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384 G.

KHOURl-SARKIS

placés dans le sanctuaire même. Il éprouve un cer'tain


malaise quand ill voit les laïcs, hommes ou femmes, pé-
nétrer libr·ement dans le Saint des Saints, toucher l'autel,
parfois même monter 1sur la Table sainte pour en garnir UNE HOMÉLIE ANONYME
les gra:dins de fleurs eit de cierges. Il ne comprend pas
1comment ill peut être permis à des .chœurs, surtout s'ils su~ LA C~ÉATION DU MONDE
sont mixt1es·, de prendre pface dans le sanctuaire, fût-ce
derrière l'autel, pour exécuter les chan'ts liturgiques. Il
s'émeut, parce qu'il a gardé pro.fondémernt ancré dans son
âme le respect - même extériorisé - idu sacré.
Le synode de Charfet, tout latinisant qu'il sort, n'a
pa,s osé aller à l'encontre de •Ce sentiment du respeiet dû Introduction
a:u sanctuaire. Il a atténué les rigueurs des ·Canons men-
tionnés ci-dessus, mais il a maintenu l'ïnterdiction aib:;o- L'homélie qui est l'objelt de la présente étude a,ppar-
lue, pour 1es femmes, :de franchir ~a porte du cancel, quel- tie:nt à la même sériie de dnq traités ·que .celle 'lUT « la
ques raisons qu'elles en aient : tr~gression 1d'Adam >~. 1• Le texte syrïa.que est le qua-
Notre ciiscipil:ine ne permet pas aux laïcs, même s'ils trième dans le manus·crit .Add. 17, 189 du British Museum
sont des notahle s, de pénétre·r dans le sanctuaire, à moins
1 à Londre'S 2• J. J. OVERBECK, dans son éditiou la place en
que ce ne sotit avec 'l'autoTisation ·du p1'être et ipour une tête de toute la série 3. '
raison valable, ptar exemple pour le balayer, l'orner ou Ce traité 1sur « la oréatio~i du mon,de » qui dans le
toute autre cause semblabJe ; que c·ela soit fait en dehors m~usc~"'t, compte quatre folios (fol. 9r 0 - 12v ' 0 ), 'nous est,
du temps de la divine Hturgie. Quant aux femmes, il leur lUI auss1, parvenu en mauvais état: le commencement
est absolument interdit d'entrer dans Je •sia.nctuair·e, selon manque, et entre le premfor et le deuxième folios con-
le canon 44 du concile d·e Laoilicée et la tradiition en vi- servés, on ·C'On·state l'absence d'unie partie qui devait IC'om-
.gueur chez nous jusqu'·à maintenant 23. porter un ou plUJsieurs fo~ios.
*
** Ooan,me[)Jçonis pax dlo1D.ner une symioips1e du numéro-
D1ans les pages ci-de·ssus, rien n'a été dit du symbo- 'ta.ge des folios du manuscrit et de .celui des pages de l'édi-
lisme qui s'est attaché au voile-rideau. Ce n'est pas que iee tion imprimée : fol 9r 0 ClOIIllllil.em:ie p. 74, ligne 3, premieir
symbolisme n'ait pas existé cher les Syriens, tant orien- I?-Ot ; fol. 9v~ p. 75, ligne 8, dernfor moft ; fol. 10r 0 p. 76,
taux qu'occidentaux. Bien au contraire, les Pères et les Jigne 8, premJ.er tl:?'ot ; fol. 10v0 p. 77, ligne 6, dernier mot ;
· Docteurs de l'Eglis·e syrienne, qu'i~s ·Soien't d'expression fol llr 0 'P· 78, hgne 6, 2.• mot ; fol. llv 0 p. 79, ligne 6,
grecque ·comme Jean Chrysostome et .Sévère d'Antioche, 3• mot ; fol. 12r0 p. 80, ligne 5, 4e mot ; fol. 12v 0 p. 81,
ou :d'expression syriaque, y atta·chent une grande impor- ligne 4, p:riemier mot.
tance. Le texte, tel que M. ÛVEJRBECK l'a fait imprimer,
Mais iee ;symbolisme est le même, à peu de choses près,
pour le voile-rideau extérieur, le voile rideau in'térieur et
l. Voir L'Orient Syrien, vol. V, 1960, pp. 159-182, 253-292.
le voile-anaphore. Il en sera donc ·question après que ees
2. W. WRIGHT, Catalogue of Syriac Manuscripts in the
deux derniers voiles auront été décrits.
British Museum, vol. II, Londres, 1871, N° DXXXIV, p. 407.
(à suivre) G. KHOURI-SARKIS 3. J. J. OVERBECK, S. Ephrœmi Syri, Rabulœ Episc·opi
Edèsseni, Bal,a,ei, Aliorumque Opera SeLecta, Oxforo,, 1865, pp. 74-
23. Synodus Sciarfensis, chap. III, art. V, § 7, p. 44. 81.
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donne, à quelques détaHs près, une im.presiSiion. :fidèle du


manuscrit. Si •l'on désire obtenir une reipr:oduction exacte Homélie sur la création du monde
cl:.e l'œuV1.1e du copiste, il faut mtettDe UID: point sur l~ pre-
mier 'ô1Zaph de "alôhcj p. 78, ligrue 16 ; sur le q,oph de Traduction 5
n·esbûq, p. 81, pœ1miièr1e liiJgmJe ; et ajouter ileis s•y.ômé au
mot ru?J,é, p. 77, ligne 24. [le commenoement manque] (fol. 9r 0 ) (p. 74) ret Il
II nous 1semble iDJC()niSéquent d'écrire bôtarken en [Dieu] créa 1e ciel et la terTe et l'air et l'•eau et, avec
deux mots, p. 74, lign·e 9 ; par •contre en un seul mot, p. eux, les êtres 6 invisibles et raiso'll.J1ables, se trourvant
76, lignes 3 et 8. En ·consultant ·le manrus1crit, on remar- entre le ciel (5) et la terre 7 •
que que, dans le priemier ·cais, la ligne étant pres:<!ue ple~e ror au mom"ll.t où iLs sont venus à l'existence, ils
et n.e ilaissant asisez de place que pour la prem1ere partie ne ·conn'ais:saietnt pas Dieu. Car eomment amxaient-ils pu
du composé, le copiste a bien été obligé de couper le connaitre celui qu'ils ne pouvaient voir ? Comme ils
mot. avaient à apprendre au suj1et de Dtieu, Il fit 8 d'aboro la
* création dans les 'ténèbres. Et ensuite n fit entendre une
** voix {10) ordonnant et dis·a.n.t : « Q'Ulf3 la iumière soit »
Nous faisons su:üvre uœ tradiuctfon aus.si littérale (Gwi., I .: 3). Immédiatement il.a lurmière fut créée, afin
que possible du texte syria1que, renonçant à u.ne forme que ceux qui ne voietnt pas: Dieu, parce qu'ils étaient du
li.ttéraire à laquel1e se prêterait d'aiilleur.s1 bien peu· le nombre ,des êtres invisible:s1 et raisonnables, entendent la
style de l'auteur. voix qui ordonJlle et voient la lumièl'le qui est créé~, ~t
Dans ciette homélie •aussi, on constate dans presque soient stupéfaits de voir (151) qu'une tel1e chose su:fflsait
chaque alinéa combien l'auteur dépend des concept:üons pour éclairer de façon graILdiose la création qui se tronr
des exégètes antiochiens ·qui! avaient fait une étude si ap-- vait da.JJ.S les ténèbre.s, et aiequièrent ainsi llne foi sans
profondie des premiers chaJpitres de la Gen·è~e. Aux en- partage envers son Créateiur [le Créaterur de la [umière·].
droits où .cette influence est nettemeDJt perceptible, le lec- Car ceux qui entendro.ent la voix et voyaient au mê-
teur trouvera des renvois, et, au bas de la page, dans les me instant l'ouVI"age accompli, ne pouvaient plus (20)
not·es, les ouvrages a;u!Xqru1els nous le venvoyons 4 •
5. Dans la traduction, nous avons placé entre crochets les
mots que nous avons ajoutés pour la darté de la phrase.
Les passages de l'homélie anonyme que nous avons placés
4. Editions utilisées : entre un demi-crochet et un appel de note contiennent des in-
terprétations q.ue l'on retrouve chez les eJGégètes an tiochiens. aux
Jean Chrysostome - Homiliœ in Genesin, dans J.-P. MrG~, ouvrages desquels les notes renvoient (voir note 4).
Pœlrologiœ Cursus Complet'us, Series Grœca, vol. Liii-UV, II nous est agréable d'exprimer ici notre gratitude au
Paris, 1862. Révérend Père F. Graffin, S. J. qui a eu l'obligeance de lire notre
Théodore de Mopsueste - Codesx Bœrberinus Grœcus 569 traduction et de proposer quelques corrections.
dans iR. DEVREESSE, Essai sur ThtJodore de Mopsueste, Citta del
Vaticano, 1948 (abrév., Barb.) ; W. iRErCHARDT, Joonnis PhiloJi>oni 6. Trad. litt. : natures.
dJe opificio mundi Libri VII, Leipzig, 1897 (abrév., . dans PJ;i-11._) ; 7. Thé.odore, dans Phil., pp. 35 : 18-22, 44 : 11-20, Fragm.,
E. SACHAU, Theodori Mopsuesteni Fragme nta Synaca, Le1pz1g,
1 pp. 6: 15-7: 15 (trad., pp. 4: 19-5: 3), Théodoret, Q. III, cc.
1869 (abrév., Fragm.). 80 C-81 C.
Théoaoret de Cyr - Qu:œsi:Jiones in Genesin, dans 8. A la différence du manuscrit nous lisons 'a,bdoh au
J.-P. MIGNE, PG, vol. LXXX, Paris, 1864. lieu de 'abdeh.
388 T. JANSMA UNE HOMÉLIE ANONYME SUR LA CRÉATION DU MONDE 389

douter du Créateur. Mais ils considéraient ceci, (notam- Dieu n'ayant pa.\l besoin de voix : hl lui suffit de vouloir
ment) que, étant inv.Lsib1e et incompréhensible (p. 75) pour amener à l'e xistence le del et la terre, et 'toutes
1

et supérieur à tout, et que, sa nature inexprimable les chas·es, (p. 16) les unes visibles et l•es autl"es invisibles,
n'ayant 9 ·qu'à donner ~ OI'.dre '.POUr faire ce qu'elle veut, qui ont été créées avec ceux-ci.
Il a aussi donné la connaissance de lui-{(Ilême aux créatures. De même que, pour les cho.s·es qui furent produites
Or, l'e:xiûellence de la nature de ee qui venait d'être .créé les premières, Il DJ'usa nulle part de vo·ix, ains.i il [Molise]
- car la lumièr:e était supérieure (5)1 à tout (être) venu dit à propos 1<ie toute:s· choseis qui {frirent créées) plus
à ~'erisrtence - et le fait que, alors qu'elle n'existait pas, tard, qiu?elles furent amenées à l'erisrtence par la voix di-
elle avait été arrnenée à l'existiea:we ri:en que par uin ocr:dre, vine, nous app·renan't (die la sorte) que, aussi longtemps
les convainquait néèessairement que c'était iJ.' Auteur (de (5) que les êtres qui avaient à a·pprendre au sujet de Dieu
toutes choses•) qui 1es avait créés, eux aussi, avec le ciiel n'exisfaient pas (encore) 13 , la voix par laquelle furent
et la terre, de même (fol. 9v 0 ) qu'il avait ·créé la lumière créées les cho.,es faites (plu.s tard)1 n'était pas (encore)
de rien, afin qu~elle éclairât de sa Lumière toute la créa- néoossaire. ~'.Caïs après qu'ils [les anges] fwent amenés
tion (10) visible 10. à l'existence, avec le ciel et fa terre,... [wn folio au moiris
rAussi est-ce donc pour ·cette raison que ie prophète mœnque ici]
qui nous a raconté .ces choses., c'e.st-à-dire le bienheureux ... (fol. 10r 0 ) qui fut créé. Einsruite Il [Dieu] fit nai-
Moïse qui, en unie révélation divine, a écrit sur ces cho1s~s tre les animaux de to1ute esipèce : de l'eau, les espèces qui
venu.es à l'existence - parce qu'il n'avait pas pu ·con- nagent et les oiseaux ; de la terre (10), les reptiles ét les
naitre ces choses d'une autre manière, puisqu'aucun
1

quadrupèdes. Mais avant la venue à l'exhitence de ceux-


homme n'avait été présent (15) lor:s1qu'elles furent ame- ci, une voix d'abord se fit •ente111dre. Il apprenait ainsi à
nées à l'existence -, mais (il l'a écrit) comme que1qu'UJJ. tous ·ces (êtres) invisilbles et raisonna.bles (déjà nommés)
qui (F) a appris par le Saint-Esprit, et qui transmet à à connaitre la puis sance et la •sagesse de .celui qui les
1

'tous les hommes ·de ·qu'il écrit sur .ce qu'il a appr:iis ·com- avait créés et que c'est lui qui est l' Auteur de touit 14 •
me (un sujet d'). enseignement général 11 - r or, à pro-
pos des choses qui furent créées les premières·, il [Moïs·e] rpourquoi et pour quel usage (15) a-t-Il fait chacune
ne signale pas que la voix de Dieu ait précédé leur venue des cho1ses visiMes· ? Afin de rassemble·r et d'unir par un
à l'existenoe. seul lien la création, apr~. tous œs {êtres), Il fit l'homme
Car il n'a pas écrit : (20) .Alu ·commencement Dieu le dernier de fou>S, a.yant une âme apparentée aux (êtres)
dit : Que le ciel e't la terre so•ietnt, mais• 1seu:lemein.t ·ceci : invisibles -€'t misonnables, tandils que, d'autre part, le
«Au oommervoemen;t DieiUi fit le ciel et la terre» (Ge.n., corps s'apparente aux (êtres) visibles, afin que, <ians ·ce
I: 1), parce que là où il n'y avait point de créature qui vivant unique, tout (20) ·COnY"ergeât vers un 1seul {être) 15;
pût être enseignée et apprendrre au sujet de Dieu, la voix (c'est-à-dire) vers ceit (êfu-e) don't Il fit, d'u.n,e part, le
était superflue ; tandis· qu'elle était nécessair:e (25) pour cor[>s de terre ; l'âlme, d'autre part, de rien 16.
l'instruction des êtres qui n'eris'taient pws (encore) 12 -

9. A la différence du manuscrit nous lisons metul d• au 13. Trad. litt. : celui qui avait à apprendre, n'existait pas.
lieu de metuL 14. Théodore, dans Phil., pp. 53 : 25-54 : 12, Fragm.,
10. Théodore, dans Phil., p. 57 : 23-25, Fragm., p. 4 : 5-13 pp. 4 : 13-5 : 5 (trad., p. 3 : 9-23).
(trad., pp. 2 : 38-3 : 8), Théodoret, Q. IV, cc. 81 C-84 C. 15. Trad. litt. : serait réuni en un seul.
11. Théodore, Fragm., p. 13 : 12-22 (trad., pp. 8 : 28-9 : 4). 16. Théodore, dans Théodoret, Q. XX, cc. 109 C : 8-112 A :
12. Trad. litt. : de celui qui n'existait pas. 2, Fragm., p. 7 : 18-24 (trad., p. 5 : 5-12).
390 T. JANSMA
UNE HOMÉLIE ANONYME SUR LA CRÉATION DU MONDE 391
rcar, 1puisqu'Il fit pour nous la liumière viisib1e, de
quelque cho.se qui n'existait pas, ,afin de nous apprendre selon l'utilité de ceux .qui sont sur 'Verre, conformément à
qu'Il e\St FAuteur des (choses) vis:iibles, 1lui qui, de rien la volonté de Dieu. Dan,s le service qu'ils rendent ilis
les 17 a amenées à Fexistemice, ici on croit p.JilS V·olontie:rs [les guides] font preuve d'une graniCLe mesrure de so~­
l25) qu'Il les: [les êtres invisibles] a faits aussi de rien. si_on à ~ieu par lelll' sollicitude à notre égard, comme le
Car Il a créé l'homme le dernier de tous. L'à.me immor- dit le bl!enheureux Palli. : «Ils sonJt toV11Js ,des esprits au
telle et raisonnable qui es t paren'te des (êtres) (p. 77)
1
service (de Dieii )., e:n(l)oyés po·ur le seir'Dice (215') ,de oeux qui
invisibles, Iil la :fit id!e rien, ,afin que, en toutes œs choses, 1doivernit hérriter de la vi,e » (Epître auœ HéblJ"eruœ, I: 14) 21.
les légions invisibles et vaisonnables soient convajncues Par le fait que, dans l'homme, Il [Dieu] a fait ·con-
de sou activité créatrice. C'est pourquoi il est écrit au verger vers un seul être 22 fa venue à l'ex:i!stence de
1sujet de l'homme qu'il a été créé à son i.mage 18 • 'toute la création, et par le fait qu'elle [la création] est
rn:e même que ceux qui ne voient pas les rois (eux- toute à son usage et qu'il a besoin ·d'elle, ·et que, dans son
mêmies), (5) honorent les rois qui ,ge trouvent au loin, ensemble, elle se porte nécessairremen.t (p. 78) à son se-
par il'honn.ielll' qu'iilis1 rendent à fours images, ·ailllsi Dieu c~s, il ,se trourve que '1'h00Illlllie tient lieu d'ima.ge (de
·commanda aussi (fol. 10v 0 ), que, dans l'ho!lhme, toute la Dieu), pa11c,e que, sur l'oI'dre divin, 'tout ce qui a été créé
création Cû'nvoogeât vers un seul être 19 , afin que, par la le sert assidftment, et rend ainsi à Dieu ·ce grand et excel-
manière dont il [l'homme] fut produit et par la s:ollid- lent honneur (5). Tous les éléments 23 :s'empres:sen.t d'a;c-
tude (de Dieu) à son égard, fû.'t coTuD.u le Dieu de tout, à complir, conformément à l'ordre (fol. llr 0 ) divin, tou'tes
qui est rendu ho'!lneu:r par les cho1ses faites pOlll' lui
1 1 les chosies qui sont profüaJbJes et utiles pour nous.
[pour l'homme], (10) quand lies choses qui sont ordonnées rc'est ici que la bonne et la mauv;aise disposi'tion des
sont accomplies: dans l'amour et la crainte de Dieu. Or, (êtres) raisonnables .d!eivi:ent manifeste et visible. Quant à
des fruits ,sont produits par les chos es visibles, c'est-à-
1 ces (êtres)1 raisonnables et invisiibles ceux d'entre eux qui
dire la tierre et le del et 1'air et Feam et le feu. Pax ses
1 aiment (10) Dieu et garŒent sans 'cestSe son commande-
fruits [de la terre] l'hoomme e't les bêtes· :sur terre sont ment, font, ·conformément à l'ordre drvin, les chases qui
maintenus en vie : les uns {15) sont ad1aptés à notre ser- sont un secours polll' l'homme et pour l'ensemble. Par
viœ, d'autres: sont utiles pour no'tre plaisir, afin qu'on contre, œux qui ont méprisé la volonté de Dieu et ont
:sache dairement qu1e tou!tes ·les chose1s visfüles sont pour dévié viers l'opposition 24 , c'est-à,di.re les démons visent
1

l'us age de l'homme 20.


1
à faire tou't (15) ·COIDIID.e pour nuire aux homm~s. Oar,
rQua:nt aux (êtres) inJV11Slib11es et raisonnables, Il comme iJs ont vu qu'Il [Dieu] a donné à l'homme (le
[Dieu] leis icllstitua ~ides des vit.slibles pour détermineir pouvoir) de tenir lieu d'image de Dieu pour toute la
leur marche à touis (20) à leur :service [des, hommes], création, ils manifestent leur mauvaise disposition à l'é-
gard de Dieu en DJUi:san't à l'hoIDi.ID.e, puisqu'iLs ne peuvent
en rien frustrer la nature de Dile:u.
17. A la différence du manuscrit nous lisons 'enen au De même (20) qu'un révolté, lorsqu'il est loin et éloi-
lieu de 'enun. gné du roi, et qu'il ne peut lui nuire (directement), ma-
18. Théodore, Fragm., pp. 5 : 20-6 : 3 (trad., pp. 3 : 36-
4 ~ 5).
19. Trad. litt. : serait réuni en un seul. 21. Théodore, dans Théo-doret, Q. XX, c. 109 C : 2-'l,
Fragm., p. 20 : 5-14 (trad., pp. 12 : 30-13 : 3).
20. Théodore, dans Théodoret, Q. XX, c. 109 A : 12-C : 2,
Fragm., pp. 24: 12-25: 2, 28: 14-17 (trad., pp. 15: 17-26, 17: 22. Trad. litt. : a réuni en un seul.
36-18 : 3). 23. Le texte syriaque donne 'eqôré.
24. Le texte syriaque donne hôlen dalqublo.
392 T. JANSMA UNE HOMÉLIE ANONYME SUR LA CRÉATION DU MONDE 3!)3

nifesï:e sa mauvaise volonté à son égard en détruisant les et fom.elies en même temps. Mais pour l'ho~e (20) (Il
images du roi, airu;i 1e:n est-il de Satan dans la guerre ne le fit) pas ainsi : Il form.a d'abol'ld de terre (l'être)
continuelle qu'il nous livre : sa mauviaisre disposition en- mâJie et, après lui, Il fit (i'être) femelle semblable à lui
vers Dieu est blâmée 25 • De même ceux (25) qui sont de d':ine côte qu'H l~i prit pen~ant le sommeil qu'Il avait
bons serviteurs, c'est-à-dire les anges, manifestent leur fa~t to~ber sur lm. Car l'Ecnture dit ieeci ·: « Le Seigin.eiw
bonn·e volonté enveris Dieu, en acco:mpliss ant l~s cho·ses
1 Dieu_ ~?Jt : Il n'~st pas. bon 31 • qu'Adami soit seul. Je 'lui
qui (leur) ont été Ol'ldonnées, et en faisant, dans la me- ferai {-5) une_ Glide {q1 ~1i es!) sem,blable à ~ui » (Gen., II:
sure où ils l e peuvent, les chos:es utiles à l'image (p. 79)
1 1 18). « E'it le Seignwur D1ieu fit tombeq- Ul)'I) sommeil sur Adam
divine 26. et cehti-oi _s'e;vdormit. E1t Il prit wne dJe ses côtes et refer~
De même que, de ila manière que nous avons exposée 27 ma la chair a sœ place. Et le Seigiieur Di,eu prod!uisiit une
ci-dessus, Dieu a appris à ces (êtres) raisonnables et f~n~e de la côt,e qu'Il a,vaA:t pris~ (p. 8'0) d'Adam» (Gen.,.
invisibles, à connaitre 28 sa. force et sa sagesse, ainsi Il II. '"'1-22), étant, elle aussi, un etre humain. Car le mâle
a instruit .J'hoilli.!ne par }a force de l'âme, parce que ce-
1
et }a femelle sont ~galemem.t des êtreis humains, parce
lui-ci est un (êtr.e) 1 rais'onnahl. e (5). Ce qu'H a enseigné
1
~u Ils ~ont de ~a meme nature, comme aus1si les autres
aux ange,s par son eIIJSleilgilllement (.:llol. llv 0 ) , Il ne (le) etre~ viva,i:'ts son~ un, et comme (aus1si ,chez eux) la na-
leur a pas appriJs uniquement pour eux-mêmes 29 , mais ture de (1 ~tre) male (5) et femelle est la même.
1

aussi pour les hoo:nmes. Car œux qui étaient destinés à Or, Il attendit (fol. 12r0 ) avant de faire (l'&tre) fe-
porter secours aux hommes, et à lui [à l'homme] témoi- melle et_ ne le fit qrue plrus tard, afin qu'e, après a.voir été
gner le11r soin et leur so1licitude 30 .comme à l'image (10) le prenner à v·enir à l'existooce, Adam, par la manière
divine et au vivant qui, par l'âme qu'il possède, leur .est d_ont la fo~e fut faite; tS'emiblahle à lui et sortie plus
apparenté, recevraient/ !(lonc néoessa,ffemenit Fenseigne- tard de lm, p~t ~pp~endl'le à son propre rujet que c'était
ment véritable, pas UIDique:ment pour eux-mêmes, mais s~~1 Auteu: qm 1 avait créée, eUe aussi. Car Il ne fit pM
aussi pour les homme.s. De la même manière ·aussi, dans (l e~e) male (10) e't fen:n·elle différents l'un de l'arutre.
sa grande sollicitude, LI a.pprit sufüsammen't à l'homme Ma1s le Créateur et l' Auteur des deux est un seul et le
à le connaître lui-même, (15) comme nous l'apprenons par même : Dieu 32.
les saintes Ecritures. . ro'est ~our,quoi les païens qui sont dans Feneur de-
rcar H fit de terre le premier homme qui est notre vraient avoir honte, quand ils disen't que tout ce qui est
père à fous, toot en ne le faisant pais comme les bêtes au monde ~est créé et a surgi de soi-même, et qui attri-
qui sont privée1s de raison. Oar les bêtes, Il les fit· mâles buent au néant le pouvoi,r de se créer lui-même et di-
s~n't que le monde n'a point (une Providerrrne) qul le di-
rige (15). Leur folle erreur 33 cependant est réfutée par
25. Le texte syriaque donne mef;,k"ses. l'écri~ du bienheureux Molise qui, par l'action du Saint-
26. Théodore, dans Phil., p. 250 : 6-15. Cf. aussi Fragm., ~sprit, _a légué olairement dams son livre, à tous ceux qui
pp. 18 : 15-19 : 3, 19 : 19-20 : 5 (trad., p. 12 : 7-14). Les lignes Vl:endraient a;u monde, {ila descrip'tion de) toutes ces
19 : 19-20 : 5 sont en mauvais ltat, M. SAcHAU ne les a pas traduit. choses qui avaient précédé sa propre venue au monde, et
27. Trad. litt. : dite.
28. A la différence du manuscrit nous lisons 'aleph au
lieu de 'a1l 0 phan.
31. Trad. litt. : beau.
29. A la différence du manuscrit nous lisons metulôf;,0 hun
au lieu de metulôfeh. 32. Théodore, Fragm., pp. 25 : 12-26 : 17 (trad., p. 16 : 1-29).
30. Trad. litt. : le soin de leur sollicitude. 33. Trad. litt. : la foJie de leur erreur.
1

1,

1
T. JANSMA
UNE HOMÉLIE ANONYME SUR LA CRÉATION DU MONDE 395

qui a transmiis à toute ('20) la terre l'ensei:gm.ement C()n-


ce:rmant ces choses afin que le s·ouvenir en soit gardé 34 • Annotations
rAprès que Dieu donc eût produit le pre:mier de no-
1
La tradition eœégétiqwe d'Antioche.
tre espèce Il lui donna une ·COlll:Datssanœ exacte (des
choses), aftn qu'il sût que .celui qui l'avait eréé, lui, avait Le lecteur qui prendra la peine de corusulter les ou-
tout produit. Iil lui donna donc la sagesse, afin qu'il con- vrages auquel il est référé dans 'les notes se trouvant au
nût aussi l'avenir, de sorte que, par prophé'tie, i:l dise 1déjà bas des pages précédien'tes, ser>a frappé par le rapport
les .choses futures. Que ·d:iisait-il, {25) lorsqu'il vit la fem· entre l'homélie anonyme et l'Interp:rétation du Livre ,de
me venir vers lui? « Voioi m(J;Îm),tewœnt l'os de m<:lS os et la Oré(J).tion de Théodore, non seulement dans l'enchaine-
la ohair de ma chair. OeUe-ci serra appelée fem11rne pœrç.e ment des idées, mais souveint même jusque dan.s le choix
qu/eZle a été '[)Irise de l'homme. C'est powrquoi (p. 81) des tel'IDl.es 39 •
l'homme qu~ttera son père et sa mère et s'œttœ.chera à sa Il ne fau't d'aiHoors J>:vs perdre de vue que bien peu
femme. Et t:ou.s de'IUC, ils devieniLronJ.t Ulfl,,e .se1ule chariir » de chose nouis ·a été con.servé de .cet ouvrage volumineux :
(Gen., II: 23-24) 35. rpal'lce 1qu'i1s forment un seul corps, l'exégèse de que~ques v·ersets, qui figure dans les chaines
ils enigendreriont d'aiutres hœnmes, sambla!bllesi à eux-mêmes, grecques ; un certain nombre de passages que Jean Phi-
(fol. 12v0 ) afin que des hommes (engendrés) par. des lopon dte ou résume dans s:on Die opifipio rY11WJuU, pour
hommes .continuent à exister, en {5) génératiorus succes- les réfuter ensuite ; puis, dans une tra,duction syriaque,
sives 36, e't demeurent, notre es~ce étant perpétuée par deux sections de l'introduction au commentaire, ·et des
procréation 37 • fragments de l'explfoation des trois premiers chapifuoes de
rDieu raissembla aussi 'tous les animaux devant la Genèse. C'est tout. Malheureusement noua: ignorons
Adam. Et tous 1se tenaient devant lui, rempliis de grande comment l'évêque de Mopsues't,e a interprété le;.;; vel'lsets
crainte. Oar, avant qu'ill e1i't péché, aucun animal ne lui 19 et 24 du .chapitre II de la G.enèse.
inspirait de crainte, èt il n'aviait pas (10) poor non plus Quand pourtant l'on retrouvie dans les Qua.estiones et
qu'un seul d'entre eux lui nuise, -avant d'avoir péché et Responsa.e de Théod'û'ret 40 la même explic ati001 de Gen.,
1

d'être soumis à un jugemen't ide mort. Car tous les ani- II : 19 e't 24 que 1chez ['homéliste inconnu, on constate
m~x et l<es rerptHes et {autres ainimaux) sembl.ables se
tenaient devant lui comme devant (leur)1 chef, conformé- 39. Hom., p. 74: 3 = Fragm., pp. 3 : 1, 6 : 22, Hom.,
ment à l'ordre de D~eu son Créa'teur 38 • p. 74 : 4 == Fragm., p. 1 : 13, Hom., p. 75 : 17 = Fragm., p.
Gloire ilui soit ·rendue, et au Fils (né) de lui, et à 14 : 19, Hom., p. 75 : 26-27 = Fragm., pp. 5 : 22, 24-25, 6 : 1, 5,
FEsprit (15) vivant et .saint. Ett que sa mis:ér:korde soit Hom., p. 76 : 3 = Fragm., p. 4 : 17, Hom., p. 76 : 9-10 =
sur moi dans l'é'terrnité. Almen. Fr<JJgm., p. 6 : 8-9, Hom., p. 76 : 11-13 = Fragm., p. 3 : 12-13,
Hom., p. 76: 16 = Fragm., p. 7: 23, Hom., p. 76: 18 =
Fragm., p. 7: 21, Hom., p. 76 : 19 = Fragm. p. 7 : 24, Hom.
34. Théodore, Fragm., pp. 10 : 6-16, 11 : 23-12 : 12, 13 : p. 77 : 2 = Fragm., p. 4: 5-6, Hom., p. 77 : 7 = Fragm., p.
i2-22 (trad., pp. 6 : 28-7 : l, 7 : 30-8 : 4, 8 : 28-9 : 4), Chrysos- 9: 19, Hom., p. 77: 7-10 = Fragm., pp. 24: 17-25: 2, 29: 7-8,
t-Ome, VII 4, c. 65. Hom., p. 80 : 3-5 = Fragm., p. 26 : 12-13, Hom., p. 80 : 15 =
35. Théodore, Barb., fol. 55, DEvREES&E, p. 20, n. 1, fraga. Fragm., p. 10 : 8, ~. Hom., p. 81 : 5 = Fragm., p. 27 : 1. Cf.
11, Chrysostome, XV 3, c. 122. aussi l'homélie sur « la trœnsgressicm d'Adam », p. 82 : 16 =
36. Trad. litt. : par leurs générations. Fragm., p. 14: 22, Hom., p. 83: 22-23 = Fragm., p. 14: 20,
37. Théodoret, Q. XXX, c. 128 B-C. Hom., p. 86: 12 = Fragm., p. 20 : 13, Hom., p. 86: 13 = Fragm.,
38. Théodoret, Q. XVIII, c. 97 B : 9-14, Chrysostome, III p. 20 : 23-24.
40. Théodoret, QQ. XXX, XVIII, cc. 128 B-C, 97 B : 9-14.
2, cc. 591-592.
3
396 T. JANSMA UNE HOMÉLIE ANONYME SUR LA CRÉATION DU MONDEI 397
un:e fo:üs de plllil dans quelle mesure ee dernier dépend des en même temps que .cefile du ciel et de la terre -1.s , le ciel
grands repréS'entants de la tradition exégétique d' An- et la terre ·Comme limites extrêmes contenan't tout le
tioche. res,te 49 , la voix de Dieu qui parla : « Que la l!umrière
Il n'y a donc· pas lieu de s'étonn:er 41 si, sous certains soit » afin d'instruire les anges 50 , l'inS!'piration de MJoïse
rapports, l'homélie ,anoinyme présente de:; 'traits de res- par le Saint-E,sprft 51, l'adivité créatrice de Dieu qui se
semblance av;ec les ,conceptiom; d'Ephrem 42 et de Jean manifesta dans le silence aussi 1ongterm~· qu'il n'existait
Chrysostome 43. Cependant la différence d'interprétation pas d'êtres raisonnables 52, la convergence de foutes les
de la doctrin,e ,de la pré-création des anges 44 , et de l'ex- créatures vers un lien commun 53, la création de la lu-
pression imago Dei 45 e:xiclut définitivement à l'endroit de mière et de l'âme tirées du n:éant 54 , l'homme qui repré-
n:otre tJ.1aité la paternité littéraire de ce1s deux commen- sente Dieu comme l'image du roi, 10T1sque 1c1eJ.ui~ci est foin 55,
ta ileurs, <.lOmme lctelle de Basile de Oésiarié~. les êtres visibles 56 ert invisibles 57 qui sont au service
de l'homme, 'la création :séparée de l'homme et de la
L'eœégès·e de Narsaii. femme 5s et le caractère pro·phéti!q-µ.e ides paroles d'Adam
concerr11an't Eve 59.
Un des bastions de la tradition d'An'tio.cihe dans
l'Orient était l'Ecole des Pers.es à Edesse. Nous avorus Les citations bioliques.
cherché dans cette mle le traducteur de l'homélie sur
« la 1tr:ansgression 1à"Aclam » 46 • C'est au même milieu H est permis d'admettre que 1e coonmentaire de Thé-
qu'ap;partenait Narsai, qui, pendant de longues années odore est la SO'ill'Ce de l'exégèse de Nal'lsiaï. Oe dernier suit
fut 1d 'abord élève, plUJS tard professeur à Eld:esse avant de ·si près « J'Interprète » qu'il ci'te l'Epître axwc Hébreux
de devenir directeur de l'Ecole de Nisibte, qrui venait d'être (1ciliiapâ.tre I : 14) non point selO'Il. lia P•siÇto, mais dailiS
fondée. Dans œfte dernière ville, il poursuivit en terri- une tradudion syriaque du texte 1de la bible grecque 60.
toire perse l'enseign-ernent qui avait un jour fait la cé- Notre 'traité anonyme 6i donne aussi, dans le même con-
lébrité d'Edesse. texte d'idéeis, cette dtation selon les Septante.
Dam; ses homélies 47 on rencontre presque toll!S le~
thèmes de n,otre 'traité anonyme : la création des anges 48. O. c., Il, pp. 58 : 15-17, 184 : 2-6, 193 : 2-3, 210:
~-211: 4.
49. O. c., II, pp. 58 : 16-17, 211 : 1-4.
41. Voir L'Orient Syrien vol. V, 1960, pp. 172-181, 276-2!7. 50. O. c., Il, pp. 174 : 18-175 : 2, 176 : 2-4, 184 : 8-11,
42. Hom., p. 81 : 6-14 et R.-M. TONNEAU, Sancti Ephraem 17-22, 193 : 8-10, 208 : 11-17, 209 : 23-25, 210 : 14-15.
Syri in Genesim et in Exodum Cornmentariï, Louvain, 1955, pp. 51. o. c., Il, pp. 180 : 14-181 : 16.
30 : 27-31 : 2 (trad., p. 23 : 3-9) (Corpus Scriptorum Christiano- 52. O. c., -II, pp. 184 : 6-8.
rum Orîentalium, vol. 152 et 153). · 53. O. c., II pp. 70 : 10-12, 100 : 4-8, 103 : 7-8, 189 : 9-12,
43. Hom., pp. 74 : 3-5, 75 : 26-76 : 1 et Chry&ostome XII 197 : 11-14, 207 : 2, 239 : 4-8, 248 : 1-6.
1, c. 99, Hom., pp. 80: 20-81 : 5 et Chrysostome XV 3, c. 122. 54. O. c., II, pp. 187 : 20-21.
44. Hom., pp. 74 : 3-5, 75 : 5-10, 75 : 26-76 : 7 et S. G1ET, 55. O. c., II, pp. 100 : 1-5, 188 : 21-23, 189 : 20-21.
Basile de Césa;rée Homélies sur l'Hexaéméron, Paris, s. d., 56. o. c., Il, pp. 103 : 7-10, 188 : 14-15.
pp. 104-107 (Sources chrétiennes, vol. 26) = PG, vol. XXIX, 13A.. 57. o. c., Il, pp. 59 : 7, 103 : 11, 179 : 19-20, 188 : 14-15,
45. Hom., pp. 76 : 14-78 : 7, Ephrem, p. 23 : 24-30 (trad., 191 : 20-21, 219 : 5-8, 230 : 3-4.
p. 17: 15-21), et Chrysostome IX 2, cc. 77-78. 58. O. c., II, pp. 189 : 15-18, 197 : 23-198 : 7.
46. Voir L'Orient Syrien, vol. V, 1960, pp. 287-288. 59. O. c., II, pp. 100 : 8-101 : 3, 198 : 3-11.
47. A. MrnGANA, Narsai doctoris syri Hoimiliae et Carmina, 60. O. c., II, p. 219 : 7-8 et Théodore, Fragm., p. 20 : 7-10
vol. 1 et II, Mossul, 1905. (trad., p. 12 : 32-34).
398 T. JANSMA UNE HOMÉLIE ANONYME SUR LA CRÉATION DU MONDE 399

Outre œ renvoi aiu Nouveau Tes'tament, l'homéliste trêmement difficile de prouver, par des argwnents lin-
inconnu se réfère à cinq reprises à des passiages plu.s ou guistiques, qu'iù s'agit d'une tradtllction. Sans pré'tendre
moins lon.gs rde la Genèse. D~s Gen., I·: 3 la bihile sy- fournir des preuves, nous voudrion:,s attirer l'attention
riaque et les Septante sont conformes 62 • Dans deux eas SUI' certains poin'ts.
l'homélie suit la P•sit'to 63 • Oontrairemen..t à M. BURKITT Les phrases de notre traité sont en généra.:1. très lon-
qui ne constate qu'une seu;re fois (et c'est dans l'homélie gues, et souvent coopées par des parenthèses ; la cons-
sur « la transgreission d/.A1dartn ») Finfiueniœ des Septante 64 truction est souvent des plus compliquées. Autant le
nous croy·ons retrouver aussi cette infiuen·ce de la tra- style de l'homéliste diffère, souis ce rapport, de celui d'un
dition grecque dans les d'tations ide Ge,n.. , I: 165 et aute~r ~yrien, tel que Jean bar Penkayé 70 {qrui, dans .son
II: ~24: 66 • Dans le premier cas, il ne faut pas cher· exphcatiop. de ùa création, n'est pas moins dépendant 1d~
cher bien loin la sowce du texte sous ce'tte fomne : il «!'Interprète»), autant il ressemble à la traduction
suffit de consulter l'introduction à l'Jn,terprétation du grecque du ·commentaire de Théodore sur la Genèse.
LVvre de la Oréation, de Théo1dore, pour voir que -0ette Lorsque l'auteur inconnu e~pliique que tout œ qui a
citation sert à y étayer les mêmes arguments 67. ~té créé s'empre;sse de servir l'homme, il n'emploie ni le
Une seule citation conforme à il.a veriston des Sep-
1 terme: tous 'leis êtr~ (~ôné), ni: tous Les éléments
tante ne suffirait pas à jus.tifier la .conclusion que l'ou- ('~tuks~), mais: toutes les racinœ ('eqôrré) 71 • Pour au-
vrage syriaque dans lequel on la trouve, es•t la trad111c- tant qine nous sachfon.s, le syriaque n'emploie jamais lé
tion d'un original grec 68 • Mais les textes empruntés à 1a terme 'eq&ré dans un ·contexte analogue au nôtre 12, tan-
bible greCJque ,s·ont 1sii nombreux dans le cas qrui nous oc- dis que, dans· le grec, le mot éi~ix se rencontre quelquefois
cupe, qu'iil ne res'te plus aucun doute possible. dans Le sens de fondation et prindpe 73.
~ans la comparaison entre Satan et u.n rebelle qui
La langue ide l'original. détrmt l·es statues du roi, l'homéliste ne: ·choisit pas,
con:i-me , on ·1iy a'tteD!drait, le verbe : manifester (?iawi),
Y a-t-il, outre les citations, d'autres inldications per- marus : etre blâmé ('etklses) 74 • On seraJit tenté die cl'oire
mettant de ·Conclur,e que <l'homélie est d'origine grecqrue ?
1
à ThII' OOJS de eorroption de '.e;tpaJras ou d~n verbe de ce
Coornme Edesse comp'tait des traducteur,s connaissant genre, si deux fragments du .commentail'e d·e TModore,
aussi parfaitement le grec ·que le syriaqu.e 69 , il est ex- dans lesquels il emploie 'œ même mot dans un co.ntexte

61. Hom., p. 77 : 23-25.


62. Hom., p. 74 : 10. quum linguarum et graecae et syriacae tum mœteriae fheologioae
perit:issimum fuisse.
63. Gen., Il: 18, Hom., p. 79 : 23-25, P•sitto 'e'bed
(Septante 7toti]crwfLEV), Gen., fl: 21-22, Hom., pp. 79 : 25-80 : 1, 70. K•t.ôbo d•ris melé. Nous tenons à exprimer ici notre
P 0 sitto m.ôryo 'al6ho (Septante o ElEoç). gratitude aux Trustees of the Woiodbrooke Settlerneint, Se.Uy OOJk,
64. F. C. BuRKITI, S. Ephraim's Quartations from the Birmingham, pour avoir mis à notre disposition un microfilm
Gospel, Cambridge, 1901, p. 77. du Codex Min1gana N° 179 contenant cet ouvrage.
65. Hom., p. 75: 21 '•oad, Septante È7toLi]crev (P•Sitto b•ro). 71. Hom., p. 78 : 7.
66. Hom., pp. 80 : 25-81 : 2 hôso, Septante vüv (P•sïtto 72. R. PAYNE SMITH, Thesaurus Syriacus, vol. II, Oxford,
h6no zabno). 1901, c. 2970. .
67. Théodore, Fragm., p. 4: 14-16, cf. aussi p. 6 : 15-17 73. H. G. LIDDELL - R. Scon, A Greek-English Lexicon,
(trad., pp. 3: 9-11, 4: 19-20). vol. II, éd. rev., Oxford, 1951, p. 1570.
68. Voir L'Orient Syrien, vol. V, 1960, pp. 279-282. 74. H-0m., p. 78 : 23. Cf. ligne 22 : m•hawe et ligne 26 :
69. Cf. E. SACHAU, o. c., p. VI... hoc certe stœtuerim eum m•T:iawen.
400 T. JANSMA

analogue à celui de notre traité 75, ne venaient nous


fournir une autre explication.
Notl"e homélie ert celle sur « la, tram,sgr~.sion d' Ada!m »
presentent u.ne ress:embJanœ frruppante quant au climat LA VIE QUOTIDIENNE DU MOINE
s·piri'tuel, au style et au ,choix: des .termes 76 • AuS<!i la
supposition qu'elle est de la même main n'est aucune- SYRIEN
ment aventurée. Or, nous croyons avoir prouvé, dans no- suite ..
tre premier article, 'qn.te le traité sur « la 'trCVMf!Y"essioo
d'Adam» est d'origine grecque 77 • Oette considération,
s'aj•outant aux: argumds awancés dans ~es piara1graphes
précédents, nous coniirme dans la e.onviction qu'un texte
grec est, cette fois, encore, à l'origine du 'texte S·yria,que
de l'homélie sur « la O'réation dlut mmi1de ».
* IV. La vze quotidienne.
L'homélie sur « la
**d;u monde » __. un Hexa-
œéaitiorn A défaut d'un règlement écrit bien précis, nous
méron en miniature, dans le style antiochfon - n'enri- pouvons donc nous awuyer sur urne tradition monasüque
chit pas ses lecteurs de n.ouvelles conceptions : si jamaÏl> et même sur des règles pour déter.min1er, dans un 1cad.re
un ouvrage s'est caractérisé par le manque to.tal d'ori- général, la vie quotienn~ _du moine syrie~'. ~~e déter-
ginalité, c'est hien 1ce twrgômo. Il faut ·chel"cb.er aihleur.s mination est encrnre facilitée par les descr1ption.s, que
son :importance : le traité sur « la créat;ion dtu monde» Tb.éodoret et s:aint Jean Cihryso1stome nious doillll!ent ®
montre, de même que l'homélie sur « la, trwnsgression la vie monastiqoo syrienne primitive 1•
~'Adam », ·combien œr:bains milieux: syrierns tenaient à pos-
séder, dans leur pl'opre langue, des ouvrages écrits selon 1) L'esprit et le milieu monMtiques.
l'esprit de FEcole d~Antio,che.
T. J.A.NSMA a)1 Le mo·nachisme 1syrien a certainement co~u des
75. Fragm., p. 18 : 20 (trad., p. 12 : 11), et p. 20 : 2. (Cette
règles orales et écrites, mais on. y cherche. en vam une
ligne figure dans un contexte en mauvais état. M. SAcHAu n'a définition nette de la vie monastique e!l!le-meI?-e. Pourtant
pas essayé de la tra'duire). Cf. aussi l'homélie sur « lœ tJransgrres- les moines sont pénétrés du sens de leur VI~, lequel se
sion d'Adam ll, p. 87 : 16. présente sous différ·ei:its aspects. Dans les réCLts de Th.~o­
76. La nature de Dieu est invisible (p. 74 : 21 et p. 84 : doœ't « 1a plhilo·sopib.ile » est surtout un amour du Ohnst,
18-19), Dieu veut apprendre aux êtres raisonnables q;ue c'est lui . qui lnspire et sioutdlent la vie awsrtère eit Fa:postol\at du
qui est l'Auteur de tout (p. 76: 12-14 et p. 82: 5-7, 16), l'âme moine.
de l'homme est apparentée aux êtres (litt. natures.) invisibles et
raisonnables (p. 76 : 17-19 et p. 86 : 5-7), les fruits de la terre
sont à l'usage de l'homme (p. 77 : 11-14 et pp. 82 : 2, 84 : 9), * Voir L'Orient Syrien, vol. V. fasc. 3 (1960), pp. 293-330.
les anges viennent au secours de l'homme (p. 78 : 10-11, 25 et Les biographies de saint iean Chrysostome do~ment,
l.
pp. 86 : 11-12, 87: 8-11), les démons ont méprisé la volonté de d'ordinaire, un excellent résumé de la vie monastique s~enn~ :
Dieu et ont dévié (p. 78 : 12-13 et p. 86 : 15-16, 18-19), l'homme Chr. BAUR Der heilige Johannes Chrysostomus und semJ~ Zeit,
peut être instruit par Dieu parce qu'il a une âme raisonnable Munich, 1929. A. MoULARD, Saint Jean C~rysostome, sa vie, so•n
(p. 79 : 4-5 et p. 84 : 13), Adam fut soumis à un jugement de œuvre, Paris, 1941. A.-J. FEsTUGIÈRE, Anti~che païenne. et ch~é­
mort (p. 81 : 11 et p. 84 : 1-2, cf. aussi p. 85 : 23 (Cain)). tienne; LIBANIUS, Chrysostome et les moines de Syrie, Pans,
77. Voir L'Orient Syrien, vol V, 1960, pp. 279-287. 1959, 329-346.