Vous êtes sur la page 1sur 19

Agrégation de Lettres

Epreuve d’explication de texte sur programme suivie d’un exposé de


grammaire
Méthodologie
Esther Pinon
1-1254-MO-WB-01-16

Epreuve d’explication de texte sur programme suivie d’un


exposé de grammaire

Coefficient :
 9 à l’agrégation externe de lettres classiques
 12 à l’agrégation externe de lettres modernes
 7 à l’agrégation interne de lettres classiques
 8 à l’agrégation interne de lettres modernes

Durée de la préparation :
 2h30 à l’agrégation de lettres classiques (externe et interne) et à
l’agrégation externe de lettres modernes
 3h à l’agrégation interne de lettres modernes
La gestion du temps est laissée à la libre appréciation du candidat. Il est néanmoins
raisonnable de consacrer une demi-heure à une heure à la grammaire.

Durée de l’épreuve :
 1h à l’agrégation externe de lettres classiques, dont 45 minutes
d’exposé du candidat (la durée de l’explication de texte proprement dite
est laissée à la libre appréciation du candidat, mais il est raisonnable de
lui consacrer 30 minutes, 35 au maximum, de manière à ce que l’exposé
de grammaire puisse occuper 10 à15 minutes). L’exposé du candidat est
suivi d’un entretien d’un quart d’heure.
 50 minutes à l’agrégation de lettres modernes (externe et interne), dont
40 minutes d’exposé du candidat (l’explication de texte proprement dite
ne devra en aucun cas excéder 30 minutes, de manière à ce que l’exposé
de grammaire puisse occuper 10 minutes). L’exposé est suivi d’un
entretien de 10 minutes à l’externe. À l’interne, la durée de l’entretien
n’est pas spécifiée, mais occupe également 10 minutes environ.

MINISTERE DE L’EDUCATION NATIONALE


MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE
 45 minutes, suivies d’un exposé d’une durée non précisée à l’agrégation
interne de lettres classiques

2
Exigences générales et objectifs

L’explication de texte se doit, comme l’étymologie suffit à l’indiquer, de dérouler ou de


déployer ce tissu ou ce tissage qu’est le texte, d’en explorer tous les replis. Cependant, et ce
particulièrement lorsqu’il s’agit d’expliquer l’extrait d’une œuvre étudiée tout au long de
l’année, l’exercice ne se réduit pas à une « mise à plat » du sens du texte. Au contraire, il
s’agit de donner du relief à l’extrait proposé, en mettant au jour ses spécificités, ce qui
implique d’interroger sa place et sa fonction au sein de l’œuvre au programme. L’explication
de texte devra donc proposer une interprétation qui rende compte de l’ensemble de l’extrait
proposé et s’appuie tant sur l’organisation générale de cet extrait (considéré non comme un
tout autonome, mais comme un constituant nécessaire de l’ensemble plus vaste qu’est
l’œuvre) que sur une analyse précise du détail du texte et notamment de ces effets de style.
Une explication de qualité suppose donc une lecture à la fois minutieuse et synthétique, les
Charybde et Sylla de l’exercice étant de survoler le texte sans en sonder les profondeurs, ou
au contraire de noyer la lecture sous un trop grand nombre de remarques éparses et mal
unifiées qui font perdre de vue la cohérence de l’extrait. Il s’agit bien entendu de proscrire la
paraphrase (à quoi bon répéter ou même reformuler « ce que l’auteur dit », puisque l’on peut
espérer le « dire » mieux que lui ?), mais aussi de s’interdire toute accumulation d’analyses
sans lien. Si érudites et technicistes qu’elles soient, elles ne pourront faire sens si elles ne sont
pas orientées par un projet de lecture qui assure la solidité et l’intérêt de l’ensemble.
L’explication de texte doit en effet faire entendre une lecture globale et personnelle de
l’extrait. Les impressions éprouvées à la lecture ne devront donc pas être laissées de côté :
même s’il n’est pas question de procéder à une lecture impressionniste du texte, ni à un
panégyrique d’un auteur particulièrement aimé, il sera toujours utile voire nécessaire de
s’interroger sur les effets que le texte est destiné à produire sur le lecteur : il serait donc
artificiel, voire dangereux, de vouloir mener une lecture distante et désincarnée du texte.
Autant qu’un savoir et un savoir-faire, l’épreuve orale de l’explication doit permettre de
mesurer la capacité d’un enseignant ou futur enseignant de lettres à partager une lecture
sensible à la particularité du texte et à son originalité, mais aussi à sa force et à sa beauté.
L’ensemble de l’exposé doit constituer une démonstration, étayée par des analyses
littéraires et linguistiques. Si brillante et ingénieuse que soit cette démonstration, on ne
prétendra toutefois détenir, à l’issue de celle-ci, la vérité unique et incontestable du texte –
même si l’exercice vise la plus grande précision possible, aucune explication de texte ne peut
prétendre à l’exhaustivité, et il ne s’agit pas d’accomplir une démonstration

3
« mathématique » : les explications les plus riches et les plus intéressantes sont souvent celles
qui donnent à sentir les ambivalences parfois irréductibles d’un texte, ses points de résistance.
L’explication de texte se distingue du commentaire composé dans la mesure où elle repose
sur une étude linéaire de l’extrait. Le candidat n’aura donc à suivre d’autre « plan » que celui
élaboré par l’auteur – le mouvement de l’exposé sera calqué sur celui de l’extrait. Mais le fait
de n’avoir pas à constituer un plan ne signifie pas que l’explication puisse avoir une structure
lâche. Comme toutes les épreuves orales, l’explication de texte est d’abord un acte de
communication et l’efficacité de la parole passe non seulement par une élocution claire et par
le choix d’un registre de langue approprié, mais aussi par une construction solide du discours.

1) Structure de l’explication de texte


a) L’introduction
Elle doit tout d’abord présenter et situer le texte, d’autant plus précisément qu’il
convient de montrer que l’œuvre, étudiée tout au long de l’année, est parfaitement connue. De
cette connaissance solide de l’œuvre au programme, préalable à toute explication, on
n’infèrera cependant pas que la situation de l’extrait peut se faire de manière allusive : les
premières phrases de l’introduction doivent fournir clairement et explicitement à l’auditoire
toutes les données nécessaires à la compréhension de l’extrait. Elles relèveront autant du
contexte global (historique, littéraire, éventuellement biographique) que du contexte étroit de
l’œuvre. Il n’est pour autant pas question de faire de cette étape l’occasion d’un étalage gratuit
de connaissances : seuls les éléments indispensables à la lecture de l’extrait seront rappelés.
Aussi est-il impossible de composer une « présentation-type » qui pourrait être réemployée
pour toute explication d’un extrait d’une même œuvre. Les premiers mots de l’introduction
sont en réalité déjà une marche vers la problématique, et ne doivent donc contenir aucune
information superflue : la cohérence et la consistance d’une explication doivent être
perceptible d’emblée, et s’il importe de ménager des effets d’attente, le mouvement de la
pensée doit aussi être clair et aller très vite à l’essentiel. On se défiera par exemple des
données biographiques : il est souvent inutile de remonter ab ovo en rappelant la date de
naissance de l’auteur, en retraçant sa généalogie ou les événements de son enfance et de sa
jeunesse – à moins naturellement que l’on ait à expliquer, par exemple, « Ce siècle avait deux
ans », « Après la bataille » ou « Ce qui se passait aux Feuillantines vers 1813 », de Victor
Hugo. Tout l’enjeu de cette première étape consiste donc à sélectionner soigneusement les
éléments susceptibles d’éclairer de manière pertinente l’extrait à étudier, et cet extrait
uniquement, tout en soignant un moment décisif sur le plan rhétorique. La présentation du

4
texte se confond en effet avec « l’accroche », telle qu’elle qu’on la pratique pour la
dissertation ou la leçon. La prise de parole doit se faire de manière forte et efficace, de
manière non seulement à capter toute l’attention du jury, mais aussi à installer d’emblée
l’exposé dans une tension réflexive. Aussi serait-il peu judicieux de commencer une
explication par une formule du type : « Ce texte… » ou « L’extrait que nous allons
étudier… ». Une telle entrée en matière pècherait d’abord par un excès de banalité toujours
redoutable en situation de concours, et serait même illogique : « le texte » ou « l’extrait » en
question n’ayant pas encore été présenté, on ne peut s’y référer en usant d’un adjectif
démonstratif ou d’un article défini. Mais surtout, pareille formule ne dirait rien du texte dans
sa spécificité, qui doit immédiatement être perceptible, ce qui signifie que l’étape de la
présentation doit aussi caractériser le texte de manière synthétique mais précise.
Cette présentation et caractérisation du texte doit conduire naturellement à la lecture
de l’extrait (on s’épargnera ainsi la formule, certes claire, mais scolaire et un peu maladroite :
« Je vais maintenant procéder à la lecture de l’extrait »). Ce moment de la lecture n’est pas un
exercice gratuit destiné à soumettre le candidat à l’épreuve supplémentaire que serait la mise
en voix d’un texte, et la présentation, si elle est bien menée, doit en rendre perceptible le
caractère nécessaire : non seulement il est impossible de partager un texte si on ne l’a pas au
préalable fait entendre, mais encore une présentation de qualité devrait logiquement susciter
curiosité et intérêt pour le texte, et donner à l’auditoire comme à l’orateur l’envie d’entendre
et de faire entendre ce qui doit être le lieu d’une rencontre intellectuelle. C’est dire si la
lecture peut être un moment de plaisir partagé. Après la tension qui accompagne souvent la
prise de parole, le candidat qui n’a plus à porter ses propres mots, mais ceux d’un autre, peut
et doit respirer (il faut éviter les lectures « précipitées » qui ne donnent pas le temps
d’apprécier le texte et laissent imaginer que l’on a hâte de se débarrasser d’une épreuve qu’il
juge désagréable) et poser sa voix, au propre comme au figuré. Cet allègement de la tension
ne doit cependant pas entraîner un relâchement, ni la parole rapportée un investissement
moindre, bien au contraire. La lecture rend déjà perceptible la bonne compréhension d’un
texte, et même son interprétation, au sens théâtral du texte comme au sens herméneutique.
C’est le moment où l’on peut goûter la musicalité d’un morceau poétique, le comique ou
l’émotion d’une scène de théâtre, la profondeur d’une page romanesque… mais aussi celui où
se construit déjà une première explication du texte, parce qu’il y a derrière toute mise en voix
une intention signifiante. On pourra penser par exemple à l’analyse d’un effet de la mise en
scène de Tartuffe par Fernand Ledoux que mène Pierre Larthomas :

5
Au début du Tartuffe, l’exposition se fait grâce à une discussion violente entre Mme
Pernelle et les autres membres de la famille. « La scène », indique Fernand Ledoux,
« s’attaque dans un grand mouvement de la part de tous les acteurs… le jeu doit être rapide,
fort, sans bavures ». Mais dans cette discussion rapide, le metteur en scène a marqué un arrêt
entre la réplique de Damis et la réponse de sa grand-mère :

— Votre Monsieur Tartuffe est bien heureux sans doute…


— C’est un homme de bien qu’il faut que l’on écoute…

et commente :

Cette réplique est d’une importance considérable ; c’est la première fois qu’on
parle de Tartuffe… Madame Pernelle, clouée sur place, foudroie Damis, et, dans un
silence, le premier de l’acte, elle descend entre la cheminée et le fauteuil. Arrivée à cette
place, elle donne sa réplique, largement et avec gravité. […]

Silence, mouvement, reprise enfin du tempo initial, l’effet, on le voit, est très appuyé
et met bien en valeur un des éléments essentiels de la pièce. Mais il est difficile de définir ici
la part de l’auteur et celle du metteur en scène. Il se peut que Molière ait recherché un effet
plus brusque d’interruption, comme dans les répliques précédentes, et comme semblent
l’indiquer les points de suspension des premières éditions, mais enfin nous n’en savons rien ;
et le texte, l’intrigue et la psychologie des personnages légitiment cet arrêt et ce silence. C’est
justement dans la mesure où il est impossible de séparer le texte de la façon dont il est mis en
valeur qu’une mise en scène se révèle excellente1.

Le commentaire de Pierre Larthomas révèle tout ce que peut dire un silence. Il suggère aussi
qu’une mise en scène est déjà une explication de texte ; aussi une explication de texte
gagnera-t-elle à s’ouvrir par ce qui pourrait être une ébauche de mise en scène (et pas
uniquement pour les textes théâtraux). Sans surjouer ni même jouer véritablement (on ne
perdra pas de vue que le cadre de la lecture demeure celui d’un concours, non d’une
représentation), il convient d’offrir une lecture concertée, réfléchie, consciente de ses effets et
de leur portée. Pour y parvenir, il est nécessaire de s’exercer tout au long de l’année à la
lecture à voix haute, ce qui présente de plus l’intérêt d’aider à la mémorisation de citations en
vue de la dissertation. Enfin, d’un point de vue purement pratique, pour ne pas courir le risque
d’oublier cette étape si décisive de l’introduction (ce qui peut arriver, lorsque l’on est absorbé
dans son propre discours), il sera utile d’écrire le mot « lecture » de manière très visible sur la
page de notes, après la présentation et avant la description de la composition du texte.
On évoquera tout d’abord la facture d’ensemble, l’unité du texte, en décrivant la
structure métrique d’un poème, l’organisation en paragraphes d’un texte en prose, la
répartition de la parole dans une scène de théâtre, le cas échéant la longueur des phrases, la

1
Pierre Larthomas, Le Langage dramatique : sa nature, ses procédés [1972], Paris, PUF/Quadrige,
2012.

6
récurrence d’un motif ou d’une structure syntaxique… autant d’éléments qui ne sont à
mentionner que s’ils sont exploités dans la suite de l’explication. Les évoquer sans les intégrer
ensuite au processus interprétatif serait signaler un défaut d’attention portée à la forme, qui ne
serait qu’artificiellement et superficiellement mentionnée. La description d’une structure
métrique ou d’un schéma rimique, par exemple, n’a d’intérêt que si le procédé est questionné,
analysé – et puisque l’on ne peut se dispenser de ces descriptions dans le cadre de l’étude d’un
poème, il est inutile de préciser que ce travail de questionnement et d’analyse est
indispensable.
Dans un second temps, on s’attachera à décrire le mouvement du texte. Il ne s’agit en
aucun cas de « découper » le texte en deux ou trois « parties » apparemment confortables,
parce qu’elles paraissent baliser la lecture, mais en réalité trompeuses et périlleuses, parce
qu’elles en estompent la cohérence indivise et font perdre de vue les lignes de force qui
traversent l’extrait. C’est bien une dynamique, une progression, une structure signifiante qu’il
importe de mettre au jour et qu’il faudra justifier en se référant à des critères qui généralement
ne sont pas seulement thématiques : ils seront souvent énonciatifs ou rhétoriques.
L’organisation typographique du texte sur la page constitue fréquemment, certes, un repère
instructif, mais il convient de la considérer avec prudence. Elle n’est pas toujours signifiante :
e
dans le cas d’un texte en prose, surtout s’il est antérieur au XIX siècle, le « découpage » en
paragraphes n’a pas nécessairement été voulu par l’auteur et peut être dû à la main d’un
typographe et ne doit donc pas être sur-interprété. De même, une strophe ne constitue pas
toujours une unité de sens, même dans le cas d’un sonnet (on se gardera d’opposer trop
systématiquement les quatrains et les tercets). Dans les « Stances à la Malibran », par
exemple, il serait absurde de traiter isolément les stances IV, V et VI en admettant sans
précaution qu’une stance constitue toujours un tout signifiant. Une simple observation du
texte suffit à révéler que Musset, toujours libre à l’égard des lois et des modèles, s’affranchit
de cette règle non écrite :

IV
Comme dans une lampe une flamme fidèle,
Au fond du Parthénon, le marbre inhabité
Garde de Phidias la mémoire éternelle,
Et la jeune Vénus, fille de Praxitèle,
Sourit encore, debout dans sa divinité,
Aux siècles impuissants qu’a vaincus sa beauté.

7
V
Recevant d’âge en âge une nouvelle vie,
Ainsi s’en vont à Dieu les gloires d’autrefois ;
Ainsi le vaste écho de la voix du génie
Devient du genre humain l’universelle voix…
Et de toi, morte hier, de toi, pauvre Marie,
Au fond d’une chapelle, il nous reste une croix !

VI
Une croix ! et l’oubli, la nuit et le silence !
Écoutez ! c’est le vent, c’est l’Océan immense ;
C’est un pêcheur qui chante au bord du grand chemin.
Et de tant de beauté, de gloire et d’espérance,
De tant d’accords si doux d’un instrument divin,
Pas un faible soupir, pas un écho lointain !

C’est bien ici l’irruption du pronom de deuxième personne (d’autant plus visible qu’il est
réitéré et accompagné du prénom de la cantatrice), qui constitue le point de bascule du poème
et mue la méditation générale sur les arts en chant funèbre.
La description du mouvement du texte sera d’autant plus fructueuse qu’elle
contournera les évidences et entrera déjà dans la subtilité de la composition de l’extrait,
souvent révélatrice. Il sera ainsi possible d’extraire la problématique (ou « projet de lecture »)
de la dynamique même du texte. Dans l’exemple qui vient d’être cité, l’absence de
coïncidence entre l’unité strophique et l’unité sémantique signale d’emblée que Musset
imprime à l’écriture poétique la souplesse de la voix humaine, et permet donc d’interroger le
rapport de la poésie au chant, ce qui constitue un premier élément de problématisation. Dans
tous les cas, la problématique devra être amenée naturellement, sans rompre la progression
logique de l’introduction. Parce qu’elle est le pivot de toute l’explication, il importe qu’elle
soit clairement indentifiable, et il est donc conseillé de la présenter sous forme interrogative
(directe ou indirecte), ce qui offrira un repère rhétorique fort. Il n’est pas impossible de
proposer la problématique sous forme non interrogative, mais elle devra alors être très
solidement construite, et soulignée par une inflexion de la voix, afin que ce moment décisif de
l’introduction prenne tout son relief. On évitera néanmoins de rendre trop marqués ces effets
d’insistance, et l’on s’interdira notamment de prononcer les mots « problématique » ou
« projet de lecture » (dire : « je vais maintenant vous exposer mon projet de lecture » serait
trop scolaire, et surtout romprait l’enchaînement logique des différents temps de
l’introduction en suggérant une structure artificielle).
La problématique n’est pas véritablement une question ouverte : sans tout dévoiler,
elle est déjà nettement orientée et indique l’hypothèse de lecture qui sera suivie tout au long
de l’introduction. Elle doit donc être suffisamment vaste pour embrasser l’extrait sans laisser

8
de côté ses enjeux majeurs, mais aussi suffisamment précise pour faire de l’explication une
véritable démonstration (qui vise généralement à éclairer le lien entre un moyen littéraire et
un sens, entre un choix d’écriture et la production d’un effet) et non une collection
d’observations qui prétendraient vainement à l’exhaustivité et diffracterait la force signifiante
de l’extrait.
Après l’énoncé de la problématique, on pourra, pour rendre parfaitement explicite la
logique de l’exposé, indiquer en quelques mots les pistes qui seront suivies pour y répondre et
qui correspondent peu ou prou aux deux ou trois axes qui seraient suivis dans un
commentaire. Rappelons au passage que le développement proposera une lecture linéaire qui
ne devra en aucun être structurée en fonction de ses axes : il s’agit seulement de mettre
d’emblée au jour les points saillants qui assureront la cohérence de l’explication. Cette étape
est néanmoins facultative, et ne doit être menée que lorsque le candidat est certain de pouvoir
se garder de tout effet de répétition et de ne pas épuiser l’intérêt de la démonstration par ce jeu
d’annonce – il ne s’agit pas de conclure avant d’avoir entamé le développement. Cependant
ces quelques mots, s’ils sont choisis avec discernement, présentent le double avantage de
clarifier la pensée et d’assurer une transition naturelle entre l’énoncé de la problématique et
l’étude du détail du texte.

b) Le développement
Il consiste en une explication linéaire du texte, la plus précise et complète possible,
mais toujours orientée vers la réponse à la problématique annoncée en introduction. Aussi la
lecture linéaire ne doit-elle pas se réduire à un commentaire mécanique, « ligne à ligne », ni
même mot à mot, phrase par phrase ou vers à vers. L’explication doit en permanence rendre
perceptible les ensembles cohérents qui structurent le texte, au niveau du mouvement
d’ensemble tout d’abord. Ce mouvement, ou cette dynamique, qui a été décrite en
introduction, fournit l’architecture globale du développement : si l’on a décrit une progression
textuelle en trois temps, ces trois temps devront être clairement perceptibles au fil du
développement. Autrement dit, avant de se plonger dans l’explication détaillée de tel
mouvement du texte, on le caractérisera rapidement dans ce qui constitue l’introduction
partielle d’une « partie » du développement. Ce n’est qu’une fois effectuée cette présentation
globale (qui balise la lecture et explicite, une fois de plus, la démarche d’analyse adoptée) que
l’on procèdera à l’explication détaillée et toujours linéaire (même si on a dégagé un ensemble,
on progressera dans sa lecture au fil du texte, et non en reprenant les axes éventuellement
présentés à la fin de l’introduction). À l’issue de l’explication de ce mouvement, une

9
conclusion partielle offrira un bilan de la lecture effectuée, en lien avec la problématique qui
sera ainsi rappelée, de sorte qu’on ne la perdra jamais de vue. Cette conclusion partielle
pourra également tenir lieu de transition et ouvrir sur l’introduction partielle du mouvement
suivant.
Au sein de chaque mouvement, il conviendra là encore de dégager des sous-ensembles
qui ne seront pas nécessairement de longueur égale : il ne s’agit pas de juxtaposer
systématiquement des segments commentés mécaniquement, ce qui serait par trop monotone
et superficiel, mais de donner à entendre les scansions du texte, son rythme propre, à l’échelle
de la phrase ou du vers aussi bien qu’à l’échelle de l’extrait tout entier. On pourra par
conséquent s’attarder longuement sur un mot, sur un hémistiche, ou sur une proposition brève,
puis commenter plus rapidement une phrase, ou un ensemble de trois vers ou de plusieurs
propositions. Dans le cas où le texte présenterait un procédé récurrent sur quelques lignes ou
vers, il serait permis de rompre quelque peu la linéarité de la lecture, en analysant ce procédé
lors de la première occurrence, en observant sa fréquence, et en analysant immédiatement, si
nécessaire, les éventuelles variations signifiantes de ce procédé, afin d’éviter toute forme de
répétition.
L’efficacité de l’explication passe aussi par un usage réfléchi de la relecture ou de la
citation : il est impossible de se contenter de lire un fragment (par exemple, un vers) et de le
commenter, puis de lire le suivant avant de le commenter à son tour, comme si l’on procédait
à une « traduction » du texte par l’explication. Ce procédé, d’une part, serait lui aussi
particulièrement monotone, et d’autre part, ne laisserait pas à l’explication le temps de se
déployer véritablement et d’atteindre les profondeurs du texte : l’exposé est en effet
relativement bref, et ne laisse pas le temps de relire d’un bout à l’autre de manière fragmentée
un texte qui a déjà été lu intégralement dans son introduction. Cette méthode présenterait
surtout l’inconvénient majeur d’« émietter » l’extrait. Loin de le donner à entendre à nouveau,
il le rendrait flou, en ferait perdre la cohérence. Pourtant le texte doit bel et bien se faire
entendre, et nourrir en permanence le commentaire. Il est donc exclu de s’y référer en usant
uniquement de repères comptables (« au vers 1, à la ligne 11, dans la phrase suivante… »). On
perdrait là encore le texte de vue dans une lecture désincarnée qui ne mériterait d’ailleurs plus
guère le nom de lecture. La référence aux lignes est d’ailleurs à bannir dans la mesure où les
« lignes » n’ont pas d’existence réelle et absolue : d’une édition à l’autre d’un même texte, la
disposition varie, et même si le jury dispose de la même édition que le candidat (et donc des
mêmes « lignes »), il est rare qu’il ait au préalable numéroté lesdites lignes. Ce mode de
référenciation l’obligerait donc à une gymnastique inconfortable et finalement intenable qui

10
menacerait l’intelligibilité de l’exposé. Il convient donc de sélectionner les passages qui
doivent impérativement être relus (parce qu’ils constituent des moments-clefs du texte, ou
parce qu’ils seront le support d’une analyse complexe, ou encore parce que l’on souhaite faire
entendre d’éventuels conflits d’interprétation par une lecture légèrement différente de celle
que l’on avait proposée en introduction), et ceux qu’il n’est pas indispensable de dire à
nouveau. En revanche, le texte tout entier doit être commenté : certains ensembles plus vastes
seront certes traités de manière synthétique (et c’est généralement dans ce cas que l’on peut se
dispenser d’une relecture), mais ils ne devront en aucun cas être laissés de côté : il serait
rédhibitoire de ne pas « expliquer » tout le texte. Les silences signalent généralement, tantôt
une mauvaise gestion du temps de parole, tantôt une difficulté que l’on n’a pas su ou pas osé
résoudre, et sur laquelle le jury reviendra très certainement au cours de l’entretien, tantôt un
défaut d’attention porté à tel passage de l’extrait. Or, en dépit des variations d’ampleur des
sous-ensembles commentés, chaque moment du texte doit être considéré avec le même degré
d’attention, parce qu’il s’agit de montrer le fonctionnement d’un tout cohérent au sein duquel
tout fait sens et rien n’est superflu.
Cette explication linéaire se nourrit d’analyses précises, dont la nature varie en
fonction du sous-ensemble étudié : on convoquera ainsi des analyses stylistiques aussi bien
que culturelles, grammaticales aussi bien que rhétoriques, linguistiques aussi bien que
poétiques… Toutes doivent être précises, aussi pourra-t-on recourir à un vocabulaire
spécialisé (lorsqu’on analyse la grammaire, par exemple, il importe de s’appuyer sur des
identifications précises), mais on se gardera de tomber dans le jargon et le pédantisme comme
d’énoncer des évidences. Lorsque l’on explique « L’Huître » Francis Ponge, il est nécessaire
de s’arrêter sur la nature grammaticale du mot « perle » (dans « Parfois très rare une formule
perle à son gosier de nacre »), mais quel serait l’intérêt de préciser, dans une explication de
l’incipit de Madame Bovary, que le mot « casquette » est un substantif ? De même, s’il est
nécessaire de pouvoir identifier les figures de rhétorique les plus fréquentes, pour les plus
rares en revanche, mieux vaut une description précise d’un procédé que l’on ne saurait pas
nommer qu’un nom qui ne serait assorti d’aucun commentaire. Ce serait une aposiopèse
particulièrement mal venue que d’en nommer une sans la commenter. De manière générale,
tout phénomène ou procédé mentionné doit impérativement être commenté et faire sens dans
la perspective de la problématique retenue. Jusque dans les moindres détails de l’explication,
celle-ci doit en effet guider l’ensemble de l’exposé, et tout élément qui ne s’intègrerait pas
véritablement dans le projet de lecture devrait être éliminé (d’où l’importance d’élaborer une
problématique qui ne réduise pas le texte à un aspect trop étroit, mais permette véritablement

11
de l’envisager dans sa globalité) : toute remarque gratuite et toute digression sont à proscrire.
L’exposé fera ainsi preuve de cohérence et, tout en mettant à jour la dynamique et les
principes de progression du texte, assurera sa propre dynamique et sa propre progression, qui
conduiront vers la réponse à la problématique.

c) Conclusion
Elle proposera un bilan de la lecture effectuée, qui répondra de manière explicite à la
problématique retenue en synthétisant les « découvertes » faites au cours de la lecture linéaire.
Il faudra toutefois veiller à ne pas répéter platement ce qui viendra d’être dit, ni surtout les
pistes éventuellement présentées à la fin de l’introduction. La conclusion pourra également
s’achever sur une considération qui ouvre de nouvelles perspectives (par un rapprochement ou
une comparaison avec un autre extrait de l’œuvre, notamment), mais on observera les mêmes
réserves que pour la conclusion d’une dissertation ou d’une leçon : l’« ouverture » ne doit pas
être artificielle, ni indiquer bien trop tardivement une piste qui aurait dû être explorer mais ne
l’a pas été… Il s’agit une fois de plus de trouver une formule rhétorique élégante et efficace
qui indique clairement que l’exposé est achevé, tout en en soulignant dans la profondeur et la
portée littéraire.

d) L’entretien
Il obéit exactement aux mêmes principes que l’entretien qui suit la leçon. On se
reportera donc aux conseils donnés à ce sujet ?

2) Organisation pratique du travail


[Les temps à consacrer à chaque étape du travail sont donnés à titre indicatif pour une
préparation de 2h30 (agrégations externes de lettres classiques et modernes, agrégation
interne de lettres classiques), au cours de laquelle on consacrerait une heure à la question de
grammaire. Ils pourront aisément être adaptés aux trois heures de préparation de l’agrégation
interne de lettres modernes.]

a) Première lecture : vingt à trente minutes


La première lecture doit être immédiatement efficace et engager déjà la réflexion. Le
sens littéral n’a pas à être explicité, puisque ce travail a déjà été mené au cours de l’année de
préparation ; de même la situation de l’extrait dans l’œuvre doit pouvoir être faite
extrêmement rapidement, puisque l’œuvre doit être parfaitement connue. Dès la découverte

12
du texte, on notera donc très rapidement les connaissances sur l’œuvre et son contexte que
l’on réinvestira ensuite dans l’introduction. On s’attardera davantage à étudier la composition
de l’extrait, tout en élaborant une hypothèse de lecture, qui évoluera progressivement pour
devenir (à la fin du temps de préparation) la problématique. On construira cette hypothèse en
s’interrogeant tout d’abord sur les spécificités de l’extrait, ce qui demande de mobiliser les
connaissances acquises sur l’œuvre, mais aussi de mener d’emblée une lecture précise,
attentive et active du texte. Dès cette première lecture, on pourra relever les points saillants du
texte, les phénomènes récurrents, soit directement sur le texte (en écrivant légèrement au
crayon de manière à pouvoir ensuite gommer les notes prises, ou mieux en utilisant un
système de calque appliqué sur la page), soit en prenant quelques notes rapides au brouillon.
Parallèlement à ce premier repérage, on pourra à l’aide de quelques signes aplanir les
difficultés qui pourraient se poser lors de la lecture orale du texte, en particulier dans le cas
d’un extrait versifié (on marquera alors visuellement les diérèses et synérèses, les e prononcés
ou non, de manière à prévenir toute hésitation à la lecture). Il sera également utile, voire
indispensable, de questionner les délimitations de l’extrait proposé, en particulier s’il ne
constitue pas un tout autonome (poème ou scène de théâtre brève). C’est bien souvent en
mettant en jour les raisons qui ont déterminé le choix des bornes de l’extrait que l’on cernera
ce qui fait son unité et sa particularité, et que l’on parviendra à une hypothèse de lecture
pertinente. Ce n’est qu’une fois cette hypothèse posée que l’on pourra procéder à l’analyse de
détail. L’hypothèse sera généralement encore affinée au cours de cette seconde étape, mais
elle doit être ébauchée au préalable, sans quoi l’étude détaillée manquerait d’une direction et
se perdrait dans une accumulation de remarques sans lien, ce qui représenterait une perte de
temps dangereuse dans une épreuve qui est aussi un exercice de rapidité.

b) Étude détaillée : quarante à cinquante minutes


Pour des raisons de temps toujours, les notes prises pendant l’étude détaillée du texte
seront celles qui serviront de support à l’exposé oral : il est impossible de les reprendre pour
effectuer une « mise au propre », et il est bien entendu exclu de les rédiger (non seulement la
brièveté de l’épreuve ne le permet pas, mais encore cela nuirait à la qualité de la prestation
orale au cours de laquelle il ne faut pas lire ses notes). Cette prise de notes doit donc être
efficace et parfaitement, car elle conditionne très largement la fluidité et la clarté de l’exposé,
qui est soumis aux mêmes exigences de communication transparente et élégante que les autres
épreuves orales. Il sera notamment nécessaire d’établir un système de repérage qui permette
de naviguer aisément entre le texte à expliquer et les pages de notes, en identifiant clairement

13
les sous-ensembles à commenter et en ne notant que l’analyse et le commentaire qui les
accompagnera, et ce de manière très synthétique. Il est exclu de recopier les citations, à la fois
parce que le temps qui serait consacré au « recopiage » serait perdu pour la lecture
approfondie du texte, et surtout parce que l’exposé ne doit pas être mené livre fermé, ce qui
suggèrerait une lecture trop mécanique, détachée du texte qui doit être le cœur et le moteur de
l’explication. On utilisera donc, par conséquent, un code de couleur, ou un système de renvois
facilement lisible. Il est également, possible, dans les notes, de se référer aux numéros de
lignes ou de vers, à condition de s’interdire de les mentionner à l’oral. Il sera également
commode de changer de page lorsque l’on commencera l’étude d’un nouveau mouvement du
texte, de manière à ne pas se perdre dans la construction de l’exposé.
Au fil de cette lecture détaillée, on sera sans doute conduit à confirmer, infirmer, ou
affiner l’hypothèse de lecture formulée au préalable. Aussi gardera-t-on à portée de mains les
pages de brouillon sur lesquelles elle a été élaborée, afin de pouvoir y apporter au fur et à
mesure les précisions ou rectifications nécessaires. Ce sera également un moyen de garder
présente à l’esprit cette problématique en devenir qui doit être le fil conducteur de toute la
lecture, et donc d’aller à l’essentiel pendant la prise de notes. On ne s’interdira toutefois pas
de relever des phénomènes ou de formuler des remarques qui peuvent sembler extérieures à
l’hypothèse de lecture : puisque celle-ci continue à évoluer, peut-être parviendra-t-on à les
intégrer par la suite, et dans le cas contraire, il sera facile de les écarter – mieux vaut avoir
trop de matière que d’en manquer.
L’étude détaillée du texte devra constituer une lecture approfondie de l’extrait
proposé, et devra pourtant être menée avec rapidité. Plus encore peut-être que les autres
épreuves orales, l’explication de texte doit donc faire l’objet d’un entraînement régulier tout
au long de l’année de préparation, qui seul permettra de développer les réflexes nécessaires à
une bonne utilisation du temps imparti.

c) Rédaction : environ un quart d’heure


L’étude détaillée achevée, l’hypothèse de lecture aura été confirmée ou infirmée, et se
sera donc changée en une problématique définitive. Il sera donc possible (mais à ce moment
seulement) de rédiger l’introduction qui la présentera, puis la conclusion qui y répondra.
Contrairement au reste de l’exposé, ces moments-clefs de l’exposé seront rédigés
intégralement, de la manière la plus lisible qui soit, là encore, et en distinguant très clairement
sur la page les différentes étapes incontournables (tout en veillant à les articuler entre elles de
manière logique et naturelle). Les introductions et conclusions partielles pourront elles aussi

14
être rédigées, mais cela ne sera pas forcément nécessaire : une prise de notes efficacement
construite pendant l’étape de l’étude détaillée, avec des titres apparents qui matérialisent les
divers mouvements du texte et de l’exposé, peuvent suffire à bâtir à l’oral des transitions
efficaces. Si l’on choisit toutefois de rédiger ces moments d’articulation du discours, il faudra
le faire de manière rapide, en quelques mots, et sur des feuilles séparées que l’on intercalera
entre les pages de notes de l’étude détaillée.

d) Relecture : environ cinq minutes


On réservera enfin quelques instants pour relire le texte et l’ensemble de l’exposé,
moins pour se les remettre en mémoire (l’épreuve est courte, et le risque de l’oubli est peu
présent) que pour s’assurer de la cohérence de la démonstration. C’est alors que l’on pourra
supprimer le cas échéant des remarques qui seraient sans rapport avec la problématique telle
qu’elle aura été formulée lors de la rédaction de l’introduction.

3) La question de grammaire
a) Exigences générales et objectifs
La question de grammaire couplée à l’explication de texte sur programme vise à
vérifier non seulement les connaissances grammaticales théoriques du candidat, mais aussi et
surtout sa faculté à les mettre en œuvre en les mobilisant pour l’étude d’un texte spécifique,
voire à les questionner en confrontant le cas échéant diverses théories. Il ne s’agit donc ni de
construire un exposé entièrement abstrait et théorique sur une catégorie grammaticale, qui
serait artificiellement illustré de quelques exemples tirés de l’extrait, ni ne proposer un simple
relevé d’occurrences classées. Le texte et ses occurrences doivent être centraux – ils ne sont
pas un prétexte – mais doivent être passés au prisme de connaissances préalables
suffisamment solides pour que le candidat puisse en faire un usage à la fois précis et souple.
Comme dans toutes les autres épreuves, le candidat doit aussi démontrer ses capacités
à organiser sa pensée et à la communiquer de manière ferme et claire : aussi l’exposé devra-t-
il être nettement structuré. Il est impossible de se contenter de commenter successivement les
occurrences dans l’ordre où elles se présentent dans le texte. La clarté et la pertinence du plan
adopté entrent pour une large part dans l’évaluation des capacités du candidat à traiter une
question de grammaire.
Si la question de grammaire n’est pas indépendante de l’explication de texte, c’est que
les deux exercices entretiennent un rapport étroit : on peut lire leur couplage comme une
invitation à débusquer le sens du texte à expliquer jusque dans le détail de la langue, qui

15
constitue la trame première de ce texte-tissu qu’il convient de déployer. Cependant, la
proximité des deux exercices pourrait induire une confusion dont il faut se garder : l’exposé
de grammaire n’est en rien un exposé de stylistique qui orienterait le projet de lecture de
l’explication. Des considérations stylistiques peuvent être convoquées, mais elles
n’interviendront alors que brièvement à la toute fin de la conclusion de l’exposé de
grammaire, et ne seront jamais mobilisées au cours du développement.

b) Les types de sujets


Les sujets les plus fréquemment proposés sont des questions de synthèse, invitant à
étudier les formes verbales (le subjonctif, les constructions pronominales, les emplois de
l’infinitif…), la syntaxe de la phrase (la coordination, les subordonnées circonstancielles…),
ou une catégorie grammaticale, qu’il s’agisse d’une classe de mots (les adjectifs, les
pronoms…) ou d’une fonction (les épithètes, la fonction sujet…). Ce n’est cependant pas là le
seul type de sujet possible. Peuvent également être posées des questions de grammaire
énonciative, d’organisation communicationnelle ou de grammaire de phrase (l’anaphore, les
discours rapportés, la ponctuation…), des questions transversales (l’expression de la négation,
du degré, de la comparaison…) qui conduisent à regrouper et analyser des phénomènes
morphologiques, lexicaux et syntaxiques, des questions de sémantique grammaticale sur des
formes polyvalentes (« de », « faire », « si »…), qui réclament une approche sémantique et
morpho-syntaxique, des questions portant sur un ensemble syntaxique (« Étudiez la
phrase… » ou « Faites toutes les remarques nécessaires sur… »), et enfin des questions de
versifications.
Il est également possible que le candidat ait à traiter deux questions, notamment si une
question de synthèse porte sur un nombre réduit d’occurrences. Dans ce cas, il est fréquent
que soit également posée une question portant sur un ensemble syntaxique. Il ne faudra pas
confondre avec ces couples de questions celles qui invitent à comparer deux éléments. Pour
répondre une question comme « épithètes et appositions », il ne sera pas possible de traiter
successivement les deux fonctions : il faudra faire ressortir leurs points communs et leurs
différences, et questionner les frontières qui les séparent.
Rappelons enfin que la question peut porter tantôt sur l’intégralité du texte, tantôt sur
un segment (par exemple : « la subordination dans les lignes 4 à 25 »). Dans ce second cas, il
faudra veiller à ne traiter que les occurrences comprises dans ces limites : l’analyse, même
excellente, d’une occurrence non concernée par le sujet, ne vaudrait aucun point au candidat,

16
et le temps qu’il lui consacrerait serait perdu pour l’analyse des occurrences réellement
comprises dans le sujet.

c) Structure de l’exposé
Les questions qui portent sur un ensemble syntaxique représentent un cas particulier,
et l’on y répondra en suivant une structure différente de celle qu’il convient d’adopter pour les
autres questions. Face à ce type de sujet, c’est en effet au candidat de déterminer les angles
d’étude qui seront pertinents pour son exposé et de les hiérarchiser. Il s’agira donc de relever
les phénomènes syntaxiques problématiques dans le segment proposé à l’étude, et de les
présenter de manière hiérarchisée (en allant, par exemple, d’une macro-structure à une micro-
structure), après avoir annoncé dans une introduction brève les outils d’analyse que l’on
compte mobiliser. Ces questions n’appellent pas une analyse exhaustive de la phrase ou du
segment : on attend finalement du candidat qu’il fasse montre moins de ses connaissances
(indispensables, certes, mais qui ne constituent somme tout qu’un pré-requis) que de son
aptitude à repérer les phénomènes grammaticaux les plus intéressants. On se dispensera donc
de mentionner ce qui relève – ou doit relever – de l’évidence pour un candidat à l’agrégation.
Il est par exemple inutile de rappeler que dans « Je chantais, ne vous déplaise », le verbe
« chanter » est conjugué à l’imparfait de l’indicatif, première personne du singulier. Le jury
pourrait en déduire que ce constat basique est « problématique » pour le candidat, et n’en
serait pas fort aise.
Dans tous les autres cas, l’exposé doit s’ouvrir sur une introduction synthétique offrant
la définition la plus précise possible de la notion à étudier, et en signalant, le cas échéant, les
divergences théoriques qu’elle peut susciter. L’introduction sera donc l’occasion de
problématiser la notion, mais aussi d’évoquer les limites du corpus : on expliquera, par
exemple, pourquoi on choisit d’inclure dans une étude des interjections le nom « Dieu ! » (les
cas-limites seront à examiner au cours du développement, généralement à la fin, mais doivent
avoir été évoqués dès l’introduction). Dans le cas où le sujet invite à confronter deux notions,
on précisera dès l’introduction leurs points communs et leurs différences, les critères qui
permettent de les rapprocher et de les distinguer. Enfin, l’introduction présentera le plan
choisi. Il est en revanche inutile d’inclure dans l’introduction un relevé des occurrences : elles
seront mentionnées et commentées par la suite.
Le plan, organisé et structuré, doit en effet permettre d’évoquer toutes les occurrences
du texte : même si deux occurrences sont strictement identiques, il conviendra de les relever
toutes deux, afin de ne pas laisser croire à un oubli. Il ne sera bien entendu pas nécessaire en

17
revanche de répéter deux fois le même commentaire : il importe donc d’opérer des
regroupements, et surtout de hiérarchiser les occurrences. Certaines, typiques, n’appelleront
qu’un commentaire très succinct ; d’autres, plus problématiques, demanderont à faire l’objet
d’une analyse plus développée – en ce sens, les capacités à reconnaître l’intérêt de tel
phénomène grammatical, mises en œuvre pour les questions portant sur un ensemble
syntaxique, se trouveront aussi mobilisées par les autres types de sujets.
Tout au long du développement, on veillera à la cohérence de la terminologie
employée : les perspectives présentées dans l’introduction devront ensuite être suivies d’effets
dans le classement et l’analyse des occurrences. Il importe donc de bien maîtriser les théories
que l’on convoque, et de pouvoir si nécessaire expliciter les termes spécialisés que l’on
emploie.
La conclusion (qui peut être très brève), proposera une vue synthétique des
particularités du corpus, et pourra mentionner les types d’occurrences que l’on pouvait
s’attendre à rencontrer et que le corpus ne présente pas. Il est possible, mais non obligatoire,
de proposer en guise d’« ouverture », une remarque d’ordre stylistique liée à la notion étudiée.
L’exposé du candidat sera suivi d’un entretien (couplé avec l’entretien portant sur
l’explication de texte, les deux se déroulant dans l’ordre choisi par le candidat) au cours
duquel le jury l’invitera notamment, si nécessaire, à préciser la terminologie employée, à
revenir sur une occurrence oubliée ou insuffisamment commentée, ou à prendre en
considération une autre approche théorique. Il pourra aussi être amené à expliciter les choix
qui ont présidé au classement des occurrences, et à en évaluer la pertinence.

d) Organisation pratique : quand préparer et présenter la question de grammaire ?


Le candidat a le choix de préparer et de présenter la question de grammaire avant ou
après l’explication de texte proprement dite. Pour la présentation, le choix est véritablement
ouvert : il peut être logique de s’attarder sur une question de langue précise après avoir étudié
la dimension littéraire et stylistique d’un texte, autant que de faire d’une réflexion
grammaticale le prélude à l’explication de texte. Dans ce second cas, l’éventuel commentaire
stylistique qui viendrait clore la conclusion pourrait fournir une transition habile et élégante. Il
n’y a cependant là aucune obligation, et les deux versants de l’exposé peuvent parfaitement
être présentés de manière disjointe. On ne cherchera pas à forcer la grammaire pour la
raccorder de manière parfois artificielle à l’explication de texte. Il est indispensable en
revanche d’annoncer d’emblée l’ordre dans lequel les deux exercices seront traités.

18
Pour la préparation en revanche, le choix laissé au candidat est peut-être une fausse
liberté : dans la mesure où l’explication de texte peut toujours être complétée, choisir de
commencer par elle fait courir le risque de ne pas conserver suffisamment de temps pour la
grammaire. Il est donc vivement conseillé de commencer par préparer la question de
grammaire, qui peut d’ailleurs représenter une forme d’« échauffement » avant l’explication
de texte, puisqu’elle exerce l’esprit à s’attacher aux détails les plus fins du texte.
On définira tout d’abord au brouillon la notion à étudier, de manière précise mais
rapide, puis on procèdera au relevé des occurrences (qui pourra être fait directement sur le
texte si l’on a choisi de travailler avec des calques – on utilisera naturellement des calques
différents pour la grammaire et l’explication de texte), que l’on classera. Ce classement pourra
faire apparaître des cas-limite (à traiter en dernier, répétons-le, parce qu’ils sont généralement
les plus intéressants), qui conduiront à questionner les frontières de la notion examinée, et
donc à revenir sur la définition préalablement établie pour l’affiner. Ce n’est donc qu’après le
relevé et le classement des occurrences que l’on rédigera l’introduction et la conclusion de la
question de grammaire, que l’on relira rapidement après avoir préparé l’explication de texte.

19