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La Grande encyclopédie

/ 11 / Initiation-Laos /
Larousse
Source gallica.bnf.fr / Larousse
Larousse / 0070. La Grande encyclopédie / 11 / Initiation-Laos / Larousse. 1974.

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Volume 11

Cet ouvrage est paru à l’origine aux Éditions Larousse en 1974 ;


sa numérisation a été réalisée avec le soutien du CNL. Cette
édition numérique a été spécialement recomposée par
les Éditions Larousse dans le cadre d’une collaboration avec la BnF
pour la bibliothèque numérique Gallica.
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

çais « myste », et l’on distinguait deux tion, qu’elle soit ancienne ou moderne, suggérés ici apparaît dans une seule et
initiation degrés dans l’accession aux mystères : présente des caractères constants : elle même société.
l’initiation aux « petits mystères », ne consiste jamais en l’exposé dogma- Les décorations du visage et du
Admission à la connaissance de choses ou myêsis, et l’initiation aux « grands tique d’une doctrine ; ses moyens sont corps peuvent être effectuées par l’ado-
cachées, à la participation de pratiques mystères », ou epopteia. Les cérémo- toujours rituels et symboliques ; elle lescent lui-même ou imposées par les
secrètes. nies comprenaient quatre parties essen- compte, le plus souvent, trois temps membres déjà initiés du groupe. La
Dans toutes les civilisations, l’initia- tielles : la purification (catharsis), les dans ses opérations : des épreuves des- scarification frontale des jeunes gar-
tion a été considérée comme une nou- sacrifices rituels (systasis), l’initiation tinées à la purification des néophytes çons nuers, particulièrement pénible,
velle naissance, le « commencement » (teletê) et l’époptie (epopteia). La pre- précèdent des rites ayant pour but occasionne fréquemment la mort du
d’une autre vie. mière, à Éleusis comme à Samothrace, leur illumination et leur réintégration patient : la chair est tranchée jusqu’à
où elle s’accompagnait d’une confes- dans un état désormais différent de l’os.
L’initiation dans sion des fautes commises, comportait celui de leur naissance « naturelle » et De manière générale, les adolescents
des observances diététiques et des « profane ».
les sociétés primitives qui se refusent aux décorations sont
ablutions rituelles. La deuxième partie R. A. en butte au mépris du groupe ; consi-
Les rites initiatiques pratiqués dès se composait de processions, de danses J. H. Lepper, The Famous Secret Societies
dérés comme dénués de virilité, ils ne
la préhistoire par les chasseurs, et et de chants sacrés. La troisième et la (Londres, 1932 ; trad. fr. les Sociétés secrètes de
peuvent se marier.
observés encore de nos jours dans l’Antiquité à nos jours, Payot, 1933). / S. Hutin,
quatrième partie de l’initiation se dé-
les sociétés primitives, sont ceux qui les Sociétés secrètes (P. U. F., coll. « Que sais- Circoncision, subincision, excision
roulaient pendant la nuit. Leurs rites
je ? », 1952 ; 7e éd., 1970). / H. Deschamps, les
accompagnent tout changement d’âge, sont tenues par de nombreux auteurs
étaient marqués par des spectacles ou Religions de l’Afrique noire (P. U. F., coll. « Que
de place, de situation et d’état, d’où le comme ayant trait à la décoration. Si
des actes (drômena), par le dévoile- sais-je ? », 1954 ; 4e éd., 1970). / R. Alleau, les

nom de rites de passage qui leur est Sociétés secrètes (Éd. Planète, 1963). l’on peut admettre qu’elles représen-
ment d’objets saints (deiknymena) et
donné par les sociologues et les eth- tent pour ceux qui les subissent et pour
par des invocations (legomena). Le
nologues. Leurs cérémonies sont sym- leurs partenaires sexuels éventuels
drame mystique de Déméter-Éleusi-
bolisées, d’ailleurs, par des passages un surcroît d’attrait, il semble pour le
nienne était le thème des représenta-
matériels, comme la traversée d’une tions mimiques et symboliques dont initiation moins mystifiant de se borner à cette

rivière, l’entrée dans une caverne explication. Les sociétés qui pratiquent
les prêtres et les prêtresses étaient les
sacrée ou dans un espace interdit aux
(cérémonies d’) l’excision du clitoris sont celles qui
acteurs. On y célébrait les noces sa-
profanes, etc. En général, ces rites exercent une répression sévère de
crées du hiérophante avec la prêtresse
Ensemble des rites qu’un individu est la sexualité féminine : l’attrait d’une
comportent trois stades successifs : la qui incarnait la déesse. Le dévoilement
obligé de subir pour passer au sein d’un femme qui, ignorant le plaisir, sera
séparation des néophytes, leur attente et l’exhibition des objets saints (hiera
groupe d’un statut à un autre. meilleure épouse n’est pas exactement
à l’écart du groupe tribal, leur agréga- aporrêta) étaient les fonctions du
tion à un nouvel état. esthétique. Il existe également des cas,
hiérophante, d’où son nom (ho hiera
Généralités quoique très rares, où l’on pratique la
On doit distinguer cependant ces phainôn, « celui qui montre les choses
castration pure et simple : étrange « dé-
« rites de passage » des « rites ma- sacrées »). Il s’agissait soit d’attributs Les cérémonies d’initiation, pratiquées
coration ». D’autre part, la subincision
giques » des initiations des medicine- symboliques de la divinité, soit de sta- par la majorité des sociétés dites « pri-
est assimilée, dans quelques tribus aus-
men, des chamans, des féticheurs et tues mystérieuses dont aucune descrip- mitives », sont souvent nommées par
traliennes, à une imitation de l’organe
des sorciers. Les uns s’appliquent à un tion n’est connue. Les principaux offi- les anthropologues cérémonies puber- sexuel féminin, l’hémorragie évoquant
groupe social ou à une classe d’âge, ciants étaient le hiérophante, toujours taires. Elles ne se situent, cependant, la menstruation ; pour parfaire la res-
tandis que les autres sont destinés à choisi dans la famille éleusinienne des pas obligatoirement à l’âge de la pu- semblance, les Banaros renouvellent
des individus et réservés à des « tech- Eumolpides et nommé à vie ; le da- berté biologique, cela fréquemment l’opération chaque mois.
niciens » qui ont subi déjà les épreuves doukhos, ou « porteur de torche », de la pour des raisons d’ordre pratique : on
Bon nombre de sociétés identifient
d’un apprentissage, souvent long et famille des Kerykes, nommé à vie ; le attend qu’il y ait un nombre suffisant
le nom à la personnalité : l’attribu-
pénible. Les « rites de passage » sont hierokêryx, ou héraut sacré ; la grande de jeunes gens à initier ; le délai né-
tion d’un nom nouveau au moment de
principalement purificateurs ou « ca- prêtresse de Déméter, de la famille des cessaire à des préparatifs coûteux peut
l’initiation est donc à rapprocher de la
thartiques ». Au contraire, les rites Philleides, qui résidait dans l’enceinte durer plusieurs années. Ruth Benedict
croyance à la mort (de la personnalité
magiques comportent généralement du temple. Les petits mystères étaient propose, en conséquence, d’abandon-
antérieure) suivie d’une résurrection
des transgressions de « tabous », car ils célébrés au printemps à Athènes ; les ner cette dénomination, à moins de
(d’une personnalité nouvelle) du no-
ont pour but de conquérir la puissance, grands, à Éleusis, où ils duraient plu- considérer qu’il s’agit d’une « puberté
vice. Chez les Omahas, le nouveau-né
toujours redoutable, qui résulte de ces sieurs jours. sociale » (dans la mesure où l’initiation n’est pas reconnu comme membre du
transgressions, selon les croyances pri- Des peines rigoureuses, la mort et conditionne l’accès à une qualité de
clan : deux cérémonies seront néces-
mitives. (V. initiation [cérémonies d’].) la confiscation des biens, étaient les membre à part entière — responsable, saires pour qu’il accède à ce titre. Son
sanctions de toute divulgation des mys- reconnu — du groupe). A. Van Gennep nouveau nom sera alors annoncé au
L’initiation dans tères. En raison du silence des initiés intègre les rituels d’initiation à la no- groupe et à la nature entière.
les sociétés antiques antiques, les historiens modernes, mal- tion plus vaste de « rites de passage »,
L’acquisition d’un langage spécial
gré des recherches considérables, n’ont ce terme connotant l’idée de transition
Les mystères de Déméter, issus de la fonctionne comme garant de la solida-
pu résoudre les nombreux problèmes d’un état à un autre : ici, de l’enfant à
tradition égyptienne isiaque, célébrés rité du groupe d’initiés et de la préser-
que pose encore l’enseignement ésoté- l’adulte.
à Éleusis pendant près d’un millénaire, vation du mystère auprès des non-ini-
rique d’Éleusis.
depuis le VIe s. av. J.-C. jusqu’au règne Dans la plupart des cas, l’initiation tiés, ainsi convaincus qu’une révélation
de Théodose (395 apr. J.-C.), peuvent, est l’apanage exclusif des garçons, et une renaissance authentiques se sont
par leur longue durée comme par L’initiation dans mais il existe des sociétés où elle produites pendant la cérémonie.
leur rayonnement dans la civilisation les sociétés modernes concerne également les filles.
Dans les sociétés agricoles, les céré-
gréco-romaine, être pris pour type de Les différents aspects du rituel
Le compagnonnage* et la franc-ma- monies d’initiation participent des rites
l’initiation dans les sociétés antiques. çonnerie* constituent, en Occident, les peuvent être rassemblés sous quelques de fertilité : la puberté, comme faculté
Le nom générique grec du candidat deux principales organisations initia- rubriques générales, ce qui ne saurait nouvelle de procréation, s’intègre à
à l’initiation était mystês, d’où le fran- tiques des temps modernes. L’initia- signifier que la totalité des thèmes une notion plus vaste de fécondité cos-

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le rituel initiatique. Ils modèlent eux- à devenir des hommes (individus


mêmes les « hommes » à partir des soumis).
« êtres informes » (impurs) que consti- Les rebelles virtuels, s’ils ne suc-
tuent les novices. combent pas sous les coups, sous l’ef-
Toutes ces phases convergent dans fet d’un jeûne prolongé ou à l’issue des
l’intention d’autoriser aux futurs ini- mutilations, s’unissent en bandes de
tiés le maniement — sans sacrilège — hors-la-loi refusant le travail (Manus
des objets sacrés et s’accompagnent en Nouvelle-Guinée), vivant de pillage
de révélations diverses : ce qui repré- (Mundugumors en Nouvelle-Guinée
sente, pour les non-initiés, une force et Comanches en Amérique du Nord).
démoniaque dangereuse se révèle être Les enfants cafres, maltraités par les
le « bull-roarer » (instrument qui imite adultes, se sont formés en une sorte
la voix des ancêtres) aux îles Murray, de « république » possédant espions,
chez les Bukauas de Nouvelle-Gui- gardes, convention et langage secrets.
née ; le « rhombe » (dont le ronflement Il existe des tentatives plus ou moins
passe pour la voix de l’esprit Murtu- fructueuses de réintégration de ces
Murtu, qui terrorise les non-initiés) bandes : les Comanches toléraient les
chez les Warramungas et les Kaitishs ; dissidents, qu’ils nommaient « ceux
un masque chez les Dogons et en qui sont contre », pour leur témérité
Amérique. Ce qui était conçu comme utilisable en temps de guerre. Quant
ancêtre, esprit est dévoilé comme aux Indiens des Plaines (Amérique
simple objet sacré. Ce qui était impur, du Nord), ils ont institutionnalisé les
effrayant, car menaçant pour l’ordre groupes rebelles en les affiliant aux
social, se révèle en être le fondement « Sociétés » — masculines et guer-
et la garantie. Parfois, il s’agit seule- rières — « du Cheval fou ».
ment de la révélation du nom véritable N. D.
des esprits, que l’on dissimule aux F Magie.
non-initiés.
A. Van Gennep, les Rites de passage
Ce passage de l’impur au sacré s’ins- (Nourry, 1909). / E. Durkheim, les Formes élé-

crit dans un symbolisme de mort et de mentaires de la vie religieuse (Alcan, 1912).

/ H. Webster, Primitive Secret Societies (New


résurrection. Les initiés sont dévorés
mique et conditionne l’initiation aux De nombreuses sociétés considèrent York, 1932 ; rééd., 1968). / R. Benedict, Pat-
par un monstre mythique ou par un
méthodes et rituels qui garantiront le le non-initié comme n’étant pas un terns of Culture (New York, 1934 ; trad. fr.

ancêtre totémique qui les recrache Échantillons de civilisations, Gallimard,


rendement optimal du sol. homme et, souvent, l’assimilent à un
1950). / M. Mead, From the South Seas (New
ultérieurement, laissant sur leur corps
enfant (Fidjiens). Chez les Cafres, les York, 1935) ; Sex and Temperament in Three
L’initiation comme passage symbo- la marque de ses dents (scarifications,
enfants non encore initiés sont tenus Primitive Societies (New York, 1935 ; trad. fr.
lise l’arrachement de l’individu à l’en- modifications artificielles du corps). Moeurs et sexualité en Océanie, Plon, 1963) ;
pour des êtres souillés.
fance et, par suite, au milieu maternel. Male and Female (New York, 1949 ; trad. fr. l’Un
La finalité essentielle de l’initiation et l’autre sexe, le rôle d’homme et de femme
La vie en communauté d’âge comporte
est donc une suppression de l’impureté
Fonction sociale dans la société (Gonthier, 1966). / G. Bateson,
une ségrégation sexuelle rigoureuse re-
qui rendra l’individu apte à participer de l’initiation Naven (Cambridge, 1936 ; trad. fr. la Cérémo-

liée à l’attribution aux initiés d’un rôle nie du naven, Éd. de Minuit, 1971). / E. Evans-
au sacré, ce qui se traduit, le plus géné- L’initiation se complète par un ensei- Pritchard, The Nuer (Oxford, 1937 ; trad. fr.
social spécifique.
ralement, par son accès au culte officiel gnement profane qui achève l’inté- les Nuer, Gallimard, 1969). / B. Bettelheim,

Symbolic Wounds (New York, 1954, nouv. éd.,


du groupe. gration individuelle : l’initié acquiert
Caractère religieux 1972 ; trad. fr. les Blessures symboliques, Galli-

Vers ce but tendent des phases une connaissance précise et le respect mard, 1971). / J. Cazeneuve, Sociologie du rite
de l’initiation du rôle qui lui revient, il intériorise et (P. U. F., 1971).
diverses du rituel : mutilations corpo-
L’initiation associe deux types de relles, épreuves, sévices, ainsi que les soutient les normes sociales. La déter-

« passages » : de l’enfance à la société représentations mythiques. mination du rôle englobe un apprentis-

adulte ; de la vie profane à la vie sacrée. sage technique et la démarcation des


L’acceptation volontaire de la dou-
leur symbolise un mouvement qui
sexes : travaux et pouvoirs spécifique- injection
Le sacré correspond à une « hypos-
ment attribués à l’un ou l’autre sexe.
tase de la cohésion sociale, de l’équi- transcende les impulsions naturelles,
Introduction d’un fluide sous pression
c’est-à-dire le donné. De même, les di- Le culte officiel, excluant les non-
libre social » (Durkheim). Tout en étant
dans une cavité de l’organisme, dans
verses mutilations corporelles (circon- initiés, est fréquemment interdit aux
le reflet du système social, le sacré est un tissu ou dans le milieu intérieur à
cision, subincision, excision, extrac- femmes (rarement initiées) : culte du
conçu comme transcendant les condi- l’aide d’un matériel approprié.
tion des dents, amputation d’un doigt, « tamberan », patron surnaturel des
tions sociales réelles ; il s’en fait ainsi
scarifications, etc.) ont pour fonction hommes, en Nouvelle-Guinée, « bull- Le terme d’injection est surtout ap-
le garant, la justification, le fondement.
d’identifier le corps à un archétype roarer » en Australie (toute femme qui pliqué aux liquides, alors qu’on parle
La réalité, le donné, tout en étant sépa-
sacré et le nient en tant que donné. le voit ou l’entend est mise à mort). plutôt d’insufflation lorsqu’il s’agit
rés de l’archétype sacré, y participent.
Au regard de la finalité d’intégration, d’un gaz.
Les représentations mythiques,
En ce sens, le sacré s’oppose à l’impur,
presque toujours effectuées par des les épreuves diverses qui préparent et Les injections dans les cavités natu-
qui, lui, recouvre tout ce qui serait sus-
hommes masqués, reproduisent cer- accompagnent les cérémonies prennent relles de l’organisme communiquant
ceptible de menacer l’ordre social.
tains épisodes essentiels de la vie des le sens d’une sélection : il s’agit d’éli- avec l’extérieur ont été pratiquées dès
L’initiation prend le sens d’une par- ancêtres et s’accompagnent d’une miner les jeunes gens susceptibles de l’Antiquité, mais il a fallu attendre
ticipation à cet archétype qui fait du récitation des mythes. Les ancêtres — ne pas perpétuer la cohésion du groupe, la mise au point de la seringue et de
novice un homme véritable : elle est morts sacralisés, garants du maintien c’est-à-dire ceux qui, ne supportant pas l’aiguille hypodermiques par Charles
consécration, sacralisation. de l’ordre social — patronnent ainsi les épreuves sans fléchir, sont inaptes Gabriel Pravaz (1791-1853) pour que

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les injections dans les tissus et dans matériel aseptisé, et il faut toujours se une substance bleue dans les veines, une L’injection intramusculaire se fait
substance jaune dans les bronches. Après
le milieu intérieur, deviennent pos- méfier d’un refoulement possible de en plein dans les muscles (générale-
durcissement, on dissout le parenchyme
sibles. La généralisation des injections germes pathogènes se trouvant dans le ment ceux de la fesse). La résorption
et il reste un moulage interne de toutes
parentérales (autres que dans le tube début du trajet vers des espaces plus est rapide, mais il y a une certaine
les ramifications, permettant d’étudier
digestif) n’a été rendue inoffensive que profonds. dilacération du muscle, et de longues
avec précision les rapports de ces diffé-
grâce aux règles de l’asepsie*, décou- rents éléments, repérés par la couleur des séries finissent par être désagréables.
lant des travaux de Pasteur*. moulages. Certaines injections, notamment à
Les insufflations
excipient huileux, peuvent ne pas se
L’injection d’air ou d’azote dans la plèvre,
résorber complètement, ce qui peut
Les matériels d’injection qui crée un pneumothorax artificiel, a été
Avantages et impératifs être gênant.
longtemps pratiquée pour le traitement
Pour faire une injection, il faut une pompe
de la tuberculose pulmonaire (environ de Les avantages de ces injections, dites L’injection intraveineuse permet
ainsi qu’un tube de calibre et de structure
convenables. 1907 à 1955) ; cette méthode est complè- « parentérales », sont importants. une introduction presque instantanée
tement abandonnée depuis l’apparition La dose du produit qui est déversée de la substance dans la circulation (une
La pompe est généralement une se-
de médicaments antituberculeux efficaces
ringue, en verre, en métal ou en matière dans l’organisme est rigoureusement à deux minutes selon la vitesse circula-
et depuis les progrès de la chirurgie tho-
plastique. Ce peut être une véritable connue et il n’y a pas à évaluer les toire). La perfusion intraveineuse per-
racique. Mais on fait des insufflations de
pompe à débit réglable et automatique pertes résultant d’une absorption plus met au contraire une introduction très
nombreuses cavités ou orifices, dans des
pouvant fournir des débits ultra-lents ou ou moins complète par les muqueuses
desseins diagnostics ou thérapeutiques. lente, continue, pouvant s’échelonner
ultra-rapides (tube de caoutchouc écrasé
On insuffle ainsi de l’air dans le péritoine digestives. L’introduction est rapide, sur plusieurs heures.
par des galets se déplaçant sur lui). Pour
(pneumopéritoine) pour pouvoir effectuer presque immédiate pour les injections
les perfusions, la seringue est remplacée Certaines substances peuvent être
les endoscopies abdominales (laparosco- dans les vaisseaux. Les substances, dé-
par un flacon situé à une hauteur suffi- injectées en sous-cutanées, d’autres
pie ou coelioscopie). On insuffle de l’air
sante au-dessus du point d’injection (c’est truites ou dégradées par les sucs diges-
dans les ventricules cérébraux pour avoir en intramusculaires, d’autres en intra-
la pesanteur qui fournit la pression) et relié tifs, ne perdent pas leur activité. Enfin,
un contraste radiologique de ces cavités veineuses, d’autres enfin par l’une
à l’aiguille par un tuyau plastique, le débit les injections parentérales peuvent
(encéphalographie gazeuse). On insuffle ou l’autre voie, mais les indications
étant réglé par un dispositif dit « goutte-
de l’air sous pression contrôlée et enre- être faites même si le sujet ne peut doivent être rigoureusement respectées.
à-goutte ». Pour les injections dans les
gistrée dans les trompes de Fallope pour pas avaler (coma, paralysie, etc.). Les
cavités naturelles, la seringue est souvent Les injections intra-artérielles (dans
le diagnostic des stérilités. On insuffle de injections parentérales nécessitent par
remplacée par une poire en caoutchouc.
l’air dans les trompes d’Eustache (par le les artères) sont intéressantes lorsqu’on
contre une rigoureuse asepsie, l’emploi
Le tube est généralement une aiguille recherche une forte concentration dans
rhinopharynx) pour traiter les otites catar-
creuse, en métal inoxydable, de calibre de solutions ou de suspensions non
rhales. Enfin, on insuffle des gaz thermaux le territoire irrigué : là aussi, la compo-
allant de 6/10 de millimètre à plusieurs mil- toxiques et non irritantes pour les tis-
sous la peau dans certaines stations
(CO2) sition de la solution doit être détermi-
limètres. Son extrémité peut être à biseau sus, ne contenant pas de substances py-
thermales. Naturellement, toutes les insuf-
née avec précision.
court ou long ou, au contraire, mousse.
flations de gaz dans l’organisme doivent rogènes (donnant de la fièvre) et dont
Dans certains cas, le tube doit être flexible : respecter les règles de l’asepsie, et les gaz Les injections dans les vaisseaux
les constantes physiques doivent (sauf
il sera en caoutchouc ou en matière plas- ne doivent pas pénétrer dans les vaisseaux, lymphatiques nécessitent un arti-
exceptions) être analogues à celles du
tique (cas des injections dans les cavités).
sous peine d’embolies gazeuses. fice préalable mettant en évidence
milieu intérieur (pH, pression osmo-
Tant pour les seringues que pour les ces vaisseaux ; elles sont la base de
tique, température). Si ces impératifs
aiguilles, on emploie de plus en plus des
la lymphographie (radiographie des
matériels à usage unique stérilisés à l’usine ne sont pas respectés, il peut en résulter
Injections dans voies lymphatiques et des ganglions
et présentés sous pochette hermétique. des inconvénients, variables suivant la
le milieu intérieur lymphatiques).
substance injectée et le mode d’intro-
et dans les tissus duction. C’est pourquoi, malgré tout L’injection dans les cavités closes
Injections dans Ces injections, très employées en thé- leur intérêt, les injections ne doivent de l’organisme ne communiquant

les cavités naturelles être pratiquées qu’à bon escient, et il pas avec l’extérieur est possible dans
rapeutique et pour les diagnostics,
peuvent avoir une action locale, par- est souvent plus facile d’introduire un presque tous les cas, mais les précau-
On fait des injections de liquides
médicament par voie digestive, si les tions d’asepsie doivent être rigou-
fois recherchée, parfois gênante, mais
dans les cavités de la face (nez, sinus,
leur principal intérêt est de permettre avantages découlant des caractéris- reuses. On peut ainsi injecter des mé-
conduits auditifs, bouche), dans le tube
tiques des injections ne sont pas évi- dicaments dans les séreuses (plèvre,
d’introduire les médicaments directe-
digestif (rectum), dans la vessie, dans
dents : par exemple si le médicament péricarde, péritoine, méninges) et dans
ment dans l’organisme, sans passer par
le vagin. Le but de ces injections est le
n’est pas détruit par les sucs digestifs, les ventricules cérébraux.
le tube digestif.
plus souvent le nettoyage de ces cavi-
si l’absorption intestinale est bonne, J. B.
tés, l’évacuation des sécrétions exces-
s’il n’y a pas urgence et si le sujet avale
sives ou des produits pathologiques Les injections en anatomie
bien.
qu’elles contiennent. Les injections
À côté de la dissection, qui est la méthode
peuvent avoir pour but d’introduire un
médicament (antiseptique, astringent
essentielle de l’anatomie*, cette discipline
Les différentes injections injection
utilise depuis longtemps l’injection de li-
parentérales
ou lénifiant, hémostatique) d’action quides dans des canaux, des vaisseaux, des
Action de pulvériser un carburant en
locale ou une substance destinée à une cavités pour en suivre les trajets et en repé- L’injection intradermique se fait dans
rer toutes les ramifications. On peut utiliser l’envoyant, sous pression, à l’intérieur
action générale et dont l’absorption se l’épaisseur de la peau, provoquant une
des liquides colorés, dont la coloration se du système d’alimentation d’un moteur
fera par les muqueuses (cas des lave- petite papule de 2 à 6 mm de diamètre.
voit par transparence, donnant une image à combustion interne, où il se mélange
ments médicamenteux). Enfin, l’injec- Elle a une action sur les cellules de la
de la configuration de l’organe et guidant à l’air.
tion d’un liquide dans une cavité (eau, peau et permet certains tests diagnos-
la dissection. On peut également injecter
liquide coloré ou substance opaque aux des liquides susceptibles de se solidifier, tics ainsi que certaines vaccinations
rayons X) peut renseigner sur la conte- et qui reproduisent ainsi la configuration (B. C. G.). Importance de l’injection
nance, la forme, les communications interne des canaux ou cavités étudiés.
L’injection sous-cutanée se fait entre Le haut rendement thermique, condi-
Les matières plastiques durcissables par
anormales de celle-ci. la peau et l’aponévrose sous-jacente ; tionnant l’économie d’utilisation du
catalyse ont apporté en ce domaine des
L’injection dans des cavités natu- améliorations considérables. On peut ainsi, le liquide diffuse dans les espaces moteur à huile lourde, est obtenu grâce
relles, même si leur contenu n’est par exemple, injecter une substance rouge sous-cutanés avant d’être résorbé, ce à de fortes compressions du mélange
pas stérile, nécessite l’emploi d’un dans l’artère pulmonaire d’un poumon, qui retarde son action. carburé. En injectant le carburant à

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

de sa famille, l’écarté momentanément


de la vie active, mais, en 1198, à la
mort du pontife, les cardinaux donnent
à l’unanimité leurs voix à Lotario di
Segni, qui, à trente-huit ans, devient le
pape Innocent III.

Selon les thèses du jeune pontife, le


Sacerdoce doit dominer l’Empire : « De
même que la lune reçoit sa lumière du
soleil, de même la dignité royale n’est
qu’un reflet de la dignité pontificale. »
Cette idée n’est pas nouvelle : elle a été
exprimée déjà par les papes du XIe s. ;
ce qui sera original, c’est la volonté de
la faire passer dans les faits.

Innocent III voudra faire de la chré-


tienté une réalité ; à la place de princes
en lutte les uns contre les autres, il ten-
tera d’imposer la concorde universelle
l’intérieur de la culasse, en fin du nomie appréciable de carburant, et il la pédale d’accélérateur, qui règle, en des souverains chrétiens et d’unir leurs
temps de compression de l’air qui y est n’existe plus de traces d’hydrocarbures outre, le débit de l’air aspiré. efforts pour repousser les ennemis du
aspiré, le mélange s’enflamme sponta- Christ à l’intérieur comme à l’extérieur
imbrûlés dans l’échappement.
nément sans intervention d’aucun sys- Régulation électronique du monde chrétien. Mais il ne faut pas

tème d’allumage additionnel. Le pro- oublier que le pape cautionnera l’ac-


Actuellement, on substitue à la régu-
Mécanisme de l’injection tion des grands réformateurs du temps,
blème du moteur à essence est différent lation mécanique une commande par
en ce sens que, la compression des gaz tels saint Dominique* et saint Fran-
Des deux méthodes utilisables pour réa- calculateur électronique. Celui-ci
carbures étant moindre que celle du çois* d’Assise.
liser l’injection, on préfère le procédé reçoit des informations, transmises
moteur Diesel, on ne peut se dispen- par impulsions, concernant tous les
dit « injection externe » — dans lequel
ser du système classique d’allumage paramètres qui influent sur le fonc- L’union de la chrétienté
le carburant est envoyé sous pression
par bobine et bougies. Cependant, tionnement du moteur, les interprète et
dans la tubulure d’admission, près de Le pape porte un soin particulier à
on a reconnu l’intérêt qui s’attache à règle le temps d’ouverture de chaque régler les problèmes pendants entre
la soupape correspondante, où se pro-
l’injection en raison des difficultés que injecteur (Citroën-Bosch). L’injecteur l’Empire et la papauté. Il profite de la
rencontre le carburateur pour vapori- duit son mélange avec l’air — à celui comprend une tige-pointeau qui reste mort de Henri VI en 1197 pour prendre
ser correctement le carburant à travers de l’« injection interne », qui consiste soulevée tant que le courant passe dans en Italie la tête d’une croisade antiger-
le gicleur-diffuseur. Il est incapable, à faire débiter l’injecteur directement un électro-aimant qui la commande. Ce manique ; dans les provinces pontifi-
notamment, de fournir un dosage air- dans la culasse, à la fin du temps de temps varie de 0,002 5 s au ralenti à cales, comme en Italie centrale, les re-
essence correct et constant en fonction 0,009 2 s à pleine charge. présentants de l’empereur sont chassés
compression, solution analogue à celle
de la vitesse de régime et de la charge, J. B.
qu’on adopte pour le moteur Diesel, dès la première année de son pontificat.
qui sont essentiellement variables. Au F Carburation / Diesel (moteur).
Dans le Sud, il se fait le protecteur du
avec cette difficulté supplémentaire
ralenti, il faut régler « riche », ce qui jeune Frédéric de Hohenstaufen (Fré-
A. André, la Mécanique automobile mo-
que la pompe doit régler l’injection de
implique que, dans les hauts régimes, derne (Rangal, Thuillies, 1947). / R. Guerber, déric II*), fils d’Henri VI, qui règne sur
on utilise plus d’essence qu’il ne serait faibles quantités d’essence sous une l’Automobile, t. I : le Moteur (Technique et vul-
les Deux-Siciles ; mieux : dans l’Em-
garisation, 1959).
nécessaire, et l’excès d’hydrocarbures pression importante. La seule difficulté pire même, où deux prétendants se dis-
non brûlés se répand dans les gaz réelle est d’assurer, automatiquement, putent la couronne, il soutient Otton de
d’échappement, dont il augmente la la régulation de la quantité d’essence à Brunswick contre le frère d’Henri VI,
nocivité. injecter en fonction du régime et de la Philippe de Souabe. Mais, après son
Innocent III
Si on substitue au gicleur-vaporisa- triomphe en 1208, Otton (Otton IV)
charge du moteur. Le système Peugeot-
teur un injecteur qui pulvérise le car- veut à son tour reconquérir la pénin-
Kügelfischer fonde cette régulation sur (Anagni 1160 - Rome 1216), pape de
burant, envoyé sous pression, l’essence sule et déposséder Frédéric des Deux-
la proportionnalité de la quantité d’es- 1198 à 1216.
est divisée en particules extrêmement Siciles (1210). Innocent III l’excom-
sence à injecter au déplacement d’un munie et suscite contre lui la révolte
fines et l’on tend vers la formation d’un
piston dont la position au point mort L’homme des villes lombardes ; puis il favorise
aérosol, considéré comme un mélange
bas est variable. À sa descente, ce pis- la candidature impériale de Frédéric, à
parfait en raison de la stabilité des Les parents de Giovanni Lotario di
ton bute contre un balancier de dosage Segni appartenaient à la haute noblesse condition qu’il renonce à régner sur la
particules en suspension dans l’air.
romaine. Comme de nombreux autres Sicile, Innocent III redoutant l’union
On peut augmenter la valeur du rap- dont l’extrémité arrière est reliée à un
jeunes ecclésiastiques italiens, il vient politique entre l’Empire et le sud de
port volumétrique de compression sans levier d’enrichissement de départ et
suivre les cours de théologie à l’univer- l’Italie.
faire apparaître la détonation, ce qui l’autre extrémité à une came conique
se traduit par une augmentation sen- sité de Paris, où enseigne alors Pierre Pour appuyer le Hohenstaufen, le
par une tige palpeuse. La came est
sible de la puissance maximale (de 15 à de Corbeil ; ensuite, il étudie le droit pape soutient Philippe Auguste* contre
sous l’influence de deux mouvements
20 p. 100). Comme l’appareil est auto- à Bologne. Otton, qui est battu à Bouvines (1214).
conjugués : un déplacement angulaire,
matiquement réglé pour ne débiter que À partir de 1185, revenu à Rome, Le pape entreprend aussi d’impo-
proportionnel à la vitesse de régime
la seule quantité d’essence permettant Lotario parcourt la carrière des hon- ser sa suprématie aux autres monar-
de se tenir, en toutes circonstances, au par l’entremise d’un correcteur magné- neurs avant d’être nommé cardinal par chies européennes. Avec la France,
point optimal de la courbe de consom- tique, solidaire de l’arbre de pompe, et le pape Clément III (1190). L’avène- les conflits sont nombreux. D’abord
mation spécifique, on réalise une éco- un déplacement axial, commandé par ment de Célestin III, un Orsini ennemi au sujet des démêlés matrimoniaux

5726
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

du roi : Philippe Auguste a répudié sa


seconde femme, Isambour de Dane-
mark, et fait annuler son mariage par
une assemblée de prélats français com-
plaisants ; il a ensuite épousé Agnès
de Méran. Isambour fait appel au pape,
et celui-ci exige que le roi reprenne sa
seconde épouse. Philippe Auguste ne
s’étant pas exécuté, Innocent III n’hé-
site pas, en 1200, à jeter l’interdit sur
toute l’étendue du royaume de France.
Le mécontentement est tel parmi les
populations que le roi doit céder.

Mais le grand sujet de litige entre In-


nocent III et Philippe Auguste est l’An-
gleterre. Au début, le pontife prêche la
concorde : il ménage la trêve de Ver-
non (1199) entre les adversaires, mais
il tente vainement d’empêcher, trois
ans plus tard, la conquête par Philippe
Auguste des possessions continen-
tales des Plantagenêts. Ensuite, Jean*
sans Terre étant entré en lutte avec la
papauté au sujet de la nomination par
Rome de Stephen Langton au siège de
Canterbury (1207) et d’impositions sur
le clergé, Innocent III jette l’interdit
sur le royaume et encourage le roi de
France à conquérir l’Angleterre.

Philippe Auguste n’attend que cette


occasion ; mais à ce moment Jean sans
Terre se soumet et se reconnaît vassal
du Saint-Siège. Aussitôt, le pape or-
donne au roi de France de renoncer à
ses projets de débarquement. Philippe
Auguste prend sa revanche plus tard,
lorsque Jean sans Terre, venu l’atta-
quer sur le continent, est défait à La
Roche-aux-Moines : c’est Innocent III
qui le sauve une seconde fois en impo-
sant à son adversaire la paix de Chinon
(1214). Furieux, Philippe Auguste fait
attaquer le Plantagenêt par son fils, et,
de nouveau, le pape s’immisce dans la
querelle et excommunie l’héritier du
trône.

Avec les autres princes, le pape Les croisades pire latin de Constantinople, trop faible lesquelles les princes relèvent du juge-

adopte la même attitude. Le roi de et bientôt disparu, ne fera qu’aggraver ment pontifical à titre privé et public.
d’Innocent III
León Alphonse IX est excommunié la haine des orthodoxes à l’égard des Le pape a aussi l’habileté de se servir
Dans l’esprit d’Innocent III, l’unité de Occidentaux. du lien féodal pour tenir en fie de nom-
pour avoir épousé une parente ; l’inter-
la chrétienté sous l’égide pontificale breux royaumes. En matière religieuse,
dit est lancé sur le royaume, et le roi, Innocent III engage également la
n’est que la condition préalable d’une il réclame la soumission absolue ; pour
comme Philippe Auguste, doit plier. lutte contre l’hérésie cathare. Les ca-
plus grande oeuvre, celle de la croisade le temporel, on lui doit l’hommage
De Pierre II d’Aragon, Innocent III ob- thares*, qui prêchent l’absolue pureté
tient qu’il se reconnaisse, comme Jean et du règlement de la question d’Orient. lige féodal et le versement d’un tribut
de moeurs, le refus des sacrements et
sans Terre, vassal de la papauté et, à sa Le pape essaie patiemment de rega- de toute autorité cléricale, constituent (le cens récognitif), qui lui assurent la

mort, il se déclare tuteur de son jeune gner certains territoires passés aux un danger pour Rome en menaçant de domination. Ainsi, il proclama qu’« en
fils. Au Portugal, le pape fait revivre les Orientaux ; ainsi, il réussit à établir ruiner de fond en comble l’ordre éta- une seule personne, celle du vicaire
droits jadis conférés au Saint-Siège par l’union avec les Églises d’Arménie, bli. Ils sont particulièrement nombreux du Christ, la royauté et le sacerdoce
la donation d’Alphonse Ier Henriques. de Bulgarie et de Serbie ; en outre, il dans le Languedoc, dans les États du fussent unis comme le corps et l’âme ».

Le pape fait sentir son autorité rêve d’associer l’empereur de Byzance comte de Toulouse. Contre eux, le pape Devant ces excès de pouvoir, les
jusque dans les royaumes de Hongrie à une grande croisade* commune prêche une croisade : son triomphe est princes réagissent. On a vu l’attitude
et de Bohême, dont les souverains re- contre les infidèles. En fait, sa poli- complet. de Philippe Auguste à l’égard du pape.
connaissent les droits spéciaux de la tique orientale est un échec : les infi- C’est l’aboutissement des idées En Angleterre, barons et évêques se
papauté sur leurs États. dèles ne sont pas repoussés, et l’Em- théocratiques d’Innocent III, selon révoltent contre Jean sans Terre, qui

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

a perdu à leurs yeux tout prestige, et « organisation » ou d’une nouvelle industries aérospatiale et nucléaire. Ce qui troisième forme de concurrence par les
caractérise notre société dite « postindus- produits ; ainsi, l’industrie chimique avec la
lui imposent en 1215 une « Grande situation, par exemple une position
trielle » est moins le rythme des innova- production de textiles artificiels est entrée
Charte » qui limite son autorité en de monopole. Pour Schumpeter, seule
tions qu’une volonté délibérée d’en pro- en concurrence avec l’industrie textile tra-
matière judiciaire et qui l’empêche de l’innovation est créatrice du profit.
duire ainsi qu’une organisation poussée ditionnelle. Le renouvellement constant
lever des impôts sans le consentement À la fin de la Seconde Guerre mon- de leur production. Avant d’envisager cer- des produits donne également un sens
de ses sujets. Aussitôt, le pape excom- taines conséquences économiques d’un nouveau au concept de maximation du
diale, sous l’initiative de Colin Clark,
munie les rebelles, mais ses foudres Jean Fourastié introduira de nouveau rythme d’innovation important, nous exa- profit : les profits les plus importants sont

ne peuvent rien empêcher, et, dans le minerons donc les différentes étapes de la en effet réalisés pendant la période de mo-
l’innovation dans les modèles écono-
production d’innovation. nopole. L’attraction d’un produit-marché
royaume dévasté, le pouvoir de Jean miques, sous la forme d’augmentation
Puisqu’une innovation n’est pas une dé- étant d’autant plus grande que ses profits
sans Terre s’effondre. de productivité. Mais il faut attendre sont élevés, l’entrepreneur devra arbitrer
couverte, mais constitue l’insertion réussie
Cependant, malgré l’échec anglais, les efforts des économistes d’entreprise entre des profits très importants pendant
de cette découverte dans un système éco-
le quatrième concile oecuménique du pour saisir le phénomène de l’innova- nomique, le chercheur scientifique n’est une très courte période ou des profits plus

Latran (1215) voit l’apothéose d’Inno- tion dans sa complexité. Jusqu’alors, pas le producteur privilégié d’innovations. faibles durant une période plus longue. Le

Pour qu’une découverte se transforme coût énorme des activités de recherche


cent III, qu’entourent 1 500 prélats on considérait que l’innovation appa-
en innovation, il faut en effet qu’elle soit indispensables pour produire des innova-
venus de toute l’Europe. Et le pape raissait grâce à un savant mélange de
financièrement rentable. C’est par une tions favorise les grandes entreprises et
dicte ses décisions au monde : réorga- génie, d’esprit capitaliste et d’argent.
étude de marché que commence le travail augmente considérablement le rôle éco-
nisation de l’Église, statut des ordres Les nouvelles écoles ont recherché nomique de l’État : assurant la plus grande
de production d’innovation : cette étude
religieux, croisade contre les infidèles, les causes du phénomène et ont pu dite « de motivation » révèle quels sont partie des dépenses de recherche, l’État
répression de l’hérésie albigeoise, dé- détecter des préalables de l’innovation. les besoins non satisfaits — ou mal satis- peut en effet orienter la politique d’inno-

position d’Otton IV et de Raimond VI, faits — d’une population et précise dans vation et notamment choisir les industries
Ces préalables ont paru suffisamment
un cahier des charges les fonctions que le et les produits de demain.
investiture de Frédéric II et de Simon sérieux pour qu’en France on élabore
nouveau produit (ou le nouveau procédé
de Montfort. Innocent III peut mourir M. B.
une véritable politique de l’innovation
technique) devra satisfaire ainsi que ses
l’année suivante avec l’espoir que le de manière à suppléer à un ferment qualités souhaitées. Puis, au cours d’une
monde chrétien tout entier se consa- qui, il faut le reconnaître, manquait étude technique, on élabore des propo-
crera à l’oeuvre du Christ sous l’égide à notre pays. En fait, l’innovation a sitions satisfaisant plus ou moins bien ce L’entreprise et
de la papauté. besoin de certaines conditions pour se cahier des charges. Dans une troisième l’innovation
P. R. étape, on sélectionne les deux ou trois pro-
développer. Ces conditions sont aussi Les profits de l’entreprise suivent les
positions qui apparaissent les meilleures.
F Croisades / Églises catholique ou romaine / bien financières que psychologiques et
La quatrième étape est une nouvelle étude cycles de vie de ses produits. Une
Sacerdoce et de l’Empire (lutte du).
sociologiques et relèvent de données de motivation : il s’agit de préciser com- entreprise qui se borne à produire et
A. Luchaire, Innocent III (Hachette, 1904- globales de l’économie. ment les produits sélectionnés seront ac- à vivre sur son acquis disparaît ou est
1908 ; 6 vol.). / A. Fliche, C. Thouzellier et
ceptés par le marché et quelles sont, pour
Y. Azaïs, la Chrétienté romaine, 1198-1274 Si l’innovation peut être un impé- victime d’absorption. Elle doit inno-
des tranches de prix donné, les ventes
(Bloud et Gay, 1950). / H. Tillmann, Papst Inno- ratif industriel pour une nation, il faut ver, non seulement dans le domaine de
possibles. Au cours d’une cinquième étape
zenz III (Berlin, 1954).
avant tout considérer qu’elle est désor- ses produits, mais aussi dans ses pro-
enfin, des financiers évaluent la rentabilité
mais une condition indispensable de de ces innovations potentielles et donnent cessus et techniques de commercialisa-
survie pour l’entreprise moderne. Si finalement un feu rouge, orange ou vert : tion, afin d’augmenter constamment sa
des conditions propices doivent, certes, l’invention sera donc soit abandonnée productivité. Si l’on peut dire que, dans
innovation être réunies quant à l’environnement, définitivement, soit seulement provisoi-
les entreprises françaises, la nécessité
rement écartée, ou enfin transformée en
il importe que les entreprises elles- de l’innovation en matière de sortie de
innovation. La décision d’innovation prise,
Au sens économique, processus qui mêmes soient conscientes de l’absolue produits nouveaux est assez bien com-
il est nécessaire d’en ordonnancer la pro-
permet à une invention de devenir un nécessité pour elles d’innover. prise, il n’en est pas toujours de même
duction et la commercialisation.
produit. en ce qui concerne les techniques de
Ainsi, si la science produit des inven-
tions, ce sont des études financières et production* et d’organisation.
La sociologie
Le concept commerciales qui produisent des innova-
Cette réticence est due en partie
de l’innovation
tions. Selon le cas, les différentes étapes
L’innovation se distingue de l’inven- à la nature de l’homme, plus enclin
Si on utilise ce terme le plus souvent sont plus ou moins longues, mais il faut
tion dans la mesure où le passage de à suivre une habitude qu’à se lancer
pour désigner un nouvel « output » d’un toujours une collaboration étroite entre
l’invention au produit se fait à travers système économique, c’est-à-dire un les spécialistes de différents domaines. dans une voie inconnue s’il n’y est pas

un chemin ardu où l’invention n’est nouveau produit élaboré, puis distribué, On comprend donc pourquoi le modèle absolument contraint. Les structures
on peut également l’utiliser pour rendre dit « organique » d’organisation des entre- des entreprises, leur hiérarchie parfois
que l’élément initial, n’en représentant
compte d’une nouvelle structure d’un tel prises s’est développé aux dépens du mo-
quelquefois qu’une faible partie. figée ne favorisent pas l’esprit novateur
système, qu’il s’agisse d’une nouvelle or- dèle dit « mécanique », qui résout moins
dans la mesure où innover devient un
Le lien entre l’innovation et la crois- ganisation technique de la production ou bien les problèmes de coordination.
risque qui peut avoir un retentissement
sance économique a été saisi très tôt d’une nouvelle organisation sociale. Une Un rythme important d’innovations
innovation peut être partielle ou totale : on sur la carrière des individus employés
par les historiens et les économistes, transforme considérablement le système
distinguera ainsi l’amélioration d’un pro- économique ; J. Schumpeter notait déjà par cette entreprise. L’innovation, par
mais il faut attendre Joseph Schum-
duit existant de la commercialisation d’un que cette « destruction créatrice constitue les remises en cause qu’elle entraîne,
peter* (1883-1950) et sa Théorie de
produit entièrement nouveau. Les phéno- la donnée fondamentale du capitalisme » risque de bouleverser les situations
l’évolution économique (1912) pour
mènes d’innovation ont toujours existé et parlait même de « révolutions inces- acquises et de modifier certaines pré-
que l’innovation soit introduite de (amélioration de techniques agricoles par santes ». C’est en fait le modèle classique
rogatives. Pour le bas de la hiérarchie,
façon systématique dans la théorie exemple), mais c’est surtout depuis 1800 de l’économie capitaliste qui est remis
enfin, progrès technique reste, dans
économique. Schumpeter, étendant le qu’ils sont fréquents et importants. Citons en cause par la production systématique
pour le XIXe s. notamment l’utilisation des d’innovations. L’amélioration incessante les esprits, synonyme de suppression
concept, distingue en fait cinq sortes
premières machines à vapeur, le dévelop- des produits existants fait qu’une nou- d’emploi.
d’innovations : la fabrication d’un bien
pement des industries du fer et du coton, velle forme de concurrence vient s’ajouter
nouveau, l’introduction d’un proces- La formation supérieure n’est géné-
puis de celles de l’acier et du pétrole et à la concurrence par les prix : la concur-
sus de production nouveau, l’ouverture ralement pas orientée vers la créativité,
l’apparition d’un nouveau moyen de com- rence par la qualité. La production et la
d’un débouché nouveau, la conquête munication : le chemin de fer. Au XXe s., commercialisation de nouveaux produits mais vers l’apprentissage de réflexes
d’une source nouvelle de matières pre- c’est notamment l’électricité, l’automobile, autorisent des situations de monopole rationnels et le développement de l’es-
mières et la réalisation d’une nouvelle l’électronique, l’audio-visuel, la chimie, les plus ou moins longues et introduisent une prit critique. De nombreuses innova-

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

tions devenues des éléments de notre de définir un crible composé d’un — la découverte ne se fait pas au ni- nale de valorisation de la recherche
vie quotidienne ne sont pas dues à des certain nombre de critères auxquels veau conscient, mais inconscient ; il (l’A. N. V. A. R.), qui est placée
spécialistes, mais souvent à des indivi- devront correspondre les marchés faut donc que le cerveau puisse fonc- sous la double tutelle du ministère de
dus qui ignoraient tout de la technique retenus. Partant de ces données, une tionner librement et ne pas être bridé l’Éducation nationale et du ministère
mise en cause. hypothèse d’étude est sélectionnée ; il par des critiques a priori ; du Développement industriel et scien-
s’agit de voir si le produit retenu peut — les découvertes sont rarement le fait tifique. L’A. N. V. A. R. a pour mis-
Pour franchir l’obstacle, il est né-
être absorbé par le marché et si, par de spécialistes ; sion de concourir à la mise en valeur
cessaire, au niveau de l’entreprise,
ailleurs, la firme a la possibilité de le — la découverte naît de la superposi- des découvertes effectuées par le sec-
qu’une action particulière soit menée
produire et de le lancer. De cette phase tion de deux idées ; teur public et peut, de même, apporter
pour doter l’entreprise d’un appareil
procédera la décision de continuer la — la découverte est favorisée par l’uti- son concours au secteur privé à condi-
innovateur opérationnel. Au cours de la
recherche ou de repartir d’une nouvelle lisation d’associations d’idées les plus tion de ne pas exploiter elle-même les
décennie 1960-1970, on a vu de nom-
hypothèse. fantastiques, qu’il convient donc de brevets. Elle comprend le centre de
breux spécialistes essayer de mettre sur
stimuler ; diffusion de l’innovation, qui a pour
pied des méthodes qui permettraient Si la décision de continuer est prise,
on cherche à adapter le produit au mar- — les idées qui viennent à l’esprit ne mission de faire connaître les innova-
d’augmenter le potentiel innovatif de
ché dans ses moindres détails, et une seront jamais rejetées avant d’avoir été tions à l’aide d’une revue, le Marché
l’entreprise. Les recherches portèrent
série de tests sont faits. S’ils sont satis- analysées. de l’innovation, un centre de documen-
essentiellement sur la mise en place
faisants, on procède à l’évaluation du On dispose ainsi d’un ensemble de tation et un centre de renseignements
de structures favorisant l’innovation,
coût du produit, à la campagne promo- procédures qui favorisent au niveau de technologiques qui est encore à créer.
sur la stratégie de l’innovation et sur la
mise en condition des innovateurs par tionnelle et au lancement. l’entreprise l’éclosion de l’innovation :
l’utilisation de méthodes spécifiques de Il est évident que la mise en place elles risqueraient cependant de n’être Un exemple de complexe
« créativité ». pas très productives si un environne-
d’une structure de ce type doit s’ac- favorisant l’innovation :
compagner de nombreuses mises ment propice au développement de
y La mise en place de structures la Route 128
en condition au sein de l’entreprise l’innovation n’existait pas.
d’innovation dans l’entreprise doit
Le complexe dénommé « la Route 128 » est
répondre à plusieurs impératifs : et d’une formation particulière des
un ensemble d’entreprises tournées vers
— la politique d’innovation fait partie membres de l’« équipe à l’aventure ». L’environnement la technologie avancée, qui s’est créé dans

intégrante de la politique de l’entre- y Il convient d’assurer la formation de l’innovation des conditions si favorables à l’innovation
qu’il en est devenu le symbole, au plan
prise ; elle doit être pensée (et non lais- des hommes aux méthodes de créa- Pour que les découvertes puissent pas-
de l’innovation proprement dite et de la
sée au hasard), et ses objectifs doivent tivité. Les méthodes de « créativité » ser du stade de l’invention à celui du création d’une zone à technologie avan-
être clairement définis, même si les sont devenues nombreuses de nos produit, il est nécessaire que l’informa- cée. Cette réussite a d’ailleurs inspiré en
solutions peuvent être imprévisibles ; jours. On peut cependant donner un tion concernant les découvertes puisse France la création du Foyer d’innovation
— la structure d’innovation ne doit pas aperçu de leurs points communs et un circuler. Des efforts nés de l’initiative Paris-Sud, dans la région d’Évry, au sud de

être permanente, mais plutôt être créée catalogue, certes incomplet, des prin- Paris. En effet, cette zone est un lieu où de
privée et de l’initiative publique ont
nombreuses facultés et écoles sont déjà
chaque fois qu’un problème précis cipales d’entre elles. permis la création de ce que le « Livre
implantées et des projets d’aménage-
apparaît ; blanc de l’innovation » a appelé le
Les méthodes systématiques procè- ments importants en train de s’ébaucher.
— la structure d’innovation doit être dent essentiellement par recensement « marché des idées ». Celui-ci com-
Le complexe de la Route 128 a été
extérieure au cadre traditionnel (qu’il et par modifications des caractéris- prend toute une série d’institutions qui dénommé ainsi car il flanque de part et
soit opérationnel ou fonctionnel) sous- tiques d’un objet ou d’un procédé. Si se proposent de mettre en relation les d’autre la route 128 qui contourne l’agglo-
tendant l’entreprise ; l’on prend, par exemple, une série de gens qui recherchent des idées et ceux mération de Boston. Sa réussite est due à
— les hommes qui composent la struc- produits a, b, c, d ayant les caracté- qui en ont. un ensemble de facteurs et à un environ-

ture d’innovation doivent être fré- ristiques A, B, C, D, on essayera de nement qui ont permis la création et la
Jusqu’à une période très récente, il
quemment renouvelés ; croissance des firmes qui s’étaient créées
combiner les différents produits et les n’existait que deux sortes d’opérateurs dans cette zone. La Route 128 a regroupé
— la structure peut ne pas être unique ; différentes caractéristiques jusqu’à ce sur le marché des idées : les grosses en- plus de 700 laboratoires de recherche et
il peut y avoir en parallèle plusieurs qu’un nouveau produit viable en sorte treprises (plus particulièrement celles entreprises de pointe à la périphérie de
structures qui essaient de résoudre des (méthode des attributs). de la chimie et de l’électronique), qui Boston.
problèmes spécifiques ;
Une autre méthode consiste à utiliser s’échangeaient et se vendaient les bre- Ces facteurs sont d’abord de nature
— la structure d’innovation doit, au psychologique : il existait là (et il existe en-
une liste d’actions types (méthode des vets et les licences ; les conseils en
minimum, se composer d’un chef core) un « modèle » de l’entrepreneur qui
listes de contrôle), par exemple : re- brevets d’invention, cette dernière pro-
d’équipe, d’un technicien (spécialisé prend ses risques et développe une idée
chercher d’autres usages, adapter, mo- fession étant désormais — en France
dans les processus de fabrication), d’un qu’il a eue. Cet entrepreneur est issu sou-
difier, augmenter, diminuer, substituer, — une profession réglementée depuis
vent d’un grand laboratoire de recherche
analyste financier, d’un spécialiste de
arranger, inverser, combiner, dissocier. le décret du 29 octobre 1965. L’article ou de l’université, qui, il faut le remarquer,
marketing. Cette équipe doit naturel-
premier du décret exclut, notons-le, ne fait pas obstacle au départ du chercheur
Les méthodes intuitives cherchent
lement faire appel à d’autres spécia-
des activités du conseiller (qui a pour et devient souvent alors l’un de ses princi-
à stimuler le fonctionnement du cer-
listes chaque fois qu’elle bute sur un paux clients.
veau humain en éliminant les blocages mission de procéder aux formalités
problème.
juridiques préalables aux dépôts des L’ensemble des entreprises a eu comme
qui peuvent s’y produire. Les deux
y Une équipe de ce genre (on l’a ap- brevets), les transactions sur les bre- premier client l’État, soit pour des besoins
méthodes les plus connues sont celles
de la Défense nationale, soit ensuite pour
pelée « équipe à l’aventure »), créée vets et licences. Depuis peu de temps,
d’A. F. Osborn, le « brainstorming », et l’industrie aérospatiale. La création des
pour résoudre un problème déterminé, des intermédiaires privés sont apparus
celle de W. Gordon, la « synectique ». entreprises a été rendue possible par
doit suivre un processus fixé d’avance sur le marché. Encore peu nombreuses
Ces méthodes, qui ont pour but de l’existence de financements spécifiques
et pratiquement immuable, une straté- et de taille modeste, leurs entreprises en faveur des sociétés innovatrices et par
délier l’imagination, s’appuient sur les
gie de l’innovation. semblent cependant appelées à se dé- les facilités fiscales accordées par le Code
principes suivants :
velopper (il en existe une centaine aux des impôts américain, prévoyant que les
Dans la phase de sélection, l’équipe — le processus de la découverte n’est
pertes en capital sont déductibles des
États-Unis).
d’innovation essaye de définir les pas en réalité le fruit du hasard ; il peut
revenus sous certaines conditions (tandis
besoins du marché et le potentiel de donc être reproduit volontairement ; Une loi du 3 janvier 1967, suivie que les gains de capital à long terme sont
l’entreprise sur le plan technique et — ce processus est invariable, quel que d’un décret d’application du 10 juillet imposés à 25 p. 100). Il faut aussi mettre en

commercial. Pour cela, elle s’efforce soit le domaine d’application ; 1968, est à la base de l’Agence natio- ligne de compte l’existence d’un marché

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

(qualifié « over the counter ») où peuvent soit sous la forme d’une prise de par- agréé, mais cette dernière procédure beaucoup : les richesses architectu-
s’échanger les titres de sociétés qui n’ont ticipation de l’A. N. V. A. R. qui peut reste encore assez peu utilisée. rales (art baroque notamment), la tra-
pas encore atteint les dimensions de cota-
aller jusqu’à 20 p. 100 du capital de y Les deux dernières phases, l’indus- dition culturelle. L’université fondée
tion à la Bourse officielle des valeurs.
l’entreprise innovatrice ; soit par une en 1669 assure la continuité, sous une
trialisation et la croissance, peuvent
Finalement, le complexe de la Route
intervention en liaison avec l’Institut être financées par les moyens ban- autre forme, du rayonnement de la ville
128 bénéficia d’un ensemble de condi-
de développement industriel (I. D. I.), caires classiques et par les moyens qui (7 000 étudiants en 1970).
tions propres à son développement : ces
qui rachète des parts de la société. ont servi à financer l’innovation dans La ville rassemble près du quart de la
conditions, particulièrement favorables, ne
peuvent naturellement être réunies du jour Le financement par l’État prend la ses phases préalables. population de la province du Tyrol, ce
au lendemain, et l’on s’est interrogé sur la qui montre sa prééminence. La crois-
forme de l’aide au développement, qui A. B.
solidité du phénomène. Un bon test a été
est une subvention remboursable en cas F Croissance économique / Entreprise / Progrès sance a été lente, reflétant l’évolution
fourni par la réduction des programmes de technique.
de succès à concurrence de 50 p. 100 de la région. Au Moyen Âge, celle-ci
la NASA et par la crise économique qui a
du montant. H. G. Barnett, Innovations : the Basis of passait pour rude, déserte et inhospita-
sévi aux États-Unis en 1970 et en 1971. En
Cultural Change (New York, 1953). / A. F. Os-
réalité, seules les entreprises qui n’avaient lière. Aussi, en 1567, ne dénombrait-on
y La phase de lancement fait l’ob- born, Applied Imagination (New York, 1954 ;
pas su se diversifier ont eu de véritables encore que 5 050 habitants à Innsbruck.
jet depuis peu d’un certain nombre 3e éd., 1963 ; trad. fr. l’Imagination constructive,
problèmes. Mais on a constaté qu’au bout Dunod, 1959). / A. Koestler, les Somnambules : Malgré le rôle politique qui lui échut, la
d’actions permettant d’augurer qu’à
de quelques années d’existence les entre- Copernic, Kepler, Tycho Brahé (Calmann-Lévy, ville ne comptait que 10 369 habitants
moyen terme le problème du finance-
prises qui s’étaient créées sur la Route 128 1960). / E. T. Penrose, Theory of Growth of Firm
en 1768. Les guerres napoléoniennes
avaient, en général, développé, à côté du ment de cette période sera résolu. (Londres, 1960 ; trad. fr. Facteurs, conditions
et mécanismes de la croissance de l’entreprise, entraînent une régression qui ne sera
secteur de fournitures à l’État qui avait Aux États-Unis, le gouvernement a
Hommes et techniques, 1963). / W. J. J. Gor- compensée qu’à partir de 1830. L’in-
permis leur création, un département de mené une politique de développement don, Synectics : the Development of Creative
produits destinés au secteur privé. dustrialisation que connaissent alors
de l’innovation par les contrats publics. Capacity (Londres, 1961 ; trad. fr. Stimulation
des facultés créatrices dans les groupes de re-
beaucoup d’autres villes fait défaut à
Il faut souligner en définitive l’impor- En 1953, le vote du Small Business Act
tance de la qualité de l’environnement : cherche par la méthode synectique, Hommes Innsbruck, si bien qu’en 1900 il n’y a
créait le « Small Business Administra- et techniques, 1965). / J. Fourastié, le Grand Es-
l’information circule rapidement, et les encore que 26 800 habitants. Par contre,
tion », qui intervient dans le finance- poir du XXe siècle (Gallimard, 1963). / J.-L. Mau-
entrepreneurs trouvent autour d’eux une la première moitié du XXe s. connaît un
noury, la Genèse des innovations (P. U. F.,
compréhension et une aide qui leur sont ment des petites entreprises. À la suite
1968). / B. de Cagny (sous la dir. de), les Straté- essor remarquable, dû en partie à l’an-
souvent indispensables. de l’« American Research and Deve- gies d’innovation dans l’entreprise (Entreprise nexion de communes suburbaines, à
A. B. lopment » des sociétés de « Venture moderne d’éd., 1969). / A. Drevet, M. Fustier et
l’industrialisation tardive et surtout au
A. Kaufmann, l’Inventique (Entreprise moderne
Capital » se sont par ailleurs créées.
d’éd., 1970). / A. A. Moles et R. Caude, Créa- tourisme : 53 000 habitants dès 1910 ;
Ces sociétés financent des projets qui tivité et méthodes d’innovation dans l’entre- 78 400 en 1939. L’après-guerre enre-
Le financement de ont des chances sérieuses de hauts pro- prise (Fayard et Mame, 1970). / M. Fustier, le
gistra un certain ralentissement de la
fits. Les risques sont en général élevés, Management de l’innovation (Dunod, 1971). /
l’innovation A. Teissier du Cros, l’Innovation (Laffont, 1971).
croissance : 97 900 habitants en 1946,
mais les perspectives de profit le sont
/ Ministère du Développement industriel et 115 200 en 1971. En 1900, la ville
Le financement de l’innovation est aussi. En Grande-Bretagne a été créée, scientifique, le Cahier de l’innovation (la Docu-
n’avait guère dépassé ses limites mé-
l’obstacle principal à la diffusion de en 1948, la « National Research and mentation française, 1971).
diévales. Les communes de Wilten et
celle-ci. Le système bancaire et finan- Development Corporation », qui aide
Pradl sont annexées en 1904. L’époque
cier français n’était jusqu’à présent au financement de l’innovation par le
de l’Anschluss voit l’absorption de
guère équipé pour résoudre les pro- moyen d’avances remboursables et de
trois autres communes (1938) : Höt-
blèmes spécifiques posés par un pro- participations au capital. Innsbruck ting, Mühlau et Amras ; Arzl suit en
duit qui est à l’état de démarrage. Le
En France, le financement de l’inno- 1940, Vill et Igls en 1942. L’annexion
financement de l’innovation recouvre,
vation est réalisé par les sociétés de V. d’Autriche, capit. du Tyrol. tardive des différentes communes
en réalité, le financement de plusieurs
développement régional (dont l’action L’altitude moyenne de la ville se explique le maintien de petits centres
phases du processus allant de l’inven-
dans ce domaine est relativement mo- situe à 575 m, mais le point le plus commerciaux dans ces quartiers. Le
tion à la commercialisation du produit.
deste) et par les grandes banques, qui élevé du périmètre urbain atteint relief interrompt aussi la continuité
Le ministère du Développement indus-
ont mis sur pied des organismes dont 2 641 m (Kleiner Solstein). Les pré- urbaine. Le cours du ruisseau Sill qui
triel et scientifique distingue quatre
l’objet n’est pas spécifiquement le cipitations annuelles sont voisines de rejoint l’Inn à Mühlau ainsi que celui
phases différentes.
financement de l’innovation (Banexi, 2 m, et les chutes de neige atteignent la de l’Inn laissent une certaine autono-
y Le démarrage est la réalisation du Valorind), mais qui jouent cepen- même hauteur. Le nombre de jours de mie à bien des quartiers ; c’est le cas de
prototype, exigeant des fonds relative- dant un rôle non négligeable dans ce gel dépasse 160. La ville présente les Hötting, Mühlau et Arzl, situés sur la
ment réduits, mais dépassant cepen- domaine. Par ailleurs, des sociétés de caractères climatiques d’une ville de rive gauche de l’Inn. Le centre a perdu
dant la capacité de financement de « Venture Capital » sont apparues dont vallée alpine. la prééminence dans la démographie
l’inventeur ou de la petite entreprise. le capital est réparti parmi de nom- urbaine. Sa population, cependant, ne
Le site n’a pas une valeur exception-
La solution retenue est celle d’un breuses banques (European Enterprises diminue que lentement. Igls, station
nelle, il en va autrement de la situation.
financement par l’A. N. V. A. R. ou Development, créée en 1964 avec Pari- alpine située à quelques kilomètres de
Situé sur l’Inn, à proximité du col du
directement par l’État. bas, Suez, Worms et les trois grandes la ville et dominée par le Patscherkofel
Brenner, Innsbruck se trouve sur la
Le financement par l’A. N. V. A. R. banques nationalisées). (2 247 m), n’est guère intégré à la ville
voie la plus directe et la plus facile
se fait soit sous la forme d’avances — La loi française du 11 juillet 1972 que sur le plan administratif. L’ac-
menant d’Allemagne vers l’Italie.
remboursables en cas de succès (le crée la « société financière d’innova- D’abord établissement romain (quar- croissement récent est à mettre surtout

remboursement s’effectue par un pré- tion ». Une société est née, la Sofinova. au compte de l’immigration.
tier de Wilten), puis cité médiévale,
lèvement de 75 p. 100 des revenus Une procédure particulière, celle de Innsbruck connut une histoire brillante Innsbruck n’est pas réputé pour son
jusqu’à concurrence des sommes avan- la lettre d’agrément, permet aux pou- lors de la pénétration des Habsbourg industrie. Néanmoins, celle-ci fournit
cées, puis, ensuite, de 30 à 40 p. 100, voirs publics de demander à l’industrie vers l’est. En 1420, la ville devient plusieurs milliers d’emplois dans la
cette part constituant la rémunération d’entreprendre une fabrication nou- la capitale du Tyrol. Maximilien Ier construction mécanique et électrique,
de l’A. N. V. A. R.) ; soit sous la forme velle. La lettre d’agrément permet aux (1493-1519) la choisit comme capitale le textile et l’industrie alimentaire.
de création d’un organisme dont l’ob- industriels contactés de faire appel à la de ses possessions. Le transfert de la Une seule entreprise (travaux publics)
jectif est de faire franchir à l’invention Caisse nationale des marchés de l’État Cour à Vienne, au XVIIe s., fut dure- dépasse 500 salariés. Le secteur ter-
le cap de l’exploitation industrielle ; pour le financement du programme ment ressenti. Mais de ce passé il reste tiaire est prédominant. Le secteur

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

bancaire n’est pas négligeable. Mais hérétiques en vue de les amener à faire prit par la suite le nom de croisade des venus, en particulier la célèbre Prac-
c’est surtout en tant que ville touris- pénitence. En cas d’absence d’aveu de albigeois (1209-1216). tica Inquisitionis de Bernard Gui, qui
tique qu’Innsbruck est célèbre. Les l’inculpé, l’obstiné était livré à la juri- fut inquisiteur à Toulouse de 1307 à
Cette terrible entreprise vengeresse
montagnes cernent la ville de toutes diction séculière, laquelle ressuscita 1323. L’inquisiteur régional, en géné-
introduisit la peine du bûcher dans
parts, permettant les sports d’hiver et alors dans toute sa rigueur la législation ral dominicain, était le délégué direct
des contrées où elle était inconnue
le tourisme d’été. D’Igls, le téléphé- pénale romaine contre les hérétiques. du Saint-Siège. Les autorités civiles et
et l’appliqua avec brutalité aux chefs
rique mène au Patscherkofel. Face à la Bien que les évêques se fussent mon- religieuses étaient tenues de lui prêter
cathares : 140 à Minerve (1210), puis,
ville, un autre téléphérique conduit au trés réticents dans de nombreux cas à assistance. Lors des séances solen-
de nouveau, tout un groupe à Lavaur
Hafelekar (2 334 m). Une dizaine de l’égard de la peine du feu, les pouvoirs nelles, l’Inquisition débutait par une
et 60 aux Cassés (1211). La répression
téléphériques sont implantés à proxi- civils leur forcèrent la main en invo- prédication de l’inquisiteur, laissant
mit fin à la foi cathare comme force
mité d’Innsbruck. Des hauteurs envi- quant le droit. De cette collusion de aux suspects un temps de grâce au cours
politique, mais elle fut bien loin de la
ronnantes, faciles à atteindre, le pano- pouvoirs est sortie l’Inquisition. duquel ils étaient invités à passer aux
faire disparaître des coeurs : elle survé-
rama sur la ville et la chaîne alpine aveux ; une fois ce délai expiré, les pré-
cut en secret. C’est pourquoi, en 1229,
est inoubliable. La saison d’été attire L’Inquisition épiscopale venus pouvaient être inculpés au cours
le concile de Toulouse préconisa une
plus de touristes que la saison d’hiver d’un interrogatoire visant toujours à
forme nouvelle d’inquisition. Il insti-
C’est en 1184 à Vérone, que le pape
(deux tiers et un tiers). On compte dans obtenir l’aveu des coupables. Deux
Lucius III et l’empereur Frédéric Bar- tua les « témoins synodaux », groupes
l’hôtellerie de la ville plus d’un mil- moyens de pression étaient employés :
berousse prescrivirent pour la pre- de prêtres et de laïques chargés de
lion de nuitées par an ; 80 p. 100 sont la preuve testimoniale (l’accusé ne
mière fois aux évêques de visiter les dépister les hérétiques et de les dénon-
à mettre au compte des étrangers (les recevait pas communication des noms
paroisses suspectes en vue de décou- cer conjointement aux évêques et aux
Allemands de la R. F. A. constituent le des témoins, mais pouvait faire écar-
vrir les foyers de catharisme. Ainsi seigneurs locaux. Ce n’était là qu’une
quart des visiteurs). ter ceux qu’il estimait prévenus contre
fut d’abord confiée aux évêques cette initiative régionale. Mais le pape Gré-
F. R. lui) et au besoin la torture. L’inculpé
mission d’inspection, dont la première goire IX donna peu après à cette pro-
F Tyrol. ne pouvait bénéficier d’un avocat, qui,
forme fut l’Inquisition épiscopale. cédure une forme juridique précise et
générale par la constitution Excom- selon les idées du temps, eût passé lui-
L’idée de peine de mort était expres-
municamus (févr. 1231). C’est de ce même, s’il avait défendu la cause, pour
sément écartée lors de la création de
document pontifical qu’il faut dater la un fauteur d’hérésie. La sentence était
ces tribunaux ecclésiastiques. Mais
Inquisition la bulle d’Innocent III Vergentis in création de l’Inquisition, tribunal d’ex- promulguée par l’autorité religieuse en

ception permettant, dans les affaires un lieu public. La peine la plus cou-
senium (1199), qui confirma un peu
Procédure ecclésiastique dirigée contre intéressant la défense de la foi, la re- rante, la prison, était une peine ecclé-
plus tard cette institution, introduisit
cherche des suspects, leur inculpation siastique. En cas de délit méritant la
les doctrines hétérodoxes. une comparaison entre l’hérésie et le
et, dans les cas graves, leur transfert au peine capitale, l’accusé était, par une
crime de lèse-majesté, que le droit
pouvoir séculier. La peine de la prison pure clause de style, « abandonné » au
Introduction romain sanctionnait très sévèrement.
perpétuelle était prévue pour l’héré- bras séculier, qui prenait la sentence à
S’appuyant sur cette clause, les tribu-
La procédure de l’inquisition est née son compte en vue de l’exécuter.
naux qui furent organisés dans le nord tique repentant, et, pour l’obstiné,
au Moyen Âge de la reprise des lois
de la France et dans l’Empire, et qui l’abandon au juge séculier, qui pouvait Bien que tout ce déploiement admi-
pénales romaines au plan civil et de
allèrent immédiatement aux dernières décider la peine de mort par le feu. Les nistratif eût pour but de mener des
leur interférence avec les nouvelles
rigueurs, n’hésitèrent pas à condamner fidèles en relation avec les hérétiques coupables à la pénitence en vue de les
règles pénitentielles de l’Église. L’em-
par eux-mêmes à la peine du bûcher, étaient menacés d’excommunication. sauver de plus grands maux, il condui-
pereur Constantin avait déjà inauguré
l’exécution étant confiée au « bras sé- Par cette constitution, Grégoire IX sit en fait à instaurer des procédures de
une répression des hérétiques, qui
culier » (ainsi à Troyes en 1200, à Paris apportait sa sanction aux tribunaux répression. L’Inquisition réussit par ce
s’amplifia sous ses successeurs et fut
en 1210 en présence du roi Philippe épiscopaux ; de fait, il désigna pour moyen à évincer l’hérésie cathare, mais
poussée occasionnellement jusqu’à la
Auguste, et à Strasbourg en 1212, où au prix d’un grave abus de pouvoir de la
l’Allemagne un prêtre séculier, Conrad
peine du feu, instituée par Dioclétien.
un groupe de 80 « hérétiques » périrent de Marburg, lequel fit preuve de tant part des autorités religieuses et au prix
Mais l’hostilité de l’Église ancienne à
par le feu). Les promoteurs de cette de zèle et d’arbitraire dans sa fonction d’une dégradation de l’homme. Instau-
ces mesures extrêmes les avait rendues
première série de procès, qui ont in- rée au nom de la vérité, elle constitue la
qu’il se heurta aux évêques locaux et
pratiquement exceptionnelles. Saint
fluencé fortement l’attitude de l’Église face sombre de la chrétienté médiévale.
périt assassiné (1233). Le pape fit appel
Augustin avait indiqué aux évêques la
dans les phases ultérieures du dévelop- Cette dénaturation de la foi chrétienne
aussi aux Dominicains à Rastibonne,
norme à suivre en répondant en 408 au
pement de l’Inquisition, portent une atteindra son comble dans l’Inquisition
Friesach, Strasbourg et Besançon (dont
consul d’Afrique, à propos des dona-
lourde responsabilité devant l’histoire. espagnole et recevra aux siècles sui-
le prieur, Robert le Bougre, un cathare
tistes : « Plutôt mourir par vos mains
converti, a laissé un sinistre souvenir). vants sa sanction dans le déclin de la
que les livrer à vos jugements pour être
L’Inquisition du chrétienté, dont elle est, aux yeux des
mis à mort. » La délégation à des religieux spécia-
Languedoc lisés parut très vite au Saint-Siège un
historiens, l’une des causes majeures.
Cette attitude de l’Église se modifia
Dans le sud de la France, où des régions moyen plus approprié pour convaincre
au XIIe s., quand le catharisme se répan-
entières étaient devenues cathares, de les hésitants et venir à bout de l’héré- L’Inquisition espagnole
dit en Europe. Les moyens tradition-
telles sanctions isolées n’étaient ni sie ; aussi l’Inquisition épiscopale fut- L’Inquisition qui fut implantée en
nels d’inculpation devant les tribunaux
civils, par accusation ou par dénon- envisageables, en raison des traditions elle dépossédée peu à peu de ses pou- Espagne à partir de 1482 a une tout
de tolérance du Midi, ni applicables du voirs, qui furent transmis dans le midi autre origine que celle de France. Elle
ciation, pouvaient difficilement être
fait de l’extension de l’hérésie jusque de la France aux Dominicains, et, en naquit de la « Reconquista ». Une si-
laissés aux laïques quand le délit était
dans la noblesse. Italie, sous Innocent IV, aux Francis- tuation nouvelle se fit jour lorsque la
simplement matière de foi. De là vint
cains. L’Inquisition médiévale, confiée chrétienté prit la relève de l’islm, et
l’idée de confier à l’Église la recherche Après l’échec de la mission de prédi-
aux ordres mendiants, se constitua quand apparut dans le peuple chrétien
et l’interrogatoire des suspects. Ignorée cation en Narbonnaise confiée aux Cis-
ainsi en Languedoc de 1230 à 1250.
du droit romain, la procédure inquisi- terciens, puis aux Dominicains (1205- une forte proportion de juifs convertis,
toire attribuait à un juge ecclésiastique 1208), le pape Innocent III consentit Le fonctionnement de l’Inquisition ou conversos. Ceux-ci, entreprenants
et à un tribunal d’Église la fonction de à la campagne armée organisée par est bien connu grâce aux « manuels et dynamiques, depuis longtemps ins-
rechercher et de poursuivre d’office les les princes du nord de la France, qui de l’Inquisition » qui nous sont par- tallés dans le pays, en général d’une

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

a alimenté l’antisémitisme* des temps


modernes. Elle apparaît, aux yeux des
historiens chrétiens contemporains,
comme l’erreur majeure et la faute
lourde de l’histoire du christianisme.

Histoire ultérieure
et déclin

Au cours du XVIe s., le Saint-Siège prit


conscience que, dans les divers pays,
l’Inquisition lui échappait en grande
partie. Ainsi en avait-il été en France
lors du procès des Templiers (1307-
1314), conduit par Philippe le Bel, dans
celui de Jeanne d’Arc (1431) ainsi que
dans les nombreux procès de sorcelle-
rie du XVe s. L’Inquisition fut réformée
sous l’impulsion du cardinal Gian Pie-
tro Carafa (futur pape Paul IV), par la
bulle Licet ab initio (1542) de Paul III,
qui en fit un organisme à direction
unique et permanente, la congrégation
de la Suprême et Universelle Inquisi-
tion, ou Saint-Office. Les Dominicains
y gardaient une place prépondérante,
mais la poursuite de l’hérésie devenait
principalement une affaire romaine. La
couronne d’Espagne chercha à mainte-
nir son Inquisition, ce qu’elle fit bien
voir en 1559 en faisant incarcérer le
primat d’Espagne en personne, Barto-
lomé de Carranza. Mais le Saint-Siège
obtint de faire revoir le procès à Rome
culture supérieure, devinrent l’objet leur mission d’unification nationale en 1492, l’expulsion de tous les juifs et eut finalement gain de cause.
de soupçons de la part des « anciens comme devant reposer sur la base de d’Espagne.
L’Inquisition romaine procéda sur-
catholiques », qui cherchaient de plus l’unité religieuse, et l’Inquisition fut le Après 1492, l’Inquisition continua tout à la mise au pilori d’ouvrages
en plus appui du côté de la chrétienté symbole même de leur politique. de s’exercer contre les marranes, codi- hérétiques et à la censure des écrits
française. Le roi Ferdinand II* fit appel aux fiant les principes racistes sur lesquels juifs. Elle inaugura en Italie, de 1555
Le conflit qui fut à la base de l’ins- Dominicains, et les premiers tribunaux elle fondait sa répression et nourris- à 1572, une répression que le pays
tauration de l’Inquisition en Espagne entrèrent en fonction en Andalousie sant la mentalité populaire d’hostilité n’avait jamais connue jusque-là. En
ne fut donc pas un conflit entre chré- en 1481. Devant leurs excès, le pape, au judaïsme. Elle s’attaqua également outre, elle fit comparaître Giordano
tiens et juifs, mais entre chrétiens invoqué en appel par les « conver- aux musulmans convertis (sous le nom Bruno* (exécuté en 1600) et Galilée
d’origine castillane et chrétiens d’ori- sos », se rétracta (bulles de janv. et oct. de morisques), devenus également sus- (condamné à la détention en 1633). Par
gine juive, et il ne naquit pas d’une 1482), réclama l’entrée en fonction pects de fidélité à l’islm (procès de la suite, le Saint-Office devint surtout
hérésie, mais de la suspicion. Les d’un contrôle épiscopal sur l’Inquisi- 1609-10). Au XVIIe s., elle poursuivit un organisme de surveillance doctri-
« anciens catholiques » accusèrent les tion royale et ménagea la possibilité enfin les alumbrados (illuminés), soup- nale. En 1965, Paul VI a transformé la
« conversos » de garder leur faveur d’un recours à Rome pour les incul- çonnés d’accueillir favorablement les congrégation dite « du Saint-Office »
pour leurs anciens coreligionnaires et pés. Mais le roi ne donna pas suite aux idées protestantes. en congrégation pour la Doctrine de la
d’entretenir avec eux certains liens par- réclamations pontificales, et le pape La procédure inquisitoriale espa- foi.
fois religieux, et ils en vinrent à créer se laissa forcer la main. L’Inquisition gnole fut d’autant plus terrible qu’elle B.-D. D.

des comités de défense sur la base de d’Espagne fut dès lors une Inquisition prit un caractère national ; elle fut F Cathares / Église catholique ou romaine /
Reconquista.
la « pureté de sang ». Ils s’adressèrent royale dans laquelle le Saint-Siège réclamée par la population, et aucune
à la Couronne pour demander la for- s’efforça, sans grande efficacité, de voix ne s’éleva pour s’opposer à elle. H. C. Léa, A History of the Inquisition in
the Middle Ages (New York, 1888, 3 vol., rééd.,
mation d’une Inquisition contre les jouer un rôle modérateur. Sixte IV per- Le caractère particulièrement pervers 1955 ; trad. fr. Histoire de l’Inquisition au Moyen
« conversos », accusés (sous le nom mit même à Isabelle Ire* de nommer de l’Inquisition espagnole vient de ce Âge, Soc. nouv. de libr. et d’éd., 1900-1902,

de « marranes ») d’adhérer toujours en elle-même un inquisiteur général avec qu’elle a poursuivi son action non plus 3 vol.). / E. Vacandard, l’Inquisition (Bloud et
Gay, 1907 ; 4e éd., 1914). / J. Guiraud, l’Inqui-
secret au judaïsme. Bien que l’autorité juridiction sur toute l’Espagne. Elle même pour la défense d’une vérité
sition médiévale (Grasset, 1928). / C. Roth, The
épiscopale se soit opposée à ce mou- choisit le dominicain de triste mémoire menacée, comme cela avait été le cas Spanish Inquisition (Londres, 1937). / G. Dero-

vement, le pape Sixte IV consentit à Tomás de Torquemada, qui exerça de en France au XIIIe s., mais pour le main- mieu, l’Inquisition (P. U. F., 1946). / N. Lopez

Martínez, Los judaizantes castellanos y la Inqui-


la requête royale et donna pouvoir aux 1483 à 1498 une dictature rigide sur tien de la « pureté de sang » du chris-
sición en tiempo de Isabel la Católica (Burgos,
souverains pour créer dans la province les services de l’Inquisition. Il recourut tianisme espagnol. S’exerçant contre 1950). / H. Maisonneuve, Études sur les origines

de Séville une Inquisition (1478). En de sa propre initiative à la peine capi- des chrétiens qui étaient juifs d’ori- de l’Inquisition (Vrin, 1959). / J. Caro Baroja,
Los judíos en la Espana moderne y contempo-
un temps où l’on n’avait pas la moindre tale, et ses exécutions ont été estimées gine, elle a transformé l’antijudaïsme
ranea (Madrid, 1961 ; 3 vol.). / H. A. F. Kamen,
idée de séparer la politique de la reli- à 2 000. Non content de poursuivre relativement tolérant des Pères de The Spanish Inquisition (Londres, 1965 ; trad.

gion, les Rois Catholiques conçurent les « conversos », il obtint de la reine, l’Église en un antijudaïsme racial qui fr. l’Inquisition espagnole, A. Michel, 1966). /

5732
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

G. et J. Testas, l’Inquisition (P. U. F., coll. « Que


points communs qui permettent de les sous un épaississement de la cuticule, les maxilles comprennent une base
sais-je ? », 1966 ; 2e éd., 1969).
reconnaître facilement. en forme de lentille. Il en existe deux formée de deux pièces, le cardo et le

Le corps est toujours divisé en trois catégories : les ocelles proprement stipe, et deux prolongements, la galea,

parties très nettes : la tête, le thorax, dits et les stemmates ; ces derniers se arrondie, et la lacinia, mobile et armée

l’abdomen. Il est protégé par un sque- voient chez les larves et sont placés de dents. La maxille porte un appen-
Insecte sur les côtés de la tête. Les ocelles dice de trois à cinq articles, le palpe
lette externe formé de deux parties,
l’hypoderme, partie interne constituée existent chez les Insectes adultes, sur- maxillaire, important comme organe
Animal de l’embranchement des
par des cellules vivantes, et la cuticule, tout dans les ordres inférieurs. Géné- sensoriel. Le labium forme une pièce
Arthropodes, caractérisé par son tho- ralement au nombre de trois, ils sont unique résultant de la fusion d’une
couche externe sécrétée par les cellules
rax — nettement séparé de la tête et de
hypodermiques. La cuticule se divise placés sur le front. L’oeil composé est deuxième paire de mâchoires ; il porte
l’abdomen — formé de trois articles,
en trois couches ; la plus profonde est un organe remarquable, caractéris- deux palpes labiaux, généralement de
portant trois paires de pattes et souvent
l’endocuticule, couche pigmentaire ; en tique des Crustacés et des Insectes. Il trois articles. Dans le type piqueur, les
des ailes.
dessus se trouve d’abord l’exocuticule, est formé d’éléments, ou ommatidies, pièces masticatrices sont transformées
Les Insectes forment une très impor- puis une mince épicuticule, imper- en nombre extrêmement variable, en fins stylets, protégés par une gaine
tante classe qui compte à elle seule méable, dont l’épaisseur ne dépasse gé- allant de quelques unités à plus de formée par le labium. Enfin, dans le
beaucoup plus d’espèces que toutes les néralement pas un micron. L’endocuti- 20 000 dans l’oeil des Libellules, l’un type lécheur, les mandibules sont en
autres classes d’animaux réunies. cule est responsable de l’extensibilité des plus parfaits. Chaque ommatidie général avortées, et les autres pièces
du tégument, combinant solidité avec comprend une cornée transparente, constituent une trompe de forme très
Origine des Insectes flexibilité. L’exocuticule apporte la suivie, du côté interne, d’un corps variable. Le type broyeur se rencontre
rigidité dans les parties les plus dures, réfringent, le cône cristallin, qui est chez les Insectes carnassiers (Coléop-
Il est très difficile de fixer exactement
et l’épicuticule assure l’imperméabilité prolongé par une tige, le rhabdome ; tères, Libellules) et chez les mangeurs
l’âge auquel ils sont apparus sur la
de la surface du corps. celui-ci est entouré par les cellules de feuilles et de bois (Sauterelles, Che-
Terre, car les premiers Insectes, datant
sensorielles qui forment la rétinule. nilles et beaucoup d’autres larves). Le
du Silurien, peut-être même du Cam- Le constituant le plus connu de la
type piqueur appartient aux Insectes qui
brien, devaient être très petits et ne cuticule est un polysaccharide azoté, y Les appendices. La tête porte deux
sortes d’appendices, les antennes et se nourrissent de la sève des plantes ou
nous ont pas laissé de fossiles. Les plus voisin de la cellulose, la chitine, abon-
du sang des animaux (Moustiques, Pu-
anciens Insectes reconnus avec certi- dante surtout dans l’endocuticule. les pièces buccales.
naises, Pucerons, Cochenilles). Le type
tude sont des petites formes sans ailes L’épaisseur de la cuticule est très Les antennes sont des appendices
lécheur enfin caractérise surtout les In-
qui se rapprochent des Collemboles variable. La rigidité de ce squelette mobiles, insérés entre les yeux. Elles
sectes floricoles (Abeilles, Papillons).
actuels. Ils datent du Dévonien moyen, externe rendrait tout mouvement im- sont composées d’articles en nombre
Ces derniers représentent le type le
c’est-à-dire d’environ 400 millions possible s’il était uniformément réparti très variable, dont le premier s’appelle
plus parfait, avec une trompe formée
d’années. Les choses changent com- sur toute la surface du corps ; aussi scaphe, le second pédicelle, les sui-
celle-ci est-elle divisée en parties à par les seules galeas des maxilles.
plètement au Carbonifère, qui montre vants formant le flagelle. La longueur
une très riche faune d’Insectes en Amé- cuticule épaisse, les sclérites, séparées varie d’un très petit appendice à un y Le thorax. Séparé de la tête par
rique du Nord et en Europe. Cette faune par des aires flexibles, les membranes, long filament qui, chez certains Or- une région membraneuse, le cou, très
compte de très nombreuses formes qui permettent tous les mouvements du caractéristique des Insectes, le thorax
thoptères cavernicoles, peut atteindre
ailées, très évoluées, apparentées aux corps et des appendices. La cuticule dix fois la longueur du corps. La forme est composé de trois parties, générale-
espèces actuelles, mais représentant est formée par des couches alternées ment bien séparées : le prothorax, le
est aussi extrêmement variable ; les
des lignées spéciales, pour la plupart de chitine et d’une protéine (arthropo- antennes les plus simples sont un long mésothorax et le métathorax. Chacun
éteintes ; ces formes rappellent les dine) ; elle s’étend non seulement sur de ces segments comprend une partie
flagelle composé d’un grand nombre
Éphémères, les Libellules, les Perlides tout le corps, mais sur les invaginations dorsale, le notum (pronotum, mésono-
d’articles semblables. Beaucoup d’an-
et surtout les Blattes. Ces Insectes, qui ectodermiques, comme l’intestin anté- tum, métanotum), et une partie ven-
tennes sont terminées en massue. Les
habitaient les forêts de Fougères et rieur et postérieur. Outre ce squelette trale, le sternum (prosternum, mésos-
Diptères Brachycères montrent un type
de Prêles, chaudes et humides, dispa- externe, si caractéristique, les Insectes ternum, métasternum), réunies par les
d’antennes très spécial, réduites aux
raissent dès le Permien, à climat plus présentent un squelette interne très pleurites latéraux, composés de deux
deux premiers articles, et un flagelle
sec et plus froid. À l’ère mésozoïque, important puisqu’il assure l’insertion pièces, l’épimère en avant, l’épis-
filiforme d’un seul article très long.
les fossiles d’Insectes deviennent des muscles. terne en arrière. Cette conformation
Les pièces buccales des Insectes
abondants, surtout au Jurassique. Mais typique du thorax est très variable, le
y La tête. C’est une capsule faite de
semblent à première vue très différentes
il semble que l’apparition des Angios- pronotum étant très développé chez
plusieurs plaques, ou sclérites, fusion-
dans tous les ordres. On a quelque dif-
permes (plantes à fleurs), au Crétacé les Coléoptères, les Orthoptères,
nées. On y distingue : en avant, le
ficulté à rapprocher la trompe d’un
moyen, a favorisé l’épanouissement les Hémiptères, bien moins chez les
front, le clypeus et le labre ; en dessus,
Papillon ou les stylets d’un Moustique
des lignées d’Insectes supérieurs (Dip- Hyménoptères, les Éphémères, les
le vertex et l’occiput ; sur les côtés, les
des robustes mandibules d’une Saute-
tères Brachycères, Hyménoptères, Odonates.
joues. Le labre constitue la lèvre supé-
relle ou d’un Carabe. Cependant, dès
Coléoptères floricoles, Lépidoptères). rieure de la bouche ; sa face interne Le thorax porte une paire de pattes
Enfin, à partir du Tertiaire, toutes les 1816, M. J. C. Lelorgne de Savigny
est couverte d’organes gustatifs qui sur chaque segment et quatre ailes sur
(1777-1851) a montré que ces organes
lignées actuelles sont représentées, et forment l’épipharynx. le méso- et le métathorax. Les pattes
on ne trouve que des différences spéci- si différents ne sont que des transfor-
La tête peut être dirigée en avant mations de pièces semblables à l’ori- sont des appendices, mais les ailes
fiques entre les fossiles et les Insectes
(prognathe) ou perpendiculairement à sont des expansions spécialisées du
actuellement vivants. gine. On peut ainsi considérer trois
l’axe du corps, la bouche en bas (hypo- types de pièces buccales : broyeur, tégument.
gnathe) ; elle porte les yeux et diffé- lécheur, piqueur. Le type broyeur peut y Les pattes. Les trois paires de pattes
Organisation générale
rents appendices. être considéré comme le plus primitif ; sont un des caractères principaux des
Morphologie externe y Les yeux. Il existe chez les Insectes il comprend trois types d’appendices, Insectes. Chaque patte est articulée au
Malgré l’extraordinaire variété qu’ils deux sortes d’yeux, les yeux simples, les mandibules, les mâchoires, ou thorax, entre le sternum et les pleures.
montrent dans leur taille, leur forme, ou ocelles, et les yeux composés. Les maxilles, et le labium. Les mandibules Elle comprend cinq segments prin-
leurs couleurs, les Insectes présentent, ocelles sont de petits groupes de cel- sont de puissantes pièces masticatrices, cipaux : la hanche, ou coxa, élément
dans leurs caractères extérieurs, des lules sensibles à la lumière, placées armées de dents, parfois énormes ; basal court, le trochanter, petit article

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atrophiées et réduites à un petit organe mine le tube digestif. Ce modèle subit


appelé balancier, lequel semble jouer naturellement des modifications en
un rôle équilibrant et stabilisateur. rapport avec le mode d’alimentation.
Enfin, beaucoup d’Insectes montrent Le régime alimentaire des Insectes
une réduction des ailes pouvant aller étant très varié, les enzymes de la
jusqu’à la disparition complète. L’aile digestion sont nombreuses chez un
normale est formée de deux lames omnivore comme la Blatte, réduites à
tégumentaires soutenues par des ner- une amylase chez un Papillon.
vures qui contiennent un espace san- y Système circulatoire. Dans le corps
guin, une trachée et parfois un nerf.
des Insectes, il n’y a qu’un liquide, le
La disposition des nervures est extrê- sang, ou hémolymphe, baignant tous
mement variable et est très employée
les tissus. Il existe un unique vaisseau
dans les classifications. À la base de
sanguin, pulsatile, qui s’étend sur
l’aile existe, sauf chez les Insectes toute la longueur du corps. Sa par-
primitifs, un petit champ, séparé par
tie postérieure est le véritable coeur,
un pli (champ jugal), important dans
qui présente une série d’ouvertures
la séparation des sections. Les ailes
munies de valvules, les ostioles, par
sont souvent couvertes de poils qui,
lesquelles le sang peut entrer ; la par-
chez les Lépidoptères, se transfor-
tie antérieure, dite « aorte », est un
ment en écailles donnant les brillantes
tube contractile qui se termine dans la
couleurs de ces Insectes.
cavité viscérale. Le sang circule dans
y L’abdomen. Il compte en principe le vaisseau dorsal d’arrière en avant,
douze segments, mais ce chiffre est puis se répand dans tout le corps.
très souvent réduit, surtout dans les
y Appareil respiratoire. Les Insectes
ordres les plus évolués. Chaque seg-
respirent par un système de trachées
ment, ou urite, est composé d’un ter-
s’ouvrant à l’extérieur par des stig-
gite dorsal et d’un sternite ventral,
mates et se ramifiant dans toutes les
ces deux parties étant unies par une
parties du corps. Il existe générale-
membrane sans pièces sclérifiées.
ment deux gros troncs longitudinaux
Sauf chez certains Insectes inférieurs
d’où se détachent les trachées et qui
(Thysanoures), l’abdomen ne porte
se terminent par des trachéoles capil-
pas d’appendices articulés ; cepen-
laires d’un diamètre de 0,6 à 0,8 .
dant, beaucoup de groupes portent sur
Chez les Insectes à vol puissant, il se
le dixième urite deux longs appen-
forme de larges dilatations des tra-
dices, les cerques, parfois très déve-
chées, dites « sacs aériens ». Enfin,
loppés et importants comme organes
chez beaucoup de larves aquatiques,
sensoriels. Chez les femelles, les hui-
la respiration se fait par des branchies
tième et neuvième sternites portent
trachéennes.
souvent des appendices (gonopodes)
formant un organe destiné à la ponte, y Appareil excréteur. Il comprend

l’oviscapte, ou ovipositeur, composé différents organes (cellules péricar-

de six pièces, deux inférieures appar- diques, oenocytes, corps adipeux),

tenant au huitième sternite et quatre mais les plus importants sont les tubes

internes et supérieures dépendant du de Malpighi, qui ne manquent que

neuvième. Dans certains cas (Hymé- chez quelques Insectes inférieurs. Ce

noptères piqueurs), cet organe peut sont des tubes, fermés à leur extrémité
devenir un puissant aiguillon. L’or- distale, qui s’ouvrent dans l’intestin
intermédiaire, le fémur et le tibia, qui ouvrière, les pattes postérieures sont
gane génital mâle débouche dans le postérieur. Leur nombre varie de deux
forment la partie principale de l’ap- transformées en organe collecteur de
neuvième sternite et est le plus sou- à quatre chez les Diptères à plus de
pendice, et le tarse, composé de trois pollen.
vent terminé par un organe copulateur cent chez certains Hyménoptères. Ils
à cinq articles, dont le dernier est ter- y Les ailes. En principe, les Insectes d’une variabilité extraordinaire. baignent dans le sang, duquel ils ex-
miné par deux griffes ; entre celles-ci adultes possèdent deux paires d’ailes, traient de l’acide urique, de l’urée, de
se trouve le pulvillus, sorte de coussi- qui sont parmi les organes qui ont Organisation interne l’oxalate de chaux et autres produits
net charnu qui joue un rôle important subi les plus larges modifications dues des déchets accumulés.
y Appareil digestif. L’intestin anté-
dans la marche. à l’influence du milieu. Les ailes de
rieur, d’origine ectodermique, com- y Système nerveux. Le système ner-
Les pattes montrent de nombreuses la première paire peuvent être plus veux central est formé par une double
prend l’oesophage, le jabot, vaste
modifications d’ordre adaptatif. On ou moins épaissies, servant d’abri chaîne de ganglions réunis par des
dilatation dans laquelle les aliments
observe ainsi des pattes fouisseuses, protecteur à la seconde paire. Déjà connectifs. Le premier ganglion
s’amassent et s’imprègnent de salive,
dont le type le plus parfait est celui de assez marquée chez les Orthoptères et le gésier, ou proventricule ; la paroi sus-oesophagien est un volumineux
la Courtilière, ou Grillon-Taupe, un et les Hétéroptères, cette transforma- de celui-ci est fortement musclée, et sa cerveau ; avec le sous-oesophagien,
type sauteur (Sauterelles) et un type tion est bien plus importante chez les face interne, garnie de crêtes, assure le il forme un collier autour de l’oeso-
nageur (Dytique) ; une patte ravisseuse Dermaptères (forficules) et surtout les brassage des aliments, qui sont arrêtés phage. Le reste de la chaîne est appli-
se montre chez les Insectes chasseurs Coléoptères, où ces ailes deviennent par une valvule cardiaque marquant qué sur la paroi ventrale ; il comprend
comme les Mantes, les Mantispes, les très épaisses, cornées et prennent le le début de l’intestin moyen, lequel trois paires de ganglions thoraciques
Réduvides Émésines, les Hyménop- nom d’élytres. Chez les Diptères, ce s’étend jusqu’à l’insertion des tubes et des ganglions abdominaux en
tères Béthylides. Enfin, chez l’Abeille sont les ailes postérieures qui sont de Malpighi. L’intestin postérieur ter- nombre variable et plus ou moins

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contractés. Le cerveau est de structure rouge, mais peuvent voir dans l’ultra- lis) qui sécrètent des neuro-hormones rencontre des Insectes depuis la forêt
complexe, comprenant le protocere- violet ; ils peuvent être attirés par la jouant un rôle de réactivation après tropicale jusqu’aux steppes glacées de
bron (ganglions optiques), le deutoce- lumière ultraviolette réfléchie par cer- chaque mue. l’extrême Nord. Naturellement, ils sont
rebron (lobes olfactifs et nerfs anten- taines fleurs et ils s’assemblent autour plus abondants dans les pays chauds, et
naires) et le tritocerebron, qui innerve d’écrans illuminés par des rayons Développement et c’est là qu’on trouve les plus grands et
le labre et une partie du tube digestif. ultraviolets invisibles pour nous ; métamorphoses les plus beaux Insectes.
Il existe un système sympathique pré- d’autres (Papillons Piéridés) sont ca-
sidant à la vie végétative. pables de voir le rouge. De même que Développement embryonnaire Les Insectes de haute montagne
l’Homme, les Insectes sont sensibles L’oeuf est entouré d’un chorion résistant En montagne, des Insectes vivent et
Organes des sens au phénomène des contrastes simul- perforé de micropyles qui permettent la se reproduisent au-delà de la zone fo-
Si on observe le comportement des tanés ; une surface grise, entourée de pénétration des spermatozoïdes. Il ren- restière, dans le voisinage des neiges
jaune, paraît bleue à une Abeille, et la ferme beaucoup de réserves nutritives
Insectes dans les conditions naturelles, éternelles, jusqu’à 6 000 m dans
on constate qu’ils obéissent à des im- même surface entourée de bleu paraît (vitellus). L’embryon se forme sur l’Himlaya. Les espèces en sont peu
pressions sensorielles très variées, qui jaune. une partie localisée du blastoderme, nombreuses, mais le nombre des indi-
exigent des organes des sens richement la bande germinative. Il effectue des vidus est parfois extraordinaire. Les
y Sens mécaniques ; l’ouïe. Le sens
déplacements, se retourne et s’enfonce
développés. du toucher s’exerce par des sensilles plus curieux sont certainement des
dans le vitellus. Les appendices appa- petits Collemboles appelés « puces des
y Sensations tactiles. Elles sont (scolopidies) dispersés sur différentes
raissent d’avant en arrière, d’abord les
transmises surtout par des organes parties du corps, particulièrement sur glaciers ». Malgré leur très petite taille,
antennes, puis les pièces buccales et ils couvrent parfois la glace jusqu’à la
appelés sensilles ; ce sont des cellules les antennes. Chez certains Insectes,
enfin les pattes thoraciques. faire paraître noire et jouent un rôle
présentant un axone sensoriel, distri- des scolopidies spécialisés sont grou-

buées sur toute la surface du corps, pés en un organe auditif parfois très important dans la faune des glaciers.
Développement postembryonnaire Extraordinairement résistants au froid,
principalement sur les appendices, et compliqué. Ces organes sont remar-

le plus souvent en relation avec un quablement développés chez les In- Entre sa sortie de l’oeuf et son arrivée ils sont à la base de la reprise de la vie
sectes capables de produire des sons, à l’état adulte, où il peut se reproduire, animale après le dur hiver. Il faut aussi
poil ou une épine.
comme les Sauterelles, les Grillons, l’Insecte parcourt une période plus ou noter que certaines espèces d’Insectes
y Sens chimiques. Le goût et l’odo-
les Cigales et certains Lépidoptères. moins longue et subit des transforma- communes dans les montagnes d’Eu-
rat sont développés de façon variable.
tions variables. Dès l’éclosion, on peut rope à haute altitude se trouvent dans
Les saveurs sont détectées par des
Organes reproducteurs déjà distinguer deux catégories d’In- les plaines en Scandinavie.
récepteurs situés dans la bouche, sur
sectes. Les uns ressemblent beaucoup
les antennes, les palpes et les tarses ; Sauf quelques rares exceptions, les
aux adultes, dont ils diffèrent surtout Les Insectes aquatiques
les odeurs sont reconnues sans doute sexes sont séparés chez les Insectes.
par l’absence des ailes et le non-déve- Le bord des eaux douces est peuplé par
par les sensilles des antennes et des Les ovaires sont formés par un faisceau
loppement des organes de l’extrémité de nombreux Insectes appartenant à
palpes. Beaucoup d’Insectes trouvent de tubes, ou gaines, ovigères, dans les-
abdominale (organe copulateur du tous les ordres, mais les formes com-
leur nourriture par l’odorat, et c’est quels se développent les ovules ; ces
mâle, oviscapte de la femelle). Ce sont plètement aquatiques sont aussi assez
aussi par l’odorat que les Abeilles gaines débouchent dans deux trompes
les Insectes sans métamorphose (amé- nombreuses. Il y a d’abord une quantité
repèrent les plantes à visiter, que les qui se réunissent dans un oviducte
taboles) ou à métamorphoses incom- de larves de Diptères et de Coléoptères
Fourmis s’orientent et que les mâles impair aboutissant à la poche copu-
plètes (hétérométaboles). Les autres qui se trouvent aussi bien dans les eaux
de certains Papillons peuvent locali- latrice. Chez les mâles, les testicules,
sont des Insectes à métamorphoses froides des torrents que dans les eaux
ser la présence d’une femelle à plus volumineux, sont composés de tubes
complètes (holométaboles), qui sortent saumâtres, thermales et même forte-
d’un kilomètre de distance. nombreux s’ouvrant dans deux canaux
de l’oeuf sous une forme complètement ment polluées. Les Insectes aquatiques
déférents qui s’unissent en un canal
y Vision. Les deux catégories d’yeux différente de celle de l’adulte ; c’est la adultes se trouvent surtout chez les
éjaculateur entouré à son extrémité par
ont des fonctions bien différentes.
larve, qui, après une vie plus ou moins Coléoptères (Dytiques, Hydrophiles)
un organe copulateur de forme très va-
Les fonctions optiques des ocelles
longue, se transforme en nymphe, et les Hétéroptères. Parmi ces derniers,
riable et souvent très compliquée. Dans
semblent faibles, et on considère
stade de repos qui donne naissance à les Gerris et les Hydromètres courent
les deux sexes, il existe des glandes
généralement qu’ils sont surtout des
l’Insecte parfait. Le stade larvaire dure sur les eaux tranquilles, les Notonectes
annexes qui débouchent dans la partie
organes stimulateurs qui accélèrent la
généralement plus longtemps que le et Velia sont d’excellents nageurs, tan-
terminale de l’organe génital.
phototaxie en augmentant la sensibi-
stade adulte ; le cas le plus typique est dis que les Nèpes rampent au fond, sur
lité du cerveau aux stimulus reçus par
celui d’une Cigale d’Amérique qui ne la vase. Tous ces Insectes montrent des
les yeux composés. L’oeil composé est Système endocrinien
vit que quelques semaines après une dispositions intéressantes de leur appa-
un organe caractéristique des Arthro- Il existe un système assez compliqué
vie larvaire de dix-sept ans. Les larves reil respiratoire.
podes. Chaque élément reçoit une im- de glandes à sécrétion interne. Les
montrent une diversité extrême tant
pression lumineuse dont l’ensemble corpora allata sont deux très petites Un certain nombre d’Insectes vivent
dans leur morphologie que dans leurs
forme une sorte de mosaïque visuelle. glandes placées de chaque côté du vais- au bord de la mer, dans la zone balayée
moeurs. Leur étude constitue la partie
seau dorsal, derrière le cerveau. À ces par les marées, mais on connaît aussi
L’acuité visuelle semble faible ; on a
la plus intéressante de la biologie des
pu calculer que, chez une Abeille, elle glandes sont associés les corpora car- un Insecte réellement marin. C’est un
Insectes.
est environ égale à un cinquantième diaca, qui sont deux corpuscules pairs petit Hétéroptère aquatique, voisin des

de celle de l’Homme, sur un axe ver- ou fusionnés en une seule masse. Ces Gerris (Halobates), qui se trouve en
Facultés d’adaptation pleine mer, à plus de cent kilomètres
tical, et à un tiers de celle-ci sur un glandes jouent un rôle important dans
axe horizontal, à cause de la courbure la croissance des jeunes et la métamor- Les Insectes montrent de remarquables des côtes ; il se fixe souvent sur les

plus prononcée de l’oeil, chaque om- phose. Les glandes prothoraciques, ou facultés d’adaptation, qui leur ont per- Algues flottantes et semble se nourrir

matidie devant couvrir un champ plus glandes ventrales, sont situées dans mis de peupler tous les milieux, même des cadavres de petits animaux marins.

vaste. En ce qui concerne la vision des la partie ventrolatérale du prothorax ; ceux qui semblent impropres à toute
couleurs, on constate des différences elles produisent une hormone qui as- vie animale ; on trouve des larves de Les Insectes terricoles

importantes suivant les Insectes : cer- sure la mue. Enfin, on peut rapprocher Diptères dans des eaux thermales à et cavernicoles

tains (Abeille, Papillon Macroglossa) du système endocrinien certaines cel- 50 °C et dans les mares de pétrole Un très grand nombre de larves et cer-
semblent pratiquement aveugles au lules du cerveau (pars intercerebra- autour des puits en Californie. On tains Insectes adultes vivent sous terre,

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

se nourrissant surtout de racines. Parmi ceux que l’on observe chez les Insectes nombreuse ; elle montre, ainsi que les qui vivent de sang desséché. Tous ces
les plus remarquables, il faut citer les sociaux. Ceux-ci appartiennent à deux soldats, des formes très diverses. Insectes présentent de nombreuses
Courtilières, ou Grillons-Taupes, qui lignées très éloignées ; d’une part les espèces, souvent inféodées à un seul
passent toute leur vie dans des gale- Termites, Insectes inférieurs voisins Sociétés de Guêpes et d’Abeilles hôte. À côté de ces parasites bien
ries souterraines à la façon des taupes. des Blattes ; d’autre part les Hyménop- La société de Guêpes* est moins com- connus, on cite quelques cas isolés dans
Leur patte antérieure montre une adap- tères supérieurs, Fourmis, Guêpes et des familles où le parasitisme est une
pliquée que celle de Termites, car elle
tation extraordinaire à la fonction Abeilles. La vie sociale montre dans ne comprend, outre les sexués, qu’une exception. Un des plus remarquables
d’organe fouisseur, qui réalise un des caste de neutres, qui sont des femelles est l’Hemimerus, Insecte apparenté
ces deux groupes beaucoup de points
plus curieux exemples de caractère de stériles. Extérieurement, elles ne dif- aux Forficules, qui vit dans la fourrure
communs, mais aussi des différences
convergence (v. adaptation). fèrent guère des femelles que par leur du gros Rat d’Afrique Cricetomys. Il
considérables résultant du mode de
plus petite taille. À l’inverse des Four- existe aussi un Coléoptère voisin des
À côté des Insectes terricoles, on croissance de ces Insectes. Les Ter-
mis et des Abeilles, les Guêpes forment Staphylins (Platypsyllus castoris) qui
peut placer les cavernicoles*, c’est- mites sont des Insectes sans métamor-
une colonie annuelle, qui disparaît à ne se trouve que sur le Castor. Peut-
à-dire ceux qui ont quitté la surface phoses, dont les jeunes diffèrent peu
l’entrée de l’hiver, ne laissant subsister être encore plus curieux est un petit Pa-
du sol pour vivre au fond des grottes. des adultes et mènent le même genre de
que quelques jeunes femelles fécon- pillon (Bradypodicola) qui court dans
Ce milieu très spécial est caractérisé vie. Chez les Hyménoptères, les jeunes
dées, qui créeront une nouvelle colonie la fourrure des Paresseux sud-améri-
par une température régulière et assez
éclosent sous forme de larves, très dif-
au printemps suivant. cains. Deux autres ordres d’Insectes
basse, par l’obscurité et un degré d’hu-
férentes des parents, exigeant des soins contiennent de nombreux parasites ; ce
midité très élevé. Un grand nombre La colonie d’Abeilles* diffère peu
qui mobilisent une grande partie de la sont les Hétéroptères et les Diptères.
d’animaux se sont adaptés à ces condi- de celle de Guêpes dans son organisa-
société. Les premiers sont les Punaises et les
tions d’existence et, parmi eux, beau- tion générale, mais elle s’en éloigne
Réduves. Les Diptères sont très nom-
coup d’Insectes. Suivant leur degré par bien des détails. C’est tout d’abord
Société de Termites breux et variés. Certains piquent, avec
d’adaptation, ceux-ci ont été répartis en une société pérenne, dont la reine peut
La société de Termites* est complexe. les stylets de leurs pièces buccales, les
trois catégories : les trogloxènes sont vivre quatre ou cinq ans. Les ouvrières
Elle compte d’abord un couple de Vertébrés pour leur prendre un repas
des habitants accidentels de l’entrée sont spécialisées suivant leur âge. Une
sexués qu’on appelle roi et reine. Ils de sang après lequel ils s’envolent ;
de la grotte, où ils ne se reproduisent jeune ouvrière, qui vient d’éclore, est
ce sont donc des parasites tempo-
pas ; les troglophiles vivent dans les sont ailés au début de leur vie d’adulte, chargée pendant une dizaine de jours
raires comme les Moustiques et les
parties moyennes et profondes ; ils en mais perdent leurs ailes rapidement et de la préparation des cellules et de
Taons. Les rapports entre les parasites
sortent souvent la nuit pour chercher s’accouplent. Le roi reste un Insecte l’alimentation des larves. Pendant une
et leurs victimes peuvent être plus
leur nourriture, mais ils se reproduisent de petite taille, mais la reine devient seconde période de dix jours, elle est
étroits. Telles sont certaines Mouches
dans la grotte et toute leur évolution beaucoup plus grosse, parfois énorme, magasinière, nettoyeuse ou gardienne
dites « pupipares » ou Mouches-Arai-
s’y poursuit ; les troglobies ne quittent et son rôle unique est de pondre, aug- de l’entrée du nid ; enfin son existence
gnées, qui sont aplaties, sans ailes,
pas la partie profonde où l’obscurité mentant continuellement la popula- se termine par la récolte du nectar et du
vivant dans le poil des Mammifères
est complète. Ce sont les mieux adap- tion de la termitière, qui peut arriver pollen pendant vingt à trente jours. Les
et les plumes des Oiseaux, dont elles
tés à la vie cavernicole et ils présen- Abeilles communiquent entre elles par
à compter plusieurs millions d’indi-
sucent le sang. Certaines Mouches ont
tent des caractères particuliers qui sont une série de mouvements des antennes,
vidus. Ceux-ci appartiennent à deux tendance à pondre sur les blessures des
l’absence des yeux, la dépigmentation des ailes, et par des sortes de danses
castes principales, les ouvriers et les animaux ; elles provoquent ainsi des
des téguments et l’allongement exces- qui ont été remarquablement étudiées
soldats. Les ouvriers sont les plus myiases qui peuvent être graves. C’est
sif des appendices. par K. von Frisch et ses élèves.
nombreux ; ils sont aptères, aveugles chez les Gastrophilidés et les OEstridés
et armés de mandibules fortes, mais que les Mouches montrent les plus par-
Les sociétés d’Insectes Les Insectes parasites ;
courtes. Leur rôle est de soigner le faites adaptations au parasitisme, leurs
couple royal et les jeunes. Ils doivent
les myrmécophiles larves devenant de véritables parasites
La grande majorité des Insectes vivent
isolés, mais il existe des exceptions, avant tout édifier la termitière, car les Un très grand nombre d’Insectes sont internes. Parmi les OEstridés, on trouve
d’un intérêt considérable. Tout d’abord, Termites sont d’extraordinaires bâtis- parasites, au moins pendant une partie des parasites très variés dont le plus

il ne faut pas confondre avec des socié- seurs, qui construisent des habitations de leur existence. On peut distinguer connu est l’Hypoderme du Boeuf, dont

tés les rassemblements d’Insectes qui de forme très variable, dont certaines les parasites qui attaquent les Verté- la larve évolue sous la peau, tandis que
sont dus à l’attraction de certains mi- peuvent atteindre 5 à 6 m de hauteur. brés et ceux qui vivent aux dépens des la larve de l’OEstre du mouton vit dans

lieux. Un exemple en est fourni par les La deuxième caste est formée par les Invertébrés, surtout des autres Insectes. les sinus. De nombreux Mammifères,
Coccinelles, qui se réunissent en grand y compris l’Homme, sont attaqués par
soldats, dont la tête est très développée,
nombre, en hiver, sur les montagnes, Parasites des Vertébrés les Mouches de ces familles.
armée de mandibules puissantes ; leur
dans quelques coins bien abrités. Les rôle est la défense de la colonie. Les Les plus importants sont les Puces (Si-
groupements d’Insectes migrateurs ne Parasites des Invertébrés
soldats de certaines espèces montrent phonaptères), les Poux (Anoploures) et
constituent pas non plus, malgré leur les Poux d’Oiseaux (Mallophages). Les Si l’on excepte les Strepsiptères,
d’extraordinaires adaptations, comme
importance, des sociétés. Les Saute- Siphonaptères et Anoploures piquent curieux parasites des Guêpes, les In-
ceux des Nasutitermes, dont le front est
relles, certaines Libellules et Papillons leur hôte pour sucer du sang, tandis sectes qui s’attaquent aux Invertébrés
prolongé par un tube qui leur permet
se déplacent en nuages comptant des que les Mallophages vivent de débris sont les Diptères et les Hyménoptères.
de projeter sur les ennemis la sécrétion
millions d’individus qui montrent un d’épidermes. Il existe en outre une Leurs victimes sont surtout d’autres
d’une volumineuse glande frontale.
instinct grégaire mais aucune trace de grande différence entre ces parasites : Insectes, très souvent nuisibles aux
véritable instinct social. Par contre, on les Anoploures et Mallophages, étant plantes cultivées. Il s’ensuit que ces
Société de Fourmis
peut trouver un embryon de structure sans métamorphoses, vivent entière- parasites sont, pour la plupart, des
sociale chez quelques Blattes et dans La société de Fourmis* est, comme ment sur l’hôte et s’y reproduisent, les Insectes très utiles. Les Diptères para-
certaines associations familiales dont celle de Termites, composée de sexués, jeunes ayant le même mode de vie que sites sont surtout des Muscidés supé-
les plus remarquables sont celles des d’ouvrières et de soldats, mais la reine, les adultes. Il n’en est pas de même des rieurs, Calliphoridés et Tachinaires. Ils
Forficules. La femelle de ces Insectes, plus active, circule librement dans la Puces, qui ne sont parasites qu’à l’état s’attaquent à toutes sortes d’Insectes.
considérés comme inférieurs, accorde à fourmilière. Comme chez les Termites adulte ; elles pondent hors de l’hôte La femelle pond ses oeufs sur la victime
sa progéniture des soins comparables à aussi, la caste des ouvrières est la plus leurs oeufs, d’où sortent des larves choisie ou sur la plante fréquentée par

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elle. La larve pénètre dans l’Insecte pa- tion de la forme. Chez certains Insectes tains ont pris, de façon inexplicable, la Insectes nuisibles
rasité et se développe dans son corps, verts, les ailes prennent une forme qui forme et les allures des Fourmis. Ils sont malheureusement beaucoup
dévorant d’abord le corps gras et ne rappelle de façon frappante l’aspect plus nombreux que les Insectes utiles.
s’attaquant aux organes vitaux qu’à la Les Insectes et l’Homme Les Moustiques, les Punaises et cer-
d’une feuille. D’autres Insectes res-
fin de son évolution. Les Tachinaires taines Mouches attaquent directement
semblent à un rameau sec ou garni Les Insectes jouent un rôle considé-
sont particulièrement utiles, car elles
d’épines. Chez les Sauterelles-feuilles l’Homme pour faire un repas de sang.
rable dans l’équilibre biologique de la
vivent aux dépens des Chenilles, dont Ces Insectes piqueurs sont importuns,
d’Amérique (Ptérochrozes), on ob- nature, et il n’est pas surprenant que
elles détruisent de grandes quantités. mais ils sont surtout dangereux, car
serve des complications inexplicables ; l’Homme les rencontre partout, soit
Les Hyménoptères entomophages ap- leur piqûre peut transmettre de graves
certaines espèces, au lieu d’être vertes, comme auxiliaires, soit comme enne-
partiennent au groupe des Térébrants, maladies comme le paludisme, la
mis plus ou moins dangereux.
dont la femelle porte à l’extrémité du prennent la coloration des feuilles fièvre jaune, la maladie du sommeil. Le
corps une tarière, ou oviscapte, qui lui mortes ou de feuilles attaquées par des même danger se présente pour les ani-
Insectes utiles
permet d’introduire ses oeufs dans le Champignons ou des larves d’Insectes. maux domestiques, qui sont attaqués
corps de l’Insecte attaqué. Les princi- Les Insectes directement utiles à
L’invisibilité peut aussi être obtenue par de nombreuses Mouches. Malgré
pales familles d’Hyménoptères para- l’Homme sont rares. En réalité, seuls
non par homochromie, mais par des leur gravité, ces attaques sont peu de
sites sont les Ichneumonidés, les Chal- l’Abeille et le Ver à soie fournissent les
couleurs dites « disruptives ». Ce sont chose, comparées aux méfaits des In-
cidiens et les Proctotrypidés. Toutes produits de leur industrie. La récolte
sectes dans le domaine de la production
des bandes noires qui coupent les cou-
sortes d’Insectes, dont beaucoup nui- du miel, sinon l’élevage des Abeilles,
agricole. Aucun arbre, aucune plante
leurs vives d’un Insecte, de sorte qu’on semble avoir été pratiquée depuis les
sibles à l’agriculture, sont détruits par herbacée n’est à l’abri des Insectes.
ne voit que des parties séparées cachant temps préhistoriques. On a trouvé dans
ces parasites. Aussi un très gros effort a-t-il été fait
la forme réelle de l’Insecte. la grotte de la Araña, en Espagne, une
pour trouver des insecticides capables
peinture remontant à 20 000 ans envi-
Le mimétisme et la valeur de préserver les récoltes. Les résultats
Couleurs avertissantes ; ron, qui peut être interprétée comme
adaptative des couleurs obtenus sont remarquables, mais on
le mimétisme un Homme entouré d’Abeilles dont il
s’est vite aperçu que l’emploi massif
Pendant longtemps, on a considéré les vient de récolter le miel. Il est certain
Beaucoup d’Insectes ont des couleurs et aveugle de certains insecticides, en
belles couleurs de certains animaux, que le miel des Abeilles sauvages a été
particulier le D. D. T., a eu comme
Oiseaux et Insectes en particulier, voyantes, permettant de les reconnaître récolté partout depuis fort longtemps.
résultat la destruction de nombreux
comme de simples ornements. Actuel- de loin. La plupart de ces Insectes se Mais il est difficile de fixer exactement
Insectes utiles, pollinisateurs (Insectes
lement, on accorde à ces colorations trouvent protégés soit par un aiguillon, l’époque qui a vu le pillage trans-
floricoles qui transportent le pollen
une importante valeur biologique. comme les Guêpes, soit par certaines formé en une exploitation méthodique. d’une fleur à l’autre) et parasites des
Les vives couleurs des Insectes propriétés de leur chair et de leur sang L’Abeille n’est d’ailleurs pas deve- ravageurs. Aussi un très fort courant
tiennent à deux processus bien diffé- qui les rendent incomestibles, comme nue un animal domestique ; elle peut
d’opinion demande-t-il un emploi plus
rents. Des couleurs chimiques sont for- vivre dans la nature et accepte simple-
certains Papillons. Ils sont souvent modéré et surtout mieux dirigé de ces
mées par des pigments contenus dans ment l’abri que les ruches lui offrent
imités par des Insectes de familles très insecticides.
des cellules, dites « chromatophores », contre le froid. Le Ver à soie est, au
L. C.
différentes qui leur ressemblent de
dont les déplacements assurent des contraire, incapable de subsister dans F Abeille / Aptérygotes / Arthropodes / Blatte
façon parfois extraordinaire. C’est ce
couleurs diverses et même variables. les conditions naturelles. Non seule- / Cigale / Coléoptères / Diptères / Entomologie /
qu’on appelle le mimétisme, particuliè- ment on ne connaît pas cette espèce Éphémère / Fourmis / Grillons / Guêpe / Hémip-
Les couleurs structurales, ou d’inter- tères / Hyménoptères / Libellule / Métamorphoses
rement bien étudié chez les Papillons. à l’état sauvage, mais on ignore son
férence, sont produites par le jeu de la / Mimétisme / Mouche / Moustique / Papillon /
Un excellent exemple en est fourni par origine exacte. On sait seulement que Pou / Puce / Puceron / Punaise / Sauterelle / Sca-
lumière sur des stries très fines de la
rabée / Termite.
cuticule. Elles ont un aspect métallique la Sésie apiforme (AEgeria apiformis), c’est en Chine qu’on en a commencé

et se trouvent surtout chez certains Co- Papillon à ailes transparentes qui a l’élevage, environ 2 000 ans avant l’ère R. A. Ferchault de Réaumur, Mémoires pour

servir à l’histoire des insectes (Paris, 1734-1742 ;


léoptères et Papillons. chrétienne.
presque exactement la taille et la cou- 6 vol.). / C. Linné, Systema naturae sive Regna

leur d’une Guêpe. Un autre exemple Quelques Insectes sont utilisés tria naturae systematice proposita per classes,
ordines, genera et species (Leyde, 1735 ; 7 vol.).
Couleurs cryptiques ; classique est celui des Papillons étu- comme animaux de laboratoire. L’un
/ J. Swammerdam, Biblia naturae sive Historia
l’homochromie d’eux a acquis une véritable célébrité ; insectorum, in classes certas redacta (Leyde,
diés par Henry Walter Bates (1825-
Beaucoup d’Insectes montrent une c’est la Drosophila, ou Mouche du 1737-38 ; 2 vol.). / P. Lyonet, Traité anato-
1892) en Amérique du Sud. Il s’agit mique de la chenille qui ronge le bois de saule
coloration qui se confond de façon vinaigre. C’est sur cette petite Mouche
de Nymphalidés de la sous-famille (La Haye, 1762). / J. C. Fabricius, Entomolo-
remarquable avec leur milieu. On que T. H. Morgan a réalisé les magis- gia systematica (Copenhague, 1792-1799). /
des Ithomiinae, généralement forte-
trouve ainsi une quantité d’Insectes trales expériences qui ont contribué P. A. Latreille, Genera crustaceorum et insec-
ment rejetés par les Insectivores. Leur au développement d’une science nou- torum (Paris, 1806-1809 ; 4 vol.) ; Cours d’ento-
verts dans les prairies et les feuillages,
mologie (Paris, 1831). / J. C. Lelorgne de Savi-
aspect est très caractéristique, leurs velle, la génétique.
et les Insectes du désert ont, pour la gny, Mémoires sur les animaux sans vertèbres.

plupart, une coloration jaunâtre qui se ailes étant allongées et de couleurs très Théorie des organes de la bouche des crustacés
Une tout autre catégorie d’Insectes
voyantes. Ils sont imités par de nom- et des insectes (Paris, 1816). / E. O. Taschen-
confond avec le sable des dunes. Ces peut jouer un rôle bénéfique dans ses
berg, Verzeichnis der Schriften uber Zoologie
colorations, dites « homochromes », breux Papillons très différents (Papi- relations avec l’Homme. Il s’agit des (Leipzig, 1861-1880). / H. W. Bates, Contribu-

ne sont pas toujours unicolores. Cer- lio, Piéridés, Nymphalidés, Argynes) parasites qui s’attaquent aux Insectes tion to an Insect Fauna of the Amazon Valley.
Lepidoptera. Heliconidae (Londres, 1862). /
tains Insectes à livrée variée de blanc qui, tous, leur ressemblent de façon nuisibles aux plantes cultivées. D’in-
A. Gerstacker, Die Klassen und Ordnungen des
et de noir sont parfaitement invisibles nombrables petits Hyménoptères
extraordinaire. Un Oiseau ayant été Tierreichs, t. V : Gliedenfussler (Arthropoda)
sur les écorces couvertes de Mousses (Chalcidiens, Braconidés, Proctotrypi- [Leipzig, 1867]. / J. H. Fabre, Souvenirs ento-
« déçu » après l’attaque d’un Ithomiine
mologiques (Delagrave, 1879-1907 ; 10 vol.).
et de Lichens. Les couleurs cryptiques dés) détruisent une quantité énorme de
évitera non seulement ces Papillons, / A. R. Wallace, Darwinism (Londres, 1889). /
semblent protéger les Insectes contre Chenilles et autres larves d’Insectes. L. F. Henneguy, les Insectes (Masson, 1904).
mais aussi ceux qui leur ressemblent et
certains prédateurs, les Oiseaux insec- L’action de ces parasites s’est montrée / K. Schröder, Handbuch der Entomologie
qui seraient parfaitement comestibles. (Berlin, 1912 ; nouv. éd., 1925-1929 ; 3 vol.).
tivores en particulier. Elles jouent un si efficace qu’on élève certains d’entre
rôle indiscutable dans la sélection des Enfin, on peut encore citer un remar- eux pour lutter contre des Insectes par-
/ R. W. C. Shelford, A Naturalist in Borneo
(Londres, 1916). / R. J. Tillyard, The Biology
espèces. Leur valeur protectrice est quable exemple de mimétisme chez ticulièrement nuisibles aux cultures of Dragonflies (Cambridge, 1917). / E. Coms-

souvent augmentée par une modifica- les Insectes myrmécophiles, dont cer- (lutte biologique). tock, The Wings of Insects (Ithaca, 1918). /

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

A. D. Imms, A General Textbook of Entomology tion de l’aiguillon (cas des Abeilles, qui D. D. T. Dans la phtiriase, on associe le Hypodermes. Ces derniers parasites se
(Londres, 1925 ; 10e éd., 1964). / H. Bischaff, Bio- laissent leur dard en piquant). rasage des poils parasités. Dans les pédi- rencontrent chez des enfants vivant au
logie der Hymenopteren (Berlin, 1927 ; nouv.
culoses, il ne faut pas omettre de traiter les voisinage du bétail, qu’accompagnent les
En dehors des piqûres, certains Insectes
éd., 1967). / H. Weber, Biologie der Hemipteren
vêtements (Poux de corps) ou d’enfermer Mouches y pondant leurs oeufs.
(Berlin, 1930) ; Grundriss der Insektenkunde peuvent déterminer par simple contact
les cheveux dans un casque protecteur
(Iéna, 1938 ; 3e éd., 1953). / G. D. H. Carpenter une dermatite urticarienne entraînant un On voit ainsi que la pathologie locale
(Poux de tête), afin de tuer les oeufs, ou
et E. B. Ford, Mimicry and its Genetics Aspects prurit violent, avec parfois fièvre et cépha- et générale déterminée par les piqûres
(Londres, 1933). / V. B. Wigglesworth, Insect lentes, pondus par les femelles et qui se
lées. On peut même observer de véritables d’Insectes est assez variée. On dispose
Physiology (Londres, 1934). / R. E. Snodgrass, fixent sur les poils ou les vêtements. aujourd’hui d’insecticides puissants dont
oedèmes de Quincke ou des conjonctivites.
Principles of Insect Morphology (New York,
Les Insectes responsables sont en France Contrairement aux Poux, strictement il faut connaître cependant les limites,
1935). / J.-J. Bounhiol, Recherches expérimen-
les Chenilles processionnaires, nom- inféodés à l’Homme, les Puces sont, sui- voire les inconvénients. C’est dire que leur
tales sur le déterminisme de la métamorphose
breuses dans le Midi, et, sous les tropiques, vant les espèces, parasites préférentiels choix et celui de leur mode d’application
chez les lépidoptères (P. U. F., 1938). / L. Cho-
pard, Biologie des orthoptères (Lechevalier, plusieurs espèces de Papillons. De même, de l’Homme (Pulex irritans), du Rat (Xeno- devront être effectués avec discernement.

1938). / H. B. Cott, Adaptive Coloration in Ani- certains Coléoptères tropicaux, telles les psylla cheopis) ou du Chien (Ctenocepha- M. R.
mals (Londres, 1940). / K. von Frisch, Aus dem Cantharides, peuvent provoquer, lorsqu’on lus canis), pour ce qui concerne les princi-
Leben der Bienen (Berlin et Leipzig, 1941 ; nouv. les manipule ou qu’on les écrase sur la pales espèces d’intérêt médical. Chacune E. A. Steinhaus (sous la dir. de), Insect Pa-
éd., 1963). / W. Geotsch, Vergleichende Biologie
peau, des papules ou des vésicules très peut occasionnellement se nourrir sur thology and Advanced Treatise (New York et
der staatenbildenden Insekten (Leipzig, 1941).
prurigineuses. Là encore, dans la majorité une autre espèce animale, mais, comme Londres, 1963 ; 2 vol.). / J. W. Wright et R. Pal,
/ R. Chauvin, la Physiologie de l’insecte (Insti-
des cas, il suffit d’appliquer des topiques les Poux, ce sont de petits Insectes cos- Genetics of Insect Vectors of Disease (Amster-
tut nat. de recherche agronomique, 1949). /
en y associant la prise d’antihistaminiques. mopolites, hématophages dans les deux dam, Londres et New York, 1968).
P.-P. Grassé (sous la dir. de), Traité de zoologie,
t. IX et X (Masson, 1949 et 1951). / P. Portier, la Indépendamment des Hyménoptères, sexes et se gorgeant fréquemment de

Biologie des lépidoptères (Lechevalier, 1949). / de nombreux Insectes attaquent directe- sang. Leur piqûre est prurigineuse, parfois
E. Séguy, la Biologie des diptères (Lechevalier, ecchymotique et oedémateuse. Ce sont les
ment l’Homme ou les animaux, jouant un
1950). / A. S. Balachowsky, la Lutte contre les vecteurs de la peste (Xenopsylla cheopis
insectes (Payot, 1951). / L. Cuénot, l’Évolution
rôle très important dans la transmission de
et Pulex irritans), du typhus murin (Xeno-
Insectivores
maladies humaines ou animales dont cer-
biologique (Masson, 1951). / J. V. Lefeuvre,
taines sont considérées comme des fléaux. psylla cheopis), et de téniasis (dus à Dipy-
Recherches sur les organes alaires des Blattaria
Il suffit de citer les Moustiques, les Phlé- lidium caninum et à Hymenolepis nana). Petit ordre de Mammifères insectivores
(Rennes, 1961). / V. G. Dethier, The Physiology
of Insect Senses (Londres et New York, 1963). botomes, les Simulies, les Puces, les Poux, Il existe aussi une variété particulière de aux dents pointues.
/ G. Lemée, Précis de biogéographie (Masson, les Punaises, les Taons et les Stomoxes. Puces, répandue en zone tropicale (Amé-
1967). / K. Krishna et F. M. Weesner, Biology Ces divers Insectes importunent par leurs rique latine, Afrique noire et Madagascar),
of Termites (New York, 1969-70 ; 2 vol.). /
Généralités
piqûres, qui, dans la grande majorité des que l’on nomme « Puce chique » ou Tunga
J. G. Needham et coll., The Biology of Mayflies penetrans, responsable de la tungase. Ces
cas, restent bénignes et relèvent d’un trai- Les Insectivores (300 espèces grou-
(Guildford, 1969). / P. Story, Biology of Aphid
tement local à base d’antihistaminiques, Puces vivent à l’état adulte dans le sable, et
Parasites (La Haye, 1970). pées en 5 familles) sont de taille
surtout lorsque le prurit est gênant. la femelle fécondée se fixe par son rostre
petite ou très petite, avec un museau
sur la peau de l’Homme (ou d’un animal),
TRANSMISSION DE MALADIES
allongé, des membres courts terminés
où elle s’enfonce et grossit jusqu’à at-
Piqûres d’Insectes
teindre bientôt la taille d’une boule de gui, par 5 doigts (quelquefois 4) munis de
et maladies transmises Au cours de leurs repas infestants, les
fortes griffes. Ils sont plantigrades ou
dont elle a la couleur. Au bout de quelques
Moustiques peuvent transmettre à un in-
par les Insectes jours, elle pond ses oeufs, puis ressort ou semi-plantigrades.
dividu sain, à partir d’un individu malade,
meurt sur place. La pénétration cutanée de
De nombreux Insectes sont venimeux par les diverses formes de paludisme (il s’agit Leur boîte crânienne, de structure
cette Puce est douloureuse pour l’Homme
leurs piqûres ou leur contact. À l’exception alors exclusivement des Anophèles fe- primitive, est très étroite, leur vue
et détermine des phénomènes inflamma-
des Hyménoptères, la plupart des Insectes melles), les filarioses du sang pathogènes
toires locaux. En région tropicale, elle est médiocre, souvent déficiente, leur ouïe
ne sont cependant pas responsables d’ac- pour l’Homme, et diverses arboviroses,
souvent une porte d’entrée au tétanos ou fine. Leur sens tactile est bien déve-
cidents graves. Ils jouent surtout un rôle dont la fièvre jaune et la dengue.
aux gangrènes gazeuses. Le traitement loppé grâce à des poils, ou vibrisses,
importent comme agents vecteurs de cer-
Les Phlébotomes, responsables directs consiste dans l’extraction aseptique du pa-
taines maladies. répartis tout autour des yeux et du mu-
du harara, qui est une dermatose pruri- rasite avec une aiguille ou un vaccinostyle.
seau et sur tout le corps.
gineuse observée au Proche-Orient, sont On peut également tuer la Puce chique par
PIQÛRES ET CONTACTS D’INSECTES
surtout les agents vecteurs des leishma- le D. D. T. Les Insectivores émettent des ultra-
Les piqûres d’Hyménoptères (Abeilles, nioses viscérales (kala-azar*) et cutanéo-
Les Punaises sont soit cosmopolites (Pu- sons à la manière des Chauves-Souris
Guêpes ou Frelons) sont parfois dange- muqueuses, de la fièvre à pappataci. Les
naises de lits ou de boiseries), transmet- et les utilisent en captant leurs échos.
reuses. Elles entraînent presque toujours Simulies (petits Moucherons fréquentant
tant alors des fièvres récurrentes (v. spiro- Cela a été mis en évidence chez les
une réaction locale à la fois douloureuse et notamment les cours d’eau d’Afrique noire
chétose), soit localisées en Amérique latine Solénodontes, les Tanrecs et les
oedémateuse ; des phénomènes généraux et d’Amérique latine) transmettent prin-
(Réduves), transmettant la maladie de Cha-
(montée thermique, chute tensionnelle) cipalement l’onchocercose, filariose cuta- Musaraignes.
gas, ou trypanosomiase américaine.
peuvent s’observer chez certains sujets néo-dermique redoutable pour l’Homme
Ils sont plutôt nocturnes. Beaucoup
sensibilisés ou en cas de nombreuses en raison de ses manifestations oculaires. Les Taons, dont les femelles seules se
mènent une vie souterraine et ils ont
piqûres particulièrement dangereuses : Parfois, la piqûre directe d’une Simulie gorgent de sang, sont responsables de
lymphangites à pyogènes banals secon- des yeux minuscules, parfois absents.
au niveau de la face, et plus encore des (Mouche de Columbacz, de la vallée du
muqueuses pharyngo-laryngées, où peut Danube) est susceptible de s’envenimer daires à leur piqûre, et transmettent les Leur formule dentaire est :
se développer un oedème de la glotte as- sérieusement. Filaires Loa-loa, responsables de la loase,

phyxiant. Il s’agit alors d’un accident très qui se manifeste notamment par l’oedème
Les Poux, qui se partagent en Poux de
grave, notamment chez l’enfant, néces- de Calabar.
tête et Poux de corps, sont les agents des
sitant un traitement d’urgence qui, pour Les Stomoxes sont en zone tropicale
pédiculoses, observées en cas d’hygiène (avec réduction du nombre des dents
les piqûres dans la gorge, repose sur la des Glossines, ou Mouches tsé-tsé, trans-
défectueuse dans les collectivités où sévit dans certaines espèces). Les incisives
corticothérapie (dérivés de la cortisone) mettant la maladie du sommeil (trypano-
la promiscuité, et sources de surinfections
sont souvent en « burins », quelque-
par voie veineuse directe, et même sur la somiase* africaine). Dans nos pays, il s’agit
qui peuvent avoir une fâcheuse tendance à
trachéotomie (ouverture de la trachée), fois en pointes. Les dents jugales
se prolonger. Quant aux Poux du pubis, ou de Mouches piqueuses cosmopolites. Les
parfois seule capable de sauver le ma- (molaires) ont 3 tubercules, parfois
Morpions (Phtirius inguinalis), ils se trans- Mouches sont également pathogènes par
lade. Le traitement des accidents sévères mettent directement, presque toujours à leurs larves hématophages. Il en est ainsi 5. Leurs pointes sont aiguës pour leur
comprend, outre l’administration de cor- l’occasion d’un contact vénérien, et sont du Ver des cases, qui vient piquer l’Homme permettre de déchirer les Insectes à
ticoïdes, celle de calcium intraveineux et responsables de la phtiriase, dermatose la nuit et peut provoquer des lésions in- carapace chitineuse ou les petits Ver-
d’antihistaminiques*. prurigineuse qui intéresse surtout la ré- flammatoires. En France, les Mouches du tébrés qui sont leurs proies.
Enfin, dans les piqûres avec réaction pu- gion pubienne, mais aussi parfois d’autres genre OEstrus expulsent leur larve près de
rement locale, on peut se limiter à l’appli- territoires. Le traitement de la phtiriase, l’oeil, réalisant une oculo-myiase. D’autres Très répandu dans le monde, cet
cation de topiques, parfois en association comme celui des pédiculoses, repose sur myiases peuvent être observées, dues en ordre n’est représenté ni en Amérique
avec des antihistaminiques, et à l’extrac- les poudres insecticides, notamment de Afrique au Ver du Cayor et en France aux du Sud ni en Australie.

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

Principaux types à base d’Insectes de toutes sortes, de sous-maxillaires venimeuses dépour- museau terminé par un disque étoile du
Limaces et d’Escargots, est complété vues d’appareil inoculateur. Le venin plus curieux effet.
Les Taupes dorées africaines, par des petits Vertébrés : Batraciens, se mêlant à la salive, leurs morsures Une Taupe adulte doit pour vivre ab-
ou Chrysochloridés Rongeurs, Lézards, Serpents, dont ils sont dangereuses pour les petits ani- sorber chaque jour son poids de nour-
Elles comptent une vingtaine d’espèces. paraissent très friands. Ils les attaquent maux qu’elles mordent. Ce venin est riture : 50 à 80 g, d’Insectes, de Lom-
Leur fourrure dense et soyeuse a des courageusement en hérissant leurs pi- neurotoxique et hypotenseur. brics, de Coléoptères et leurs larves.
reflets métalliques jaunes et verts. Elles quants frontaux, qui les protègent de la Une Musaraigne africaine est cuiras- Elle ajoute à ce régime des Souris, des
mènent une vie souterraine, certaines morsure des Reptiles. Ils ne jouissent sée, sa colonne vertébrale est renforcée Musaraignes et des Grenouilles.
ont les yeux atrophiés, d’autres n’en pas d’une immunité totale à l’égard du par des apophyses épineuses latérales
Les Desmans, que l’on rencontre
ont pas du tout. Le genre Amblysomus venin de Vipère.
entrelacées les unes avec les autres. dans les Pyrénées, sont des petits ani-
n’a même plus de nerfs optiques. Beau- La femelle, qui peut avoir deux Elle peut alors résister à de très fortes
maux à moeurs amphibies, à pieds pal-
coup habitent les terriers des Rongeurs. portées par an, en mai-juin et en août- pressions, et un Homme adulte peut més, dont le museau est prolongé par
Elles mangent des larves d’Insectes et septembre, a une gestation de 5 à 6 se- de tout son poids s’appuyer sur elle
une petite trompe qu’ils agitent sans
parfois de petits Lézards. Elles vivent maines. Elle peut avoir de 3 à 7 petits, sans aucun dommage. C’est Scutisorex
cesse. Ils sont nocturnes ; ils mangent
en Afrique australe. Chrysochloris se qui naissent nus et de couleur rose, ne congicus (africaine).
des Crevettes d’eau douce, des Crus-
rencontre parfois au Cameroun. mesurant que 6 cm de long et pesant
La Musaraigne étrusque pèse 2 g. tacés, des Coléoptères, mais aussi des
12 g. Leurs premiers piquants, mous et
Son dos est gris cendré et roussâtre. Truites.
Les Tanrecs blancs, dépassent de 3 mm la surface
Sa tête est longue, ses oreilles grandes.
Ils habitent Madagascar et les Co- de la peau, qui, en 24 heures, se déshy-
Malgré sa petite taille, elle est très car- Les Macroscélides
mores. Ils ont un pelage mélangé de pi- drate, se plisse et laisse voir les pointes
nassière, elle attaque des oisillons et
quants. Ils sont nocturnes. Ils peuvent des piquants, qui dépassent déjà de Ils sont africains. On les appelle « Rats
même de petits Mammifères. Elle vit
manger des racines. Ce sont les Mam- 6 mm. Après 36 à 60 h, les extrémités à trompe ». Leur corps est ramassé en
sous les broussailles et habite le sud de
mifères les plus prolifiques (32 à 36 pe- de la deuxième série de piquants, an- boule, leurs pattes de derrière sont très
l’Europe.
tits par portée). L’un d’eux, le Setifer, nelés, sombres et clairs, apparaissent. allongées. Ce sont des sauteurs. Ils

ou Ericule, s’enroule en boule comme sont diurnes et insectivores stricts. Ils


Les Hérissons sont des nocturnes, qui Les Taupes
un Hérisson. Il peut aussi grimper vivent dans les régions montagneuses
vivent dans des fourrés dont ils sortent
Elles sont bien connues de tous par et s’abritent dans de profonds terriers.
aux arbres. Très voisins des Tanrecs, le soir vers 18 heures pour vagabonder
les monticules de terre rejetée de leurs Le Solenodon des Antilles est plus
les Oryzoryctes ont la tête semblable jusqu’à minuit. Après quelques heures
galeries souterraines et que l’on voit à proche des Musaraignes.
à celle d’une Taupe, des yeux petits, de repos, ils reprennent leur quête de
le corps cylindrique, une queue courte la surface des prairies. Toute leur ana-
nourriture, reniflant de-ci de-là l’air et
et des pattes fouisseuses. Ils vivent tomie montre une extraordinaire adap- Les Toupayes
le sol pour rechercher leur nourriture :
tation à la vie souterraine. Leur corps
dans des régions marécageuses et des Insectes ou autres proies. Certains les rangent à part pour en faire
rizières, dont ils endommagent les di- en forme d’obus débute par un groin
un infra-ordre des Tupaïformes (car
Ils ont beaucoup d’ennemis : le soutenu par un os nasal antérieur puis-
gues. Le plus grand de tous les Insec- ce sont des Insectivores évolués) ; ils
Grand Duc, l’Autour, la Chouette
tivores est le Potamogale, ou Parpassa. sant. Les orifices auriculaires peuvent
sont propres à l’archipel malais. Qua-
Hulotte, le Putois, les Sangliers. Mais
Il ressemble à une Loutre. Son museau s’obturer grâce à un repli cutané dis-
lifiés parfois de Musaraignes arbori-
leur pire ennemi est la circulation
est aplati et garni de fortes moustaches. simulé dans le pelage. Les yeux sont
coles, ils ressemblent à des Écureuils :
automobile.
Son corps est allongé et terminé par extrêmement petits et dégénérés. Leurs
ils ont une queue longue comme ces
une queue longue et aplatie latérale- Ils sont couverts de parasites : Poux, membres antérieurs, courts et en posi-
derniers, avec un poil épais et touffu.
ment, qui lui sert à nager en godillant et Puces, Tiques, qu’ils colportent çà et tion transversale, sont reportés vers
Les Ptilocerques ont une queue longue,
à se diriger. Il n’a pas de palmures aux là. On les a accusés d’être les vec- l’avant. Les mains sont larges, et les
squameuse, portant des poils raides
pattes, mais le genre Micropotamogale teurs de la fièvre aphteuse. Leur aire 5 doigts munis de griffes puissantes.
sur le dernier tiers. Ils vivent comme
en a aux quatre pattes. Ces animaux de répartition est très vaste : Eurasie, Elles creusent des galeries parfois les Toupayes dans les arbres, mangent
mangent des Crustacés et des Insectes Afrique. Ils hibernent longuement
très profondes, passant à l’occasion leur nourriture en la tenant avec les
aquatiques. (v. hibernation). sous des voies de chemin de fer ou sous mains comme les Écureuils. Ils vivent
des rivières. Leur habitation principale, à Bornéo.
Les Hérissons Les Musaraignes, ou Crocidures
le donjon, est plus haute que large. Il P. B.
Ce sont certainement les plus spectacu- Ce sont de tout petits animaux. Les en part tout un réseau de galeries per- G. G. Simpson, The Principles of Classifi-
plus grandes ont la taille d’un petit Rat, manentes d’où rayonnent des gale- cation and a Classification of Mammals (New
laires des Insectivores. Ils ont la tête en
forme de cône allongé. Leurs yeux sont les petites 4 cm seulement de long. ries secondaires, dans lesquelles elles York, 1945). / R. Hainard, Mammifères sau-

vages d’Europe, t. I : Insectivores, Chiroptères,


petits, ronds et noirs, les pavillons de Leur pelage est fin et velouté. Sur les capturent les Lombrics et les larves
Carnivores (Delachaux et Niestlé, 1948). /
flancs, elles ont une rangée de glandes d’Insectes qui constituent le fond de
leurs oreilles bien formés. Leur corps P. P. Grassé (sous la dir. de), Traité de zoolo-
cutanées malodorantes, si bien que les leur nourriture. La Taupe court assez gie, t. XVII : Mammifères (Masson, 1955 ; 2 vol.).
est recouvert de plusieurs milliers de
prédateurs qui les tuent hésitent parfois / E. P. Walker et coll., Mammals of the World
piquants cornés de 25 mm de long et rapidement dans ses galeries (vitesse
(Baltimore, 1964 ; 3 vol. ; nouv. éd., 1968). /
à les manger. Nocturnes, fouisseuses, de 1 m/s). Pour se diriger, elle utilise
de 4 mm de diamètre, de couleur brune K. Herter, « les Insectivores » in B. Grzimek et
elles utilisent à l’occasion le terrier des surtout le tact. Elle tâte le sommet de
ou grise ; la face inférieure du corps, la M. Fontaine (sous la dir. de), le Monde animal,

tête et les pattes sont recouvertes d’un autres. Elles mangent aussi des petits ses galeries, qu’elle racle avec sa queue t. X (Zurich, 1971).

Vertébrés, car elles sont très carnas- à la manière d’un trolley. Elle a aussi
poil assez raide, brun clair, formant
sières. La Musaraigne aquatique a un des repères olfactifs pour retrouver sa
comme un bourrelet le long des flancs,
à la limite de la zone où sont implantés terrier dont au moins une galerie dé- position dans le sol. La fourrure de la
les piquants. Leur queue cylindrique bouche au-dessous du niveau du cours Taupe a les poils implantés perpendi- instinct
d’eau qu’elle fréquente. En plus des culairement à la peau. Ils sont dente-
et fine, de 4 cm de long, est nue ou
légèrement poilue. Ils ont la faculté Insectes aquatiques, elle consomme lés, s’accrochant les uns aux autres, ils Nom donné à des actes complexes,
de se rouler en boule sur eux-mêmes des Batraciens et des Poissons. protègent l’animal de la poussière et bien adaptés, irréfléchis, non appris,
à la moindre alerte grâce à de puis- Les Musaraignes du genre Neomys de la terre qu’il remue sans cesse. Une à déroulement fixe et caractéristique,
sants muscles peauciers. Leur régime, et l’américaine Blarina ont des glandes Taupe américaine, le Condylure, a le mis en jeu par une stimulation particu-

5739
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

lière et dépendant le plus souvent d’un irraisonné chez les diverses espèces puis sa saisie et sa piqûre par le toucher de la possibilité qu’ils ont eue de
besoin organique. On parle d’instincts d’Insectes, mais il leur aurait été attri- des pattes et des antennes, etc. voir l’un d’eux au moins une fois
de défense, de chasse, de construction, bué lors de leur création par une rai- lors des quelques heures qui suivent
D’autre part, le stimulus déclencheur
sexuel, maternel, etc. son supérieure, ou providence ; selon n’est efficace que si le besoin corres- la naissance, et de le suivre. Certes,
Le problème de l’instinct s’est d’autres, l’instinct est une « intelli- pondant est présent, faute de quoi le cette « empreinte » sociale précoce
confondu pendant longtemps avec gence cristallisée », sorte d’habitude déroulement de la conduite sera incom- se marque d’autant plus facilement et
celui du psychisme animal. Sa solution héréditaire. Ces conceptions ont en plet : on parlera alors de « mouvement subsiste d’autant plus longtemps que
est apparue quand on a séparé ces deux commun une perspective temporelle d’intention ». Cette limitation peut éga- le système nerveux du sujet constitue
questions et quand on a cessé de consi- sur la formation des instincts au cours lement se produire si deux conduites un terrain déjà préparé par le patri-
dérer l’instinct dans le cadre de la phi- de la vie des espèces : il restait à lui entrent en conflit, telles que l’agres- moine génétique. Il n’empêche que,
losophie spiritualiste pour ne voir en donner une formulation scientifique. sion et la fuite au cours d’une rivalité chez ces espèces animales supérieures,
lui qu’un caractère biologique, parmi sexuelle ou territoriale : on pourra le développement de la conduite ins-
d’autres, des espèces animales. Théorie de l’évolution alors observer une simple mimique tinctive ne dépend pas uniquement de
et remise en place agressive, sans attaque. Mais il arrive la préformation héréditaire, mais qu’il
L’homme et l’animal ; de l’instinct également que cette tension se libère doit être stimulé par le milieu même
la conscience et l’instinct dans une troisième réaction, différente
auquel doit s’adapter l’animal : telle est
C’est à Darwin* et à ses continua-
des conduites qui sont en opposition,
Les théologiens médiévaux déniaient l’actuelle conception « épigénétique »
teurs que nous devons de concevoir les
et inadéquate à la situation présente :
la « conscience » et la « raison » aux conduites instinctives comme des mon- des instincts.
dans le cas considéré, on pourra obser-
animaux d’après le simple critère d’ab- tages héréditaires comportementaux, M. B.
ver des mouvements d’alimentation «à
sence de langage symbolique, mais ils au même titre que les connexions ana- F Agressivité / Animal / Comportement / Intel-
vide » (chez certains Oiseaux) ou de ligence.
ne savaient comment rendre compte tomiques, et comme elles capables de
fouissement (chez l’Épinoche) ; ce sont
des « industries » de certains d’entre spécialisation, de différenciation et de J.-H. Fabre, les Merveilles de l’instinct chez
des conduites « de déplacement ».
eux, comme la toile de l’Araignée ou les insectes (Delagrave, 1918). / R. W. G. Hings-
complexification au cours de l’évolu-
La répétition de telles conduites ton, Problèmes de l’instinct et de l’intelligence
les alvéoles de l’Abeille. De là vient tion de l’espèce. L’adaptation des ins-
chez les insectes (Payot, 1931). / N. Tinbergen, A
dans une situation donnée finit par leur
l’attribution aux animaux d’une capa- tincts s’explique du simple fait qu’ils Study of Instinct (Oxford, 1951 ; trad. fr. l’Étude
conférer une signification nouvelle, au
cité d’intégration des conduites, ou sont associés à la survie de l’espèce de l’instinct, Payot, 1953) ; Curious Naturalists
cours de l’évolution de l’espèce. Le
« instincts », distincte de la conscience considérée, comme le sont aussi ses (Londres, 1958 ; trad. fr. Carnets d’un natura-

humaine : position qui fondait du fouissement est devenu une posture de liste, Hachette, 1961). / G. Viaud, les Instincts
caractères morpho-physiologiques : la
menace territoriale chez l’Épinoche, et (P. U. F., 1959). / K. Lorenz, Über tierisches und
même coup l’inexistence de l’« âme » sélection biologique élimine les indi- menschliches Verhalten (Munich, 1965 ; trad. fr.
chez les animaux. certains mouvements d’intention agres-
vidus dotés d’organes et de compor- Essai sur le comportement animal et humain,
sifs ont fini par faire partie de la parade
tements inadéquats. Ainsi, il est nette- Éd. du Seuil, 1970).
Cette conception de l’instinct cor-
nuptiale chez diverses espèces d’Oies
respond à l’acception qu’a ce terme ment posé que tout animal, l’Homme
sauvages : il y a eu « ritualisation ».
dans le langage courant actuel, à ceci compris, possède un répertoire de
près cependant qu’il est communément conduites héréditaires caractéristiques Grâce à ces divers caractères (dé-

admis aujourd’hui que l’homme, lui de son espèce. Cela ne préjuge en rien clencheurs, intention, déplacement, instruction
aussi, possède des « instincts ». de la possibilité qu’a chaque individu ritualisation, etc.), il est enfin possible
de définir objectivement une conduite
judiciaire
d’acquérir de nouvelles conduites ou,
ce qui revient au même, du degré de donnée comme un instinct, par rapport
Le simple et le complexe :
à ce que sont les réponses élémentaires Procédure utilisée en matière pénale
deux façons de modifiabilité de telle partie de son
auxquelles certains auteurs pensaient à l’occasion des procès présentant
répertoire spécifique comportemental.
nier l’instinct
les assimiler. quelque complexité et qui a pour
Si l’on abandonne la controverse objet de rechercher le ou les auteurs
Les objectivistes et
fondée sur les concepts invérifiables Innéité et expérience de l’infraction* poursuivie et d’établir
la définition de l’instinct
d’« âme » et de « conscience », il faut leur culpabilité préalablement à leur
dans le développement
s’en tenir aux faits de comportement À partir des années 1930, les objec- comparution devant la juridiction de
des instincts
eux-mêmes. Pour certains, leur com- tivistes (K. Lorenz, N. Tinbergen, jugement. On dit encore instruction
plexité est telle que le rapprochement G. P. Baerends, etc.) ont défini certains Les critiques aux conceptions des ob-
préparatoire.
avec les conduites humaines s’impose : caractères observables des conduites jectivistes ont surtout porté sur le ca-
L’instruction judiciaire est effectuée
ce seraient donc également des actes jusque-là dénommées instinctives en ractère inné des conduites dénommées
en France par un magistrat du siège
intelligents (Montaigne, La Fontaine) ; raison de leur innéité, de leur spécifi- instincts. Afin de montrer que certains
appelé juge d’instruction, qui est spé-
d’autres, par contre, frappés de leur cité et de leur complexité. Ils ont tout comportements spécifiques ne sont
pas purement héréditaires, mais qu’ils cialement chargé de réunir, sur les faits
stéréotypie et du caractère mécanique d’abord souligné combien la manifes-
dépendent pour une part des conditions punissables dont il est saisi, tous les
de leur déclenchement, les rapprochent tation de telles conduites est subor-
des réponses réflexes élémentaires et de milieu et de l’expérience passée éléments qui peuvent permettre ulté-
donnée à l’action de stimuli « déclen-
conçoivent l’animal comme un auto- des individus, on a élevé à l’écart de rieurement à la juridiction de jugement
cheurs » spécifiques (telle la « roue »
mate (Descartes, Condillac et, plus leurs congénères de jeunes Oiseaux d’apprécier le degré réel de culpabilité
du Paon à l’égard de l’éveil génital de
tard, J. Loeb, G. Bohn et H. Rabaud). sa femelle), qui concernent une seule (Canards, Dindons) ou Mammifères des auteurs, coauteurs ou complices

modalité sensorielle (ici, la perception (Macaques) : leurs conduites sexuelles de ces faits ; elle doit être nettement
La première attitude, manifestement
visuelle d’une certaine forme). Au apparaissent alors rudimentaires distinguée de l’enquête préliminaire ou
inexacte, était néanmoins réaliste en
cours d’une conduite complexe don- lorsqu’on les replace, à l’âge adulte, officieuse qui est confiée par le procu-
ce qu’elle ne niait pas la complexité
née, comme la paralysie d’une chenille parmi ceux de leur espèce. reur de la République à un fonction-
comportementale qui est au centre
du problème même de l’instinct : on par une Guêpe ammophile, plusieurs Réciproquement, on a montré que, naire de police* en vue de le renseigner

comprend donc que ce soit elle qui ait sens dirigent tour à tour les divers actes chez les jeunes Gallinacés, la sociabi- préalablement à toute décision sur les
assuré la survivance de cette notion. successifs : l’attaque est déterminée lité et, plus tard, la sexualité normales poursuites à engager ; elle est écrite et,
Ainsi, pour J. H. Fabre, l’instinct est par la vue de la proie en mouvement, vis-à-vis des congénères dépendent dans une certaine mesure, secrète.

5740
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

L’ouverture de Le juge d’instruction L’information par le bâtonnier de l’ordre des avo-


cats, s’il existe un conseil de l’ordre,
l’instruction Le juge d’instruction est maître de la Le juge d’instruction dispose de diffé- et, dans le cas contraire, par le pré-
Le juge d’instruction ne peut se sai- conduite de l’information qui lui est rents moyens d’action lui permettant sident du tribunal, avec mention de
sir de lui-même des faits punissables, confiée ; il ne peut agir qu’avec l’assis- de mener à bonne fin la tâche d’infor- l’accomplissement de cette formalité
hormis les cas de crimes ou délits fla- tance de son secrétaire-greffier, fonc- mation qui lui est confiée. Il procédera
au procès-verbal.)
grants : le juge d’instruction, au même tionnaire dont la présence, obligatoire concurremment à des interrogatoires, à
y La question se pose alors au juge
titre que le procureur de la République, à tous les actes d’information, doit être des auditions, à des confrontations, et
d’instruction du maintien en liberté,
concurremment avec les officiers de constatée dans chacun des actes avec recourra éventuellement à des commis-
du placement sous contrôle judiciaire
police judiciaire, est habilité à se saisir sa signature. sions rogatoires, des expertises*, des
ou de la mise en détention provisoire
de l’infraction flagrante et à diligenter transports, perquisitions et saisies* et,
Dans chaque tribunal de grande ins- de l’inculpé.
l’enquête ; dans tous les autres cas, il exceptionnellement, au placement sous
tance, il existe un ou plusieurs juges
appartient au procureur de la Répu- contrôle judiciaire ou à la mise en dé- Dans le premier cas, le juge avertit
d’instruction ; ces magistrats sont nom-
blique compétent pour connaître des tention* provisoire d’un inculpé. Son l’inculpé qu’il doit l’informer de tous
més par décret pris par le président de
faits de décider s’il y a lieu de recou- activité se trouve contrôlée par les trois ses changements d’adresse et déférer
la République sur proposition du garde
rir à une mesure d’information ; dans parties à l’instance pénale : le ministère à chacune de ses convocations ; dans
des Sceaux, après avis du Conseil su-
l’affirmative, ce magistrat délivre un public à tout moment, l’inculpé et la les deux autres cas, il rend une ordon-
périeur de la magistrature, pour une
« réquisitoire » qui qualifie les infrac- partie civile par le truchement de leurs nance prescrivant la mesure adoptée.
durée de trois ans renouvelable ; ils
tions et saisit le magistrat instructeur. conseils, avec quelques restrictions Le contrôle judiciaire est une mesure
sont choisis parmi les juges du tribunal
Une instruction doit obligatoirement cependant. instituée par la loi du 17 juillet 1970,
et, comme eux, bénéficient de l’inamo-
être diligentée si les faits poursuivis qui se propose d’atteindre à peu près
vibilité. Dans certaines grandes villes,
apparaissent comme des crimes, elle Interrogatoires, auditions, les mêmes buts que la détention pro-
et notamment à Paris, les magistrats
est facultative s’il s’agit de délits cor- confrontations visoire sans priver nécessairement
instructeurs sont « spécialisés », en ce
rectionnels ; il n’est que très excep- l’inculpé de sa liberté. Cette mesure
sens que les dossiers leur sont attribués Le terme interrogatoire est réservé aux
tionnellement recouru à cette mesure ne supprime cependant pas la possi-
en fonction de la « qualification » rete- auditions de l’inculpé, tandis qu’il est
en matière de contraventions*. Le bilité pour le juge de placer l’inculpé
nue. Le plus ancien des juges d’ins- procédé à l’audition de la partie civile
procureur de la République se trouve, en détention, mais cette détention est
truction d’un tribunal dans l’ordre des ou des témoins, la confrontation étant
en outre, contraint d’ouvrir une infor- la mise en présence de deux ou plu- qualifiée de « provisoire » pour en
nominations porte le titre de « doyen »
mation et de requérir le juge d’instruc- souligner le caractère temporaire : l’in-
des juges d’instruction ; à Paris, par sieurs personnes.
tion à fin d’informer lorsque la victime culpé ne pourra plus être interrogé ou
exception, le « doyen » est choisi par Le magistrat instructeur appré-
d’une infraction, crime ou délit, à l’ex- confronté par le magistrat qu’en pré-
ses chefs administratifs en raison de la cie souverainement, dans le cadre de
clusion des contraventions, se consti- sence de son conseil, ou tout au moins
confiance toute particulière dont il jouit la mission d’information qui lui est
tue « partie civile » devant le magistrat ce conseil ayant été dûment appelé (par
auprès d’eux. confiée, l’opportunité de recourir à
instructeur. lettre recommandée adressée au plus
Le juge d’instruction a une triple l’une ou l’autre de ces mesures ; tou-
tard l’avant-veille de l’interrogatoire),
Le réquisitoire du procureur, dit tâche : réunir les éléments sur lesquels tefois, il ne pourra jamais renvoyer un
avec mise à sa disposition de la procé-
« introductif d’instance », déclenche les juridictions de jugement assoiront inculpé devant la juridiction de juge-
l’action publique : il met en mouve- dure, vingt-quatre heures au plus tard
leurs décisions ; arbitrer, au premier ment sans avoir procédé à son interro-
avant chaque interrogatoire ; l’inculpé
ment le processus de la répression ; degré, par ses ordonnances, les litiges gatoire, hormis le cas où cet individu
il détermine l’étendue de la mission pourra, toutefois, renoncer à la pré-
de forme et de fond qui pourraient n’a pu être appréhendé.
confiée au magistrat instructeur, car le sence de son conseil à un interrogatoire
naître entre les parties au principal ; y Lorsqu’il estime réunies contre un
ministère public est tenu d’y indiquer ou à une confrontation déterminée,
rendre une décision juridictionnelle individu des charges suffisantes pour
les faits poursuivis. mais cette renonciation devra alors
de clôture, qui constituera une sorte justifier son inculpation, il lui fait
être expressément constatée en tête du
Le juge d’instruction est saisi in d’avant-jugement. Ainsi, ses attribu- subir l’interrogatoire dit « de première procès-verbal.
rem, selon une formule consacrée ; il tions seront tantôt celles qui sont inhé- comparution ». Il s’agit d’un acte par-
est chargé d’instruire sur les faits visés, rentes à ses fonctions d’informateur y Au cours des interrogatoires qui
ticulièrement important, qui marque
mais le législateur a pris soin de préci- chargé de rassembler les preuves qui vont suivre, après la « première com-
à l’égard de l’inculpé le début de la
ser que si des faits, non visés dans le permettront d’aboutir à la manifesta- parution », le magistrat instructeur
poursuite engagée contre lui, avec ses
réquisitoire, sont portés à la connais- tion de la vérité, tantôt des attributions s’efforce d’établir un dialogue avec
sujétions mais aussi avec les garanties
sance de ce magistrat, il doit commu- juridictionnelles puisqu’il rend des or- l’inculpé en vue de parvenir à la
attachées à la qualité d’inculpé ; cet
niquer au parquet tous les documents donnances susceptibles d’appel devant manifestation de la vérité quant aux
acte est, en conséquence, soumis à un
relatifs à ces faits, en vue de permettre la chambre d’accusation. faits dont il se trouve saisi ; il cher-
formalisme rigoureux. Le juge, après
au procureur de décider s’il y a lieu chera notamment à obtenir de lui soit
avoir constaté l’identité de l’inculpé,
d’étendre le cadre de l’information des explications satisfaisantes qui,
L’instruction du lui fait connaître chacun des faits qui
commencée. Il a le pouvoir d’inculper contrôlées, démontreront son inno-
lui sont imputés et l’avertit qu’il est
second degré
toute personne ayant pris part, comme cence, soit des aveux circonstanciés.
libre de ne faire aucune déclaration,
auteur, coauteur ou complice, aux faits L’instruction préparatoire est le domaine
avec mention de cet avertissement Les auditions des témoins, qui
du juge d’instruction, mais, conformément
qui lui sont déférés. au procès-verbal ; si l’inculpé désire peuvent être effectuées soit par le juge
au principe du double degré de juridiction,
Parallèlement à l’action publique, qui régit les institutions judiciaires fran- faire spontanément des déclarations, lui-même, soit par ses délégataires, lui
le juge d’instruction peut se trouver çaises, il existe une juridiction d’instruction il les enregistre, mais le magistrat n’a permettront de compléter son informa-
saisi de l’action civile, soit — préala- du second degré : la chambre d’accusation. pas le droit de l’interroger. Il donne tion et de vérifier les dires de l’inculpé,
Celle-ci est juge d’appel des ordonnances
blement à toute poursuite devant lui — également avis à l’inculpé de son tandis que, par des « confrontations »,
du juge d’instruction : elle examine la régu-
par plainte de la victime avec consti- droit de choisir un conseil parmi les celui-ci sera mis en présence de per-
larité des procédures qui lui sont soumises
tution de partie civile, soit — en cours avocats inscrits au tableau ou admis sonnes — partie civile, témoins ou
et statue sur les causes de nullité de ces
d’information — par simple déclara- procédures ; elle décide du renvoi de l’ac- au stage, et, à défaut de choix, il lui en autres inculpés — dont les déclarations
tion écrite ou même verbale devant le cusé devant la cour d’assises en matière fait désigner un d’office, si l’inculpé sont susceptibles de confirmer ou d’in-
magistrat instructeur. criminelle. le demande. (La désignation est faite firmer ses dires.

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

Commissions rogatoires cher les causes d’une explosion. Dans elle peut même être ordonnée d’office Les ordonnances du
de tels cas, il recourt à une expertise. par le juge, qui a un pouvoir souverain
Le juge d’instruction procède — en juge d’instruction
principe lui-même — à tous les actes d’appréciation quant à l’opportunité
Transports, perquisitions Le juge d’instruction doit s’efforcer de
d’une restitution et pour en désigner
d’instruction ; dans certains cas, cepen-
et saisies faire la lumière sur les faits dont il est
le bénéficiaire, sous le contrôle de la
dant, il lui sera impossible d’agir par
Les nécessités de l’information saisi ; au cours de l’information qu’il
chambre d’accusation.
lui-même, et il devra confier à un autre
obligent, parfois, le juge d’instruction va diligenter, il sera amené à prescrire
magistrat ou à un officier de police ju-
ou, à son défaut, un officier de police certaines mesures, puis, celles-ci ter-
diciaire de son choix l’exécution de tel Les pouvoirs du juge
judiciaire commis par lui à se rendre minées, à prendre une décision sur la
ou tel acte d’instruction. d’instruction sur
en certains lieux pour y effectuer des suite à donner à sa procédure ; il rendra
Cette délégation de pouvoirs s’ef-
les personnes :
constatations ou procéder à des per- des « ordonnances ».
fectuera au moyen d’une commission quisitions et éventuellement à la saisie les mandats
Certaines de ces ordonnances sont
rogatoire ; il y est notamment recouru d’objets ou documents, parfois aussi Le législateur, pour permettre au juge dites « juridictionnelles » parce qu’elles
lorsqu’il s’agit d’actes qui ne peuvent pour entendre certains témoins sur d’instruction de remplir sa mission, lui tranchent un point de droit, une contes-
être exécutés que par des officiers de place ou pour « reconstitution » d’un
confère certains pouvoirs sur la liberté tation, une question de fond : il en sera
crime ou d’un accident. Le magistrat
police judiciaire, tels que mission de d’autrui : outre la possibilité pour ainsi de celles qui statuent sur la mise
instructeur décide seul de l’opportunité
surveillance ou de recherche, ou bien lui de décerner des mandats, c’est-à- en détention d’un inculpé, sur la rece-
de cette mesure ; il doit aviser de son
quand les opérations à effectuer néces- dire de formuler par écrit des ordres vabilité d’une constitution de partie
transport le procureur de la République,
sitent des moyens matériels dont le concernant la personne de l’inculpé, civile, sur la compétence, et de celles
qui peut l’accompagner ; il sera tou-
juge d’instruction ne dispose pas, ou le contrôle judiciaire et la détention qui règlent la procédure, dites « ordon-
jours assisté de son secrétaire-greffier.
bien encore lorsqu’il estime nécessaire provisoire sont des mesures mises à nances de clôture ». D’autres n’ont pas
Le juge d’instruction, ou son déléga-
de faire entendre un inculpé ou des té- sa disposition pour s’assurer de la per- ce caractère, parce qu’elles n’entrent
taire, a le droit de pénétrer, au besoin
moins hors du ressort. Les magistrats et sonne qui fait l’objet des poursuites, pas dans le cadre de l’exercice normal
par la force, dans le domicile des per-
les officiers de police judiciaire, com- lorsqu’elle encourt une peine d’empri- des fonctions du magistrat instructeur,
sonnes qui paraissent avoir participé
mis pour l’exécution des commissions sonnement correctionnel ou une peine agissant comme juridiction, telles les
aux faits délictueux ou détenir des
rogatoires par un magistrat instructeur, plus grave. ordonnances commettant un officier
pièces ou autres objets relatifs à ceux-
exercent, dans les limites de celles-ci, de police judiciaire pour accomplir
ci, et même « partout où besoin sera », Le magistrat instructeur délivre deux
tous les pouvoirs de leur commettant, une mission définie, les ordonnances
pour y effectuer les constatations ou sortes de mandats : les uns assurent la
sous cette réserve que les officiers de les recherches utiles ; la perquisition, prescrivant une mesure d’expertise.
comparution, les autres l’arrestation et
police judiciaire ne peuvent procéder si elle ne peut concerner que les faits Les premières seules, en raison de leur
la détention de l’individu concerné ; les
à l’interrogatoire de personnes incul- qui motivent les poursuites, peut avoir caractère contentieux, pourront faire
premiers sont dits mandats de compa-
pées, rendre des ordonnances ou déli- lieu non seulement au domicile de l’in- l’objet d’un appel devant la chambre
rution et mandats d’amener (ceux-ci
vrer des mandats de justice (mandats culpé ou de la personne soupçonnée, d’accusation, conformément au prin-
impliquant le recours à la force pu-
de comparution, d’amener, de dépôt mais aussi au domicile de toute autre cipe qui donne le droit à tout justiciable
blique), la seconde catégorie compre-
personne, même de bonne foi. Elle se de voir ses prétentions examinées par
ou d’arrêt), tous actes dont la déli- nant les mandats de dépôt, décernés à
fait en présence de témoins, qui sont deux degrés de juridiction.
vrance est réservée aux seuls magis- l’encontre d’inculpés présents, et les
garants de la régularité des opérations ;
trats. Il y a « commission rogatoire mandats d’arrêt, décernés à l’encontre
lorsqu’elle est effectuée au domicile de La clôture de l’instruction
internationale » lorsque l’acte d’ins- d’inculpés en fuite ou résidant hors du
personnes tenues au secret profession-
truction requis exige la collaboration territoire de la République. L’instruction préparatoire se termine
nel, telles que médecins ou avocats,
d’une autorité judiciaire étrangère ou par une ordonnance de règlement :
des précautions particulières doivent La détention d’un inculpé présente
lorsque, à l’inverse, cette autorité sol- lorsqu’il estime avoir effectué toutes
être prises pour assurer le respect de un caractère exceptionnel ; elle ne peut
licite l’exécution en France d’un ou les diligences qui s’imposaient à lui et
ce secret. être ordonnée ou maintenue que dans
plusieurs actes d’information. Sauf considère sa procédure comme ache-
Tous les effets, documents, pièces, les cas où les obligations du simple
traité ou convention, dans le premier vée, le juge communique le dossier au
biens mobiliers ou immobiliers décou- contrôle judiciaire sont insuffisantes et
cas, l’appréciation de la recevabilité de procureur de la République à l’aide
verts à l’occasion des perquisitions ou si la peine encourue est égale ou supé-
la commission rogatoire est faite selon d’une ordonnance dite « de soit com-
venus à la connaissance du juge, dès rieure à deux ans d’emprisonnement.
les règles définies par la loi du pays de lors qu’ils sont de nature à présen- muniqué », aux fins de recueillir les ré-
Il faut, en outre, que cette détention
l’autorité requise, et, dans le second ter un intérêt ou à servir de pièces à quisitions du parquet. Trois situations
soit l’unique moyen de conserver les
cas, par référence à la loi du 10 mars conviction dans la procédure en cours, peuvent alors se présenter.
preuves ou les indices matériels, ou
1927, qui est pour nous le texte fonda- peuvent faire l’objet de « saisies » ; ils y Le ministère public, après étude
d’empêcher soit une pression sur les
mental en la matière. sont, dans ce cas, placés « sous scel-
témoins, soit une concertation fraudu- du dossier, renvoie le dossier au juge
lés » ; les scellés seront dits « scellés
leuse entre inculpés et complices, ou d’instruction avec un réquisitoire dit
Expertises ouverts » ou « scellés fermés » selon
bien qu’elle soit nécessaire pour pré- « supplétif », lui prescrivant d’accom-
qu’ils peuvent ou non être examinés
Le juge d’instruction se trouve parfois server l’ordre public du trouble causé plir de nouveaux actes d’instruction
sans briser les sceaux destinés à dé-
placé en face de problèmes d’ordre par l’infraction, ou encore pour pro- déterminés tels que l’audition d’un
montrer leur intégrité et leur confor-
technique qu’il ne peut résoudre lui- téger l’inculpé, pour mettre fin à l’in- témoin ou une mesure d’expertise.
mité avec la pièce saisie. Corollaire
même, soit par manque de moyens ma- fraction, prévenir son renouvellement, y Le ministère public juge que la
des saisies pratiquées, la restitution
tériels, soit parce qu’il ne possède pas pour garantir le maintien de l’inculpé procédure est en état, qu’elle est com-
peut être sollicitée du juge, à tout
la spécialisation nécessaire ; il s’agit, moment au cours de l’information, par à la disposition de la justice, ou encore plète, et qu’il y a charges suffisantes
par exemple, de procéder à des ana- l’inculpé, la partie civile ou toute autre qu’elle soit justifiée par le fait que l’in- pour renvoyer l’inculpé ou les incul-
lyses chimiques ou à des examens gra- personne qui prétend avoir droit sur un culpé se soustrait volontairement aux pés devant la juridiction de jugement ;
phologiques, ou bien encore de recher- objet placé sous la main de la justice ; obligations du contrôle judiciaire. il établit un réquisitoire dit « défini-

5742
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

tif » aux fins de renvoi devant la juri- Lunettes et télescopes déborde celle de l’oeil, et celui-ci par les courbures employées, selon que
diction compétente. diaphragme lui-même la pupille d’en- l’on désire une définition très poussée
Généralités trée utile, réduisant la clarté effective sur l’axe ou des images correctes dans
y Le ministère public, enfin, pense
On peut former une image réelle d’un de l’instrument. On définit de même un champ étendu, parfois un foyer plus
qu’en dépit des diligences du magis-
objet soit au moyen d’un objectif, soit un grossissement minimal à partir du- court sous une ouverture donnée. Les
trat instructeur, la preuve de la culpa-
au moyen d’un miroir concave. La pre- quel le pouvoir séparateur est effecti- verres sont montés dans un barillet
bilité des inculpés ne résulte pas des
mière solution est celle de la lunette, ou vement exploité ; il faut pour cela que avec un joint qui évite de les compri-
éléments du dossier, il établit un
réfracteur ; la seconde, celle du téles- ce grossissement, dit « résolvant » Gr, mer, mais sans leur laisser de jeu. Seuls
réquisitoire « définitif » aux fins de
cope, ou réflecteur. fasse voir la limite de résolution du les objectifs très petits, au-dessous de
non-lieu.
y Pouvoir séparateur. Il se mesure collecteur sous un angle égal à celui 4 cm de diamètre, que l’on trouve dans
Quelle que soit la décision prise par
par la limite de résolution imposée de l’oeil, soit 1 : des viseurs ou autres accessoires, sont
le procureur de la République ou son
par la diffraction de la lumière, limite collés au baume du Canada ; ceux des
substitut, le juge d’instruction n’est pas
définie un peu arbitrairement comme lunettes ont leurs verres séparés par
.
lié par les réquisitions que lui remet
égale au rayon de la tache de diffrac- trois cales à 120° disposées sur le pour-
le parquet (qui a seulement le droit C’est ainsi que, pour un objectif de
tion, soit tour. Une trousse d’oculaires accom-
d’interjeter appel devant la chambre 60 cm, Ge = 100 et Gr = 300.
pagne la lunette, dont les foyers vont
d’accusation en cas de décision non Dans la pratique, on évite de faire de quelques décimètres à quelques mil-
conforme) : ou bien il procède aux nou- travailler l’oeil à sa limite et, pour les limètres. Le plus « long » est celui qui
veaux actes d’instruction qui lui sont pour le maximum de sensibilité de
travaux délicats, on prend au moins donne le grossissement ; pour une
Ge
l’oeil (0,57 m dans le jaune), D étant le
demandés, ou bien, s’il estime qu’ils 600. ouverture relative de l’objectif de 1/15,
ne sont pas justifiés, il rend une ordon- diamètre en centimètres du collecteur.
y Clarté. La pupille de l’oeil ayant qui représente une valeur moyenne, il
nance qui clôture l’information. y Grossissement. La puissance d’un
la nuit son ouverture maximale de a pour foyer
instrument est caractérisée surtout
C’est une ordonnance de renvoi de- 6 mm, le flux recueilli se trouve mul-
par le grossissement qu’il permet
vant la juridiction de jugement compé- tiplié par un nombre appelé clarté de .
d’employer utilement, ce qui, toutes
tente, si les faits reprochés constituent l’instrument, qui vaut en magnitudes
autres conditions égales, dépend de sa La lunette se termine par un coulant,
des délits ou des contraventions ; une
clarté et de son pouvoir séparateur. Le portant la boîte micrométrique (ou un
ordonnance de transmission des pièces
grossissement n’est défini que dans porte-châssis), susceptible d’être ame-
au procureur général, aux fins de sai-
l’observation visuelle faite au moyen née exactement au foyer de façon que
sir la chambre d’accusation chargée de
d’un oculaire composé (toujours de aux pertes de lumière près par absorp- les repères matériels comme les fils ou
prononcer la mise en accusation et le
deux verres), qui offre un champ an- tion, réflexion ou diffusion, D étant le les traits gravés sur verre soient dans
renvoi de l’accusé devant la cour d’as-
gulaire propre très supérieur à celui diamètre en centimètres du collecteur. le plan des images. La mise au point
sises, si les faits reprochés constituent
d’une loupe simple et des aberrations de l’oculaire sur ce plan se fait à frot-
des crimes ; ce peut être, enfin, une Cette expression de la clarté suppose
géométriques moindres. Il est tou- tement doux dans un manchon porté
ordonnance de non-lieu, si les charges que l’image est vue sous le même angle
jours positif, de façon à permettre par la boîte.
relevées contre l’inculpé ne paraissent que l’objet, ce qui n’est vrai que des
l’usage de repères matériels, fils ou sources ponctuelles (étoiles). Dans le
pas au magistrat instructeur suffisam-
micromètres gravés sur verre, dans le Télescope
ment graves, précises et concordantes cas des objets étendus comme les pla-
plan de l’image focale qui est le plan nètes, leur diamètre apparent se trouve Le miroir est un paraboloïde de révolu-
pour justifier sa comparution devant la
objet du système oculaire. Si la dis- tion. Les propriétés de sa section méri-
juridiction de jugement. multiplié par G, et leur surface par
tance focale résultante de ce dernier a G 2. La clarté se définit alors comme dienne le rendent stigmatique pour un
J. B.
pour valeur f et celle du collecteur F, le rapport des brillances des images objet ponctuel situé à l’infini sur son
F Crime / Délit / Justice (organisation de la).
rétiniennes avec et sans instrument ; ce axe. Pour les diamètres inférieurs à
le grossissement obtenu est La
B. Bouloc, l’Acte d’instruction (L. G. D. J.,
rapport, qui n’est plus alors traduit en 20 cm environ, ce résultat est pratique-
1965). / P. Chambon, le Juge d’instruction (Dal- pupille d’entrée de l’instrument étant
magnitudes, est inversement propor- ment atteint avec un miroir sphérique.
loz, 1972). le contour libre du collecteur, la pu-
tionnel à G2 et au plus égal à 1, cela La longueur focale d’un télescope est
pille de sortie est son image donnée
pour G = en moyenne trois fois plus petite que
par l’oculaire, ou anneau oculaire ; Ge.

celle d’une lunette de même ouver-


elle est réelle et se trouve un peu
ture, ce qui est très avantageux quant
instruments en arrière du second verre, dit verre Lunette astronomique
aux montures et aux coupoles. Il n’y a
de l’oeil, le premier étant le verre de L’objectif est toujours un doublet
astronomiques qu’une surface à mettre en forme, et la
champ, de l’oculaire. Si d est son dia- achromatique. Le résidu d’aberration
matière du miroir ne joue que le rôle de
mètre, le grossissement peut aussi chromatique n’apparaît que dans les
Appareils d’observation formés essen- support mécanique de la couche réflé-
très grands instruments comme une
tiellement d’un organe collecteur du s’écrire On peut donc calculer chissante que l’on y dépose. On obtient
frange violette sur le bord de la Lune
rayonnement de l’astre et des équipe- G à partir de la mesure de d ; c’était le donc aisément des miroirs de diamètre
ou une auréole de même teinte autour
ments complémentaires. principe du dynamètre de Ramsden, où bien supérieur à celui des objectifs.
des étoiles très brillantes. Il existe
l’on amenait dans le plan de l’anneau
La plupart des instruments astrono- quelques triplets, mieux corrigés à cet Les grands miroirs sont très lourds
oculaire un verre dépoli gravé d’une
miques sont d’usage général, et leurs égard, mais de diamètre limité à 20 cm et il faut les supporter par le dos, en un
échelle très fine, observée dans une certain nombre de points, par un sys-
formes se réduisent à un petit nombre environ, car ils exigent des verres très
loupe qui permettait de relever direc-
de modèles qui existent en toutes di- spéciaux taillés selon des surfaces à tème de leviers dits « astatiques », dont
tement la valeur de d. Il existe une
mensions ; ce sont les lunettes et les fortes courbures dont le centrage est la pression s’ajuste automatiquement
valeur minimale du grossissement,
télescopes. Certaines observations bien Ge
difficile et le coût élevé. Le doublet avec l’inclinaison du miroir pour com-
dite « grossissement équipupillaire »
définies, mais des plus courantes, se apporte une bonne compensation des penser les efforts de flexion.
ou « utile », au-dessous de laquelle
font au contraire à l’aide d’instruments aberrations géométriques (aberration Le télescope permet l’emploi de
l’objectif n’est plus entièrement uti-
très spécialisés, construits et mis en de sphéricité, coma, distorsion) de la plusieurs combinaisons optiques clas-
oeuvre selon des principes communs et lisé, et qui a pour valeur Si lentille simple. Il en existe plusieurs siques à partir du même miroir prin-
qui sont également très répandus. en effet G < Ge, la pupille de sortie formes classiques qui diffèrent surtout cipal, dont les longueurs focales équi-

5743
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

valentes échelonnées multiplient les une calotte assez large autour du pôle. tandis que plusieurs entre 3,50 et 4 m l’observation des étoiles doubles ser-
possibilités de l’instrument. Pour le télescope de 200 pouces du sont en projet. rées, en même temps d’ailleurs que
mont Palomar, on a choisi une solution l’un de ses emplois les plus indiqués.
y Foyer Newton. C’est le foyer di- y Le télescope est l’instrument idéal
mixte, celle de fer à cheval, où l’axe Or, si l’écartement des composantes
rect, sur l’axe du miroir ; on n’y place de l’astrophysique par son grand dia-
l’observateur, grâce à une cabine est bien tenu aux deux bouts, le tube est égal à la limite de résolution a, on
mètre, son achromatisme parfait et
pouvant être couché le long de l’axe voit deux disques largement sécants
prévue à cet effet, que dans les très l’absence de tout filtrage de la lumière
du monde. La monture à berceau a été mais bien discernables, et cela reste
grands télescopes. On se contente très par un organe optique quelconque
généralement de renvoyer le faisceau adoptée aussi pour les lunettes dites possible pour des écartements un peu
dans la plupart de ses combinaisons.
« de la carte du ciel », dont la mission plus petits encore. On aperçoit alors
sur le côté à l’aide d’un miroir à 45°. Plus compact, à ouverture égale et
se bornait à photographier des zones une image non résolue, mais nette-
y Foyer Cassegrain. Cette combinai- même un peu supérieure, que la lu-
ment allongée, qui permet encore des
bien déterminées loin du pôle. nette, il est moins sujet aux flexions
son, imaginée dès 1672 par le physi-
mesures d’angle et au pire une bonne
cien français N. Cassegrain, fait appel Si les formes générales des mon- et plus facile à équilibrer et à guider.
appréciation de la distance entre les
à un miroir secondaire hyperbolique tures sont à peu près fixées depuis Mais on ne voit que très rarement,
composantes, fondée justement sur
qui, placé sur l’axe un peu avant le longtemps, des améliorations tech- dans un télescope, l’image de dif-
l’aspect de l’image. Tous les observa-
foyer, renvoie le faisceau à travers niques ont été apportées aux systèmes fraction théorique d’une étoile, tache
teurs entraînés s’accordent pour esti-
une ouverture centrale ménagée dans qui servent à déplacer l’instrument, à centrale entourée d’anneaux sombres
mer que, dans les meilleures condi-
le miroir principal. On obtient ainsi le pointer par des mouvements amples et brillants alternés ; même lorsque
tions atmosphériques, un bon objectif
un foyer équivalent de 2 à 5 fois plus et rapides, et à corriger sa position par l’on devine cette figure, elle est tou-
permet de bonnes mesures jusqu’à des
grand que le foyer principal et des de très petits déplacements pour passer jours noyée de lumière parasite. La
images d’une dimension linéaire aug- raison principale de cette différence séparations de et la constatation
d’un objet à l’autre, guider une pose
de la duplicité d’un couple non résolu
mentée dans le même rapport ; l’accès photographique sur un astre mobile, entre les deux types d’instrument est
au foyer, au dos du miroir, est particu- etc. la fermeture du tube de la lunette aux entre cette limite et
lièrement aisé. deux extrémités, alors que celui du
Actuellement, la position de l’instru-
y Foyer coudé. Ce nom, dérivé de ment est généralement lue non plus sur
télescope (d’ailleurs remplacé pour Instruments spéciaux
celui de l’équatorial coudé, dont le les plus grands par une armature en de l’astronomie
des cercles plus ou moins accessibles,
but était analogue, désigne une com- poutrelles) est ouvert par le haut,
mais sur des pupitres de contrôle où Les appareils qui exploitent l’image ou
binaison qui permet d’amener l’image ce qui laisse l’air circuler librement
les angles sont affichés par voie élec- le rayonnement des astres sont souvent
dans des ensembles complexes, lourds sur le trajet du faisceau, avec toutes
tronique. On peut même préafficher empruntés, avec les aménagements
et encombrants, comme les grands les turbulences thermiques que cela
les coordonnées désirées et obtenir le utiles, au laboratoire de physique : pho-
spectrographes installés à poste fixe suppose.
pointage automatique de l’instrument. tomètres, spectrographes, etc.
dans un laboratoire. Le faisceau est y La lunette est l’organe de visée par
renvoyé d’abord dans l’axe de décli- excellence de tous les instruments de
Possibilités comparées Télescope de Schmidt
naison, puis dans l’axe principal, dit position, visuels ou photographiques.
La lunette a été longtemps le seul ins- En 1930, Bernhard Schmidt, de l’ob-
« polaire », et recueilli à son extrémité Quand elle ne dépasse pas un dia-
trument d’observation astronomique ; servatoire de Hambourg, a montré que
inférieure. Tous les grands télescopes mètre de 20 à 40 cm, son encombre-
le télescope ne s’est imposé qu’avec l’on pouvait obtenir des images cor-
ont ce dispositif, qui assure un foyer ment reste faible ; elle est très rigide,
l’adoption du verre à la place du métal rectes dans un champ étendu avec un
équivalent 8 à 10 fois plus long que le peu sensible à la turbulence atmos-
des premiers miroirs, et plus récem- miroir sphérique précédé d’une lame
foyer direct. phérique et capable d’atteindre les
ment de matériaux modernes dont le correctrice dont la section méridienne
magnitudes courantes des étoiles de
coefficient de dilatation est pratique- est calculée à cet effet.
Montures catalogue ; on peut donc y effectuer
ment nul. Loin de se concurrencer, ces Le télescope de Schmidt est très ré-
Les lunettes et les télescopes se pré- un travail très régulier. Les grands ré-
deux types d’instrument se sont révélés pandu. Les plus grands ont des miroirs
sentent sous la forme de tubes qu’il fracteurs au contraire ne sont pas tou-
complémentaires. de 2 m avec une lame de plus d’un
faut pouvoir diriger vers tous les points jours utilisables à pleine puissance,
Les lunettes — ouvertes en moyenne mètre. L’image est recueillie sur une
du ciel et entraîner de façon à suivre mais ils sont les seuls, quand les
à F/15 et, pour les plus grandes, à F/18, surface courbe, où l’on applique soit
le mouvement diurne des astres. L’axe conditions sont favorables, à pouvoir
un film maintenu par succion, soit une
principal, ou polaire, est donc paral- voire à F/20 — sont, à diamètre égal, fournir les observations et les mesures
plaque mince essayée au préalable
lèle à l’axe du monde, et l’instrument trois fois plus longues que les téles- les plus fines : étoiles doubles serrées,
dans une presse où elle est contrainte
tourne autour de lui à raison d’un tour copes ; d’autre part, il est beaucoup surfaces planétaires. Le pouvoir sépa-
sous une double courbure.
en 24 heures sidérales. Les instruments plus facile, toujours à diamètre égal, de rateur, défini par la limite de résolu-
moyens sont disposés au bout d’un réaliser un miroir qu’un objectif. Aussi
tion représente en effet le Micromètre à fils
axe de déclinaison court à la tête de les lunettes en sont-elles restées aux
l’axe polaire, portant un contrepoids dimensions que l’on savait obtenir dès rayon du premier anneau sombre de Employé autrefois pour toutes les me-

à l’autre bout (monture allemande). la fin du siècle dernier ; les plus puis- la figure de diffraction. Le meilleur sures de position différentielles (rat-

Les télescopes sont souvent montés santes sont celles de Yerkes (Williams critère de la qualité d’un objectif est tachement d’astres mobiles, étoiles

de façon analogue, l’axe polaire étant Bay) [102 cm, 1897], de Lick (91 cm,
cependant tenu par deux paliers, un à 1888) et de Meudon (83 cm, 1896). Au
chaque extrémité (monture anglaise contraire, les télescopes ont continué à
simple) ; profitant de la position basse progresser ; au début du siècle, aucun
du centre de gravité très près du miroir, n’atteignait 1 m de diamètre ; mais, dès
on peut aussi installer le tube dans une 1917, George Willis Ritchey réalisait
fourche. le télescope de 100 pouces du Mont-
Quelques instruments très lourds ont Wilson ; à l’heure actuelle, une dou-
été montés dans un berceau, qui est zaine de télescopes dépassent 2 m, dont
une fourche refermée dans le haut, les plus grands ont 200 pouces (5 m,
interdisant donc l’observation dans mont Palomar) et 6 m (U. R. S. S.),

5744
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

Telescopes ; t. II : Astronomical Techniques


« fondamentales », tandis qu’un mé-
(Chicago, 1962).
canisme classique de mesures sur un
bain de mercure, des mires et des col-
limateurs fournissent les constantes de
l’instrument (inclinaison et azimut de
instruments
l’axe, lecture au zénith, collimation),
lesquelles entrent dans des corrections de mesures
aux heures et aux hauteurs brutes ob- électriques à
servées. On obtient ainsi une précision
de 0,02 s en ascension droite et de 0,3
principe électro-
en déclinaison. magnétique

Astrolabe à prisme
Appareils
Dans cet appareil, on saisit l’astre à
magnéto-électriques
son passage par la hauteur apparente
de 60° en observant la coïncidence Principe (fig. 1)
de deux images produites, selon deux Un cadre rectangulaire ABCD portant
trajets différents, à partir du faisceau un enroulement de n spires est soumis
incident ; comme l’une résulte d’une à un champ d’induction radial d’inten-
réflexion et l’autre de deux, le mouve- sité B uniforme. Parcourus par un cou-

ment diurne les fait cheminer en sens rant I, les brins disposés selon les géné-
ratrices BC et DA sont soumis à une
contraires, d’où le principe de la tech-
force électromagnétique tangentielle
nique. La hauteur type est définie entiè-
F = BIl, avec l = BC = AD, longueur
rement par l’angle du prisme et non par
du brin.
l’orientation exacte de sa face arrière
Il en résulte pour l’ensemble un
ou de la lunette.
couple dont le moment vaut = BIll n,
Sous sa forme moderne, réalisée en avec l = AB = DC.
1954 par André Danjon (1890-1967),
En posant 0 = n ll B, constante de
cet appareil a donné des résultats très flux de l’appareil, il vient = 0 I.
précis dans plusieurs domaines essen-
Le cadre est soumis à un couple pro-
tiels : catalogues d’étoiles, mouve-
portionnel au courant I qui le parcourt.
ment du pôle, inégalités de la rotation
terrestre. Galvanomètre

L’équipage mobile précédent est, de


Caméra électronique
plus, assujetti à un fil de torsion ou à
Vers 1935, André Lallemand (né en deux ressorts spiraux, qui développent
1904) a cherché à utiliser les proprié- un couple résistant R proportionnel à
tés des couches photosensibles pour l’angle de torsion ,

accroître les possibilités des instru- R = k.

ments d’observation. Dans sa caméra y Équilibre du cadre. À l’équilibre,

électronique, la lumière est dirigée le couple total appliqué au cadre est

vers une photocathode qui émet un nul, d’où = R, soit k = 0 I, donc

doubles, diamètres), le micromètre à dernes (systèmes à biréfringent d’Au- flux d’électrons en nombre rigoureuse-
fils de cocon d’araignée comporte un douin Dollfus ou de Paul Muller). ment proportionnel à celui des photons La torsion , mesurée à l’aide d’une
réseau orthogonal de fils fixes et au reçus ; ce faisceau est alors focalisé sur aiguille ou d’un miroir, est proportion-
moins un fil mobile parallèle à l’une de Cercle méridien une plaque appropriée pour obtenir une nelle au courant I dans le cadre.
ses directions. On peut ainsi détermi- Longtemps seul instrument de position image électronique de l’objet. Ce dis-
ner les distances et les diamètres en fai- fondamental, le cercle méridien, ou positif multiplie la sensibilité par 50

sant varier l’écartement d’un fil fixe et lunette méridienne, est une lunette qui à 100 et permet d’obtenir des images
ne balaie que le plan méridien, où la pratiquement instantanées d’étoiles et
d’un fil mobile, mesuré sur le tambour
hauteur apparente de la visée se lit avec de planètes. Il s’applique à la détec-
divisé de la vis qui entraîne le cadre
une grande précision sur un cercle di-
portant les fils mobiles. tion et à l’étude des astres très faibles
visé pointé à l’aide de 4, 6 ou 8 micros- (récemment, de certaines radiosources
L’ensemble tourne autour de l’axe de copes disposés en polygone régulier.
optiques), à l’électronographie des pla-
la lunette, et les rotations sont lues sur
Lorsqu’une étoile passe dans ce plan, nètes et à la spectrographie fine.
un cercle qui marque ainsi les angles
une détermination simultanée de P. M.
de position ; le zéro est la direction du l’heure sidérale et de la hauteur fournit F Astronomie / Pulsar / Quasar / Radioastro-
nord dans le champ. Pour les étoiles à la fois ses deux coordonnées équa- nomie.

doubles serrées et les petits diamètres, toriales. L’horloge associée à l’instru- A. Danjon et A. Couder, Lunettes et téles-
on préfère le micromètre à double ment est contrôlée par l’observation copes (Éd. de la Revue d’optique, 1935). /

image sous l’une de ses formes mo- d’un certain nombre d’étoiles dites W. A. Hiltner, Stars and Stellar Systems, t. I :

5745
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

En reportant dans (1), il vient le courant dans le galvanomètre est

d’où la déviation

Le cadre atteindra sa position


On appelle « calibre » de l’appareil
d’équilibre par un mouve-
la tension Um correspondant à la dévia-
ment oscillatoire amorti ou apériodique
tion maximale du cadre pour une résis-
selon la valeur de la résistance R. tance R donnée
Le régime sera apériodique critique
La sensibilité du galvanomètre est
définie par pour la résistance Rc telle que Inversement, R est proportionnelle au
Galvanomètre balistique
calibre que l’on désire obtenir. À l’aide
C’est un galvanomètre dont l’inertie a
On obtient des sensibilités élevées : d’une résistance additionnelle à prises
été augmentée artificiellement, ce qui
a) en utilisant des aimants permanents intermédiaires, on peut réaliser un volt-
mètre à plusieurs calibres (fig. 3). permet le bref passage d’une quantité
donnant des inductions dans l’entrefer
de l’ordre de 0,4 tesla et plus ; Ce régime est d’une façon générale d’électricité q sans que le cadre ait pu
Pour un calibre de 1 volt,
b) en diminuant k par l’emploi de le plus avantageux. démarrer. Après ce passage, le cadre va
rubans en bronze phosphoreux (par Si R > Rc : régime oscillatoire, se mettre en mouvement avec une vi-
7 Par exemple :
exemple k = 60 × 10– mètre-newton R < Rc : régime hypercritique. tesse initiale 0 facilement calculable.
R1 = 10 000 /V, 20 000 /V,
par radian). Si E est maintenant sinusoïdale,
50 000 /V, 100 000 /V et même En effet l’équation du mouvement
Théoriquement, le courant minimal E = Em sin t, l’équation du mouve-
500 000 /V. est
mesurable s’exprime par ment devient
Plus R1 est grand, plus est faible la
perturbation introduite par le voltmètre. Si la charge q passe entre les instants
avec K, constante de Boltzmann, égale
23
0 et T sans démarrage de l’équipage
à 1,38 × 10– J/K ; T, température Ampèremètres magnéto-
mobile, il vient :
absolue. L’équipage mobile est en oscillations électriques
10 forcées et, pour le régime permanent,
Par exemple, I0 = 0,3 × 10– A. Un galvanomètre permet la mesure de
il vient
y Mouvement de l’équipage mobile. très faibles courants. Pour des courants

Soit J le moment d’inertie de l’équi- plus élevés, le galvanomètre est monté


page, a le coefficient de frottement en millivoltmètres et mesure la tension
visqueux sur l’air. On a aux bornes d’un shunt parcouru par le La vitesse initiale avec laquelle le

courant à mesurer. La tension maxi- cadre va se mettre en mouvement est


male aux bornes du shunt est générale- proportionnelle à q
ment de 100 mV, mais peut descendre
Par ailleurs, dans son mouvement, le
Si est suffisamment grand, l’ampli- à 40 mV ou monter à 300 mV.
cadre coupe un flux , d’où une force Mais les conditions initiales du mou-
électromotrice (f. é. m.) induite tude de est négligeable : le cadre ne Les shunts sont des fils ou des lames
vement du cadre sont = 0,
dévie pas de façon appréciable. Dans de manganine soudés à deux blocs de
ces conditions, soumis à un courant laiton. Plusieurs shunts peuvent être en
périodique de fréquence assez élevée, série pour réaliser un ampèremètre à Par suite, les élongations du cadre

le cadre dévie proportionnellement à la plusieurs calibres (fig. 4). sont proportionnelles à q, et en parti-

composante continue du courant, c’est- culier la déviation maximale dans un


à-dire à sa valeur moyenne. mouvement oscillatoire ou apério-
En négligeant l’inductance propre
Pour un courant sinusoïdal d’ampli- dique. La constante de proportionnalité
du cadre, on a dans le circuit (fig. 2) de
tude Im redressé à deux alternances, la dépend du circuit ; elle peut être calcu-
résistance totale R et de f. é. m. appli-
lée ou, mieux, déterminée expérimen-
quée E (constante)
valeur moyenne est La
talement : mqx = . q, d’où la mesure

valeur efficace du courant sinusoïdal de q.

À l’équilibre, et le courant étant il vient Le galvanomètre balistique peut être

mesuré est d’où la déviation du cadre shunté pour la mesure de grandes quan-

tités d’électricité Q (fig. 6).


Si I est le courant à mesurer, i le cou-
rant dans le galvanomètre de résistance
Le galvanomètre peut être gradué
g, on appelle pouvoir multiplicateur
en valeurs efficaces à condition que le
courant soit strictement sinusoïdal. du shunt la quantité Si s est la
résistance du shunt, il vient
Voltmètres magnéto-électriques

Un voltmètre magnéto-électrique est


un galvanomètre en série avec une ré- La figure 5 montre comment réaliser
sistance. La résistance de l’ensemble un ampèremètre-voltmètre à plusieurs
étant R, pour une tension U appliquée, calibres.

5746
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

rant à l’instant zéro, le cadre est de de la charge Q d’un condensateur

nouveau arrêté à l’instant T, et on a (fig. 9) :

Appareils
d’où = 0q. électrodynamiques
est le déplacement de l’aiguille,
Principe (fig. 10)
q la quantité d’électricité totale qui a
Un appareil électrodynamique est
traversé le cadre. Sans les frottements
constitué de deux bottines, l’une fixe,
(a = 0), on aurait q = 0. Cela signifie parcourue par un courant i, l’autre mo-
qu’il passerait la même quantité d’élec- bile autour d’un axe et parcourue par le

Soit R la résistance placée aux tricité dans un sens puis dans l’autre. courant i. M étant la mutuelle entre ces éviter un couple électrostatique. Le
deux bobines, l’énergie de couplage
bornes du galvanomètre dont la frac- montage de la figure 12 est déconseillé.
Si u est la tension aux bornes du
magnétique est W = M ii.
tion s sert de shunt. Il vient Si i et u sont sinusoïdaux,
cadre de résistance g et d’inductance
Par suite, il se développe entre elles
l, on a
le couple
d’où
Par ailleurs, un ressort ou fil de
p = ui = UI cos + UI cos (2 t – ).
étant la f. é. m. induite par torsion développe un couple opposé
Fluxmètre = k. Par ailleurs, si l est l’inductance de
flux coupé (v. plus haut). R

la bobine fil fin,


C’est un galvanomètre dont on a sup- À l’équilibre,
primé le couple de rappel. L’équation
ne dépend que de la géométrie du
du mouvement est alors système, et par suite = . ii.
K() avec
La déviation est représentative du
produit des deux courants.
Pour assez petit, l R, d’où
Au repos, l’aiguille occupe une posi- puisque i = 0 pour t = 0 et t = T.
par suite,
Wattmètre électrodynamique
tion quelconque sur le cadran. Mais a = 0q,
(fig. 11)
d’où Si la pulsation de p (2) est assez
Principalement, cet appareil sert à
L’une des bobines (gros fil) est en série
mesurer les flux magnétiques (ou va- grande devant la pulsation propre de
avec le récepteur traversé par le cou-
l’équipage mobile, ce dernier va dévier
riations de flux), d’où son nom, grâce rant i, l’autre (fil fin) en parallèle au
en fonction de la valeur moyenne de
au montage de la figure 7. moyen de la résistance R. Cette der-
Le déplacement de l’aiguille est p, soit
nière bobine est parcourue par le cou-
La variation de flux enlacé par la bo- UI cos = puissance active : Pa,
proportionnel à Le fluxmètre
bine y induit une f. é. m. provoquant un rant i étant très petit devant i, soit
courant dans le cadre mobile. Ce der- est un volt-seconde-mètre. on a normalement
nier se met en mouvement, mais, cou- L’étalonnage en continu est valable
y Fluxmètre shunté (fig. 8). Il permet
pant les lignes d’induction de l’aimant pour l’alternatif.
la mesure de variations importantes La déviation représente la puis-
du fluxmètre, il est le siège de courants Lorsque l ne peut pas être négligé,
de flux enlace par la bobine. sance P dissipée dans le récepteur.
induits qui freinent son mouvement.
REMARQUES. 1. Le courant dans la
Pour permettre l’existence de ces bobine gros fil est en fait
courants, il est indispensable que le
d’où
circuit du fluxmètre soit fermé. Démar-
La puissance indiquée par le wattmètre

est donc puissance dissi-

pée dans la bobine fil fin.


2. Il faut que les deux bobines soient
sensiblement au même potentiel pour

On établit

Shunté, le fluxmètre permet la mesure

5747
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

Appareils
ferromagnétiques

Il existe trois types d’appareils


ferromagnétiques.

y Type à noyau plongeur (fig. 20). La


bobine développe une force électro-
magnétique sur le noyau de fer doux
qui pénètre. Un ressort spiral produit

une force (ou couple) de rappel, d’où


une position d’équilibre.

Les sens des courants sont tels que ces


au lieu de couples sont opposés. À l’équilibre,

1 + 2 = 0, d’où

sort spiral s’oppose à la pénétration


d’où
de la came.
Si de plus M2 = M cos , M1 = M sin , Pour tous ces types, les couples élec-
Pour les fréquences industrielles
tromagnétiques et, par suite, les rota-
(50 Hz), tg est au pire de l’ordre de
tions sont proportionnels au carré du
10– 3. Dans ce cas, l’erreur n’est encore
courant dans la bobine : I 2.
que de 1 p. 1 000 avec = 45°. Pour de Si les courants sont alternatifs, seuls
interviennent les couples moyens. Ces appareils sont employés comme
très forts déphasages, l’indication du
ampèremètres ou voltmètres à courant
wattmètre devient aberrante.
continu ou alternatif.

Ampèremètre, voltmètre Dans ce dernier cas, ils indiquent


électrodynamiques la valeur efficace indépendamment de

Si i = i ou i = i (fig. 13), on a = la forme du signal. Les performances


K()

i2 ou = 2.
de ces appareils sont médiocres, leurs
K()i
y Type à deux noyaux (fig. 21). La
L’appareil est comparable à un bobine aimante identiquement les
ampèremètre thermique. En série avec deux noyaux de fer doux qui vont se
une forte résistance, il devient un volt- Exemple d’application : phasemètre
repousser. Le noyau I étant fixe, le
(fig. 15).
mètre. Ces appareils sont assez peu
noyau II seul se déplace, par rotation,
sensibles. y Type électrodynamique ou type ma-
en entraînant une aiguille. Un ressort
gnéto-électrique (fig. 16). L’équipage
spiral s’oppose à la rotation.
Logomètres mobile comporte deux cadres perpen-
diculaires l’un à l’autre, pouvant pi- y Type à réluctance variable (fig. 22).
Ces appareils mesurent le rapport de
voter dans le champ d’une bobine fixe Une came de fer doux au profil parti-
deux courants et se présentent sous
(électrodynamique) ou d’un aimant culier tend à pénétrer dans l’entrefer
deux types.
permanent (magnéto-électrique). Il d’une bobine afin de réduire la réluc-
y Type électrodynamique (fig. 14). n’y a pas de couple de rappel. tance. On retrouve en fait le principe
Une bobine mobile est soumise au
B étant l’induction, les couples élec- du noyau plongeur. Là encore, un res-
champ d’induction créé par deux bo-
tromagnétiques sont respectivement
bines fixes dont les axes sont géné-
1 = n1s1i1 cos , 2 = – n2s2i2 sin ; ces
ralement orthogonaux. Il n’y a pas
couples étant opposés,
de couple de rappel. Si M1 et M2 sont
1 + 2 = 0,
les mutuelles respectives des bobines d’où
mobiles avec la fixe, il se développe
sur cette dernière les couples
APPLICATIONS : ohmmètre à lecture
directe (fig. 17), phasemètre (fig. 18),
fréquencemètre (fig. 19), synchronos-
cope, etc.

5748
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

dynamomètre. Il détermina, avec l’Al- La distinction entre les musiques


lemand Rudolf Kohlrausch (Göttingen ethnique et savante, chacune possédant
1809 - Erlangen 1858), le rapport des ses instruments propres, semble avoir
unités électromagnétique et électrosta-
existé dans les civilisations de haute
tique, qu’il trouva égal à la vitesse de
culture de l’Antiquité. En Extrême-
la lumière.
Orient, en Inde, en Iran, en Égypte,
dans les mondes juif et arabe, en Grèce
et dans le monde latin, des musiques
classiques et liturgiques, soumises à
instruments des règles définies, se développent, em-
ployant des musiciens professionnels.
de musique
Parallèlement, la musique ethnique ou
populaire poursuit son existence en se
Objets ou appareils susceptibles de
servant de ses instruments tradition-
produire des sons qui peuvent être mu-
nels. Parfois, un instrument « émigre »
sicaux ou contribuer au développement
d’une catégorie dans une autre, ou est
de la musique.
utilisé dans les deux types de musique.
La musique — donc l’instrument de Nous connaissons infiniment mieux les
musique — est liée à tous les aspects instruments savants d’Asie et d’Europe
de la vie. Les mouvements corporels que les instruments ethniques, dont
— ceux par exemple qui consistent à l’étude ne fait que commencer (v. eth-
claquer des mains ou à frapper le sol nomusicologie). La musique savante
— acquièrent un sens renforcé lorsque est définie par des théoriciens : conser-
à ces gestes simples s’adjoignent des vée sous forme écrite, elle nous apporte
instruments ; et cela s’accomplit de- des indications sur les instruments.
puis des milliers d’années, comme en
avantages sont : robustesse, prix rela- Vincennes 1918). Il créa, en 1882, le
témoignent les peintures rupestres,
tivement modiques, possibilité de galvanomètre à cadre mobile et réalisa Classification
au même titre que celles des caves et
surcharge. des expériences de transport d’énergie
des tombes. Des fouilles archéolo- Hormis chez les Chinois, qui ont
électrique. (Acad. des sc., 1886.)
C. T.
giques nous ont livré des instruments classé en huit catégories les instru-
Wilhelm Eduard Weber, physicien faits de matériaux durables : os, métal, ments selon la matière sonore prédo-
allemand (Wittenberg 1804 - Göttin- pierre ou terre cuite, tandis que ceux minante dont ils étaient faits, le pro-
Deux biographies
gen 1891). Il réalisa avec GAUSS*, de bois ont disparu, sauf dans des cas blème de la classification, dans son
Marcel Deprez, physicien français en 1833, un télégraphe électrique et de conservation exceptionnellement ensemble, n’a été abordé qu’au XIXe s.
(Aillant-sur-Milleron, Loiret, 1843 - construisit en 1846 le premier électro- favorables. (Victor Mahillon [1841-1924]). Pour

5749
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

l’orchestre d’aujourd’hui, les termes tement sur l’air ambiant : rhombes, et à Rome ; l’un et l’autre sont encore droit, coudé ou recourbé), de nombre
de corde, vent, percussion sont encore diables, etc.). Ils comprennent : en usage en Éthiopie aujourd’hui. de cordes et de méthode de jeu (avec
employés couramment. Le mot percus- — les flûtes, simples et polycalames Quant au type léger au corps arrondi, ou sans plectre, parfois avec un archet).

sion, choc d’un corps contre un autre, (flûtes de Pan), flûtes à encoche, à il est joué au Soudan, en Ouganda, en Le luth d’il y a quatre mille ans est, en

groupe sous la même rubrique des ins- conduit ou à bloc et traversières ; Tanzanie, au Kenya et au Congo. Les effet, l’ancêtre du luth européen et de

truments aussi dissemblables que des — les instruments à anche battante lyres ont une descendance au Moyen la guitare*.
simple ou double (clarinettes et haut- Âge dans le crwth (ou crowd) gal-
xylophones, des tambours, des pianos, Les autres instruments formés d’une
bois) ou à anche libre (orgues à lois et dans le cruit irlandais, dont les caisse de résonance et d’un manche,
des doulcemelles, des cloches et des
bouche, etc.) ; cordes étaient soit pincées, soit frot-
gongs, tandis que les guimbardes, les les vièles, sont joués avec un archet.
— les cors et les trompettes. tées. Jusqu’à ces dernières années, on
sansas, les harmonicas de verre, les Ce groupe-ci comprend les vièles po-
y Les cordophones sont des instru- jouait des lyres populaires finnoises et pulaires européennes, lyra, gadoulka,
tambours à friction, les stridulateurs
ments aux cordes tendues, qui ré- estoniennes (toutefois avec un archet), gusla, etc., aussi bien que les rebecs et
et les flûtes eunuques ne rentrent dans
sonnent lorsqu’elles sont pincées (par dernière survivance de ces instruments les vièles du Moyen Âge, la famille des
aucune catégorie. C’est au XXe s. que
les doigts ou par un plectre), frottées, qui nous viennent de l’Antiquité. violons* et celle des violes*. Il existe
paraissent la classification d’Erich von
frappées ou actionnées par le vent. Ils Des harpes, arquées et angulaires, aussi des formes complexes comme la
Hornbostel (1877-1935) et Curt Sachs
se subdivisent en : se trouvent à côté des lyres dans les vielle (appelée au Moyen Âge chifonie
(1881-1959) et celle d’André Schaef-
— arcs musicaux et harpes ; mêmes régions et à la même époque : ou organistrum), qui emploie en guise
fner (né en 1895), fondées sur les
— lyres ; les unes et les autres ont remonté la d’archet une roue enduite de résine et
principes acoustiques de chaque instru-
— luths et vièles ; vallée du Nil et sont jouées en Afrique qui frappe les cordes par l’intermé-
ment. C’est celle de Hornbostel et de
— cithares. dans les pays que nous avons cités plus diaire d’un clavier au lieu de les pres-
Sachs qui, dans ses lignes essentielles, haut. Les harpes parviennent égale- ser avec les doigts.
est le plus généralement adoptée. Elle
Préhistoire et histoire ment en Orient (il est probable que la Les cithares, instruments dont les
se divise en quatre groupes. vn, citée dans le Mahbhrata et par cordes, passant sur des chevalets, sont
Nous n’avons, comme témoins de la
y Les idiophones sont des instruments le théoricien de la musique Bharata au tendues parallèlement à l’instrument
préhistoire, que des instruments eth-
faits d’une matière qui résonne par début de notre ère, est l’équivalent de sur sa surface entière, se trouvent
niques : cliquettes, flûtes en os, ho-
elle-même, par percussion, par flexion la harpe). L’instrument est représenté rarement dans le monde antique. Les
chets et sonnailles, racleurs, conques,
et détente d’une matière flexible ou sur des bas-reliefs de temples au VIIIe s. Phéniciens employaient un petit mo-
rhombes, tambours, etc., tandis que
encore par friction. On peut les sub- De l’Iran — où l’usage de la harpe dèle carré. En Chine, cependant, il y
les civilisations de l’Antiquité nous
s’est maintenu jusqu’à une époque re-
diviser en : a trois mille ans, existaient des lon-
révèlent l’existence d’instruments sa-
lativement récente — et du Turkestan gues cithares incurvées. Mais ce n’est
— idiophones à percussion, compre- vants. L’origine de la plupart de ceux
chinois, la harpe gagne la Chine vers qu’au Xe s. de notre ère que l’on voit
nant cliquettes, xylophones, gongs, qui sont en usage aujourd’hui remonte
les IVe et Ve s., mais ne s’y implante pas. apparaître au Proche-Orient la forme
cloches, tambours à fente, hochets, aux civilisations mésopotamienne,
Il paraît impossible de rattacher trapézoïdale : le qnn. Par l’Espagne,
sonnailles, sistres, stridulateurs, etc. ; égyptienne et grecque. Par Mésopota-
avec quelque certitude la harpe* grâce aux Maures, l’instrument par-
— idiophones par pincement, ou lin- mie, nous entendons Sumer et Elam,
européenne à un modèle de harpe du vient en France, en Angleterre, en
guaphones, dans lesquels le son est puis Babylone et le monde hébraïque,
Proche-Orient, quoique celle-ci pré- Allemagne, prenant la forme du psal-
produit par la flexion et la détente Assour et la Perse ; toutes ces cultures
sente des ressemblances avec certaines térion et du micanon (v. clavecin et
d’une matière flexible, comme les ont utilisé une très grande variété
harpes angulaires. Il se peut que l’ins- virginal). La doulcemelle, frappée avec
guimbardes et les sansas ; d’instruments : lyres, harpes, luths,
trument connu sous le nom de rotte des baguettes, est d’Afrique du Nord ;
cliquettes, sistres, cloches, cymbales,
— idiophones par friction, qui pro-
en Angleterre et en Irlande au VIIIe s. introduite en Espagne, elle connaît une
flûtes et flûtes de Pan, instruments à
duisent un son quand on les frotte :
apr. J.-C. ait été une harpe. Au Moyen grande vogue au Moyen Âge et sera
anche, trompettes et divers tambours ;
verres musicaux.
Âge, nous trouvons de nombreuses l’origine des instruments à clavier à
de tous, des spécimens sont conservés
y Les membranophones sont des ins- représentations de la harpe, tant sur cordes frappées. Le « pantaléon »,
dans les musées. En outre, nous les
truments dans lesquels le son est pro- les miniatures que sur les sculptures. grand tympanon joué à Paris par l’Al-
connaissons, comme nous connaissons
duit par la vibration d’une membrane Parfois, les cordes étaient de métal, lemand Pantaleon Hebenstreit (1667-
le luth, par des statuettes, des sceaux
tendue. Le son provient : et des rouleaux ; nous pouvons ajouter parfois de boyaux ; elles variaient en 1750), attire de nouveau, au XVIIIe s.,

— soit d’une percussion comme dans nombre de sept à vingt-cinq ; certains l’intérêt sur ce type d’instrument où
à ces documents ceux qui proviennent
les tambours (à membrane unique ou à de textes cunéiformes. Il est évident modèles étaient fort petits, et d’autres d’aucuns voient, de nos jours, l’ori-
très importants ; la harpe, instrument gine du pianoforte. À l’heure actuelle,
deux membranes), dont la forme varie ; que les instruments qui ont survécu,
d’intimité, dont jouaient ménestrels une forme plus ample, le czimbalum,
— soit d’une friction, dans le cas des comme les lyres d’Our, sont un apport
précieux pour la recherche des ori- et grands seigneurs, a subi des trans- est toujours jouée par les Tziganes, en
tambours à friction, dont la membrane
formations : son corps s’est affiné au Hongrie.
est traversée par une corde ou un gines ; cependant, les représentations
cours de trois siècles (du XIVe au XVIe).
bâton ; figurées et les textes nous permettent Parmi les instruments à vent, les
d’étendre nos connaissances en nous Les luths*, c’est-à-dire les instru- flûtes* sont de beaucoup les plus an-
— soit d’un soufflement (mirlitons).
indiquant comment et en quelles cir- ments qu’en opposition à la définition ciens ; certaines datent de l’époque
y Les aérophones, appelés commu-
constances ces instruments étaient du luth européen les ethnomusico- paléolithique ; leur aire de diffusion
nément instruments à vent, sont ceux
joués et de quelle manière ils étaient logues désignent par ce terme, sont est très étendue. Au niveau du Néoli-
dans lesquels, à travers ou autour
groupés en ensemble. Il y a cinq mille constitués par une caisse de résonance thique, l’on trouve des flûtes simples
desquels une certaine quantité d’air ans existaient deux types de lyres : et un manche. Celui-ci peut n’être que et traversières, percées de trous de jeu.
est mise en vibration. Contenu dans l’un léger, au corps arrondi, facile à le prolongement du corps. On trouve Elles étaient utilisées dans toutes les ci-
une cavité, l’air peut être mis en mou- porter, l’autre plus lourd, au corps rec- des représentations figurées du luth vilisations de l’Antiquité ; elles le sont
vement par l’arête affilée d’un tuyau tangulaire, en général recouvert d’une environ deux mille ans avant J.-C. Plus aujourd’hui à la fois dans la musique
(flûtes), par l’action d’une anche ou riche décoration. Nous retrouvons ces que tout autre instrument peut-être, le populaire et dans la musique savante.
par la pression des lèvres du joueur mêmes modèles en Égypte, dans le luth a varié de forme (manche long ou Il est curieux de constater que les flûtes
(quelques instruments agissent direc- monde hébraïque, en Grèce, en Étrurie court avec ou sans frettes, chevillier à conduit ou à bloc, d’une construction

5750
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

plus compliquée, semblent avoir pré- hautbois des modifications qui feront D’autres instruments à percussion*,
cédé les flûtes simples, dont l’embou- d’un instrument de la Grande Écurie un remontant à la haute Antiquité, sont
chure est formée par l’ouverture supé- instrument à la sonorité plus raffinée, encore en usage aujourd’hui : xylo-
rieure du tuyau ; celles-ci n’ont jamais qui jouera un rôle important dans la phones, cymbales, tambours à fente,
été très nombreuses, sauf sous la forme musique de chambre et d’opéra. gongs et castagnettes. De plus, la mu-
polycalame (flûte de Pan), sans doute à sique contemporaine fait appel à ces
Les instruments à anche libre,
cause de la difficulté de jeu. Il existe des percussions et à d’autres pour ajouter
comme les orgues à bouche, sont ori-
flûtes d’os, d’ivoire, de bois, de métal, des timbres rares à l’orchestre actuel.
ginaires d’Extrême-Orient. On raconte
de verre, de terre cuite, de porcelaine,
que l’un de ceux-ci fut emporté de L’organologie, ou science des ins-
etc., de tous matériaux dans lesquels
Chine en Occident et qu’un Danois truments, est une discipline qui attire
fluorine : 0,13 à 12
une arête affilée peut être taillée. Les tout particulièrement le public d’au-
conseilla d’utiliser ce type d’anche iodure de potassium : 0,38 à 42
flûtes à bec et traversières ont coexisté jourd’hui. De savants musicologues se
comme jeu d’orgue. L’harmonium, iodure de césium : 0,24 à 70 .
en Europe depuis le haut Moyen Âge ; sont intéressés à l’histoire des instru-
l’accordéon, l’harmonica procèdent de Une expérience d’optique met tou-
elles ont, au cours des siècles, subi des ments (notamment Curt Sachs, Horn-
lui. jours en oeuvre un objet, un instrument
transformations de perce, de construc- bostel, Jaap Kunst, Marius Schneider,
Les trompes et trompettes*, instru- d’optique et un détecteur qui exploitent
tion interne et externe ; à la traversière Claudie Marcel-Dubois, Gilbert Rou-
ments dans lesquels l’air est mis en les informations issues de l’objet et
ont été apportés des perfectionnements get, André Schaeffner, A. P. de Miri-
vibration par la pression des lèvres, transmises par le détecteur. Un objet
mécaniques (Böhm) qui en ont fait la monde, E. Winternitz). L’organologie
plan est une répartition de luminances
flûte d’aujourd’hui. apparaissent très tôt dans l’histoire de s’appuie désormais sur l’étude des trai-
L (x, y) rapportée à deux axes Ox, Oy.
Les instruments à anche sont de l’humanité. Les conques, les trompettes tés, sur des sources iconographiques et
On peut montrer que cet objet est équi-
deux sortes : à anche battante simple faites de coquillages appartiennent à sonores de plus en plus riches (disques
valent à une superposition de réparti-
ou double. Les premiers, à anche la préhistoire. Les Sumériens connais- et films), et elle a recours également
tions sinusoïdales de luminances qui
simple, communément appelés clari- saient les trompes, et l’Égypte en pos- aux techniques modernes de la macro-
forme un ensemble à deux dimensions
nettes* (terme utilisé en ethnomusico- sédait un grand nombre ; vers 1400 av. photographie et du sonagramme.
O (, ) de fréquences spatiales et
logie, alors que, pour les historiens de J.-C., un roi reçut en présent, dit-on, G. T. et J. J.
(v. diffraction). L’instrument d’optique
la musique savante, la clarinette pro- quarante trompes en or incrustées de F Clarinette / Clavecin / Flûte / Guitare / Harpe /
Hautbois / Luth / Orgue / Percussion / Piano / Sax
se présente comme un filtre passe-bas.
prement dite n’apparaît qu’à la fin du pierreries. Le lur de l’âge de bronze
(instruments de) / Trompette / Violon / Violoncelle. Chacune des fréquences spatiales pré-
XVIIe s.), sont souvent formés de deux trouvé au Danemark est certainement
A. Schaeffner, Origine des instruments de
sentes dans l’objet est transmise par
tuyaux juxtaposés. Dans l’ancienne un des premiers types de trompes euro-
musique (Payot, 1936). / N. Dufourcq (sous la l’instrument avec un facteur de trans-
Égypte et dans le monde arabe contem- péennes, antérieur aux célèbres trom- dir. de), la Musique : les hommes, les instru-
fert de modulation compris entre 0 et
porain, les doubles clarinettes sont très pettes militaires romaines. C’est au ments, les oeuvres (Larousse, 1965 ; 2 vol.).
/ A. Berner, J. H. Van der Meer et G. Thibault,
1 (fig. 1) [cas d’un objet unidimen-
répandues ; il en est de deux modèles, monde islamique du Proche-Orient que
Preservation and Restoration of Musical Ins- sionnel]. Lorsque l’instrument est stig-
l’un à deux tuyaux égaux (zummra), l’Europe a emprunté les trompettes ; truments (Londres, 1967). / J. Jenkins (sous
matique, seule la diffraction affecte
l’autre avec un long bourdon (arghl). remarquons que, dans les deux conti- la dir. de), Instruments de musique ethnique
la fonction de filtrage (courbe I). Les
Il semble que la clarinette du XVIIIe s., nents, seuls les nobles avaient le droit (Londres, 1970) ; Musical Instruments (Londres,
1970). / G. Tintori, Gli Strumenti musicali (Turin, objets de fréquences spatiales faibles
d’où découle notre instrument mo- d’entretenir des joueurs de ces instru- 1971 ; 2 vol.). / H. Mayer Brown et J. Lascelle, sont bien reproduits. Le contraste
derne, n’ait pas eu pour modèle la cla- ments. Leurs dimensions ont varié, Musical Iconography : A Manual for Catalo-
diminue lorsque la fréquence spatiale
rinette à deux tuyaux. La plupart des les formes (trompettes en S) aussi. La
guing Musical Subjects in Western Art before
1800 (Cambridge, Mass., 1972). / E. Winternitz, s’élève, pour devenir nul au voisinage
cornemuses appartiennent, par leurs sacqueboute, caractérisée par la pos- Instruments de musique du monde occidental
chalumeaux, à la famille des instru- de la fréquence de coupure
sibilité de raccourcir et d’allonger le (Arthaud, 1973).

ments à anche double ; tandis que tous ( désigne la longueur d’onde, et


tube sonore, naît au Moyen Âge ; elle
les bourdons sont à anche simple, sauf l’ouverture image de l’instrument). Sur
deviendra, avec une perce élargie, le
dans le cas de la zampogna italienne. la figure 2 est représenté un objet dont
trombone de nos orchestres.
la luminance varie selon une fonction
Les instruments à anche double du
Les tambours apparaissent au temps
instruments
type hautbois* ont sans doute existé créneau ; la fréquence est supposée

en Mésopotamie deux mille ans avant


de la préhistoire ; nous en connais- d’optique voisine de la fréquence de coupure
sons aujourd’hui des modèles innom-
J.-C. et à Babylone ; il est certain que de l’instrument. On ne reproduit que
brables, que nous retrouvons dans Ensembles composés de lentilles et de la fréquence fondamentale de l’objet,
des paires de hautbois faisaient partie
presque toutes les sociétés. Ils sont miroirs, destinés à former des images
de la musique de plein air au temps et le contraste obtenu est faible. Dès
souvent utilisés à des fins religieuses, ou à concentrer sur un détecteur le flux que des aberrations apparaissent, la
du Nouveau Royaume d’Égypte, puis
mais accompagnent aussi des danses de radiations issues de l’objet. fonction de transfert est affectée (fig. 1,
en Grèce et à Rome ; on jouait de ces
et des chants ; ils jouent enfin avec courbe II). Les fréquences voisines de
instruments en Chine et au Japon, en Les radiations utilisées s’étendent de
d’autres instruments. Ils ont un rôle la fréquence nulle et de la fréquence
Asie centrale et dans tout le monde l’ultraviolet à l’infrarouge, et les élé-
important dans les musiques militaires. de coupure sont très peu affectées ;
islamique, Afrique comprise. C’est un ments constituant un instrument sont
Les timbales, comme les trompettes, au contraire, les fréquences intermé-
des rares instruments qui appartiennent fonction du domaine spectral utilisé.
sont au Moyen Âge le privilège de la diaires le sont fortement. Avant d’en-
à la musique populaire et à la musique Les matériaux doivent transmettre ou
savante. Dans l’Europe médiévale, noblesse, et les instrumentistes font réfléchir les radiations de la bande treprendre la construction d’un ins-
partie d’une même guilde. Les tim- considérée. Le tableau ci-dessous trument, on doit connaître la qualité
on le désigne sous le nom de chale-
mies (il en existe toute une famille, à bales, d’origine arabe, connues sous le montre les domaines d’utilisation de
laquelle se joignent les sacqueboutes, nom de nacaires (naqqra), pénètrent quelques verres ou cristaux couram-
ou trombones, pour les exécutions en en France sans doute grâce aux croi- ment employés :
plein air), et sa construction ne variera sés ; elles s’implanteront, se dévelop- verre : 0,3 à 2,8
guère à la Renaissance ; il faut attendre peront, acquerront au XIXe et au XXe s. silice : 0,2 à 4,5
la seconde moitié du XVIIe s. pour que le des perfectionnements mécaniques qui silicium : 1,2 à 15
groupe des facteurs et instrumentistes en font un instrument dont le rôle dans KDP : 0,25 à 1,70
de la famille Hotteterre apporte au l’orchestre ne fera que s’intensifier. sel gemme : 0,21 à 26

5751
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

nécessaire de l’image pour déterminer gné. Dans ces conditions, l’instrument


la précision avec laquelle doivent être est caractérisé par son grossissement
réduites les aberrations : on n’exige pas
est l’angle sous lequel on voit
des performances identiques d’un ins-
l’objet à l’oeil nu, l’angle sous lequel
trument d’astronomie ou d’un conden-
est vue l’image dans le champ de
seur d’éclairage. La finesse des détails l’instrument. Le grossissement est dit
que l’on veut mesurer sur l’objet, la
« intrinsèque » Gi lorsque l’instrument
distance objet-instrument sont des pa-
est afocal. Objet et image sont alors à
ramètres qui permettent de déterminer
les caractéristiques géométriques de l’infini. rapport des distances

l’instrument, qui doivent être adaptées focales de l’objectif et de l’oculaire.


aussi à celles des détecteurs utilisés :
oeil, émulsions photographiques, détec- Champs des instruments
teurs photo-électriques. y Champ en largeur. Le champ est
l’ensemble des points du plan objet
Caractéristiques reproduit par un instrument. Un
géométriques point objet A est le sommet d’un l’angle d’ouverture objet. est la . La pupille est . Le faisceau issu
d’un instrument faisceau isogène de rayons lumineux pupille d’entrée de l’instrument. du point A (situé dans le champ) qui
D1,

divergents qui transporte l’énergie diaphragme réel dont est l’image, entre dans l’instrument est un cône de
Relation objet-image
lumineuse émise par A. Pour que le est le diaphragme d’ouverture ; son sommet A à directrice circulaire : la
y Instruments de projection. L’instru- point A, image théorique de A déter- pupille d’entrée. Ne sortent de l’ins-
image dans l’espace image est
ment a pour but de projeter sur l’écran minée par les lois de l’optique géomé- trument que les rayons transmis par
appelée pupille de sortie. L’ouverture
l’image d’un objet ; y est la grandeur trique, existe, il suffit que des rayons le diaphragme . Lorsque le point A
du faisceau image convergent en A est
de l’objet, y celle de l’image. On lumineux issus de A atteignent le occupe la position AT, seul un rayon
, angle d’ouverture image de l’instru-
appelle grandissement transversal du point A. Un instrument est composé atteint l’image. Le point est au
AT
ment. Tous les rayons ayant franchi la
système le rapport par exemple de lentilles transparentes bord du champ total. , qui limite
pupille d’entrée (diaphragme vu de A0
montées dans des barillets opaques le champ, est la lucarne d’entrée,
y Instruments visuels. D’un objet sous le plus petit angle) passent à tra-
et de diaphragmes métalliques, utili- image du diaphragme réel D2, appelé
AB, situé à une distance finie, l’ins- vers tous les diaphragmes et atteignent
sés pour délimiter les faisceaux réel- diaphragme du champ. image dans
trument forme une image AB, que l’image
lement utilisés ou pour réduire les l’espace image est la lucarne de sortie.
l’oeil observe. La puissance P est le
aberrations. Un rayon lumineux par- CHAMP, DIAPHRAGME DE CHAMP, LU- On définit de même le champ de pleine
rapport dans lequel y désigne
vient à l’image s’il traverse tous les CARNES. Supposons, pour simplifier, lumière (fig. 7), où tous les rayons qui
une dimension linéaire sur l’objet et
diaphragmes ou, ce qui est équivalent, que l’instrument ne possède que deux entrent dans l’instrument participent à
l’angle sous lequel est vue cette
s’il traverse les différentes images des diaphragmes (fig. 6). Leurs images la formation de l’image, et le champ
dimension à travers l’instrument.
diaphragmes dans un même milieu, dans l’espace objet sont et moyen (fig. 8), où le rayon moyen du
La puissance intrinsèque est images obtenues en conjuguant les
obtenue dans deux cas particuliers de diaphragmes par rapport aux systèmes
fonctionnement. optiques qui les précèdent (fig. 5).
1. L’objet est au foyer du système op- DIAPHRAGME D’OUVERTURE ; PUPILLES.
tique, l’image est à l’infini ; la position Soit D1, D2, D3 les diaphragmes ou
de l’oeil est indifférente (fig. 3) ; f est
montures d’un instrument d’optique
la distance focale du système. et leurs images dans
2. L’oeil est situé au foyer image de l’espace objet. Les rayons issus de
l’instrument, la position de l’objet est point central du plan objet, qui
A0,
quelconque (fig. 4). entrent dans l’instrument forment
Cette définition n’est plus applicable un cône de révolution limité par
lorsque l’objet est indéfiniment éloi- L’angle au sommet de ce cône est

5752
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

A présente par rapport à A un défaut Étude photométrique


de mise au point AA. L’image proje- d’un instrument
tée sur le récepteur est un cercle de dif- y Flux envoyé par un objet dans un
fusion de diamètre 2 AA (, angle instrument. Un petit objet lumineux

d’ouverture image). Tant que 2 AA de surface S centré sur l’axe, de

est inférieur au grain, l’image produit luminance L, éclaire un instrument


caractérisé par une pupille d’entrée
sur le détecteur le même effet qu’une
Pe (fig. 13). Le flux envoyé dans
image ponctuelle. La distance qui sé-
l’angle solide élémentaire est
faisceau (rayon issu du point objet et pare les positions des plans et
= L S cos ,
passant par le centre de la pupille) sort (plans où la tache de diffusion est égale
où est l’angle fait par la normale à
de l’instrument. Dans les instruments au grain) est la profondeur du foyer. phique par un objectif travaillant pour
l’objet et la direction moyenne d’émis-
réels, on élimine souvent le champ 2
b) Profondeur de champ. Le détecteur un point à l’infini est e = TL sin ,
sion. est l’angle solide élémentaire
de contour, compris entre les champs
est situé sur l’image A de A (fig. 11). ce qui s’écrit, pour un instrument apla-
compris entre les cônes d’angle au
moyen et total, où l’image est trop fai- nétique (, rayon de la pupille d’en-
L’image B d’un point B voisin de A sommet et + d ; il a pour valeur
blement éclairée (fig. 9). trée ; =f sin ),
est un cercle de diffusion dû au défaut 2 sin d, d’où le flux
y Champ en profondeur.
de mise au point AB. Il existe deux = 2 L S cos sin d,
TACHE DE GRANULARITÉ-DIFFUSION. et, après intégration, On dit qu’un objectif est ouvert à
positions B1 et B2 du point B telles
2
Formons une image ponctuelle sur un = L S sin .
que le cercle de diffusion obtenu sur lorsque le diamètre de sa pupille d’en-
détecteur. La réponse du détecteur à
le détecteur est inférieur au diamètre y Théorème de la conservation de la trée est
cette impulsion lumineuse n’est pas
luminance. L’objet S a pour image
du grain. Tous les points compris entre
une réponse ponctuelle, mais une tache
S. La luminance est L. Le flux émis
et ont une image parfaite sur le
qui dépend de la structure granulaire du B1 B2 En passant d’un diaphragme défini par
par cette image considérée comme
détecteur (structure rétinienne, granu- détecteur. Le volume compris entre les au suivant défini par le flux doi
N1 N2,
objet est
larité d’une émulsion photographique) plans normaux à l’axe passant par B1 2 être divisé par 2, d’où la loi de gradua-
= L S sin
et du phénomène de diffusion que pro- et B2 est la profondeur de champ du tion des diaphragmes
(, angle d’ouverture image). Au
voque le passage de la lumière dans la système. facteur de transmission près, le flux y Éclairement de l’image rétinienne
couche du détecteur (diffusion dans le
INSTRUMENTS VISUELS. L’oeil est un transmis par l’instrument est conservé, L’oeil est un instrument de projec-
milieu trouble que constitue une émul- tion qui projette sur la rétine dans un
instrument d’optique dont la conver- = T, ce qui s’écrit
sion photographique, ou volume de dif- 2 2
L S sin = TL S sin . milieu d’indice n l’image d’un objet
gence varie. Par le phénomène dit
fusion de la chaleur dans un détecteur à de luminance L. L’éclairement de
d’accommodation, l’oeil voit nets des y En supposant que l’instrument sa-
effet thermique). Cette réponse impul- l’image rétinienne s’écrit
objets situés entre son punctum remo- tisfasse à la relation d’Abbe
sionnelle d’un détecteur est aussi appe- 2 2
e = n TL (fig. 14).
ny sin = n y sin ,
lée tache de granularité-diffusion. La tum et son punctum proximum. Pour un La pupille d’entrée de l’oeil a un dia-
qui s’écrit
détermination de cette tache consiste emmétrope, le punctum remotum est 2 2 2 mètre a, la pupille de sortie, un dia-
n2 S sin = n S sin ,
à projeter sur un détecteur une mire de situé à l’infini, et la position du proxi- mètre a ; a = gy a (gy, grandissemen
l’expression précédente s’écrit
période connue et variable p. Il existe mum varie avec l’âge (phénomène de la
une valeur de p pour laquelle la mire aux pupilles) ; (l, distance pu-
presbytie). Dans un instrument visuel,
n’est plus reproduite par le détecteur. pille de sortie rétine) ; e a pour valeur
pour ne pas diaphragmer les faisceaux, elle exprime le théorème de la conser-
Cette valeur est la mesure du grain g
la pupille de l’oeil est confondue avec vation de la luminance (n et n, indices
du détecteur. Toute image dont le dia-
des milieux objet et image). Lorsque
la pupille de sortie de l’instrument (, facteur de transmission de l’oeil).
mètre est inférieur à g est identique
les milieux extrêmes sont identiques et Pour un oeil donné, n, , et l sont
à celle qui est obtenue pour un objet (fig. 12). L’image définitive est vue gy
le facteur de transmission unitaire, la constants, l’éclairement rétinien est
ponctuel. nette par l’oeil lorsqu’elle est située
luminance de l’objet est égale à celle proportionnel à la luminance L de l’ob-
INSTRUMENT DE PROJECTION. dans son parcours d’accommodation
de l’image. jet et à la surface de la pupille.
a) Profondeur du foyer. L’image d’un PR. L’objet évolue entre les points P0
y Éclairement d’une image réelle. y Clarté des instruments oculaires.
point A est A, image géométriquement et R0, images dans l’instrument de P
Un système optique forme d’un petit
parfaite (fig. 10). Le détecteur situé en et R. OBJETS ÉTENDUS. C’est le rapport
objet de luminance L et de surface S
une image de surface S reçue sur des éclairements des images ré-
un écran. tiniennes d’un objet vu à travers l’ins-
D’après le théorème de la conserva- trument et à l’oeil nu. Dans la vision à
tion de la luminance, la luminance de l’oeil nu, la pupille d’oeil est la pupille
l’image aérienne est naturelle de rayon a. L’objet a une lu-
minance L. L’éclairement rétinien est
e = KL a 2. Cette définition de la clarté
Cette image émet un flux
n’est valable que pour des objets éten-
dus (e n’est défini que dans ces condi-

L’éclairement de l’image reçue sur un


écran est

Lorsque n’est pas trop grand, e


s’écrit, pour un instrument travaillant
dans l’air, e = TL 2. L’éclairement
produit sur une émulsion photogra-

5753
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

En adoptant 3,2 mm pour la pupille


d’oeil, le gain pour un télescope de 1 m
de diamètre est

Son emploi fait gagner environ


12,5 magnitudes.

y Facteur de transmission d’un ins- parasite qui diminue le contraste de Le fonctionnement d’un détecteur est
trument. Un instrument comporte tou- l’image. La figure 16 montre ce proces- déterminé par :
jours un certain nombre de lentilles et sus pour une image formée par une len- a) la structure granulaire (disconti-
tions). L’oeil regardant dans le champ
de miroirs. Le facteur de réflexion en tille plan-convexe. Une amélioration nue) de la couche sensible (granularité
de l’instrument, deux cas peuvent se
énergie est le rapport importante de la qualité de l’image est d’une émulsion) ;
produire.
obtenue en diminuant le plus possible b) la diffusion dans la couche sen-
a) La pupille de sortie de l’oeil est plus
le facteur de réflexion de la surface de
petite que la pupille de sortie de l’ins- du flux réfléchi par le miroir au flux sible (diffusion par le milieu trouble
séparation air-verre. Ce résultat est at-
incident. Le facteur de réflexion pour que constitue une émulsion photogra-
trument. L’oeil utilise sa pupille natu-
teint en évaporant sous vide une mince
relle et observe dans le champ de l’ins- un verre fraîchement poli est donné par phique), dont les caractéristiques sont
couche d’un matériau réfringent d’in-
la formule de Fresnel (valable pour une regroupées par la connaissance de
trument une image de luminance TL.
dice N. L’énergie réfléchie est détruite
incidence inférieure à 40° environ) : la réponse impulsionnelle du détec-
L’éclairement rétinien est e = KTL a 2.
par une interférence lorsque
La clarté est égale au facteur de trans- teur ou de sa courbe de transfert des
(n, indice du verre). Ce traitement de
mission = T). modulations.
(Ce
n étant l’indice de la matière réfrin- surface est devenu une opération indus-
b) La pupille de sortie de l’oeil est plus Les performances de l’instrument
gente. La valeur de R pour un verre trielle de routine ; il a permis d’obtenir
grande que la pupille instrumentale de et du détecteur doivent être équili-
d’indice 1,5 est de 0,04. Lorsque le de bonnes performances d’instruments
rayon . Pour l’observation dans le complexes tels que les périscopes ou brées, les tolérances des aberrations
facteur de réflexion d’un miroir doit
champ de l’instrument, l’éclairement les endoscopes. résiduelles de l’instrument sont aussi
être maximal, on le recouvre par éva-
rétinien est e = KTL 2, et la clarté poration sous vide d’un film mince mé- fixées ; on peut entreprendre le calcul
La lumière parasite des instruments
tallique (aluminium, chrome, argent, a aussi une autre origine : la réflexion de celui-ci. (V. aberrations.)
or, etc., matériaux choisis selon le do- des rayons lumineux sur les montures
L’éclairement de l’image rétinienne est Il ne faut pas oublier que les instru-
maine spectral utilisé). Dans le visible, et tubes mécaniques qui supportent
toujours plus faible dans la vision ins- ments d’optique travaillent dans une
l’aluminium, couramment employé, a les pièces optiques. Ces éléments sont
trumentale (le facteur de transmission ambiance réelle et que, bien souvent,
un facteur de réflexion R = 0,9 environ. traités « antiréfléchissants » grâce à
est inférieur à 1). la couche d’air située entre l’objet et
Pour obtenir une valeur plus grande de l’utilisation de revêtements mats ou re- l’instrument, constitue à elle seule un
CAS DES OBJETS PONCTUELS. Le flux qui R, on utilise des empilements de maté- couverts de stries obtenues par des pro-
instrument d’optique aux propriétés
entre dans l’oeil provenant de l’objet riaux diélectriques (v. interféromètres) cédés mécaniques. On utilise aussi des
particulières qui limitent sérieusement
est concentré sur un élément de la et il est possible d’obtenir R = 0,99 diaphragmes qui obturent les rayons
les performances de l’ensemble. En as-
structure rétinienne. L’impression de avec une absorption négligeable. parasites.
luminosité ne dépend plus alors que tronomie par exemple, pour augmenter
Les lentilles et prismes sont tail-
du flux qui pénètre dans l’oeil, soit la limite de résolution théorique d’un
lés dans un matériau transparent. Les Correction
dans l’observation à l’oeil, soit dans le télescope stigmatique, il semble qu’il
faces de séparation air-verre se com- d’un instrument
champ de l’instrument. La clarté prend suffise d’accroître le diamètre de l’ins-
portent comme un miroir de facteur
alors l’expression Les instruments, dans une première trument. Il n’en est rien. L’atmosphère,
de réflexion 0,04 environ. Il en résulte
utilisation, sont destinés à concentrer milieu turbulent où l’indice de réfrac-
une perte de lumière importante si le
du flux lumineux sur un détecteur de tion est une variable aléatoire, fonction
nombre des surfaces de séparation air-
rapport des flux pénétrant dans l’oeil à radiations qui en effectue la mesure en
verre est élevé. Pour un instrument du temps et de la position dans l’es-
travers l’instrument et à l’oeil nu. transformant l’énergie électromagné-
construit à l’aide de 5 lentilles, 10 sur- pace, détériore l’onde qu’elle transmet.
L’éclairement porté sur la surface de tique reçue en une autre forme d’éner- La dimension minimale d’une image
faces de séparation air-verre, le facteur
la Terre par une étoile est E. Le flux gie mesurable (électrique pour une stellaire n’est pas déterminée, pour les
de transmission n’est plus que de
qui pénètre dans l’oeil, = E 2. Dans 10 cellule photo-électrique, noircissement
T = (1 – R) (1 – 10 × 0,04) = 0,6. grands télescopes, par leur diamètre,
l’observation à travers une lunette, pour une émulsion photographique,
Une partie importante de la lumière mais par la qualité de l’atmosphère,
l’oeil reçoit tout le flux qui pénètre influx nerveux pour l’oeil). Une deu-
est perdue. Mais, ce qui est plus grave, qui dépend des nuits et du site où est
par l’objectif de rayon R (fig. 15) [la xième utilisation est la formation d’une
cette énergie lumineuse est reprise par implanté le télescope.
pupille de sortie est au moins égale à image aérienne directement interprétée
les faces des lentilles précédentes et M. C.
par le détecteur. Dans ces deux cas,
la pupille d’oeil] : = E R 2. Le flux focalisée sous forme d’images para-
l’instrument doit être adapté aux carac-
entrant dans l’oeil est multiplié par le sites. Sur le plan de l’image observée,
rapport des surfaces des pupilles cette lumière crée un voile de lumière téristiques du détecteur et en fonction Quelques spécialistes
des performances que l’on attend de la
des instruments
chaîne complète instrument-détecteur.
d’optique
Ce problème est analogue à celui de la
reproduction des sons enregistrés. Les Ernst Abbe, physicien allemand (Eise-
propriétés de l’oreille sont connues, les nach 1840 - Iéna 1905). Il établit la
amplificateurs, haut-parleurs et tables relation d’aplanétisme des systèmes
de lecture doivent être étudiés pour que centrés, calcula le pouvoir de réso-
la perte d’information à la transmission lution du microscope et, utilisant des
du disque à l’oreille soit minimale. verres nouveaux, il réalisa l’objectif

5754
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

apochromatique. différences entre les insulines animales est la quantité nécessaire pour abais- dégradation des protides, et les acides
et humaine sont décelées. ser à 0,45 g par litre entre 2 et 4 heures aminés libérés sont déviés vers la syn-
Giovanni Battista Amici, opticien ita-
la glycémie d’un lapin de 2 kg à jeun thèse des corps sucrés. Cela explique
lien (Modène 1786 - Florence 1863). Il s’agit d’une hormone protéique
Inventeur de lunettes équatoriales et depuis 24 heures. Actuellement, on a l’amaigrissement et surtout la fonte
de poids moléculaire 6 000. Elle est
méridiennes, il utilisa les points stig- plutôt recours au dosage radio-immu- musculaire rapide au cours des dia-
formée de deux chaînes polypepti-
matiques du dioptre et l’immersion nologique, beaucoup plus sensible. On bètes graves.
diques reliées par deux ponts di-sul-
dans l’objectif du microscope. a ainsi pu évaluer la sécrétion quoti-
fure. La chaîne « A », ou glycyl (du
dienne de l’homme aux environs de Insuline et
Jules Janssen, physicien français (Pa- nom du premier acide aminé en bout de
50 U. C’est d’ailleurs la dose moyenne
ris 1824 - Meudon 1907). Il observa, chaîne), est faite de 21 acides aminés. pathologie humaine
en 1868, l’existence de l’hélium, grâce utilisée dans le traitement des dia-
La chaîne « B », ou phénylalanyl, en
bètes insulinoprives. Chez l’adulte Les excès d’insuline
à l’étude spectrale des protubérances comporte 30. La spécificité d’espèce
solaires. Il créa l’observatoire d’astro- normal, le taux d’insuline circulante à Ils peuvent être spontanés et dus à des
est liée à la variation de quelques
physique de Meudon (1877), celui du jeun n’est que de 20 U par millilitre tumeurs pancréatiques (adénomes) sé-
acides aminés à certains emplacements
Mont-Blanc et obtint des clichés pho- de plasma (la U est le millionième crétant de l’insuline de façon inadaptée
privilégiés au sein de chaque chaîne.
tographiques du Soleil et de comètes. de l’unité). Ce taux monte à 100 ou aux besoins. On peut utiliser le test au
(Acad. des sc., 1873.) Cette insuline est sécrétée par les cel-
200 U après l’ingestion d’un repas, tolbutamide intraveineux (sulfamide
lules bêta (), qui constituent les trois
Hans Lippershey, opticien hollandais pour redescendre en 3 heures au taux excitant la sécrétion d’insuline) pour
quarts des cellules des îlots de Lan-
(Wesel v. 1570 - Middelburg 1619). Fa- initial. Il semble en fait qu’une grande les diagnostiquer en cas d’hypogly-
gerhans du pancréas. Il semble que le
bricant de besicles, il réalisa, en 1608, partie de l’insuline (45 p. 100 env.) cémie. Ce test est délicat et nécessite
produit naisse au contact de l’appareil
la première lunette d’approche. déversée par le pancréas dans le sys- d’avoir sous la main une seringue de
de Golgi pour se parfaire dans le réti-
Ignazio Porro, opticien italien (Pigne- tème porte soit captée par le foie, qui sérum glucose hypertonique à injecter
culum endoplasmique. Ce produit est
rol 1801 - Milan 1875). Il inventa, en la dégrade et l’élimine dans la bile, non au moindre malaise.
en réalité une pro-insuline composée
1850, le véhicule à prismes des lunettes sans qu’elle ait agi sur le métabolisme
de 84 acides aminés : les chaînes A Mais, très souvent, les excès d’insu-
terrestres et des jumelles. du glycogène et des lipides hépatiques. line sont le fait de surdosages chez des
et B de l’insuline sont reliées bout à
Antonie V. diabétiques traités par cette hormone.
VAN LEEUWENHOEK. bout par un peptide de liaison fait de
l’article. Effets de l’insuline Citons seulement les malaises hypo-
33 acides aminés. L’ouverture de cette

Frederik Zernike, physicien hollan- liaison libère la molécule d’insuline. Les effets actuellement bien établis de glycémiques provoqués par l’insuline

dais (Amsterdam 1888 - Amersfoort En microscopie électronique, l’insu- l’insuline sont les suivants. dans le traitement de certaines affec-
1966). Il imagina, dans l’emploi du line apparaît contenue dans un petit sac 1. Elle abaisse le taux sanguin du tions psychiatriques sans rapport avec
microscope, la méthode du contraste de qui sera expulsé hors de la cellule, qui glucose. Cette hypoglycémie résulte le diabète (v. électrochoc).
phase. Prix Nobel de physique en 1953. éclatera en laissant l’hormone circuler d’un passage accru du glucose vers
dans les capillaires. Dans le sang circu- les cellules, dans lesquelles il est soit Insuline et diabète
Richard Zsigmondy, chimiste autri-
chien (Vienne 1865 - Göttingen 1929). lant, l’insuline est surtout sous forme consommé, soit mis en réserve. Le mé- Les diabétiques ont toujours un défi-
Ses études sur les colloïdes l’amenèrent libre ; une petite partie est liée aux canisme d’action reste hypothétique. cit en insuline, mais il est soit absolu,
à imaginer en 1903, avec l’Allemand protides sanguins. La pro-insuline ne On pense que l’insuline activerait un soit relatif. Chez certains diabétiques,
Heinrich Friedrich Siedentopf (1872- passe pas ou ne passe que très peu dans transporteur de glucose, probable- il y a un défaut réel d’insuline : ce sont
1940), le premier ultramicroscope. ment par l’intermédiaire de l’A. M. P.
la circulation. Son poids moléculaire des sujets jeunes, maigres, équilibrés,
Prix Nobel de chimie en 1925.
est de 9 000. L’insuline, on l’a vu, a (adénosine monophosphate) cyclique. on l’a vu, par une dose moyenne de
un poids moléculaire de 6 000 ; tou- L’accroissement de la consommation 50 U d’insuline, qui est alors vérita-
tefois, elle peut se polymériser, et la cellulaire serait dû à une inhibition des blement substitutive. Chez d’autres
forme circulante est souvent une forme enzymes frénatrices de la glycolyse. diabétiques, souvent plus âgés et aux
Enfin, l’insuline favorise la mise en
insuline double. Enfin, le zinc favorise la poly- antécédents d’obésité, il y a en fait un
mérisation, et des poids moléculaires réserve du glucose sous forme de gly- taux élevé d’insulinémie. Mais celle-ci
de 300 000 peuvent être obtenus. cogène, notamment au niveau du foie ; reste inadaptée aux besoins du sujet :
Hormone* sécrétée par le pancréas* et
là encore par un jeu d’actions sur les ces malades peuvent bénéficier, plus
qui intervient dans le métabolisme des La sécrétion de l’insuline est favori-
enzymes de phosphorylation. que d’une insulinothérapie exogène,
glucides (sucres). sée par l’élévation de la glycémie (non
2. Elle exacerbe la synthèse des acides des sulfamides hypoglycémiants et/ou
Le nom de l’insuline vient du fait seulement du glucose, mais d’autres
gras et du glycérol, entièrement ou par- des biguanides (v. diabète). On reste
qu’elle est sécrétée par les îlots (insula) sucres en C6), un taux élevé de corps
tiellement due à la glycolyse excessive encore incertain sur le mécanisme
de Langerhans. C’est la seule hormone cétonique, l’excitation du nerf pneu-
citée précédemment. Il y a donc accu- exact de ces diabètes par anomalie de
de l’organisme qui ait une action hypo- mogastrique ou l’action des sym-
mulation de graisses intracellulaires. l’insuline. S’agit-il d’une anomalie de
glycémiante (abaissant le taux sanguin patholytiques. Enfin, les sulfamides
Au contraire, le défaut d’insuline régulation de l’insulinosécrétion pan-
du glucose). Mais cet effet, le plus an- hypoglycémiants sont de puissants sti-
entraîne une lipolyse, c’est-à-dire une créatique en fonction de la glycémie ?
ciennement connu et qui est quotidien- mulants de l’insulinosécrétion. Celle-
mobilisation des graisses de réserve d’une sécrétion d’insuline anormale
nement employé dans le traitement du ci, au contraire, est freinée lors de
dont le taux sanguin s’élève. Leurs moins hypoglycémiante que normale-
diabète* sucré, s’accompagne d’autres l’anoxie*, par les sympathomimétiques
produits de dégradation ne trouvant ment ? d’une durée de vie plus courte
effets peu à peu découverts et qui ont et par l’adrénaline. Enfin, l’alloxanne
plus à s’employer dans les réactions de cette substance ? d’une inefficacité
une aussi grande importance que la provoque une destruction élective des
biochimiques usuelles, il s’accumule périphérique au niveau de la pénétra-
seule baisse de la glycémie. cellules bêta-langerhansiennes et en-
des corps cétoniques (v. acétonémie) tion du glucose dans les cellules ? Ces
traîne l’apparition d’un diabète insuli-
La découverte de l’insuline est due à qui sont responsables de l’acido-cétose points sont encore à élucider.
noprive (par manque d’insuline).
sir Frederik Banting et Charles Herbert du diabète*.
Best en 1921. John Jacob Abel l’ob- Les dosages sanguins d’insuline ne 3. Elle favorise la synthèse des pro-
Les insulines utilisées
tient pure et cristallisée cinq ans plus sont pas très anciens. Les méthodes téines à partir des acides aminés : c’est
en thérapeutique
tard. Il faut attendre 1944 pour avoir biologiques sont délicates. Elles ont donc un facteur d’anabolisme (d’édi-
une idée de sa composition chimique, toutefois été à l’origine de l’étalon fication) protéique. Au contraire, le Elles sont extraites des pancréas de
qui est identifiée en 1955. En 1960, les international : l’unité d’insuline (U) défaut d’insuline s’accompagne d’une boeuf ou de porc (celle-ci ayant une

5755
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

structure plus proche de celle de mone de la PARATHYROÏDE*. intervalle(xp, xp+1) une borne inférieure Propriétés de
l’homme). Les solutions sont dosées mp et une borne supérieure Mp et l’on a
Panayotis G. Katsoyannis, biochi- l’intégrale définie
à 40 unités internationales par milli-
miste américain, d’origine grecque (né
litre (sauf quelques insulines ordinaires 1. Si b < a,
en 1924). Il a réussi la synthèse des
d’action courte, qui dosent 20 U.I./ml). chaînes A et B de l’insuline en 1963. d’où, puisque xp+1 – xp > 0, par suite, on peut intervertir les bornes

On distingue trois sortes d’insuline : d’intégration dans une intégrale définie


John James Rickard Macleod, phy-
les insulines à action courte (environ par suite, à condition de changer le signe devant
siologiste écossais (près de Dunkeld,
8 heures), les insulines à action inter- Perthshire, 1876 - Aberdeen 1935). Il l’intégrale.
médiaire (12 à 18 heures) et les insu- fut assistant au London Hospital, puis 2. Si f est intégrable sur (a, b) et sur
lines à action longue (24 heures env.). professeur à Cleveland et à Toronto, où
Il suffit alors, pour que I existe, que (b, c), a < b < c, elle l’est sur (a, c) et
il collabora avec Banting à l’isolement
Les insulines d’action rapide sont uti- les sommes s et S tendent vers une
de l’insuline. Il partagea avec lui le l’on a
lisées dans les urgences diabétiques même limite, qui sera alors la limite I.
prix Nobel de médecine en 1923.
(parfois en intraveineuses) ou quel-
Or, et c’est le théorème de Darboux,
quefois en trois injections sous-cuta- Frederick Sanger, biochimiste bri- Cette formule se généralise à trois
quand n augmente indéfiniment, les
nées quotidiennes. Il faut veiller à ce tannique (Rendcomb, Gloucestershire,
nombres quelconques.
sommes s et S tendent respectivement
1918). Il a élucidé en 1955 la structure
que ces injections soient faites en des
de l’insuline, montrant qu’elle était vers les limites I et I, pourvu que la 3. Si f est intégrable sur (a, b), Cf
points différents du corps pour éviter
composée de deux chaînes polypepti- plus grande des différences xp+1 – xp l’est aussi, et
les inégalités de résorption. Les autres
diques réunies en deux points par des tende vers zéro. De plus,
insulines (dites « insulines retard ») radicaux sulfhydriques. Il a obtenu le
ont pour intérêt de limiter le nombre C étant une constante.
prix Nobel 1958 pour la découverte de par suite, pour que I = I = I, il suf-
d’injections (une par jour). Il est im- l’enchaînement des amino-acides de 4. Si f et g sont intégrables sur (a, b),
fit que S – s tende vers zéro ; il suffit,
portant de toujours faire concorder la l’insuline.
par exemple, qu’il existe une suite de f + g l’est aussi et
dose d’insuline et la ration calorique
Helmut Zahn, chimiste allemand (Er- nombres positifs En tendant vers zéro
alimentaire pour éviter non seulement langen 1916). Il a réussi peu après Kat-
l’aggravation du diabète, mais aussi les soyannis à synthétiser les deux chaînes avec telle que, pour chaque subdi- Par application de la propriété 3 et de la
accidents d’hypoglycémie. de l’insuline et à les réunir en un seul vision de [a, b] en n + 1 intervalles, on
propriété 4, itérée, on trouve :
J.-C. Le P. peptide en 1963, obtenant ainsi un pro- ait S – s < En ; c’est la condition d’inté-
F Diabète / Hormone / Pancréas. duit physiologiquement actif. grabilité de Riemann.

C. Fruteau de Laclos, les Insulines retard


(Varia, 1955). / M. E. Krahl, The Action of Insulin Exemples de ce qui permet, par exemple, de calcu-
on Cells (New York et Londres, 1961). / D. Perez ler l’intégrale définie d’un polynôme
fonctions intégrables
Garcia, The Biochemical Effects of Insulin which
sur un intervalle donné, comme somme
are used in Therapy (Mexico, 1963). / J. Que- intégrale définie y Toute fonction continue sur un seg-
vauvilliers, L. Perlemuter, P. Obraska et A. Kopf, des intégrales des différents monômes
ment est intégrable sur ce segment.
Cahiers de biologie, t. I : Circulation, rein, endo- de ce polynôme.
Limite, si elle existe, de la somme
crinologie (Masson, 1965 ; 3e éd., 1972). / J. Tré- En effet, si f est une fonction conti-
molières, G. Tchobroutsky, J. L. de Gennes et 5. FORMULES DE LA MOYENNE.
nue sur [a, b], elle y est uniformément
coll., Nutrition et métabolisme (Flammarion, quand le nombre des quantités xp aug- Première formule. Si f et g sont inté-
1971).
continue : pour tout couple (x, x) tel que
mente indéfiniment, le plus grand des grables sur (a, b) et f (x) garde un signe
| x – x | < ), on a | f (x) – f (x) | < E,
intervalles (xp, xp+1) tendant vers zéro,
E ne dépendant que de . Si on prend constant sur (a, b),
et f étant une fonction réelle définie et
Les savants qui ont toutes les différences xp+1 – xp infé-
bornée sur le segment [a, b].
découvert l’insuline rieures à , on aura Mp – mp < E quel
m et M étant respectivement les bornes
Les nombres xp tels que que soit p ; par suite,
John Jacob Abel, pharmacologiste inférieure et supérieure de g dans
x0 = a < x1 < ... < xp < xp+1 < ... < xn <
et biochimiste américain (Cleveland b = xn+1 (a, b).
1857 - Baltimore 1938). En 1926, il partagent le segment [a, b] en n + 1 Si g est continue, il existe une quantité
obtint une insuline pure et cristallisée. il suffit alors de prendre pour
intervalles que l’on peut prendre égaux
E, telle que K = g() ; par
Frederick Grant BANTING, physio- que S – s soit inférieure à E, E étant
entre eux et à ; le nombre p suite,
logiste canadien (Alliston, Ontario, une quantité arbitrairement petite,
1891 - Musgrave Harbour 1941). Il a fixée à l’avance. Il en résulte alors que
appartient à l’intervalle (xp, xp+1). Si
isolé l’insuline des îlots de Langerhans S – s 0 et que la limite I existe. Un cas très fréquent est celui où f = 1 ;
du pancréas à l’université de Toronto, tend vers une li-
y Toute fonction monotone sur on a alors
où il travaillait avec Best, Collip et
mite I, dans les conditions indiquées, [a, b] est intégrable. Si f est crois-
Macleod. Il a partagé avec ce dernier
on dit que la fonction f est intégrable sante sur [a, b] ou même simple-
le prix Nobel de médecine en 1923 pour Deuxième formule. Si f est une fonction
au sens de Riemann sur le segment ment non décroissante, sur chaque
leur découverte.
[a, b] ; le nombre I s’appelle l’intégrale non croissante sur (a, b) et f (x) > 0 ; si
intervalle (xp, xp+1) on a mp = f (xp) et
Charles Herbert Best, physiologiste de f sur le segment [a, b] et est désigné g est intégrable, on a
Mp = f (xp+1) ; par suite, l’inégalité
canadien (West Pembroke, Maine, par la notation de Fourier xp+1 – xp < ) entraîne
1899). Après avoir travaillé avec Ban-
ting à la découverte de l’insuline, il a 6. INTÉGRALE DÉFINIE FONCTION DE SES

étudié l’histamine, la choline, l’hépa-


cette notation rappelant comment est BORNES.
rine. On lui doit The Physiological Basis
obtenue la limite I. De sa borne supérieure. La fonction F
of Medical Practice (1939). Il suffit alors de prendre
telle que
James Bertran Collip, biochimiste pour que S – s soit inférieure à E ; ainsi,
Condition d’intégrabilité
canadien (Toronto 1892 - † 1959). Il S – s 0 de la limite I existe.
participa à l’isolement de l’insuline et La fonction f, étant supposée bornée On fait une démonstration analogue si f est continue en un point x0 quelconque
s’illustra par la découverte de l’hor- sur le segment [a, b], admet sur chaque est non croissante. d’un intervalle (a, b) où f est intégrable,

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

car, d’après la première formule de la De ses deux bornes. Si a(x) et b(x) sont

moyenne, on a deux fonctions de x dérivables, et si

quand x x0, f étant bor- 7. Si G est une primitive de f sur

(a, b), en est une


née, d’où la continuité.
autre ; par suite, F(x) = G(x) + C,
De plus,
puisque F et G ont la même dérivée

quand h 0, f (x + h) f (x + 0), ou mais, pour x = a, F(a) = 0, d’où


f (x + h) f (x – 0), 0 = G(a) + C, d’où C = – G(a) et
suivant que h 0+ ou h 0–, f (x + 0)

et f (x – 0) désignant les limites cor-


par suite,
respondantes de f (x) ; dans les mêmes

conditions, K (x ± 0), et, par suite,


noté aussi

La fonction F admet donc une déri- Il suffit, pour calculer une intégrale
vée à droite et une dérivée à gauche, définie, de connaître une primitive de
au point x, respectivement égales à
la fonction sous le signe somme , ce
f (x + 0) et f (x – 0). Si f est continue
qui n’est pas toujours possible.
sur l’intervalle d’intégration, ce qui est

souvent le cas, K = f (x), et, si


Calcul des primitives

La fonction F est alors une primitive de Comme

la fonction f. Le calcul des intégrales

définies est donc ramené, dans la plu- et que toutes les primitives de f sont
part des cas, à celui des primitives. de la forme G(x) + C, on désigne une
De sa borne inférieure. Si primitive quelconque de f par f (x) dx,

sans préciser la borne inférieure a,

d’après le résultat précédent. puisqu’on sait qu’il suffit de prendre

C = – G(a), ni la borne supérieure x, il peut se faire que le terme tout intégré


puisqu’elle est quelconque, et l’on écrit soit nul, ce qui donne une relation entre

Ce cas se présente souvent quand on


Intégration par parties
cherche une relation de récurrence
Si u(x) et v(x) sont les dérivées, bor-
permettant le calcul d’une intégrale In
nées et continues, de u(x) et v(x), la
dépendant d’un entier n.
relation (uv) = uv + vu donne, par
intégration entre a et b :

qui est la formule d’intégration par par- et In = (n – 1) (In–2 – In), car la

ties ; elle est valable pour une intégrale quantité entre crochets est nulle et
2 2
indéfinie sin x = 1 – cos x, d’où la relation

nIn = (n – 1)In–2, qui permet le calcul

de In.

Exemples.
Changement de variable

Si x = (t) est une fonction continue

monotone, à dérivée continue, sur l’in-


Une telle méthode est souvent fruc- tervalle [t0, t1], avec (t0) = a, (t1) = b,
tueuse quand la fonction sous le signe et si f (x) est continue sur [a, b],
somme comporte une fonction trans-
cendante dont la dérivée est au moins
algébrique, Log x, Arc sin x ... D’autre En effet, f (x) dx est une véritable dif-

part, s’il s’agit d’une intégrale définie, férentielle et, par le changement de

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 11

variable x = (t), la différentielle est teur ou le détaillant d’autre part. Plus assez considérable. Pour éviter des
invariante précisément, ce système s’est surtout abus, des contrats types par produit
f (x) dx = f [(t)] (t) dt. manifesté de façon spectaculaire dans ont été prévus (loi du 5 août 1960).
quand X b–, le second membre a un
Cette méthode est très employée. le domaine de l’aviculture (élevage Le domaine d’élection de l’agricul-
sens si < 1, et industriel de poulets ou de poules pon- ture contractuelle est la production de
Exemples.
deuses) ou de l’élevage du porc, et légumes et de fruits, les contrats se
dans celui de la production de fruits et passant généralement entre les produc-
en effet, si u = x2 + 1, du = 2x dx. pour = 1, légumes. teurs isolés et les conserveries.
Dans la réalité concrète, il est pos-
sible d’opposer deux systèmes essen- Intégration ascendante et
en effet, si u = cos x, du = – sin x dx. quand X b–. tiels : intégration et quasi-intégration
intégration descendante
De tels changements de variables sont d’une part ; intégration « ascendante »
Par suite, si quand x b, | f (x) | (b – ) L’intégration ascendante et l’inté-
à essayer quand on a à calculer une ou « descendante » d’autre part.
intégrale de la forme gration descendante se définissent en
< K, avec < 1, existe.
fonction du rôle joué par l’industrie de
Intégration et
transformation. Les cas d’intégration
Un grand nom dans quasi-intégration
RÈGLES. Si, f étant rationnelle, ascendante sont rares. On peut citer les
l’étude des intégrales Intégration et quasi-intégration sont grandes « maisons » de commerce de
f (sin x, cos x) dx ne change pas quand
Arnaud Denjoy dominées l’une et l’autre par un centre
on remplace : graines qui concluent des contrats avec
de décision unique, appelé pôle d’inté-
Mathématicien français (Auch 1884). Son des agriculteurs pour la production de
x par – x, on pose sin x = u, ou
oeuvre approfondit et prolonge celle de gration (individu, firme ou coopéra- semences. Il vaut mieux, d’ailleurs,
x = Arc sin u ;
l’école française du début du XXe s., plus tive). Lorsqu’il y a intégration, totale
parler de quasi-intégration ascendante.
x par – x, on pose cos x = u, ou particulièrement les travaux de René ou partielle, ce pouvoir est normale-
x = Arc cos u ; Baire (1874-1932) et d’Henri Lebesgue L’intégration descendante se réalise
ment exercé par une firme commerciale
x par + x, on pose tg x = u, ou (1875-1941). lorsque l’entreprise de transformation
s’occupant principalement de la trans-
x = Arc tg u ; L’intégrale de Lebesgue, beaucoup intègre les échelons d’aval, c’est-à-
formation, de la commercialisation,
si aucun des changements n’est plus puissante que celle de Bernhard Rie- dire ceux qui sont situés après le sien
de la fourniture des aliments pour les
mann (1826-1866), ne suffit cependant
concluant, on pose animaux et pour les individus, voire de dans les étapes franchies par le produit
pas à trouver dans tous les cas la primitive
la production. Il peut s’agir d’une firme jusqu’à la vente au détail. Ce n’est plus
d’une dérivée donnée ni les coefficients
privée ou d’une coopérative. Le pôle la recherche de la sécurité d’approvi-
de la série trigonométrique d’une fonction
Cependant, il faut faire attention aux donnée. Ces problèmes ont été résolus par d’intégration peut parvenir à ses fins de sionnement qui est poursuivie, mais
discontinuités qu’introduit ce change- Denjoy à partir de 1912, grâce à la décou- deux manières différentes. celle des débouchés (cas de la biscuite-
ment de variable. verte de la totalisation, extension de l’inté- rie concluant un contrat de fournitures
Dans un cas, celui de l’intégration
grale de Lebesgue. (Acad. des sc., 1942.)
avec la centrale d’achat d’une chaîne
totale, le pôle d’intégration réalise
J. I.
Intégrales généralisées de supermarchés).
l’appropriation pure et simple de toutes
les opérations, ce qui lui permet d’as- Si le pôle d’intégration réalise à la
E. S.
L’INTERVALLE D’INTÉGRATION EST
F Calcul numérique / Différentielle / Fonction
surer la centralisation des décisions. fois une intégration ascendante et des-
INFINI.
/ Série. C’est ainsi que certaines entreprises cendante, on trouve alors l’intégration
Pour 1,
G. Valiron, Cours d’analyse mathématique,
de fabrication d’essence de lavande complète. Comme exemple, on peut
t. I : Théorie des fonctions (Masson, 1948 ; cherchent à s’approprier des terrains citer le cas de certaines entreprises
3e éd., 1968). / G. Casanova, Cours de mathéma- afin d’assurer elles-mêmes la produc- d’aviculture en Italie : des groupements
quand x , le second membre a un tiques spéciales, t. II : Algèbre et analyse (Ber-
tion des plantes qui constituent la ma- avicoles possèdent leurs convois ainsi
lin, 1960). / G. Cagnac, E. Ramis et J. Commeau,

sens si > 1, car on dit que Nouveau Cours de mathématiques spéciales, tière première. que des batteries d’élevage, assurent
t. II : Analyse (Masson, 1961). / A. Hocquen-
Dans le second cas, celui de quasi- l’abattage et la transformation (inté-
ghem et P. Jaffard, Mathématiques, t. I : Élé-
l’intégrale converge, et l’on
ments de calcul différentiel et intégral (Masson,
intégration, le pôle d’intégration, ou gration ascendante) et disposent d’un
1964 ; 3e éd., 1967). firme intégrante, parvient à l’intégra- réseau d’entrepôts destinés à approvi-
note
tion par la conclusion de contrats qui sionner les centrales d’achat des grands
définissent les relations et les obliga- magasins et des détaillants (intégration
tions réciproques des entreprises char- descendante). Ainsi, le groupement
pour = 1,
intégration gées d’assumer les diverses fonctions joue le rôle de producteur, d’industriel
(approvisionnement, production, trans- de la transformation et de grossiste.
Mode d’organisation de la production* formation, distribution*).
quand x + . Si ce système apporte à l’agricul-
dans lequel les différentes opérations La centralisation des décisions, à
Par suite, si pour x > X, | f (x) | x < C, teur de nombreux avantages (garantie
d’un même processus de production partir du pôle d’intégration, est assurée
de prix et de revenus à travers une
C constant, > 1, existe. passent sous le contrôle partiel (par dans ce cas par un système de contrats
garantie d’écoulement des produits),
voie de contrat) ou total (par l’acquisi- liant ce pôle à un nombre plus ou moins
Une condition nécessaire de conver- il n’en demeure pas moins que celui-
tion de la propriété effective du moyen grand de firmes intégrées. Celles-ci,
ci marque beaucoup de méfiance à
gence de quand X , est de production) d’un pôle d’intégration, autonomes juridiquement, sont domi-
l’égard de cette technique nouvelle.
chargé de réaliser la coordination des nées économiquement en raison de la
donc que | f (x) | 0 ; elle n’est pas différentes opérations productives. différence de puissance financière exis- Il redoute surtout de perdre son
suffisante. tant généralement entre elles et l’entre- indépendance, face à des unités plus
Ce mode d’organisation de la pro-
prise intégrante. puissantes que lui d’un point de vue
LA FONCTION À INTÉGRER NE RESTE duction a notamment atteint le secteur
financier.
PAS BORNÉE AU VOISINAGE D’UNE BORNE agricole, sous la forme d’ententes