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Le Krump rencontre Maalem, la Danse

Contemporaine fusionne avec l’Expression


Urbaine

Le Krump est né à Los Angeles au début des années 90, le terme Krump signifiant Kingdom Radically U
plifted Mighty Praise kingdom = royaume ; radically = radicalement ; uplifted = levé, élevé, soulevé ;
mighty = puissant ; praise = éloge.

Si on veut le traduire en français cela donnerait : "éloge puissant d'un royaume radicalement levé /
soulevé"... C'est justement à l'occasion de l'« Éloge du Puissant Royaume », la dernière création d'Heddy
Maalem que nous avons rencontré Nach et Kellias qui, grâce à ce spectacle, représentent leur art sur
scène pour la première fois. Habituellement le Krump se pratique dans la rue, sur des places publiques
ou encore sur des toits de grandes surfaces. Dans cet univers où les danseurs s'affrontent dans des
battles ; vous gagnez vos « grades » comme dans certains arts martiaux et vos affinités et liens avec
d'autres danseurs y apparaissent : chez les mecs cela donne des appellations comme : Mini, Kid, Prince,
Boy, Junior, Lil, Big, et chez les filles : Princess, Gurl, Lady, Queen… Il y a aussi d'autre type de « grades
» comme Sista ou Twin, qui veut dire que la personne est comme une sœur, un jumeau, une hiérarchie
très subtile !

Ce sujet est notre premier report d'événement, suivi d'une interview des deux danseurs avec qui nous
avons pu échanger le lendemain de la représentation. En effet, suite à un atelier Krump où nous avons
appris les bases de cette danse, nous avons eu la chance de papoter une paire d'heures avec eux, en
espérant que tout cela vous donne envie d'en savoir plus sur ce mouvement qui mérite sa reconnaissance
au même titre que toutes les autres danses académiques !

« Éloge du Puissant Royaume », Compagnie Heddy MAALEM


Report :

Une scène vide, sans pendrillon, sans rideau, tous les artifices retirés. Les rares lumières sont
sobres, blanches, crues : l'espace est brut. Brut comme l'art corporel que nous avons vu ce 22 mai
dans la salle de l'Estive à Foix.

Dernière création du chorégraphe Heddy Maalem, « Éloge du Puissant Royaume » met en scène 5
danseurs de KRUMP. Une mise en scène qui respire, puisque tout est improvisation, mais comment
cadrer une danse si viscérale, où chaque mouvement semble arraché du cœur et des tripes.

Les pieds frappent parfois la scène comme ceux d'un lutteur, décollant des nuages de poussières de
la scène de l'Estive, au premier rang nous percevons chaque respiration, chaque goutte de sueur qui
ruissèle, chaque expression. Et c'est là une des choses remarquable au delà de la danse en elle
même, ces faciès crispés, ces mimiques, ces visages où des émotions diamétralement opposées se
succèdent, sans qu'à aucun moment l'on ait l'impression d'assister à une comédie, à un jeu d'acteurs.

Car ces 5 danseurs nous donnent ce qu'ils ont au fond d'eux, criant parfois, l'une d'elle s'arrachant
presque des larmes tant sa transe fut intense. Hormis quelques passages aux rythmiques hip-hop et
au son massif, en parfait accord avec la puissance du krump, le fond musical sort les danseurs de
leur contexte habituel, allant même, parfois, jusqu'au silence. Et c'est d'ailleurs un peu ce que nous
confie l'un deux, Kellias, en sortie de scène ; que le chorégraphe et ancien boxeur Heddy Maalem a
su faire transparaitre dans leur krump des émotions qu'il ne transpire pas habituellement, une
douceur réservée à un cercle intime. En effet, à plusieurs reprises, à la brutalité saccadée succède
une fluidité des plus tendres, presque des caresses. L’« Éloge du Puissant Royaume » est une belle
fusion entre deux univers, celui de la danse contemporaine et d'une danse née dans les quartiers
défavorisés de L.A, il y a une vingtaine d'années. Heddy dit qu'il a rencontré ces danseurs sans
doute car « il les avait toujours cherchés » ; une chose est sure chez Unfamous, on est bien content
qu'ils se soient finalement trouvés !
Photos par Sonia Jade

Interview :

— Votre définition du Krump ?

Nach : Quand on me demande ce qu'est le Krump je réponds que pour moi c'est le Gospel de la
danse. Une façon bien singulière et poussée d'exprimer nos états d'âmes, le chagrin, le bonheur, la
reconnaissance, la nostalgie, la souffrance...
Le Krump est pour moi une façon de me discipliner, de faire évoluer ma personne, et de repousser
mes limites toujours plus loin.

Concernant la hiérarchie existant dans le Krump et qui régie les "Fam(ily)" de Krump, pour moi, il
s'agit d'une manière de reproduire le schéma de la famille, d'instaurer le respect, de pouvoir se
référer à une personne plus expérimentée que nous, lui demander des conseils, apprendre d'elle,
tout comme nous pouvons aider une personne plus "jeune" que nous, c'est de l'entre-aide plus
qu'autre chose, cela permet d'instaurer un certain "ordre", un équilibre... Tout comme un maître
d'art martial possède des élèves de différents niveaux, ou comme le fonctionnement d'une confrérie.

— Comment avez-vous découvert le Krump ?


Kellias : Par le film « Rize », puis ensuite avec le reste des vidéos montrant ce qui se passe dans la
rue.

Nach : Première fois avec le clip "Galvanize" des Chemical Brothers, ce fut un claque face à la
gestuelle et à la puissance, puis ensuite comme beaucoup, par le film « Rize » que j'ai adoré. Après
quelques années, c'est une rencontre qui a achevé de me conquérir, avec des krumpers lyonnais qui
officiaient devant l'opéra.

— Quelle différence majeure y avez-vous trouvé par rapport aux autres danses liées à la
culture hip-hop ?

N : l'accessibilité, le fait de ne pas être juger, ainsi que ce rapport à la danse expression, le fait de
faire face a ses propres sentiments, ce coté exutoire qu'on ne trouve pas forcément ailleurs.

K : Les autres danses hip-hop m'ont apparus plus fermées, plus cadrées, dans le krump on peut tout
rajouter, créer son propre personnage en ayant la possibilité de mélanger avec d'autres techniques.

— Que vous a apporté le travail avec Heddy Maalem ?

N : Une liberté d'expression encore plus large dans le travail du corps, du ressenti du mouvement, la
gestion de l'espace sur scène, une sensibilité accrue, il nous a appris à sentir l'air, une autre
conscience du corps. En tant que femme il m'a permis de libérer de la douceur, des choses qu'on ne
montre pas en battle. Cela nous a permis d'apprendre à devenir des interprètes face à un public
n'ayant rien à voir avec celui du Krump.
En nous apportant sa confiance, il a boosté la notre, nous a fait réaliser notre potentiel, notamment
au point de vue d' l'improvisation. On a réalisé grâce à lui tout ce que nous pouvions faire, et il nous
a aussi donné l'envie de le montrer.

K : il m'a permis de m'ouvrir, il a touché plus loin, me permettant d'approfondir mon personnage, de
ne pas montrer juste le coté « monstre ». Ainsi dans une battle qui suivait une de nos dates j'ai
utilisé des sentiments moins sombres.
« Éloge du Puissant Royaume », Compagnie Heddy MAALEM
Photo par Sonia Jade

— Hier à Foix, la salle était comble, êtes-vous habitués à danser devant autant de
personnes, qui ne sont pas forcément initiées à l'univers du Krump ?

N : Non, il a par exemple fallu faire sans la hype, ce cri qui nous motive lorsqu'on est dans le cercle,
il a fallu se battre pour garder la même hargne qu'en battle, se donner encore plus que dans la rue
pour bien faire voir aux spectateurs assis ce qu'est réellement le Krump.

K : Il y a des choses qu'on ne peut pas faire dans la rue que l'on peut faire sur scène, montrer une
facette plus sensible sans prendre le risque de se faire charrier :)

— Votre vision de la culture en France ?

K : J'me suis rendu compte qu'on est super bien en France, on râle beaucoup sans se rendre compte
que l'on a beaucoup plus qu'ailleurs. Il y a des pays touristiques qui sont beau à visiter mais si tu
envisages d'y vivre, va falloir revoir tes ambitions niveau culture....

N : Après avoir vu l'Australie, l'Allemagne, le Canada, j'pense que la France a du travail niveau
ouverture d'esprit, sur le regard qu'elle a sur sa jeunesse et leurs arts alternatifs. Ceci dit j'ai bien
conscience qu'on est pas les plus mal lotis, j'ai aussi eu l'occasion grâce à différents jobs de voir le
coté business de la culture, sa mercantilisation et sa dépolitisation.

— Votre prochaine date ?

K : Le 3 septembre en Allemagne, à Hanovre.

— Si vous étiez une chanson, un livre, un film ?

K:
Livre : « L'alchimiste » de Coelho.
Chanson : « J'ai mal au cœur », un de mes sons.
Film : « Intouchables », justement car il m'a touché.

N:
Livre : Tony Morrison, « Le chant de salomon ».
Chanson : Doudou N'Diayrose, « Khine sine », un morceau où d'ailleurs j'aimerais krumpé.
Film : « La Haine » de Kassovitz.

« Éloge du Puissant Royaume », Compagnie Heddy MAALEM


Photo par Sonia Jade
En bonus, quelques images de l'« International Illest Battle » qui s'est déroulé à Paris le mois
dernier :

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