend aux ouvriers ce qu'ils
ont fait la veille », appelle sans vergogne, à manifs et meetings de soutien.
Il y aurait beaucoup à dire aussi sur ces militants oui souvent prétendent ne plus « en-être » parce
qu'ils se spécialisent dans la vie quotidienne. Ils n'ont plus le regard tourné vers Pékin ou La
Havane mais sur leur nombril. Les maquis de l' Amérique Latine ne les interesse plus, ce qui les
préoccupe c'est la libération de leur propre corps, la domination de leur vie, le choix de leurs
rencontres. Qu'il s'agisse de pro-situs ou débris de VLR, tout cela n'est pass la négation du
militantisme mais au contraire son achèvement, même s'il y a à la base leur attitude, comme
d'ailleurs dans tout militantisme, des tendances communistes perverties. Ils croient abolir la
distance qui les sépare de l'objet de leur intérêt, ils ne font que rapprocher cette distance d'eux-
mêmes. Ils peuvent courir longtemps après leurs corps et leur vie quotidienne sans jamais les
rattraper, car c'est leur propre vie qu'ils abaissent en un objet de politique et en un spectacle dont
ils se voudraient metteur-en-scène. Cette prétention à être maître de sa vie, maître de ses désirs, à
se produire soi-même, n'est que l'autre versant bourgeois du projet de régenter le monde et les
autres. Elle est aussi illusoire. Si l'on peut la comprendre en-temps que réaction défensive, on doit
la dénoncer quand elle se prétend révolutionnaire.

Le fait que les réactions des militants à cotre brochure aient été assez débiles ne signifie pas
qu'elle soit au-dessus de toute critique. Dans la dernière partie, nous invoquons les masses et le
pouvoir des Conseils Ouvriers pour garantir que la révolution ne sera pas dévoyée. Nous confions
essentiellement aux révolutionnaires la tâcher de faire respecter les règles démocratiques contre
les manipulateurs. C'était, comme nous l'on fait remarquer des camarades, entre autre ceux du
« Mouvement Communiste » (I) , retomber dans les travers que nous dénoncions, nous reprenions
à notre compte l'opposition masse-militant, nous invitions les révolutionnaires anti-militants à se
replacer, en quelque sorte au « service des masses ». Certes, le programme communiste trouve la
garantie de son application dans la situation des masses prolétarisées et la victoire de la révolution
exige une très large participation de la population, mais il importe de ne pas voir dans le
prolétariat une masse indifférenciée et de souligner le rôle de sa fraction (ou parti) communiste. Il
emporte. aussi de n'avoir aucune illusion sur la démocratie. La démocratie n'est pas la voie qui
mène au communisme mais un cul-de-sac. Oui, va.-t-on nous répondre, la démocratie
représentative, la démocratie parlementaire bourgeoise, mais pas la démocratie directe, la
démocratie conseilliste, celle qui repose sur les A.G, les cellules, les délégués révocables... et tout
le tintouin. Nous ne faisions évidemment pas l'éloge de la démocratie parlementaire, mais celui
de la démocratie prolétarienne, c'est un leurre. Le principe constitutif de la démocratie c'est la
séparation entre la décision et l’exécution. Des groupes comme « Socialisme et Barbarie » et à la
suite « Internationale Situationniste » se sont à la fois réclamés de la démocratie et de l'abolition
de cette séparation. C'était vouloir concilier l'inconciliable. Cela ne peut que semer la confusion.
Le mot est bien trop lié à l'idée de débat et de réunion préalable et préparatoire à l'action, à la
nécessité pour la minorité de se plier aux décisions de la majorité, à l'idée que la vérité sort de
cette majorité. On peut dénoncer les magouilles des A.G mais il faut surtout montrer que le
principe de « tout le pouvoir aux A.G » peut souvent revenir à laisser les A.G choisir entre les
groupes de pression les plus habiles et les plus démagogiques, on insistant d'abord sur le respect
de règles organisationnelles, le contrôle des délégués, la fréquence des réunions, on risque de
retomber dans un perfectionnisme qui ne garantira. Rien.

Les communistes doivent d'abord s' affirmer comme tels, pour eux-mêmes et face aux autres,
défendre dans des situations concrètes leur programme. Cela ne se réduit pas à répéter « abolition
du salariat », « fin de l'économie marchande ». Il faut agir pratiquement dans ce sens, sans faire
dépendre son action d'une approbation démocratique à-priori. Nous prouverons que nous avons
raison par la force et l'exemple de notre pratique. L'important est que se rassemblent des forces
suffisantes pour agir et non qu'elles soient à tel où tel moment minoritaires ou majoritaires.

En ce qui concerne les Conseils Ouvriers, la réflexion et l'étude des expériences passées montrent
quel nous n'avons pas à faire l'apologie ou à appeler à le création de conseils en-soi, comme l'on
fait les situs en 68, cela même en fournissant des définitions minima. On retombe vite dans une
idéologie de conseils comme expression ou représentation de la classe. La construction des
conseils se substitue à 1a. construction du parti. On ne fait qu'opposer un type d'organisation à un
autre, un pouvoir à un autre pouvoir. On pose entre le prolétariat et le communisme un
intermédiaire organisationnelle. Nous devons mettre en avant les tâches communistes et agir pour
l'organisation de la classe en lutte.

C'est en fonction de ces tâches que naîtront le formes organisationnelles appropriées: comité
d'action, conseil, organisme de coordination. C'est sur ce que feront les conseils qu' ils seront
jugés. Dans une période révolutionnaire tout le monde risque de devenir "conseilliste". L'idéologie
conseilliste et autogestionnaire sera le meilleur moyen d'embarquer de larges fractions de la classe
dons une activité institutionnaliste. On s'amusera ou on s'ennuira à construire démocratiquement
ou non, des pyramides de conseils, à autogérer des usines de boutons de culottes, pendant que la
contre-révolution se renforcera. La répugnante apologie des LIP, en-tant que travailleurs
s 'autogérant, nous donne un avant goût de la chose. La question de la démocratie se pose déjà
dans les luttes présentes, qui souvent démarrent sans vote sauvagement, sous la pression des
moins résignés qui entraînent les autres. Le Moment où la démocratie reprend le dessus, est
l'heure du désenchantement, l'heure où le vote de reprise sanctionne l'épuisement. L'A.G bien
souvent n'est pas le lieu de discussions vivantes, mais. celui d'un débat formel, coupé de ce qui est
discuté, parce qu'elle est l'espace-temps de la discussion séparée.

A l' O.J.T.R, on a payé le prix d'une conception démocratique. Il y a eu une tendance à se battre
pour qu'un certain nombre de règles soient respectées au sein de l'organisation et que la base
puisse avoir le pouvoir. Cette position ne permet pas de démasquer réellement la bureaucrate
Puisque tous se réclament à qui-mieux-mieux de la base et n'évitent pas les magouilles.

Le personnage du bureaucrate n'est ni autoritaire ni violent. Pour faire carrière, il joue les
conciliateurs, s'occupe de synthèses, admet le point de vue de chacun, flatte etc.... Les décisions et
les règles de fonctionnement qui peuvent émaner des réunions ou A.G sont ignorées ou détournées
et les mêmes continuent à tirer les ficelles en fonction de leurs intérêts propres, sans qu la base,
retournée à ses moutons, ne s'en inquiète vraiment. Il vaut: beaucoup mieux que ceux qui savent à
peu près ce qu'ils veulent, au lieu d'attendre que la base libre enfin de s'exprimer leur fasse signe,
affirment nettement et en acte des positions qui peuvent forcer des politicards, en contre-attaquant,
à se dévoiler.
Nous n'avons pas réduit la critique qui nous a été faite à une question de vocabulaire parce que
nous avions eu l'occasion de mesurer pratiquement le caractère néfaste de la conception
démocratique-conseilliste-autogestionnaire.

Voilà de quoi convaincre les « militants démocrates » de notre fascisme; ça ne les empêche pas,
ces vautours, d'exploiter l'exécution du communiste et antidémocratique Puig Antich pour en faire
un martyre de leur lutte antifasciste au début de l'année

Dans la dernière partie du « Militantisme... » le principal danger que nous dénoncions était celui
de la reformation d'une classe dirigeante à partir d'organisations pseudo-révolutionnaires comme
cela eut lieu dans les pays dits communistes. C'était faire trop d'honneur au militantisme. Dans les
pays capitalistes développés, où les conditions pour eux-mêmes et pour le. reste du monde, d'une
révolution communiste sont réellement présentes, l'extrême-gauche politique n'a pas d'avenir. Les
gauchistes ne sont pas à l'avant-garde. Le plus souvent leur projet réformiste est en retard sur celui
de l'aile moderniste de dirigeants bien plus perspicaces et audacieux. Loin d'amorcer des
comportements nouveaux, les gauchistes ne font que caricaturer les règles de la société capitaliste.
Leurs sectes et leurs idéologies s'affirment, se proposent, se distinguent entre elles comme des
marques de soutien-gorge. Le marché du prêt-à lutter n'a rien à envier aux autres.

Que l'extrême-gauche n'ai pas d'avenir, ne signifie pas qu'elle ne puisse jouer un rôle néfaste.
Ceux, qui au nom du réalisme prétendent se mettre juste un pas devant les masses, ne font que leur
-boucher la vue. En cherchant à plier la révolution aux nécessités de leur survie, les bureaucraties
ne peuvent que la rendre plus vulnérable. Soucieuses d'organiser les masses, elles ne peuvent les
organiser que suivant leurs propres modes d'organisations, les exigences de leur pouvoir,
institutionnaliser le mouvement de masse et ainsi l'ériger en cible pour la contre-révolution.

Trotsky et Mao ont, dans de vastes pays fondés sur une économie agraire et dans la trainée de
conflits inter-inpérialistes, réussi à imposer leur pouvoir...

Aujourd'hui, ceux qui voudraient à leur exemple, reconstituer une armées rouge risquent de nous
entraîner dans leur défaite.

L'écart entre les armées établies et celles qui pourraient essayer do se constituer est énorme. Nous
ne sommes pas d'accord pour faire joujou avec des fusils contre des missiles; pour mourir par le
feu classique nucléaire, ou même mangés par les petits cochons. Les pays industriels étant
extrêmement vulnérables au niveau de leur production et de leur communications, le contrôle de
l’aviation, entre autre, suffit à nous faire crever de faim les patates en l'air, la gueule ouverte et la
langue pendante. Raisonner en terne de guerre, c'est entrer dans le jeu de la contre-révolution
militaire, s'installer sur un terrain où le prolétariat sera vaincu. Or, tout prédisposa les groupes
politiques déjà hiérarchisés à jouer ce jeu là. Pour prendre l’exemple chilien, le pacifisme
d'Allende fut débile mais le MIR le fut tout autant. Les groupes d'autodéfense n'ont pas fait long-
feu.

La force du prolétariat repose dans sa position économique, le talon d'Achille des armées
modernes dans leur dépendance à l'égard de cotte production. C'est autour de cela que se jouera la
partie. Sans renoncer à la lutte armée, nous devons chercher à ne pas offrir de cibles, refuser la
guerre de front et de territoires, opposer la fluidité révolutionnaire à la lourdeur de la machine
militaire. Les bureaucraties à la recherche de permanence et de pouvoir ne.le peuvent pas.

Le gauchisme, ce n'est pas l'ennemi aux portes du capitalisme — c'est le fou du roi — C'est aussi
notre faiblesse, le militantisme gauchiste peut continuer à jouer son rôle, à parodier, à se prendre
et à être présenté comme la révolution, parce que le véritable communisme ne parle pas encore
assez distinctement et assez haut.
(I) Cf: Le livre de J. Barrot Le Mouvement Communiste aux éditions Champs Libres - Critique de l'Idéologie
Ultra-Gauche in La Question Russe parue à la Tête de Feuille.
« Bien que dans "Le Militantisme..." nous parlions d'action et d'organisation,
il nous a été reproché de prêcher la démission et la passivité comme mode de
salut. En variante, l'on nous a accusé d'être en contradiction avec nous même
et d'être les plus hypocrites des militants puisque nous critiquions le
militantisme tout en continuant à agir.

Nous n'avons pas fait la critique de l'action mais de la passivité.

Ce n'est pas nous ce sont les militants qui ont proclamé leur activité distincte,
complémentaire et supérieur à celle qui serait spontanément inorganisée de la
classe. Ils l'ont appelé "militantisme".

Nous n'avons fait que dire que l'activité prolétarienne spontanée, même si elle
s'exprime encore bien timidement, est DEJA communiste et que, au contraire
le militantisme ne l'est pas. C'est du délire que de prétendre contre nous, avoir
le monopole de l'action et donc de se substituer totalement à la classe. Se poser
la question « que faire? », courir après l'action, c'est montrer que l'on est
séparé du mouvement communiste. Le communiste, même s'il a une stratégie
consciente ou s'il s'occupe de théorie; ne sépare pas son activité des
motivations, de la situation qui le pousse à agir. Le militantisme, du point de
vue du communisme, c'est à dire aussi du point de vue des besoins du militant
ce n'est pas l'action, c'est s'agiter pour ne pas changer. Autant que les militants
proprement dit, la brochure a dérangé cette couche de sympathisants qui
baigne dans l'idéologie militante sans vouloir en payer le prix. On s'enrage
d'autant plus de voir le militantisme mis en cause que l'on se sent coupable de
ne pas militer. »

Organisation des Jeunes Travailleurs Révolutionnaires - 1974

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