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La Grande encyclopédie

/ 1 / Aalto-amidon /
Larousse
Source gallica.bnf.fr / Larousse
Larousse / 0070. La Grande encyclopédie / 1 / Aalto-amidon / Larousse. 1971.

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Volume 1

Cet ouvrage est paru à l’origine aux Éditions Larousse en 1971 ;


sa numérisation a été réalisée avec le soutien du CNL. Cette
édition numérique a été spécialement recomposée par
les Éditions Larousse dans le cadre d’une collaboration avec la BnF
pour la bibliothèque numérique Gallica.
au seuil de la Grande Encyclopédie

Enquêtes et statistiques révèlent que la production encyclopédique prend une place


grandissante dans les sociétés développées. Lieu privilégié de la référence à la connais-
sance, l’encyclopédie reflète le savoir de la communauté humaine. Chacun se reconnaît
en cet ouvrage familier qui témoigne de notre civilisation et nous permet de combler
l’écart existant entre nos connaissances et celles de la communauté entière. C’est l’ins-
trument essentiel de l’éducation permanente, le plus sûr, parce que le plus général.
Médiateurs du savoir culturel, les encyclopédistes doivent répondre à deux exi-
gences principales : offrir au lecteur le plus grand nombre d’informations utiles ; lui
permettre d’acquérir les connaissances fondamentales de son temps, en dégageant
les concepts de base, en exposant les problèmes primordiaux et en se faisant l’écho
des grandes controverses.
A ces deux exigences, qui peuvent sembler opposées, correspondent deux types
d’ouvrages différents : le dictionnaire encyclopédique et l’encyclopédie.
Le premier a pour fonction de fournir des réponses précises et limitées aux ques-
tions du lecteur. Celles-ci forment un ensemble disparate parce que, provoquées par
les difficultés les plus diverses, elles ne sont pas unies par un réseau de relations
étroites. Elles constituent un catalogue hétérogène, et le dictionnaire, qui atomise le
savoir en une multitude d’informations classées alphabétiquement, s’avère plus apte
à répondre à ce faisceau d’interrogations : il n’est pas lu comme les autres ouvrages
didactiques, mais, véritable ordinateur, il est sans cesse interrogé, consulté comme
une autorité qui permet de vérifier une connaissance, de combler une lacune, de com-
prendre un terme inconnu.
L’encyclopédie, qu’elle soit ordonnée par matière ou alphabétiquement, se rap-
proche du traité didactique : tenant un discours suivi relativement homogène et rai-
sonné, elle ne cherche pas à accumuler les informations ou à les rendre le plus faci-
lement accessibles, mais se donne pour programme de restituer un savoir organisé.
Ce savoir, elle l’articule en fonction du groupe socio-culturel concerné et selon les
conceptions d’ensemble qui ont présidé à son élaboration : elle se veut plus signifi-
cative qu’exhaustive.
Pour répondre dans un même ouvrage à cette double interrogation _ information
et connaissance raisonnée _, la Grande Encyclopédie propose une solution originale
qui doit permettre au lecteur de mieux maîtriser le savoir de son temps et d’accéder
à une documentation abondante et précise.
On a fait un choix d’environ 8 000 entrées, classées par ordre alphabétique : concepts
généraux, biographies, périodes historiques, écoles ou mouvements philosophiques,
artistiques, musicaux ou littéraires, monographies (scientifiques, techniques, histo-
rico-historico-géographiques), etc. La liste de ces 8 000 articles est établie dans une
option résolument moderne, faisant porter l’éclairage sur ce qui concerne l’homme
contemporain. Non que soient écartées les notions du passé ou négligées les bases
fondamentales de notre civilisation. Aucune des connaissances essentielles n’étant
éliminée arbitrairement, il s’agit bien ici d’une somme du savoir humain, mais d’un
savoir envisagé selon l’image que nous nous en faisons aujourd’hui. C’est ainsi :
• que certaines disciplines connaissent un traitement de faveur, la technologie
certes, mais aussi les sciences de l’homme (biologie, psychologie, linguistique),
les sciences sociales (sociologie, anthropologie, éducation, information) et les
sciences économiques (économie politique, problèmes financiers, économie de
l’entreprise, management, droit social, urbanisme, etc.) ;
• que les disciplines modernes sont très largement traitées (l’informatique, par
exemple) ;
• que les sciences fondamentales sont envisagées dans leur aspect actuel (les
mathématiques modernes) ;
• que sont écartées les techniques désuètes ou par trop artisanales ;
• que les articles technologiques sont « humanisés », c’est-à-dire qu’ils ne sont
pas seulement une énumération de procédés, mais qu’ils montrent l’insertion de la
technique dans la vie sociale et économique ;
• que l’on met en évidence les personnages principaux de l’humanité, en expo-
sant clairement leur apport ;
• que l’on accorde à l’histoire économique, sociale et politique une très large
part, au détriment de l’histoire par trop anecdotique ;
• que la géographie fait la plus large place au développement économique, aux
niveaux de vie, à la démographie, à l’aménagement du territoire, aux problèmes
sociaux.
Afin d’assurer à la Grande Encyclopédie au double aspect d’information et de syn-
thèse, on utilise un système d’articles-dossiers. Les principaux articles sont, en effet,
conçus comme des ensembles complets, formant autant de dossiers sur les problèmes
fondamentaux. L’article-dossier juxtapose idées générales (traitées sous forme de
développements suivis) et documentation complémentaire (traitée généralement
sous forme de textes encadrés dans l’article ou placés à la fin). Quelques exemples
permettent de saisir l’intérêt et la nouveauté de ce traitement de l’information.
L’article-dossier accélérateur de particules comporte :
• Un texte général : principes ; accélération sous une différence de potentiel
continue ; accélération par induction magnétique, le bêtatron ; accélération réson-
nante ; accélération synchrone ; alternance des gradients de champ ; les nouvelles
générations d’accélérateurs ;
• Des documents annexes : chronologie des accélérateurs depuis 1919 ; biogra-
phies des grands spécialistes des accélérateurs ; bibliographie internationale ; ren-
vois vers les articles complémentaires de la Grande Encyclopédie et illustrations
photographiques.

L’article-dossier aériens (transports) comporte :


• Un texte général sur l’économie des transports aériens ;
• Une série de monographies sur les plus importantes sociétés de transport
aérien dans le monde ;
• Des renvois aux articles complémentaires de l’ouvrage ;
• Une bibliographie internationale ;
• Une série de photographies illustrant l’ensemble de l’article.

L’article-dossier Brecht (Bertolt) comporte :


• Un texte général sur l’évolution de l’homme et de l’oeuvre ;
• Une chronologie de la vie de Brecht ;
• Une chronologie de l’oeuvre dramatique de Brecht, avec les dates de compo-
sition et de création ;
• Une chronologie de l’oeuvre de Brecht poète, conteur, romancier et critique ;
• Un texte sur le Berliner Ensemble ;
• Les biographies de principaux collaborateurs de Brecht (L. Feuchtwanger,
E. Piscator, E. Engel, K. Weill, P. Dessau, H. Eisler, C. Neher, H. Weigel) ;
• L’analyse d’une pièce de Brecht, prise comme modèle de la nouvelle drama-
turgie : le cercle de craie caucasien ;
• Une bibliographie des ouvrages français, allemands, anglo-saxons, italiens et
norvégiens consacrés à Brecht ;
• De nombreuses illustrations.

Cette méthode permet de traiter les thèmes choisis aussi complètement que possible.
Elle satisfait au désir de comprendre, grâce à la synthèse ; au souci d’être renseigné
sans lacunes, grâce aux documents complémentaires riches en informations précises;
à la curiosité d’en savoir plus, grâce aussi aux bibliographies internationales.
Documentaire et éducative, la Grande Encyclopédie est écrite par des auteurs qui
ont satisfait à de nombreuses exigences : valeur scientifique ; objectivité en matière
philosophique, politique ou religieuse ; aptitude à « faire comprendre », à composer
dans un style vivant faisant appel aux procédés modernes d’expression ; souci de
participer à une oeuvre d’équipe exigeant que chacun entre dans le jeu proposé.
Ces collaborateurs français et étrangers – on en compte près de mille – sont choi-
sis parmi les meilleurs spécialistes actuels : professeurs, chercheurs, conservateurs
de musée, écrivains et critiques, journalistes, ingénieurs et techniciens, médecins,
cadres supérieurs des entreprises, officiers, représentants des grandes familles reli-
gieuses, etc.
L’équipe rédactionnelle Larousse a travaillé continuellement avec ces spécialistes,
tant au niveau de l’élaboration des textes qu’à celui de leur réalisation, afin d’assu-
rer à l’ensemble sa cohésion. On s’est efforcé d’éviter toute étroitesse d’esprit, de
déborder largement le cadre français, de faire oeuvre à vocation internationale.
Souvent à court de temps, le possesseur d’un grand ouvrage n’admet pas de cher-
cher longuement le renseignement qu’il désire. Aussi, à l’instar des informaticiens,
les auteurs, ont-ils voulu lui assurer un accès direct et rapide à cette mémoire d’im-
mense capacité que représente la Grande Encyclopédie ; soucieux d’efficacité, ils ont
tenu à effacer les « bruits » et les « silences » qui auraient rendu la communication
difficile ou même impossible, et ils ont à cette fin multiplié les renvois qui orientent
le lecteur en lui évitant toute recherche vaine ou inutile. Surtout, ils ont complété
l’ouvrage d’un index détaillé, immense répertoire alphabétique de toute l’informa-
tion contenue, qui en assure l’utilisation intégrale et sans détours.
La Grande Encyclopédie utilise – est-il besoin de le souligner – la couleur comme
moyen d’expression. En cela aussi, elle est en accord avec ses contemporains, qui ne
peuvent plus accepter une vision incomplète de la réalité.

Enfin, rassurons le lecteur qui craindrait de voir se périmer trop rapidement les
textes qui lui sont proposés : une mise à jour est prévue et, périodiquement, après
la publication de l’ouvrage, paraîtront des volumes qui répondront à cette nécessité,
donnant ainsi à son possesseur la garantie que les années n’entameront pas la valeur
de la collection.
A l’opposé d’oeuvres qui, se disant encyclopédiques, se satisfont, en vérité, de
grouper sans plan d’ensemble des articles hétérogènes, c’est une structure très élabo-
rée que propose la Grande Encyclopédie. Le dessein est ambitieux, mais il revenait
à une entreprise forte de sa tradition et de la confiance de son public de le réaliser.

LES ÉDITEURS
A

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

aux rapports de l’architecture et de la D’étape en étape, la thématique verte du pétrole dans le Khzistn fit ap-
Aalto (Alvar) nature ambiante (Paimio). d’Aalto s’enrichit, se développe selon paraître les conditions favorables à l’im-
une logique propre que caractérise, en plantation d’une raffinerie dans l’île,
En même temps, Aalto, prolongeant
Architecte finlandais (Kuortane 1898 - face de chaque programme, la vigilance proche du port de Khurramchhr, au
à l’intérieur des édifices son effort
Helsinki 1976). apportée à ses données spécifiques et débouché du Krn (navigable jusqu’à
d’harmonisation de l’environnement,
Parmi les maîtres de l’architecture concrètes. Deux facteurs commandent Ahvz). La construction de la raffinerie
s’occupe de sélectionner les matériaux,
moderne, avant tout bâtisseur, hostile l’oeuvre : sa destination, qui détermine entre 1910 et 1913 provoqua un déve-
de créer le mobilier, le luminaire et les
aux théories et aux systématisations l’agencement d’un espace interne à la loppement rapide de la localité. La po-
accessoires (poignées de portes, tis-
d’allure prophétique, Aalto est sans fois continu et souplement différen- pulation atteignait 100 000 habitants en
sus, verrerie) qui s’accorderont avec
doute celui qui accorde aux facteurs cié ; sa mise en harmonie avec le site, 1943 (le quart de cette population était
l’architecture et rendront superflu tout
humains la plus nette primauté. la topographie (y compris l’utilisation employée dans l’industrie pétrolière),
décor peint ou sculpté. Il met au point
des accidents du terrain). L’aspect ex- 226 000 en 1956, environ 300 000 en
S’il se veut « au service de l’homme la fabrication de sièges en bois laminé
terne des bâtiments et des ensembles, 1965. Toutefois, l’emploi dans la raf-
même quand il est petit, malheureux et et courbé, dont la réputation mondiale
l’articulation asymétrique de leurs plans finerie n’a pratiquement pas augmenté
malade », l’attention qu’il porte à la vie dure encore, comme se poursuit l’acti-
dépendent de ces deux facteurs, à l’ex- depuis 1943 : la quantité de pétrole raf-
résulte non d’un plat sentimentalisme, vité de la maison Artek, fondée en 1931
clusion de tout préalable esthétique, de finé plafonne légèrement au-dessus de
mais d’une adhésion à caractère presque pour l’étude et la diffusion de cet en-
toute règle. Et cette soumission à des 20 Mt, et la raffinerie ne fait plus guère
religieux. Il s’est ainsi refusé, dans un semble de produits.
impératifs essentiels devient l’occasion appel qu’à la moitié de la population
projet de cimetière pour le Danemark, En 1933, Aalto ouvre son agence à
d’un enrichissement formel qui, même active de la ville. Le développement
à équiper le crématoire d’un monte- Helsinki. Sa notoriété à l’étranger re-
dans ses moments de baroquisme, récent est pratiquement indépendant de
charge : à ses yeux, c’est aux vivants de monte aux pavillons finlandais qu’il édi-
échappe à la gratuité. Proche sous ce l’industrie pétrolière. bdn a, d’autre
transporter les morts. Surtout, comme fie pour les Expositions de Paris (1937)
rapport de l’architecture « organique » part, cessé toutes ses activités por-
le remarque son disciple italien Leo- et de New York (1939), remarquables
d’un F. L. Wright*, Aalto lui est égale- tuaires. Le port, accessible seulement
nardo Mosso (dans Architecture d’au- par leur utilisation du bois, matériau na-
ment apparenté par son usage subtil et aux navires de moins de 20 000 t par le
jourd’hui, no 134, oct.-nov. 1967), il tional, et par leurs grandes parois incli- sensuel des matériaux : bois dans toutes Chatt ul-arab, n’assure plus aujourd’hui
est un de ces architectes dont la disci- nées et ondulantes, rythmant un espace
ses variétés d’emploi, granite, brique, l’exportation des produits de la raffine-
pline tend à recouvrir l’intégralité des interne ininterrompu. En 1940, Aalto céramique, cuivre, marbre plus récem- rie ; on utilise depuis 1966 le port artifi-
problèmes humains. Philosophie, his- devient professeur à l’Institut de tech- ment. Enfin, sa maîtrise technologique ciel de Bandar Machur, creusé à grands
toire et faits sociaux, nature, science et nologie du Massachusetts. Quelques se manifeste par une utilisation à bon frais dans les alluvions du fond du golfe
art sont pris en charge dans un même années après la guerre, il reprend son escient de la machine. À Vuoksenniska, et accessible aux navires de 40 000 t.
processus de création, perpétuellement activité en Finlande et, bientôt, répond des parois mobiles actionnées électri- Une partie des produits est d’ailleurs
évolutif. à de multiples commandes hors de son quement peuvent subdiviser l’église en dirigée vers l’intérieur du pays, essen-
Après le « romantisme national » du pays. On peut classer ses oeuvres princi- trois salles distinctes, qui s’expriment tiellement par le pipe-line tous-produits
commencement du siècle, qu’illustre un pales selon leur fonction : au-dehors par la triple courbure gauchie bdn-Téhéran.
Eliel Saarinen*, l’architecture finlan- — Établissements industriels (usine du mur, courbure obéissant à des condi-
bdn fait maintenant surtout figure
daise traversait vers le début des années de cellulose de Sunila, avec logements, tions acoustiques tout en faisant vibrer
de centre régional, attirant la population
20 une phase de réaction néo-classique, 1935-1939) ; une lumière naturelle ou artificielle très
descendue des montagnes du Luristn,
sans que fussent tout à fait oubliées les — Bâtiments publics (hôtel de ville étudiée, arrivant des parties hautes de
du Kurdistn et même du Frs. Sa
traditions locales : individualisme pro- de Säynätsalo, 1949-1952 ; Institut des l’édifice : ensemble qui répond, dans
zone d’influence sur le plateau iranien
testant, sens du confort quotidien en retraites populaires d’Helsinki, 1952- sa pureté, à l’impératif du programme
approche Ispahan et n’est guère limitée
même temps que virilité et aspirations 1956 ; auditorium municipal et siège — en l’occurrence, une atmosphère de
que par celle de Téhéran.
spirituelles liées à la nature et au climat. des Congrès, ibid., 1968-1972) ; recueillement —, en même temps qu’il
Aalto ouvre un cabinet à Jyväskylä en — Locaux universitaires et culturels Au centre de la ville s’étend la raf-
postule la liberté de création de l’archi-
1923. Entre 1927 et 1933, ce cabinet (dortoir à l’Institut de technologie du finerie. Les quartiers résidentiels, qui
tecte.
ayant été transféré à Turku, il réalise Massachusetts, 1948 ; École normale de en groupent le personnel, sont d’aspect
G. G.
ses premières oeuvres marquantes : professeurs de Jyväskylä, 1952-1957 ; moderne et de conception planifiée et
A. Aalto, Architecture and Furniture (New

l’immeuble du journal Turun Sanomat, maison de la culture d’Helsinki, 1955- York, 1938). / A. Aalto (sous la dir. de), Alvar systématique, mais de niveau social

à Turku, le sanatorium de Paimio et la 1958 ; École polytechnique d’Otaniemi, Aalto (Zurich, 1963). / K. Fleig, Alvar Aalto (Zu- soigneusement délimité. Les cités ou-
rich, 1963-1971, 2 vol.).
bibliothèque de Viipuri (Vyborg). Par 1955-1965 ; centre culturel de Wolfs- vrières proprement dites (Bahmanchr,

leur netteté fonctionnelle et leurs inno- burg, 1958-1963, et opéra d’Essen, Farhabd, Bahr, Djamchid) se

vations techniques (éclairage zénithal 1962-1965, en Allemagne) ; groupent au nord-est de l’aggloméra-

par lanterneaux ; projection à grande — Églises (de Vuoksenniska, près tion, à l’arrière de la palmeraie qui
bdn longe le Bahmanchr ; elles alignent des
échelle, dans une vitrine, de la première d’Imatra, 1956-1959 ; de Seinäjoki,
page du Turun Sanomat), ces édifices se 1960 ; centre paroissial de Wolfsburg, files de petites maisons aux cours closes
V. d’Iran, au fond du golfe Persique ; de murs stricts, encore très adaptées
rattachent encore au rationalisme prôné, 1959-1962) ;
300 000 hab. aux habitudes familiales orientales. Les
pour la nouvelle civilisation machiniste, — Immeubles d’habitation (à Berlin,
par Gropius* ou par Le Corbusier*. dans le quartier expérimental Hansa, Îlot industriel implanté artificielle- quartiers de cadres moyens (Bawarda au

Mais ils innovent aussi par des qualités 1955-1957) ; ment par une société pétrolière dans un sud) et supérieurs (Park Area et Braim

spécifiques — qui se retrouvent partiel- — Maisons (villa Mairea à Noor- pays sous-développé, bdn repré- au nord-ouest, près du Chatt ul-arab)

lement dans l’oeuvre du Suédois Gun- markku, 1937-1939 ; villa du marchand sente un phénomène urbain unique en présentent un aspect européen aisé avec

nar Asplund (1885-1940) : vigueur et de tableaux français Louis Carré à Ba- Iran. leurs villas éparses.

liberté inventive (poteaux asymétriques zoches-sur-Guyonne, 1956-1959) ; Au début du XXe s., un village de Le développement spontané a agglo-
de la salle des machines du journal ; pla- — Travaux d’urbanisme (plans géné- quelques centaines d’habitants occupait méré progressivement autour des créa-
fond en lattes de bois, ondulé à des fins raux, dans l’après-guerre, pour Imatra et une partie de l’île alluviale d’bdn, tions de l’ex-Anglo-Iranian Oil Com-
acoustiques, de la salle de conférences à Rovaniemi ; plan pour le centre d’Hel- étirée entre le Bahmanchr (émissaire pany des organismes beaucoup plus
Viipuri), considération accordée au site, sinki). du Krn) et le Chatt ul-arab. La décou- rudimentaires, sans équipement col-

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

lectif, à habitat traditionnel beaucoup au gradin disloque la tranche de terrain habituellement 8 à 15 m. Les trous lé- appelée havage, faite par une haveuse ;
plus dense, où seul le quadrillage du délimitée par cette ligne, alors qu’un gèrement inclinés par rapport à la pente cette machine possède un cadre long
plan révèle une certaine systématisa- coup isolé n’abat que le dièdre dont du gradin sont plus efficaces, mais plus et mince engagé dans le massif, autour
tion : bdn-ville, quartier du bazar, il est l’arête. Les détonateurs allumés difficiles à forer. Dans quelques exploi- duquel circule une chaîne munie de pics
qui groupe commerce et artisanat au sud électriquement, amorces électriques tations, on fore des trous jusqu’à 40 m. qui scie progressivement le charbon sur
immédiat de la raffinerie ; Ahmadbd, instantanées, ont remplacé les mèches Les diamètres utilisés s’échelonnent de le front du chantier. En longue taille, on
quartier de résidence pauvre à l’est du lentes et assurent la simultanéité des 70 à 350 mm. Les Suédois forent des utilise une haveuse ripante halée par
bazar ; enfin de véritables bidonvilles détonations. Habituellement, un déto- trous de faible diamètre, mais rappro- un treuil incorporé le long du front, au
(Krn, Kafcheh, Ab al-Hasan), qui nateur est placé dans chaque trou. On chés ; les Américains préfèrent les gros fur et à mesure de son travail. Habituel-
passent peu à peu à une banlieue rurale peut aussi, en carrière notamment, relier trous espacés. Dans l’un et l’autre cas, lement, afin de réduire le porte-à-faux
dans la palmeraie. À la ville « étran- les trous par un cordeau détonant ; il le poids d’explosif au mètre cube abattu du soutènement, la haveuse est placée
gère » s’est peu à peu soudée une agglo- suffit alors d’un détonateur pour la est le même, mais le prix de revient du sur le convoyeur blindé et glisse sur les
mération autochtone spontanée. mise à feu de la volée. Si la volée com- forage et de la préparation du tir peut rebords de celui-ci.
X. P. porte des trous à inégales distances de différer, de même que la fragmentation
Dans les houillères américaines, où
la surface libre, ceux qui sont situés le du terrain.
l’exploitation est faite par l’avancement
plus près doivent détoner les premiers, Les trous de faible à moyen diamètre d’une série de chantiers parallèles de 5 à
créant ainsi une nouvelle surface libre sont forés soit avec un lourd marteau 9 m de front, les haveuses sont automo-
abattage utilisée par les trous suivants ; pour perforateur qui reste en surface, soit trices sur chenilles ou, mieux, sur pneus
cela, on emploie des amorces à retard avec un marteau qui descend dans le pour se déplacer d’un chantier au sui-
Opération primordiale de l’exploitation dans lesquelles une pastille combustible trou, soit encore avec une petite son- vant ; le havage d’un chantier se fait par
des mines et des carrières, consistant à constituant le retard est intercalée entre deuse rotative ; le curage est fait par un mouvement de fauchage du bras de
fragmenter le terrain en morceaux qui l’allumette électrique et le détonateur. injection d’air à travers les tiges ; le la haveuse, dont le corps reste fixe. Ces
seront chargés dans les engins de trans- Les retards ordinaires sont calibrés en tout est monté sur un châssis qui, si la machines sont souvent à tête univer-
port. demi-secondes. On utilise souvent les machine est lourde, est automoteur sur selle, permettant de haver des chantiers
microretards échelonnés en centièmes pneus ou sur chenilles pour aller d’un plus larges, de régler la hauteur du ha-
Abattage à l’explosif de seconde : l’ébranlement provoqué trou au suivant ; ces machines peuvent vage et de faire des rouillures verticales
par les premiers coups n’est pas ter- généralement forer des trous inclinés.
Indispensable dans les terrains durs, en croix sur le havage, ce qui améliore
miné quand survient la détonation des
il est remplacé dans les terrains plus Les trous de gros diamètre sont main- l’efficacité de l’explosif : celui-ci tra-
suivants, d’où une meilleure efficacité.
tendres par l’abattage mécanique sans tenant forés avec une machine rotary vaille alors par rapport à deux surfaces
Dans les exploitations à ciel ouvert, on
explosif. La frontière entre ces deux travaillant comme les sondeuses pour libres orthogonales, ce qui permet de
tire avec microretards plusieurs lignes
méthodes dépend de la puissance des pétrole, par rotation d’un trépan à mo- réduire le nombre de trous.
de trous parallèles, réalisant l’abattage
machines capables de mordre dans le lettes, mais ici avec curage par injection Diverses mines dans lesquelles le ter-
de dizaines de milliers de tonnes, par-
terrain. Chaque fois que c’est possible, d’air. Ces grosses machines à moteur rain n’est pas trop coriace pour les pics
fois un million de tonnes.
on évite l’explosif, qui est coûteux et Diesel, automotrices sur chenilles, ne (potasse, gypse, sel) pratiquent aussi le
complique les opérations. forent en principe que des trous verti- havage. Dans les mines de fer lorraines,
Forage des trous de mine
caux. les rognons durs ont fait échouer les
• Exploitation souterraine. Les trous
Principes d’emploi Dans des terrains relativement essais de havage.
sont de faible diamètre (30 à 45 mm)
Placé dans un trou de mine, l’explosif tendres, comme les bauxites latéritiques,
parce qu’ils sont relativement rappro-
disloque le volume compris entre ce trou on fore avec une tarière rotative dont les
chés et de faible profondeur (2 à 3,5 m). Explosifs utilisés
et une surface libre. Il doit se trouver à tiges en vis d’Archimède remontent les
S’il y a peu de trous à forer dans un Dans les houillères, leur choix est stricte-
distance convenable de cette surface : débris de forage.
ment limité pour des motifs de sécurité.
trop loin, il fera camouflet ; trop près, il quartier, on utilise actuellement encore
Dans des terrains durs cristallins Afin de ne pas risquer d’allumer le grisou ou
donnera trop de projections. L’objectif un outil individuel tenu à la main : mar-
comme les taconites (quartzites ferri- les poussières de charbon, on n’utilise, en
du tir est de fragmenter, non de projeter teau perforateur pneumatique ou, dans
fères) ou les granites, on peut employer exploitation, que des explosifs faibles dont
ni de broyer. les terrains plus tendres comme le char- les gaz de détonation sortent à température
le jet piercing, chalumeau à fuel et oxy-
bon, perforatrice rotative pneumatique relativement basse, tout en étant libérés
L’efficacité est optimale lorsque le gène alimenté à partir d’un réservoir à
ou électrique. L’emploi d’une canne té- avec une grande rapidité pour ne pas avoir
trou de mine est parallèle à une surface oxygène liquide, avec refroidissement
lescopique pneumatique qui supporte le le temps d’enflammer le grisou. Ce sont les
libre. En mine souterraine, on cherche du brûleur par injection d’eau. La
explosifs de sécurité ; il entre généralement
marteau diminue la fatigue de l’ouvrier.
à créer, dans le front du chantier, une flamme sort à 3 000 °C et à 5 700 km/h ; dans leur composition une forte proportion
En terrain siliceux, le forage se fait avec
coupure ou un redent permettant d’avoir elle creuse le trou par érosion et décré- de chlorure de sodium, comme élément
injection d’eau à travers le fleuret creux
les trous parallèles à une surface libre ; pitation de la roche provoquées par les de refroidissement, et du nitrate d’ammo-
pour éviter la silicose des poumons, pro- niaque mêlé à d’autres matières explosives.
en l’absence de redent, ou pour préparer tensions internes dues aux différences
voquée par les poussières. Pour le charbon, la brisance n’est pas recher-
celui-ci, on fore les trous en biais sur le de température et de dilatation des cris-
chée ; on désire fracturer le massif et non
front, mais l’efficacité de l’explosif y S’il y a un grand nombre de trous à taux. Actuellement, on expérimente
le broyer en poussières de moindre valeur
est moindre. En carrière, on travaille forer, on utilise un jumbo qui porte une des flame jet, qui utilisent des corps
commerciale.
par gradins presque verticaux ; les trous ou plusieurs perforatrices lourdes per- analogues aux propergols (composés
Dans les mines métalliques, on recherche
de mine sont verticaux ou à l’inclinai- mettant de forer rapidement les trous et, nitriques, etc.).
les explosifs bon marché, donnant le prix
son du gradin. éventuellement, de les faire de plus gros de revient minimal. Dans les mines de fer

Le tir coup par coup est rare. On géné- diamètre. Le jumbo est généralement Havage lorraines, le tir à l’oxygène liquide, écono-
automoteur sur pneus ou sur chenilles, mique, est très employé. Les cartouches
ralise le tir en volée d’un grand nombre Dans les mines de charbon dur, pour
plus rarement sur rails, pour aller d’un contiennent des matières combustibles fi-
de trous allumés simultanément, ce qui améliorer le travail de l’explosif et en
nement concassées (sciure de bois, de liège,
chantier au suivant.
n’exige l’évacuation du chantier que réduire fortement la consommation, etc.) ; on les imbibe d’oxygène liquide par
pour chaque volée et améliore l’effica- • Exploitation à ciel ouvert. Les trous on creuse dans la couche une saignée trempage dans un vase à double paroi avant
cité de l’explosif ; dans une carrière, la de mine verticaux sont de longueur un parallèle à son mur, de faible épaisseur de les introduire dans les trous. Les chantiers

détonation d’une ligne de trous parallèle peu supérieure à la hauteur du gradin, et de la profondeur des trous de mine, sont approvisionnés en oxygène liquide à

4
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

partir du réservoir de stockage au jour par d’une dimension moyenne de 3 à 30 cm et la couche soit suffisamment régulière à une extrémité de la machine. En même
des bonbonnes amenées sur lorries. quelques morceaux de 3 m à l’intérieur du pour permettre la marche normale de ces temps, la puissance a été fortement aug-
cratère. Rapporté à l’énergie libérée, l’explo-
En 1955, pour la première fois, du nitrate coûteux engins. Ces machines sont des mentée : les premières haveuses avaient
sif nucléaire est meilleur marché que l’explo-
d’ammoniaque granulé du commerce, ma- abatteuses-chargeuses, qui chargent un moteur de l’ordre de 30 kW ; on est
sif classique. La contamination radio-active
laxé avec 6 à 9 p. 100 de fuel ou de gas-oil,
est diminuée par des matières absorbant les dans l’engin de transport ce qu’elles passé à 100 kW avec les haveuses à
a été employé comme explosif aux États-
neutrons, placées autour de l’explosif. abattent. La plupart des minerais sont
Unis ; depuis, en raison de son très bas prix, rotor, puis à 200 kW pour les rangings.
le nitrate-fuel est utilisé dans toutes les beaucoup plus durs que le charbon, et
Dans les houillères britanniques, on
carrières du monde. Le mélange est amené les pics des abatteuses-chargeuses ne
emploie aussi, dans les mêmes condi-
tout fait dans un camion-citerne ou pré- Abattage hydraulique peuvent les attaquer ; mais certains,
tions, des trepanners, dans lesquels
paré sur place dans une bétonnière ; après comme ceux de potasse ou de phos-
avoir placé au fond du trou une cartouche L’infusion d’eau sous pression dans le deux rotors, un à chaque extrémité de la
phate, peuvent être abattus mécanique-
d’explosif classique servant d’amorce, on massif de charbon pour l’attendrir et machine, ont leur axe parallèle au front
ment avec les mêmes types de machines
verse les granulés en vrac dans le trou ou, diminuer les poussières soulevées par de taille. Dans les mines de potasse on
si celui-ci est humide, on les met dans des que ceux des houillères. Dans les exploi-
l’abattage est devenue de pratique cou- utilise des haveuses ranging de 400 kW.
sacs en plastique. Cet explosif est mainte- tations à ciel ouvert, la puissance des
rante dans les houillères européennes.
nant employé aussi en mines souterraines ; engins de chargement permet à ceux-ci
le mélange est projeté dans les trous par un On fore dans le front de taille des trous Rabot
d’attaquer directement un gradin relati-
éjecteur à air comprimé ; il doit être bien analogues à des trous de mine et dans
vement tendre. Lorsque le charbon n’est pas très dur —
dosé pour que les fumées du tir n’aient pas lesquels on introduit une canne creuse
de vapeurs nitriques nocives. cas habituel des houillères du Pas-de-
raccordée à une canalisation d’eau sous Abatteuses-chargeuses dérivées Calais, de Belgique, d’Allemagne —, il
Les bouillies, ou gelées, sont des mé- pression. Le but recherché était, au de la haveuse
langes complexes de nitrates et de subs- est inutile d’utiliser une haveuse à rotor.
début, d’humidifier le charbon, mais on
tances diverses explosives (trinitrotoluol) La haveuse classique, dans une couche L’engin d’abattage-chargement d’em-
s’est aperçu qu’avec une forte pression
ou non (poudre d’aluminium) avec environ assez tendre, joue le rôle d’abatteuse :
d’eau on créait une fracturation qui faci- ploi général est alors le rabot, sorte de
15 p. 100 d’eau gélifiée au moment de l’em-
le charbon havé s’effondre presque tout
litait l’abattage. charrue à charbon tirée en va-et-vient le
ploi par une gomme. Ces nouveaux explo-
seul, au besoin aidé par l’emploi du
sifs sont plus chers que le nitrate-fuel, mais long du front de taille par une chaîne sans
À ciel ouvert, un gros jet d’eau sous marteau piqueur. La haveuse, qui a fait
plus efficaces dans les roches dures, l’eau fin passant sur deux têtes motrices fixées
5 à 10 bars, sortant d’une lance géante
augmentant la densité et la vitesse de déto- la saignée en remontant la taille, peut,
aux extrémités du convoyeur blindé. Le
nation, ainsi que la pression. d’au moins 75 mm de diamètre mon- en descendant, charger le charbon dans
tée sur affût, appelée monitor, peut coutre d’attaque, vertical, possède des
La consommation d’explosif à la tonne le convoyeur blindé : on remplace les
être utilisé pour l’abattage de terrains pics qui, sous la traction de la chaîne,
abattue dépend essentiellement de la du- pics par des palettes et on fait tourner
reté du terrain et des conditions du tir ; elle meubles tels que des alluvions récentes. mordent dans le charbon et en disloquent
la chaîne de havage en sens inverse.
varie entre 50 et plus de 500 g/t. Elle est plus Les sables et graviers entraînés par l’eau des plaques épaisses de 4 à 8 cm, les-
Pour des charbons durs, on a utilisé des
grande en mine souterraine qu’en exploita- s’écoulent dans des rigoles. Cette tech- haveuses à deux bras superposés, avec quelles tombent dans le convoyeur
tion à ciel ouvert.
nique, qui utilise environ 20 m3 d’eau un champignon tournant garni de pics, blindé. Le rabot est symétrique, de sorte
Emploi de fluides gazeux comprimés par mètre cube abattu, est employée monté sur l’extrémité du bras inférieur, qu’il travaille dans les deux sens de son
pour des alluvions (aurifères, stanni- qui achève de disloquer le charbon. va-et-vient. Pour mordre dans le char-
L’échappement brutal d’un gaz à très haute
pression au fond d’un trou de mine produit fères, titanifères, etc.). Certaines haveuses ont en plus un cadre bon, il est pressé contre le front par le
un effet comparable à celui d’un explosif vertical qui coupe le massif par-derrière,
Dans des houillères souterraines, convoyeur blindé, lui-même poussé par
faible, utilisable pour l’abattage du charbon.
les Soviétiques réalisent l’abattage par parallèlement au front, ou une barre des pousseurs pneumatiques répartis sur
Dans le procédé Cardox, on chauffe par un
jet d’eau à très haute pression (envi- tournante horizontale garnie de pics, ani- sa longueur. Dans certains rabots, les
allumeur électrique une charge de bioxyde
ron 100 bars). Le jet qui sort à environ mée d’un lent mouvement oscillatoire.
de carbone liquide placée dans un cylindre pics reliés hydrauliquement se déplacent
d’acier. Dans le tir à l’air comprimé, pro- 500 km/h de la lance, distante de moins D’autres haveuses ont un cadre en forme
mutuellement.
cédés Airdox et autres, un cylindre d’acier de 10 m du massif de charbon, est tel- d’anneau perpendiculaire au front.
fermé par un opercule, placé dans le trou Dans une grande taille mécanisée, si
lement dangereux que la lance, montée L’emploi de la haveuse intégrale, ou
de mine, reçoit de l’air comprimé à envi- les conditions sont favorables, on abat
sur patins, doit être télécommandée. Les haveuse à rotor, se généralise dans les
ron 800 bars. Sous la pression, l’opercule plus de 2 000 t par jour avec un rabot,
morceaux de charbon, disloqués par le tailles à charbon dur. Cette abatteuse-
se rompt, et l’échappement de l’air produit
une haveuse ranging ou un trepanner.
l’abattage. Il faut un compresseur spécial, un jet, s’écoulent avec l’eau dans des gout- chargeuse a son corps identique à celui
réseau de tuyaux de cuivre de très faible dia- tières et des tuyaux. Dans la formule Certaines tailles exceptionnelles dé-
d’une haveuse classique, mais le cadre
mètre, des vannes de tir ; mais on économise d’hydromécanisation complète, le mé- passent 5 000 t par jour.
de havage est remplacé par un tambour
le prix de l’explosif. Ce procédé est assez ré- lange d’eau et de charbon est remonté rotatif à axe perpendiculaire au front,
pandu dans les charbonnages américains et
au jour par pompage. En Tchécoslo- portant des pics répartis en hélice sur sa Mineur continu
dans quelques houillères françaises.
vaquie, on utilise aussi cette technique. périphérie qui désagrègent le charbon En Amérique, les constructeurs ont mis
Emploi de l’explosif nucléaire Des essais d’abattage hydraulique sont sur une profondeur de 30 à 50 cm. Dans au point pour les houillères des mineurs
D’après des essais américains, l’explosif nu- en cours dans plusieurs pays avec des une couche épaisse, le tambour serait continus, lourdes abatteuses-chargeuses
cléaire peut être employé dans des régions pressions allant jusqu’à 300 bars. de diamètre insuffisant ; on utilise une sur chenilles adaptées aux chantiers
subdésertiques pour broyer in situ un gros
D’autres techniques d’abattage font haveuse double à deux rotors superpo-
amas de minerai à basse teneur ou pour dé- classiques de 5 à 9 m de large. Le prin-
l’objet de recherches : vibrations par sés. Ces haveuses à rotor, comme les
blayer des terrains de recouvrement d’une cipe général en est d’attaquer le front par
ultrasons, électrodynamique, choc ther- haveuses ordinaires, ne travaillent que
épaisseur supérieure à 60 m, en creusant des rotors garnis de pics, les fragments
une excavation d’une dimension jusque-là mique, etc. dans un seul sens de marche, en remon-
abattus étant ramenés sur un convoyeur
impossible. Dans l’essai SEDAN du désert tant la taille, car le treuil de halage est
central qui les évacue à l’arrière, où ils
du Nevada, un explosif thermonucléaire situé à une extrémité de la machine ; le
Abattage mécanique en tombent dans l’engin de transport ; la
d’une puissance de 100 kt placé à 190 m de retour au bas de la taille se fait à vide,
profondeur dans un trou de sonde tubé de mine souterraine machine avance sur ses chenilles au fur
d’où un temps mort. Les machines sy-
90 cm de diamètre, bourré avec du sable, a
Actuellement, quelle que soit la dureté métriques, travaillant dans les deux sens et à mesure de l’abattage. La production
fait un cratère de 370 m de diamètre et de
d’un charbon, on sait l’abattre mécani- de marche, constituent un progrès ré- d’un mineur continu dépasse 100 t/h
100 m de profondeur en projetant environ

5 millions de mètres cubes de matériaux. Un quement par des machines appropriées, cent. On a ainsi des haveuses ranging à dans des conditions favorables. Pour le
essai dans du basalte a donné des fragments munies de robustes pics, mais il faut que deux rotors réglables en hauteur, chacun minerai de potasse, plus dur que le char-

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

bon, ces machines pèsent jusqu’à 200 t sement ni chevauchement entre animaux carcasses ; aussi, les nouveaux abattoirs est fendue en deux moitiés avant d’être
vivants et viande, et, dans toute la mesure
avec une puissance de 1 500 ch. s’installent-ils près des centres de pro- dirigée vers les salles de réfrigération.
du possible, entre viandes et sous-produits
J. A. duction, c’est-à-dire un coeur des princi- L’ensemble des opérations 3 et 4 corres-
ou déchets ;
Exploitation souterraine et à ciel ouvert / Ex- pales régions d’élevage. On tend ainsi à pond à ce que l’on appelle l’habillage.
traction dans les mines / Mines et carrières. • l’inspection de la salubrité et de la qua-
préférer le « circuit mort », ou « circuit
lité des denrées animales ou d’origine ani- 5. Le 5e quartier (les quatre autres cor-
forain » (transport des carcasses), au
male destinées à la consommation ; respondant à la carcasse, qui est par-
« circuit vif » (transport des animaux
• la détermination et la surveillance des tie vers la réfrigération) fait l’objet
vivants).
conditions d’hygiène dans lesquelles ces d’un travail particulier et variable en
abattoir denrées sont préparées et conservées, no- fonction des différentes parties qui le
tamment lors de leur transport et de leur
L’organisation interne composent. On y distingue : les abats
Un des maillons essentiels du circuit de mise en vente.
blancs (estomac et pieds), les abats
la viande, dont la fonction principale est Cette réglementation vise donc autant Différentes opérations s’effectuent suc-
rouges (rate, poumons, coeur, langue,
d’abattre les animaux et de les trans- l’abattage des animaux que la préparation cessivement sur la chaîne d’abattage.
foie, joues, cervelle) et les issues (cuir,
former en différents produits (viande des produits carnés qui en sont issus. 1. C’est tout d’abord l’assommage (gros
sang, boyaux, péritoine, graisse péri-
en carcasses [ou, de plus en plus, en bovins et veaux), en général au pisto-
viscérale, vessie, cornes, sans oublier
morceaux découpés], abats divers [foie, let, ou l’anesthésie (moutons, porcs et
L’évolution les glandes, qui sont de plus en plus
coeur, cervelle, langue, etc.]) et sous-pro- volailles), en général à l’électricité, sauf
demandées par les laboratoires pharma-
duits constituant des matières premières pour la préparation des viandes caw-
L’abattoir d’aujourd’hui n’a plus rien
ceutiques).
à destination alimentaire ou industrielle chères, où les animaux sont directement
à voir avec celui d’hier : c’est une
(suif, sang, boyaux, cuir, etc.). égorgés. 6. Les carcasses et les abats réfrigérés
usine. Le machinisme y a très large-
L’abattoir joue aussi un rôle éco- devront ensuite être ramenés dans des
ment pénétré : la division du travail 2. Les animaux étourdis sont immédia-
nomique important dans l’ajustement salles de vente.
est maintenant généralisée, ce qui tement levés par un membre postérieur
de l’offre et de la demande. Point de permet autant d’améliorer la produc- et accrochés sur le réseau aérien de
passage obligé pour tous les animaux, tivité du travailleur que de séparer les manutention. Ils sont alors saignés et
il est enfin le lieu où se réalise, grâce opérations sales (saignée, éviscération, égouttés. Le sang est récupéré : il sera Les formules nouvelles
à l’inspection sanitaire, le contrôle de traitement des viscères digestifs) des déshydraté en vue de faire de la farine de de distribution
la salubrité des produits destinés aux opérations propres (traitement de la sang, utilisée en alimentation animale.
Si la vente en carcasse est encore la plus
consommateurs. viande).
3. Les bovins et ovins sont alors dépouil- répandue, on voit néanmoins se déve-
Pour travailler dans des conditions lés (enlèvement des cuirs et peaux), tan- lopper des formes nouvelles de distri-
La réglementation des économiques satisfaisantes, l’abattoir dis que les porcs sont échaudés, rasés, bution, telles que les viandes en grosses
abattoirs doit avoir un volume d’activité suffi- brûlés et grattés, afin d’obtenir une pièces désossées, les viandes en petites
sant (au moins de l’ordre de 10 000 t de couenne propre et exempte de soies. Les
Dans tous les pays, des mesures législatives pièces conditionnées, les viandes ha-
et réglementaires sont prises dans l’intérêt viande nette pur an) et être capable de volailles, de leur côté, sont échaudées chées industriellement (pour le boeuf),
de la protection de la santé publique. Elles fonctionner régulièrement tout au long et plumées, la finition du plumage se les plats cuisinés, les conserves à base
prévoient, avec des modalités diverses : de l’année. faisant souvent à la cire (trempage de la de viande.
• l’inspection sanitaire des animaux bête dans un bain de cire).
Traditionnellement, les abattoirs
vivants présentés aux abattoirs, avant et Toutes ces spécialités sont préparées
étaient implantés près des lieux de 4. On ouvre ensuite la cavité abdomi-
après leur abattage ; directement dans des unités industrielles
consommation, c’est-à-dire à proxi- nale en vue de l’éviscération. Grâce à
• la détermination et le contrôle des annexées aux abattoirs afin de concilier
mité des centres urbains. Cependant, l’inspection sanitaire sont éliminés les
conditions d’hygiène dans lesquelles a les impératifs de l’hygiène (utilisation
le développement des équipements animaux dont les produits seraient im-
lieu l’abattage : la chaîne doit en effet continue du froid) et les nécessités éco-
présenter un cheminement continu, sans frigorifiques permet aujourd’hui de propres à la consommation. Puis, chez
nomiques (organisation du travail au
possibilité de retour en arrière, sans croi- transporter, sans aucun problème, les les gros bovins et les porcs, la carcasse
sein de ces unités spécialisées).
J. B.

Aviculture / Viande (industries de la).

‘Abbdides ou
Ban ‘Abbd

Dynastie arabe qui régna à Séville au


XIe s.

La fondation
de la dynastie
C’est le cadi de Séville Ab al-Qsim
Muammad ibn ‘Abbd qui fonde cette
dynastie en 1023, alors que le califat de
Cordoue se fragmente en principautés,
dites « royaumes de taifas » (mulk
al-aw’if). Son règne (1023-1042) est
consacré à la lutte contre les Djahwa-

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

rides de Cordoue et les seigneuries du montre de plus en plus exigeant vis-à-vis souvent cruel, fera aveugler son père, place royale, on éleva sur une terrasse le
sud de l’Andalousie. des seigneurs musulmans et réclame à deux de ses frères et un de ses fils, et palais des « quarante colonnes », entouré
al-Mu‘tamid la cession d’une partie de en fera exécuter un autre. À l’extérieur, de jardins et précédé d’un miroir d’eau.

L’extension du royaume son royaume. il doit d’abord rester sur la défensive : Aussi Ispahan fut-elle, au dire des voya-
par le traité de Constantinople (1590), il geurs de l’époque, la plus belle ville du
Menacés, les rois de taifas appellent à
À la mort d’Ab al-Qsim en 1042,
renonce temporairement à lutter contre monde. ‘Abbs Ier le Grand mourut dans
leur secours le sultan almoravide Ysuf
son fils, un jeune homme de vingt-six les Ottomans. Il lui faut avant tout réor- le Mzandarn en 1629. La médiocrité
ibn Tchfn, qui règne au Maghreb. Ce
ans, Ab ‘Amr ‘Abbd ibn Muammad
ganiser son armée : deux Anglais, An- de ses successeurs allait bientôt entraî-
dernier répond à leur appel, inflige en
(roi de 1042 à 1069), plus connu sous thony et Robert Sherley, vont l’y aider. ner le déclin de son empire. Le Français
1086 aux chrétiens la lourde défaite
le nom d’al-Mu‘taid billh, continue ‘Abbs Ier dotera son artillerie de canons J. Chardin, qui séjourna en Perse, d’où
de Zalaca (al-Zallqa), puis rentre en
sa politique. Se présentant comme le de cuivre et se constituera une forte il nous rapporta un précieux Voyage en
Afrique. Après son départ, les chrétiens
défenseur de la cause arabo-andalouse armée permanente, en partie composée Perse et aux Indes orientales (1686),
reprennent leurs incursions contre les
contre les Berbères, al-Mu‘taid mène, de chrétiens convertis. Il profite de riva- devait écrire : « Quand ce grand prince
principautés musulmanes, qui implorent
à l’instar de son père, la lutte contre le lités intestines chez les Ouzbeks pour cessa de vivre, la Perse cessa de pros-
de nouveau l’aide du sultan berbère.
prince berbère de Carmona Muammad les attaquer et leur reprendre Mechhed pérer. »
Celui-ci accède à leur demande, mais
ibn ‘Abd Allh al-Birzl, puis contre le et Hart (1599). Puis, se tournant contre C. D.
bientôt se retourne contre elles et les
successeur de celui-ci, Isq. Il attaque les Ottomans, il envahit l’Azerbaïdjan Iran / Ispahan / Séfévides.
annexe à son empire.
ensuite d’autres principautés du sud de et remporte une victoire décisive près
L. L. Bellan, Chah Abbas Ier, sa vie, son his-
l’Andalousie et étend considérablement de Tabriz (1606) ; en 1623, il occupe toire (Geuthner, 1933).
le territoire de son royaume. Inquiets des La chute des ‘Abbdides
Bagdad, mais pour peu de temps, car,
entreprises d’al-Mu‘taid, les autres rois Le royaume de Séville résiste héroïque- dès 1638, le sultan Murad IV récupé-
de taifas forment une alliance qui groupe ment aux troupes almoravides. Cepen- rera définitivement la Mésopotamie. Au
les princes de Badajoz, d’Algésiras, de dant, à la fin de 1090, l’armée d’ibn sud de son royaume, ‘Abbs Ier enlève, ‘Abbssides
Grenade et de Málaga. Tout en soute- Tchfn parvient à occuper Tarifa, Cor- avec l’aide des Anglais, Ormuz aux
nant une guerre contre cette coalition et doue et enfin la capitale, Séville. Fait Portugais, qui y étaient installés depuis
Dynastie de califes arabes qui détrôna
principalement contre le prince de Bada- prisonnier, al-Mu‘tamid est envoyé au 1507, et fonde en face le port de Bandar
les Omeyyades en 750 et régna jusqu’au
joz, al-Mu‘taid parvient à annexer la Maroc, où il meurt en 1095. ‘Abbs ; mais, au nord-est de la Perse,
milieu du XIIIe s. à Bagdad.
principauté musulmane d’Huelva et de il ne parvient pas à s’assurer la posses-
Sous le règne des ‘Abbdides, les
Saltès, ainsi que celle de Santa María de sion définitive de la Géorgie. En 1621,
lettres et les arts avaient connu un La conquête du pouvoir
Algarve. Il invite ensuite à Séville les il reprend Kandahar au Grand Moghol.
remarquable essor. Al-Mu‘tamid lui-
chefs berbères du sud de l’Andalousie, Les ‘Abbssides sont les descendants
même ainsi que son vizir ibn Zaydn Cet empire qu’il agrandit et sur lequel
les fait assassiner et s’empare de leurs de ‘Abbs, oncle de Mahomet. Forts
figurent parmi les grands noms de la il fait régner une autorité sans conteste,
possessions. Peu après, il occupe Algé- de cette parenté avec le Prophète, ils
poésie arabe. ‘Abbs Ier cherche à le consolider par
siras et prépare une expédition contre parviennent à exploiter le méconten-
M. A. une intense activité diplomatique : il en-
Cordoue. tement des populations à l’égard des
Almoravides / Andalousie / Espagne / Recon- voie de nombreuses ambassades auprès
À la mort d’al-Mu‘taid en 1069, quista / Séville / taifas (les royaumes de). des grandes puissances européennes Omeyyades pour s’emparer du pouvoir
son fils Muammad ibn ‘Abbd al- — qu’il ne parviendra pas, cependant, en 750. Les ch‘ites, et principalement

Mu‘tamid (roi de 1069 à 1095) hérite à engager dans la lutte contre les Otto- ceux de la Perse, contribuent largement,
d’un royaume qui s’étend sur la plus mans — et se ménage de bonnes rela- sous la direction d’Ab Muslim, au suc-
cès des ‘Abbssides. Toutefois, la chute
grande partie du sud-ouest de l’Es- ‘Abbs Ier le Grand tions avec les princes de Moscovie et
pagne. Dès 1070, le nouveau roi réa- les khns tatars de Crimée. Il cherche, des Omeyyades ne découle pas d’anta-

lise le voeu de son père en annexant la d’autre part, à relier les diverses régions gonismes raciaux, mais plutôt d’une ré-
(1571 - Mzandarn 1629), chh de
principauté de Cordoue. Mais en 1075 de son empire, construit des routes et volte sociale contre l’aristocratie arabe.
Perse (1587-1629).
il perd le contrôle de l’ancienne capitale des ponts, et réorganise les caravansé- Le moteur de la révolution réside dans
Le règne de ce conquérant marque
omeyyade au profit du roi de Tolède. rails aux étapes. le mécontentement économique et social
l’apogée de la dynastie des Séfévides.
Il ne la reprend qu’en 1078, en même des populations citadines non privilé-
Grand constructeur, il élève des mos-
temps qu’il conquiert une bonne partie L’avènement sur le trône de ‘Abbs giées. Marchands et artisans des villes
quées et des palais dans plusieurs villes
du royaume de Tolède. Le roi de Séville est précédé de dix années de querelles de garnison, prenant conscience de l’im-
de la Perse, et surtout, sédentarisant la
est alors le plus puissant des princes dynastiques et d’invasions. Après la portance de leur rôle dans le domaine
dynastie séfévide, qui était demeurée
musulmans d’Espagne. mort d’Ism‘l II (1578), le père de économique, aspirent à la direction des
plus ou moins nomade, il fait d’Ispahan
‘Abbs, Muammad Khudbanda de- affaires politiques. Au surplus, la classe
Cependant il ne peut pas arrêter la sa capitale. Cette ville avait déjà été la
vient roi, mais il est déposé en 1587 par dirigeante du royaume omeyyade de-
Reconquista, qui se développe alors résidence des Seldjoukides au XIe et au
le gouverneur de Turbat, auprès duquel vient, avec la cessation des guerres de
dans le sud de la péninsule Ibérique à XIIe s., mais c’est à ‘Abbs Ier qu’elle
vit le jeune ‘Abbs, et ce dernier monte conquête — seule activité productive de
la faveur des dissensions des rois de tai- dut son incomparable splendeur : elle
sur le trône : il a seize ans. l’aristocratie —, une caste historique-
fas. Al-Mu‘tamid est même obligé de devint une cité de 600 000 habitants
La situation du royaume n’est guère ment superflue.
verser un double tribut à Alphonse VI et s’orna de palais, de mosquées et de
de Castille pour éviter l’invasion de sa brillante alors : la Perse est menacée à jardins magnifiques. Le chh fit tracer, Son renversement nécessite pourtant

capitale. l’intérieur par les ambitions des gouver- du nord au sud de la ville, une large une conjugaison d’intérêts divers. Une
neurs et des émirs locaux, et à l’exté- promenade agrémentée de jardins et de fois la victoire remportée, la coalition
rieur par les attaques des Ouzbeks à l’est monuments. Il aménagea, au centre de contre les Omeyyades éclate, se scin-
La Reconquista et
et par celles des Ottomans à l’ouest. la cité, la place royale, la bordant d’ar- dant en groupes dressés les uns contre
l’intervention
‘Abbs Ier agit avec vigueur ; s’appuyant cades doubles, surélevant le charmant les autres. Les ‘Abbssides commencent
des Almoravides
sur un corps de cavalerie composé de pavillon de l’‘Al Qpu et construisant par se débarrasser de l’aile extrémiste
À la fin du XIe s., les princes chrétiens prisonniers géorgiens chrétiens conver- la mosquée du cheykh Lotfollh ; sur le du mouvement : Ab Muslim est exé-
deviennent plus menaçants. En 1085, le tis à l’islamisme, il réprime les révoltes côté sud de la place fut édifiée la mos- cuté avec plusieurs de ses compagnons
roi de Castille s’empare de Tolède. Il se et pacifie les provinces. Il se montrera quée royale. Entre la promenade et la et l’émeute fomentée par ses partisans

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

est écrasée dans le sang. Tous les Per- nouvelle capitale est destinée à devenir fiant peu à peu, l’organisation mise au situation de la province au ministère des
sans ne sont pas pour autant écartés le « marché de l’univers ». Le transfert point par le calife omeyyade Hichm. Postes et Informations de Bagdad.
de la vie politique. Bien au contraire, du siège de l’Empire de la province mé- Ils y ajoutent bien des usages de l’ancien
De même que l’administration, l’ar-
l’aile modérée s’apprête à jouer un rôle diterranéenne de Syrie à la Mésopotamie régime persan des Sassanides. L’admi-
mée n’est plus l’apanage des Arabes.
de premier plan dans la direction de favorise les vieilles influences orientales nistration n’est plus, comme au temps
Les pensions ne sont maintenues que
l’Empire. et particulièrement celles de la Perse. des Omeyyades, l’apanage de l’aris-
pour les soldats de carrière. À la milice
tocratie arabe : ses cadres se recrutent
arabe on substitue des troupes merce-
essentiellement parmi les musulmans
Le déplacement du centre Gouvernement et non arabes (mawl). Ceux-ci occupent naires. Les premiers califes ‘abbssides
de l’Empire de Syrie administration un haut niveau social et sont organisés s’appuient sur la garde formée de sol-
en Iraq Le califat ‘abbsside ne s’appuie plus, en divans ou ministères (Chancellerie, dats originaires du Khursn, particu-

comme au temps des Omeyyades, sur Armée, Sceau, Finances, Postes et In- lièrement dévouée à leur personne. Plus
Le centre de l’Empire est déplacé de
le consensus des chefs de tribus. Il ne formations, etc.) sous l’autorité suprême tard, ces Persans seront remplacés par
la Syrie en Iraq, où le premier calife
relève pas du régime des cheikhs pré- du vizir, personnage tout-puissant. Les des esclaves, ou mamelouks, pour la
‘abbsside, al-Saff (749-754), éta-
islamiques, mais plutôt des traditions Barmakides, une famille d’origine per-
blit sa capitale, d’abord dans la petite plupart originaires de Turquie d’Asie.
de l’Empire sassanide. Le régime sane, remplissent cette haute fonction
ville de Hchimiyya, bâtie sur la rive L’autorité des ‘Abbssides s’appuie
‘abbsside est une autocratie de droit jusqu’en 803, date de leur renversement
orientale de l’Euphrate, puis à Anbr.
également sur la religion. Les califes
divin. « Ombre de Dieu sur terre », le par Hrn al-Rachd.
Le second calife, al-Manr (754-775),
sont pleins d’égard pour les chefs reli-
transfère le siège de l’Empire sur la calife gouverne avec l’appui des forces Dans les provinces, l’autorité est
gieux et les jurisconsultes, dont l’in-
rive occidentale du Tigre, non loin des armées et l’aide d’une bureaucratie partagée entre l’émir, ou gouverneur,
salariée qui se substitue à l’aristocratie fluence est très grande sur la population
ruines de l’ancienne capitale sassanide, et l’‘mil, ou grand intendant des Fi-
arabe. Il s’entoure du cérémonial d’une musulmane. Le but des ‘Abbssides, en
Ctésiphon, dont les pierres servent à la nances, qui disposent chacun d’un état-
construction de la nouvelle cité Madnat cour hiérarchique qui contraste avec la major et d’une force armée. Ils exercent donnant un caractère religieux à leur

al-Salm, ou ville de la paix, plus connue simplicité des Omeyyades. leur pouvoir sous la surveillance géné- régime, est précisément d’assurer la

sous le nom de Bagdad. Occupant une Dans le domaine administratif, les rale du maître des Postes, dont le rôle cohésion des divers éléments ethniques

position clé au carrefour de routes, la ‘Abbssides maintiennent, en la modi- consiste à adresser des rapports sur la et sociaux de cette population.

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

de grands possédants enrichis dans les ment économique. Des mouvements


opérations commerciales et bancaires, sont nés, qui, sous une forme religieuse,
les spéculations et l’exploitation de la cachent des rivalités économiques et
terre, et de fonctionnaires bien rémuné- sociales. Dans une société où le tem-
rés, dont les emplois offrent des possi- porel se confond avec le spirituel, les
bilités illimitées de profits additionnels. sectes religieuses constituent les cadres
naturels pour défier l’ordre établi. Ces
Cette classe comprend, à côté des
mouvements se sont développés d’abord
musulmans, des dhimms, ou sujets non
en Perse, où les partisans d’Ab Muslim
musulmans de l’Empire, qui, quoique
fomentent, à la suite de son exécution,
citoyens de seconde zone, pratiquent
une série de révoltes paysannes qui se
librement leur religion, disposent de
réclament d’une idéologie relevant d’un
droits de propriété normaux et occupent
mélange de principes mazdakites et
des postes importants dans l’adminis-
ch‘ites extrémistes. La plus dangereuse
tration.
de ces révoltes — celle de Muqanna‘ « le
La révolution économique se tra-
Voilé » — s’étend à travers le Khursn,
duit également par la détérioration du
jusqu’en Asie centrale. Les ‘Abbssides
niveau de vie des paysans, due aux spé-
parviennent, sans beaucoup de difficul-
culations des marchands et des grands
tés, à écraser tous ces mouvements. Leur
propriétaires, et à l’introduction de la
régime semble même au début du IXe s.
man des vaisselles d’or et d’argent, des main-d’oeuvre servile dans les grands
L’essor économique au faîte de sa puissance. Or c’est préci-
pièces d’or, des drogues, mais aussi des domaines. La naissance d’un proléta-
sément à cette époque que commencent
Le succès des ‘Abbssides se manifeste riat important ne tardera pas à devenir
ingénieurs hydrauliques, des esclaves, les grandes difficultés. L’Empire paraît,
nettement dans le domaine économique. pour le régime ‘abbsside une source
des eunuques. Le commerce islamique sous l’effet du développement écono-
La nouvelle classe dirigeante, issue de de difficultés.
s’étend jusqu’à la Baltique en passant mique, échapper au contrôle de la classe
milieux de marchands, d’agriculteurs ou par la mer Caspienne, la mer Noire et dirigeante.
d’artisans, favorise le développement
la Russie, d’où proviennent les four- L’apogée de
économique, d’autant plus qu’avec la
rures, les peaux et l’ambre. Les Arabes l’Empire ‘abbsside
fin des conquêtes l’Empire doit compter La révolte de Bbak
commercent aussi avec l’Afrique, d’où
sur ses propres ressources. Des travaux La puissance de l’Empire ‘abbsside De 816 à 837, un Persan, Bbak, mène
ils importent de l’or et des esclaves. Le
d’irrigation et d’assèchement des marais semble inébranlable jusqu’au règne de parmi les paysans, auxquels il promet le
commerce avec l’Europe occidentale
permettent l’extension de la zone culti- Hrn al-Rachd* (786-809). La civili- partage des terres, un mouvement qui, de
s’effectue par l’intermédiaire de mar-
vée. Les récoltes de froment, d’orge, de sation musulmane atteint avec ce calife l’Azerbaïdjan, gagne le sud-ouest de la
chands juifs, principalement ceux du
riz, de dattes et d’olives atteignent de un degré de raffinement resté légendaire. Perse, les provinces caspiennes et l’Ar-
midi de la France, qui servent d’agents
très hauts rendements. Bagdad est alors non seulement le centre ménie. Après avoir miné pendant plus
de liaison entre deux mondes hostiles.
L’importance des ressources miné- politique et économique du monde, mais de vingt ans le régime ‘abbsside, cette
rales (or, argent, cuivre, fer, etc.) permet aussi un haut lieu d’art, de culture et de révolte est écrasée en 838 par le calife
Le système bancaire
le développement du travail des métaux. pensée. Cette civilisation connaît son al-Mu‘taim.
Toutefois, l’industrie la plus importante La prospérité du commerce et des entre- apogée sous le règne d’al-Ma’mn (813-
prises donne naissance à des établisse- 833). Très cultivé, ce calife encourage
est celle du textile. Tissus à la pièce, vê- La révolte des zandj
tements, tapis, tapisserie, tissus d’ameu- ments bancaires. Le arrf, ou changeur, le développement et la confrontation
des idées dans un climat de tolérance Après une période de répit, les
blement, coussins sont fabriqués en personnage indispensable dans une éco-
nomie fondée sur une double monnaie, le exceptionnel pour l’époque. Il institue ‘Abbssides affrontent de 869 à 883 la
Égypte, mais surtout en Perse. L’intro-
en 830 un centre de traduction baptisé révolte des esclaves noirs connus sous
duction de la culture du coton, ajoutée dirham d’argent d’origine persane et le
le nom de zandj. Dans la société isla-
à l’existence d’une sériciculture héritée dinar d’or d’origine byzantine, se trans- « Dr al ikma » ou « Maison de la
forme au IXe s. en banquier. Très vite, Sagesse », grâce auquel de nombreux mique, les esclaves sont le plus souvent
des Sassanides, fait de ce dernier pays
des domestiques ou des soldats. Dans ce
le centre industriel le plus important de le système bancaire atteint un niveau manuscrits grecs disparus nous sont par-
d’organisation avancé. Bagdad devient venus en version arabe. Cependant, dès dernier cas, ils sont appelés mamelouks
l’Empire. Les ‘Abbssides introduisent
et constituent une caste privilégiée très
l’industrie du papier, qui connaît très le centre de puissantes banques qui ont le règne de Hrn al-Rachd, les contra-
influente dans les affaires d’État. Mais,
vite un grand développement. des succursales dans d’autres villes de dictions de l’Empire commencent à se
avec le développement économique, la
l’Empire. Les marchands possèdent des manifester. L’éviction violente des Bar-
classe des capitalistes et des entrepre-
comptes en banque et utilisent dans leurs makides en 803 ébranle l’alliance des
Le commerce
neurs achète d’innombrables esclaves et
transactions les chèques et les lettres de ‘Abbssides avec l’aristocratie persane.
Cet essor économique ajouté à la posi- les emploie dans les travaux agricoles.
crédit. L’islm interdisant l’usure, la À la mort de Hrn, ces contradictions
tion géographique de l’Iraq favorise Un grand nombre de ces esclaves sont
plupart des banquiers sont des juifs ou se traduisent par une guerre civile entre
le développement du commerce avec employés dans les salines à l’est de Bas-
des chrétiens. les deux fils du grand calife, Amn et
l’Europe et l’Extrême-Orient. Les mar- sora. Leur travail consiste à drainer les
Ma’mn, soutenus respectivement par
chands musulmans effectuent à partir marais salants en vue de préparer le ter-
Les classes sociales les Irakiens et les Iraniens. Cette lutte
des ports du golfe Persique et de la mer rain pour l’agriculture et extraire le sel
entre les deux frères recouvre de vieux
Rouge des échanges avec l’Inde, Ceylan, Les Arabes cessent de former une caste pour la vente. Ils opèrent par équipes de
antagonismes sociaux doublés d’un
les Indes orientales et la Chine. De ces fermée héréditaire pour s’ouvrir à tous cinq cents à cinq mille, dans des condi-
conflit régional entre la Perse et l’Iraq.
pays, ils rapportent des épices, des aro- les musulmans d’expression arabe. La tions extrêmement dures. Maltraités, mal
mates, du bois précieux et d’autres ar- différenciation ethnique s’estompe avec nourris, ils constituent des troupes de
Les révoltes sociales
ticles de luxe, destinés tant à la consom- le progrès de l’arabisation. Une nouvelle choix pour un mouvement d’opposition.
mation intérieure qu’à la réexportation classe composée de riches et d’érudits Les problèmes sociaux hérités du régime En septembre 869, un Persan, ‘Al ibn
vers l’Europe et l’Empire byzantin. Ce se substitue à l’aristocratie guerrière omeyyade se sont aggravés à l’époque Muammad, entreprend de les soulever.
dernier exporte dans le monde musul- dans la direction de l’Empire. Il s’agit ‘abbsside sous l’effet du développe- Il leur promet d’améliorer leur niveau

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

L’ARCHITECTURE
de vie, de les rendre à leur tour maîtres venu à la capitale les fonds nécessaires à 892. En 945, à la suite de l’invasion
d’esclaves et de leur donner de belles de- son établissement. de Bagdad par la famille persane des Le plan de Bagdad (fondée en 762, achevée

meures. Il les convertit au khridjisme, Buwayhides, les califes perdent les der- en 766) est copié sur celui des villes sassa-

doctrine égalitaire qui affirme que le ca- Les Fimides niers vestiges de leur autorité. Dès lors, nides : son fondateur, Ab Dja‘far al-Manr,

les califes sont à la merci des maires de inscrit la ville dans une enceinte circulaire
lifat doit revenir au meilleur des musul-
En 901, d’autres ismaéliens occupent le garnie de tours cylindriques et percée de
palais, en général persans ou turcs, qui
mans, fût-il esclave. Fanatisés par ‘Al
Yémen, à partir duquel ils envoient des quatre portes ; il place en son milieu le palais
gouvernent avec l’appui des troupes pla-
ibn Muammad, les zandj considèrent missionnaires en Inde et en Afrique du impérial et la Grande Mosquée. Il n’en reste
cées sous leur commandement.
comme infidèles tous les autres musul- que des souvenirs littéraires. Par contre,
Nord. En 908, leur mission nord-afri-
En 1055, les Turcs Seldjoukides il subsiste une fraction de la muraille de
mans. Ils entreprennent de mener une caine se solde par un immense succès en
chassent les Buwayhides de Bagdad Raqqa, qui affectait la forme d’un arc en fer
lutte à mort contre ces hérétiques qui, Tunisie. Ils constituent alors la dynastie à cheval. Au VIIIe s., à Raqqa, la porte dite « de
et constituent un immense empire,
à leurs yeux, se confondent avec les des Fimides, qui parvient à contrôler Bagdad » et, en Palestine, la citerne de Ramla
comportant la plus grande partie de la
grands propriétaires. Leur mouvement progressivement l’Afrique du Nord, la attestent l’emploi de l’arc brisé plusieurs
Perse, l’Iraq, la Syrie, la Palestine et
Sicile, l’Égypte, la Syrie et l’Arabie siècles avant son apparition en Europe.
s’étend très vite grâce au ralliement des
une bonne partie de l’Anatolie. Pour
troupes noires des armées impériales, à occidentale. La disparition de Bagdad et la relative
légitimer leur pouvoir, ils laissent aux
pauvreté de Raqqa sont compensées par les
l’adhésion de certaines tribus bédouines califes ‘abbssides une apparence de trouvailles archéologiques faites à Smarr,
et à la solidarité des paysans hostiles La dislocation de l’unité souveraineté. capitale éphémère (836-892) abandonnée
aux propriétaires. Les zandj infligent politique de l’Empire ensuite aux sables. Dans cette immense

plusieurs défaites à l’armée impériale, cité, longue de 33 km sur la rive orientale du


En minant le régime ‘abbsside, ces La chute des ‘Abbssides
Tigre, on a retrouvé, outre de nombreuses
s’emparent d’importantes régions en mouvements contribuent à la disloca-
Au début du XIIIe s., les Mongols enva- maisons particulières, les ruines d’un en-
Iraq et en Perse, occupent en 878 Wsi, tion de l’unité politique de l’Empire. hissent le monde musulman, occupent semble de monuments répartis en trois sec-
une vieille ville de garnison, et mena- Celle-ci commence, il est vrai, plus tôt teurs : au centre, le palais califal, la Grande
Bagdad en 1258 et abolissent le cali-
cent Bassora et Bagdad. Pour venir à pour les provinces occidentales. Dès Mosquée de Dja‘far al-Mutawakkil et deux
fat ‘abbsside. L’Égypte et la Syrie
hippodromes ; au nord, le château Dja‘far
bout de cette révolte, les ‘Abbssides 756, l’Espagne échappe au contrôle des
échappent à la domination des Mon- et la mosquée d’Ab Dulaf ; au sud, un autre
organisent une importante force expé- ‘Abbssides. Le Maroc et la Tunisie
gols grâce au régime ayybide, qui, palais, le mieux conservé de Smarr, le
ditionnaire. Le mouvement des zandj acquièrent une autonomie de fait res- aguerri au cours des croisades, résiste Balkuwr. Sur la rive ouest, plusieurs autres
subit ses premières défaites au début de pectivement en 788 et 800. L’Égypte palais avaient été édifiés (Qar al-‘chiq),
aux envahisseurs. Peu de temps après
se détache de l’Empire en 868 et étend ainsi qu’un tombeau monumental, le Qub-
881. Il est définitivement écrasé par les l’occupation de Bagdad, commandants
sa domination sur la Syrie. Quelques bat al-ulaybiyya.
‘Abbssides à la fin de 883. de l’armée et gardes des rois ayybides,
années auparavant, en 820, un général Smarr, comme Bagdad et Raqqa, était
mamelouks d’origine turque, s’empa-
persan au service d’al-Ma’mn, nommé rent du pouvoir. Pour donner une base construite en briques cuites ou crues. L’em-
Le mouvement ploi systématique de ce matériau non seu-
hir, avait établi un gouvernement hé- légale à leur autorité, les mamelouks
des ismaéliens réditaire en Perse orientale. Des dynas- lement pour les murs, mais encore pour les
font venir au Caire un ‘Abbsside sur-
piles, substituées aux colonnes, et pour les
Plus radical encore est le mouvement ties se constituent en d’autres parties de vivant du massacre de Bagdad et l’intro- couvertures allait favoriser les voûtes, qui
la Perse : celle des affrides vers 867 nisent en grande pompe comme calife.
des ismaéliens, une ramification du étaient connues en Syrie*, mais dont l’Iran
et celle des Smnides vers 874. Au Les ‘Abbssides conservent cette dignité offrait un plus complet échantillonnage.
ch‘isme qui traduit le mécontentement
cours du Xe s., plusieurs tribus arabes spirituelle jusqu’à l’avènement des Parmi les diverses voûtes utilisées, dont la
des opprimés de l’Empire. Très organi-
du désert syrien établissent de brillantes coupole, celle dont l’emprunt fut le plus
Turcs Ottomans, qui occupent en 1516-
sés, les ismaéliens obéissent aveuglé- heureux et le plus retentissant est l’iwn,
dynasties bédouines, comme celle des 1517 l’Égypte et la Syrie, chassent les
ment à l’imm — descendant de ‘Al par vaste salle en berceau fermée de trois côtés
amdnides de Mossoul et d’Alep. mamelouks et s’attribuent d’abord les
sa femme Fima, la fille de Mahomet et tout ouverte du quatrième sur l’extérieur.
privilèges, ensuite le titre de calife. Le palais de Ctésiphon en offrait un magni-
—, considéré comme inspiré de Dieu
Le déclin des ‘Abbssides M. A. fique exemple, qui allait être repris dans
et donc infaillible. Au début du Xe s., la
les palais de Smarr. Ce n’est pas le seul
secte exerce, à la faveur de la crise so- Au demeurant, même en Iraq, la réa-
emprunt de l’art palatial smarrien à l’art

ciale de l’Empire, un puissant attrait sur lité du pouvoir n’appartient plus aux Les arts ‘abbssides palatial sassanide. À 120 km au sud-ouest
‘Abbssides. À partir du IXe s., aux pro- de Bagdad, le château d’Ukhayir, mis en
le prolétariat urbain et les artisans. Les Les arts ‘abbssides ont un domaine im-
blèmes sociaux viennent s’ajouter des mense puisqu’ils couvrent tous les pays chantier vers 778, ruine de grande allure, est
adversaires des ismaéliens reprochent
plus caractéristique de l’art nouveau par la
difficultés économiques dues essen- soumis au califat de Bagdad et, dans une
à ceux-ci de préconiser la communauté grande variété de ses voûtages, dont ceux
tiellement au luxe excessif de la cour moindre mesure, les terres musulmanes qui
des biens et des femmes. En réalité, si lui échappent. Mais c’est essentiellement en de l’iwn, par ses installations défensives
et au poids écrasant de la bureaucratie.
l’accusation de communisme semble Iraq* que nous aurons à les considérer. Pen- entièrement neuves que par son plan, qui
Pour pallier cette situation, les califes suit encore celui des édifices omeyyades.
dant le premier siècle de son histoire, l’islm,
fondée, celle de libertinage vise proba-
afferment les domaines d’État à des C’est encore aux portes des châteaux que,
dans sa capitale de Damas*, eut surtout
blement le niveau social plus élevé que
gouverneurs de district, qui doivent, en pour tâche de marier les impératifs arabes pour la première fois, on utilise les stalactites
les ismaéliens accordent à la femme. contrepartie, verser une somme au gou- et coraniques avec la culture hellénistique. pour équilibrer les poussées : cette méthode

Avec la fondation de Bagdad, il se détourne fera fortune dans tout l’islm. La Grande
vernement central et assurer l’entretien
du monde classique et paléochrétien, et Mosquée de Smarr, reconstruite par al-
Les qarmaes des troupes et des fonctionnaires locaux.
s’ouvre largement à la civilisation iranienne ; Mutawakkil à partir de 848-849, et la Grande
Devenus les véritables chefs de l’armée,
Vers 894, des ismaéliens connus sous le l’art sassanide, et du même coup celui du Mosquée de Raqqa, fondée en 772, ont leurs
ces « gouverneurs-fermiers » s’imposent salles de prières agencées selon le modèle
vieil Iran*, exerce une influence prépondé-
nom de qarmaes s’emparent du pouvoir
par leur intervention contre les révoltes rante. Avec le recrutement de mercenaires établi sous les Omeyyades, à Kfa, mais déjà
dans la province de Bahreïn après avoir inspirées par la salle hypostyle des apadânas
sociales. Commandants de l’armée et turcs, l’islm accepte en partie les traditions
ravagé la Syrie, la Palestine et la Méso- de l’Asie* centrale ; nous les percevons achéménides : une forêt de piles supportent
gardes des califes, le plus souvent des
potamie septentrionale. Ils constituent moins bien, car elles sont moins connues et directement le plafond, sans intervention
mamelouks turcs, ils deviennent à partir
parfois apparentées à celles de l’Iran. Ainsi, de l’arc. À Smarr, la Grande Mosquée, qui
une république oligarchique dirigée par d’al-Mu‘taim (833-842) et d’al-Wthiq
les nouvelles écoles artistiques, sans aban- forme un rectangle de 260 × 180 m, lui-
un Conseil de six, qui gouverne avec (842-847) les maîtres de l’Empire. En donner totalement l’acquis omeyyade, vont même entouré — comme le prouvent les
équité. L’État subvient aux besoins des 836, la résidence impériale est transférée l’enrichir considérablement et parachever photos aériennes — d’une autre enceinte

pauvres et donne à tout artisan étranger à Smarr, qui restera capitale jusqu’en une création qui n’était qu’ébauchée. près de quatre fois plus vaste, est le plus

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

des sujets semblables à ceux des peintres et exportent les plus belles pour parer le
omeyyades : femmes drapées, danseuses mirb de la mosquée de Kairouan*. La
au torse nu, scènes de chasse, califes en découverte géniale des potiers ‘abbssides
majesté, soldats et animaux. En revanche, ils est la céramique à lustre métallique obte-

les traitent d’une manière toute différente. nue au moyen d’oxyde de cuivre ou d’argent

La structure symétrique de la composition, qui donne aux pièces un reflet doré ; on la

l’immobilisme des personnages cernés rencontre dans tous les grands chantiers de

par de vigoureux traits noirs, l’absence de fouilles : à Smarr, à Suse, à Rages, à Raqqa,

modelé, les visages et les parures portent à Fus et jusqu’en Espagne.

la marque sassanide. Les couleurs gréco-ro- J.-P. R.


maines cèdent la place aux tons plus crus de
l’Iran. Cet art de cour trouvera un écho dans Bagdad / Hrn al-Rachd / Iran / Iraq / Islm
les églises arméniennes (v. Arménie), en / Omeyyades.

Sicile* arabo-normande et, plus tard, dans


F. Sarre et E. Herzfeld, Die Ausgrabun-
les palais d’Afghnistn*. gen von Samarra (Berlin, 1913-1948 ; 4 vol.).

/ K. A. C. Creswell, Early Muslim Architecture,


LES ARTS MINEURS t. II : Early ‘Abbsids, Umayyads of Cordova,

Aghlabids, lnids and Samnids (Oxford,


Les traditions iraniennes ont été si tenaces
1940). / D. Sourdel, le Vizirat ‘abbsside de 749
que, pendant longtemps, les spécialistes à 936 (132 à 324 de l’hégire) [A. Maisonneuve,
grand sanctuaire qui fut jamais construit en que stucs et plâtres aient été retrouvés aussi éprouvèrent des difficultés à attribuer les 1961 ; 2 vol.].
islm. Il n’en reste que les murailles, épaisses à al-ra (en Iraq), à Bukhr (Boukhara), plus objets d’art mobilier des premiers siècles
de 2,65 m et hautes de 10,50 m, renfor- tard à Blis (en Syrie), etc., Smarr permet ‘abbssides à l’islm ou aux Sassanides.
cées de tours semi-circulaires, et le célèbre d’étudier l’évolution du style et de distin- Nous y voyons maintenant plus clair. Dans
minaret, la Malwiyya, construit à proximité guer, assez sommairement, trois écoles. une production importante et variée, nous
d’elles et recopié quelques années plus Dans la plus ancienne, le décor est moulé, devons mentionner les verres, les cuivres,
tard à la mosquée d’Ab Dulaf. Ce minaret et son thème principal demeure le rinceau les bronzes et les argents, traités de la même
abbaye
est une tour au noyau cylindrique entouré de feuilles de vigne à cinq lobes. Dans la façon, le métal étant fondu en relief et
d’une rampe en hélice, dont la masse dimi- deuxième, le rinceau disparaît, et la feuille son décor estampé ou repoussé, ainsi que
nue de la base au sommet. On s’accorde fait place à un bourgeon. Dans la troisième, les tissus et les céramiques. Sur tous ces BÉNÉDICTINS, CISTERCIENS.
en général à le dire dérivé des ziggourats les stucs sont sculptés ou moulés, le relief objets n’a pas tardé à se manifester, à côté
mésopotamiennes (v. Mésopotamie). Son s’amenuise, et les bords des tracés sont de l’influence iranienne, celle de l’Extrême-
rôle architectural fut considérable, car il adoucis par la taille oblique : on a suggéré Orient, surtout au Khursn et au Turkestan.
permit d’échapper au seul modèle des mi- que cette technique, qu’on retrouve d’ail- On trouve un reflet des modèles chinois
narets sur plan carré, inspiré des clochers leurs employée dans la pierre et surtout le contemporains dans les aquamaniles, les
abcès
syriens. Quand Amad ibn ln, fils d’un bois, avait été importée d’Asie centrale. Elle fontaines, les brûle-parfum de métal. Même

mercenaire turc de Smarr et gouverneur fleurira en Égypte lnide, province aver- influence sur les tissus malgré les manufac- Collection de pus dans une cavité créée
d’Égypte, veut, en 876, construire à Fus tie de l’art ‘abbsside. Les oeuvres sculptées tures officielles (irz) : il faudra plusieurs par le développement de l’infection et
(Le Caire) une nouvelle mosquée, il pense ‘abbssides peuvent sembler monotones, siècles pour que le génie islamique s’en
dont les parois sont faites du tissu voisin
à celle d’al-Mutawakkil. L’oratoire qu’il fait mais leur beauté réside dans le mouvement, libère totalement. Le fragment de soie ira-
refoulé et modifié.
édifier, un des plus beaux d’Égypte*, donne, la largeur et la vigueur du dessin. Elles an- nienne, connu sous le nom de « suaire de
en pierre, une version aménagée de la Ma- noncent par ailleurs, d’une certaine façon, Saint-Josse » (Louvre, Xe s.), pris parmi des Cette définition limite le terme d’ab-
lwiyya. Très différente de conception est la l’arabesque, qui ne sera pleinement réali- centaines d’autres, fournit un splendide cès à la collection de pus dans les par-
sainte mosquée al-Aq de Jérusalem*, dont sée qu’au XIe s. On la pressent sur la chaire à exemple, avec ses grands éléphants qui se ties molles. En fait, il peut exister des
la partie subsistante la plus ancienne serait, prêcher (minbar) de la grande mosquée Sd détachent en clair sur un fond rouge, de la
collections suppurées dans les cavités
selon plusieurs archéologues, d’époque ‘Uqba de Kairouan* (862-863), fabriquée, en permanence de l’Iran. Tributaires aussi de
préformées ou les séreuses. On dit alors
‘abbsside. Avant les transformations bois de teck, dans les ateliers de Bagdad. la Perse et de la Chine, les céramistes se
La peinture de Smarr a beaucoup souf- qu’il s’agit d’un abcès enkysté : c’est
qu’elle subit au Moyen Âge, elle comprenait révèlent vite doués de dons exceptionnels

une nef centrale flanquée de quatorze nefs fert de l’usure des siècles et au cours de la et variés : des objets divers, réalisés avec le cas de l’abcès appendiculaire et de
plus étroites sous toits à pignons. Ce plan Seconde Guerre mondiale ; nous la connais- toutes les techniques de l’art de la terre, l’abcès du cul-de-sac de Douglas.
semble d’inspiration omeyyade. Le Qubbat sons surtout par d’anciens relevés. Les voisinent avec les plaques de revêtement
On assimile souvent les termes d’ab-
al-ulaybiyya de Smarr, malgré les anté- peintres ‘abbssides choisissent en général mural. Les ateliers de Bagdad fabriquent
cès et de phlegmon. Mieux vaut réser-
cédents qu’on a voulu lui trouver, apparaît
ver ce dernier à l’infection localisée,
comme le premier mausolée édifié en islm,

et l’on comprend l’importance qu’il revêt mais non encore suppurée, et garder le
de ce fait, puisque, dans la suite des temps, terme d’abcès pour caractériser l’infec-
l’art funéraire, nonobstant les prescriptions tion au stade de collection purulente.
religieuses, ne cessera de se développer.
C’est une construction octogonale dans

laquelle se trouve emboîté un second octo- Édouard Chassaignac


gone entouré d’un couloir. Si ce plan porte Chirurgien français (Nantes 1804 - Paris
nettement la marque de son origine paléo- 1879). Chirurgien de l’hôpital Lariboisière,
chrétienne (martyrium syro-palestinien), il il découvrit l’infection purulente, isolant les
ne semble pas exclu que les coutumes funé- formes diffuses et localisées, distinguant
raires turques aient pu être responsables de les formes putrides des autres formes. Il
l’érection du bâtiment. eut l’idée d’évacuer les collections de pus
à l’aide d’un drain de caoutchouc. Il fut l’un
LE DÉCOR
des fondateurs de la Société de chirurgie,
l’actuelle Académie de chirurgie.
Comme l’architecture, le décor subit sous
les ‘Abbssides une évolution radicale. Tan-
dis que, chez les Omeyyades, il était sculpté
à même la pierre, il est désormais en stuc Abcès chaud
et plaqué sur des murs de brique dont il

recouvre toutes les parties basses, alors Pour que se constitue un abcès au sein
qu’au-dessus s’alignent des niches où se d’un tissu, il est nécessaire que celui-ci
développent des compositions peintes. Bien soit irrité par la pénétration de germes

11
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

pathogènes ou d’une substance irritante érobie. Il contient des leucocytes plus depuis la découverte de l’antibiothérapie grand réformateur Muammad ibn ‘Abd
(abcès de fixation après injection d’es- ou moins altérés, des cellules embryon- par sir Alexander Fleming. Chassaignac al-Wahhb (1703-1792). Écarté du pou-
sence de térébenthine). La piqûre sep- naires conjonctives, des débris cellu- distinguait le phlegmon diffus sus-apo- voir politique, suspecté par ses deux
tique est la cause la plus fréquente, mais laires. névrotique superficiel et le phlegmon frères, ‘Abd al-Raman se consacre à
le germe peut pénétrer par voie lym- diffus profond, ce dernier encore plus sa mission religieuse et à l’éducation
phatique ou sanguine et se développer Symptômes grave. de ses enfants, qu’il élève dans le rigo-
à distance de la porte d’entrée. En règle risme de la secte wahhbite.
Autour du point d’inoculation ou en pro- Cliniquement, le gonflement est
générale, les germes responsables de la fondeur par rapport à celui-ci apparaît étendu, le membre très douloureux, la
formation d’un abcès sont le staphylo- la douleur spontanée, cependant que la rougeur diffuse, la peau marbrée, avec L’exil
coque et le streptocoque, mais la liste peau rougit et s’épaissit. parfois des teintes feuille morte de
n’est pas limitative, et tous les germes En 1890, les Saoudites perdent le
Dans un premier stade congestif, les nécrose. L’état général est gravement
peuvent être rencontrés. contrôle du Nadjd au profit du roi de
signes locaux sont ceux de l’inflamma- atteint. Avant les antibiotiques, les
’il, Muammad ibn Rachd († 1897),
tion : rougeur, chaleur, tumeur, douleur. larges incisions et débridements ne par-
Physiopathologie qui, exploitant la rivalité des oncles
Des signes généraux les accompagnent : venaient pas toujours à empêcher l’évo-
de ‘Abd al-‘Azz ibn Sa‘d, s’empare
La pullulation des micro-organismes lution mortelle. Lorsque la guérison
fièvre, petits frissons répétés, insomnie, de Riy avec l’appui des Turcs.
entraîne l’émission de toxines. Celles- état saburral. Une adénopathie (un gan- survenait, c’était au prix de séquelles :
Muammad et ‘Abd Allh sont assas-
ci, agissant directement sur les tissus, les glion) peut apparaître dans le territoire rétractions musculaires et tendineuses,
sinés, mais ‘Abd al-Raman, considéré
détruisent par cytolyse (dissolution des cicatrices rétractiles, névrites persis-
lymphatique correspondant. comme inoffensif, est épargné. Devenu,
cellules). Les moyens de défense de l’or- tantes.
La suppuration amène des modifica- après la mort de ses deux frères, le chef
ganisme sont la lutte antimicrobienne et
tions locales : augmentation de volume Certaines affections peuvent être la de la dynastie des Saoudites, ce der-
l’isolement du foyer infectieux.
avec ramollissement central, modifica- cause d’abcès d’un type spécial : telle nier entreprend de venger l’honneur de
La lutte antimicrobienne est menée tion de la douleur spontanée, qui devient est l’amibiase*, qui peut donner des la famille. En 1891, il réussit à libérer
par les leucocytes sortis des vaisseaux pulsatile. Si l’abcès est superficiel, ap- abcès du foie, du poumon, et dont la Riy. Mais, mieux armé, ibn Rachd
par diapédèse, et par les cellules du paraît la fluctuation qui indique la pré- caractéristique, outre la localisation, est reprend très vite la ville, et ‘Abd al-
tissu conjonctif reprenant un aspect sence du pus. Ce signe manque en cas l’aspect du pus, couleur chocolat. Raman quitte le Nadjd avec les siens
embryonnaire. Les uns et les autres pha- d’abcès profond. pour échapper au massacre ; ils se réfu-
gocytent les germes et les digèrent par
L’hémogramme montrerait une Abcès froid gient dans le Rub‘ al-Khl, grand dé-
leurs ferments. Les débris cellulaires
augmentation du nombre des globules sert de pierre où la vie est une véritable
et tissulaires, les corps microbiens sont On désigne sous ce nom les abcès dus
blancs (leucocytose) et surtout des poly- gageure. Quelque temps après, en 1895,
réduits par autolyse (dissolution de ces au bacille de Koch, que l’on observe
nucléaires. ils sont délivrés de cet enfer par l’émir
éléments par leurs propres enzymes) en au cours de la tuberculose* osseuse et
du Koweït, Muammad, qui leur offre
substances plus simples (acides aminés, ostéo-articulaire, et certains abcès dus
Évolution l’hospitalité.
acide lactique). L’exsudation séreuse à des champignons microscopiques res-
Incisé et correctement drainé, l’abcès ‘Abd al-‘Azz ibn Sa‘d est alors âgé
due à l’hyperhémie s’ajoute à ces phé- ponsables des mycoses*.
chaud évolue rapidement vers la guéri- de quinze ans. En 1898, il se lie d’ami-
nomènes, et ainsi est formé le pus,
contenu de l’abcès. son ; la suppuration se tarit, la poche se tié avec le frère de l’émir, le cheikh
Abcès de fixation
comble, l’incision se referme. Mubrak ibn abb, qui parfait son
L’isolement du foyer infectieux est
Ce procédé thérapeutique, imaginé en instruction avant de le prendre comme
réalisé par l’établissement d’une bar- Dans certains cas, l’infection s’étend
1900 par Fochier (de Lyon), consistait à secrétaire. L’année suivante, Mubrak
rière infranchissable aux germes, due localement (phlegmon diffus) : il faut
provoquer artificiellement un abcès dans s’empare du pouvoir avec la compli-
à la prolifération du tissu conjonctif de pour cela un germe très virulent ou un
le but de fixer les éléments nocifs d’une cité des Anglais, qui veulent s’assu-
voisinage et à l’apparition de fibres col- état général précaire (diabète).
maladie et de renforcer les défenses de rer le contrôle du port de Koweït pour
lagènes de soutien. Ainsi est formée la Certaines formes d’évolution su-
l’organisme. L’abcès était provoqué par l’intérêt stratégique et économique qu’il
coque de l’abcès. baiguë n’aboutissent que lentement et
l’injection sous-cutanée d’essence de té- représente au Moyen-Orient. ‘Abd al-
mal à la suppuration. La tuméfaction
Cette double réaction défensive peut rébenthine. Ce procédé n’est plus guère ‘Azz ibn Sa‘d s’initie alors, aux côtés
peut être très dure (phlegmon ligneux).
faire avorter l’abcès, qui ne dépasse pas employé en thérapeutique. du nouvel émir, au jeu complexe de la
alors le stade congestif, ou de phleg- Le diagnostic est en général évident, J. P. politique internationale. Mais sa prin-
mon. Dans le cas contraire, le pus se mais la confusion a pu être faite avec un P. Convers, les Indications en dermatologie cipale préoccupation reste l’unité de
forme, mais s’il est d’abord pathogène, anévrisme, et l’on conçoit la gravité du de l’abcès de fixation complété par la cortico-
l’Arabie sous la bannière wahhbite.
il devient progressivement de moins en geste chirurgical. thérapie (Bosc fr., Lyon, 1957). / Ch. Boursier,
Il s’agit plus précisément de ressusci-
Abcès froid pleural de l’enfant et son traitement
moins virulent, et il n’est pas rare, en Le traitement chirurgical est généra- (thèse, Paris, 1965). ter le royaume de son ancêtre Sa‘d le
incisant un abcès ancien, de trouver un lement aisé : il faut inciser largement, Grand, qui comprend le Nadjd, le He-
pus sans germe, stérile à la culture. évacuer le pus, drainer la cavité. Ce djaz, le ‘Asr, l’Hadramaout, le as,
geste a été codifié par Chassaignac. le Yémen, Bahreïn et même Bassora.
Anatomie pathologique
‘Abd al-‘Azz III En 1901, la situation est propice pour
1o Au stade de congestion, les tissus sont Autres formes d’abcès chaud passer à l’action. ‘Abd al-‘Azz ibn
oedématiés, les petits vaisseaux dilatés et Le phlegmon diffus est caractérisé par la
ibn Sa‘d Rachd († 1906), le principal ennemi
sièges d’exsudation séreuse. Ils donnent des Saoudites, marche, à l’instigation
diffusion de l’infection, sans tendance à
issue aux leucocytes par diapédèse. (Riy 1880 - id. 1953), roi d’Arabie
la limitation, avec nécrose tissulaire. Il des Turcs, sur le Koweït pour chasser
Saoudite (1932-1953). Mubrak, considéré comme usurpateur,
2o Au stade de suppuration, l’abcès s’accompagne d’un état général grave et
se compose de deux éléments : la coque peut avoir une évolution mortelle. Il est Quand il naît à Riy, capitale du et rétablir la suzeraineté ottomane sur
et le pus. La coque est d’une certaine la conséquence de plaies contuses négli- Nadjd, ses deux oncles Muammad et cet émirat. ‘Abd al-‘Azz ibn Sa‘d et
épaisseur, gris blanchâtre ; c’est un feu- gées ou d’une inoculation directe très ‘Abd Allh se disputent un pouvoir qui son père se mettent à la tête des troupes
trage fibrino-conjonctif. Le pus est un septique : piqûre anatomique lors d’une perpétue timidement la dynastie saou- pour sauver le Koweït et libérer par la
liquide crémeux bien lié et d’odeur fade. autopsie par exemple. Il est heureuse- dite. Son père, ‘Abd al-Raman, imm même occasion le Nadjd de l’emprise
Il est fétide lorsque le germe est ana- ment devenu plus rare et moins grave des wahhbites, poursuit la tradition du des Rachdites. Mais cette guerre se

12
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

occuper le as, avec l’accord de l’An- depuis 1839. Pour éviter des difficultés
gleterre, et placer sous son contrôle une avec l’Angleterre, ‘Abd al-‘Azz ibn
bonne part du littoral arabe du golfe Sa‘d se désintéresse non seulement du
Persique. Roi du Nadjd et du as, il Yémen, mais aussi de l’Hadramaout, de
entreprend de fixer les nomades et de l’Oman, de l’Ab ab, du Qaar, etc. En
substituer en Arabie la notion de patrie échange, son autorité est reconnue sur
à celle de tribu. Il réussit, non sans le Hedjaz et le ‘Asr. En 1932, il réunit
difficultés, à installer sur les points à Riy une « Assemblée générale des
d’eau des colonies agricoles à caractère pays arabes », où toutes les tribus et les
religieux et militaire : les ikhwn, ou villes du royaume sont représentées, et
« frères ». Celles-ci ne tardent pas à proclame la fusion du Nadjd, du as,
constituer une armée d’autant plus effi- de ’il, du Hedjaz et du ‘Asr en un
cace qu’elle se propose pour mission seul et même État, l’Arabie Saoudite,
la diffusion de la doctrine wahhbite dont il devient le premier souverain.
dans toute la péninsule arabique. ‘Abd De cet immense territoire, le roi se
al-‘Azz ibn Sa‘d compte sur cette propose de faire une nation moderne.
armée de puristes pour occuper le He- Il lui faut tout d’abord rétablir l’ordre
djaz et enlever au chérif de La Mecque, au Hedjaz, afin d’assurer la sécurité
usayn ibn ‘Al, la garde des villes des pèlerins. Pour cela, il applique une
saintes. Mais l’éclatement de la Pre- législation draconienne fondée sur la
mière Guerre mondiale en 1914 vient peine du talion. Une fois l’ordre public
gêner ce projet. Pour contrôler la mer rétabli, il se préoccupe des conditions
Rouge et assurer la sécurité de la route dans lesquelles s’effectuent les pèleri-
des Indes, les Anglais gagnent à leur nages. Il assure la propreté et l’hygiène
cause le chérif de La Mecque, qui pro- des villes saintes, et institue des conseils
clame à la fin de 1916 son indépendance municipaux dans les principales villes
à l’égard de la Turquie et se range aux du Hedjaz. Il est vrai que les taxes préle-
côtés des Alliés. Forts de la protection vées sur les pèlerins constituent l’essen-
de la Grande-Bretagne, les Hchémites tiel des ressources de l’État.
sont à l’abri des attaques de ‘Abd al-
solde par un désastre, et Mubrak ne pion de l’indépendance arabe contre les
‘Azz ibn Sa‘d. Mais les vexations et
doit son salut qu’à l’intervention de la Turcs et leurs alliés les Rachdites. Sur La modernisation des
les persécutions exercées par usayn
Grande-Bretagne. ce thème, il soulève les tribus arabes institutions politiques
contre les wahhbites du Hedjaz ne
et réussit à constituer une nouvelle
sont pas sans irriter les ikhwn. ‘Abd Parallèlement, ‘Abd al-‘Azz ibn Sa‘d
L’occupation de Riy armée. Il se lance ensuite à l’improviste
al-‘Azz ibn Sa‘d détourne la colère de entreprend de doter le pays d’institu-
contre les forces ennemies et remporte
l’armée contre les Rachdites. En 1921, tions modernes. Il décide de nommer
Le jeune ‘Abd al-‘Azz ibn Sa‘d ne
une grande victoire à Shinanah, petit
se décourage pas. Malgré les objec- il les chasse définitivement de ’il des ministres responsables à la tête
village au nord de Riy. Les Turcs,
et intègre le territoire du Chammar à de départements spécialisés. Faute
tions de son père, il quitte le Koweït à humiliés, veulent rétablir un prestige
l’automne 1901 et se lance, avec des son royaume. À la fin de la guerre, le de cadres compétents, il n’hésite pas,
largement compromis dans la pénin-
royaume de ‘Abd al-‘Azz ibn Sa‘d pour assurer la bonne marche de ces
moyens rudimentaires, à la conquête sule arabique. Pour éviter de mener une
de l’Arabie. Après avoir essayé vaine- se trouve encerclé par les Hchémites, ministères, à faire appel à des Arabes
guerre de front contre l’Empire otto-
installés non seulement au Hedjaz, mais d’Égypte, de Palestine, de Syrie, du
ment de soulever les tribus du Nadjd man, ‘Abd al-‘Azz ibn Sa‘d conclut
aussi en Iraq et en Jordanie, et qui, de Liban, d’Iraq et de Transjordanie. Il se
contre le joug d’ibn Rachd, il est ac- un accord avec les Turcs : le Sultan
surcroît, jouissent de la protection de réserve l’administration des ikhwn,
culé à regagner le Rub‘ al-Khl avec reconnaît la suzeraineté d’ibn Sa‘d
la Grande-Bretagne. Dans ces condi- qu’il dote d’armes modernes et d’ins-
les cinquante personnes qui lui sont sur l’ensemble du Nadjd ; en échange,
tions, ‘Abd al-‘Azz ibn Sa‘d ne peut tructeurs européens.
restées fidèles. Il se fait oublier quelque celui-ci accepte le maintien d’une
temps dans cet immense désert avant pas poursuivre la conquête de l’Arabie. Cette politique provoque l’hostilité
force militaire turque dans le Qasm.
d’entreprendre l’acte le plus audacieux Toutefois, ‘Abd al-‘Azz ibn Sa‘d ne des ulémas (docteurs de la loi), opposés
de sa vie : sa petite troupe parvient, en tarde pas à susciter contre les troupes L’occupation à toute innovation et à toute moderni-
janvier 1902, à s’emparer de Riy, la ottomanes une guérilla qui les oblige du Hedjaz et du ‘Asr, sation.
capitale du Nadjd. à évacuer complètement le Nadjd. Il se et la proclamation de
retourne ensuite contre ibn Rachd, le l’Arabie Saoudite Le développement
La conquête du Nadjd tue et neutralise définitivement les tri- de l’agriculture
En 1924, profitant de la réduction des
bus de ’il, qui tombent, après la mort
Pour éviter d’être bloqué dans la ville, troupes anglaises au Moyen-Orient Mais, pour le roi, le véritable handi-
de leur chef, dans une anarchie totale.
‘Abd al-‘Azz ibn Sa‘d la prépare à un et de la détérioration des rapports de cap à la modernisation réside dans la
En 1906, ‘Abd al-‘Azz ibn Sa‘d est
long siège et part harceler les troupes de usayn avec ses protecteurs, ‘Abd al- pauvreté du pays. Très vite, il entre-
maître de la situation : il est proclamé,
l’ennemi. Pendant trois ans, il soutient ‘Azz ibn Sa‘d entre à La Mecque. En prend de promouvoir son développe-
à l’âge de vingt-six ans, roi du Nadjd.
une lutte acharnée contre les Rachdites. janvier 1926, la conquête du Hedjaz ment économique. Il faut pour cela
Il s’emploie alors à consolider son pou-
En 1904, il réussit, grâce à la compli- étant achevée, il est proclamé roi de ce résoudre le problème de l’eau, essen-
voir dans cette région avant de se lancer
cité de la population, à s’emparer du territoire. Après le Hedjaz, il occupe le tiel dans un pays composé en majeure
dans la conquête de l’Arabie.
Qasm, le territoire le plus riche du ‘Asr et se dirige vers le Yémen. Mais partie de déserts. ‘Abd al-‘Azz ibn
Nadjd. Mais, quelques mois plus tard, les Anglais s’opposent à l’occupation Sa‘d fait appel à des hydrographes
L’occupation du as
ibn Rachd prend sa revanche avec de ce pays, qui est un glacis pour Aden, américains, dont les forages per-
l’appui de troupes ottomanes. ‘Abd al- En 1913, il profite des difficultés eu- escale importante sur la route maritime mettent la découverte d’importantes
‘Azz ibn Sa‘d se pose alors en cham- ropéennes de l’Empire ottoman pour des Indes et possession britannique réserves d’eau. Cela, ajouté à la

13
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

réfection de puits abandonnés et à prend une exploitation intense du as. de Cordoue, à son grand-père ‘Abd González et de la régente de Navarre
la construction d’aqueducs et de ca- La production du pétrole double entre Allh. C’est un Andalou au sang mêlé : Toda, Ramire II remporte sur ‘Abd al-
naux à travers le désert, favorise le 1947 et 1950. son père est un Arabe, mais sa mère, une Ramn une grande victoire au fossé de
développement de l’agriculture. Pour esclave, est probablement originaire de Simancas (1er août 939). Mais la victoire
mieux exploiter les ressources du Le développement Navarre. Le pays sur lequel il est appelé de Ramire II sera sans lendemain. Les
pays, le roi fait venir des ingénieurs à régner est déchiré par les dissensions
des moyens généraux de ‘Abd al-Ramn multi-
agronomes des États-Unis et multiplie intérieures et menacé par ses voisins.
de communication plient les incursions sur son territoire ;
les colonies agricoles.
Ramire obtient une ultime victoire à Ta-
Le pétrole devient la ressource princi-
L’unification du royaume
pale de l’Arabie Saoudite. Les primes lavera vers 949, mais il meurt peu après.
Le pétrole et
versées par l’Aramco à ‘Abd al-‘Azz Le jeune émir va rétablir l’unité de son Profitant des dissensions qui op-
les compagnies
ibn Sa‘d dans les dernières années de domaine en soumettant les féodaux
posent ensuite les prétendants au trône
américaines arabes. Son principal adversaire, ‘Umar
sa vie s’élèvent à 160 millions de dol- de León, le calife remporte dès lors de
En 1930, des prospecteurs américains lars par an. L’État dispose désormais ibn afn, conduit la dissidence dans
nombreux succès.
découvrent dans le as d’importantes des fonds qui doivent permettre de doter le Sud. ‘Abd al-Ramn III dirige une

nappes de pétrole. Le pays est alors le pays de moyens de communication, série de campagnes et soumet nombre

convoité par les grandes puissances essentiels pour lutter contre le morcel- de chefs inféodés à son ennemi. En 917, La lutte en
étrangères, et son histoire se confond lement féodal et pour faire de l’Arabie ‘Umar ibn afn meurt ; dix années Afrique du Nord
désormais avec celle du pétrole au Saoudite une entité économique. Le roi seront cependant encore nécessaires
‘Abd al-Ramn III se sent aussi me-
Moyen-Orient. Le roi n’accepte pas de établit un plan prévoyant la construction, pour mettre fin à la révolte et pour
nacé par les Fimides, cette dynastie
vendre son territoire, mais consent à en vingt ans, de 43 000 km de routes. que le centre de dissidence, Bobastro,
arabe qui, en quelques années, a étendu
le louer pour une durée limitée à une Parallèlement, il s’acharne à construire tombe entre les mains des troupes de
sa domination sur une grande partie de
compagnie américaine, la Gulf Oil des voies ferrées à travers le désert. En l’émir (janv. 928). ‘Abd al-Ramn III
complétera son oeuvre d’unification l’Afrique du Nord et a atteint les fron-
Company, qui lui verse immédiate- octobre 1951, le chemin de fer reliant
ment 250 000 dollars et s’engage à lui Riy à Dammm est terminé. Enhardi en occupant Badajoz (930) et Tolède tières du royaume idrside du Maroc.

garantir dans l’avenir une redevance par ce succès, ‘Abd al-‘Azz ibn Sa‘d (932). Le risque est grand, si les Fimides se

de 18 cents par baril de pétrole exporté projette la construction d’un « transara- rendent maîtres du Maroc, de les voir
Au lendemain de sa victoire de Bo-
d’Arabie. En 1933, la Gulf Oil Com- bien », voie ferrée de 1 100 km destinée bastro, le souverain montrera par un s’attaquer ensuite à l’Espagne. Aussi,
pany vend sa concession à une autre à relier la mer Rouge au littoral arabe du acte solennel qu’il est désormais le seul Omeyyades d’Espagne et Fimides
société américaine, la Standard Oil de golfe Persique. maître de l’Andalousie et marquera son vont-ils se disputer le contrôle de ce
Californie, qui s’associe, en 1936, à la Ces travaux ajoutés à ceux de indépendance complète à l’égard des territoire. En 927, ‘Abd al-Ramn
Texas Oil pour fonder l’Arabian Oil l’Aramco et aux diverses activités califes ‘abbssides de Bagdad. Il se pro- occupe Melilla et, en 931, Ceuta. Il
Company. Pour tenir tête à la concur- créées autour du pétrole provoquent clamera lui-même calife et prince des fait reconnaître son autorité par les
rence des trusts pétroliers anglais du une prolétarisation et une sédentari- croyants (amr al-mu’minn), et s’attri- princes locaux du nord du Maroc et du
Moyen-Orient, la nouvelle compagnie sation d’une partie de la population, buera le surnom d’al-Nir li-dn-illh Maghreb central, et, en 951, il annexe
prend énergiquement en main l’exploi- qui passe en peu de temps d’une éco- (« Celui qui combat victorieusement
Tanger. Mais, en 958-59, les Fimides
tation du as. Aussi, la production du nomie patriarcale à une économie pour la religion d’Allh »).
passent à la contre-offensive : leur
pétrole passe-t-elle de 8 000 t en 1937 moderne.
général, Djawhar, mène une campagne
à 700 000 t en 1940 et 12 300 000 t en
En 1953, à la mort du roi, l’Arabie La lutte contre
1947. victorieuse qui fait perdre au calife le
Saoudite n’est plus une poussière de tri- les royaumes chrétiens
contrôle des régions placées sous pro-
En 1945, au cours d’une entrevue bus, mais une nation où se côtoient deux
Mais il avait fallu aussi assurer l’exis- tectorat. Cependant, ‘Abd al-Ramn
avec Roosevelt, ‘Abd al-‘Azz ibn Sa‘d forces apparemment contradictoires : le
tence du califat vis-à-vis des royaumes réussit à conserver Ceuta et Tanger,
accepte d’autoriser l’installation d’une wahhbisme, qui rattache fortement le
chrétiens du nord de l’Espagne ; bien places essentielles pour la surveillance
base américaine sur la côte du as et pays au passé, et l’Aramco, qui le force,
que leur situation fût précaire, ceux-ci du détroit de Gibraltar.
d’accorder aux États-Unis le monopole par la transformation des structures
n’en constituaient pas moins une me-
de l’exploitation du pétrole en Arabie économiques et sociales, à s’ouvrir au
nace pour l’Andalousie musulmane,
Saoudite. L’Arabian Oil Company re- monde capitaliste. Le bilan du règne
contre laquelle ils lançaient d’auda-
çoit, pour une période de soixante ans, M. A.
cieux coups de main. ‘Abd al-Ramn ‘Abd al-Ramn est la figure dominante
une nouvelle concession qui s’étend sur Arabie Saoudite / Wahhbites.
avait pris l’offensive, mais celle-ci de l’histoire de l’Espagne musulmane :
un territoire couvrant 1 500 000 km 2.
H. C. Armstrong, le Maître de l’Arabie :
s’était soldée par un désastre : le roi de d’un royaume déchiré par la guerre
Et le roi consent à la construction d’un Ibn Séoud (Payot, 1935). / J. Benoist-Méchin,
le Loup et le léopard, Ibn Séoud ou Naissance León, Ordoño II, avait remporté en effet civile, les rivalités des clans arabes et
gigantesque pipe-line long de 1 750 km
d’un royaume (A. Michel, 1957). / F. J. Tomiche, une écrasante victoire sur les troupes
— le Trans-Arabian Pipeline (Tapline) les dissensions des groupes ethniques il
l’Arabie Séoudite (P. U. F., coll. « Que sais-je ? »,
arabes à San Esteban de Gormaz (917).
— destiné à relier le bassin pétrolifère 1962 ; 2e éd., 1969). / P. Lyautey, l’Arabie Saou- fit un État uni, pacifié et prospère. Sous
Dans l’été 920, au val de Junquera,
du as à un port de la Méditerranée dite (Julliard, 1967).
son règne, Cordoue devint une métro-
orientale, ayd (Liban). À la fin de ‘Abd al-Ramn avait pris une écla-
pole musulmane rivalisant avec les cités
tante revanche sur le roi de León, cette
1946, la Standard Oil de Californie et
de l’Orient et jouissant d’un immense
la Texas Oil offrent, sous la pression fois allié au roi de Navarre. En 924, il
prestige dans le monde méditerranéen.
s’était emparé de Pampelune et avait
du gouvernement américain, à la Stan-
dard Oil de New Jersey et à la Socony ‘Abd al-Ramn III mis fin pour un temps aux agressions Aux portes de cette ville, al-Nir avait

chrétiennes. construit un immense palais, Madnat al-


Vacuum une participation de 40 p. 100
(891 - Cordoue 961), souverain Zahr’, véritable foyer d’art et de pen-
dans l’Arabian American Oil Company Le danger réapparaît avec la mon-
omeyyade d’Espagne (912-961), le pre- sée, qui témoignait du raffinement de la
(Aramco), qui succède à l’Arabian Oil tée sur le trône de León, en 931, de
Company. Cette compagnie, qui com- mier calife de Cordoue. Ramire II, qui va mener une lutte sans civilisation omeyyade d’Espagne.

prend désormais les groupes financiers Le 16 octobre 912, un jeune homme merci contre les Omeyyades d’Espagne. M. A. et C. D.

les plus puissants des États-Unis, entre- de vingt-trois ans succède, comme émir Avec l’aide du comte de Castille Fernán Cordoue / Espagne / Fimides / Omeyyades

14
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

/ Reconquista.
cipalement à relever les ruines pro- La civilisation régions de Mascara et de Tlemcen, et
voquées par les attaques marnides. Il prépare la résistance aux chrétiens : le
E. Lévi-Provençal, Histoire de l’Espagne
‘abdalwdide
musulmane (Maisonneuve, 1950-1953 ; 3 vol.).
répare les remparts de Tlemcen, creuse 27 avril 1832, le vieux chef proclame
Les ‘Abdalwdides laissent également le le « djihd », la guerre sainte, et, en
des fossés et accumule des provisions,
souvenir d’une dynastie pleine d’égards mai, il tente de s’emparer d’Oran. C’est
de l’or et des munitions en prévision
pour les sciences et les arts. Tlemcen, un échec, mais le jeune Abd el-Ka-
d’un nouveau siège de la capitale. Son
‘Abdalwdides ou successeur, Ab Tchufn Ier (1318-
leur capitale, eut la réputation d’une cité der se fait remarquer par sa vaillance
intellectuelle dont la société était « polie, En novembre, les tribus décidées à la
Zayynides 1337), attaque les afides dans le but dévote et cultivée ». Les rares vestiges lutte se réunissent aux portes de Mas-
d’annexer la partie occidentale de leur artistiques qui nous sont parvenus té- cara. Une nouvelle apparition de son
Dynastie berbère de Tlemcen (XIIIe- royaume. Il parvient à assiéger Bougie moignent de l’essor de l’art tlemcénien ancêtre entraîne Mohieddine à deman-
XVIe s.). et Constantine lorsque les Marnides sous les premiers princes ‘abdalwdides der le pouvoir pour son fils. L’assem-
viennent au secours des califes de et de sa décadence rapide à partir d’Ab blée choisit avec enthousiasme Abd
Les origines l’Ifrqiya. Hamm II. el-Kader comme sultan : le jeune chef
des ‘Abdalwdides M. A. se contente, en fait, du titre plus simple
Algérie / Berbères / afides / Hilliens /
L’occupation marnide d’« émir », car il reconnaît comme son
Les ‘Abdalwdides sont des Berbères Marnides.
père la suprématie du sultan du Maroc.
nomades de la race des Zenta. En 1235,
Le sultan de Fès, Ab al-asan, s’em- Ibn Khaldun, Histoire des Berbères (Éd. de
ils profitent de la décadence des Almo- Dès 1833, Abd el-Kader reprend la
G. de Slane, Alger, 1852-1856). / G. Marçais,
pare en 1337 de Tlemcen, après deux
hades pour créer une dynastie indépen- la Berbérie musulmane et l’Orient au Moyen lutte contre les Français, commandés
années de siège, et annexe le royaume Âge (Aubier, 1946). / Ch.-A. Julien, Histoire de
dante à Tlemcen, qui devient la capitale par un nouvel arrivé, le général Desmi-
des ‘Abdalwdides. Ceux-ci reviennent l’Afrique du Nord (Payot, 1931 ; nouv. éd. par
du nouveau royaume maghrébin. Le chels, qui veut « se donner de l’air » aux
Ch. Courtois et R. Le Tourneau, 1952-1953,
au pouvoir en 1359 grâce à l’interven- dépens de tribus situées dans la mou-
fondateur de ce royaume, Yarhmursan 2 vol.).
tion des Arabes, les Dowawida, qui se vance du jeune émir. Mais Desmichels,
ibn Zayyn (1235-1283) résiste pendant
près de cinquante ans aux attaques des révoltent contre le sultan marnide Ab devant les critiques de plus en plus
afides et des Marnides, maîtres res- ‘Inn et installent dans Tlemcen le neveu vives formulées en métropole contre les
pectivement de l’Ifrqiya et du Maroc. d’Ab Tchufn, Ab amm Ms II Abd el-Kader projets de conquête, en vient vite à re-
Il s’appuie sur les nomades, principa- (1359-1389). chercher l’entente avec son adversaire :
lement les Arabes Suwayd de la tribu le traité du 26 février 1834 reconnaît
En ar. ‘ABD AL-QDIR, émir arabe (région
des Ban Zurhba, pour tenter des raids à Abd el-Kader le titre de « comman-
Ab amm Ms II de Mascara 1808 - Damas 1883).
contre les Marnides ou repousser les deur des croyants » et lui laisse encore
L’émir Abd el-Kader, créateur d’un
invasions de ces adversaires. Ab amm se reconstitue un parti son autorité sur tout l’ancien beylicat
véritable État algérien, indépendant des
arabe parmi les tribus hilliennes. Il d’Oran, jusqu’à Miliana à l’est. L’année
Turcs, est aujourd’hui considéré par
entreprend d’occuper la ville de Bougie, suivante, en avril 1835, l’émir étend
Le siège de Tlemcen par l’Algérie indépendante comme l’un de
alors contrôlée par les sultans du Maroc. même son pouvoir jusqu’à Médéa,
les Marnides ses grands hommes. Mais la noblesse
Cette tentative se solde par un échec total aux dépens de tribus qui se sont soule-
À la mort de Yarhmursan, le royaume de son attitude après sa capture, la pro-
vées contre les Français : ces derniers,
et aboutit à une déroute. Poursuivi par tection très efficace qu’il apporta aux
‘abdalwdide devient vulnérable. Son en position difficile, ne peuvent guère
une coalition d’Arabes et de Marnides, chrétiens de Damas à la fin de sa vie
successeur, Ab Sa‘d ‘Uthmn (1283- s’opposer à cette expansion.
Ab amm abandonne sa capitale pour lui valurent aussi un très grand prestige
1304), ne parvient pas à repousser
Mais le général Trézel a remplacé,
se réfugier au Zab en 1370. Deux ans chez ses anciens adversaires.
les Marnides, qui assiègent Tlem-
à Oran, le général Desmichels, consi-
cen en 1299. Pour affamer la capitale plus tard, en 1372, il profite de la mort Sa famille, originaire du Rif, s’était
déré comme trop faible. Les conflits
‘abdalwdide, le sultan marnide, Ab du sultan de Fès pour regagner Tlemcen. établie dans la région de Mascara, où
reprennent bientôt avec les Arabes,
Ysuf Ya‘qub al-Mansr, l’entoure d’un Grâce à son habileté et à son sens de la son père, Mohieddine, était devenu, au
les Français voulant prendre sous leur
mur percé de portes pour les attaques. diplomatie, il parvient, avec le concours début du XIXe s., le chef spirituel d’une
protection des tribus qu’Abd el-Ka-
Face à cette ville, il crée une nouvelle des Arabes Suwayd, à asseoir son auto- communauté qui manifestait son hosti-
der considère de sa dépendance. Le
cité, le camp victorieux (al-Manra rité. Mais les Suwayd prennent le parti lité à la domination turque.
28 juin, l’émir inflige à Trézel un
[Mansoura]), ou Tlemcen-la-Neuve. de son fils Ab Tchufn II lorsque ce Abd el-Kader vient au monde dans un rude échec à la Macta. Sous l’impul-
Très vite, Mansoura devient, à la place domaine de la plaine d’Erhis, sur l’oued
dernier se dresse contre lui avec l’appui sion du maréchal Clauzel, nommé
de Tlemcen, un centre commercial très
des Marnides. al-ammm, au sud-ouest de Mascara. gouverneur général de l’Algérie, la
important, que fréquentent des négo- Son éducation très pieuse ne néglige pas contre-offensive française aboutit à
ciants venus de tous les pays. Le siège de l’exercice des armes et, surtout, l’équi-
Déclin et chute l’occupation de Mascara (6 déc.), puis
Tlemcen n’est levé qu’en 1307, à la suite tation, pour laquelle le jeune homme de Tlemcen (13 janv. 1836). En fait,
de l’assassinat d’Ab Ysuf Ya‘qb par des ‘Abdalwdides
acquiert une grande réputation. À vingt les forces de l’émir se reconstituent
un de ses eunuques. La paix est signée ans, il effectue avec son père le tradi-
Après Ab amm, le royaume de très vite et reprennent les territoires
avec les Marnides, qui regagnent le tionnel pèlerinage à La Mecque. Puis les
Tlemcen n’est plus indépendant et que les Français, trop peu nombreux,
Maroc. pèlerins vont jusqu’à Bagdad vénérer ne peuvent occuper. Pour rétablir la
subit successivement les suzerainetés
Le roi ‘abdalwdide Ab Zayyn le tombeau d’un saint, leur lointain an- situation, Louis-Philippe envoie en
marnide, afide, espagnole, avant de
(1304-1308) entreprend alors de re- cêtre. Là, Mohieddine a une vision : son
tomber définitivement sous la domina- Algérie un chef réputé, Bugeaud, qui
mettre de l’ordre dans son royaume. Il aïeul lui prédit qu’Abd el-Kader régnera remporte un premier succès au ravin
tion des Turcs en 1550.
sévit contre les tribus berbères de l’Est sur le Maghreb. Le père et le fils rega- de la Sikkak (6 juill. 1836). En no-
qui se sont ralliées pendant la guerre Le règne des ‘Abdalwdides est gnent leur pays en 1829. L’année sui- vembre, Bugeaud échoue cependant
aux Marnides et chasse les Arabes du marqué par un phénomène extrême- vante, les Français s’emparent d’Alger. dans une tentative contre Constan-
Sersou, considérés comme des adver- ment important : l’arabisation des Ber- Abd el-Kader seconde de plus en tine : Abd el-Kader en profite pour
saires irréductibles du régime. bères Zenta assimilés par les tribus plus efficacement son père, qui, tout bloquer Oran, et le nouveau comman-
Son frère et successeur Ab amm hilliennes, qui les absorbent complè- en reconnaissant la suzeraineté du sul- dant en chef français doit traiter avec
Ms Ier (1308-1318) se consacre prin- tement. tan marocain, regroupe les tribus des l’émir, en mai 1837, près de la Tafna.

15
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

comme il proteste de plus en plus sité Qarawiyyn de Fès, le jeune homme


vivement, à Amboise (nov. 1848). Il seconde son père dans la tâche diploma-
y reste jusqu’en 1852. Enfin, le 16 oc- tique et guerrière qu’il avait entreprise :
tobre, Louis Napoléon lui rend la li- faire rentrer le Rif dans la mouvance du
berté. Abd el-Kader lui écrit : « Vous sultan marocain. En 1908, Abd el-Krim
m’avez mis en liberté, tenant ainsi, est envoyé en zone espagnole. Il y de-
sans m’avoir fait de promesses, les vient un personnage officiel important
engagements que d’autres avaient pris en tant que « cadi » (juge), puis « cadi
envers moi et n’avaient pas tenus. [...] des cadis » de toute la région de Me-
Je n’oublierai jamais la faveur dont lilla : il va alors favoriser l’implantation
j’ai été l’objet. » Abd el-Kader, lui, des Espagnols dans la zone qui leur a
sera fidèle à son dernier engagement : été reconnue en 1912. Ses sentiments
doté d’une pension de 100 000 francs nationalistes se développent d’abord
par an, il part pour la Turquie en aux dépens des Français, au début de
décembre, après avoir visité Paris, la Première Guerre mondiale. Mais, in-
et se retire à Brousse. Accueilli sans quiets du développement possible, dans
chaleur, il prend prétexte de la dévas- leur secteur, des idées nationalistes, les
tation de la ville par un tremblement Espagnols le font arrêter en 1916 et
de terre pour gagner Damas, où vit le retiennent onze mois prisonnier. Ils
une importante colonie algérienne. ménagent pourtant l’héritier de l’une
Il se montre désormais un ami des des plus grandes familles de leur zone
Français et des chrétiens maronites, en lui rendant ses fonctions en 1920.
contribuant notamment à sauver des Cependant, le père d’Abd el-Krim a
milliers de personnes en juillet 1860, des difficultés avec les Espagnols, qui,
lors de l’insurrection des Druzes. On par intimidation, voudraient faire de lui
lui donne alors le grand cordon de la leur instrument. La conséquence en est
Légion d’honneur, et sa pension est une vive altercation avec le général Sil-
Abd el-Kader voit son domaine prend un caractère inexpiable, et les portée à 150 000 francs. Certains vestre : Abd el-Krim retourne en prison.
étendu jusqu’aux confins du beylicat ressources d’Abd el-Kader diminuent songent même à lui confier une sorte Les Espagnols entament les opérations
de Constantine. Celui-ci s’effondre avec la ruine sans cesse aggravée de vice-royauté de l’Algérie. Pourtant militaires en occupant la ville sainte de
après la prise de sa capitale par les des régions qu’il parcourt. Enfin, le son rôle pendant la guerre de 1870 est Chechaouen (1920).
Français en octobre 1837, ce qui ne 16 mai 1843, un officier du duc d’Au- controversé. Dans plusieurs lettres
En 1921, Abd el-Krim s’évade. Peu
résout pas les problèmes de souverai- male découvre par hasard l’immense aux autorités françaises, il aurait vi- après, son père est tué devant le poste
neté sur ce territoire. Dans le nouveau campement formé par la capitale mo- vement condamné l’un de ses fils qui
espagnol de Tafersit. Abd el-Krim ne
vide politique ainsi créé, les Français bile de l’émir, la smala. Une charge tentait de reprendre la lutte en Algé-
tarde pas à faire montre de ses qualités
et Abd el-Kader vont s’affronter : des de cavalerie la disperse. Le coup est rie : ces documents sont considérés militaires : le 21 juillet 1921, il s’em-
interprétations divergentes du traité très rude pour Abd el-Kader, qui doit comme des faux par certains, qui y
pare des points hauts qui commandent
conduiront à la renaissance de la se réfugier sur les confins marocains. voient l’oeuvre de l’administration
les arrières du général Silvestre, établi
guerre, au dernier épisode de la lutte Mais la défaite de l’Isly (14 août coloniale.
avec le gros de ses forces au village
d’Abd el-Kader. Bugeaud veut faire 1844) oblige le sultan du Maroc ‘Abd En tout cas, les rapports d’Abd el-Ka- d’Anoual, à 20 km au sud-ouest de la
signer à l’émir un traité additionnel al-Ramn à refuser toute aide de son der avec la France semblent dès lors se base d’Alhucemas. Les tentatives des
pour fixer, de façon plus restrictive, la hôte, et même à le déclarer hors-la- refroidir, et ses fils vont achever leurs Espagnols pour « se donner de l’air »
limite du domaine arabe. Les Français loi. Dès lors, Abd el-Kader doit en études non pas à Paris, mais en Prusse échouent, et, le 26 juillet, l’armée espa-
n’obtiennent que l’accord personnel revenir à une lutte de partisans, ce qui et en Angleterre. gnole entame une difficile retraite, qui
de l’ambassadeur d’Abd el-Kader, et lui procure des succès, notamment à S. L. entraîne l’abandon de presque toute la
ce dernier estimera comme un acte Sidi-Brahim et dans la région d’Aïn- Algérie. zone nord du Maroc : plus de 100 postes
de guerre l’expédition que dirigera Temouchent (septembre 1845). Il
P. Azan, Récits d’Afrique ; l’Emir Abd el-Ka- espagnols sont occupés par les Rifains,
le duc d’Orléans pour relier Constan- opère même en 1846 sa jonction avec der (Hachette, 1924). / J. Le Gras, Abd el-Ka- qui font 700 prisonniers et s’empa-
tine à Alger, à travers des territoires les Kabyles. Il n’est repoussé vers le der (Berger-Levrault, 1929). / Ph. d’Estailleur-
rent de 200 canons et de 20 000 fusils.
Chanteraine, Abd el-Kader. L’Europe et l’Islm
dont il déniait aux Français le droit Maroc qu’avec de grandes difficul-
au XIXe siècle (J.-B. Janin, 1947). / Y. Lacoste,
« L’Espagne, dira Abd el-Krim, nous
de les traverser. Les combats re- tés. L’hostilité, cette fois ouverte, de A. Nouschi et A. Prenant, l’Algérie, passé et fournissait du jour au lendemain tout
prennent dans la Mitidja en novembre ‘Abd al-Ramn va causer la perte de présent (Éditions sociales, 1960). / Mohamed ce qui nous manquait pour équiper
1839. Les Français connaissent une l’émir, rejeté en Algérie et auquel la C. Sahli, Décoloniser l’histoire (Maspéro, 1965).
une armée et organiser une guerre de
période difficile. En décembre 1840, voie du Sud est coupée par les Fran- grande envergure ! » Peu après, le Rif
Bugeaud est nommé gouverneur çais. Abd el-Kader doit se rendre à se rallie presque entièrement à Abd
général de l’Algérie pour rétablir la Lamoricière le 23 décembre 1847, el-Krim, qui s’efforce de trouver des
situation. Ses « colonnes mobiles » puis au duc d’Aumale le lendemain. Abd el-Krim appuis extérieurs : il lui faut, en effet,
occupent les principales villes de Lamoricière, comme le duc d’Au- faire face à une contre-offensive de la
l’intérieur qui étaient tenues par Abd male, avait promis à l’émir, lors de En ar. MHAMMAD IBN ‘ABD AL-KARM,
part des Espagnols, qui envoient sans
el-Kader : dès 1841, Tagdempt (près chef rifain (Ajdir, près de la base d’Al-
sa reddition, de le conduire en terre cesse des renforts sur le littoral et qui
de Tiaret), Mascara, Boghar et, en d’islm à Alexandrie ou à Saint-Jean- hucemas, 1882 - Le Caire 1963). reprennent en partie le territoire perdu.
1842, Tlemcen. En même temps, les d’Acre. En fait, on l’interne d’abord à Abd el-Krim appartient à une noble Le frère d’Abd el-Krim va à Paris en
Français s’attaquent à ce qui fait l’es- Toulon, au fort Lamalgue. La IIe Ré- famille qui joua un rôle dirigeant dans la 1923, rencontre divers hommes poli-
sentiel des richesses des tribus alliées publique n’exécute pas la promesse tribu des Ouriaghel et qui passe pour être tiques et reçoit un certain appui du
de l’émir : les troupeaux sont confis- de la royauté, et l’ancien chef arabe venue du Hedjaz vers 900. Après des parti communiste, qui organise en 1924
qués, les récoltes détruites. La guerre est transféré à Pau (avr. 1848), puis, études coraniques à la célèbre univer- d’importantes manifestations pour sou-

16
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

tenir la cause rifaine. La IIIe Internatio- dessous, l’abdomen, occupé essentiel- dite : ce sont, de la profondeur à la super- constituante de la gaine du droit et du
nale lui apporte également sa caution, lement par le tube digestif, ses glandes ficie, le grand oblique, le petit oblique, le canal inguinal.
conformément aux thèses adoptées en annexes et la partie haute de l’appareil transverse. Le quatrième muscle, verti- • Le grand droit de l’abdomen est
1921 sur le soutien aux mouvements génito-urinaire. cal et antérieur, est le « grand droit » de vertical de chaque côté de la ligne
libérateurs des colonies. En raison de l’abdomen. médiane ; il s’insère en haut sur les
son prestige, Abd el-Krim est amené à Parois de l’abdomen 5e, 6e et 7e cartilages costaux. Le corps
• Le grand oblique prend ses inser-
prendre ses distances à l’égard du sul-
musculaire descend verticalement : il
Elles sont constituées par un cadre os- tions d’origine à la face externe des
tan du Maroc, qu’il considère comme
est plat mais épais, bien visible chez
seux sur lequel s’insèrent de nombreux sept ou huit dernières côtes. Les fibres
prisonnier des Français, et à faire état
les sujets maigres et présente trois ou
muscles. Ce cadre osseux est formé musculaires postérieures descendent
de la création d’une « république du
quatre intersections tendineuses. Il se
en arrière, sur la ligne médiane, par le verticalement et s’insèrent sur la par-
Rif ». Mais en cherchant à consolider
termine par un fort tendon sur l’angle
rachis, représenté à ce niveau par la dou-
son influence vers le sud, il va entrer en tie moyenne de la crête de l’os iliaque
du pubis de l’os iliaque du même côté.
zième vertèbre dorsale et les cinq ver-
conflit avec la France. correspondant.
Quelques fibres internes s’entrecroisent
tèbres lombaires. L’ensemble s’ordonne
En 1924, une légère avance des Fran- Le reste du corps musculaire s’étale sur la ligne médiane avec celles du côté
selon une courbure à concavité posté-
çais chez les Beni Zeroual, depuis peu en un éventail dont les fibres sont diri- opposé. On rattache au grand droit le
rieure dite « lordose lombaire ». C’est le
leurs alliés, est considérée par Abd el- muscle pyramidal, petit muscle situé
seul pont osseux tendu de la cage thora- gées obliquement en bas, en avant et
Krim comme un casus belli. Le 16 avril en avant de la terminaison inférieure
cique au bassin. en dedans. Celles-ci viennent se jeter
1925, le fortin français de Beni-Derkoul du droit.
sur l’aponévrose de terminaison du
est attaqué ; divers postes sont enlevés Vers le haut, le cadre osseux est
muscle, qui entre dans la constitution de Le muscle grand droit et son satellite,
représenté par la partie inférieure de la
par les Rifains, qui en viennent à mena-
la gaine du droit, avant de s’unir à son le pyramidal, sont logés dans une gaine
cer les communications entre l’Algérie cage thoracique.
homologue opposé sur la ligne médiane fibreuse constituée par les aponévroses
et le Maroc. Vers le bas, le squelette abdominal
antérieure, appelée « ligne blanche ». de terminaison des muscles larges de
Paris charge alors Pétain de la lutte est formé par les éléments de la ceinture
La partie inférieure de l’aponévrose l’abdomen.
et lui donne des moyens considérables pelvienne ou bassin.
constitue une partie de la paroi du canal Les aponévroses des muscles larges,
(une centaine de bataillons). Préparée Des muscles nombreux et puissants
inguinal. (V. hernie.) après avoir engainé le muscle droit, se
par une intense « action psychologique » s’insèrent sur ce cadre osseux, permet-
réunissent et s’entrecroisent avec celles
parmi les tribus rifaines, une puissante tant de décrire une paroi supérieure, • Le petit oblique prend naissance sur
du côté opposé sur la ligne médiane, et
campagne militaire est engagée en mai une paroi antéro-latérale et une paroi les trois quarts antérieurs de la crête
forment la ligne blanche.
1926, en collaboration avec les Espa- postérieure ; la paroi inférieure, sépa- iliaque. Les fibres charnues se dirigent
gnols. L’affaire est terminée en moins rant l’abdomen du petit bassin, est vir- L’ombilic est la cicatrice qui se forme
dans la direction inverse du muscle pré-
d’un mois, et Abd el-Krim doit se rési- tuelle. La limite entre ces deux cavités après la chute du cordon ombilical. Il
cédent, c’est-à-dire en haut, en dedans
gner à demander l’aman, le 27 mai, au est indiquée par le détroit supérieur. siège un peu au-dessous du milieu de
et en avant, et se jettent sur une apo-
général Ibos, à Tizenmourène, près de Si le petit bassin n’est, en réalité, que la paroi abdominale et est constitué
névrose qui constitue une partie de la
Targuist. Exilé à la Réunion, où il vivra la partie la plus déclive de l’abdomen, d’un anneau fibreux creusé dans la ligne
gaine du droit et du canal inguinal.
entouré d’une trentaine de personnes, il est pourtant habituel de l’exclure de blanche, recouvert en avant par les tégu-
• Le transverse de l’abdomen s’insère ments, en arrière par le péritoine.
il témoignera pourtant sans cesse de la description de la cavité abdominale.
son amitié pour la France. En 1947, il (V. bassin.) de haut en bas sur la face interne des
Les muscles de la région antéro-la-
obtient de se retirer sur la Côte d’Azur, six derniers arcs costaux, sur le sommet
térale réalisent une sangle abdomi-
mais il profite d’une escale à Port-Saïd Paroi supérieure des apophyses transverses des cinq ver- nale dont la solidité repose en partie
pour se retrouver en terre d’islm : il tèbres lombaires et sur la crête iliaque. sur l’obliquité inverse des fibres. Ils
La paroi supérieure est constituée par
est accueilli avec les plus grands hon- Les fibres du corps charnu se dirigent
le diaphragme*, large et mince cloi- interviennent dans tous les efforts qui
neurs par le roi Farouk. Considéré en avant et en dedans transversale-
son musculo-tendineuse en forme de tendent à augmenter la pression intra-
comme le plus illustre représentant du ment (horizontalement), et viennent se
voûte, allongée transversalement et abdominale (défécation, coït, accouche-
nationalisme maghrébin, il fera preuve
dont la convexité regarde vers le haut. jeter sur l’aponévrose de terminaison, ment) ou intrathoracique (toux). Ils in-
d’une certaine intransigeance, refusera
Le diaphragme s’insère à la partie
de rentrer au Maroc « avant que le der-
inférieure de la paroi thoracique, mais
nier militaire étranger ait quitté le sol
remonte largement à l’intérieur de la
maghrébin » et condamnera même les
cage thoracique, le sommet de la cou-
accords d’Évian. Il apparaît pour beau-
pole diaphragmatique se projetant au
coup comme un grand précurseur du
niveau des 4e et 5e espaces intercostaux.
mouvement de décolonisation.
Cette notion est fondamentale pour com-
S. L.
prendre la position des organes de la par-
Maroc.
tie supérieure de l’abdomen, masqués
J. Ladreit de Lacharrière, le Rêve d’Abd el- par le rebord thoracique, difficiles à ex-
Krim (J. Peyronnet et Cie, 1925). / L. Gabrielli,
plorer cliniquement et chirurgicalement,
Abd el-Krim et les événements du Rif (Éditions
Atlantides, Casablanca, 1953). et menacés en cas de plaie transfixiante
de la moitié inférieure du thorax. En
langage chirurgical, ce sont les viscères
« thoraco-abdominaux ».

abdomen
Paroi antéro-latérale

Région du corps humain située à la La paroi antéro-latérale est formée de


partie inférieure du tronc. Au-dessus chaque côté par quatre muscles. Trois
du diaphragme se trouve le thorax*, sont appelés muscles larges et s’en-
contenant le coeur et les poumons ; au- roulent pour former la paroi proprement

17
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

terviennent aussi dans les mouvements interne de l’artère mammaire interne Espace rétro-péritonéal le jéjuno-iléon. Le duodéno-pancréas
et la statique du corps humain. Enfin, chemine à la face profonde du muscle est à cheval sur ces deux régions.
Dans cet espace cheminent l’aorte* ab-
ce sont des muscles respirateurs très grand droit. Elle s’anastomose au niveau dominale sur le flanc antérieur gauche
importants. de l’ombilic avec l’artère épigastrique, Chirurgie de l’abdomen
du rachis, qui se divise en deux artères
La partie inférieure de la paroi antéro- branche de l’artère iliaque externe. Laté- iliaques au niveau de la quatrième ver-
Rendue possible par les découvertes de
latérale est la région inguinale, région ralement, le plan artériel est constitué tèbre lombaire, et la veine cave infé- l’anesthésie* générale et de l’asepsie*
importante par sa pathologie (hernie). par les quatre artères lombaires, nées rieure sur son flanc antérieur droit. La (seconde moitié du XIXe s.), l’ouverture
Elle sera étudiée plus loin. directement de l’aorte, cheminant et veine cave reçoit les veines de la paroi de l’abdomen peut se faire par diverses
se divisant dans l’épaisseur de la paroi et les veines urogénitales. Le sang voies d’abord.
Paroi postérieure postéro-latérale, l’artère ilio-lombaire, du tube digestif, collecté par la veine
La paroi postérieure occupe la région née de l’artère iliaque interne, et l’artère porte, traverse le foie, puis retourne à Laparotomies
lombaire comblant l’espace compris circonflexe iliaque profonde, branche de la veine cave inférieure par les veines
La presque totalité du contenu abdomi-
entre la douzième côte et la crête iliaque. l’iliaque externe. sus-hépatiques. Le long des gros vais-
nal peut être exploré par des incisions
Elle comprend des muscles nombreux seaux se trouvent les axes lymphatiques
Veines. Les veines sont, dans l’en- pratiquées à travers des parois de l’abdo-
et puissants, qui peuvent être divisés en et nerveux (sympathiques et parasym-
men : les laparotomies. La voie d’abord
semble, satellites de leurs artères, réa-
trois groupes : pathiques). Enfin, de part et d’autre de employée dépend de plusieurs facteurs :
lisant des anastomoses entre les veines
• le groupe moyen est constitué par le l’axe vertébral, on trouve les reins, sur- emplacement de l’organe à traiter, na-
caves supérieure et inférieure. De plus,
carré des lombes et l’aponévrose pos- montés chacun d’une glande surrénale et ture de l’affection, étendue des lésions,
il existe au niveau de l’ombilic une im-
térieure du transverse de l’abdomen ; dont le conduit excréteur, l’uretère, fran- acte chirurgical prévu.
portante anastomose entre le système chit le détroit supérieur avant de plonger
• le groupe postérieur est situé en ar- Les laparotomies peuvent être ran-
porte et le système cave par l’intermé- dans le petit bassin.
rière du carré des lombes. Il comprend : gées en trois groupes : verticales,
diaire des veines para-ombilicales du
un plan profond, formé par les muscles obliques, transversales. La laparo-
ligament rond. (Ce dernier n’est que le Péritoine
spinaux logés dans les gouttières ver- tomie le plus utilisée en France est la
vestige thrombose de la veine ombili-
tébrales (sacro-lombaire, long dorsal, C’est une membrane séreuse envelop- laparotomie médiane verticale sus- ou
cale du foetus.) Ces veines para-ombi-
transversaire épineux, épineux) ; le pant le tube digestif ; elle est constituée sous-ombilicale : voie d’abord peu
plan du rhomboïde et un plan superfi- licales anastomosent la branche gauche d’un feuillet viscéral et d’un feuillet délabrante, n’interrompant ni muscle ni
ciel, formé par le grand dorsal en bas, de la veine porte aux veines épigas- pariétal. Le développement en longueur nerf de la paroi, facile à réparer, pou-
le trapèze en haut ; triques. du tube digestif (inégal suivant les po- vant s’agrandir au maximum en incision

• le groupe antérieur, situé en avant Nerfs. Les nerfs de la paroi sitions) étant beaucoup plus important xyphopubienne, elle permet d’explorer
du carré des lombes, est formé par les conservent la disposition métamérique. que son contenant, l’abdomen, il se à peu près tout l’abdomen et d’accom-

muscles psoas iliaque et petit psoas. Ils sont représentés par les six derniers forme chez l’embryon des coudures, des plir la plupart des interventions.

Le psoas, épais, allongé, s’insère sur rotations et des accolements d’organes Les incisions obliques (sous-costales
nerfs intercostaux, qui cheminent entre
la face latérale des disques interverté- aboutissant à la disposition définitive. droites ou gauches, incision de McBur-
petit oblique et transverse, et par les
braux et des cinq vertèbres lombaires, ney) ont des indications précises. Les
nerfs grand et petit abdomino-génitaux,
et sur leurs apophyses transverses. Organes incisions transversales sont plus rare-
branches du plexus lombaire.
L’iliaque s’insère sur la fosse iliaque Faisant suite à l’oesophage (organe tho- ment employées : citons l’incision de
interne. Les deux muscles se réunissent racique, sauf dans ses quatre derniers Pfanvenstiel, transversale, sus-pu-
et s’attachent par un très gros tendon centimètres), les organes du tube diges- bienne, en chirurgie gynécologique.
sur le petit trochanter à l’extrémité su- Enfin, il faut citer, pour terminer, la
tif sont l’estomac*, puis l’intestin grêle,
périeure du fémur. Contenu de l’abdomen thoraco-phréno-laparotomie, qui ouvre
formé du duodénum (enroulé autour
Il est constitué essentiellement par le du pancréas), du jéjunum et de l’iléon, par une même incision le thorax, la
Vaisseaux et nerfs de la paroi paroi abdominale et le diaphragme, et
tube digestif abdominal, enveloppé reliés à la paroi abdominale postérieure
abdominale qui donne un large jour sur les viscères
d’une séreuse, le péritoine. En arrière par un vaste méso en forme d’éventail,
Artères. La paroi est richement vascula- des viscères, on trouve l’espace rétro- le mésentère. À l’angle iléo-caecal, situé
risée par des artères de provenances di- dans la fosse iliaque droite, le gros intes-
péritonéal.
verses. Sur la ligne médiane, la branche tin succède à l’iléon. En forme de cadre
entourant la masse du grêle, il est divisé
en côlon ascendant (ou droit), accolé à
la paroi postérieure, en côlon transverse,
flottant et relié à la paroi postérieure par
le mésocôlon transverse, et côlon des-
cendant (ou gauche), suivi de l’anse sig-
moïde, qui se continue avec le rectum.

On rattache au tube digestif le foie*,


qui occupe la partie supérieure et droite
de l’abdomen et auquel sont annexés les
voies biliaires*, la rate, à gauche, et le
pancréas, inclus dans l’anneau duodé-
nal.

Le mésocôlon transverse divise la ca-


vité abdominale en deux étages : l’étage
sus-mésocolique, où se trouvent l’esto-
mac, le foie, la rate, et l’étage sous-mé-
socolique, essentiellement occupé par

18
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

(intestin grêle surtout). Elle est menacée Traumatismes de l’abdomen


d’étranglement et d’accidents infectieux
Parmi les traumatismes de l’abdomen, il
cutanés.
faut opposer les plaies de l’abdomen aux
La hernie épigastrique siège sur la ligne traumatismes fermés (contusions).
blanche au-dessus de l’ombilic : c’est l’issue,
Toute plaie de la paroi abdominale doit être
par un orifice de la ligne blanche, souvent
explorée chirurgicalement dans l’ignorance
très petit, d’un « coin » péritonéal, précédé
que l’on est des lésions sous-jacentes et
d’un lipome pré-herniaire ou d’une petite
cela quels que soient l’agent vulnérant et
boule de graisse sous-péritonéale. Elle est
l’aspect de la « porte d’entrée » (plaie par
parfois très douloureuse.
coup de couteau, par balle, par éclat mé-
Les hernies lombaires sont condition-
tallique, etc.). Au contraire, dans les contu-
nées par l’existence de points faibles de la
sions de l’abdomen, l’indication chirurgi-
région postérieure de l’abdomen : triangle
cale s’impose rarement d’emblée. C’est la
de J.-L. Petit, quadrilatère de Grynfelt.
surveillance du blessé, répétée d’heure
Outre les hernies, la pathologie de la
en heure, qui permet de voir apparaître et
paroi se compose d’affections rares : héma-
s’étendre une contracture traduisant une
tomes spontanés des muscles droits et rup-
péritonite par rupture d’un viscère creux,
ture traumatique des muscles de la paroi ;
une matité dans les flancs traduisant un
tumeurs de la paroi telles que les fibromes,
épanchement de sang intra-péritonéal.
les tumeurs malignes primitives, surtout à
type de sarcomes ; les kystes hydatiques des Ailleurs, l’abdomen reste souple, indolore,

muscles de la paroi. permettant alors d’éliminer le diagnostic de


lésion intra-abdominale. Dans les cas diffi-
Affections du contenu de l’abdomen ciles intermédiaires et fréquents, il est per-

Il est permis d’affirmer qu’en pathologie mis d’hésiter sur la conduite à tenir. Il faut

humaine l’intérêt de la paroi abdominale alors s’aider de la radiographie de l’abdo-

ne vient pas de ses lésions propres, mais men sans préparation, qui peut déceler la

de ce qu’elle recouvre, cache ou traduit. présence d’air dans la grande cavité (pneu-
Elle est tout à la fois un masque et un reflet mopéritoine), de la ponction de l’abdomen
des lésions intra-abdominales, que ce soit (présence de sang), et surtout, au moindre
en médecine journalière, dans le cadre des doute, il faut pratiquer une « laparotomie
urgences (péritonites, occlusions) ou à la exploratrice ». Les immenses progrès réa-
suite de traumatismes (plaies et contusions). lisés en chirurgie, depuis la découverte
L’examen de la paroi abdominale fait de l’asepsie et de l’anesthésie jusqu’aux
partie de l’examen habituel de tout malade, procédés les plus récents de réanimation
supérieurs thoraco-abdominaux, ainsi de la cicatrice sont amincis, distendus, pour apprécier la taille et la consistance des moderne, permettent cette attitude réso-
différents organes (foie et rate), et l’exis-
que la lombotomie, voie d’accès posté- largement déhiscents. lument active. L’expérience montre qu’en
tence d’une lésion intra-abdominale pal-
rieur pour la chirurgie du rein. matière de « contusion » abdominale on
pable (cancers gastriques, kystes, anévrisme
regrette rarement la décision opératoire, le
Toute laparotomie est menacée de Endoscopie
de l’aorte, etc.). À l’évidence, cet examen est
danger étant trop grand de laisser évoluer
complication postopératoire : la plus Sous le nom de péritonéoscopie ou de plus fructueux chez les sujets maigres que
« à bas bruit » une lésion mortelle.
chez les obèses, dont l’épaisseur de la paroi
bénigne est la suppuration due à une coelioscopie, on pratique couramment
émousse les perceptions.
faute d’asepsie en cours d’intervention l’examen endoscopique de la cavité ab- Ph. de L.
Ce geste de routine devient l’élément
ou à une contamination de la paroi par dominale après insufflation d’air dans le H. Mondor, Diagnostics urgents. Abdomen
capital du diagnostic dans les affections
le contenu septique d’un viscère. La péritoine. Cet examen dispense souvent (Masson, 1930 ; 8e éd. 1959). / H. Rouvière, Ana-
urgentes de l’abdomen. On peut mettre
tomie humaine descriptive et topographique
plus grave est l’éviscération : caracté- d’une laparotomie exploratrice et per- ainsi en évidence une péritonite traduite par
(Masson, 1942 ; nouv. éd. revue par G. Cordier,
risée par l’issue des viscères à travers met, outre la prise de clichés, certaines une « contracture » généralisée : c’est une
1959 ; 3 vol.). / C. Couinaud, Anatomie de l’ab-
les plans pariétaux désunis, cette com- interventions telles que les biopsies. contraction intense, rigide, permanente, domen (Doin, 1963 ; 2 vol.). / Z. Cope, A History
tonique des muscles de la paroi, qui se voit
plication peut survenir dans les pre- of the Acute Abdomen (Londres, 1965).
chez les sujets maigres, dont les muscles se
miers jours suivant l’intervention ou, au
Pathologie de l’abdomen tendent sous la peau et dont l’abdomen,
contraire, tardivement, vers le douzième
immobile, « ne respire plus ». Sous les mains
jour. Elle peut passer inaperçue au début Affections des parois posées bien à plat, la paroi de l’abdomen
et n’être découverte qu’à l’occasion En dehors des séquelles de laparotomie, apparaît dure. Douloureuse, elle a perdu Abdülhamid Ier
d’un pansement. Elle nécessite dans toute souplesse et ne se laisse plus dépri-
elles sont assez rares, si on élimine les her-

presque tous les cas une réintervention nies* inguinales et les hernies hiatales. (V. mer ; c’est le « ventre de bois », traduction la et II
plus complète d’une péritonite généralisée.
immédiate. diaphragme.)
La cause la plus fréquente en est la perfora-
Le diastasis des droits réalise une éven- OTTOMAN (Empire).
Bien différente est l’éventration : tion d’un ulcère gastro-duodénal ou d’une
tration spontanée par l’écartement anormal
c’est une complication tardive, dans la appendicite.
des muscles droits de l’abdomen.
genèse de laquelle s’intègrent l’accident Au cours des occlusions*, la paroi abdo-
La hernie ombilicale se présente suivant
infectieux, la déficience musculo-apo- minale reste souple, mais elle est mise en

névrotique de certains opérés (obèses),


plusieurs types : tension et soulevée par les gaz sous-jacents, Abeille
— chez le nouveau-né, l’omphalocèle est qui ne peuvent s’évacuer par les voies natu-
les suites opératoires troublées (vomis- due à une aplasie congénitale de la paroi ; relles. Il existe un « ballonnement » abdomi-
sements, toux). Elle est parfois minime, — chez l’enfant, la hernie ombilicale est due Insecte de l’ordre des Hyménoptères,
nal traduisant le météorisme et donnant à la
véritable trou de petit diamètre dans la à un orifice ombilical trop grand. La hernie main qui palpe une sensation de résistance, muni d’un aiguillon venimeux et se
est toujours de petite taille (noisette) et ne de tension. À la percussion, la paroi offre nourrissant du pollen et du nectar des
paroi cicatricielle, parfois énorme, due
s’étrangle jamais ; un son creux « tympanique », s’opposant à
à la distension progressive d’une longue fleurs. Au sens strict, on applique le
— chez l’adulte, la hernie ombilicale peut la « matité » des épanchements liquidions
cicatrice sur toute son étendue. La répa- nom d’Abeille à une espèce précise.
être énorme, surtout chez les femmes (ascite, grossesse). La pathologie particu-
ration en est dans certains cas un acte Apis mellifica, qui vit en société et a été
obèses, multipares à ventre tombant, à lière à chaque organe est traitée à l’article
chirurgical majeur, car les muscles et parois déficientes. Elle peut contenir n’im- correspondant. (V. estomac, intestin, foie, domestiquée par l’homme ; mais on dé-
les aponévroses de la paroi au niveau porte quels viscères abdominaux mobiles rein, etc.) signe plus largement sous ce terme tout

19
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

insecte, social ou non, appartenant à la Morphologie et à une rangée de petits crochets dont est L’organisation interne n’est pas fon-
superfamille des Apoïdes. muni le bord avant de l’aile postérieure. damentalement différente de celle des
anatomie de l’ouvrière
Les pattes se terminent par deux griffes insectes en général. Il faut signaler
Long de 15 mm, le corps de l’ouvrière se cependant : le grand développement
L’Abeille domestique et une ventouse ; grâce à leurs mouve-
divise en trois parties. du cerveau, en relation avec les facul-
ments coordonnés, elles rassemblent
(Apis mellifica L.) tés psychiques élevées de l’Abeille ;
La tête porte deux antennes coudées, le pollen dont le corps s’est couvert au
Une société d’Abeilles comporte en gé- couvertes de milliers de poils tactiles la conformation du tube digestif, où
contact des étamines et en façonnent des
et de fossettes olfactives ; ces antennes le jabot est séparé de l’intestin par des
néral de 20 000 à 100 000 individus. Il boulettes ; les pattes postérieures, les
sont aussi des organes sensibles à l’hu- valvules, si bien que le nectar accumulé
arrive parfois qu’au moment de l’essai- mieux adaptées à ce travail, transportent
midité, à la température, au gaz carbo- peut être régurgité lors de l’élaboration
mage l’on puisse évaluer la population ensuite ces boulettes coincées dans les
du miel et que l’individu n’en prélève
nique et, semble-t-il, à certaines vibra-
d’une ruche, en pesant l’essaim : 1 kg corbeilles de leur tibia. Ajoutons que la
qu’une faible partie pour son propre
tions. Les yeux, bien développés, sont
contient environ 10 000 Abeilles. On pince située entre le tibia et le tarse sert
compte ; l’atrophie presque totale de
composés chacun de 4 000 facettes, ou
à prélever les lamelles de cire, et que la
admet qu’alors la moitié des habitants a l’appareil génital ; l’abondance et la
ommatidies, contenant chacune huit cel-
patte antérieure porte un peigne utilisé variété des organes sécréteurs.
quitté la ruche (théorie de Sandler). lules visuelles. Ils permettent une vision
pour le nettoyage des antennes.
Pendant la belle saison, on trouve trois colorée différente de la nôtre : ils ne sont
pas sensibles au rouge, mais réagissent L’abdomen est formé de sept seg- La reine et
sortes d’individus (ou castes). Les plus
à l’ultraviolet. Sur le dessus de la tête, ments visibles, mais le premier paraît le faux bourdon
nombreux sont les ouvrières, femelles
on remarque trois ocelles. Les pièces faire partie du thorax et précède le
stériles, qui assurent l’entretien de la La reine se distingue extérieurement de
buccales sont lécheuses et suceuses. La pédicule, qui sépare les deux régions.
l’ouvrière par sa longueur (20 mm) et
ruche, la nutrition de tous ses occupants,
pièce essentielle est le labium, dont la Les sternites des segments 3 à 6 portent
son abdomen plus développé ; elle ne
larves notamment, et la construction des chacun une paire de glandes cirières. À
longue langue velue peut plonger dans quitte jamais la ruche, sauf pour le vol
rayons. La reine, unique femelle fertile, l’arrière, sous l’anus, pointe l’aiguillon
les fleurs ; autour d’elle, les deux palpes nuptial et pour l’essaimage. Son appareil
pond de 1 000 à 2 000 oeufs par jour ; labiaux et les deux maxilles forment une venimeux, relié à un réservoir où une génital est bien développé ; cependant,
sa présence est indispensable à la coor- sorte de conduit par lequel le nectar est glande déverse des substances toxiques certaines de ses pièces sont modifiées en
dination de l’activité des ouvrières ; les aspiré ; les mandibules, courtes, servent et inflammatoires ; près de sa pointe, un appareil venimeux.
mâles, ou faux bourdons, au nombre de à façonner la cire. l’aiguillon est muni de barbes qui font Le mâle doit au fait qu’il est très
plusieurs centaines, sont éliminés par Sur le thorax s’insèrent deux paires penser à celles d’un harpon ; il n’est pas velu son nom usuel de faux bourdon ;
les ouvrières à la fin de l’été. On appelle d’ailes membraneuses inégales et trois rare de voir une ouvrière abandonner ses yeux, volumineux, se rejoignent
paires de pattes. Les ailes d’un même aiguillon et appareil venimeux dans la presque sur le dessus de la tête ; par
couvain l’ensemble des oeufs, larves et
côté sont maintenues solidaires grâce plaie et mourir de cette mutilation. contre, sa langue est réduite ; il ne pos-
nymphes placés dans les alvéoles.

À qui devons-nous de
connaître l’Abeille ?

D’abord le Hollandais Jan Swammerdam

(Amsterdam 1637 - id. 1680) dissèque

l’insecte pendant plusieurs années et livre

des planches anatomiques d’une précision

admirable.

Réaumur* est le premier à proposer,

dans ses Mémoires pour servir à l’histoire

des insectes (1734-1742), une vue cohé-

rente et exacte, débarrassée des multiples

légendes qui circulaient jusqu’alors, de la vie

des Abeilles.

François Huber (Genève 1750 - Pregny,

près de Genève, 1831), le naturaliste aveugle

de Genève, scrute avec patience et génie la

biologie de la ruche, et rassemble dans ses

Nouvelles Observations sur les abeilles les

résultats de ses recherches, presque tous

encore valables.

Avec sa Vie des abeilles (1901), Maurice

Maeterlinck* révèle à un vaste public une

vision fidèle des activités de la ruche, bien

que son élan poétique l’entraîne à quelques

exagérations.

En 1922, Karl von Frisch (né à Vienne en

1886) fait connaître le résultat de ses pre-

miers travaux sur les « danses » des ou-

vrières, dans lesquelles il devait découvrir

un langage précis.

20
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

les femelles, fécondées en automne, se dis-


persent et passent l’hiver à l’abri ; chacune
peut fonder une nouvelle société au prin-
temps. Les Bourdons jouent un rôle impor-
tant dans la pollinisation.

Mélipones, Abeilles sociales des régions


tropicales, construisant en cire des rayons
horizontaux et des sortes d’outres à miel ;

celui-ci est recherché par les Indiens d’Amé-


rique du Sud, qui peuvent élever d’autant
plus facilement les Mélipones qu’elles sont
dépourvues d’aiguillon.

Abeille charpentière (Xylocope), grosse


Abeille solitaire, qui, de ses mandibules,
creuse son nid dans le bois mort, les tiges
sèches.

Abeille tapissière (Mégachile), Abeille


solitaire, qui tapisse son terrier souterrain de
feuilles adroitement découpées.

Abeille maçonne (Chalicodome), Abeille


solitaire, qui édifie un nid très solide en terre
gâchée avec sa salive ; celui-ci comporte
quelques cellules où se développent les
sède pas d’appareil venimeux. Les faux la ruche, surveillance à l’entrée. C’est modalités du langage de l’abeille ; dès
larves.
bourdons résultent du développement alors qu’ont lieu les premières sorties, maintenant on peut décrire comment se
Osmies, Abeilles solitaires, dont les nom-
d’oeufs parthénogénétiques qui ne pos- sur la planche de vol et à quelques réalise l’orientation des ouvrières.
breuses espèces nidifient dans des terriers
sèdent que n = 16 chromosomes. mètres de la ruche ; ces vols d’orienta- Cette faculté met en jeu des facteurs creusés dans des trous de murs, dans le bois
tion permettent à l’ouvrière de repérer visuels et des facteurs olfactifs. Quand mort ou dans les coquilles.

Les activités l’aspect extérieur de la ruche, sa loca- l’ouvrière quitte la ruche, elle enregistre
Abeilles inférieures
lisation dans son environnement ; ainsi
des ouvrières l’angle que fait le soleil avec la direc-
se trouvera facilité le retour au nid après Andrène (Abeille des sables), au nid souter-
tion qu’elle prend : certaines ommati-
Pendant la belle saison, la durée de rain, très simple.
les vols de grande amplitude qui carac- dies reçoivent de plein fouet les rayons
vie des ouvrières ne dépasse guère six Nomade, Abeille parasite, pondant dans
térisent la dernière — et la plus longue solaires. Pour le retour, l’insecte sera
semaines ; mais celles qui apparaissent le nid d’autres Abeilles ; ses larves se nour-
— période de la vie. guidé vers la ruche si les rayons lumi-
à la fin de l’été survivent dans la ruche rissant des provisions accumulées par l’hôte.
L’ouvrière devient alors pourvoyeuse neux frappent les ommatidies dirigées
jusqu’au printemps suivant. Collète, Abeille solitaire, qui établit son
de nourriture, qu’elle extrait des fleurs. à l’opposé des premières. Lorsque le
nid dans les sols meubles.
Une ouvrière est capable d’assu- soleil est caché, l’Abeille utilise comme
Le nectar est aspiré par la trompe et
Halicte, Abeille à nid souterrain, dont les
rer toutes les activités dans la société, repère le plan de polarisation de la lu-
ramené à la ruche dans le jabot ; régur- provisions sont uniquement constituées de
sauf, bien entendu, la reproduction. Le mière diffractée par le ciel bleu ; l’oeil
gité plusieurs fois, transmis d’ouvrière pollen. Certaines espèces (Halictus margi-
service auquel elle est affectée dépend en ouvrière, qui le concentrent et, par de l’Abeille peut en effet distinguer la natus, H. malachurus) sont sociales.
d’abord de son âge et, accessoirement, lumière polarisée ; par temps légère-
des enzymes, modifient sa composition,
des besoins éventuels de la ruche ; il ment couvert, la position du soleil peut
il est déposé à l’état sirupeux dans des
peut être modifié pour répondre à une encore être repérée à travers les nuages. Reproduction et
alvéoles, où une dernière évaporation
situation imprévue. L’orientation par des mécanismes développement
le transforme en miel ; cacheté par un
Dans les jours qui suivent l’éclo- opercule de cire, il représente des ré- optiques ne fournit à l’ouvrière que
La reine vient de quitter la ruche avec
sion, l’Abeille circule sur les rayons serves pour l’hiver. D’autres ouvrières des renseignements approximatifs ;
l’essaim, laissant orphelines quelques
et contribue à leur nettoyage. À l’âge recherchent le pollen ; une butineuse la découverte d’une source précise de
dizaines de milliers d’ouvrières ; situa-
de trois jours, elle commence à assurer ne visite qu’une seule espèce de fleur à nourriture sera facilitée par ce qu’on
tion provisoire, car, dans des alvéoles
l’alimentation des larves : elle apporte chaque voyage ; nous avons vu le rôle convient d’appeler l’odeur de la ruche,
spéciaux, des adultes sexués, mâles et fe-
aux plus âgées d’entre elles un mélange des pattes dans la récolte et le transport ; trace laissée sur place par les visiteuses
melles, s’apprêtent à éclore. Dès qu’une
de miel et de pollen ; puis ses glandes dans la ruche, le pollen est tassé tel quel, précédentes et émise par l’organe de
jeune reine apparaît, elle tue les larves
mandibulaires et pharyngiennes entrent sans transformations, dans les cellules Nasanoff. C’est également cette odeur,
ou les nymphes d’autres reines dans
en fonctionnement et produisent de et, additionné de miel, sera utilisé pour répandue à quelque distance de la ruche
leurs cellules ; si deux reines éclosent
la gelée royale, qu’elle distribue aux nourrir les larves. par les ventileuses et associée aux sou-
en même temps, elles se livrent un com-
larves jeunes. Quelques ouvrières en- venirs visuels des vols d’orientation, qui
Pendant une journée d’été, une ruche bat qui se termine par la mort de l’une
permettra le retour au gîte.
tourent la reine, par roulement, l’accom- augmente son poids de plusieurs cen- d’elles ; ainsi se trouve assurée la mono-
pagnent lors de la ponte, la lèchent, la taines de grammes ; une ouvrière doit gynie (situation des sociétés d’insectes
nourrissent de gelée royale. D’autres Abeilles sociales, Abeilles comprenant une seule femelle féconde).
visiter plusieurs dizaines de fleurs pour
fournissent les mâles de miel. solitaires
remplir son jabot, qui ne peut contenir Quelque temps après, la reine quitte
À l’âge de dix jours, les glandes ci- plus de 50 mg de nectar. Cette intense la ruche, accompagnée par les faux
Abeilles supérieures (famille des
rières deviennent fonctionnelles ; une activité des pourvoyeuses nous amène bourdons ; c’est le vol nuptial, après
Apidés et des Mégachilidés)
nouvelle période commence, consacrée, à poser deux questions : comment les lequel elle ne sortira plus de la ruche, du
À côté de l’Abeille domestique (Apis mel-
au moins en partie, à la construction ouvrières s’informent-elles mutuelle- moins jusqu’au prochain essaimage. On
lifica), des espèces sauvages : Apis indica,
des rayons et des alvéoles. Cette acti- ment des sources de nourriture qu’elles a longtemps cru qu’au cours de ce vol
A. dorsata, A. florea.
vité n’empêche pas d’autres fonctions : découvrent et comment une abeille un seul mâle fécondait la reine. On sait
Bourdons (Bombus), au corps très velu,
tassement dans les cellules du pollen parvient-elle à revenir à sa ruche après formant des sociétés annuelles qui vivent maintenant que celle-ci subit plusieurs
apporté par les butineuses, participation un vol pouvant atteindre plusieurs ki- dans des nids souterrains ou proches du fécondations : les spermatozoïdes sont
à la formation du miel, ventilation de lomètres ? Nous verrons plus loin les sol ; reine et ouvrières produisent de la cire ; conservés dans un réceptacle de son ap-

21
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

pareil génital, la spermathèque. La reine est alors assuré, faisant apparaître une duit et si elle les malaxe de ses mandi-
peut vivre cinq ans ; il semble qu’elle femelle féconde. bules, la construction des rayons n’en
puisse accomplir plus d’un vol nuptial est pas moins un acte éminemment
On comprend donc comment les
au cours de son existence. social ; agrippées les unes aux autres
ouvrières accidentellement privées de
C’est au moment de la ponte des oeufs par les pattes, des ouvrières forment
reine peuvent compenser cette perte qui
que le sexe est déterminé. Les oeufs fé- de curieuses chaînes, suspendues d’un
entraînerait la disparition de la société :
condés donneront des femelles, les oeufs rayon à l’autre ; sur ces passerelles
elles détruisent quelques cellules qui
non fécondés des mâles. Le sexe, a-t-on vivantes, d’autres ouvrières circulent,
entourent de jeunes larves destinées
dit, est à la disposition de la mère. En puis façonnent et déposent la cire, d’une
à devenir ouvrières, placent les larves
fait, l’âge de la reine intervient : elle ne manière qui nous paraît désordonnée
ainsi dans des alvéoles de grande taille
pond des oeufs parthénogénétiques qu’à et, rappelons-le, dans l’obscurité com-
et, au lieu de les sevrer au bout de trois
son onzième mois ; des stimuli tactiles plète ; on reste étonné de la perfection
jours, continuent à les alimenter de
doivent aussi agir, la renseignant sur du travail réalisé !
gelée royale ; de jeunes reines appa-
les dimensions des alvéoles, si bien que Les ouvrières récoltent parfois sur
raissent alors ; pour que l’opération soit
seuls ceux de taille moyenne recevront les peupliers, les marronniers une sorte
couronnée de succès, il faudra évidem-
des oeufs non fécondés. Chez les reines de gomme à laquelle elles ajoutent de
ment qu’elles puissent être fécondées,
âgées, la réserve de spermatozoïdes peut la cire ; le produit obtenu, la propolis,
c’est-à-dire que l’éclosion se produise
être épuisée et, si une nouvelle fécon- permet d’isoler la ruche, de boucher
de mai à octobre, lorsqu’il y a des mâles
dation n’est pas possible, tous les oeufs les fissures, de recouvrir le cadavre de
donneront des mâles. C’est l’origine des dans la ruche.
gros prédateurs, trop lourds pour être
« ruches bourdonneuses » improduc- évacués.
tives, que redoutent les apiculteurs et L’essaimage
dont ils empêchent l’apparition en sup-
Au cours du printemps, la population Les échanges par
primant les reines âgées de plus de trois
de la ruche augmente régulièrement ; voie orale :
ans ; nous verrons plus loin comment,
l’abondance des fleurs permet une trophallaxie, léchage
dans ces conditions, les ouvrières pour-
ample récolte de nourriture, et la natalité
voient au remplacement de la reine. Lorsqu’une butineuse revient le jabot
l’emporte sur la mortalité ; la ruche est
De l’oeuf à l’imago, tout le dévelop- gonflé de nectar, elle régurgite sa ré-
bientôt surpeuplée.
colte, nous l’avons vu, sur la langue
pement de l’Abeille se déroule dans des
En mai, des cellules royales sont d’une ouvrière restée au nid, et le liquide
alvéoles de cire, par métamorphoses
édifiées et reçoivent des oeufs destinés passe d’ouvrière en ouvrière avant d’être
complètes. La température constante
à devenir des adultes féconds. Une déposé dans une cellule. Cela ne repré-
qui règne dans la ruche permet au déve-
loppement de s’accomplir en un temps activité frénétique inhabituelle règne sente qu’un cas particulier des échanges

défini : 15 jours pour une reine, 21 pour dans la ruche, élevant la température de nourriture, ou trophallaxie, qui s’ob-

une ouvrière, 24 pour un mâle. jusqu’à 40 °C. Les ouvrières se gorgent servent chez tous les insectes sociaux et
de miel, puis, par une belle matinée, la jouent un rôle fondamental dans la cohé-
Suivons les étapes qui mènent à La construction
reine sort avec la moitié de la popula- sion de la société.
l’éclosion d’une ouvrière : un oeuf fé- des rayons
tion. On ignore encore ce qui détermine Si l’on fait boire à quelques ou-
condé a été pondu au fond d’un alvéole
le clivage de la société, entre celles qui Lorsque l’essaim s’installe dans un nou- vrières un sirop auquel on a ajouté une
normal, c’est-à-dire de petite taille ;
deux jours après, il en sort une larve partent et celles qui restent. veau gîte, il y édifie bientôt des rayons substance radio-active marqueuse, on
verticaux, garnis sur chaque face d’al- constate que, le lendemain, 70 p. 100
blanche, annelée, apode, sorte de ver- À quelque distance, la reine se pose
misseau fragile et vorace ; les nour- véoles hexagonaux d’une admirable ré- des ouvrières de la ruche sont mar-
sur une branche et l’ensemble des ou-
gularité, le tout avec la cire produite par quées ; cette répartition extrêmement
ricières lui apportent un peu de gelée vrières se suspend avec elle, formant
les glandes abdominales des ouvrières. rapide laisse supposer que des infor-
royale pendant les trois jours suivants ; l’essaim, grappe grouillante, mais où les
la larve grossit rapidement en subissant Dans la nature, l’Abeille établit mations peuvent être transmises à toute
insectes ont perdu momentanément le
quatre mues ; son poids atteint 500 fois son nid dans des creux d’arbres ou de la population par voie orale, mais nous
réflexe défensif de piqûre ; c’est ce qui
celui de l’oeuf, et elle emplit maintenant rochers, parfois en plein air. Dans les ignorons encore souvent la nature et
explique que la cueillette de l’essaim
tout l’alvéole, que les ouvrières fer- ruches artificielles, on lui fournit des l’importance des messages ainsi diffu-
offre peu de dangers et que l’homme ait
ment par un opercule de cire ; devenue cadres de bois, sur lesquels on peut sés.
pu domestiquer l’abeille.
prénymphe, elle s’isole des parois en suivre les progrès de la construction. Un cas, cependant, mérite d’être si-
Si l’essaim est laissé à lui-même, au
sécrétant un cocon de soie et, par une Celle-ci se fait toujours du haut vers gnalé, car il précise les rapports entre
bout de quelques heures ou de quelques
nouvelle mue, devient nymphe. Vingt le bas ; plusieurs rayons sont édifiés en la reine et les ouvrières. Par ses glandes
jours après la ponte, la nymphe mue en jours il quitte l’endroit où il s’est posé, même temps, laissant entre eux un écar- mandibulaires, la reine produit une
donnant un adulte qui, le lendemain, gagne un lieu abrité, par exemple un tement fixe de 7 à 8 mm. Un décimètre substance très active, la phérormone,
crève l’opercule, se dégage de l’alvéole arbre creux, et s’y installe. La décou- carré de rayon porte 850 alvéoles sur qu’elle transmet aux ouvrières, qui
et entre immédiatement en activité. verte d’un endroit propice a été faite par ses deux faces (625 seulement lorsqu’il lèchent continuellement ses téguments ;
des ouvrières envoyées en éclaireuses s’agit de cellules destinées aux oeufs ce véritable médiateur chimique inhibe
Lorsque la reine dépose un oeuf fé-
dans différentes directions, tandis que non fécondés) ; quant aux loges des le développement de leurs ovaires et
condé dans une cellule de grande taille
(alvéole royal), les phénomènes sont les l’essaim était posé ; en revenant près futures reines, elles sont beaucoup plus les maintient dans un état de castra-
de lui, elles indiquent par une certaine grandes et disposées différemment, pla- tion prolongé ; il empêche aussi l’édi-
mêmes, mais se déroulent à un rythme
plus rapide, en particulier la nymphose. manière de voler le résultat de leur quées contre le rayon, avec l’ouverture fication des cellules royales. On pense
recherche ; d’après les renseignements vers le bas. que, lorsque la ruche est trop peuplée, la
La différence essentielle réside dans la
nourriture que reçoit la larve : unique- ainsi fournis, il semble que la reine Si chaque Abeille cirière prélève par production de phérormone est arrêtée,
ment de la gelée royale. Le développe- opte pour l’un des abris et y entraîne les pinces de ses pattes postérieures ce qui permet la construction de loges
ment « normal » de l’appareil génital l’essaim. les petites lamelles de cire qu’elle pro- royales, prélude à l’essaimage.

22
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

Le langage des attitudes l’Hyménoptère que des recherches les


plus récentes. L’homme utilise la cire, le
et des mouvements :
miel, la gelée royale ; mais le bénéfice le
les danses plus précieux que l’Abeille lui procure

En installant une paroi vitrée sur le côté réside sans doute dans la pollinisation
des plantes qu’il cultive.
d’une ruche, on peut observer l’activité
qui y règne. De prime abord, on retire
plutôt l’impression d’un grouillement Abeille, Abeilles :
confus. C’est le mérite de K. von Frisch
les Apoïdes
d’avoir su y déceler — avec quelle pa- On désigne souvent sous le nom géné-
tience ! — un langage précis, permettant ral d’Abeille tout représentant de la

à une butineuse qui vient de découvrir famille des Apidés, et même de la su-
perfamille des Apoïdes (Hyménoptères
une source de nourriture de prévenir
aculéates). Tous les Apoïdes partagent
ses congénères de sa position et de son
avec l’Abeille domestique la caractéris-
abondance. Il marquait à l’aide de gout-
tique de récolter à la fois du nectar et du
telettes de peinture le dos d’une ouvrière
pollen, dont ils nourrissent les larves,
pendant qu’elle buvait un sirop, puis
ce qui les distingue de tous les autres
examinait son comportement au retour Hyménoptères. On les appelle aussi
dans la ruche. Mellifères.

Si la source sucrée est située à moins On en compte 20 000 espèces, dont


de 50 m, la butineuse exécute sur un un millier en France. Le groupe réu-

rayon une trajectoire circulaire, en nit des formes solitaires et des formes

changeant de sens à chaque tour ; les sociales, et on peut y observer divers


aspects de vie collective : sociétés plus
ouvrières les plus proches la suivent
ou moins peuplées (de 2 000 indivi-
dans sa ronde et repèrent l’odeur de la
dus chez les Bourdons à 100 000 chez
source apportée par la butineuse ; aler-
Apis mellifica), sociétés annuelles ou
tées, elles quittent la ruche dans toutes
pérennes, monogynie stricte ou tran-
les directions, mais restent dans ses sitoire. Certaines espèces parasitent
environs ; elles ont de fortes chances de d’autres Abeilles et ressemblent parfois
retrouver la source d’origine et, en plus, tellement à leur hôte que la distinction
pensables : messages olfactifs, tactiles,
d’en découvrir d’autres de même odeur, est difficile, comme entre Psithyrus et
visuels, sonores, nutritifs constituent un
ce qui sera avantageux s’il s’agit des Le langage des odeurs Bombus.
éventail de processus d’échange indis-
sources florales habituelles. Les Abeilles inférieures ont une
Les antennes sont couvertes de termi- pensables à chaque individu et encore
très incomplètement connus. langue courte et un appareil de récolte
Si la source est éloignée, la décou- naisons olfactives, et l’on a déjà signalé
du pollen peu différencié ; elles font
vreuse exécute des danses plus com- l’intervention d’odeurs dans telle ou telle À la suite de Maeterlinck, on a vanté
dans le sol des nids simples, à base de
plexes et plus riches de renseigne- activité de la ruche : la butineuse marque la perfection d’ensemble des régula-
terre. Chez les Mégachilidés, l’appa-
ments ; elle parcourt un cercle et l’un sa découverte par l’émission odorante tions dans la ruche et l’harmonieux
reil collecteur de pollen est plus diffé-
de l’organe de Nasanoff ; elle revient à équilibre qui apparaît dans ce que cer-
de ses diamètres ; celui-ci fait un angle rencié et le nid souvent bien façonné
la ruche imprégnée des odeurs florales tains appellent un super-organisme.
déterminé avec la verticale, et cet angle (« Abeilles maçonnes »). Chez les Api-
des sources prospectées. Il semble par Pourtant, dans le détail, l’activité d’une
est égal à celui que fait la direction de la dés, la langue est longue et la patte pos-
ailleurs que chaque société ait une odeur ouvrière manifeste des hésitations, des
source avec le Soleil ; lorsque l’Abeille térieure bien adaptée à la récolte et au
propre : une Abeille étrangère est vite retouches, des illogismes. Ces deux
parcourt le diamètre, son abdomen est transport du pollen ; le nid est varié et
reconnue et chassée, après avoir été par- aspects, global et individuel, du com-
animé de mouvements frétillants (d’où édifié en matériaux travaillés dans les-
fois débarrassée des provisions qu’elle portement paraissent contradictoires,
quels la cire entre pour une part plus ou
le nom de danse frétillante) ; la durée transporte ; mais n’est-elle pas décelée mais une approche probabiliste du
moins importante.
du frétillement ou encore le rythme de autant par son comportement, sa posture fonctionnement de la ruche pourrait les
M. D.
la danse fournissent une appréciation que par son odeur ? concilier. Ils laissent entendre, par ail-
Apiculture.
de la distance (10 tours en 15 secondes leurs, que le comportement de l’Abeille
M. Mathis, le Peuple des abeilles (P. U. F.,
pour une distance de 100 m ; 6 tours en La régulation thermique n’est pas stéréotypé et immuable, mais
coll. « Que sais-je ? », 1941 ; 10e éd. 1968). / K.
15 secondes pour 500 m). qu’il peut s’adapter à des situations nou- von Frisch, Vie et moeurs des abeilles (A. Michel,
En été, la température de la ruche est re-
velles, signe d’un psychisme élevé pour 1955). / R. Chauvin (sous la dir. de), Traité de
Les Abeilles n’apprécient cependant marquablement stable et comprise entre biologie de l’abeille (Masson, 1968 ; 5 vol.).
des insectes.
pas la distance en valeur absolue, mais 33 °C et 36 °C ; même de violents chocs

expriment l’effort à produire pour la thermiques (par exemple des oscillations


entre 4 °C et 37 °C pendant la même L’Abeille et l’homme
parcourir : si le vent souffle, les dis-
journée) ne la font pas varier ; avec
tances sont surestimées d’autant. Des dessins préhistoriques montrent la Abel
Chauvin, on peut dire qu’à l’état groupé récolte de miel ; les Égyptiens avaient
Les messages transmis par des danses l’Abeille est un véritable homéotherme. domestiqué l’Abeille. L’exploitation de
(Niels Henrik)
s’accompagnent d’émissions sonores
Cette régulation est un phénomène l’Abeille par l’homme remonte donc à
pendant le trajet diamétral ; la durée de Mathématicien norvégien (Finnøy
social. La lutte contre l’échauffement la plus haute antiquité ; l’apiculture*
l’émission serait en rapport avec la dis- est fréquente en été, car les causes d’élé- actuelle bénéficie autant de l’héritage de 1802 - Froland, près d’Arendal, 1829).

tance de la source, et la fréquence des vation de température abondent (soleil, générations qui, souvent par empirisme, Fils et petit-fils de pasteurs, Abel
pulsations sonores avec son abondance. surpopulation, activité maximale) et ont appris à tirer le meilleur parti de est le second d’une famille nom-

23
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

breuse où tous les enfants reçoivent caractéristiques des équations suscep- dont on a vainement contesté l’authenticité, (Deuxième lettre d’Héloïse à Abélard.)
sa correspondance avec Héloïse. Sa person-
leur première instruction de leur père ; tibles d’une telle résolution, Abel traite
nalité s’y révèle à plein, y compris son égo-
mais, en 1815, Niels et son frère aîné en 1828 des équations abéliennes, dont
ïsme masculin, en parfaite illustration de sa
sont envoyés à l’école cathédrale de le groupe est commutatif ou abélien. Un enseignement
doctrine. Extraordinaire document qui, à lui
Christiania (Oslo). Un jeune profes- La lecture des ouvrages de Cauchy, seul, bouscule la catégorie si ambiguë de controversé
seur de mathématiques, B. M. Holm- « le seul qui sache traiter les mathéma- « Moyen Âge » et manifeste, au temps de la
Cependant, l’enseignement théologique
boe (1795-1850), arrivé en 1817, tiques », l’avait conduit à l’étude des sé- littérature courtoise, l’éveil de la conscience
d’Abélard provoque déjà de vives réac-
aux problèmes de l’amour.
n’est pas long à découvrir le génie de ries convergentes et particulièrement à
tions. Un premier traité, Theologia
Niels ; il restera toujours le confident la formule du binôme pour un exposant
summi boni, plus connu sous le titre de
et l’ami du mathématicien, et sera le irrationnel. Les travaux de Le Gendre
Abélard et Héloïse De unitate et trinitate divina, composé
premier éditeur de ses oeuvres com- sur les intégrales elliptiques le mènent à
après 1118, déconcerte les traditiona-
plètes (1839). À la mort de son père, deux découvertes où il se rencontre avec Il vient très jeune à Paris ; passionné
listes par l’intrépidité avec laquelle il
en 1820, Abel se trouve abandonné à Jacobi. Le premier, il utilise le domaine pour l’étude, il a renoncé au métier applique « les similitudes de la raison
lui-même, sa mère ne pouvant subve- des nombres complexes et s’intéresse des armes, vers lequel son père voulait
aux principes de la foi » (lui-même
nir à ses besoins. Il ne vivra désormais aux fonctions inverses des intégrales, l’orienter à son exemple. Déjà imperti-
dans son autobiographie). Condamné en
que grâce à des bourses, à quelques les fonctions elliptiques actuelles, dont nent dans sa précocité, il conteste l’en-
1121, à Soissons, par « un conventicule
répétitions et à des emprunts. En 1821, il établit la double périodicité. Enfin, seignement de son maître, Guillaume de
paré du nom de concile », déclare-t-il,
il entre à l’université de Christiania, dans le mémoire présenté à Paris, il étu- Champeaux, et ouvre bientôt lui-même
Abélard retourne à Saint-Denis, où re-
créée depuis peu, et, en 1822, il obtient die les intégrales dites « abéliennes », une école, à Melun d’abord, puis à Cor-
prennent les antagonismes de personnes
la licence en philosophie. Ses pre- pour lesquelles il établit un important beil. Après une brève interruption, il
et de doctrines. Il s’installe alors aux
mières publications datent de 1823. En théorème d’addition. Les fonctions in- s’installe à Paris, reprend sa controverse
environs de Nogent-sur-Seine avec ses
1824, il fait imprimer à ses frais un verses de ces intégrales seront ultérieu- avec maître Guillaume, opposant à sa
étudiants, dans une communauté mi-re-
court opuscule en français, Mémoire rement appelées par Jacobi fonctions philosophie « réaliste », dans la querelle
ligieuse mi-intellectuelle, qu’il dédie au
sur les équations algébriques, où abéliennes. des universaux, une logique « nomina-
Paraclet (1122). Élu abbé en 1125 par
l’on démontre l’impossibilité de la J. I. liste ». Voulant s’engager dans l’étude
les moines de Saint-Gildas, dans le dio-
solution générale de l’équation du C. A. Bjerknes, Niels Henrik Abel : tableau de la théologie, il part pour Laon, com-
de sa vie et de son action scientifique (trad. cèse de Vannes, il les veut réformer, ce
cinquième degré. En 1825, le gou- mune urbaine émancipée de la veille, où
fr. ; Gauthier-Villars, 1885). / Ch. Lucas de dont ils ont grand besoin, mais sans suc-
vernement lui accorde une bourse de Pesloüan, N. H. Abel (Gauthier-Villars, 1906). il mène une semblable aventure contre
cès. C’est alors que, pour trouver logis
voyage de deux années. Malgré son / O. Ore, Niels Henrik Abel (Bâle, 1950) ; Niels le maître du lieu, Anselme, « arbre
Henrik Abel, Mathematician Extraordinary et vie religieuse à Héloïse, obligée de
désir, sa timidité l’empêche de visiter couvert de feuilles, mais sans jamais
(Minneapolis, 1957). quitter le couvent d’Argenteuil, où elle
Gauss à Göttingen. Il connaît à Berlin aucun fruit », dit-il. De retour à Paris,
s’était librement engagée, il fonde pour
A. L. Crelle (1780-1855), qui lance il enseigne la philosophie et la théologie
elle un monastère au Paraclet (1129). De
alors le célèbre périodique Journal für (1113-1118).
là date la correspondance entre les deux
die reine und angewandte Mathema-
tik. La collaboration d’Abel à la nou-
Abélard ou C’est alors que, précepteur d’une très
époux, admirable document qui, à lui
brillante étudiante, Héloïse, il la séduit,
seul, leur méritera l’émotion et l’estime
velle revue est désormais constante, Abailard (Pierre) à la grande colère de l’oncle de celle-ci,
et Crelle envisage même de lui en de la postérité. Ayant échoué dans son
le chanoine Fulbert, qui lui fait infliger
monastère de Saint-Gildas, Abélard doit
confier la direction. Après un détour Philosophe et théologien français (Le une ignominieuse mutilation. Mais cet
par Prague, Vienne et l’Italie, le jeune s’enfuir, et, après diverses péripéties, re-
Pallet, près de Nantes, 1079 - prieuré épisode dramatique n’interrompt pas
vient enseigner à Paris, sur la montagne
Norvégien fait un séjour de dix mois de Saint-Marcel, près de Chalon-sur- la carrière d’Abélard, qui, sirène des
à Paris. Malheureusement, il ne ren- Sainte-Geneviève, où, vers les années
Saône, 1142). écoles, rassemble autour de sa chaire
contre pas auprès des mathématiciens, 1135-1140, il aura comme disciples Jean
Abélard ne fut pas seulement un pres- ambulante une extraordinaire affluence
singulièrement auprès de Cauchy, de Salisbury, Arnaud de Brescia et peut-
d’étudiants. Il est alors à l’abbaye
tigieux professeur de logique dans les être Rolando Bandinelli, le futur pape
l’accueil qu’il escomptait. Son grand
écoles urbaines, à Paris au XIIe s. ; par sa de Saint-Denis : là encore, il entre en
mémoire sur les intégrales abéliennes, Alexandre III.
personnalité attachante et irritante à la conflit avec les moines, tout honorés
présenté par le secrétaire perpétuel de qu’ils fussent de la présence d’un tel Mais son engagement théologique va
fois, il demeure un témoin éminent de la
l’Académie des sciences à la séance maître. C’est de cette période que datent accroître encore ses déboires. Non seu-
civilisation du second Moyen Âge occi-
du 30 octobre 1826, ne sera publié la plupart de ses travaux de logique, soit lement plusieurs points de sa doctrine
dental, celui des communes, des corpo-
qu’en 1841. Encore, le manuscrit ori- en commentaire des textes alors reçus sont contestés, mais, plus radicalement,
rations, des universités, après celui de
ginal en sera-t-il égaré en la circons- de Porphyre, de Boèce et d’Aristote, l’usage méthodique de la raison et de
la féodalité.
tance par Libri. Rentré en Norvège et soit dans une oeuvre personnelle, Dia- ses procédés dialectiques dans l’élabo-
n’obtenant toujours que des fonctions lectica (revue postérieurement). ration de la foi ne peut que déconcerter
de suppléant ou de « docent », Abel Les oeuvres d’Abélard et irriter un Bernard de Clairvaux et les
n’en continue pas moins ses travaux. Il Les oeuvres d’Abélard se rangent en trois hommes de sa trempe, pour qui l’absolu
Héloïse à Abélard
va enfin être nommé à l’université de catégories : oeuvres de dialectique, qui de la foi ne consent pas à l’autonomie de
Berlin avec son émule Jacobi, lorsqu’il concernent plus précisément les arts du lan- Jamais, Dieu le sait, je n’ai cherché en toi rien
sa mise en question par la raison. Irré-
gage, centrés sur le phénomène linguistique d’autre que toi. Ce ne sont pas les liens du
est emporté par la tuberculose. L’Aca- ductible opposition des tempéraments
et mental de la signification, et interprétés mariage, ni un profit quelconque que j’at-
démie des sciences de Paris partagera personnels et des comportements spiri-
dans une philosophie nominaliste ; oeuvres tendais, et ce ne sont ni mes volontés, ni mes
le grand prix de mathématiques pour tuels. L’abbé de Clairvaux, appuyé par
de théologie, à trois reprises refondues, voluptés, mais, et tu le sais bien toi-même,
1830 entre la mère d’Abel et Jacobi. toutes conditionnées par une méthode cri- les tiennes, que j’ai eu à coeur de satisfaire. son disciple et ami Guillaume de Saint-
tique des textes et des autorités que définit Certes, le nom d’épouse semble plus sacré Thierry, incrimine sans nuances le « no-
L’oeuvre d’Abel domine l’algèbre
et met en oeuvre le Sic et non ; enfin un traité et plus fort, mais j’ai toujours mieux aimé
et la théorie des fonctions. Son mé- vateur », qui, pour se défendre, sollicite
de morale, Scito te ipsum, qui, selon la lo- celui de maîtresse, ou, si tu me pardonnes
moire de 1824, repris dans le Journal une discussion publique en assemblée
gique de son esprit, situe la moralité dans les de le dire, celui de concubine. Car plus je
de Crelle, établit l’impossibilité de profondeurs intentionnelles du sujet plus m’humiliais pour toi, plus j’espérais trouver épiscopale. Abélard y est condamné, à
résoudre par radicaux l’équation géné- que dans la matérialité des objets dits bons grâce auprès de toi, et, en m’humiliant ainsi, Sens (1140). En appelant au pape, l’in-
rale de degré cinq. En recherchant les ou mauvais. Hors cadre, mais chef-d’oeuvre, ne blesser en rien la splendeur de ta gloire. trépide théologien entreprend le voyage

24
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

lité de l’image d’un objet est directement jaune du sodium (D = 5 893 Å) et par
liée à celle d’un objet ponctuel. le paramètre

Dans l’approximation de l’optique


géométrique, un point A est le sommet
d’un cône de rayons lumineux (fig. 1).
appelé constringence. Les verres an-
On obtient une image A de A si tous les
ciens se répartissent en deux catégories :
rayons viennent converger en un point
les crowns, d’indice faible n = 1,52, peu
unique A. S est alors un système stig-
dispersifs ( = 60), et les flints, d’indice
matique.
élevé 1,62, plus dispersifs ( = 40). On

fabrique maintenant des verres de carac-

téristiques très variées.

de Rome ; mais lassé et malade, il s’ar- moderne et de la libre pensée : logicien,


Les aberrations
rête à Cluny, haut lieu de chrétienté et il forgea une analyse des arts de la signi-
de culture, où Pierre le Vénérable, abbé fication et des voies de la conceptualisa- Réalisons l’expérience suivante : un
très accrédité autant qu’intelligence gé- tion ; théologien, il crut à la fécondité de point-objet A est placé sur l’axe d’un
néreuse, l’accueille avec confiance, en- la raison sous la lumière de la foi, dans système optique S. Coupons à l’aide
treprend sa réconciliation avec Bernard, la cohérence de la grâce et de la nature ; d’un écran E les faisceaux issus de S.
fait lever les sanctions prises contre philosophe, il alimenta de l’expression
On obtient une tache lumineuse circu-
lui. C’est là qu’Abélard entreprend sa de ses initiatives personnelles la convic-
laire dont le diamètre varie avec la posi-
dernière oeuvre, Dialogus inter philo- tion de la valeur de l’individu contre les
tion du plan E. Le système S n’est plus
sophum, judaeum et christianum. Il abstractions de l’idéalisme.
stigmatique ; l’image A est entachée Chromatisme de position
meurt en 1142, en soumission sincère à
L’influence d’Abélard consiste moins d’aberrations (fig. 2). L’aberration pré-
l’Église en même temps que ferme dans Un point-objet A est situé sur l’axe d’une
dans le succès immédiat de ses oeuvres
cédente existe pour un point A éclairé en
ses convictions. lentille O éclairée en lumière monochro-
et de sa doctrine ou dans la séquelle de
lumière monochromatique ; elle ne dé-
Dernier épisode : Pierre le Vénérable disciples, parfois célèbres, qui consti- matique de longueur d’onde (fig. 4). A
pend que de la constitution, de la forme
fera enlever secrètement le corps du tuèrent une « école abélardienne » que est son image. Les abscisses de l’objet et
des éléments composant le système S.
cimetière et le conduira lui-même au dans le destin d’une méthode qui en- de l’image sont liées par la relation
C’est une aberration géométrique. Dès
Paraclet, auprès d’Héloïse. Vingt ans gendre, tant en philosophie qu’en théo-
après, elle le rejoindra dans la tombe. que la lumière est composée de radia-
logie, ce qu’on a appelé la scolastique.
tions de fréquences différentes, il appa-
M. D. Ch.

Une vie et une pensée raît sur l’image de nouveaux défauts


OEuvres d’Abélard (Patrologie latine,
R1 et R2 désignant les rayons de cour-
tome 178) [Migne, 1855]. / J. G. Sikes, Peter dus à la dispersion : les aberrations
éclairantes bure de la lentille. L’indice n étant une
Abailard (Cambridge, 1932). / A. Landgraf,
chromatiques. Enfin, la réalisation d’un
Ces épisodes, pour nous déconcertants, Écrits théologiques de l’école d’Abélard (Lou- fonction de , l’image occupe une posi-
instrument est toujours imparfaite ; il en
vain, 1934). / G. Paré, A. Brunet et P. Trem-
manifestent à point la vérité humaine et tion particulière pour chaque valeur de
blay, la Renaissance du XIIe siècle (Vrin, 1934). résulte des défauts que l’on peut quali-
chrétienne de ce Moyen Âge qu’on di- / Ch. Charrier, Héloïse dans l’histoire et dans . Les rayons bleus sont plus déviés par
fier d’aberrations accidentelles.
sait monotone et obscur. Ils illustrent en la légende (Champion, 1937). / E. Gilson, Hé-
une lentille convergente que les rayons
loïse et Abélard (Vrin, 1938 ; éd., 1949). /
tout cas cet univers nouveau, en gesta- 2e

OEuvres choisies d’Abélard, présentées par M. rouges. Un tel système est dit « sous-
tion au cours du XIIIe s., qui bouleversait de Gandillac (Aubier, 1945). / R. Thomas, Der
corrigé » : l’image bleue AB est située
l’ordre féodal, son économie agraire, philosophisch-theologische Erkenntnisweg
P. Abailards im « Dialogus inter philosophum, plus près de la lentille que l’image rouge
son paternalisme sacral, son traditiona-
judaeum et christianum » (Bonn, 1966). / J. Joli- (fig. 5 et 6). Une lentille divergente
lisme mystique. Désormais, à la faveur
vet, Arts du langage et théologie chez Abélard
de son économie de marché et de circu- (Vrin, 1969). / R. Pernoud, Héloïse et Abélard
montre la disposition inverse. C’est un
lation, sous une poussée démographique (Albin Michel, 1970). système surcorrigé. La lumière blanche
qui se manifestait par une intense urba- est la superposition de lumières mono-
nisation, dans une émancipation sociale chromatiques. L’image d’un point A est
et culturelle qui provoquait une prise de
Aberrations
alors obtenue par la superposition des
conscience des valeurs terrestres, dans aberrations chromatiques
différentes images monochromatiques
une curiosité rationnelle et évangélique L’indice de réfraction n des verres d’op-
dispersées le long de l’axe de la lentille.
à la fois qui trouvait le premier objet de Imperfections des images données par tique décroît avec la longueur d’onde
son appétit dans la foi elle-même, dans la L’oeil, détecteur communément utilisé,
les instruments d’optique. (fig. 3). n est plus grand pour le bleu que
renaissance des textes antiques en puis- est sensible à des lumières dont la cou-
pour le rouge. La loi de variation dépend
sance de nouvelles fécondités naissent leur va du violet au rouge, c’est-à-dire
Formation des images du verre considéré. Pour caractériser un
des écoles nouvelles dans des villes où dont la longueur d’onde varie de 0,4 à
par un instrument verre dans le domaine des radiations
la jeune génération satisfait ses impa-
d’optique 0,8 . La courbe de sensibilité est repro-
visibles, on choisit traditionnellement
tiences intellectuelles et politiques. On
les longueurs d’onde des radiations C duite sur la figure 7. Pour une détection
comprend que maître Abélard ait trouvé Un objet étendu incohérent est consti-
et F, rouge et bleue de l’hydrogène, qui visuelle, le phénomène est caractérisé à
là le lieu de son génie, en faveur même tué par la juxtaposition d’une infinité
de ses insupportables défauts. Ne disons de points-objets indépendants. L’image sont = 6 563 Å et = 4 861 Å. Un l’aide des radiations C et F précédem-
C F

pas, par un contresens antihistorique, globale est la superposition des images verre est caractérisé par la valeur de son ment définies. L’aberration chromatique

qu’il fut le précurseur du rationalisme des différents points de l’objet. La qua- indice moyen nD mesuré pour la raie longitudinale est le segment AC AF,
25
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

dont la valeur est donnée par l’expres- de révolution et est bordée d’irisations
sion dissymétriques.

Correction des aberrations

Pour une lentille de puissance donnée, chromatiques

le chromatisme longitudinal dépend de L’image donnée par un système optique


la constringence , c’est-à-dire du type simple réfringent (lentille) est toujours
de verre choisi. Le chromatisme sera entachée de chromatisme. La qualité de
plus important pour une lentille en flint l’image peut être améliorée en utilisant
que pour une lentille de même puis- des systèmes optiques composés d’une
sance en crown. succession d’éléments sur ou sous-cor-

rigés : leurs aberrations se compensent.


Éclairons le point A à la fois par des Ce processus est montré par la réalisa-
lumières de longueurs d’onde C et F. tion d’un doublet achromatique conver-
On obtient deux images ponctuelles gent. Ce système est réalisé en accolant
AC et AF de A. Un écran E perpendi- une lentille convergente L1 de distance
culaire à l’axe passe par AC ; l’image focale f 1 et une lentille divergente L2
rouge reçue par E est ponctuelle ; les de distance focale f 2 : la puissance du
rayons qui convergent en AF forment doublet
sur l’écran E une tache lumineuse cir-
culaire bleue (fig. 8) dont le diamètre

dépend de celui de la pupille de sortie


est positive. Pour une radiation quel-
de la lentille O. L’aspect de cette tache
conque, l’image du point à l’infini A
de diffusion chromatique dépend de la
est le foyer image de L1, qui sert d’objet
position de l’écran E. Pour une mise au
virtuel pour la lentille L2. Imaginons
point sur le plan de l’image bleue, le
le point A éclairé par des rayons bleu
cercle de diffusion est rouge. Lorsque
et rouge (fig. 11a). L’image du point à
A est éclairé en lumière blanche, toutes
les longueurs d’onde sont présentes ; l’infini est composée des loyers Fr et

les images monochromatiques sont Fb. Le segment Fr Fb a pour valeur

réparties le long de l’axe, et les taches


de diffusion blanches irisées de bleu
ou de rouge selon la position du plan E est le facteur de constringence du
1
(fig. 8). verre de L1. La lentille divergente L2,
système surcorrigé, donne du point

objet B (fig. 11b), éclairé par des rayons


Chromatisme de grandeur
bleu et rouge, deux images Bb et Br. Le
La lentille O donne d’un petit objet AB
chromatisme longitudinal a pour valeur
une infinité d’images colorées. Ces di-
verses images présentent des grandeurs

différentes (fig. 9).


2 est le facteur de constringence du

verre de L2. Choisissant convenable-


Chromatisme de grandeur ment 1 et 2, les valeurs des segments
apparente
Fr Fb et Br Bb peuvent être les mêmes, Spectre secondaire
La pupille n’est plus placée, comme et les lentilles L1 et L2 situées l’une par Réduire le chromatisme axial, c’est
dans les expériences précédentes, sur rapport à l’autre de façon que Fr et Br confondre en un même point de l’axe
la lentille O (fig. 10). Les positions et soient confondus, ainsi que les points Fb les images bleue et rouge. Pour les
grandeurs des images rouge et bleue sont et Bb (fig. 11c). L’achromatisme de po- autres longueurs d’onde, les images sont
déterminées par le chromatisme longitu- sition est obtenu par la compensation de réparties deux à deux le long de l’axe.
dinal. Le rayon moyen du faisceau qui l’aberration chromatique de L1 par celle Le chromatisme axial n’est pas com-
forme l’image du point B est plus dévié plètement éliminé ; il existe une varia-
de L2. Les lentilles L1 et L2 sont souvent
pour le bleu que pour le rouge. La tache tion résiduelle de la position axiale de
accolées ; le doublet est alors un objectif
l’image appelée « spectre secondaire »
de diffusion rouge de centre Br obte- dit « astronomique » ; lorsque les deux
(fig. 13). En coupant les faisceaux émer-
nue dans le plan de l’image bleue n’est verres sont collés par un choix judicieux gents, nous obtenons un cercle bordé de
plus centrée sur l’image bleue Bb. La des rayons de courbure des lentilles, on pourpre pour un plan de mise au point E
distance Br Bb caractérise le chroma- a un objectif de Clairaut (fig. 12). La situé en A et bordé de jaune-vert lorsque
tisme de grandeur apparente dans le plan E est en B. Pour un objectif astrono-
lentille convergente est en général en
de l’image bleue. En lumière blanche, mique, la valeur du spectre secondaire
crown et la lentille divergente en flint.
la tache de diffusion obtenue n’est plus entre les raies D et F est de l’ordre de

26
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

1/2 000 de la distance focale, alors que le et dy et dz changent de signe. Les deux points particuliers : le sommet point et des rayons lumineux qui donne
chromatisme d’une lentille unique est de aberrations transversales sont des fonc- de la nappe tangentielle où viennent naissance au halo de lumière diffuse.
l’ordre du 1/50 de cette distance. tions impaires par rapport à y et h. Le converger les rayons centraux (c’est
développement en série de dy et dz ne l’image paraxiale ; et l’extrémité de Le plan déterminé par l’intersection
Pour utiliser un détecteur autre que Fp

comporte que des termes impairs. On la nappe axiale) ; Fm, image marginale. du rayon marginal et de la caustique est
l’oeil, caractérisé par une courbe de
appelle aberrations du troisième ordre Le segment est l’aberration sphé- celui du cercle de moindre diffusion :
visibilité différente, émulsion photogra- Fp Fm

les valeurs des aberrations transversales rique longitudinale ou axiale. Prenant le la meilleure image d’un point fournie
phique, cathode d’un détecteur photo-
obtenues en limitant le développement sens de la lumière pour sens positif, le par le système. Le rayon t du cercle
électrique, on confond les images d’un
au troisième ordre en h et y. Les termes système est sous-corrigé lorsque de diffusion obtenu pour une mise au
Fp Fm
objet éclairé par deux longueurs d’onde
est négatif : c’est le cas d’une lentille point paraxiale a pour valeur t = ah 3. Le
choisies pour utiliser au mieux l’en- y et h étant petits, et l’origine des coor-
données étant choisie sur l’image de convergente, trop convergente au bord. terme a dépend de la forme de la lentille,
semble du spectre détecté par le récep-
Il est surcorrigé lorsque est po- de son indice et du sens dans lequel elle
teur. Certains objectifs tels que ceux du Gauss, les termes du premier ordre sont Fp Fm

sitif : c’est le cas d’une lentille diver- travaille. Comme pour le chromatisme,
microscope sont construits pour réduire nuls.
gente, trop divergente au bord (fig. 16). la correction de l’aberration sphérique
le spectre secondaire. En un même point Les aberrations transversales sont
de l’axe coïncident les images formées proportionnelles au terme :
par trois longueurs d’onde différentes : h3 c’est l’aberration sphérique ;
c’est l’apochromatisme. Difficile à réa- h2y c’est la coma ;
2
liser en utilisant des verres, la construc- hy c’est l’astigmatisme ;
3
tion de ces systèmes nécessite le recours y c’est la distorsion.
à d’autres matériaux, tels que le quartz
ou la fluorine. Aberration sphérique

Cette aberration apparaît déjà dans


objectif corrigé de même distance fo-
John Dollond l’image d’un point situé sur l’axe d’un
La valeur de l’aberration sphérique cale (en pointillé).
instrument.
Opticien anglais (Spitalfields, Londres, longitudinale varie, pour une lentille de
1706 - id. 1761), d’origine française. En 1757, Une lentille plan-convexe est éclairée puissance donnée, avec la forme de cette
il construisit le premier objectif achroma- par un faisceau de rayons parallèles. Les lentille : pour un point objet à l’infini,
tique, par association d’un crown conver-
rayons qui correspondent à une même l’aberration longitudinale d’une len-
gent et d’un flint divergent ; on lui doit aussi
hauteur d’incidence h viennent conver- tille plan-convexe utilisée face convexe
des oculaires à quatre ou cinq lentilles. Ces
ger en un point Fh de l’axe de l’ins- tournée vers la lumière incidente est l.
travaux le firent entrer à la Société royale.
trument, dont la position varie avec h Lorsque la face plane est tournée vers
(fig. 15). Les rayons marginaux conver- l’objet, l’aberration sphérique est multi-

Aberrations gent plus que les rayons centraux. Les pliée par quatre ; les systèmes optiques
rayons restent tangents à une surface de doivent être utilisés dans le sens pour
géométriques
révolution à deux nappes appelée caus- lequel ils ont été calculés. L’image d’un
Ces aberrations, dues à la nature même tique, dont la section par un plan méri- point est une tache de diffusion dont la
des systèmes, entachent l’image formée dien est composée d’une petite partie forme et les dimensions changent avec
en lumière monochromatique, ce que de l’axe, la nappe axiale ou sagittale, la position du plan de mise au point.
Coma
nous supposerons désormais. et d’une courbe présentant un point de La figure 17 montre cette évolution.
Un système dépourvu d’aberration sphé-
rebroussement en Fp, la nappe tangen- La section de la caustique est une zone
Classification des aberrations rique est éclairé par un point-objet B
tielle. d’accumulation de lumière qui apparaît
situé à faible distance de l’axe. Plaçons
Un système optique de révolution par- sous la forme d’un cercle (nappe tan-
sur la pupille un diaphragme en forme
fait donne d’un point-objet B une image Tout rayon issu de la lentille est tan- gentielle) ou d’un point (nappe axiale).
d’anneau N de centre T (fig. 19). Les
ponctuelle B. La position idéale du point gent à la fois aux deux nappes. Il existe C’est l’intersection du plan de mise au
rayons paraxiaux issus de T forment
B est définie par les formules de Gauss
l’image Bo. Les rayons conjugués du
(v. optique géométrique). Dès que l’on
cône de rayons de sommet B qui s’ap-
s’écarte du domaine paraxial, un rayon
puient sur N coupent le plan de Bo. La
issu de B ne passe plus par B. Il coupe
section est un cercle de rayon dont la
le plan de mise au point en un point M
distance du centre à Bo est 2. Ce cercle
dont la position dépend du rayon choisi
est parcouru deux fois lorsque le rayon
(fig. 14). Dans le plan de mise au point,
incident décrit une fois le cercle pupil-
un système d’axes By Bz est tracé par B.
laire N. À chaque cercle N correspond
La position de M, voisin de B, est don-
un cercle de diffusion sur le plan image ;
née par ses coordonnées dy et dz, appe-
ces cercles homothétiques par rapport à
lées aberrations transversales.
Bo sont tangents à deux droites formant
un angle de 60° (fig. 20). Avec la pupille
Les valeurs de celles-ci varient avec
entière, la tache image est la superpo-
la position du rayon incident, qui est
sition de ces cercles et prend l’allure
définie par les coordonnées de B et du
d’une queue de comète ; d’où le nom de
point P, intersection du rayon incident
coma donné à cette aberration. La gran-
avec le plan de la pupille. Le rayon inci-
deur de la tache de diffusion de coma
dent est déterminé par les paramètres
est 3 = 3bh2y, b étant fonction de la
y, h et (fig. 14). dy et dz sont des
géométrie du système. On observe faci-
fonctions de ces paramètres. Faisons
lement une tache de coma au foyer d’un
faire un demi-tour à la figure autour de miroir parabolique.
l’axe : y est changé en – y, h en – h,

27
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

ter lorsque l’astigmatisme est nul. Les position de B est déterminée par la va-

focales S et T sont alors confondues, et leur du grandissement

leur lieu commun est confondu avec C.

Un miroir sphérique diaphragmé en son


lequel varie avec y dès que la valeur
centre montre cette propriété (fig. 24).
de y n’est plus petite ; c’est le phéno-

mène de distorsion. gy = gyo [1 + f(y)],


d’amincissement dont les sections par où f est une fonction de y, qui, dans le
un plan sont deux éléments de droite,
domaine des aberrations du troisième
Astigmatisme les focales S et T (fig. 22). La lon-
ordre, s’écrit f(y) = dy 2, où d est un coef-
Cette aberration, représentée par des gueur ST est la distance d’astigma-
ficient qui dépend de la constitution du
termes proportionnels à hy 2, apparaît tisme. À grande distance des focales,
la section du faisceau est circulaire, système. L’image d’un point est dépla-
même lorsque l’ouverture h du système
est faible. puis devient elliptique au voisinage cée par la distorsion ; l’image d’un objet
des focales. Entre les focales, il existe subit des déformations caractéristiques.
Un miroir sphérique M de grande
un plan où la section est circulaire, le
ouverture est éclairé par un point à La figure 26a représente l’image d’un
plan du cercle de moindre diffusion,
l’infini sur l’axe (fig. 21). Les rayons carré lorsque d est positif : distorsion en
qui constitue la meilleure image d’un
réfléchis sont tangents à une caustique coussinet ; la figure 26b est relative à la
point qu’un système astigmate puisse
à deux nappes. En diaphragmant M, on Distorsion
former. La correction est obtenue par distorsion en barillet ; d est négatif.
obtient un petit miroir Mo d’axe MoC.
compensation des aberrations. Cette aberration apparaît même pour
Les rayons incidents font avec MoC
un angle . Ce sont les aberrations une pupille complètement diaphragmée.
Courbure de champ
de ce miroir Mo de faible ouverture Un système S forme en P l’image d’un
que nous étudions. Le faisceau émer- La lentille L forme l’image d’un plan P
plan P (fig. 25). Au rayon incident BN
gent s’appuie sur deux petites zones étendu. Diaphragmons fortement cette

de la caustique du grand miroir M. lentille (fig. 23). L’aberration sphérique correspond le rayon émergent NB. La

Ces zones sont un petit élément de la et la coma sont négligeables. Au point-

caustique axiale et une portion du plan objet B correspondent les focales S et T.

tangent en T à la nappe tangentielle. La meilleure image de B est le cercle de

La section des deux zones d’amin- moindre diffusion C. Lorsque B décrit le

cissement du faisceau réfléchi par un plan objet, le lieu de C est une surface de

plan de mise au point est constituée de révolution C située entre les surfaces T
deux petits éléments de droite appelés et S, lieux des focales sagittale et tan-

focales tangentielle et sagittale, qui gentielle.

sont orthogonaux. Ce phénomène est Pour un système parfait, l’image


général. En coupant les faisceaux issus serait un plan passant par A, image pa-
d’un instrument dépourvu d’aberra- raxiale de A. En général
C s’écarte du
tion sphérique et de coma, en présence plan A ; c’est le phénomène de courbure
d’astigmatisme, on note deux zones de champ. Cette aberration peut subsis-

28
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

deux surfaces d’onde est l’écart normal


IJ = .

Le théorème de Gouy indique que,


si l’on déforme la surface d’onde objet
d’une quantité 1, la surface d’onde
image présente une déformation 2 et

2 = 1 (fig. 29).

L’écart normal se conserve le long


d’un rayon lumineux. Deux éléments

S1 et S2 composent le système S. A1 et
A2 sont les images successives d’un
point-objet A. Les aberrations de S1
se traduisent par un écart normal 1
par rapport à une sphère de référence images : ce sont les aberrations d’excen- Défauts de surfaçage
Image d’un objet en présence
centrée en A1 (fig. 30). Le système S2 trement. Du point de vue de leur aspect,
d’aberrations Les défauts de surfaçage interviennent
conjugue les points A1 et A2. À la sur- ces aberrations ne diffèrent pas des aber- de la même manière. Imaginons une
En présence d’aberrations, l’image d’un face d’onde incidente sphérique L2 cen-
rations classiques, mais leur origine est surface plane creusée d’un trou d’épais-
point n’est plus un point, mais une tache trée en A1 correspond une onde émer-
différente. seur de. L’onde émergente est déformée
gente 2 déformée d’une quantité 2
de diffusion. L’image d’un objet étendu
par rapport à la sphère de référence d’une quantité = (n – 1) de (fig. 32). La
L2
est la superposition de ces différentes Défauts de matière
centrée en Associons les systèmes qualité de l’image est affectée.
A2.
taches de diffusion. L’image défini- La valeur de l’indice de réfraction d’un
S1 et S2 (fig. 30). Les points A1 coïnci-
tive est moins bien définie, plus floue, dent, ainsi que les sphères de référence bloc de verre optique peut présenter des
la quantité d’informations transmises L1 et L2. variations locales ou étendues. Une lame

diminue, et les performances de l’instru- La surface d’onde incidente 2, qui à faces parallèles présente une variation

ment sont altérées. est la surface d’onde image 1, présente d’indice dn localisée sous la forme d’un
par rapport à L2 une déformation 1. parallélépipède d’épaisseur de (fig. 31).
D’après le théorème de Gouy, la surface
Une onde plane traverse cette lame. La
Écart normal
d’onde émergente 2 est déformée de
surface d’onde émergente est déformée
En optique géométrique, une surface 1. L’aberration du système S1 S2 sera
d’une quantité = de dn.
= 1 + 2. Pour étudier les aberrations
d’onde est définie comme la surface
d’un système composite, il suffit de Les aberrations que nous venons de
normale aux rayons lumineux. Un ins-
connaître les aberrations des systèmes décrire peuvent entacher simultanément
trument stigmatique donne d’un point-
partiels et de faire la somme des écarts
l’image formée par un instrument. Un
objet une image ponctuelle. Les surfaces normaux.
écart normal global caractérise la sur-
d’onde objet et image et sont des
face d’onde émergente.
sphères centrées en A et A (fig. 27). Aberrations accidentelles
Les critères de qualité d’un ins-
Lorsque le système optique est aberrant,
trument peuvent être liés à la valeur
les rayons émergents ne passent plus Aberrations d’excentrement
de l’écart normal . Lord Rayleigh
par A ; la surface d’onde image est une Les systèmes optiques sont le plus sou-
recommandait que, pour un instrument
vent constitués par une association de
surface déformée (fig. 28). Prenant La surface d’onde image issue d’un visuel, reste inférieur à quart de
systèmes de révolution ayant même axe.
pour référence la sphère o centrée sur instrument est affectée par les déforma- la longueur d’onde de la lumière. Les
Au cours de la réalisation mécanique, il
l’image paraxiale Ao, on caractérise tions dues aux défauts d’homogénéité astronomes sont souvent plus exigents (
arrive que les différents éléments soient
l’aberration par la déformation de excentrés les uns par rapport aux autres. des matériaux qui composent l’instru- par exemple). La tolérance à adopter
par rapport à o. La distance de ces De nouveaux défauts entachent les ment, et la qualité de l’image en souffre. dépend du but à atteindre et, pour une

29
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

partie sud en dépit de conditions natu- fondamentales. Le développement du


relles peu favorables (terrains bas et port (6,6 Mt de trafic en 1974), qui réa-
marécageux). lise l’essentiel du commerce extérieur

Dans cet ensemble complexe, on peut de la Côte-d’Ivoire, a consolidé cette


fonction commerciale et donné l’élan
distinguer, en dehors des zones por-
tuaire et industrielle, trois types majeurs à la fonction industrielle (huileries,
savonneries, conserveries d’ananas
de quartiers.
et de poisson, minoterie, cimenterie,
Les quartiers résidentiels com-
fabrication de café soluble, traitement
prennent : le Plateau (gouvernement,
du cacao, raffinerie de pétrole, indus-
administrations, sièges des banques et
tries mécaniques, etc.). Abidjan occupe
des sociétés) ; Cocody (résidences de
85 p. 100 des salariés industriels de la
grande part, des propriétés du détecteur d’Abidjan, et une voie ferrée construite luxe, établissements universitaires),
Côte-d’Ivoire (il n’existe qu’un seul
utilisé avec l’instrument. pour les relier, traversant la lagune sur qui tend à se prolonger vers l’est, de
autre centre industriel, Bouaké). Les
M. C. un pont flottant. Abidjan fut érigée en l’université à Bingerville, avec l’hôtel
fonctions universitaires et culturelles de
A. Maréchal, Imagerie géométrique ; aber- 1934 en capitale administrative de la Ivoire et son complexe touristique au
rations (Édit. de la Revue d’optique, 1932). la capitale ivoirienne prennent de plus
colonie de la Côte-d’Ivoire, en même bord de la lagune ; Marcory et les vil-
en plus d’importance (université, créée
temps qu’elle en devenait le principal las de la zone industrielle dans l’île de
en 1964 ; musée, l’un des plus riches
centre commercial. Elle comptait alors Petit-Bassam. Cet ensemble occupe
d’Afrique occidentale ; Centre des
17 000 habitants. environ la moitié de la surface urbaine ;
Abidjan Dès lors, l’expansion se poursuit à un on y trouve 90 p. 100 de la population
sciences humaines).
J. S.-C.
rythme rapide, suivant les progrès de la européenne (20 000 hab. sur 500 000)
Capitale de la Côte-d’Ivoire, sur la la- et 5 p. 100 de la population africaine
mise en valeur économique de l’arrière-
gune Ébrié, à proximité du golfe de Gui- pays. Mais ces progrès demeurent frei- (couches supérieures).
née. Avec 560 000 habitants en 1971, nés par la médiocre capacité du wharf.
Abidjan dispute à Dakar le rang de
Les quartiers africains aménagés Abomey
C’est seulement en 1950 que le projet sont : Treichville (population africaine
première ville de l’Afrique occidentale conçu au début du siècle se réalise. Le aisée, employés, fonctionnaires) ; (royaume d’)
d’expression française. percement du canal de Vridi, traversant Adjamé (plus pauvre, avec une plus
Sur une côte dépourvue d’abri, ourlée le cordon littoral, fait d’Abidjan un port Ancien royaume d’Afrique noire. Sa
forte proportion d’immigrants récents et
de cordons littoraux sableux battus par maritime, et l’expansion urbaine s’accé- fondation est relativement récente,
moins recherché en raison de l’éloigne-
la barre, Abidjan fut retenue au début du lère (50 000 hab. en 1948, 200 000 en mais il est difficile d’en fixer la date :
ment des lieux de travail) ; le nouveau
XXe s. comme point de départ du chemin 1960, 400 000 en 1966). la chronologie traditionnelle la place au
Koumassi, dans l’île de Petit-Bassam.
de fer de pénétration (Abidjan-Niger) Aujourd’hui, le site primitif d’Abi- début du XVIIe s. Capitale du mythique
Les immeubles de rapport à étages com-
mis en construction dès 1904. fondateur de la dynastie des Agassou,
djan (le « plateau ») entre les baies de mencent à y remplacer les « conces-
La puissante Compagnie française Cocody (à l’est) et du Banco (à l’ouest) sions » traditionnelles, qui groupent « Agassou la Panthère », le royaume

de l’Afrique occidentale, tard venue ne constitue plus que le noyau central de autour d’une cour des bâtiments en naquit aux environs mêmes de la ville
sur cette partie du littoral et trouvant la la ville (centre administratif, commer- « dur », sans étages, divisés en cellules d’Abomey, dans le pays guédévi, dont
place prise par des concurrents dans les cial et financier). Les trois villages des locatives. les autochtones étaient des Yoroubas.
« escales » traditionnelles de la côte, s’y Ébriés (autochtones de cette partie de Ses fondateurs, venus de Tado, dans le
Les quartiers africains spontanés
établit. Le « patronage de la question la région des lagunes) qui l’occupaient pays adja de l’est du Togo, étaient d’ori-
juxtaposent cases en planches et bidon-
portuaire par une puissante société com- et qui avaient été transférés en 1902 sur gine étrangère.
villes, où la population d’immigration
merciale » (G. Rougerie) allait détermi- les rives opposées à leur emplacement Ouégbadja (1645-1685), qui fut le
récente s’accumule dans les pires condi-
ner le destin de la future ville. primitif ont subsisté, englobés dans troisième roi, bâtit le premier palais,
tions d’hygiène. Ce sont Port-Bouët,
La proximité d’un cañon sous-marin l’agglomération moderne, de même et chacun de ses successeurs établit le
une partie de l’île de Petit-Bassam, la
(le « trou sans fond ») avait fait proje- qu’au nord du plateau le village ébrié sien à côté. Le palais royal d’Abomey
périphérie d’Adjamé.
ter le percement du cordon littoral en d’Adjamé. Avant la Seconde Guerre (Agbo-mê signifie « à l’intérieur des
Un effort considérable est accompli
cet endroit et l’établissement d’un port mondiale, à la cité européenne et admi- remparts ») était donc une suite d’édi-
(surtout depuis 1960) pour éliminer les
nistrative du « plateau » s’étaient ajou- fices, qui représentait l’évolution dans le
en eau profonde dans la lagune Ébrié.
taudis et rénover les quartiers de peu-
Mais l’entreprise tentée avant 1914 tées les banlieues africaines d’Adjamé temps d’une monarchie de plus en plus
plement spontané : mais la croissance
échoua. Grand-Bassam, au débouché (Adjamé-Étrangers) au nord et de florissante. La mort d’un roi n’entraî-
rapide de la population (plus de 50 000
de la lagune, où un wharf permettait Treichville au sud, sur l’île de Petit- nait jamais la destruction ou l’abandon
nouveaux habitants par an) fait perpé-
le chargement des navires, demeura Bassam. de son palais, bien au contraire : le roi
tuellement renaître de nouveaux bidon-
le principal port d’accès de la Côte- Le remplacement du vieux pont y régnait, présent dans les autels qu’on
villes au-delà des zones réaménagées.
d’Ivoire. L’administration s’était trans- flottant, qui datait de 1929, par un lui dressait à l’endroit même où il avait
Sur 560 000 habitants en 1971, moins
portée dès 1900 à Bingerville, cité arti- pont moderne à grande capacité (pont vécu. La continuité de la lignée royale
de la moitié sont ivoiriens d’origine et s’inscrivait ainsi sur le terrain et s’expri-
ficielle créée sur le plateau au nord de la Houphouët-Boigny, 1958), doublé par
un quart à peine sont nés à Abidjan. Les
lagune, entre Grand-Bassam et Abidjan. un deuxième pont plus à l’est (1967), fa- mait par les cérémonies aux ancêtres,
immigrés (Voltaïques, Maliens, Nigé- qui se déroulaient successivement dans
Cependant, le chemin de fer avait atteint cilite les relations entre les deux parties
riens, etc.) sont majoritaires. La grande
Bouaké (1912), puis Bobo-Dioulasso, de l’agglomération, où la population se tous les palais qu’ils avaient bâtis. L’en-
distorsion des niveaux de vie, l’exis-
en Haute-Volta (1934), avant de joindre répartit désormais à peu près également semble des bâtiments constituait une
tence permanente d’une masse de chô- sorte de généalogie architecturale. À la
Ouagadougou, chef-lieu de ce terri- au nord et au sud de la lagune. La créa-
meurs qui oscille entre 20 et 30 p. 100
toire (1954). Pour éviter les transbor- tion du port sur l’île de Petit-Bassam fin du XIXe s., le périmètre de l’enceinte
de la population active posent de sé-
dements coûteux et fuir Grand-Bassam et sur le cordon littoral (port pétrolier) atteignait plus de 4 km de développe-
rieux problèmes sociaux.
infesté par la fièvre jaune, un nouveau et l’établissement, à proximité du port, ment pour une population évaluée à en-
wharf fut établi en 1932 à Port-Bouët, d’une zone industrielle ont contribué à Les fonctions administratives et viron 10 000 âmes. Incendiés par ordre
sur le cordon littoral, à 11 km au sud favoriser l’expansion urbaine dans la commerciales d’Abidjan demeurent de Béhanzin (1889-1894), obligé de fuir

30
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

la capitale, les palais furent restaurés par début duquel les traditions bibliques font sortir d’Our des Chaldéens pour aller au C’est à ce moment de la vie du pa-
le gouverneur Reste, qui en fit un musée vivre Abraham. pays de Canaan » (Genèse, XI, 31). triarche qu’il faut placer l’épisode du
pour exposer les collections d’objets qui séjour en Égypte (Genèse, XII). Une pé-
Certes, il ne s’agit pas de retrouver Autour de l’antique cité d’Our, une
avaient pu être sauvés. L’aspect actuel riode de sécheresse et de disette amène
dans les récits rapportant les pérégrina- des plus importantes du sud de l’Eu-
des ruines permet encore d’imaginer tions d’Abraham et de son clan à travers les nomades à chercher refuge dans la
phrate, gravitaient des tribus nomades
cette immense cité royale, à la fois cité riche vallée du Nil.
la Mésopotamie et le pays de Canaan qui commerçaient avec les citadins. En
des vivants et des morts. une réelle précision historique. Ces un premier temps, le clan des Térahites Durant ce séjour arrive à Abraham
Le nom royal exprime la puissance antiques traditions religieuses, long- se dirige vers le nord de la Mésopota- une aventure dont l’aspect moral a long-
et participe de celle-ci : c’est le « nom temps transmises par voie orale, char- mie et s’arrête à Harran, dans la zone du temps embarrassé les commentateurs
fort ». Chaque roi avait toute une série rient des développements qui tiennent haut Euphrate. Harran et Our sont deux (Genèse, XII, 10 à 28). La tradition rap-
de noms qui s’accroissait au long de de la légende ou du mythe. Tel est, par villes soeurs, et l’histoire atteste des re- porte que Sara, femme d’Abraham, était
son règne, à l’occasion d’un événement exemple, l’épisode de la femme de Lot, lations cultuelles étroites entre les deux très belle. En ces temps il valait mieux
important. Les représentations symbo- changée en statue de sel pour avoir été cités. On y adore dans l’une comme être le frère d’une jolie soeur que le mari
liques des rois avaient aussi leur origine trop curieuse (Genèse, XIX, 26) : expli- dans l’autre le dieu-lune Nanna (Sin) d’une belle épouse, quand le seigneur
dans les « noms forts ». L’animal, le vé- cation populaire de la forme singulière et sa parèdre Ningal. Mais Harran n’est du lieu la convoitait pour son harem.
gétal ou l’objet figure sur les bas-reliefs, d’une roche ou d’un bloc salin. Mais il Abraham fait donc passer Sara pour sa
qu’une étape, Térah meurt, et Abraham
les tentures en étoffe appliquée ; on le n’en reste pas moins que le cataclysme soeur. Emmenée au harem royal, elle
quitte la haute Mésopotamie. Dans la
représente par les statues, les sculptures qui détruisit Sodome et Gomorrhe est sera tout de même rendue à son légitime
perspective religieuse de la Bible, ce
des récades (bâtons sculptés, symboles un fait de l’histoire dont témoigne l’af- époux, car, dit le vieux chroniqueur,
sera sur un ordre exprès de Dieu. La mi-
de la puissance royale, portés par les faissement géologique de la partie sud « Yahvé frappa de grands maux la mai-
gration, cette fois, s’accomplit d’est en
messagers du roi), les décorations des de la mer Morte. La légende ou le mythe son de Pharaon, à cause de Sara, femme
ouest. Et, de fait, les textes de Mari font
bijoux. Ainsi, le buffle était le symbole n’est pas une négation de l’histoire ; d’Abraham ».
connaître les nombreux déplacements
de Guézo et le requin celui de Béhanzin. l’un et l’autre en sont un mode d’ex- de groupes qui, franchissant l’Euphrate, De retour en Canaan, le clan, devenu
Ouégbadja institua une étiquette pression. Les traditions patriarcales sont s’en vont nomadiser au-delà du fleuve, trop important, se divise (Genèse, XIII).

de cour et s’entoura de nombreux mi- fermement ancrées dans l’histoire de en direction du pays de Canaan, la Pa- Entre Abraham et Lot ont surgi des dif-
nistres. Son pouvoir était absolu. La jus- cette première moitié du IIe millénaire lestine biblique. ficultés : « Le pays ne suffisait pas à
tice lui était réservée. Ouégbadja établit où « Abraham l’Hébreu » vint, selon la leur installation commune et ils avaient
les coutumes et surtout les funérailles Genèse, s’installer au pays de Canaan.
À travers de trop grands biens pour habiter en-
royales, marquées par des sacrifices semble. » Lot se fixe près des villes
le pays de Canaan
humains. Le nouveau royaume prit le du sud de la mer Morte, cédant ainsi à
La foi d’Abraham
nom de « Dan-homé » (dans le ventre Lorsque Abraham et Lot, son neveu,
et la foi du chrétien l’attrait d’une vie plus sédentaire. Abra-
de Dan), allusion au roi Dan, qui avait qu’il a amené avec lui, arrivent en Ca- ham, lui, reste l’homme de la vie no-
Espérant contre toute espérance, il crut
accueilli Ouégbadja. naan, le pays est occupé par une popu- made. De Mambré-Hébron, il rayonne
et devint ainsi père d’une multitude de
L. G. lation sémite établie depuis le début du dans le sud du pays à la recherche des
peuples, selon qu’il fut dit : Telle sera ta des-
Dahomey. IIIe millénaire dans les plaines côtières pâturages et des points d’eau. À ce pla-
cendance. C’est d’une foi sans défaillance
qu’il considéra son corps déjà mort — il et le Nord. Le reste du territoire est zone teau qui garde le souvenir du grand pa-
avait quelque cent ans — et le sein de Sara, franche pour les nomades et leurs trou- triarche, les Arabes ont donné le nom de
mort également ; devant la promesse de peaux. Rmat al-Khall (la hauteur de l’Ami) :
Dieu, l’incrédulité ne le fit pas hésiter, mais
Abou-Simbel ou sa foi l’emplit de puissance et il rendit gloire
La caravane partie de Harran campe dans la Bible et le Coran, Abraham est
aux environs de Sichem, que l’explo- appelé « l’Ami de Dieu ».
Ab Simbel à Dieu, dans la persuasion que ce qu’Il a une
ration archéologique a retrouvée au tell
fois promis, Dieu est assez puissant pour Un curieux récit (Genèse, XIV) nous
l’accomplir. Voilà pourquoi ce lui fut compté Bala, à l’est de Naplouse. « Abraham conte comment Abraham vint au se-
NUBIE. comme justice. traversa le pays, jusqu’au territoire de cours de son neveu, victime d’un raid
Or quand l’Écriture dit que sa foi lui fut Sichem, au chêne de Moré. » Ce chêne militaire organisé par quatre rois. Les
comptée, ce n’est point pour lui seul ; elle de Moré, c’est-à-dire du « devin », est historiens ont renoncé à identifier les
nous visait également, nous à qui la foi doit
un arbre sacré marquant l’emplace- quatre souverains. Mais il n’y a pas si
Abraham être comptée, nous qui croyons en celui
ment d’un vieux sanctuaire sémitique. longtemps on caressait encore l’espoir
qui ressuscita d’entre les morts, Jésus notre
Seigneur, livré pour nos fautes et ressuscité Les endroits sacrés, arbres, tombes, de voir surgir dans la geste patriarcale
Patriarche hébreu (XIXe s. av. J.-C.), un pour notre justification. sanctuaires, sont, avec les points d’eau, le célèbre Hammourabi* de Babylone.
des personnages majeurs des religions nécessité vitale pour les hommes et les
Saint Paul, Épître aux Romains, IV, 18-25 La tradition religieuse mettra encore
juive, chrétienne et islamique. (trad. Bible de Jérusalem). troupeaux, les centres de ralliement des
au compte du patriarche le salut de Lot
Hébreux nomades.
et de sa famille lors de la légendaire ca-
Abraham et l’histoire De Sichem, Abraham continue vers tastrophe qui devait détruire Sodome et
D’Our à Harran le sud jusqu’au Néguev. À l’époque pa-
Autrefois, les historiens tendaient à les autres villes du sud de la mer Morte.
considérer Abraham comme un héros Un clan araméen émigré de la région triarcale, cette région, malgré son nom L’origine de cette légende célèbre est
de légende, l’ancêtre mythique du clan d’Our, en basse Mésopotamie. Il appar- (Néguev signifie le « pays sec »), n’était à chercher dans quelque séisme parti-
auquel se rattachait le peuple d’Israël. tient à ces tribus semi-nomades qui, ve- pas un désert, mais un pays pauvre, terre culièrement destructeur. Les émana-
Le développement de la recherche ar- nant du désert syro-arabe et de la Méso- d’élection pour les nomades comme tions de soufre, les eaux chaudes qui
chéologique a renouvelé nos connais- potamie, pénètrent, entre 2000 et 1750 aussi pour les pillards. La pérégrination abondent dans la partie méridionale de
sances. Les fouilles de Byblos, de Ras av. J.-C., dans le pays de Canaan. Tel est d’Abraham est jalonnée d’étapes dont la dépression ont été aux yeux des An-
Shamra (Ougarit), les riches découvertes le début de l’histoire des Hébreux, que les noms resteront dans l’histoire d’Is- ciens les témoins de la pluie de soufre
de Mari, celles d’Our et de Nouzi (près l’on date généralement aux environs de raël : Béthel, Aï et surtout Hébron. Cette et de feu que Yahvé fit tomber sur les
de Kirkk), pour ne citer que les plus 1850. « Et Térah [Tharé] prit Abram son dernière région, au chêne de Mambré, villes maudites (Genèse, XIX). Le nom
marquantes, ont permis à l’historien de fils et Lot fils de Haran, son petit-fils, et autre emplacement sacré, sera le port de Sodome est conservé par le Djebel
prendre pied dans ce IIe millénaire au Saraï sa bru, femme d’Abram, et les fit d’attache du clan abrahamite. Sudum (djabal al-Sadm). C’est un

31
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

épais gîte salin où se dressent des stèles Comme la légende d’Iphigénie dans la contrat par lequel il acquiert la grotte de Louange à Allah, qui, malgré ma vieillesse,
m’a accordé Ismaël et Isaac ! En vérité, mon
de sel. Ces « statues de sel » aux formes mythologie grecque, ce récit témoigne Macpéla et le champ qui l’entoure n’est
Seigneur entend certes bien la prière !
étranges, qui se retrouvent d’ailleurs un d’une même réaction contre les sacri- pas sans présenter de nombreuses res-
— Seigneur, fais de moi celui qui accomplit
peu partout sur les deux rives, ont donné fices humains, assez fréquents chez les semblances avec les contrats que nous
la Prière et qu’il en soit ainsi de ma descen-
lieu à toutes sortes de récits populaires. Cananéens et pratiqués aussi en Israël, font connaître les documents hittites et dance, ô Seigneur ! et accepte ma prière !
À la statue de la femme de Lot dont mais plus rarement, jusqu’au VIe s. avant hourrites. Le terrain acquis entourait — Seigneur, pardonne-moi ainsi qu’à mes
parle la Bible, la tradition arabe a ajouté notre ère. une grotte qui devait servir de tombeau. père et mère et aux Croyants, au jour où se

celle de son chien. dressera le Rendement de Compte !»


Isaac grandit. Typiquement oriental Les cavernes funéraires resteront le type
Le Coran, surate XIV, 38-42 (trad. R. Bla-
est le récit de son mariage (Genèse, normal de la sépulture israélite. Dix-huit
chère).
La descendance XXIV). Abraham envoie son intendant siècles plus tard, Jésus de Nazareth sera
du patriarche en haute Mésopotamie chercher une lui aussi enseveli dans une chambre fu-
I. T.
femme pour son fils, là où s’était fixée, néraire creusée dans le roc.
Abraham et Sara voyaient venir la vieil- Hébreux.
après la sortie d’Our, une partie de la
lesse, et ils n’avaient pas d’enfant. Or Abraham mourut « dans une vieillesse C. L. Woolley, Abraham. Recent Discoveries
tribu de Térah. Car le patriarche ne veut
Sara « avait une servante égyptienne heureuse, vieux et rassasié de jours », et and Hebrew Origins (Londres, 1936 ; trad. fr. :
pas pour l’héritier de sa race une fille Abraham. Découvertes récentes sur l’origine
nommé Agar. Et Sara dit à Abraham : il fut enseveli aux côtés de sa femme. La
des Cananéens parmi lesquels il vit. des Hébreux, Payot, 1949). / E. Dhorme, la Reli-
voici que Dieu ne m’a pas permis d’en- grotte de Macpéla va devenir le caveau gion des Hébreux nomades (Geuthner, 1937).
L’endogamie (mariage à l’intérieur du
fanter. Viens donc vers ma servante de famille des grands ancêtres d’Israël : / E. Tisserant, Abraham père des croyants
clan) est une coutume, héritage de la
et peut-être par elle aurai-je un fils » Sara et Abraham, Isaac et Rébecca, (le Cerf, 1952). / R. de Vaux, les Institutions
vie tribale, fréquemment attestée dans de l’Ancien Testament (le Cerf, 1958-1960 ;
(Genèse, XVI). En effet, d’après le droit Jacob et Lia. Les historiens considèrent
l’Orient ancien. Isaac épousera sa cou- 2 vol.). / J. Bright, A History of Israel (Philadel-
mésopotamien, une épouse stérile pou- comme très ancienne la tradition qui phie, 1959). / H. Cazelles, « Patriarches », dans
sine Rébecca. Dans le récit, un détail
vait donner à son mari une servante, et situe au arm al-Khall (le lieu saint Supplément au Dictionnaire de la Bible, t. VII
nous frappe : c’est le frère de la jeune (Letouzey, 1961). / A. Parrot, Abraham et son
l’enfant né de cette union était reconnu de l’Ami) la sépulture des patriarches
fille, et non le père, qui dirige les négo- temps (Delachaux et Niestlé, 1962). / R. Mar-
comme fils de la femme légitime. Cette hébreux. Depuis deux millénaires, des tin-Achard, Actualité d’Abraham (Delachaux et
ciations prématrimoniales. Et, à la dif-
coutume se trouve dans le code d’Ham- Niestlé, 1970).
monuments hérodiens, byzantins, mé-
férence d’Abraham, qui décide de tout
mourabi et dans les lois de Nouzi. C’est
diévaux et arabes se succèdent au-des-
sans consulter son fils, dans la famille
ainsi que naît Ismaël, l’ancêtre des
sus d’une grotte qui s’ouvrait au flanc
de Rébecca la jeune fille est consultée.
peuples arabes.
On retrouve une pratique semblable de la colline d’Hébron, témoins de la
Mais la présence de deux épouses ne
dans la civilisation de Nouzi, dont une foi d’une multitude de croyants juifs, Abramovitz
favorise guère la paix du foyer. Agar,
fière d’avoir un fils, oublie qu’elle n’est
tablette nous rapporte la déclaration, chrétiens et arabes. (Chalom Yaacov,
faite devant témoins, d’une jeune fian- De cet « Araméen errant », la Bible
qu’une concubine, et son arrogance ir-
cée : « Avec mon consentement, mon
dit Mendele-
et le Coran ont fait un être d’exception
rite sa maîtresse. La situation va devenir
encore plus tendue du fait de la nais-
frère m’a donné comme femme à... » qui prend place aux côtés de Moïse, de Mocher-Sefarim)
De même en est-il des cadeaux offerts Jésus et de Mahomet. Car la migration
sance d’un nouvel enfant, fils, cette fois,
à Rébecca de la part de son futur beau- d’Abraham ne s’insère pas seulement Écrivain d’expression yiddish et hé-
de l’épouse en titre : Isaac, l’enfant de
père Abraham. Le code d’Hammourabi dans un processus historique, elle est braïque (Kopyle, dans le gouvernement
la promesse divine. « Ta femme Sara te
témoigne de l’existence de la même pra-
donnera un fils et tu l’appelleras Isaac. devenue un événement religieux. de Minsk, 1836 - Odessa 1917).
tique en Mésopotamie.
J’établirai mon alliance avec lui en Père des croyants, chevalier de la foi, Son père, Hayyim Moseh Broydo,
alliance perpétuelle pour sa race après champion du monothéisme, c’est de lui un érudit, a le souci de lui donner une
lui » (Genèse, XVII). C’est cet enfant qui Éloge d’Abraham que se réclament les trois grandes reli- bonne éducation, et, de fait, l’enfant
sera l’ancêtre du peuple juif. Abraham, ancêtre célèbre d’une multitude gions monothéistes du bassin méditer- manifeste un goût précoce pour les

Or, selon l’ancien droit oriental, de nations, ranéen. Et chaque croyant juif, chrétien études philosophiques et religieuses. À
nul ne lui fut égal en gloire. treize ans il perd son père. Passant d’une
l’enfant né d’une concubine avait droit ou musulman fait siens les mots de Paul
Il observa la loi du Très-Haut
à l’héritage paternel, s’il était juridique- Claudel : « Les fils d’Abraham, c’est école talmudique à l’autre, il arrive à
et fit une alliance avec lui.
ment considéré comme fils de l’épouse, nous. » Vilnious. Sa mère s’étant remariée, son
Dans sa chair il établit cette alliance
ce qui était le cas d’Ismaël. Et Sara, beau-père le charge de veiller sur l’édu-
et au jour de l’épreuve il fut trouvé fidèle.
dans sa jalousie maternelle, ne voulait C’est pourquoi Dieu lui promit par serment cation de ses enfants nés d’un premier
Abraham fondateur du
pas que l’héritage soit partagé entre de bénir toutes les nations en sa descen- mariage, et, tout en s’acquittant de cette
dance, culte de La Mecque tâche, le jeune homme se promène, soli-
Isaac et le fils de la servante. « Chasse
de la multiplier comme la poussière de la
cette servante et son fils. » Le code — Et quand Abraham dit : « Seigneur ! rends taire, dans la région qui lui inspire ses
terre
d’Hammourabi et les lois de Nouzi cette Ville sûre et détourne-nous, moi et premiers poèmes.
et d’exalter sa postérité comme les étoiles,
mon fils, d’adorer les idoles !
interdisaient de chasser la servante qui À l’instigation d’un certain Abraham
de leur donner le pays en héritage
— Elles ont, Seigneur ! égaré beaucoup
avait donné au maître un enfant. Cepen- d’une mer à l’autre le Boiteux, il quitte la Biélorussie, frap-
d’Hommes. Celui qui me suivra sera de moi,
dant, pour avoir la paix et à contrecoeur depuis le fleuve jusqu’aux extrémités de la pée de sécheresse, pour se rendre en
mais qui me désobéira... Car Tu es absolu-
Abraham se résout à renvoyer Agar et terre.
teur et miséricordieux. Russie du Sud. À Kamenetz-Podolski,
son fils. Isaac reste seul porteur de toute Ecclésiastique, XLIV, 19-21 (trad. Bible de
— Seigneur ! j’ai établi une partie de ma il se sépare de ses compagnons. Il y ren-
Jérusalem).
l’espérance de la race promise. descendance dans une vallée sans culture, contre l’écrivain hébreu Abraham Ber
auprès de Ton Temple rendu sacré, Sei- Gottlober, s’établit comme instituteur et
Et voici que Dieu, dit le texte bi-
gneur ! pour qu’ils accomplissent la Prière.
blique, va demander à Abraham de lui se marie une première fois. Il commence
La caverne de Macpéla Fais que des coeurs, chez les Hommes, s’in-
faire le sacrifice de ce fils, « ton fils à écrire des articles sur les sciences
clinent vers eux ! Attribue-leur des fruits !
Isaac ton unique, celui que tu aimes » Abraham, qui était un nomade, ne naturelles et l’éducation, qui paraissent
Peut-être seront-ils reconnaissants !
(Genèse, XXII). Abraham se met en de- possédait pas de terre. Quand Sara, sa — Seigneur ! Tu sais ce que nous cachons et en 1857 dans Ha-Maguid (le Messa-
voir d’obéir. Mais au dernier moment femme, meurt, il se trouve dans l’obliga- ce que nous divulguons. ger) ; certains feront l’objet du recueil
une victime animale sera miraculeuse- tion d’acheter aux habitants du pays une Rien n’est caché à Allah sur la terre ni dans Mishpat Chalom (Jugement de Salom,
ment substituée à la victime humaine. portion de terrain pour la sépulture. Le le ciel. 1860). Installé ensuite à Berditchev,

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

Abramovitz se sépare de sa première pants à très grand nombre de tranchants bloc qui reste dans le four est concassé La dureté des abrasifs
femme et se remarie dans un milieu dans les opérations de meulage, tronçon- pour obtenir des grains, qui sont lavés
La dureté d’un corps peut être caractérisée
aisé, ce qui lui permet de se consacrer nage, rodage, polissage. Par une action et triés. Le carbure de silicium chimi- par son aptitude à rayer d’autres corps. Dif-
entièrement à la littérature. Il écrit alors mécanique sur des corps moins durs, ces quement pur est rigoureusement blanc, férentes échelles de dureté ont été établies.
Toledot ha-teva (Histoire naturelle), grains sont capables d’arracher à ceux-ci alors que le produit industriel est coloré Le minéralogiste Friedrich Mohs (1773-

puis, en 1863, son premier conte, Limdû de petits copeaux. du vert émeraude au noir par différentes 1839) a classé dix corps naturels choisis de
telle manière que chacun raye le précédent.
hetev (Apprenez bien), qui deviendra le impuretés (fer, carbone, alumine, ma-
Un nombre d’une échelle, arbitrairement
roman Avot u Vanim (Pères et fils). Il Origine gnésium, etc.). Sa dureté dans l’échelle
numérotée de 1 à 10, a ainsi été attribué à
souhaite, par une oeuvre réaliste, donner de Mohs est de 9,2. Il est peu résistant à chacun de ces corps. Le talc possède le nu-
Les produits abrasifs sont soit naturels,
la réplique aux romans romantiques de la fracture, et cette fragilité relative pro- méro 1 et le diamant le numéro 10. De 1 à
soit artificiels.
Mapou. Et surtout il veut être compris voque la formation constante d’arêtes 10, les duretés croissent, mais les nombres

du peuple. Pour cela, abandonnant l’hé- vives. de l’échelle ne donnent qu’un classement

breu, il écrit en yiddish, langue com- Produits abrasifs naturels des duretés, sans constituer une mesure
Le carbure de bore B4C est fabriqué
proprement dite de ces duretés.
prise de tous. Dans le premier roman de Beaucoup de roches ont des proprié- par la société Norton sous la marque
La méthode Knoop, fondée sur la pénétra-
son époque yiddish (qui durera de 1864 tés abrasives par leur dureté, mais leur déposée Norbide. Préparé par réduction
tion d’une pointe de diamant au moyen
à 1886), Dos Kleyne menele (le Petit homogénéité est souvent trop médiocre de l’anhydride borique par le carbone, d’un appareil du genre Rockwell, permet
Homme), apparaît son pseudonyme, pour qu’elles puissent être utilisées cet abrasif se présente sous forme d’une au contraire d’établir une échelle dont les
nécessité par les critiques acerbes qu’il comme abrasifs industriels, aussi les poudre noire. Sa dureté dans l’échelle nombres traduisent des duretés propor-
fait de la société juive de la ville. La abrasifs naturels sont-ils peu nombreux : tionnelles. Dans tous les cas, on peut trou-
de Mohs est de 9,4 environ. Il est uti-
supercherie connue, il doit fuir à Jito- — le grès est une roche formée de lisé sous forme de grains classés, mais ver un abrasif d’une dureté supérieure à un
matériau donné et, donc, susceptible de
mir, puis à Odessa, où il devient direc- grains de silice (SiO2) agglomérés par n’a pas encore été aggloméré pour la
l’usiner.
teur d’une école primaire. Parallèlement un liant calcaire ; fabrication de produits abrasifs. En re-
à ses romans en yiddish, Di Taxé (le — l’émeri naturel, ou corindon granu- vanche, il peut être fritté sous une pres-
Péage), Di Klatché (la Jument), il écrit laire (émeri de Naxos), est une roche sion de plusieurs tonnes par centimètre
Mode d’action
également pour Ha-Shahar (l’Aurore) dure, dont la dureté est due principa- carré, vers 2 450 °C, sans liant. On peut
et Ha-Melitz (l’Interprète) des articles lement aux cristaux d’alumine Les abrasifs doivent être classés en grains
(Al2O3) ainsi réaliser des pièces géométriques
en hébreu. En 1886, revenant complète- qu’elle renferme. Mais cette roche simples et de dimensions très précises. de grosseur déterminée. Lorsqu’ils se
ment à l’hébreu, il publie, dans le quoti- contient diverses impuretés (oxyde de Le carbure de bore (grains et poudre) est présentent en blocs ou en lingots, ils sont
dien de J. L. Cantor Ha-Yom (le Jour), fer) qui en altèrent l’homogénéité. Les d’abord broyés. Puis les impuretés sont
utilisé pour le rodage de filières en car-
Be Seter ha-raam (Dans le secret du très bons échantillons d’émeri naturel bure de tungstène et de tantale (filières éliminées par séparation magnétique
tonnerre), puis Emek-ha-bakha (la Val- ne contiennent que 60 p. 100 d’alumine d’étirage), d’outils à mise rapportée ou par lavage, et les cristaux, ou grains,
lée des larmes) et un roman autobiogra- pure Al2O3. Certains échantillons n’en sont classés par grosseur. La désignation
en carbures métalliques, etc. Actuel-
phique, Be-Yamin-ha-hem (Autrefois), contiennent que 40 p. 100 ; lement, il tend à remplacer la poudre des grosseurs de grain est standardisée.
qui sont des traductions et des refontes — le diamant est le plus dur de tous les Pratiquement, chaque grosseur est défi-
de diamant. Il coupe, en effet, presque
de ses oeuvres en yiddish. corps connus ; dans l’industrie, on uti- comme le diamant, et les grains les plus nie par le nombre de fils de trame au

Mêlant l’allégorie à l’observation lise essentiellement le diamant noir, qui fins donnent un fini remarquable. Il est pouce linéaire du tamis laissant passer le

réaliste, Abramovitz peint le monde juif n’a pas de valeur en joaillerie. recommandé d’utiliser un liquide tenant grain. Le grain 24 mesh, passe au tamis

comme un univers d’infirmes et de men- l’abrasif en suspension, par exemple de 24 fils, mais est retenu par un tamis

diants, accablés par les bureaucrates, Produits abrasifs artificiels l’huile légère de machine, le pétrole ou de 30 fils. Le diamètre moyen du grain

perpétuellement victimes d’exploiteurs. un mélange de pétrole et d’huile miné- est donc :


Ceux-ci comprennent trois catégories :
À ces malheureux il promet cependant rale. Le carbure de bore sert également
1o les produits constitués par de l’alu-
une vie meilleure au terme d’un périple pour le rodage d’aciers très durs. En
mine cristallisée (corindon artificiel,
douloureux et pittoresque (les Voyages joaillerie, certaines pierres (agate, mala- environ. Au-delà de 220, le classement
électro-corindon, etc.) ;
de Benjamin III, 1878) qui rappelle ses chite, topaze, saphir, béryl, etc.), dont la des grains se fait par lévigation ou sépa-
2o les produits constitués par du carbure
pérégrinations personnelles (Fichké le dureté est supérieure à 6 dans l’échelle ration par gravité dans un courant d’eau.
de silicium cristallisé SiC ;
Boiteux). Véritable créateur de la prose de Mohs et qui sont difficilement enta- Les grains les plus fins ont un diamètre
3o les produits constitués par du carbure
yiddish et fondateur de la littérature mées par le carbure de silicium, peuvent moyen de 40 microns. Pendant le tra-
de bore cristallisé B4C.
hébraïque moderne grâce à une langue être polies au carbure de bore. Enfin, vail d’abrasion, le grain d’abrasif en
L’alumine artificielle cristallisée est
empruntée à la vie populaire et quoti- des applications intéressantes de la contact avec la pièce subit des efforts qui
un abrasif de même nature que l’émeri
dienne, il reste pitoyable et malicieux, poudre de carbure de bore ont été faites tendent à provoquer sa rupture. Pour un
naturel, mais elle est obtenue avec plus
ironique et humain, sous le pseudonyme dans les opérations d’usinage de maté- travail et un abrasif déterminés, si la ré-
de pureté : on réalise des produits artifi-
modeste de Mendele-Mocher-Sefarim, riaux durs avec des machines utilisant sistance à la fracture est trop grande, les
ciels contenant plus de 99 p. 100 d’alu-
« Mendele le colporteur de livres », des vibrations ultrasonores. Les pièces pointes coupantes de l’abrasif s’usent,
mine pure. Ces abrasifs sont obtenus en
l’éveilleur de l’âme d’un peuple. en carbure de bore obtenues par frittage le grain s’arrondit et il ne coupe plus.
chauffant au four à arc un mélange de
N. G. présentent une surface dure, uniforme, Si la résistance est insuffisante, le grain
bauxite et de coke.
Hébraïque (littérature) / Yiddish (littérature). très résistante à l’abrasion, et sont donc se fragmente et disparaît rapidement.
Le carbure de silicium n’existe pas idéales pour de nombreux emplois in- Certains abrasifs sont susceptibles de
S. Niger, Mendele Mocher Sefarim

(Chicago, 1936). / J. Drukier, Der Zeide Mendele à l’état naturel. Il est fabriqué au four dustriels (touches de calibres, tampons, cristalliser dans des systèmes différents.
(Varsovie, 1964). électrique en chauffant un mélange de filières pour l’industrie céramique, Le grain d’abrasif peut donc se briser de
sable, de coke, de sciure de bois et de buses de sablage, etc.). En raison de sa manières différentes, conservant parfois
sel. Le silicium du sable se combine au grande dureté, l’usinage des produits en une forme massive ou, au contraire, pré-
carbone du coke pour former le carbure carbure de bore s’effectue uniquement sentant des arêtes aiguës. Les systèmes
abrasif de silicium ; la sciure de bois rend le à la meule en diamant. Pour obtenir de de cristallisation des abrasifs doivent
mélange poreux pour que l’oxyde de beaux états de surface, il est nécessaire être choisis ou recherchés en fonction
Substance cristalline très dure, utilisée carbone produit puisse s’échapper ; le de terminer par un rodage à la poudre du travail à effectuer. L’emploi d’abra-
en grains et faisant office d’outils cou- sel se combine avec les impuretés. Le de diamant. sifs synthétiques, dont la formation,

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

Abrasifs (Techniques de l’ingénieur, Section


l’homogénéité et les caractéristiques Meules. C’est incontestablement calcaires, les difficultés de circulation
« Mécanique et chaleur » B 1660, 1969).
sont scientifiquement contrôlées, facilite sous cette forme que les abrasifs sont le se sont conjuguées pour faire de cette
cette adaptation. plus utilisés, et leur importance indus- région un monde d’isolement et de
pauvreté, avec le maintien prolongé de
trielle est très grande. Une meule est un
Utilisations particularismes locaux et une situation
outil abrasif ayant une forme de révolu-
Abruzzes de dépendance à l’égard de Rome pour
tion et qui se monte généralement sur
Les différentes utilisations des abrasifs
dépendent de la nature du support qui un arbre par son alésage afin de tourner et Molise les Abruzzes, de Naples pour le Molise.
Les habitants se sont concentrés dans
entre dans leur constitution. autour de son axe. Du point de vue du
les dépressions et sur la côte. Mais la
mécanisme d’enlèvement de matière, En ital. Abruzzo e Molise. Partie de
population diminue : elle ne représente
l’Italie péninsulaire, sur l’Adriatique.
Abrasifs libres une meule peut être considérée comme plus que 2,7 p. 100 des effectifs natio-
L’ensemble est formé de la région des
Sont dits « libres » les abrasifs employés un ensemble d’outils élémentaires, re- naux contre 4,1 p. 100 en 1911. L’ac-
Abruzzes (correspondant aux provinces
sans support fixe, par exemple en sus- présentés par les grains d’abrasifs, cha- croissement naturel est faible, alors que
de L’Aquila, Chieti, Pescara et Teramo ;
pension dans un fluide, air, huile, pé- cun d’eux étant encastré dans le support 2 les départs sont nombreux vers Rome,
10 794 km ; 1 192 000 hab.) et de la
trole, etc. Cette forme est utilisée dans constituant l’agglomérant. La rotation Milan, Turin ou l’étranger (pays du
région du Molise (correspondant aux
des opérations de sciage, de rodage, de de la meule donne à chacun des outils la Marché commun, Suisse, Amérique du
provinces de Campobasso et d’Isernia ;
polissage. vitesse de coupe qui lui permet de déta- 2 Nord, Australie).
4 438 km ; 326 000 hab.).
cher les copeaux de matière. Une meule L’économie régionale n’est pas apte
Les Abruzzes sont un élément mon-
Abrasifs appliqués est définie par ses dimensions, sa forme à retenir une population dont le revenu
tagneux de l’Apennin et ont donné leur
Dans ce type d’abrasifs, les grains sont et ses spécifications. par habitant est inférieur du tiers à la
nom à une région italienne de laquelle
fixés, par différents procédés de col- moyenne nationale. Les activités agri-
Il existe des meules de toutes tailles, s’est détaché, en 1963, le Molise.
lage, en couche mince sur des supports coles l’emportent. L’élevage ovin trans-
depuis la meule rectifiant les bagues L’ensemble conserve des traits géogra-
souples, constitués par des papiers, humant, qui a provoqué, dans le passé,
de roulement miniatures, qui pèse une phiques et économiques communs. Sur
de désastreux déboisements, est partiel-
toiles, fibres, nappes de fils de Nylon la façade adriatique de l’Italie péninsu-
fraction de gramme, jusqu’aux meules lement remplacé par l’élevage bovin.
non tissés, etc. Les abrasifs appliqués laire, limitée par les Marches au nord
de papeterie employées pour le défi- Les cultures se localisent dans les zones
se présentent sous forme de disques, de (à la hauteur du fleuve Tronto), par les
brage du bois, de plusieurs tonnes. On basses. Le blé est cultivé partout, mais
bandes, de cylindres. Ils possèdent de Pouilles au sud (à la hauteur du fleuve
exprime les dimensions d’une meule plus spécialement dans les dépressions,
très nombreuses applications, notam- Fortore) et par le Latium et la Campa-
en millimètres et on les énumère dans où il alterne avec la pomme de terre ou
ment dans les industries du bois, du cuir, nie septentrionale à l’ouest, les Abru-
l’ordre suivant : diamètre, épaisseur, la betterave à sucre (secteur bonifié de
du caoutchouc, des plastiques, ainsi zzes et le Molise forment un ensemble
l’ancien lac Fucino). Sur les collines,
qu’en métallurgie. alésage. pauvre, privé de puissantes industries et
l’olivier (9 p. 100 de la superficie natio-
Les meules peuvent présenter des de grandes villes.
nale) et la vigne (surtout pour des rai-
Abrasifs agglomérés formes très diverses : meules plates, L’originalité physique provient de sins de table, comme près d’Ortona) ap-
Dans ce type d’abrasifs, les grains sont meules à profil, meules lapidaires, l’extension des montagnes. Le massif paraissent. Les basses vallées et la côte
noyés dans la masse d’un liant minéral, meules cylindriques, meules à bois- des Abruzzes est un haut bastion de sont réservées à des cultures fruitières
organique ou métallique. Ils constituent, seaux droits ou coniques, meules-as- calcaires compacts, le plus ample et le et maraîchères (tomates de Francavilla).
de loin, la catégorie la plus importante plus élevé de la péninsule. Il couvre
siettes, meules sur centre en acier pour Quelques spécialités existent, comme la
des abrasifs utilisés industriellement. 62 p. 100 de la superficie régionale. culture du safran à L’Aquila, celle de la
tronçonnage de la pierre, etc.
Des formes très variées peuvent être Le relief est très complexe. Il présente réglisse à Atri.
Étant donné les multiples éléments
utilisées ; cependant, pour en faciliter la ici deux alignements parallèles, orien-
L’industrie n’occupe que 1,4 p. 100
qui définissent la constitution d’une
fabrication et l’utilisation, on leur donne tés N.-O. - S.-E. À l’ouest, les hauteurs
des effectifs italiens. L’artisanat tradi-
le plus souvent des formes géométriques meule : nature de l’abrasif, grosseur du du Silente, de Velino, de Petroso, de la
tionnel (dentelle, par exemple) décline.
simples qui aboutissent à deux grands grain, grade, structure, agglomérant, on Meta, au-dessus de 2 000 m, dominent
L’énergie manque, et l’hydroélectri-
groupes : 1o les pierres et les bâtons ; a cherché à représenter chaque variable les conques du Fucino, de L’Aquila, de
cité produite comme les hydrocarbures
2o les meules. par un symbole. Leur ensemble consti- Sulmona. À l’est, les altitudes augmen-
récemment découverts (méthane à San
Pierres et bâtons. Leur forme dépend tue les spécifications de la meule, qui tent avec les Monti della Laga, le mas-
Salvo, près de Vasto) sont exportés. Les
permettent son identification. sif de la Maiella (2 795 m) et surtout le
du travail auquel on les destine. principales industries sont des indus-
Gran Sasso, qui porte le point le plus
Les pierres à affûter, employées à La grande variété de dimensions, de tries alimentaires, liées à l’agriculture :
élevé de l’Apennin (2 914 m) et où se
la main, sont destinées à redonner un formes et de spécifications des meules fromageries, sucreries (Avezzano),
niche un petit glacier. Vers le sud-est,
tranchant aux outils coupants (cou- minoteries, fabrications de liqueurs (la
se justifie par les diverses utilisations
dans le Molise, les altitudes s’abaissent,
teaux, lames, outils de tour), qu’elles centerbe), confiseries (dragées de Sul-
de celles-ci : rectification cylindrique
les calcaires s’effacent devant des af-
permettent de retoucher sur place. mona). On trouve aussi des ateliers tex-
extérieure, rectification cylindrique fleurements de schistes argileux. Les
tiles et des briqueteries. Le traitement
Les bâtons de rodoirs sont des bâtons intérieure, rectification sans centre sur montagnes sont flanquées par une zone
de la bauxite à Bussi (Pescara) et la ver-
montés par jeux de trois, quatre ou six machine à rectifier centerless, rectifica- de collines sableuses et argileuses,
rerie de San Salvo sont plus importants.
sur des outils cylindriques et employés tion plane, affûtage, ébarbage, tronçon- d’une largeur de 25 à 30 km. Entaillées Une floraison d’industries diverses sur-
pour la finition des surfaces cylindriques nage, sciage, etc. par de petits fleuves côtiers, ces collines
git autour de Pescara et de Chieti. En
internes, afin de leur donner, par rodage, G. F. sont lacérées par de multiples rigoles même temps, le tourisme se développe,
une forme géométrique plus parfaite et d’érosion, les calanchi. L’ensemble se
P. Salmon et M. Carougeau, le Travail des aidé par les travaux d’équipement rou-
un meilleur état de surface. métaux par abrasion (Société de publications termine par une étroite bande côtière, tier, rompant l’isolement régional. La
Les bâtons de superfinition sont mécaniques, 1950). / A. R. Metral (sous la dir. basse, sableuse, sans articulations, montagne devient secteur touristique
de), la Machine-outil (Dunod, 1953-1959 ; longue de 150 km.
montés sur des têtes vibrantes, pour réa- grâce au Parc national des Abruzzes
8 vol.). / A. Chevalier et R. Labille, Usinage
liser des finis extrêmement poussés sur par abrasion (Delagrave, 1959). / Compagnie
Les hommes n’ont pas trouvé ici des et à quelques stations (Campo Impe-
des surfaces cylindriques externes ou des Meules Norton, les Meules et les produits conditions très favorables. La rudesse ratore), mais elle est moins favorisée
internes. abrasifs agglomérés (L. Hardy, 1965). / G. Louis, du climat, liée à l’altitude, les surfaces que la côte. La pêche (Vasto, Ortona,

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 1

Pescara) recule au profit du tourisme Nous distinguerons donc l’absorption poils absorbants en ombrelle et capables forme d’ions. Ainsi, les ions H+ rejetés
balnéaire avec des centres comme Giu- immédiate, l’absorption précirculatoire de retenir une partie de l’eau de pluie par les racines permettent, en présence
lianova, Roseto degli Abruzzi, Franca- et l’absorption cellulaire, en nous bor- et de la rosée. Ces organes assurent le de calcium, de libérer des ions K, qui
villa. nant aux aliments proprement dits, à ravitaillement en eau du végétal, qui n’a sont alors utilisables. Les plantes, en
l’exclusion des gaz respiratoires. aucun lien nutritif avec son support (un présence de ces granules, fabriquent un
Ces modestes activités ne suscitent
simple fil de fer leur convient très bien). chevelu de racines capables d’absorber
pas une forte poussée urbaine. L’Aquila,
Les conditions Les plantes aquatiques, bien que totale- en ce point tout ce qui leur est néces-
pourtant siège d’instituts universitaires,
de l’absorption ment immergées, absorbent cependant saire. Cela a été spécialement mis en
n’a que 63 000 habitants, Teramo en
l’eau par leurs racines, et cette eau est évidence pour le phosphate tricalcique
compte 49 000, Chieti 54 000, Cam- immédiate
rejetée par les feuilles comme chez la et justifie l’utilisation d’engrais sous
pobasso 43 000. Seule Pescara connaît
Chez les animaux, l’existence d’une ca- forme de granulés. De nombreuses
plupart des espèces aériennes.
un développement rapide, mais désor-
vité digestive permet souvent l’ingestion réactions analogues permettent d’expli-
donné : la ville approche 130 000 habi- Quant aux sels minéraux, ils se
de proies solides relativement peu trans- quer la pénétration des ions ; d’autres,
tants et devient un espoir pour la crois- trouvent dans le sol, soit à l’état dis-
formées (cas extrême : les Serpents) ; au contraire, expliquent la stérilité de
sance de ces provinces du Mezzogiorno. sous dans l’eau, soit à l’état solide. Les
toutefois, l’insuffisance de la bouche ou certains sols imprégnés en excès par des
E. D. substances dissoutes empruntent les
de l’appareil digestif peut amener des sels (sodium des sols maritimes).
Apennin / Mezzogiorno. mêmes voies que l’eau. Une constata-
espèces très diverses (Astéries, larves de
tion s’impose : il y a sélection de ces Enfin, la pénétration des ions est pos-
M. Fondi, Abruzzo e Molise (Turin, 1962). / Dytique ou de Fourmi-lion, Araignées)
substances au niveau de la membrane sible également au niveau des feuilles.
J. Demangeot, Géomorphologie des Abruzzes à pratiquer une sorte de prédigestion
adriatiques (C. N. R. S., 1965). vivante ; leur faible masse molaire, leur Mais si, après aspersion, Fe, Zn, SO4, Cl
externe amenant la proie à l’état liquide.
solubilité dans les lipides et leur possi- et Na sont bien absorbés et migrent, au
(V. alimentaire [régime].) En dehors de
bilité d’ionisation sont des facteurs qui contraire Ca et Mg ne s’éloignent que
ces cas, c’est une digestion* interne qui
favorisent leur passage. La perméabilité très peu de leur point de pénétration.
aboutit au même résultat.
absorption des cellules végétales est modifiée par Quant aux substances organiques
Chez les plantes supérieures, l’eau
la température et l’acidité du milieu, et simples, elles sont absorbées par les
pénètre presque exclusivement (sauf cas
Fonction assurant la pénétration des surtout par la nature des ions qui sont végétaux non verts (Bactéries, Cham-
particuliers) par les poils absorbants qui
nutriments (aliments, gaz respiratoires) mis à leur contact. pignons) ou par les plantes vertes caren-
tapissent la partie subterminale des ra-
dans les organismes animaux ou végé- On distingue des ions minéraux in- cées en aliments azotés (plantes dites
cines les plus fines. L’absorption totale
taux, et jusque dans chacune de leurs carnivores*) beaucoup plus abondam-
de l’eau peut être mesurée soit grâce à