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L’Encéphale (2011) 37, 138—143

L’Encéphale (2011) 37 , 138—143 Disponible en ligne sur www.sciencedirect.com journal homepage:

Disponible en ligne sur www.sciencedirect.com

37 , 138—143 Disponible en ligne sur www.sciencedirect.com journal homepage: www.em-consulte.com/produit/ENCEP

journal homepage: www.em-consulte.com/produit/ENCEP

journal homepage: www.em-consulte.com/produit/ENCEP PSYCHOPATHOLOGIE Validation empirique du questionnaire

PSYCHOPATHOLOGIE

Validation empirique du questionnaire abrégé des schémas de Young (YSQ-S2) sur une population de patients présentant un trouble de la personnalité borderline et de sujets témoins

Empirical validation of the Young Schema Questionnaire-Short Form (YSQ-S2) in borderline personality disorder and control subjects

P. Mauchand a, , K. Lachenal-Chevallet b , J. Cottraux c

a CRIS, EA 647, 42023 Saint-Étienne, France

b Service de pédopsychiatrie, CHU de Saint-Étienne, 42055 Saint-Étienne, France

c Université Lyon 1, CHU de Lyon, 69394 Lyon, France

Rec¸u le 6 mars 2009 ; accepté le 1 er avril 2010 Disponible sur Internet le 3 juillet 2010

MOTS CLÉS

Questionnaire des

schémas ;

Personnalité

borderline ;

Psychométrie ;

Schémas précoces

inadaptés

KEYWORDS

Borderline personality disorder;

Résumé Le questionnaire abrégé des schémas (YSQ-S2) proposé par Young (1998) [13] est un instrument bref (75 items) permettant de mesurer 15 schémas précoces inadaptés (SPI). L’objectif de cette étude est de valider empiriquement deux versions du YSQ-S2 (version franc¸aise initiale et version franc¸aise modifiée) auprès d’un échantillon de patients présentant un trouble de la personnalité borderline (n = 37) et de sujets témoins (n = 263). Les résultats indiquent que les deux versions de l’instrument distinguent bien les patients borderline des sujets témoins. Les comparaisons statistiques montrent des différences significatives entre les deux groupes, les scores au YSQ-S2 étant à chaque fois plus élevés pour le groupe pathologique. Pour les deux versions, un seuil pathologique est également proposé. La version franc¸aise (ini- tiale ou modifiée) du YSQ-S2 apparaît être une mesure valide permettant la mise en évidence des SPI et une bonne échelle de mesure du trouble de la personnalité borderline. © L’Encéphale, Paris, 2010.

Summary Introduction. — According to Young [11], Early Maladaptive Schemas (EMS) are deep cognitive structures constituted by beliefs about the word, oneself, and one’s relationship with others. Young proposed a first clinical scale to assess EMS: the Young Schema Questionnaire (YSQ-L1). A later version, the YSQ-L2 (205 items), was developed by Young to measure 16 EMS. The Schema

Auteur correspondant. Département STAPS, université Jean-Monnet, 3, impasse Georges-Clémenceau, 42100 Saint-Étienne, France. Adresse e-mail : pierre.mauchand@univ-st-etienne.fr (P. Mauchand).

0013-7006/$ — see front matter © L’Encéphale, Paris, 2010.

doi:10.1016/j.encep.2010.04.014

Validation empirique du questionnaire abrégé des schémas de Young (YSQ-S2)

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Early maladaptive schemas; Psychometric; Schema questionnaire

Questionnaire-Short Form (YSQ-S2) was designed to measure 15 EMS [13] and is a shorter ins- trument (75 items). Aim of the study. — The aim of the present study was to validate the French version of the YSQ- S2 through a comparison of patients with borderline personality disorder (BPD) with control subjects. We used two French versions of the YSQ-S2 for validation purposes in BPD and control samples. The first version (initial French version) is identical to the original YSQ-S2 (75 items, 15 EMS) while the second (modified French version) comprises 68 items grouped into 14 factors. Method. — The control group was composed of 263 non-clinical subjects (82 males, 181 females) who were mostly university students. The mean age of the sample was 27.92 years (SD = 14.26) and age ranged from 17 to 67 years. The pathological group was composed of 37 BPD patients (eight males and 29 females) from the Anxiety Disorder Unit (Neurological Hospital, Lyon) and the Cognitive Behaviour Therapy Unit (Sainte Marguerite Hospital, Marseille). The majority of these patients were employees and senior executives. Age ranged from 19 to 53 years, with an average of 34.45 years (SD = 9.74). A psychiatrist diagnosed the patients with the Diagnostic Interview for Borderline-Revised [3,17]. All participants filled in the French version of the ori- ginal 205-item YSQ-L2 [5] from which responses of the 75-item YSQ-S2 were extracted. Control subjects anonymously completed the YSQ-L2 in groups of 10 to 40 people and patients completed the YSQ-L2 in a clinical setting. Results. — For each version of the YSQ-S2, the total score was analyzed with two-ways ANOVA (Group × Gender) and the sub-scores were analyzed with one-way MANOVA (Group). Our results showed that the two versions of the YSQ-S2 have good discrimination values between BPD patients and control subjects. Statistical comparisons indicated significant differences between the two groups. No difference appeared between males and female’s scores. Results showed that BPD patients’ total score and sub-scores were significantly higher than those of control subjects. Moreover, for each version of the YSQ-S2, a threshold level of pathology was obtained

by the analysis of the intervals of total scores for the two groups. In the initial French version of the YSQ-S2, the scores of 15.59% of the control subjects overlapped with the scores of 94.59% of the BPD patients with a total score higher than 180. In the modified French version, the scores of 15.97% of the control subjects overlapped with the scores of 94.59% of the BPD patients with

a total score higher than 160. Therefore, the pathological threshold of BPD could be set at a

score of 181 and 161, respectively for the initial French version and the modified French version of the YSQ-S2.

Discussion. — In spite of the small size of our pathological sample (N = 37), the French version (initial or modified) of the YSQ-S2 appears to be a valid measurement allowing the description of the EMS and a quite effective instrument for measuring BPD symptoms. In addition, our results suggest that it is possible to reduce the YSQ-S2, given that the suppression of several items (modified French version of the questionnaire) does not modify the cut-off point and the differences between the BPD patients and the control subjects.

© L’Encéphale, Paris, 2010.

Introduction

Selon Young [11], les schémas précoces inadaptés (SPI) sont des croyances inconditionnelles sur le monde, soi-même et sa relation aux autres. Ces croyances ont une valeur prédic- tive pour le sujet, qui ne se sent pas capable d’y échapper. Les SPI sont rigides, résistants au changements, activés par des stimuli environnementaux, connectés à des émotions de forte intensité, et ont leur origine dans les expériences interpersonnelles précoces [4,12,14—16]. Les SPI affecteraient plus particulièrement l’image de soi de l’individu, en lui retirant par-là même l’espoir d’une amélioration de son état. Les biais de traitement de l’information (maximalisation des données allant dans le sens des schémas, minimalisation de celles les infirmant) induits par les SPI tendent à les renforcer et à les pérenniser. Young fait l’hypothèse qu’en réponse aux émotions intenses et aversives suscitées par l’activation des SPI, les individus

développent des comportements spécifiques et inadaptés qui empêchent de mettre en doute la validité des SPI. Les individus reproduisent ainsi, à long terme, des comporte- ments dysfonctionnels. Trois principaux processus de maintien des schémas ont été postulés par Young : la soumission aux schémas (par exemple, une personnalité dépendante convaincue de sa faiblesse cherchera toute sa vie des protecteurs puis- sants), l’évitement des schémas (par exemple, une personne ayant un schéma d’infériorité s’alcoolisera pour affronter les situations sociales qui lui font peur) et la compensa- tion des schémas (par exemple, une personne narcissique compensera par l’inflation de soi un schéma d’infériorité ou de non-valeur et, despotiquement, exigera des autres des attentions, de l’admiration et des marques exces- sives de respect). D’autres facteurs privilégiés par Young peuvent être en cause, en particulier le renforcement des schémas par l’entourage qui s’y soumet et l’existence de

140

P. Mauchand et al.

modèles culturels ou familiaux qui les justifient. Ces pro- cessus seraient reliés à un système d’auto-injection interne sous formes de pensées automatiques qui régulent les com- portements et les émotions [5]. Le schéma représente donc un trait de personnalité mais, selon Young, il en résulte des variations émotionnelles qui sont des « modes de schéma » ou des états transitoires du moi qui expriment le schéma dans la relation avec les autres et créent des difficultés interpersonnelles répétitives [1,15]. Young [11] propose une échelle clinique d’évaluation des SPI : le questionnaire des schémas (YSQ-L1). Une seconde version de ce questionnaire (YSQ-L2) a été proposée plus récemment par l’auteur [12]. Le YSQ-L2 est un outil rela- tivement long (205 items) permettant de mesurer 16 SPI. Plusieurs études attestent de la validité de cet instrument [7,9]. Le questionnaire abrégé des schémas (YSQ-S2) est un outil plus court (75 items) permettant de mesurer 15 SPI [13]. Trois études ont examiné les propriétés psychomé- triques du YSQ-S2. Dans la première, réalisée par Welburn et al. [10] auprès d’un échantillon de patients inclus dans un programme de traitement de jour, les résultats de l’analyse factorielle ont montré la présence des 15 SPI proposés par Young. Dans la deuxième, conduite par Lachenal-Chevallet et al. [6] auprès d’un échantillon de sujets témoins, les résultats de l’analyse factorielle ont révélé 14 facteurs interprétables, incluant 13 des 15 SPI proposés par Young. Dans la troisième, réalisée par Baranoff et al. [2], les résultats de l’analyse factorielle ont révélé une solution à 13 facteurs, à la fois dans un échantillon d’étudiants austra- liens et dans un échantillon d’étudiants coréens. Ces trois études, réalisées à partir de différentes versions du YSQ-S2 (anglaise, franc¸aise et coréenne), témoignent de la validité transculturelle de l’instrument. L’objectif de la présente étude est de valider empirique- ment la version franc¸aise du YSQ-S2 auprès d’un échantillon pathologique (patients borderline) et de sujets témoins et, subséquemment, de proposer un seuil pathologique. Plus précisément, deux études ont été réalisées : la première porte sur la version franc¸aise initiale du YSQ-S2 (75 items, 15 SPI) tandis que la seconde porte sur la version franc¸aise modifiée (68 items, 14 SPI) issue de l’étude de Lachenal- Chevallet et al. [6].

Méthode

Sujets

Le groupe témoin était composé de 263 sujets (82 hommes et 181 femmes). La moyenne d’âge était de 27,92 ans (écart- type : 14,26) avec une étendue de 17 à 67 ans. Ce groupe était constitué d’étudiants issus du régime général (72,60 %) et de l’université tous âges (27,40 %). Tous les sujets ont été recrutés à l’université de Lyon (Lyon-1 et Lyon-2) et étaient volontaires pour répondre au questionnaire après une réunion informative. Le groupe pathologique était constitué de 37 patients (huit hommes et 29 femmes) présentant un trouble de la per- sonnalité borderline. La moyenne d’âge était de 34,45 ans (écart-type : 9,74), avec une étendue de 19 à 53 ans. Ce groupe était majoritairement constitué de personnes actives (67,50 %). Elles ont été recrutées aux CHU de Lyon (unité

de traitement de l’anxiété, hôpital neurologique Pierre Wertheimer) et de Marseille (unité de thérapie comporte- mentale et cognitive, hôpital Sainte-Marguerite) et ont été diagnostiquées souffrant d’un trouble de la personnalité borderline par diagnostic interview for borderline-revised (DIBR) [3,17].

Mesures

Le questionnaire YSQ-S2 (75 items) mesure 15 SPI [13] à savoir [5] : déprivation émotionnelle (emotional depri- vation), abandon (abandonment), défiance/abus (mis- trust/abuse), isolement social (social isolation), déficience (defectiveness), échec dans les réalisations (failure), dépendance fonctionnelle et incompétence (dependency and incompetence), vulnérabilité à la menace ou à la souffrance (vulnerability to harm), fusion et interdé- pendance émotionnelle (enmeshment), assujettissement (subjugation of needs), sacrifice de soi (self-sacrifice), inhibition émotionnelle (emotional inhibition), idéaux exi- geants (unrelenting standards), droits personnels exagérés (entitlement) et contrôle et auto-discipline insuffisants (insufficient self-control). Chaque item est évalué sur une échelle en six points (1 = cela ne m’a jamais correspondu ; 2 = cela a été vrai pour une période de ma vie ; 3 = cela me concerne actuellement ; 4 = assez vrai pour moi ; 5 = tout à fait vrai pour moi ; 6 = me décrit parfaitement). Plus les scores sont élevés, plus ils attestent de la présence du SPI chez le sujet qui répond au questionnaire.

Procédure

Tous les participants ont complété la version franc¸aise du YSQ-L2 (205 items) [4,8], duquel ont été issues les réponses du YSQ-S2 (75 items). Les sujets témoins ont complété anonymement et collectivement (en groupe de dix à 40 personnes) le questionnaire. Le temps de réponse était d’environ une heure. Les patients borderline ont complété le questionnaire sous la direction d’un évaluateur lors d’une consultation thérapeutique.

Résultats

Nous présentons ci-après les résultats des deux études réa- lisées.

Étude 1

Validité empirique Nous avons comparé le groupe témoin et le groupe patho- logique en prenant comme critères le score total (analyse univariée) et les sous-scores au YSQ-S2 (analyse multiva- riée). Le Tableau 1 donne, pour chaque groupe, le score total moyen et les sous-scores moyens au YSQ-S2. Analyse sur les scores totaux. Une 2 × 2 Anova (Groupe × Sexe) a été réalisée pour analyser les données relatives au score total au YSQ-S2. L’analyse a montré un effet principal hautement signifi- catif du facteur Groupe, F(1, 296) = 89,49, p < 0,001. Comme on peut le voir dans le Tableau 1, le score total est nettement plus élevé dans le groupe pathologique que dans le groupe

Validation empirique du questionnaire abrégé des schémas de Young (YSQ-S2)

141

Tableau 1 Validité empirique du YSQ-S2 (version franc¸aise initiale) : moyennes (et écarts-types) du score total et des sous-scores pour chaque groupe de sujets.

 

Sujets témoins (n = 263)

Patients borderline (n = 37)

Comparaison des groupes : t(298) a

Total

145,73 (38,52)

231,16 (48,91)

Déprivation émotionnelle Abandon Défiance/Abus Isolement social Déficience Échec dans les réalisations Dépendance fonctionnelle et incompétence Vulnérabilité à la menace ou à la souffrance Fusion et interdépendance émotionnelle Assujettissement Sacrifice de soi Inhibition émotionnelle Idéaux exigeants Droits personnels exagérés Contrôle et autodiscipline insuffisants

8,51 (4,39)

16,14 (7,23)

9,01 (p < 0,001) 8,06 (p < 0,001) 7,66 (p < 0,001) 7,21 (p < 0,001) 8,35 (p < 0,001) 11,41 (p < 0,001) 7,98 (p < 0,001) 3,54 (p < 0,001) 8,21 (p < 0,001) 8,73 (p < 0,001) 5,92 (p < 0,001) 4,55 (p < 0,001) 3,15 (p < 0,002) 4,57 (p < 0,001) 5,83 (p < 0,001)

11,11 (5,37)

18,78 (5,77)

8,97 (3,85)

14,73 (6,59)

10,32 (5,52)

17,62 (7,27)

7,01 (3,65)

13,05 (6,63)

7,27 (3,05)

14,32 (5,90)

8,27 (4,26)

15,03 (7,77)

9,84 (4,80)

12,95 (6,30)

7,75 (4,02)

14,30 (7,29)

7,86 (3,87)

14,38 (6,40)

13,97 (5,38)

19,68 (6,23)

10,05 (4,83)

14,11 (6,55)

14,10 (4,89)

16,86 (5,74)

10,52 (4,75)

14,35 (4,96)

10,20 (4,42)

14,86 (5,44)

a p corrigé à 0,003.

témoin. L’analyse n’a dégagé ni d’effet principal du facteur Sexe ni d’effet d’interaction entre les deux facteurs. Dans la mesure où la présente analyse n’a dégagé aucun effet du facteur Sexe, et compte tenu du faible nombre de sujets masculins dans le groupe pathologique (n = 8), les analyses subséquentes ne prennent pas en compte ce facteur. Analyse sur les sous-scores. Une Manova à un facteur de classification (Groupe) a été réalisée pour analyser les don- nées relatives aux sous-scores du YSQ-S2. L’analyse a montré un effet hautement significatif du Groupe, de Wilks = 0,56, F(15, 284) = 14,66, p < 0,001. Comme le montre le Tableau 1, le groupe pathologique pré- sente des sous-scores plus élevés que le groupe témoin. Spécifiquement, sur chacun de ces sous-scores, une ana- lyse univariée (test t avec niveau alpha corrigé à 0,003) a montré une différence significative entre les deux groupes (Tableau 1). Dans l’ensemble, les résultats de ces analyses suggèrent que le YSQ-S2 discrimine bien la psychopathologie borderline de la « normalité » .

Seuil pathologique Nous avons procédé à une analyse complémentaire afin d’établir un seuil de pathologie à la version franc¸aise initiale du YSQ-S2. Comme le montre le Tableau 2, nous constatons que, avec des scores strictement supérieurs à 180, 15,97 % des sujets témoins (dont le statut clinique n’est pas connu) sont super- posables à 94,59 % des patients borderline. Par conséquent, le seuil recommandable à partir duquel le sujet commence- rait à être considéré comme pathologique se situe à 181.

Étude 2

Cette seconde étude porte sur une version modifiée du YSQ-S2. En effet, dans une analyse factorielle réalisée par Lachenal-Chevallet et al. [6], les sous-échelles « droits

personnels exagérés » et « contrôle et autodiscipline insuffi- sants » n’émergeaient pas en tant que facteurs indépendants mais étaient inclus dans un facteur d’ordre supérieur cor- respondant à un facteur appelé « manque de limites » par Young [12]. Cette analyse a ainsi révélé 14 facteurs inter- prétables correspondant au modèle théorique de Young. Dans l’ensemble, 59 des 75 items saturaient exactement avec la structure théorique de l’instrument et huit items présentaient des saturations significatives sur un facteur d’ordre supérieur (manque de limites). De plus, un item présentait une saturation significative sur un facteur inat- tendu ( « assujettissement » au lieu de « défiance/abus » ). Par conséquent, la version franc¸aise modifiée du YSQ- S2 comporte 68 items regroupés en 14 facteurs : isolement

Tableau 2 Intervalles des scores au YSQ-S2 (version franc¸aise initiale) pour chaque groupe de sujets.

Intervalles

Sujets témoins (n = 263)

Patients borderline (n = 37)

60

< x 80

1

0

80

< x 100

18

0

100

< x 120

56

0

120

< x 140

54

0

140

< x 160

59

1

160

< x 180

33

1

180

< x 200

16

11

200

< x 220

11

7

220

< x 240

8

3

240

< x 260

5

4

260

< x 280

1

5

280

< x 300

1

1

300

< x 320

0

1

320

< x 340

0

2

340

< x 360

0

1

142

P. Mauchand et al.

Tableau 3

scores pour chaque groupe de sujets.

Validité empirique du YSQ-S2 (version franc¸aise modifiée) : moyennes (et écarts-types) du score total et des sous-

 

Sujets témoins (n = 263)

Patients borderline (n = 37)

Comparaison des groupes :

t(298) a

Total

132,29 (35,61)

211,73 (45,56)

Isolement social Vulnérabilité à la menace ou à la souffrance Dépendance fonctionnelle et incompétence Sacrifice de soi Manque de limites Idéaux exigeants Inhibition émotionnelle Abandon Déficience Fusion et interdépendance fonctionnelle Déprivation émotionnelle Échec dans les réalisations Assujettissement Défiance/Abus

10,32 (5,52)

17,62 (7,27)

7,21 (p < 0,001) 3,14 (p < 0,002) 12,09 (p < 0,001) 5,92 (p < 0,001) 5,51 (p < 0,001) 2,84 (p < 0,005) 3,73 (p < 0,001) 8,06 (p < 0,001) 8,35 (p < 0,001) 8,21 (p < 0,001) 9,01 (p < 0,001) 7,98 (p < 0,001) 9,60 (p < 0,001) 7,27 (p < 0,001)

7,93 (4,25)

10,38 (5,63)

4,20 (1,86)

8,81 (3,73)

13,97 (5,38)

19,68 (6,23)

16,46 (6,73)

23,03 (7,23)

12,03 (4,47)

14,30 (5,01)

8,51 (4,42)

11,51 (5,62)

11,11 (5,37)

18,78 (5,77)

7,01 (3,65)

13,05 (6,63)

7,75 (4,02)

14,30 (7,29)

8,51 (4,39)

16,14 (7,23)

8,27 (4,26)

15,03 (7,77)

9,60 (4,33)

17,73 (7,49)

6,63 (3,54)

11,38 (4,86)

a p corrigé à 0,004.

social, vulnérabilité à la menace ou à la souffrance, dépendance fonctionnelle et incompétence, sacrifice de soi, manque de limites, idéaux exigeants, inhibition émo- tionnelle, abandon, déficience, fusion et interdépendance émotionnelle, déprivation émotionnelle, échec dans les réa- lisations, assujettissement et défiance/abus.

Validité empirique Le Tableau 3 présente, pour chaque groupe, le score total moyen et les sous-scores moyens au YSQ-S2 modifié. Les analyses statistiques effectuées sont identiques à celles réa- lisées dans l’étude précédente. Analyse sur les scores totaux. L’analyse a montré un effet principal hautement significatif du facteur Groupe, F(1, 296) = 89,19, p < 0,001. La lecture du Tableau 3 montre que le score total est nettement plus élevé dans le groupe patho- logique que dans le groupe témoin. L’analyse n’a dégagé ni d’effet principal du facteur Sexe ni d’effet d’interaction entre les deux facteurs. Analyse sur les sous-scores. L’analyse a montré un effet hautement significatif du Groupe, de Wilks = 0,55, F(14, 285) = 16,67, p < 0,001. Comme on peut le voir dans le Tableau 3, le groupe pathologique présente des sous-scores plus élevés que le groupe témoin. Spécifiquement, sur 13 des 14 sous-scores, une analyse univariée (test t avec niveau alpha corrigé à 0,004) a montré une différence signi- ficative entre les deux groupes. En ce qui concerne le facteur « idéaux exigeants » , la différence entre les deux groupes approche le seuil de significativité (Tableau 3). Dans l’ensemble, les résultats de ces analyses corroborent les résultats précédents.

Seuil pathologique La lecture du Tableau 4 montre que, avec des scores stric- tement supérieurs à 160, 15,59 % des sujets témoins sont superposables à 94,59 % des patients borderline. En ce qui concerne la version franc¸aise modifiée du YSQ-S2, le seuil

Tableau 4 Intervalles des scores au YSQ-S2 (version franc¸aise modifiée) pour chaque groupe de sujets.

Intervalles

Sujets témoins (n = 263)

Patients borderline (n = 37)

60

< x 80

5

0

80

< x 100

41

0

100

< x 120

70

0

120

< x 140

53

1

140

< x 160

53

1

160

< x 180

11

7

180

< x 200

13

11

200

< x 220

9

6

220

< x 240

5

2

240

< x 260

3

3

260

< x 280

0

2

280

< x 300

0

1

300

< x 320

0

1

320

< x 340

0

1

recommandable à partir duquel le sujet commencerait à être considéré comme pathologique se situe donc à 161.

Discussion

Le YSQ-S2 différencie bien les sujets témoins des patients présentant un trouble de la personnalité borderline, à la fois pour le score total au questionnaire et sous-score par sous- score. Précisément, pour chaque version du YSQ-S2 étudiée (version franc¸aise initiale et version franc¸aise modifiée), les analyses statistiques montrent que le score total et les scores de chaque sous-dimension sont susceptibles de discri- miner les deux groupes. Il convient également de souligner que la clarté des résultats nous permet, pour chaque version de l’instrument, de proposer un seuil pathologique. Le YSQ-

Validation empirique du questionnaire abrégé des schémas de Young (YSQ-S2)

143

S2 semble donc être une mesure valide permettant la mise en évidence des SPI, ce qui confirme les résultats d’études antérieures [2,6,10], et une bonne échelle de mesure du trouble de la personnalité borderline. Par ailleurs, nos résultats suggèrent qu’il est possible de réduire le YSQ-S2, dans la mesure où la suppression de plu- sieurs items (version franc¸aise modifiée du questionnaire) ne modifie pas l’importance des différences constatées entre le groupe pathologique et le groupe témoin. On remar- quera enfin que le sexe ne semble pas avoir une influence sur les scores (score total et sous-scores) au questionnaire. Toutefois, le faible nombre de sujets masculins composant notre échantillon pathologique doit nous amener à relativi- ser cette conclusion. La limite principale de cette étude tient au fait que les participants ont complété la version franc¸aise du YSQ-L2 [4,8], duquel ont été issues les réponses du YSQ-S2. Les sujets n’ont donc pas directement complété les versions (ini- tiale et modifiée) du YSQ-S2. Cette remarque vaut surtout pour la version modifiée de l’instrument, les modifications apportées par rapport à la version initiale reposant sur une sélection d’items particuliers (suppression de sept items par rapport à la version initiale) et le réaménagement de certains facteurs (regroupement de deux facteurs sur un facteur d’ordre supérieur). En dépit de cette limite et du nombre relativement faible de patients présentant un trouble de la personnalité border- line composant notre échantillon (avec un faible nombre de sujets masculins), notre étude représente une première ten- tative de validation empirique, mais aussi de réduction du YSQ-S2. En effet, à notre connaissance, il n’y pas encore eu de validation empirique en anglais ou en américain de ce questionnaire abrégé.

Références

[1] Arntz A, Klokman J, Sieswerda S. An experimental test of the schema mode model of borderline personality disorder. J Behav Ther Exp Psychiatry 2005;36:226—39. [2] Baranoff J, Oei T, Ho Cho S, et al. Factor structure and inter- nal consistency of the Young Schema Questionnaire (Short

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