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Perspectives / Lectures

LES RÉFLEXIONS
MUSICALES DE
CHRISTOPHE
ROUSSET
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Concert
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REQUIEM - CAMPRA

cture Publié le 15 mars 2017 Les Talens Lyriques -
Christophe Rousset
EN
Réalisés par Camille De Rijck, les entretiens Grande salle Pierre
avec Christophe Rousset abordent les grands Boulez - Philharmonie
Jeudi 8 février 2018 -
thèmes qui préoccupent un chef d’orchestre 20:30
témoin, depuis plus de vingt-cinq ans, des
tribulations du monde de la musique
ancienne. Extrait.

 
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Concert sur instruments


du Musée

CHRISTOPHE
ROUSSET
Rameau, Balbastre

Amphithéâtre - Cité de la
musique
Mardi 28 novembre 2017 -
20:30

 DR

 
Opéra concert
Si nous établissions pour commencer une carte de vos
territoires d’intérêt musical ? LA FLÛTE ENCHANTÉE
Christophe Rousset
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Prés et s’arrête aux portes des années 1950, probablement Grande salle Pierre
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avec Varèse, pour prendre une borne symbolique.
cookies. Lundi 3 avril 2017 - 19:30
Quelques opéras de Richard Strauss m’ennuient par leur
décadence. L’après-guerre me lasse et me déroute. Bien
sûr, j’ai entendu de la musique contemporaine qui
m’intéresse. Le jazz ne me plaît pas et m’agace très vite.
Certaines chanteuses — telles Ella Fitzgerald et Sarah
Vaughan — captent mon attention, mais le boeuf au sax,
piano et contrebasse m’ennuie terriblement. Le reste, je
n’en parle même pas parce que pour moi, c’est de la
musique complètement binaire au sens le plus tragique
du mot. Bien entendu, tout cela est a aire de goût, on
peut toujours se trouver dans une décadence d’autre
chose ; voilà pourquoi la décadence est di icile à définir.
Je ne crois pas du tout en une Histoire darwinienne, en un
progrès dans l’Art. Chaque période a l’art qui correspond à
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ses besoins, à ses aspirations ou à son sens esthétique,


chacune a trouvé une perfection propre. Et sans doute,
ces perfections, ces équilibres basculent-ils et donnent-ils
vie à de nouvelles aspirations. C’est ce qu’on appelle «
décadence » mais qui, finalement, n’est qu’une forme de
torsion ouvrant d’autres portes, d’autres formes
Agenda

d’expression. Chez Strauss, c’est cette vision nostalgique


d’un monde harmonique et symphonique très désuet qui
me semble décadente.

Et avant ?

J’exclus ce qui précède Josquin parce que je n’y


comprends rien. Pour moi, c’est du serbo-croate, et je suis
complètement perdu dans Guillaume de Machaut. Le
Grégorien ne m’évoque pas grand-chose non plus. J’en
dirais autant des mosaïques byzantines ou des fresques
médiévales. Ces formes d’art sont trop éloignées de ma
sensibilité. Bien sûr, il est possible d’aller chercher plus
loin, d’être curieux et de s’intéresser, graduellement, à
tout, mais il se trouve que je n’en ressens pas l’envie. Or
c’est notre potentiel de découverte qui balise les
territoires de nos intérêts. La polyphonie franco-flamande
de la fin du xve siècle est un mouvement totalement
constitutif de nos réalités musicales modernes. Je pense
aux éléments expressifs qui vont dans le sens d’une union
entre le texte et la musique et qui m’apparaissent comme
totalement organiques. Enfin, ce langage s’a ranchit
d’une sapience inaccessible au plus grand nombre et qui,
pourtant, est le point de départ imposé de la
compréhension de cette musique. En revanche, la
compréhension de la polyphonie franco-flamande me
semble directe, épidermique. Et, pour des raisons
géométriquement similaires, mon intérêt pour l’art
plastique s’éteint à partir de Piet Mondrian ou de Kasimir
Malevitch. Il y a quelque chose qui casse, qui tranche très
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à une expression de soi, à un J'accepte Plus d'informations
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imaginaire, à la poétique même. J’ai le sentiment lesqu’on
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donc on s’oriente vers une réalité résolument scindée,
résolument intellectuelle ou révolutionnaire… ou à
contre-courant. On veut donner l’impression que la
modalité de s’exprimer à la sensibilité de l’autre est brisée.

Quelque chose de l’ordre du refus de communiquer ?

Bien sûr, je ne prétends pas que ce qui se passe avant


Josquin ne porte pas l’ambition d’être compris
universellement, mais j’ai le sentiment que ce qui vient
après Strauss relève d’une cassure délibérée, réfléchie et
organisée. Nous avons aujourd’hui tous les éléments pour
comprendre rétroactivement la musique du xve siècle,
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bien qu’elle fût extrêmement savante. Ses contemporains


n’ayant ni le recul, ni notre bagage, elle a pu leur paraître
d’une infranchissable complexité. C’est justement de cet
écheveau-là que notre musique occidentale est partie.
Elle aurait pu avoir une autre source — les quintes
parallèles de Machaut, par exemple —, mais ce ne fut pas
Agenda

le cas. Il y a un caractère organique, qui semble relever


d’une expression simple, directe et volontairement
humaine. Le créateur entre en dialogue avec l’humain et
ne se tourne pas vers une entité supérieure, abstraite et
forcément inaccessible.

Et dans les autres disciplines artistiques ?

Ce basculement existe aussi en sculpture et en peinture,


lorsque l’on passe du gothique du premier Donatello à ce
Donatello complètement humain et viscéralement proche
de nous. L’image pieuse, un peu ennuyeuse, du gothique
siennois évolue naturellement vers Beato Angelico et
lentement s’anime, prend vie et nous parle. L’icône froide,
hiératique et codifiée tout à coup s’humanise, notamment
à travers l’enrichissement de sa gamme de couleurs.
Dante, lui aussi, fait partie de ce basculement où les arts,
pour parler simplement, se mettent à nous tutoyer. Tous
les arts ne connaissent pas cette évolution au même
moment, mais j’ai le sentiment que tous sont passés par
ce basculement, où l’artiste et sa personnalité
commencent à prendre possession de l’œuvre d’art et
l’imprègnent absolument.

Ce qui m’anime lorsque je suis face au public, c’est de


m’adresser à sa sensibilité. Faire comme Bach et frapper
mon art d’un inamovible « Soli Deo gloria » m’intéresse
assez peu. Le concert est une mise en relation d’êtres
humains de chair et de sang qui, ensemble, où qu’ils se
situent par rapport au podium, entrent dans une vibration
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la fois subtile et mystérieuse.
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une musique et des musiciens coercitifs, qui vous
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une forme d’expression que j’a ectionne.
Aujourd’hui, des compositeurs parviennent à retrouver un
public assez large.

Après bien des errances, on assiste à un retour d’a ection


du public pour la musique savante telle qu’elle est écrite
en ce début de xxie siècle. Comme pour le retour au
figuralisme en peinture, une fois qu’on a été jusqu’au carré
noir, au carré blanc et qu’il ne se passe plus rien, on peut
aussi enfermer les gens dans une salle de concert,
imposer le silence pendant trois heures et dire « voilà la
musique ». Le sens iconoclaste de l’évolution artistique
connaît lui aussi ses limites. Peut-être y a-t-il eu trop
d’accumulations et de stratifications dans notre art ?
Menu

Faudrait-il brûler les bibliothèques ? La perte de la


musique grecque, par exemple, a inspiré à certains l’envie
de la réinventer à la Renaissance. De cette tabula rasa
naissent de vastes horizons d’imagination. Peri, Lully,
Gluck et Wagner ont, chacun, voulu réinventer le drame «
Agenda

à la grecque ». Ils n’en avaient qu’une vague idée, qu’une


sensation, dont les fantasmes lacunaires ont été comblés
par leur créativité. La di iculté, aujourd’hui, d’imaginer
une musique « néo » réside en la connaissance très intime
qu’ont les compositeurs actuels des musiques de Bach ou
de Wagner. Recoller à une musique qui leur serait
contemporaine dans l’esprit mais qui ne pasticherait pas,
voilà la gageure.

Extrait de Christophe Rousset, L'impression que


l'instrument chante, Éditions de la Cité de la musique -
Philharmonie de Paris (La rue musicale - Entretiens),
2017, p. 13-15.

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